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Les défis à relever pour quitter

un groupe d’abus spirituel


Préface

Il y a quelques années à peine, je pris mes distances d'une organisation religieuse. Ce retrait s'est fait relativement dans la discrétion, dans le silence. Bien
que mon retrait était assumé, j'en étais encore, au départ, mitigé, comme si j'avais, émotionnellement parlant, un pied à l'intérieur et un pied à l'extérieur: je
n'avais aucun appui sur lequel me fier ou une source pour confirmer la validité de mes ressentis et observations. Comment expliquer les scènes troublantes
dont j'ai témoignées? Les gestes, pourtant loin d'être éthiques, mais toujours excusés? Les mensonges, les calomnies incessantes et les humiliations des uns
et des autres, fusillés de toute part de la figure religieuse, tous appliqués sous le couvert de l'éducation spirituelle, disait-on.

C'est la découverte de l'article, The Challenges of Leaving Spiritually Abusive Groups de Danish Qasim, qui m'a permis de mettre des mots, clairs et
précis, sur les expériences dont j'ai traversées.

En apprenant que les départs de cette organisation n'ont cessé de s'accroître depuis et que nombreuses personnes traînent, encore aujourd'hui, de lourds
impacts liés à leur bref passage avec le groupe, l'initiative suivante allait de soi. En ce sens, j'ai enregistré et mis en ligne une lecture guidée complète de
l'article traduit en français, et j'y ai d'ailleurs, pour enchérir, ajouté mes propres commentaires.

En espérant qu'à votre tour, vous pourriez, vous aussi, si vous vous retrouvez, vous ou vos proches, dans la même situation que j'étais, mettre enfin des
mots sur vos possibles ressentis.

Minh Vo
Introduction:
Qu’est-ce que l’abus spirituel ?

L’abus, littéralement, est l’usage excessif d’un droit ayant pour conséquence l’atteinte aux droits d’autrui. On
parle d’un individu qui utilisera sa position, son rôle, son statut, ses privilèges, et outrepasser ses droits pour
compromettre l’autre personne dans sa santé mentale, sa santé financière, son temps, sa dignité, etc.

Ce mauvais usage de son pouvoir ou de ses droits peut être un geste tout à fait occasionnel et unique, ou cela
peut faire partie de son modus operandi, de son mode d’action répétitif, dans la manière qu’il agit avec les
autres.

L’abus peut prendre différentes formes: psychologie, économique, physique, sexuelle, etc. L’abus spirituel,
quant à lui, c’est le fait d’exercer sur autrui une ou plusieurs formes d’abus au nom de finalités religieuses, au
nom de la religion, au nom d’une entité supérieure.
Introduction
Les figures religieuses n’en font pas exception

Lorsqu’on invoque le terme « abus spirituel », il se pourrait que vous en soyez surpris, choqués ou en
désaccord. Ce serait compréhensible, après tout, le mot spiritualité devrait susciter en nous révérence,
droiture, respect et piété. Ainsi, l’abus spirituel pourrait sembler comme un paradoxe.

À vrai dire, les mécanismes de manipulation chez une personne, la coercition, les défauts de l’âme
(avarice, arrogance, vilainerie, la quête à la gloire, chercher domination sur autrui) ou d’autres troubles
comme le narcissisme sont toutes des problématiques existantes chez l’humain. Personne en est protégé
et les figures religieuses n’en font pas exception. Bien sûr, si nous tenons compte qu’à la base, les
figures religieuses sont avant tout des êtres humains.
Introduction
Quitter un groupe d’abus spirituel
par Danish Qasim

Gradué en études religieuses à l’Université de Californie en 2010, Danish Qasim a aussi étudié plus traditionnellement les sciences
islamiques outremer entre autres en Mauritanie auprès de Murabit al-Hajj où il a étudié jurisprudence, sciences de la purification,
ahadith, théologie.

Depuis près d’une décennie, Danish Qasim intervient auprès des victimes d’abus spirituel et également auprès des adultes qui
doivent composer avec l’intimidation et les narcissiques.

Il enseigne l’arabe et les études religieuses. Il est aussi un coach certifié dans l’affirmation de soi.

Il a écrit un article qui se nomme « The Challenges of Leaving Spiritually Abusive Groups » et ce qui suit, au cours des prochaines
pages, est la traduction française de son article.

