Vous êtes sur la page 1sur 4

Chapitre 4 

: LES NEOCLASSIQUES
INTRODUCTION

Au début des années 1870, trois auteurs qui ont travaillé séparément, découvrent à peu près en
même temps des outils nouveaux d’analyse économique. Il s’agit du britannique Stanley JEVONS
(1835-1882), du français Léon WALRAS (1834-1910) et de l’autrichien Carl MENGER (1840-1921). Ces
trois auteurs apparaissent comme les fondateurs du courant néoclassique.

Cependant, leurs travails seront poursuivis et approfondis par de nombreux économistes,


notamment Alfred MARSHALL (1842) et Vilfredo PARETO (1849-1923). Ce courant présente une unité
de pensée. Mais au-delà de cette unité, une certaine diversité se dégage. En effet, trois écoles de
conception de l’économie peuvent être distinguées : L’Ecole de Vienne, celle de Lausanne et celle de
Cambridge. Les théories issues de ces écoles vont constituer une certaine conception de l’économie :
la microéconomie.

I. LES NEOCLASSIQUES : UNITE DE PENSEE


Les éléments d’analyse communs aux néoclassiques sont une nouvelle théorie de la valeur des
biens, fondée sur l’utilité et la rareté, et l’introduction du raisonnement à la marge (le
marginalisme).

La préoccupation essentielle des néoclassiques est alors celle de l’affectation optimale des ressources
rares à des usages alternatifs. Leur raisonnement décrit une logique de maximisation de la
satisfaction des individus.

1) Une nouvelle théorie de la valeur

Rappelons que pour les « classiques » comme pour MARX, la valeur des biens est définie de façon
objective en référence au travail. Cette valeur est égale à la quantité de travail commandé (SMITH)
ou à la quantité de travail direct et indirect incorporé (RICARDO, MARX) dans les biens.

Les néoclassiques ont une optique différente. Pour eux, la valeur des biens est définie de façon
subjective, en référence au besoin que satisfait le bien. Les « classiques » parlent de la valeur travail
des biens, les néoclassiques évoquent la valeur utilité des biens. L’utilité d’un bien est définie comme
la satisfaction qu’un agent retire de la consommation d’un bien ou d’un service. La satisfaction est de
nature individuelle et subjective. La valeur d’un bien, son prix, dépend, pour les néoclassiques, de la
satisfaction qu’il procure. Toute référence au travail et au coût de production est donc abandonnée.
Par exemple, si la valeur d’une télévision haute définition est de 1 000 000Fcaf représente 100 fois le
prix d’une petite radio 10 000Fcaf, ce n’est pas parce que le coût de production de la première est
100 fois supérieurs à celle de la seconde. C’est parce que les services rendus par télévision sont
estimés par le consommateur 100 fois supérieurs à ceux rendus par la radio. Le consommateur est
alors prêt à payer un prix élevé pour disposer des services de cette télévision. C’est la raison pour
laquelle un fabricant prendra l’initiative de la produire et de la mettre sur le marché.

2) Le marginalisme

Comment évolue l’utilité d’un bien quand la consommation de ce bien augmente d’une unité ? Par
exemple, comment évolue la satisfaction d’un homme assoiffé au fur et à mesure qu’il consomme
des verres d’eau ? Pour répondre à ces question, les néoclassiques vont conduire un raisonnement à
la marge. S’il s’intéresse à l’utilité marginale. Celle-ci est définie comme la satisfaction globale qu’un
individu retire à la suite de la consommation d’une unité supplémentaire d’un bien. Pour l’homme
assoiffé, observons deux phénomènes :

a) L’intensité de son besoin de boire diminue au fur et à mesure qu’il consomme des verres
d’eau

Il a moins soif à partir du deuxième verre, encore moins soif à partir du troisième verre. C’est le
principe néoclassique de l’intensité décroissante des besoins. Ce principe est encore appelé Première
Loin de GOSSEN du nom du psychologue allemand qui, en 1843 formula ce principe.

b) La satisfaction éprouvée à la suite de chaque verre consommé diminue. Le troisième verre


d’eau procure moins de plaisir que le deuxième et encore moins que le troisième

C’est le principe néoclassique de l’utilité marginale décroissante, ou encore deuxième loi de


GOSSEN. Si l’utilité marginale décroit, cela ne veut pas dire que l’utilité diminue. Si l’individu continue
à boire, c’est parce qu’il éprouve encore du plaisir à le faire (utilité totale croissante) même si son
plaisir diminue après chaque verre (utilité marginale décroissante).

