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Rome, 1909. http://www.liberius.

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DANS LA BASILIQUE VATICANE

LA STATUE DE SAINT PIERRE

L'une des choses qui frappent le plus le visi- basilique. Ce sera donc la m e t t r e à l'honneur que
teur de la Basilique vaticane, c'est la statue en d'examiner ici u n peu plus en détail les différents
bronze du P r i n c e des a p ô t r e s , s u r un trône problèmes que soulève son origine.
élevé, sous un baldaquin en mosaïque, au pilier T r o i s opinions se p a r t a g e n t à ce sujet les érudils.
droit de la coupole, avant la Confession. Par e
U n e école la fixe a u x m siècle. Didron soutint
dévotion, les pèlerins vont lui baiser le pied qu'il en i 8 6 3 cette hypothèse, qui fut reprise p a r
tend en avant, et les orteils sont usés par les F. Wickhoff en 1890, et qui, selon le P . Grisar,
millions de lèvres qui ont d o n n é cette m a r q u e de t e n d r a i t à devenir assez c o m m u n e p a r m i les a r c h é o -
vénération. A u 29 j u i n , la statue de l'apôtre est logues m ê m e catholiques, c o m m e la Revue de
richement parée des o r n e m e n t s pontificaux, depuis l'art chrétien (année 1891, p . 168) et M* Barbier P

les premières vêpres j u s q u ' a u lendemain soir. de Montault lui-même, si j a l o u x p o u r t a n t des t r a -


D'où provient cette s t a t u e ? Et quelle est l'ori- ditions r o m a i n e s .
gine du culte que lui r e n d e n t l'Eglise et les fidèles? U n e a u t r e opinion, celle du cardinal Bartolini, est
l o n g u e m e n t exposée dans l'ouvrage si intéressant
Avant de parler de ce b r o n z e , il faut dire un mot s u r Saint-Pierre de Rome, p a r le R . P . Mortier,
d'une a u t r e statue en m a r b r e qui se trouve dans les Dominicain, qui la donne avec complaisance parce
grottes vaticanes. Elle m e s u r e cinqpalmes romains, qu'elle est ingénieuse et lui sourit beaucoup, mais
m
c'est-à-dire i , 5 o de h a u t e u r . Saint P i e r r e , assis, qu'il n'adopte p a s , car il se r a n g e à l'opinion t r a -
est revêtu de la t u n i q u e et d u pallium ou m a n - ditionnelle.
t e a u ; il fait de la m a i n droite le geste de Le cardinal Bartolini, faisant des r a p p r o c h e m e n t s
bénir : la main tout entière est ouverte et les entre la statue de saint Hippolyte qui est m a i n t e -
doigts sont séparés. D a n s la m a i n gauche* il tient n a n t a u Latran et celle d e saint P i e r r e , croit
par le milieu deux clés dont le pêne est t o u r n é qu'elles sont de la m ê m e époque et ont été c o m m a n -
vers le spectateur. Ses pieds, chaussés de sandales, dées en m ê m e temps.Voici c o m m e n t : l'empereur
e
reposent s u r le m a r b r e ; l'un est avancé comme Philippe l'Arabe (111 siècle) était c h r é t i e n ; l'impé-
pour inviter les fidèles à le baiser. r a t r i c e Otacília Severa était aussi chrétienne. I n -
D'exécution classique, celte statue pourrait s t r u i t e par Orïgène, elle se serait mise sous la
e
r e m o n t e r a u 111 siècle. Kn l'examinant bien, on direction de saint Hippolyte, évêque de P o r t o et,
voit que la tête, le b r a s droit et la main gauche par reconnaissance, aurait fait faire sa statue en
ont été refaits. De là l'hypothèse que n o u s serions m a r b r e . Elle en a u r a i t aussi fait faire u n e a u t r e
en présence d j la statue d'un consul qui aurait en b r o n z e du P r i n c e des apôtres. La statue de
été remaniée p o u r r e p r é s e n t e r le P r i n c e des J'évêque de P o r t o accompagna dans son t o m b e a u
apôtres. l'ex-impératrice, qui aurait donné l'autre à l'église
Cette statue ne se trouvait point dans l'inté- romaine.
rieur de Saint-Pierre, elle était dans le portique « O r , c o m m e le dit très bien le P . Mortier
de la Basilique, e n t r e deux colonnes et en avant (p. i 5 8 ) , t o u t l'effort de la démonstration de B a r -
des portes de b r o n z e qui y donnaient accès. On a tolini p o r t e , en réalité, s u r la ressemblance a r t i s -
r e m a r q u é qu'elle p o r t a i t des traces anciennes de t i q u e des statues de saint Hippolyte de P o r t o et
peinture- C o m m e n t étaitrelle à l'origine? Il est de saint P i e r r e . Les a u t r e s considérants n ' a r r i v e n t
impossible de le s a v o i r ; on sait seulement, d'après q u ' a u second plan, comme ces troupes de r é s e r v e
T o r r i g i o , que les édicules en mosaïque qui q u i reviennent à la c h a r g e quand le g r o s de
accompagnaient la chaire et les mosaïques du bas l ' a r m é e est eu d é r o u t e , et n e servent, la plupart d u
ont été pris au t o m b e a u de Benoît XII (xiv s.), e
t e m p s , q u ' à a s s u r e r une retraite honorable a u x
et que les deux lions proviennent du tombeau soldats vaincus. »
d'Urbain Vf. Selon le P . Mortier, et p o u r quiconque examine
Cachée dans la sombre obscurité des grottes bien, il y a d'abord entre les deux statues des dif-
vaticanes, cette s t a t u e qui, probablement la pre- f é r e n c e s caractéristiques qui sautent aux yeux et
mière, a reçu les honneurs des fidèles, n'est plus brisent tout lien de famille et, ensuite, un attribut
e
que r a r e m e n t visitée et vénérée p a r les pèlerins, distinctif qui est u n e impossibilité au 111 siècle.
qui ne voient et n e baisent que le bronze de la Une p r e m i è r e différence est l'attitude des deux
DANS FA BASILIQUE VATICANE