L’article a été publié à l’origine sur le site de www.inshaykhsclothing.com


Une idée Il est courant de penser que si une personne reconnaît ou subit un
comportement abusif, elle peut simplement s'en aller. Cependant, le fait est
préconçue qu'après un engagement et une implication émotionnelle dans des groupes
abusifs, il n'est pas facile de le faire. Il y a de nombreuses raisons à cela,
allant de la perte d'un cercle social, de l'embarras au danger physique.
Certains groupes fonctionnent comme la mafia. Ils corrompent, menacent
et font du mal aux victimes pour en avoir parlé. En surface, ces groupes
sont gentils et font du bon travail. En fait, la majorité des musulmans
Une idée impliqués ne seront pas victimes d'abus, et les auteurs de ces abus auront
une bonne réputation, souvent de longue date. En outre, la crédibilité de
préconçue l'agresseur en tant que personnalité respectée ayant fait un excellent travail
devient une raison suffisante pour que les victimes soient rejetées. Les
chances sont contre les victimes de ces groupes, et par conséquent, elles
doivent faire face à de nombreuses difficultés lorsqu'elles quittent le
groupe.
Les victimes d'abus spirituel qui prennent position contre les mauvais
traitements subis perdent leur cercle social. Elles sont souvent blâmées,
calomniées et critiquées si elles s'expriment. C'est très difficile et c'est
La perte de l'une des raisons pour lesquelles les victimes ou les membres de sectes
retournent souvent dans leur groupe de maltraitance. Imaginez que vous
groupes sociaux soyez profondément impliqué dans une communauté pendant des années,
puis que vous la perdiez soudainement parce que vous ne voulez plus
tolérer ou subir les mauvais traitements. Il s'agit d'une expérience très
déracinante qui laisse les gens seuls et perdus socialement, et le désir
d'éviter de tels défis suffit à la plupart d'entre eux pour s’accommoder au
statu quo.
Il est facile de penser que nous défendons la justice et que nous ne tolérons
pas les abus, mais lorsque cela concerne notre propre groupe ou notre
propre responsable - surtout lorsque nous n'avons subi aucun préjudice - il
est facile de trouver des excuses et de blâmer les victimes.
La perte de
groupes sociaux Dans ces situations, ceux qui subissent l’abus ou qui sont conscients et
mécontents de l'abus vont souvent former des liens les uns avec les autres
et marcher sur des œufs autour de la figure abusive, élaborant des plans
pour éviter certains comportements et dans le meilleur des cas, accepter de
se défendre les uns les autres. L'humiliation, le manque de respect,
l'intimidation et d'autres types d'abus sont simplement acceptés comme
quelque chose à supporter.
Dans de nombreux cas, les personnes attirées par ces groupes ont été
victimes d’intimidation dans d'autres contextes sociaux, et l'espace très
« sécurisant » dans lequel elles pensaient s'engager finit par être une
version religieuse de ce à quoi elles sont habituées. Le marketing de ces
organisations lui-même cible souvent ceux qui cherchent à s'échapper de
ces environnements, ce qui les rend plus faciles à maltraiter sans
La perte de répercussion. Lorsque des individus s'en vont, ils le font souvent
discrètement. En général, ces personnes veulent simplement poursuivre
groupes sociaux leur vie, et éviter de revivre des histoires douloureuses et d'avoir à
expliquer ce qu'elles tentent encore de comprendre pleinement.

Dans le processus de guérison après un passage dans une secte, il y a la


crainte de quitter un environnement très familier et de retourner dans la
société qu'on a essayé de fuir à l'origine. Reprendre sa vie après avoir été
dans une secte est un défi et nécessite généralement l'aide de la famille et
des amis.
Les victimes d'abus spirituels peuvent souffrir du trouble de stress post-
traumatique et être très à plat par rapport à leur expérience. Étant donné le
soutien qu'elles ont vu pour l'agresseur dans leur groupe, elles ne croient
souvent pas que beaucoup de choses vont changer. Interdire le mal n'est
Les défis pas une obligation si l'on risque de se faire du mal ou si l'on doute qu'il y
ait un quelconque avantage, et ceux qui sortent ne sont généralement pas
des victimes équipés pour le faire.

