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Royaume du Maroc

Institut Supérieur de Commerce


et d'Administration des Entreprises

Casablanca

MEMOIRE PRESENTE POUR L'OBTENTION DU


DIPLOME NATIONAL D'EXPERT COMPTABLE

STRATEGIES DE LIBERALISATIONS
ET DE DEMONOPOLISATIONS AU MAROC

Construction Juridique et Fiscale

Par

Hicham IMMEL

JURY

Président : − M. Abdelkader MASNAOUI, Expert Comptable DPLE

Directeur de recherche : − M. Fawzi BRITEL, Expert Comptable DPLE


− M. Abdelaziz AL MECHATT, Expert Comptable DPLE

Suffragants : − M. Kamal KADIRI, Enseignant à l’ISCAE


− M. Mohamed HDID, Expert Comptable DPLE

Session novembre 2003


2
Dédicaces

A la mémoire de mon défunt père Lahsen ben Mohamed IMMEL


A la mémoire de mes grands-parents

A ma Mère qui a fait de l’avenir et de la réussite de ses enfants, sa seule


et unique préoccupation

A mes frères Mounir, Mohyeddine et Khalid

Puisse cette étape constituer pour vous un motif de satisfaction.

A la famille Messaoudi, Ragragui, Hjaji et Bourane, présents en toute


occasion et soutiens indispensables.

A la famille Ben Abdessadek pour toute sa générosité.

A tous mes collègues des cabinets

Deloitte & Touche & Masnaoui-Mazars

3
Remerciements

Je tiens à exprimer toute ma gratitude et mes remerciements à toutes


celles ou ceux qui, par leurs efforts ou par leurs conseils, ont contribué
de près ou de loin à la réalisation de ce mémoire et particulièrement :

Mon Professeur et Directeur de Recherche, Monsieur Fawzi


BRITEL et Mon Professeur et Maître de stage, Monsieur
Abdelkader MASNAOUI, pour toute la disponibilité, l’attention et
l’affection dont ils font preuve à mon égard.

Mon Professeur, Monsieur Abdelaziz AL MECHATT qui a eu


l’amabilité de faire partie du Jury.

Monsieur Ahmed BENABDELKHALEK qui a largement contribué


à ma formation juridique et fiscale et qui n’a jamais été avare en
conseils à mon égard.

Mes enseignants Monsieur Kamal KADIRI, Monsieur Mohamed


HDID qui ont contribué à ma formation au cycle normal et au cycle
d’expertise comptable et qui aujourd’hui ont bien voulu accepter
d’évaluer ce travail.

L’institution ISCAE où j’ai fait l’ensemble de mes études supérieures


et à laquelle je dois beaucoup.

Sincère gratitude

Hicham Immel

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Sommaire du mémoire

Liste des abréviations


Glossaire des principaux termes juridiques et fiscaux utilisés

PREAMBULE : Objectifs et destinataires du mémoire

INTRODUCTION

PARTIE PRELIMINAIRE : EVOLUTION DES MONOPOLES D'ETAT, INTERETS ET


CONTRAINTES DE LA LIBERALISATION

CHAPITRE I : Evolution des monopoles d'Etat


CHAPITRE II : Intérêts et contraintes de la libéralisation

PARTIE I : PROBLEMATIQUES DE LA CONSTRUCTION JURIDIQUE ET FISCALE DES


STRATEGIES DE LIBERALISATIONS

CHAPITRE I : Analyse critique de la situation actuelle et perspectives


d'évolution : Impact sur la construction juridique et fiscale
des stratégies de libéralisations
CHAPITRE II : Choix des stratégies de libéralisations et de
démonopolisations

PARTIE II : PLANIFICATION STRATEGIQUE : VOLET JURIDIQUE ET FISCAL

CHAPITRE I : Volet juridique de la planification stratégique


CHAPITRE II : Volet fiscal de la planification stratégique

CONCLUSION : Synthèse et voies d'évolution possibles

Table des matières


Lexique arabe - français

Bibliographie

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Liste des abréviations

Abréviation Signification

. ANRT . Agence Nationale de Réglementation des Télécommunications


. BEPI . Bureau d'Etude et de Participations Industrielles
. CREG . Commission de régulation de l'électricité et du gaz (Algérie)
. COMANAV . Compagnie marocaine de navigation
. COMELEC . Comité Maghrébin de l'Energie Eléctrique
. EPIC . Etablissement Public à Caractère Industriel et Commercial
. FMI . Fonds monétaire international
. OCIC . Office Chérifien Interprofessionnel des Céréales
. OMC . Organisation Mondiale du Commerce
. OMSYC . Observatoire Mondial des Systèmes de Communications.
. ONICL . Office National Interprofessionnel des Céréales et des
Légumineuses
. ONTS . Office National du Thé et du Sucre
. ONPT . Office National des Postes et des Télécommunications
. ONE . Office National de l'Electricité
. ONMT . Office National Marocain de Tourisme
. OPV . Offre Publique de Vente
. OMS . Organisation mondiale de la santé.
. PERG . Programme d’électrification rurale.
. PIE . Producteur indépendant d'électricité
. RAM . Royal Air Maroc
. SAMIR . Société Anonyme Marocaine des Industries de Raffinerie.
. SCP . Société Chérifienne des Phosphates
. SMTS . Société Marocaine du Thé et du Sucre
. TIC . Taxe Intérieure de Consommation
. TVA . Taxe sur la Valeur Ajoutée
. UE . Union Européenne.
. UIT . Union Internationale des télécommunications.
. UMA . Union du Maghreb Arabe.

6
Glossaire des principaux termes juridiques et fiscaux
utilisés(1)

TERME DEFINITION

Ajustement Du latin : "justus" : Action d'adapter parfaitement (une chose à une autre), faire quelque
chose de façon à réaliser un assemblage parfait.

Acte Traité international adopté en 1906 par les principales puissances coloniales à la veille de
d'Algesiras l'établissement des protectorats français et espagnol sur le pays, qui déterminait le cadre de
l'exploitation économique au Maroc et arrêtait les principes que devaient observer les
autorités d'administrer le pays.

Démonopo- Enlever le privilège exclusif, de droit ou de fait, que possède un individu, une entreprise
lisation ou un organisme public de fabriquer, de vendre ou d'exploiter certains biens ou services.

Entreprises Unités économiques autonomes de production de biens ou de prestations de services


publiques destinés à la vente, visant à satisfaire l'intérêt général ou les besoins de la collectivité
nationale dans le cadre d'une économie, libérale, de tendance libérale ou de marché.

Impôt sur les Impôt perçu sur les ventes du tabac manufacturé au Maroc. C'est une fiscalité ad valorem
ventes du tabac perçue au taux de 65% sur le prix de vente au public. Cet impôt a été abrogé et remplacé à
partir du 1er janvier 2003 par la TIC au taux de 59,4% et la TVA au taux de 20%.

Impôt Impôt perçu en une seule fois, à un stade déterminé dans un processus économique (depuis
cumulatif la matière première jusqu'à la consommation finale du produit). Cas de la TIC.

Impôt Impôt perçu de façon fractionnée, chaque fraction est perçue à chacun des stades du
fractionné processus économique. Cas de la TVA.

Libéralisation Action de libéraliser qui signifie rendre une économie plus libérale, en particulier en
diminuant les interventions de l'Etat.

(1)
Source : Vocabulaire juridique - PUF

7
TERME DEFINITION

Monopoles Entreprises commerciales d'Etat, généralement créées pour assurer le commerce des
fiscaux produits pour lesquels la demande intérieure est assez peu élastique par rapport au prix, et
la demande extérieure relativement élastique par rapport au prix, et pour lesquels le
gouvernement applique éventuellement une politique de protection de la santé publique.
Ces monopoles portent souvent sur des produits tels que l'alcool, les boissons alcooliques,
et le tabac.

Makhzen Appellation de l'ensemble de l'administration traditionnelle de l'empire Chérifien.

Monopole de Privilège d'exploitation exclusive concédé à une entreprise publique ou privée par une loi
droit formelle.

Monopole de Situation économique dans laquelle toute concurrence est éliminée, soit naturellement par
fait la puissance irrésistible d'une entreprise sur le marché, soit conditionnellement par
l'intervention de la police qui, pour des raisons d'ordre public, refuse toutes les facilités
qu'elle peut donner sur le domaine public à toute entreprise autre que celle de son choix.

Privatisation Action de transférer au domaine de l'entreprise privée ce qui était du ressort de l'Etat

Rapport Rapport établi en 1974, sur la demande du Ministère des Finances, par le cabinet
MACKINSEY américain de consultation et d'études Mackinsey, relatif au diagnostic et aux
recommandations concernant le système de gestion et de contrôle dans les Administrations
socio-économiques et dans les établissements publics.

Opérateurs Opérateurs qui étaient en charge du monopole. Ils sont dits historiques parce que l'histoire
Historiques du secteur s'est associée et confondue à la leur.

TIC Taxe intérieure de consommation, régie par le code des douanes. C'est une taxe perçue par
l'administration des douanes et des impôts indirects, sur certains produits dès leur mise à la
consommation sur le territoire national.

TVA Impôt général de consommation qui atteint, en principe, tous les biens et services
consommés ou utilisés sur le territoire d'un Etat qui applique les règles de TVA, qu'ils
soient d'origine nationale ou étrangère.

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Préambule

Motivations du choix du sujet

La libéralisation des secteurs en situation de monopole d'Etat, s'inscrit dans le cadre global des
engagements du Maroc vis à vis de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et de
l'Union Européenne (UE). En vertu de ces accords, le Maroc doit ajuster (libéraliser) tous les
monopoles d'Etat à caractère industriel et commercial.

En effet, les dispositions de l'article 37 de l'accord d'association avec l'UE rendent obligatoire
l'élimination de toute discrimination relative aux conditions d'approvisionnement et de
commercialisation des marchandises entre les ressortissants des Etats membres de l'UE et le
Maroc. (1)

En outre, l'article 38 de cet accord dispose que les entreprises publiques et les entreprises
auxquelles des droits spéciaux ont été octroyés ne doivent bénéficier d'aucune mesure ayant
pour effet de perturber les échanges entre l'UE et le Maroc.

Du fait de son impact inéluctable sur le devenir du paysage économique de notre pays, le
processus de libéralisation et de démonopolisation au Maroc revêt une importance capitale et
doit être mené avec le plus grand soin.

Objectifs du mémoire

L'objectif du présent travail est de proposer une démarche pour la construction juridique et
fiscale des stratégies de libéralisation. Cette démarche intègre les diligences à dérouler pour le
choix des stratégies de libéralisation (Partie I) et la définition du cadre juridique et fiscal
du secteur libéralisé (Partie II).

Cette démarche sera illustrée par des cas pratiques. Nous ferons référence essentiellement au
secteur du tabac. Le secteur de l'énergie (électricité) et le secteur des télécommunications
(téléphonie fixe) seront également étudiés, compte tenu de leur intérêt pour une meilleure
compréhension de la démarche. Ce travail se fera également en se référant à l'étude d'impact
des expériences passées au Maroc (secteur des hydrocarbures, marché céréalier, secteur du thé,
téléphonie mobile) pour en tirer les leçons nécessaires et en se référant aux expériences

(1)
Source : Accord d’association avec l’UE

9
étrangères (européennes et régionales) pour des secteurs qui présentent des similitudes au cas
marocain.

De là, découlent les objectifs que nous nous sommes assignés par le choix de ce sujet et qui
consistent à :

. Traiter d'un sujet d'actualité en relation avec la profession d'expert comptable et qui
conditionnera inévitablement le devenir de notre économie.

. Essayer d'ébaucher une réflexion sur une démarche pratique pour réussir la libéralisation
des secteurs qui sont encore en situation de monopole, notamment le transport aérien et
ferroviaire, l'énergie, les services postaux, la téléphonie fixe, …etc.

Destinataires du travail

Le sujet proposé a pour objectif premier d'enrichir la profession par l'apport d'un outil de base
pour cette opération particulière qu'est la libéralisation des secteurs en situation de monopole.
Toutefois, compte tenu de la nature du sujet, il est destiné parfaitement à tous les intervenants
dans le processus de libéralisation des secteurs, notamment :

- Les experts comptables qui assistent les différents ministères dans le choix du mode de
libéralisation et/ou sa mise en œuvre juridique et fiscale ;
- Les dirigeants et cadres des entreprises publiques en situation de monopole d'Etat qui
seraient amenés inéluctablement à opérer dans un environnement libéralisé ;
- Les ministères de tutelles qui pilotent les missions de libéralisation ;
- Les différents intervenants qui seraient intéressés directement ou indirectement par la
libéralisation des secteurs actuellement en situation de monopole d'Etat. Nous citerons
par exemple :
. La direction des prix et de la concurrence ;
. La direction du commerce intérieur ;
. La direction de la privatisation ;
. La direction des douanes et des impôts indirects ;
. La direction générale des impôts.

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Introduction Générale

Le Maroc, ces dernières années, n'a pas manqué d'ancrer durablement son économie à
l'économie mondiale, en procédant à une véritable mutation de son tissu juridique,
économique et social.

Au moment où les pays développés s'unissent pour accentuer leur avance vers une société de
progrès plus prospère et plus solidaire, le Maroc a compris que les sociétés de nos jours, ne
peuvent se développer et prospérer en dehors d'un environnement juridique adapté aux réalités
et aux nécessités socio-économiques, tant nationales qu'internationales.

C'est pourquoi, précisément le Maroc a entrepris toute une série de réformes :

. Tout d'abord, ce fut la mise en place du Plan d'Ajustement Structurel ;


. Ensuite, la réforme de la fiscalité, de la profession comptable, du droit des sociétés et du
système judiciaire ;
. Enfin, une politique d'encouragement systématique aux investissements extérieurs, par la
dynamisation du marché boursier et des capitaux et par la mise en place d’une loi sur la
liberté des prix et sur la concurrence.

Pour atteindre cet objectif, un rapprochement avec les pratiques mondiales, notamment les
pratiques européennes, est nécessaire.

Les sociétés marocaines ne peuvent évoluer en autarcie et notre économie ne peut être
cloisonnée. Pour réussir notre politique d'ouverture sur l'extérieur, nos nouveaux textes
législatifs doivent être, certes, en adéquation avec les objectifs arrêtés par le gouvernement,
mais élaborés dans le cadre d'un développement harmonieux, tenant compte notamment de
notre proximité de l'Union Européenne.

Ce rapprochement s'est concrétisé par la conclusion d'un accord d'association avec l'UE et
des engagements vis à vis de l'OMC.

Pour marquer sa parfaite intégration à l'économie mondiale, le Maroc s'est engagé dans une
politique d'ouverture et de libéralisation de son économie par la signature des accords de
l'Organisation Mondiale de Commerce et la conclusion d'un Accord d'Association avec l'Union
Européenne.

11
Au-delà d'une volonté d'ouverture de l'économie, le Maroc doit, en vertu de ses engagements
internationaux, ajuster tous ses monopoles.(1)

Pour réussir cette intégration à l'économie mondiale et enlever toute entrave au libre échange,
tous les monopoles d'Etat à caractère industriel et commercial doivent être ajustés (libéralisés)
et ce, au plus tard à la fin de la 5ème année suivant celle de l'entrée en vigueur de l'accord
d'association avec l'UE, soit au plus tard à l'horizon 2005.

Pour répondre à cette obligation, le Maroc a déjà entamé la libéralisation de certains de ses
monopoles. D'autres monopoles des plus importants seront progressivement libéralisés dans
les années à venir.

Certains monopoles d'Etat à caractère industriel et commercial, dont la taille n'est pas des
moindres, sont déjà libéralisés au Maroc. Nous citerons à titre indicatif, les télécommunications
(attribution de la deuxième licence GSM), et certains secteurs alimentaires (le thé, le marché
céréalier …etc.).
Ces expériences de libéralisation sont une référence certaine pour réussir les libéralisations à
venir. Les grands "chantiers" futurs de libéralisation concernent essentiellement le secteur des
transports aérien et ferroviaire, le secteur de l'énergie, les services postaux, la téléphonie
fixe,...etc.
Une analyse des expériences marocaines (situation ex ante, processus de libéralisation et de
privatisation, situation ex post) nous permettra de tirer les enseignements de chaque schéma
pour les cas des libéralisations à venir.

Pour préparer le terrain aux libéralisations futures, le Maroc a réformé récemment le droit de la
concurrence. Les libéralisations passées au Maroc et cette réforme du droit de la concurrence
sont cependant d'apparition récente. Une étude des pratiques internationales en matière de
libéralisation serait d'un intérêt certain.

Les expériences internationales recèlent des enseignements riches à adapter au cas du


Maroc

L'analyse des expériences internationales répond à deux objectifs principaux :

. Tirer les enseignements des libéralisations déjà expérimentées ;


. Proposer parmi ces modèles, le modèle adéquat au cas du Maroc.

(1)
Monopoles à caractère industriel et commercial

12
Certes, une harmonisation avec les pratiques internationales s'impose, mais cette
libéralisation doit tenir compte à la fois de nos réalités socio-économiques et de notre
proximité géographique de l'UE.

L'examen des expériences récentes de la libéralisation au Maroc à travers, d'une part, l'analyse
des résultats des expériences passées et, d'autre part, la participation à des missions de
libéralisation de certains secteurs en situation de monopole, nous a permis de constater qu'une
forte relation de cause à effet, dans les deux sens, existe entre "la Stratégie de
Libéralisation" et sa "Construction Juridique et Fiscale".

En effet, si les choix stratégiques d'ouverture sont erronés, la construction juridique et fiscale,
aussi pertinente qu'elle soit, ne conduira pas à la réussite de l'opération.

A l'opposé, si la construction juridique et fiscale ne traduit pas correctement les choix


stratégiques d'ouverture, les éléments juridiques et fiscaux constitueraient un frein à la réussite
de l'opération.

Ainsi, une certaine harmonie doit exister entre les deux, ‘la stratégie’ et ‘sa construction
juridique et fiscale’, pour conduire au développement du secteur libéralisé.

Pour définir une stratégie de libéralisation (objet de la première partie), il faut mener un
diagnostic approfondi de la situation actuelle et analyser les perspectives d'évolution du secteur,
sur un plan réglementaire, institutionnel mais aussi de marché. Tout au long de ce diagnostic,
les éventuels impacts sur la construction juridique et fiscale de la stratégie, doivent être mis en
évidence.

Par ailleurs, la définition du nouveau cadre juridique et fiscal du secteur (objet de la deuxième
partie) doit traduire les choix stratégiques d'ouverture, tout en tenant compte des résultats du
diagnostic initial.

De la découle les deux parties de ce mémoire, dont l'objectif est présenté ci-après :

13
L'étude approfondie des problématiques de la construction juridique et fiscale des stratégies
d'ouverture en vue de proposer les stratégies de libéralisation adéquates au cas du Maroc,
constitue l'aboutissement de la première partie de ce travail.

La première partie a pour objectif de proposer une démarche de diagnostic nécessaire pour le
choix des stratégies de libéralisation (chapitre 1). Des résultats de ce diagnostic, dépendra le
schéma d'ouverture du secteur (chapitre 2).

Cette première phase est importante, car du schéma d'ouverture choisi, dépendra le cadre
juridique et fiscal de la libéralisation.

Le diagnostic portera essentiellement sur les éléments suivants :

. L'analyse critique du cadre institutionnel régissant les monopoles d'Etat ;


. L'analyse critique de la situation actuelle et des perspectives d'évolution ; avec étude
d'impact sur le nouveau cadre juridique et fiscal ;
. L'étude d'impact des expériences marocaines de libéralisation et démonopolisation ;
. L'analyse comparée des expériences internationales et régionales en la matière.

Le cadre général d'ouverture à proposer sera bâti autour des axes suivants :

. Schémas de libéralisation recommandés ;


. Modalités recommandées pour la privatisation de l'opérateur historique.

Nous proposerons également les préalables et mesures d'accompagnement pour la réussite du


cadre général recommandé, notamment les mesures juridiques et fiscales.

Les mesures juridiques et fiscales sont déterminantes pour la réussite de la stratégie


recommandée. La proposition d'une démarche de travail pour arrêter le nouveau cadre
juridique et fiscal des stratégies de libéralisation choisies, constitue l'aboutissement de la
deuxième partie.

La deuxième partie a pour objectif d'analyser la problématique juridique et fiscale de la mise en


œuvre des stratégies de libéralisation et de démonopolisation choisies et de proposer le nouveau
cadre réglementaire correspondant.

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La définition de ce nouveau cadre juridique et fiscal se fera sur la base des résultats de :

. l'analyse de la problématique juridique et fiscale posée par la mise en œuvre des stratégies
choisies ;
. benchmarck du cadre juridique et fiscal des expériences internationales et régionales.

La proposition d'un nouveau cadre juridique et fiscal du secteur à libéraliser est une nécessité
pour la réussite de l'opération. Ce nouveau cadre réglemente le nouveau marché libéralisé
compte tenu des exigences de la concurrence et compte tenu de la nouvelle structure du marché
et constitue une garantie aux nouveaux entrants en ce sens qu'il leur offre une visibilité
suffisante sur l'organisation et le devenir du secteur.

Toutefois, avant de traiter du sujet, il nous paraît particulièrement utile de faire un aperçu sur
l'évolution des monopoles d'Etat au Maroc et de mettre en évidence l'intérêt et les contraintes
liées à la libéralisation. Ces différents points feront l'objet de la partie préliminaire.

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PARTIE PRELIMINAIRE

EVOLUTION DES MONOPOLES D'ETAT,


INTERETS ET CONTRAINTES DE LA LIBERALISATION

16
CHAPITRE I : EVOLUTION DES MONOPOLES D'ETAT (1)

L'histoire de l'évolution des monopoles d'Etat au Maroc est liée à l'évolution du secteur public
en général. Cette évolution et les raisons de création des monopoles au Maroc se sont
effectuées dans des conditions différentes et spécifiques selon que l'on se situe à la période du
protectorat ou après l'accession du pays à l'indépendance.

Section 1. Période du protectorat

La pratique française, pendant le protectorat, dans le domaine de création des entreprises


publiques était fortement conditionnée par les intérêts de la métropole et les intérêts des milieux
d'affaires coloniaux. Il est vrai que de nombreux secteurs d'activité économique d'intérêt
général étaient confiés à l'initiative privée, mais il n’en demeure pas moins que pendant cette
période, un important secteur des entreprises publiques a été formé.

Trois phases ont caractérisé l'évolution des monopoles d'Etat au Maroc sous le protectorat.
L'acte d'Algesiras constitue néanmoins l'origine des premiers monopoles au Maroc.

I.1 Phase I : Avant 1930 - Premières apparitions des monopoles d'Etat

C'est dans l'acte d'Algesiras de 1906 qu'il faut chercher les origines des monopoles au
Maroc.

L'acte d'Algesiras adopté en 1906 consacre par ses dispositions l'apparition des premiers
monopoles pour permettre aux intérêts français de bien asseoir leur colonisation économique du
pays.

En effet, l'acte d'Algesiras signé entre les principales puissances coloniales de l'époque, avait
pour objectif de déclarer le Maroc "porte ouverte" pour tous les intérêts étrangers, sans aucune
discrimination. Ce traité international qui était encore en vigueur sous le protectorat imposait
aux autorités françaises d'accorder les mêmes avantages à toutes les sociétés étrangères et
notamment celles ayant la nationalité des puissances signataires. Pour contourner cette
contrainte et rassurer les gouvernements et les intérêts privés étrangers qui craignaient un

(1)
Principale source : « Droit et gestion des entreprises publiques au Maroc », D.Alaoui Mdaghri - 1985

17
monopole en faveur du secteur privé Français, le Protectorat français a attribué les premiers
monopoles au " Makhzen".

Les premiers monopoles d'Etat ont été créés pour canaliser les interventions des intérêts non
français et réduire leur importance, en somme pour contourner les principes contraignants de
l'Acte d'Algesiras.

Le secteur du tabac, des mines et des postes et télécommunications constituent les premiers
secteurs sous monopole au Maroc.

Les premiers monopoles d'Etat, dont les origines remontent à l'acte d'Algesiras, ont concerné
les secteurs du tabac, des mines et des postes et télécommunications. Ces monopoles ont été
concédés respectivement à la Société Internationale de Régie Co-Interessée des tabacs au
Maroc (circonstances du 6 janvier 1911), à l'Office Chérifien des Phosphates (Dahir du 27
janvier 1920) et à l'Office des Postes, des Télégraphes et des Téléphones au Maroc (Dahir du
25 novembre 1924).

Les années trente connaîtront l'apparition de nouveaux monopoles d'Etat à l'instar de ce qui se
passe en France.

I.2 Phase II : De 1930 à 1945 - Evolution croissante des monopoles d'Etat

Le Maroc verra naître de nouveaux monopoles d'Etat sous l'effet des conséquences négatives
de la crise et de l'influence des théories interventionnistes de l'époque.

Au cours de la période 1930 – 1945, l'intervention des autorités du protectorat par le biais des
entreprises publiques connaîtra presque la même évolution qu'en France. Cette intervention
tendait à remédier aux conséquences négatives des crises. Elle s'expliquait également par
l'influence qu'exerçaient les théories interventionnistes. Ainsi, de nouveaux monopoles à
caractère industriel et commercial vont naître.

Les principaux monopoles qui sont apparus durant cette période ont concerné
principalement le secteur agricole et celui des transports.

Le secteur agricole verra naître en 1937, l'Office Chérifien Interprofessionnel des Céréales
(OCIC) qui aura le monopole d'importation des céréales. Un an après, le bureau des vins et
alcools (BVA) aura le monopole de production d'alcool.

18
Le monopole d'affrètement verra le jour en 1937 par la création de l'Office National des
Transports (ONT) qui a pour mission économique d'assurer le transport des marchandises à
travers tout le pays. L'ONT a été créé sous l'appellation de Bureau Central des Transports.
L'appellation actuelle ONT découle du dahir du 1er août 1958.

I.3 Phase III : De 1945 à l'indépendance - Absence de nouveaux monopoles d'Etat

Cette période est marquée par la fin de la seconde guerre mondiale, ce qui s'est traduit en
France par une floraison d'entreprises publiques et de nationalisations. La France étant occupée
à redémarrer son économie, les monopoles d'Etat au Maroc, et les entreprises publiques en
particulier connaîtront durant cette période une évolution inverse à celle de la métropole.

Cette période a été marquée par la quasi absence de nouvelles entreprises publiques, si ce n'est
l'institution de quelques entreprises publiques, au poids économique moyen ou modéré de type
ONMT (Office National Marocain du Tourisme) et CCG (Caisse Centrale de Garantie).

Cette situation n'est cependant que passagère, car l'accession du Maroc à l'indépendance va
susciter la création de nouvelles entreprises publiques et la mise en place de nouveaux
monopoles d'Etat susceptibles d'assurer au Maroc une réelle relance économique. Les
premières années d'indépendance (1956 à 1960) ont été marquées par une option socialisante
d'où la création des premiers monopoles proprement nationaux.

Section 2. Depuis l'indépendance

Trois phases ont caractérisé l'évolution des monopoles d'Etat depuis l'accession du Maroc à
l'indépendance. Les premières années d'indépendance verront naître les premiers monopoles
nationaux.

II.1 Phase I : De 1956 à 1960 - Premiers monopoles proprement nationaux

L'accession à l'indépendance a nécessité, certes, une refonte des rouages politiques et


administratifs du pays; mais sans bouleversement aussi profond dans les monopoles existants
qui sont reconduits. D'autres monopoles ont été créés pour renforcer l'économie nationale.

19
Les pouvoirs publics avaient opté pour la promotion d'un développement axé sur
l'industrialisation qui devait s'appuyer essentiellement sur l'action directe de l'Etat. Dans ce
cadre, l'Etat mettait en place des monopoles pour réguler le marché des produits de base. C'est
ainsi qu'il a été créé l'Office National du Thé, doté du privilège exclusif de l'importation, du
conditionnement, du stockage et du commerce du thé.

Durant cette période, l'Etat a, soit repris certaines entreprises de taille qui auparavant étaient la
propriété exclusive de privés étrangers, soit créé de nouvelles entreprises publiques. Ces
mesures ont concerné des secteurs stratégiques, notamment le secteur des hydrocarbures et le
secteur des transports.

L'Etat va continuer à publiciser une bonne partie de l'économie marocaine, d'où l'élargissement
et la diversification des monopoles d'Etat à partir des années soixante.

II.2 Phase II : De 1960 aux années 80 - Elargissement et diversification des monopoles


d'Etat

Après 1960, l'Etat marocain affichait une volonté de libéralisation économique. Mais la
faiblesse et la réticence du capital privé marocain rendent cependant, bien aléatoire cette
politique.

C'est ainsi que d'autres entreprises publiques ont été créées notamment pour :

. certains secteurs nécessitant des investissements ou des équipements dont l'importance est
incompatible avec les objectifs du capital privé ;
. une protection des intérêts de certaines classes sociales.

Les principaux monopoles créés ont concerné les secteurs de l'énergie (création de l'ONE en
1963), chemins de fer (création de l'ONCF en 1963), et certains produits agricoles, notamment
par la transformation de l'Office chérifien d'exploitation en Office de commercialisation et
d'exploitation qui aura l'exclusivité de l'écoulement et de la commercialisation à l'exportation
des agrumes, fruits et légumes frais, produits artisanaux, produits de l'industrie de poisson,
conserves de fruits et légumes, jus, vins et produits vineux, coton fibre et sous produits. L'OCE
constitue donc une entreprise publique jouissant d'un monopole commercial.

20
Par ailleurs, l'année 1963 verra l'élargissement du monopole de l'office national du thé et du
sucre (ONTS) à l'activité sucre. Tous ces monopoles créés ou repris par l'Etat depuis l'acte
d'Algesiras, ont constitué un des moyens privilégiés d'intervention dans l'économie marocaine.

Cette intervention se rétrécira à partir des années quatre vingt dix, avec les mouvements de la
libéralisation que connaît le monde et plus particulièrement l'UE, premier partenaire
économique du Maroc. Dans le cadre de ce partenariat, le Maroc doit lever toute entrave au
libre échange, notamment au niveau des secteurs sous monopole d'Etat.

Le Maroc verra apparaître les premières libéralisations à partir des années quatre vingt dix.

II.3 Phase III : A partir des années 90 - Premières libéralisations

Les années quatre vingts et quatre vingt dix ont été marquées au Maroc par deux événements
importants : d'abord l'engagement pris par le Maroc vis à vis de l'OMC et par la suite la
conclusion de l'accord d'association avec l'Union européenne. Ces engagements internationaux
ont conduit à l'ouverture de l'économie nationale et à lever certaines entraves au libre échange
et au commerce, notamment certains monopoles d'Etat. Cette époque a connu les premières
libéralisations au Maroc. C'est le cas notamment du marché céréalier, du thé et du sucre, des
hydrocarbures et des télécommunications. D'autres secteurs sont en cours d'étude en vue de leur
libéralisation.

21
CHAPITRE II : INTERETS ET CONTRAINTES DE LA LIBERALISATION

Section 1. Intérêts de la libéralisation

L'ajustement des monopoles d'Etat ne doit pas être perçu comme une contrainte visant à priver
l'Etat marocain des fruits que génère une situation de monopole, mais plutôt comme une
opportunité pour la modernisation et le développement de son économie. La libéralisation
présente bien des avantages, notamment l'introduction de la concurrence dans les secteurs.

La démonopolisation conduit à la concurrence, source de performance économique.

Une infrastructure efficiente est une condition préalable au succès économique. Les services
tels que les services des télécommunications (IAM), les services de transport (RAM,ONCF,
COMANAV) et l'énergie (ONE) fournissent des intrants d'une importance stratégique à tous les
secteurs. Sans l'aiguillon de la concurrence, il est improbable qu'ils excellent dans ce rôle au
détriment de l'efficience et de la croissance économique globale. Seule la libéralisation de ces
secteurs garantit une compétitivité au service de notre économie, en ce sens qu'elle permet de
faire profiter le secteur de l'investissement et de l'expertise étrangère.

La démonopolisation favorise l'apport de nouvelles technologies, source de développement


économique.

L'accès à des services et technologies de niveau mondial aide les nationaux à tirer parti de leur
compétitivité. Plusieurs pays en développement ont été en mesure de progresser, en s'appuyant
sur l'investissement et l'expertise étrangers. La libéralisation des secteurs sous monopole est
devenue un élément essentiel en matière de développement dont les retombées profitent aux
consommateurs.

La démonopolisation profite aux consommateurs

La libéralisation entraîne le plus souvent, une baisse des prix, une amélioration de la qualité et
un élargissement du choix offert aux consommateurs. Ces bienfaits se répercutent eux – mêmes
sur toute l'économie et contribuent à améliorer les conditions de l'offre de nombreux produits.
Cette diversité du choix rend le consommateur plus exigent et pousse l'opérateur à l'innovation.