p e r s o n n a g e s . A u l a n t Ilippolytc esl à Taise s u r sa phie chrétienne, encore sous la loi de Varcanum,


chaise, avec son dos légèrement penché en avant, Le P . Grisar, dans ses Analecia Romana
a u t a n t saint P i e r r e [a [une attitude que, p a r poli- (I, p . G3a, note 3), est particulièrement d u r p o u r
tesse, on appelle hiératique, mais qui, par l'inha- l'opinion du cardinal Bartolini. Il détruit aussi
bileté de l'artiste, est 'absolument raide, soit dans l'opinion allemande qui attribue cette statue au
l'attitude du corps, soit dans la forme du vêtement. e
moyen Afçe, et n'acceptant ni le in ni le xai° siècle,
e
Le vêtement diffère aussi. Saint Hippolyte a le il fixe son origine au commencement d u v i siècle
costume romain complet, et sa tunique plissée, sa sous le pontifical de S y m m a q u e , alors que, com-
1
m u n é m e n t , o n l'attribue à saint Léon (t 40 )-
Comme on le voit, la différence ne porte que s u r
une q u a r a n t a i n e d'années, aussi peut-on dire que
l'opinion c o m m u n e concorde avec celle du P . Grisar.
Voici les preuves multiples de son assertion:
nous ne pouvons que les indiquer sans en suivre
le développement.
i° Le vêtement de la s t a t u e et l'attitude du
corps (à part la tête et le bras droit) sont de t r è s
bonne forme, et tels qu'ils indiquent l'Age ancien
et classique de la s c u l p t u r e .
2° Cependant, m a l g r é tout le classique du per-
sonnage et du vêlement, il y a dans l'œuvre deux
parties qui forment dissonance : le cou est trop
rigide et trop haut, et le b r a s droit qui s'élève
pour bénir, enseigner, faire le geste de l'orateur,
est aussi trop r i g i d e .
3° Malgré cette dissonance, la statue montre
une réelle unité de travail et de foule, et devait
manifestement représenter dès l'origine u n saint
Pierre.
P u i s , contre l'opinion de Wickhoff, le P . Grisar
prouve que cette statue ne saurait appartenir au
moyen Age.
L'ANCIENNE STATUE DE SAINT PIERRE
E n effet, elle est privée de tout ornement, alors
ACTUELLEMENT DANS LES GROTTES VATICANES
qu'au moyen Age on ornait les bords des vêtements
et que saint P i e r r e en particulier portait des clés
t o g e drapée selon l'usage classique, sont c o m m e d'or. De plus, elle est sans s i g n a t u r e , et, à cette
la s i g n a t u r e de son origine. « Tel n'est pas le vête- époque, les artistes avaient l'habitude de mettre
ment de saint P i e r r e , dit le P . Mortier. A n e le leur nom. Saint Pierre est représenté sans tonsure,
r e g a r d e r q u ' e n passant, il paraît avoir, lui aussi, or celle-ci commence A a p p a r a î t r e s u r les mosaïques
cet aspect r o m a i n , mais ce n'est q u ' u n e illusion. e e
à p a r t i r du v n et d u v m siècle. Enfin, au
11 n ' a , en réalité, ni tunique ni toge. L'artiste, e
xii siècle, on croyait avoir à R o m e le vrai portrait
voulant donner à sa statue la physionomie romaine, authentique de saint P i e r r e qui aurait été montré
lui a fabriqué de toutes pièces u n costume d'appa- a Constantin pour qu'il identifiât les deux apôtres
rence r o m a i n e , une tunique qui se t e r m i n e en vus en songe. Si donc on avait fondu au x u i siècle e

