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JURISPRUDENCE DE LIEGE, MONS ET BRUXELLES 2012/21 - 987

Cour d’appel de Liège (14e chambre) 10 janvier 2011

Droit d’auteur – Radio amateur – Diffusion de chansons – Contrefaçon –


Responsabilité - Réparation du dommage.
Le responsable bénévole d’une radio amateur, qui diffuse des chansons sans avoir
obtenu l’autorisation des auteurs, commet un acte de contrefaçon.
Le dommage causé par cette contrefaçon est correctement réparé en faisant applica-
tion des tarifs des sociétés de gestion. La condamnation à une indemnité complémen-
taire calculée sur la base de l’aire géographique de diffusion se justifie par l’atteinte
au droit moral de l’auteur et les démarches nécessaires à l’établissement de la faute.

(ASBL Z. et B. /SCRL Sabam)

Le 9 février 2006, l'ASBL Z. et son administrateur P. B. interjettent appel du juge-


ment rendu le 6 octobre 2005 par le tribunal de première instance de Liège qui les
condamne solidairement à payer à l'intimée :
– 5.676,90 euros avec les intérêts au taux légal depuis le 3 juin 2004 ;
– 137 euros de frais administratifs avec les intérêts depuis la même date ;
à raison de 400 euros par mois à partir du 1er novembre 2005, P. B. étant en outre
condamné à payer 334,78 euros et 66,96 euros avec les intérêts depuis le 3 juin 2004,
le tribunal obligeant en outre l'ASBL à communiquer sous astreinte le relevé de ses
recettes publicitaires pour les années 2002, 2003 et 2004. …
S'il est vrai que les statuts de l'ASBL Z. n'ont été publiés que le 19 septembre 2002, il
reste que l'association a été constituée le 15 décembre 2001 et que « la radio Z. fut
lancée en novembre 2000, diffusant essentiellement des titres des années septante
quatre-vingts, par P. B. ».
Ni P. B. ni l'ASBL n'[ont] demandé et obtenu l'autorisation des auteurs dont les œu-
vres ont été diffusées sur les fréquences utilisées par cette radio amateur alors qu'aux
termes de l'article premier de la loi du 30 juin 1994, l'auteur d'une œuvre littéraire ou
artistique a seul le droit de la reproduire et d'en autoriser la reproduction comme
aussi de la communiquer au public par un procédé quelconque.
« Les atteintes portées au monopole de l'auteur constituent la contrefaçon. Faute aquilienne, la
contrefaçon est classiquement sanctionnée devant les juridictions civiles par l'action quasi délic-
tuelle en dommages et intérêts » (V.-V. DEHIN, note sous Civ. Bruxelles, 27 février 1998, J.L.M.B.,
1998, p. 826).
« Le délit de contrefaçon nécessite la réunion d'un élément matériel et d'un élément moral. L'inten-
tion frauduleuse requise par la loi consiste dans le simple dol général, à savoir l'atteinte portée
sciemment au droit d'auteur » (A. BERENBOOM, " Chronique de jurisprudence - Le droit d'auteur ",
J.T., 2002, p. 685, n° 45).
Il est élémentaire de la part d'un responsable de radio de connaître les obligations en
matière de droits d'auteur. L'intimée, après le premier constat qu'elle a fait dresser le
25 mars 2002, lui a adressé des demandes de paiement et de nombreux courriers
rappelant la nécessité d'une autorisation sans qu'aucune suite n'y soit donnée par les
appelants. La contrefaçon est patente et les appelants entendent s'en affranchir uni-
quement en arguant de l'importance des frais à couvrir par les organisateurs d'une
telle radio, tous bénévoles, ce qui n'est pas une excuse.
Les appelants sont tenus de réparer le dommage qu'ils ont causé. L'article 1382 du code
civil oblige l'auteur d'une faute à réparer intégralement le dommage causé par celle-
ci, le juge appliquant correctement cette disposition en procédant à une évaluation
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concrète du dommage qui en résulte pour la Sabam (voy. Cass., 2 avril 2008, Pas.,
2008, I, 807). Les tarifs des sociétés de gestion constituent un outil de référence fiable
puisqu'ils reflètent les usages ayant cours dans la profession (Bruxelles, 27 avril 2007,
J.L.M.B., 2007, p. 1774). L'indemnité complémentaire de vingt pour cent réclamée en
sus du tarif proposé par l'intimée sur la base de l'aire géographique de la diffusion peut
se justifier. Elle sanctionne l'atteinte portée au droit moral de l'auteur ainsi que les dé-
marches nécessaires à voir établir les fautes reprochées au contrefacteur. …
Dispositif conforme aux motifs.
Siég. : MM. R. de Francquen, M. Ligot et A. Manka. Greffier : M. J.-L. Kinnard.
Plaid. : Me O. Lallemend (loco V.-V. Dehin).
J.L.M.B. 11/390

Cour d’appel de Bruxelles (9e chambre) 14 avril 2011

I. Droit d’auteur – Société de gestion collective – Violation des droits moraux –


Mandat – Mandat spécial.
II. Preuve - Matières civiles – Photographies de restaurants – Paternité –
Originalité – Reflet de la personnalité de l’auteur.
III. Droit d'auteur – Contrefaçon – Faute en soi – Autorisation de reproduire –
Limitations – Opposabilité aux tiers – Faute de l’éditeur responsable.
1. Une société de gestion collective de droits d’auteur peut réclamer une indemnité
pour violation des droits moraux de ses affiliés à condition qu’elle prouve qu’elle a
bien été mandatée spécialement pour cela.
2. La preuve de la paternité de photographies peut résulter de la détention des néga-
tifs de celles-ci par une société de gestion collective de droits d'auteur.
Des photographies sont protégées par la loi relative au droit d’auteur à condition
d’être l’expression d’un effort intellectuel de leur auteur, cette condition étant essen-
tielle pour l’admission du caractère individuel requis qui fait naître une création.
Elles doivent refléter la personnalité du photographe. Tel n’est pas le cas lorsque le
photographe n’a procédé à aucun choix et que la photographie reflète uniquement la
personnalité du lieu, en l’espèce un restaurant.
3. La violation du droit d’auteur ou d’un droit voisin constitue une faute en soi en
raison du caractère absolu de ces droits monopolistiques. Si les limites d’une autori-
sation de reproduire une œuvre ont été méconnues, ces limitations s’imposent aux
tiers en vertu de l’effet externe des contrats et du caractère opposable à tous du droit
d’auteur.
L’éditeur responsable qui ne s’inquiète pas spontanément de l’existence d’un droit
d’auteur sur les photographies à publier commet une faute.

(SCRL Sofam / SPRL W., M. et SA T. et S.)

L'appel est dirigé contre le jugement prononcé le 15 novembre 2006 par le tribunal
de première instance de Bruxelles. …
III. L es faits et a nt éc éd e nts d e la pro céd ur e
1. Dans les numéros 31 à 34 du magazine E. sont publiées des photographies publici-
taires pour les restaurants « Raconte-moi des salades », « Au Rallye des autos » et
« Main Street » et du magasin d'optique « Optic Miroir », à savoir : …

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