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0.

1 Généralités sur les suites réelles


0.1.1 Rappels
De…nition 1 Une suite réelle est une application de N dans R. Plutôt que de noter u(n)
l’image d’un entier n, on note en général un .

La suite u est elle-même notée (un )n2N , ou (un )n>0 , ou simplement (un ). On dit que un est
le terme d’indice n (ou terme général) de la suite u, et que u0 en est le terme initial. On est
souvent amené à considérer des suites dé…nies non sur N, mais sur [n0 ; +1[ (n0 dans N). Dans
ce cas, le terme initial de la suite est bien sûr un0 , et la suite elle-même est notée (un )n n0 .
Cela n’a pas vraiment d’importance dans la mesure où les propriétés essentielles des suites
numériques, notamment en ce qui concerne les limites, sont encore vraies si les hypothèses
(majoration, monotonie par exemple) sont vraies à partir d’un certain rang.

0.1.2 Suites majorées, minorées, bornées.


Dé…nition 1 (Suites réelles majorées ou minorées)

Soit (un )n>0 une suite de nombres réels.

On dit que la suite u est majorée s’il existe M dans R tel que, pour tout n 2 N, un M.

La suite est minorée s’il existe m dans R tel que, pour tout n de N, un m.

La suite est bornée si elle est à la fois minorée et majorée.

Dire qu’une suite réelle (un )n2N est majorée (resp. minorée) équivaut à dire que l’ensemble
fun ; n 2 Ng des valeurs prises par cette suite est une partie majorée (resp. minorée) de R.

Dé…nition 2 (Suites réelles monotones)

Soit (un )n>0 une suite de nombres réels.

La suite u est dite croissante si, pour tout n de N, on a : un un+1 .

La suite u est décroissante si, pour tout n de N, on a : un+1 un .

La suite u est monotone si elle est croissante ou décroissante.

0.1.3 Limite d’une suite réelle.

Dé…nition 3 ( Limite …nie ou in…nie)

Soit u = (un )n>0 une suite de nombres réels.

On dit que la suite u tend vers +1 si : 8A 2 R; 9 n0 2 N; 8 n n0 on a: un A,

c. à. d tout intervalle de la forme [A; +1[ contient tous les termes de la suite à partir d’un
certain rang.

On dit que la suite u tend vers 1 si : 8B 2 R; 9 n0 2 N; 8 n n0 on a: un B; c. à.


d tout intervalle de la forme ] 1; B] ; contient tous les termes de la suite à partir d’un
certain rang.

1
Soit l un nombre réel. On dit que la suite u tend vers l si,

8 > 0; 9 n0 ; 8n n0 ; on a: jun lj ;

c.à d. tout intervalle centré en l contient tous les termes de la suite à partir d’un certain
rang.
On dit que la suite u est convergente si elle admet une limite …nie, c.à d une limite l dans
R. Dans le cas contraire, c. à d. si la suite u n’a pas de limite, ou si elle tend vers +1 ou vers
1, on dit qu’elle est divergente.
Remarque.

Les dé…nitions restent les mêmes si la suite est dé…nie à partir d’un indice m0 ou si l’on
change le symbole par > :

La dé…nition précédente est équivalente à: 8 2 ]0; 0:25[, 9 n0 ; 8n n0 , on a: jun lj .

Exemple 1 Montrons en utilisant la dé…nition que:


1n
lim n2 = +1; lim n4 = +1 lim
= 0:
n7!+1 n7!+1 n7!+1 n
Preuve. Soit A 2 R; déterminons n0 tel que si n n0 , n2 > A:
1er cas si A 0; on peut choisir n0 = 0: p
2er cas si A > 0; on peut choisir n0 = E( A) + 1; on véri…e que si n n0 , n2 > A:

Proposition 2 (Unicité de la limite).