22
La démonopolisation conduit à l'accélération de l'innovation

Les pays dont les monopoles d'Etat ont été ajustés ont constaté une progression de l'innovation
concernant les produits et les procédés. Par exemple, la croissance exponentielle d'internet aux
Etats-Unis contraste de manière frappante avec sa progression plus lente dans beaucoup
d'autres pays qui ont davantage hésité à engager une réforme des télécommunications. La
démonopolisation entraîne la refonte de la réglementation de tout le secteur pour la rendre plus
cohérente avec la pratique internationale, ce qui est de nature à garantir aux nouveaux
opérateurs une visibilité suffisante sur le devenir du secteur.

La démonopolisation garantit la transparence pour les nouveaux opérateurs

La libéralisation d'un secteur sous monopole d'Etat s'accompagne d'une refonte de son
environnement réglementaire. Le nouveau cadre réglementaire offre davantage de transparence
et de prévisibilité, ce qui permet à tous ceux qui sont parties prenantes dans le secteur –
producteurs, investisseurs, employés et usagers – de se faire une idée claire des règles du jeu.
Ils peuvent faire des projets dans le secteur libéralisé, avec une plus grande certitude, ce qui
encourage les investissements à long terme. Cette refonte de l'environnement réglementaire est
une nécessité car la démonopolisation n’implique pas une déréglementation.

Section 2. Contraintes de la libéralisation

La libéralisation implique une re-réglementation et non une déréglementation

Contrairement à une idée très répandue, la libéralisation n’est pas synonyme d’absence de
règles. Elle implique certes, une mise en concurrence, mais dans un nouveau cadre réglementé
adapté à cette situation de concurrence, dans laquelle l'opérateur qui était en charge du
monopole ne sera plus qu'un simple opérateur.

Du statut d'opérateur / régulateur au simple statut d'opérateur

Les établissements en charge du monopole cumulent, le plus souvent, la fonction d'opérateur


(exploitation) et celle de régulateur (réglementation). Dans un cadre libéralisé, l'établissement
ne sera plus qu'un opérateur, toutes les fonctions de régulation lui seront retirées pour être
confiées à l'Etat qui conserve son droit régalien ou à des entités indépendantes. La gestion de ce
changement est une phase délicate et importante dans le processus de démonopolisation. La

23
fonction de régulateur doit être confiée à une entité neutre, il en est de même pour les
prérogatives dont bénéficient certains opérateurs, notamment celles de puissance publique.

Contraintes liées à l'impossibilité du maintien des prérogatives de puissance publique

Pour l'accomplissement de leur fonction de régulateur, certains établissements sous monopole


d'Etat sont dotés des prérogatives de puissance publique, c'est le cas notamment des agents de
la Régie des Tabacs pour la lutte contre la contrebande. Dans le cas où l'opérateur serait
privatisé, les prérogatives et les acquis liés à une situation de monopole ne peuvent continuer à
lui bénéficier.

Contraintes liées à la sauvegarde des acquis d'une situation de monopole d'Etat

L'Etat associe généralement à toute opération de démonopolisation, un objectif de maintien des


avantages acquis, notamment en matière budgétaire pour les secteurs à haute fiscalité. L'Etat ne
pourrait admettre qu'une démonopolisation affecte ses recettes fiscales. Au contraire, la
libéralisation doit être source d'une amélioration de ses recettes. Pour le cas particulier des
secteurs de l'énergie et des tabacs qui génèrent des recettes fiscales importantes, le nouveau
cadre fiscal à proposer pour la libéralisation de ces secteurs doit permettre, au moins, le
maintien du niveau des recettes fiscales générées avant la libéralisation, sans pour autant
perturber le niveau des prix.

Contraintes liées au niveau des prix

Tout porte à croire que la libéralisation entraîne une baisse des prix, or dans certains secteurs,
l'expérience étrangère a montré que la libéralisation a provoqué une hausse massive des prix et
une difficulté du maintien du service public, ce qui est de nature à nourrir des risques sociaux.

Contraintes liées à la notion de service universel

La libéralisation conduit certes à la mise en concurrence, mais pour des produits et services
stratégiques et d'intérêt général, il est généralement associé à l'opérateur et aux nouveaux
entrants, une contrainte de service universel.

24
Contraintes liées aux engagements internationaux du Maroc

Il est de nature que dans toute libéralisation, les Etats aient parmi leurs objectifs de protéger la
production nationale par rapport au produit étranger. Le nouveau cadre réglementaire et fiscal
doit, certes, tenir compte de ces objectifs, sans être contraire aux prescriptions de l'OMC et aux
engagements pris par le Maroc dans le cadre de l'accord d'association avec l'UE.

25
PREMIERE PARTIE

PROBLEMATIQUES
DE LA CONSTRUCTION JURIDIQUE ET FISCALE
DES STRATEGIES DE LIBERALISATIONS

26
ANALYSE CRITIQUE DE LA SITUATION ACTUELLE ET
CHAPITRE I :
PERSPECTIVES D'EVOLUTION : IMAPCT SUR LA
CONSTRUCTION JURIDIQUE ET FISCALE DES STRATEGIES
DE LIBERALISATIONS

Section 1 : Analyse critique du cadre institutionnel régissant les monopoles


d'Etat

L'analyse critique du cadre institutionnel régissant les monopoles d'Etat constitue la première
phase dans la démarche proposée pour définir la stratégie de libéralisation. Cette phase est
d'une importance capitale car elle permet de mettre en évidence les "freins" juridiques majeurs
qui pourraient faire obstacle à la réussite de la libéralisation, lesquels freins, il faut prendre en
considération pour bâtir le nouveau cadre du secteur libéralisé.

L'analyse de ce cadre institutionnel doit se faire à un double niveau : Un niveau global qui est
le secteur et un niveau plus restreint qui est l'opérateur. Cette analyse doit être complétée par
l'étude de l'impact du démantèlement des monopoles sur le secteur et sur l'opérateur.

1.1. Analyse critique des dispositions juridiques liées aux secteurs sous monopole

Une réglementation éparse.

L'examen des dispositions juridiques régissant l'environnement légal et les spécificités des
secteurs sous monopole fait ressortir une diversité et une multiplicité des textes régissant le
secteur. Pour le cas du tabac par exemple, le secteur était réglementé par des textes nombreux
(8 textes spéciaux et 6 textes généraux) et variés (dahirs, décrets, conventions, circulaires,
lettres du ministère du tutelle, statuts, …etc.).

Cette réglementation éparse ne permet pas une codification d'ensemble du secteur et ne garantit
pas l'exhaustivité de la réglementation. A titre d'exemple, aucun des textes ne donne une
définition claire du secteur et de ses composantes.

27
Un secteur non défini.

La réglementation de certaines activités sous monopole d'Etat ne donne pas une définition du
secteur et de ses filières. Un secteur réglementé doit d'abord être défini. Cette définition est
nécessaire pour une codification claire du secteur, du contenu des activités réglementées et pour
mieux préciser les mots clés. L'absence de cette définition est source d'erreurs d'interprétation.

Un secteur dont l'organisation est source d'obstacles à la libéralisation.

L'ensemble des activités liées à un monopole est exercé par une même entité (l'opérateur
historique). L'organisation du secteur et celle de l'opérateur se trouvent par conséquent
imbriquées. Il s'en suit une quasi absence d'une organisation apparente du secteur et de ses
composantes (approvisionnement, fabrication, distribution). La stratégie de libéralisation doit
être définie pour un secteur dont l'organisation est claire et bien définie.

Des secteurs dont le développement est limité par leur monopole de droit

Le monopole d'Etat dont bénéficie certains secteurs est, à priori, un tremplin pour le
développement du secteur. Ce n'est pas toujours vrai, les textes fixant le monopole d'Etat pour
certains secteurs peuvent constituer un blocage au développement.

Pour le cas du secteur de l'électricité, l'analyse des textes réglementaires qui ont régi le secteur
jusqu'en 1994 montre des dysfonctionnements qui constituent de sérieux problèmes à
l'expansion du secteur en raison principalement de son caractère monopolistique au niveau de
la production. Pour faire face à cette situation, l'ONE a été saisi pour proposer les modifications
légales et réformer le secteur de l'électricité. Pour cela, une modification de sa loi de création a
été proposée en 1994 (décret loi n° 2-94-503 du 23 septembre 1994) pour faire appel au secteur
privé dans le domaine de la production d'électricité supérieure à 10 MW, ce qui rompt le
monopole de celui-ci dans le domaine de la production, mais lui confère un statut de
monopsone dans le sens où il centralise les offres émanant de la production.

28
1.2 Analyse critique des dispositions juridiques liées à l'opérateur en charge du monopole

Insuffisances liées au caractère "d'établissement public" de l'opérateur sous monopole

Tous les monopoles de droit sont conférés à des établissements publics. Cette appartenance des
opérateurs au secteur public les soumet au régime juridique des établissements publics. Le droit
applicable aux opérateurs est source de plusieurs conséquences plus ou moins atténuées par
leur statut particulier, notamment l'existence d'un contrôle financier de l'Etat.

L'Etat exerce sa tutelle par le biais du contrôle financier.

Le système de contrôle sur les établissements publics ne garantit pas leur efficacité et ne les
prépare pas à un environnement concurrentiel. Le système de gestion et de contrôle de l'Etat
marocain ne permet pas une bonne maîtrise du développement du pays. Les méthodes de
contrôle sont plutôt axées sur la vérification de la régularité formelle des actes de gestion que
sur l'examen de leur efficacité. Cette efficacité se trouve le plus souvent limitée par des statuts
souvent contraignants, notamment au niveau de la diversification de l'activité de l'opérateur.(1)

L'opérateur ne peut pas diversifier son activité.

Cette conséquence est une sérieuse limite au développement de certains opérateurs. Le cas s'est
posé pour l'ONTS après libéralisation du secteur. En effet, avec l'accroissement de la
concurrence sur la branche du thé, l'Office a connu une sous-activité apparente et ne pouvait
pas la compenser par un élargissement de son activité à des activités similaires, car les statuts
ne le permettaient pas.

L'opérateur bénéficie uniquement d'une concession

L'entreprise publique se voit parfois affectée certains biens relevant du domaine public. Ces
biens, par définition, appartiennent à l'Etat et sont inaliénables. Les monopoles d'Etat sont
souvent conférés à l'opérateur sous forme de concession (l'Etat exploite le monopole à travers
une concession). Cette concession implique que le patrimoine de l'opérateur revient de plein
droit à l'Etat à la fin de la concession et n'est pas la propriété de l'opérateur. Cette situation
présente une limite technique : Si la stratégie de la libéralisation est basée sur le transfert de
l'opérateur à un partenaire stratégique, les biens issus de la concession reviennent-ils à l'Etat ou
au partenaire stratégique ?

(1)
Source : Rapport Mackinsey 1974

29
Nécessité de la transformation en société anonyme

La transformation de l'opérateur sous forme d'office en société anonyme peut être un préalable
à l'opération de libéralisation. En effet, si la stratégie de libéralisation est axée sur le transfert à
un partenaire stratégique (privatisation), cette opération ne peut se faire que dans le cadre d'une
société de droit privé, d'où la nécessité de transformer l'opérateur en société anonyme.

L'opérateur est un régulateur du marché

L'opérateur en charge du monopole d'Etat se voit le plus souvent confier un statut de régulateur
du marché. Il lui revient la tâche d'organiser le secteur et d'assurer l'équilibre général du
marché. Cette fonction de régulation ne peut plus lui être attribuée en cas de mise en
concurrence.

L'opérateur prend en charge une fonction sociale vis à vis de ses partenaires

Dans le cadre de son statut de régulateur, l'opérateur en charge du monopole peut, notamment
par le biais de subventions ou de garantie des débouchés, encadrer certaines filières du
monopole qui ne seraient pas compétitives. C'est le cas, par exemple, de la filière tabacole pour
le secteur du tabac. Cette "prise en charge" de la filière ne peut plus continuer, surtout en cas de
privatisation de l'opérateur.

L'opérateur a les prérogatives de puissance publique

Pour certains secteurs sensibles, l'opérateur détient des prérogatives de puissance publique,
nécessaires pour l'accomplissement de sa mission.

Pour le cas du secteur du tabac, les agents assermentés de l’opérateur disposent d'un pouvoir
similaire à celui des officiers de la police judiciaire pour ce qui est de la recherche et de la
constatation des fraudes en matière de tabac. Ces prérogatives ne peuvent profiter à l'opérateur
dans un cadre libéralisé.

30
L'opérateur bénéficie de la garantie de l'Etat

Les opérateurs sous monopole d'Etat bénéficient le plus souvent de la garantie de l'Etat,
notamment en matière d'accès aux financements avantageux. Le passage de l'entreprise du
secteur public au secteur privé pourrait faire perdre à l'opérateur l'accès aux financements
avantageux.

1.3 Synthèse

L'analyse critique du cadre institutionnel régissant les monopoles d'Etat a permis de faire
ressortir des éléments de réflexion qu'il faudrait traiter d'ores et déjà, pour mieux entamer
l'opération de libéralisation.

Les actions qui nous paraissent particulièrement importantes à entamer sont récapitulées ci-
après :

- Définir le secteur sous monopole d'Etat ;


- Définir l'organisation du secteur ;
- Lever les insuffisances liées au caractère d'établissement public ;
- Prévoir la possibilité d'étendre l'activité de l'opérateur ;
- Lever le frein sur le patrimoine de l'opérateur, lié à la concession ;
- Transformer les offices en sociétés anonymes ;
- Réfléchir d'ores et déjà aux entités où seront domiciliées les fonctions de régulation du
marché ;
- Substituer l'Etat à la fonction sociale de l'opérateur vis-à-vis de ses partenaires.

31
Section 2 : Analyse critique de la situation actuelle des secteurs sous
monopole d'Etat et perspectives d'évolution

L'analyse du marché constitue la deuxième phase de la démarche proposée pour définir la


stratégie de libéralisation des secteurs sous monopole. En effet, si l'analyse du cadre
institutionnel permet de définir les axes à prendre en compte pour bâtir le nouveau cadre
libéralisé, cette analyse serait insuffisante si elle n'intègre pas l'élément "marché".

La stratégie de libéralisation doit refléter les possibilités du marché marocain et ses


perspectives d'évolution. Le cadre juridique à mettre en œuvre doit faciliter le développement
du marché et le cadre fiscal doit encourager l'investissement. D'où l'intérêt d'intégrer l'élément
marché dans la démarche.

La démarche proposée pour l'analyse du marché s'articule autour des thèmes suivants :

Analyse liée au "secteur"

- Etude des caractéristiques du secteur (national et mondial) ;


- Analyse des composantes du monopole et perspectives d'évolution.

Analyse liée aux "opérateurs"

- Principaux acteurs sur le marché international ;


- Stratégies des acteurs.

Analyse de l'impact du démantèlement du monopole sur le "secteur" et sur


"l'opérateur"

- Impact sur l'opérateur ;


- Impact sur le secteur.

32
2.1 Analyse liée au "secteur"

2.1.1 Etude des caractéristiques du secteur (national et mondial)

L'étude des caractéristiques globales du secteur sous monopole d'Etat constitue le point de
départ de l'analyse sectorielle. Elle permet de situer le marché marocain dans le contexte
mondial et d'avoir une première idée sur ses potentialités mais aussi les contraintes qu'il
présente, notamment en terme d'attractivité en cas de mise en concurrence.

Quatre points nous paraissent particulièrement importants à traiter : Le marché, la concurrence,


les prix et la tendance internationale.

Les principales questions qui se posent (dans un cas général) sont les suivantes :

- Le marché
. Quelle est la taille du marché ?
. Si le marché est de taille restreinte, y a-t-il des freins à son développement ?
. Quelle est la taille du marché comparativement à d'autres pays?
. Y a-t-il un potentiel favorable de croissance du marché ?
. Quelle est la structure du marché par nature de produits ?

Les réponses à ces questions nous fournissent des indications importantes quant à la nature
de la stratégie de libéralisation à adopter.

Ainsi par exemple, si le marché est de taille restreinte, sans possibilités d'extension,
l'opération de libéralisation risque de ne pas faire profiter le secteur des avantages de la
concurrence. Cela permettra cependant d'adopter une stratégie et un cadre juridique et fiscal
qui encouragent l'exportation. Dans ce sens également, la taille du marché comparativement
à d'autres pays peut nous renseigner sur les possibilités du développement du marché
marocain.

L'analyse de la structure du marché (produits locaux, produits importés) permettra


également d'anticiper les stratégies des nouveaux opérateurs qui pourraient orienter le
marché selon leurs objectifs. La stratégie de libéralisation à adopter devrait permettre de
limiter ces abus en introduisant par exemple dans le cadre juridique et fiscal des mesures en
ce sens (par exemple : obligation de production locale, douane, …etc).

33
- La concurrence
. La nature du produit vendu est-elle de nature à induire une concurrence importante ?
. Quelle est la densité de la concurrence sur des secteurs similaires (étrangers) libéralisés?

La stratégie de la libéralisation à adopter diffère selon que le secteur est dominé par un seul
ou quelques opérateurs (secteur des télécommunications ou des hydrocarbures par exemple)
ou par un grand nombre de concurrents (secteur du thé ou céréalier par exemple).

Si le marché est atomisé, cas du secteur du thé, il y a moins de risque de position dominante
sur le marché et la réglementation à prévoir serait moins contraignante à ce niveau. Par
contre, si le marché risque d'être partagé entre un nombre réduit d'opérateurs, peut être
faudrait-il mettre en place une autorité indépendante de régulation (cas de l'ANRT pour le
secteur des télécommunications).

- Les prix
. Comment sont fixés les prix ? (prix réglementés ou non ?)
. Quel est le niveau des prix pratiqués par l'opérateur ? (comparativement au niveau de vie au
Maroc, comparativement aux autres pays)
. Quelle est la sensibilité du marché aux prix ? (degré d'élasticité de la demande au prix)
. La gamme "produits-prix" est-elle large ? quels sont les écarts de prix ? (écart de prix,
notamment entre les produits locaux et ceux importés)
. Y a-t-il une protection par les prix de certaines catégories de produits ?
. Y a-t-il compensation de marges entre les produits ?

Le prix est une variante importante dans un processus de libéralisation. Si les prix ont
toujours été réglementés dans la situation du monopole et que la variante prix est un
élément substantiel dans le secteur (cas du tabac), le nouveau cadre libéralisé doit prévoir
une solution alternative dans un contexte de liberté des prix, pour maintenir le niveau voulu
des prix. Par exemple, prévoir dans la réglementation du secteur la procédure
d'homologation des prix.

Si les prix qui étaient pratiqués lors du monopole ne reflétaient pas réellement le prix du
marché (prix subventionnés), la libéralisation risque d'engendrer une hausse des prix,
source de conflits sociaux.

Si l'opérateur sous monopole protège, par les prix, une catégorie des produits considérée
comme sensible (produit local, fabrication locale, …), la libéralisation peut fausser cet

34
équilibre. Le nouveau cadre libéralisé doit prévoir des solutions alternatives, notamment un
cadre fiscal favorable aux produits locaux.

- Tendance internationale
. Quelle est la tendance internationale en matière de qualité des produits ?
. Quelle est la tendance en matière de la réglementation du secteur ?
. Quelle est la tendance internationale en matière d'évolution des prix ?

L'étude de la tendance internationale au niveau du secteur est un critère qu'un processus de


libéralisation ne doit pas occulter. Le nouveau cadre à proposer pour la libéralisation doit
s'insérer dans cette tendance. Si par exemple, dans le secteur de l'électricité, la tendance est
vers les énergies renouvelables, le cadre à adopter pour l'énergie électrique au Maroc ne
peut occulter ce volet dans sa réglementation. Au contraire, le nouveau cadre juridique et
fiscal devrait encourager le développement des énergies renouvelables. Pour le cas du
tabac, si la tendance internationale est vers la hausse des prix avec encouragement du tabac
blond, notre réglementation à proposer ne peut pas aller vers la baisse des prix avec
encouragement du tabac brun.

2.1.2 Analyse des composantes du monopole et perspectives d'évolution

L'analyse des composantes du monopole est un aspect important dans une mission d'étude en
vue d'une libéralisation, car elle permet d'abord de définir le secteur à libéraliser, de l'organiser,
de scinder le monopole de l'opérateur en plusieurs monopoles, de fixer l'ordonnancement des
monopoles à démanteler (ordre de priorité), d'éviter que la démonopolisation s'auto – bloque et
de fixer le rythme de la démonopolisation dans le temps. Ces aspects constituent les éléments
déterminants pour toute stratégie de libéralisation.

Les principales questions qui se posent (dans un cas général) sont les suivantes :

- Monopole sur les intrants


. Comment est organisé le monopole sur les intrants ?
. Les intrants d'origine nationale présentent-ils un avantage concurrentiel par rapport aux
intrants d'origine étrangère (qualité, prix, quantité) ?
. Quelles sont les perspectives de développement de la filière des intrants ?
. Quelle est la tendance internationale ?
. L'opérateur historique consent-il un effort financier pour l'encadrement de cette filière ?

35
. Quel serait l'impact de la libéralisation immédiate de cette filière, d'abord sur la filière, et
ensuite sur l'opérateur et sur le secteur ?
. La libéralisation tardive de cette filière risque-t-elle de bloquer le processus de
libéralisation?

- Monopole d'importation
. Comment est organisé le monopole sur les importations ?
. Pour les intrants, quelle est la part des intrants locaux par rapport aux intrants importés ?
. Quelles sont les mesures actuelles de protection des intrants locaux par rapport aux intrants
importés ?
. Quel est le devenir de ces mesures de protection (démantèlement douanier, …) ?
. Quel serait l'impact de la libéralisation immédiate de l'importation (intrants et produits
finis), d'abord sur la filière, et ensuite sur l'opérateur et sur le secteur ?
. La libéralisation tardive des importations risque-t-elle de bloquer le processus de
libéralisation ?

- Monopole de fabrication
. L'opérateur dispose-t-il de moyens de production performants eu égard aux standards
internationaux ou eu égard aux moyens d'opérateurs similaires ?
. La production nationale est-elle de qualité ? respecte-t-elle les normes de qualité requises
sur le plan international ?
. Quels sont les freins au développement de la filière "fabrication" ?
. Quel serait l'impact de la libéralisation immédiate de la fabrication, d'abord sur la filière, et
ensuite sur l'opérateur et sur le secteur ?
. La libéralisation tardive de la fabrication risque-t-elle de bloquer le processus de
libéralisation ?

- Monopole de distribution
. Comment est organisé le réseau de distribution ?
. L'opérateur a-t-il un avantage concurrentiel au niveau de la distribution en prévision
d'introduction de nouveaux opérateurs ?
. Quel serait l'impact de la libéralisation immédiate de la distribution, d'abord sur la filière, et
ensuite sur l'opérateur et sur le secteur ?
. La libéralisation tardive de la distribution risque-t-elle de bloquer le processus de
libéralisation ?
. Une contrainte de service universel est-elle nécessaire en cas de libéralisation ?

36
- Monopole d'exportation
. L'opérateur fait-il de l'exportation ?
. Quels sont les freins à l'exportation ?
. Quel serait l'impact de la libéralisation immédiate des exportations (intrants et produits
finis), d'abord sur la filière, et ensuite sur l'opérateur et sur le secteur ?
. La libéralisation tardive des exportations risque-t-elle de bloquer le processus de
libéralisation ?

La réponse à ces questions est de nature à nous renseigner sur les opportunités et les contraintes
que présente le marché marocain et qu'il faut prendre en considération lors de la définition de la
stratégie de libéralisation. Cette analyse permet de nous renseigner également sur les filières à
libéraliser en priorité ainsi que l'ordre dans lequel il faut libéraliser les différentes filières du
secteur pour réussir la libéralisation.

Si par exemple la filière des intrants est composée essentiellement d'intrants d'origine locale, et
que cette filière n'est pas compétitive, peut être faudrait-il prévoir une période transitoire de
mise à niveau et par conséquent en retarder la libéralisation, à moins que ce retard ne bloque la
libéralisation d'autres filières.

Pour la filière de fabrication, si l'opérateur ne dispose pas de moyens de fabrication performants


et d'une expertise au niveau des standards internationaux, l'adossement de l'opérateur à un
partenaire stratégique (privatisation) est une nécessité pour la réussite de l’opération.

2.2. Analyse liée aux "opérateurs"

2.2.1 Principaux acteurs

Avoir une connaissance des acteurs qui opèrent au plan mondial sur des secteurs similaires au
secteur marocain permet de nous donner une idée sur les opérateurs qui sont susceptibles d'être
intéressés par le marché marocain.

Le nombre d'acteurs sur un même marché nous renseigne également sur le degré de densité de
la concurrence sur le secteur une fois libéralisé.

37
Les principales questions à se poser à ce niveau sont :

. Quelles sont les principales firmes présentes dans le monde sur le même secteur
(recensement de ces firmes) ?
. Quelle est la part du marché de chacune de ces firmes et quels liens y a-t-il entre ces
différentes firmes (associations, fusions, liens de capital, liens commerciaux, …) ?
. Quelle est l'implantation géographique de chacune de ces firmes ? (présence dans plusieurs
pays ? quels pays ?)
. Quelles sont les marques commercialisées par ces différentes firmes et quelle est la part de
marché de ces marques ?

2.2.2 Stratégie des acteurs

La stratégie de libéralisation d'un secteur sous monopole d'Etat doit certes tenir compte des
caractéristiques du marché (marocain et mondial), des objectifs du gouvernement, mais elle
doit impérativement prendre en considération (anticiper) la stratégie des acteurs susceptibles
d'intervenir sur le marché marocain une fois libéralisé.

Après avoir recensé les principaux acteurs sur le marché mondial et qui sont susceptibles d'être
intéressés par le marché marocain, il serait utile d'analyser leurs stratégies pour en déduire celle
qu'ils pourraient adopter pour le cas marocain au cas où ils seraient intéressés par ce marché.

Les principales questions à se poser à ce niveau sont :

. Quels sont les principaux axes de développement stratégique des acteurs ? (Accroissement
des parts de marchés ? Rationalisation des processus de fabrication ? Amélioration des
marges ? Diminution des prix de vente ? Opérations de croissance externe ? Plus de négoce
et moins de fabrication ? …).

. Quelles sont les firmes qui ont déjà participé aux processus de privatisation dans les pays
ayant récemment ouvert leur économie ?

. Quelle était la stratégie de ces opérateurs dans ces marchés en cours d'ouverture ? Cette
stratégie se base-t-elle sur le rachat d'outils de production ? Le développement des marques
locales grâce à une amélioration de la qualité ? L'introduction de leurs propres marques
produites ou non localement ? Actions de restructuration de l'opérateur historique ?

38
La description de la stratégie des principaux acteurs du marché permettra de nous renseigner
sur les opportunités recherchées par ces derniers. Il nous appartient de voir si le Maroc entre
dans la stratégie de ces acteurs et de faire en sorte que le cadre juridique et fiscal proposé pour
le nouveau secteur soit attrayant.

2.3 Impact du démantèlement du monopole sur "le secteur" et sur "l'opérateur"

2.3.1 Intérêt de l'analyse d'impact

Introduire la concurrence dans le secteur suppose un démantèlement des monopoles


réglementant les segments du marché.

Le résultat de l'analyse du cadre réglementaire régissant le secteur ainsi que l'analyse de la


situation actuelle du marché marocain et ses perspectives d'évolution doit permettre d'anticiper
l'impact de la libéralisation sur l'opérateur et sur le secteur.

Il est recommandé d'analyser cet impact pour chaque segment du monopole. Cette approche
permet de recenser les interdépendances entre les différents segments du marché. Pour illustrer
cette démarche, nous présentons ci-après le cas du secteur du tabac.

2.3.2 Cas du secteur du tabac

Le secteur du tabac peut être scindé en deux principaux segments :


- Segment 1 : Filière agricole (intrants);
- Segment 2 : Marché des cigarettes (produits finis).

Le segment agricole inclut trois monopoles : Monopole de production, monopole d'importation


et monopole d'exportation. Un exemple d'étude d'impact de la libéralisation de ces monopoles
sur l'opérateur et sur le secteur est présenté ci-après : Cas du démantèlement du monopole de la
filière agricole du secteur du tabac :

39
SECTEUR DU TABAC
FILIERE AGRICOLE
Impact du démantèlement du monopole sur le secteur et sur l'opérateur

Monopole démantelé Impact sur l'opérateur Impact sur le secteur

1. Production de tabac brut . Rationalisation des . Nouveaux entrants agricoles

moyens d'encadrement . Instauration d'un système de marché basé sur une

Le développement de la tabaculture de la filière. relation client/fournisseur contractuelle,

n'est plus soumis à l'approbation de négociation sur le prix.

l'opérateur. . Politique . Rationalisation de la filière (concentration des

d'approvisionnement exploitations) et diminution du nombre de

En contrepartie, fin de l'obligation faite libre tabaculteurs.


à l'opérateur d'acheter tout le tabac . Coût social important, les producteurs ne

brut local produit à des conditions produisant pas de tabac de qualité disparaîtront.

financières établies et de soutenir . Potentiel à terme pour une offre locale de tabac de

techniquement tous les planteurs. meilleure qualité.

2. Importation de tabac brut . Politique d'arbitrage au . Nouveaux entrants négociants

profit des tabacs

L'importation de tabac brut est libre étrangers.

3. Exportation de tabac brut . Aucun risque pour . Pas d'impact car pas d'exportation possible (pour

l'opérateur car le moment) compte tenu de la faible qualité de la

L'exportation de tabac brut est libre monopole non exercé. production locale.

L'analyse de ce tableau par exemple, permet de faire les conclusions suivantes :

- Si on libéralise la production du tabac brut, il faut dans le même temps permettre


l'exportation au risque de saturer le marché local. Ceci permettrait d'attirer des producteurs
pour l'exportation.
- Il faut libéraliser l'importation de tabac brut s'il y a libéralisation de la fabrication de
cigarettes et l'arrivée de fabricants étrangers compte tenu de l'indispensable incorporation
de tabac étranger dans la fabrication de cigarettes.

40
Section 3 : Etude de l'expérience marocaine de libéralisation

L'étude de l'expérience marocaine de libéralisation a porté sur le secteur du thé, le marché


céréalier, les hydrocarbures et la téléphonie mobile.

3.1 Secteur du thé

3.1.1 Rappel historique

L'Office National du Thé et du Sucre (ONTS) a été créé en 1963 et s'est vu accorder le
privilège exclusif de l'importation, du conditionnement, du stockage et du commerce du thé (ce
monopole a été élargi par la suite au sucre).

La libéralisation du secteur du thé a été effectuée en une seule tranche en 1993 par Dahir qui
indique que désormais "l'office a pour objet, concurremment avec les entreprises ayant une
activité similaire d'importer, de conditionner, de stocker et de commercialiser le thé et le sucre
brut ou raffiné". (1)

En 2002, soit 7 ans après la libéralisation du secteur, l'Office a été transformé en société
anonyme et devient désormais la Société Marocaine du Thé et du Sucre (SMTS).

3.1.2 Impact de la libéralisation sur le secteur et sur l'opérateur

La libéralisation du marché du thé en 1993 a été profitable au secteur du thé au Maroc. Elle a
conduit à l'introduction sur le marché de plusieurs acteurs ce qui a généré un développement de
l'offre tant au niveau qualitatif que quantitatif et également au niveau des prix. Ce
développement a été facilité par la nature même du produit vendu, en ce sens que le processus
de conditionnement pour obtenir le produit final est simple et les investissements dans le
secteur ne sont pas coûteux.

Si la libéralisation a conduit à dynamiser le secteur, l'impact sur l'opérateur n'a cependant pas
été positif. La libéralisation a été effectuée sans que l'opérateur n'y soit préparé. Après 35 ans
de monopole, l'opérateur historique n'était pas préparé à un cadre concurrentiel. En effet, durant
les sept années qui ont suivi la libéralisation, l'opérateur historique a perdu environ 40% des
parts de marché et s'est consacré à sa restructuration (réduction des effectifs, réorganisation,

(1)
Source : Dahir n°1-93-141 du 10/09/1993

41
développement d'une activité marketing,…).(1) L'objectif étant de rendre l'opérateur attrayant
pour sa privatisation.

L'opérateur, sous sa nouvelle forme anonyme, figure sur la liste des sociétés privatisables. Il va
sans dire que dans un secteur déjà libéralisé, la privatisation de l'opérateur apporterait, en terme
de rentrées budgétaires, moins que ce qu'elle aurait rapporté si l'opérateur a été privatisé avant
la libéralisation.

3.1.3 Enseignements à tirer de cette libéralisation

La libéralisation du secteur du thé en une seule tranche sans préparation préalable de l'opérateur
a été négative pour celui-ci. Aussi, la libéralisation totale sans privatisation de l'opérateur aura
certainement un impact négatif sur le prix de la privatisation.

