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BANQUE D'ALGERIE

ECOLE SUPERIEUR DE BANQUE

MEMOIRE DE FIN D'ETUDES

DIPLÔME SUPERIEUR DES ETUDES BANCAIRES

THEME

L'ATTRACTIVITE DES INVESTISSEMENTS DIRECTS


ETRANGERS: CAS ALGERIE

Présenté par : Encadré par :

Melle TOUATI MALIKA Mr BENBELKACEM DJAMEL

Octobre 2005
7ème Promotion
DEDICACES

A mon père et à ma mère pour leurs encouragements et à qui je dois


toute la reconnaissance;

A mon frère et à mes sœurs pour leur soutien.


REMERCIEMENTS

Mes profonds remerciements sont adressés à tous ceux qui


m'ont aidée et encouragée.

Je tiens à remercier particulièrement Monsieur


Benbelkacem Djamel, mon promoteur pour ses critiques et
conseils si précieux.

Je tiens également à remercier l'ensemble des enseignants de


l'Ecole Supérieure de Banque pour la qualité de leurs cours,
ainsi que le personnel de la bibliothèque qui m'a aidée dans
mes recherches bibliographiques.
SOMMAIRE

INTRODUCTION GENERALE

PREMIER CHAPITRE: L'investissement direct étranger et les firmes multinationales.

Première section : Les firmes multinationales, stratégies et activités internationales.


Deuxième section: Généralités sur l'investissement direct étranger.

DEUXIEME CHAPITRE: Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle.

Première section : La montée en puissance de l'investissement direct étranger.


Deuxième section: Les principaux facteurs de croissance de l'IDE dans le monde.
Troisième section: Distribution géographique et sectorielle des IDE.

TROISIEME CHAPITRE: Impact de l'investissement direct étranger sur les économies


nationales.

Première section : L'IDE et la balance des paiements.


Deuxième section: Impact des IDE sur l'emploi.
Troisième section: Autres impacts.

QUATRIEME CHAPITRE: Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie.

Première section : Mesure de la capacité d'attractivité des économies.


Deuxième section: Les déterminants de la localisation des investisseurs étrangers.
Troisième section: La promotion des investissements directs étrangers.

CINQUIEME CHAPITRE: Les IDE en Algérie: évolution et contraintes.

Première section: L'IDE, statut juridique et évolution.


Deuxième section: Panorama macroéconomique et contraintes à l'IDE en Algérie.

CONCLUSION GENERALE
INTRODUCTION GENERALE

Durant ces dernières années, les échanges internationaux ont progressé plus
rapidement que la production mondiale et les mouvements de capitaux ont cru à une
vitesse supérieure à celle des échanges de biens et services. Ces transformations
reflètent l'ouverture des économies sur le commerce extérieur et sur les entrées et
sorties de capitaux. A l'heure actuelle, il n'y a plus de frontières, la planète toute entière
est assimilée à un village. C'est l'ère de la mondialisation et de la globalisation.

Dans ce contexte, les entreprises ne se limitent plus à servir uniquement leur marché
domestique. Elles s'orientent désormais vers l'extérieur par le biais des exportations, de
pénétrations techniques et/ou d'implantations directes. Cette dernière alternative
représente actuellement une forme courante de présence sur le marché étranger. En
effet, on assiste au plan international à d'importantes opérations de fusions acquisitions
transnationales et à des délocalisations d'entreprises. Les firmes domestiques se
multinationalisent de plus en plus. En 2004, la CNUCED a recensé près de 61.000
firmes transnationales ayant plus de 900.000 filiales à l'étranger. Ces firmes réalisent
une grande partie de leur activité dans différents pays à l'étranger, à tel point que "le
made in Germany" ou "made in Japan" ne signifie plus grand chose. Le phénomène de
l'investissement direct étranger devient le moteur de la globalisation de l'économie
mondiale.

Depuis sa montée en puissance à la fin des années 1980, l'investissement direct


étranger a gagné en maturité et en complexité. Les différents pays qu'ils soient
développés ou en voie de développement ne considèrent plus les implantations
d'entreprises étrangères sur leur territoire comme une menace ou un danger. Bien au
contraire, l'investissement direct étranger est désormais perçu comme un facteur
bénéfique à l'économie d'accueil. Il contribue à la croissance et au développement, non
seulement parce qu'il met des ressources financières stables à la disposition de
l'économie mais encore parce qu'il représente un conduit pour les transferts de
technologies et des compétences managériales.

Tous ces bienfaits ont fait des politiques d'attractivité, la principale substance des
politiques économiques. Qu'ils soient développés ou en voie de développement, les pays
délaissent progressivement leur politique hostile et restrictive à l'égard des
multinationales pour se concentrer sur le mise en place d'un environnement attractif

1
pour les investisseurs étrangers. Les pays cherchent à attirer les entreprises étrangères
et s’emploient pour se faire à améliorer les principaux aspects qui influencent les choix
d’implantation des investisseurs directs étrangers et accordent davantage d’attention
aux mesures susceptibles de les séduire.

Cependant, ces politiques d'attractivité ne sont pas toujours efficientes et n'engendrent


pas automatiquement des entrées d'investissements directs considérables pour certains
pays. Cela s'explique par le fait que ces pays ont mal ciblé et hiérarchisé les facteurs
déterminants sur la base desquels, une entreprise étrangère décide de s'implanter ou
pas sur un territoire donné.

On voit donc que l'identification des déterminants de la localisation des investissements


direct étrangers est une condition préalable pour la mise en place d'une politique
d'attractivité. Par conséquent, on se pose la question suivante: Quels sont les facteurs
attractifs des investisseurs directs étrangers?

L'Algérie connue pour sa politique hostile et restrictive vis-à-vis des entreprises


étrangères, affiche récemment sa volonté pour l'accueil des investissements directs
étrangers. En effet, à partir de la loi 90-10 du 14 avril 1990 portant sur la monnaie et le
crédit, elle a entamé une politique d'ouverture et incitative graduelle. D'une part, elle
autorise désormais l'implantation d'entreprises étrangères sous toutes les formes et
dans tous les secteurs (exception faite des secteurs stratégiques réservés expressément à
l'Etat). Et d'autre part, elle accorde des avantages fiscaux, douaniers et financiers.
Cependant en dépit de ces changements, les investisseurs étrangers demeurent
réticents. L'attractivité des investissements directs étrangers en Algérie relève du défi. A
cet effet, quelles seraient les contraintes qui dissuadent les investisseurs étrangers à
investir en Algérie?

Pour tenter de répondre à ces préoccupations, on a réparti le travail comme suit:

Dans le premier chapitre, intitulé "les investissements directs étrangers et les firmes
multinationales", on examinera d'abord les stratégies des firmes multinationales et
leurs motivations d'expansion à l'étranger. Ensuite, on identifiera l'investissement direct
étranger des autres formes de capitaux et on présentera ses spécificités.

Dans le deuxième chapitre, on analysera en premier lieu l'évolution des flux


d'investissements dans le monde, tout on essayons de préciser les facteurs liés à sa
croissance. En deuxième lieu, on identifiera les principaux pays investisseurs et

2
bénéficiaires de l'IDE. Et en dernier lieu, on procèdera à une répartition sectorielle des
flux d'IDE afin de déterminer l'activité dans laquelle entreprises étrangères investissent
le plus.

Dans le troisième chapitre, on tentera d'analyser l'impact des IDE aussi bien sur le
pays d'accueil et le pays d'origine à travers les effets positifs et négatifs induits
principalement sur la balance des paiements, l'emploi et la concurrence.

Dans le quatrième chapitre, on introduira d'abord la notion d'attractivité effective et


potentielle, puis on présentera l'ensemble des facteurs attractifs des investisseurs
étrangers. Ensuite, on s'intéressera à l'analyse en terme de coûts-bénéfices les
différentes incitations offertes aux investisseurs étrangers.

Dans le cinquième chapitre, on centrera l'analyse sur le cas Algérie. On passera en


revue les changements apportés à la politique algérienne à l'égard des investisseurs
étranger. Ensuite, dans le but de déterminer les principaux pays investisseurs et les
secteurs les plus attractifs, on procédera à une répartition des flux d'IDE par pays
d'origine et par secteur bénéficiaire. Et enfin, on essayera de préciser les facteurs qui
font de l'Algérie un pays peu attractif pour les investisseurs étrangers.

3
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

PREMIER CHAPITRE :

L’INVESTISSEMENT DIRECT ETRANGER


ET
LES FIRMES MULTINATIONALES

Les firmes multinationales (FMN) et les investissements directs étrangers (IDE)


représentent deux phénomènes économiques très vagues et extrêmement liés. Ce
sont les FMN qui sont à l'origine de l'expansion des investissements directs
étrangers. Ainsi, la première section de ce chapitre sera consacrée à l'étude des
firmes multinationales, principal vecteur de développement des investissements
directs étrangers dans le monde. Le but étant de présenter une étude globale à
partir de laquelle, on déterminera leurs motivations et stratégies d'expansion à
l'étranger. Par la suite, on consacrera la deuxième section à caractère descriptif
et théorique à la définition, aux généralités et aux spécificités de l'investissement
direct étranger pour le distinguer des autres formes de capitaux.

4
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

PREMIERE SECTION : LES FIRMES MULTINATIONALES, STRATEGIES


ET ACTIVITES INTERNATIONALES

Il est difficilement concevable de parler de l'investissement direct étranger sans évoquer les firmes
multinationales. Ces deux phénomènes sont intiment liés. De ce fait, une étude des firmes
multinationales s'impose.

Dans cette section, il s'agit d'abord de définir les firmes multinationales et d'identifier leurs
caractéristiques. Ensuite après avoir défini les conditions nécessaires à la multinationalisation, on
verra leurs formes de présence à l'étranger et leurs stratégies internationales.

I. DEFINITION ET CARACTERISTIQUES DES FIRMES MULTINATIONALES

Le terme " firme multinationale" n'est pas unique et ses synonymes sont nombreux: entreprise
transnationale, supranationale, internationale, plurinationale. Déterminer la dénomination la plus
adéquate ne fait pas partie de notre préoccupation. Cependant, ce qui nous intéresse c'est de définir
à partir de quel niveau une entreprise locale devient multinationale et d'identifier ses principales
caractéristiques.

1. Qu’est ce qu’une firme multinationale ?

Il n’existe pas de définition générale de la firme multinationale (transnationale). Cependant, on peut


considérer comme multinationale : « toute entreprise possédant au moins une unité de production à
l’étranger ; cette unité est appelée filiale »(1).
Cette définition retient deux critères essentiels :

¾ l’extension des activités de production de l’entreprise à de nombreux pays autres


que le pays d’origine ;
¾ le contrôle de l’unité de production à l’étranger.

Une filiale doit appartenir à l’entreprise mère, mais la mondialisation a rendu cette règle complexe.
Il suffit qu’une entreprise détienne au moins 10 % du capital d’une entreprise étrangère pour que
cette dernière soit qualifiée de filiale de l’entreprise nationale.

(1)
J.l.Mucchielli, «Multinationales et Mondialisation », Ed du Seuil, France, 1998, p. 18.
5
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

En plus du seuil de 10 % du capital de l’entreprise investie, l’entreprise investisseur ne devient


multinationale que si elle assure une partie de sa production à l’extérieur de son territoire national.
Donc le critère de la production est déterminant.
A titre illustratif, une entreprise qui ne dispose que de représentations commerciales à l’étranger, ne
peut en aucun cas être qualifiée de multinationale.
De même, une entreprise qui est engagée uniquement dans le commerce international, demeure une
entreprise nationale (d’exportation).

Ainsi, une firme d’envergure nationale ne devient multinationale que si elle étend ses activités de
production(1) dans au moins deux (02) pays. Sur la base de ces critères, en 2004, la CNUCED a
recensé 61 000 firmes transnationales ayant plus de 900 000 filiales à l’étranger .(2)

Le niveau des activités de ces entreprises en dehors de leur territoire national varie d’une société à
une autre d’où leur classement selon le degré de multinationalisation.

2. Degré de multinationalisation

Le statut de multinationale est une question de degré. En effet, le taux de multinationalisation


diffère d’une firme à une autre. De ce fait, la CNUCED procède à un classement selon quatre
critères :
¾ les actifs à l’étranger ;
¾ les ventes à l’étranger ;
¾ l’emploi à l’étranger ;
¾ l’indice de transnationalité.

2.1. L’importance des actifs possédés à l’étranger

Le classement des firmes multinationales selon les actifs détenus à l’étranger (voir tableau n°1) fait
ressortir l’importance des entreprises appartenant aux secteurs de l’électronique, de l’automobile,
du pétrole et des télécommunications ayant pour pays d’origine les Etats-Unis, l’Allemagne, Le
Royaume Uni et la France.

(1)
Dans ce contexte, la production est un terme générique, il englobe la production de biens et de services.
(2)
CNUCED, Rapport sur l’investissement dans le monde : « la montée en puissance du secteur des services », 2004.
6
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

Tableau n°1 : les 15 premières transnationales non financières du monde, classées d’après
leurs actifs à l’étranger en 2002 (en millions de dollars)

Actifs à
Rang Sociétés Pays d'origine Branche d'activité Total Actifs
l'étranger

1 General Electric Etats-Unis Matériel électrique et électronique 229 001 575 244
2 Vodafone Group Pic Royaume-Uni Télécommunications 207 622 232 870
3 Ford Motor Company Etats-Unis Véhicules automobiles 165 024 295 222
4 British Petroleum CO.Pic Royaume-Uni Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 126 109 159 125
5 General Motors Etats-Unis Véhicules automobiles 107 926 370 782
6 Royal Dutch/Shell Group Royaume-Uni/Pays-Bas Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 94 402 145 392
7 Toyota Motor Corporation Japon Véhicules automobiles 79 433 167 270
8 Total Fina Elf France Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 79 032 89 450

9 France Telecom France Télécommunications 73 454 111 735


10 ExxonMobil Corporation Etats-Unis Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 60 802 94 940
11 Volkswagen Group Allemagne Véhicules automobiles 57 133 114 156
12 E.On Allemagne Electricité, gaz et eau 52 294 118 526
13 RWE Group Allemagne Electricité, gaz et eau 50 699 105 116
14 Vivendi Universal France Média 49 667 72 682
15 Chevron Texacon Corp Etats-Unis Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 48 489 77 359

Source: CNUCED, Rapport sur l’investissement dans le monde :


« La montée en puissance du secteur des services », 2004.

2.2. Les ventes à l’étranger

L’autre critère utilisé par la CNUCED est le volume du chiffre d’affaires réalisé à l’étranger.
L’importance des ventes à l’étranger est un paramètre délicat du fait qu’il peut s’agir uniquement
de simples exportations qui ne renseignent nullement sur le niveau de multinationalisation.

Le classement des entreprises multinationales selon les ventes à l’étranger figure sur le tableau 2.

Tableau n°2 : les 15 premières transnationales du monde classées selon leurs ventes
à l’étranger, 2002 (en millions de dollars).
Chiffre Chiffre
Rang Sociétés Pays d'origine Branche d'activité d'affaires à d'affaires
l'étranger total

1 British Petroleum CO.Pic Royaume-Uni Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 145 982 180 186
2 ExxonMobil Corporation Etats-Unis Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 141 274 200 949
3 Royal Dutch/Shell Group Royaume-Uni/Pays-Bas Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 114 294 179 431
4 Total Fina Elf France Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 77 461 96 993
5 Toyota Motor Corporation Japon Véhicules automobiles 72 820 127 113
6 Volkswagen Group Allemagne Véhicules automobiles 59 662 82 244
7 Chevron Texacon Corp Etats-Unis Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 55 087 98 691
8 Ford Motor Company Etats-Unis Véhicules automobiles 54 472 163 420
9 General Motors Etats-Unis Véhicules automobiles 48 071 186 763
10 General Electric Etats-Unis Matériel électrique et électronique 45 403 131 698
11 Vodafone Group Pic Royaume-Uni Télécommunications 33 631 42 312

7
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

12 Vivendi Universal France Média 30 041 55 004


13 France Telecom France Télécommunications 18 187 44 107
14 RWE Group Allemagne Electricité, gaz et eau 17 622 44 110
15 E.On Allemagne Electricité, gaz et eau 13 104 35 054
Source: CNUCED, Rapport sur l’investissement dans le monde:
« La montée en puissance du secteur des services », 2004.

2.3. L’emploi à l’étranger

Ce critère présente des limites car le nombre d’effectifs employés au niveau d’une entreprise
dépend de la nature de l’activité. (1)

Le classement à nouveau des 15 premières entreprises ayant le plus d’actifs à l’étranger selon le
critère de l’emploi à l’étranger est présenté dans le tableau n°3 ci-après :

Tableau n°3 : les 15 premières transnationales du monde classées d’après leurs emplois
à l’étranger, 2002 (nombre d’employés)

Effectif à Effectif
Rang Sociétés Pays d'origine Branche d'activité l'étranger total

1 Ford Motor Company Etats-Unis Véhicules automobiles 188 453 350 321
2 Volkswagen Group Allemagne Véhicules automobiles 157 887 324 892
3 General Electric Etats-Unis Matériel électrique et électronique 150 000 315 000
4 France Telecom France Télécommunications 102 016 243 573
5 General Motors Etats-Unis Véhicules automobiles 101 000 350 000
6 British Petroleum CO.Pic Royaume-Uni Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 97 400 116 300
7 Toyota Motor Corporation Japon Véhicules automobiles 85 057 264 096
8 Total Fina Elf France Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 68 554 121 469
9 Royal Dutch/Shell Group Royaume-Uni/Pays-Bas Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 65 000 111 000
10 Vodafone Group Pic Royaume-Uni Télécommunications 56 667 66 667
11 ExxonMobil Corporation Etats-Unis Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 56 000 92 000
12 RWE Group Allemagne Electricité, gaz et eau 55 563 131 765
13 Vivendi Universal France Média 45 772 61 815
14 E.On Allemagne Electricité, gaz et eau 42 063 107 856
15 Chevron Texacon Corp Etats-Unis Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 37 038 66 038
Source: CNUCED, Rapport sur l’investissement dans le monde:
« La montée en puissance du secteur des services », 2004.

D’après l’analyse des trois tableaux, on constate que le classement change d’un indicateur à un
autre. En effet, General Electric prend le 1er rang en terme d’actifs à l’étranger, mais selon les
ventes à l’étranger elle ne se classe qu’en 10ème place. Le critère de l’emploi à l’étranger place
Volkswagen en 2ème position, par contre, suivant la valeur des actifs à l’étranger, elle ne prend que
le 11ème rang.

(1)
Le secteur manufacturier est celui dont l’emploi est le plus élevé.
8
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

La disparité de ces classements révèle que chacun de ces critères quantitatifs pris isolément n’est
pas suffisamment significatif du degré de multinationalisation. Mais pris ensemble, ils livrent un
profil relativement fiable de la dimension des firmes. Pour cela, la CNUCED a mis au point un
indice de transnationalité.

2.4. L’indice de transnationalité

Cet indice, calculé par la CNUCED depuis 1993, est destiné à évaluer le degré de transnationalité
des FMN. Il représente la moyenne des trois ratios suivants :

¾ pourcentage des actifs à l’étranger dans les actifs totaux ;


¾ pourcentage des ventes à l’étranger dans les ventes totales ;
¾ pourcentage d’employés à l’étranger dans l’emploi total de la firme.

De par son calcul, on remarque que l’indice de transnationalité est plus significatif et plus pertinent
que les autres indicateurs pris séparément. En effet, d’une part il prend en compte les trois critères à
la fois, et d’autre part, il rapporte l’activité étrangère à l’activité totale.(1)
Suivant cet indice, les firmes de l’échantillon précédent prennent les rangs ci-après.

Tableau n°4 : Classement des multinationales non financières,


selon l’indice de transnationalité, 2002.
Indice de
Rang Sociétés Pays d'origine Branche d'activité transnationalisation

84 General Electric Etats-Unis Matériel électrique et électronique 40,6


12 Vodafone Group Pic Royaume-Uni Télécommunications 84,5
67 Ford Motor Company Etats-Unis Véhicules automobiles 47,7
16 British Petroleum CO.Pic Royaume-Uni Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 81,3
95 General Motors Etats-Unis Véhicules automobiles 27,9
45 Royal Detch/Shell Group Royaume-Uni/Pays-Bas Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 62,4
73 Toyota Motor Corporation Japon Véhicules automobiles 45,7
22 Total Fina Elf France Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 74,9
65 France Telecom France Télécommunications 49,6
41 ExxonMobil Corporation Etats-Unis Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 65,1
53 Volkswagen Group Allemagne Véhicules automobiles 57,1
86 E.On Allemagne Electricité, gaz et eau 40,2
78 RWE Group Allemagne Electricité, gaz et eau 43,4
40 Vivendi Universal France Média 65,7
50 Chevron Texacon Corp Etats-Unis Industrie Pétrolière (espl/raff/distr) 58,2

Source : CNUCED, Rapport sur l’Investissement dans le monde :


« La montée en puissance du secteur des services », 2004.
Note : ce classement est réalisé sur les 100 premières multinationales.

(1)
L’activité étrangère n’est plus considérée comme un volume en absolu, mais elle est prise en compte comme une part
de l’activité globale.
9
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

D’après le tableau n°4, on remarque que les 15 premières entreprises ayant le plus d’actifs à
l’étranger ne figurent pas en tête du classement selon l’indice de transnationalité. Le groupe General
Electric qui possède le plus d’actifs à l’étranger prend le 84ème rang suivant l’indice de
transnationalité.

3. les caractéristiques des firmes multinationales

Les firmes multinationales se distinguent des entreprises nationales par un certain nombre de
caractéristiques qui peuvent être scindées en deux (02) groupes :

¾ les caractéristiques quantitatives ;


¾ les caractéristiques qualitatives.

3.1. Les caractéristiques quantitatives

3.1.1. La taille

Le critère quantitatif fondamental est la dimension de l’entreprise. Les firmes multinationales sont
généralement de très grandes entités détenant des ressources financières et technologiques
considérables. Elles dominent les activités mondiales, en terme de commerce et d’investissement
international. Elles produisent la plupart des biens de consommation et engagent des volumes
significatifs dans l’investissement.

Cette prédominance incite à se poser la question suivante : Pourquoi l’activité internationale


reste l’apanage de grandes firmes ?
Une explication peut résider dans les risques et les coûts élevés associés aux opérations
internationales ( coûts d’acquisition de l’information sur les marchés, coûts de marketing, des
sources en capital et en technologie) qui ne peuvent être supportés que par des grandes entités
disposant de moyens financiers, logistiques et humains.

Ainsi, Ces exigences du business international expliquent le rôle modeste qu’occupent les PME
(petites et moyennes entreprises) dans l’activité internationale.

3.1.2. La diversité géographique

A la différence des entreprises nationales qui disposent de multiples établissements à l’intérieur


d’un pays et qui peuvent être engagées dans le commerce international, les firmes multinationales
contrôlent des unités de production dans plus d’un pays. Et le nombre de pays, dans lesquels les

10
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

multinationales opèrent, varie et dépend de leur type de production, de la concurrence du secteur et


de leur stratégie.
Pour mettre en relief la diversité géographique, on peut citer l’exemple du groupe Adidas-Salomon
2ème entreprise mondiale dans le secteur de l’équipement de sport, qui est présent dans 27 pays dans
le monde et compte 115 filiales.

3.2. Les caractéristiques qualitatives

Les caractéristiques qualitatives sont relatives à la structure opérationnelle de l’entreprise


multinationale. On distingue trois formes de structures :

¾ intégration verticale ;
¾ intégration horizontale ;
¾ intégration conglomérale.

3.2.1. Les multinationales à intégration verticale

En général, les entreprises à intégration verticale sont des entreprises industrielles produisant divers
composants intermédiaires qui vont être transformés en biens finis. Ces firmes localisent les phases
du processus de production dans différents pays. En d’autres termes, elles procèdent à une division
spatiale de leurs activités.

Cette division internationale du processus de production (DIPP) est liée aux diverses
caractéristiques du territoire d’accueil, notamment aux avantages comparatifs (1) de chaque pays.
De ce fait, une entreprise localise la partie à forte intensité de travail de sa chaîne de production
dans un pays à faibles coûts de la main d’œuvre, localise les opérations exigeant une forte quantité
de « capital humain » dans une région où l’offre de la main d’œuvre qualifiée est importante et
établit son centre de recherches-développement sur un territoire doté de centres de recherches
comme la Silicon Valley californienne ou la Silicon Glen qui se trouve en Ecosse.

Pour illustrer l’intégration verticale d’une multinationale, on peut citer l’exemple du constructeur
automobile Ford, installé en Allemagne, qui reçoit freins et pneus de filiales belges, vitres et
autoradios du Canada, batteries et rétroviseurs d’Espagne, poussoirs hydrauliques des Etats Unis,
carters, alternateurs et ventilateurs de France, démarreurs et roulements du Japon. (2)

(1)
Un pays possède un avantage comparatif dans la production d’un bien s’il peut relativement le produire de manière
plus efficiente qu’un autre pays.
(2)
W.Andreff, "Les multinationales globales", Ed La Découverte, Paris, 2003. p. 47.
11
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

3.2.2. Les multinationales à intégration horizontale

Ces entreprises se caractérisent par la production de biens similaires dans toutes leurs unités de
production à travers le monde.

La pénétration des marchés étrangers via l'intégration horizontale peut d'une part être motivée par
l'instauration de barrières protectionnistes par le pays d'accueil. D'autre part, cette stratégie peut être
expliquée par la nature du produit. A titre d'exemple, les produits frais agroalimentaires ne peuvent
en aucun cas faire l'objet d'exportation (importation). Ils doivent être exclusivement produits et
commercialisés sur place. La firme Danone, spécialisée dans les produits laitiers frais s'est
implantée en Algérie car elle n'avait pas d'autres alternatives pour pénétrer le marché algérien.
A ces deux facteurs vient s'ajouter le coût du transport comme facteur incitatif à l'intégration
horizontale.

3.2.3. Les multinationales diversifiées ou les conglomérats

Comme les entreprises à intégration verticale ou horizontale, une firme à expansion conglomérale
gère plusieurs unités de production dans différents pays. Cependant la différence réside dans le fait
qu’en dehors d’un lien financier, ces unités sont indépendantes les unes des autres. Ainsi, on les
qualifie de filiales semi- indépendantes.

Un conglomérat diversifie sa gamme de produits en intervenant sur plusieurs secteurs d’activité à


travers le monde. Son objectif est de réduire le risque par une diversification géographique et une
diversification de produits.

Parmi les entreprises diversifiées, on peut évoquer, la firme américaine ITT qui opère dans
l’électronique, les télécommunications, la pharmacie, l’assurance, les hôtels (groupe Sheraton).

II. LES BASES DE LA MULTINATIONALISATION

Si la multinationalisation a été définie et certaines caractéristiques identifiées dans la première sous


section, les déterminants des délocalisations n'ont pas encore été expliqués. On ne sait toujours pas
pourquoi une entreprise souhaite investir à l'étranger et comment elle peut pénétrer un marché
étranger. Comment une firme, qui délocalise à l'étranger la fabrication d'un bien et subit de ce fait
des coûts de délocalisation, peut rester compétitive face aux entreprises locales qui produisent sur
leur propre marché?

12
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

Pour qu'une firme demeure concurrentielle et compétitive sur le territoire étranger, elle doit détenir
un atout initial nécessaire, à savoir des avantages spécifiques transférables.

1. La détention d’avantages spécifiques, élément clé de la multinationalisation

1.1. La notion d’avantage spécifique

Un avantage spécifique est une sorte d’atout concurrentiel résultant d’actifs tangibles ou intangibles
qui donnent à une entreprise un avantage distinctif lorsqu’elle entre sur un nouveau marché.

1.2 Les formes d’avantages spécifiques

Les avantages spécifiques découlent des imperfections des marchés. On peut classer ces avantages
en quatre catégories selon la source des imperfections (1) :

¾ imperfections sur le marché des produits ;


¾ imperfections sur le marché des facteurs de production ;
¾ imperfections de dimension ;
¾ les politiques interventionnistes des gouvernements.

1.2.1. Les imperfections sur le marché des produits

Les produits font l’objet de plus en plus de différenciation. Ainsi une entreprise peut réussir à
s’implanter à l’étranger, en exploitant une marque qui constitue un élément essentiel de la
différenciation. La détention d’une marque peut être le résultat de techniques particulières de
marketing et/ou de niveaux importants de qualité. Cette qualité peut à son tour résulter d’avantages
technologiques.

1.2.2. Les imperfections sur le marché des facteurs de production

Sur la base de ces imperfections, on peut distinguer deux sortes d’avantages compétitifs, à savoir un
avantage technologique ou un savoir -faire et un accès privilégié aux marchés.

¾ L’avantage technologique ou le savoir- faire :


Les facteurs de production, plus précisément, la technologie ou le savoir-faire
sont inégalement répartis entre les entreprises. Ainsi, une firme peut exploiter sa
supériorité technologique qui lui permettra de demeurer compétitive et
concurrentielle sur le territoire étranger.

(1)
D.Tersen/ J.L.Bricout, « l’investissement international », Ed Armand Colin/Masson, Paris, 1996, p.60..
13
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

¾ Un accès privilégié aux marchés des capitaux :


Une entreprise de grande taille dispose d’un avantage lui permettant de mobiliser
aisément des capitaux importants, d’un montant très supérieur à celui que les
firmes nationales peuvent obtenir. A titre illustratif, on peut citer le cas de Walt
Disney. Le parc de loisir parisien a été financé à hauteur de 80% sous forme
d’emprunt (1).

1.2.3. Les imperfections de dimension ( la capacité de réaliser des économies d’échelle)

L’économie d’échelle est un avantage procuré par l’accroissement de la taille d’une activité. En
procédant à une production de masse, l’entreprise arrive à réduire le coût unitaire du produit.
En effet, en considérant les coûts de production constitués de frais fixes et variables, une
augmentation de la production permet de répartir les coûts fixes sur une quantité plus grande de
produits, d’où la réduction du coût unitaire. Par conséquent, l’entreprise pourra vendre à des prix
plus faibles que ceux appliqués par les concurrents.

1.2.4. Les politiques interventionnistes des gouvernements

En plus des avantages qui lui sont propres, l’entreprise étrangère peut tirer profit des facilités
accordées par certains pays d’accueil (2).
Il est à préciser que ces facilités privilégient les firmes étrangères par rapport aux entreprises
locales, mais elles ne peuvent en aucun cas être qualifiées d’avantages compétitifs.
En effet, ces avantages peuvent être exploités par toutes les entreprises étrangères. Par conséquent,
ces avantages sont plutôt communs que spécifiques.

Certes la détention d’avantages spécifiques est une condition nécessaire, mais encore faut-il que ces
avantages soient transférables.

Après avoir déterminé les actifs spécifiques permettant à une entreprise de demeurer compétitive
face aux entreprises du pays d’accueil qui produisent sur leur propre marché, on développera à
présent les activités par lesquelles une entreprise pourrait exploiter ses avantages et pénétrer les
marchés étrangers.

III. Formes de présence sur le marché étranger

(1)
J.L.Mucchuelli, « Multinationales et Mondialisation ». ibid. p.130.
(2)
Les avantages accordés par les pays d’accueil vont faire l’objet d’un développement dans le chapitre IV.
14
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

Différentes possibilités se présentent à une entreprise pour s’introduire sur un marché étranger. Elle
peut opter pour l’une des activités suivantes :

¾ Le commerce international (les exportations) ;


¾ L’investissement direct à l’étranger (IDE) ;
¾ L’investissement technique.

Ce sont les trois domaines sur lesquels l’entreprise multinationale concentre ses activités.

1. Les exportations

En situation de libre échange, autrement dit en l’absence de barrières contraignantes, l’entreprise


peut utiliser ses avantages spécifiques au niveau national et exporter à l’étranger.
C’est la forme de présence la moins coûteuse, l’entreprise n’a pas à investir dans le pays d’accueil.

2. L’investissement direct à l’étranger

L’IDE est l’option retenue lorsque les barrières protectionnistes empêchent une firme de tirer profit
de ses avantages compétitifs par des exportations.
Une entreprise qui intervient sur le marché étranger, à travers l’IDE exploite elle-même ses actifs
spécifiques sur le territoire étranger.(1)

3. Les pénétrations techniques

A côté des exportations et de l’IDE qui sont des méthodes traditionnelles de pénétration de marchés
étrangers, les entreprises peuvent recourir à d’autres voies d’accès, qualifiées de nouvelles formes
d’internationalisation. A titre d’exemple, on peut mentionner la concession de licences ou de
brevets, le franchisage et les alliances stratégiques. Les formules techniques présentent des
avantages et des inconvénients.

En effet, en délivrant une licence, l’entreprise n’a pas à supporter les coûts et les risques inhérents à
l’IDE et peut pénétrer un marché dont l’accès est rendu difficile par l’instauration de barrières
protectionnistes. Mais la concession de licence est un mode de pénétration qui peut ne pas être
rapide, il se caractérise par la longueur des phases de négociation (détermination du montant des
royalties, les obligations contractuelles). A titre illustratif, il a fallu douze ans à McDonald’s pour

(1)
L'IDE fera l'objet d'un développement dans la deuxième section de ce chapitre.
15
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

négocier avec le gouvernement soviétique les conditions d’ouverture de son premier restaurant
moscovite (1).

IV. Stratégies des multinationales et motivations d’expansion à l’étranger

Si les conditions nécessaires à la réussite de la multinationalisation ont été avancées, on ignore les
motifs qui poussent réellement les entreprises à s’internationaliser.
Afin d’expliquer ces raisons, on essaiera de répondre à la question suivante :
Pourquoi les entreprises déploient-elles des efforts nécessaires pour investir à l’étranger plutôt
que de s’intéresser au marché interne et de produire pour exporter ?

Pour cela, il est nécessaire de distinguer deux (02) types d’entreprises : la firme réactive et la firme
proactive.

1. Stratégies des multinationales

Face aux concurrents nationaux et étrangers, l’entreprise poursuit la stratégie qui répond le mieux à
ses objectifs. Ainsi, l’entreprise peut être qualifiée de réactive ou proactive.

1.1. Une firme réactive

C’est une entreprise passive qui se caractérise par son caractère défensif et son aversion au risque.
Ses actions reflètent des réponses aux changements de l’environnement et aux mouvements de ses
concurrents. Elle suit plutôt qu’elle ne mène. Elle se contente de maintenir les conditions présentes
d’une activité sûre et rentable.

Sa préoccupation est de préserver sa part de marché en prenant une double attitude : non-ingérence
sur les terrains des autres et défense de sa position.