Si lim un = l1 et lim un = l2 alors l2 = l1 :


n !+1 n !+1
Preuve. Pour simpli…er on suppose que l2 et l1 sont deux réels distincts. Les autres cas se
traitent de la même manière.
La preuve\consiste à construire un intervalle I1 centré sur l1 et un intervalle I2 centré sur
l2 tel que I1 I2 = ?: Par application de la convergence de un vers l1 et l2 ; on déduira une
contradiction.
l2 l1
On suppose que l1 < l2 et on pose = : Par application de la convergence un vers
4
l1 ; 9 n0 ; 8n n0 ; on a: jun l1 j ; c. à d. + l1 un + l1 : On a donc,

5l1 l2 l2 + 3l1
9 n0 ; 8n n0 un :
4 4
De même, par application de la convergence un vers l2 ; 9 n1 ; 8n n1 ; on a: jun l2 j ;
c. à d. + l2 un + l2 ;

l1 + 3l2 5l2 l1
9 n1 ; 8n n1 un :
4 4
8
< un l2 + 3l1
>
l2 + 3l1 l1 + 3l2
Donc si n (n0 ; n1 ); on a: 4 or < ce qui absurde, d’où
> l1 + 3l2 4 4
: un
4
l’unicité de la limite d’une suite.

Toute suite convergente est bornée. La réciproque est fausse il su¢ t de considérer la suite
un = ( 1)n :

Toute suite de réels qui tend vers +1 ou 1 est non bornée. La réciproque est fausse,
il su¢ t de considérer la suite un = ( 2)n :

2
Preuve. Soit (un )n 0 une suite qui converge vers l, on choisit = 1; et on applique la
dé…nition de la convergence de un vers l,

9n0 ; 8n n0 1+l
un 1 + l:
[
fun =n 0g = fun =n < n0 g fun =n n0 g : Il su¢ t de se rappeler que la reunion de deux
ensembles bornés est un ensemble borné pour conclure que la suite est bornée.

Théorème 1 ( Opérations sur les limites). Soient u et v deux suites réelles qui convergent
respectivement vers l1 et l2 . Soit également 2 R. Alors :

1. u + v converge vers l1 + l2 ; u converge vers l1 :

2. u:v converge vers l1 .l2 :

3. Si l1 6= 0, il existe un indice n0 à partir duquel un 6= 0 -c.à. d. 8 n n0 on a: un 6= 0


1 1
et converge vers :
un l1
4. Soit (un )n>0 une suite croissante et majorée. Alors (un )n>0 converge vers vers l et l =
sup fun =n 2 Ng :

5. Soit (un )n 0 une suite décroissante et minorée. Alors (un )n>0 converge vers vers l et
l = inf fun =n 2 Ng :

6. Soit (un )n 0 une suite croissante non majorée. Alors lim un = +1:
n!+1

7. Soit (un )n 0 une suite décroissante non minorée. Alors lim un = 1:


n!+1

Preuve. La suite (un )n>0 converge vers l1 donc 8 > 0; 9 n0 8n n0 on a:

jun l1 j c.à d: l1 un l1 + :

De même la suite (vn )n>0 converge vers l2 donc 8 > 0; 9 n1 8n n1 on a:

jvn l2 j c.à.d: l2 vn l2 + :

Donc 8n max(n0 ; n1 ) l2 + l1 2 v n + un l2 + l1 + 2 c à d

jvn + un l2 l1 j 2;

ce qui représente la convergence u + v vers l1 + l2 :


De même, on montre que u converge vers l1 :
Soit (un )n>0 une suite croissante et majorée, alors l’ensemble I := fun =n 2 Ng est majorée.
D’après la propriété de la borne supérieure, alors sup(I) existe. En utilisant la caractérisation
analytique du sup, on déduit que: 8 > 0; 9n0 tel que: l un0 :
Or la suite (un )n>0 est croissante, donc 8 > 0; 9 n0 8n n0 tel que : l un : De plus
la suite (un )n>0 est majorée par l; on obtient alors:

8 > 0; 9n0 8n n0 : l un l l+ ;

ce qui représente la convergence de (un )n>0 vers l.


Soit (un )n 0 une suite croissante non majorée et A un réel quelconque. Il existe alors n0
tel que : A un0 : Or la suite (un )n 0 est croissante donc 8n n0 ; A un ce qui signi…e que
lim un = +1:
n!+1

3
Théorème 2 Tout nombre réel est limite d’une suite de nombre rationnelle. En particulier
tout irrationnel est limite d’une suite de rationnels.

