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Culture et Civilisation 2

Enseignantes de la matière : Mme Bouzenada et Mme Benchoubane

Niveau : 2ème année licence de français.


Objectif de la matière : Initier l’étudiant à la culture et à la civilisation qui ont
existé au XIX° siècle par le biais de la transmission de l’Histoire à travers les
courants littéraires, les textes et les écrivains qui les ont marqués.

Contenu de la matière :
Cours 1 : Rétrospective historico-littéraire
Cours 2 : Aux origines du la révolution culturelle et sociale : la philosophie
des Lumières.
Application 1 : Lecture analytique d’un extrait du Du contrat social, de J-J
Rousseau.
Application 2 : Lecture analytique d’un extrait de Zadig, de Voltaire.
Cours 3 : Le XIX siècle français
Cours 4 : Le préromantisme
Application 3 : Lecture analytique d’un extrait de René, de Chateaubriand
Cours 5 : Le romantisme
Application 4 : Lecture analytique du Lac, de Lamartine.
Application 5 : Lecture analytique d’un extrait du Rouge et le Noir¸ de
Stendhal

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Cours 1 : Rétrospective historico-littéraire

Dans le document suivant, tiré du site https://www.compagnie-litteraire.com/3-


astuces-grands-courants-litteraires-du-xvie-siecle-au-xxe-siecle/ , vous pouvez
retrouver une rétrospective des principaux événements, courants littéraires,
écrivains qui ont marqué le XVIII° et le XIX° siècles :

Le XVIIIe siècle
Repères historiques

 1715 : mort de Louis XIV.


 1723-1774 : règne de Louis XV, le Bien-Aimé.
 1751-1766 : publication des dix-sept volumes de l’Encyclopédie.
 1789 : Révolution française.
 5 mai : états généraux,
 14 juillet : prise de la Bastille,
 26 août : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
 1792-1804 : 1ère République.
 1793 : exécution de Louis XVI.
 1799 : Bonaparte devient Premier consul.
 

Les auteurs et leurs œuvres


Les philosophes

 Montesquieu, Lettres persanes, 1721 ; De l’esprit des lois, 1748.


 Voltaire, Les lettres philosophiques, 1734 ; Zadig, 1747 ; Micromégas,
1752 ; L’Ingénu, 1757 ; Candide, 1759 ; Dictionnaire philosophique, 1764.
 Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les
hommes, 1755 : La Nouvelle Héloïse, 1761 ; Du contrat social, 1762 ; Les
Confessions, 1789.
 Diderot, La Religieuse, 1760 ; Le Neveu de Rameau, 1762 ; Le Rêve de d’Alembert,
1769 ; Supplément au voyage de Bougainville, 1772 ; Jacques le Fataliste, 1773.
Les romanciers

 Lesage, Gil Blas de Santillane, 1715 et 1735.


 Prévost (abbé), Manon Lescaut, 1731.

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 Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, 1782.
 Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, 1788.

Les mouvements littéraires


Au XVIIIe siècle, on parle plutôt de « courants de pensée ».

Le siècle des Lumières

 Pendant ce siècle, les philosophes font porter la réflexion sur tous les terrains
concrets et abstraits (la censure, l’intolérance, l’obscurantisme, l’absolutisme, etc.)
et entendent mettre le savoir à la portée de tous.
 Sous l’influence anglaise, ils contestent les institutions et s’interrogent sur
l’existence de dieu.
 Voltaire dénonce le sectarisme et le fanatisme à l’occasion de procès (affaire
Calas).
 Cette liberté de pensée et d’expression, que l’on trouve dans les cafés, les clubs et
les salons, appelée « libertinage », évolue vers une permissivité des mœurs : le sexe
n’est plus tabou, comme on le voit dans Les Liaisons dangereuses.
Échanges et voyages

 Les philosophes voyagent à travers l’Europe et la Russie pour découvrir le monde


et poursuivent cette ouverture par une correspondance abondante et des récits de
voyage (Supplément au voyage de Bougainville de Diderot, 1772).
 La France devient à cette époque un modèle culturel et linguistique.
 En outre, on redécouvre la nature et on élabore le mythe du « bon sauvage », sans
renier pour autant l’idée de progrès.
L’Encyclopédie

 Il s’agit d’un dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, dont le
premier tome paraît en 1751.
 L’initiateur en est Diderot, suivi par de nombreux philosophes comme d’Alembert,
Helvétius et Montesquieu, qui souhaitent faire la synthèse des connaissances
humaines et transmettre ce savoir sous formes d’articles et de planches.
 Cette volonté d’universalisme engendre des attaques dans tous les domaines, qui
vont indirectement provoquer la Révolution de 1789.

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Le XIXe siècle
Repères historiques

 1804-1815 : Premier Empire, Napoléon 1er.


 1815-1830 : Restauration, Louis XVIII et Charles X.
 Juillet 1830 : les Trois Glorieuses (révolution).
 Février-juin 1848 : révolution ; IIème République.
 1830-1848 : conquête de l’Algérie.
 1848 : abolition de l’esclavage.
 1852-1870 : Second Empire, Napoléon III.
 1870 : guerre franco-prussienne.
 1871 : la Commune.
 1875 : début de la IIIème République.
 1882 : lois de Jules Ferry sur l’enseignement laïc, public et obligatoire.
 1897 : affaire Dreyfus.
 

Les auteurs et leurs œuvres


Les romanciers et nouvellistes

 Stendhal, Le Rouge et le Noir, 1830.