t o g e s u r l'épaule g a u c h e . J a m a i s , sous l'empire, une statue de saint P i e r r e , elle aurait évidemment


un artiste n ' e û t été si mauvais tailleur, » Et les reproduit le type de cette figure, ce qui n'est pas.
vêtements t o m b e n t tellement mal que le pli qui Au contraire, elle se r a p p r o c h e du fameux m é -
e n s e r r e le b r a s g a u c h e a donné lieu à u n e méprise e
daillon des saints apôtres q u i appartient au ii siècle
c u r i e u s e . L'Ami du Clergé reçut un j o u r de l'un e
ou au commencement d u m et est le plus ancien
de ses milliers de lecteurs cette question à pre- et le plus beau portrait qu'on ait conservé. Aussi,
m i è r e vue incompréhensible : « Veuillez avoir Ja après cette démonstration, le P . Grisar déclare que,
b o n t é de m e dire pourquoi la célèbre statue de si on en excepte le médaillon dont on vient de parler,
saint P i e r r e , à la Valicanc, a le b r a s cassé à tel rien ne lui inspire a u t a n t de confiance pour avoir
point qu'on a dû lui mettre u n b a n d a g e . » Le le type primitif de saint Pierre que cette statue de
c o r r e s p o n d a n t , ne considérant q u e la rigidité des la Vaticano,
plis, avait c r u se trouver en présence de ces N o u s avons dit que l'opinion c o m m u n e , peu dif-
écharpes q u e portent suspendues au cou ceux qui férente de celle du P . Grisar, la donnait comme
ont eu le m a l h e u r de se casser un b r a s . er
l'œuvre d u pape saint Léon 1 , q u i , ayant triomphé
11 y a enfin le symbole des clés, q u i , certaine- d'Attila par le secours de saint P i e r r e , aurait voulu
e
ment, n'existait point au m siècle dans l'iconogra- laisser dans son église u n souvenir de cette victoire
LA STATUE DE SAINT PIERRE

