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17/09/2018 La Licorne - Wilhelm DILTHEY 

: la notion d'« expérience vécue » et la critique littéraire française

Wilhelm DILTHEY : la notion d'« expérience
vécue » et la critique littéraire française
Publié en ligne le 5 juin 2014

Par Paul GORCEIX

Dans sa conclusion au colloque de Cerisy­la­Salle, consacré aux  Tendances actuelles de la


critique  (septembre  1966),  Georges  Poulet  définit  la  critique  comme «  une expérience
surgissant d‘une autre expérience  »,  surpris  et  en  même  temps  déçu  que  le  mot
d’expérience, essentiel hier encore dans le langage de Curtius, de Gundolf, de Du Bos ou de
Raymond  soit  déjà  «  en train de passer de mode  ».  La  pierre  angulaire  de  sa  critique,
Georges Poulet se plaît manifestement à le rappeler, c’est l' « Erlebnis », l’expérience vécue,
personnelle, intime, notion qu’il tient en héritage de son garant, Wilhelm Dilthey. Et, comme
pour légitimer sa sympathie à l’égard du philosophe allemand, il ajoute : « La critique n‘est‑
elle pas en effet, tout comme la Geistgeschichte (sic), une pensée sur une pensée1 ? »
Cet  aveu  apporte  de  l’eau  à  notre  moulin,  convaincu  que  nous  sommes  des  interférences,
voire de l’étroitesse des liens, entre les approches de la critique en France et outre­Rhin, aux
différentes phases de son histoire, en particulier au XIXe siècle. Saisissons l’occasion pour
déplorer  la  carence  de  la  recherche  en  la  matière  et  réclamer  une  critique  littéraire
comparée  !  Stimulé  ici  par  le  témoignage  de  Georges  Poulet,  il  nous  est  apparu  tentant
d’esquisser  les  liens  de  parenté  qui  unissent  les  représentants  de  ce  que  l’on  a  appelé  la
critique d’identification, avec à leur tête Charles Du Bos, suivi notamment d’Albert Béguin,
de  Marcel  Raymond,  Georges  Poulet,  et  le  courant  idéaliste  de  l’histoire  littéraire  en
Allemagne inauguré à la fin du XIXe siècle par Wilhelm Dilthey, l’initiateur des « sciences
de l‘esprit » (Geisteswissenschaften).  Affinités  cristallisées  dans  ce  vocable  capital
« Erlebnis » dont  la  résonance  est  d’autant  plus  profonde  qu’il  est  un  de  ces  mots
difficilement  traduisibles,  dans  lesquels  Ch.  Du  Bos  voyait  les  porteurs  de  l’individualité
métaphysique d’un peuple.
Notre propos : essayer de montrer dans quelle mesure ce concept, spécifique d’une manière
d’être, d’une attitude intellectuelle, érigé en mythe par les disciples de l’histoire des idées en
Allemagne  et  dont  les  effets  sur  l’évolution  des  sciences  humaines  restent
incommensurables, devient ici avec un recul de plusieurs décennies le sésame de la critique.
Les analogies ne naissent, on le sait, qu’à l’intérieur d’un contexte philosophique, moral ou
sociologique  commun.  Dans  le  domaine  de  la  critique  comme  dans  celui  de  la  création
littéraire, il y faut des conditions opportunes.
Le  terrain  privilégié,  c’est  le  cosmopolitisme  qui  règne  en  Europe  à  la  fin  du  XIXe  siècle
jusqu’à la première guerre mondiale. C’est l’époque où les thèses du Symbolisme français,
largement  héritières  de  Novalis  et  du  Romantisme  allemand,  notamment  grâce  à
l’intercession  des  poètes  flamands  de  langue  française 2 ,  rejaillissent  par  un  curieux
phénomène  de  ricochet  sur  le « nouveau romantisme » de Stefan George et de son cercle,
prolongé par la poétique de Rilke, d’Hofmannsthal et plus tard de Trakl, qui découvrent dans
les Grands romantiques leurs ancêtres jusqu’alors méconnus.
Parallèlement  aux  théories  symbolistes  et  anticipant  l’intuitionisme  bergsonien,  l’histoire
littéraire  en  Allemagne  manifeste  alors  un  recul  de  plus  en  plus  marqué  à  l’égard  du

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traitement  mécanique  infligé  au  fait  littéraire  par  Wilhelm  Scherer  et  ses  disciples.  Dans
l’Introduction à l‘étude des sciences humaines (Einleitung in die
Geisteswissenschaften ), publiée en 1883, Dilthey prononce le divorce entre les sciences de
3