 Balzac, La Comédie humaine (ensemble de plus de 90 ouvrages, 1829 -1850 ;
parmi lesquels : Eugénie Grandet, 1833 ; Le Père Goriot, 1835 ; Illusions perdues,
1837-1843).
 Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1841.
 Mérimée, Carmen, 1845.
 George Sand, Les Maîtres sonneurs, 1853.
 Nerval, Aurélia, 1855.
 Flaubert, Madame Bovary, 1857 ; Salambô, 1862 ;
 L’Éducation sentimentale, 1869 ; Bouvard et Pécuchet, 1887.
 Hugo, Les Misérables, 1862.
 Zola, La Fortune des Rougon, 1871 ; Le Ventre de Paris, 1873 ; La Faute de
l’abbé Mouret, 1875 ; l’Assommoir, 1877 ; Nana, 1880 ; Au bonheur des dames,
1883 ; Germinal, 1885 ; La Terre, 1887 ; La Bête humaine, 1890.

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 Maupassant, Boule de Suif, 1880 ; Contes de la bécasse, 1883 ; Une vie,
1883 ; Bel-Ami, 1885 ; Le Horla, 1887.

Les poètes et dramaturges

 Lamartine, Méditations poétiques, 1820.


 Vigny, Chatterton, 1834 ; Les Destinées, 1864.
 Musset, Lorenzaccio, 1835 ; Les Nuits, 1841.
 Hugo, Hernani, 1830 ; Les Contemplations, 1856.
 Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857.
 Verlaine, Fêtes galantes, 1869.
 Rimbaud, Illuminations, 1886.
 Mallarmé, Les Poésies, 1887.
Les mouvements littéraires
Le romantisme

 C’est un mouvement culturel et artistique qui s’est développé en Europe au début


du XIXe siècle, touchant à la fois poètes, romanciers et dramaturges.
 Rejetant les règles classiques, il met en avant le « moi » de l’écrivain ou de son
personnage, souvent déçu dans ses aspirations et ses passions.
 Cette désillusion est à l’origine du « mal du siècle » (Vigny, Journal d’un poète,
1835).
 D’autres poètes ont ressenti l’échec et le « mal de vivre » sous forme de malaise
physique et d’impuissance à écrire (Baudelaire, inspiré par Edgar Allan Poe).
 Le poète, déçu par la vie, se réfugie au sein de la Nature pour retrouver, par
exemple, l’image de la femme aimée (Lamartine, Méditations poétiques, 1820).
 L’Histoire inspire aussi largement les dramaturges (Hugo, Hernani, 1830), et dans
le roman le héros participe aux événements collectifs tout en s’en détachant par son
caractère sublime (Hugo, Les Misérables, 1862).
 L’écrivain romantique se sent moderne et sincère, toujours à la recherche de la
vérité.
Réalisme et naturalisme

 Ces deux courants recouvrent la deuxième partie du XIXe siècle et concernent les
romanciers :
 L’écrivain veut montrer le monde tel qu’il est, avec le progrès et ses dangers;
 Les héros de ses romans sont les représentants d’un lieu, d’une  époque donnée, ils
ne sont pas analysés pour eux-mêmes (Les Rougon-Macquart de Zola et La
Comédie humaine de Balzac).
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 Mais le réalisme ne présente qu’une réalité plausible ; le lecteur se contente de
l’illusion du réel.
 Les naturalistes, avec l’essor de la science médicale, étudient la société selon la
méthode expérimentale. Ils observent, comme Zola par exemple, l’évolution d’une
famille dont ils réinventent la psychologie et l’hérédité.
Le symbolisme

 De même que les peintres de l’école impressionniste ont dilué le réel en petites
touches de couleurs, les poètes symbolistes ont enchaîné une série de sensations en
travaillant la musicalité des vers.
 C’est l’émotion du poète (au mépris des règles, y compris celle de la rime) qui doit
passer avant tout (Verlaine, Romances sans paroles, 1874)

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Cours 2 : Aux origines du la révolution culturelle et sociale : la philosophie
des Lumières.

LES LUMIÈRES

C’est un mouvement littéraire qui se situe entre les années 1750-1800 (donc au XVIII e siècle).
Il implique des auteurs comme Voltaire, Rousseau, Diderot, Montesquieu, etc. C’est un
mouvement qui part de France pour se propager en Europe du nord, au Royaume Uni et en
Allemagne.
Aperçu historique
Le régime politique qui était en place alors en France est la monarchie absolue qui a placé à la
tête du royaume trois rois : Louis XIV, Louis XV et Louis XVI qui ont été à la fois des
souverains autoritaires mais aussi contestés.
Louis XIV a régné en France de 1643 à 1715, qui est un règne extrêmement long (le plus long
de l’Histoire de France). A la fin de son règne, le roi a 77 ans, un âge vraiment avancé pour
lequel il est beaucoup critiqué. Montesquieu écrit d’ailleurs dans ses Lettres persanes : « Le
roi de France est vieux. Nous n’avons point d’exemple dans nos histoires d’un monarque qui
ait si longtemps régné ». On reproche également à Louis XIV :
- la vie de cour très austère ;
- l’esprit bigot, dirigé par les religieux ;
- les impôts trop lourds finançant les guerres (en particulier la guerre de succession
d’Espagne car Louis XIV cherche à mettre sur le trône d’Espagne son petit-fils)
- la noblesse servile.
Lorsque la couronne passe de Louis XIV à Louis XV, la critique ne s’arrête pas pour autant.
Si au départ Louis XV est un roi bien aimé, il est rapidement contesté notamment pour ses
mœurs scandaleuses. Sont critiqués aussi : la cour, le pouvoir royal, la noblesse (critiquée par
les bourgeois qui réclament certains privilèges dont disposent les nobles et le roi)
Lorsque la couronne passe de Louis XV à Louis XVI, la critique continue et sera tellement
virulente qu’elle va mener à la Révolution française qui commence avec la prise de la Bastille
le 14 juillet 1789.