et u n h o m m a g e à celui qui en avait été l'auteur. qui est creuse en cet endroit. Actuellement, le c r e u x
Le P a p e s'est-il servi d u bronze de la statue de a été r e m p l i de plâtre, ce qui empêche de recon-
Jupiter Capitolin ou de quelque autre statue naître à quelle profondeur il s'étendait.
païenne"? On affirme, d'après u n e légende qui n'a Il s'en faut q u e cette statue ait toujours occupé
point de fondement historique, la p r e m i è r e hypo- sa place actuelle. Saint Léon ne la mit point d a n s
t h è s e ; mais cela n ' a aucune importance. S a i n t - P i e r r e , m a i s dans l'église d u monastère de
Nous avons le devoir d'ajouter q u ' a u c u n docu- Saint-Martin, qui était près du m u r occidental de
m e n t historique ne vient a p p u y e r les déductions la basilique et dont la position exacte est occupée
tirées de la statue elle-même en faveur de son a u j o u r d ' h u i par le pilier dit de Sainte-Véronique.
origine. Le Liber Pontijicalis, si précis dans Q u a n d il fallut construire ce pilier, on rasa le
l'énumération des cadeaux faits par saint Léon à m o n a s t è r e de Saint-Martin, et la statue fut t r a n s -
Saint-Pierre, ne parle pas de cette s t a t u e . Il est vrai portée d a n s l'intérieur de la basilique, à la cha-
q u ' o n ne la trouve mentionnée dans aucune autre pelle des Saints-Procès et Martinien, qui se t r o u -
des notices que ce livre consacre aux P a p e s , de vait d a n s le t r a n s e p t g a u c h e .
sorte que, comme dit le P . Mortier, « si ce silence Cette translation est l'œuvre d'un F r a n ç a i s . R i -
universel avait quelque valeur, il prouverait que chard-Olivier d e
la statue de saint P i e r r e n'a été faite sous aucun Longueil, o r i g i -
Pape> puisqu'il n'en est question nulle p a r t . Qui naire de Tou-
prouve trop ne prouve r i e n . L a statue de saint ques en Nor-
P i e r r e existe, c'est un fait brutal contre lequel aucun mandie, fut
silence documentaire ne peut protester. » d ' a b o r d archi-
E t ce silence d u Liber Pontificalis se prolonge diacre de R o u e n
dans l'histoire. P i e r r e Mallius, d a n s sa description et président de
de la Basilique Vaticane dédiée à Alexandre III la C h a m b r e des
( I I 5 Q - I I & \ I ) , n'en fait point m e n t i o n , et ne nous la c o m p t e s . Elevé
voyons apparaître que d a n s l'ouvrage De rébus ensuite s u r le
antiquis memorabilibus Basilicœ srmeti Petri siège episcopal
Romance, deMaffeoVeggio(i4o6-r/]f)7). Il y parle de C o u t a n c e s ,
de la fameuse statue de b r o n z e et de la dévotion il fut sacré le
dont l'entourait à cette époque la piété des fidèles. 28 s e p t e m b r e
i 4 5 3 . L e roi
Cette question d'origine ainsi tranchée, exami- Charles VIII de-
nons en elle-même la statue actuelle. Elle a ï ,8o de m
m a n d a p o u r lui LE CARDINAL DE LONGUEIL
h a u t e u r , a été fondue d ' u n seul bloc et n'a pas eu le chapeau car-
de pièces ajoutées postérieurement. Toutefois, il dinalice et Calixte III l'agrégea a u Sacré Collège
y a eu, p a r la suite, quelques lésions. Le pied le 18 décembre i 4 5 6 . Le nouveau cardinal, a y a n t
g a u c h e a été détaché u n e fois et a été parfaitement été c h a r g é de revoir le procès de Jeanne d ' A r c ,
r e s s o u d é ; les deux doigts dressés de la main fut u n des g r a n d s facteurs de celte réhabilitation.
droite qui s'élève p o u r bénir o n t été enlevés et on P u i s , étant t o m b é dans la disgrâce de Louis X I ,
a du les refaire ; la partie inférieure des deux clés il se retira en Italie où il fut accueilli par Pie II
q u e l'apôtre tient à la m a i n a été aussi brisée, qui le n o m m a en 14O9 évèque de P o r t o et Sainte-
et on ne Ta pas remplacée. A la partie infé- Rufinc. Ce P a p e l'avait en haute estime et disait
rieure du vêtement, près d u pied g a u c h e et immé- de lui : « P l û t à Dieu que nous eussions plusieurs
diatement près du trône, on trouve un ajouté en cardinaux de Coutances (on les désignait ordinai-
p l â t r e , m a l façonné, et qui fait pendre t r o p le rement alors par le nom de leur lieu de naissance
vêtement de ce côté. Le bronze n'est pas de qua- ou de leur évèché) ; ce serait très utile pour l'Eglise,
lité parfaite; la fusion a été, elle aussi, défec- car c'est u n h o m m e g r a v e , bon, doux, docte et tou-
tueuse, ce qui se prouve p a r de nombreuses bour- j o u r s vrai dans ses décisions. » Il fut aussi n o m m é
souflures qui n'ont pas toutes été remplies, et a r e b i p r ê t r e de Saint-Pierre et en refit le palais
aussi p a r l'épaisseur de la couche de bronze qui que la m o r t l'empêcha d'habiter. Envoyé en effet
n'est point égale et diffère de celle des statues c o m m e légat à P é r o u s e , il y m o u r u t le i 5 août
•classiques. Les talons de la statue sont également 1470, demandant dans son testament d'être e n t e r r é
défectueux, ce qui doit s'expliquer par la mauvaise á S a i n t - P i e r r e , dans la chapelle des Saints-Procès
réussite de la fonte en ce point. Bien entendu, et Martinien, dont il avait restauré l'autel, et près
l'auréole est m o d e r n e , la tête n'offre aucun signe de la statue de l'apôtre saint P i e r r e qu'il y avait
de tonsure. Il ne reste rien d u siège primitif sur fait t r a n s p o r t e r . On a encore dans les grottes va-
lequel à l'origine était posée la s t a t u e , si ce n'est les ticanes u n e partie de son inscription funéraire. Il
deux surfaces rectangulaires a h a u t e u r du genou y fonda deux chapcllenies pour honorer celle
et qui sont venues de fonte. Le dos s'appuyait, soit statue, et on les appela à cause d'elle les « chapel-
au t r ô n e , soit au m u r , et il manque à la statue lenies de bronze ».
DANS LA BASILIQUE VAïKÎANK

IL Lut fit u n e chaire de m a r b r e , et la statue resta démolie de l'ancien Saint-Pierre de la nouvelle


