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DE SCHILLER À HYSTERIA — L’IDENTITÉ NATIONALE ALLEMANDE EN AUTRICHE

Exposé de David Diana

L’histoire commence pendant l’ère du Saint-Empire romaine germanique (de 10ème siècle jus-
qu’à 1806), une agglomération des régions et des principautés du monde germanophone sous la
couronne des Habsbourgs. Ça n’était pas vraiment un pays, car l’empereur ne pouvait pas imposer
des lois, il n’y avait pas des instituts commune et après les guerres entre les catholiques et les pro-
testants il y avait une méfiance général. Donc une identité commune n’existait pas de tout. Des
historiens disent qu’à partir du 16ème siècle, il n’y en avait que pour le maintien de la paix entre
les principautés. On pourrait dire que l’Empire était à l’époque le pendant encore moins populaire
de l’Union Européenne actuelle.

Dans ce contexte un certain Friedrich Schiller a écrit plusieurs textes, surtout La Pucelle d’Or-
léans et Guillaume Tell, concernant les conceptions de la patrie et de la nation. Après sa mort on a
trouvé des notes qui, pour les historiens, sont décisifs pour l'époque entière quant à la conception de
la nation: Il sépare l'Empire politique, alors écrasé par Napoléon, et loue la „nation culturelle alle-
mande“, c'est-à-dire l'unité des germanophones, qui, par philosophie, culture et tradition, est „la vé-
ritable grandeur des Allemands“. Ce concept de nation culturelle est naturellement facile à mal
comprendre : D'une part avec une prétendue supériorité des Allemands sur les autres cultures, d'aut-
re part parce que la „culture nationale“ est étymologiquement et donc idéologiquement pas loin-
taine.

C'est exactement ainsi qu'il a été compris par ceux qui, de tous les peuples, ont été infectés par la
pensée de l'État-nation de Napoléon et ont exigé l'unité du peuple allemand: par les Burschen-
schaften. Ce sont des fraternités d'étudiants qui, assez drôles, ont repris la pensée nationaliste de
Napoléon et veulent maintenant l'utiliser contre lui. Ils ont eu des problèmes précoces avec les auto-
rités, principalement en raison de leur pensée libérale et anti-monarchique - pour eux, une mon-
archie constitutionnelle unifiant toutes les Allemands était la seule option. Ils se disputaient déjà
racialement à l'époque, croyant en l'unité de sang et de sol des Allemands - et Friedrich Schiller
arriva au bon moment : dans ses œuvres, ils ont trouvé de nombreux passages qui regorgent de fier-
té patriotique et de Nibelungentreue („loyauté des Nibelungs“) en ignorant des autres passages
plutôt humanistes.

Ils ont adopté les couleurs de l'uniforme de l'armée combattant Napoléon et en ont fait des rubans et
des drapeaux. Le noir, le rouge et l'or sont encore aujourd'hui les couleurs de l'Allemagne com-
me de toutes les Burschenschaften nationales allemandes. Même pour la révolution allemande
de 1848 les Burschenschaften étaient le groupe d’avant-garde, mais ils ont dû attendre jusqu'en
1871 pour que leurs rêves nationaux se réalisent vraiment.
À partir de 1859, le 100ème anniversaire de Schiller, une véritable période des fondations des
Burschenschaften s'est développée en Autriche-Hongrie — au grand dam de la classe dirigeante.
À cause de cette refus et aussi des problèmes de l’identité nationale les Burschenschaften se sont
détachés mentalement de l'Empire austro-hongrois et sont devenues nationales-allemandes. Dans
ses cabanes d'étudiants clandestines, le mouvement rêvait d'entrer dans l'Empire allemand enfin
fondé. Cette impulsion a culminé avec la fondation du parti de l'Association Pangermaniste sous
la présidence de l’antisémite et « Bursche » Georg Schönerer. Bien que ce parti n'a pas eu beau-
coup de succès aux élections, il a pu exercer une influence massive sur d'autres partis conservateurs
(nationaux). C'est précisément cet homme qui introduisit Adolf Hitler à l'idéologie du nationalis-
me allemand et de l'antisémitisme ethnique / tribal. Ce qu'il en a fait est bien connu. Il est ce-
pendant intéressant de noter que les fraternités d'étudiants ont été interdites dans le Troisième
Reich : Les nazis ne toléraient pas une seule société secrète. Après la guerre, il y avait un vide pen-
dant longtemps, jusqu'à ce que, dans les années 70, de nouvelles fraternités renaissent en Autriche.

Aujourd'hui, ils ont à nouveau atteint une taille respectable pour leurs proportions, même si leur in-
fluence sur les universités autrichiennes est très limitée. Leur influence sur la politique autri-
chienne est d'autant plus claire : la moitié des membres du FPÖ d'extrême droite au Parlement
sont organisés dans des Fraternités nationales allemandes. Lorsque le parti (avant même le légen-
daire scandale d'Ibiza) a été impliqué dans le gouvernement et a même obtenu le poste de ministre
de l'Intérieur, les services secrets internationaux ainsi que l'agence antiterroriste et anti-extrémisme
ont été très préoccupés. Le conflit est même allé si loin que les services secrets autrichiens n'ont
plus reçu de données strictement confidentielles.

Il y a aussi un contre-mouvement notable et novateur à l'encontre des syndicats masculins élitistes.


Des étudiants féminins de Vienne ont fondé le projet satirique Burschenschaft Hysteria. D'une
part, elles satirisent le symbolisme, la langue et l'apparence des fraternités d'origine, mais d'autre
part, ils adoptent leur procédure d'admission élitiste et sexiste, cette fois en faveur des femmes.
Le groupe est particulièrement enthousiasmant parce que l'on remarque à quel point les fraternités
sont sans voix à son égard. En tant que moyen de lutte contre l'extrémisme de droite, elle représente
une nouveauté passionnante, mais non moins amusante. Heil Hysteria!