1.2. Une firme proactive

A la différence de la firme réactive, l’entreprise proactive est offensive (agressive). Elle prend
constamment des initiatives en créant de nouveaux produits et en accédant à de nouveaux marchés.
Elle est disposée à prendre des risques afin de rester leader dans son domaine et d’assurer une
croissance future.

(1)
A.Harrison, Business international et mondialisation : vers une nouvelle Europe », Ed De Boeck Université,
Bruxelles, 2004. p.78.
16
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

2. Les raisons d’aller à l’international

Même lorsqu’elles répondent à toutes les conditions, il arrive que les entreprises ne passent pas
nécessairement au stade multinational. C’est alors qu’un ensemble de facteurs provoquent ou non
l’expansion à l’étranger.
Selon la stratégie de la firme, ces facteurs peuvent être classés en défensifs ou offensifs.

2.1. Les motivations défensives

2.1.1. La protection du marché existant

Pour les entreprises ayant pour activité de produire pour l’exportation , la protection de leurs
marchés peut être considérée comme un mobile puissant pour s’implanter à l’étranger. En effet, ces
entreprises risquent de voir leurs exportations menacées par :

¾ l’action du gouvernement visant à développer l’industrie locale ;


¾ des mesures protectionnistes, à savoir l’instauration de tarifs douaniers très élevés ou des
barrières protectionnistes comme les quotas (1) à l’exportation, imposés aux pays.

Ces barrières rendent les importations moins attrayantes car elles deviennent plus coûteuses. Par
conséquent, le fait de ne plus pouvoir écouler ses exportations pousse ces entreprises à sauter au-
dessus des barrières ( tarif jumping) et de produire dans le pays d’accueil protégé. De ce fait,
l’entreprise qui était outsider devient insider, le marché est désormais exploité à l’intérieur.

Dans ce sens, plusieurs cas peuvent être cités : le constructeur automobile Renault s’est installé au
Brésil pour éviter de supporter les droits de douane sur les voitures importées, ils sont passés à 70%
en 1995 (2).
Les constructeurs japonais, coréens et américains ont beaucoup investi en Thaïlande, car les droits
de douane à l’importation sur « les véhicules importés terminés » sont extrêmement élevés : 95%.(3)

Ainsi on peut dire que ce sont les obstacles à l’échange qui créent les multinationales.

(1)
Restrictions quantitatives sur la valeur ou le volume des importations autorisées dans un pays donné.
(2)
J.L.Mucchielli, "Multinationales et Mondialisation".ibid. p.143.
(3)
Revue, le MOCI, N°1645, 8 avril 2004, p.19.
17
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

2.1.2. La sécurité des approvisionnements en matières premières

S’approvisionner en matières premières aux moindres coûts et aux moindres risques peut constituer
un mobile puissant pour s’implanter à l’étranger. C’est souvent le cas pour les entreprises du secteur
primaire et de l’extraction (secteurs pétroliers, de métaux ou de plantation). Ces dernières sont
amenées à se multinationaliser en raison de l’absence ou de l’insuffisance des ressources locales ou
bien aux coûts nécessaires à leur exploitation. D’autre part, le besoin de s’implanter à l’étranger est
ressenti par crainte des pressions des fournisseurs. Cette installation réalisée généralement par le
rachat de ses fournisseurs étrangers permettra à l'entreprise d’assurer le contrôle, en termes de
quantité et de qualité des matières premières.

Ainsi, il en résulte un contrôle des ressources naturelles et l’intégration verticale des productions.

2.1.3. L’accès à la technologie

Il arrive qu’une entreprise s’installe à l’étranger pour tirer profit de la technologie du pays d’accueil
qui n’est pas disponible dans son pays d’origine. Pour cela, elle peut procéder de deux (02)
manières.

La première méthode consiste à installer des laboratoires de recherches dans le pays d’accueil, pour
apprendre les technologies modernes. La Silicon Valley est l’exemple d’une région qui attire les
entreprises intéressées par le développement de l’industrie de l’électronique (1).

L’autre méthode pour accéder à la technologie consiste à racheter les petites entreprises locales
disposant d’une avance technologique. Ces dernières sont connues sous le nom de « Start up ».

2.1.4. La protection des actionnaires contre des récessions conjoncturelles

Parmi les préoccupations d’une entreprise, figure la sécurité des actionnaires. Autrement dit,
l’entreprise est tenue de leur assurer un dividende stable ou régulièrement croissant. Pour cela, elle
doit contrôler les fluctuations des bénéfices. La diversification permet de réaliser cet objectif en
deux manières.

La première consiste à étendre son activité dans plus d’un pays. C’est l’expansion géographique. Le
but est d’amortir l’effet de la récession dans un pays par l’expansion dans un autre.

(1)
B.Desgardins, Développement international de l’entreprise, Ed Dunod, Paris, 1997, p.147.
18
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

L’autre forme de diversification est relative à l’élargissement de son activité sur un ensemble varié
de produits et de pays en même temps. Ainsi, l’entreprise pourra compenser les pertes éventuelles
enregistrées sur un marché par les bénéfices réalisés sur un autre marché.
En résumé, la diversification permet de minimiser les risques en cas de récession économique. C’est
une garantie pour l’avenir.

2.1.5 Suivre la concurrence

Certaines entreprises décident de s’implanter à l’étranger parce que leurs concurrents l’ont fait.
C’est la « course-poursuite ». Ce phénomène est souvent observé en situation oligopolistique (1).

L’implantation d’une entreprise à l’étranger implique l’accroissement de sa part du marché, d’où un


changement au sein de l’oligopole. L’action de cette entreprise est ressentie comme une agression
de la part des autres concurrents qui sont menacés par la baisse de leur part de marché.

Ces entreprises qui risquent d’être distancées, sont contraintes de suivre le premier investisseur en
s’implantant à leur tour à l’étranger.

Pour illustrer le comportement de la « course-poursuite », on peut citer l’exemple empirique de


Mercedes, General Motors et Ford qui se sont implantées au Brésil car Renault s’y est installée.
Toutes ces entreprises se sont délocalisées pendant la même année, soit en 1995.

2.1.6 Suivre la clientèle

L’implantation de certaines firmes peut être stimulée par l’internationalisation de l’un de leurs gros
clients. En effet, vu la rigidité des liens entre une entreprise et un petit nombre de grands clients,
l’implantation à l’étranger de l’un de ces derniers entraîne sa poursuite par ses principaux
fournisseurs et les entreprises de services ( banque, publicité…etc.) .

Pour expliquer ce lien, on cite l’exemple des équipementiers automobiles qui s’installent à
l’étranger prés de leurs clients pour conserver un marché. Cette stratégie est adoptée par l’entreprise
Inergy Automotive Systems, leader mondial des réservoirs à carburant en plastique.
« Nous n’avons pas choisi la Thaïlande par hasard, nous avons voulu accompagner nos clients
traditionnels comme General Motors et sa filiale Isuzu ainsi que Toyota, puisque le marché avait la
taille critique », explique le chargé d’affaires de cette société quant à leur implantation en
Thaïlande.(2)

(1)
Un oligopole est un marché dominé par un petit nombre de grandes entreprises.
(2)
La Revue : Le MOCI, N°1645, 8 avril 2004, p.20.
19
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

2.2. Les motivations offensives


Les motifs d’ordre offensifs sont moins fréquents que les raisons défensives. La pénétration d’un
marché par une firme proactive pourrait être due au sous-emploi des ressources dans le pays
d’origine ou au souhait de réaliser des économies d’échelle.

2.2.1. Le sous emploi des ressources dans le pays d’origine

En s’implantant à l’étranger, les entreprises sont à la recherche d’utilisations rentables des


ressources sous employées dans le pays d’origine.

2.2.2. Réaliser des économies d’échelle ou de gamme

L’étroitesse du marché interne et le souhait de réaliser des économies d’échelle pourrait être une
motivation en faveur de l’expansion à l’étranger.

La tendance à la globalisation croissante de la concurrence et des marchés dans la quasi-totalité des


secteurs d’activité a fait de l’internationalisation une dimension incontournable pour l’entreprise.
Ainsi cette dernière est forcée de sortir de son cadre national pour être présente sur les marchés
étrangers. Toutefois, pour réussir sur ces marchés, la firme doit disposer d’avantages spécifiques
transférables et choisir la formule d'implantation la plus adéquate. Parmi ces modes d’implantation,
l’investissement direct étranger constitue la forme la plus répandue vu l’importance des flux
enregistrés dans le monde. De ce fait la section suivante fera l’objet de la présentation des
généralités sur l’investissement direct étranger.

DEUXIEME SECTION: GENERALITES SUR L’INVESTISSEMENT


DIRECT ETRANGER

Dans cette section, il s'agit d'abord de définir l'IDE et de le distinguer des autres flux de capitaux.
Pour cela, il est nécessaire de le comparer à l'investissement étranger indirect (prêt bancaire) et à
l'investissement étranger de portefeuille. Ensuite on analysera les composantes et les formes de
l'IDE.

20
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

I. L’INVESTISSEMENT DIRECT ETRANGER, DEFINITION ET SPECIFICITES

L'investissement direct étranger est un phénomène économique trés complexe. Pour le cerner, la
définition du FMI se révèle insuffisante. De ce fait l'identification de ses spécificités est nécessaire.
Pour cela, une comparaison avec les autres sources de financement s'avère indispensable.

1. Définition générale

Selon le manuel de la balance des paiements du F.M.I (Fonds Monétaire International), un


investissement direct étranger est considéré comme tel lorsque cet investissement est effectué dans
le but d’acquérir un intérêt durable dans une entreprise (entreprise d’investissement direct) exerçant
ses activités sur le territoire d’une économie autre que celle de l’investisseur (investisseur direct).
La notion d’intérêt durable implique :

¾ l’existence d’une relation durable entre l’investisseur direct et l’entreprise ;


¾ la possibilité pour l’investisseur d’exercer une influence notable sur la gestion de
l’entreprise investie.

L’intérêt durable est défini en fonction du degré de propriété et non pas en terme de temps. Ainsi
pour déterminer l’existence d’une relation d’investissement direct étranger, le FMI fixe le seuil de
détention à 10% ou plus des actions ordinaires ou des droits de vote de l’entreprise investie(1).

Ce pourcentage est déterminé par convention et il est arbitraire. Il peut arriver qu’un investisseur
étranger contrôle une société même s’il n’est en possession que d’un petit paquet d’actions ( moins
de 10%), comme au contraire il peut détenir une participation importante ( plus de 10%) sans
influence sur la gestion de l’entreprise. En effet, le seuil de 10% n’implique pas automatiquement
l’accès à la prise de décision dans la gestion de l’entreprise. Cela s’explique par le fait que
l’exercice d’un pouvoir d’influence dépend non seulement de la participation de l’investisseur mais
aussi de la configuration générale du capital et de la présence d’actionnaires dominants.

A titre illustratif, on cite l’exemple de l’homme d’affaires américain T.Boone Pickens qui était
devenu, en 1989, l’actionnaire principal de la firme japonaise « Koito Manufacturing », avec 26%
du capital, sans parvenir à avoir des représentants à son conseil d’administration.(2)

(1)
Le seuil de contrôle, le plus souvent 10 % du capital des filiales étrangères est retenu par l’ONU, l’OMC, le FMI,
l’OCDE, l’INSEE, la Banque de France, l’EUROSTAT et la CNUCED.
(2)
D.Tersen/J.L.Bricout, « l’investissement international », ibid. p.6.
21
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

En plus de son caractère arbitraire, le seuil de participation varie d’un pays à un autre. Ainsi la
France comptabilisait les IDE sur la base d’un seuil de 20% jusqu’en 1993, la date à laquelle elle
s’est alignée à la norme du FMI, à savoir 10%. (1)

2. Nature de l’investissement direct étranger

Pour mieux cerner la nature de l’investissement direct étranger, il est préférable de ne pas se
contenter de la définition du FMI mais de mettre en relief ce qui le singularise par rapport à d’autres
opérations similaires. Pour cela, on le compare dans un premier temps à l’investissement
international indirect et par la suite à l’investissement étranger de portefeuille (IEP).

2.1 Comparaison entre l’investissement direct étranger et l’investissement international


indirect (2)

La comparaison entre ces deux formes d’investissement va permettre d’expliquer la différence entre
la notion de "direct" et "indirect".

¾ L’investissement international indirect

Cet investissement regroupe les capitaux prêtés par un agent économique d’un pays donné à un
agent économique d’un autre pays. L’agent économique étranger est un simple prêteur. C’est
l’emprunteur qui investit ces fonds pour son propre compte. Il a le statut d’investisseur.

Agent économique Prêt Agent économique Investissement


étranger: prêteur local : emprunteur pour le compte
de l’emprunteur

¾ Investissement direct étranger

L’IDE englobe les capitaux investis directement par un agent économique dans un pays autre que
son pays de résidence. Cet agent est à la fois le détenteur de capitaux et l’investisseur. L’agent
économique local n’intervient pas dans l’investissement, d’où la notion d’investissement direct.

Agent économique Capitaux Investissement pour le


étranger: investisseur compte de l’agent étranger

(1)
J.L.Mucchielli, « Multinationales et Mondialisation », ibid. p. 47.
(2)
M.E.BENISSAD, « Economie internationale », Ed OPU-PUBLISUD, Alger, 1983, p. 79.
22
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

2.2. Comparaison entre l’investissement direct étranger et l’investissement de portefeuille

L’IDE et l’IEP sont souvent confondus. On essayera ci-après d’en faire ressortir la nuance et
d’approfondir la définition de chacun de ces concepts.

¾ C’est quoi l’investissement de portefeuille ?

L’investissement de portefeuille regroupe :

¾ l’investissement sous forme de participations, autrement dit la détention de moins


de 10% des actions ou des droits de vote de l’entreprise investie ;
¾ l’acquisition de titres d’emprunt, des obligations et des bons, les instruments du
marché monétaire et les produits financiers dérivés (options, swap…etc.).

Les investissements étrangers de portefeuille sont purement financiers. Ils ont généralement un
caractère spéculatif.

¾ Critères de distinction entre l’investissement direct étranger et l’investissement de


portefeuille

L’investissement direct étranger et l’investissement de portefeuille se distinguent par la nature des


investisseurs et leurs motivations.

Î Nature des investisseurs

Les investisseurs directs sont souvent des entreprises qui produisent des biens et/ou des services.
Par contre les investisseurs qui s’intéressent au portefeuille sont généralement des institutions
financières, des courtiers, des investisseurs institutionnels (sociétés d’assurance, caisses de retraite
ou des fonds de placement), des firmes industrielles ou commerciales ou des particuliers.

Î Motivations des investisseurs

L’IDE est motivé principalement par la perspective des profits à long terme que les investisseurs
espèrent réaliser dans des activités de production qu’ils gèrent directement. En revanche, les IEP
sont motivés par des considérations spéculatives fondées sur les différentiels de taux d’intérêt et les
anticipations en matière de taux de change, abstraction faite de toute relation durable ou de toute
idée de contrôle de l’entreprise. Telle est la motivation essentielle de l’investissement de
portefeuille qui le différencie considérablement de l’IDE.

Î la stabilité des IDE et la volatilité des investissements de portefeuille.

23
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

La distinction entre l’IDE et l’investissement de portefeuille en terme d’investisseurs et de leurs


motivations permet de déduire le caractère volatil des investissements de portefeuille.
La recherche de profits à court terme explique la sensibilité des investissements de portefeuille à
une variété de facteurs (le taux d’intérêt, par exemple) et par conséquent leur forte volatilité par
rapport aux investissements directs dont le moteur est la recherche d’une rentabilité à long terme.
En effet, suite à une baisse des bénéfices ou le cours des actions, les investisseurs de portefeuille
liquident leurs investissements en vendant leurs titres sur le marché secondaire. Par contre, il est
plus difficile aux firmes multinationales de vendre leurs filiales étrangères, en particulier si ces
dernières sont imbriquées dans le processus de production (intégration verticale).

Le tableau n°5 présente la mesure de la volatilité des investissements directs étrangers et les
investissements de portefeuille, sur une période donnée. L'analyse de la variation du ration IDE/PIB
et IEP/PIB montre une forte volatilité des investissements de portefeuille par rapport aux
investissement directs, aussi bien pour les économies les plus intégrées que les économies les moins
intégrées.
Dans les économies intégrées, le coefficient de variation des IDE/PIB s'élève à 1.751 alors qu'il
n'est que de 0.696 pour les IDE/PIB.
Dans les économies les moins intégrées, les IEP avec un coefficient de variation de 2.494 contre
1.276 pour les IDE, ils constituent les flux les plus volatiles.

Pour illustrer cette différence de stabilité, on compare le comportement des flux d’investissements
de portefeuille et les flux d’IDE vers les pays d’Asie affectés par la crise financière de 1997. Durant
cette année là, les flux d’investissements de portefeuille à destination des pays les plus touchés ont
brusquement baissé, voire devenus négatifs (désinvestissement). En revanche, les flux d’IDE sont
restés positifs et n’ont que légèrement baissé.

Tableau n°5 : Mesure de la volatilité des IDE et des investissements de portefeuille


par le coefficient de variation.

IDE/PIB Investissement de portefeuille/PIB

Les économies les plus intégrées 0.696 1.751

Les économies les moins intégrées 1.276 2.494

Source: FMI, Effects of Financial Globalization on Developing Countries: Some Empirical


Evidence, Washington DC, 2003.

En résumé, on peut conclure que le principal trait distinctif entre investissement direct et
investissement de portefeuille repose sur une question de contrôle.

24
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

II. LES COMPOSANTES DE L'INVESTISSEMENT DIRECT ETRANGER

A mesure qu'il prenait de l'ampleur, l'investissement direct étranger s'est diversifié dans ses
composantes et dans ses formes.

En termes de flux de capitaux, l’IDE désigne les fonds que l’investisseur direct fournit à l’entreprise
investie. Ainsi les IDE comprennent non seulement la transaction initiale, qui établit la relation
entre l’investisseur et l’entreprise investie, mais aussi les flux générés par les transactions
ultérieures. Ces flux peuvent être répartis selon leur nature en trois catégories :

¾ les opérations en capital social ;


¾ les bénéfices réinvestis ;
¾ les transactions de prêts interentreprises

1. Les opérations en capital social

Cette rubrique regroupe les fonds destinés à la création d’une nouvelle entreprise, l’extension des
capacités de production d’une entreprise appartenant à l’investisseur et les prises de participations
( supérieur au seuil de 10%) dans le capital d’une entreprise déjà existante..

2. Les bénéfices réinvestis

Ces capitaux comprennent les bénéfices non distribués sous forme de dividendes mais réinvestis
dans l’entreprise.
Le réinvestissement des bénéfices n’est pas comptabilisé par tous les pays comme composante de
l’IDE. Par conséquent, les statistiques deviennent biaisées et difficiles à comparer. On peut citer
l’exemple de l’Inde qui exclut les bénéfices réinvestis dans la mesure des IDE.

3. Les transactions de prêts interentreprises

Cette catégorie de flux englobe toutes les opérations à court et à long terme de prêt/emprunt et les
avances entre l’entreprise mère et l’ensemble de ses filiales.

La décomposition des IDE (graphique n°1) fait ressortir l’importance des opérations en capital
comme principale composante. Elles représentent en moyenne prés de 60 % de l’IDE mondial.
Quant aux prêts inter-filiales, ils prennent de plus en plus d’importance. En effet, cette composante
dont la part ne dépassait pas les 20% en 1995, est désormais (en 2001) à l’origine de 35 % des IDE.
De ce fait, on conclut que les opérations en capital et les prêts inter filiales sont à l’origine de 95%
des IDE, ce qui ne laisse qu’une part de 5% pour le réinvestissement des bénéfices. Ceci s’explique
25
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

par le fait que les investisseurs étrangers ne réinvestissent pas leurs bénéfices mais les rapatrient
dans leur pays d’origine.

Graphique n° 1: Part de chaque composante dans les flux d’IDE.


( en pourcentage % )
100%
90%
80%
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001

Transactions de prêts inter-entreprises


Bénéfices réinvestis
Opérations en capital social

Source : CNUCED.

III. L’investissement direct étranger : un phénomène multiforme

Une fois que l’entreprise a décidé de pénétrer un marché par la présence directe, elle doit décider :

¾ Si elle entend être seule ou s’associer avec un ou plusieurs partenaires ;


¾ Si elle souhaite créer une unité nouvelle ou reprendre une installation déjà existante.

1. De la création à l’achat

1.1 La création de nouvelles filiales ou Greenfield investment

Cette forme d’IDE consiste en la création à l’étranger d’une filiale possédée à 100% par la maison
mère. Cette modalité est appelée, en anglais, greenfield investment. C’est de cette façon que ce sont
implantées les premières firmes multinationales. C’était le mode le plus utilisé, sinon exclusif dans
le monde. Par la suite, les greenfield investments sont devenus une formule d’implantation
minoritaire, d’autres formes ont pris le dessus. Ainsi, en 1990, sur cinq dollars d’IDE entrants aux
Etats Unis, seul un dollar est investi sous forme de création. (1)

(1)
D.Tersen/J.L.Bricout, « l’investissement international », ibid. p.7.
26
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

La pénétration d’un marché sous forme de création d’entreprises et d’unités nouvelles permet à
l’investisseur d’assurer le contrôle total de la filiale et d’éviter les transferts technologiques en
dehors du groupe. Cependant elle présente des inconvénients liés à la longueur des délais
nécessaires à l’installation, ce qui explique en partie le recul des créations en tant que forme
d’IDE(1).

Les créations de filiales prennent souvent une forme particulière qualifiée de transplants ou
d’usines tournevis. Ces unités n’ont pour fonction que l’assemblage des composants importés.
Généralement, les entreprises ont recours à cette forme d’implantation pour tirer profit des faibles
coûts de main d’œuvre mais surtout pour contourner les barrières protectionnistes.
En effet, les transplants se sont développés dans les industries manufacturières tels le secteur de
l’automobile, des téléviseurs et des photocopieurs, suite aux restrictions quantitatives instaurées par
certains Etats. Ainsi les entreprises d’automobile japonaises étaient incitées à s’implanter sur le sol
américain après l’application en 1981 d’un quota d’importation de voitures nippones (2). Aussi, dans
le secteur des téléviseurs, pour les mêmes raisons (le protectionnisme), l’entreprise japonaise Sony
s’est installée en Amérique en 1972 (3).

1.2. Achat d’entreprises


Cette forme d’IDE consiste à prendre le contrôle d’une entreprise déjà existante sur le territoire
étranger. Pour cela, l’investisseur procède à une prise de participations, généralement réalisée sous
forme de fusions-acquisitions transnationales (FAT).

L’implantation par le rachat des actions ou des droits de vote d’une firme déjà existante constitue la
pénétration la plus facile. D’une part, l’investisseur dispose immédiatement d’une unité nouvelle
(dans un bref délai). D’autre part, il acquiert un réseau commercial, bancaire et de fournisseurs
locaux qui sert de support au lancement de ses activités et rend plus aisé l’apprentissage du marché.
Cependant cette formule n’est guère possible que là où se présentent des opportunités d’achat. En
d’autres termes, seuls les pays dont la structure industrielle comporte un grand nombre de petites et
moyennes entreprises offrent de telles occasions.

De ces deux formes d'investissement, l'acquisition de firmes déjà existantes constitue le mode le
plus dominant (graphique n°2). Cela s'explique par l'accroissement des fusions-acquisitions
transnationales.

(1)
Le temps joue un rôle important dans l’environnement concurrentiel de l’entreprise. Cette dernière, en créant une
nouvelle filiale risque d’être devancée par ces rivaux qui peuvent prendre position immédiatement sur les marchés
étrangers par acquisitions d’entreprises déjà existantes.
(2)
D.Tersen/J.L.Bricout, « l’investissement international », ibid. pp.7-8.
(3)
J.L.Mucchielli, "Multinationales et Mondialisation", ibid. p.142.
27
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

Graphique n°2 : Parts des FAT et greenfield dans le flux d’IDE total
(en pourcentage % )
100%
90%
80%
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999
FAT greenfield

Source : CNUCED.

2. L’investissement solitaire ou association

2.1. L’investissement solitaire

L’attitude très généralement observée chez les plus grandes multinationales est d’entreprendre
seules les opérations à l’étranger, chaque fois que cela est possible et en particulier quand celles-ci
prennent la forme d’une création d’unités nouvelles. Cela s’explique par la détention de moyens
financiers, techniques et humains leur permettant de mener seules leurs expansions à l’étranger. En
outre, l’investissement solitaire est souhaitable car il facilite la gestion et la préservation des
connaissances techniques.

2.2 L’association

L’association peut être réalisée à différents niveaux de contrôle : majoritaire, égalitaire et minoritaire.

¾ La participation majoritaire ( au-delà de 50 % )


Elle constitue souvent une solution d’attente avant une prise de contrôle totale.

¾ La participation égalitaire ou joint-venture internationale


Un contrat de joint-venture international peut être décrit comme un accord par lequel deux
entreprises créent en commun une société mixte, située à l’étranger.
Une coentreprise a deux origines principales. Elle peut résulter soit d’une association entre un
investisseur étranger et un partenaire local, soit d’un accord entre deux entreprises étrangères.

28
Premier chapitre L’investissement direct étranger et les firmes multinationales

Généralement, les entreprises ont une préférence pour l’IDE réalisé sous forme de filiales
entièrement contrôlées. Cependant comment expliquer le développement des coentreprises comme
mode de présence sur le marché étranger ?

La création de joint-ventures provient de motivations stratégiques ou de contraintes subies par la


firme.

En effet, lorsqu’une multinationale réalise une coentreprise dans un pays industrialisé, il s’agit
souvent d’un choix stratégique (partager les coûts élevés dans les secteurs de haute technologie par
exemple). En revanche, il arrive que la création de joint-venture soit une décision imposée
directement ou indirectement par les autorités des pays hôtes. Ces dernières peuvent privilégier les
firmes étrangères associées à un partenaire local (contrainte indirecte) ou bien imposer
l’implantation sous forme de coentreprise (contrainte directe). Cette situation prévaut souvent dans
les pays en développement pour protéger les secteurs stratégiques.

Ainsi, les joint-ventures réalisées avec un partenaire local constituent le moyen privilégié, sinon
unique pour s’introduire dans un marché fermé. Mais pour que la coentreprise aboutisse à un
succès, il est nécessaire que les objectifs des deux parties soient communs et compatibles.

¾ la participation minoritaire ( de 10 % à 50 % du capital de la firme)

Beaucoup moins pratiquée, la participation minoritaire a rarement la valeur d’un contrôle mais
plutôt d’une surveillance dans l’attente d’un renforcement de la position initiale. Elle n’est le plus
souvent qu’une solution transitoire.

A la fin de ce premier chapitre, on a pu à partir de la première section répondre aux interrogations


liées aux firmes multinationales. On sait à présent que ce sont les motifs stratégiques défensif ou
offensifs qui incitent et motivent une entreprise à quitter son territoire national et à se délocaliser.
Cependant pour que la multinationalisation soit un succès, l'entreprise doit disposer d'avantages
spécifiques qui vont lui permettre d'être concurrentielle et compétitive sur le marché étranger.

Quant à l'investissement direct étranger, on le distingue maintenant mieux des autres catégories de
flux de capitaux. On a déterminé les transactions qui font partie de l'IDE et celles qui en en sont
exclues. En résumé, on a présenté l'ensemble des notions générales qui vont permettre de mener
aisément l'analyse approfondie de l'investissement direct étranger.

29
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

DEUXIEME CHAPITRE :
TENDANCES DES IDE, REPARTITION
GEOGRAPHIQUE ET SECTORIELLE

Ce chapitre est destiné à analyser l'évolution des investissements directs


étrangers, phénomène qui prend de plus en plus d'ampleur dans le monde. Pour
ce faire, on a subdivisé ce chapitre en trois sections. La première section sera
consacrée à la présentation statistique de l'évolution des IDE depuis la période
coloniale du 19ème siècle jusqu'à nos jours, en passant par leur montée en
puissance depuis la fin des années 1980. Dans la deuxième section, on
s'intéressera à la détermination des principaux facteurs liés à l'expansion des
IDE. La troisième section portera sur la distribution géographique et sectorielle.
Ceci dans le but de déterminer d'une part, les principaux pays investisseurs et
destinataires des IDE et d'autre part, pour identifier les secteurs les plus
attractifs.

30
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

PREMIERE SECTION : LA MONTEE EN PUISSANCE DE


L'INVESTISSEMENT DIRECT ETRANGER

Au cours de cette section, nous essaierons de présenter les tendances de l'évolution de l'IDE depuis
les époques coloniales jusqu'à nos jours.

I. APERÇU HISTORIQUE

1. L’IDE : un phénomène ancien

Contrairement à une idée couramment admise, l’investissement direct étranger n’est pas apparu
dans les années 1980. C’est un phénomène ancien, lié aux époques coloniales du 19ème siècle,
lorsque les entreprises britanniques et françaises exploitaient les ressources agricoles et minières
des colonies. En effet, il est devenu économiquement significatif depuis le 19ème siècle. Plusieurs
exemples en témoignent : en 1852, Samuel Colt a réalisé le 1er investissement américain au
Royaume-Uni, Bayer s’est installé aux USA en 1865 et Singer s'est implantée en Russie, en 1867.
D’où l’estimation, par la CNUCED de 14 milliards de dollars de stock d’IDE mondial en 1914.

L’analyse de l’évolution historique de l’IDE fait apparaître trois moments importants :

¾ le premier moment situé entre le premier conflit mondial et la veille du second ;


¾ le deuxième moment se situant après la deuxième guerre mondiale jusqu’au
années 70 ;
¾ le troisième, se situe entre 1973 et 1984.

1.1 De 1914 à 1945 : Suprématie du Royaume-Uni

Au cours de cette période, les pays investissant hors de leur pays d’origine étaient des puissances
coloniales : le Royaume-Uni, la France, les Etats-Unis et l’Allemagne (1). En 1914, à eux seuls, ces
pays détenaient la quasi-totalité du stock mondial d’IDE, soit 87 %. Comme illustré par le tableau
n°6, le Royaume-Uni était le leadership avec une part avoisinant les 50 %.

Les investissements des pays industrialisés avaient comme destination principale les pays en
développement. Ces derniers recevaient prés de 73 % du total des IDE dans le monde. Cette
orientation vers les pays en développement s’expliquait soit par le besoin d’écouler les
marchandises, soit par le besoin d’assurer l’approvisionnement en matières premières, à partir de
plantations et d’activités extractives prés de ressources naturelles. Ceci a engendré la concentration
de l’IDE à hauteur de 55% dans le secteur primaire.

(1)
L’Allemagne est restée un pays investisseur jusqu’à 1918, juste après le deuxième conflit mondial.

31
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

Au cours de la période regroupant les deux guerres mondiales et de l'entre deux guerres,
l’investissement direct étranger a enregistré un essoufflement qui s’est vite transformé en
expansion, pendant les années d’après-guerre.

1.2. De 1945 à 1973 : Hégémonie des Etats-Unis

Avec la fin du deuxième conflit mondial (1945), le niveau de l’IDE a peu à peu augmenté et a vu
son taux de croissance augmenter. Les facteurs à l’origine de cet essor sont principalement :

¾ l’effort de reconstruction européen financé en grande partie par le Plan Marshal


(23 milliards de dollars d’aide publique des Etats-Unis entre 1946 et 1951) qui a
conduit un mouvement important d’investissement de la part des firmes
américaines en direction de l’Europe ;
¾ la période de prospérité, caractérisée par une importante croissance et le plein
emploi. C’est ce qu’on appelle communément « les trente glorieuses ».

De cette façon, l’après guerre a entraîné non seulement un développement considérable de l’IDE
mais aussi une profonde redistribution des rôles au sein des pays investisseurs et pays d’accueil.

A la fin du deuxième conflit mondial et après l’effondrement des empires coloniaux, le Royaume-
Uni qui était en tête des pays investisseurs, perd son hégémonie. Les Etats-Unis dont l’appareil
productif est resté intact pendant le conflit se sont affirmés en tant que puissance dominante en
matière d’investissement international. Comme illustré par le tableau n°6, en l’espace de deux
décennies, de 1938 à 1960, leur part a progressé de 20 points pour atteindre les 48 % du stock
mondial d’IDE. C’est ainsi que les Etats-Unis se sont substitués au Royaume-Uni comme leader
mondial dans l'investissement direct à l'étranger.

Tableau n°6: Répartition du stock d’IDE par pays d’origine (en %).

Pays 1914 1938 1960

Pays du G5 86,9 81,2 72,8


Etats-Unis 18,5 27,7 48,3
Japon 0,1 2,9 0,8
Royaume-Uni 45,5 39,8 16,3
Allemagne 10,6 1,3 1,2
France 12,2 9,5 6,2
Europe hors G5 10,8 15 18,4
Stock mondial d'IDE 100 100 100

Source : Rapport sur l’investissement dans le monde, 1995, CNUCED.

32
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

Pour l’accueil des IDE, contrairement à la période précédente, caractérisée par une concentration
sur les pays en développement, le début des années 50 a connu un renversement des tendances en
faveur des pays développés. En 1960, ces pays détenaient prés des deux tiers du stock mondial
d’IDE, soit 67 % (voir tableau n°7).

Tableau n°7: Répartition du stock d’IDE par pays destinataires (en %)

Région destinataire 1913 1938 1960


Pays développés 27,3 32,6 67,3
Etats-Unis 10,3 7,4 13,9
Europe de l'Ouest 7,8 7,4 22,9
Autres pays développés 9,2 17,8 30,5

Pays en développement 72,7 67,4 32,7


Amérique Latine 32,7 30,8 15,6
Afrique 6,4 7,4 5,5
Moyen et Proche-Orient 2,8 2,6 2,8
Asie 20,9 25 7,9
Europe de l'Est 9,9 1,6 0,9

Stock mondial 100 100 100


Source : Rapport sur l’investissement dans le monde 1995, CNUCED.

Parallèlement à la montée en puissance des pays industrialisés, les pays en développement ont vu
leur part baisser brusquement, passant de 73 % à 33 %. Ce repli a été spectaculaire en Amérique
Latine et en l’Asie où les entrées d’IDE ont chuté respectivement de 33 % et 21 % à 17 % et 8 %.