Voici quelques défis difficiles auxquels les victimes doivent faire face
pour lutter contre les abus:
1) Elles se rendent compte que c'est une bataille difficile car les
Les défis défenseurs se battent avec acharnement. Par exemple, l'agresseur a
recueilli des preuves contre la victime et l'a calomniée pour réduire sa
des victimes crédibilité, et n'a aucun problème à déformer la vérité, alors que la
victime ne piège pas son agresseur pour qu’il ne soit pas cru.
2) Elles ont vu ou entendu parler de d’autres situations où un agresseur est
démasqué mais où rien ne change; les défenseurs jouent le jeu de l'attente,
restent en retrait et gardent le silence, sachant que les choses finiront par se
calmer et revenir à la normale.

3) Elles ne savent pas comment en parler. Elles se sentent dépassées et


tellement affectées par leurs expériences vécues qu’elles ne sont même pas en
Les défis mesure d'offrir un soutien aux autres. De plus, elles peuvent souffrir de crises
de panique.
des victimes
4) Elles ont le sentiment que personne ne les écoutera, et lorsqu’elles évaluent
les options entre parler et être critiquées ou se taire et « éviter la fitna », elles
choisissent cette dernière option.

5) Elles ne veulent pas investir le temps nécessaire pour aller au-devant des
gens et exiger des comptes de l’agresseur.

6) En bref, elles ne veulent pas faire face à tout le drame et veulent juste
passer à autre chose dans leur vie.
Les bénévoles et les étudiants seront parfois découragés par leurs parents
et amis de se joindre au groupe. Il est fréquent que les bénévoles de ces
organisations mentent sur les abus subis, les heures excessives passées
dans le groupe, ainsi que sur les autres sacrifices qu'ils ont faits, comme le
fait de déménager avec leur famille. Lorsqu'ils sont en mesure de voir les
vraies couleurs de l'organisation, c'est très embarrassant car leur propre
La honte naïveté est également révélée. Il est donc important que les parents et les
amis ne fassent pas honte à la personne qui prend conscience de cette
et le blâme situation et qu'ils la soutiennent dans son départ.

Lorsqu'une personne a passé des années au service d'un faux shaykh, cela
peut être embarrassant. Nous parlons autant du recrutement pour le
shaykh, que la mise en place de programmes et évènements, la distribution
et la production d’écrits et le développement de l'organisation. Plus la
tariqa est élevée, plus il est difficile de la quitter.
Lorsqu'une personne contracte un mariage secret, ou un mariage
polygame non enregistré légalement, l’entourage de l’épouse s’oppose
généralement à cette décision. Lorsque le mariage prend fin brutalement
ou qu'elle ne bénéficie pas de ses droits maritaux, elle commence alors à
constater l'absence de recours dont elle dispose. Cela peut susciter la
La honte même honte, celle de se sentir naïve pour avoir contracté une telle
relation.
et le blâme
De même, lorsqu'une personne se fait escroquer de l'argent et réalise que
les signes étaient pourtant clairs qu’il s’agissait d’une arnaque, elle se sent
stupide et le cache. Personne n'aime admettre qu'il a été trompé, surtout si
d'anciennes victimes ont été blâmées pour les abus qui leur ont été
infligés.
Les abuseurs sont des manipulateurs habiles. Les cibles ne reçoivent pas
de messages leur disant « Donne-moi ton argent de zakat et ne pose pas de
questions ». La confiance est d'abord établie pour briser les barrières de la
procédure. De même, les femmes ciblées pour des mariages d'exploitation
ne se font pas dire « Hé, fais un mariage secret avec moi ». Au contraire,
cela se fait lentement, et l'agresseur apprend à connaître une personne
pour profiter de ses faiblesses.
La honte
et le blâme Par exemple, une convertie désireuse d'en savoir plus sur l'islam peut être
approchée pour recevoir des cours particuliers et gratuits, et dans ce
processus, le tuteur recueillera les informations dont il a besoin sur elle. Il
se peut qu’elle n'ait pas de cadre de référence pour une interaction
appropriée entre différents sexes et, même si elle en a un, elle peut faire
une exception pour ce tuteur en raison des autres enseignants qui ont bien
parlé de lui. Même lorsque les relations sont illicites, elles sont souvent
associées à des promesses de mariage dans un avenir proche, pour
suggérer qu'un mariage dans le futur justifie une relation illicite dans
l’immédiat.
Nous devons nous rappeler que même lorsqu'une personne a ignoré des
signes évidents d'abus, elle ne doit pas être blâmée pour l'abus lui-même.
La responsabilité des abus doit toujours être imputée à leur auteur. La
victime de ces abus tirera des leçons, mais nous aurons toujours des
individus susceptibles d'être victimes d'abus, et c'est précisément pour cela
La honte qu'ils sont visés. Ce qui est « évident » pour la plupart n'est pas évident
pour tous.
et le blâme
Une rapide étude des escroqueries financières et des tactiques de
recrutement des sectes vous montrera combien de personnes sont faciles à
convaincre de propositions « manifestement ridicules ». En outre,
lorsqu'une personne est ciblée et que ses vides émotionnels sont comblés
par une escroquerie élaborée, la pensée rationnelle disparaît.
La honte Enfin, les personnes qui subissent des abus spirituels ne sont en aucun cas
stupides. J'ai travaillé avec des érudits, des universitaires, des médecins,
et le blâme des avocats et d'autres musulmans hautement éduqués qui ont été
confrontés à d’intenses abus spirituels.
Les musulmans qui ne sont pas très religieux, et qui en fait dédaignent les
personnalités religieuses, se consacrent à un érudit religieux qu'ils
admirent, ou à un shaykh de la tariqa et le servent avec diligence. Certains
de ces musulmans, en particulier, sont très riches, occupent des postes de
haut niveau dans des entreprises et sont bien connus dans le monde des
La honte affaires. C'est leur richesse et leur succès - et non leur stupidité - qui en
font des cibles, utilisés ensuite pour les expériences spirituelles positives,
et le blâme comme les voyages, les réunions privées et le traitement des stars.