s u r ce piédestal pendant p r è s de t r o i s cents a n s . basilique. Elle était à p e u p r è s à la place q u ' o c -
Q u a n d on le remplaça, au lieu de m e t t r e ce siège cupe actuellement la statue de saint Vincent de
Paul, et elle y resta sept a n s .
Enfin u n dernier c h a n g e m e n t eut lieu sous
{S SACRE BASÏUCE Paul V, qui lui donna sa place définitive au der-
nier pilier de droite avant la Confession.
Le t r ô n e fait p a r la piété du cardinal de Lon-
fs oB'W3nvœr\n^ gueil avait été r e m p l a c é s o u s Benoît X I V p a r un
autre qui consistait en u n g r a d i n de noir oriental
avec un socle de m a r b r e , dit de Porta santa. S u r
&F.'INSKNID£PATOIA ETRQ- ECC
cette base s'appuyait u n siège ou trône taillé dans un
^ \ T AN- LXÏliM VI^i'OTltT'AN • S bloc de g r a n i t g r i s d ' E g y p t e . On en avait t i r é les
palmes et les têtes de chérubins qui ornaient les
' NOMEN ÎUCHARBO PATI . TOCHA FVfT côtés, c o m m e le coussin s u r lequel la statue était
assise et l'escabeau qui était sous ses pieds. A u
DOCTÎSWÊSTDIVM J30NIS
milieu d u socle on lisait cette inscription en lettres
de cuivre doré :
INSCRIPTION DU CARDINAL DE LONflUEIL BENEDICTUS PAPA. XIV. AN. MDCCLIV.
DANS LES GROTTES VATICANES Actuellement la statue est placée s u r u n socle
d'albâtre avec des plaques de g r a n i t vert e t des
de m a r b r e d a n s les g r o t t e s vaticanes, à côté du encadrements de m é t a l . Ce dernier c h a n g e m e n t
t o m b e a u d u cardinal de Longueil, on le p o r t a a u a eu lieu en 1767.
Séminaire d u Vatican. On sait que les païens ornaient pour les fêtes
L a chapelle des Saints-Procès et M a r t i n i e n les s t a t u e s de leurs dieux d'objets d'or et d ' a r g e n t ,
t o m b a à son tour sous le p i c des démolisseurs, et de c o u r o n n e s , de g u i r l a n d e s , de riches draperies.
Des païens, l'usage passa a u x chrétiens, et c'est
ainsi q u e , les j o u r s de fête, c o m m e le chante P r u -
dence, les églises étaient ornées de t e n t u r e s et
d'ornements divers. Q u a n t a. vêtir les statues elles-
m ê m e s p e n d a n t les solennités, c'est u n usage
attesté p a r t o u t e l'antiquité chrétienne. Ceux qui
s'étonnent de voir revêtue d'ornements pontificaux
la statue de saint P i e r r e devraient penser que les
statues miraculeuses de la Vierge, depuis un t e m p s
i m m é m o r i a l , étaient toujours habillées et couvertes
de v ê t e m e n t s dont la richesse était parfois fabu-
leuse, t é m o i n l a r o b e de la statue de la Madone
à Lorette et celle de N o t r e - D a m e d ' A t o c h a à Madrid.
Cet u s a g e existe m ê m e en dehors de l'Eglise.
L'habillement de la statue de saint P i e r r e , pour
la fête d u 29 j u i n , n'est q u ' u n cas particulier de
cette c o u t u m e t r è s a n c i e n n e ; 011 l'habillait même
aussi, autrefois, p o u r les canonisations solennelles.
Et cette c o u t u m e r e m o n t e loin, puisque, avant
de s'appliquer à la s t a t u e de b r o n z e , elle l'avait
été à la s t a t u e de m a r b r e de saint P i e r r e qui se
trouvait devant la p o r t e d ' a r g e n t de la basilique
et qui est m a i n t e n a n t d a n s les g r o t t e s vaticanes.
Mais P a u l V détruisit ce qui restait de l'ancien
Saint-Pierre e n c o n s t r u i s a n t la façade s u r laquelle
s'étalent ces m o t s : Borghesius Romanas.
e

ARMES DU CARDINAL DE LONGUEIL N o u s s o m m e s a u c o m m e n c e m e n t du x v i siècle.


Or, T o r r i g i o , qui v é c u t s o u s le pontificat d'Ur-
SUR LE SOCLE DE LA STATUE DE SAINT PIERRE
bain VIII, d a n s son livre Le sacre grotte Vaticane,
cioe narrazione délie cose pin notabili che sono
la s t a t u e fut t r a n s p o r t é e a u milieu de la nef cen- sotto il pavimento disan Pietro (Rome, I63Q),
trale, près d ' u n autel adossé à u n m u r que P a u l III écrit q u e « cette s t a t u e de m a r b r e se trouvait
avait fait édifier p o u r séparer la partie non encore devant la g r a n d e porte de la basilique, et que le
LA STATUE DE SATXT PIERRE

j o u r de S a i n t - P i e r r e on avait c o u t u m e j l e l'habiller conséquent Léon XIII n'ayant r é g n é que v i n g t -


pontificalcment avec la chape que le cardinal Cor- cinq ans et cinq mois, pourrait ne pas avoir atteint
naro avait donnée à la sacristie fie S a i n t - P i e r r e , réellement le t e m p s de saint P i e r r e à R o m e .
et on lui mettait s u r la tête u n e m i t r e ornée à pro- On se décida alors à a t t e n d r e , et on projetait de
fusion de p i e r r e s précieuses. » Le cardinal Cor- m e t t r e s u r le pilier d'en face u n portrait d e
n a r o (il y en a plusieurs de ce nom)
vivait dans les p r e m i è r e s années du
e
x v i sircle, ce qui n o u s d o n n e un point
de d é p a r t historique, m a i s il n'est nulle-
ment dit que cette c o u t u m e r e m o n t â t
seulement à cette époque, c'est-à-dire
avant le sac do. R o m e par le connétable
do B o u r b o n .