Ce déclin s’explique en partie par les attitudes hostiles et les réglementations très restrictives à
l’entrée des investissements étrangers, adoptées par les pays en développement à orientation
socialiste vis-à-vis des entreprises multinationales. Ces dernières étaient considérées comme une
autre forme de colonisation. C’est en partie cette politique fermée qui a fait perdre l’attractivité des
pays en développement. En effet, suite à de multiples nationalisations et expropriations des
capitaux étrangers(voir tableau n°8), il est clair qu’on ne pouvait pas s’attendre à voir les FMN
continuer d’investir dans de telles conditions. A cela s’ajoute l’apparition de l’Europe occidentale
comme zone attractive. En effet, en jouissant d’une stabilité économique, d’une forte croissance et
d’un vaste marché de consommateurs à pouvoir d’achat élevé, l’Europe de l’Ouest est devenue la
cible préférée des investisseurs étrangers. Ainsi s’explique la réorientation des IDE de l’Amérique
Latine vers l’Europe occidentale. Cette dernière a vu sa part se multiplier par 4 entre 1914 et 1973,
passant respectivement de 8 % à 36 %. A cette date, elle était devenue la première région d’accueil
d’IDE dans le monde.

La montée en puissance des Etats-Unis s’est accompagnée de l’orientation des IDE vers l’industrie
au détriment du secteur primaire.

33
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

Tableau n°8: Nombre de nationalisation et d’expropriation de filiales de firmes


multinationales dans les pays en développement (1960-1976).

Période Nationalisation Expropriation

1960-1969 455 136


1970-1976 914 376

Total 1369 512


Source: CNUCED.

1.3. De 1973 à 1984 : Emergence du Japon et de l’Allemagne


Cette période a enregistré une progression de l’IDE et une certaine redistribution des rôles au sein
des principaux pays investisseurs.

Concernant l’évolution des IDE, le choc pétrolier de 1973 n’a pas freiné l’expansion de
l’investissement étranger. En effet, à l’échelle de la planète, les flux d’IDE ont continué à
augmenter: à 26 milliards de dollars, ils ont progressé de 20 % par rapport à l’année 1973.
Toutefois, il s’agit de chiffres nominaux et, étant donné que les pays de l’OCDE ont connu dans les
années 70 une inflation à deux chiffres, il en résulte qu’en termes réels, il y a eu qu’une légère
augmentation des flux d’IDE.

A la suite du deuxième choc pétrolier, en 1982-1983, la dynamique de l’IDE a connu un


essoufflement : les flux d’IDE sont passés de 69 milliards de dollars (1981) à 52 milliards (1983).
Ce repli de l’IDE a été le résultat d’une combinaison de facteurs. Le ralentissement de la croissance,
la diminution des profits des entreprises et les anticipations défavorables d’évolution de la demande
ont engendré une baisse des stratégies de développement des entreprises, notamment par croissance
externe.

En plus de la diminution des IDE, la part des Etats-Unis dans le stock mondial sortant s’est réduite
tandis que celle de l’Allemagne et du Japon a augmenté. L’appréciation du yen et du mark a
engendré l’essor des investissements allemands et japonais.

Le recul des investissements américains s’explique essentiellement par la dévaluation du dollar en


1971, l’abandon du système de Bretton Woods et l’adoption du système de changes flottants. Ces
changements ont fait perdre aux Etats-Unis l’avantage d’une monnaie surévaluée.

A l’inverse, l’appréciation du yen et du mark a engendré l’essor des investissements japonais et


allemands.

34
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

II. EVOLUTION RECENTE DE L’IDE


1. Place des IDE dans les flux de capitaux privés
A partir des années 1980, la part des prêts bancaires dans les apports de capitaux étrangers a
diminué au profit de l’investissement international (graphique n°2).
Après avoir occupé qu’une part de 20 % dans le total des flux de capitaux étrangers entre 1978-
1981 (les prêts 80%), l’investissement étranger acquiert désormais une place prépondérante dans les
sources de financement étrangères. En effet, sa part avoisine les 56 %, répartie en IDE à hauteur de
20 % et de 36 % pour les IEP.

Cette évolution est la résultante de l’intensification de la titrisation des opérations financières (qui a
stimulé les IEP) et la croissance du processus d’internalisation au sein des sociétés transnationales
(qui a stimulé les IDE).

Plus particulièrement, on parle maintenant beaucoup plus de l’IDE et il y a à cela de nombreuses


raisons. L’une d’elles est l’accroissement de son importance relative en tant que source privée de
financement de l’investissement par l’étranger. En 1997, cet investissement représentait 43 % des
capitaux privés à destination des pays en développement contre seulement 22 % en 1985.

Graphique n°3 : la part des prêts bancaires dans les apports de capitaux a
diminué au profit de l’IDE et de l'IEP.

90%
80%
70%
60% IDE
50%
IEP
40%
30% Prêts
20%
10%
0%
1978-1981 1982-1989 1990-1995

Source : Revue « Finances & Développement », juin 2001, FMI.

En plus de l’envolée des IDE par rapport aux autres sources de financement étrangères, il ressort
des estimations que l’IDE progresse plus rapidement que le commerce international et la production
mondiale. Suivant le tableau n°9, on remarque qu’en valeur, l’IDE est dominé par les exportations
de biens et services. Mais en terme de croissance, l’IDE a augmenté à des taux dépassant de loin
ceux de la croissance de l’économie mondiale et du commerce. En effet, sur l’ensemble de la

35
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

période 1982-2003, la valeur des flux annuels d’IDE a augmenté de 9 fois et demi (portant
respectivement sur des montants de 59 et de 560 milliards de dollars), celle des exportations de
biens et services a été multipliée par 4 (passant de 2.246 à 9.228 milliards de dollars) et quant à la
production internationale, elle a augmenté de 3 fois (11 737 contre 36 163 milliards de dollars).

Ainsi, l’IDE est devenu un vecteur important de l’internationalisation et de la mondialisation qui


caractérisent l’économie internationale contemporaine. Cependant, il reste une variable
dynamique qui évolue d’une année à une autre.

Tableau n°9 : Evolution de l'IDE par rapport à la production internationale


et au commerce extérieur

Valeur en prix courants Taux de croissance annuelle


Indicateur (en milliards de dollars) ( en pourcentage)
1982 1990 2003 1982-1990 1990-2003 1982-2003
Entrées d'IDE 59 209 560 71,8% 62,7% 89,5%
PIB (en prix courant) 11 737 22 588 36 163 48,0% 37,5% 67,5%
Exportations de biens et services
(Non-facteurs) 2 246 4 260 9 228 47,3% 53,8% 75,7%
Source : CNUCED, Rapport sur l’investissement dans le monde :
« La montée en puissance des IDE », 2004.

2. La montée en puissance de l’IDE : 1986-2000


Comme l’illustre le graphique n°4, après une légère baisse au début des années 80, les flux d’IDE
ont recommencé à augmenter à partir de 1986. Selon les estimations de la CNUCED, de 1986 à
1990, les flux d’IDE ont progressé à un rythme phénoménal. Avec un taux de croissance de l’ordre
de 24% l’an, les flux d’IDE ont atteint 209 milliards de $ en 1990.

Cette expansion s’est ralentie en 1991, la valeur des flux d’IDE dans le monde est tombée à 158
milliards de dollars, l’équivalent d’une régression de 25 %. Ce repli a été particulièrement ressenti
par les pays développés où les entrées d’IDE ont chuté de 34% (passant de 171 à 113 milliards de
dollars). De tous les pays industrialisés, les Etats-Unis et le Royaume-Uni étaient les pays les plus
affectés par cette baisse (respectivement -53 % et –51% en une année). Les pays en développement
qui n'ont pas été affectés par cette baisse constituent l'exception de ce ralentissement. En effet, ces
pays ont vu leur part passer de 37 à 43 milliards USD, soit une progression de 17 %.

Ce déclin est dû à une combinaison de facteurs : les anticipations défavorables de profitabilité de


capitaux investis, les perspectives de demande réduite et l’environnement macroéconomique
défavorable aux USA sont autant d’éléments qui ont incité les entreprises à ralentir leurs
investissements à l’étranger.

36
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

La baisse de l’IDE enregistrée au cours de cette période pourrait être qualifiée de pause du fait
qu’elle n’a duré que deux années. En effet, l’IDE a repris sa croissance dès 1992, l’année qui
correspond au début d’une explosion des IDE.

Cette période se caractérise par une forte croissance de l’IDE. Avec un taux de croissance annuel
moyen de 82 %, les flux sortants d’IDE ont atteint le pic de 1.388 milliards de dollars en 2000.

Graphique n°4 : Evolution des IDE dans le monde de 1970 à 2003


(en millions de dollars)
1 600 000

1 400 000

1 200 000

1 000 000
IDE

800 000

600 000

400 000

200 000

0
6

2
0

4
99

99

99

00

00
97

97

97

97

97

98

98

98

98

98

99

99

2
1

1
1

Années

Source : CNUCED, base de données sur l'investissement international et les firmes


multinationales.

3. Le déclin des IDE dans le monde


Après avoir atteint un niveau sans précédent en 2000, les entrées d’IDE se sont contractées en 2001,
pour la première fois depuis 10 ans, enregistrant une baisse de 40 % pour atteindre 818 milliards de
dollars.
Ce repli a été particulièrement spectaculaire aux Etats-Unis et au Royaume-Uni où les entrées
d’IDE ont respectivement régressé de 56 % et de 50 %.

Selon la CNUCED, parmi les facteurs qui sont à l’origine de ce repli, on trouve la faible croissance
économique enregistrée dans la plupart des régions du monde, la diminution des bénéfices des
sociétés, le ralentissement du processus de restructuration dans certains secteurs, la forte chute du
montant des fusions-acquisitions internationales et la fin des programmes de privatisation dans
certains pays.

37
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

La valeur des entrées d’IDE a continué à diminuer jusqu’en 2003, l’année durant laquelle ces flux
ont atteint 560 milliards de dollars. Cependant, d’après la CNUCED(1), la progression de 3 % du
montant des fusions-acquisitions durant le premier semestre de 2004, par rapport à la même période
de 2003, constitue un signe pour la reprise des IDE dans le monde.

De l'analyse de son évolution, on peut conclure que l'investissement direct étranger est un
phénomène ancien et trés dynamique. Il a connu des phases d'expansion et de déclin.

DEUXIEME SECTION : LES PRINCIPAUX FACTEURS DE CROISSANCE


DE L’IDE DANS LE MONDE

La forte progression de l’IDE qui s’est déclenchée depuis le milieu des années 1980 est un
phénomène à causes multiples. Cette section sera consacrée à la détermination de ces principaux
facteurs de croissance.

I. LES PRIVATISATIONS ET LES FUSIONS-ACQUISITIONS TRANSFRONTALIERES

1. Les privatisations
Les privatisations sont définies comme le transfert à des personnes de droit privé (personnes
physiques ou entités légales) d’actifs existants du secteur public.

1.2. Importance des privatisations dans les IDE à destination des pays en développement :
L’ouverture des secteurs publics dans le cadre des programmes de privatisation a enregistré un essor
important à la fin des années 1980. En effet, les privatisations des entreprises publiques ont généré
276 milliards de dollars de recettes dans le monde. La part des IDE liée aux privatisations a été de
65 % du flux entrant en moyenne en 1989-1995.(2)

Pour les pays en développement, entre 1989 et 1993, les recettes de privatisations ont été évaluées à
96 milliards de dollars, dont 33 milliards de dollars (un tiers) provenant de l’étranger. Les
investissements directs étrangers ont représenté les deux tiers des recettes contre un tiers pour les
investissements de portefeuille (voir tableau n°10).

Ainsi, l’importance des opérations de privatisation partielles ou totales a été un facteur explicatif de
l’expansion des IDE à destination des économies en transition. C’est particulièrement le cas pour
les PECO (Pays de l’Europe Centrale et Orientale) et l’Amérique Latine.

(1)
Dans son rapport sur l’investissement dans le monde « la montée en puissance du secteur des services, vue
d’ensemble », 2003.
(2)
W.Andreff, « les multinationales globales », ibid. p.24.
38
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle
Tableau n°10 : Parts des IDE et IEP dans les recettes de privatisations des pays en
développement (en millions de dollars et %)

Cumul
1988 1989 1990 1991 1992 1993
1988-1993
Les pays en développement 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100%

(Montant en milliards de dollars) 0,2 0,8 3,2 8,9 9,1 10,8 33,2

Investissements directs 100% 100% 97% 61% 74% 57% 68%

Investissements de portefeuille - - 3% 39% 26% 33% 32%


Source: CNUCED.

1.2. Le cas des PECO

Par manque de capitaux, de technologies et de compétences de gestion pour restructurer des


entreprises en difficulté et revitaliser des secteurs clés de l’économie, les Pays d’Europe Centrale et
Orientale ont lancé des programmes de privatisations, notamment par ventes d’actifs accessibles
aux investisseurs étrangers. De ce fait le passage de ces pays en transition à l’économie de marché
par le biais des privatisations a eu pour conséquence l’augmentation des IDE. D’ailleurs, c’est la
participation étrangère à la privatisation des secteurs publics qui est à l’origine de la croissance de la
valeur des flux d’IDE entrants dans ces pays. Comme illustré par le tableau n°11, l’investissement
direct étranger dans les PECO s’inscrit pour près de 60% entre 1989 et 1993 dans le cadre de
programmes de privatisations.

La croissance des IDE en Europe Centrale et Orientale se caractérise par une concentration
géographique et sectorielle. En effet, la Hongrie, la Pologne et la République Tchèque constituent
les destinations de prédilection des capitaux étrangers car c’est dans ces pays que les investisseurs
étrangers ont le plus participé au processus de privatisation en rachetant plus de 80% des actifs
cédés en Hongrie et 50 % en Pologne. Quant à la répartition sectorielle, la grande majorité de l’IDE
a concerné la construction automobile (20% du total de l’investissement total) ainsi que les
industries de pétrole et du gaz.

Pour la construction automobile, les principales zones d’investissement pour les entreprises de
l’Ouest sont la Pologne et la République Tchèque. Ces régions sont considérées comme le plus
grand marché du monde pour l’achat de véhicules neufs (en dehors de la Chine).
En 1990, ces pays comptaient environ 120 voitures pour 1000 habitants tandis que l’on comptait
360 voitures pour 1000 habitants en Europe de l’Ouest. Suite à un nombre important d’opérations
de privatisations partielles ou totales, la Pologne et la République Tchèque sont devenues le centre
de construction automobile de l’Europe de l’Est. En 1991, Volkswagen a crée une joint-venture
avec le constructeur automobile thèque. En Pologne, il y a eu la privatisation totale des deux
constructeurs automobiles locaux : l’acquisition de "FSM" par le constructeur automobile Fiat et

39
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

celle de FSO par la firme coréenne Daewoo.(1) Suite à ces privatisations, d’autres firmes
multinationales ont fait leur apparition en Europe de l’Est : General Motor, BMW, Hyundai…etc.
En 1997, le marché de voitures polonais était dominé par Fiat à hauteur de 35%, suivie par Daewoo
(en deuxième position) qui s’est emparée de 27 % et GM qui détenait 10% des parts de marché.

Tableau n°11 : Flux d’IDE issus des privatisations dans les PVD (1989-1993)
(en millions de dollars et %)

cumul
1989 1990 1991 1992 1993 1989-1993
Afrique du Nord et Proche-Orient
Montant 1,0 - 3,2 19,2 302,0 325,4
Part dans les IDE entrants 0,06 - 0,4 0,4 22,3 5,5
Afrique Subsaharienne
Montant 13,8 38,2 11,1 49,8 544,7 657,6
Part dans les IDE entrants 0,6 4,3 1,2 4,6 52,1 10,8
Asie de l'Est et Pacifique
Montant - 0,7 77,1 522,7 1076,4 1676,9
Part dans les IDE entrants - 0,01 0,6 2,6 2,9 1,9
Asie du Sud
Montant 0,1 10,6 4,2 41,8 16,2 72,9
Part dans les IDE entrants 0,02 2,0 0,9 6,9 2,0 2,5
Amérique Latine
Montant 183,3 2 461,5 3 264,3 2 414,5 1 107,4 9 430,5
Part dans les IDE entrants 2,3 32,5 27,8 18,4 7,2 16,9
Tous PVD (hors PECO)
Montant 198,2 2 511,0 3 359,9 3 048,0 3 047,1 12 164,1
Part dans les IDE entrants 0,9 12,3 12,2 8,4 5,5 7,6
Europe Centrale et Orientale
Montant 461,5 475,5 1 868,2 2 697,9 2 979,8 7 545,9
Part dans les IDE entrants - - 76,3 58,5 53,3 59,7
Source: CNUCED.

1.3. Le cas de l’Amérique Latine


A côté des PECO, l’Amérique Latine constitue une région où les privatisations apparaissent comme
l’un des principaux facteurs d’accroissement des flux d’IDE. Particulièrement, c’est l’Argentine et
le Mexique qui en sont les grands bénéficiaires.

Après l’autorisation d’ouverture des secteurs publics suite à la loi votée en 1989, l’Argentine a
procédé à de nombreuses privatisations notamment dans l’industrie (électricité, gaz, pétrole,
sidérurgie) et les services (autoroutes, transports, télécommunications, distribution d’eau). La
majorité des entreprises qui ont repris ces secteurs sont des firmes multinationales qui ont engagé de
lourds investissements.

(1)
A.Harrison, « Business International et Mondialisation : vers une nouvelle Europe », ibid. p.511.
40
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

En 1991, le gouvernement argentin a engagé la privatisation de l’eau qui était jusque là assurée par
des entreprises publiques. Entre 1991 et 1999, un tiers des entreprises de ce secteur a été privatisé.
La principale opération est le transfert de la société étatique « Obras Sanitarias de la Nacion »
(OSN) à la Lyonnaise des Eaux (filiale du groupe Suez). Les opérations de privatisation ont été
nombreuses en Argentine, c’est d’ailleurs ce qui explique les 40 % d’IDE dans ses recettes de
privatisations.

Le Mexique est aussi un pays où la privatisation liée à l’IDE a fait partie intégrante du processus de
restructuration de son économie. Le nombre d'entreprises contrôlées par l’Etat a été divisé par cinq
entre 1982 et 1993, ceci confirme l’intensité du programme de privatisation au Mexique. En 1990,
la compagnie nationale de téléphone Telmex a été privatisée pour un montant de 2.6 milliards dont
350 millions de dollars revenaient à France Telecom.

1.4. La prédominance du secteur des services


La privatisation a été un moyen important d’attirer l’IDE dans le secteur des services dans les pays
en transition d’Europe Centrale et Orientale et les pays en développement, comme le montrent les
données concernant les fusions-acquisitions internationales considérées comme des privatisations
réalisées dans ces pays (graphique n°5).

Graphique n°5 : Acquisitions étrangères d’entreprises nationales par le biais


de privatisation : tous secteurs confondus et secteur des
services des pays en développement et des pays d’Europe
centrale et orientale, 1987-2002.
(en millions de dollars)

Source : CNUCED, base de données sur les fusions-acquisitions internationales.

41
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

2. Les fusions et acquisitions transfrontières (FAT) ou M&A(1)

La dernière décennie a enregistré une expansion des fusions acquisitions, en 1999, il y a eu


24 000 fusions et acquisitions dans le monde, dont 80 % étaient transnationales (autour de
20 000). Elles ont été très importantes dans les flux d’IDE que ce soit vers les pays développés ou
les pays en développement. Elles sont devenues le mode dominant pour investir à l’étranger. En
1999-2000, 75 % de l’IDE mondial a été réalisé sous forme de fusions acquisitions contre
seulement 25 % d’investissements nouveaux.

L’analyse de l’évolution des IDE et des FAT (graphique n°6) indique la corrélation entre ces deux
variables. En effet, on montre que toute évolution des fusions-acquisitions implique une évolution
dans le même sens des IDE. En 1991, la baisse des FAT a entraîné une diminution des IDE. Dans le
même ordre d’idée, en 2000, les fusions-acquisitions ont atteint leur sommet de 7 894 transactions
correspondant à 1 144 milliards de dollars et au cours de cette même année, les flux d’IDE entrants
ont enregistré leur pic de 1388 milliards de dollars. Ainsi, on peut conclure que la concordance
entre l’évolution des IDE et celle des FAT n’est pas une coïncidence. Bien au contraire, c’est la
flambée des fusions-acquisitions qui est essentiellement à l’origine de la croissance des IDE dans le
monde.

Les principales explications de l’expansion de FAT sont : les processus de déréglementation,


privatisation, les innovations et la libéralisation affectant les marchés financiers, les restructurations
de divers secteurs, l’ouverture accrue des pays aux FMN, la libéralisation du commerce au sein des
zones de libre-échange régionales. A ces facteurs macroéconomiques s’ajoutent l’intensification de
la concurrence à laquelle l’entreprise est quotidiennement affrontée. Ce sont autant de facteurs qui
ont stimulé les firmes à se développer, notamment par croissance externe. Ce qui a provoqué un
accroissement des flux d’investissements directs étrangers dans le monde.

(1)
Mergers and Acquisitions.
42
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

Graphique n°6 : Relation entre fusions-acquisitions internationales et IDE, 1987-2003


(en millions de dollars).
1 600 000

1 400 000

1 200 000

1 000 000

800 000

600 000

400 000

200 000

0
87

88

89

90

91

92

93

94

95

96

97

98

99

00

01

02

03
19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

19

20

20

20

20
Flux d'investissements directs entrants Fusions et acquisitions internationales

Source : CNUCED.

II. LIBERALISATION DES POLITIQUES D’ACCUEIL DES IDE ET


ENCOURAGEMENTS INTERGOUVERNEMENTAUX

Outre les opérations de privatisations et de fusions-acquisitions transnationales, les perspectives


d'intégration régionale et la réussite de la libéralisation de certains pays apparaissent comme l'un
des facteurs d'accroissement des flux d'IDE.

1. Libéralisation des politiques d’accueil des investissements directs étrangers

Jusque vers la fin des années 70, les politiques des pouvoirs publics étaient plutôt restrictives
(notamment dans les pays du tiers monde) avec des contraintes d’exportation, des menaces de
nationalisation et d’expropriation. Cependant depuis les années 80, on observe un retournement
progressif des politiques d’Etat concernant l’accueil des investissements directs. En effet, la
croissance des flux d’IDE s’accompagne et se nourrit d’un vaste mouvement de libéralisation des
conditions d’investissement étranger, au nord comme au sud. D’après la CNUCED(1), nombreux
sont les pays ayant modifié leur politique vis-à-vis des IDE (tableau n°12). Pendant la période

(1)
Dans son rapport sur l’investissement dans le monde : « les politiques d’IDE et les perspectives nationales et
internationales », 2003.
43
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

1991-2003, les dispositions législatives et réglementaires relatives à l’IDE ont fait l’objet de 1886
modifications dont 1771, soit 95 % des changements allaient dans le sens d’une libéralisation.

Tableau n°12 : Modifications apportées aux régimes nationaux d’investissement, 1991-2003.

Indicateur 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003

Nombre de pays a 35 43 57 49 64 65 76 60 63 69 71 70 82
Nombre de modifications 82 79 102 110 112 114 151 145 140 150 208 248 244

Plus favorables à l'IDE b 80 79 101 108 106 98 135 136 131 147 194 236 220

Moins favorables à l'IDE c 2 0 1 2 6 16 16 9 9 3 14 12 24

Source : CNUCED, Rapports sur l’investissement dans le monde 2002 et 2003.


a
Nombre de pays ayant modifié leur régime d’investissement.
b
Modifications allant dans le sens d’une libéralisation ou visant à améliorer le
fonctionnement du marché, et renforcement des mesures incitatives
c
Y compris les modifications destinées à renforcer les restrictions et à
détruire les mesures incitatives.

Cette tendance récente vers des politiques d’investissement plus libérales se manifeste par
l’allègement ou la réduction des obstacles, restrictions et exigences imposées par les Etats. Dans le
même ordre d’idée, les déclarations d’autorisation préalables à l’admission de l’investisseur
étranger, les restrictions sectorielles et les plafonds de participations étrangères dans le capital des
sociétés locales ont été levés ou réduits. En outre les dispositions prévoyant un traitement non
discriminatoire des investisseurs étrangers sont de plus en plus acceptés. D’après l’expression de
Dunning, ces changements marquent « le passage de la phase de la confrontation à celle de la
réconciliation entre firmes étrangères et gouvernements nationaux ». (1)

2. Accords intergouvernementaux
La libéralisation des lois et réglementations nationales liées à l’investissement étranger s’est
accompagnée d’une prolifération rapide des arrangements intergouvernementaux.
La négociation de ce type de conventions est devenue une pratique généralisée depuis la fin des
années 80. D’après la CNUCED, environ les deux tiers des 1 160 accords multilatéraux existants en
juin 1996 ont été conclus dans les années 90. Ces accords ont généralement pour objet la création
d’un cadre réglementaire transparent et un climat propice à l’investissement, en vue de promouvoir
et de protéger l’investisseur étranger.

(1)
D.Tersen/ J.L.Bricout, "L’investissement international", ibid. p.37.
44
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

Ces accords peuvent être d’ordre multilatéral, régional ou unilatéral.

2.1. Accords multilatéraux


Les principaux accords multilatéraux qui ont pour objectifs de promouvoir l’investissement étranger
sont :

¾ Convention pour le règlement des différends relatifs aux investissements entre


Etats et ressortissants d’autres Etats ;
¾ Convention portant création de l’agence multilatérale de garantie des
Investissements (AMGI).

2.1.1. Convention pour le règlement des différends


Elle est conclue en 1965 et entrée en vigueur en octobre 1966. Cette convention institue un
mécanisme de règlement des différends entre investisseurs et Etats par vois d’arbitrage au centre
international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). Le nombre des
parties contractantes à la convention a fortement augmenté ces dernières années.

2.1.2. Convention portant création de l’AMGI


Cet accord, adopté sous les auspices du groupe de la Banque Mondiale est conclu en 1985 et entré
en vigueur en avril 1988.
L’Agence Multilatérale de garantie des investissements est créée en vue de compléter les systèmes
nationaux, régionaux et privés d’assurance pour les investissements.

2.2. Accords régionaux commerciaux


A partir des années 1980, plusieurs accords commerciaux régionaux ont été conclus :

¾ l’acte instituant l’union européenne en 1986 ;


¾ accord de libre échange Canada/Etats-Unis en 1988.
¾ accord de libre échange nord américain (ALENA) entré en vigueur en 1994 ;
¾ AFTA(1), la zone de libre échange de l’ASEAN (2) en 1992.

L’exemple le plus marquant de ces accords est l’ALENA qui a entraîné une augmentation de l’IDE
à destination du Mexique, en particulier dans les activités d’assemblage de biens manufacturés pour
le marché des Etats-Unis.

Cette intégration commerciale a joué un rôle important dans le dynamisme des IDE. En effet, en
supprimant les obstacles internes au commerce, une zone de libre échange ou une union douanière a
un effet stimulant sur les entreprises. Ces dernières ont tendance à accroître leurs investissements

(1)
ASEAN Free Trade Area.
(2)
Association of South East Nations.
45
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

dans les pays participants à l’accord commercial. En s’implantant dans l’un des pays de la zone, une
entreprise a la possibilité de desservir les autres pays de l’union tout en bénéficiant du non-paiement
des taxes et droits de douane. De ce fait, elle devient concurrentielle par rapport aux firmes
étrangères qui se limitent à l’exportation comme moyen de pénétrer les pays de la zone.

2.3. Traités bilatéraux d’investissement et conventions de non double imposition

Selon la CNUCED (1), au cours des 10 dernières années, le nombre d’accords internationaux a
beaucoup augmenté, en particulier au niveau bilatéral et régional. En 2002, au niveau bilatéral, il y
en avait 2.181 accords bilatéraux d’investissement et 2.256 conventions concernant la double
imposition.

Les accords bilatéraux d’investissement (ABI) visent à protéger les investisseurs. Ils sont
généralement conclus entre pays en développement. D’après les estimations, ils portent sur environ
7% du stock mondial d’IDE et 22% du stock d’IDE dans les pays en développement et les pays
d’Europe centrale et orientale.

Les conventions concernant la double imposition ont pour objet la répartition du revenu imposable,
le but étant d’éviter que les intéressés (les investisseurs étrangers) soient doublement taxés (dans le
pays d’origine et dans le pays d’accueil). Ces conventions couvrent 87 % de l’IDE mondial et
environ et 57 % de l’IDE dans les pays en développement et les pays d’Europe Centrale et
Orientale.

Les pays sont de plus en plus nombreux à conclure des traités bilatéraux d’investissement et des
conventions concernant la double imposition. Parmi les pays développés, c’est l’union européenne
qui a conclu le plus grand nombre d’accords, essentiellement avec les partenaires d’Europe centrale
et orientale et des pays méditerranéens.

En plus des facteurs cités ci dessus, le pic de l’IDE coïncide avec la flambée des prix des actions à
la fin des années 90 et semble donc refléter pour une large part un simple phénomène de
valorisation (effet prix).

(1)
Dans son rapport sur l’investissement dans le monde : « les politiques d’IDE et le développement : perspectives
nationales et internationales », 2003.
46
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

TROISIEME SECTION : DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE ET


SECTORIELLE DES IDE

Dans cette section, il s'agit d'abord de répartir les sorties et les entrées des investissements directs
étrangers par pays de provenance et pays destinataires, afin de déterminer les principaux pays
investisseurs et les pays bénéficiaires. Ensuite, on essaiera de ventiler les IDE par secteur d'activité
pour préciser le secteur qui attire le plus d'investisseurs étrangers.

I. GEOGRAPHIE DES IDE DANS LE MONDE

La croissance en volume des flux d’IDE s’est accompagnée d’une diversification des pays d’origine
et des pays d’accueil. En effet, la dynamique actuelle des IDE intègre toutes les économies du
globe.

1. Pays d’origine
Les flux d’IDE sortants dans le monde se caractérisaient par une forte concentration géographique.
Les pays développés étaient les principaux pourvoyeurs de capitaux. En effet, en 1970, ils étaient à
l’origine de 100 % des flux sortants d’IDE. Plus particulièrement, la part du lion revenait aux Etats-
Unis, ils étaient à l’origine de 54 %, des flux d’IDE. Cette prédominance des Etats-Unis était
tellement importante au point de confondre firme multinationale et firme américaine.

Cependant, avec l’évolution récente de l’IDE, cette concentration s’est transformée en un


élargissement de la liste des principaux pays investisseurs ; une nouvelle géographie des flux
sortants d’IDE se dessine. On est passé de l’ère du défi américain(1) au pluralisme des pays
investisseurs. En 2003, la répartition par pays émetteurs indique que dix pays principaux sont à
l’origine de prés de 90 % des flux sortants d’IDE dans le monde. Les Etats-Unis sont le premier
investisseur, suivis du Luxembourg (cas particulier), de la France et du Royaume-Uni (graphique
n°7).

(1)
Cette expression est utilisée pour décrire la suprématie des Etats-Unis durant les années 60 et 70.
47
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

Graphique n° 7: LE TOP 15 DES PAYS INVSTISSEURS EN 2003


(en milliards de dollars) .

Taiwan 6
Autriche 7
Italie 9
Suisse 11
Australie 15
Suède 17
Canada 22
Espagne 23
Japon 29
Pays-Bas 36
Bélgique 37
Royaume-Uni 55
France 57
Luxembourg 96
Etats-Unis 152

Source : Revue : Le MOCI. N°1672. page10.

En plus du changement au niveau des principaux pays investisseurs, on assiste à un accroissement


de l’IDE en provenance du monde en développement (particulièrement les pays d’Asie), cette
région investit davantage à l’étranger (voir graphique n°8). Leur part dans les courants mondiaux
d’IDE est passée de moins de 6 % au milieu des années 80 à quelque 11 % au cours de la deuxième
partie des années 90, avant de retomber à 7 % en 2001-2003. Néanmoins, si la concentration a
diminué, les pays industrialisés restent les principaux pays d’origine.

Graphique n°8: Flux sortants d'IDE des pays en développement (1980-2003).


(En milliards de dollars).

Sources: CNUCED, Rapport sur l'investissement dans le monde:


"la montée en puissance du secteur des services, vue d'ensemble", 2004.

48
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

Le classement établi sur le graphique n°7 n’est pas très significatif du fait que le critère utilisé se
limite aux sorties en volume. Le plus important serait de mesurer la contribution de chaque pays au
total des sorties d’IDE tout en prenant en compte son poids dans l’économie mondiale. Pour cela, la
CNUCED a mis au point en 2004, l’indice des sorties effectives d’IDE qui exprime le rapport entre
la part du pays concerné dans les sorties mondiales d’IDE et sa part du PIB mondial. Selon ce
critère, la Belgique et le Luxembourg prennent le premier rang (à cause des IDE de transit), suivis
de Panama et Singapour (graphique n°9). Les Etats-Unis prennent la 30ème place alors qu’ils sont le
premier pays de provenance de l’IDE mondial (en 2003). Cela démontre que les Etats-Unis ont des
possibilités d’investissement qui dépassent leurs sorties d’IDE.

Graphique n° 9: Indice des sorties effectives d'IDE des


15 premiers pays, 2001-2003.

Royaume-Uni 1,6
Chipre 1,9
Canada 1,9
Denmarrk 1,9
Espagne 2,2
Frane 2,2
Suisse 2,3
Bahrain 2,3
Suède 2,3
Hong Kong 3,5
Azerbakhan 3,8
Pays-Bas 4,6
Panama 5,1
Singapour 6,5
Belgique 23

Source: CNUCED.

Après avoir distingué les principaux pays investisseurs, on va s’intéresser à présent aux pays
destinataires des IDE.

2. Pays d’accueil

La répartition géographique des investissements directs étrangers par pays destinataires révèle la
forte proportion d’investissements localisés dans les pays développés. En 2003, ces derniers
accueillent près de 66 % des courants d’IDE, ce qui laisse qu’une part de 32 % aux pays en
développement et 4 % pour l’Europe centrale et orientale.

Si on met à part le Luxembourg, centre financier et véritable plate-forme de transit de flux


d’investissements entrants et sortants, qui ne restent pas, avec une part de 21 %, la Chine devient la
principale destination des IDE, suivie de la France qui occupe la deuxième place avec
49 milliards de dollars reçus, en 2003.

49
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

Graphique n° 10 : LE TOP 15 DES PAYS DESTINATAIRES DE L’IDE EN 2003.


(en milliards de dollars)

Maxique 10
Singapour 11
Suisse 12
Allamagne 12
Hong Kong 13
Royaume- 14
Italie 16
Pays-bas 19
Irlande 25
Espagne 26
Bélgique 28
Etats -Unis 29
France 46
Chine 53
Luxembourg 87

Source : Revue Le MOCI n°1672, page 10.