A un moment donné, la consommation d’un verre supplémentaire n’apporte plus de satisfaction à


l’individu. Celui-ci aura atteint un point de satiété ou de saturation. En ce point, l’utilité marginale
est nulle et l’utilité totale (égale à la somme des utilités marginales) atteint son maximum. Au-delà
de ce point, l’utilité marginale devient négative et l’utilité totale diminue (supplice médiévale de
l’eau).

Les néoclassiques considèrent que l’individu rationnel ne poussera pas sa consommation au-delà du
point de satiété. Ils font l’hypothèse que l’utilité marginale est normalement décroissante mais
toujours positive. Par conséquent, l’utilité totale, somme des utilités marginales, croit avec la
quantité des biens consommés (plus je consomme, plus je suis satisfait).

La distinction entre l’utilité totale et l’utilité marginale permet de résoudre le paradoxe de l’eau et du
diamant et de façon plus générale, la distinction entre la valeur d’échange des biens (leur prix
déterminé par le marché) et la valeur d’usage (leur utilité). Ainsi, pourquoi l’eau, bien très utile a-t-
elle un prix généralement très faible ? Pourquoi le diamant, bien moins utile que l’eau, a-t-il un prix
très élevé ? C’est le paradoxe sur lequel butait SMITH.

En fait, l’eau a sans doute une utilité totale très forte (elle est indispensable à la vie des hommes),
mais son utilité marginale est faible parce qu’elle est abondante. Les hommes ne sont pas prêts à
consentir des sacrifices (un prix élevé) pour l’obtenir.

En revanche, le diamant a une utilité totale plus faible que celle de l’eau, son utilité marginale est
plus forte parce qu’il est très rare. Les hommes sont prêts à consentir des sacrifices élevés pour
l’obtenir. Le paradoxe de l’eau et du diamant est levé si l’on prend l’utilité marginale comme
fondement de la valeur des deux biens.

Dans l’exemple de l’homme assoiffé, quel est le prix des verres d’eau qu’il consentira à payer ? Sans
doute un prix élevé pour le premier verre qui lui apporte une très grande satisfaction. Puis, un prix
moins élevé pour le second, car la satisfaction qu’il lui procure est moins grande. Un prix encore
moins élevé pour le troisième verre et ainsi de suite. Dans ces conditions, c’est le plaisir du dernier
verre d’eau consommé qui déterminera le prix de chacun des verres consommés.

3) La logique de maximisation
Du raisonnement à la marge, les néoclassiques passent naturellement à la recherche des conditions
de la maximisation de l’utilité des individus. Cette maximisation se fait sans contrainte.

Ainsi, le consommateur rationnel maximise son utilité (sa satisfaction) sous contrainte de son revenu.
Le producteur maximise son profit en tenant compte des contraintes liées aux techniques de
production (capital, travail, biens intermédiaires, terre). Le gouvernement maximise le bien-être
social de la nation sous la contrainte qu’impose le budget de l’Etat. La généralisation de l’analyse
marginale et de la logique de maximisation conduit les néoclassiques à l’élaboration d’une théorie
générale de la décision économique émanant d’un Homo-oeuconomicus parfaitement rationnel.

II. LES NEOCLASSIQUES : DIVERSITE DES ECOLES

Cette diversité des écoles s’observe à travers 3 ouvrages : « la théorie de l’économie politique » de
Stanley JOVENS, « les éléments d’économie politique pure » de Léon Walras et « les principes
d’économie politique  » de Carl MENGER.

1) L’Ecole de Vienne et la Théorie de l’utilité marginale

Carle MENGER (1840-1921), économiste autrichien, est le fondateur de cette école. Il propose en
1871, la théorie de l’utilité marginale qui est une conception subjective de la valeur. Cette théorie
s’oppose à celle des « classiques » pour qui la valeur d’un bien découle de ses caractéristiques
objectives.