la nature et les sciences humaines. Jugeant le principe de causalité inadéquat pour saisir la
réalité  spirituelle  qui  nous  appartient  en  propre,  il  définit  une  méthode  d’interprétation
spécifique  aux  sciences  humaines,  fondée  sur  l’intériorité.  Tandis  que  les  sciences  de  la
nature expliquent les objets situés dans l’espace et le temps à l’aide de moyens rationnels,
les  sciences  de  l’esprit,  elles,  ont  pour  objectif  de  «  comprendre  »  la  vie  de  l’âme. « La
nature, on l‘explique, la vie de l‘âme, on la comprend », (die Natur erklaren wir, das
Seelenleben verstehen wir). « Expliquer », c’est établir des rapports entre des objets en les
abordant  de  l’extérieur,  «  comprendre  »  en  revanche,  c’est  saisir  par  le  dedans  une
signification appliquant ainsi aux sciences de l’esprit une démarche en conformité avec leur
nature. Quant à l’expérience intérieure l'« Erlebnis », elle est cette intuition qui met à notre
portée immédiate la réalité spirituelle. « Seule l‘âme est capable de découvrir l‘âme, seul un
génie peut en comprendre un autre, le stimuler, le pressentir 4 »,  écrivait  déjà  Herder  qui
réclamait  du  critique  non  seulement  de  se  remettre  dans  l’atmosphère  de  l’époque  où
l’œuvre  avait  vu  le  jour,  mais  d’en  épouser  le  mouvement  créateur,  substituant  aux
exigences d’une poétique normative l’intuition du critique lui­même.
Sans qu’il soit question de se livrer ici à une discutable recherche d’influences, force nous
est de constater les analogies entre la critique d’identification et les thèses développées par
Dilthey – d’abord au sein d’une commune hostilité aux principes du positivisme, notamment
au biographisme.
Effectivement, on rejoint le refus d’une interprétation mécanique de l’œuvre littéraire dans
la critique intuitive de Charles Du Bos. Au­delà du contact de fait, – Du Bos avait suivi à
Berlin  en  1904  les  cours  de  W.  Dilthey  et  de  Simmel  –  il  n’est  pas  trop  audacieux  de
supposer  que  la  philosophie  de  Dilthey  est  venue  compléter  pour  lui  l’apport  de  Bergson,
découvert dès 1899 et devenu immédiatement son père spirituel ; confluence d’autant plus
plausible  que  les  deux  philosophes  étaient  proches  l’un  de  l’autre  dans  leur  opposition  à
l’intellectualisme  et  leur  effort  d’ériger  une  philosophie  intérieure  modulée  sur  le
dynamisme de l’existence. De ses maîtres à penser, Charles Du Bos retient que le sens de
l’œuvre  ne  peut  être  apporté  de  l’extérieur  par  l’approche  biographique  ou  historique.  Il
refuse le démontage de l’œuvre dans ses éléments constitutifs, la recherche des causes et des
lois qui, selon Taine, régissent systématiquement la création littéraire. Ne nous dit­il pas le
scepticisme qui le gagne chaque fois qu’il voit les membres désarticulés du poète (disjecta
membra poetae) gisant devant lui, puis admirablement ressoudés par le critique, au prix de
l’authenticité même de l’œuvre ?
Admirateur  de  Du  Bos,  Albert  Béguin  à  son  tour,  met  en  garde  contre  la  confusion  entre
deux vérités fondamentalement distinctes : « La vérité historique et la vérité intérieure5 ».
Définissant  le  rôle  de  la  critique  littéraire,  il  ne  se  lasse  de  dénoncer  la  recherche  d’une
« objectivité »  scientifique « hétérogène à son objet »,  la  littérature. « La connaissance
d‘une réalité spirituelle appelle le concours d‘autres facultés, d‘autres moyens d‘approche
que la loupe, le centimètre et la balance à peser le papier d‘Auvergne », déclare­t­il 6 . Dans
son commentaire du grand ouvrage de Marcel Raymond, De Baudelaire au Surréalisme7 , il
s’en  prend  à  ces « géographies d‘une époque »  où  excellent  les « universitaires »  et  les
vignerons, curieusement associés dans une image, symbolique d’une technicité inadéquate à
la  connaissance  de  l’acte  poétique. « Jamais la vie n‘explique l‘Œuvre8 »,  une  restriction
toutefois pour Baudelaire qui conduit Béguin à utiliser littéralement la notion diltheyenne :
«  L’expérience (l‘Erlebnis)",  note­t­il, « n‘est pas, certes, la source de l‘aspiration
spirituelle, mais au moins chez Baudelaire, elle est une expression autre de la même réalité
psychique9 ». On aura noté que Béguin n’emploie pas la notion d’expérience au sens fruste

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d’aventure  «  biographique  »,  mais  la  conçoit  bien  comme  Dilthey  dans  sa  potentialité
spirituelle.
Marcel  Raymond  est  amené,  lui  aussi,  à  constater « une véritable dichotomie entre deux
démarches et deux modes de connaissance10 », celle de l’historien et celle du poète. Tandis
que
l'«  idéal  »  des  sciences  de  la  nature  […]  semble  être  de  réduire  toutes  choses  au
nombre,  à  la  quantité,  l’univers  de  l’artiste,  du  poète,  au  contraire,  a  pu  être
appelé non dimensionnel 11 .