La privatisation de l'opérateur avant le démantèlement total des monopoles aurait été un


scénario intéressant pour trois raisons essentielles :

. Ce scénario aurait nécessité d'abord la transformation de l'Office en société anonyme. Les


apports de cette forme de sociétés en matière de gestion pour l'opérateur auraient été
importants pour mieux se préparer au cadre libéralisé ;
. Ce scénario aurait permis de se préparer convenablement à la concurrence ;
. Ce scénario est de nature à garantir la réussite de l'opération de privatisation.

3.2 Marché céréalier

3.2.1 Rappel historique

Le monopole du marché céréalier a été consacré par le dahir de 1937 au profit de l'Office
Chérifien Interprofessionnel des Céréales (OCIC) devenu en 1973, Office National
Interprofessionnel des Céréales et des Légumineuses (ONICL). L'objectif recherché de ce
monopole est la protection de la production nationale.

Pour atteindre cet objectif, ledit dahir délègue à l'ONICL le rôle d’organisation de la collecte de
la récolte par l'intermédiaire des coopératives et des commerçants agréés et la gestion des
importations entreprises par les commerçants importateurs. Il assure l'écoulement des céréales à
un prix national fixe pour toute la compagne, avec un système de compensation pour les

(1)
Source : Direction de la SMTC

42
importations pour ramener (ou porter) les prix des importations au niveau des prix à la
production locale. Par conséquent, il protège les producteurs locaux (milieu rural) en cas de
baisse des prix sur le marché international et protège les consommateurs (milieu urbain) dans le
cas inverse.

Dans le cadre de la politique d'ouverture au marché international et suite à l'adhésion du Maroc


à l'accord sur l'agriculture de l'OMC, il a été décidé d'ouvrir le marché céréalier à la
concurrence en 1996. (1)

Assuré des bienfaits de l'ouverture, le Maroc a opté pour une libéralisation du secteur en une
seule tranche. Pour protéger les opérateurs locaux et les consommateurs des aléas du commerce
international du blé, l'administration marocaine a opté pour une protection tarifaire permettant
d'assurer une protection suffisante pour la plage de prix mondial la plus probable, soit un prix
moyen de 2.600 dirhams la tonne, et une faible amplification de la variabilité du prix mondial.

3.2.2 Impact de la libéralisation sur le secteur et sur l'opérateur

L'impact de la stratégie de libéralisation du marché céréalier n'a pas été positif pour le secteur
pour trois raisons essentielles :

D'abord, suite à cette ouverture du marché, la production nationale a rencontré des difficultés
de commercialisation, dues à la chute du prix international de ce produit. Concrètement, cela
s'est traduit par le prix à l'importation de la tonne dédouanée aux alentours de 2.130 dh/tonne,
alors que la protection visait un prix moyen de 2.600 dh/t.

Ensuite, pour faire face à cette situation, il fallait relever le niveau de la protection. Or, la
procédure qui a été mise en place pour réviser la protection tarifaire ne facilitait pas une
réaction rapide et adaptée à l'effet d'importation. Il y a un décalage entre les variations des prix
à l'importation et l'augmentation de l'équivalent tarifaire. En d'autres termes, les procédures
administratives et les actions bureaucratiques n'ont pas accompagné la libéralisation.

Enfin, le système de compensation qui a été mis en place pour compenser les importateurs de
blé visait un délai de remboursement de 15 jours. Les procédures en place ne permettaient pas
le respect de ce délai. La non-régularisation de ces arriérés vis-à-vis de la Caisse de
compensation constitue une entrave au développement des opérateurs nationaux.

(1)
Article 24 de la loi n° 12-94 libéralisant l’importation et l’exportation des céréales.

43
Par conséquent, le marché national a été inondé de blé d'importation de bonne facture. A l'aube
de la libéralisation, 7 millions de quintaux de blé, localement produit, ne trouvent pas preneur.

3.2.3 Enseignements à tirer de cette libéralisation

La libéralisation du marché céréalier a été réalisée en une seule tranche, sans préparation
préalable du secteur et des opérateurs ni mise en place de réelles mesures d'accompagnement.
Pourtant, un bureau d'études international, qui a réalisé avant la libéralisation une étude sur
l'état de l'industrie meunière au Maroc, a souligné que la libéralisation ne doit intervenir
qu'après une longue période de fort encadrement du secteur céréalier par l'État du fait
notamment de la complexité des mécanismes du secteur céréalier et des difficultés à prévoir les
conséquences de la libéralisation des marchés.

Pour un secteur stratégique tel que le secteur céréalier, la libéralisation devait être mieux
réfléchie et mûrement préparée, pour la simple raison que l'enjeu pour la nation est très
important. Le produit en question (le blé) est un produit sensible. L'Etat devait encadrer le
secteur pour une période aussi longue que possible abstraction faite du coût financier de cet
encadrement, car le développement de ce secteur allait garantir in fine une indépendance du
Maroc pour ce produit.

Par conséquent, les enseignements à tirer de cette libéralisation sont :

- Les filières dont l'enjeu est important pour la nation doivent être les dernières à être
libéralisées ;
- Les mesures d'accompagnement sont une nécessité pour la réussite de la libéralisation ;
- La période transitoire avec fort encadrement de l'Etat permet de mieux suivre l'évolution de
la libéralisation du secteur, pour pouvoir opérer les redressements nécessaires avant
l'ouverture totale du marché à la concurrence ;
- Le nouveau cadre juridique et fiscal doit être un tremplin et non un frein à la réussite de la
libéralisation.

44
3.3 Secteur des hydrocarbures

3.3.1 Rappel historique

L’activité de recherche pétrolière au Maroc a été confiée au départ, au Bureau des Recherches
et des Participations Minières (BRPM) créé en 1928. Elle a été relancée ensuite par la création,
d'abord le 29 avril 1929, de la Société Chérifienne des Pétroles (SCP) et par la suite en 1959, la
SAMIR. Enfin, en avril 1981, il a été créé l'Office National de Recherches et d'Exploitations
Pétrolières (ONAREP) auquel a été confiée la mission de promouvoir et de focaliser les efforts
sur la recherche et l'exploitation des hydrocarbures.
Après la fusion des deux raffineries SCP et la SAMIR, l'activité de raffinage est assurée
actuellement par la Société Anonyme Marocaine de l'Industrie de Raffinage (SAMIR). Elle
assure la presque totalité des besoins du pays en produits pétroliers raffinés.

Pour ce qui est du raffinage, et après la cession en bourse de 30% du capital de la société
SAMIR, la privatisation de celle-ci et de la SCP a été achevée au mois de juin 1998 par la
cession de ces deux raffineries au groupe CORRAL Pétroleum Holdings. Par la suite , une
fusion -absorption entre SAMIR et SCP est intervenue le 24 juin 1999.

La nouvelle entité, détiendra le monopole absolu du raffinage de pétrole jusqu'en 2002. Année
à partir de laquelle, devait commencer le démantèlement douanier à raison de 10% par an.
Durant cette période de protection, la SAMIR a bénéficié d'une marge confortable qui devait lui
permettre de financer des investissements de mise à niveau de sorte qu'une fois la période de
protection disparue, la SAMIR puisse valablement soutenir la concurrence avec les produits
d'importation.

3.3.2 Impact de la libéralisation sur le secteur et sur l'opérateur

Si sur un plan de produit de privatisation, l'opération était un succès, le processus de


libéralisation du secteur des hydrocarbures n'a pas été une réussite, pour le moins jusqu'à cette
date. En effet, l’objectif ou du moins l’un des objectifs de la protection de la SAMIR était de lui
permettre de se mettre à niveau. Au bout de cette période, la SAMIR demande de retarder la
libéralisation.

Par ailleurs, les spécifications des carburants n’ont pas changé à ce jour. Le niveau élevé de
soufre que contiennent les produits de la SAMIR est loin des normes européennes, niveau que

45
le Maroc espère atteindre à l’horizon 2005. L’enjeu de la libéralisation, pour le moment, se
situe à ce niveau.

Cinq ans après la privatisation de la SAMIR, aucun des deux objectifs attendus de la
libéralisation n'a été atteint. Cette situation aura un impact négatif, d'abord sur le secteur qui ne
profitera pas des opportunités offertes par l'accès au marché international, ensuite sur les
citoyens en raison de la qualité des carburants produits par la SAMIR et, enfin sur l'opérateur
qui risque d'être confronté à une situation de concurrence bien qu'il n'y soit pas encore préparé.

3.3.3 Enseignements à tirer de cette libéralisation

- La privatisation doit être accompagnée de mesures nécessaires à la réussite de la


libéralisation ;
- La mise à niveau des normes qualités nécessaires au développement du secteur doit être un
préalable à la libéralisation et un élément du cahier des charges de la privatisation ;
- L'Etat doit mettre en place une procédure de suivi permanent du respect du cahier des
charges de la privatisation.

3.4 Secteur de la téléphonie mobile

3.4.1 Rappel historique

C'est le dahir du 25 novembre 1924 qui consacre le monopole des télécommunications au


Maroc et le confie à l'Office des postes, des télégraphes et des téléphones du Maroc (OPTTM)
qui devient l'Office national des postes et des télécommunications (ONPT) en 1984.

La loi sur la libéralisation du marché a été adoptée en 1997. Cette loi conditionne l'accès au
marché à l'attribution d'une licence.

3.4.2 Impact de la libéralisation sur le secteur et sur l'opérateur

L'impact de la libéralisation, notamment l'attribution de la deuxième licence GSM, sur le


secteur est globalement positif. Sur le plan économique, les avantages de la libéralisation sont
au moins au nombre de trois : Des produits ou des services nouveaux ou améliorés, une baisse
des prix et un surcroît d'investissements. L'impact sur l'opérateur a également été positif,
notamment en raison de sa privatisation en même temps que la libéralisation et de son
adossement à un partenaire stratégique.

46
Le bon comportement de l'opérateur historique après l'instauration effective d'un marché
concurrentiel permet d'assurer que la perspective de la mise en place d'une troisième licence
GSM ne devrait pas se faire au détriment de l'opérateur historique qui a démontré ses capacités
d'adaptation au changement.

3.4.3 Enseignements à tirer de cette libéralisation

La privatisation d'un secteur stratégique à réseau national, nécessitant un savoir-faire, doit être
réalisée par adossement à un partenaire stratégique. La libéralisation doit être progressive. Une
autorité de régulation est nécessaire.

3.5 Synthèse des recommandations tirées de l'expérience marocaine

L'étude de l'expérience marocaine en matière de libéralisation nous a permis de faire ressortir


des recommandations pour les libéralisations futures. Ces recommandations concernent aussi
bien la période antérieure à la libéralisation (préparation de la libéralisation) que le processus et
la stratégie de libéralisation.

AVANT LA LIBERALISATION

Il faut préparer l'opérateur avant la libéralisation du secteur. Le cas de l'ONTS illustre


bien les conséquences sur l'opérateur d'une libéralisation sans qu'il y soit préparé (perte de
40% des parts de marché, licenciements collectifs, …etc).

L'Etat doit encadrer les filières stratégiques. Du fait que l'opérateur ne jouera plus son
rôle de régulateur du marché une fois le secteur libéralisé, les filières stratégiques doivent
au préalable être mises à niveau. C'est le cas de la tabaculture qui est actuellement encadrée
par l'opérateur. Une fois le secteur du tabac libéralisé, l'opérateur n'acceptera plus de
prendre en charge le coût de cet encadrement.

Des mesures d'accompagnement sont nécessaires à la libéralisation. Pour se prémunir


contre les dérapages éventuels de la libéralisation de certains secteurs risqués (cas du
marché céréalier), des mesures d'accompagnement (organisationnelles, juridiques, fiscales,
administratives, …) sont nécessaires pour la réussite de l'opération.

47
Il faut mettre en place une période transitoire pour les filières désavantagées. Les
filières qui ne présentent pas d'avantage concurrentiel, notamment par rapport aux produits
importés (cas des filières agricoles ou hydrocarbures) doivent bénéficier d'une période
transitoire à condition que cette période soit assortie d'objectifs et dotée d'un organe de
suivi.

Il faut mettre à niveau les normes qualité du secteur. Les marchés caractérisés par des
normes qualités (cas du tabac et des hydrocarbures) doivent être mis à niveau avec mise en
place progressive des standards internationaux.

PROCESSUS ET STRATEGIE DE LIBERALISATION

Il est recommandé de privatiser l'opérateur avant la libéralisation totale du secteur.


La libéralisation du secteur avant la privatisation de l'opérateur ne permettrait pas au
partenaire stratégique de bénéficier d'une période de monopole pendant laquelle il lui est
possible de rentabiliser son investissement. Toute libéralisation totale du secteur avant
privatisation aura un impact négatif sur les recettes de la privatisation.

Il est fortement recommandé de recourir à un partenaire stratégique pour les


secteurs de haute technologie, basés sur un certain niveau d'expertise. La mise à niveau
de l'outil de production des opérateurs historiques et le bénéfice de l'expérience
internationale en matière de nouvelles technologies et de recherche et développement, passe
nécessairement par l'adossement de cet opérateur à un partenaire stratégique (cas des
télécommunications, de l'énergie et du tabac).
.
Une autorité de régulation est nécessaire pour certains secteurs stratégiques ou à
réseau national. Pour les secteurs stratégiques à réseau national et dont dépend la sécurité
du pays (cas de l'électricité et des télécommunications), une autorité indépendante de
régulation du marché est généralement nécessaire pour assurer le bon fonctionnement des
mécanismes du marché dans un intérêt national.

Le nouveau cadre administratif, juridique et fiscal ne doit pas entraver la réussite de


la libéralisation. La libéralisation s'accompagne d'un nouveau dispositif légal et fiscal qui
réglemente le nouveau secteur libéralisé. Ce nouveau dispositif doit être un tremplin et non
un frein au développement du secteur.

48
CONCLUSION DU CHAPITRE I

Les secteurs sous monopole qui ont constitué pendant de nombreuses années le domaine
privilégié d'intervention économique de l'Etat ont montré, à l'heure de la libéralisation,
certaines limites. Ces limites sont dues essentiellement à l'état du marché marocain.

C'est pour ces raisons que nous avons axé le diagnostic présenté dans ce premier chapitre, sur
l'analyse du marché. En effet, toute stratégie de libéralisation doit se baser sur l'état du marché
et ses perspectives d'évolution.

La démarche que nous proposons dans ce chapitre a pour vocation de mettre en exergue les
interrogations pour analyser le marché à libéraliser et de montrer dans quelles mesures les
réponses à ces interrogations peuvent influencer le choix de la stratégie de libéralisation et sa
construction juridique et fiscale.

Par ailleurs, l'étude que nous avons menée dans ce chapitre, relative à l'expérience marocaine
en matière de libéralisation, nous a permis de dégager certaines recommandations. Les secteurs
étudiés (hydrocarbures, céréales, thé, …) présentent néanmoins des différences notoires par
rapport aux secteurs non encore libéralisés ou en cours de libéralisation (électricité, tabac,
téléphonie fixe, …).

Pour affiner la réflexion, le second chapitre propose :

− dans la première section, une étude de l'expérience internationale et régionale des


libéralisations de secteurs similaires à ceux non encore libéralisés au Maroc ;

− dans la deuxième section, comment définir le cadre adéquat des stratégies de libéralisation
de ces secteurs et de privatisation de l'opérateur.

49
CHOIX DES STRATEGIES DE LIBERALISATIONS ET DE
CHAPITRE II :
DEMONOPOLISATIONS

Section 1. Stratégies de libéralisations : Analyse comparée des expériences


internationales et régionales

L'analyse comparée a été portée sur des pays sélectionnés pour les raisons suivantes :

. Existence d'un processus de libéralisation récent et documenté ;


. Particularité des processus de libéralisation observés ;
. Similitude sectorielle (marché, production, consommation, monopole) avec le Maroc.

L'analyse des expériences internationales répond à deux objectifs principaux :

. Tirer les enseignements des libéralisations déjà expérimentées ;


. Fournir des arguments pour motiver le choix d'un schéma pour le Maroc.

L'analyse comparée que nous présentons dans ce chapitre concerne le secteur du tabac et le
secteur de la téléphonie fixe.

1.1 Secteur du tabac

L'analyse comparée a été effectuée pour les pays suivants : Portugal, Espagne, France, Pologne,
Ukraine, Hongrie, Républiques Tchèque et Slovaque, Russie, Roumanie, Bulgarie, Italie,
Autriche, Tunisie et Turquie.

Cette analyse a permis de faire les conclusions suivantes :

Il ne faut pas libéraliser le secteur sans privatiser l'opérateur national si celui-ci ne dispose
pas de moyens techniques et financiers pour se préparer à la concurrence.

Introduire la concurrence avant de privatiser l'opérateur national est préjudiciable aux intérêts
patrimoniaux de l'Etat. Cet enseignement tiré des expériences roumaine et bulgare répond à une
logique économique simple : L'opérateur historique perd de la valeur s'il est laissé à lui-même
face à la concurrence internationale.

50
L'adossement à un partenaire stratégique est nécessaire quand l'opérateur ne peut seul faire
face à la concurrence.

La puissance des grands acteurs est telle que privatiser un opérateur de petite taille et
produisant des produits de qualité moyenne sans l'adosser à un acteur plus performant peut être
préjudiciable.

Les privatisations sont traduites par des recherches de gains de productivité pour optimiser la
rentabilité des investissements et la compétitivité des entreprises.

Privatiser est souvent synonyme de restructurations. Ces restructurations ont néanmoins été
atténuées par les clauses des cahiers de charges de privatisation :

- Protection voire développement de l'emploi ;


- Développement de la filière agricole ;
- Programme d'investissement pour remise à niveau et développement de l'outil industriel.

Le respect de ces clauses du cahier des charges peut conditionner l'évolution de la participation
au capital de l'opérateur étranger.

Privatiser par cession d'actifs similaires présente de très nombreux avantages mais n'est pas
applicable au Maroc

Dans le cas russe ou polonais par exemple, cette forme de privatisation était parfaitement
adaptée : Le système centralisé avait éclaté et le dimensionnement du pays et de l'industrie
avait rendu nécessaire l'installation de plusieurs usines comparables. La cession des différentes
usines aux grands acteurs internationaux a permis d'entrée de jeu de créer une véritable
concurrence. Au Maroc, il n'y a qu'un seul actif productif de qualité.

Le démantèlement des monopoles de la distribution et de l'importation n'a pas été


préjudiciable aux opérateurs historiques lorsqu'ils avaient développé des compétences
distinctives dans ces segments d'activité.

Tabacalera, Seita et Austria Tabakwerk ont peu souffert de la concurrence car ils ont développé
des spécialités dans les métiers logistiques. Ils profitent toujours de l'activité d'importation ou
de distribution, même s'ils ne sont plus protégés par des monopoles de droit.

51
La participation des acteurs du secteur monopolistique (producteurs de tabac, employés,
débitants) à la cession des titres de l'opérateur présente de nombreux avantages.

Le personnel et les planteurs acceptent plus facilement la transformation de l'entreprise et sont


solidaires du processus. Par la rémunération ou la cession des titres, le marché supporte une
partie du coût de la restructuration en assurant un revenu significatif au porteur.

La volonté de l'Etat de se désengager du secteur doit être affirmée clairement et cette volonté
doit se refléter dans les conditions de la transaction.

En d'autres termes, les mécanismes permettant à l'Etat de rester impliqué dans la gestion ne
doivent pas être trop contraignants pour les investisseurs.

1.2 Secteur de la téléphonie fixe

L'analyse comparée a été effectuée essentiellement sur la base des résultats d'une étude récente
réalisée pour le compte de la Commission européenne en mai 2000 sur les conséquences de
l'ouverture des marchés de la téléphonie fixe sur la concurrence. L'analyse comparée a été faite
sur les pays suivants : Les Etats Unis d'Amérique, le Royaume Uni, l'Espagne, le Portugal, la
Grèce, l'Autriche, l'Algérie, l'Egypte, la Tunisie, la Mauritanie, le Pérou et le Venezuela.

Les principales conclusions tirées de ce benchmark sont présentées ci-après.

Avant la libéralisation, dans la plupart des pays, les services téléphoniques interurbains et
internationaux subventionnent les communications locales et les consommations des
ménages. Mais …

Dans la plupart des pays étudiés, les services téléphoniques interurbains et internationaux,
comme les liaisons spécialisées destinées aux entreprises ont permis de financer le
développement de la boucle locale d'abonnés et de subventionner le prix de certains services
tels que les communications locales et l'abonnement résidentiel.

… Après la libéralisation, la tendance s'est inversée sur tous les marchés ouverts à la
concurrence.

Ces subventions sont remises en cause par la libéralisation des marchés qui conduit les
opérateurs historiques à réagir en rééquilibrant leurs tarifs selon le schéma suivant : Baisse du

52
prix des communications internationales et interurbaines, ainsi que le prix des liaisons
spécialisées (services soumis à une forte pression concurrentielle), et hausse du prix de
l'abonnement pour les ménages et des communications locales. Ce phénomène a été observé sur
tous les marchés ouverts à la concurrence.

Ce rééquilibrage tarifaire a conduit dans certains pays à une substitution du fixe par le
mobile.

La nécessité du rééquilibrage tarifaire a eu un impact immédiat dans les pays en voie de


développement qui ont ouvert leur secteur des télécommunications : Les ménages se sont
reportés massivement sur les téléphones mobiles. C'est le cas par exemple du Pérou et du
Venezuela qui ont enregistré en 1998 une forte baisse du nombre de lignes fixes principales,
tendance confirmée après 1999 pour le Venezuela.

Par ailleurs, dans tous les pays qui sont ouverts à la concurrence, le tarif de l'abonnement
mensuel résidentiel a augmenté et s'est situé entre 11 et 15 dollars.

Dans tous les pays qui se sont ouverts à la concurrence, le tarif de l'abonnement mensuel
résidentiel a augmenté et se situe actuellement entre 11 et 15 dollars contre 7 pour le Maroc.

Après l'élément "prix", la contrainte du service universel et la modernisation du réseau du


fixe constituent le second élément substantiel dans la libéralisation de la téléphonie fixe.

La libéralisation du secteur des télécommunications a accentué dans certains pays en voie de


développement les disparités entre les régions, notamment entre les zones rurales et urbaines
malgré les clauses figurant dans les contrats de concession des opérateurs privés. L'objectif
d'universalité, est loin d'être atteint dans ces pays. C'est le cas notamment du Pérou dont
l'opérateur historique "Telefonica del Perù" qui avait déjà investi 1,51 milliards de dollars entre
1994 et 1998, et a dû investir à nouveau plus de 400 millions de dollars depuis 1999 pour
l'amélioration et l'extension de son réseau de téléphonie fixe.

53
Section 2 : Stratégies de libéralisation et de démonopolisation
recommandées pour le Maroc

Pour définir le cadre général des stratégies de libéralisation, il est recommandé de procéder en
quatre étapes qui consistent à :

1. choisir le mode de libéralisation (libéralisation en bloc ou échelonnée ?) ;


2. définir l'ordonnancement de la libéralisation, c'est à dire l'ordre de priorité des filières à
libéraliser (dans le cas d'une libéralisation échelonnée) ;
3. opter pour une stratégie de transfert de l'opérateur ;
4. arrêter le calendrier de la libéralisation.

2.1 Mode de libéralisation : Libéralisation en "bloc" ou échelonnée ?

L'expérience internationale a montré que les libéralisations sont généralement échelonnées pour
des secteurs stratégiques qui nécessitent une période transitoire pour confronter la concurrence.

La libéralisation échelonnée permet de protéger l'opérateur et le secteur après la libéralisation.


Toutefois, même dans le cas où la libéralisation a été faite en une seule phase, l'Etat met
généralement en place des mesures alternatives de protection du secteur (droits à l'importation,
obligations de production locale,…).

Pour le cas particulier des secteurs du tabac, électricité et téléphonie, la libéralisation dans le
monde a souvent été échelonnée. Ceci est expliqué généralement par la nature stratégique de
ces secteurs et du désir de prolonger le processus de libéralisation dans l'objectif de corriger les
dérapages éventuels de l'ouverture.

La cadence adoptée sur le plan international pour ces secteurs est présentée ci-après.

a) Cas du secteur du tabac

Dans la quasi-totalité des cas des libéralisations réalisées, notamment dans l'Union Européenne,
l'ouverture du marché du tabac a été progressive. Les pays de l'ex bloc socialiste ont opté pour
une libéralisation en bloc accompagnée de mesures protectrices. Le tableau ci-après récapitule
les différents schémas retenus.

54
SECTEUR DU TABAC
MODES DE LIBERALISATION DANS LE MONDE

Libéralisation échelonnée Libéralisation en une seule phase

• France : Libéralisation échelonnée en • Pologne, Hongrie, République


trois phases étalées sur 25 ans (1970 - Tchèque, Russie : Lors de l'ouverture
1976-1995) de l'économie en 1991 mais
• Espagne, Portugal : Libéralisation instauration de droits de douane et
échelonnée en deux phases obligation de production locale)
(privatisation, puis libéralisation en
1993)

Pour le cas du Maroc, une libéralisation échelonnée du secteur semble être la mieux adaptée,
pour les raisons suivantes :

. L'opérateur historique nécessite une mise à niveau pour pouvoir confronter la concurrence ;
. Certaines filières du monopole nécessitent une période de protection pour améliorer leur
compétitivité ;
. Le secteur est sensible et les dérapages qu'une libéralisation en une seule phase risque de
provoquer, ne peuvent être cernés d'avance ;
. L'investisseur étranger disposera d'un certain délai de restructuration et bénéficiera d'une
rente de monopole.

b) Cas du secteur de l'électricité

Dans tous les pays étudiés, notamment les pays de l'UE, les pays d'Amérique du Nord et
l'Algérie, la libéralisation du secteur de l'électricité a été progressive.

Ce mode de libéralisation est expliqué par la nature même du secteur qui est un secteur
stratégique, à réseau national, avec contrainte de garantir un service minimum. Le caractère
progressif a été introduit sous forme d'un marché libre mais réservé à une seule catégorie de
clientèle, dite "clients éligibles" ou gros clients. Ce marché s'élargira dans le temps vers une
ouverture totale.

55
2.2. Ordonnancement de la libéralisation

Si le mode de libéralisation adopté consiste en une libéralisation échelonnée, la question qui se


pose est dans quel ordre les monopoles seront supprimés ?
La problématique de l'ordonnancement de la libéralisation se pose essentiellement pour les
secteurs qui comptent plusieurs monopoles (ex. importation, approvisionnement, fabrication,
distribution, exportation).

Si le choix de l'ordonnancement des monopoles à démanteler est erroné, la libéralisation risque


de s'auto bloquer. Ce choix dépendra, d'une part, des objectifs recherchés par l'Etat de cette
libéralisation et, d'autre part, des forces et faiblesses du secteur. Généralement deux formules
existent (avec plusieurs variantes).

Si l'Etat cherche en un premier lieu à dynamiser le secteur, le premier monopole à supprimer


serait le monopole "structurant" du secteur, qui introduit plus de concurrence. Si l'Etat cherche
à pérenniser l'opérateur, les monopoles clés du secteur seront les derniers à être ajustés.

Concrètement, dans le secteur du tabac par exemple, le monopole structurant est sans doute la
fabrication, car il est au centre des autres filières (production, importation, distribution) et agit
sur elles. Par contre le monopole clé de ce secteur est la distribution, car l'entité ayant un
avantage comparatif en matière de distribution de tabac, peut prévaloir à une position de force
sur le marché.
A titre d'illustration, l'ordonnancement adopté sur le plan international pour le secteur du tabac
est présenté ci-après :

SECTEUR DU TABAC
ORDONNANCEMENT DE LA LIBERALISATION DANS LE MONDE

Thème Libéralisation échelonnée Libéralisation en une seule phase

• Monopoles • France : Suppression du monopole • Pologne, Hongrie, République


supprimés de la production du tabac dès 1970 Tchèque, Russie : Libéralisation lors de
avec possibilité d'exporter pour les l'ouverture de l'économie en 1991 mais
producteurs. Suppression du instauration de droits de douane en
monopole d'importation des Pologne.
cigarettes dès 1976. Suppression du
monopole de fabrication en 1995.

56
• Espagne, Portugal : Suppression
des monopoles à la privatisation et
ouverture à la concurrence de
l'importation dès 1993.

Thème Libéralisation échelonnée Libéralisation en une seule phase

• Préservation • France, Espagne : Le commerce • Pas d'exemples de monopoles


de certaines de détail reste préservé par un juridiquement préservés. Certaines
tranches du monopole de droit (licence actions réglementaires ont néanmoins
monopole. accordée par le Ministère des pu être prises (droits de douane,
Finances). Le commerce de gros obligation de production locale).
reste protégé (monopole de fait de
la SEITA).

• France, Espagne, Portugal : La


fixation des prix de vente de
cigarettes doit être approuvée par
l'Etat en concertation avec les
opérateurs.

De l'analyse de ce tableau, il ressort que la plupart des pays européens ont retenu
l'ordonnancement suivant :

1. Démantèlement dans un premier temps du monopole de la production et d'exportation du


tabac brut.

Ce scénario serait intéressant pour le cas du Maroc, car il conduira au départ à introduire de
la concurrence dans la tabaculture pour en améliorer la qualité. Cette filière demeure
protégée indirectement car le monopole d'importation du tabac brut est toujours maintenu.

Ce monopole peut être démantelé même avant la privatisation de l'opérateur historique.

57
2. Suppression du monopole d'importation des cigarettes.

Ce scénario n'est pas applicable au cas du Maroc. La libéralisation des importations des
cigarettes à ce stade serait préjudiciable à l'opérateur, dont la grande partie du chiffre
d'affaires et des marges a pour origine des cigarettes importées. Il sera donc concurrencé sur
ce segment. Il est préférable pour le Maroc que la libéralisation de la fabrication vient avant
celle de l'importation. Dans ce cas, le nouvel investisseur améliorera la qualité des
cigarettes produites et confortera la position de l'opérateur par l'apport de nouvelles
marques susceptibles de conforter la concurrence.

3. Le monopole de la distribution est démantelé en dernier lieu, mais reste préservé


indirectement.

Ce scénario est également intéressant pour le cas du Maroc. Le monopole de distribution


est stratégique car il est seul garant d'une protection du pays de la contrebande, qui est
source de perte des recettes fiscales.

Ce monopole doit être préservé le plus longtemps possible et in fine protégé par des
mesures réglementaires.

2.3 Modalités recommandées pour la privatisation de l'opérateur

La privatisation de l'opérateur peut être une condition pour la réussite de l'opération de


libéralisation et constitue dans ce cas une étape importante dans le processus.

A ce niveau de la démarche, les principales questions à se poser sont :

. Faut-il privatiser l'opérateur historique ?


. Quelles sont les méthodes de privatisation adaptées aux opérateurs historiques ?
. Quelles sont parmi ces méthodes celles recommandées pour le cas du Maroc ?

2.3.1 Pourquoi privatiser l'opérateur historique?

La privatisation de l'opérateur historique peut être un préalable à la libéralisation pour les


raisons suivantes :

58
a) Raisons industrielles et/ou commerciales

Pour certains secteurs (notamment le tabac, le thé, le sucre, …), le produit vendu est une
activité de fabricant/vente de produits de grande consommation qui suppose que les entreprises
présentes dans ce secteur aient une excellente réactivité industrielle, commerciale et financière.
Ce n'est pas le rôle de l'Etat que d'être présent dans ce type d'activité.

b) Raisons liées au mode d'intervention de l'Etat

L'Etat renonce à un rôle direct d'actionnaire de la société à privatiser pour exercer un contrôle
indirect par le biais de la réglementation et de la fiscalité. Pour le cas du tabac, l'Etat évite ainsi
d'être dans une situation complexe en étant à la fois producteur de cigarettes et responsable des
questions de santé publique.

La privatisation de l'opérateur historique peut se présenter également comme une nécessité pour
les secteurs stratégiques, nécessitant un apport de technologie et de savoir faire. La
privatisation se fera dans ce cas par le biais d'un adossement à un partenaire stratégique.

2.3.2 Quelles sont les méthodes de privatisation adaptées aux opérateurs historiques ?

Les principales méthodes de privatisation de sociétés, généralement applicables aux opérateurs


historiques bénéficiant d'un monopole d'Etat sont :

. La vente d'une participation stratégique, majoritaire ou non, à un investisseur industriel ;


. L'introduction en bourse de la société, l'Etat restant ou non majoritaire ;
. Une opération mixte combinant les deux stratégies précédentes.

La multiplicité des stratégies de privatisation possibles ne nous permet pas, bien entendu, de
décrire ici les nombreuses variantes envisageables en terme de calendrier, de profils de
repreneurs, de pourcentage de capital cédé, etc.

a) Vente à un investisseur stratégique

Cette stratégie se justifie dans l'hypothèse où la présence d'un investisseur stratégique industriel
est nécessaire voire indispensable au développement de la société privatisée sur son marché
domestique et international.