Les Salons littéraires.


C’est le lieu où s’effectue la critique dont nous parlions ci-haut. En effet à Paris au milieu
XVIIIe siècle, des femmes de qualité ont accueilli ans leurs salons tous les beaux esprits de

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leur temps (écrivains, artistes, savants) en leur offrant l’opportunité de débattre et de
soumettre leurs travaux à l’épreuve de la critique. La cour de Versailles sous les règnes de
Louis XV et Louis XVI cesse d’être le centre du pays et la source de l’opinion et le
mouvement des idées se fait contre elle et non plus pour elle.
Les écrivains des Lumières, comme a dit Emmanuel Kant, cherchent à répandre le savoir et à
favoriser la raison contre les ténèbres de l’ignorance et du despotisme. Emmanuel Kant
écrit en 1784 dans son pouvrage intitulé Qu’est-ce que les Lumières  ? : « Les lumières sont
ce qui fait sortir l’homme de la minorité qu’il doit s’imputer à lui-même (…) Aie le courage
de te servir de ta propre intelligence ! Voilà donc la devise des Lumières. »
La littérature
Les genres concernés par la philosophie des Lumières sont, entre autres :
1- Le conte philosophique, comme Candide de Voltaire.
2- Le pamphlet, qui est une critique très virulente.
3- Le dictionnaire
4- L’essai (comme L’essai sur l’origine des langues de Rousseau)
5- Le roman épistolaire (le roman par lettres,) comme Les lettres persanes de
Montesquieu.
6- Le théâtre, comme Le mariage de Figaro de Beaumarchais.
En plus d’un grand genre très caractéristique du XVIII siècle qui est l’Encyclopédie, célèbre,
qui a été dirigée par Diderot et D’Alembert et a sollicité la participation de plus de 200
collaborateurs (médecins, écrivains, juristes, artisans, artistes, etc.)

Les principes de l’écriture


Les écrivains des Lumières s’engagent à :
- Répandre le savoir.
- Développer la raison.
- Refuser les ténèbres de l’ignorance.
- Exercer son esprit critique.

Les thèmes abordés


- La lutte contre le fanatisme.
- Un idéal de tolérance.
- La critique des préjugés.
- La quête du bonheur.
- La lutte contre l’esclavage.
- La dénonciation des abus.

Les styles et les procédés 


C’est l’écrivain qui éclaire son lecteur. Les styles et les procédés répandus sont donc :
- L’argumentation.
- La satire et l’ironie.

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- Une littérature polémique.
- Un style virulent.
- Une dénonciation ouverte.
- L’implication du lecteur.

Application
Vous lirez et expliquerez ce propos de Diderot dans L’Encyclopédie et le relierez à l’esprit
des Lumières :
« Le but d'une Encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la
terre, d'en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons et de le transmettre
aux hommes qui viendront après nous, afin que les travaux des siècles passés n'aient pas été
des travaux inutiles pour les siècles qui succéderont, que nos neveux, devenant plus instruits,
deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux, et que nous ne mourions pas sans
avoir bien mérité du genre humain.

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Application 1 : Extrait du Du contrat social, de J-J Rousseau.
Consigne : Lisez attentivement le texte suivant puis analysez-le en mettant en exergue la
manière dont Rousseau conçoit la liberté. 
« L'esclavage est l'état d'un homme qui, par la force ou des conventions, a perdu la propriété
de sa personne et dont un maître peut disposer comme de sa chose (...).
    La liberté est la propriété de soi. On distingue trois sortes de liberté. La liberté naturelle, la
liberté civile, la liberté politique c'est-à-dire la liberté de l'homme, celle du citoyen et celle
d'un peuple. La liberté naturelle est le droit que la nature a donné à tout homme de disposer de
soi à sa volonté. La liberté civile est le droit que la société doit garantir à chaque citoyen de
pouvoir faire tout ce qui n'est pas contraire aux lois. La liberté politique est l'état d'un peuple
qui n'a point aliéné sa souveraineté et qui fait ses propres lois, ou est associé, en partie, à sa
législation.
    La première de ces libertés est, après la raison, le caractère distinctif de l'homme. On
enchaîne et on assujettit la brute parce qu'elle n'a aucune notion du juste et de l'injuste, nulle
idée de grandeur et de bassesse. Mais en moi la liberté est le principe de mes vices et de mes
vertus. Il n'y a que l'homme libre qui puisse dire je veux ou je ne veux pas et qui puisse par
conséquent être digne d'éloge ou de blâme.
    Sans la liberté, ou la propriété de son corps et la jouissance de son esprit, on n'est ni époux,
ni père, ni parent, ni ami. On n'a ni patrie, ni concitoyen, ni dieu. Dans la main du méchant,
instrument de sa scélératesse, l'esclave est au-dessous du chien que l'Espagnol lâchait contre
l'Américain, car la conscience qui manque au chien reste à l'homme. Celui qui abdique
lâchement sa liberté se voue au remord et à la plus grande misère qu'un être pensant et
sensible puisse éprouver. S'il n'y a sous le ciel, aucune puissance qui puisse changer mon
organisation et m'abrutir, il n'y en a aucune qui puisse disposer de ma liberté. »