Leur propre ressentiment à l'égard des personnalités religieuses (le cas


échéant) est alimenté par ces mêmes shaykhs qui les attirent et qui,
souvent, rabaissent les autres savants qui « ne comprennent tout
simplement pas le contexte et les nuances » ou qui sont « trop pris par la
lettre de la loi ». C'est précisément leur propre bagage religieux, associé à
leur désir de vivre une expérience religieuse positive, qui est exploité.
Lorsque les victimes sont prêtes à partir, et surtout à dénoncer les abus,
elles sont rapidement confrontées. Les shaykhs qui étaient difficiles à
Les interventions rejoindre ou qui ignoraient auparavant les plaintes sont soudainement
« heureux » de parler et de « s'adapter ».
du groupe
Lors de ces interventions, les enseignants impliqués font preuve
d'empathie envers la victime, affirment le tort et s'efforcent, par tout
moyen, de faire taire toute mauvaise publicité les concernant.
Si les problèmes sont liés aux muqaddams, le shaykh lui-même sera
impliqué pour désamorcer la situation. Le shaykh ou d'autres personnalités
religieuses diront à la victime de laisser tomber le problème car cela est
préférable pour leur suluk (cheminement spirituel), et que le problème est
un test par lequel la victime peut montrer qui elle est en pardonnant les
transgressions et en gagnant des postes élevés auprès d'Allah. Ils peuvent
Les interventions aussi dire que la recherche de la justice est un niveau inférieur à celui du
pardon, donc c'est pour les gens du commun ('awam), mais les élus
du groupe (khass) doivent pardonner, car c'est la voie des Awliya.

Cette façon de faire n’est pas sans impact, car elle vient de ceux qui sont
supposés guider l'aspirant spirituel vers les hautes sphères de l'Islam, mais
elle trahit totalement cette confiance lorsqu'elle est utilisée pour faire taire
les victimes d'abus. La preuve que l'intervention n'est qu'un simulacre est
que l'auteur n'est pas renvoyé, mais qu'il continue à être célébré et loué.
Les menaces Les menaces proférées à l'encontre de ceux qui résistent aux
abus sont de différents types. Ces menaces peuvent également
du groupe s'étendre aux proches.
Physique

Les menaces Les victimes sont souvent menacées de subir des préjudices de la part de
du groupe tiers, le prédicateur fait part par exemple qu’il aurait des liens avec
d'anciens ou d'actuels membres de gangs, et l’agresseur dit que ces liens
ne pourront être retracés jusqu'à lui.
Chantage

