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La 

méthode du pincement : 
incontournable pour l'optimisation énergétique 

1. Récupération de chaleur dans l'industrie


La récupération de chaleur (RC) est une technique couramment appliquée dans
l'industrie pour la maîtrise de l'énergie et la réduction des coûts. En simplifiant, il
est possible de distinguer deux approches d'analyse, de conception, et
d'optimisation des systèmes de RC:
 approche traditionnelle, empirique,
 démarche systématique, à l'aide de la méthode du pincement (Pinch
Analysis).
Considérant les enjeux énergétiques et de compétitivité pour l'industrie, il importe
de cibler et de concrétiser le plein potentiel de la RC par une démarche
systématique. L'atelier a pour but, d'une part de présenter les principes et outils
de base de la méthode du pincement, et d'autre part de permettre aux
participants de "s'approprier" cette démarche et d'en mesurer l'intérêt par
l'analyse d'un cas concret. Mais les outils, les problématiques à traiter, et les
domaines d'application de la méthode du pincement sont nettement plus larges
(par ex. sélection et optimisation des utilités, intégration énergétique de sites
complets, procédés discontinus / par charge, boucle de RC et stockage de
chaleur, etc.). Consulter les références mentionnées à la fin de ce résumé.

1.1. Approche traditionnelle


L'approche traditionnelle de la RC est empirique, recourt au bon sens, mais sans
systématique. La RC est généralement introduite au gré des opportunités offertes
par les projets, et de manière "locale", entre flux proches choisis "au feeling". La
conception, et le cas échéant l'amélioration progressive, s'effectuent par
"tâtonnement", sans connaitre la valeur cible maximale atteignable, sans vision
globale. L'absence de véritable optimisation économique peut conduire aux
inconvénients suivants:
 RC en deçà du potentiel réel,
 coûts totaux annuels (associés aux prestations énergétiques) inutilement
élevés.

1.2. Démarche systématique: méthode du pincement


La méthode du pincement est une méthode d'analyse, de conception et
d’optimisation énergétique de procédés thermiques, éprouvée dans l'industrie
depuis plus de 30 ans. Originellement appliquée principalement pour les grandes
industries intensives en énergie, son utilisation se "démocratise" notamment en
direction des PMEs/PMIs, pour l'analyse et l'optimisation des procédés
discontinus / par charge, et pour l'intégration des ENR (par ex. solaire thermique)
dans les procédés industriels.
1.2.1. Avantages décisifs de la méthode du pincement
 Optimisation globale et systématique de la récupération de chaleur, pas de
"tâtonnements"
 Exploitation optimale des synergies entre flux d’énergie
 Diagnostic, analyse, optimisation de procédés thermiques
 Identification rapide des variantes prometteuses de conversion d’énergie
 Optimisation des investissements en efficacité énergétique
 Retour d'expérience: 10 à 35% d’économies d’énergie avec payback 1 à 4
ans
 Systématique, flexible, applicable à multi-échelles
 Procédés continus et par charge, y compris avec stockage de chaleur
 Représentations graphiques éloquentes et efficaces pour l'analyse et la
conception
 Compréhension de l’énergétique des procédés et des causes limitant la RC,
point de départ vers des modifications de procédé, voire facilitant
l'émergence de technologies innovantes

1.2.2. Critères de pertinence d'utilisation de la méthode du pincement


Le recours à la méthode du pincement est pertinent dans les conditions
suivantes:
 Industrie intensive en énergie ou PMI/PME avec besoins thermiques / rejets
de chaleur diversifiés (indicateurs: nombre de flux, plage de température, …)
 Besoins thermiques principalement pour les procédés, pas (seulement) pour
les bâtiments
 Coûts annuels des besoins thermiques (valeurs indicatives):
o ≥ 100’000 EUR (cas de planification de nouvelles installations)
o ≥ 200’000 EUR (cas d'optimisation de procédés existants)
 ces valeurs seuils diminuent si peu ou pas de RC
 ces valeurs seuils augmentent si la RC est déjà «bien
appliquée»