Conséquence : dénombrer, compter les mesures d’un vers et la durée d’une syllabe, voilà qui
est dérisoire. Jamais la statistique, jamais l’existence des facultés d’observer et de raisonner
ne peuvent tenir lieu de « pénétration sympathique » d’une œuvre, – tout au plus ces facultés
nous permettent d’effectuer des contrôles et de « gouverner le premier abordage du texte ».
Car  même  si  M.  Raymond  admet  la  possibilité  d’un  fructueux  dialogue,  d’une
« complémentarité » souhaitable entre « scientifique » et  « littéraire », il n’est pas question
pour  lui  d’assimiler  deux  modes  de  connaissance  diamétralement  opposés  !  Le  divorce
n’existe­t­il pas a priori au niveau du langage ? Celui du savant qui tend à appréhender une
vérité  univoque  susceptible  de  démonstration  logique,  mathématique,  et  celui  du  poète,
plurivoque, qui, lui, essaye « d‘épouser le plein des choses », au moyen de mots, du symbole
« irréductible à une idée abstraite ».
Pour  sa  part,  Georges  Poulet  reconnaît  que  les  connaissances  biographiques,
bibliographiques, textuelles et généralement critiques, tout en lui étant indispensables, « ne
coïncident pas avec la connaissance interne de l‘Œuvre. Dans un sens, elles la dépassent, la
débordent ; dans un autre, elles n‘y atteignent pas 12 ». Aux critiques qui se dispersent dans
les « zones externes » de la pensée écrite tels Thibaudet, il oppose la « concentricité »  de
Jacques Rivière et de Du Bos et leur effort d’identification avec l’œuvre littéraire.
En fait, cette opposition déclarée au déterminisme, commune à Dilthey et aux tenants de la
critique française d’identification, prend ses racines dans une conception analogue de la vie
et  de  la  littérature.  Préfigurant  la  notion  bergsonienne  de  vie  qui,  aux  alentours  de  1900,
cristallise les aspirations d’une génération d’écrivains de Gide à Proust, Dilthey développe
une philosophie de la vie et une esthétique. Le concept de « Geist », d’esprit, y perd de plus
en  plus  sa  signification  rationnelle  et  intellectuelle  pour  se  charger  d’une  connotation
intuitive. Les « sciences de l‘esprit » tendent alors à désigner une sorte de science de l’âme
(Seelenwissenschaft), comme Jost Hermand le fait très justement remarquer 13 , dont la base
méthodologique  n’est  plus  le  principe  de  causalité,  mais  la  compréhension (Verstehen)
fondée sur l’intuition (Einfuhlung), l’approche et la pénétration « mystique » du texte. De
l’expérience  vécue  au­dedans  de  soi­même,  l’auteur  du  célèbre  recueil  d’essais  publié  en
1905  sous  le  titre  suggestif Das Erlebnis und die Dichtung14 ,  fait  le  fondement  de  toute
création  littéraire  authentique  (« Die Unterlage aller wahren Poesie ist… Erlebnis,
lebendige Erfahrung » ; Gesammelte Schriften, Leipzig 1922­1936, tome VI, p. 128). L’art
devient  l’expression  immédiate  du  vécu,  qui  ne  désigne  pas  seulement  l’aventure
biographique,  l’événement  positivement  enregistrable,  mais  englobe  l’ensemble  de  la  vie
psychique transmise dans son intégralité par le médium de la langue, y compris dans sa part
inconsciente, irrationnelle. À peine si l’art se distingue de la vie dans la mesure où le poète y
inclut les profondeurs abyssales du moi que la conscience n’éclaire pas. (« Er hebt es /das
Kunstwerk) aus Tiefen, die das Bewustein nicht erhellt »,  G.S.,  t.  VII,  p.  206.  Dans  les
Données immédiates de la conscience,  Bergson  ne  s’attache  pas  moins  à  rétablir  la
continuité  dynamique  de  la  vie  brisée  par  les  systèmes  abstraits  des  intellectualistes.  Nul
doute  que  sans  la  conjugaison  de  ces  deux  philosophies  la  pensée  critique  d’un  côté  et  de
l’autre du Rhin n’eût pris un cours différent !