En ilteG, un Espagnol donna à Saint-


Pierre un d r a p île soie r o u g e avec des
étoiles en or en quantité suffisante pour
faire un dais et le dossello, c'est-à-dire
la draperie par d e r r i è r e . Ce d r a p ayant
fini p a r s'user fut c h a n g é y il y eut en-
suite dais et dossello de velours frappé,
don de Pie VI, c o m m e l'indiquaient les
a r m e s de ce P a p e . Le j o u r de la Saint-
P i e r r e , on le r e m p l a ç a i t p a r un a u t r e de
b r o c a r t où étaient brodées des clés, des
croix, des tiares, et s u r les pentes du
dais était le pavillon avec les clés.
Q u a n d P i e ÏX eut dépassé les vingt-cinq
années du pontificat de P i e r r e , le Cha-
pitre du Vatican voulut laisser un sou-
venir durable de cet événement qui ne
s'était j a m a i s encore accompli d a n s
l'Eglise, et, r e n o n ç a n t a u x dais et bal-
daquin de brocart, résolut de faire quelque
chose de durable en les r e m p l a ç a n t p a r
une mosaïque où des o r n e m e n t s à teinte
r o u g e s'emportent s u r un fond d'or. Au-
dessus on voit u n portrait en mosaïque
de P i e IX, et au-dessous une inscription
qui rappelle la l o n g u e u r de son pontificat :

... ANNOS PETRI


UNUS ŒQUAVIT

<( 11 a seul égalé les années de P i e r r e . »


L'inscription se lit encore, m a i s quand
Léon XIII eut atteint, lui aussi, les années Phoi. Felici.
de P i e r r e , c a r il a r é g n é vingt-cinq ans LA STATUE DE SAINT PIERRE
et cinq mois, de g r a n d e s discussions se REVÊTUE DES ORNEMENTS PONTIFICAUX
firent j o u r d a n s le Chapitre de Saint-
POUR LE J O U R DE SA FETE
Pierre. P o u r les u n s , il fallait modifier
l'inscription de Pie IX et au lieu de Unus
œqnavii écrire Primas œquavif; mais on répon- Léon XIII avec u n e inscription, quand la m o r t de
dait avec raison q u e les inscriptions constatent ce P a p e a sinon a r r ê t é , du moins t o u t suspendu
des faits passés et ne sont pas c h a r g é e s de prévoir jusqu'aujourd'hui.
l'avenir. Elle était vraie quand elle a été posée, il Le baldaquin de mosaïque a relégué dans l'obscu-
fallait, p a r conséquent, la laisser telle quelle. De rité des a r m o i r e s ceux que l'on mettait à la
plus, faisait-on r e m a r q u e r , la tradition dit que statue. Le prince Lancellotti en a acheté un au
saint P i e r r e a r é g n é à R o m e vingt-cinq a n s , m a i s Chapitre de S a i n t - P i e r r e ; c'était celui dont on
ce n'est pas un chiffre absolument défini. On sait orna la statue en 1 8 7 0 et 1 8 7 1 , et il se trouve
seulement que ce n'est point vingt-six a n s , p a r maintenant d a n s la salle d u trône du palais de ce
DANS LA BASILKHE VATICANE

p r i n c e . On sait, en effet, que les princes [romains N o u s avons dit que cetle statue était en g r a n d e
ont u n e salle du t r ô n e absolument c o m m e les vénération. O n lui baise le pied droit qui, t e n d u
c a r d i n a u x , c a r c ' e s l l a q u a i s recevraient le Souverain en avant, facilite cet acte de piété et est a u tiers
Pontife venant leur faire visite. Le dais n'avait usé p a r les lèvres des p è l e r i n s ; mais une dévo-
donc point c h a n g é de destination, il passait jseulc- tion essentiellement r o m a i n e , et qui tient des
ment de saint Pierre à ses successeurs. m œ u r s orientales, c'est de baiser le pied de
Il y a toujours devant la statue deux chandeliers l'apôtre, p u i s de lui laire toucher son front et de
de bronze d o r é donnés p a r le cardinal Mattei, le ;baiser une seconde fois. C'est u n acte d'hom-
a r c h i p r ê t r e de la Vaticane, et on y met les m a g e ; il signifie q u e , se mettant littéralement
aux pieds du P r i n c e des apôtres, o n s e d o n n e à lui
c o m m e un esclave à son m a î t r e ou un sujet à
son souverain.
Celte vénération a été agréable à Dieu et des
miracles ont souvent récompensé cet acte de piété.
On lit dans le m a r t y r o l o g e de la Vaticane qu'un
n o m m é U g o n e de Angelis donna à l'autel de Saint-
P i e r r e de fc/wifîr'o (l'ancien autel des Saints-Procès
et Martinien) un calice pour une faveur miracu-
leuse dont il avait été l'objet.
Le a/{ mai I(>3I, on trouvait suspendue à la
statue l'inscription suivante :
Inscius impello demissum vértice lunch num
Cam Jicci planiis oscula Peire, fuis.
t