3. Analyse comparative entre pays d’origine et pays destinataires

3.1 Pays investisseur = Pays destinataire

Une comparaison entre pays pourvoyeurs de capitaux et pays bénéficiaires permet de conclure que
l’IDE est pour l’essentiel un mode de relations économiques entre pays développés. Ces derniers
sont les principaux pays d’origine et les principaux pays d’accueil (les deux listes de pays sont
quasiment les mêmes). Cela nous permet de déduire une règle selon laquelle, un pays majeur de
l’IDE sortant est nécessairement un pays majeur de l’IDE entrant. Cependant, le Japon constitue
une exception à cette règle.

3.2 L’exception du Japon comme pays hôte


La véritable différence entre le Japon et les grands pays industrialisés est qu’il accueille peu
d’investissements directs. Si le Japon figure parmi les principaux pays investisseurs avec 29
milliards de dollars investis en 2003, il reste très fermé aux investissements étrangers. En effet sa
part dans les IDE entrants est insignifiante, elle est d’environ 6 milliards de dollars. Ce qui
représente un cinquième de ses sorties d’IDE. Ainsi, le Japon représente un investisseur net d’IDE.

Ce pays constitue un grand investisseur du fait qu’il contribue à hauteur de 29 milliards de dollars
dans le total des flux sortants, cependant il demeure un pays d’accueil insignifiant car sa part dans
les entrées d’IDE se limite uniquement à 6 milliards, soit un cinquième de l’IDE recueilli par les
Etats-Unis.

Cette exception peut s’expliquer par un certain nombre de facteurs:


50
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

¾ la principale entrave citée par les firmes étrangères est relative aux entreprises japonaises.
Ces dernières disposent d'une compétitivité technologique et organisationnelle qui dissuade les
firmes d'aller les concurrencer sur leur propre terrain.
¾ sur le plan macroéconomique, le Japon bénéficie d'une balance des paiements
structurellement excédentaire. Il n'a pas besoin de capitaux étrangers pour le financement de son
économie.
¾ les frais d'installation sont estimés trop lourds:le coût élevé du facteur travail (la cherté de la
main d'œuvre et difficultés de recrutement) et du facteur capital (le prix de l'immobiliers et des
terrains sont excessifs).
¾ la réglementation trés restrictive vis-àvis des investisseurs étrangers

3.3 la concentration sur la triade


Les investissements croisés entre les pays de la triade confirme l’idée selon laquelle les IDE se
réalisent entre les pays industrialisés ‘‘les IDE Nord-Nord ’’. Ils sont les principaux pays hôtes
(prés de 50%) et les principaux pays d’origine de l’IDE (environ 76 %).

Tableau n°13 : Stock d’IDE croisés au sein de la triade, 1999.


(milliards de dollars)

Etats- Union Reste du % Triade dans zones


Zone d’accueil Japon
Unis Européenne monde d’accueil
Zone d’origine
Etats-Unis 89 8 140 41.2
Union Européenne 128 118 5 214 54
Japon 16 7 21 52.3
Reste du monde 41 23 0
%Triade/origines 77.8 90.2 100
Source :CNUCED.

51
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle
Graphique n°11 : Stocks d’IDE croisés au sein de la Triade, 2001.
(en milliards de dollars)

Etats-Unis
Stock total d’investissement
à l’étranger
1 382

641 694 64 191

Union Européenne 24 Japon


Stock total d’investissement Stock total d’investissement
à l’étranger à l’étranger
3 172 88 300

Source : CNUCED, Rapport sur l’investissement dans le monde « les politiques d’IDE et le
développement : perspectives nationales et internationales », 2003.

II. DISTRIBUTION SECTORIELLE DES IDE

La décomposition sectorielle de l’IDE mondial permet de constater que sa structure se modifie


dans le temps. Alors qu’au début de leur développement, les investissements étaient concentrés
dans l’industrie extractive, dans les années 1970, les investisseurs s’intéressent davantage au
secteur manufacturier. En effet, avec une part de 45 % du stock mondial d’IDE, l’industrie
supplante le primaire pour devenir le premier secteur attractif. Mais cette répartition sectorielle des
IDE s'est de nouveau modifiée. A partir des années 1980, c'est le secteur des services qui attire
désormais le plus d'investisseurs étrangers.

1. Redéploiement sectoriel des IDE


Cependant l’expansion des IDE dans les années 80 s’est traduite par son redéploiement sectoriel du
secteur primaire et de l’industrie vers le tertiaire (graphique n°12). Selon la CNUCED, la
composition de l’IDE s’est infléchit en direction des services dans toutes les régions du monde. Au
cours des années 70, ce secteur absorbait un quart seulement du stock mondial d’IDE ; en 1990 le
secteur des services devient le secteur de prédilection des investisseurs étrangers. En effet, on
assiste désormais à une tertiarisation massive et durable des IDE, liée au fait que les pays
développés sont devenus des économies de services des investissements directs étrangers (70 % à
80 % du PIB) . D’après la CNUCED, entre 1970 et 2002, la part des services dans le stock mondial
d’IDE est passée de 29 % à 90 %.

52
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle
Graphique n° 12: Répartition sectorielle du stock mondial d’IDE, 1970-1999.
(en pourcentage)
60

50

40

30

20

10

0
1970 1980 1990 1999

Secteur primaire Secteur secondaire Secteur tertiaire

Source : CNUCED, base de données sur l'investissement direct étranger.

2. Principaux facteurs de la montée en puissance des services


La concentration des IDE dans le secteur des services peut s'expliquer par les facteurs suivants:

¾ La plupart des services ne sont pas stockables et ne se prêtent pas à des échanges
internationaux. Par conséquent, ils doivent être produits au moment et sur le lieu
de leur consommation. C’est pourquoi l’IDE constitue le principal vecteur pour
amener les services sur les marchés étrangers.
¾ L’externalisation de diverses fonctions a transformé les anciens
départements :marketing, comptabilité,… en multinationales de services
autonomes.
¾ Le processus de déréglementation et de privatisation des services publics.

L'investissement direct étranger représente un phénomène très ancien lié à l'époque coloniale du
19ème . Durant cette période, les principaux pourvoyeurs de capitaux se limitaient aux empires
coloniaux qui investissaient dans les pays qui étaient sous leur dépendance. Cependant, les IDE ne
se sont réellement développés qu'à partir de la fin des années 1980. Cette évolution a atteint son
sommet en 2000, l'année durant laquelle, on a enregistré prés de 1.400 milliards de dollars de flux
d'IDE. Cette formidable expansion a été la résultante de plusieurs facteurs, notamment les
processus de privatisation de certains pays, les opérations de fusions et acquisitions
transnationales, la libéralisation des politiques gouvernementales vis-à-vis des investisseurs
étrangers et les accords intergouvernementaux. Ce développement des IDE s'est caractérisé par
une concentration géographique et sectorielle. D'une part, les pays de la triade sont les principaux
pays d'origine et les principaux pays d'accueil. Mis à part des certains pays de l'Asie de l'Est
notamment la Chine, les pays en développement sont mis à l'écart. D'autre part, les services
représentent désormais le secteur de prédilection des investisseurs étrangers.

53
Deuxième chapitre Tendances des IDE, répartition géographique et sectorielle

54
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

TROISIEME CHAPITRE :

IMPACT DE L’INVESTISSEMENT
DIRECT ETRANGER SUR
LES ECONOMIES NATIONALES

Les résultats des IDE dans les pays investisseurs et destinataires se trouvent
controversés et les avis des chercheurs ne sont pas unanimes. Certains
pensent que l'IDE améliore la situation du pays d'accueil et détériore celle du
pays d'origine. D'autres, en revanche contredisent ces résultats. Cette
divergence de visions nous a incités à analyser de prés l'impact des IDE dans
chacun des deux pays. Pour ce faire, on a structuré ce chapitre en trois
sections. Au cours de la première section, on essayera d'identifier les effets sur
la balance des paiements aussi bien pour le pays d'origine que le pays
d'accueil. Par la suite, on exposera les résultats sur l'emploi. Et enfin, on
terminera par l'analyses des effets sur d'autres rubriques, notamment la
concurrence.

54
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

PREMIERE SECTION : L'IDE ET LA BALANCE DES PAIEMENTS

A première vue, on peut admettre que l'impact de l'investissement direct étranger sur la balance des
paiements (BP) se limiterait au poste IDE. On pense par exemple qu'une augmentation (diminution)
de l'IDE d'une valeur de 1.000 $ améliorerait (détériorerait) la BP de 1.000 $. Cependant ce
raisonnement est trop simpliste et inadéquat. En effet, une modification des sorties ou des entrées
d'IDE affecte d'autres rubriques de la balance des paiements. Par conséquent, on est amené à se
poser la question suivante :
Quel est le modèle général approprié ? Si l’on modifie la rubrique IDE d’un montant donné,
quelles seraient les conséquences qui en résulteraient sur l'ensemble de la balance des
paiements?

Mais avant de procéder à l’étude des effets de l’IDE sur la balance des paiements, il paraît
judicieux de présenter cette dernière.

I. Présentation de la balance des paiements

La balance des paiements (BP) est un document comptable qui enregistre l’ensemble des
transactions réalisées avec le reste du monde.
Elle se décompose principalement en deux grands types d’opérations regroupées dans des comptes

¾ Le compte courant;
¾ Le compte capital et les opérations financières.

1. Le compte courant
Ce compte regroupe l'ensemble des opérations courantes de la balance des paiements. Ces
transactions portent sur les exportations de biens et de services non-facteurs, de la rémunération des
services facteurs et des transferts courants.

Les services non-facteurs correspondent généralement au transport et aux assurances. Quant au


poste "revenus des facteurs", il englobe la rémunération des facteurs sous forme d'intérêts, de
bénéfices, de dividendes et de redevances.

A l'exception des transferts, les opérations courantes s'accompagnent d'une contrepartie. Par
exemple, l'exportation d'un bien se matérialise par une sortie de marchandise mais engendre en
retour le règlement sous forme d'entrée de capitaux.

55
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

2. Le compte capital et les opérations financières

Cette rubrique englobe le poste investissements directs étrangers (IDE), les investissements de
portefeuille(1), les capitaux officiels (correspondent aux tirages diminuées des remboursements), les
crédits à court terme et les erreurs et omissions.
Pour l'analyse de l'impact de l'investissement direct étranger sur la balance des paiements, on prend
en compte que le poste IDE.

II. Impact sur la balance des paiements

L'incidence de l'investissement direct étranger sur la balance des paiement du pays d'accueil est
l'inverse de son impact sur le pays d'origine. De ce fait, pour éviter une double étude, on va se
contenter de l'analyse des effets sur la balance des paiements du pays investisseur et déduire pour
chaque cas la conséquence pour le pays d'accueil.

1. Impact sur le compte capital

Une sortie de l'investissement direct à l'étranger engendre un effet négatif sur le compte capital du
pays d'origine. Cet effet correspond à la sortie de capitaux liée à l’investissement financier de
départ. Ce montant peut être différent du coût total de l’investissement. C’est le cas lorsque
l’investisseur étranger fait appel à l’emprunt sur le marché d’accueil.

Pour le pays d'accueil, l'impact de l'IDE (entrant) sur le compte capital est l'inverse des résultats sur
le pays d'origine. C’est ce qu’on appelle communément l’effet miroir: toute sortie d'IDE du pays
d'origine constitue une entrée de capitaux, d'où une contribution positive au compte capital du pays
d'accueil.

2. Impact sur la balance commerciale

L’impact total sur la balance commerciale peut être représenté par la formule suivante :

B = (X +X1) – (M + M1)

Où B : l’impact total sur la balance des paiements.


X : effets directs sur les exportations.
X1 : effets indirects sur les exportations.
M : effets directs sur les importations.
M1 : effets indirects sur les importations.

(1)
le poste "investissements de portefeuille" ne figure pas sur la balance des paiements de l'Algérie.
56
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

2.1. Impact sur les exportations ( X+X1 )

On prétend souvent que l’IDE réduit les exportations du pays d’origine et les importations du pays
hôte. Par conséquent, il engendre des conséquences négatives sur la balance courante du pays de
provenance et positives sur celle du pays hôte. D’autres en revanche pensent que l’IDE améliore le
solde courant du pays d'origine et détériore celui du pays destinataire, suite à l'accroissement des
exportations du pays d'origine et les importations du pays d'accueil. Ces points de vue divergent car
le lien entre l’IDE et les exportations n’est pas tranché :

¾ un lien de substituabilité entre investissements directs et exportations : les entreprises


implantent des unités de production sur les marchés étrangers et vendent en quelque sorte «sur
place”, au lieu d’y exporter leurs produits.

¾ Un lien de complémentarité entre investissement direct et exportations : les entreprises


qui investissent à l’étranger le font en complément d’un comportement d’exportation, pour
renforcer leur position exportatrice et la maintenir.

Cependant, qu’ils soient substituables ou complémentaires, l’IDE sortant influe directement ou


indirectement sur les exportations et les importations des deux pays. On parle d’impact direct
lorsqu’on fait référence au même produit délocalisé. Quant aux effets indirects, ils concernent les
autres produits.

2.1.1. Effet de substitution sur le marché d’accueil

La production délocalisée peut remplacer les exportations antérieures du pays investisseur et de ce


fait détériorer sa balance commerciale (l’entreprise du pays investisseur produit dans le pays hôte
des biens précédemment exportés). Dans le même ordre d'idées, on va enregistrer une baisse des
importations du pays destinataire sous l'effet de substitution aux importation. Autrement dit, la
production locale se substitue à l'importation en provenance du pays d'origine.

2.1.2. Effet de complémentarité directe

A l’inverse de l’effet qui précède, l’IDE peut stimuler les exportations et tirer à la hausse la balance
commerciale du pays d’origine. En effet, la réalisation d’investissements sur un marché étranger va
permettre à l’entreprise de se faire mieux connaître sur ce marché, et de renforcer sa position.
Ainsi, en produisant un genre de produits sur le nouveau marché, l’investisseur augmente ses
chances d’exporter le même produit ou le reste de la gamme vers ce marché. Le pays d'accueil va
enregistrer une augmentation de ses importations d'où une détérioration de son solde courant.

57
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

L’exemple de l’entreprise « Caterpillar » est très parlant. La délocalisation de la production de petits


tracteurs en France a permis à cette entreprise de se faire connaître et a engendré des importations
de gros tracteurs « Caterpillar » dont la production était restée localisée dans le pays d’origine, le
Canada.
2.1.3. Effet de détournement sur les marchés tiers

Dans ce cas de figure, la production délocalisée peut servir des marchés tiers où le pays d’origine
exportait préalablement. De ce fait, l'IDE aura pour effet de réduire les exportations du pays du pays
d'origine. En revanche, cette stratégie de conquête de nouveaux marchés par l'investisseur étranger
va permettre aux pays d’accueil de gagner des parts de marché très considérables. C’est le cas des
pays émergents d’Asie qui ont réussi grâce aux exportations liées à l’IDE, d’entrer sur les
principaux marchés (Japon, Europe, Amérique du Nord).

2.1.4. L’effet indirect de substitution en biens d’équipement

L’installation d’une entreprise à l’étranger nécessite dans la majorité des cas des biens
d’équipement qui sont exportés du pays d’origine vers le pays d’accueil. En effet, on assiste souvent
à une substitution d’exportations de biens d’équipement ou intermédiaires à celles des produits
destinés à la consommation finale dans les pays ayant fait l’objet d’investissements massifs. Cette
substitution peut être mise en évidence par exemple au niveau des relations intra-asiatiques (voir
graphique ci-dessous).

Graphique n°13 : Structure des exportations japonaises vers l’ASEAN


( en % du total des exportations)

80
70
60
50
40
30
20
10
0
1981 1986 1987 1988 1989 1990
Biens d'équipement Biens de consommation

Source : CNUCED.

58
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

En 1990, les exportations du Japon vers l’ASEAN étaient composées à hauteur de 60% de biens
d’équipement, ce qui ne laisse qu’une part de 10% pour les biens de consommation..
Cette évolution est la conséquence de l’intensité des approvisionnements des filiales étrangères en
biens d’équipement. En effet, suite à la création d’une filiale à l’étranger, le pays d’origine
enregistre souvent une accentuation des exportations vers le pays d’accueil.
A titre d’illustration, on peut procéder à l’analyse des sources d’approvisionnement des filiales
taiwanaises en machines et biens d’équipement ( voir graphique n°14).

Graphique n°14 : Sources d’approvisionnement des filiales d’entreprises taiwanaises


à l’étranger (en % du total des achats).

40,8%
6,5%

18,9%

33,8%

Maison-mère Autres firmes à Taiwan


Fournisseurs locaux Fournisseurs de pays-tiers

Source : CNUCED.

On remarque que 75% de ces approvisionnements proviennent du pays d’origine (33.8 % de la


maison mère et 41 % des autres firmes à Taiwan).

2.1.5. L’effet indirect de complémentarité en produits semi-finis

Cet effet mesure les flux d’exportations de composants et de pièces détachées induits par la
production étrangère. C’est le cas des filiales d’assemblage, connues sous le nom d’usines
tournevis, vers lesquelles la société mère exporte tous les composants pour qu’ils soient montés en
produits finis dans le pays d’accueil.

Cet effet correspond à un accroissement des importations de pièces détachées et de composants en


provenance du pays d’origine. Le cas des Etats-Unis constitue un exemple plus qu’illustratif de cet
effet. Les restrictions quantitatives à l’entrée de voitures nippones ont engendré une forte
implantation d’usines d’assemblage aux Etats-Unis. Cette augmentation a fait bondir les
importations de pièces détachées et de composants en provenance du Japon. Tout ce processus a eu
pour effet d’accroître le solde commercial des échanges d’automobiles des Etats-Unis avec le
Japon.

59
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

Pour illustrer cet effet de complémentarité de produits semi-finis, on peut aussi, à titre d’exemple,
s’intéresser à la décomposition par pays d’origine des importations des filiales européennes
d’entreprises japonaises dans le secteur électronique. Cette décomposition représentée par le tableau
n°13, révèle l’importance des exportations des entreprises mères japonaises vers leurs filiales
européennes dans le secteur électronique.

Tableau n° 14: Origine des achats des filiales européennes des entreprises
électroniques japonaises (en %).

Pays de Reste de
Japon Asie
l'implantation l'Europe

1988 31 4 62 3
1990 24 22 50 4
(dont intra-groupe) (36) (77) (96) (71)
1991 25 24 46 5
Source : CNUCED.

En 1990, la moitié des achats des filiales électroniques européennes provenait du Japon, et dont
96% étaient intra-groupe. Cela démontre l’importance des exportations des entreprises mères vers
leurs filiales.

Cette complexité d’effets directs, indirects, positifs et négatifs ne permet pas de distinguer une
contribution nette à l’amélioration ou à la détérioration des exportations du pays d’origine. Le
résultat diffère d’un pays à un autre.

Une étude récente sur le lien entre l’encours d’IDE et les exportations des Etats-Unis, fondée sur
des données pour 1980, 1985 et 1990, concluait que les exportations de ce pays étaient liées de
manière positive et significative à l’IDE sortant, et ce pour chacune des trois années. En 1990, par
exemple, une augmentation de 1% de l’encours de l’IDE dans un pays d’accueil s’accompagnait
d’une progression de 0.25% des exportations des Etats-Unis vers ce pays.

2.2. Incidences sur les importations ( M+M1 )

2.2.1. L’effet de réimportation du produit fini

Dans le cadre d’une délocalisation ayant pour but la réduction des coûts de production, le pays
d’origine peut se trouver dans une situation de réimportation du produit fini. D’où l’effet négatif sur
la balance des courante.

60
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

De l'autre côté, cet investissement peut jouer un rôle important dans l’accroissement des
exportations du pays hôte. C’est principalement le cas lorsqu'il est consacré soit à la réexportation
vers le pays d’origine de la firme, soit à l’exploitation de marchés tiers à partir de l’implantation
dans le pays d’accueil. Ainsi, le pays d’accueil devient une plate-forme de réexportation.

Dans son rapport annuel sur l’investissement dans le monde de 2002, la CNUCED a dénombré les
principaux pays où les firmes multinationales ont fortement contribué à l’accroissement des
exportations. Parmi ces pays, certains sont listés dans le tableau ci-après :

Tableau n°15 : Parts des filiales étrangères dans les exportations


de certains pays d’accueil (en %).

Année Pays La part

2001 Chine 50
2000 Costa Rica 50
1999 Hongrie 80
1995 Malaisie 45
2000 Mexique 31
2000 Pologne 56

Source : CNUCED, Rapport sur l’investissement dans le monde :


« Sociétés transnationales et compétitivité à l’exportation », 2004.

On remarque que la Hongrie représente le pays où l’IDE a le plus contribué aux exportations. Les
FMN contribuent à hauteur de 80% des exportations de ce pays.
Ainsi, en comptant principalement sur l’IDE, la Chine, le Costa Rica, la Hongrie, l’Irlande et le
Mexique sont devenus des champions de l’exportation.

2.2.2. L’effet d’importation de produits semi-finis

Si l’entreprise mère délocalise une partie du processus de production et réserve l’activité


d’assemblage dans le pays d’origine, ce dernier va enregistrer des flux importants d’importation de
produits semi-finis en provenance des pays où la firme s'est implantée. De ce fait, les pays d'accueil
vont enregistrer d'importantes exportations à destinations du pays d'origine de l'investisseur.

2.2.3. Les effets indirects

Ces effets concernent la baisse des importations liées à la fabrication du produit délocalisé. En effet,
une partie ( et peut être la totalité) des intrants qui étaient importés, avant l’IDE, pour être utilisés
dans la production maintenant relocalisée à l’étranger ne sera plus importée dans le pays d’origine
après que l’IDE ait eu lieu.

61
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales
3. Effets sur le poste "revenus des facteurs"

A long terme, l’IDE apporte une contribution positive au compte "revenus des facteurs" du pays
d'origine, sous forme de rapatriement de bénéfices, de dividendes et de redevances technologiques
perçues , des filiales à l'étranger vers leur maison mère. Les filiales américaines à l'étranger
transfèrent ainsi environ la moitié de leurs profits vers leurs sociétés mères.
Par conséquent, on conclue que l'effet à court terme des sorties de capitaux lors de la réalisation
d'investissements à l'étranger est compensé et atténué à moyen et long terme par les rapatriements.
Pour le pays d'accueil, c'est l'effet inverse qui se réalise. En Malaisie par exemple, les rapatriements
de bénéfices et de revenus des entreprises étrangères, qui atteignent en moyenne 2.8 milliards USD
par an, engendrent d’importants déficits du compte courant(1). Pour les redevances technologiques,
elles sont à l’origine de sorties importantes de flux pour les pays hôtes: en 1990, les filiales
américaines à l’étranger ont versé à leur maison–mère 12 milliards de dollars, soit les trois quarts
des recettes technologiques américaines.

De ces effets directs à court terme et indirects à long terme sur le compte courant et le compte
capital, on peut conclure que la détermination de l'impact net de l'investissement direct est trés
complexe, aussi bien pour le pays d'origine que pour le pays d'accueil.

DEUXIEME SECTION : IMPACT DES IDE SUR L’EMPLOI

L'incidence de l'investissement direct sur l'emploi dans le pays d'origine et le pays d'accueil est un
sujet trés controversé. Certaines études empiriques ont démontré l'effet négatif sur le pays
investisseur et positif sur le pays hôte, et d'autres ont infirmé ces résultats. Ces avis divergents
résultent de la complexité de la détermination de l'effet global sur l'emploi pour les deux pays. C'est
pour cette raison qu'on va consacrer cette section pour préciser l'impact de l'IDE aussi bien pour le
pays investisseur et le pays d'accueil, non pas en terme d'incidence nette mais en essayant de
présenter les effets séparément.

I. L'IDE ET L'EMPLOI DANS LE PAYS INVESTISSEUR

Les pays développés, considérés comme principaux pays d’origine ont tendance à se préoccuper de
l’impact de leurs investissements à l’étranger, sur l’emploi de la main d’œuvre locale.

Ces investissements sont généralement considérés comme destructeurs d’emplois dans le pays
émetteur. Et cette impression est renforcée en situation de chômage élevé et de fermetures d’usines.
Dans ce contexte, l’IDE est perçu négativement et est assimilé à une délocalisation.

(1)
Rapport sur l’investissement dans le monde, CNUCED, 1997.
62
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

Cependant, cette impression ne constitue qu’une hypothèse parmi d’autres, car l’analyse de l’impact
sur l’emploi est complexe. Les effets sont à la fois directs et indirects, positifs et négatifs pour
l’emploi national. Pour répondre à l’interrogation sur la relation entre investissement à l’étranger et
l’emploi local, on peut grouper les effets en deux catégories :

¾ Effets directs ;
¾ Effets indirects.

1. Effets directs ou effet déplacement de production

Il arrive que la production étrangère remplace purement et simplement la production nationale.


C’est généralement le cas pour l’IDE de type horizontal(1) : la production se déplace du pays
d’origine vers le pays d’accueil, suite à l’implantation d’unités de production par la société mère à
l’étranger.

L’impact de cette stratégie sur l’emploi, dans le pays d’origine est résumé par « l’effet déplacement
de production».
Cet effet détermine les pertes d’emplois impliquées directement par le déplacement de la
production. Il mesure la fraction d’emplois qui aurait pu être conservée si l’entreprise s’est
contentée de servir les marchés étrangers par les exportations au lieu de recourir à l’investissement
direct.
L’effet déplacement de production peut être présenté par la relation suivante :

∆L= σ ∆Qf × L

Où ∆L : correspond au nombre d’emplois perdus.


∆Qf : représente l’accroissement de la production des filiales qui résulte de l’IDE.
L : est égal au coefficient de travail, L = ∆L /∆Qf . En d’autres termes, il représente le
nombre d’employés par unité de production réalisée.
σ : exprime la part des ventes qui aurait pu être réalisée par des exportations du pays
d’origine vers l’étranger.

De cette formulation, on s’aperçoit que l’effet direct de l’IDE sur l’emploi dans le pays d’origine
dépend de σ, qui peut être qualifié de paramètre de substitution.
Sa valeur varie entre 0 et 1.

¾ Elle est égale à 0 : cela signifie que l’effet déplacement de la production n’implique
aucune perte d’emplois puisqu’il n’existe aucune substitution entre l’investissement à

(1)
Voir section 1 du chapitre I.
63
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

l’étranger et l’investissement domestique. En d’autres termes, la délocalisation n’affecte


pas les exportations du pays d’origine et par conséquent, il n’en résulte aucun effet sur l’emploi.
¾ Elle est égale à 1 : cela exprime une parfaite substitution entre l’investissement domestique
et l’investissement direct. La perte d’emplois est maximale du fait que la firme aurait pu produire
sur le marché domestique et exporter. Ainsi, la délocalisation engendre la fermeture d’usines et la
suppression d’emplois dans le pays d’origine de l’investisseur.
Cependant, on est loin d’être confronté à cette situation. Ce cas est irréaliste, met en doute la
rationalité de l’entreprise en tant qu’agent économique et fait abstraction des motivations de
l’implantation à l’étranger. Il serait insignifiant de se délocaliser si l’entreprise pouvait réaliser les
mêmes ventes en fabriquant sur le territoire local.

¾ Elle oscille entre 0 et 1 : en pratique, ce cas est le plus fréquent, la valeur de σ évolue entre
les deux extrêmes. Une valeur de 0.5 signifie que la moitié du chiffre d’affaire réalisé à l’étranger
aurait pu être produite sur le marché domestique et par la suite exportée.

Ainsi, on peut conclure que le déplacement de la production a un effet direct de déplacement


d’emplois.

A cet effet primaire et immédiat négatif de déplacement, se traduisant par une perte d’un nombre
d’emplois pour le pays d’origine, vont s’ajouter des effets indirects qui vont opérer dans un sens
positif et favorable au pays investisseur.

2. Effets indirects

Ces effets peuvent être scindés en :

¾ Effet d’entraînement des exportations ;


¾ Effet catalyseur de services.

2.1 Effet d’entraînement des exportations

Les filiales étrangères ont tendance à s’approvisionner auprès de la maison mère (dans le cadre d’un
IDE vertical ou des firmes des pays d’origine, qu’il s’agisse de pièces détachées de produits
intermédiaires ou biens d’équipement.

Cet accroissement de la demande des filiales étrangères stimule les exportations des fournisseurs du
pays investisseur vers le pays d’accueil et provoque de ce fait un effet indirect de la création
d’empois par stimulation des exportations.

64
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

Les effets indirects ne se limitent pas à la stimulation d’exportations d’inputs intermédiaires, mais
incorporent un autre effet positif : celui du renforcement des services de la société mère.

2.2 Effet catalyseur de services

L’implantation d’unités de production à l’étranger entraîne un accroissement d’emplois


d’accompagnement pour le pays d’origine de la firme. En effet, en plus de la demande d’un
personnel qualifié de direction, d’ingénieurs et d’experts consultants, les filiales étrangères ont
recours à des services bancaires et juridiques (avocats d’affaires). C’est autant d’emplois
additionnels pour le pays d’origine. Par conséquent, la délocalisation entraîne souvent un effet
indirect de création d’emplois d’accompagnement.

Pour conclure, l’impact de l’investissement direct étranger sur l’emploi dans le pays d’origine serait
la résultante d’effets de déplacement de production, d’entraînement d’exportation et de
renforcement des services d’accompagnement. Cependant, l’incidence nette ne peut en aucune
façon être déterminée par des études empiriques

II. L’IDE ET L’EMPLOI DANS LE PAYS D’ACCUEIL

L’un des motifs majeurs pour lesquels les Etats souhaitent attirer des investisseurs étrangers est la
création d’emplois qui constitue en soi un objectif de développement. C’est pour cette raison qu’il
paraît nécessaire de savoir quel est le niveau réel des créations d’emplois dans le pays hôte ?

Une analyse exhaustive de l’impact de l’IDE sur l’emploi dans le pays d’accueil nécessite non
seulement l’estimation des effets directs et indirects, mais aussi de savoir si la contribution de
l’investissement direct est plus forte ou plus faible par comparaison à une situation de référence où
l’investissement direct serait absent.

1. Effets directs : différenciés selon le type d’IDE et les caractéristiques des multinationales

Cet effet résume le nombre d’emplois directement crées ou détruits dans la filiale locale de la firme
multinationale. Cet impact direct dépend d’un certain nombre de critères. Il est fonction :

¾ du mode d’implantation.
¾ de la structure du produit ;
¾ et du niveau technologique de la firme multinationale.

65
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

1.1. Le mode d’implantation

L’effet de l’IDE sur l’emploi est totalement différent selon qu’il s’agit d’une nouvelle implantation
(greenfield) ou d’une acquisition.

1.1.1. Réalisation de l’IDE par création de nouvelles unités

Généralement, il n’y a création d’emplois que lorsque la pénétration de la multinationale est


réalisée sous forme d’une nouvelle activité au moment de l’entrée de la firme ou lors de l’extension
de cette activité par la suite. Mais encore faut-il pouvoir distinguer l’emploi de personnes venant
d’autres entreprises(1) (l’effet de création est nul) de l’emploi de personnes auparavant en chômage.

De cela, on comprend que les créations peuvent avoir un effet neutre ou positif.

¾ Effet neutre
Dans ce cas, on est en présence d’un simple transfert d’emplois existants, des firmes nationales vers
des firmes sous contrôle étranger : « l’emploi change de nationalité plus qu’il n’augmente ».

¾ Effet positif
Le deuxième cas correspond à une création réelle d’emplois, ce qui conduit à une réduction du
chômage.

En résumé, les créations de nouvelles unités de production n'ont pas d'effets négatifs sur l’emploi
dans le pays hôte de l’IDE.

1.1.2. Réalisation de l’IDE par prises de participations ou acquisitions

Ce mode de pénétration peut avoir différents impacts sur l’emploi :

¾ Effet neutre : aucun impact sur l’emploi (ni création, ni destruction). La prise de
participation ne représente qu’un simple transfert de propriété.

¾ Effet positif : préservation des emplois qui auraient été perdus en situation de non-
réalisation de l’IDE. L’acquisition évite la faillite de l’entreprise locale.

¾ Effet négatif : réduction de l’emploi dans l’entreprise acquise suite à sa restructuration


dans le but de l’amélioration de la productivité.

(1)
Une firme étrangère accorde généralement des conditions plus favorables (salaires plus importants, sécurité du
travail…) comparativement aux entreprises nationales, ce qui conduit à un transfert des travailleurs des entreprises
locales vers les entreprises étrangères.
66
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

1.2. Structure du produit

L’IDE peut avoir un impact différent selon que les industries seraient créées comme substituts à
l’importation ou ouvertes sur l’extérieur.
1.2.1. Industries de substitution à l’importation

La réalisation d’un IDE dans l’objectif de substituer aux importations du pays d’accueil implique un
effet positif direct sur l’emploi. Cependant cet impact est moins intense que dans le cas d’industries
ouvertes sur l’extérieur (orientées vers l’exportation).

1.2.2. Industries orientées vers l’exportation

Investir à l’étranger dans le but de fabriquer des produits à l’exportation entraîne une absorption
significative de la main d’œuvre abondante et à faible niveau de rémunération. C’est le cas pour les
pays du Sud-Est asiatique tels la Corée et Singapour. Mais le cas le plus connu pour la création
d'emplois est le programme maquiladoras du Mexique.

¾ Le programme maquiladoras au Mexique

Suite à l'adoption par les Etats-Unis d'un tarif douanier qui exonérait les réimportations de produits
américains assemblés à l'étranger, le Mexique a décidé de profiter de ce statut douanier particulier
pour encourager l'établissement d'usines d'assemblage sur le long de la frontière mexicaine. Ces
usines connues sous le nom de maquiladoras, pouvaient importer en franchise des pièces détachées
et des produits semi-finis et les exporter aux Etats-unis sous forme de produits finis (assemblés). En
résumé, ces usines ont bénéficié de deux avantages. D'une part, elles importaient en franchise des
Etats-Unis, d'où une réduction des coûts. D'autre part, les produits assemblés et réexportés ne
subissaient pas de tarif douanier à l'entrée du territoire des Etats-Unis. Ces conditions ont favorisé la
localisation, autour de la frontière nord du Mexique, de firmes étrangères spécialisées dans les
opérations d'assemblage industriel orientées sur le marché étranger. Cette concentration des
investisseurs étrangers a généré 3.000 emplois en 1966 et 511.000 en 1992.

1.3. Niveau technologique de la firme multinationale

Une forte automatisation du processus de production peut provoquer un effet négatif sur l’emploi
dans le pays d’accueil. Les transplants japonais sont un exemple illustratif de cette destruction
d’emplois. En effet, selon des estimations, prés de 220 000 emplois industriels auraient été perdus
aux Etats-Unis du fait des transplants japonais.(1)

(1)
D.Bricout/ J.L.Tersen, "l’investissement international", ibid. p. 186.
67
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

Dans cette présentation de l’impact de l’IDE sur l’emploi dans le pays d’accueil, il est nécessaire de
mentionner les effets indirects sans lesquels le bilan total de l’impact ne serait pas complet.