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Pour Charles Du Bos, il n‘est pas de rupture entre la vie, la vie profonde, et la littérature. Il
ne cesse de le dire : « La littérature n’est rien d’autre que cette vie prenant conscience d’elle­
même lorsque dans l’âme d’un homme de génie elle rejoint sa plénitude d’expression 15  ».
« Le sujet, la matière de la littérature, c’est la vie dans sa totalité 16  ». Définition qui répond
comme l‘écho à ce mot de Dilthey : « L’œuvre d’art exprime le vécu dans sa plénitude et sa
totalité 17  »,  («  Das  Erlebte  geht  […]  vollund  ganz  in  den  Ausdruck  ein  »). On sait qu‘à
l‘origine de sa critique, Du Bos avait érigé un véritable mythe de la vie, de la vie de l‘âme,
accompagnée à travers ses plus prestigieux représentants, Keats, Emerson, GŒthe ou
Novalis  «  ce  génie  de  la  vie  intérieure 18  ». C‘est du reste au contact de ce dernier qu‘il
rejoint Dilthey et redécouvre un vrai faisceau de concepts‑clefs du Romantisme allemand,
novalisiens, tels  Gemiit (moi profond, animus et anima), Innerlichkeit,  Verinnerlichung
(intériorité, intériorisation), Stimmung (accord de l‘âme…) etc.
Au  demeurant,  Dilthey  et  Du  Bos  n’ont­il  pas  une  identique  con ception  prestigieuse  de
l’histoire  littéraire  européenne  qui  se  confond  avec  celle  de  l’âme  des  poètes  de  génie  ?
« L‘histoire de l‘âme des grands poètes se trouve être l‘histoire la plus importante de l‘âme
humaine », note Du Bos dans Qu‘est‑ce que la littérature19 ?
En quête lui aussi de la vie dans la littérature, M. Raymond constate :  «  L’histoire  des
littératures, des arts, des idées, […] est ou peut être une constante restitution de l’humain en
son devenir historique, en sa totalité 20  », c‘est‑à‑dire la vie pleine et entière, avec sa face
invisible, sa part de surnaturel, toujours sous‑jacente chez le poète authentique  «  dépassé
par sa création qui vient de plus loin que lui 21  » et dont il est l‘intercesseur. Car si pour M.
Raymond reprenant le mot de Brunetière, la poésie n‘est pas la métaphysique, sa « mission
est  d’abord  d’ouvrir  une  fenêtre  sur  cet  autre  monde  qui  est  le  nôtre,  de  permettre  au  moi
d’échapper à ses limites et de se dilater jusqu’à l’infini 22  ». En corollaire, la poésie conçue
comme « moyen irrégulier de connaissance métaphysique 23  » est une  «  manière  de  vivre,
d’exister 24  ».
Un « idéal de vie » (ein Lebensideal),  constate  Dilthey  dans  la  mesure  où  l’ait  à  travers
l’expérience  vécue  qu’il  nous  communique  élève  notre  propre  sentiment  de  l’existence,
« élargit l‘horizon de l‘homme dans l‘espace et le temps ».  Pour  lui,  cette « expérience »
existentielle du poète prend les aspects les plus divers. Elle peut être aventure personnelle et
chacune des innombrables circonstances de la vie que traverse le poète peut être considérée
comme  telle,  au  sens  psychologique  ;  une  disposition,  un  état  harmonieux  de  l’âme
provoqué par une rencontre d’ordre physique, intellectuel ou philosophique – ainsi Schiller
et  la  philosophie  kantienne  – « la compréhension vécue »  d’autres  hommes,  présents  ou
passés 25  – tout peut devenir « expérience » pour le poète – à condition que la rencontre soit
assez  intense  pour  abolir  toute  discrimination  entre  le  sujet  et  l’objet.  Chacun  connaît  ces
moments  où  il  s’identifie  avec  le  monde,  ces  événements  qui  lui « découvrent un trait de
l‘existence » (welche ihm einen Zug des Lebens aufschliessen), et où il prend conscience
de  lui­même  et  de  sa  vie.  Mais  au  poète  seul  revient  le  privilège  de  pouvoir  donner  à  ces
événements intimes une forme particulière, car la poésie ne reproduit pas YErlebnis, elle en
est « l‘expression poétique » immédiate et totale !
Or, Georges Poulet n‘entend pas autre chose par « expérience ». Le texte, c‘est ce « tissu »
qui non seulement  «  "traduit"  une  PENSEE  ou  un  EVENEMENT  INTERIEUR,  mais  qui
désormais les contient et les retient en lui­même 26  », « un tissu formé de matière vivante,
souffrante, peut­être pensante 27  », un « être » et en tant que tel doué d‘une âme. A partir de
ces prémisses, le rôle de la critique peut‑il être autre chose que de se greffer sur cette
expérience personnelle  «  reprenant  ou  prolongeant  l’expérience  d’autrui  ?  » Car comment
concevoir la critique autrement que  «  le  ressentir  en  moi  du  sentir  d’un  autre  » que  «  la

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coïncidence  de  deux  façons  d’être  qui  sont  pourtant  expérimentées  par  deux  personnes
différentes 28  ».
Albert  Béguin  assimile  également  écriture  et  vie  spirituelle  et,  par  extension,  littérature  et
connaissance.  C’est  à « l‘émotion poétique que l‘on reconnaît la valeur d‘une
communication mystérieusement établie entre l‘homme et quelque chose qui le dépasse29 ».
Chez les romantiques allemands, ces frères des Rousseau et Sénancour, des Nodier et M. de
Guérin, vers lesquels le porte un élan de sympathie profonde, l’auteur du grand livre L‘âme
romantique et le rêve avoue avoir retrouvé « sa propre expérience », « l‘expérience de sa
génération30 ». L’expérience, voilà le martre mot avec tout le halo qui l’entoure, la clef de
la  quête  d’Albert  Béguin  qui  part  à  la  découverte  des  autres,  à  la  recherche  de  sa  propre
identité. Et de faire cet aveu : « ce qui m‘importe c‘est de connaître qui je suis 31 ». Seule la
communication  avec  le  monde  du  dehors  est  capable  de  le  lui  révéler,  dans  la  mesure  où
l’œuvre  d’autrui  est  pour  lui  approfondissement  de  la  vie  intérieure  vers  les  zones
inexplorées de la conscience, comme l’a si bien montré D.­J. Franck.
À partir du moment où l’œuvre littéraire est considérée comme une des formes symboliques
de  la  vie,  l’interprétation  de  l’écriture  cesse  d’être  un  acte  comptabilisable,  fondé  sur
l’observation et l’expérimentation scientifiques.
Comprendre un texte, c’est sinon appréhender, du moins approcher du plus près possible la
vie  de  l’âme  qui  s’y  exprime  dans  toutes  ses  modulations  et  la  continuité  de  son
déroulement,  c’est  accéder  aussi  aux  couches  profondes  du  moi.  L’interprétation  devient
alors  un  acte  d’exégèse  qui  requiert  une  science  appropriée  :  l’herméneutique.  Car
comprendre,  n’est­ce  pas  reconnaître  l’intériorité  cachée  derrière  des  signes  matériels,
sensibles ?  « L‘herméneutique », confirme Dilthey, « c‘est l‘art, la technique d‘interpréter
les vestiges de l‘existence humaine contenus dans l‘écriture, de comprendre la vie telle
qu‘elle s‘est fixée dans les textes 32 ». Art très personnel, réservé à une minorité, qui repose
sur la parenté étroite, les affinités  (Verwandschaft) entre les auteurs et l’œuvre, intensifiées
par  une  fréquentation  intime,  voire  sur  le  sens  «  divinatoire  »  de  l’interprète.  Connivence
avec le texte qui, corrélativement, implique des qualités, telles l’intuition, l’enthousiasme et
la  sympathie.  Autant  de  réminiscences  de  la  philosophie  religieuse  de  Schleiermacher,  de
l’idéalisme  allemand,  notamment  de  Novalis  –  que  Dilthey  intègre  dans  la  notion
d'« Erlebnis »  et  dont  il  fait  la  pierre  angulaire  de  l’interprétation  poétique.  Car  en  fin  de
compte l’aventure intérieure qui a pour nom « Erlebnis » est­elle autre chose, dans le sens
diltheyen,  que  la  communion  de  l’âme,  le  pouvoir  magique  de  «  correspondance  »  avec
l’univers, cette intimité qui nous relie aux êtres et aux choses, inconcevable pour les tenants
du  dualisme  corpus­anima,  pour  les  aveugles  de  l’histoire  littéraire,  ces  petits  comptables
qui  cousent  bout  à  bout  de  grossières  analyses,  alignent  des  dates,  effectuent  des
dénombrements, dressent des statistiques ?
Là  encore  Dilthey  et  Bergson  ne  peuvent  être  plus  proches  ;  Bergson  qui  définit  en  ces
termes dans La Pensée et le Mouvant, « l‘intuition » comme « la sympathie par laquelle on
se transporte à l‘intérieur d‘un objet pour coïncider avec ce qu‘il a d‘unique et par
conséquent d‘inexprimable33 ».  Et  –  comme  le  rappelle  à  juste  titre  Charles  Dédéyan  à
propos de Du Bos – l’intuition bergsonienne n’est­elle pas par ailleurs étrangement analogue
au  concept  mi­psychologique,  mi­métaphysique  de « Einfiihlung », ce « sentiment
intérieur », cette aptitude à s’identifier avec l’objet, à palpiter selon son rythme propre, dont
le  philosophe  Theodor  lipps  (1851­1914),  au  début  du  siècle,  a  fait  le  fondement  de  son
Esthétique ?
Comprendre,  ce  n’est  pas  découvrir  des  rapports,  des  influences,  ce  n’est  pas  expliquer  ;
c’est  au  contraire  courir  une  aventure  intime  avec  l’œuvre  littéraire  et  pénétrer  ainsi
«  sympathiquement  »  dans  les  structures  de  celle­ci.  Selon  Dilthey,  nous  comprenons  une