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Application 2 : Extrait de Zadig ou la destinée, de Voltaire
Consigne : Lisez attentivement le texte suivant puis analysez-le en mettant en exergue la
manière dont Voltaire conçoit la justice.
Un jour, se promenant auprès d'un petit bois, il vit accourir à lui un eunuque de la reine, suivi
de plusieurs officiers qui paraissaient dans la plus grande inquiétude, et qui couraient çà et là
comme des hommes égarés qui cherchent ce qu'ils ont perdu de plus précieux. « Jeune
homme, lui dit le premier eunuque, n'avez-vous point vu le chien de la reine ? » Zadig
répondit modestement : « C'est une chienne, et non pas un chien. » Vous avez raison, reprit le
premier eunuque. — C'est une épagneule très petite, ajouta Zadig ; elle a fait depuis peu des
chiens ; elle boite du pied gauche de devant, et elle a les oreilles très longues. — Vous l'avez
donc vue ? dit le premier eunuque tout essoufflé. Non, répondit Zadig, je ne l'ai jamais vue, et
je n'ai jamais su si la reine avait une chienne.
Précisément dans le même temps, par une bizarrerie ordinaire de la fortune, le plus beau
cheval de l'écurie du roi s'était échappé des mains d'un palefrenier dans les plaines de
Babylone. Le grand veneur et tous les autres officiers couraient après lui avec autant
d'inquiétude que le premier eunuque après la chienne. Le grand veneur s'adressa à Zadig, et
lui demanda s'il n'avait point vu passer le cheval du roi. « C'est, répondit Zadig, le cheval qui
galope le mieux ; il a cinq pieds de haut, le sabot fort petit ; il porte une queue de trois pieds et
demi de long ; les bossettes de son mors sont d'or à vingt-trois carats ; ses fers sont d'argent à
onze deniers. — Quel chemin a-t-il pris ? où est-il ? demanda le grand veneur. — Je ne l'ai
point vu, répondit Zadig, et je n'en ai jamais entendu parler. »
Le grand veneur et le premier eunuque ne doutèrent pas que Zadig n'eût volé le cheval du roi
et la chienne de la reine ; ils le firent conduire devant l'assemblée du grand Desterham, qui le
condamna au knout, et à passer le reste de ses jours en Sibérie. A peine le jugement fût-il
rendu qu'on retrouva le cheval et la chienne. Les juges furent dans la douloureuse nécessité de
réformer leur arrêt ; mais ils condamnèrent Zadig à payer quatre cents onces d'or, pour avoir
dit qu'il n'avait point vu ce qu'il avait vu. Il fallut d'abord payer cette amende ; après quoi il fut
permis à Zadig de plaider sa cause au conseil du grand Desterham ; il parla en ces termes :
« Étoiles de justice, abîmes de science, miroirs de vérité qui avez la pesanteur du plomb, la
dureté du fer, l'éclat du diamant, et beaucoup d'affinité avec l'or, puisqu'il m'est permis de
parler devant cette auguste assemblée, je vous jure par Orosmade, que je n ai jamais vu la
chienne respectable de la reine, ni le cheval sacré du roi des rois. Voici ce qui m'est arrivé : Je
me promenais vers le petit bois où j'ai rencontré depuis le vénérable eunuque et le très illustre
grand veneur. J'ai vu sur le sable les traces d'un animal, et j'ai jugé aisément que c'étaient
celles d'un petit chien. Des sillons légers et longs imprimés sur de petites éminences de sable
entre les traces des pattes m'ont fait connaître que c'était une chienne dont les mamelles
étaient pendantes et qu'ainsi elle avait fait des petits il y a peu de jours. D'autres traces en un
sens différent, qui paraissaient toujours avoir rasé la surface du sable à côté des pattes de
devant, m'ont appris qu'elle avait les oreilles ; très longues ; et comme j'ai remarqué que le
sable était toujours moins creusé par une patte que par les trois autres, j'ai compris que la
chienne de notre auguste reine était un peu boiteuse, si je l'ose dire. »

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COURS 3 : LE XIXE SIÈCLE FRANÇAIS
Après 1792, la France connait de grands changements politiques. En 80 ans, il y a eu sept régimes
politiques : deux monarchies, trois républiques et deux empires. Certains régimes et certaines figures
sont incontournables dans la mesure où ils ont eu une forte influence sur la culture et la littérature
françaises.