59
Une telle stratégie a le mérite d'associer à la société un actionnaire solide et reconnu pour sa
compétence et son expérience, en particulier quand il s'agit de l'accompagner et de la préparer à
l'ouverture de son marché.

Cette stratégie offre également la possibilité pour l'Etat :

. d'organiser une présélection des investisseurs et d'avoir ainsi un droit de regard sur
l'acheteur final ;
. de céder l'entité à un prix plus élevé que celui qui aurait été obtenu par une offre publique
de vente (OPV) sur le marché, en raison notamment de la "prime de contrôle" vendue avec
la participation majoritaire ;
. de se désengager rapidement et définitivement de son rôle d'actionnaire.

b) Opération boursière

L'Etat peut vendre en bourse une partie ou la totalité de sa participation. Cette stratégie
s'adresse à des investisseurs purement financiers, domestiques et internationaux, donc soucieux
avant tout de la rentabilité de leur investissement, de sa liquidité et de sa visibilité.

Cette stratégie permet de promouvoir le développement du marché financier local et d'attirer un


grand nombre d'investisseurs financiers. Elle est toutefois dépendante des conditions de
marché, de la capacité d'absorption du marché domestique et international et ne permet ainsi
pas toujours de maximiser la valeur de vente de l'entreprise. Sa réalisation peut être dépendante
de facteurs externes (crise boursière, événements politiques, etc…) qui peuvent rendre difficile
le respect du calendrier prévu. Ce type d'approche est surtout utilisé pour l'ouverture du capital
et/ou la privatisation intégrale de sociétés dans des pays bénéficiants d'une bonne visibilité
financière et de marchés boursiers liquides.

c) Opération mixte

Une stratégie de privatisation "mixte" associe une vente à un partenaire industriel et une
cession en bourse. Cette stratégie de privatisation autorise une répartition du capital plus
diversifiée telle que le partenaire stratégique, des investisseurs financiers, les petits porteurs, les
salariés de l'entreprise et l'Etat.

La présence d'un partenaire stratégique se justifie par les raisons évoquées précédemment. La
cotation en bourse permet de développer le marché boursier domestique et d'assurer une

60
liquidité aux actionnaires salariés. L'Etat peut conserver une participation, le temps
d'accompagner l'entreprise dans sa transition et, s'il le juge opportun, de céder ultérieurement sa
participation à un prix supérieur.

d) Synthèse des méthodes de privatisation

Nous récapitulons ci-après les avantages, les inconvénients et les contraintes de chacune des
stratégies de privatisation :

SYNTHESE DES METHODES DE PRIVATISATION

Opération boursière Investisseur stratégique Stratégie mixte

Avantages • Développement du marché • Expérience industrielle, • Présence d'un industriel

financier local. commerciale et sociale de la


• Diversification de
gestion d'une transition d'un
• Participation actionariale des l'actionnariat
monopole public vers une
salariés et de partenaires.
société privée.
• Développement du marché
• Eviter d'être obligé de faire
• Cession à un prix supérieur à financier
un choix sur l'acheteur.
celui d'une opération
• Maximisation du prix de
boursière (prime de contrôle).
vente.

Inconvénients • Ne permet pas de maximiser • Pas de développement du • Dépend partiellement des

le prix de vente (pas de vente marché financier local. conditions de marché.

de la prime de contrôle).
• Risque de restructuration • Complexité de l'opération

sociale brutale. qui peut restreindre l'appétit

des acquéreurs.
• Risque de transfert des

centres de décision à

l'étranger.

Contraintes • Dépend de la situation de • Restructuration préalable • Id. Opération boursière et

l'entreprise, des conditions et peut être nécessaire Investisseur stratégique.

de la profondeur du marché.

61
2.3.3 Modalités recommandées pour le Maroc

De l'examen du tableau ci-dessus, il ressort à première vue que la stratégie de privatisation


mixte soit la meilleure. Toutefois, l'adoption d'une stratégie de privatisation doit se faire par
référence, d'une part, à la nature du monopole et, d'autre part, à l'état du marché financier
marocain.

Si le secteur à libéraliser nécessite une certaine technicité et un certain niveau d'expertise, il est
certain qu'un adossement à un partenaire stratégique est plus utile pour le devenir du secteur et
de l'opérateur.

Si par ailleurs, le marché financier offre des opportunités d'investissement, une opération
boursière est de nature à dynamiser le marché financier.

C'est pour ces raisons, que pour un même secteur, différentes stratégies de privatisation peuvent
exister selon la situation qui a prévalu dans chaque pays au moment de la privatisation de ses
opérateurs historiques.
Par exemple, la revue des principales opérations de privatisation dans le monde pour le secteur
du tabac nous a permis de constater que :

. Les privatisations ont été faites par cession à un investisseur industriel pour la plupart des
pays de l'Est (Pologne, Roumanie, Hongrie, Slovénie, République Tchèque, Slovaquie,
Russie, Ukraine).

. Les privatisations ont été faites par introduction en bourse dans les pays développés
(France, Espagne, Autriche et Corée du sud).

Ainsi, dans les pays de l'ex-bloc soviétique, en l'absence d'un marché financier, les opérations
de privatisation se sont réalisées par des cessions de gré à gré.

Dans la plupart des pays européens, les opérations de marché ont permis de mieux respecter
l'identité de l'entreprise mais ont trouvé à terme leur limite dans la nécessité d'un
rapprochement industriel (la taille, les challenges commerciaux, l'exploitation, …) : fusion en
France de la Seita et de Tabacalera, Absorption en Autriche de Austria Tabak par Gallaher.

62
Partant de ces conclusions, le choix de la stratégie de privatisation au Maroc devra tenir
compte:

. Du nécessaire adossement à un opérateur pouvant permettre à l'opérateur de relever les


challenges de la libéralisation ;
. Du potentiel qu'offre le marché financier marocain pour une opération boursière.

2.4 Calendrier de la libéralisation

Le cadencement de la libéralisation a pour objectif d'arrêter un "timing" pour la suppression


successive des différents monopoles pour mettre fin à l'ensemble des monopoles.

Ce calendrier doit tenir compte des éléments suivants :

. Ordre de la libéralisation ;
. Durée nécessaire à la mise à niveau de certaines filières ;
. Privatisation de l'opérateur ;
. Engagements internationaux du Maroc vis-à-vis de ses partenaires stratégiques.

2.4.1 Impact de l'ordre de priorité sur le calendrier

La chronologie des suppressions des monopoles doit refléter l'ordonnancement arrêté pour la
libéralisation du secteur. Ainsi, les monopoles liés doivent être ajustés à la même date. Par
exemple, dans le cas du secteur du tabac, le monopole de fabrication et le monopole
d'exportation des cigarettes doivent être ajustés à la même date.

2.4.2 Impact de la mise à niveau sur le calendrier

La date à retenir pour libéraliser une filière ou une tranche de monopole doit tenir compte du
délai nécessaire à sa mise à niveau. Par exemple, pour le cas du tabac, si l'on estime que
l'opérateur historique n'a pas un avantage comparatif au niveau de la distribution et qu'un délai
minimum de 5 ans est nécessaire pour sa mise à niveau, la distribution ne sera libéralisée
qu'après expiration de ce délai.

63
2.4.3 Impact de la privatisation sur le calendrier

Les exigences de la privatisation de l'opérateur historique peuvent constituer une contrainte


pour le calendrier. Ainsi, pour permettre au partenaire stratégique de réaliser un retour sur
investissement, une durée minimale de maintien des monopoles est nécessaire.

2.4.4 Contraintes des engagements internationaux

Arrêter un calendrier de libéralisation compte tenu des points cités ci-dessus serait chose facile
si le calendrier n'est pas limité dans le temps. Or, les engagements internationaux du Maroc
posent une contrainte de taille qui est la date butoir de 2005.

2.5 Cas particulier du secteur de la téléphonie fixe (1)

S'agissant d'un monopole entier, soumis uniquement à une licence, la problématique de


l'ordonnancement, du cadencement et de privatisation ne se pose pas pour le secteur de la
téléphonie fixe. Toutefois, à travers l'analyse de l'expérience étrangère et de l'état du marché
marocain, le cadre général de libéralisation de la téléphonie fixe doit tenir compte de trois
éléments qui nous paraissent particulièrement importants.

2.5.1 Problématique liée au rééquilibrage des tarifs

L'expérience internationale et régionale a montré que l'ouverture à la concurrence du marché de


la téléphonie fixe a conduit au rééquilibrage tarifaire (diminution du prix des communications
interurbaines et internationales et augmentation significative du prix de l'abonnement
résidentiel).

Les comparaisons internationales montrent que le Maroc présente des frais d'installation et un
prix de l'abonnement résidentiel parmi les plus bas, que le tarif des communications locales
dans notre pays est plutôt en dessous de celui pratiqué dans les pays développés et que le prix
des communications internationales reste inférieur à ce que nous observons dans des pays
proches du Maroc. La question qui se pose est : "Qu'en sera-t-il à l'issue de la libéralisation ?"

(1)
Source : Etude de l’OMSYC – Fév 2001

64
Les éléments à prendre en considération sont :

. Le développement des infrastructures des télécommunications au Maroc n'est pas au même


stade que dans les pays développés.
. Le prix de l'abonnement en pourcentage du PIB par habitant est déjà élevé 6,2%, ce qui
risque de limiter la marge de manœuvre de l'opérateur.

2.5.2 Contrainte d'universalité

Aujourd'hui, les services de la téléphonie rurale sont peu développés au Maroc car les
investissements à consentir pour développer les réseaux sont considérables. En mars 2001,
2.350 agglomérations étaient connectées et il reste 1.015 agglomérations à équiper au Maroc.
L'opérateur historique et les nouveaux entrants potentiels devront dès lors prendre en
considération des objectifs d'universalité : Couverture géographique étendue, qualité de
services, tarifs non prohibitifs, …etc.

Les pertes subies sur la téléphonie rurale sont compensées aujourd'hui par les excédents réalisés
sur les communications internationales. Cette situation risque d'évoluer rapidement avec
l'apparition de nouveaux opérateurs et de la concurrence qui entraînera inexorablement une
diminution des tarifs des communications internationales.

La question qui se pose à ce niveau est de savoir "Comment équilibrer les pertes subies auprès
des ménages et notamment ceux des zones rurales ?"

2.5.3 Risque de la substitution du fixe par le mobile

Le rééquilibrage des tarifs risquera de conduire au Maroc à la substitution du fixe par le mobile.
Au Maroc, le nombre d'abonnés mobiles est passé entre 1999 et 2000 de 375.000 à 2.342.000.
En 2000, pour la première fois, le nombre d'abonnés mobiles a dépassé celui des abonnés
fixes.(1)

La question qui se pose est "La libéralisation du fixe ne risque-t-elle pas de conduire à une
"canibalisation" des produits de l'opérateur historique ?"

(1)
Source : Veille internationale - 2001

65
Section 3 : Préalables et mesures d'accompagnement

Pour des raisons de commodité, nous avons réparti les préalables et mesures
d'accompagnement en trois catégories: des mesures générales, des mesures propres au secteur
et des mesures propres aux opérateurs historiques.

3.1 Préalables et mesures générales

Les préalables et mesures générales s'entendent des mesures qui agissent indirectement sur le
processus de libéralisation.

Le contenu de ces mesures dépend de chaque secteur. Nous pouvons toutefois, les regrouper
en trois grandes catégories, à savoir :

. Nécessité de définir une politique pour le devenir du secteur ;


. L'ajustement du monopole d'Etat conduit à redéfinir les responsabilités du gouvernement ;
. Le nouveau cadre juridique et fiscal doit traduire les orientations du gouvernement.

3.1.1 Définir une politique pour le devenir du secteur

Le processus de libéralisation ne constitue pas une action isolée mais doit s'inscrire dans une
stratégie plus large pour le pays. Ainsi, des mesures doivent être prises pour accompagner
l'ouverture du secteur à la concurrence. La stratégie de libéralisation et les orientations futures
du pays doivent être cohérentes et complémentaires.

Pour le cas du secteur de l'électricité, la politique énergétique marocaine doit prendre en


considération l'ouverture du marché à la concurrence pour en assurer la réussite et le
développement. Cette politique énergétique devrait viser, notamment à :(1)

. Assurer la sécurité d'approvisionnement.

La libéralisation du secteur de l'électricité ne doit pas conduire à une pénurie dans


l'approvisionnement du pays en électricité ni à une dépendance vis-à-vis d'une seule source
d'énergie. Pour cela, le gouvernement doit veiller à diversifier les formes de l'énergie (gaz

(1)
Source : Conférence de M. le Ministre de l’énergie et des mines sur la politique énergétique nationale à l’heure
de la libéralisation – jan 2003

66
naturel, éolien, thermique) et diversifier les sources d'approvisionnement (importer moins
de raffiné et plus de brut).

Par ailleurs, il faut développer les ressources énergétiques locales, notamment les énergies
renouvelables et renforcer les équipements et les infrastructures.

. Favoriser le développement d'une énergie au meilleur coût.

L'énergie, en tant qu'intrant pour les autres industries, est un élément substantiel du coût. Il
conditionne la compétitivité de l'industrie marocaine. La libéralisation ne doit pas
s'accompagner d'une hausse des prix. Pour cela, des études doivent être faites pour voir si la
structure actuelle des prix ne favorise pas une hausse des prix. Il est également recommandé
de renforcer la maîtrise de l'énergie (efficacité), notamment par la multiplication des audits
spécifiques.

. Garantir l'accès à l'énergie.

La libéralisation de l'énergie s'accompagne généralement de la création de grandes


entreprises ou groupement d'entreprises, dont l'objectif premier est la réalisation du profit.
Cette attitude capitalistique est de nature à perturber le service universel d'électricité. Pour
cela, l'Etat marocain doit accélérer le PERG et développer le commerce des services
énergétiques de proximité par l'encouragement de la création de micro entreprises.

. Veiller au respect de l'environnement.

La libéralisation du secteur énergétique doit se faire dans le respect de l'environnement


marocain. L'Etat doit encourager le développement des énergies renouvelables et mettre en
place des normes qualité des produits.

. Veiller à la sécurité technique des installations.

En marge de la libéralisation du secteur, l'Etat doit veiller en permanence à la sécurité


technique des installations des opérateurs. Cette nécessité est dictée par la nature
stratégique du secteur et par le caractère sensible et "dangereux" des installations. Le cas de
la SAMIR illustre bien la nécessité de cette mesure.

67
. Développer l'observation et la prospective énergétique.

Pour le développement du secteur libéralisé, l'utilité des études et de la prospective


énergétique est incontestable. Le Maroc doit disposer, à l'instar de ce qui s'est fait à
l'étranger, d'un observatoire de l'énergie, dont la mission serait essentiellement la
contribution, notamment par les études, au développement de l'énergie au Maroc. (1)

3.1.2 Mieux clarifier les responsabilités

Les opérateurs historiques se sont toujours substitués à l'Etat dans son rôle de régulateur. Par
ailleurs, certains de ces opérateurs ont certaines prérogatives de puissance publique.

Dans sa première fonction de régulation, l'opérateur opère généralement plusieurs tâches :

. Il régule le marché et veille à l'équilibre global de l'offre et de la demande sur tout le


processus ;
. Pour assurer cette fonction de régulation, l'opérateur pourrait être amené à assurer une
fonction de soutien de certaines filières liées au secteur ;
. Par ailleurs, pour mener à bien sa fonction de régulation, l'opérateur peut, dans des cas
particuliers, être doté des prérogatives de puissance publique.

Dans un environnement concurrentiel, le transfert au profit de l'Etat (et éventuellement au profit


d'entités indépendantes) des prérogatives de puissance publique et de la fonction de régulation
est nécessaire.

D'une part, parce qu'il s'agit d'une situation exceptionnelle propre à un environnement
monopolistique et fermé au privé et, d'autre part, parce que l'Etat est contraint de jouer,
directement ou indirectement, le rôle de régulateur du secteur et doit, pour ce faire, disposer de
tous les moyens d'intervention et de régulation pour mettre tous les opérateurs sur un pied
d'égalité.

Dans ce contexte, les différentes fonctions de régulation et les différentes prérogatives de


puissance publique dont les opérateurs disposent doivent sortir du champ de compétences de
l'opérateur et revenir à l'Etat. La répartition des nouvelles responsabilités entre les différentes
entités de l'Etat doit être claire.

(1)
Un observatoire marocain de l’énergie est en cours de création

68
3.1.3 Réformer la fiscalité et le cadre légal du secteur

La libéralisation des secteurs n’implique pas une déréglementation, mais conduit à une re-
réglementation. Un nouveau cadre légal plus approprié à une situation de concurrence doit être
mis en place. Par ailleurs, le cadre fiscal de certains secteurs, qui était applicable dans un cadre
de monopole, doit être réformé pour être adapté à un cadre concurrentiel.

L'étude détaillée de cette mesure fera l'objet de la deuxième partie.

3.2 Préalables et mesures spécifiques au secteur

3.2.1 Organiser le secteur

A l'état actuel, l'organisation des secteurs sous monopole n'est pas apparente. Cette situation est
expliquée par le fait que l'ensemble des métiers liés au secteur (production, distribution,
transport, …etc) sont assurés par une même entité.

Cette imbrication des métiers est source de plusieurs limites. Nous citerons à titre d'exemple :

. L'absence de l'efficacité au niveau de tous les métiers

Le fait que tous les métiers soient sous la responsabilité d'une même entité, conduit le plus
souvent à avantager tel ou tel métier par rapport aux autres métiers. Il est rare de trouver un
opérateur historique qui excelle dans tous les métiers. A titre d'exemple, l'opérateur du tabac a
développé une certaine expertise en matière de fabrication alors que le métier de distribution n'a
pratiquement pas connu d'évolution ni d'amélioration.

. Les lacunes d'un métier ne sont pas visibles

L'imbrication de tous ces métiers ne donne pas une visibilité suffisante sur les performances de
chaque métier. La position globale de l'opérateur, généralement confortable, "cache" les
lacunes de l'un ou de certains de ses métiers.

. Les déficits d'un métier sont compensés par les bénéfices des autres métiers

L'opérateur ne tient généralement pas une comptabilité par métier. Cette absence de séparation
comptable n'est pas de nature à renseigner sur les activités bénéficiaires et celles déficitaires.

69
. Il y a un risque de conduire à une concurrence déloyale en cas de libéralisation

En cas de libéralisation de l'un des métiers, le maintien de cette imbrication des activités au sein
de l'opérateur historique peut conduire à une concurrence déloyale par les prix. En ce sens que
l'opérateur peut concurrencer le nouvel entrant sur ce métier libéralisé, sachant pertinemment
qu'il peut compenser les marges négatives dégagées sur cette branche par des marges positives
dégagées sur des branches non encore ouvertes à la concurrence.

En conclusion, il est recommandé de réfléchir d'ores et déjà à une séparation des activités, au
moins une séparation comptable. Cette séparation permettra d'améliorer l'organisation du
secteur et à situer les activités en situation difficile en vue de prendre les mesures nécessaires.

3.2.2 Mettre à niveau les normes qualité

La mise à niveau des normes qualité doit accompagner l'ouverture des secteurs. Seule cette
mise à niveau garantit l'amélioration de la qualité des produits et la protection du
consommateur.

La réussite de l'ouverture est intimement liée à cette mesure qui met le secteur marocain au
rang des secteurs internationaux. Plusieurs secteurs sont concernés par cette mesure. Nous
citerons à titre d'exemple : le tabac, les hydrocarbures et l'électricité.

3.2.3 Soutenir les filières non préparées à la concurrence

Les filières stratégiques non préparées à la concurrence peuvent être soutenues par l'Etat en
adoptant, notamment, un cadre légal et fiscal qui leur est favorable. Ce soutien doit être limité
dans le temps et être considéré comme mesure transitoire.

3.3 Préalables et mesures spécifiques aux opérateurs

3.3.1 Mettre à niveau les opérateurs

En préparation à l'ouverture du secteur à la concurrence, un diagnostic ou un audit stratégique


et opérationnel doit être réalisé pour mettre en place un plan de mise à niveau de l'opérateur.

70
3.3.2 Prendre en charge les engagements sociaux

Les opérateurs historiques constituent le plus souvent une caisse de retraite interne et/ou une
mutuelle interne. Les engagements de l'opérateur en matière sociale, notamment la retraite sont
généralement importants, compte tenu des effectifs en place et ceux en retraite.

En préparation à l'opération de privatisation, il est préférable d'apurer les passifs, notamment


sociaux, de l'opérateur. Il est notamment recommandé d'externaliser ces engagements de
retraite pour être gérés par une caisse de retraite externe.

71
CONCLUSION DU CHAPITRE II

Le chapitre II propose une démarche pour arrêter un choix d'une stratégie d'ouverture du
secteur à la concurrence. Nous rappelons ici que la démarche propose un choix basé sur 3
sortes d'éléments :

. Des éléments liés à la situation actuelle, notamment l'état du marché marocain et l'état
actuel de la réglementation ;

. Des éléments liés à l'expérience, notamment l'expérience marocaine, régionale et


internationale en matière de libéralisation ;

. Des éléments liés aux orientations nationales, notamment les perspectives économiques
et sociales recherchées de l'ouverture du secteur à la concurrence.

L'équipe de travail chargée de définir cette stratégie devrait comprendre toutes les parties
intéressées par l'opération, notamment les représentants de l'opérateur, les représentants du
secteur et les représentants des ministères intéressés.

A chaque stratégie choisie, sont associées des mesures d'accompagnement pour garantir la
réussite de l'opération. Une fois la stratégie d'ouverture choisie et les éléments suivants fixés :

. Les perspectives économiques et sociales du secteur ;


. Le mode de la libéralisation ;
. L'ordonnancement du démantèlement ;
. La stratégie de transfert de l'opérateur ;
. Le calendrier de la libéralisation ;
. Les mesures d'accompagnement.

Le second volet de la démarche, objet de la deuxième partie, consiste à mettre juridiquement


fin aux monopoles et à réglementer le secteur libéralisé. C'est à dire définir le nouveau régime
juridique et fiscal du secteur ouvert à la concurrence.

72
DEUXIEME PARTIE

PLANIFICATION STRATEGIQUE
Volet Juridique et Fiscal

73
CHAPITRE I : VOLET JURIDIQUE DE LA PLANIFICATION STRATEGIQUE

Section 1. Problématique juridique

La libéralisation des secteurs sous monopole d'Etat signifie juridiquement mettre fin aux
monopoles de droit et donc mettre le secteur en concurrence. Contrairement à une idée très
répandue, la libéralisation ne signifie pas absence totale des règles. En effet, cette absence
totale des règles peut nuire à la concurrence par le biais notamment d'ententes ou toutes autres
pratiques anticoncurrentielles. Elle peut conduire également à "tuer" la notion de service
universel.

Un minimum de règles doit régir le nouveau cadre libéralisé. Des règles qui ont pour objectif
de garantir une meilleure concurrence et une meilleure couverture du territoire national, au
service du consommateur. La libéralisation signifie donc re-réglementation et non
déréglementation.

1.1 Problématique juridique au niveau du secteur

La nouvelle réglementation des secteurs à libéraliser, doit tenir compte essentiellement des trois
éléments suivants :

- Elle doit être bâtie autour du calendrier fixant la chronologie du démantèlement des
différents monopoles d'Etat ;
- Elle doit régler le problème de l'accompagnement des secteurs, notamment les filières
nécessitant un traitement particulier ;
- Elle doit tenir compte des engagements internationaux du Maroc, des dispositions de la loi
sur la concurrence et des prix et des décisions prises par certaines instances internationales.

1.1.1 Calendrier de libéralisation juridique et de privatisation.

Le calendrier de libéralisation juridique retrace la chronologie du démantèlement progressif des


différents monopoles d'Etat. Ce calendrier résulte des choix stratégiques retenus pour la
libéralisation du secteur.

74
Ce calendrier fait partie intégrante de la loi libéralisant le secteur. Il est expressément indiqué
par le texte de loi, pour permettre aux partenaires stratégiques d'avoir une vision claire du
devenir du secteur.

a) Rappel de la place de la privatisation dans le processus de libéralisation

Dans le cas où le recours à un partenaire stratégique est nécessaire, le processus de


libéralisation ne doit commencer à être mis en place qu'après la privatisation de l'opérateur
historique pour éviter que les partenaires stratégiques ne fassent leur entrée sur le marché
marocain sans recourir à cet opérateur.

b) Durée du processus de libéralisation

Si l'on se tient aux termes de l'article 37 et 38 de l'accord d'association avec l’UE, l'ensemble
des monopoles doivent être ajustés au plus tard le 1er mars 2005. Ce délai peut s'avérer
insuffisant pour certains secteurs, notamment pour les raisons suivantes :

- Certaines filières du secteur nécessitent un délai minimal de mise à niveau avant leur mise
en concurrence. Il se peut que ce délai ne permette pas de respecter la date limite de 2005 ;

- La suppression, avant 2005, de l'ensemble des monopoles liés à un secteur peut être néfaste
pour l'opérateur historique. Le nouvel entrant peut se passer de cet opérateur.

- Les partenaires stratégiques exigent une durée minimale entre leur entrée en capital de
l'opérateur et la levée des monopoles. Cette durée leur permet de mettre à niveau l'appareil
de production, d'opérer les restructurations nécessaires et de réaliser un retour sur
investissement via la rente du monopole. La date limite de 2005 ne permettrait pas de
respecter cette exigence.

Si ce délai s'avère insuffisant, le Maroc peut saisir le Conseil d'association(1) et l'informer des
mesures prises en invoquant les difficultés que connaissent les secteurs en restructuration,
surtout si ces difficultés entraînent de graves problèmes sociaux.

Nous rappelons que l'accord d'association fixe des dates précises, notamment, pour la
suppression des monopoles d'Etat et pour la réduction jusqu'à suppression des droits
d'importation, mais accorde au Maroc une durée transitoire de 12 ans pour faire prévaloir des

(1)
Conseil institué par l’accord d’association avec l’UE

75
mesures exceptionnelles tendant à protéger des industries dont la mise en concurrence
immédiate risque d'avoir des conséquences néfastes pour le Maroc.

Pour le cas du tabac, le Maroc a retardé la libéralisation totale du secteur jusqu'au 1er janvier
2008 pour une meilleure protection de l'outil de production national et pour permettre au
nouveau partenaire de réaliser un retour sur investissement.

c) Chronologie de libéralisation et de privatisation

Une fois le calendrier de libéralisation arrêté, la chronologie de suppression des monopoles doit
être mentionnée clairement dans la nouvelle réglementation du secteur.

Pour le cas du secteur du tabac, le calendrier qui a été retenu se présente comme suit :

Janvier 2003 ……………. Libéralisation de la production et de l’exportation de tabac brut


Juin 2003 ………………. Privatisation de l'opérateur historique
Janvier 2005 ……………. Suppression du monopole d'importation des tabacs bruts
Janvier 2005 …………… Suppression du monopole de fabrication et d'exportation des tabacs
manufacturés
Janvier 2008 ……………. Suppression du monopole d'importation et de distribution en gros des
tabacs manufacturés

1.1.2 Accompagnement des secteurs.

Pour certains secteurs particuliers, l'opérateur historique a toujours joué le rôle de régulateur et
a toujours assisté techniquement et financièrement certaines filières, notamment agricoles.

Le nouveau partenaire stratégique étant guidé en premier lieu par la réalisation du profit, il ne
peut continuer à supporter les frais d'une assistance à ces filières, surtout si le produit étranger
offre une meilleure qualité au moindre prix.

Dans ce cas, deux possibilités s'offrent au gouvernement :

- Si la filière présente pour le Maroc un intérêt manifeste, et qu'il faudrait continuer à


l'assister pour la mettre à niveau, l'Etat marocain pourrait prendre en charge cette assistance
pour une période transitoire.

76
- Si la filière ne présente pas d'intérêt national pour l'avenir, l'Etat marocain pourrait d'ores et
déjà réfléchir à une stratégie de reconversion de la filière.

Ce n’est pourtant pas ce qui a été retenu par le Maroc concernant la filière tabacole. En effet, en
dépit d’une production de qualité insuffisante, d’un coût de soutien élevé et d’un prix de revient
élevé, le Maroc a décidé de continuer à soutenir la filière tabacole, par le budget général de
l’Etat.

Vu que cette filière ne présente aucun caractère stratégique pour la nation et ne draine aucune
fiscalité, son soutien n’est en réalité pas nécessaire. Il aurait fallu, à mon avis, adopter une
stratégie visant à reconvertir cette filière jusqu’à supprimer totalement la tabaculture du Maroc.

Sur un plan juridique, si l'Etat tient à développer une filière, les modalités de cette assistance
doivent être précisées par voie conventionnelle entre l'Etat et l'opérateur historique et
approuvée par voie réglementaire. Dans cette convention, par exemple, l'opérateur continuera à
assister techniquement la filière et le coût de cette assistance sera supporté par le budget de
l'Etat.

1.1.3 Coordination avec les textes existants (loi sur la concurrence, OMC, UE, …etc).

La nouvelle réglementation des secteurs à libéraliser doit tenir compte des engagements
internationaux du Maroc (OMC et UE) et des dispositions existantes réglementant la
concurrence et les prix.

a) Utilisation des opportunités offertes par les accords de l'OMC

Au fur et à mesure que les gouvernements réduisent les obstacles au commerce et à


l'investissement, les avantages de la libéralisation sont compromis par les pratiques
anticoncurrentielles des entreprises privées. C'est pour cela que les accords de l'OMC ont prévu
des dispositions particulières relatives aux pratiques anticoncurrentielles. Ainsi, si la
libéralisation des secteurs sous monopole d'Etat est de nature à causer un quelque dommage
pour la nation, le Maroc est en droit de recourir au système de défense prévu par les accords de
l'OMC.

La loi n° 13-89 relative au commerce extérieur a constitué une première adaptation du cadre
législatif marocain aux dispositions des accords du GATT.

77
Au niveau du système de défense commerciale et conformément aux dispositions des accords
du GATT, le titre III de la loi 13-89 précise que "lorsque les importations causent ou menacent
de causer un préjudice grave à une production nationale, elles peuvent être soumises à un droit
compensateur, un droit antidumping, à des mesures tarifaires ou non tarifaires, etc.".

Par ailleurs, le décret 2-93-415 a institué la commission consultative des importations et l'a
chargée de formuler un avis consultatif sur les demandes de protection et les requêtes émanant
des producteurs, importateurs ou utilisateurs. Cette commission est désignée comme autorité
compétente en matière de réalisation des enquêtes nécessaires à la mise en place des mesures
de défense commerciale.

Il est donc indispensable à la veille de la libéralisation de notre économie, que les entreprises se
familiarisent avec les règles qui régissent le système de défense commerciale. Il s'agit de
protéger leurs intérêts, en tant qu'exportateurs ou producteurs, contre des pratiques de prix
déloyales de la part de producteurs d'autres pays.

b) Impact de l'accord d'association avec l'union européenne

Le nouveau cadre juridique du secteur à libéraliser doit, certes, prendre en considération la


réalité économique du secteur marocain mais, doit également s'inscrire dans la mesure du
possible, dans les engagements pris par le Maroc dans le cadre de l'accord d'association.

A ce niveau, l'impact de l'accord d'association, peut être analysé à plusieurs niveaux :

. Impact au niveau de la concurrence :

Le Titre IV, Chapitre II de l'accord d'association est consacré aux dispositions relatives à la
concurrence auxquelles les deux parties doivent veiller.

L'objectif est que la libéralisation des secteurs sous monopole, ne soit pas accompagnée de
mesures juridiques tendant à protéger l'opérateur historique et à mettre en place des barrières
juridiques pour éliminer toute concurrence.

Ces mesures juridiques ne constituent une violation à l'accord d'association que dans la mesure
où elles sont incompatibles avec le bon fonctionnement de l'accord, c'est à dire, qu'elles sont
susceptibles d'affecter les échanges entre l'UE et le Maroc.

78
Les mesures qui peuvent nuire à la concurrence dans un cadre libéralisé sont :

- Tous les accords entre entreprises, toutes les décisions d'association d'entreprises et toutes
les pratiques concertées entre entreprises, qui ont pour objet ou pour effet d'empêcher, de
restreindre ou de fausser le jeu de la concurrence ;

- L'exploitation abusive par une ou plusieurs entreprises d'une position dominante sur
l'ensemble du territoire du Maroc ou dans une partie substantielle de celui-ci ;

- Toute aide publique qui fausse ou menace de fausser la concurrence en favorisant certaines
entreprises ou certaines productions.

. Impact au niveau du rapprochement des législations

L'accord d'association conclu entre le Maroc et l'UE se propose de mettre en œuvre une
coopération aussi étroite que durable entre les parties prenantes dans les domaines politique,
économique, social et culturel.