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œuvre  poétique  en  nous  projetant  avec  la  totalité  de  notre  ère  à  l’intérieur  de  sa  réalité
spirituelle, unique, car chacun a sa perspective nécessairement subjective face au monde, en
la revivant par l’imagination et le rêve. Par l’action de notre vie personnelle, profonde, nous,
lecteurs  et  interprètes,  nous  rendons  la  vie  et  le  souffle  à  la  poussière  du  passé  !
Remarquable mouvement circulaire où création et interprétation se rejoignent : ces qualités
d’âme, ce pouvoir d’intériorité  (Verinnerlichung) et de sympathie sans lesquels il n’est pas
pour Dilthey de création authentique, deviennent à leur tour les moyens d’approche de l’acte
poétique,  les  seuls  valables  parce  que  conformes  à  l’homogénéité  de  l’âme  vivante  que  le
texte représente.
Dans  son  étude  intitulée Perception critique et sentiment de vivre chez Charles Du Bos,
Jacques Bossière a très justement souligné cette foi en la littérature considérée comme une
vision totale de la vie, la croyance en une correspondance parfaite entre le monde extérieur
et celui de l’âme qui sous­tend la jeune critique aux alentours de 1900, représentée par les
Du Bos, J. Rivière, Ramon Fernandez, Gabriel Marcel, André Suarès et… Albert Thibaudet.
Celui­ci n’est­il pas un des premiers à avoir déclaré sans ambages dans sa Physiologie que
le meilleur de la critique réside dans cette "sympathie de sentiment »,  faisant  remonter  au
romantisme la fécondité de la critique de sympathie ; car « créer pour lui/ le critique j, c‘est
sympathiser 34 » ? À l’intelligence de faire le reste !
Quant  à  Du  Bos,  il  ne  conçoit  pas  l’histoire  littéraire  autrement  que  comme  une
«  expérience  »  d’âme  à  âme  fondée  sur  l’intuition  et  la  sympathie.  Selon  lui,  interpréter,
comme l’a remarquablement montré Georges Poulet 35 , d’abord c’est « se mettre à la place
de l‘autre », puis « se projeter dans le moi créateur »  pour  capter  ensuite  ce  que  Du  Bos
appelle  l’attitude  mentale  de  l’œuvre  et  appréhender  enfin,  du  dedans  l’identité  de  celle­ci
dans sa totalité. L’abbé Bremond ne fixe pas à la critique une autre démarche, « Interrogeons
notre expérience, et pour cela, offrons‑nous une fois de plus au courant qui passe36 ».
« Comprendre, c‘est rejoindre le Moi dans le Toi », cette définition qui contient les germes
de la critique d’identification, nul autre que Dilthey ne nous la donne (« das Verstehen ist ein
Wiederfinden des Ich imDu », G.S., t. VII, p. 191). Aux yeux de l’un et de l’autre, la critique
authentique  n’a­t­elle  pas  pour  source  une  même  nostalgie,  transposée  de  l’expérience
mystique à la littérature, celle d’approcher et de joindre l’âme en son centre, le texte, et d’y
redécouvrir l’unité de l’esprit ?