1.2.3. Quelles données sont nécessaires ?


La quantification des besoins de chauffage (= flux ou courants froids) et de
refroidissement (= flux ou courants chauds) requiert la connaissance: 1) des
débit-masses (ou quantités); 2) des températures d'entrée et des températures
cibles imposées par le procédé; 3) de la chaleur spécifique des fluides (ou
enthalpies de changement de phase, le cas échéant); 4) des séquences /
programme temporel du procédé; 5) des données estimatives des coefficients de
transfert par convection; 6) des caractéristiques des équipements de transfert de
chaleur existants, le cas échéant. La recherche / collecte / réconciliation de ces
données nécessitent une collaboration étroite avec les responsables des
procédés et des opérateurs, sur la base de schémas T&I (P&ID), écrans de
supervision, schémas des utilités, mesures et données de consommation
d'énergie, statistiques de production.
2. Principes de base de la méthode du pincement
Les étapes et idées-forces sont illustrées par l'optimisation d'un "procédé annexe"
(simplifié) rencontré dans l'industrie métallurgique: un système de refroidissement
(Figure 1). Revenir aux besoins de transfert de chaleur du système, en faisant
abstraction de la solution existante de fourniture de chaleur et de froid au
procédé, constitue la 1ère idée-force de la méthode du pincement. Cette étape
d'extraction du "cahier des charges" du système (liste de flux) est cruciale pour le
succès de la démarche. Triviale en apparence, elle demande une certaine
expertise, guidée par le respect d'une dizaine de règles.

65°C 4 kg/s 48°C 55°C


Refroidissement 399 kW Chauffage des 
168 kW
du four de fusion bâtiments

40°C 55°C 13.5 kg/s 45°C


252 kW

65°C 0.8 kg/s 27°C 60°C


Refroidissement du  138.6 kW Production 
50.4 kW
compresseur d’air d’eau chaude

40°C 50°C 1.0 kg/s 15°C


33.6 kW

Utilité chaude Flux chaud (besoin


de refroidissement)
Utilité froide
Récupération de chaleur Flux froid (besoin
de chauffage)

Figure 1: Système existant de refroidissement (RC conçue empiriquement),


avec repérage des flux

La 2ème idée-force consiste à représenter et à cumuler, dans un diagramme


Température-Enthalpie, les besoins de chauffage (composite froide) et de
refroidissement (composite chaude) (Figure 2).

Figure 2: Flux (besoins de transfert), courbes composites, et pincement Tmin


pour coûts totaux annuels min.
Le cumul de la puissance des flux dans les différents intervalles de température
fournit une vision globale des besoins du système analysé, "par delà" les flux
individuels. Les courbes composites combinent le 1er principe (énergie) et le 2ème
principe (gradient de température positif pour permettre un transfert de chaleur)
de la thermodynamique, particularisés au problème de la RC. La 3ème idée-force
est le ciblage, énergétique et économique, de la RC sur la seule base du "modèle
global" des courbes composites, avant toute conception d'un système de RC
concret.
Des méthodes de calcul des valeurs cibles (RC maximale, surface minimale de
transfert et nombre minimal d'échangeurs, coûts d'énergie et des échangeurs)
permettent de déterminer le compromis optimal entre coûts d'énergie et coûts
d'investissement, résultant en la différence minimale de transfert (pincement
Tmin opt) et la température de pincement. Observant le rôle central de ces
dernières pour la RC, la 4ème idée-force est la formalisation de 3 règles d'or pour
atteindre la RC maximale possible:
 Ne pas transférer la chaleur «à travers le pincement»
 Ne pas refroidir des flux chauds au-dessus de Tpincement avec de l’utilité froide
 Ne pas chauffer des flux froids au-dessous de Tpincement avec de l’utilité
chaude

Ces règles permettent notamment le diagnostic de tout système RC, ainsi que la
conception "systématique" de réseaux d'échangeurs de chaleur à RC maximale
(Pinch Design Method).

65°C 4.8 kg/s 50°C 55°C


Refroidissement 284.8 kW Chauffage des 
282.2 kW
du four de fusion bâtiments

40°C 13.5 kg/s 45°C

51°C

65°C 45°C 60°C


Refroidissement du  63 kW Production 
126 kW
compresseur d’air d’eau chaude

40°C 50°C 1.0 kg/s 15°C


95.8 kW

 Pas de transfert à travers le pincement (Tpincement = 48 °C)


 Optimisation: utilité chaude  35 %; utilité froide  66 %
 Récup. chaleur  87 %; coûts exploit.  48 %; payback 1,35 ans

Figure 3: Système de refroidissement après optimisation de la RC à l'aide de la


méthode du pincement
3. Projet d'optimisation d'une ligne de séchage
Cet exemple concret, simplifié et limité à l'optimisation d'une nouvelle ligne de
séchage, fait partie d'un projet plus global d'assainissement et d'extension de la
production d'un site industriel du secteur agro-alimentaire, devisé à 45 millions
EUR d'investissements.