Nec mora prœpinqui perfundor totas olivo,


Quaque tegor fœdo vestis odore madet.
Dam pudet, et pordes ut pellas ana-.ius oro,
Diffugere omnes, te tribuenie, notai.
Qnid mirum mamilis purgas si palia? Turpem
Cui vitiis animum tergere posse datur.
P r o s a ï q u e m e n t traduite, cette inscription dit
qu'un fidèle, pendant qu'il priait à la statue et en
baisait les p i e d s , r e n v e r s a , p a r u n m o u v e m e n t de
tête, la lampe qui était s u s p e n d u e au-dessus, et
toute l'huile se répandit s u r ses vêtements. Il
pria le saint d'enlever les taches, ce qui se fit à
l'instant m ê m e . Quoi d'étonnant que le g r a n d apôtre
puisse enlever les taches d ' u n manteau quand il
lui a été d o n n é d'efFacer les péchés?
Un Slave de Silésie, J e a n Kowalscki, s'était
trouve ait siège de B e l g r a d e en 1721 où il lut
TIARE DE LA STATUE DE SAINT PIERRE blessé, et t o m b a n t d a n s un précipice eut la colonne
vertébrale tellement e n d o m m a g é e qu'il ne pouvait
cierges qu'offre la piété des fidèles. Les j o u r s de plus m a r c h e r , m a i s s'avançait en se traînant sur
fête solennelle, on en met deux a u t r e s de m ê m e les mains devenues calleuses par l'emploi auquel
m é t a l ; m a i s avec d e s o r n e m e n t s d ' a r g e n t , d o n s d e elles étaient forcées. Désespérant de guérir, il
Pie IX, et où brûlent de g r a n d s c i e r g e s ornés de résolut d'aller à R o m e en 1725, année jubilaire,
p e i n t u r e s , suivant la mode r o m a i n e . et sVlant m u n i de lettres de recommandation
Il y a aussi devant la statue u n e lampe en vermeil du nonce de Vienne, se mit en v o y a g e , aidé par
donnée en 1627 p a r Cristóforo Benincalsi, avec la charité de ceux qui l'accompagnaient. Arrivé
une r e n t e annuelle suffisante p o u r l'entretien de a u x portes de R o m e , a v a n t de p r e n d r e aucun repos,
son l u m i n a i r e . il se fit p o r t e r à S a i n t - P i e r r e et pria avec ferveur.
En 1732, u n e personne donna la tiare (53o francs) Puis il se releva et p u t , droit s u r ses genoux,
(jue l'on m e t sur la tête de l'apôtre ; quelque t e m p s faire le tour de la Confession. Plein de confiance,
a p r è s , on lui fit don d'une chape de lama r o u g e il revint le lendemain à la basilique, fit la com-
brodée d'or. On lui passe a u doigt un a n n e a u d ' a m é - munion et, «'approchant d e la statue de l'apôtre,
thyste e n t o u r é e de brillants et au cou la t r è s r i c h e pria les fidèles qui étaient là de le soulever pour
croix pectorale que le cardinal Bianchi reçut du roi avoir la consolation de baiser le pied de l'apôtre.
d ' E s p a g n e , quand Alphonse XII lui r e m i t , au A peine ses lèvres furent-elles détachées qu'il se
terme de sa nonciature, en 1882, la barrette cardi- sentit immédiatement g u é r i .
nalice. Saint P i e r r e punissait les o u t r a g e s qu'on fai-
a
LA DERRIÈRE FETE DE SAIXT-IMKRRK A^ki

sait à s a statue. S o u s Urbain VIII, un j e u n e ou- le p o r t r a i t du Saint-Père, vu de profil avec cette