Du  reste,  il  n’est  pas  indifférent  que  Dilthey  et  Du  Bos  se  soient  retrouvés  en  Novalis 37 ,
cristallisation de la manière d’être du Romantisme allemand et initiateur trop méconnu de la
critique  moderne.  Occasion  pour  l’auteur d‘Approximations  de  saluer  dans  ce  livre
admirable  que  représente  pour  lui Das Erlebnis und die Dichtung38 ,  la  présence  de  la
profondeur spirituelle, cette troisième dimension si rare dans la critique littéraire !
Quant à la critique d’Albert Béguin qui prend ses racines dans l’inquiétude fondamentale de
l’homme en quête de son être, Pierre Grotzer a bien vu qu’elle porte, elle aussi, avant tout
sur « l‘expérience subjacente39 »  au  texte.  L’acte  critique  y  revient  à  une  prise  de
conscience  subjective,  fondée  sur  la  coïncidence  poussée  aussi  loin  que  possible  avec  la
conscience de l’auteur à travers l’œuvre. lire consiste à chercher une solution à son problème
intérieur  ! « C‘est notre expérience que je pensais retrouver dans l‘étude que
j‘entrepris 40 »,  confesse  Béguin  au  seuil  de  sa  recherche  sur  les  romantiques  allemands,
« entreprise par sympathie », souligne­t­il 41 . Béguin ne cesse de le répéter : la poésie est et
demeure une « expérience humaine » dont « l‘ambition de connaissance42 » est le moteur.
Corrélativement, il ne sera pas de lecture possible sans cette « correspondance secrète entre
l‘Œuvre et son lecteur […] correspondant à une expérience, ou à des expériences qui ont été
siennes 43 ». Expérience, aventure, connaissance, correspondance, sympathie – est­il besoin
d’insister  sur  les  similitudes  d’une  terminologie  qui  recouvre  un  climat,  une  attitude

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identique de la critique face à la littérature, « ce lieu de rencontre de deux âmes », selon la


célèbre définition de Du Bos ?
« L‘Œuvre est toujours davantage que forme ».  C’est  pourquoi  l’étude  des  mots,  des
rythmes, des formes « dans lesquelles s‘incarne l‘esprit » ne prend son sens plein que si elle
aboutit « à dégager une conclusion éthique44 », explique Béguin à propos de Charles Du
Bos. Assurément, critiquer, c’est avant tout « comprendre une expérience d‘ordre poétique
sans faire violence à l‘unité de la personne humaine qui engage dans l‘aventure tout autre
chose que des idées théoriques 45 »  ;  c’est  trouver « cette source d‘où jaillit l‘intonation
personnelle et irremplaçable d‘un poète46 »,  déclare  Béguin  appliquant  à  Bachelard  lui­
même sa critique de sympathie. Celui­ci pouvait­il du reste procéder autrement à l’égard de
Bachelard  ?  lui,  qui  a  poussé  la  critique  d’identification  à  ses  conséquences  psychiques
extrêmes  en  demandant  au  liseur  de  créer  en  lui  un  état  particulier  de « sympathie
substantielle »,  afin  de  participer  en  profondeur  à  la  rêverie  créatrice  de  l’artiste  et  de
prolonger celle­ci au­dedans de lui­même.
Marcel Raymond ne parle pas avec d’autres mots de la critique,  « pénétration sympathique
dont le but est de réduire au minimum la distance qui sépare […]  le lecteur du poète ».
Prenant Dilthey pour garant, il accentue « l‘expérience du lecteur », le « va‑et‑vient qui vise
à l‘identification » à  travers  une  création  qui  dépasse  le  poète,  qui  vient  de  plus  loin  que
lui 47 .  La  poésie,  explique­t­il, « tend à devenir une éthique ou je ne sais quel moyen
irrégulier de connaissance métaphysique48 »,  aussi « la connaissance poétique n‘est
donnée que par et dans l‘expérience poétique49 ».  Manière  de  vivre,  d’exister,  celle­ci
appelle une participation intime, aux confins de l’esprit et des choses !
La démarche critique de G. Poulet nous mène plus près encore de l’herméneutique appliquée
par Dilthey aux textes littéraires dans la mesure où l’un et l’autre se réclament d’une source
commune, Schleiermacher, dans lequel ils puisent à larges brassées. G. Poulet décrit en ces
termes  le  fameux  « cercle herméneutique »  dans  lequel  il  décèle « l‘essence même de la
pensée critique » : « Mouvement de va‑et‑vient qui va du détail le plus proche, inscrit sur la
circonférence du texte, au principe créateur central qui gît dans sa profondeur […] De la
périphérie au centre la pensée se déplace pour revenir ensuite à la périphérie, pour
recommencer ensuite un nombre indéterminé de fois son trajet ».  Il  n’est  pas  de
compréhension sans « identification », au sens mystique du terme. Car Poulet ne conçoit pas
la  compréhension  comme  un  simple  échange  d’une  pensée  à  une  autre  ;  il  y  voit « une
approche, un envahissement, le transfert difficile d‘un esprit dans un autre esprit ». Ainsi la
vraie  lecture  engage  l’être,  elle  ne  peut  être  qu'« ontologique »,  car « lire, c‘est devenir,
c‘est‑à‑dire se mettre à participer mentalement […] à la vie particulière du texte lui‑même »
et rejoindre par notre propre pensée « l‘énergie créatrice qui en est la source50 ».
On  croirait  lire  Dilthey  qui  ne  pense  pas  le  processus  de  la  compréhension  autrement  que
circulaire (Zirkelvorgang).  Nous  comprenons  le  détail  à  partir  du  tout  et  l’ensemble  à
travers  le  particulier.  Toute  œuvre  poétique,  chaque  monument  écrit (Schriftendenkmal)
contient à l’intérieur de la tranche de vie qu’il éclaire (Ausschnitt) « la vie tout entière ».
L’interprétation devient ainsi un acte quasi poétique, mû par la sympathie et dont l’ambition
est de comprendre un auteur mieux qu’il ne s’est compris lui­même. Prenant appui sur son
garant, Schleiermacher, Dilthey et, à sa suite Poulet, ne conçoivent pas de compréhension –
du  moins  des  phénomènes  intellectuels  –  sans  cette  relation  d’identité  sujet­objet  dont  le
fondement échappe à la raison. L’accord irréfutable des critiques se fait sur ce principe, qui
n’est paradoxal que dans les termes, selon lequel comprendre, c’est toujours comprendre la
vie qui est elle­même traversée d’irrationnel et d’inconscient. La littérature, émanation des
profondeurs du moi, n’est accessible que si l’on pénètre dans l’univers intérieur du poète que
l’interprète reconstruit au­dedans de lui­même.