Les économistes et les politologues ont beaucoup écrit sur ce tournant relationnel décisif. Ils
ont approfondi les volets de la coopération économique et financière. Cependant, force et de
constater que dans cet approfondissement de la réflexion sur ces dimensions importantes de
l'accord d'association, le volet juridique n'a pas la place qu'il mérite. Pourtant, l'accord lui
consacre une disposition expresse. L'article 52 prévoit en effet que l'Union aide le Maroc au
rapprochement de sa législation dans les domaines couverts par l'accord.

L'accord n'explicite cependant pas cette notion de rapprochement des législations. S'agit-il
d'une harmonisation des législations ? de législations compatibles ? ou encore d'un ordre
juridique commun ?

Le rapprochement visé est-il celui des principes généraux ou encore des solutions techniques ?
Concerne-t-il également les organes juridictionnels ?

La préparation du cadre légal des secteurs à libéraliser doit-elle s'inspirer absolument du cadre
légal européen pour des secteurs similaires? Ce rapprochement est-il souhaitable ou
indispensable ?

79
Compte tenu de cette ambiguïté, il est recommandé de tenir des réunions de travail et de
réflexion entre partenaires nationaux et européens, en vue d'étudier la question et éclaircir la
situation. Ces réunions de travail pourraient, par exemple, avoir pour objectif de :

- Procéder à un approfondissement du concept de rapprochement (définition et portée) ;


- Déterminer les domaines couverts ;
- Entamer une réflexion sur l'approche du rapprochement ;
- Présenter et discuter des expériences significatives de rapprochement.

La question s'est posée pour le cas du secteur du tabac. En effet, au niveau européen, tous les
membres de l'UE ou ceux qui sont candidats d'adhérer à l'UE ont été astreints d'introduire dans
leur fiscalité sur le tabac, une part spécifique. C'est à dire qu'une partie de la taxe sur le tabac,
doit être fonction des quantités vendues.

Or, pour le cas du secteur marocain, les études ont démontré que ce type de fiscalité nuirait à la
production nationale et favoriserait les produits importés. Est-ce pour autant que dans sa
législation, le Maroc est tenu d'adopter le même modèle fiscal européen ? Est-ce que cette
question entre dans le cadre du rapprochement des législations ? Certainement pas. Notre cadre
fiscal du tabac peut être cohérent avec le cadre fiscal européen, mais il n'est pas indispensable
qu'il y soit uniforme. Aucune obligation légale ne pèse sur le Maroc en ce sens.

c) Coordination avec la loi sur la concurrence et les prix

. Impact au niveau des pratiques anticoncurrentielles

La loi n° 06-99 relative à la liberté des prix et de la concurrence a consacré l'esprit de


l'interdiction des pratiques anticoncurrentielles prévues par l'accord d'association conclu avec
l'UE.

En effet, la loi a consacré son troisième et quatrième titre aux dispositions qui concernent
respectivement les pratiques anticoncurrentielles et les opérations de concentration
économique.

80
. Impact au niveau des prix

Les monopoles marchands ont toujours constitué pour l'Etat un moyen privilégié pour agir dans
l'économie, notamment à travers la fixation des prix. C'est le cas des secteurs dont les prix sont
réglementés.

Pour ces secteurs, la libéralisation et la suppression des monopoles pose le problème de la


liberté de fixation des prix. Pour certains secteurs, l'Etat doit veiller à ce que la libéralisation ne
conduise pas à une hausse des prix au risque de créer des tensions sociales, il s'agit des secteurs
stratégiques tels que le secteur énergétique. Pour d'autres secteurs porteurs de matière fiscale et
sujets de santé publique, le tabac par exemple, l'Etat doit veiller à ce que la libéralisation ne
s'accompagne pas d'une baisse des prix.

Compte tenu des enjeux que présente la fixation des prix dans ces secteurs, le prix de l'énergie
et celui du tabac constituent justement l'une des exceptions au principe de la liberté des prix,
introduit par la nouvelle loi sur la concurrence.

En effet, l'article 2 de ladite loi énonce que les prix des biens, des produits et des services sont
déterminés par le jeu de la concurrence sous réserve, notamment des dispositions de l'article 83
qui, lui énumère la liste des produits dont les prix demeurent réglementés (dont le tabac et
l'électricité).

Ces prix continueront à être réglementés pendant une période transitoire de 5 ans, soit jusqu'à
juin 2005. Après cette période, les prix seront fixés par voie d'homologation, tel que prévu par
l'article 5 de la loi sur la concurrence. Cette procédure d’homologation permettra au
gouvernement d’ajuster les prix dans le sens voulu.

Cet article dispose qu'à la demande des organisations professionnelles représentatives d'un
secteur d'activité ou sur l'initiative de l'administration, les prix des produits et services dont le
prix peut être réglementé peuvent faire l'objet d'une homologation par l'administration après
concertation avec lesdites organisations.

Le prix du produit ou service concerné peut alors être fixé librement dans les limites prévues
par l'accord intervenu entre l'administration et les organisations intéressées.

81
d) Impact des instances internationales (OMS, …etc)

Certaines instances internationales peuvent avoir un impact considérable sur le cadre juridique
à mettre en place pour libéraliser un secteur. Il est impératif donc, que notre législation prenne
en considération les décisions et orientations de ces instances.

Pour le cas du secteur du tabac par exemple, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) insiste
pour qu'il y ait augmentation continue des prix du tabac. Ainsi, la libéralisation du secteur
marocain du tabac ne peut s'accompagner d'une baisse des prix.

Pour le cas du secteur de l'énergie par exemple, les accords de Kyoto prônent pour une énergie
renouvelable. Notre nouveau cadre réglementant le secteur de l'énergie ne doit pas occulter
cette orientation. Des encouragements doivent être prévus pour encourager le développement
des énergies renouvelables.

1.2 Problématique juridique au niveau de l’opérateur

La problématique juridique au niveau de l'opérateur est liée en général aux deux points
suivants:

- Quel est le moyen le plus adapté pour recourir au partenaire stratégique souhaitable ?
- Une fois le moyen d'association défini, quels sont les éléments à prévoir dans le cahier des
charges pour optimiser la coopération avec ce partenaire stratégique ?

Seules seront traitées dans ce point les formes possibles de recours à un partenaire stratégique.
Concernant les éléments à prendre en considération dans le cahier des charges de la
privatisation, nous avons estimé utile de faire d'abord une étude comparée de ce qui s'est passé
dans les pays européens pour en tirer les leçons pour le cas du Maroc. Cette partie sera donc
traitée dans la seconde section relative au benchmark juridique.

1.2.1 Formes possibles de recours à un partenaire stratégique

Dans le cas où la stratégie de libéralisation est basée sur une privatisation de l'opérateur avec
recours à un partenaire stratégique, le choix du mode de recours à ce partenaire est important.

82
Le recours à un partenaire stratégique prend généralement trois formes :

- Une concession du monopole actuel de l'Etat sur le secteur au partenaire stratégique ;


- Une assistance technique ;
- Une prise de participation du partenaire stratégique (lien capitalistique) dans tout ou partie
des activités de l'opérateur historique.

a) La concession du monopole actuel à un opérateur international

Cette formule est étroitement liée au concept de service public et aux activités destinées à
satisfaire un besoin d'intérêt général, et qui, en tant que telle doit être contrôlée ou assurée par
l'administration, du fait que la satisfaction continue de ce besoin ne peut être garantie que par
elle.

Ce mode de partenariat se caractérise par deux éléments :

- Les contrats de concession ne permettent pas de transférer durablement les intérêts de l'Etat
au secteur privé. Seules les cessions d'actions ou d'actifs permettent un transfert durable de
l'opérateur au secteur privé. Les autres solutions ne sont que temporaires et partielles.

- Les mécanismes de concession n'amènent pas au désengagement de l'Etat. Il s'agit


uniquement d'un transfert de droit d'exploitation.

Si ce mode de partenariat peut être envisageable pour le cas de l'électricité, il ne semble pas
approprié pour le cas du tabac puisqu'il équivaudrait à un transfert de monopole au privé sans
aucune justification d'intérêt général. Aussi, nous rappelons que notre étude des expériences
internationales n'a identifié aucun contrat de concession dans le secteur du tabac.

b) L'assistance technique

L'assistance technique est un contrat de prestation de services mais implique que l'opérateur
historique reste responsable de l'exploitation. Pour le cas du secteur du tabac par exemple, cela
pourrait se traduire par l'octroi d'une licence de fabrication de cigarettes ou toute autre forme
d'assistance.

83
c) La prise de participation

La prise de participation se traduit par une cession d'une partie ou de la totalité du capital de
l'opérateur stratégique.

Cette forme d'association permet un désengagement de l'Etat du métier d'exploitation et garantit


une meilleure implication du partenaire stratégique. Ce mode de partenariat est garant du
transfert de la technologie et de l'expertise de l'investisseur vers notre pays. Le niveau de cette
implication et de cet apport de savoir-faire est fonction du niveau de la participation prise
(cession ou non de la majorité). L'Etat peut par exemple commencer par la cession d'une
minorité et conditionner la cession d'un pourcentage plus important par la réalisation de
certaines obligations.

84
Section 2. Benchmark du cadre juridique

Le benchmark du cadre juridique a pour objectif de sélectionner parmi les modèles étudiés,
celui qui soit le mieux adapté au cas du Maroc, compte tenu des spécificités du secteur
marocain et des objectifs assignés à la libéralisation. Nous traiterons du secteur du tabac et du
secteur de l'électricité.

Concernant le secteur du tabac, l'élément qui nous paraît être substantiel dans le cadre juridique
du secteur est le cahier des charges de la privatisation.
Concernant le secteur de l'électricité, le benchmark portera sur la structure juridique du secteur
libéralisé.

2.1 Secteur du tabac

L'analyse comparée a porté sur les éléments du cahier des charges des privatisations prévus par
les pays sélectionnés pour cette étude. Ces pays sont : La Pologne, le Portugal, la Hongrie, les
pays de l'Europe de l'Est.

Les éléments du cahier des charges analysés font ressortir 4 types de contraintes qu'il est
envisageable d'imposer à des partenaires stratégiques. Ces contraintes portent généralement sur:

- L'emploi ;
- Le maintien de la fabrication ;
- Les investissements ;
- L'incorporation de tabac local.

2.1.1 Engagement en matière de maintien de l'emploi

Cette contrainte a été observée dans des pays où l'opérateur historique est en sureffectif, à
savoir : La Pologne, le Portugal et la Hongrie.

Ainsi, la Pologne a exigé une garantie de maintien d'emploi pendant 2 à 3 ans et une
revalorisation des salaires. Le Portugal a exigé le maintien de la production locale pour
préserver l'emploi. La Hongrie exige simplement une garantie de maintien de l'emploi.

Cette mesure est parfaitement applicable au cas marocain caractérisé par un sureffectif. Cette
contrainte est prévue par la loi de privatisation.

85
2.1.2 Engagements en matière d'investissements

Cette contrainte a été observée dans les pays soucieux d'améliorer leur appareil de production et
de rattraper le retard technologique en matière de qualité de production.

Le Portugal a exigé une garantie d'investissement pour augmenter la qualité de fabrication.


Pour les pays de l'Europe de l'Est, des engagements d'investissements ont conditionné la levée
d'option sur le capital.

Pour le cas marocain, cette contrainte n’a pas été prévue expressément, l’opérateur dispose en
réalité d’une unité de fabrication moderne.

2.1.3 Engagements en matière de production locale de tabac

Les pays désireux d'encourager la culture du tabac exigent le plus souvent dans les cahiers des
charges soit l'obligation d'introduire un taux minimum de tabac local dans la production (cas de
la Pologne qui exige d'utiliser un minimum de 45% de tabac polonais), soit une assistance aux
tabaculteurs locaux sous forme d'aides techniques et financières, soit l'introduction de nouvelles
espèces de tabac (cas du Portugal et de la Pologne).

Le Maroc a pris l’option de la double contrainte :

− Intégrer un minimum de tabac local dans la fabrication, soit une moyenne de 20% ;
− Assister la filière tabacole.

2.1.4 Engagement en matière de maintien de la fabrication locale de cigarettes

Le Portugal a exigé la conservation de la fabrication et développement de celle-ci. Dans ce


cadre Philip Morris a déplacé une partie de sa production au Portugal. Pour la Pologne, elle a
exigé l'obligation de produire localement pour vendre des cigarettes en Pologne.

Le Maroc n’a pas retenu cette option. Toutefois, pour pouvoir fabriquer au Maroc, l’opérateur
doit fabriquer au moins un milliard de cigarettes par an.

86
2.2 Secteur de l'électricité

Rappel du contexte dans lequel évolue le monopole de l'électricité

La grande majorité des pays du bassin méditerranéen, au nord comme au sud, a affiché
clairement une volonté de faire de l'énergie un bien public au service du développement
économique et social, dans une politique de souveraineté et d'indépendance. Les pays du
Maghreb ont puisé leurs références dans ce même modèle, malgré la diversité de leurs systèmes
politiques.

Ils ont eux aussi, créé de grandes entreprises d'Etat, titulaires du monopole et verticalement
intégrées.

L'électricité a constitué le premier domaine de coopération régionale

Sur le plan régional, ces entreprises ont constitué dès 1972, bien avant la création de l'Union du
Maghreb Arabe (UMA), le comité maghrébin de l'énergie électrique (COMELEC), réalisé
l'interconnexion des réseaux électriques et assuré la coordination et une certaine harmonisation
des politiques dans le domaine électrique.

Nécessité de tenir compte des données régionales pour libéraliser le secteur

Ces traditions propres aux pays de la région sont des données dont on doit impérativement tenir
compte pour concevoir l'évolution du secteur et sa nécessaire adaptation au nouveau contexte
mondial.

Débuts de la libéralisation de l'électricité

Depuis le début des années 80, les modes d'organisation traditionnels des industries de
l'électricité ont été remis en cause, sous l'effet conjugué de la libéralisation des économies et
des contraintes financières des entreprises publiques et des Etats qui en sont les propriétaires et,
il faut le reconnaître, sous la poussée des institutions financières internationales (banque
mondiale, FMI). Le rôle accru du secteur privé et le désengagement financier des Etats
apparaissent comme des tendances inéluctables dans la mesure où elles favorisent l'efficacité et
le développement d'une dynamique concurrentielle nouvelle.

87
Plusieurs modèles de libéralisation ont apparu, aucun ne peut se prétendre d'être le meilleur

Différents modèles d'organisation et de réglementation ont été mis en place dans le monde à
l'effet de favoriser l'investissement privé et la concurrence dans le secteur de l'électricité. Ces
modèles attribuent tous une place centrale à la fonction de réglementation mais aucun d'entre
eux ne s'impose comme étant le meilleur.

Au Maroc, la participation du privé dans le secteur de l'électricité s'est amplifiée à partir de


1994, sous forme des PIE (producteur indépendant d'électricité).

Le Maroc possède à Jorf Lasfar la plus grande centrale en production indépendante d'Afrique.
Ce modèle de libéralisation a permis certes au Maroc d'augmenter sa capacité de production et
avoir de l'énergie propre, mais il peut présenter de sérieuses limites.

Le modèle des PIE est le modèle retenu par la plupart des pays d'Asie. Ce modèle a révélé de
sérieuses limites.

A partir de 1987, l'Etat des philippines s'est vu construire 42 nouvelles centrales électriques,
construites et exploitées par des PIE. L'Etat s'attendait à une augmentation de la demande
d'électricité aussi rapide que la croissance économique de l'Asie du Sud Est. L'opérateur
historique (via l'Etat) a pris plusieurs risques :

- Pour 39 centrales, l'Etat a conclu des contrats d'achat à long terme (29 ans), en vertu
desquels il s'engage à acquérir, à un prix fixé à l'avance, toute la production des PIE, qu'il
puisse l'écouler sans perte ou non ;
- Deuxièmement, pour se prémunir contre les fluctuations des taux de change, les PIE
exigent que les paiements se fassent en dollar ;
- Troisièmement, l'opérateur historique doit fournir la matière première aux PIE, ce qui
oblige l'organisme public à subir les variations des cours internationaux des carburants..

Vers 1995, alors que les nouvelles centrales commencent à fonctionner, les capitaux fuient les
économies de l'Asie du sud-est, ce qui provoque une crise financière qui entraîne, à son tour,
une chute de la demande d'électricité par l'industrie et une forte dévaluation du peso philippin.

Par conséquent, et à cause de ses obligations envers les PIE, les dettes de l'opérateur
augmentent alors que ses marges continuent à baisser. La libéralisation a conduit à créer plus de
capacité de production que nécessaire.

88
Le modèle nord américain illustre bien l'impact du choix du cadre juridique sur le devenir
du secteur

Le cadre juridique de la libéralisation du secteur de l'électricité en Californie a été sévère. Ce


cadre juridique a ralenti la construction de nouvelles centrales électriques. Par exemple, l'Etat a
fixé une limite supérieure des prix. Cela a empêché les producteurs d'adapter les prix à leurs
coûts, ce qui les a entraîné dans des chiffres rouges.

La forte croissance économique a conduit à une hausse importante de la demande d'électricité.


Les prix fixés ont conduit les producteurs à des chiffres rouges ; ce qui a eu un impact négatif
sur le niveaux des investissements en matière de production et de réseau de distribution. Ainsi,
plusieurs gros producteurs d'électricité ont sciemment diminué leur production électrique à un
moment de forte demande, provoquant ainsi une pénurie de courant et ce dans l'unique but de
faire monter les prix. Un cadre juridique sévère pourrait être néfaste pour le devenir du secteur
de l'électricité.

Le modèle européen illustre bien la volonté de créer un marché unique d'électricité pour une
meilleure sauvegarde de l'indépendance et de la sécurité de l'Union

La libéralisation du marché européen de l'électricité est réglementée par la directive n°


96/92/CE du parlement européen et du Conseil du 19 décembre 1996 concernant les règles
communes pour le marché intérieur de l'électricité. Cette directive sera transposée dans chacun
des Etats membres de l'UE.

La directive a fixé les principes de base de la libéralisation du secteur auxquels tous les Etats
membres doivent adhérer. Les orientations retenues peuvent être résumées comme suit :

- La libéralisation doit se faire par une séparation des activités : production, transport et
distribution ;
- Un gestionnaire du réseau doit être mis en place ;
- Une entité de régulation doit être créée ;
- La notion de service universel doit être introduite dans les textes de loi ;
- La libéralisation doit être progressive dans le temps, en se basant sur le critère d'éligibilité.

L'objectif ultime de la directive est de satisfaire aux besoins de l'UE en matière d'électricité,
dans les meilleures conditions.

89
Les pays européens ont commencé à transposer cette directive et à mettre en place des
réglementations internes de libéralisation. Ces réglementations internes, même si elles
présentent certaines différences, s'inscrivent dans l'esprit global arrêté par la directive qui
garantit la cohérence d'ensemble et permettra in fine d'aller vers un marché unique plus fort.

Les pays du Maghreb, doivent repenser leur stratégie de libéralisation dans un souci d'union
et dans un but de construire un marché commun d'électricité.

Le cadre juridique européen est un bon exemple pour le marché maghrébin. L'idée est que les
législations de nos pays maghrébins soient également cohérentes, pour qu'il n'y ait pas de
blocage dans le futur pour créer un marché unique d'électricité au Maghreb, seul garant réel de
la compétitivité et de l'indépendance de notre région.

L'Algérie(1) est le premier pays du Maghreb à avoir entamé le processus de libéralisation du


secteur de l'électricité.

L'Algérie s'est dotée, il y a un peu plus d'un an, d'une nouvelle loi sur l'électricité qui met fin au
monopole de la production et de la commercialisation de l'électricité pour le marché national et,
par voie de conséquence, ouvre ces activités à l'investissement privé et à la concurrence. En
outre, elle confère à tout opérateur le droit de procéder librement à l'exportation et/ou à
l'importation de l'électricité et, de ce fait, ouvre la voie à la mise en place éventuelle d'un
marché de l'électricité entre les pays du Maghreb et ceux du sud de l'Europe dont les réseaux
sont interconnectés par un câble sous-marin Maroc-Espagne à travers le détroit de Gibraltar.

Le texte adopté par l'Algérie permet d'ouvrir le marché à l'horizon 2007 au plus tard.

La nouvelle loi n° 02601 du 5 février 2002 a introduit une restructuration du secteur


algérien, basée sur 3 axes : la déréglementation, la dé-intégration et la privatisation
partielle.

La déréglementation est la suppression des monopoles et l'ouverture complète des activités, à


l'exclusion de celles qui fonctionnent comme des monopoles naturels (réseaux de transport et
de distribution d'électricité).

La dé-intégration partielle de l'opérateur historique est la séparation juridique des différentes


fonctions production-transport-distribution.

(1)
Source de l’étude sur l’Algérie : Revue Medenergie, n°7, avr 2003

90
Concernant la privatisation, les dispositions suivantes sont retenues :

. Garantie de l'Etat pour le service public et limitation de sa contribution aux régions


défavorisées ou à des catégories sociales préalablement identifiées ;
. Ouverture à la concurrence et à l'investissement privé pour la production de l'électricité
sous le régime de l'autorisation ;
. Ouverture à la concurrence et à l'investissement privé pour la commercialisation de
l'électricité sous le régime de la concession ;
. Libre accès aux systèmes de transport et de distribution pour tous les opérateurs ;
. Mise en place d'un opérateur système pour coordonner les activités production-transport
(dispatching) ;
. Mise en place d'un opérateur marché pour le marché de gros ;
. Création d'un organe de régulation indépendant ;
. Restructuration de l'opérateur historique selon le principe de la décomposition de la chaîne
de fourniture (unbundling) ;
. Tarification librement négociée pour les clients éligibles ;
. Tarification réglementée selon le principe de la péréquation nationale pour les clients
captifs et pour les tarifs d'accès au réseau.

La production d'électricité en Algérie est complètement ouverte à la compétition.

Les investisseurs publics et privés sont autorisés à construire et à exploiter de nouvelles


centrales électriques, sous le régime de l'autorisation d'exploiter, délivrée par le CREG
(Commission de régulation de l'électricité et du gaz), dès que la puissance est supérieure à 25
MW.

La distribution de l'électricité est une activité de service public

L'Etat confirmé comme garant du service public de l'électricité, rémunère toute sujétion de
service public. En d'autres termes, les programmes d'électrification rurale seront poursuivis
avec le financement de l'Etat et sous la responsabilité de l'opérateur historique.

91
Les énergies renouvelables sont encouragées

La loi a prévu des dispositions pertinentes encourageant l'utilisation des énergies renouvelables,
en autorisant la CREG à prendre des mesures d'organisation du marché en vue d'assurer
l'écoulement normal sur le marché d'un volume minimal d'électricité produite à partir de
sources d'énergie renouvelables. Les producteurs utilisant les énergies renouvelables peuvent
bénéficier de primes.

La loi introduit indirectement la notion de planification énergétique.

La CREG établit tous les 2 ans un programme indicatif des besoins en moyens de production
d'électricité sur une période de 10 ans, programme soumis à l'approbation du ministère de
l'énergie.

Le réseau de transport d'électricité est considéré comme un monopole naturel

Une filiale de l'opérateur historique est créée et sera propriétaire et gestionnaire du système de
transport, sur la base d'une autorisation d'exploiter, incessible, délivrée par le ministre chargé
de l'énergie. Le gestionnaire du réseau électrique assure l'exploitation, la maintenance et
l'exécution du plan de développement en vue de garantir une capacité adéquate par rapport aux
besoins de transit et de réserve. Le plan de développement du réseau est assuré par l'opérateur
système.

Un nouvel organisme "l'opérateur système" assure la coordination production-transport de


l'électricité

L'opérateur système est organisé sous forme d'une société commerciale. Il a pour fonction
d'assurer l'équilibre offre-demande en temps réel. Il fournit un service, sans position dans le
marché ni intérêt dans la production. En attendant la création de cet opérateur, la fonction est
assurée par la filiale transport de l'opérateur.

Un autre opérateur "l'opérateur marché" assure la gestion économique du marché de


l'électricité.

L'opérateur marché a pour fonction principale de gérer le marché de gros. Il a pour mission de
susciter des propositions de la part des producteurs d'électricité et des offres de la part des
distributeurs, agents commerciaux et clients éligibles.

92
Cet opérateur sera créé dès que la CREG aura estimé que les conditions du marché sont réunies
et au plus tard 5 ans après la promulgation de la loi. En attendant qu'il soit opérationnel, la
fonction est aussi confiée à la filiale transport de l'opérateur.
La loi introduit une libéralisation progressive

La loi prévoit une ouverture du marché de 30% au minimum, dans un délai maximum de 3 ans
après la promulgation, c'est à dire en 2005. L'éligibilité des clients est définie par le niveau de
consommation, qui sera fixé par un règlement ultérieur, une souplesse qui permettra d'accroître
graduellement le taux d'ouverture du marché par simple abaissement du seuil d'éligibilité.

A l'instar de l'UE, le modèle maghrébin de libéralisation aurait dû être arrêté par le


COMELEC pour garantir une cohérence des législations des pays en vue d'arriver à un
marché maghrébin d'électricité unique.

Malgré les incertitudes des activités de l'UMA, Le Comité maghrébin de l'énergie électrique
(COMELEC) continue à fonctionner et à jouer un rôle dans l'espace euro-méditeranéen. Ce
comité aurait du conduire à définir un cadre juridique d'ouverture du marché maghrébin
d'électricité. De ce cadre juridique, les pays maghrébins s'inspirent pour définir leur propre
législation en fonction de leurs particularités économiques et sociales. Mais la cohérence
d'ensemble est garantie et l'objectif ultime est d'arriver à un marché maghrébin unique.

Pour le cas du secteur marocain, une étude sur la libéralisation est en cours de réalisation. Les
données de cette étude n'ont pas pu être développées dans ce mémoire pour des raisons de
confidentialité. Il est vivement recommandé que cette étude tient compte du modèle algérien.

93
Section 3. Démarche suggérée

La mise en œuvre juridique de la libéralisation des secteurs sous monopole d'Etat consiste à
élaborer les textes légaux afin de :

- Mettre fin aux monopoles, et


- Réglementer le nouveau secteur libéralisé.

Cette mise en œuvre est la concrétisation des décisions et orientations prises lors des différentes
phases de la démarche.

La démarche proposée pour la mise en œuvre juridique de la libéralisation consiste à :

- Synthétiser les perspectives économiques et sociales du secteur en vue de définir la


nouvelle réglementation du secteur
- Préciser les modalités de passage de l'ancienne réglementation vers la nouvelle
réglementation.
- Rédiger les projets des textes de loi libéralisant le secteur ;

Pour chacune de ces étapes, nous traiterons du principe général que nous illustrerons par la
suite par un cas pratique.

3.1 Perspectives économiques et sociales

3.1.1 Principe général

Il s'agit ici de rappeler pour chacune des filières du monopole à ajuster, les perspectives
économiques et sociales attendues de la libéralisation et une proposition de réglementation
correspondante.

L’objectif de mettre en place une matrice de passage de l'ancienne réglementation vers la


nouvelle réglementation (juridique et fiscale).

94
La matrice de passage pourrait se présenter comme suit :

MATRICE DE PASSAGE
VERS LE NOUVEAU REGIME JURIDIQUE

Filière Composante Etat des lieux Future Modalités de


réglementation passage

Aspects Perspectives
Filière I Composante économiques et économiques et
I.1 sociaux sociales
(ex. Tabaculture) (ex. import)
Réglementation Proposition de Modalités de passage
actuelle réglementation vers le nouveau
régime

MATRICE DE PASSAGE
VERS LE NOUVEAU REGIME FISCAL

Ancien régime fiscal Nouveau régime fiscal Modalités de passage

Régime fiscal actuel Régime fiscal proposé Modalités de passage vers


la nouvelle fiscalité.

Cette matrice permet d'avoir une vue d'ensemble de tout le secteur. Elle permet d'associer
l'aspect économique et social à l'aspect réglementaire. Elle permet également d'avoir une vision
sur le futur du secteur et identifier les changements attendus par rapport à l'état actuel.

De nouvelles perspectives économiques et sociales impliquent une nouvelle réglementation.


Cette matrice a l'avantage de mettre en évidence pour chaque composant les modalités de
passage vers la nouvelle réglementation.

95
L'inventaire de toutes ces propositions de réglementation constitue le nouveau cadre juridique
du secteur. L'inventaire de toutes les modalités de passage, constitue le moyen pour arriver à ce
nouveau cadre juridique.

3.1.2 Cas du secteur du tabac

Le raisonnement présenté ci-dessus (matrice de passage) doit être appliqué filière par filière,
composante par composante. Par exemple, pour le secteur du tabac, ce raisonnement est
appliqué aux différentes composantes suivantes :

SECTEUR DU TABAC
INVENTAIRE DES FILIERES / COMPOSANTES

Filière Composantes

. Filière agricole . Fabrication


. Importation
. Exportation

. Filière des . Fabrication


produits . Importation
manufacturés . Distribution de gros
. Distribution de détail
. Exportation

La matrice de passage est appliquée à chacun de ces composants. Par exemple, pour le cas de la
filière agricole, composante "exportation", la matrice se présente comme suit :

96
SECTEUR DU TABAC
FILIERE : "AGRICOLE"
COMPOSANT : "EXPORTATION DU TABAC BRUT"

MATRICE DE PASSAGE VERS LE NOUVEAU REGIME JURIDIQUE

Etat des lieux Future réglementation Modalités de passage

Aspects économiques et Perspectives économiques et sociales


sociaux : La libéralisation de l'exportation ne présente
pas de risque pour la Régie puisqu'elle
A ce jour, le Maroc n'exerce pas son monopole. Quant aux
n'exporte pas de tabac brut cultivateurs, ils ne pourront exporter leurs
produit localement à cause productions que s'ils produisent un tabac de
du niveau insuffisant de la qualité à des prix compétitifs. A cet effet, il
production locale, mais convient de relever une perspective de
aussi parce ce que la développement à l'exportation pour les
sélection de produits cultivateurs locaux, la production mondiale
offerts, principalement du de tabac Burley étant déficitaire. Ceci passe
tabac noir adapté à la par une diversification rapide vers le Burley.
demande marocaine, ne Le Burley est, de plus, moins coûteux pour le
correspond pas à la tabaculteur marocain car il sèche à l'air pur et
demande du marché ne nécessite donc pas un investissement en
mondial. four.

Réglementation actuelle: Proposition de réglementation Modalités de passage

La Régie des tabacs Il ne semble pas utile de réglementer Cf point 3.2.2


exploite pour le compte de l'exportation dès lors qu'une protection n'est
l'Etat le monopole général pas nécessaire ni pour la Régie, ni pour les
de la vente du tabac. cultivateurs.

97
SECTEUR DU TABAC
MATRICE DE PASSAGE VERS LE NOUVEAU REGIME FISCAL

Régime fiscal actuel Nouveau régime fiscal Modalités de passage

- Impôt sur les ventes du tabac - Taxe intérieure de


- Taxe de monopole consommation. Cf. point 3.2.1
- Secteur exonéré de la TVA sans - Soumission du secteur à la TVA.
le bénéfice du droit à - Taxe de la Palestine.
déduction.
- Contribution au fond commun
des débits de tabac.
- Taxe de la palestine

3.2 Modalités de passage vers la nouvelle réglementation

Les modalités de passage vers la nouvelle réglementation, diffèrent selon qu'il s'agit de l'aspect
fiscal ou de l'aspect juridique du secteur.

3.2.1 Modalités de passage vers le nouveau régime fiscal

Dans le cas général, il n'existe pas de loi fiscale spécifique à un secteur. Les dispositions
fiscales applicables à un secteur sont confondues dans les dispositions de droit commun.

Ainsi, la libéralisation d'un secteur à haute fiscalité, ne conduit pas nécessairement à l'adoption
d'une nouvelle loi fiscale spécifique au secteur, mais à une simple modification ou complément
des dispositions déjà existantes dans le droit commun. Ces modifications sont généralement
faites dans le cadre des lois de finances.

98
Pour le cas du secteur du tabac par exemple, la matrice de passage serait ainsi complétée :

SECTEUR DU TABAC
MATRICE DE PASSAGE VERS LE NOUVEAU REGIME FISCAL

Régime fiscal actuel Nouveau régime fiscal Modalités de passage

- Impôt sur les ventes du tabac - Taxe intérieure de - Intégrer le tabac dans les
- Taxe de monopole consommation. produits soumis à la TIC.
- Secteur exonéré de la TVA sans - Soumission du secteur à la - Supprimer le tabac de
le bénéfice du droit à TVA. l'article 7 de la loi sur la
déduction. - Taxe de la Palestine. TVA.
- Contribution au fond commun - Abroger les textes
des débits de tabac. instituant l'impôt sur les
- Taxe de la palestine ventes du tabac, la taxe de
monopole et la
contribution au fond
commun des débits de
tabac.