1- APERÇU HISTORIQUE
Napoléon premier a été éduqué dans l’esprit des Lumières. Tout au long de son règne, il sera maître
des arts au service de sa politique. Cependant, Napoléon 1 er n’a pas été qu’un militaire. Il a doté la
France d’une forte administration et donné aux Français le code civil.
Sa soif de conquête le mènera à sa perte. En 1815, il est exilé à Sainte-Hélène.
Après l’Empire, la monarchie est restaurée, mais elle doit faire face à deux révolutions. La première,
en 1830, marque le début de la monarchie de juillet. La seconde, en 1848
A la suite de la révolution de 1948, la 2 e République est proclamée, avec à sa tête, Louis-Napoléon
Bonaparte, élu au suffrage universel. Par le coup d’état du 2 décembre 1851, il devient Napoléon III,
empereur des Français. C’est le Second Empire.
Le Second Empire inaugure une ère nouvelle, celle du progrès technique. L’industrie et le commerce
sont les premiers secteurs à en bénéficier. C’est aussi la naissance du capitalisme. Les banques se
développent et la société de consommation est en marche. A cette époque, on commence à
construire le réseau ferroviaire, et les villes sont réaménagées. A Paris, Haussmann réalise le rêve de
l’empereur : faire de la capitale la ville lumière, en repensant notamment le plan d’urbanisme.
L’opéra de Charles Garnier et l’achèvement du Louvre sont les projets pharaoniques de l’époque.
A l’extérieur, la France intensifie sa politique coloniale. Elle constitue alors une des plus grandes
forces coloniale de l’époque.
Cette situation n’est pas sans risque : en juillet 1870, la guerre éclate entre l’Allemagne de Bismarck
et se solde par une défaite de Napoléon III en janvier 1870.
La 3e République est constituée à la hâte pour négocier la paix avec la Prusse, mais à Paris, la colère
gronde. L’insurrection de la Commune contre le gouvernement conservateur s’achève dans le sang
en mai 1871.
A cette époque, les liberté publiques s’affirment et se consolident. L’éducation devient laïque et
obligatoire et les droits des salariés sont nettement améliorés. Les avancées scientifiques et le
progrès industriels bouleversent complètement le rapport au monde et à la création artistique. On
parle de cette période comme de la belle époque. La République, si fragile en 1871, a réussi, malgré
les forts remous qu’elle a connus, à s’imposer et à générer une certaine cohésion nationale.

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2- ART ET LITTÉRATURE
Le XIX siècle se caractérise, comme nous l’avons vu ci-haut, par une grande instabilité politique. Les
mouvements artistiques et littéraires qui se succèdent sont le résultats de ces bouleversements.
Le début du siècle voit naître le romantisme. Ce mouvement rejette le rationalisme du siècle des
Lumières, les canons artistiques du classicisme, et se caractérise par une volonté l’explorer l’âme et
les sentiments.
Farouche opposant à Napoléon 1 er, Chateaubriand est célèbre pour être l’un des premiers
romantiques. Dans René, il révèle avec lyrisme le mal-être de son siècle et la quête d’un monde
nouveau. Victor Hugo tient une place majeure dans le mouvement romantique et définit dans la
Préface de Cromwell l’esthétique de ce nouveau courant. Hugo participe à la vie politique de son
temps et s’insurge sans fléchir contre la prise de pouvoir de Napoléon III. Publié en 1831, Notre-
Dame de Paris témoigne de l’intérêt plus général de l’époque pour l’Histoire et pour le Moyen-Âge
en particulier. Notons également que la littérature anglo-saxonne, et notamment Shakespeare,
inspirent aussi bien les peintres que les écrivains. En musique, Beethoven fait figure de précurseur
dans le mouvement romantique.
L’œuvre de Balzac marque une rupture avec le mouvement romantique et inaugure un autre
courant : le réalisme. L’écrivain observe avec acuité les réalités sociales de son temps. Dans la
comédie humaine, le physique de ses personnages, leur vie sociale, leur ambition, et la place notoire
de l’argent ou de la presse sont dépeints avec un grand sens de détail.
Si Balzac est le peintre de la réalité sociale, Offenbach en montrera la bouffonnerie en musique. La
Belle-Hélène, la Vie Parisienne remportent d’énormes succès auprès du public qui se presse dans les
nouvelles salles de spectacles parisiennes. Le rayonnement de Paris attire d’ailleurs les compositeurs
italiens comme Verdi, Puccini ou encore Rossini.
La révolution industrielle inspire, elle, le mouvement rationaliste. Zola, qui avait débuté par le
journalisme, fouille le milieu social des plus miséreux et tente de montrer le déterminisme social et
naturel de la pauvreté. Il écrira la célèbre fresque des Rougon-Macquart.
Face à cette quête de réalisme social, certains écrivains comme les auteurs du parnasse, préfèrent
s’orienter vers une écriture purement poétique et esthétique. Baudelaire, qui place l’art au-dessus de
tout, s’impose comme le grand défenseur de la modernité et comme le grand critique d’art du XIX e
siècle. Mallarmé et les symbolistes continuent de bouleverser les règles poétiques, pour créer une
poésie nouvelle, toute entière fondée sur l’allusion et la suggestion. En musique, Debussy s’inspire de
la poésie de Mallarmé, et ouvre lui aussi la voix à la musique moderne.

Application: Pour compléter votre cours, vous ferez des recherches autour des éléments suivants :
- Le Coup d’état de 18 brumaire.
- Les Trois glorieuses.
- Les Cent-jours.
- La monarchie de juillet.