2. Effets indirects

Ces effets représentent les types d’emplois crées ou détruits indirectement suite à l’IDE. Ils peuvent
être scindés en trois classes :
¾ Effets macroéconomiques ;
¾ Effets verticaux ;
¾ Effets horizontaux.

2.1. Effets macroéconomiques de revenus

Ces effets concernent les emplois générés par les dépenses des employés des filiales des
multinationales.

Il est généralement admis que les firmes multinationales versent des salaires plus élevés (pour une
productivité plus élevée) que les autres entreprises dans les pays hôtes. Cette hausse des salaires est
utilisée par les employés pour consommer plus de services et de produits(1). Cela se traduit par une
augmentation de la demande nationale qui va à son tour soutenir la production nationale et par voie
de conséquence engendrer une création d’emplois sur le marché domestique.

2.2. Effets verticaux

Cette classe résume les effets sur l’ensemble des agents du pays d’accueil intervenant avant (en
amont) et après (en aval) le processus de production.

2.2.1. Effet amont


Il représente les emplois crées dans le pays hôte suite à une demande supplémentaire de matières
premières et de composants auprès des fournisseurs et de sous traitants locaux. Cependant, cet
impact sur les fournisseurs locaux peut parfois être limité si l’entreprise est intégrée verticalement
(elle produit elle-même la plupart des éléments et des composants).

2.2.2. Effet aval


Il indique la création d’emplois dans les secteurs intervenant une fois le processus de production
achevé. Cette création est fortement ressentie dans les secteurs de services tels le transport,
l’assurance, la distribution…etc.

(1)
La consommation est une fonction croissante des revenus (salaires, intérêts…..). De ce fait, un relèvement des
salaires va se traduire par une augmentation de la consommation.
68
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

2.3. Effets horizontaux

Ils représentent l’impact de l’IDE sur l’emploi des entreprises locales concurrentes de la filiale de
l’entreprise multinationale. Ces effets sont négatifs dans la majorité des cas, autrement dit
destructeurs d’emplois. Cela s’explique par l’éviction de l’investissement national. En effet,
l’implantation de la firme multinationale engendre l’accentuation de la concurrence à laquelle les
entreprises locales ne peuvent plus faire face.

Il ressort de cette analyse qu’il est assez difficile de tirer des conclusions fermes et définitives quant
à l’effet net de l’IDE sur le niveau d’emploi dans le pays d’accueil. L’impact est complexe du fait
qu’il dépend du mode d’implantation (greenfield ou acquisition), du degré de concurrence entre
firmes multinationales et entreprises locales, du type de stratégie de l’investisseur étranger.

L’impact sur l’emploi est complexe car les effets sont à la fois directs et indirects, positifs et
négatifs. En outre, Ce sont autant d’éléments qui ne permettent plus de discerner l’impact de l’IDE
sur l’emploi.

TROISIEME SECTION: AUTRES IMPACTS

Cette section est consacrée à la détermination des effets de l'investissement direct étranger sur
l'économie d'accueil, en terme de transfert de technologie, de qualification des ressources humaines
et de la stimulation de la concurrence.

I. Le transfert de technologies et la qualification des ressources humaines

Parmi les raisons du changement d’attitude d’un grand nombre de pays à l’égard de l’IDE figure la
conviction que l’IDE peut être un facteur important de transfert de technologies. En effet, lorsque
des entreprises étrangères pénètrent un marché, elles introduisent de nouvelles technologies, de
nouveaux modes de gestion, d’organisation, de distribution et de marketing. Ainsi, la technologie et
la productivité de ces entreprises nationales peuvent s’améliorer.

Cependant, il serait imprudent de penser que tout investissement étranger est un agent de diffusion
de technologies et de progrès au profit du pays d’accueil. Fréquents sont les transferts qui s’avèrent
inappropriés, vu l’insuffisance de la capacité d’absorption. Il en est de même des techniques
d’organisation, qui, fondées sur l’efficacité, détruisent l’emploi de toute une main d’œuvre non
qualifiée.

69
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

Ainsi tout transfert de technologie n’est pas forcément bénéfique au profit du pays d’accueil,
comme on pourrait le croire de prime abord.

Ces retombées ne peuvent se réaliser que si l’économie d’accueil dispose d’une capacité
d’absorption, autrement dit d’un stock minimal de capital humain et de savoir-faire qui lui permet
l’assimilation des technologies véhiculées par les IDE. Ainsi, une politique d’amélioration et de
qualification de la main d’œuvre constitue un préalable à l’assimilation des technologies émanant
des investissements directs

L’IDE s’accompagne souvent de programmes de formation du personnel des nouvelles filiales


crées. En effet, les entreprises mères étrangères assurent souvent une assistance technique à leurs
fournisseurs et clients locaux et forment des travailleurs et des cadres, ce qui contribue au
développement des ressources humaines du pays hôte.

II. L’IDE et la concurrence

L’IDE entraîne généralement une intensification de la concurrence qui se traduit par un effet positif
ou négatif.

En effet, l’entrée de firmes étrangères stimule la concurrence à l’intérieur du secteur et provoque


des gains d’efficacité (hausse de la productivité, baisse des prix). Face aux firmes étrangères, les
entreprises nationales sont contraintes d'améliorer leurs processus de production, leurs techniques
de marketing, leurs systèmes de gestion et de réduire leurs coûts de production pour pouvoir se
mettre à niveau. Dans ce sens, de nombreuses études établissent une corrélation positive entre le
niveau de productivité et le degré de pénétration étrangère. Selon la Banque Mondiale, la
concurrence peut augmenter de 50 % la probabilité d’innovation.

De plus, suite à l'arrivé des firmes étrangères, l'amélioration de la situation concurrentielle des
producteurs locaux peut accroître leur propension à exporter. Donc, les entreprises étrangères
peuvent avoir un effet d’entraînement sur les exportations des entreprises locales.

Cependant l’implantation d’une firme étrangère peut conduire à l’éviction de l’investissement


national et à une fuite de capitaux qui pourraient mettre en péril les perspectives de croissance à
long terme du pays d’accueil.

De l’analyse des effets directs et indirects sur le pays d’origine et le pays d'accueil, Il serait erroné
de conclure que l’IDE n’engendre que des effets positifs. Cependant, il procure de substantiels
avantages au pays d’accueil, notamment parce qu’il stimule la production et la croissance sans
alourdir l’endettement extérieur. Il a aussi pour autres avantages notables d’être facteur de

70
Troisième chapitre Impact de l'investissement direct étranger sur les économies nationales

création d’emplois et d’accès aux techniques et aux outils modernes de gestion, le renforcement des
compétences ainsi que l’acquisition de savoir-faire en marketing.

Tous ces avantages liés à l'arrivée de firmes étrangères incitent les différents pays à mettre en place
toutes les conditions nécessaires pour attirer les investisseurs étrangers sur leur territoire. Ces
facteurs feront l'objet du chapitre qui suit.

71
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

QUATRIEME CHAPITRE:
LES DETERMINANTS DE L'ATTRACTIVITE
DES IDE POUR UNE ECONOMIE

L’investissement direct étranger représente non seulement une source stable de


financement et un investissement dans les installations de production, mais surtout,
il sert de conduit au transfert des technologies, des capacités d’innovation et des
pratiques d’organisation et de gestion. Etant donné ce rôle joué, pour accélérer la
croissance et la transformation économique, les pays cherchent à l’attirer et
s’emploient pour se faire à améliorer les principaux aspects qui influencent les
choix d’implantation des investisseurs directs étrangers et accordent davantage
d’attention aux mesures susceptibles de les séduire.

Dans ce chapitre, on essayera d’abord dans la première section de présenter la


notion d’attractivité des IDE et de déterminer les principaux pays attractifs,
ensuite on tentera de lister les principaux facteurs déterminants de localisation
des IDE, enfin étudier, en terme de coût bénéfices, les différents types de politiques
de promotion des IDE.

72
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

PREMIERE SECTION: MESURE DE LA CAPACITE D'ATTRACTION DES


ECONOMIES

Cette section est consacrée à la définition de la notion d'attractivité et à la présentation des indices
servant de mesure de l'attractivité d'un pays.

I. LA NOTION D’ATTRACTIVITE

1. Définition de l’attractivité

L’attractivité peut être définie comme la capacité d’un pays à attirer les activités nouvelles et
facteurs de production mobiles : capitaux, travailleurs qualifiés sur un territoire. Elle peut être
définie aussi comme l’ensemble des dispositifs mis en place par l’Etat (code d’investissement,
traitement juridique et fiscal de l’IDE, infrastructures publiques existant dans un pays hôte ) dans le
but d’attirer l’IDE.

2. Les formes d'attractivité

La CNUCED défini deux types d'attractivité:


¾ attractivité effective;
¾ attractivité potentielle.

2.1 L'attractivité effective

Pour déterminer le pays qui attire le plus d'IDE, on peut se limiter aux entrées réalisées. Cependant
ce critère n'est pas trés significatif. Il fait abstraction de la taille de l'économie. Il serait insensé de
comparer les Etats-Unis à un petit pays comme la Suisse.

De ce fait, la CNUCED a défini l'attractivité effective qui indique la part d'un pays dans le total des
flux d'IDE compte tenu de son poids économique. C'est un critère pertinent pour établir des
comparaisons internationales.

2.2 L’attractivité potentielle

Il arrive qu'une économie soit marginalisée par les investisseurs étrangers alors qu'elle cache
d'importantes potentialités d'investissement. Pour ce type de pays, les entrées d'IDE seraient
négligeables et insignifiantes. De ce fait pour ressortir les opportunités d'investissement de ces pays,
il est nécessaire de mettre en valeur les opportunités d'investissements qu'il offre. Cette attractivité
englobe tous les facteurs structurels sans prendre en ligne de compte les entrées d'IDE réalisées.

73
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

II. INDICES DES ENTREES EFFECTIVES ET POTENTIELLES

La CNUCED mesure les entrées effectives et potentielles d’investissements directs étrangers (IDE)
dans les pays, et classe ces derniers en fonction de leurs résultats et leur potentiel. Elle a mis au
point deux indices:

¾ Indice des entrées effectives;


¾ Indice des entrées potentielles

1. Indice des entrées effectives

Cet indice est calculé sur des périodes de trois ans pour corriger les fluctuations annuelles des
données. Il classe les pays selon les investissements qu'ils reçoivent en fonction de leur poids
économique, en calculant le rapport entre la part du pays concerné dans les entrées mondiales d'IDE
et sa part du PIB mondial.

Cet indice, qui utilise des moyennes sur trois ans, est calculé de la manière suivante:

IDE p / IDE m
IND p =
PIB p / PIB m
Avec:
INDp = Indice des entrées effectives d’IED du pays p
IDEp = Entrées d’IED dans le pays p
IDEm = Entrées mondiales d’IED
PIBp = PIB du pays
PIBm = PIB mondial

Si l’indice = 1 Î la part du pays dans l’IDE mondial est égale à sa part dans le PIBmondial
(cas trés rare)
Si l’indice >1 Î le pays attire davantage d’IDE que ne le justifierait son poids économique.
Si l’indice < 1 Î la part du pays dans l’IDE mondial est inférieur à sa part dans le PIB.

Le classement des pays selon cet indice, pour la période 2000-2001, figure sur l'annexe n°1. On
remarque que la majorité des pays ayant enregistré un faible indice d’IDE effectif est constituée de
pays en développement. Cependant certains pays développés y figurent. C’est le cas du Japon (avec
une note de 0.1) et de la Grèce. Cela nous révèle que ces pays accueillent une part d’IDE
insignifiante en comparaison avec leur PIB.

2. L'indice des entrées potentielles d'IDE

74
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

Cet indice classe les pays en fonction de leur potentiel d’attraction de l’IDE. Il est calculé sur la
base de facteurs structurels sans prendre en ligne de compte les entrées d’IDE réalisées, ce qui
explique la lenteur de son évolution.
Il résulte du traitement de huit indicateurs économiques pour chaque pays:

¾ Le produit intérieur brut par habitant ;


¾ La croissance en termes réels ;
¾ Les exportations en pourcentage du PIB ;
¾ Le nombre de lignes téléphoniques pour 1000 habitants ;
¾ L’utilisation commerciale d’énergie par habitant ;
¾ Les dépenses de recherche et de développement en pourcentage du revenu brut ;
¾ Le nombre d’individus scolarisés par rapport à la population ;
¾ Les facteurs de risque-pays.

Cet indice pourrait être qualifié de mesure de l’environnement de l’investissement dans un pays. Et
c’est sur la base de cet indice que les investisseurs devraient prendre leurs décisions pour investir ou
pas dans un pays.

L'analyse du classement des pays selon l'indice des entrées effectives qui figure sur l'annexe n°2,
démontre que certains pays accueillent des parts insignifiantes d'IDE alors qu'ils disposent
d'importantes potentialités d'investissement. C'est principalement le cas de la Suède et de la
Norvège.

3. Classement des pays selon l’attractivité effective et l’attractivité potentielle

La combinaison des deux indices permet de repartir les pays en quatre groupes :

Haute performance de Basse performance de


l'IDE l'IDE
Les pays dont les
Les pays les plus
Haut potentiel d'IDE résultats sont inférieurs
dynamiques
à leur potentiel
Les pays dont les
résultats sont Les pays les moins
Bas potentiel de l'IDE
supérieurs à leur dynamiques
potentiel

En 2000-2002, sur la base des deux critères combinés, la CNUCED a élaboré un groupement des
pays en quatre classes (annexe n°3).
3.1 Les pays les plus dynamiques

75
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

Ce sont les pays qui attirent beaucoup d’IDE (dont le classement est supérieur à la médiane de
l’ensemble des pays) et qui ont un potentiel élevé. Cette catégorie est constituée de nombreux pays
développés et de nouveaux pays industriels (France, Allemagne, Canada...).

3.2 les pays dont les résultats sont supérieurs au potentiel

Ce sont les pays qui attirent plus d’IDE que la médiane mais qui ont un faible potentiel. Parmi ces
pays, on trouve le Maroc, la Tunisie et quelques pays d'Amérique Latine.

3.3 Les pays dont les résultats sont inférieurs au potentiel

Ces pays offrent des opportunités d'investissements qui dépassent les entrées réalisées d'IDE. C'est
principalement le cas du Japon, de l'Australie et de la Suède.

3.4 Les pays les moins dynamiques

Ces pays enregistrent des indices d'entrées effectives et potentielles faibles. Ils sont essentiellement
constitués de pays pauvres et instables. Cette classe de pays est constituée principalement de pays
africains y compris l'Algérie.

DEUXIEME SECTION : LES DETERMINANTS DE LA LOCALISATION


DES INVESTISSEURS ETRANGERS

Dans cette section, nous tenteront de répondre à la question qui constitue l'objet de notre
problématique:

Qu’est ce qui fait l’attractivité d’un territoire pour un investisseur étranger ?

Evoquer la manière dans les entreprises opèrent leur choix d’implantation, c’est évoquer dans sa
globalité le cadre global qui fait pencher favorablement la balance au bénéfice de telle ou telle
nation.

Au-delà des motifs de proximité et psychologiques de la préférence d’une nation quelconque au


détriment d’une autre, les choix des firmes multinationales dépendent d’un certain nombre de
facteurs qui font l’attractivité d’un territoire.

I. L’ENVIRONNEMENT GENERAL DU PAYS D’ACCUEIL

76
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

1. Stabilité politique et sociale

Les investisseurs étrangers, recherchent avant tout un environnement politique et social stable. Cela
est plus important pour eux que de savoir par exemple si le marché est porteur.

Ce facteur est essentiel, car sans la stabilité, il peut y avoir des agitations politiques et sociales qui
peuvent du jour au lendemain éponger les investissements lucratifs. Des changements mouvementés
de gouvernement font également courir un grand risque aux droits de la propriété et à la sécurité des
investissements (nationalisation et confiscation des biens étrangers).

Ainsi, l’instabilité politique, l’agitation sociale et les conflits internes et entre Etats ont un effet
fortement dissuasif sur l’investissement.

2. Règles concernant l’entrée et l’activité des filiales étrangères

A côté de la stabilité politique et sociale, un investisseur potentiel s'intéresse à la politique et aux


règles adoptées par le pays d'accueil vis-à-vis des firmes étrangères. Il préfère s'implanter dans un
pays qui limite les entraves et assouplit les procédures à l'entrée d'investisseurs étrangers. Les
mesures d’assouplissement sont notamment les suivantes :

¾ Simplification du processus de sélection des investissements étrangers directs ;


¾ Ouverture de nouveaux secteurs à l’investissement étranger ;
¾ Limitation des restrictions visant les participations étrangères aux fonds propres ;
¾ Mesures encourageant les investisseurs étrangers à s’intéresser au processus de
privatisation et au développement des infrastructures (qui exigent beaucoup de capitaux et
de technologies) .

Ces mesures « fondamentales » sont essentielles, car, si un pays interdit ou met en place des
entraves, l’IDE ne se produit pas. En outre, la réduction de l’ouverture d’un marché (nationalisation
ou fermeture du marché, par exemple) réduit l’IDE. En effet la fermeture d’un marché conduit à un
désinvestissement des firmes déjà installées. En revanche, les politiques visant une plus grande
ouverture permettent aux entreprises de s’établir.
Ainsi, on peut conclure que l’accueil de l’IDE joue un rôle important dans la décision des
investisseurs étrangers. Cependant, il ne garantie pas leur venue. Cela nous laisse à penser que
l’accueil de l’IDE n’est qu’un déterminant parmi d’autres. Il faut prendre en compte d’autres
facteurs susceptibles d’influer sur les décisions d’implantation des investisseurs étrangers.

3. Le taux de change et le contrôle des changes

77
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

3.1 Le taux de change

Le taux de change est une question capitale et sensible pour l’investisseur. D’une part, surtout s’il
produit pour l’exportation, celui-ci sera mal disposé à l’égard d'un taux de change surévalué. D'autre
part, si le taux de change est sujet à de fortes fluctuations ou s’il est constamment dévalué dans un
souci de compétitivité, l’investisseur étranger y verra peut être un facteur supplémentaire de risque
et d’incertitude dans la mesure où cela a des incidences sur la valeur (en devises) de son
investissement ainsi que sur ses futurs gains et transferts de fonds. Il sera donc porté à préférer un
régime qui lui garantisse des taux de change stables..

3.2 Le contrôle des changes

C’est un facteur vital pour l’investisseur. La question qu’il se pose est : « Est-il facile de rapatrier
mon argent dans mon pays, est-il facile de rapatrier mes profits et aussi mon capital à tout
moment et dans les plus brefs délais ?». Les entreprises doivent être assurées de la facilité du
rapatriement de leurs bénéfices pour verser des dividendes à leurs actionnaires basés à l’étranger.
Sans la possibilité de rapatriement, il n'y aurait pas d'investisseurs étrangers intéressés de
s'implanter dans ce pays.

En plus de cette interrogation, une entreprise multinationale a besoin de la convertibilité courante de


la monnaie locale en devises étrangères afin de gérer ses propres échanges extérieurs entre la
maison mère, sa filiale locale et les autres unités. L’entreprise en a également besoin pour les
importations de biens d’équipement, l’approvisionnement en matières premières ou de produits
intermédiaires nécessaires pour la production locale. Donc, le problème de convertibilité courante
de la monnaie du pays d’accueil présente une importance cruciale pour l’investisseur étranger. Mais
il est à préciser que la quasi-totalité des pays a adopté la convertibilité courante.

Dans ce sens, plusieurs investisseurs étrangers importants, parmi lesquels, on trouve le constructeur
automobile Ford se sont retirés du marché russe en raison de leurs difficultés à s’approvisionner en
monnaie forte pour importer et également de leurs difficultés à rapatrier leurs bénéfices.(1)

A côté de la liberté du rapatriement des profits et des produits de cession d'investissement, la


possibilité pour les firmes étrangères, de détenir des comptes en devise serait un facteur positif,
parce que ceci éviterait des pertes de change considérables auxquelles elles doivent faire face. Donc

la réglementation des changes est essentielle. Mais encore faut-il que les institutions financières
aient l’efficacité requise pour exécuter ces transactions dans les délais requis.

(1)
A.Harrisson, Business international et mondialisation : vers une nouvelle Europe, ibid. p.504.

78
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

4. Le régime fiscal

La fiscalité peut constituer un facteur explicatif de l’orientation des IDE vers certaines économies
au détriment d’autres pays. Le régime fiscal, et en particulier la structure de l’impôt, les taux
applicables ainsi que l’efficacité et la transparence de l’administration fiscale intéressent au plus
haut point l’investisseur, il faut éviter des impôts directs et indirects trop lourds.

4.1. Le taux d’imposition sur les bénéfices des sociétés et l’évasion fiscale

Le taux d’imposition sur les bénéfices des sociétés confère une image fiscale à un pays et détermine
les comportements de transferts de profits. En effet, dans leur commerce internalisé, les FMN
appliquent non pas les prix de marché mondial, mais des prix de transfert internes qu’on qualifie
aussi de prix de cession internes, établis indépendamment de la concurrence.

Ainsi, une entreprise peut échapper à l’impôt sur les bénéfices des sociétés par la surévaluation
(sous-évaluation) du coût des biens et services que sa filiale située dans le pays à fiscalité élevée
achète (vend) à la filiale qui est moins taxée.

Ces prix de cession interne permettent à l’entreprise d’enregistrer l’essentiel de leurs profits dans les
pays à faible fiscalité alors que ces profits ont été gagnés dans les pays à forte fiscalité. Ainsi,
l’unité implantée dans le pays à fiscalité élevée ne déclare pas beaucoup de profits à
l’administration fiscale, alors que la filiale située dans le pays à faible fiscalité déclare des profits
élevés.

Le résultat de ces prix de cessions entre les filiales est la réduction nette des impôts pour la
multinationale. A titre illustratif, l’écart entre le prix de transfert et le prix du marché mondial qui a
atteint 155 % dans le secteur de la pharmacie, 60% dans l’électronique et 40% pour le caoutchouc a
permis de réduire de moitié la charge fiscale des multinationales américaines.

Il ne faut cependant pas en tirer de conclusions trop hâtives. Le taux d’IBS n’est pas une bonne
mesure de la charge fiscale pesant sur l’entreprise : d’une part parce qu’il occulte la grande diversité
des règles d’assiette (une baisse du taux d’IBS peut être compensée par un élargissement de
l’assiette), d’autre part parce qu’il existe de nombreux autres prélèvements. Le taux d’IBS est donc
insuffisant dans une perspective de comparaison internationale de pression fiscale. Il faut prendre en
compte le taux d’imposition effectif moyen.
Dans le cadre de la sensibilité des IDE à la fiscalité, en réalisant une étude sur 11 pays de L’OCDE
et faisant intervenir quatre mesures de la pression fiscale, le FMI démontre que des taux
d’imposition bas n’attirent pas systématiquement les IDE mais que des taux élevés les découragent.
Ainsi, la fiscalité pèse sur les flux d’IDE mais de manière relativement limitée, comparée aux
principaux déterminants de l’IDE. L'attractivité ne se limite pas à une course au moins disant.

79
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

A côté des taux effectifs d’impositions, l’investisseur étranger aura aussi à l’esprit le problème de la
double imposition.

4.2 La non double imposition

En investissant à l’étranger, une entreprise s’expose au risque d’une double imposition (celle du
pays d’origine et celle du pays d’accueil). Ce problème est normalement pourvu dans le cadre de
traités bilatéraux entre le pays hôte et le pays de l’investisseur. En effet, pour éviter de faire
supporter une double imposition à l’investisseur, les deux pays concernés ont tendance à signer une
convention dite « convention de non double imposition », par laquelle ils déterminent les bénéfices
à imposer dans chacun des deux pays. D’où le vif intérêt des investisseurs pour ce type de
conventions.

4.3 Le cas du Luxembourg

En 2002, les IDE entrants et sortants du Luxembourg se sont élevés respectivement à 87 milliards et
96 milliards de dollars. Comment interpréter ces résultats qui font du plus petit pays de l’Union
Européenne, à la fois le 1er pays de destination et le 2ème pays de provenance ?

Selon la méthodologie internationale mise en place par le FMI, les pays doivent enregistrer sous la
rubrique investissements directs étrangers de leur balance des paiements, les opérations des
résidents (des non-résidents) ayant pour but d’acquérir un intérêt durable dans une entreprise non
résidente (résidente). Cet intérêt durable comme on l’a déjà vu, est déterminé par la détention d’au
moins 10 % des actions ordinaires ou des droits de vote. Cette règle s’applique à toutes les
entreprises, y compris les sociétés à vocation spéciale ou Special Purpose Entities, centres de
trésorerie, sociétés holding, quartiers généraux… etc.

Pour le Luxembourg, une large part des flux entrants et sortants correspondent à de simples transit
de capitaux. En effet, afin de bénéficier des conditions fiscales avantageuses, de nombreux holdings
se sont installés au Luxembourg et servent d’intermédiaires à des transferts de fonds entre affiliés
(ces transferts sont donc réceptionnés par ces holding qui les réexpédient. Selon la Banque Centrale
du Luxembourg, plus de 80% du total des investissements directs entrants et sortants en 2002, n’ont
fait que transiter par le Luxembourg.

De ce fait, la localisation des sièges sociaux et autres sociétés holding au Luxembourg permet de
comprendre pourquoi ce pays est en même temps le 1er pays de destination et le 2ème pays de
provenance des IDE dans le monde. Cependant, Il est à préciser que ce type d’IDE n’est pas
créateur de richesses pour le pays d’accueil. En effet d’après le tableau ci-après, on constate que la
contribution effective des IDE est au moins trois fois plus élevée dans les grands pays d’accueil

80
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

qu’au Luxembourg : 1 million d’euros d’IDE génère en moyenne 0.5 million d'euros de ventes et
deux emplois au Luxembourg, contre 2 à 3 millions d’euros de ventes dans les grands pays comme
l’Allemagne et le Japon et de 4 à 9 emplois dans les filiales étrangères.

Tableau n°16 : activité réelle sous-jacente aux stocks d’IDE dans le pays.

Pays En chiffre d’affaires En emploi (nombre de salariés


(euro de CA par euro d’IDE) par million d’euros d’IDE)

Etats-Unis 1.3 3.3


Japon 2.3 4.9
Allemagne 2.6 7.3
France 1.9 7.6
Pays-Bas 1.2 3.6
Luxembourg 0.5 2.2
Royaume-Uni 1.5 4.5

Source : OCDE.

5. La qualité de l’intermédiation financière

Parmi les partenaires directement associés ou simplement prestataires de services des entreprises
multinationales, se trouvent les institutions bancaires et financières. Vu l’importance des
importations et des exportations des investisseurs étrangers, la disponibilité et l’efficacité des
intermédiaires financiers représentent un facteur considérable dans le choix des destinations
d’investissement.

Les investisseurs étrangers s’intéressent à la disponibilité de tous les instruments exigés par le
commerce international moderne et l’investissement ainsi que la disponibilité de banques dotées de
raccordements internationaux leur permettant de conduire des affaires internationales compétitives.

La banque doit réaliser les transferts de capitaux nécessaires au règlement d’importations ou


d’exportations, intervenir sur le marché des changes pour des achats de devises pour le compte de
sa clientèle.
Ainsi, le secteur bancaire et financier peut jouer un rôle d’une valeur inestimable comme catalyseur
de confiance.

6. Le degré d’ouverture

Le degré d’ouverture d’une économie, mesuré par la valeur du commerce extérieur (la valeur des
importations) par rapport au PIB, est considéré comme un facteur attractif de l’IDE. En effet, un
niveau élevé d’importations renseigne sur l’absence de barrières tarifaires et non tarifaires à l’entrée
des biens et services. De ce fait, pour ses besoins d’exploitation, l’investisseur étranger aura la
possibilité d’importer sans avoir à respecter des quotas à ne pas dépasser, ni à supporter des tarifs

81
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

douaniers exorbitants. Par conséquent, un degré d’ouverture peut influer positivement sur la
décision d’investissement.

Néanmoins, l’impact de la fermeture d’un marché, sur l’IDE n’est pas tranché : il dépend du type de
l’investissement. Dans le cas où l’investissement étranger serait orienté vers le marché domestique
du pays d’accueil, les obstacles protectionnistes peuvent être perçus comme un facteur incitatif à
l’investissement. La production délocalisée sera protégée de la concurrence (les produits importés).
Par contre, ces barrières à l’entrée peuvent constituer des facteurs dissuasifs pour les
investissements de type vertical. La surenchère des intrants importés aura pour effet d’augmenter les
coûts de production et par voie de conséquence réduire la rentabilité de l’investissement.

7. Infrastructures physiques

L’existence, la disponibilité, le coût, l’entretien et le bon fonctionnement d’éléments importants


d’infrastructures, tels que routes, transport, électricité, télécommunications et équipements
portuaires, sont d’une importance capitale pour l’entreprise car ils influencent directement les coûts
de production et par voie de conséquence la rentabilité. Dans le sens inverse, une infrastructure
insuffisante, et qui paraît devoir le demeurer, découragera l’investissement et pourrait même
pousser l’investisseur étranger à la relocalisation. En outre, le plus important de ces facteurs serait
leur coût opérationnel. A titre illustratif, les pannes d’électricité peuvent coûter jusqu’à 10 % du
chiffre d’affaires des entreprises installées en Inde et au Kenya.(1)

8. L’environnement juridique
L'investisseur étranger s'intéresse à la stabilité du cadre juridique du pays d'accueil et à la possibilité
de recourir à l'arbitrage international pour le règlement des différends.

8.1 La qualité et la stabilité du cadre juridique

La fiabilité des appareils juridiques et réglementaires est l’un des fondements de la confiance de
l’investisseur. Cela suppose qu’il existe des tribunaux compétents, indépendants, impartiaux et
intègres. C’est là une des plus importantes questions d’ordre institutionnel sur lesquelles
l'investisseur étranger doit être convaincu et rassuré.

En outre, les modifications fréquentes de textes de loi et la multiplicité des actes réglementaires
sont considérées comme des obstacles à l’investisseur étranger qui a besoin d’un climat de
confiance et d’éliminer les incertitudes.
8.2 Le règlement des différends

(1)
la revue le MOCI n° 1672 du 14 octobre 2004, p.14.

82
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

L’investisseur étranger doit être rassuré de la simplicité des procédures et du délai nécessaire pour
le règlement des différents. Par ailleurs, il préfère recourir à l'arbitrage international pour le
règlement de ses litiges. Par conséquent, autoriser la clause compromissoire dans les contrats est
perçu positivement par les investisseurs étrangers.

9. La qualité de vie

Cet indicateur mesure le bien être d’un individu, d’un groupe ou de la population d’un pays. Il
représente la quantité des divers biens et services consommés (par exemple, le nombre
d’automobiles pour 1000 personnes, ou de téléviseurs par habitant).
Ce facteur est pris en compte particulièrement par les personnes vivant dans les pays en
développement et ceux qui y sont employés.

Si un investisseur souhaite persuader ses employés de mener (gérer) le nouveau projet à l’étranger,
la qualité de vie serait un facteur fondamental.

A côté de l'environnement général du pays d'accueil, les investisseurs potentiels étrangers évaluent
les déterminants économiques.

II. LES DETERMINANTS ECONOMIQUES

1. Le climat d’investissement

Pour choisir le pays hôte pour son IDE, l’investisseur étranger a besoin d’une évaluation du climat
d’investissement. Le climat d’investissement offert par les pays hôtes est évalué sur la base du
niveau de stabilité des variables macroéconomiques suivantes : le taux de chômage, la croissance,
l’investissement national et le taux d’inflation.

1.1 Taux de chômage

Un faible taux de chômage est porteur de deux « mauvaises nouvelles » pour l’investisseur étranger.
D’une part, il annonce une tension sur le marché du travail qui est de nature à provoquer rapidement
des hausses de salaires. D’autre part, il informe sur un état encore peu avancé des restructurations
industrielles, ce qui signifie que l’investisseur étranger pourrait bien encore découvrir des
sureffectifs dans telle ou telle entreprise locale qu’il rachèterait dans les pays en développement.

Quant à un taux de chômage élevé, il renseigne sur la stagnation des activités au niveau de ce pays
et sur des niveaux peu élevés des salaires (offre supérieure à la demande).
1.2. La croissance :

83
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

La croissance d’une économie constitue le signal le plus important pour les investisseurs potentiels.
C’est un facteur déterminant de l’attractivité des IDE. En effet, l’investisseur s’intéresse davantage
au potentiel d’une économie qu’à son état présent. Ainsi ce ne serait pas l’attractivité des IDE qui
favoriserait la croissance, mais plutôt l’inverse.

Un taux de croissance faible ou en déclin indique le manque de dynamisme de la demande et de la


taille du marché du pays hôte, d’où une faible profitabilité de l’investissement. Par contre un
développement rapide de l’économie du pays hôte représente une opportunité d’expansion
supplémentaire de l’investisseur, une fois installé.

1.2 L’investissement national

Les investisseurs étrangers interprètent une augmentation de l’investissement national comme un


signal de l’existence d’opportunités intéressantes dans le pays en question. Il en découle que les
pays devraient stimuler les investissements nationaux dans une logique de développement afin que
les flux entrants s’articulent à un tissu productif national.

Une faible croissance ou une décroissance de l’investissement intérieur incite l’investisseur étranger
à la prudence (ou même à surseoir à l’IDE), puisqu’elle traduit l’évaluation défavorable portée sur
le climat d’investissement du pays hôte par les entreprises locales ; pourquoi donc les investisseurs
étrangers en auraient-ils alors une bonne évaluation ?
L’importance de l’investissement national constitue le reflet du climat d’investissement d’un pays
donné. Un niveau important d’investissement national se traduit par une forte profitabilité, et par
conséquent incite les investisseurs étrangers potentiels à s’y implanter.

1.3 Taux d’inflation

Les pressions inflationnistes peuvent conduire à des restrictions de crédit (politique monétaire anti
inflationniste), dont l’effet est double : elles rendent moins aisée l’obtention de capitaux localement,
et par leur action déflationniste sur la demande, elles réduisent les bénéfices des entreprises.

Un taux d’inflation faible et instable rend également difficile l’estimation du prix d’un contrat à
long terme, il gêne les anticipations et le calcul économique de l’investisseur étranger et l’oblige à
d’incessantes opérations de couverture, tout en dépréciant rapidement les perspectives de profit
futur.