Figure 4: Diagramme d'écoulement avec concept de RC proposé initialement,


et définition des flux froids et chauds

L'analyse, à l'aide de la méthode du pincement, de la ligne de séchage et de ses


procédés annexes permet notamment de quantifier les bénéfices énergétique et
économique de transférer de la chaleur entre les procédés.
Connaissant ces bénéfices et considérant le layout prévu pour la nouvelle ligne,
l'ingénieur est en mesure de décider quelle(s) variante(s) (optimisation globale ou
séparée des procédés) "mérite(nt)" d'être retenue(s) pour la suite de l'analyse.
Dans le cas présent, le bénéfice de la RC optimisée globalement est de 4,8 GWh/an
par rapport à l'optimisation locale (séparée) des procédés, et de 10 GWh/an par
rapport au concept initial proposé.
La température de pincement du système global étant connue (74 °C+/-10 K), le
diagnostic du concept initial montre qu'il ne respecte pas les 3 règles d'or en 8 points
(pertes de 1 996 kW de RC). La méthode systématique de conception du réseau
d'échangeurs (division des flux à la température de pincement, etc.), avec la prise en
compte des contraintes pratiques, permet de concrétiser dans ce cas jusqu'à 99,5 %
du potentiel identifié durant la phase de ciblage (targeting) avec les courbes
composites.
Figure 5: Optimisation de la RC (variante globale SD + OTR/EN), déterminant
Tpincement et les valeurs cibles

Air frais Air extrait total Air extrait


préchauffé Air frais 1
34.5 t/h
136 t/h 123 t/h, 20 C 46°C 39°C
1526 kW 45 g/kg 85°C
50% MS 90 kW 64°C 1 Eau de
Produit 7.5 t/h 64°C 136 t/h
A nettoyage Air extrait
concentré 84°C 64°C
Air frais 2 5 0°C 9 t/h 21.5 t/h
cp  3. 1 kJ/kgK 4 32 g/kg
12 °C 2 7 0°C
13 t/h 543 kW
Air principal SD 114°C 80 t/h, 1 90 °C 75°C
20 °C
Produit
concentré 64°C
1126 kW 1716 kW Filtre 7. 5 t/h
8 t/h, 70 °C
3 Sécheur- 5 0°C 90 kW
4
atomiseur SD

84°C
Air principal SD 3
64°C
80 t/h 114°C
Air secondaire SD
25 t/h, 100°C 64°C 1126 kW 56 t/h
150°C
50 g/kg
Lit fluidisé 1 Lit fluidisé
10 t/h, 100°C

Oxydation
thermique
A Air auxiliaire Filtre régénérative

Lit fluidisé 2
6 t/h, 30°C
Echangeurs vapeur
(24 bar(a))
Lit fluidisé 3
7 t/h, 20°C
20°C Récupération de
chaleur
4 0°C
98% MS

Figure 6: Diagramme d'écoulement – variante d'intégration globale


(SD+OTR/EN) optimisé (Tpincement =74 °C+/-10 K)
Références
Zoughaib A., Méthode du pincement, Techniques de l‘Ingénieur, Réf BE8049 v1
Brunner F., Krummenacher P., Wellig B., Introduction à l‘intégration énergétique de procédés par l‘Analyse Pinch – Manuel pour
l‘analyse de procédés continus et de procédés batch, Edition 2017, https://pinch-analyse.ch/fr/
Logiciel PinCH, rapports d’analyse, formation, success stories, etc.: https://pinch-analyse.ch/fr/

Pierre Krummenacher – Dr. Ing. EPFL pierre.krummenacher@heig-vd.ch


Gabriel Chauvet – Ing. HES gabriel.chauvet@heig-vd.ch
Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion (HEIG-VD)
Institut de Génie Thermique (IGT)
Centre de compétence PinCH francophone
CH-1400 Yverdon-les-Bains

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