La spécificité de cette école réside dans l’importance qu’elle accorde à l’analyse psychologique, le
subjectivisme. Pour cette école, la science économique doit renoncer à l’abstraction (d’où son refus
d’utiliser au-delà de l’arithmétique simple d’un tableau de chiffres). L’économie doit étudier le
comportement des individus en s’appuyant sur la psychologie.

Les travaux de MENGER seront développés par Eugen VON BOHM-BAWERK (1851-1914) qui met en
avance le concept de productivité marginale du capital et par Friedrich WON WIESER (1851-1826) qui
montre que la valeur des facteurs de production dépend de la valeur des biens qu’il contribue à
produire

A partir de 1920, un courant néo-marginaliste se développe dans des directions différentes :


mathématique (théorie des jeux de VON NEUMANN et MORGENSTERN), monétariste (VON HAYEK),
praxéologique (VON MISES), technologique et systématique (SCHUMPETER).

2) L’école de Lausanne et la Théorie de l’équilibre général

Son Fondateur Léon WALRAS (1834-1910), s’intéresse à la théorie de l’équilibre général. Le


successeur de WALRAS, l’italien Vilfredo PARETO (1848-1923), complète le modèle walrasien par la
théorie de l’optimum.

WALRAS analyse comment dans un système complexe, c’est-à-dire un système qui prend en compte
tous les agents économiques, tous les facteurs de production et tous les marchés des biens, il peut y
avoir réalisation d’un équilibre simultané sur tous les marchés. En situation d’équilibre général
(équilibre simultané sur tous les marchés), ni les producteurs, ni les consommateurs n’ont intérêt à
modifier les quantités offertes et les quantités demandées sur les différents marchés qui sont
interdépendants. Le cadre retenu est celui d’une économie de marché où règne sur tous les marchés
« la concurrence pure et parfaite ».
PARETO complète la théorie de l’équilibre général. Il démontre que la situation d’équilibre général
est, en plus, une situation optimum. L’optimum de PARETO est l’état de l’économie tel qu’il n’est
plus possible d’accroitre la satisfaction d’un individu sans diminuer celle d’au moins un autre.

3) L’école de Cambridge et la Théorie de l’équilibre partiel

Stanley JOVENS (1835-1882) est le fondateur de cette école. Il considère que l’économie est par
nature une science aussi mathématique que la physique.

Il est l’un des inventeurs de la théorie de l’utilité marginale. Il la présente sous forme mathématique  :
« Le rapport d’échange de deux marchandises est égal à l’inverse du rapport de leurs utilités
marginale ».

Le chef de file de cette école est cependant Alfred MARSHALL (1842-1924). Celui-ci s’intéresse aux
conditions d’équilibre partiel, c’est-à-dire la détermination du prix d’un produit particulier sur un
marché en neutralisant ce qui se passe sur les autres marchés. Il utilise, pour cela, l’expression
marshallienne : « Toutes choses étant égales par ailleurs » ou «  Ceteris Paribus ».

MARSHALL considère que le coût de production et l’utilité ont un rôle dans la détermination e la
valeur des biens. Il réconcilie les conceptions objectives et subjectives de la valeur des biens. Dans
son ouvrage « Principe d’économie politique » (1890), MARSHALL utilise la métaphore de la paire de
ciseaux : «  il serait tout aussi déraisonnable de discuter sur le point de savoir si c’est la lame
supérieure ou la lame inférieure d’une paire de ciseaux qui coupe le morceau de papier que de se
demander si la valeur est déterminée par l’utilité ou par le coût de production ».

MARSHALL donne la formule de l’élasticité de la demande ; c’est le rapport entre le pourcentage de


la variation des quantités demandées et le pourcentage de la variation des prix qui en sont la cause. Il
fait la distinction entre effet de courte période et de longue période en économie.

Pour ses contributions essentielles, MARSHALL a contribué à forger des instruments d’analyse
importants qui sont encore utilisés par la plupart des économistes.

Vous aimerez peut-être aussi