3.2.2 Modalités de passage vers le nouveau régime juridique

A la différence du cadre fiscal dont les modifications se font dans le cadre d'une loi de finances,
le régime juridique du secteur se fait dans le cadre d'une loi propre au secteur : loi réglementant
le secteur des télécommunications, loi réglementant le secteur du tabac, …etc.

Le passage vers la nouvelle loi, se fait en principe, sous 3 formes :

- Mise en place de nouvelles dispositions juridiques ;


- Suppression progressive ou en bloc des anciennes dispositions ;
- Mise en place de dispositions transitoires.

99
Pour le cas traité du tabac, la matrice de passage se présente comme suit :

SECTEUR DU TABAC
FILIERE : "AGRICOLE"
COMPOSANT : "EXPORTATION DU TABAC BRUT"

MATRICE DE PASSAGE VERS LE NOUVEAU REGIME JURIDIQUE

Etat des lieux Future réglementation Modalités de passage

Réglementation actuelle: Proposition de réglementation Modalités de passage

La Régie des tabacs exploite Il ne semble pas utile de Suppression du monopole


pour le compte de l'Etat le réglementer l'exportation dès lors d'exportation dès le départ.
monopole général de la vente du qu'une protection n'est pas
tabac. nécessaire ni pour la Régie, ni pour Mise en place de mesures
les cultivateurs. transitoires tendant à assister
les tabaculteurs pour la
reconversion du tabac brun en
tabac blond.

3.3 Rédaction des projets des textes de loi.

Pour le cadre fiscal, les nouvelles dispositions sont insérées dans le cadre du projet de la loi de
finances, sous forme de dispositions modificatives ou complémentaires de celles déjà
existantes.

Pour le cadre juridique, la nouvelle réglementation du secteur prend la forme d'une loi propre
au secteur. Elle est généralement structurée autour des axes suivants :

. Champ d'application de la loi et définition du secteur ;


. Réglementation par filière et composants des filières ;
. Ajustement des monopoles ;
. Sanctions ;
. Mesures transitoires.

100
3.3.1 Définition du secteur

La nouvelle loi est le texte de référence qui va réglementer le nouveau secteur libéralisé. il est
donc nécessaire avant de réglementer le secteur, de le définir (nous réglementons quoi ?).

La définition du secteur peut se faire à deux niveaux : Définition de la composition du secteur


et définition technique du secteur.

a) Définition de la composition du secteur

La définition de la composition du secteur traduit l'organisation du secteur et les activités le


composant. Cette définition permet de délimiter le champ d'application de la loi.

Par exemple, pour le cas du secteur de l'électricité, la définition du secteur indiquera les
éléments le composant, à savoir : La production de l'électricité, le transport et la distribution.

Pour le secteur du tabac, se serait plutôt : Culture du tabac, importation du tabac brut,
exportation du tabac brut, fabrication de tabacs manufacturés, importation et exportation de
tabac manufacturé, distribution.

Cette définition facilitera par la suite, la réglementation du secteur.

b) Définition technique du secteur

La définition des termes techniques usuels utilisés dans le secteur est une nécessité, pour éviter
toute confusion dans l'interprétation de la réglementation qui fait référence à ces termes. Elle
permet également d'éviter des problèmes d'interprétation, notamment fiscale, car la loi fiscale
fera nécessairement référence à ces termes.

Par exemple, pour le secteur du tabac, il est nécessaire de définir au début ce qui est entendu
par tabac brut et tabac manufacturé, car la réglementation tant juridique que fiscale applicable
au tabac brut diffère complètement de celle applicable au tabac manufacturé (droit de douane,
TVA, TIC, …etc.)

101
3.3.2 Réglementation des filières composant le secteur

Après avoir défini les filières composant le secteur ainsi que les principaux termes utilisés, il
conviendrait de préciser le cadre juridique de chacune de ces filières.

La réglementation de chaque filière doit, dans le cas général, intégrer trois éléments essentiels,
à savoir :

− Les conditions d’accès à la filière ;


− Les obligations à remplir ;
− Les mesures d’encouragement.

a) Les conditions d'accès à la filière.

Pour chacune des filières, il est nécessaire, dans un souci d'organisation du secteur, de définir
les conditions à respecter pour accéder à la filière.

b) Les obligations à remplir.

A ce niveau, peut être intégré, notamment, les engagements que l'Etat marocain compte mettre
pour le nouveau partenaire stratégique et pour tout nouvel entrant.

Pour le secteur du tabac, par exemple, et vu que l'Etat marocain a adopté une stratégie
d'ouverture avec objectif de développer la culture du tabac local, une obligation dans ce sens a
été intégrée dans la loi. Ainsi, les dispositions réglementant la fabrication du tabac, oblige tout
fabricant désirant s'installer sur le marché marocain, d'intégrer, en moyenne, une quantité
minimale de tabac brut local dans le cadre de la fabrication des tabacs manufacturés destinés à
la vente sur le territoire marocain.

c) Les mesures d'encouragement

Pour certains secteurs, le besoin de développer une filière s'accompagne, non pas d'une
obligation, mais d'un encouragement. C'est le cas de l'énergie propre ou renouvelable. Ainsi, le
besoin de développer ce type d'énergie conduira par exemple à octroyer des primes ou des
allégements fiscaux.

102
3.3.3 Ajustement des monopoles

Cette partie est réservée au calendrier du démantèlement des monopoles. Dans le cas d'un
démantèlement progressif des monopoles, les dispositions de la loi sont applicables sous
réserve du calendrier d'ajustement des monopoles.

3.3.4 Sanctions

Le volet relatif aux sanctions doit être intégré dans la loi réglementant le secteur, sinon les
dispositions légales de la loi, notamment les obligations posées seraient sans effet.

Les infractions aux dispositions légales de la loi, notamment celles se référant aux obligations à
remplir et au respect des conditions d'accès doivent être assorties de sanctions.

3.3.5 Mesures transitoires

Les mesures transitoires nécessaires pour mettre en œuvre la nouvelle loi ou encore celles
nécessaires pour la mise à niveau du secteur sont soit, réglementées à ce niveau, soit
réglementées par des textes réglementaires, avec un renvoi dans la loi à ces textes
réglementaires.

103
CONCLUSION DU CHAPITRE I

La stratégie d’ouverture d’un secteur est bâtie sur la base des perspectives économiques et
sociales recherchées de la libéralisation.

A ces perspectives correspond une nouvelle réglementation. La construction juridique de la


stratégie de libéralisation et de démonopolisation consiste justement à définir le moyen pour
arriver à cette nouvelle réglementation.

Dans ce chapitre, nous avons essayé de définir une démarche pour construire ce passage. Cette
démarche s’articule autour de trois étapes :

La troisième étape, étape finale, consiste à rédiger les textes de loi consacrant la libéralisation
du secteur et définissant son nouveau régime juridique.

Ce régime juridique doit être cohérent avec la législation européenne et régionale, dans un
souci de cohérence et d’un rapprochement avec les partenaires économiques et régionaux. D’où
la nécessité de la deuxième étape qui consiste à faire une étude comparée des réglementations
applicables au même secteur au niveau international et donc de rechercher parmi ces modèles,
le modèle applicable au cas marocain.

Ces deux étapes seraient insuffisantes si elles ne prennent pas en considération les résultats de
la première étape, étape de base et décisive, et qui consiste essentiellement à :

− rappeler les perspectives économiques et sociales que la réglementation doit traduire ;


− mettre en évidence les contraintes juridiques dont il faudrait tenir compte pour arrêter la
nouvelle réglementation.

104
CHAPITRE II : VOLET FISCAL DE LA PLANIFICATION STRATEGIQUE :

CAS DES SECTEURS A HAUTE FISCALITE

Section 1 : Problématique fiscale

Le volet fiscal revêt pour les secteurs à haute fiscalité un caractère important. En ce sens que la
libéralisation ne doit pas mettre en cause les "équilibres fiscaux" du secteur. La problématique
fiscale de la libéralisation peut être résumée comme suit : Le secteur, même libéralisé, doit
continuer à procurer à l'Etat des recettes fiscales importantes sans pour autant que cette fiscalité
ne soit un obstacle au développement du secteur.

Le nouveau régime fiscal doit, d'une part, répondre aux objectifs et aux contraintes fiscales de
la libéralisation et, d'autre part, prendre en compte les engagements internationaux du Maroc.

Nous illustrons dans le présent chapitre, les différentes phases de la démarche proposée, par un
secteur à haute fiscalité, à savoir le secteur du tabac.

1.1 Objectifs et contraintes fiscales de la libéralisation

Les principaux objectifs et contraintes fiscales de la libéralisation ont trait aux aspects suivants:

. Nécessité ou non de changer le régime fiscal actuel ;


. Contrainte de maintien des recettes fiscales de l'Etat ;
. Absence de neutralité de la fiscalité dans un cadre libéralisé ;
. Utilisation de la fiscalité comme moyen pour protéger la production nationale ;
. Impact du régime fiscal choisi sur les recettes de la privatisation ;

1.1.1 Nécessité ou non de changer le régime fiscal actuel

Changer la fiscalité des secteurs sous monopole d'Etat lors de la libéralisation ne doit pas être
un phénomène de mode. La mise en place d'un nouveau régime fiscal n'est justifiée que si le
régime fiscal actuel n'est pas adapté à un cadre de concurrence.

105
1.1.2 Contrainte de maintien des recettes fiscales de l’Etat

Historiquement, certains secteurs sous monopole marchand ont toujours constitué pour l'Etat,
des secteurs privilégiés, notamment, par les recettes fiscales qu'ils procurent. Il s'agit
essentiellement des secteurs de l'énergie et du tabac.

Le secteur du tabac procure pour l'Etat marocain environ 6 milliards de dirhams par an, soit
6% des recettes fiscales ordinaires. C'est dire l'importance de ce secteur dans la stabilisation des
prévisions du budget de l'Etat.(1)

Le secteur de l'énergie procure des recettes fiscales d'environ 14 milliards de dirhams et


contribue pour environ 8% au PIB. Ces recettes fiscales sont constituées de la TIC et de la
TVA. (1)

La libéralisation des secteurs à haute fiscalité ne doit pas remettre en cause ces acquis, à savoir
la stabilité et la prévisibilité des recettes fiscales. Au contraire, la libéralisation doit garantir au
moins le maintien des recettes fiscales, voire leur amélioration.

Cet objectif de maintien des recettes fiscales se perçoit plus aisément pour le secteur du tabac.
Ce secteur, ne présente en réalité aucun autre avantage substantiel autre que la fiscalité qu'il
procure au pays. Il est donc normal que sa libéralisation ne remette pas en cause cet avantage.

1.1.3 La fiscalité : Absence de neutralité dans un cadre libéralisé.

Dans un cadre libéralisé, la fiscalité ne peut pas être neutre, elle doit être au service d'une
politique économique.

Ainsi, comme nous pouvons le constater, même dans les pays de l'UE qui sont arrivés à un
stade évolué d'intégration économique et monétaire, chacun de ces pays a préféré garder son
particularisme fiscal. Chacun de ces Etats utilise la fiscalité en fonction de sa politique
économique et en fonction des conséquences de la libéralisation. Les Etats font même de la
fiscalité un élément de concurrence. Nous parlons désormais de "concurrence fiscale".

(1)
Source : Budget général de l’Etat

106
Pour le cas du Maroc, la stratégie fiscale à mettre en œuvre lors de la libéralisation des secteurs
à haute fiscalité, doit servir aux objectifs du secteur et traduire les orientations du
gouvernement.

1.1.4 La fiscalité : Moyen de protéger la production nationale.

Pour le cas du secteur du tabac, l'impôt sur les ventes du tabac était perçu par l'Etat au moment
de la vente du tabac aux débitants, et ce abstraction faite de la nature du produit vendu (produits
importé, manufacturé ou fabriqué localement). Avec la mise en œuvre du processus de
libéralisation, le mode de perception de cet impôt a changé : il est perçu à l'importation pour les
produits importés manufacturés et uniquement au moment de la vente pour les produits
fabriqués localement. Cette différence de traitement pénalise les produits finis importés et
avantages les produits locaux, en matière de trésorerie.

1.1.5 Contraintes de privatisation

Dans le cas où la libéralisation s'accompagnerait d'une privatisation, il est recommandé


d'étudier le régime fiscal pour lequel les partenaires stratégiques potentiels sont favorables. Cet
élément est d'une importance capitale car il pourrait agir directement sur les recettes de la
privatisation.

Il est certain que cette donnée est essentielle, mais elle ne doit pas être déterminante dans le
choix du régime fiscal à mettre en œuvre.

1.2 Coordination avec les textes existants

Le nouveau régime fiscal doit, certes, prendre en compte les objectifs de la libéralisation, mais
il doit être en harmonie avec les engagements internationaux du Maroc et avec sa politique
fiscale interne. Il doit, à cet effet, être cohérent avec :

. Les engagements du Maroc dans le cadre de l'OMC ;


. L'accord d'association du Maroc avec l'UE ;
. Les dispositions fiscales internes.

107
1.2.1 Coordination avec les accords de l'Organisation Mondiale de Commerce

Les accords de l'OMC admettent comme seule barrière tarifaire à l'entrée, les droits
d'importation. Il s'ensuit que la fiscalité interne ne peut être utilisée, directement ou
indirectement, comme barrière à l'entrée, visant à avantager le produit national par rapport au
produit étranger.

Les Etats membres bénéficient cependant de mesures de sauvegarde pour leur permettre de
protéger certains secteurs dits sensibles. L'utilisation de ces mesures de sauvegarde est
cependant limitée dans le temps à 5 ans. Cette durée est portée à 10 ans pour les pays en voie
de développement.

Par mesure de sauvegarde, il faut entendre par exemple la mise en place d'un droit
d'importation supplémentaire.

La mise en place de ce genre de mesures pour protéger le secteur libéralisé doit se faire
cependant avec attention, car dans le cas où cette mesure toucherait les intérêts commerciaux
des partenaires économiques du Maroc, causerait un préjudice aux producteurs des pays
concernés ou perturberait l'équilibre entre concessions et obligations résultant de l'accord de
l'OMC, ces partenaires sont en droit d'adopter des mesures de rééquilibrage.

Ces mesures de rééquilibrage peuvent revêtir la forme d'une suspension de l'application de


concessions commerciales ou des droits d'importation supplémentaires pour les produits
d'origine marocaine.

1.2.2 Coordination avec l'accord d'association conclu entre le Maroc et l'UE

La libéralisation des secteurs sous monopole d'Etat a pour objectif d'éliminer toute entrave au
libre échange et à la libre circulation des marchandises. Cette entrave peut avoir plusieurs
formes, notamment la fiscalité.

La fiscalité peut être utilisée pour protéger le secteur libéralisé, à l'entrée (importation) comme
à la sortie (exportation), sous réserve des restrictions prévues par l'accord d'association que
nous détaillons ci-après.

108
a) Protection à l'importation

L'accord d'association avec l'UE, précise dans son titre II relatif à la libre circulation des
marchandises, article 22-1°, que :

"les deux parties s'abstiennent de toute mesure ou pratique de nature fiscale interne établissant
directement ou indirectement une discrimination entre les produits de l'une des parties et les
produits similaires originaires de l'autre partie."

L'analyse de ce texte fait ressortir quatre idées essentielles :

La première idée est que l'article fait allusion à la fiscalité interne et non à la fiscalité applicable
aux frontières, à savoir les droits de douane. En effet, les droits de douane (appelés désormais
droits d'importation), sont admis par l'OMC comme étant la seule barrière tarifaire applicable
par les pays aux produits originaires d'autres pays. La question des droits d'importation ne se
pose donc pas et n'est pas concernée par cet article.

La seconde idée est que la discrimination dont il est question est celle qui a pour origine un
traitement fiscal interne différencié. Cette discrimination peut revêtir plusieurs formes, directes
ou indirectes.

- La première forme de discrimination est d'exonérer un produit de l'impôt s'il est d'origine
interne et de l'imposer s'il est d'origine externe. Par exemple, je ne peux pas traiter
différemment au regard de la TVA un produit selon qu'il est produit au Maroc ou importé.

- La deuxième forme de discrimination est la mise en place de barèmes d'impôt différenciés


selon l'origine du produit. Par exemple, je ne peux pas appliquer aux produits importés un
taux de TIC supérieur au taux appliqué aux produits d'origine marocaine.

- La troisième forme de discrimination concerne l'application différenciée du même impôt,


selon que le produit est importé ou fabriqué localement. Par exemple, je ne peux pas
appliquer à un produit importé une TIC de nature ad valorem et appliquer au même produit
fabriqué localement une TIC de nature spécifique, si l'on sait que la TIC de nature ad
valorem pénalise le produit importé.

109
- La quatrième forme de discrimination concerne l'application de deux impôts différents,
selon que le produit est importé ou fabriqué localement. Dans ce cas, l'impôt applicable au
produit local ne doit pas être plus avantageux que celui appliqué au produit importé.

- La cinquième forme de discrimination concerne un traitement différencié au niveau des


modalités de perception et de versement de l'impôt, combien même la nature et le taux de
l'impôt sont identiques pour le produit et ce, quelle que soit son origine.

La troisième idée introduit la notion de produit similaire. L'accord ne définit cependant pas ce
qui est entendu par produit similaire. S'agit-il du même produit, de produits substituables, ou
encore de la même catégorie de produits même si leurs caractéristiques ou leurs qualités sont
différentes. A voir l'esprit du texte, la notion de produits similaires doit être prise dans son sens
le plus large.

La quatrième idée est relative à la notion d'origine du produit. Le traitement fiscal adopté n'est
discriminatoire que s'il conduit, directement ou indirectement, à favoriser le produit national
par rapport au produit étranger.

b) Protection à l'exportation

L'accord d'association avec l'UE, précise dans son titre II relatif à la libre circulation des
marchandises, article 22-2°, que :

"Les produits exportés vers le territoire d'une des parties ne peuvent bénéficier de ristournes
d'impositions intérieures indirectes supérieures aux impositions indirectes dont ils ont été
frappés directement ou indirectement. "

Les dispositions de cet article visent à éliminer les mesures d'ordre fiscal que l'Etat pourrait
mettre en place et qui conduiraient à des opérations de dumping. La lecture de cet article fait
ressortir deux principales idées :

La première idée est qu'il est admis que l'Etat accorde aux produits exportés des ristournes
d'imposition. Cette pratique n'est donc pas contraire aux engagements du Maroc vis à vis de ses
partenaires économiques.

La deuxième idée est que l'avantage fiscal accordé est limité à l'imposition à laquelle le produit
est soumis.

110
1.2.3 Coordination avec les dispositions fiscales internes

La mise en œuvre fiscale de la libéralisation des secteurs sous monopole d'Etat, doit tenir
compte de la tendance de la fiscalité au Maroc et des dispositions fiscales internes.

Les principaux éléments clés dont il faudrait tenir compte à notre avis sont :

- Le regroupement des impôts et taxes : Les secteurs à haute fiscalité sont généralement
soumis à une multitude d'impôts et taxes. Le secteur du tabac était soumis par exemple à 4
impôts et taxes spécifiques. La tendance au Maroc est d'aller vers une fiscalité unique. Il est
donc important de réfléchir à regrouper cette multitude de taxes en un impôt unique.

- Une fiscalité simple et claire : La fiscalité à mettre en place doit être dans son principe
simple et compréhensible. Il est recommandé d'éviter les scénarii complexes, la multitude
des taux et la complexité des bases d'imposition. La tendance au Maroc est d'aller vers un
code des impôts claire et simple.

111
Section 2 : Benchmark du cadre fiscal des secteurs à haute fiscalité :
Cas du secteur du tabac

2.1 Critères de sélection

Partant du postulat que la libéralisation du marché du tabac marocain et la privatisation de la


Régie des Tabacs s’inscrit dans le cadre des engagements du Maroc vis à vis de l’Union
Européenne, il nous a paru nécessaire que le Maroc s’inspire des régimes fiscaux mis en place
dans l’Union Européenne.

En effet, la volonté du Maroc d’adhérer à l’Union Européenne implique nécessairement une


similitude du régime fiscal à mettre en place avec ceux actuellement en vigueur dans les pays
membres de l’Union Européenne. Cette similitude doit être prise dans le sens de conformité et
non d'uniformité. D'autres pays régionaux ont été étudiés.

Notre étude de la fiscalité comparée a porté sur les pays suivants : L'Allemagne, l'Espagne, la
France, la Grèce, les Pays-Bas, le Portugal, le Royaume-Uni, l'Egypte et la Turquie.

Les pays qui font l’objet de cette étude sont en majorité membres de l’UE. A ce titre, et dans le
cadre du marché unique européen, ces Etats membres ont été conduits à harmoniser leur
législation nationale, notamment en matière fiscale et plus particulièrement s’agissant des droits
et taxes tels que la TVA, les droits d’accises et les droits à l’importation. Cette harmonisation a
été réalisée conformément aux directives et règlements, supports de la législation
communautaire.

L'ensemble des régimes fiscaux étudiés, sont bâtis pratiquement sur les 3 impôts et taxes
suivants : La TVA, l'impôt sur le tabac et les droits d'importation.

2.2 Taxe sur la valeur ajoutée

L’harmonisation européenne en matière de TVA résulte, à titre principal, de la 6ème Directive


Européenne du 17 mai 1977.

Pour les opérations réalisées à l’intérieur de chaque pays, cette directive prévoit que les ventes
de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti à la TVA
doivent donner lieu au paiement de la taxe.

112
Les agriculteurs et les producteurs doivent être assujettis à la taxe au sens de la 6ème directive.

La directive prévoit que le taux de la TVA peut être librement fixé sous réserve de respecter
certains taux minimums.

Ce qu'il faut retenir c'est que le secteur du tabac dans les pays étudiés est soumis, dans toutes
ses filières, à la TVA.

2.3 Impôt sur le tabac

L'impôt sur le tabac est intitulé "droits d'accises". L’harmonisation européenne en matière
d’accises résulte de plusieurs directives.

• La directive n°92/12/CE, du 25 février 1992, prévoit que l’accise devient exigible lors
de la mise à la consommation des tabacs manufacturés sur le territoire national.

Cette mise à la consommation peut résulter de plusieurs événements :


- la sortie de ces produits d’un régime suspensif d’accises. Il s’agit par exemple, de la
circulation de ces produits hors régime suspensif lorsqu’ils ont été fabriqués sous un
régime suspensif ;
- la fabrication des produits de tabac manufacturé en dehors d’un régime suspensif ;
- l’importation de ces produits en dehors d’un régime suspensif.

Les Etats membres n’ont aucune marge de manœuvre s’agissant de la définition de la mise
à la consommation des tabacs manufacturés sur leur territoire.

• La directive 92/79/CE, du 19 octobre 1992, modifiée à plusieurs reprises, prévoit que


l’accise totale qui s’applique aux cigarettes doit comprendre :
- une accise spécifique par unité de produit ;
- une accise proportionnelle calculée sur le prix maximum de vente des cigarettes au
détail.

L’accise totale doit être identique quelle que soit la marque des cigarettes mises à la
consommation.

Pour les cigarettes de la classe de prix la plus demandée, la charge fiscale résultant des
accises doit au minimum être de 57% du prix de vente au détail toutes taxes comprises de

113
ces cigarettes. Cependant, au regard des difficultés rencontrées en pratique par les Etats
membres pour respecter cette règle, les autorités européennes ont prévu des mesures
d’assouplissement de celle-ci.

• La directive 92/80/CE, du 19 octobre 1992, précise que les tabacs manufacturés, autres
que les cigarettes, sont soumis à une accise. Cette accise peut être spécifique,
proportionnelle, ou mixte (c’est à dire calculée à la fois de manière spécifique et de
manière proportionnelle).

Les Etats membres peuvent fixer des minimums de perception d’accises par type de
produits, sachant que les taux fixés par les autorités européennes doivent, dans tous les cas,
être respectés. Il convient de noter que les Etats membres peuvent obtenir des dérogations
aux règles des taux d’accises applicables à certaines parties de leur territoire (par exemple,
la Corse en France ; les Açores et l’Ile de Madère au Portugal).

Pour chaque type de produits, les seuils minimaux fixés par les autorités européennes sont
les suivants :
- pour les cigares et les cigarillos : 5% du prix de vente au détail toutes taxes
comprises ou 10 € pour 1.000 pièces ou 10 € par kilogramme ;
- pour le tabac à rouler : 30% du prix de vente au détail toutes taxes comprises ou 25
€ par kilogramme ;
- pour les autres tabacs à fumer : 20% du prix de vente au détail toutes taxes
comprises ou 19 € par kilogramme.

• La directive 95/59/CE, du 27 novembre 1995, fixe les principes généraux de


l’harmonisation des taux d’accises en matière de cigarettes entre les Etats membres et les
principales étapes de cette harmonisation.

• La directive 99/81/CE, du 29 juillet 1999, vient modifier les directives 92/79, 92/80 et
95/59.

• Une récente proposition de directive prévoit une modification de la structure et des


taux d’accises applicables aux tabacs manufacturés. S’agissant des cigarettes, elle prévoit
notamment d’ajouter au montant minimal total d’accises de 57% un montant minimal fixe
de 70 € pour 1.000 cigarettes de la classe de prix la plus demandée.

114
Ce qu'il faut retenir c'est que le secteur du tabac dans les pays étudiés est soumis à un droit de
consommation mixte avec un minimum de perception.

Ce droit de consommation est perçu au moment de l'importation pour les produits importés
manufacturés, et à la sortie usine pour les produits fabriqués localement.

2.4 Droits d’importation

Les droits de douanes sont perçus aux taux prévus par le Tarif Douanier Commun et sont assis
sur la valeur en douane appréciée au lieu d’introduction des biens dans le territoire douanier de
l’Union Européenne.

Cependant, les tabacs importés par des personnes autorisées à recevoir des produits en
suspension de droit d’accises, dans l’exercice de leur profession, bénéficient du régime
suspensif douanier.

Il convient de noter que lorsque les tabacs manufacturés sont importés et mis à la
consommation sur le territoire d’un Etat membre, ils sont soumis cumulativement aux droits de
douane, à la TVA et aux droits d’accises.

2.5 Synthèse des modèles étudiés

Pratiquement, l'ensemble des modèles étudiés font ressortir que la fiscalité du tabac qui a
prévalu après la libéralisation, est structurée autour des impôts et taxes suivants :

- Droits d'accises, de nature mixte, avec généralement une part spécifique qui représente 5%
de la charge fiscale globale. Un minimum de perception peut être exigé ;
- Taxe sur la valeur ajoutée ;
- Droits de douane. Ces droits peuvent atteindre 50% comme dans le cas de la Turquie.

Ces différents modèles sont repris dans les tableaux ci-après :

115
Tableau récapitulatif des droits d'accises et de la charge fiscale totale
applicables à un paquet de cigarettes dans les pays sélectionnés

Pays TVA Droits d'accises Charge fiscale totale


1 : Part spécifique sur un paquet de
2 : Part proportionnelle cigarettes
Allemagne 16% 1 : 49,54 euro pour 1.000 cigarettes 68,86%
2 : 21,60%
Espagne 16% 1 : 3,01 euro pour 1.000 cigarettes 71,18%
2 : 54%
Egypte - 1 : 0,21 euro si prix sortie usine < 0,16 euro Charge essentiellement
1,27 euro si prix sortie usine > 0,16 euro spécifique
2 : 1%
France 19,6% 1 : 5% de la charge fiscale des cigarettes de la classe la 75,98%
plus demandée
2 : 55,19%
Grèce 18% 1 : 5% de la charge fiscale des cigarettes de la classe de 72,75%
prix la plus demandée
2 : 53,86%
Maroc 0% Impôt sur les ventes du tabac : 65% 65,8%
Autres impôts et taxes sur le tabac : 0,8%
Pays - Bas 19% 1 : 50,01 euro pour 1.000 cigarettes 72,97%
2 : 20,51%
Portugal 17% 1 : 35,09 euro pour 1.000 cigarettes 80,73%
2 : 26%
Royaume-Uni 17,5% 1 : 153,98 euro pour 1.000 cigarettes 79,50%
2 : 22%
Turquie 18% Fabrication : un total de taxes de 19%
Importation tabac brut : 12% + 3.000 USD par tonne. 70%
Importation cigarettes : 12% + 0,4 USD par paquet.

116
Tableau récapitulatif par pays sélectionnés des droits et taxes dont les importateurs,
les agriculteurs et les fabricants peuvent être redevables

Pays Importateurs Agriculteurs Fabricants


Allemagne TVA TVA TVA
Droits de douane Droits d'accises
Droits d'accises
Egypte Droits de douane
Droit de consommation Activité interdite Droit de consommation
Espagne TVA Exonération de la TVA TVA
Droits de douane Mécanisme de remboursement Droits d'accises
Droits d'accises de la TVA en amont
France TVA TVA selon un régime TVA
Taxe BAPSA particulier Taxe BAPSA
Droits de douane Exonération si recettes Droits d'accises
Droits d'accises insuffisantes
Grèce TVA TVA avec possibilité TVA
Droits de douane d'exonération Droits d'accises
Droits d'accises Remboursement partiel de la
TVA d'amont
Maroc Exonéré de la TVA Hors champ de la TVA Exonéré de la TVA
Droits de douane Taxe de monopole
Impôt sur les ventes du tabac Impôt sur les ventes du tabac
Taxe de monopole Contribution au fonds commun
des débits de tabac
Taxe spéciale sur les tabacs
Pays-Bas TVA Absence de culture de tabac TVA
Droits de douane dans les Pays-Bas Droits d'accises
Droits d'accises
Portugal TVA Exonération avec possibilité TVA
Droits de douane d'option pour la TVA Droits d'accises
Droits d'accises
Royaume- TVA Absence de culture de tabac TVA
Uni Droits de douane au Royaume Uni Droits d'accises
Droits d'accises
Turquie TVA TVA TVA
Droit de consommation Droit de consommation

117
Section 3 : Démarche suggérée

Compte tenu des objectifs et des contraintes fiscales de la libéralisation et compte tenu des
modèles applicables dans les pays choisis dans l'étude comparée, quel serait le modèle fiscal
qui soit le mieux adapté pour le cas du Maroc ? Comment le mettre en œuvre ?

La démarche que nous proposons comporte 3 étapes :

- D'abord, une analyse approfondie du système fiscal actuel pour ressortir ses avantages et
ses limites compte tenu de la nature du marché marocain et des orientations du
gouvernement ;

- Par la suite, définir le modèle fiscal à mettre en œuvre dans le cadre de la libéralisation
(garder le modèle actuel ou définir un nouveau modèle) ;

- Enfin, mettre en œuvre le modèle choisi.

3.1 Analyse approfondie du régime fiscal actuel

L'analyse du régime fiscal des secteurs sous monopole d'Etat constitue la première phase dans
la démarche de la mise en œuvre fiscale de la libéralisation.. Cette phase est capitale car de ses
résultats découlera le nouveau régime fiscal.

Pour réaliser cette phase, nous recommandons une démarche qui répond aux principales
questions suivantes :

- Quelle est la pression fiscale dans le secteur ?


- Quel est le niveau de notre pression fiscale par rapport aux autres pays ?
- Comment a évolué cette fiscalité ?
- Quels sont les avantages du régime fiscal actuel ?
- Quelles sont les limites du système fiscal actuel ?
- Les modèles du benchmark sont-ils applicables au cas du Maroc ?

118
3.1.1 Détermination de la pression fiscale

Le système de taxation des produits du tabac consiste en une taxe proportionnelle au prix de
vente. Ce système est dit "ad valorem", c'est à dire fonction de la valeur, en ce sens qu'une taxe
proportionnelle est appliquée au prix de vente du produit. Cette taxation constitue une part
importante du coût du paquet de cigarettes. L’opérateur joue uniquement le rôle de collecteur
de la taxe au profit du Trésor Public.

La structure du prix des cigarettes se présente comme suit :

5%
part débitant
29,2%
Part fabricant

65,8% Taxes
(pression
fiscale)

3.1.2 Analyse de la pression fiscale par rapport aux autres pays

La pression fiscale moyenne sur les cigarettes (65,8%) est restée stable sur les dix dernières
années.

Dans les différentes analyses qui ont été faites sur la fiscalité du secteur du tabac, il ressort
souvent que la pression fiscale sur le tabac au Maroc reste relativement faible comparativement
aux autres pays de la Méditerranée, notamment au Portugal où la moyenne est de 80,73%.

Tableau retraçant la pression fiscale sur le tabac


(Taux moyen de la fiscalité des cigarettes)

- Maroc ……………………. 65,8%


- Espagne …………………. 71%
- France …………………… 76%
- Portugal …………………. 81%

119
Ces études ont conclue au fait que le Maroc dispose de marges supplémentaires pour augmenter
la pression fiscale pour s'aligner sur le niveau appliqué par les pays de la Méditerranée.