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Cours 4 : Le préromantisque

HISTORIQUE
A la fin du XVIIIe siècle, certains auteurs commencent à critiquer les Lumières et à leur
reprocher un certain nombre de critères, notamment le fait de ne miser que sur la raison et de
ne pas laisser libre cours aux émotions, aux sensations et à la sensibilité. Diderot par exemple
exprimait déjà sa volonté de se détacher de l’aspect scientifique des Lumières et il en appelait
à une poésie de la sensibilité fondée sur la mélancolie.
Les auteurs français qui ont fini par refuser les Lumières et qui ont migré dans les pays
voisins de la France (Le Royaume Uni et l’Allemagne) pendant la Révolution française vont
développer cette critique. Le préromantisme naissant dans ces pays voisins va être adopté par
ces écrivains et importé, grâce à eux, en France, avec la Restauration de la monarchie.
DÉFINITION
Période précédant le romantisme, mouvement littéraire et artistique qui développe dès la fin
du XVIIIe siècle une réaction contre le classicisme et le rationalisme en s’appuyant sur la
sensibilité, le sentiment et l’imagination.
PRINCIPES
- Liberté de création.
- Refus du classicisme et ses règles.
- Expression du moi.
- Mélange des genres.
- Goût du passé (lointain, antique notamment).
- Contemplation de la nature.
THÈMES
- Solitude du Moi.
- Mélancolie, inquiétude.
- Nostalgie du passé.
- Ténèbres, mystère.
- Dialogue avec la nature.
- Nature comme un lieu sacré.
- Mort, ruine, passage du temps.

APPLICATION:
Vous montrerez, à travers ces deux extraits de la préface de Cromwell de Victor Hugo
comment l’écriture romantique cherche à casser les codes de la littérature antérieure :

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1- « L’unité de temps n’est pas plus solide que l’unité de lieu. L’action, encadrée de force
dans les vingt-quatre heures, est aussi ridicule qu’encadrée dans le vestibule. Toute
action a sa durée propre comme son lieu particulier. Verser la même dose de temps à
tous les événements ! appliquer la même mesure sur tout ! On rirait d’un cordonnier
qui voudrait mettre le même soulier à tous les pieds.

Croiser l’unité de temps à l’unité de lieu comme les barreaux d’une cage, et y faire
pédantesquement entrer, de par Aristote, tous ces faits, tous ces peuples, toutes ces
figures que la providence déroule à si grandes masses dans la réalité ! c’est mutiler
hommes et choses, c’est faire grimacer l’histoire. Disons mieux : tout cela mourra
dans l’opération ; et c’est ainsi que les mutilateurs dogmatiques arrivent a leur résultat
ordinaire : ce qui était vivant dans la chronique est mort dans la tragédie. Voilà
pourquoi, bien souvent, la cage des unités ne renferme qu’un squelette.

Et puis si vingt-quatre heures peuvent être comprises dans deux, il sera logique que
quatre heures puissent en contenir quarante-huit. L’unité de Shakespeare ne sera donc
pas l’unité de Corneille. Pitié !

Ce sont là pourtant les pauvres chicanes que depuis deux siècles la médiocrité, l’envie
et la routine font au génie ! C’est ainsi qu’on a borné l’essor de nos plus grands poètes.
C’est avec les ciseaux des unités qu’on leur a coupé l’aile. »

2- « Nous voudrions un vers libre, franc, loyal, osant tout dire sans pruderie, tout
exprimer sans recherche ; passant d’une naturelle allure de la comédie à la tragédie, du
sublime au grotesque ; tour à tour positif et poétique, tout ensemble artiste et inspiré,
profond et soudain, large et vrai ; sachant briser à propos et déplacer la césure pour
déguiser sa monotonie d’alexandrin »

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Application 3 : Lecture analytique d’un extrait de René, de Chateaubriand

Consigne : Vous dégagerez, à travers une lecture minutieuse de l’extrait ci-


dessous, les caractéristiques du héros préromantique ;

Cette vie, qui m’avait d’abord enchanté, ne tarda pas à me devenir insupportable. Je me
fatiguai de la répétition des mêmes scènes et des mêmes idées. Je me mis à sonder mon
coeur, à me demander ce que je désirais. Je ne le savais pas, mais je crus tout à coup que
le bois meserait délicieux. Me voilà soudain résolu d’achever, dans un exil champêtre, une
carrière à peine commencée, et dans laquelle j’avais déjà dévoré des siècles. J’embrassai
ce projet avec l’ardeur que je mets à tous mes desseins; je partis précipitamment pour
m’ensevelir dans une chaumière, comme j’étais parti autrefois pour faire le tour du monde.
On m’accuse d’avoir des goûts inconstants, de ne pouvoir jouir longtemps de la même
chimère, d’être la proie d’une imagination qui se hâte d’arriver au fond de mes plaisirs,
comme si elle était accablée de leur durée; on m’accuse de passer toujours le but que je
puis atteindre : hélas ! je cherche seulement un bien inconnu, dont l’instinct me poursuit. Est-
ce ma faute, si je trouve partout des bornes, si ce qui est fini n’a pour moi aucune valeur ?
Cependant je sens que j’aime la monotonie des sentiments de la vie, et si j’avais encore la
folie de croire au bonheur, je le chercherais dans l’habitude. La solitude absolue, le spectacle
de la nature, me plongèrent bientôt dans un état presque impossible à décrire. Sans parents,
sans amis, pour ainsi dire seul sur la terre, n’ayant point encore aimé, j’étais accablé d’une
surabondance de vie. Quelquefois je rougissais subitement, et je sentais couler dans mon
coeur comme des ruisseaux d’une lave ardente; quelquefois je poussais des cris
involontaires, et la nuit était également troublée de mes songes et de mes veilles. Il me
manquait quelque chose pour remplir l’abîme de mon existence : je descendais dans la
vallée, je m’élevais sur la montagne, appelant de toute la force de mes désirs l’idéal objet
d’une flamme future; je l’embrassais dans les vents; je croyais l’entendre dans les
gémissements du fleuve; tout était ce fantôme imaginaire, et les astres dans les cieux, et le
principe même de vie dans l’univers. Toutefois cet état de calme et de trouble, d’indigence et
de richesse, n’était pas sans quelques charmes. Un jour je m’étais amusé à effeuiller une
branche de saule sur un ruisseau, et à attacher une idée à chaque feuille que le courant
entraînait. Un roi qui craint de perdre sa couronne par une révolution subite ne ressent pas
des angoisses plus vives que les miennes, à chaque accident qui menaçait les débris de
mon rameau. O faiblesse des mortels ! O enfance du coeur humain qui ne vieillit jamais !
Voilà donc à quel degré de puérilité notre superbe raison peut descendre ! Et encore est-il
vrai que bien des hommes attachent leur destinée à des choses d’aussi peu de valeur que
mes feuilles de saule. “Mais comment exprimer cette foule de sentiments fugitifs que
j’éprouvais dans mes promenades ? Les sons que rendent les passions dans le vide d’un
coeur solitaire ressemblent au murmure que les vents et les eaux font entendre dans le
silence d’un désert : on en jouit, mais on ne peut les peindre.” “L’automne me surprit au
milieu de ces incertitudes : j’entrai avec ravissement dans les mois des tempêtes. Tantôt
j’aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuages et des