1.4 Les déficits de la balance des paiements

84
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

Les déficits de la balance des paiements peuvent conduire à une dévaluation ou contraindre le pays
à établir des restrictions temporaires sur les bénéfices qui peuvent être rapatriés.

Les entreprises ne voudront pas investir dans un pays dont les fondamentaux économiques sont si
faibles au point où ils ne peuvent pas prévoir ce que le gouvernement fera pour étayer le
fléchissement de l’économie. A ce sujet, Warrick P.Smith, directeur de l’unité Environnement des
affaires à la BM (Banque Mondiale), affirme que : « la réduction des l’incertitude sur l’action des
pouvoirs publics d’un pays peut augmenter de 30 % la probabilité de nouveaux investissements ».(1)

Par contre un pays qui a des fondamentaux économiques sains n’est pas soumis à des changements
importants ou négatifs. Donc l’investisseur est assuré de la croissance de l’économie, et de la
l'accroissement des opportunités d’investissement.

2. Déterminants en termes de demande (éléments liés au marché)

La taille et l’importance du marché d’accueil, ainsi que ses perspectives de croissance constituent
des éléments déterminants de la rentabilité des investissements et motivent donc fortement les
multinationales.

2.1 La taille du marché

La taille du marché mesurée par la population peut constituer un paramètre important dans les
décisions d’investissement en raison de l’importance de la demande et de la possibilité de réaliser
des économies d’échelle.

Pour vérifier cette hypothèse, on a procédé à une comparaison entre le classement des pays selon la
population et les entrées effectives d’IDE (voir annexe n°4). Cette comparaison élaborée pour 2002,
fait ressortir que par sa population, le plus grand marché du monde est la Chine (avec prés de 1
milliard et 300 millions d’habitants), suivie de l’Inde (avec 1 milliard d’habitants). Les pays les plus
riches en IDE, sont les USA, le Royaume-Uni et l’Allemagne.
Les cas extrêmes qui méritent d’être relevés sont d’un côté l’Inde et la Russie et de l’autre l’Irlande.
En 2002, l'Inde et la Russie occupaient respectivement la deuxième et la septième place en terme de
population, mais suivant l’accueil des IDE, ils se classent au 42ème et 25ème rang. L’Irlande dont la
population ne dépasse pas les quatre millions d’habitants (114ème place), s’est classée en 11ème place
pour l’accueil des IDE. Il semble donc que la taille du marché (population) n’est pas le seul facteur
d'attractivité puisque des pays à forte population accueillent moins d'IDE que les pays moins
peuplés.

(1)
La revue Le MOCI. N°1672 du 14 octobre 2004.

85
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

2.2 L’importance économique du marché

L’importance d’un marché est mesurée par le revenu par tête (PIB par tête). Plus cet indicateur est
important pour un pays, plus les investisseurs étrangers seront tentés de s’y implanter. Cela
s’explique par le fait qu’un revenu élevé implique une demande plus importante.

Afin de montrer l’importance de ce critère dans l’attractivité d’un pays, on va procéder de la même
manière que pour le facteur précédent. On va comparer le classement des pays suivant le revenu et
l’IDE par tête (annexe n°5).

On trouve presque le même classement des pays selon le stock d’IDE par tête et selon le PIB par
tête. La Suède, la France, le Royaume-Uni, le Portugal, l’Espagne, l’Allemagne, le Canada et
l’Irlande ont presque gardé le même classement.
Cela s’explique par le fait que la demande sur ces marchés est de nature à attirer des IDE
s’inscrivant dans une stratégie de marché. Donc, on peut conclure que le revenu par tête joue un
rôle déterminant dans l’attractivité des IDE.

Ainsi, on peut conclure qu’un pays qui possède un vaste marché intérieur et une économie en
croissance continue doit présenter un intérêt pour les investisseurs étrangers, puisqu’il offre de
bonnes perspectives de gains et de rentabilité pour leurs investissements. Inversement, ces
investisseurs ne seront probablement pas attirés par une économie de dimension restreinte dont la
croissance est négative ou insuffisante.

Cependant, Hong Kong et Singapour qui se classent respectivement en 1ère et 3ème rang selon
l'IDE/tête ne prennent que la 19ème et la 20ème place et terme de PIB/tête. Cela nous pousse à
penser que les IDE à destination de ces pays ne sont pas attirés par la demande.

3. Déterminants en termes de l’offre

3.1. Accès aux ressources naturelles

Nombreuses sont les industries qui se sont implantées à proximité de réserves de matières premières
ou de sources d’énergies. Mais l’accès aux ressources qui fût sans doute un facteur décisif par le
passé, l’est beaucoup moins aujourd’hui de par la rapidité et la baisse des coûts de transport. La
disponibilité des ressources ne constitue plus un facteur contraignant dans les décisions
d’implantation des entreprises. Cependant l’accès aux ressources demeure crucial pour certaines
industries telles l’exploitation minière et l’industrie pétrolière.

D’un point de vue général, l’accès aux ressources n’affecte la décision d’investissement que lorsque
les matières premières sont à la base de l’activité de l’entreprise.

86
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

3.2. Le facteur travail

3.2.1. Niveau de rémunération de la main d’œuvre

Dans une stratégie de rationalisation et de délocalisation de la production, les entreprises cherchent


l’abaissement des coûts de production, notamment salariaux. Elles sont souvent tentées de transférer
tout ou partie de leur processus de production dans les pays à bas niveau de salaires. Par
conséquent, la disparité entre les salaires du pays d’origine et ceux des pays d’accueil est supposée
susciter l’IDE. Telle quelle, cette explication est inexacte. En effet, si le salaire primait dans la
décision d’investir à l’étranger, on aurait observé une concentration des IDE dans le continent
africain et plus précisément au Mali ou à Madagascar où les salaires sont les plus faibles, ce qui est
loin d’être encore le cas.

Ainsi, ne faut-il pas relativiser l’importance des coûts salariaux et s’interroger sur la productivité.

3.2.2. Coût unitaire du travail

Au-delà de l’aspect purement quantitatif du coût du travail, l’aspect qualitatif de la main d’œuvre
est déterminant dans la décision d’investissement : son efficience, son aptitude à s’acquitter de
tâches plus ou moins complexes, sa capacité à utiliser le matériel de pointe. En d’autres termes, la
variable à prendre en compte est désormais le rapport productivité/coût du travail. L’IDE est attiré
dans les pays ayant le rapport le plus avantageux entre coût salarial, charges incluses et productivité
du travail. C’est le coût unitaire du travail qui est le plus déterminant dans l’attractivité des IDE.

3.2.3. Flexibilité du marché du travail

La flexibilité du travail est aussi un facteur à prendre en compte pour l’investisseur étranger.
L’absence de rigueur dans la réglementation du travail et dans ses normes, et notamment dans les
règles applicables aux recrutements et aux licenciements sera également appréciée par
l’investisseur.

Le graphique n°15 montre une corrélation négative entre les flux d’IDE entrants et l’inflexibilité du
marché du travail. Plus l’inflexibilité est forte et plus l’IDE entrant est faible.

On remarque que l’Inde avec un code de travail très rigide représente le pays qui accueille le moins
d’IDE (IDE/PIB). Et à l’inverse, Singapour qui se caractérise par une forte flexibilité du marché du
travail, constitue le pays qui accueille le plus d’IDE.
Donc, on peut conclure que le manque de souplesse du code de travail représente une entrave pour
l’attractivité des IDE.

87
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

Graphique n°15 : L’IDE et la flexibilité du marché du travail.

Source: IMF Country Report N°05/87, 2005.

Graphique n°16: Classement de certains pays asiatiques selon les difficultés de licenciement
des travailleurs.

Source: IMF Country N°05/87, 2005.

3.2.4. Le potentiel humain

88
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

L’existence d’une offre locale de main d’œuvre qualifiée est un facteur important pour
l’investisseur étranger. Les qualifications de la main d’œuvre, les possibilités de formation qu’elle
offre, le niveau d’instruction en général et l’expérience professionnelle sont d’une importance
considérable pour l’investisseur. En effet, tous ces éléments influent sur les dépenses et les recettes
et la rentabilité de l’investissement.

Ainsi, l’attrait de l’investissement direct étranger est étroitement lié à la présence dans les pays
hôtes d’une main d’œuvre qualifiée pour éviter à ces entreprises qui s’installent d’engager des coûts
supplémentaires en termes de formation de la main d’œuvre locale ou de rémunération d’une main
d’œuvre qualifiée qu’elles se doivent d’importer.

Pour une multinationale, l’existence d’une offre locale de main d’œuvre qualifiée représente un
facteur plus important qu'un bas niveau des salaires.

Cet ordre de priorité s’explique par le fait que ces dernières utilisent des technologies sophistiquées
qui réclament un personnel capable de les utiliser et d’en effectuer la maintenance.

III. LE CLIMAT DES AFFAIRES

1. La bureaucratie

La bureaucratie pourrait être le plus grand fardeau dans tout environnement d’investissement.
L’efficacité et la compétence de l’appareil administratif et des organes de contrôle de l’Etat revêtent
une importance capitale, car de cela dépendent le temps et l’argent nécessaires pour l’implantation
d’une entreprise.

En termes d’importance, la bureaucratie est plus répandue dans les pays en développement que dans
les pays développés. En effet, en Chine par exemple, il faut 41 jours pour créer une entreprise, 241
jours pour la bonne exécution d’un contrat et deux ans et demi pour achever une procédure de
faillite. En Inde, on compte 89 jours pour créer une société, 425 jours pour exécuter un contrat mais
le créancier devra attendre dix ans pour voir aboutir un dossier de faillite. En revanche, en France,
la création d’une société demande 8 jours uniquement, l bonne exécution d’un contrat, 75 jours,
une procédure de dépôt de bilan, environ 18 mois.(1)

2. La corruption

(1)
La revue: le MOCI, n°1672. 14 octobre 2004.

89
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

La médiocrité des salaires, l‘absence de système d’avancement au mérite et les lenteurs


bureaucratiques vont inévitablement engendrer corruption et inefficacité.

Au sens large, la corruption consiste à utiliser une charge politique pour son profit personnel. Cela
comprend les pots-de-vin et l’extorsion, ainsi que d’autres abus qu’un fonctionnaire peut
commettre(1)

Ce phénomène qui est répandu à des degrés variés selon les pays et les régions représente un
obstacle de taille pour attirer les investisseurs étrangers.

En effet, dans beaucoup de pays, les affaires sont ralenties par la corruption.. Les douaniers et
certains autres agents publics sont souvent si peu payés qu’ils ont recours à des pots-de-vin pour
compléter leurs revenus. Les multinationales implantées dans certains Etats se trouvent contraintes
d’utiliser des « caisses noires » pour soudoyer des fonctionnaires et obtenir des contrats. Ces coûts
d’activité liés à la corruption ont souvent pour effet de dissuader les investisseurs potentiels.
D’après la Banque Mondiale, dans son rapport sur le développement dans le monde(2), le prix de la
corruption représente 6% du chiffre d’affaires des entreprises au Cambodge ou au Nicaragua. C’est
le surcoût que doit supporter l’entreprise.

Ainsi, des données empiriques issues de comparaisons entre pays semblent indiquer que la
corruption nuit beaucoup à l’investissement et à la croissance économique. Une analyse de
régression montre qu’un pays qui réduit la corruption et passe de 6 à 8 sur un indice allant de 0 à 10
voit augmenter de 4 points de pourcentage son taux d’investissement et d’un demi-point de
pourcentage la croissance annuelle de son PIB par habitant.

De ce fait, on peut conclure que le manque de transparence et la corruption dans le domaine des
marchés publics représentent des nuisances qui affectent les affaires et peuvent influencer
négativement la décision d’effectuer un IDE.

3. La contrefaçon

Dans les pays asiatiques, la contrefaçon représente une pratique très répandue, ce qui décourage les
investisseurs à s’y implanter. L’existence de produits contrefaits représente une nuisance pour
l’entreprise. En effet, la contrefaçon engendre non seulement une compétitivité déloyale sur les
prix(3) mais aussi la détérioration de l’image de marque de l’entreprise.

(1)
FMI, revue Finances & développement/mars 1998, p.7.
(2)
World Developpement Report 2005, A better Investment Climate for Everyone.
(3)
Les produits contrefaits sont généralement offerts à des prix dérisoires. Par conséquent, l'entreprise d'origine ne
pourra plus écouler ses produits qui sont devenus très coûteux pour les consommateurs.

90
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

Ainsi, avant de s’implanter dans un pays donné, les investisseurs étrangers doivent être assurés de
l’existence d’une réglementation relative à la protection de la propriété intellectuelle et industrielle.
En outre, l’enregistrement des brevets par exemple doit être fait dans les plus brefs délais.
Nombreuses sont les entreprises qui déplorent les délais d’enregistrement dans certains pays, délais
qui laissent du temps aux concurrents pour rattraper leur retard.

De ce fait, on conclut que la protection des droits de propriété intellectuelle et industrielle est
inscrite parmi les critères déterminants par les firmes multinationales.

4. La concurrence déloyale

Les entreprises s’interrogent souvent sur l’ampleur du marché parallèle dans le pays d’accueil. Cette
interrogation est capitale, car plus l’activité « au marché noir » est importante et plus l’entreprise a
moins de chance d’être compétitive. Une entreprise appartenant au secteur parallèle échappe à la
réglementation et donc elle ne paie pas de fiscalité. De ce fait elle applique des prix très bas
auxquels d’autres entreprises ne peuvent pas concurrencer.

Suite à l’exposition des composantes du climat des affaires en terme de coûts, on peut conclure que
plus cet environnement est sain dans un pays et plus les investisseurs étrangers seront tentés de s’y
implanter. Dans son rapport intitulé « World Development Report 2005, A Better Investment
Climate for Everyone », la Banque mondiale a établit un classement des pays selon l’environnement
des affaires (voir Annexe n°6). A quelques exceptions près, on remarque que La tête du peloton est
constituée de pays développés. Ce qui explique en partie leur attractivité des IDE.

TROISIEME SECTION: LA PROMOTION DES INVESTISSEMENTS


DIRECTS ETRANGERS

La mobilité internationale des investisseurs et la formidable croissance des flux d’IDE ont suscité
un intérêt et un appétit, croissant des gouvernements, pour lesquels ces investissements représentent

91
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

un gisement potentiel d’activité, d’emploi et de développement technologique. Les différents pays


ont mis en œuvre des politiques actives, qualifiées « d’attractivité » ou de « promotion » des
investissements, dans le but d’attirer les investissements des entreprises étrangères sur leur
territoire.

Ces politiques se basent principalement sur des incitations de nature financière ou fiscale. Elles
incluent différentes formes de réduction ou d’exemption de taxes ou de charges, le financement
total ou partiel de terrains ou d’éléments d’infrastructures, des subventions, des prêts préférentiels,
des privilèges commerciaux, voire des droits spécifiques. Cependant, la diffusion internationale de
cet instrument et la fréquence de cet usage n’implique ni qu’il soit efficace, ni qu’il soit efficient en
terme de coût-bénéfices.

I. LES PLITIQUES INCITATIVES

1. Les formes d'incitations


Les incitations peuvent être classées en trois rubriques:
¾ les incitations fiscales;
¾ les incitations financières;
¾ les incitations indirectes.

1.1 Les incitations fiscales


Conçues pour réduire la charge fiscale globale de l’investisseur étranger, ces mesures peuvent
prendre la forme de congés fiscaux, d’amortissement accéléré et d’encouragements fiscaux
indirects, d’exemption des droits d’importation sur les matières premières, intrants intermédiaires
et biens d’équipement.

1.1.1 Les congés fiscaux


De toutes les formes d’incitations fiscales, les congés fiscaux (exonérations fiscales temporaires)
sont les plus répandus dans le monde. Ils sont accordés aux nouvelles activités. Ils représentent la
forme la plus simple des incitations. Néanmoins, ils comportent ne nombreuses lacunes :

¾ Les exonérations fiscales risquent d’inciter les entreprises imposées à s’entendre avec des
entreprises exonérées pour transférer leurs bénéfices en fixant des prix de cession (par exemple, en
payant un prix supérieur pour les biens de l’autre entreprise, en retour de certains avantages) ce qui
constitue une forme d’évasion fiscale ;
¾ La durée d’exonération fiscale risque d’être prolongée à l’excès lorsque des investisseurs
réussissent à déguiser les investissements existants en nouveaux investissements (en mettant fin à
un projet pour le relancer sous un nom différent) ;

92
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

¾ Les congés fiscaux limités dans le temps ont tendance à attirer les projets à court terme dont
le retour sur investissement est rapide plutôt que les projets plus lourds qui ne sont pas rentables
pendant les premières années.

1.1.2 Amortissement accéléré


L’amortissement accéléré est la forme d’encouragement fiscal la moins coûteuse, puisque les
recettes cédées (par rapport à la situation sans accélération) au cours de la durée d’amortissement
sont partiellement compensées au cours des années subséquentes à la durée de vie de l’actif.(1)
De plus, il semble être la forme d’incitation fiscale la plus transparente.

1.1.3 Encouragements indirects


Ces incitations indirectes peuvent être accordées sous forme d’exemptions de la TVA (taxe sur la
valeur ajoutée) pour les matières premières et les biens d’équipement ou de réduction des taxes à
l’importation (tarifs douaniers).

1.2 Les incitations financières


Elles comprennent l’offre directe d’avantages financiers à l’investisseur étranger par les pouvoirs
publics, par exemple sous forme de subventions et de crédits bonifiés.

Les subventions
Les subventions à l'investissement peuvent être définies comme la mise à disposition de fonds
publics pour les investisseurs étrangers. Si ces subventions peuvent présenter forme d'incitation
pour attirer l'IDE, elles posent en général toutes sortes de problèmes. Elles constituent un
décaissement initial de fonds publics profitant en même temps aux investisseurs non valides et aux
investissements retables. Par ailleurs, les fonds décaissés auraient pu être servis à l'amélioration des
infrastructures qui constituent un facteur plus attractif. En conséquence, le recours à cette méthode
est rarement justifié.

1.3 Les incitations indirectes


Elles sont conçues pour améliorer la rentabilité de l’investissement de diverses manières. Par
exemple, le gouvernement peut offrir des terrains et des infrastructures à un prix inférieur au prix du
marché ou accorder à l’entreprise étrangère un privilège commercial, comme un accès préférentiel à
des marchés publics, une situation de monopole, une fermeture du marché aux nouveaux entrants,
une protection contre la concurrence des importations ou à un traitement réglementaire spécial.

2. Conversion de dettes en investissement

(1)
Durant la période d’amortissement accéléré, les charges de l’entreprise (dotations aux amortissements ) augmentent,
ce qui réduit ses résultats et ainsi diminue l’impôt sur les bénéfices. Par contre, après la durée d’amortissement, les
charges vont diminuer ce qui augment les bénéfices et par conséquent les recettes fiscales de l’économie.

93
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

Dans plusieurs pays en voie de développement (PVD), les multinationales ont été invitées à prendre
part à la privatisation par le biais de conversions de titres de la dette extérieure en titres de propriété
de firmes locales. De 1985-1989, 20% des IDE entrants en Argentine ont été réalisés à l’aide de
telles conventions, 30% au Mexique, 59 % au Brésil et 80% au Chili.(1)

Le mécanisme de conversion de dettes en investissement a un double effet. D'une part, il réduit


l'endettement extérieur et d'autre part, il attire les investisseurs étrangers.

3. Agences de promotion des investissements


Pour promouvoir et faciliter l’investissement, la plupart des pays ont crée des agences de promotion
d’investissements (API).
Habituellement les fonctions d’une API couvrent les domaines suivants :

Création d’une image de marque


L’objectif visé par la création d’une agence de promotion de l’investissement consiste à « vendre »
le pays, en projetant une bonne image de marque (ou si l’image est mauvaise, en la transformant). Il
s’agit de fournir de fournir des informations générales sur le pays, son économie et les opportunités
offertes aux investisseurs. Il s’agit aussi de la diffusion efficace d’une telle information pour
combler le vide constaté dans les guides internationaux pour les investisseurs, pour présenter le
pays aux investisseurs potentiels comme une destination où l’investissement est à la fois protégé et
profitable, et pour corriger l’image négative du pays. Pour cela, on peut utiliser des brochures
diffusées par les ambassades ou organiser des conférences sur l’investissement au niveau national et
international. Ce travail de promotion serait grandement facilité si l’on pouvait à cet effet citer
l’exemple d’investisseurs qui ont connu la réussite dans le pays.

Générer l’investissement
Générer de nouveaux investissements est l’objectif principal d’une telle agence. Il est donc
primordial pour les API de se concentrer sur les secteurs et les projets à promouvoir, et de cibler les
investisseurs potentiels qui pourraient être convaincus d’étudier les possibilités d’investissement
qu’offrent le pays. A cet effet, la disponibilité de dossiers complets comprenant des informations
techniques sur les secteurs spécifiques est essentielle, comme l’est l’information sur
l’environnement des affaires, les infrastructures, les avantages fiscaux, le marché du travail, la
qualification de la main d’œuvre et la législation contractuelle.

Services et appuis
Une fois que l’investisseur a exprimé son intention de prendre un engagement, il devient important
de lui faciliter le parcourt administratif qui est souvent un vrai combat. C’est dans cette période que
les investisseurs sont généralement découragés du fait des retards excessifs, des obstacles
(1)
W.Andreff, « les multinationales globales », ibid. p.86.

94
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

bureaucratiques et de manque de motivation de la part des fonctionnaires. De ce fait, l’API devrait


fournir une aide efficace pour introduire le dossier, tout comme pour l’acquisition de permis.
Après approbation de l’investissement, l’API se doit de faire un suivi de l’investissement afin de
s’assurer que l’investisseur profite des avantages qui lui avaient été promis et s’il remplit les
conditions exigées.

Il convient de souligner que « la vente » d’une image améliorée et de nature à flatter l’investisseur
doit s’appuyer uniquement sur la réalisation de progrès réels et significatifs, c’est à dire après
qu’auront effectivement eu lieu les indispensables réformes dans le domaine législatif,
réglementaire, institutionnel et autres dont dépend la mise en place d’un environnement porteur
pour l’investissement. Il est importent avant de se lancer dans les campagnes de promotion de
l’investissement, de commencer par un travail de réformes et de changements structurels de nature à
créer un environnement incitatif pour l’investisseur.

II. LA SURENCHERE ET LES COUTS DES POLITIQUES INCITATIVES

1. La surenchère des incitations: « Cas de Ford au Brésil »


Pour attirer d'importants investisseurs étrangers, les pays recourent aux différentes politiques
incitatives. Chaque pays essaie d'offrir des réductions fiscales et financières plus importantes que
d'autres. On assiste à une surenchère des incitations. Ainsi, pour attirer sur son territoire le lourd
investissement prévu par Ford au Brésil, l’Etat de Bahia a offert à la firme américaine les avantages
suivants :

¾ Exonération de taxes à l’importation, totale sur les équipements de production, à 90% sur les
matières premières, les pneumatiques et les composants ;
¾ Réduction de 50 % des taxes à l’importation de véhicules finis ;
¾ Exonération des taxes sur les produits industriels ;
¾ Exonération d’impôt sur les bénéfices de l’usine ;
¾ Don gratuit par l’Etat de Bahia du terrain de l’usine ;
¾ Financement bancaire à conditions préférentielles
¾ Réduction de la TVA ;

2. Coûts des mesures incitatives


L’évaluation du coût de ces mesures est délicate, en raison de l’étalement dans le temps de
plusieurs de leurs effets. Néanmoins les recherches convergent toutes pour conclure le coût élevé de
ces politiques et l’augmentation de ce coût par unité de d’emploi.

95
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

L’industrie d’automobile apparaît comme un bon cas d’espèce. Le vaste processus de


restructuration des constructeurs automobiles depuis le milieu des années 1980, a conduit les pays
à surenchérir les politiques d’attractivité. Les données disponibles dans ce secteur montrent que les
dépenses publiques correspondantes, sous forme de subventions effectives ou de perte de recettes
fiscales, représentent jusqu’à plusieurs dizaines d’années de salaires pour les emplois directs crées
(tableau n°17). L’investissement Ford-Volkswagen au Portugal aurait par exemple bénéficié de
265.000 USD d’incitations pour chacun des 5000 emplois directs crées, soit l’équivalent de 260
000 d’années de salaires du mécanicien automobile à Lisbonne. En outre, les données recueillies
dans ce tableau indiquent une tendance à la hausse rapide du coût des incitations par emploi. Dans
le cas des Etats-Unis, le coût par emploi a augmenté de 4000 USD en 1980 à prés de 170.000 USD
au début des années 1990 dans la construction automobile.

Tableau n°17 : Incitations à l’investissement étranger dans l’industrie automobile.

Date du projet PAYS Investisseur Montant par Salaire brut Equivalent années
emploi en USD annuel moyen de salaire par emploi
(A) en USD (B) (A/B)
1980 Etats-Unis Honda 4 000
Début 1980 Etats-Unis Mazda-Ford 17 000
Milieu 1980 Etats-Unis Toyota 50 000
Milieu 1980 Etats-Unis Fuji-Isuzu 51 000
Début 1990 Etats-Unis Mercedes Benz 168 000 30 000 5.6
1992 Portugal Ford-VW 265 000 5 100 52
1995 Brésil Volkswagen 54-94 000 4 600 12-20
1996 Brésil Renault 133 000 12 500 11
1996 Brésil Mercedes Benz 340 000 12 500 27
1997 Inde Ford 200-400 000 2 400 83-166
Source : CNUCED.

L’objectif de séduction des investisseurs serait plus sûrement atteint si les ressources concernées
étaient consacrées au renforcement de l’attractivité structurelle, plutôt qu’à la réduction du coût
d’installation des investisseurs étrangers. En d’autres termes, le coût d’opportunité des incitations
financières est élevé. A court terme, ces mesures incitatives réduisent les ressources disponibles
pour renforcer les politiques d’attractivité.

Les dépenses publiques consacrées aux incitations représentaient environ entre 0.1% et 0.2 % du
PIB en Allemagne, Belgique, Italie, Espagne, et jusqu’à prés de 0.6% du PIB de l’Irlande. A moyen
terme, ce coût d’opportunité s’alourdit. En effet, les exonérations fiscales portent souvent sur des
durées longues et se traduisent par une diminution durable des recettes budgétaires, et donc de la
capacité d’investissement dans les composantes de l’attractivité structurelles.

96
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

3. Les incitations : élément résiduel d’attractivité


Concrètement, il est difficile de discerner l’impact des incitations fiscales sur les entrées d’IDE.
Cependant, plusieurs études ont démontré son importance marginale dans les décisions
d’investissement.

Si la pratique des incitations afin de promouvoir l’investissement, est très répandue dans le monde,
certains faits d’expérience donnent à conclure que son efficacité pour attirer des investissements
supplémentaires au-delà de ceux dont les pays auraient bénéficié de toute façon sans de telles
incitations est souvent douteuse.

Les incitations qu’elles soient fiscales, financières ou autres ne constituent pas le centre d’intérêt
des investisseurs étrangers. En effet, selon un sondage réalisé par l’OCDE, sur 500 entreprises,
seulement 4 ont classé la fiscalité comme la variable déterminante dans leurs décisions
d’investissement.

D’après une étude réalisée par Wei, intitulée « How Taxing in Corruption on International
Investors ? », la réduction de la corruption du niveau du Mexique à celui de Singapour a
approximativement le même effet sur les IDE que la réduction de 30% du taux d’imposition sur le
bénéfice des sociétés.

De ce fait, on conclue que les incitations sont non seulement trés coûteuses mais aussi elles ne
représentent pas le centre d'intérêt de l'investisseur étranger.

A partir de l'exposition des différents facteurs susceptibles d'affecter la décision d'un investisseur
étranger dans son implantation dans un pays donné, on conclue que les facteurs les plus attractifs
sont composés des fondamentaux économiques, de la stabilité du cadre politique et social et du
climat des affaires. En d'autres termes, un investisseur ne voudra pas investir dans un pays où les
conflits peuvent se déclencher du jour au lendemain, ceci mettrai en péril son projet. En outre, il
est intéressé par une économie dont les fondamentaux sont sains et solides et par conséquent qui
présente des opportunités de croissance. Pour le climat des affaires, il représente un facteur très
important dans l'attractivité car un investisseur doit être assuré de l'absence de tout obstacle
susceptible de freiner son activité.

Quant aux mesures incitatives d'ordre fiscales, douanières et financières, elles jouent le rôle de
"Bonus". L'investisseur étranger fait appel à ce critère en dernier ressort. Toutes choses étant
égales par ailleurs, si l'investisseur est face à deux pays qui lui présentent les mêmes conditions
d'investissements, il penchera pour le pays qui lui propose en plus, des incitations. De ce fait, un
pays dont l'environnement n'est pas propice à l'investissement, devrait en premier lieu s'intéresser à
améliorer sa situation économique et à renforcer ses infrastructures avant de se précipiter pour
offrir des mesures incitatives.

97
Quatrième chapitre Les déterminants de l'attractivité des IDE pour une économie

98
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

CINQUIEME CHAPITRE:

LES IDE EN ALGERIE: EVOLUTION


ET CONTRAINTES

Aborder à l'heure actuelle le thème de l'attractivité des investissements directs


étrangers (IDE) relève d'une préoccupation essentielle pour un pays comme
l'Algérie, particulièrement à un moment où ce pays déploie de considérables
efforts pour attirer l'investisseur étranger qui demeure insignifiant (hors
hydrocarbures) . Partant de cette situation, le but de ce chapitre est de
déterminer les contraintes qui freinent les investissements directs étrangers à
destination de l'Algérie.

Pour ce faire, nous allons tout d'abord dans une première section décrire la
pratique des autorités algériennes à l'égard de l’investissement direct étranger,
depuis la période poste coloniale jusqu'à nos jours puis, présenter les tendances
de l'investissement direct étranger entrant en Algérie. Ensuite, nous étudierons
dans la deuxième section l'évolution récente du cadre macroéconomique du pays
aussi bien au niveau interne qu'externe ainsi que le cadre législatif et
réglementaire et le climat des affaires, pour enfin déterminer les obstacles
dissuasifs à l'implantation d'entreprises étrangères en Algérie.

98
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

PREMIERE SECTION: L'IDE, STATUT JURIDIQUE ET EVOLUTION

Dans cette section, il s'agit d'abord d'examiner les changements de la politique de l'Algérie vis-à-vis
des investissements directs étrangers, depuis l'indépendance jusqu'à nos jours. Ensuite, on
présentera l'évolution statistique de l'IDE entrant en Algérie, tout en distinguant les principaux pays
investisseurs et les secteurs bénéficiaires

I. LE PASSAGE D'UNE POLITIQUE RESTRICTIVE A UNE POLITIQUE LIBERALE

L'analyse de l'évolution du comportement de l'Algérie vis-à-vis des investissements directs


étrangers permet de distinguer deux principales périodes : la première, qui avait débuté à partir des
opérations de nationalisation, était caractérisée par l’impossibilité pour un opérateur étranger
d’investir en Algérie sous quelques formes que ce soit. ; la deuxième qui a commencé à partir de la
loi 90-10 sur la monnaie et le crédit est caractérisée par l'ouverture de l’économie algérienne aux
investissements étrangers.

1. La politique restrictive de l'Algérie vis-à-vis de l'investissement direct étranger

Juste après l'indépendance, l'Etat algérien a procédé à la nationalisation des ressources naturelles.
En 1971, le président Houari Boumedienne a annoncé la nationalisation partielle des hydrocarbures.
La Sonatrach est devenue, avec ce processus, la seule maîtresse de toutes les opérations. Ces
nationalisations ont engendré un départ massif des sociétés étrangères. Pour y remédier, l'Etat
algérien a procédé à la mise en oeuvre de la formule des sociétés mixtes, par l'adoption en 1982 de
la loi n°82-13. Cependant cette organisation exigeait la détention de plus de 51% du capital social
par la partie algérienne. Par ailleurs, la loi applicable en cas de litige était la loi algérienne. La
compétence des tribunaux algériens ne laissait aucune place à l'arbitrage international, pour statuer
sur les contentieux. Ces deux mesures sont perçues comme une entrave très contraignante pour les
investisseurs étrangers, d'où leur réticence à investir en Algérie.

2. La politique d'ouverture graduée

A partir de la loi 90-10, l'Algérie a commencé à alléger les procédures relatives à l'installation des
investisseurs étrangers. C'est une nouvelle politique d'ouverture qui s'instaure graduellement. Trois
grandes étapes peuvent être distinguées:

¾ La loi 90-10 du 14 avril 1990;


¾ Le code des investissements de 1993;
¾ L'ordonnance 01-03 du 20 août 2001 relative au développement de l'investissement.

99
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

2.1. Première étape: la loi 90-10 portant sur la monnaie et le crédit

La loi 90-10 portant sur la monnaie et le crédit, adoptée le 14 avril 1990, représente un nouvel
instrument de la politique économique en Algérie. Cette loi (articles 181 à 192) a mis fin aux
dispositions antérieures imposant une majorité de capitaux publics algériens dans les sociétés
mixtes (51/49). A cet effet, elle permet au capital étranger de s'associer librement (sans limitation de
part) à une personne morale publique ou privée. Toutefois l'investissement privé n'était autorisé que
dans les secteurs non expressément réservés à l'Etat, ce qui limitait l'implantation des sociétés
étrangères.

Elle a également apporté des garanties afférant au rapatriement des capitaux investis, de leurs
bénéfices et de leurs dividendes.

Cependant l'investisseur étranger est tenu de remplir un certain nombre de critères fixés par le
Conseil de la Monnaie et du Crédit. Ces conditions portaient en général sur l'impact de
l'investissement sur l'économie nationale en général et sur les réserves de changes en particulier.

2.2. Deuxième étape: Décret législatif 93-12 du 05 octobre 1993, dit "Code des
investissements"

Le décret législatif 93-12 portant code des investissements, a eu pour objectif de simplifier les
démarches administratives liées à la réalisation de l'investissement et de mettre en place un régime
d'incitations à l'investissement, géré par l'Agence de Promotion et de soutien à l'investissement
(APSI).

Il a également abrogé les dispositions de la loi sur la monnaie et le crédit qui soumettaient
l'investissement étranger à l'autorisation de la Banque Centrale.

Les garanties offertes


Ce code des investissements a accordé un ensemble de garanties aux investisseurs étrangers.

¾ Principe d'égalité (article 32)


Le code des investissements a établi un régime juridique basé sur le principe de la non-
discrimination entre les personnes physiques ou morales algériennes et étrangères.