Cette conclusion doit être, à mon avis, traitée avec la plus grande attention, pour les raisons
suivantes :

- Pour les pays de la Méditerranée, la pression fiscale effective qui pèse sur les opérateurs est
en réalité inférieure à celle mentionnée dans le tableau ci-dessus. En effet, la composition
de cette pression fiscale fait ressortir un impôt à paiement cumulatif (droit de
consommation) et un impôt à paiement fractionné (TVA). L'impôt à paiement fractionné
qui est la TVA obéit au mécanisme des déductions et donc même si le taux de la TVA est
par exemple pour le cas de l'Espagne de 16%, et si l'on suppose que l'opérateur ne verse en
réalité à l'Etat que 12% car il impute sur les 16% des déductions de TVA estimées à 4 % du
chiffre d'affaires, ceci ramène la pression fiscale effective à environ 64,79%.(1)

- Par contre, pour le cas du Maroc, le secteur du tabac est exonéré de la TVA sans le bénéfice
du droit à déduction. La pression fiscale de 65,8%, composée entièrement d'impôt à
paiement cumulatif, est une pression effective.

- Exemple d'illustration :

Dans le cas d'Espagne, la fiscalité du tabac est composée comme suit :

. Un droit de consommation de 55% du prix de vente du tabac.

. Une TVA de 16% du prix de vente HT.

. Si l'on suppose que l'opérateur récupère par ailleurs une TVA sur ses intrants estimée à
environ 4% du chiffre d'affaires TTC, soit environ 4,64% du chiffre d'affaires HT. La TVA
nette versée à l'Etat s'établit donc à environ "16% - 4,64%", soit 11,36% du chiffre
d'affaires HT.

. La pression fiscale effective s'établit donc à environ 64,79% du prix de vente, comme
illustré par le tableau ci-après.

(1)
Cf. modalités de calculs tableau indiqué à la page suivante

120
Comparaison pression fiscale sur le tabac
Maroc - Espagne

Maroc Espagne

- Chiffre d'affaires TTC 100 100

Fiscalité à paiement cumulatif


- Taux du droit de consommation 65,8% 55%
- Calcul 100 * 65,8% 100 * 55%
- Montant de la taxe = 65,8 = 55

Fiscalité à paiement fractionné


- Taux de la TVA - 16%
- Calcul du montant de la TVA - (100/1,16)* 11,36%
réellement versée au Trésor (soit - = 9,79
11,36% du CA HT)
55 + 9,79
- Total pression fiscale 65,8 = 64,79

Ce cas d'illustration a pour objectif de rappeler que la comparaison des pressions fiscales entre
le Maroc et les autres pays doit se baser sur des systèmes fiscaux cohérents. L'existence de
différences entre les systèmes fiscaux est de nature à biaiser les résultats de la comparaison.

En conclusion, la pression fiscale du secteur du tabac au Maroc se situe dans l'intervalle de la


charge fiscale qui prévaut dans les pays de la Méditerranée. La possibilité d'augmenter cette
pression fiscale dans un contexte de libéralisation semble donc faible.

3.1.3 Comment a évolué cette fiscalité ?

L'étude de l'évolution des recettes fiscales de l'Etat permet d'anticiper leur évolution future
compte tenu des nouvelles données du marché caractérisé par la concurrence.

Les recettes du tabac ont suivi la progression du chiffre d'affaires et rapporté en 2002, environ
5,6 milliards de dirhams. Depuis 1990, les recettes fiscales du tabac ont pratiquement doublé
(+86,33%).

121
Les résultats de cette analyse doivent être traités avec la plus grande attention. En effet,
l'évolution des recettes fiscales du tabac au Maroc est due essentiellement aux augmentations
successives des prix et non à l'extension du marché marocain.

Dans un cadre libéralisé, l'Etat marocain n'aura plus la main mise sur les prix. Pour accroître
ses recettes fiscales, l'Etat marocain doit favoriser l'extension du marché.

3.1.4 Quels sont les avantages du système fiscal actuel(1) ?

Le régime fiscal du secteur du tabac qui prévalait lors du monopole, est basé sur une fiscalité
ad valorem unique pour toutes les gammes des cigarettes. Les principaux avantages de ce
système sont :

. Une simplicité du mécanisme fiscal. Les modalités de calcul, de perception et de versement


de la fiscalité sur le tabac sont claires et simples.

. L'opérateur bénéficie d'un fonds de roulement important, source d'une motivation pour
accroître ses ventes.

. L'opérateur ne paie la fiscalité que sur ses ventes, ce qui exclut le paiement de cette fiscalité
sur les produits défaillants ou périmés. Ce mécanisme élimine indirectement l'écoulement
sur le marché de produits périmés ou défaillants.

. Le système garantit à l'Etat des rentrées fiscales prévisibles et stables, car fonction du
volume et de la structure du marché.

. Du fait de l'exonération du secteur de la TVA sans le bénéfice du droit à déduction, les


recettes fiscales de l'Etat ne risquent pas d'être "troublées" par les conséquences du
mécanisme des déductions, remboursements, achats en suspension de taxe, exportation
exonérée de TVA, …etc.

. La fiscalité ad valorem pénalise les cigarettes les plus chères et avantage celles qui sont
moins chères. Du fait qu'au Maroc, les cigarettes les plus chères sont celles importées et les
moins chères sont celles produites localement, la fiscalité actuelle protège la cigarette
nationale.

(1)
Pour des raisons de commodité, pour le cas pratique du tabac, on entend par système actuel, le régime fiscal qui
était en vigueur avant le 1er janvier 2003.

122
3.1.5 Quelles sont les limites du système fiscal actuel ?

Les principales limites du système fiscal actuel sont présentées ci-après :

. Le système de taxation a pour effet de rendre le niveau des recettes fiscales sensible à la
structure du chiffre d'affaires. Moins il y a de cigarettes de prix élevé, moins il y aura de
recettes fiscales.

. L'impôt sur les ventes du tabac n'est adossé à aucune entité fiscale : Direction générale des
impôts ou Direction des douanes et des impôts indirects. Par conséquent, cet impôt n'est pas
soumis à des procédures de contrôle au même titre que les autres impôts.

. Le système actuel met le secteur hors circuit de la TVA et donc fait perdre aux intervenants
dans le secteur, les avantages liés à une soumission à la TVA, notamment pouvoir investir
en exonération de TVA, pouvoir exporter en exonération de la taxe, pouvoir transférer le
droit de déduction aux autres entités dont les opérations sont soumises à la TVA.

3.1.6 Les modèles qui ressortent du benchmark sont-ils applicables au Maroc ?

Le modèle fiscal appliqué au secteur du tabac, tel qu'il ressort de l'analyse du benchmark
européen et régional, est basé sur les principes suivants :

. Impôts et taxes applicables au tabac : droit de consommation et TVA


. Nature du droit de consommation : impôt mixte, contenant une part spécifique et une part
ad valorem. La part spécifique représente le plus souvent 5% de la charge fiscale totale.

Les principaux points qui, à notre avis, limiteraient l'intérêt de ce modèle pour le cas du Maroc
sont l'existence de la TVA et l'existence d'une part spécifique dans l'impôt sur le tabac.

. Limite liée à la TVA

L'introduction de la TVA dans le secteur du tabac au Maroc, suppose le remplacement d'une


partie de l'impôt sur les ventes du tabac par la TVA. L'évaluation de cette part qui sera
remplacée par la TVA est difficile, car les deux impôts sont de nature totalement différente, l'un
est un impôt à paiement cumulatif, l'autre à paiement fractionné.

123
. Limite liée à la nature mixte de l'impôt sur le tabac

L'existence d'une part spécifique dans la fiscalité du tabac favorise indirectement les produits
les plus chers et défavorise les produits les moins chers.

Au Maroc, les produits les moins chers (produits les plus consommés) sont les produits de
fabrication locale. Donc, l'introduction d'une part spécifique dans la fiscalité du tabac est de
nature à défavoriser cette catégorie de produits. Par ailleurs, l'existence d'écarts de prix
importants entre les différentes catégories de cigarettes, rend cette fiscalité mixte inappropriée
pour le cas du Maroc.

Même si une part spécifique minimale dans la fiscalité du tabac est obligatoire pour les pays de
l'UE, il n'existe pas à notre connaissance, notamment dans le cadre de l'accord d'association
avec l'UE, de dispositions obligeant le Maroc à introduire cette part spécifique dans sa fiscalité.

Cette part spécifique a été introduite en Europe pour favoriser les cigarettes les plus chères, ce
qui est de nature à limiter la consommation des cigarettes. Par ailleurs, cette fiscalité mixte
"arrange" les Majors producteurs des cigarettes les plus chères, qui ont certainement un poids
relativement important dans l'introduction en Europe de cette fiscalité.

3.2 Nouveau régime fiscal

3.2.1 Rappel du modèle fiscal retenu par le Maroc

Le Maroc a retenu un modèle fiscal tiré, à quelques changements près, du benchmark européen.
Ainsi, l'ancien impôt sur les ventes du tabac a été scindé en deux nouveaux impôts et taxes :
taxe intérieure de consommation et taxe sur la valeur ajoutée.

124
Ce modèle est synthétisé dans le cadre ci-après :

Nature des impôts et taxes

. Taxe intérieure de consommation (équivalent des droits d'accises)


. Taxe sur la valeur ajoutée
. Droit d'importation

Modalités de détermination

. TIC : Fiscalité de nature ad valorem au taux de 59,4%


. TVA : Secteur obligatoirement imposable au taux de 20%
. Droit d'importation : Droit commun en vigueur

Modalités de perception et de versement

. TIC : Régime de droit commun


. TVA : Droit commun actuellement en vigueur
. Droit d'importation : Droit commun en vigueur

Modalités de contrôle

. Droit commun actuellement en vigueur (TIC, TVA et droit d'importation)

a) Taxe sur la valeur ajoutée

. Motivations d'introduction de la TVA dans le secteur

Les implications de l'exonération du secteur de la TVA sont principalement :

. L'impossibilité de récupérer (ou d'acheter en exonération de) la TVA sur les


investissements et sur les intrants destinés à la filière tabac ;

. L'impossibilité de transférer le droit de déductibilité de la taxe aux autres intervenants dans


le processus.

Cette situation est de nature à handicaper le secteur du tabac comparativement aux autres
secteurs qui bénéficient de la déductibilité de la TVA. L'introduction par le gouvernement
marocain de la TVA dans le secteur est expliquée par les principales raisons suivantes :

. L'introduction de la TVA est de nature à moderniser le secteur du tabac, en ce sens que les
opérateurs peuvent investir en exonération de taxe.

125
. L'introduction de la TVA met le secteur du tabac sur un pied d'égalité avec les autres
secteurs soumis à la TVA.

. Les intervenants du secteur peuvent transférer le droit de déduction aux autres secteurs.

. La soumission du secteur à la TVA constitue un rapprochement avec les législations des


pays de l'UE. En ce sens que dans tous les pays de l'UE, le secteur du tabac est soumis à la
TVA.

. Taux de TVA retenu

Le taux de TVA qui a été retenu est le taux normal de 20%. Le choix des taux réduits ne peut
être justifié, car ces taux sont généralement réservés à des produits de première nécessité et de
grande consommation ou à des secteurs encouragés comme le tourisme.

b) Taxe intérieure de consommation

. Motivations d'introduction de la TIC dans le secteur :

L'introduction de la TIC dans le secteur du tabac permet, notamment, de :

- adosser la fiscalité sur le tabac à la Direction des douanes et des impôts indirects ;
- capitaliser l'expérience marocaine dans le domaine de la TIC au cas du tabac ;
- uniformiser la fiscalité des secteurs (alcool, boissons gazeuses, produits énergétiques, …) ;
- réduire le nombre de taxes (suppression des anciennes taxes sur le tabac).

. Calcul du taux de la TIC

Le taux de la TIC a été déterminé de telle façon que :

- Les recettes fiscales issues du nouveau régime soient identiques aux recettes fiscales issues
de l'ancien régime ;
- Le résultat d'exploitation de l'opérateur historique ne soit pas affecté par le changement du
régime fiscal.

126
La base de travail étant le résultat d'exploitation de l'exercice 2002. Le tableau suivant illustre
la manière avec laquelle le taux de la TIC a été déterminé :

Ancien régime Nouveau régime


- Chiffre d'affaires TTC 100 100

- Remise des débitants = CA TTC * 5% <5> <5>


- Taxe de la Palestine = CA TTC * 0,6% <0,6> <0,6>
- Solde 1 94,4 94,4

- TVA = (Solde 1 /1,2) * 20% <15,73> (a)


- TVA récupérable sur charges 0,18 (a)
- Solde 2 94,4 78,85

- Fond commun = CA TTC * 0,6% <0,6> (a)


- Impôt sur le tabac = CA TTC * 65% <65> (b)
- Solde 3 28,8 78,85

- Montant de la TIC nécessaire pour <50,05> (b)


rééquilibrer les 2 marges (solde 3) =
78,85 - 28,8

- Marge Opérateur 28,8 28,8


- Total recettes fiscales (a) + (b) 65,6 65,6

La base de la TIC étant le chiffre d'affaires hors TVA, soit dans notre cas : 100 - 15,75 = 84,27,
la TIC étant chiffrée à 50,05, soit un taux de TIC de 59,4%.

D'après le tableau ci-dessus, le taux de TIC de 59,4% permet de garantir à l'opérateur le même
niveau de marge et à l'Etat, le même niveau de recettes fiscales.

3.2.2 Analyse critique du modèle fiscal retenu

Le point fort du système fiscal ancien (impôt sur les ventes du tabac) est qu'il repose sur un
impôt à paiement cumulatif et qu'il est perçu à un stade intermédiaire du processus. Le fait de
remplacer une part de cet impôt à paiement cumulatif par un impôt à paiement fractionné (la
TVA) est de nature à remettre en cause la stabilité et la prévisibilité des recettes fiscales sur le
tabac, voire même la baisse des recettes fiscales de l'Etat, pour les raisons suivantes :

127
Le modèle fiscal a été bâti sur les données de l'exercice 2002. Cet exercice ne peut être pris
comme exercice de référence

Le modèle fiscal a été bâti sur les données de l'exercice 2002. Un modèle est sensé être
dynamique, prendre en considération plusieurs variantes et changements qui peuvent apparaître
dans le temps. La référence aux données d'un seul exercice ne peut garantir la fiabilité des
résultats obtenus.

La TVA est un impôt basé sur le mécanisme des déductions

La TVA est un impôt basé sur le mécanisme des déductions. La TVA récupérable sur les
intrants nécessaires à l'exercice de l'activité du tabac a été prise en compte pour une partie très
infime, limitée à la TVA récupérable sur les charges de l'exercice 2002, estimée à environ
0,18% du chiffre d'affaires taxable. Cette estimation ne donne pas une garantie suffisante quant
aux risques induits par le passage d'un impôt à paiement cumulatif (impôt sur les ventes du
tabac) à une taxe à paiement fractionné (TVA). Le taux de récupération dans l'avenir peut être
supérieur.

La récupération de la TVA sur les investissements n'a pas été prise en compte

Le modèle retenu se base sur le principe que, pratiquement toute la TVA facturée est une
recette fiscale pour l'Etat. Or, cette recette fiscale peut être affectée par l'imputation de la TVA
sur des investissements. Cette hypothèse est d'autant possible si l'on sait que les nouveaux
partenaires vont procéder à des opérations de restructuration et de mise à niveau industrielle,
qui conduiront à réaliser plus d'investissements et donc plus de TVA à récupérer.

Contrairement à l'impôt sur les ventes du tabac, le produit de la TVA est partagé entre le
budget général et les collectivités locales

Conformément à l'article 65 de la loi n° 30-85 relative à la TVA, Le produit de la TVA est pris
en recette, au Budget Général de l'Etat et, dans une proportion ne pouvant être inférieure à
30%, aux budgets des collectivités locales, après déduction, sur le produit de la taxe perçue à
l'intérieur, des remboursements et des restitutions prévus par la loi sur la TVA. A ce titre, 30%
du produit de la TVA sur le tabac sera affecté au budget des collectivités locales.

128
L'introduction de la TVA dans le secteur, n'a en réalité aucun impact sur l'opérateur

L'introduction de la TVA dans le secteur n'a, à priori, aucun impact sur les marges de
l'opérateur : La charge fiscale étant inchangée. L'opérateur ne tire réellement pas d'avantage
substantiel de la TVA.

3.2.3 Modèle fiscal recommandé

Le modèle fiscal recommandé est basé sur les éléments suivants :

- L'impôt sur les ventes du tabac de 65% de nature ad valorem n'a pratiquement jamais
présenté de limites durant son application au Maroc ;
- Sa nature ad valorem convient le plus au marché marocain caractérisé par une disparité des
prix entre les différentes catégories de cigarettes ;
- Il présente une facilité d'application et de contrôle ;
- Sa nature d'impôt à paiement cumulatif met l'Etat à l'abri des surprises que présente
généralement les impôts à paiement fractionné (TVA) ;
- L'unicité du collecteur limite le nombre d'intervenants dans le circuit ;
- Il permet à l'Etat d'agir directement sur la fiscalité du secteur, en agissant uniquement sur le
taux d'imposition ;
- Ses seules limites sont : 1) l'absence de son adossement à la direction générale des impôts
ou à la douane. 2) l'absence de procédures de contrôle, 3) Le fait générateur de la
perception de l'impôt est retardé jusqu'à la vente du produit aux détaillants.

Compte tenu de ces éléments, le modèle recommandé consiste uniquement à remplacer l'impôt
sur les ventes du tabac par la taxe intérieure de consommation, sans introduction de la TVA.

Ce remplacement permettra de palier aux limites citées ci-dessus, notamment l'adossement de


l'impôt à la douane, l'existence de procédures de contrôle (celles de la TIC) et la perception de
la taxe très tôt dans le circuit.

129
3.3 Mise en œuvre du modèle choisi

La mise en œuvre fiscale de la libéralisation des secteurs à haute fiscalité constitue


l'aboutissement de l'étude et la mise en pratique du scénario choisi.

Pour réussir cette mise en œuvre, qui en pratique prend la forme d'un projet de loi, il nous paraît
particulièrement important de passer par deux phases intermédiaires, à savoir :

- La phase de modélisation. Cette phase consiste à modéliser (modèle mathématique) le


système fiscal choisi. Seule cette modélisation pourra nous renseigner sur la fiabilité du
nouveau régime fiscal. En effet, en s'appuyant sur des séries statistiques rétrospectives et
prospectives, le modèle permet, d'une part, de se projeter dans l'avenir pour avoir une idée
sur les recettes fiscales futures et, d'autre part, d'apporter au modèle les corrections
nécessaires.

- La phase d'étude d'impact du nouveau régime sur l'économie. Cette phase vise à anticiper
les effets négatifs du nouveau régime fiscal sur les opérateurs et sur le marché. Elle se base,
notamment, sur l'étude de l'élasticité.

3.3.1 Modélisation des recettes fiscales

La principale contrainte de la libéralisation des secteurs à haute fiscalité est le maintien des
recettes fiscales. Le nouveau régime fiscal doit vérifier cette contrainte, d'où l'intérêt de la
modélisation.

Le scénario fiscal choisi doit être mis sous forme d'un modèle mathématique, pour être testé.
Ce modèle doit d'abord être testé sur les données passées, pour en comparer les résultats avec
les recettes fiscales réelles. Pour cela, il faut disposer de séries statistiques rétrospectives
nécessaires pour alimenter le modèle. La durée historique à choisir doit être suffisante pour
avoir des résultats fiables. En pratique, les études se basent le plus souvent sur une période
minimale de 10 ans. L'absence de statistiques anciennes ou détaillées peut entraver la fiabilité
des résultats.

Par la suite, le modèle doit être projeté dans le futur, pour cela il faut disposer d'un business
plan du secteur. A ce niveau plusieurs difficultés peuvent apparaître :

130
- La pratique démontre qu'il est généralement difficile de concevoir un business plan sur plus
de 5 ans. Or, un modèle fiscal à ce niveau doit être testé sur une période suffisamment
longue pour éviter de brusques changements du modèle dans l'avenir proche, alors que les
investisseurs se sont engagés sur la base de ce modèle ;

- Tester le modèle sur une période de 5 ans ne garantit pas suffisamment sa fiabilité ;

- Le business plan est généralement établi par l'opérateur historique et n'inclut pas les
changements stratégiques que le nouvel investisseur peut apporter au secteur.

Par ailleurs, il est recommandé de modéliser même l'ancien régime fiscal et de le projeter dans
l'avenir pour pouvoir comparer les résultats des deux modèles.

3.3.2 Etude d'impact du nouveau régime fiscal

L'impact du nouveau régime fiscal doit être recherché à deux niveaux : au niveau de l'opérateur
et au niveau du marché.

a) Etude d'impact sur l'opérateur

Dans le cas général, le nouveau régime fiscal adopté dans le cadre d'une libéralisation, vise
entre autres, à donner un avantage à l'opérateur pour mieux se préparer à la concurrence et pour
présenter la fiscalité comme un avantage en terme de privatisation.

Il faut veiller à ce que le nouveau régime fiscal n'ait pas de conséquences négatives graves sur
l'opérateur, au risque de compromettre l'opération de libéralisation et de privatisation.

Pour le cas du secteur du tabac, le nouveau régime fiscal a eu un léger avantage négatif sur
l'opérateur. En effet, dans l'ancien régime fiscal, l'opérateur disposait d'un délai de crédit
d'impôt d'environ 45 jours (le fait générateur du paiement de l'impôt est la fin du mois suivant
celui de la vente), ce qui procurait à l'opérateur un fonds de roulement satisfaisant.

Avec le nouveau régime fiscal, le fait générateur du paiement de l'impôt est l'importation pour
les produits importés manufacturés et la sortie usine pour les produits locaux. L'opérateur aura
donc à avancer un montant important d'impôt avant même d'entamer le processus de
commercialisation. Cette situation est de nature à impacter considérablement la trésorerie de
l'opérateur. Par ailleurs, cette situation pourrait conduire l'opérateur à changer sa stratégie

131
d'approvisionnement et pratiquer la gestion de son stock par des flux tendus, au risque de créer
sur le marché une pénurie de cigarettes.

b) Etude d'impact sur le marché

L'étude d'impact sur le marché a pour objectif d'anticiper, d'une part, les réactions négatives du
consommateur dues au changement de la fiscalité et d'autre part le degré d'élasticité de la
demande par rapport au prix dans le cas où la libéralisation s'accompagnerait d'une
modification des prix.

Concernant l'impact du changement de la fiscalité sur le consommateur, cet impact est


généralement neutre du fait que le changement de la fiscalité se fait le plus généralement sans
modification du prix. Seule la structure des taxes à l'intérieur du même prix change. Par
exemple, pour le cas du tabac, l'introduction de la TVA n'a pas pour effet, une augmentation
des prix. Le prix de vente public est resté inchangé, mais c'est les taxes qui composent le prix
qui ont changé. Par conséquent, le consommateur ne subit pas les effets du changement.

Concernant l'impact d'une modification des prix sur le comportement du consommateur. Dans
ce cas, il est vivement recommandé de procéder à des études d'élasticité, pour apprécier et
évaluer le degré d'élasticité de la demande par rapport au prix. Pour le cas du secteur du tabac
par exemple, les études d'élasticité ont démontré que la demande est inélastique par rapport au
prix. La consommation du tabac (environ 15 milliards de cigarettes par an) et la population des
fumeurs (1.800.000 personnes) sont pratiquement restées stables sur les 10 dernières années en
dépit des augmentations successives des prix. Ces conclusions ont appuyé l'augmentation
généralisée des prix du tabac juste après la privatisation de l'opérateur.

Toutefois, l'interprétation de ces résultats doit être effectuée avec une très grande prudence. Car
même pour le secteur du tabac, il est difficile de confirmer avec certitude que la demande est
inélastique, en raison notamment de l'existence de certaines données difficiles à contrôler. Il
s'agit notamment du phénomène de la contrebande et de la consommation variable des
personnes ne vivant pas de façon permanente au Maroc.

132
CONCLUSION DU CHAPITRE II

Les secteurs à haute fiscalité doivent, à l’heure de la libéralisation, faire l’objet d’une étude de
leur régime fiscal. L’objectif est de voir si ce régime continu à être applicable même pour un
secteur ouvert à la concurrence.

Cette étude dont nous avons proposé dans ce chapitre une démarche, doit être guidée par les
deux éléments suivants :

− Le régime fiscal ne doit pas être un frein au développement du secteur ;


− Il doit garantir des recettes fiscales suffisantes à l’Etat.

L’analyse du régime fiscal de ces secteurs fait ressortir un point commun : A l’heure du
monopole, le régime fiscal est basé plus sur une fiscalité à paiement cumulatif (impôt sur le
tabac pour le secteur du tabac et TIC pour le secteur de l’énergie) que sur une fiscalité à
paiement fractionné (pas de TVA pour le tabac et une TVA réduite pour l’électricité).
A l’heure de la libéralisation, les intervenants dans ces secteurs luttent pour réduire le poids de
la fiscalité à paiement cumulatif au profit de la TVA :

− L’opérateur du tabac a luté pour avoir une TVA de 20% en contrepartie de la réduction
de l’impôt sur le tabac ;
− L’opérateur de l’électricité lutte pour réduire le taux de la TIC. En contrepartie, il
accepte d’augmenter le taux de TVA.

Ces opérateurs avancent que seule la structure des taxes change et non la pression fiscale qui,
selon eux, reste inchangée.

Ce raisonnement est cependant simpliste, car le remplacement d’un impôt à paiement cumulatif
par la TVA, tout en assurant les mêmes recettes fiscales à l’Etat n’est pas chose facile, pour
plusieurs raisons, dont nous citerons ici les principales :

− La TVA est un impôt qui obéit au mécanisme des déductions ;


− Il y a possibilité de compenser, pour une même entité, le crédit de TVA sur une
activité avec l’excédent de TVA sur une autre entité ;
− L’exportation est exonérée de la TVA avec le bénéfice du droit à déduction ;
− 30% au moins, du produit de la TVA revient aux collectivités locales ;
− la collecte de la TVA est retardée dans le processus.

133
Par ailleurs, le nouveau régime fiscal peut avoir d’autres conséquences non négligeables sur
l’opérateur, et dont il faudrait tenir compte lors de l’étude.

Ainsi, l’expérience a montré que le changement du régime fiscal fait peser sur l’opérateur de
nouveaux risques fiscaux qui peuvent être considérables.

Aussi, le nouveau régime fiscal peut être utilisé par le nouvel investisseur comme un prétexte
pour revoir la politique sociale et réduire les avantages acquis par le personnel. Car ces
avantages acquis peuvent faire courir à l’opérateur des risques fiscaux importants.

134
Conclusion générale

Synthèse générale

L’article 37 de l’accord d’association du Maroc avec l’UE dispose que les monopoles d’Etat à
caractère industriel et commercial doivent être ajustés.

Le dictionnaire juridique définit le mot ‘ajuster’ (du latin ‘justus’) comme étant l’action
d’adapter parfaitement (une chose à une autre), ou encore faire quelque chose de façon à
réaliser un assemblage parfait.

L’assemblage parfait implique que le Maroc, au même titre que l’UE, ouvre ses secteurs à la
concurrence, si non l’assemblage serait biaisé, donc imparfait au sens de l’accord.

Pour arriver à cet assemblage ‘parfait’, (pour reprendre les termes de la définition juridique) il
faut faire quelque chose. Ce quelque chose est la démonopolisation qui signifie enlever aux
opérateurs le monopole de droit.

Les Etats étant conscients du fait qu’une simple démonopolisation peut ne pas conduire à une
ouverture réelle des secteurs (car l’Etat peut mettre en place des mesures alternatives au
monopole), l’accord stipule dans son article 38 que les entreprises publiques et les entreprises
auxquelles des droits spéciaux ont été octroyés ne doivent bénéficier d’aucune mesure ayant
pour effet de perturber les échanges entre l’UE et le Maroc. Ce qui est recherché est donc une
démonopolisation qui conduit à la libéralisation.

Cette libéralisation conduit certes à l’ouverture des secteurs, mais n’aboutit pas en réalité à un
assemblage parfait. La libéralisation conduit le plus souvent à remplacer les monopoles
nationaux par des monopoles internationaux. Le Maroc, à défaut d’une expertise et d’une
technologie de qualité et à défaut de capitaux, subit plus qu’il n’agit sur les mouvements des
libéralisations.

A défaut de cette possibilité d’agir en tant qu’acteur, le Maroc se doit d’optimiser l’ouverture
de ses secteurs à la concurrence. Cette optimisation doit être recherchée à plusieurs niveaux :

− D’abord en adoptant un cadre réglementaire limitant les abus et organisant le secteur dans
un souci de performance économique ;

135
− Aussi, en essayant de maximiser les recettes de privatisation tout en sélectionnant des
partenaires stratégiques dont l’apport technologique au Maroc est important ;

− Mais également, en ayant la main mise indirectement sur le secteur, notamment via des
entités de régulation ;

− Tout en n’oubliant pas la contrainte budgétaire. Le régime fiscal du secteur doit être
encourageant certes, mais doit assurer à l’Etat des recettes fiscales suffisantes.

Ces pour ces raisons que la stratégie de libéralisation doit être bien construite à tous les
niveaux, et plus particulièrement au niveau juridique et fiscal. Seule une construction étudiée
permettra de réussir le passage d’une économie sous monopole d’Etat à une économie de
marché.

De là découle l'intérêt de mettre en place une démarche de travail qui permet de gérer ce
passage. Dans cette démarche, nous avons essayé de scinder les éléments de stratégie (première
partie) de ceux de mise en œuvre pratique (deuxième partie). L'objectif étant de mettre en
relief un raisonnement à suivre pour libéraliser un secteur, abstraction faite de sa nature,
s'agissant d'un monopole d'Etat. Ce raisonnement peut être résumé comme suit :

• Faire d'abord une analyse du cadre institutionnel régissant le secteur sous monopole

La connaissance de l'évolution historique d'un point de vue légal permettra de mieux connaître
le secteur. Seule cette étude approfondie des évolutions passées permettra d'anticiper l'impact
du changement de la législation sur ce secteur. L'objectif est de lister les freins d'ordre légal et
institutionnel qui pourraient constituer un obstacle à la réussite de l'opération de libéralisation.

• Compléter par la suite cette analyse par une étude du marché

La connaissance de l'évolution historique d'un point de vue marché permettra de mieux


connaître les aptitudes du secteur à surmonter les défis d'une économie du marché. L'objectif
est, d'une part, de lister les milites du marché marocain, mais aussi ses points forts face au
changement et, d'autre part, de définir les perspectives économiques et sociales recherchées de
l'ouverture du marché.

136
• Tirer les leçons de l'expérience marocaine

Le Maroc a conduit plusieurs opérations de libéralisations. Il serait intéressant de prendre


connaissance des résultats de ces opérations pour en tirer les leçons nécessaires.

• Chercher parmi les modèles existants dans des pays étrangers, pour des secteurs
similaires, le modèle qui serait applicable au cas du Maroc

Compte tenu, d'une part, de l'état du marché marocain et des perspectives économiques et
sociales recherchées de la libéralisation du secteur et, d'autre part, de la structure juridique du
secteur, il serait intéressant de rechercher parmi les différents modèles d'ouverture appliqués
par les pays étrangers au même secteur, celui qui, tout en étant applicable au Maroc, présente
des avantages indéniables et permet de profiter des avantages de la libéralisation.

• Définir sur la base de ces éléments, une stratégie d'ouverture du marché marocain

Si un modèle a été trouvé, il doit être remodelé pour tenir compte des spécificités du secteur
marocain. La stratégie retenue doit définir clairement les aspects suivants :

- Les perspectives économiques et sociales recherchées de la libéralisation du secteur ;


- le mode d'ouverture (libéralisation progressive ou en bloc ?) ;
- l'ordonnancement des démantèlements des différents monopoles ;
- les modalités de recours à un partenaire stratégique ;
- Le calendrier de la libéralisation.

• Associer à ce choix les mesures d'accompagnement nécessaires

Des mesures d'accompagnement sont en général nécessaires pour mettre en œuvre la stratégie
choisie (période transitoire, assistance technique, …etc).

• Mettre en œuvre juridiquement la stratégie choisie et les mesures d'accompagnement

La mise en œuvre juridique de la stratégie choisie permet de traduire, sous forme de textes
légaux, le passage de la situation actuelle de monopole vers la situation future de marché. Elle
constitue la traduction juridique des perspectives économiques et sociales du secteur.

137
• Doter le secteur d'un nouveau régime fiscal approprié.

Pour les secteurs à haute fiscalité, un nouveau cadre fiscal peut s'avérer nécessaire comme
mesure d'accompagnement pour atteindre les perspectives économiques et sociales recherchées
de la libéralisation.

Voies d'évolutions possibles

Sur la base de ce raisonnement, une démarche générale de travail a été développée. Si cette
démarche doit recevoir des prolongements, peut être faudrait-il les chercher dans dix
directions:

• La démarche pourrait être enrichie par les spécificités liées à certains secteurs.