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fantômes, tantôt j’enviais jusqu’au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à
l’humble feu de broussailles qu’il avait allumé au coin d’un bois. J’écoutais ses chants
mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l’homme est triste,
lors même qu’il exprime le bonheur. Notre coeur est un instrument incomplet, une lyre où il
manque des cordes et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton
consacré aux soupirs.

Cours 5 : Le romantisme


Le mot :
Le terme romantique vient de l’anglais romantic est apparu en France à la fin du XVII° siècle.
Il avait alors le sens romanesque est désignait ce qui tient du roman (aventure, personnage)
par son caractère chimérique ». A la fin du XVIII° siècle, le mot finira par se distinguer du
mot romanesque.
Comme l’écrit d’ailleurs Senancour dans son roman L' Oberman (1804) : « le romanesque
séduit les imaginations vives et fleuries, le romantique suffit seul aux âmes profondes, à la
véritable sensibilité ».
A la fin du XIX° siècle, et grâce à l’influence allemande, le mot romantique désigne
désormais un nouveau courant littéraire, le romantisme qui s’opposera de par ses
caractéristiques au classicisme.

Les origines historiques :


Le romantisme est un vaste mouvement de sensibilité et d’idées qui a profondément touché la
littérature. On y trouve toutes les formes d’art (musique, peinture, gravure, sculpture …) ;
ainsi que l’histoire, la philosophie et la politique. La grande époque du Romantisme littéraire
commence en 1820 avec le succès foudroyant des Méditations, de Lamartine et s’achève en
1843 avec l’échec de la pièce de Victor Hugo, Les Burgrave. Mais bien évidemment, ces
dates ne sont que des points de repère, on a été romantique bien avant 1820, à l’image de
Jean-Jacques Rousseau, et il le fut bien après 1843. Il est à rappeler que le romantisme n’est
pas né en France, il s’est développé en Angleterre au XVII° siècle avant de migrer vers
l’Allemagne. En France, les premières manifestations du Romantisme apparaissent vers 1760
en particulier dans les œuvres de Jean-Jacques Rousseau Les Rêveries d’un promeneur
solitaire, Les Confessions, La Nouvelle Eloïse.

Les caractéristiques du romantisme :


a- Un retour sur soi :
« Un matin[…] le vint du ciel comme un éclair : JE SUIS MOI, qui dès lors ne me quittait
plus, mon moi s’était vu lui-même pour la première fois et pour toujours ». Cette phrase
du poète allemand Jean-Paul Richter est emblématique de l’expérience romantique, de
cette conscience de soi qui procède à un culte nouveau de la singularité personnelle qui est
l’axe majeur du romantisme. Si le XIX° siècle tout entier parle à la première personne,
c’est parce que les identités sociales et personnelles sont menacées par les

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bouleversements consécutifs aux révolutions politiques et économiques. Les individualités
trouvent difficilement leur place dans une société morcelée et mobile et dans l’anonymat
des grandes villes. On espérait que la révolution de 1830, cette halte au milieu du siècle
comme la qualifiait Lamartine, apporterait quelques espoirs. Hélas, elle ne fit que figer la
société en lui imposant plus fortement l’ordre bourgeois et la tyrannie de l’argent. Dans ce
monde bouleversé et pas encore reconstruit, le Moi reste la seule certitude. Faisant appel à
la sensibilité plus qu’à la raison, des romantiques montrent l’être humain sous ses aspects
les plus variés, dans toute sa complexité et surtout dans toute sa singularité.