vrier, Giovanni-Antonio Stafetia, se m i t à oindre inscription alentour : P i u s X . PONT. MAX. A N . V I .
de lait et de b e u r r e en putréfaction le pied de la A u r e v e r s , elle rappelle la réorganisation des Dicas-
s t a t u e ; p u i s , caché dans u n a n g l e , il se divertit tères pontificaux : le Pape est représenté, assis s u r
des g r i m a c e s que faisaient les fidèles allant baiser son t r ô n e , remettant à u n des auditeurs d e R o t e ,
le pied de la s t a t u e . A quelques j o u r s de là, le à g e n o u x et en costume d'autrefois, u n livre s u r
17 avril 1728, se t r o u v a n t s u r u n échafaudage, il lequel est é c r i t : Sapienti consilio, titre de la
tombe et m e u r t s u r le coup. Constitution apostolique qui réforme la Curie
r o m a i n e . A droite et à g a u c h e du Saint-Père sont
Quand P i e VI alla en Autriche, il voulut se deux c a r d i n a u x , et un peu en avant u n Dominicain
mettre sous la protection spéciale d u P r i n c e des et u n prélat e n mantelletta, puis d a n s le fond u n
apôtres et ordonna a u secrétaire d e s Brefs aux a u t r e cardinal. Tous assistent à cette remise
princes de composer en l'honneur d e saint Pierre solennelle du d o c u m e n t pontifical. Et, au-dessous,
le répons Si vis patronnm qwerere, qui fut enri- en e x e r g u e , cette inscription : ROMAN.E GVRIAK
chi d ' u n e indulgence de 100 j o u r s e t d'une indul- OUDINATIO DP.CERNÏTVR.
gence plénière le r8 janvier et
E R
le I août.
Pie IX, p a r le Bref Ad au-
gendam, du i5 m a i 1857, a
accordé u n e indulgence d e
/40 j o u r s p o u r tous ceux qui
baisent dévotement le pied de
la statue. De plus, p o u r mieux
étendre la dévotion envers le
P r i n c e des apôtres, le pape
P i e I X , p a r rescrit des Indul-
gences et Reliques du 4 février
1877, et Léon XIII, p a r décret
d u 27 avril 1880, o n t accordé
à tous ceux q u i possèdent un
fac-similé de la statue de sainl
P i e r r e , pourvu qu'il soit béni
par le Souverain Pontife, u n e
indulgence de 5o j o u r s p o u r eux et leur famille, ne ealiee a n n u e l .
une fois p a r j o u r p o u r v u qu'ils en baisent le pied
Le j o u r de la Saint-Pierre, u n e députation de
avec dévotion.
la Société p r i m a i r e romaine des intérêts catho-
ALBERT BATTANDIBR.
liques, ayant à sa tête le prince Lancelotti, a
offert a u Chapitre de la basilique le calice d ' a r g e n t
autrefois présenté p a r la municipalité de R o m e .
La dernière fête de Saint-Pierre. L'inscription qui était jointe, cette année, a u
calice, rappelle la générosité du Pape p o u r les
lté P a p e à Sa2nt~Ple#*re* sinistrés et d e m a n d e que Dieu conserve l o n g t e m p s
Le 28 j u i n , à 8 h e u r e s d u soir, le P a p e est des- le S a i n t - P è r e . L a voici :
cendu dans S a i n t - P i e r r e , a c c o m p a g n é de quelques
PET RE E T PAULLE
familiers. L a basilique était fermée. L e P a p e pria
MUXERIS D I V I N I CONSORTES
l o n g t e m p s devant la Confession d e s a p ô t r e s et
QUORUM VOCE ET SANG CI NE
alla baiser le pied de la statue de saint P i e r r e .
RES SACRA ROMANA A UCT A CONFIRMATIR
Cette prière d u P a p e solitaire dans l'immense
ENIXE VOS PRECAMUR
basilique, mélan col iquemeu t éclairée pa r 1 es
UTI VWM X PONT. MAX.
rosaces électriques d u plafond, avait quelque
IX MÍSEROS T E R R J E MOTC ABIECTOS
chose de profondément émotionnant.
MUNIFICENTIA L I B E R V LIT ATE
l i a m é d a i l l e d e l a SaintHpietftfe, PIETATKM DECESSORUM VEMULATUM

Le 17 j u i n , le S a i n t - P è r e a reçu S . Eni. le car- INGOLUMEN IN MULTOS ANNOS

dinal secrétaire d'Etat et préfet des S S . Palais NUMINE S K R V E T I S FAUSTO


apostoliques, a c c o m p a g n é du chevalier Bianchi, AI) PERENNEM REUGIOMH ZNTEfîRITATKM.
g r a v e u r pontifical. S o n Eminence a présenté a u SOCIETAS R O M A N A PRINCEPS
Pape les trois exemplaires, o r , a r g e n t et bronze, REI CATIIOLIC-E PROVEHENDJE

de la médaille annuelle de la Saint-Pierre. III KAL. OUINT. AN. MCMIX


D'un travail t r è s fin, elle représente d ' u n côté JOSEPHUS D E (ÍENNAHO.

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