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Lire un texte, c’est retrouver ce que G. Poulet appelle la « convenance » qui lie les différents


éléments  de  l’œuvre  et,  au­delà  de  l’unité  de  ton  et  de  couleur,  en  assure  la  cohérence
psychique. « Convenance », notion si voisine à la fois du « tempo », du rythme vital que Du
Bos  découvre  dans  les  grands  textes  littéraires  et  de  la « Stimmung »  novalisienne,  cet
accord  de  l’âme,  cette  concordance  des  conditions  psychiques  qui  donne  au  texte  sa
résonance intime, son harmonie intérieure !

« La poésie nous ouvre la compréhension de la vie51 ».  C’est  là  pour  Dilthey  le  point  de
départ et l’aboutissement de la critique. Et pour les tenants d’une histoire littéraire idéaliste,
il  n’est  de  compréhension  adéquate  d’un  texte  qu’à  travers  l’identification.  R.  Fernandez
envisage la critique littéraire comme une « coïncidence avec l‘Œuvre », un effort d’en imiter
intellectuellement  les  démarches  essentielles.  Il  nous  faut  faire  cette  longue  citation  si
éclairante  de  Georges  Poulet  parce  qu’elle  contient  la  définition  de  la  critique
d’identification :
Le  critique  est  celui  donc,  qui,  annulant  sa  vie  propre,  consent  à  voir  occuper  sa
conscience  par  une  conscience  étrangère,  ayant  pour  nom  la  conscience  de
l’œuvre.  Au  meilleur  cas,  c’est­à­dire  au  cas  de  la  meilleure  littérature,  cette
espèce  de  "je"  remplaçant,  avec  lequel  je  coïncide,  m’installe  au  centre  d’un
système  de  relations,  il  me  fait  roi  d’un  langage  qui  est  le  langage  de  l’œuvre,  il
m’illumine de sa propre lumière 52 .

Il est plus que des similitudes entre la méthode d’interprétation pratiquée par W. Dilthey et
la critique littéraire française identificatrice.
Ces analogies ne s’expliquent­elles pas en fin de compte par l’attitude commune des uns et
des autres à l’égard de la poésie, conçue à la fois comme la cristallisation d’une expérience
existentielle et un moyen de connaissance, une possibilité de se dépasser soi­même ? C’est
un  semblable  idéal  de  synthèse,  d’union,  qui  anime  le  processus  d’identification  entre
l’interprète  et  la  création  poétique.  Œuvrant  à  l’unisson  avec  un  décalage  de  plusieurs
décennies, les critiques française et allemande ont transposé à la littérature une démarche et
des concepts issus de l’expérience mystique.
Le sens poétique a plus d’un point commun avec le sens mystique […] La critique
de la poésie est une absurdité.

notait  déjà  Novalis  dans  un  célèbre  fragment 53   soulignant  l’inadéquation  de  la  pensée
discursive  et  de  la  poésie.  Intériorité,  intuition,  fluidité,  liquidité  du  moi,  immédiateté,
coïncidence,  aventure  vécue,  totalité,  identité,  etc.  autant  de  mots  significatifs  d’un  même
attachement aux valeurs spirituelles.
De  fait,  l’accord  entre  ces  deux  familles  d’esprits  d’un  côté  et  de  l’autre  du  Rhin  est  une
rencontre d’âmes.

Notes

1 G. POULET, in :  Les Chemins actuels de la critique, « Conclusion»,  coll. « 10/18 », 1968, p. 405.


2 Qu'on nous permette de renvoyer à notre ouvrage : Les affinités

3 W. DILTHEY, Introduction à l'étude des sciences humaines,  traduit par Louis Sauzin, P.U.F., Paris, 1942.

4  J.  GOTTFRIED  HERDER, Sdmtliche Werke,   p.  p.  B.  Suphan,  Berlin,  1817­1913,33  volumes,  tome  VIII,
p. 327.

5  A.  BEGUIN, Création et Destinée,   choix  de  textes  et  notes  par  Pierre  Grotzer,  Seuil,  Paris,  1973,
« Questions de méthode», p. 174.

6 Ibid.,p. 173.

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17/09/2018 La Licorne - Wilhelm DILTHEY : la notion d'« expérience vécue » et la critique littéraire française

7 Ibid., p. 197, « Dialogue avec Marcel Raymond».

8 Ibid.,p. 169, « Propositions».

9 Ibid., p. 200, « Dialogue avec Marcel Raymond».

10  ­  C'est  ce  que  Marcel  Raymond  expose  dans  sa  conférence  tenue  en  novembre  1963  à  Strasbourg
intitulée  «  Culture  ouverte  et  langage  de  la  poésie»,  dont  le  texte  figure  dans Vérité et Poésie,   Ed.  de  la
Baconnière, Neuchâtel, 1964, p. 253­273.