b- Un moi satisfait :
Le romantique est avant tout insatisfait de qu’il est et de ce qu’il vit. Ce sentiment n’est pas
neuf n’a jamais été aussi envahissant. La souffrance est souvent considérée par les
romantiques comme un signe de distinction, le triste privilège des âmes élevées, étrangères à
un monde qui ne les comprend pas. On parlera donc de l’exaltation du moi : ou
l’omniprésence de l’écrivain dans son œuvre, d’où le développement des œuvres
autobiographiques.
c- Le rapport à la nature :
C’est vers la nature que les romantiques se tournent, elle est la confidente de leurs plaintes
mélancoliques, c’est elle que Lamartine invoque comme mémoire de son amour défunt dans
son poème Le Lac, in Méditations :
« Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir ! »
[….]
« Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure  !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir ! »
Les écrivains ne se sentant plus à leur aise dans la société se réfugient dans la nature parce
qu’elle est immuable, pure et fidèle. Ils recherchent dans la nature ; la purification qui donne
naissance à un homme naturel, originel, qui vit en harmonie au sein de la société et, surtout,
en accord avec lui-même.
d- L’exaltation des forces du mal :
Enfin, le mal constitue pour le romantique une forme d’exotisme supérieur, le moyen ultime
d’échapper à l’ennui. Ce courent inaugure le fantastique et l’onirisme (ce qui relève du rêve).
L’atmosphère frénétique est complètement morbide. Il y est question de prison, de guillotine,
de bourreau, de profanation et de vampire. A l’image de Mary Shelley avec son œuvre Le
Frankenstein, ou encore Edgar Allan Poe avec son recueil Les Nouvelles extraordinaires.
L’esthétique romantique privilégie volontiers l’anormal, le difforme, l’étrange, le hors-norme,
tel Quasimodo, le bossu amoureux d’Esméralda dans Notre Dame de Paris, de Victor Hugo.
De ce fait, le fantastique et le pittoresque seront mis en évidence dans le texte.

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On pourrait donc affirmer que ces différents critères laissent croire que le romantisme est une
littérature destinée à faire plaisir et non la morale. Elle fait appel aussi à la réalité, à
l’exactitude historique et à l’esprit novateur.

Les précurseurs de ce courant :


Selon J.J. Rousseau les initiateurs du romantisme sont Chateaubriand et Mme De Staël en
France ; Novalis, Goethe et Schiller en Allemagne ; Lord Byron et Walter Scott en Grande
Bretagne ; Gogol et Pouchkine en Russie. Par ailleurs, ce courant a atteint son apogée en
France avec Lamartine, Georges Sand, Alfred de Vigny, Stendhal, Balzac et Dumas père.
En musique, Beethoven ouvre la voie à Schumann, Berlioz, Chopin et d’autres artistes.
En peinture, on verra un agencement différent des couleurs avec des artistes tels que :
Delacroix, Goya et Gros. La sculpture aussi a épousé les critères du romantisme chez Rude et
ses pairs.

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Application 4 : Extrait du Lac, de Lamartine.
Consigne : Lisez attentivement le texte suivant puis analysez-le en mettant en exergue la
manière dont Lamartine met en scène la nature.
Le Lac

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,


Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,


Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,


Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;


On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre


Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !


Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

[…]

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Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,


Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,


Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé 

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Application 5 : Extrait du Rouge et le Noir¸ de Stendhal.
Consigne : Lisez attentivement le texte suivant puis analysez-le en mettant en vous
focalisant sur la description que Stendhal fait de la rencontre entre Julien Sorel et
Madame de Rênal.
"Julien Sorel, fils de paysans, vient d'être engagé par M. de Rênal comme précepteur de ses
enfants. Il se présente à la porte de la famille des Rênal.

Avec la vivacité et la grâce qui lui étaient naturelles quand elle était loin des regards des
hommes, Mme. de Rênal sortait par la porte-fenêtre du salon qui donnait sur le jardin, quand
elle aperçut près de la porte d'entrée la figure d'un jeune paysan, presque encore enfant,
extrêmement pâle et qui venait de pleurer. Il était en chemise bien blanche, et avait sous le
bras une veste fort propre de ratine violette.

Le teint de ce petit paysan était si blanc, ses yeux si doux, que l'esprit un peu romanesque de
Mme. de Rênal eut d'abord l'idée que ce pourrait être une jeune fille déguisée, qui venait
demander quelque grâce à M. le maire. Elle eut pitié de cette pauvre créature, arrêtée à la
porte d'entrée, et qui évidemment n'osait lever la main jusqu'à la sonnette. Mme. de Rênal
s'approcha, distraite un instant de l'amer chagrin que lui donnait l'arrivée du précepteur.
Julien, tourné vers la porte, ne la voyait pas s'avancer. Il tressaillit quand une voix douce lui
dit tout près de l'oreille:

- Que voulez-vous ici, mon enfant ?

Julien se tourna vivement, et frappé du regard si rempli de grâce de Mme. de Rênal, il oublia
une partie de sa timidité. Bientôt, étonné de sa beauté, il oublia tout, même ce qu'il venait
faire.

Mme. de Rênal avait répété la question.

- Je viens pour être précepteur, madame, lui dit-il enfin, tout honteux de ses larmes qu'il
essuyait de son mieux.

Mme. de Rênal resta interdite ; ils étaient fort près l'un de l'autre à se regarder. Julien n'avait
jamais vu un être aussi bien vêtu et surtout une femme avec un teint si éblouissant, lui parler
d'un air doux. Mme. de Rênal regardait les grosses larmes, qui s'étaient arrêtées sur les joues
si pâles d'abord et maintenant roses de ce jeune paysan. Bientôt elle se mit à rire, avec toute la
gaité folle d'une jeune fille ; elle se moquait d'elle-même et ne pouvait se figurer tout son

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bonheur. Quoi, c'était là ce précepteur qu'elle s'était figuré comme un prêtre sale et mal vêtu,
qui viendrait gronder et fouetter ses enfants !

- Quoi, monsieur, lui dit-elle enfin, vous savez le latin ?"

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