Les agresseurs rappelleront à ceux qui s'opposent aux abus la saleté qu'ils
portent avec eux. Une sœur qui a rejoint avec enthousiasme une
organisation en tant que volontaire a divulgué des informations privées
pour obtenir des conseils, et des années plus tard, lorsqu'elle s'est
Les menaces défendue contre les abus, on lui a dit : « Halima, tu es une bonne sœur. Je
me souviens de l'époque où tu étais coincée avec ton petit ami à
du groupe l'université et je suis fier de toi pour avoir rompu cette relation. Tu as dit
toi-même que mon organisation t'avait aidée à grandir dans ta foi; ce
serait dommage que tu défasses tout cela ».

Ce n'était pas seulement une menace pour la réputation de Halima, mais


aussi une façon d’affecter sa perception d’elle-même et de lui rappeler les
péchés commis dont elle s’est repentie, dans le but ultime de diminuer son
estime de soi et de la faire taire.
Chantage (suite)

Dans d'autres cas, les informations que les hommes et les femmes
partageaient étaient menacées d'être utilisées contre eux, comme les
problèmes familiaux, les problèmes de santé mentale, les relations illicites
Les menaces passées, etc.

du groupe Lorsque des personnes s'exprimaient contre les agresseurs, tout ce qui était
autrefois partagé pour demander nasiha (conseils et avis) est dorénavant
utilisé pour les discréditer. La malheureuse réalité est que les personnes à
qui nous demandons conseil ou à qui nous divulguons des informations
privées obtiendront en retour des informations sur nous - ce qui est la plus
grande arme pour vous nuire.
Réputation et moyens de subsistance

Il s'agit notamment de dire aux femmes qu’ils veilleront à ce que personne


ne les épouse, de répandre des rumeurs sur l'instabilité mentale des gens,
Les menaces de décourager les femmes d'épouser des hommes qui s'expriment, de
menacer de ternir sa réputation auprès d'autres chefs religieux et de
du groupe s'assurer que la personne ne sera pas employée dans la communauté
musulmane.

Les membres peuvent également avoir leurs moyens de subsistance liés


aux groupes, soit en tant qu'employés, soit en tant qu'entrepreneurs
lorsque le groupe est une source de clients ou de références.
Chantage émotionnel
Les menaces
du groupe Il s'agit notamment de l'agresseur qui menace de se suicider ou qui porte
atteinte à la réputation d'autres proches.
Spirituel

Les menaces Cela signifie qu'on leur dit qu'ils connaîtront une mauvaise fin au moment
du groupe de leur mort, qu'ils seront en guerre contre Allah, qu'ils n'atteindront
jamais la ma'rifa (gnose), qu'ils seront toujours spirituellement voilés, que
leur savoir n'aura pas de baraka (bénédiction) et qu'ils n'atteindront jamais
la proximité du Prophète ‫ﷺ‬.
Juridique

Les menaces Poursuites judiciaires. Les abuseurs peuvent prétendre ou exagérer les
du groupe liens avec le gouvernement et menacer de dénoncer d'autres personnes au
gouvernement, de les inscrire sur des listes d'interdiction de vol et sur des
listes de surveillance.
Psychanalyse

L'un des écueils d'une dynamique abusive est lorsque les gens
Confusion commencent à psychanalyser l'agresseur. Ils pensent souvent que
l'agresseur n'est qu'une personne blessée qui cherche l'amour, ne sait pas
sur l’abuseur ce qu'elle fait vraiment et veut changer mais ne sait pas comment. Ce sont
des pièges qui maintiennent la personne dans l'engrenage de l'agresseur
et pendant une longue période.

mythes Si ces questions sont merveilleuses à résoudre pour l'agresseur, elles ne


sont pas pertinentes pour les cibles de l'abus ou les personnes impliquées
du leadership dans l'organisation qui devraient se concentrés uniquement sur le
comportement. Que quelqu'un soit « bon » ou « mauvais » n'est pas
pertinent lorsque les comportements sont destructeurs.
Voir les points positifs
Confusion
sur l’abuseur De nombreux avantages découlent de cette relation, comme le fait d'être
guidé vers l'islam par l'agresseur, d'apprendre beaucoup, de bénéficier
et grandement des rappels et voir une amélioration de notre caractère.
Comme nous l'avons déjà mentionné, rien de tout cela ne justifie ou ne

mythes l'emporte sur un comportement abusif. Nous pouvons tirer un grand profit
des figures abusives; le fait d'être abusif et bénéfique n'est pas une
contradiction.
du leadership
La preuve sociale