11 Ibid., p. 261.

op. cit.,  p. 407.


12 G. POULET,

13 J.  HERMAND, Synthetisches Interpretieren œ Zur Methodik der Literaturwissenschaft, (1968),


Nymphenburger Verlag, 1973, p. 37 et suiv.
14 W. DILTHEY, Das Erlebnis und die Dichtung,  (1905), 6e édit. 1919.
15 Ch. DU BOS, Qu'est‑ce que la littérature ?,  Pion, Paris, 1945, p. 10

16 Ibid., p. 24.

17 W. DILTHEY,  Das Erlebjis und die Dichtung, op. cit., p. 236.

18 Ch. DU BOS, « Fragments sur Novalis», in : Le Romantisme allemand,  Cahiers du Sud, 1949.

19 Ch. DU BOS,  Qu 'est­ce que la littérature ?, op. cit., p. 21.

20 M. RAYMOND, Vérité et Poésie, op. cit.,  p. 260.

21 Ibid., p. 270.

22 M. RAYMOND, De Baudelaire au Surréalisme,  (1940), Corti, Paris, 1969, p. 23.

23 Ibid., « Introduction».

24 Ibid., p. 358.

25 W. DILTHEY, Das Erlebnis und die Dichtung,  essai sur « Goethe».

26  G.  POULET,  «  Lecture  et  Interprétation  du  texte  littéraire»,  in  :  Qu'est‑ce qu'un texte ?,   Corti,  Paris,
1975, p. 64. Souligné par nous.

27 Ibid., p. 65.

28 G. POULET, Les Chemins actuels de la critique,  « Conclusion», op. cit., p. 405406.


29 A. BEGUIN, op. cit.,  « L'expérience poétique», p. 129.

30 D.J. FRANCK,  La Quête spirituelle d'Albert Béguin, Ed. de la Baconnière, Neuchatel, p. 17.

31 A. BEGUIN, Poésie de la Présence,  Cahiers du Rhône, 1957, p. 125.

32  «  Die  Kunstlehre  des  Verstehens  schriftlich  fixierter  LebensâuBerungen  nennen  wir  Hermeneutik».
Wilhelm Dilthey ,Die Entstehung der Hermeneutik.,  in : Philosophische Ahhandlungen,  Tubingen, 1900. Voir
à ce sujet le chapitre consacré à la « Geistesgeschichte» dans notre « Que sais­je ?», Les Grandes étapes
de l'histoire littéraire allemande,  P.U.F., 1977.
33 H. BERGSON, La Pensée et le Mouvant,  chap. VI : introduction à la métaphysique, Alcan,  1934,  5ème
édit., p. 205. Cité d'après Jacques Boissière, Perception critique et sentiment de vivre chez Charles Du Bos,
Edit. Nizet, Paris, 1969, p. 28, note 2.

34 A. THIBAUDET, Physiologie de la critique,  (1930), réédit. 1971, Nizet, Paris, p. 200.


35 G. POULET, « La Pensée critique de Charles Du Bos», in Revue Critique,  21 juin 1965.

36 H. BREMOND, Prière et Poésie,  Grasset, Paris, 1926, p. XIII.

37 Ch. DU BOS, « Fragments sur Novalis», op. cit., p. 149.

38 Déjà à l'époque, Du Bos déplorait que ce livre ne fût pas traduit.

39 P. GROTZER, « Avertissement», in : Albert Béguin, Création et Destinée, op. cit., p. 8.


40 A. BEGUIN, L'Ame romantique et le Rêve, (1937), Corti, Paris, 1946,p. X.
41 Ibid., p. XV.

42 A. BEGUIN, Création et Destinée,op. cit.,  « L'expérience poétique» p. 131.


43 Ibid., « Critique de la critique», p. 188.

44 Ibid., p. 225.

45 A. BEGUIN,  L'Ame romantique et le Rêve, op. cit., p. XIV.

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op. cit.,  p. 236.


46 « Critique de la critique»,

47 M. RAYMOND, Vérité et Poésie, op. cit.,  p. 269­270.

48 M. RAYMOND,  De Baudelaire au Surréalisme, op. cit., p. 11.

49 Ibid., p. 355.

50  Toutes  ces  citations  sont  empruntées  à  l'essai  de  Georges  Poulet,  «  Lecture  et  interprétation  du  texte
littéraire», op. cit.,  p. 61­81.

51  W. DILTHEY,   Das  Erlebnis  und  die  Dichtung,  op.  cit., p. 197 : «  So  erschlieBt  uns  die  Poesie  das
Verstàndnis des Lebens».

52 G. POULET,  Les Chemins actuels de la critique, op. cit., « Conclusion», p. 408.


53  Les  Disciples  à  Sais  et  les  Fragments  de  Novalis, traduits et pré cédés  d'une  introduction  par  Maurice
Maeterlinck, Bruxelles, 1895, p. 125.

Pour citer cet article :
GORCEIX Paul (2014). "Wilhelm DILTHEY : la notion d'« expérience vécue » et la critique
littéraire française".  Revue La Licorne , Numéro 5 .
En ligne : http://licorne.edel.univ­poitiers.fr/document5962.php
(consulté le 16/09/2018).

LES AUTEURS

Paul GORCEIX
 

Revue La Licorne ­ ISSN 0398­9992 
 
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