La démarche proposée a été définie essentiellement par référence aux cas pratiques étudiés,
notamment le secteur du tabac, le secteur de l'électricité et le secteur de la téléphonie fixe. Cette
démarche peut être enrichie par l'étude d'autres secteurs dont la taille n'est pas des moindres et
qui présentent certaines spécificités. Nous citerons à titre indicatif, le secteur du transport
aérien et maritime, l'exploitation des ports et des aéroports, le secteur de la poste, le secteur de
l'énergie, le secteur de l'audiovisuel, …etc.

• Certaines dimensions essentielles du changement pourraient être intégrées à la démarch.

Nous avons remarqué lors des missions de libéralisation des secteurs sous monopole d'Etat que
les organisations syndicales n'étaient pas impliquées dans le processus de libéralisation. Elles
en géraient les conséquences. Or, les transformations du travail, les relations entre directions,
syndicats et personnel constituent un volet important de l’opération. La démarche proposée
pourrait être enrichie par l'étude de la construction sociale des stratégies de libéralisations.

• L’étude approfondie des implications de la contrainte juridique liée à la notion de service


universel enrichira l’étude en vue de la libéralisation des secteurs stratégiques.

La démarche proposée met l'accent sur la nécessité de prendre en considération l'aspect lié à la
notion de service universel. Cette notion et ses implications pratiques peuvent faire l’objet de
développements intéressant, eu égard notamment à l’expérience étrangère en la matière.

138
• La démarche proposée part de l'idée que la libéralisation nécessite une re-
réglementation.

La problématique juridique traitée au niveau de ce mémoire part de l'idée que le nouveau


secteur, même libéralisé, doit être réglementé. Les défendeurs des théories libérales, avancent
que le secteur libéralisé doit obéir aux mécanismes du marché. Le nouveau cadre juridique doit
être très limité et ne doit pas soumettre les opérateurs à des obligations qui, normalement, sont
du ressort du marché. Ces défendeurs pensent notamment à la contrainte du service universel et
à l'obligation de couverture nationale. La démarche proposée pourrait être enrichie par l'étude
de la problématique juridique d'une libéralisation laissant jouer les mécanismes du marché.

• L’analyse approfondie de l’expérience marocaine et internationale en matière de litiges


liés à la concurrence suite à l’ouverture des secteurs est de nature à enrichir l’étude.

Avant la libéralisation d’un secteur, l’étude de la libéralisation devrait porter également sur une
analyse des risques et litiges issus de la concurrence dans un secteur similaire dans des pays
étrangers. Cette étude permettrait, à l’entité de régulation notamment, de se familiariser avec ce
type de litiges, de les anticiper et d’avoir une sorte de doctrine en la matière.

• La problématique juridique liée à la période postérieure à la libéralisation pourrait être


intégrée dans la démarche

La démarche proposée traite de l'opération de libéralisation depuis le choix de la stratégie


d'ouverture jusqu'à sa mise en œuvre juridique et fiscale. L'étude des aspects organisationnels et
juridiques qui sont mis en œuvre postérieurement à la libéralisation, notamment la procédure
pratique de transfert de l'opérateur, pourrait être intéressante et serait de nature à enrichir la
démarche proposée.

• Concernant le volet "privatisation", seuls les aspects liés à la libéralisation sont traités

La privatisation a été citée uniquement pour illustrer certains aspects de la démarche,


notamment les modalités de recours à un partenaire stratégique. Les autres aspects non traités,
liés à la privatisation pourraient enrichir le volet "stratégie de transfert".

139
• L’étude des implications pratiques de la libéralisation sur l’organisation du secteur
constitue un volet important dans l’opération

La démonopolisation implique de revoir toute l’organisation du secteur et conduit à redéfinir


les relations entre les différentes entités. La refonte de l’organisation du secteur constitue un
volet important de l’opération de libéralisation.

• L’étude d’impact de la libéralisation est certes, postérieure à la mise en œuvre de la


libéralisation, mais constitue une étape importante dans l’opération

Seule une étude des résultats de la libéralisation peut nous indiquer dans le futur si l’opération
de libéralisation a réussi ou non. Cette étude d’impact doit intervenir suffisamment tôt pour
permettre d’apporter au processus les ajustements nécessaires. Cette étude sera utile non
seulement pour les autorités réglementaires et les instances gouvernementales mais aussi pour
tous les acteurs du marché des télécommunications.

• Le raisonnement adopté est tiré essentiellement des orientations du gouvernement

Nous avons remarqué lors des missions de libéralisation des secteurs sous monopole d'Etat, que
le gouvernement associe généralement à l'étude de la problématique juridique et fiscale deux
sortes de contraintes : La contrainte d'une protection juridique du secteur après libéralisation et
la contrainte d'une protection fiscale du secteur (maintien des recettes fiscales).

Ces deux contraintes qui ont de ce fait guidé la démarche proposée, conduisent en réalité à
mettre en œuvre un arsenal juridique et fiscal qui "limite" l'accès au secteur et tend à
transformer le monopole de droit en un monopole de fait. Ce qui, en quelque sorte, constitue
une contradiction avec la volonté affichée de promouvoir la concurrence et de s'ouvrir sur le
marché mondial.

La libéralisation des secteurs conduit en réalité à remplacer les monopoles nationaux par des
monopoles privés internationaux : Le mouvement général des fusions-acquisitions touche tous
les secteurs libéralisés, mais l'argent ne s'investit pas n'importe où.

Des destinations privilégiées recueillent les 2 tiers des investissements développés à l'étranger
(Chine, Brésil, Mexique, Singapour, Indonésie) alors que la part de l'Afrique à ce mouvement
d'expansion reste très limitée.

140
La Malaisie, à elle seule, reçoit ainsi plus d'investissements de développement étrangers que
l'ensemble du continent africain.

Face au mouvement de libéralisation et d'internationalisation, le Maroc doit intégrer cette


troisième contrainte d'attirer plus "d'argent" au Maroc. Il doit réfléchir à adapter l'arsenal
juridique et fiscal à cette réalité.

Par conséquent, la problématique juridique et fiscale des stratégies de libéralisation et de


démonopolisation au Maroc doit veiller à trouver l'équilibre entre 1) la contrainte juridique de
protéger le secteur marocain, 2) la contrainte fiscale de maintenir les recettes fiscales de
l'Etat et 3) la nécessité d'attirer plus de capitaux vers le Maroc.

141
Table des matières

Sommaire du mémoire
Liste des abréviations
Glossaire des principaux termes juridiques et fiscaux utilisés

INTRODUCTION GENERALE

PARTIE PRELIMINAIRE :
EVOLUTION DES MONOPOLES D'ETAT, INTERETS ET CONTRAINTES DE LA
LIBERALISATION

Chapitre I : Evolution des monopoles d'Etat

• Section 1 : Période du protectorat


1.1 Premières apparitions des monopoles d'Etat ……………………………………………………… 17
1.2 Evolution croissante des monopoles d'Etat ………………………………………………………... 18
1.3 Absence de nouveaux monopoles d'Etat …………………………………………………………… 19

• Section 2 : Depuis l'indépendance


2.1 Premiers monopoles proprement nationaux ……..………………………………………………… 19
2.2 Elargissement et diversification des monopoles d'Etat …………………………………………... 20
2.3 Premières libéralisations ……………………………………………………………………………… 21

Chapitre II : Intérêts et contraintes de la libéralisation

• Section 1 : Intérêts de la libéralisation


1.1 La démonopolisation; source de performance économique ……………………………………… 22
1.2 La démonopolisation; source de développement technologique ………………………….…... 22
1.3 La démonopolisation profite aux consommateurs ………………………………….………..…… 22
1.4 La démonopolisation conduit à l'accélération de l'innovation ………………………………..….. 23
1.5 La démonopolisation garantit la transparence pour les nouveaux opérateurs ………………… 23

• Section 2 : Contraintes de la libéralisation


2.1 La libéralisation implique une re-réglementation …………... ……………..……………………… 23
2.2 Du statut d'opérateur / régulateur au statut d'opérateur …………….……………………….…... 23
2.3 Contraintes liées à l'impossibilité du maintien des prérogatives de la puissance publique …… 24
2.4 Contraintes liées à la sauvegarde des acquis d'une situation de monopole …………………... 24
2.5 Contraintes liées au niveau des prix ………………………………………………………………... 24

142
2.6 Contraintes liées au service universel ………………………………………………………………. 24
2.7 Contraintes liées aux engagements internationaux ……………………………………………….. 25

PREMIERE PARTIE :
PROBLEMATIQUES DE LA CONSTRUCTION JURIDIQUE ET FISCALE DES
STRATEGIES DE LIBERALISATION

Chapitre I : Analyse critique de la situation actuelle et perspectives d'évolution : Impact


sur la construction juridique et fiscale des stratégies de libéralisation

• Section 1 : Analyse critique du cadre institutionnel régissant les monopoles d'Etat

1.1 Analyse critique des dispositions juridiques liées aux secteurs sous monopole ……………….. 27

. Une réglementation éparse


. Un secteur non défini
. Un secteur dont l'organisation est source d'obstacles à la libéralisation
. Des secteurs dont le développement est freiné par leur monopole de droit

1.2 Analyse critique des dispositions juridiques liées à l'opérateur en charge du monopole ……… 29

. Insuffisances liées au caractère "d'établissement public" de l'opérateur historique


. L'Etat exerce sa tutelle par le biais du contrôle financier
. L'opérateur ne peut pas diversifier son activité
. L'opérateur bénéficie uniquement d'une concession
. Nécessité de la transformation en société anonyme
. L'opérateur est un régulateur du marché
. L'opérateur prend en charge une fonction sociale vis à vis de ses partenaires
. L'opérateur a les prérogatives de puissance publique
. L'opérateur bénéficie de la garantie de l'Etat

1.3 Synthèse des recommandations …………………………………………………………………….. 31

• Section 2 : Analyse critique de la situation actuelle des secteurs sous monopole d'Etat et
Perspectives d'évolution

2.1 Analyse liée au secteur …………………………………………………………………………………. 33

. Etude des caractéristiques du secteur national et mondial


. Analyse des composantes du monopole et perspectives d'évolution

143
2.2 Analyse liée aux opérateurs ……………………………………………………………………………. 37

. Principaux acteurs
. Stratégies des acteurs

2.3 Impact du démantèlement du monopole sur le secteur et sur l'opérateur ………………………... 39

. Intérêt de l'analyse d'impact


. Cas du secteur du tabac

• Section 3 : Etude de l'expérience marocaine de libéralisation

3.1 Secteur du thé …………………………………………………………………………………………… 41

. Rappel historique
. Impact de la libéralisation sur le secteur et sur l'opérateur
. Enseignements à tirer de cette libéralisation

3.2 Marché céréalier ………………………………………………………………………………………… 42

. Rappel historique
. Impact de la libéralisation sur le secteur et sur l'opérateur
. Enseignements à tirer de cette libéralisation

3.3 Secteur des hydrocarbures …………………………………………………………………………….. 45

. Rappel historique
. Impact de la libéralisation sur le secteur et sur l'opérateur
. Enseignements à tirer de cette libéralisation

3.4 Secteur de la téléphonie mobile ……………………………………………………………………….. 46

. Rappel historique
. Impact de la libéralisation sur le secteur et sur l'opérateur
. Enseignements à tirer de cette libéralisation

3.5 Synthèse des recommandations tirées de l'expérience marocaine ….…………………………… 47

• Conclusion du chapitre

144
Chapitre II : Choix des stratégies de libéralisation et de démonopolisation

• Section 1 : Stratégies de libéralisation : Analyse comparée des expériences


Internationales et régionales

1.1 Secteur du tabac …………………………………………………………………………...……….. 50


1.2 Secteur de la téléphonie fixe ………………………………………………………………………..... 50

• Section 2 : Stratégies de libéralisation et de démonopolisation recommandées pour


le Maroc

2.1 Mode de libéralisation : Libéralisation en bloc ou échelonnée ? ………………….………………. 54

. Principe général
. Cas du secteur du tabac
. Cas du secteur de l'électricité

2.2 Ordonnancement de la libéralisation …………………………………………….……………………. 56

. Principe général
. Cas du secteur du tabac
. Cas du secteur de l'électricité

2.3 Modalités recommandées pour la privatisation de l'opérateur …………………………..………... 58

. Pourquoi privatiser l'opérateur historique ?


. Quelles sont les méthodes de privatisation adaptées aux opérateurs historiques ?
. Modalités recommandées pour le Maroc

2.4 Calendrier de libéralisation …………………………………………………………………………….. 63

. Impact de l'ordre de priorité sur le calendrier


. Impact de la mise à niveau sur le calendrier
. Impact de la privatisation sur le calendrier
. Contraintes des engagements internationaux

145
2.5 Cas particulier du secteur de la téléphonie fixe ……………………………………………………… 64

. Problématique liée au rééquilibrage des tarifs


. Contrainte d'universalité
. Risque de la substitution du fixe par le mobile

• Section 3 : Préalables et mesures d'accompagnement

3.1 Préalables et mesures générales ……………………………………………………………………… 66

. Définir une politique gouvernementale générale pour le devenir du secteur


. Mieux clarifier les responsabilités
. Réformer la fiscalité et le cadre légal du secteur

3.2 Préalables et mesures spécifiques aux secteurs …………………………………………………… 69

. Organiser le secteur
. Mettre à niveau les normes qualité
. Soutenir les filières non préparée à la concurrence

3.3 Préalables et mesures spécifiques aux opérateurs ……………………………..………………….. 70

. Réformer le mode de gouvernance de l'opérateur public


. Mettre à niveau les opérateurs
. Prendre en charge les engagements sociaux

• Conclusion du chapitre

146
DEUXIEME PARTIE :
PLANIFICATION STRATEGIQUE : VOLET JURIDIQUE ET FISCAL

Chapitre I : Volet juridique de la planification stratégique

• Section 1 : Problématique juridique

1.1 Problématique juridique au niveau du secteur ……………………………………………………… 74

. Calendrier de libéralisation juridique et de privatisation


. Accompagnement des secteurs
. Coordination avec les textes existants

1.2 Problématique juridique au niveau de l'opérateur …………………………………………………... 82

. Formes possibles de recours à un partenaire stratégique


. Eléments du cahier des charges

• Section 2 : Benchmark du cadre juridique

2.1 Secteur du tabac ……………………………………………………………………………………… 85

. Engagements en matière de maintien de l'emploi


. Engagements en matière d'investissement
. Engagements en matière de production locale
. Engagements en matière de maintien de la fabrication locale de cigarettes

2.2 Secteur de l'électricité ………………………………………………………………………………….. 87

. Rappel du contexte dans lequel évolue le monopole de l'électricité


. Modèle des pays de l'Asie
. Modèle Nord Américain
. Modèle européen
. Modèle Algérien

147
• Section 3 : Démarche suggérée

3.1 Perspectives économiques et sociales ……………………………………………………………… 94

. Lien entre les perspectives économiques et sociales et la nouvelle réglementation


. Cas d'illustration

3.2 Modalités de passage vers la nouvelle réglementation…………………………………………….. 98

. Modalités de passage vers le nouveau régime fiscal


. Modalités de passage vers le nouveau régime juridique

3.3 Rédaction des projets des textes de loi ……………………………………………………………… 100

. Définition du secteur
. Réglementation par filière et composants des filières
. Ajustement des monopoles
. Sanctions
. Mesures transitoires

• Conclusion du chapitre

Chapitre II : Volet fiscal de la planification stratégique : Cas des secteurs à haute


fiscalité

• Section 1 : Problématique fiscale

1.1 Objectifs et contraintes fiscales de la libéralisation ……………………………………….………… 105

. Nécessité ou non de changer le régime fiscal actuel


. Contrainte de maintien des recettes fiscales de l'Etat
. La fiscalité ; absence de neutralité dans un cadre libéralisé
. La fiscalité ; moyen de protéger la production nationale
. Contraintes de privatisation

1.2 Coordination avec les textes existants ………………………………………………………………. 107

. Coordination avec les accords de l'OMC

148
. Coordination avec l'accord d'association avec l'UE
. Coordination avec les dispositions fiscales internes

• Section 2 : Benchmark du cadre fiscal des secteurs à haute fiscalité

2.1 Critères de sélection ………………………………………………………………………………….… 112


2.2 Taxe sur la valeur ajoutée ……………………………………………………………………………… 112
2.3 Impôt sur le tabac ……………………………………………………………………………………….. 113
2.4 Droit d'importation ………………………………………………………………………………………. 115
2.5 Synthèse des modèles étudiés ……………………………………………………………………….. 115

• Section 3 : Démarche suggérée

3.1 Analyse approfondie du régime fiscal actuel ………………………………………………………… 118

. Détermination de la pression fiscale


. Analyse de la pression fiscale par rapport aux autres pays
. Comment a évolué la fiscalité du secteur
. Quels sont les avantages du système fiscal actuel
. Quelles sont les limites du système fiscal actuel
. Les modèles qui ressortent du benchmark son-ils applicables au Maroc

3.2 Nouveau régime fiscal …………………………………………………………………………………. 124

. Rappel du modèle retenu par le Maroc


. Analyse critique du modèle fiscal retenu
. Modèle fiscal recommandé

3.3 Mise en œuvre du modèle choisi …………………………………………………………………….. 130

. Modélisation des recettes fiscales


. Etude d'impact du nouveau régime fiscal

• Conclusion du chapitre

CONCLUSION GENERALE
• Table des matières ………………………………………..……………………………………….. 142
• Lexique Arabe - Français ………………………………………..……………………….……….. 150
• Bibliographie ……………………………………………………………………………………..… 151

149
Lexique Arabe - Français

Français Arabe Français Arabe


Accord de coopération….. 4 Origine ………………….. 211
Actionnaire ……………... 13 OMC …………………….
Ad valorem ……………... 15 Prix ……………………… 229
Agglomération …………. 18 Projet de loi ……………... 231
Aliénabilité ……………... 19 Prorogation de délai …….. 233
Analyse juridique ………. 21 Protectionnisme ………… 233
Cahier des charges ……... 47 Puissance publique ……… 234
Calendrier ………………. 49 Recettes ordinaires ……… 240
Clause de sauvegarde …... 59 Régime fiscal …………… 244
Code de commerce ……... 60 Secteur privé ……………. 261
Décret …………………... 89 Secteur public …………... 261
Douane …………………. 109 Service public …………... 262
Droits acquis …………… 110 Société …………………... 264
Droit comparé ………….. 110 Subvention ……………... 270
Droit de consommation … 110 Taxe …………………….. 275
Droit de douane ………… 111 TVA …………………….. 275
Etablissement public …… 127 Traité ……………………. 278
Finances publiques ……... 139 Trésor …………………… 281
Fiscalité ………………… 140 Utilité publique …………. 285
Importation ……………. 156 UE ……………………….
Libre échange ………….. 179 Electricité ………………..
Loi ……………………… 183 Hydrocarbures …………..
Loi de finances …………. 184 Tabac …………………….
Marché …………………. 189 Céréales ………………….
Marketing ………………. 190 Thé ………………………
Monopole ………………. 195 Téléphonie fixe ………….
Monopole de droit ……… 195 Concurrence ……………..
Monopole de fait ……….. 195 Office ……………………
Monopole fiscal ………… 195 Tabaculture ……………..
Monopsone ……………... 195 Grossiste ………………..
Oligopole ……………….. 207 Benchmark ………………

150
Bibliographie

MEMOIRES

. "Les opérateurs étrangers face à la fiscalité . Mohamed HDID . CEC


marocaine" Nov 1996

. "L'audit externe de l'entreprise publique au . Mohamed . CEC


Maroc" BOUMESMAR Nov 1997

. "La transformation des offices en société . Abdou DIOP . CEC


anonyme" Mai 2001

. "Le contrôle de l'Etat sur les entreprises . Dounia . CSG


publiques et les sociétés d'économie mixte" My abdelkrim 1981

. "Désengagement financier et économie de . El Boutayebi . CSG


l'Etat : cas des entreprises publiques" El Hassan

. "Le désengagement de l'Etat des entreprises . El Basri, J. Manou, . CSG


publiques " Kouchau

. "Etude sur les conséquences de la concurrence . Sofia EL GHARBI . DESS


sur le service public des télécommunications" Sept 1995

OUVRAGES

. "Du monopole au Marché : les stratégies de . Pierre-Eric TIXIER . Ed. la


modernisation des entreprises publiques" découverte
2002
. "Les privatisations au Maroc : Approche . salah QRONFLI . Ed.
juridique" Maghrébines
1998
. La fin des monopoles d'Etat . Patrice DURAND . Heconom'x
1999

151
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. "Le devenir du service public : comparaison . Driss Guerraoui . Ed. Toubkal


France - Maroc" . El Aoufi 1997
. Jocelyne Barreau

. "La concurrence" . Pascal Salin . Ed. PUF


1995

. "Privatisations et réformes des entreprises . M. BEDHRI . Ed Afrique


publiques dans les pays de 14uma". Orient 1991

. "Les entreprises publiques au Maroc et leur . A. EL MIDAOUI . Ed. Afrique


participation au développement" Orient. 1981

. "Les privatisations : Un défi stratégique, . P. GUISLAIN . Ed Deboeck


juridique et institutionnel" Université 96

. "Stratégie de privatisation: Comparaison . X. RICHET . Ed. Toubkal


Maghreb-Europe" . D. GUERRAOUI 1995

. "La coopération entre l'Union Européenne et les . Med Ben El Hassan . Ed. Nathan
pays du Maghreb." ALAOUI 1994

. "Démystifier la mondialisation de l'économie" . Annie Fouquet . Ed org. 97

. "De l'espace national à la mondialisation" . G. Wackerman . Ed. ellipses95

. L'Etat et les entreprises publiques . Delion - André . Ed Sirey 58

. Droit et gestion des entreprises publiques au . D. Alaoui Mdaghri . Univ Hassan


Maroc II – 1985

. La gestion des entreprises publiques au Maroc . Ass. Mar. de gestion . Nov 1979

152
RAPPORTS DE MISSIONS

. Rapport de l'assistance juridique à la mise . Deloitte & Touche . Janv 2002


en œuvre de la libéralisation du secteur du
tabac au Maroc.

. Rapport de l'assistance fiscale à la mise en . Deloitte & Touche . Janv 2002


œuvre de la libéralisation du secteur du
tabac au Maroc.

. Rapport de due diligence post acquisition . Deloitte & Touche . Oct. 2003
de la régie des tabacs

. Etude sur la libéralisation du secteur du . Arthur Andersen . Janv 2001


tabac au Maroc et la privatisation de la
régie des tabacs.

. Etude sur la transformation de l'Office . Masnaoui - Mazars . Janv 1998


National du Thé et du Sucre en société
anonyme.

. Rapport d'audit de privatisation d'IAM . Arthur Andersen . Septembre


. Mazars & Guérard 1999

. Rapport d'audit relatif au diagnostic . Gide Loyrette Nouel . Septembre


juridique de l'environnement des 1999
télécommunications au Maroc

. Rapport dit "Mackinsey" de 1974.

. Rapport dit "Jouahri" de 1979.

153
REGLEMENTATION DES SECTEURS

Secteur du tabac

. Loi n° 46-00 relative au régime des tabacs bruts et tabacs manufacturés (loi libéralisant le secteur)
. Dahir du 12 novembre 1932 relatif au régime des tabacs au Maroc.
. Dahir du 19 janvier 1970 relatif au monopole des tabacs modifiant le dahir de 1932.
. Convention de concession conclue le 31 décembre 1967 entre l'Etat et la Régie des Tabacs.
. Statuts de la Régie des tabacs.
. Accord d'association pour le développement de la plantation du tabac conclu entre la Régie des
Tabacs et l'association des planteurs de Ain Cheggag.

Secteur du thé

. Dahir portant loi n° 1-93-141 du 22 rebia I 1414 (10 septembre 1993) modifiant le dahir n° 1-63-
214 du 17 rebia II 1383 (7 septembre 1963) instituant un Office national du thé et du sucre.
. Dahir n° 1-63-312 du 25 joumada II 1383 (13 novembre 1963) modifiant le dahir n° 1-63-214 du 17
rebia II 1383 (7 septembre 1963) instituant un Office national du thé et du sucre.
. Dahir n° 1-63-214 du 17 rebia II 1383 (7 septembre 1963) instituant un Office national du thé et du
sucre.
. Dahir n° 1-58-394 du 11 joumada II 1378 (23 décembre 1958) instituant un Office national du thé.

Secteur céréalier

. Dahir du 24 avril 1937 portant création de l'Office Chérifien Interprofessionnel du blé


. Dahir portant loi n° 1-73-335 du 24.09.1973 relatif à l'organisation du marché des céréales et des
légumineuses.
. Dahir n° 1-95-8 du 22.02.1995 portant promulgation de la loi n° 12-94 libéralisant le marché
céréalier.

Secteur des hydrocarbures

. Dahir portant loi n°1-72-255 du 18 Moharrem 1393 (22 Février 1973) sur l’importation ,
l’exportation , le raffinage , la reprise en raffinerie et en centre emplisseur , le stockage et la
distribution des hydrocarbures ; modifié par la loi n° 4-95-141 du 6 Rabia I 1416 (4 Août 1995) .

154
AUTRES SOURCES LEGALES

. Accords de l'Organisation Mondiale du Commerce.


. Accord d'association Maroc – Union européenne.
. Loi n° 6-99 sur la liberté des prix et de la concurrence.
. Décret n°2-00-854 pris pour l'application de la loi n°6-99 sur la liberté des prix et de la
concurrence.
. Réglementation des Douanes et impôts indirects.
. Loi n° 30-85 relative à la TVA.
. Loi de privatisation n° 39-89 autorisant le transfert d'entreprises publiques au secteur privé.
. Loi de privatisation n° 34-98 modifiant et complétant la loi n° 39-89.

ETUDES, SEMINAIRES, COLLOQUES ET PUBLICATIONS DIVERSES

. "Libéralisation du secteur de l'électricité en . Abdenour Keramane, Revue Medenergie, n°


Algérie" 7 avril 2003.

. "La politique énergétique nationale" . Conférence organisée par la fédération de


l'énergie (Maroc) et animée par monsieur le
Ministre de l'énergie et des mines. 30 janvier
2003 - Casablanca.

. "L'énergie face à deux enjeux : Libéraliser . Dossier de l'économiste, n° 1440, du 30


et diversifier" janvier 2003.

. "Libéralisation des télécommunications : . Dossier de l'économiste, n° 1488 du 1er avril


Bon point pour le GSM, incertitude sur le 2003.
fixe"

. "Libéralisation du marché de l'énergie" . Etude du service de l'énergie de l'état (SEE)


France. Www.see.lu

. "Cours de libéralisation des marchés de . Milad Zarin-Nejadrin


l'électricité" . Université de Neuchâtel- France.

. "Le secteur de l'énergie électrique au . Revue d'information de la BMCE, n° 260


Maroc" janvier 1999

155
. "Le secteur des télécommunications au . Revue d'information de la BMCE, n° 274
Maroc" juin-juillet 2000

. "Libéralisation des services postaux" . Rapport de la chambre internationale de


commerce du 8 nov 2001.

. "Ouverture à la concurrence des . Etude de l'observatoire mondial des


télécommunications au Maroc : quelles systèmes de communication. 11 février
conséquences ?" 2001. (Extraite de l'étude réalisée pour le
compte de la Commission européenne, mai
2000)

. "Tabac : Enjeux de l'ouverture " . Conférence - Economie & entreprise – jeudi


8 fév 2002 – Casablanca

. "La privatisation de la SEITA" . Guy Dutreix, Conseiller du président Altadis


Février 2002

. "Les privatisations dans le secteur du . Etude réalisée par le cabinet français HSBC
tabac" pour le compte de Altadis dans le cadre de la
privatisation de la Régie des Tabacs – 7
février 2002.

. "Audiovisuel au Maroc : libéraliser le . MAP le 15 mars 2002.


secteur".
. "Systèmes post récolte des céréales au . Organisation des Nations Unis pour
Maroc" l'alimentation et l'agriculture.
El houssine BARTALI, consultant FAO fév
1995
. "Le secteur des céréales au Maroc" . Revue d'information de la BMCE, n° 231
juin 1996
. "Le secteur minier au Maroc" . Revue d'information de la BMCE, n° 258
novembre 1998
. "L'industrie du sucre au Maroc" . Revue d'information de la BMCE, n° 263
avril 1999

156
. "Transport aérien et maritime au Maroc" . Revue d'information de la BMCE, n° 244
juillet-août 1997
. "l'industrie pétrolière au Maroc" . Revue d'information de la BMCE, n° 222
septembre 1995
. "Le transport terrestre au Maroc" . Revue d'information de la BMCE, n° 241
avril 1997.
. "Conférence internationale de Casablanca : . Conseil de la concurrence (France) -
Mondialisation et droit de la concurrence". Casablanca Juillet 2000

. "Séminaire Euro-Méditéranéen sur le droit . Ministère des affaires générales du Maroc -


et la politique de concurrence". Casablanca Juillet 2000

. "Le code de la concurrence de la CNUCED . CNUCED – 1999


et la loi modèle".

. "Dossier spécial : La loi sur la . L'économiste 3 juin 2001


concurrence"

. "Note de présentation du projet de loi sur la . Direction des prix et de la concurrence -


liberté des prix et de la concurrence". Janvier 1999

. "L'expérience acquise dans le domaine de . CNUCED - Mars 1999


la coopération internationale concernant la
politique de concurrence et les mécanismes
utilisés"

. "L'ensemble de principes et de règles . CNUCED - Mars 1992


équitables convenus au niveau multilatéral
pour le contrôle des pratiques
commerciales restrictives".

. "Ouverture et libéralisation des marchés en . Colloque du 1er au 3 déc 1998 à Berlin.


Afrique – la réponse à la mondialisation" . Fondation allemande pour le développement
international.

157
. "Libéralisation du commerce mondial et . Etudes thématiques du FMI, Nov 2001
pays en développement"

. "Réponses des PME à la libéralisation : . Etude de la revue Findings n° 42- oct 95


réponse de 5 pays d'Afrique"

. "Conséquences économiques de . Direction des études et des prévisions


. l'accord de libre échange". financières - Mars 2001

. "Colloque international : Maroc-Union . Association Marocaine des Polytechniciens,


Européenne, quatre ans après; où sommes Banque Mondiale et Union Européenne -
nous ?". Mars 2000

. "Dossier Maroc – UE" . L'économiste, 1mars 2000

. "Accords Euro-Méditéranéens et . Direction Générale de la concurrence -


Concurrence : Une réponse aux problèmes Commission européenne - Juillet 2000
de développement et de mondialisation".

. "Téléphone : fin du monopole sur les . Revue fiduciaire . N°572


communications locales" 01.12.00

. "Ouverture totale du secteur des . Revue fiduciaire . N°570


télécommunications à la concurrence" 01.10.00

. "1999 : les téléphones sans le monopole" . Messages . N° 427 sept-


oct 1993

. "Quel futur pour les télécommunications ?" . Adaptation . N° 89


mai 1995

. "Libéralisation des télécommunications : où en . Messages . N° 433 nov


est l'Union européenne ?" 94-jan 95

. "La libéralisation de l'électricité : le marché de . La vie économique . du 23.02 au


demain vu par Benhima" 1.03.01

158
. " Oualalou rassure le syndicat de la Régie des . Entreprise . N°20 déc
Tabacs" 2001

. "Doute sur le respect du calendrier de . Economie & . déc 2001


privatisation de la Régie des Tabacs" Entreprise

. "Les tabacs à l'heure de la privatisation" . Aujourd'hui le . Déc2001


Maroc
. "5 milliards de DH par an versés au budget de . L'économiste . N°216 Fév
l'Etat : Tabacs; la bonne affaire du Trésor". 1996

. "La privatisation de la Régie des Tabacs sur les . L'économiste . N°670


traces de Maroc télécom" Fév2001

. "Les cessions au privé font un tabac chez les . L'économiste . N°1074


cigarettiers" Août 2001

. "La privatisation de la Régie des Tabacs . L'économiste . N°1074


réactivée". Août 2001

. "Tabacalera et Seita sur la piste de la Régie des . L'économiste . N°308


Tabacs" déc1997

. "Entreprises publiques : Pas de privatisation . La vie économique . Septembre


sans préparation" 2001

. "Maroc – UE/Douane : Les finances veulent . L'économiste . N°1123 Oct


renégocier" 2001

. "Dossier concurrence : Comment se servir de la . L'économiste . N°1176 jan


loi" 2002
. "la profession de foi de Ghali sebti" (marché . Maroc hebdo . N° 265 du
céréalier) 15 au 21
mars 1997
. "Les céréales à l'épreuve de la libéralisation : . Maroc hebdo . N° 314 du
attention secteur sensible" mars 1998.

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