Un régime d'égal traitement est assuré entre les investisseurs étrangers sous réserve des dispositions
des conventions conclues par l'Etat algérien avec les Etats dont les investisseurs sont les
ressortissants.

100
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

¾ Principe de sécurité juridique ou d'intangibilité des avantages acquis (article 39)


Les révisions ou les abrogations susceptibles d'intervenir à l'avenir ne s'appliquent pas aux
investissements réalisés dans le cadre du décret 93-12, sauf si l'investisseur le demande
expressément.

¾ Principe d'indemnisation (article 40)


Sauf dans les cas prévus par la loi, les investissements réalisés ne peuvent faire l'objet de réquisition
administrative, le cas échéant, la réquisition donne lieu à une indemnisation juste et équitable.

¾ Garanties juridictionnelles ( article 41)


Tout différend entre l'investisseur étranger et l'Etat algérien sera soumis aux juridictions
compétentes, sauf conventions bilatérales ou multilatérales conclues par l'Etat algérien, relatives à
la conciliation et à l'arbitrage ou accord spécifique stipulant une clause compromissoire, ou
permettant aux parties de convenir.

Les régimes incitatifs


En plus de ces garanties, le code des investissements de 1993 accorde des réductions fiscales,
parafiscales et douanière pendant une certaine période pour les investisseurs. Ces incitations sont
regroupées dans deux types de régimes: le régime général et les régimes particuliers
(investissements réalisés dans les zones spécifiques et les zones franches). Parmi les incitations
liées au régime général, on peut citer:

¾ l'exonération pendant une période minimum de 2 ans et maximum de 5 ans de l'lBS (impôt
sur les bénéfices des sociétés, du VF (versement forfaitaire) et de la TAP (taxe sur l'activité
professionnelle);
¾ franchise de la TVA pour les biens et services entrant directement dans la réalisation de
l'investissement.

2.3. Troisième étape: l'ordonnance n° 01-03 du 20 août 2001 relative au développement de


l'investissement

Cette ordonnance reste proche du code des investissements de 1993. Cependant elle a
principalement pour effet:

¾ de réorganiser les instances en charge de la promotion de l'investissement. A cet effet elle a


créé l'Agence Nationale pour le Développement de l'Investissement (ANDI) qui vient remplacer l'ex
APSI;

101
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

¾ de créer des guichets uniques qui s'assurent, en relation avec les administrations et les
organismes concernés de l'allègement et de la simplification des procédures et formalités
nécessaires à la réalisation des projets;

¾ de rendre éligibles aux avantages offerts par les régimes incitatifs:

• les prises de participation dans le capital d'une entreprise sous forme d'apports
en numéraire ou en nature (ce qui n'était pas le cas auparavant).
• les reprises d'activités dans le cadre de privatisation partielle ou totale (ce qui n'existait
pas en 1993).

¾ d'intensifier les mesures incitatives tel que l'élargissement des périodes d'exonération.

A coté des modifications apportées à la réglementation nationale, l'Algérie démontre son intérêt à
l'égard des investissements directs étrangers par la signature et la ratification d'un nombre important
de conventions et d'accords bilatéraux et multilatéraux. Au 31/12/2004, l'Algérie a ratifié 37
conventions et accords portant sur la promotion et la protection réciproques des investissements et
17 conventions et accords portant sur la non double imposition et prévention contre l'évasion fiscale

De l'analyse de l'évolution de la réglementation nationale et des engagements internationaux en


matière d'investissements, on peut conclure la forte volonté de l'Algérie pour l'accueil des IDE et le
passage d'une politique restrictive à une politique libérale et incitative.

La question qu'on se pose à présent est:"quel est l'impact de toutes ces incitations sur les flux
d'investissements reçus par l'Algérie?". Pour cette raison, une présentation de l'évolution des IDE
entrants s'impose.

II. Tendances de l'investissement direct étranger en Algérie

1. Evolution de l'IDE

D'après le graphique n°17, trois étapes caractérisent l'évolution des IDE en Algérie:

¾ La première période: 1970-1980


¾ La deuxième période: la décennie 80
¾ La troisième période (à partir de 1995)

Graphique n°17: Evolution des flux d'IDE entrants en Algérie (1970-2003)


(en millions de dollars)

102
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

1300
1200
1100
1000
900
800
700
600
500
400
300
200
100
0
-100
1970

1972

1974

1976

1978

1980

1982

1984

1986

1988

1990

1992

1994

1996

1998

2000

2002
-200

Source:CNUCED.

1.1. La première période: 1970-1980

Durant cette période, les IDE se sont caractérisés par une évolution erratique. Ceci s'explique par
l'entrées et la sortie d'entreprises étrangères du secteur des hydrocarbures.

L'enregistrement d'un flux d'IDE négatif, en 1971, correspond à un désinvestissement de la part des
firmes étrangères à la suite de la décision de la nationalisation partielle des hydrocarbures, prise en
février 1971.

1.2. La décennie 80

Cette phase se caractérise par une quasi-absence de l'IDE. Durant cette période, l'Algérie ne
représentait nullement le centre d'intérêt des investisseurs étrangers. Le choc pétrolier s'est
accompagné d'une crise économique: augmentation du chômage, réduction de l'activité... etc.
Autant de facteurs qui ont fait de l'Algérie un environnement peu propice à l'investissement.

1.3. A partir de 1995

Cette période est caractérisée par une reprise des flux d'IDE . Avec la chute des prix de pétrole,
l'Etat ne pouvant plus assumer seul, le financement de l'économie, le plan d'ajustement structurel
décidé en accord avec le FMI a impulsé une modernisation et une ouverture de l'économie aux
investisseurs étrangers (nouvelle législation vis-à-vis des IDE, ratification de conventions
multilatérales et bilatérales sur l'investissement et surtout la loi 86-14 complétée par celle de 91 sur
les hydrocarbures et qui ouvrent la voie au partenariat des entreprises étrangères avec la Sonatrach).

103
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

Les investisseurs étrangers s'intéressent davantage au marché algérien. Le stock d'IDE a nettement
progressé depuis 1995 (+ 3 172 milliards USD) sous le double effet de flux annuels réguliers (500
millions USD en moyenne depuis 1998) et d'une année exceptionnelle car marquée par la vente de
la première licence GSM privée au holding égyptien Orascom dont le montant s'est élevé à 737
millions USD(la première tranche ayant été payée en 2001). Cependant malgré ce regain d'intérêt
avéré des opérateurs étrangers pour le marché algérien, les investissements directs étrangers restent
modestes en Algérie. Le stock s'élèverait selon les derniers chiffres de la CNUCED à 6.336
milliards de dollars.

2. Répartition des IDE par pays d'origine

Les investissements directs étrangers sont majoritairement originaires des pays développés. En
2004, ils ont participé à hauteur de 70% dans les entrées d'IDE. Cependant les pays en
développement, notamment les pays arabes investissent davantage en Algérie (téléphonie mobile).
Comme illustré par le graphique n°18, en 2004, les Etats-Unis détenaient à eux seuls 36% des
entrées d'IDE, suivis du Koweït (investissement dans les télécommunications). La France et le
Royaume-Uni viennent en troisième et en quatrième position avec respectivement 10% et 9% des
flux d'IDE entrants. Ces pays constituent les principaux investisseurs en Algérie.

Graphique n°18: les principaux pays investisseurs en Algérie en 2004.


(en pourcentage)

USA
Koweit
3% 3% 2%
3% 3% France
5% 36% Royaume Uni
9%
Espagne
Chine
Italie
10%
Egypte
26%
Allemagne
Japon

Source: Banque d'Algérie.

2. Répartition sectorielle

La ventilation des flux d'IDE reçus par secteur bénéficiaire dénote une certaine concentration dans
le secteur des hydrocarbures, avec 894 millions USD, il absorbe prés de 84% des entrées d'IDE
enregistrées en 2002. Cependant, cette structure des IDE tend à se diversifier. Outre les
hydrocarbures, les projets d'IDE portent désormais sur le secteur des télécommunication et
financier.

104
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

Tableau n°18: Répartition des flux entrants d'IDE en Algérie, 2002-2004.


(en milliers de dollars)

Secteur 2002 2003 2004


Hydrocarbures 893 691 84% 495 939 78% 532 458 60%
hors hydrocarbures 171 272 16% 138 061 22% 349 393 40%
Industrie Agroalimentaire 10 618 1% 6 939 1% 4 213 0%
Industrie électronique et
informatique 3 252 0% 475 0% 5 466 1%
Industrie manufacturière 11 859 1% 4 563 1% 488 0%
Bâtiments, génie civile, mat
Construction 112 236 11% 792 0% 29 957 3%
Communication/télécommunication 19 937 2% 71 964 11% 213 599 24%
Banques, assurances 7 019 1% 20 290 3% 64 166 7%
Industrie pharmaceutique 569 0% 8 709 1% 9 411 1%
Industrie chimique 14 0% 7 913 1% 11 070 1%
Services 199 0% 22 0% 4 325 0%
Autres 5 564 1% 8 560 1% 6 698 1%
Total 1 064 964 100% 634 000 100% 881 851 100%

Source: Banque d'Algérie

Le secteur des télécommunications connaît aujourd'hui des mutations trés significatives. Après le
passage de l'opérateur historique, Algérie Telecom, du statut d'administration classique à celui de
société commerciale par actions, le secteur a poursuivi sa libéralisation par l'ouverture du segment
de la téléphonie mobile à la concurrence étrangère( cession de deux licences de téléphonie mobile à
l'opérateur égyptien Orascom et Koweitien Watania).

3. L'IDE en Algérie et la présence française

La France participe traditionnellement et de manière substantielle aux flux d'IDE en Algérie. Sa


participation est largement concentrée dans le secteur énergétique au détriment des autres secteurs.

¾ Le secteur pétrolier
Le groupe Totalfina-Elf a conclu dès 1987 des accords de partage de production avec Sonatrach.
Depuis les années 1990, il a diversifié ses sites de production et s'est récemment lancé dans
l'exploration et la production gazière, et par conséquent mobilisé des investissements importants.

Gaz de France, à son tour a conclu en 2001 un accord d'investissement de grande envergure, en
association avec Sonatrach et la compagnie malaise Petronas. Cet investissement est d'une valeur de
2 milliards de dollars et la part de Gaz de France est de 25%.

105
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

¾ Les autres secteurs

Hormis les hydrocarbures, l'investissement français couvre aujourd'hui une gamme d'activités trés
variée. Nombreuses sont les entreprises ayant opté pour la création de filiales ou ayant établi une
présence permanente par le biais de joint-ventures avec des partenaires algériens. Plus de 60 filiales
d'entreprises françaises opèrent aujourd'hui en Algérie et emploient plus de 6 000 personnes.

Î L'industrie pharmaceutique

Le groupe Sanofi-Synthelabo est actionnaire, depuis octobre 2001, à 100% de l'institut Médical
Algérien (IMA) et emploie plus de 250 personnes. De même, Aventis, a crée en 1998, une société
mixte avec le groupe pharmaceutique algérien Saïdal avec une création de 120 emplois. Ceva Santé
Animale, spécialisé dans la production pharmaceutique vétérinaire a conclu un accord de prise de
participation majoritaire dans le capital du laboratoire algérien Laval.

Î Le secteur des détergents

La filiale française Henkel a pris une participation de 60% dans le capital de l'entreprise publique
ENAD (Entreprise Nationale des Ammoniaques et Détergents).

Î L'agroalimentaire

Danone a signé un accord portant sur une prise de participation majoritaire dans le capital de la
société Djurdjura (51% du capital).La société française Castel, procède quant à elle à la réalisation
d'une usine de boissons gazeuses dans la zone industrielle d'Oran, après avoir racheté une usine de
Coca-Cola à Skikda.

Î Le secteur des services financiers

Les banques françaises ont montré leur intérêt pour le marché algérien. La Société Générale,
Natexis Banque Populaire et la BNP ont ouvert des établissements bancaires qui sont actuellement
en plein exercice. En outre, ces banques projettent de développer leurs activités. Dans ce sens,
M.Drion, Directeur Général de BNP Paribas-El Djazaïr a déclaré l'ouverture d'une trentaine
d'agences en Algérie, d'ici 2008.(1)

L'analyse de l'évolution des IDE montre un regain d'intérêt avéré des opérateurs étrangers pour le
marché algérien à partir de 1995. Cependant, ils adoptent encore un comportement prudent: les
investissements directs étrangers hors hydrocarbures restent très modestes.

(1)
Le journal hebdomadaire El Watan Economie- du 28 mars au 3 avril 2005, p. 7.
106
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

En dépit d'un cadre réglementaire favorable et incitatif, les investissements directs étrangers à
destination de l'Algérie restent maigres. Cette conclusion nous incite à analyser les fondamentaux
économiques et à déterminer les contraintes dissuasives.

DEUXIEME SECTION: PANORAMA MACROECONOMIQUE ET


CONTRAINTES A L'IDE EN ALGERIE

Cette section sera consacrée à la présentation de l'évolution récente des fondamentaux


macroéconomiques internes et externes et à la détermination des facteurs dissuasifs à l'implantation
des firmes étrangères en Algérie.

I. LE CADRE GLOBAL DE L'EVOLUTION ECONOMIQUE

A partir de l'identification des facteurs déterminants de l'attractivité des investissements étrangers,


on a constaté que les investisseurs étrangers sont principalement sensibles aux fondamentaux
macroéconomiques. Par conséquent, il parait nécessaire de présenter sur le plan interne et externe
l'évolution des indicateurs pertinents de l'économie nationale

1. Evolution des indicateurs macroéconomiques internes

1.1 Croissance économique

Le PIB a enregistré des taux de croissance négatifs jusqu'en 1995, l'année à partir de laquelle la
croissance est devenue positive.

Graphique n°19: Taux de croissance

107
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

Source: FMI.

Comme illustré sur le graphique ci dessus, la croissance du PIB a chuté en 1997 suite à la récession
du secteur hors hydrocarbures. Et avec une reprise de croissance en 1998, le PIB a chuté de
nouveau pendant deux années successives (1999 et 2000).

Cependant ce déclin a été suivi par une croissance continue atteignant les 6 % en 2003, et selon des
prévisions, on attend une augmentation de l'ordre de 8 % en 2005.

L'Algérie doit cependant cette croissance du PIB au secteur des hydrocarbures qui constitue le pilier
de l'économie algérienne.

1.2. L'inflation

Durant les années 1990, l'Algérie a enregistré des taux d'inflation à deux chiffres. Les dévaluations
successives et le soutien de l'activité économique par la création monétaire ont généré à partir de
1990 des taux d'inflation trés élevés jusqu'à atteindre 28% à la fin de 1992. Cette situation s'est
détériorée avec l'ajustement structurel mis en place en collaboration avec le FMI: l'inflation a atteint
en fin d'année 39 %.

Néanmoins, les politiques monétaire et budgétaire restrictives ont permis de ramené les taux
d'inflation à 15 % 1996 et à 6% en 1997 (voir graphique n°20). C'est le début d'une maîtrise de
l'inflation. La période de 1998 à 2002 a donc été caractérisée par une réduction continue de
l'inflation (excepté en 2001). En 2001, la hausse des salaires de la fonction publique a contribué par
l’augmentation corrélative de la demande à une augmentation de l'inflation qui a atteint 4.2 %.

En définitive, on peut dire que l'inflation est maîtrisée depuis 1995.

Graphique n°20: Taux d'inflation.

108
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

Source: FMI.

1.3. L'épargne et l'investissement

Comme le montre le graphique n°21, l'épargne dépasse de loin l'investissement national. Par
ailleurs l'investissement national ne représente que 25 % du total du PIB. Ce taux peu élevé de
l'investissement reflète un climat défavorable à l'investissement.

Cependant à partir de 2001, on remarque une nette augmentation de l'investissement national qui est
principalement liée à l'intensification de l'investissement public dans le cadre de la relance
économique.

Graphique n°21: Equilibre épargne/investissement.

Source: FMI.

1.4. Finances publiques

D'après le graphique n°22, il apparaît clairement que l'évolution du solde budgétaire est erratique.
Cette instabilité est la résultante du lien étroit entre la fiscalité pétrolière et le solde budgétaire (voir
tableau n°23). Les recettes totales sont composées à hauteur de 60% de la fiscalité pétrolière.
109
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

Graphique n°22: Evolution du solde budgétaire

Source: FMI.

Graphique n°23: Lien entre le solde budgétaire et la fiscalité pétrolière

Source: FMI.
En 1998 par exemple, le déficit du solde budgétaire résulte de la baisse des recettes budgétaires
suite à la baisse du prix du pétrole. A l'inverse, la flambée des prix du pétrole du pétrole en 2000 a
directement impliqué un excédent budgétaire de l'ordre de 9.7% du PIB. Dans le même ordre
d'idées, l'enregistrement d'un solde budgétaire positif à partir de 2003 est la résultante du niveau
élevé des prix du pétrole.

De ce qui précède, on peut conclure que les finances publiques sont trés sensibles à la conjoncture
pétrolière.

Au niveau interne, l'Algérie enregistre une stabilité de la croissance. Cependant ses résultats sont
étroitement liés aux performances du secteur des hydrocarbures (dans un contexte de prix mondiaux
favorables) dont elle demeure largement dépendante au niveau de sa croissance et de sa position
budgétaire.

2. Evolution des indicateurs macroéconomique externes

1.2. La balance courante

110
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

D'après le graphique n°24, on remarque que la balance courante a enregistré un solde négatif qui
s'élève à -0.91 milliards de dollars en 1998. Ce déficit est la résultante de la contraction des prix du
pétrole. C'est à la fin de 1999 que la balance courante a recommencé à enregistrer des excédents qui
ont atteint le pic de 9 milliards de dollars en 2000 dû à un solde commercial largement positif,
obtenu grâce à la fermeté du cours des hydrocarbures. Depuis, sur la période 2000-2004, le solde
courant reste largement positif et fluctue au gré des fluctuations du prix des hydrocarbures exportés
.

Graphique n°24:Evolution du solde du compte courant.


(en milliards de dollars)

10
9
8
7
6
5
4
3
2
1
0
-1 1998 1999 2000 2001 2002 2003
-2

Source: Banque d'Algérie.

En 2004, les exportations totales, en se situant à 34.01 milliards USD contre 26.03 USD en 2003,
ont augmenté de 31 % grâce à une évolution des exportations des hydrocarbures de 37%, renforcées
à la fois par la hausse des cours du pétrole et des volumes exportés. La structure des exportations
montre une trés grande dépendance de leur évolution à celle des cours internationaux du baril de
pétrole.

Les importations quant à elles, ont atteint 22.12 milliards USD en 2004. Bien qu'en forte
augmentation, elles marquent une baisse relative en % du PIB. L'augmentation des importations
s'explique plus par un effet volume que par un effet prix et taux de change. L'emballement des
importations de marchandises s'explique par l'accroissement des biens d'équipement accompagnant
l'effort plus soutenu en matière d'investissement.

Au total, le compte courant a enregistré une performance trés appréciable en 2004 avec un excédent
avoisinant les 10.90 milliards USD et une amélioration de sa part dans le PIB.

2.2. La balance des capitaux

111
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

Largement déficitaire en 1999 (-2.5 milliards USD), la balance des capitaux se redresse depuis
(-0.6 milliards USD en 2001) grâce à une hausse des investissements directs étrangers:
1.18 milliards USD en 2001, contre 0.42 et 0.45 milliards USD en 1999 et 2000. Cet accroissement
des IDE résulte d'une part, de l'intensification des investissements dans le secteur des services, et
d'autre part, des recettes issues de la vente de la licence GSM (paiement de la première tranche).

Cette amélioration du compte capital n'a été que temporaire car, en 2004, le déficit s'est élevé à 1.69
milliards USD (contre 1.37 milliards USD en 2003). Ce déficit s'explique par le ralentissement des
IDE qui n'ont atteint que 0.39 milliards USD contre 0.62 milliards USD en 2003, du remboursement
par anticipation du principal des dettes extérieures à taux élevé effectué par le Trésor public et de la
réalisation des investissements directs à l'étranger par la Sonatrach.

2.3. Les réserves de change

L’augmentation continue des prix du pétrole depuis 1999 a eu pour effet une importante
accumulation des réserves de change. D'après le graphique n°25, elles ont atteint 18 milliards de
dollars fin 2001, soit l'équivalent de 22 mois d'importations de biens et services, sous le seul effet
des prix des hydrocarbures. A la fin de 2003, elles ont atteint prés de 32 milliards USD soit prés de
25 mois d'importations. Et en 2004, les réserves de change ont grimpé jusqu'à 43 milliards de
dollars et cette situation florissante devrait évoluer dans les mêmes tendances d'ici les années à
venir.

Graphique n°25: Evolution des réserves de change

Source: FMI.
L'importance de ces réserves de changes constitue un clignotant pour les investisseurs étrangers.

2.4. L'endettement extérieur

112
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

En 1993, l'encours de la dette représentait plus de 80% du total du PIB, ce qui pesait trés lourd sur
l'économie. Cependant à partir de cette date, les indicateurs de l'endettement extérieur ont enregistré
d'importantes améliorations aussi bien en matière de l'encours qu'au niveau du service de la dette
par rapport aux recettes d'exportations.

L'encours de la dette extérieure à moyen et long terme s'est élevé en 2004 à 20.4 milliards de dollars
et la baisse du taux d'endettement s'est poursuivi. Ce taux a été ramené à 24.7% du PIB en 2004
contre 36.2% en 2003, avec une amélioration de 1.8% du ratio service de la dette/exportations.

Graphique n°26

Source: FMI.

113
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

De la présentation de la situation macroéconomique sur le plan interne et externe, on peut constater


une nette amélioration de la stabilité de la croissance du pays. Néanmoins, cette stabilité est
tributaire du prix de pétrole. Les hydrocarbures constituent le secteur dont dépend la santé
économique du pays. Il est à la base de toute amélioration ou détérioration de la situation du pays.

II. LES CONTRAINTES A L'ACCUIEL DES IDE EN ALGERIE

Généralement, les obstacles à l'investissement sont les mêmes aussi bien pour les investisseurs
nationaux et les investissements étrangers. De ce fait, pour déterminer les contraintes à la venue des
investisseurs étrangers en Algérie, on s'est basé sur une enquête menée, en 2003, par la Banque
Mondiale auprès de 600 entreprises nationales et 56 investisseurs potentiels européens. Les
obstacles rencontrés par ces entreprises feront l'objet de cette sous section.

1. Le cadre politique et social

La stabilité politique et sociale constitue un préalable à toute décision d'investissement, on voit mal
un investisseur rationnel investir dans un pays en guerre, comme c'est le cas actuellement en Irak et
en Palestine. Or l'Algérie a connu une décennie noire caractérisée par une instabilité politique et
sociale (le terrorisme), qui a terni son image à l'extérieur. D'ailleurs durant cette période, les flux
d'investissement directs étrangers entrants étaient quasiment nuls.

Cependant, depuis 1998, même si la situation ne s'est pas totalement apaisée, on peut dire que
l'Algérie est sortie de l'état de guerre dans laquelle elle a vécu durant toute une décennie.

2. Faiblesse des ressources humaines et problème de main d'œuvre

Le marché algérien souffre d'un manque considérable de personnel compétent, notamment au


niveau de la gestion. En outre, mis à part la comptabilité et l'audit, les entreprises activant en
Algérie se plaignent souvent de l'absence de services conseils.

Les autres contraintes observées ont trait au coût de la main-d’œuvre et à la rigidité des
réglementations sur la protection du travail. Bien que le niveau des salaires directs soit compétitif
par rapport à d'autres pays étrangers, les charges sociales et autres taxes sont relativement élevées.

La réglementation portant protection des travailleurs est trés rigide en Algérie. Le licenciement ne
peut avoir lieu que pour motif économique (compression d'effectifs) ou pour faute grave. De plus
tout licenciement doit être examiné et approuvé par l'Inspection du Travail. Par ailleurs, les

114
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

procédures de licenciement sont lourdes et leur coût est élevé. Selon la banque mondiale(1), le
licenciement d'un employé coûte en moyenne une année de travail.

2. Le climat des affaires

En Algérie, le climat des affaires est loin d'être favorable à l'investissement. Il se caractérise par un
certain nombre de phénomènes,

3.1. Barrières administratives

Le changement positif de politique de l'Etat vis-à-vis des investisseurs directs étrangers ne s'est pas
accompagné d'un changement significatif dans l'attitude de l'administration publique. Les firmes
étrangères citent souvent les barrières administratives comme l'un des principaux obstacles aux
affaires en Algérie. Les entreprises se trouvent toujours confrontées à un comportement
bureaucratique hostile, aux procédures fastidieuses, à la paperasserie et à des retards interminables
pour obtenir des approbations et autorisations.

Cette bureaucratie est omniprésente dans toutes les administrations. Le dédouanement d'une
marchandise nécessite en moyenne 16 jours (ce délai peut aller jusqu'à 34 jours). Par comparaison
à d'autres pays, on conclue que l'administration douanière algérienne est trés lente (voir graphique
n°27). A titre illustratif, la procédure de dédouanement nécessite 2 jours uniquement au Maroc. A
côté du dédouanement, l'entreprise doit attendre en moyenne121 jours pour immatriculer son
entreprise au Centre National au Registre de Commerce (CNRC), 106 jours pour obtenir un permis
de construire, 216 jours pour obtenir une ligne téléphonique et 20jours pour son entretien.

Graphique n°27: Nombre de jours nécessaires au dédouanement en 2001

40
34
35
30
25 21 21
Délai moyen
20 16 Délai le plus long
15 12
10 10
10 7
5
0
Algérie Inde Chine Maroc

Source: Banque Mondiale.

(1)
"Note stratégique sur le développement du secteur privé et de l'entreprise algérienne", janvier 2003.
115
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

3.2. La corruption

En Algérie, la corruption représente un sérieux problème pour les investisseurs étrangers. Ces
derniers doivent payer des sommes importantes pour pouvoir bénéficier de certains services ou pour
obtenir des contrats. Ce phénomène est principalement dû aux obstacles bureaucratiques et au
manque de transparence dans la conclusion des contrats publics. Les bas salaires distribués par les
administrations incitent les fonctionnaires à recourir à la corruption pour constituer une autre source
de revenus. Actuellement, la corruption est devenue une pratique courante en Algérie.

3.3. L'accès à l'information

Les entreprises ont besoin d'accéder à une information fiable concernant les lois, réglementations,
les indicateurs sectoriels et de marché pour gérer effectivement leurs affaires. Cependant, en
Algérie, l'accès à l'information relève du défi. Ce manque d'accès à l'information est dû en partie à
la faiblesse des réseaux de communication. En effet, l'Algérie est trés en retard en ce qui concerne
l'utilisation de l'Internet à des fins administratives et commerciales. Bien que la plupart des
administrations publiques aient crée leur propre site Web, il manque un portail unique permettant
aux investissements d'accéder à l'ensemble de l'information.

3.4. Le secteur informel

Le secteur informel (économie souterraine, marché parallèle) est une composante majeure de
l'économie algérienne. Profitant de la fragilité des institutions de l'Etat et tirant profit des failles de
la législation, le secteur informel continue de prospérer en Algérie. Selon l'ONS( Office National
des Statistiques), il représenterait environ 17% de la production algérienne. Ce phénomène
n'épargne aucun secteur et il prend de plus en plus d'ampleur. Il est présent dans la construction
(36% de l'emploi informel), suivi de près par le commerce et les services (environ 30% chacun) et
de trés loin par l'industrie.

Ce secteur informel représente une entrave de taille pour les investisseurs étrangers. En effet, les
entreprises formelles se plaignent d'une concurrence déloyale de la part du secteur informel. Celui-
si est en mesure d'offrir de meilleurs prix, du fait qu'il n'a pas à pendre en compte dans ses coûts, le
fardeau des impôts et des charges sociales, les réglementations en matière de salaire minimum et les
coûts de recrutement et de licenciement du personnel.

4. Le système bancaire algérien: le maillon faible

Le système bancaire algérien est unanimement considéré comme un maillon faible pour l'attractivité
des investisseurs étrangers. Même si le paysage bancaire algérien est constitué en plus des six
banques publiques d'un bon nombre de banques privées nationales et étrangères, les entreprises

116
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

aussi bien nationales qu'étrangères, se plaignent d'un manque de financement et de la lenteur de


l'exécution des opérations de la part du système bancaire.

4.1. Manque de financement

En Algérie, les banques jouent beaucoup plus le rôle de caisse de dépôt que l'activité d'un
établissement de crédit. Les investissements privés trouvent difficilement réponse à leurs besoins
pour financer leurs projets et même tout simplement leur activité courante. D'après une enquête
récemment menée par la Banque Mondiale auprès d'un échantillon d'entreprises algériennes, les
sources de financement de fonds de roulement proviennent à plus de 70% de l'autofinancement. Il
en va de même pour les sources de financement de nouveaux investissements. Les banques ne
prennent pas de risques.

Par ailleurs, la décision d'octroi de crédits n'est pas basée sur la rentabilité anticipée et des flux de
trésorerie futurs générés par l'investissement, mais en fonction de l'historique de crédit de
l'entreprise et des garanties offertes. Les prêteurs exigent des garanties excessives (deux à trois fois
le montant du prêt) principalement des garanties matérielles. En outre, le processus de prise de
décision est trés centralisé. Ceci est à l'origine d'importants retards.

Les autres sources de financement tel que le leasing, le marché des actions, demeurent peu
développés.

Au-delà des financements, c'est le fonctionnement courant du système bancaire qui est cité comme
entrave au développement des investissements direct étrangers en Algérie.

4.2. Le fonctionnement

Le traitement des opérations bancaires est actuellement largement dépendant de procédures papier.
En conséquence, le système de paiement reste extrêmement lent. Ainsi, on enregistre des retards
excessifs dans les transferts de fonds, la compensation et le règlement interbancaire des chèques. Il
faut deux semaines pour encaisser un chèque d'une même banque dans une même wilaya et cinq
semaines pour le cas de deux banques installées dans deux localités différentes.

5. Contraintes du cadre juridique

M. Mohamed Bekhechi(1) a annoncé dans un article de presse: "un Etat de droit, c'est aussi un droit
en bon état". Or, en Algérie, le cadre juridique est marqué par une certaine disharmonie. On
continue toujours de trouver des lois qui ne sont toujours pas coordonnées avec d'autres lois, des

(1)
Conseiller en chef au département juridique et droit international de la banque mondiale.
117
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

décrets qui contredisent des lois. Ce sont des incohérences qu'il va falloir éviter dans le futur car
elles mettent en doute la confiance des investisseurs.

A côté de cette disconcordance, le manque de transparence du cadre juridique et réglementaire est


l'un des obstacles les plus cités par les investisseurs. Les lois et les réglementations changent
constamment et les changements ne sont pas toujours annoncés d'une manière adéquate. Un autre
problème est que les textes réglementaires sont interprétés différemment. Par conséquent, les
entreprises demeurent dans le doute quant à leurs droits et obligations.

On constate aussi une confiance limitée de la communauté des affaires quant à l'impartialité du
système juridique, il est principalement perçu comme lent et inefficient. En outre, les tribunaux
algériens se caractérisent par une insuffisance de juges commerciaux compétents.

6. La réglementation des changes

La lenteur des transferts des bénéfices est un élément majeur qui empêchent la venue des
investisseurs étrangers en Algérie. En effet, pour qu'un investisseur décide d'investir dans un pays
donné, il faut qu'il soit assuré de la possibilité de rapatrier ses bénéfices et ses capitaux. C'est une
condition nécessaire.

Pour l'Algérie, la garantie de rapatriement des capitaux investis, de bénéfices, de dividendes et


produits de cession est accordée aux investisseurs étrangers par la loi sur la monnaie et le crédit et
les règlements de la Banque d’Algérie. Cependant les procédures et les délais nécessaire au
rapatriement sont trés contraignants. C'est le règlement 2000-03 du 2 avril 2000 de la Banque
d'Algérie relatif aux investissements étrangers qui précise les conditions de rapatriement. L'article 4
de ce règlement stipule:"Le transfert des bénéfices au titre des investissements étrangers est
autorisé par les services du contrôle des changes . L'autorisation est accordée dans un délai
maximum de deux mois à compter de la date du dépôt du dossier dont le contenu sera défini par
une instruction de la Banque D'Algérie".

De cet article, on constate que tout transfert doit être autorisé par les services du contrôle des
changes dans un délai maximum de 60 jours. Cette condition est perçue comme une entrave de
taille par l'investisseur étranger, car ce dernier doit attendre au maximum deux mois pour pouvoir
rapatrier ses capitaux, ce qui est fastidieux.

A ce sujet, M.Michel de Caffarelli, président de la Chambre Française de Commerce et d'Industrie


(CFCIA), exige la prise en charge de la question de contrôle des changes, faute de quoi, il menace
de ne pas encourager les investisseurs français à venir investir en Algérie.

118
Cinquième chapitre Les IDE en Algérie: Evolution et contraintes

Le contrôle de change est une question sensible que l'Algérie doit résoudre pour pouvoir attirer les
investisseurs étrangers.

L'Algérie a modifié sa pratique à l'égard des investisseurs étrangers, il a instauré à partir de 1990,
une politique graduée d'ouverture et d'attractivité des IDE, en proposant des incitations fiscales,
douanières et financières. Cependant, ce changement n'a pas eu de conséquences importantes sur
les flux d'IDE entrants. Ceci s'explique par le fait que l'Algérie présente un environnement peu
propice à l'investissement. D'une part, les fondamentaux économiques qui commencent récemment
à s'améliorer sont basés sur une économie fragile. Cette dernière est fondée sur un seul pilier qui
est les hydrocarbures. Or le prix du pétrole fluctue constamment. D'autres part, le climat des
affaires étouffe les entreprises. Ces dernières sont confrontées à la bureaucratie, la corruption, le
secteur informel et au manque d'accès à l'information. Par ailleurs, les investisseurs se plaignent
du manque de qualification de la main d'œuvre et de l'accès difficile au financement. Ce sont autant
d'éléments qui font de l'Algérie un pays peu attractif pour les investisseurs directs étrangers. Face à
cette situation, accorder des incitations c'est comme si "on mettait la charrue avant les boeufs ".
L'Algérie doit en premier lieu diversifier la structure de son économie, renforcer ses infrastructures
et améliorer le climat des investissements avant d'accorder des incitations qui ne font qu'absorber
des capitaux qui auraient pu être utilisés pour renforcer l'attractivité structurelle.