Confusion D'autres savants ou dirigeants qui se portent garants et font l'éloge d'un
personnage abusif jettent le doute sur les victimes, les laissant se
sur l’abuseur demander si elles n'interprètent pas simplement ce qu'elles voient. Nous ne
pouvons pas juger un individu en fonction des savants qui lui rendent

et
visite, le félicitent ou font des programmes avec lui. Le renforcement
social est un outil puissant, et c'est pourquoi tant d'entreprises utilisent des
associations et des avis positifs dans leur marketing.
mythes
du leadership Ces autres dirigeants peuvent être conscients ou non des abus, mais cela
n'a pas d'importance pour les personnes concernées (les victimes), car
elles doivent agir en fonction de ce qu'elles savent être vrai.
« Allah les a mis là »

Confusion Les victimes peuvent croire ou se faire dire qu'Allah a mis ces figures
religieuses au pouvoir, et que nous ne devons pas remettre en question la
sur l’abuseur volonté divine. J'ai souvent vu des dirigeants d'organisations être
comparés à des chefs de gouvernement, et en conséquence, les

et
enseignants traditionalistes diront que nous devons respecter nos chefs et
s'opposer à eux revient à se rebeller contre un dirigeant.

mythes Ce type de raisonnement permet non seulement à quiconque de créer une


du leadership organisation et d'abuser des autres sans contrôle, mais il encourage
également les gens à ne pas se défendre (contre les abus) ou à créer un
« système de freins et de contrepoids » au sein de ces organisations.
« Allah les a mis là » (suite)

Confusion En disant aux victimes qu'Allah a mis les gens dans une position
d’autorité religieuse comme une sorte de faveur divine, ou qu'ils sont
sur l’abuseur spéciaux parce qu'ils sont des chefs, on encourage la souffrance et
l'oppression. Cela est généralement fait par les amis de l'agresseur ou par
et ceux qui aiment faire des programmes avec eux.

mythes La réalité est que ceux qui aiment diriger recherchent généralement le
leadership - ce qui n'est pas nécessairement mauvais - et même si nous
du leadership considérons cela comme un test, comme tout autre test, il est possible
d'échouer.
La fitna du leadership

Les victimes peuvent penser que l'abus de pouvoir n'est qu'un sous-produit
Confusion naturel du leadership et que cela arriverait à n'importe qui d'autre. Ce n'est
pas vrai, et après réflexion, nous verrons des domaines dans lesquels nous
sur l’abuseur avons un leadership et n'abusons pas de l'autorité.

et En outre, la mise en place de mécanismes tels que le code de conduite de


In Shaykh's Clothing (www.inshaykhsclothing), est la façon dont nous
mythes nous assurons que le leadership n'est pas assimilé à la tyrannie.
du leadership
Un bon dirigeant met en place des mécanismes qui lui permettront de
rendre des comptes.
La fitna du leadership (suite)
Confusion
sur l’abuseur Enfin, une excuse courante est le dicton « l'amour du leadership est la
dernière maladie à quitter le cœur des Awliya ». Même si nous acceptons
cette déclaration, l'amour du leadership parle de l'état de son cœur en ce
et qui concerne le leadership et n'est pas analogue aux abus commis dans une
position de leadership. Ce dernier n'est pas seulement un manque de
mythes raffinement spirituel, c'est une transgression qui doit être vérifiée. Ces
mythes autour du leadership donnent aux abuseurs des excuses que
du leadership personne ne devrait avoir.
« Ce sont des piliers »

Confusion Lorsque la maltraitance est reconnue et admise, les personnes concernées


sur l’abuseur et impliquées dans une organisation encourageront souvent les gens à
garder le silence ou à laisser la figure religieuse continuer ses activités
et parce qu’elle est un « pilier » dans la communauté. L'agresseur est peut-
être un grand da’i (prêcheur), un érudit, une érudite qui a beaucoup aidé
les femmes, ou quelqu'un qui dissipe les doutes sur l'islam et s'oppose à
mythes l'islamophobie, qui est doué pour parler aux médias, qui offre une
éducation gratuite ou qui aborde bien certains sujets précis, comme le
du leadership soufisme.
« Ce sont des piliers » (suite)