119
CONCLUSION GENERALE

Depuis la fin des années 1980, l'investissement direct étranger prend de plus en plus
d'ampleur. Il est devenu l'élément moteur de l'avancée vers une économie globale. En 2000,
les flux d'IDE dans le monde ont atteint près de 1.388 milliards de dollars. Cette montée en
puissance est à l'origine de plusieurs facteurs. Outre les programmes de privatisation (au
niveau des pays de l'Europe Centrale et Orientale et de l'Amérique Latine) et les opérations
de fusions-acquisitions, la libéralisation des politiques d'accueil vis-à-vis des entreprises
étrangères constitue un facteur principal de l'accroissement des flux d'IDE. En effet, entre
1991 et 2003, les dispositions législatives et réglementaires relatives à l'IDE ont fait l'objet de
1771 modifications qui allaient dans le sens d'une libéralisation.

Les investissements internationaux sont devenus, de nos jours, l'un des grands enjeux de
concurrence et rivalités entre les pays, alors qu'il n'y a pas si longtemps, ils étaient regardés
avec beaucoup de suspicion. Les pays considèrent désormais les IDE comme une source
stable de financement et surtout un vecteur pour le transfert des technologies, des capacités
d’innovation et des pratiques d’organisation et de gestion.

Ces effets positifs ont incité les pays à améliorer les facteurs attractifs des investisseurs
étrangers et à mettre en place des politiques incitatives.

Les facteurs susceptibles d'attirer les IDE sont plus nombreux et plus diversifiés que ceux
traditionnellement retenus à partir d'une analyse en terme de coûts des facteurs. En effet, le
différentiel de coût unitaire du travail entre le pays d'accueil et le pays d'origine peut susciter
l'IDE mais à lui seul, ce facteur n'est pas explicatif. Dans sa décision d'implantation,
l'investisseur étranger prend en ligne de compte le climat d'investissement qui est évalué sur
des critères tels que le niveau et la stabilité des variables macroéconomiques (taux d'inflation,
croissance du PIB, taux de chômage, l'investissement national...). Par ailleurs, il apprécie le
risque pays, par l'évaluation des indicateurs d'endettement extérieur, de solvabilité
financière, complétés d'une estimation du risque de change, de non transfert de fonds,
d'expropriation et de nationalisation. A côté de ces éléments, pour choisir le pays hôte de son
investissement, la firme multinationale a besoin d'une évaluation des déterminants liés à la
demande du marché d'implantation. Il s'agit de la taille et de la richesse ( revenu par tête) du
120
marché. Enfin, l'investisseur potentiel s'intéresse à la qualité du climat des affaires. La
bureaucratie, la corruption, la contrefaçon et la concurrence déloyale sont autant de
phénomènes qui dissuadent les firmes étrangères à investir dans un pays donné. L'ensemble
des éléments qu'on vient d'énumérer représente les facteurs basiques pris en compte par
l'investisseur étranger dans sa décision d'implantation.

Les avantages fiscaux, douaniers et autres ne jouent qu'un rôle de second rang. En effet, dans
sa décision d'investissement, une firme multinationale ne s'intéresse aux incitations que si le
pays présente des facteurs attractifs. Par conséquent, afin d'attirer les investissements directs
étrangers, un pays doit en premier lieu améliorer et renforcer sa structure économique et son
climat des affaires.

A la lumière des enseignements tirés de l'analyse des facteurs d'attractivité, le manque


d'investissements directs étrangers en Algérie, peut s'expliquer par une structure économique
fragile (basée exclusivement sur les hydrocarbures), un climat des affaires très contraignant
et le manque de financement. Tous ces éléments représentent des obstacles et des facteurs
dissuasifs à l'implantation de firmes étrangères. A cet effet, s'appuyer seulement sur une
politique incitative par l'octroi d'avantages n'aura pas d'effets sur les entrées d'IDE.
L'Algérie est tenue de diversifier son économie et d'alléger les contraintes dont souffrent
actuellement les investisseurs.

121
LISTE DES ABREVIATIONS

ABI Accords bilatéraux d'Investissements


AFTA ASEAN Free Trade Area
ALENA Accord de Libre Echange Nord Américain
AMGI Agence Multilatérale de Garantie des Investissements
ANDI Agence Nationale pour le Développement de l'Investissement
API Agence de Promotion des Investissements
APSI Agence de Promotion et de Soutien à l'Investissement
ASEAN Association of South East Nations
BP Balance des paiements
CFCI Chambre Française de Commerce et d'Industrie
CIRDI Centre International pour le Règlement des différends relatifs aux investissements
CNRC Centre National du Registre de Commerce
CNUCED Conférence des Nations Unies sur le Commerce Et le Développement
DIPP Division Internationale du Processus de Production
FAT Fusions et Acquisitions Transnationales
FMI Fonds Monétaire International
FMN Firme Multinationale
IBS Impôt sur les Bénéfices des Sociétés
IDE Investissement Direct Etranger
IEP Investissement Etranger de Portefeuille
MOCI Moniteur du Commerce International
OCDE Organisation de coopération et de développement économique
ONS Office Nationale des Statistiques
PECO Pays d'Europe Centrale et Orientale
PIB Produit Intérieur Brut
PME Petite et Moyenne Entreprise
PVD Pays en Voie de Développement
USD United States Dollar
LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : les 15 premières transnationales non financières du monde, classées d'aprés leurs
actifs à l'étranger, 2002.(page 7)

Tableau 2 : les 15 premières transnationales non financières du monde classées selon leurs vantes
à l'étranger, 2002.(page 7)

Tableau 3 : Les 15 premières transnationales non financières du monde, classées d'aprés leur
emploi à l'étranger, 2002.(page8)

Tableau 4 : Classement des multinationales non financières selon l'indice de transnationalité,


2002.(page9)

Tableau 5 : Mesure de la volatilité des IDE et des investissements de portefeuille par le


coefficient de variation.(page 24)

Tableau 6 : Répartition du stock d'IDE par pays d'origine. (page 32)

Tableau 7 : Répartition du stock d'IDE par pays destinataires.(page 33 )

Tableau 8 : Nombre de nationalisation et d'expropriation de filiales étrangères dans les pays en


développement (1960-1976).(page 34 )

Tableau 9 : Evolution de l'IDE par rapport à la production internationale et au commerce


extérieur.(page 36)

Tableau 10: Parts des pays IDE et des IEP dans les recettes de privatisation des pays en
Développement.(page 39)

Tableau 11: Flux d'IDE issus des privatisations dans les pays en développement.(page 40)

Tableau 12: Modifications apportées aux régimes nationaux d'investissement (1991-2003).


(page 44)

Tableau 13: Stock d'IDE croisés au sein de la triade, 1999.(page 51)

Tableau 14: Origine des achats des filiales européennes des entreprises électroniques
Japonaises.(page 60)

Tableau 15: Parts des filiales étrangères dans les exportations de certains pays d'accueil.(page 61)

Tableau 16: Activité réelle sous-jacente aux stocks d'IDE dans certains pays.(page 81)

Tableau 17: Incitations à l'investissement étranger dans l'industrie automobile.(page 96)

Tableau 18: Répartition des flux entrants d'IDE en Algérie.(page 105)

125
LISTE DES GRAPHIQUES

Graphique 1 : Part de chaque composante dans les flux d'IDE.(page 26)

Graphique 2 : Part des FAT et greenfield dans le flux d'IDE global. (page 28)

Graphique 3 : Part des prêts bancaires dans les apports de capitaux a diminué au profit de l'IDE et
de l'IEP.(page 35)

Graphique 4 : Evolution des IDE dans le monde, de 1970 à 2003.(page 37)

Graphique 5 : Acquisitions étrangères d'entreprises nationales par le biais de privatisations: tous


secteurs confondus et secteur des services des pays en développement et des pays
d'Europe centrale et orientale, 1987-2002.(page 41)

Graphique 6 : Relation entre fusions-acquisitions internationales et IDE, 1987-2003.(page 43)

Graphique 7 : Le top 15 des pays investisseurs en 2003.(page 48)

Graphique 8 : Flux sortants d'IDE des pays en développement. (page 48)

Graphique 9 : Indice des sorties effectives d'IDE des 15 premiers pays.(page 49)

Graphique 10: le top 15 des pays destinataires de l'IDE (page 50)

Graphique 11: .Stocks d'IDE croisés au sein de la triade, 2001.(page 52)

Graphique 12: Répartition sectorielle du stock mondial d'IDE, 1970-1999.(page 53)

Graphique 13: Structure des exportations vers l'ASEAN.(page 58)

Graphique 14: Sources d'approvisionnement des filiales d'entreprises taiwanaises à l'étranger.


(page 59)

Graphique 15: L'IDE et la flexibilité du marché du travail.(page 88)

Graphique 16: Classement de certains pays asiatiques selon les difficultés de licenciement des
travailleurs.(page 88)

Graphique 17: Evolution des flux d'IDE entrants en Algérie (1970-2003).(page 103)

Graphique 18: Les principaux pays investisseurs en Algérie, en 2004.(page 104)

Graphique 19: Taux de croissance.(page 108)

Graphique 20: Taux d'inflation. (page 109)

Graphique 21: Equilibre Epargne/investissement. (page 109)

Graphique 22: Evolution du solde du compte courant.( page 110)

126
Graphique 23: Lien entre le solde budgétaire et la fiscalité pétrolière. (page 110)

Graphique 24: Evolution du solde du compte courant.(page 111)

Graphique 25: Evolution des réserves de change.(page 113)

Graphique 26: Evolution de l'endettement extérieur.(page 113)

Graphique 27: Nombre de jours nécessaires au dédouanement.(page 115)

127
BIBLIOGRAPHIE

OUVRAGES

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AUTRES

1. Dorche Jean Paul, Documents Séminaire: "Investissements Directs, Croissance et


Politiques d'Attractivité pour Les Pays Emergents", Banque d'Algérie, Oran, du 20 au 22
avril 2004.
2. Dupuch Sébastien, "Les déterminants des flux d'IDE intra-européens", Centre d'Economie
de Paris-Nord (CEPN), Université PARIS-NORD, février 2001.

3. Eswar S.Prasad et autres, " Effects of financial globalization on developping countries:


some empirical evidence", Occasional paper 220, FMI, Washington, 2003.

4. Jaumotte Florence, " Foreign direct investment and regional trade agreement: the market
size effect revisited", occasional paper n° 04/206, FMI, Washington, novembre 2004.

5. Liuksila Claire, "External assistance and policies for growth in Africa", FMI, Washington,
1995.

6. Mauro Paolo, "What worry about corruption?", FMI, Washington, février 1997.

7. "Note stratégique sur le développement du secteur privé de l'entreprise algérienne",


Banque Mondiale, 29 janvier 2003.

8. Occasional paper, "Effects of Financial Globalization on Developing Countries: Some


Empirical Evidence", FMI, Washington, 2003.

9. Rapport 2004: Evolution économique et monétaire en Algérie, Banque d'Algérie, juillet


2005.

LES TEXTES REGLEMENTAIRES

1. Loi 90-10 du 14 avril 1990 portant sur la monnaie et le crédit.

2. Décret législatif 93-12 du 5 octobre 1993 portant code des investissements.

3. Ordonnance 01-03 du 20 août 2001 relative au développement de l'Investissement.

123
4. Règlement Banque d'Algérie 2000-03 du 2 avril 2000 relatif aux investissements
étrangers.

Sites internet

@ www.unctad.org

@ www.imf.org

@ www.worldbank.org

@ www.bank-of-algeria.dz

124
ANNEXES
LISTE DES ANNEXES

Annexe n°1: Classement des pays selon l'indice des entrées effectives d'IDE (2000-2002).

Annexe n°2: Classement des pays selon l'indice des entrées potentielles d'IDE (2000-2002).

Annexe n°3: Classement des pays selon l'attractivité effective et potentielle (2000-2002).

Annexe n°4: Comparaison entre le classement des pays selon la population et les entrées effectives
d'IDE (2002).

Annexe n°5: Classement des pays selon IDE/tête et PIB/tête.

Annexe n°6: Le top de la Banque Mondiale en matière d'environnement des affaires.

128
Annexe n°1: Classement des pays selon l'indice des entrées effectives (2000-2002).
Annexe n°2: Classement des pays selon l'indice des entrées potentielles (2000-2002).
Annexe n°3: Classement des pays selon l'attractivité effective et potentielle.
Annexe n° 4: Comparaison entre le classement des pays selon la population
et les entrées effectives d’IDE (2002)

Population Stock d'IDE entrant


Rang Pays Rang Pays
(en millions d’individus) (en millions de USD)
1 China 1 295 1 United States 1 505 171
2 India 1 050 2 United Kingdom 568 260
3 United States 291 3 Germany 531 738
4 Indonesia 217 4 China 447 966
5 Brazil 176 5 France 386 540
6 Pakistan 150 6 Hong Kong, China 366 278
7 Russie 144 7 Netherlands 316 475
8 Bangladesh 144 8 Belgium and Luxembourg 238 270
9 Japan 128 9 Spain 236 267
10 Nigeria 121 10 Canada 221 169
11 Mexico 102 11 Ireland 167 945
12 Germany 82 12 Mexico 155 121
13 Vietnam 80 13 Singapore 135 890
14 Philippines 79 14 Italy 126 481
15 Egypt 71 15 Switzerland 125 076
16 Turkey 70 16 Australia 121 915
17 Ethiopia 69 17 Sweden 117 960
18 Iran 68 18 Brasil 100 847
19 Thaïlande 62 19 Japan 78 140
20 France 60 20 West Asia 73 940
21 United Kingdom 59 21 Denmark 73 587
22 Italy 58 22 Bermuda 72 449
23 Congo 51 23 Indonesia 57 806
24 Ukraine 49 24 Malaysia 56 505
25 Myanmar 49 25 Russian Federation 51 374
26 Korea 47 26 Poland 47 900
27 South Africa 45 27 Chile 43 861
28 Colombia 44 28 Korea, Republic of 43 713
29 Spain 41 29 Austria 43 508
30 Poland 39 30 Portugal 43 197
31 Argentina 38 31 Norway 42 637
32 Tanzania 36 32 Czech Republic 38 450
33 Sudan 33 33 Hungary 35 890
34 Kenya 32 34 Thailand 35 108
35 Canada 31 35 Argentina 34 622
36 Algeria 31 36 Finland 34 007
37 Morocco 30 37 Taiwan Province of China 33 478
38 Peru 27 38 Cayman Islands 31 838
39 Venezuela 25 39 Venezuela 31 710
40 Uganda 25 40 South Africa 29 611
41 Nepal 25 41 New Zealand 27 616
42 Iraq 25 42 India 25 408
Annexe n°5: Classement des pays selon IDE/tête et PIB/tête

Rang IDE/tête Rang PIB/tête


1 Hong Kong, China 52 472 1 Norway 37 335
2 Ireland 42 943 2 Switzerland 36 012
3 Singapore 32 484 3 United States 32 208
4 Montserrat 26 293 4 Denmark 31 223
5 Anguilla 24 619 5 Ireland 31 169
6 Belgium and Luxembourg 22 181 6 Japan 29 569
7 Netherlands 19 697 7 Iceland 29 061
8 Switzerland 17 441 8 Qatar 27 187
9 Denmark 13 751 9 Sweden 26 506
10 Sweden 13 303 10 United Kingdom 26 127
11 United Kingdom 9 620 11 Netherlands 25 412
12 Norway 9 446 12 Austria 25 394
13 Antigua and Barbuda 8 987 13 Finland 24 814
14 Bahrain 8 749 14 Belgium and Luxembourg 24 416
15 Seychelles 8 591 15 United Arab Emirates 24 175
16 Macau, China 7 371 16 Germany 24 033
17 New Zealand 7 181 17 France 23 535
18 Canada 7 073 18 Canada 23 140
19 Finland 6 543 19 Hong Kong, China 21 102
20 France 6 459 20 Singapore 20 701
21 Germany 6 451 21 Italy 20 424
22 Australia 6 238 22 Australia 19 577
23 Cyprus 6 102 23 Aruba 16 448
24 Bahamas 6 085 24 Israel 16 300
25 Spain 5 766 25 Bahamas 16 040
26 Grenada 5 742 26 Spain 15 243
27 Malta 5 375 27 New Zealand 14 708
28 Austria 5 364 28 Macau, China 14 460
29 United States 5 172 29 Kuwait 12 747
30 Equatorial Guinea 4 940 30 Cyprus 12 531
31 Qatar 4 737 31 Netherlands Antilles 12 165
32 Portugal 4 299 32 Greece 12 136
33 Israel 3 935 33 Portugal 11 868
34 Dominica 3 788 34 Bahrain 11 531
35 Czech Republic 3 753 35 Korea, Republic of 11 058
36 Hungary 3 617 36 Slovenia 9 921
37 Estonia 3 158 37 Antigua and Barbuda 9 887
38 Aruba 2 941 38 Malta 9 818
39 Chile 2 809 39 Montserrat 9 068
40 Iceland 2 711 40 Barbados 8 693
41 Panama 2 387 41 Seychelles 8 013
42 Malaysia 2 358 42 Saudi Arabia 7 392
43 Italy 2 200 43 Anguilla 7 255
44 Slovenia 2 069 44 Oman 6 784
45 Vanuatu 1 926 45 Czech Republic 6 542
46 Jamaica 1 679 46 Hungary 6 249
47 Belize 1 583 47 Mexico 5 144
48 Costa Rica 1 544 48 Grenada 4 952
49 Mexico 1 521 49 Poland 4 860
50 Croatia 1 512 50 Estonia 4 811
Annexe n°6 : Le top de la Banque Mondiale en matière
d’environnement des affaires.

Rang Pays
1 Nouvelle-Zélande
2 Etats-Unis
3 Singapour
4 Hong Kong
5 Australie
6 Norvège
7 Royaume-Uni
8 Canada
9 Suède
10 Japon
11 Suisse
12 Danemark
13 Pays-Bas
14 Finlande
15 Irlande
16 Belgique
17 Lituanie
18 Slovaquie
19 Botswana
20 Thaïlande

Source : World Development Report 2005,


A Better Investment climate for Everyone.
TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION GENERALE..........................................................................................................................................1
PREMIER CHAPITRE: L'INVESTISSEMENT DIRECT ETRANGER ET LES FIRMES MULTINATIONALES.......4
PREMIERE SECTION: LES FIRMES MULTINATIONALES, STRATEGIES ET ACTIVITES
INTENATIONALES........................................................................................................................................................... 5
I. DEFINITION ET CARACTERISTIQUES DES FIRMES MULTINATIONALES...................................................... 5
1. Qu'est ce qu'une firme multinationale................................................................................................................... 5
2. Degré de multinationalisation............................................................................................................................... 6
2.1. L'importance des actifs possédés à l'étranger................................................................................................ .6
2.2. Les ventes à l'étranger.....................................................................................................................................7
2.3. L'emploi à l'étranger........................................................................................................................................8
2.4. L'indice de transnationationalité.................................................................................................................. .9
3. les caractéristiques des firmes multinationales ................................................................................................... 10
3.1. Les caractéristiques quantitatives .................................................................................................................................. 10
3.2. Les caractéristiques qualitatives .................................................................................................................................... 11
II. LES BASES DE LA MULTINATIONALISATION ................................................................................................. 12
1. La détention d’avantages spécifiques, élément clé de la multinationalisation .................................................. 13
1.1. La notion d’avantage spécifique.................................................................................................................................... 13
1.2. Les formes d’avantages spécifiques .............................................................................................................................. 13
III. Formes de présence sur le marché étranger ............................................................................................................... 14
1. Les exportations ................................................................................................................................................. 15
2. L’investissement direct à l’étranger ................................................................................................................... 15
3. Les pénétrations techniques ............................................................................................................................... 15
IV. Stratégies des multinationales et motivationS d’expansion à l’étranger ................................................................... 16
1. Stratégies des multinationales............................................................................................................................ 16
1.1. Une firme réactive......................................................................................................................................................... 16
1.2. Une firme proactive....................................................................................................................................................... 16
2. Les raisons d’aller à l’international.................................................................................................................... 17
2.1. Les motivations défensives............................................................................................................................................ 17
2.2. Les motivations offensives ............................................................................................................................................ 20
DEUXIEME SECTION: GENERALITES SUR L’INVESTISSEMENT DIRECT ETRANGER.................................. 20
I. L’INVESTISSEMENT DIRECT ETRANGER, DEFINITION ET SPECIFICITES .................................................. 21
1. Définition générale............................................................................................................................................. 21
2. Nature de l’investissement direct étranger ......................................................................................................... 22
2.1. Comparaison entre l’investissement direct étranger et l’investissement international indirect....................................... 22
2.2. Comparaison entre l’investissement direct étranger et l’investissement de portefeuille................................................. 23
II. LES COMPOSANTES DE L'INVESTISSEMENT DIRECT ETRANGER................................................................25
1. Les opérations en capital social ......................................................................................................................... 25
2. Les bénéfices réinvestis ..................................................................................................................................... 25
3. Les transactions de prêts interentreprises........................................................................................................... 25
III. L’investissement direct étranger : un phénomène multiforme................................................................................... 26
1. De la création à l’achat ...................................................................................................................................... 26
1.1. La création de nouvelles filiales ou Greenfield investment ........................................................................................... 26
1.2. Achat d’entreprises......................................................................................................................................................... 27
2. L’investissement solitaire ou association.......................................................................................................... 28
2.1. L’investissement solitaire.............................................................................................................................................. 28
2.2. L’association ................................................................................................................................................................. 28

DEUXIEME CHAPITRE: TENDANCES DES IDE, REPARTITION GEOGRAPHIQUE ET ECTORIELLE..............30


PREMIERE SECTION: LA MONTEE EN PUISSANCE DE l'INVESTISSEMENT DIRECT ETRANGER...............31
I. APERÇU HISTORIQUE ............................................................................................................................................. 31
1. L’IDE : un phénomène ancien ............................................................................................................................ 31
1.1. De 1914 à 1945 : Suprématie du Royaume-Uni ............................................................................................................. 31
1.2. De 1945 à 1973 : Hégémonie des Etats-Unis ................................................................................................................ 32
1.3. De 1973 à 1984 : Emergence du Japon et de l’Allemagne ............................................................................................ 34
II. EVOLUTION RECENTE DE L’IDE......................................................................................................................... 35
1. Place des IDE dans les flux de capitaux privés................................................................................................... 35
2. La montée en puissance de l’IDE : 1986-2000 ................................................................................................... 36
3. Le déclin des IDE dans le monde........................................................................................................................ 37
DEUXIEME SECTION : LES PRINCIPAUX FACTEURS DE CROISSANCE DE L’IDE DANS LE MONDE ........ 38
I. LES PRIVATISATIONS ET LES FUSIONS-ACQUISITIONS TRANSFRONTALIERES ..................................... 38
1. Les privatisations ................................................................................................................................................ 38
1.1. Importance des privatisations dans les IDE à destination des pays en développement : ............................................... 38
1.2. Le cas des PECO ........................................................................................................................................................... 39
1.3. Le cas de l’Amérique Latine ......................................................................................................................................... 40
1.4. La prédominance du secteur des services ...................................................................................................................... 41
2. Les fusions et acquisitions transfrontières (FAT) ou M&A................................................................................ 42
II. LIBERALISATION DES POLITIQUES D’ACCUEIL DES IDE ET....................................................................... 43
1. Libéralisation des politiques d’accueil des investissements directs étrangers .................................................... 43
2. Accords intergouvernementaux ......................................................................................................................... 44
2.1. Accords multilatéraux ................................................................................................................................................... 45
2.2. Accords régionaux commerciaux .................................................................................................................................. 45
2.3. Traités bilatéraux d’investissement et conventions de non double imposition .............................................................. 46
TROISIEME SECTION : DISTRIBUTION GEOGRAPHIQUE ET SECTORIELLE DES IDE................................... 47
I. GEOGRAPHIE DES IDE DANS LE MONDE........................................................................................................... 47
1. Pays d’origine .................................................................................................................................................... 47
2. Pays d’accueil .................................................................................................................................................... 49
3. Analyse comparative entre pays d’origine et pays destinataires ........................................................................ 50
3.1. Pays investisseur = Pays destinataire.............................................................................................................................. 50
3.2. L’exception du Japon comme pays hôte......................................................................................................................... 50
3.3. La concentration sur la triade ......................................................................................................................................... 51
II. DISTRIBUTION SECTORIELLE DES IDE ............................................................................................................. 52
1. Redéploiement sectoriel des IDE....................................................................................................................... 52
2. Principaux facteurs de la montée en puissance des services .............................................................................. 53

TROISIEME CHAPITRE: IMPACTS DE L'INVESTISSEMENT DIRECT ETRANGER SUR LES ECONOMIES


NATIONALES........ ........ ................................................................................................................................................54
PREMIERE SECTION: L'IDE ET LA BALANCE DES PAIEMENTS...........................................................................55
I. Présentation de la balance des paiements..................................................................................................................... 55
1. Le compte courant.............................................................................................................................................. 55
2. Le compte capital et les opérations financières................................................................................................... 56
II. Impact sur la balance des paiements ........................................................................................................................... 56
1. Impact sur le compte capital ............................................................................................................................... 56
2. Impact sur la balance commerciale .................................................................................................................... 56
2.1. Impact sur les exportations ( X+X1 ) ............................................................................................................................ 57
2.2. Incidences sur les importations ( M+M1 )...................................................................................................................... 60
3. Effets sur le poste "revenus des facteurs" .......................................................................................................... 62
DEUXIEME SECTION : IMPACT DES IDE SUR L’EMPLOI..................................................................................... 62
I. L'IDE ET L'EMPLOI DANS LE PAYS INVESTISSEUR .......................................................................................... 62
1. Effets directs ou effet déplacement de production ............................................................................................. 63
2. Effets indirects ................................................................................................................................................... 64
2.1. Effet d’entraînement des exportations ............................................................................................................................ 64
2.2. Effet catalyseur de services ............................................................................................................................................ 65
II. L’IDE ET L’EMPLOI DANS LE PAYS D’ACCUEIL ............................................................................................. 65
1. Effets directs : différenciés selon le type d’IDE et les caractéristiques des multinationales.............................. 65
1.1. Le mode d’implantation ................................................................................................................................................ 66
1.2. Structure du produit....................................................................................................................................................... 67
1.3. Niveau technologique de la firme multinationale.......................................................................................................... 67
2. Effets indirects ................................................................................................................................................... 68
2.1. Effets macroéconomiques de revenus ........................................................................................................................... 68
2.2. Effets verticaux ............................................................................................................................................................. 68
2.3. Effets horizontaux ......................................................................................................................................................... 69
TROISIEME SECTION: AUTRES IMPACTS ................................................................................................................69
I. Le transfert de technologies et la qualification des ressources humaines..................................................................... 69
II. L’IDE et la concurrence.............................................................................................................................................. 70
QUATRIEME CHAPITRE:LES DETERMINANTS DE L'ATTRACTIVITE DES IDE POUR UNE ECONOMIE......72
PREMIERE SECTION : MESURE DE LA CAPACITE D'ATTRACTIVITE .............................................................. 73
I. LA NOTION D’ATTRACTIVITE .............................................................................................................................. 73
1. Définition de l’attractivité................................................................................................................................... 73
2. Les formes d'attractivité...................................................................................................................................... 73
2.1. L'attractivité effective..................................................................................................................................................... 73
2.2. L’attractivité potentielle................................................................................................................................................. 73
II. INDICES DES ENTREES EFFECTIVES ET POTENTIELLES...............................................................................74
1. Indice des entrées effectives.................................................................................................................................74
2. L'indice des entrées potentielles d'IDE.................................................................................................................75
3. Classement des pays selon l’attractivité effective et l’attractivité potentielle......................................................75
3.1. Les pays les plus dynamiques.................................................................................................................... 76
3.2. Les pays dont les résultats sont supérieurs au potentiel..................................................................................................76
3.3. Les pays dont les résultats sont inférieurs au potentiel...................................................................................................76
3.4. Les pays les moins dynamiques......................................................................................................................................76
DEUXIEME SECTION : LES DETERMINANTS DE L'ATTRACTIVITE DE LA LOCALISATION DES
INVESTISSEURS ETRANGERS .....................................................................................................................................76
I. L'ENVIRONNEMENT GENERAL DU PAYS D'ACCUEIL.......................................................................................77
1. Stabilité politique et sociale ................................................................................................................................ 77
2. Règles concernant l’entrée et l’activité des filiales étrangères............................................................................ 77
3. Le taux de change et le contrôle des changes........................................................................................................78
3.1. Le taux de change.......................................................................................................................................................... 78
3.2. Le contrôle des changes ................................................................................................................................................ 78
4. Le régime fiscal.....................................................................................................................................................79
4.1. Le taux d’imposition sur les bénéfices des sociétés et l’évasion fiscale ........................................................................ 79
4.2. La non double imposition.............................................................................................................................................. 80
4.3. Le cas du Luxembourg .................................................................................................................................................. 80
5. La qualité de l’intermédiation financière ........................................................................................................... 81
6. Le degré d’ouverture.......................................................................................................................................... 81
7. Infrastructures physiques ................................................................................................................................... 82
8. L’environnement juridique ................................................................................................................................ 82
8.1. La qualité et la stabilité du cadre juridique.................................................................................................................... 82
8.2. Le réglement des différends..........................................................................................................................83
9. La qualité de vie................................................................................................................................................. 83
II. LES DETERMINANTS ECONOMIQUES ............................................................................................................... 83
1. Le climat d’investissement................................................................................................................................. 83
1.1. Taux de chômage .......................................................................................................................................................... 83
1.2. La croissance................................................................................................................................................84
1.3. L’investissement national.............................................................................................................................................. 84
1.4. Taux d’inflation............................................................................................................................................................. 84
1.5. Les déficits de la balance des paiements......................................................................................................85
2. Déterminants en termes de demande (éléments liés au marché)......................................................................... 85
2.1. La taille du marché........................................................................................................................................85
2.2. L'importance économique du marché............................................................................................................86
3. Déterminants en termes de l’offre....................................................................................................................... 86
3.1. Accès aux ressources naturelles .................................................................................................................................... 86
3.2. Le facteur travail............................................................................................................................................................. 87
III. LE CLIMAT DES AFFAIRES.................................................................................................................................. 89
1. La bureaucratie .................................................................................................................................................. 89
2. La corruption........................................................................................................................................................90
3. La contrefaçon ................................................................................................................................................... 90
4. La concurrence déloyale .................................................................................................................................... 91
TROISIEME SECTION : LA PROMOTION DES INVESTISSEMENTS DIRECTS ETRANGERS........................... 92
I. LES POLITIQUES INCITATIVES............................................................................................................................. 92
1. Les formes d'incitation....................................................................................................................................... 92
1.1. Les incitations fiscales................................................................................................................................................... 92
1.2. Les incitations financières ............................................................................................................................................. 93
1.3. Les incitations indirectes ............................................................................................................................................... 93
2. Conversion de dettes en investissement................................................................................................................................. 94
3. Agences de promotion des investissements........................................................................................................................... 94
II. LA SURENCHERE ET LES COUTS DES POLITIQUES INCITATIVES.............................................................. 95
1. La surenchère des incitations : « Cas de Ford au Brésil »................................................................................. 95
2. Coûts des mesures incitatives ............................................................................................................................ 95
3. Les incitations : élément résiduel d’attractivité.................................................................................................. 97

CINQUIEME CHAPITRE: LES IDE EN ALGERIE: EVOLUTION ET CONTRAINTES ........................... .............. 98


PREMIERE SECTION: L'IDE, STATUT JURIDIQUE ET EVOLUTION......................................................................99
I. LE PASSAGE D'UNE POLITIQUE RESTRICTIVE A UNE POLITIQUE LIBERALE .......................................... 99
1. La politique restrictive de l'Algérie vis-à-vis de l'investissement direct étranger .............................................. 99
2. La politique d'ouverture graduée........................................................................................................................ 99
2.1. Première étape: la loi 90-10 portant sur la monnaie et le crédit................................................................................... 100
2.2. Deuxième étape: Décret législatif 93-12 du 05 octobre 1993, dit "Code des investissements " ................................ 100
2.3. Troisième étape: l'ordonnance n° 01-03 du 20 août 2001 relative au développement de l'investissement ................ 101
II. Tendances de l'investissement direct étranger en Algérie......................................................................................... 102
1. Evolution de l'IDE ........................................................................................................................................... 102
1.1. La première période : 1970 - 1980 .............................................................................................................................. 103
1.2. La décennie 80 ............................................................................................................................................................ 103
1.3. A partir de 1995........................................................................................................................................................... 103
2. Répartition des IDE par pays d'origine ............................................................................................................ 104
3. Répartition sectorielle ...................................................................................................................................... 105
4. L'IDE en Algérie et la présence française ........................................................................................................ 105
DEUXIEME SECTION : PANORAMA MACROECONOMIQUE ET CONTRAINTES A L'IDE EN ALGERIE .... 107
I. LE CADRE GLOBAL DE L'EVOLUTION ECONOMIQUE .................................................................................. 107
1. Evolution des indicateurs macroéconomiques internes.................................................................................... 107
1.1. Croissance économique............................................................................................................................................... 107
1.2. L'inflation .................................................................................................................................................................... 108
1.3. L'épargne et l'investissement ....................................................................................................................................... 109
1.4. Finances publiques ...................................................................................................................................................... 110
2. Evolution des indicateurs macroéconomique externes .................................................................................... 111
2.1. La balance courante..................................................................................................................................................... 111
2.2. La balance des capitaux............................................................................................................................................... 112
2.3. Les réserves de change ................................................................................................................................................ 112
2.4. L'endettement extérieur ............................................................................................................................................... 113
II. LES CONTRAINTES A L'ACCUIEL DES IDE EN ALGERIE ............................................................................. 114
1. Le cadre politique et social .............................................................................................................................. 114
2. Faiblesse des ressources humaines et problème de main d'œuvre ................................................................... 114
3. Le climat des affaires ....................................................................................................................................... 115
3.1. Barrières administratives ............................................................................................................................................. 115
3.2. La corruption ............................................................................................................................................................... 116
3.3. L'accès à l'information................................................................................................................................................. 116
3.4. Le secteur informel...................................................................................................................................................... 116
4. Le système bancaire algérien: le maillon faible ............................................................................................... 116
4.1. Manque de financement .............................................................................................................................................. 117
4.2. Le fonctionnement....................................................................................................................................................... 117
5. Contraintes du cadre juridique ......................................................................................................................... 117
6. La réglementation des changes ........................................................................................................................ 118
CONCLUSION GENERALE...........................................................................................................................................120

BIBIOGRAPHIE................................................................................................................................................ .............122

LISTE DES TABLEAUX.............................................................................................................................. ............. ...125

LISTE DES GRAPHIQUES............................................................................................................................................126

LISTE DES ANNEXES...................................................................................................................................................128

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