La leçon à retenir ici serait que les règles du bon comportement ne


s'appliquent qu'aux musulmans moyens, aux gens du commun, et que si
vous êtes assez bon dans ce que vous faites ou assez important pour une
Confusion cause, vous pouvez faire ce que vous voulez et cela sera couvert. Ceci
n'est pas approprié, c'est la pratique de la jahiliya. Lorsque les Qurayshites
sur l’abuseur a demandé l'intercession d'une noble femme qui avait commis un vol pour
que sa peine soit levée, le Prophète ‫ ﷺ‬s'est adressé à elle en disant :
et
« Ô gens ! Les gens avant vous n'ont été détruits que parce que si un noble
mythes parmi eux volait, ils n’en faisaient pas de cas, tandis que si un faible
roturier parmi eux volait, ils exécutaient la punition contre lui. » (Ibn
du leadership Majah, Sunan)

Nous n'avons pas de justice si nous ne tenons pas à la justice les piliers et
les hauts fonctionnaires.
Les expériences C'est une raison majeure pour laquelle les victimes doutent d'elles-mêmes,
même lorsqu'elles sont témoins d'abus de la part de leur shaykh. Les gens
spirituelles peuvent avoir des visions, des états spirituels, de bons rêves, de
l'inspiration (ilham) dans les rassemblements de leur shaykh ou par ses
rappels.
Il est essentiel de comprendre que l'expérience spirituelle n'est pas une
mesure de la proximité d'une personne avec Allah, et que l'âme elle-même
est comme un muscle qui peut être entraîné même en dehors des
paramètres de la religion. Les exercices spirituels engendrent une
expérience spirituelle qui peut se produire sans le shaykh. Associer les
expériences spirituelles à un rang ou station (maqam) avec Allah est un
piège majeur du cheminement spirituel (suluk), et le rôle d’un shaykh ou
guide est d'aider l’étudiant à ne pas se laisser tromper par ses propres
Les expériences expériences spirituelles.

spirituelles Il existe des groupes spirituels bouddhistes, hindous et new-age qui


peuvent offrir de riches expériences spirituelles et ont de forts états
spirituels (hal), et ils peuvent même avoir des dévoilements (kashf) dans
lesquels ils peuvent vous dire des choses de l’ordre intime sur vous-même.
Aucune de ces expériences n'équivaut à une guidée.

Allah dit : « Et ils t'interrogent au sujet de l'âme, - Dis : " l'âme relève de
l'Ordre de mon Seigneur". Et on ne vous a donné que peu de
connaissance. » (Coran 17:85).
Mon shaykh en Mauritanie me répétait souvent ces lignes de poésie
lorsque nous avions ce genre de discussions :

‫إذا رأﯾﺖ رﺟﻞ ﯾﻄﯿﺮ‬

Les expériences ‫وﻓﻮق ﻣﺎء اﻟﺒﺤﺮ ﻗﺪ ﯾﺴﯿﺮ‬


‫وﻟﻢ ﯾﻘﻒ ﻋﻨﺪ ﺣﺪود اﻟﺸﺮع‬
spirituelles ‫ﻓﺈﻧﮫ ﻣﺴﺘﺪرج أو ﺑﺪﻋﻲ‬

Si vous voyez un homme voler ou marcher sur la mer


Mais il ne respecte pas les limites de la Sharia
Il est alors un leurre vers la destruction ou un misérable innovateur
En outre, les victimes peuvent croire que si elles s'expriment ou prennent
position, elles seront privées de madad (soutien spirituel) ou des avantages
spirituels particuliers que procure l'association à un groupe.
Les expériences
spirituelles Les expériences spirituelles éloignent rapidement une personne de la
pensée rationnelle et sont souvent ce que les aspirants religieux et même
ceux qui ne sont pas très religieux veulent de la religion. Elles sont
considérées à tort comme « la vraie vie » et, lorsqu'elles ne sont pas régies
par la Sharia, elles amènent les gens à l’adoration de leurs propres désirs.
Les victimes peuvent avoir le sentiment qu'elles ne veulent pas ruiner la
vie ou la réputation de l'agresseur. Le fait de dénoncer les crimes de
l'agresseur peut l'empêcher de travailler à nouveau, le faire mal paraître
dans la communauté ou, dans certains cas, le mettre en prison. Lorsque
des cas aussi graves sont mis au jour, l'agresseur s'excuse et promet
souvent de se repentir. D'autres personnalités religieuses peuvent
également s'impliquer, notamment si elles appartiennent au même groupe
La sympathie ou travaillent ensemble, et assurer aux victimes qu'elles garderont un œil
sur l'agresseur et ne le laisseront pas se retrouver dans une situation où il
pour l’abuseur abusera à nouveau. Cela ne fonctionne généralement pas, et même si les
autres personnalités sont sincères, elles ne sont pas en mesure de surveiller
les activités de l'agresseur. Ils pensent que l'agresseur est sincèrement
désolé et qu'il ne répétera pas ses erreurs.

Malheureusement, même dans les cas d'agression sexuelle, la sympathie


pour l'agresseur est une raison pour laquelle l'abus n'est pas signalé et
l'auteur pourra aller ailleurs.
Les victimes peuvent s'inquiéter de leur responsabilité. Leur nom est lié au
shaykh abusif, de sorte que si quelque chose est divulgué au sujet du
shaykh, il peut y avoir des problèmes juridiques ou un préjudice pour leur
réputation personnelle et même leur gagne-pain.

Responsabilité En outre, dans de nombreux cas, les membres du conseil d'administration


n'ont pas assumé leurs propres responsabilités ou devoirs par loyauté
envers le shaykh, et si une enquête approfondie était lancée, ils seraient
également tenus pour responsables ou leur négligence serait prouvée. Les
membres du conseil d'administration peuvent avoir ignoré des années de
plaintes, jusqu'à ce qu'ils constatent ou subissent eux-mêmes un
comportement abusif.
Il existe une concurrence entre les masjids et les organisations: un masjid
ou une organisation ne veut pas que son « rival » découvre les abus et
Compétition qu’il les utilise pour le salir. De même, les soufis peuvent ne pas vouloir
que les salafis découvrent leurs abus, et une tariqa peut ne pas vouloir
qu'une autre tariqa le découvre.
Un mari peut avoir une femme qui fait toujours partie d'un groupe de
maltraitance et vice-versa. Le shaykh peut dire à l'un des conjoints de
divorcer de l'autre et utiliser les enfants comme moyen de pression. Cela
La famille se produit le plus souvent dans les tariqas abusives, et les femmes se
séparent de leur mari, et les maris de leur femme, sur ordre du shaykh.
encore liée L'un des conjoints peut rester ou partir avec une excuse quelconque, juste
pour maintenir la famille unie.
au groupe
D'autres raisons peuvent être le fait d'avoir un frère ou une sœur ou des
amis proches dans le groupe qui ne veulent pas partir, ou la crainte que le
fait d'attirer l'attention sur la violence vécue ne nuise à ces relations.
Les victimes peuvent être réduites au silence par les enseignants, être payées
par une organisation ou par l'agresseur, ou se faire dire par des personnalités
respectées de laisser tomber. Le shaykh offre des postes à la victime ou à
d'autres personnes qui lui restent fidèles (par exemple, en faisant d'eux des
muqaddams ou en les promouvant pour qu'ils enseignent sur scène lors de
retraites, etc.) Ceux qui sont « achetés » peuvent aller jusqu'à discréditer
d'autres victimes pour finalement protéger la figure abusive.

Conclusion Il est difficile de sortir d'un groupe avec lequel on a été impliqué. Les groupes
ont une façon de faire paraître leur bulle comme étant le centre du monde, et
lorsque les victimes sont discréditées dans ces groupes, elles croient qu'elles
resteront discréditées en dehors du groupe. Créer un nouveau cercle social et
être enraciné en dehors du groupe est l'un des meilleurs moyens de s'assurer
qu'une personne n'y reviendra pas. Il peut y avoir un sentiment de perte,
surtout si une personne occupait une position élevée dans le groupe qui a
maintenant été dépouillé. En comprenant les défis à relever lorsque nous
quittons un groupe d’abus spirituel ou de maltraitance, nous pouvons faire
notre part pour aider les personnes touchées à reprendre leur vie en main et à
guérir.