Dé…nition 4 ( Suites adjacentes)

On dit que deux suites réelles (un )n>0 et (vn )n>0 sont adjacentes si l’une d’elles est croissante,
si l’autre est décroissante, et si lim (vn un ) = 0.
n!+1

Proposition 3 (Théorème des suites adjacentes)

Soient (un )n>0 et (vn )n>0 deux suites réelles adjacentes. Alors ces deux suites sont conver-
gentes et elles ont la même limite.

Preuve. Supposons que la suite (un )n>0 est croissante et que la suite (vn )n>0 est décrois-
sante, on déduit alors que la suite (vn un )n>0 est décroissante. Montrons que 8n 0; un vn :
Sinon 9 n0 / un0 > vn0 , dans ce cas 8n n0 vn un vn0 un0 < 0 ce qui contredit le fait
que lim (vn un ) = 0:
n!+1

Donc 8n 0; un vn et d0où 8n 0; u0 un vn v0 :

Ainsi la suite est (un )n>0 est croissante et majorée donc converge vers un réel l1 . La suite
(vn )n>0 est decroissante et minorée donc converge vers un réel l2 . Il su¢ t de se rappeler que
lim (vn un ) = 0 pour conclure que l1 = l2 et donc ces deux suites sont convergentes vers la
n!+1
même limite.

0.2 Suite extraite


Soit (un )n 0 une suite réelle. On appelle suite extraite de u toute suite v de terme général
vn = u (n) , ou est strictement croissante de N dans lui-même. On considère souvent la suite
(u2n )n>0 des termes d’indices pairs : (n) = 2n, la suite (u2n+1 )n>0 des termes d’indices impairs
: (n) = 2n + 1.

Proposition 4 (Limite des suites extraites)

Si la suite u = (un )n>0 a pour limite l 2 R [ f 1g, alors toute suite extraite de u admet
encore la même limite. La réciproque est fausse.

Le fait qu’une suite extraite de u possède une limite ne signi…e pas que la suite u tend
vers la même limite.

Si deux suites extraites de u ont des limites di¤érentes, on est cependant certain que u
n’a pas de limite. Cette remarque est souvent utilisée pour montrer qu’une suite u est
divergente.

Exemple 2 On pose un = ( 1)n alors la sous suite extraite u2n = 1 converge vers 1 et la sous
suite extraite u2n+1 = 1 converge vers 1 ce qui implique que la suite (un ) est divergente.

Soit (un )n>0 une suite de nombres réels. On suppose que les suites (u2n )n>0 et (u2n+1 )n>0
ont une même limite l. Alors lim un = l .
n!+1
Comment peut-on généraliser ce résultat?

Exercise 5 Soit u une suite croissante dont une suite extraite converge. Montrer que u est
convergente.

4
Proposition 6 (Théorème de Bolzano-Weierstrass)

De toute suite bornée de R, on peut extraire une suite convergente.

Ce résultat possède des conséquences théoriques importantes. Le théorème ne dit pas com-
ment extraire une telle suite convergente, il dit simplement qu’elle existe.

Théorème 3 ( Segments emboités de Cantor). Soient \ [an ; bn ] une suite d’intervalles de R


emboités c.à d. 8 n 2 N [an+1 ; bn+1 ] [an ; bn ] : Alors [an ; bn ] = [a; b] :
n2N

\
Si de plus lim lim an bn = 0; alors [an ; bn ] = fag :
n!+1
n2N
Preuve. De l’inclusion [an+1 ; bn+1 ] [an ; bn ] ; on déduit que an an+1 bn+1 bn ; donc
la suite (an ) est croissante et la suite (bn ) est decroissante. De plus la suite (an ) est majorée
par b0 , et la suite (bn ) est minorée par a0 . Posons a = lim an et b = lim bn : Pour montrer
n!+1 n!+1
\
[an ; bn ] = [a; b] ; on va procéder par double inclusion.
n2N \
Soit x 2 [an ; bn ] ; donc 8 n 0; an x bn : Par passage à la limite on obtient que
n2N
a x b c.à d. que x 2 [a; b] :
Réciproquement si x 2 [a; b] ; alors a x\ b: Or a = sup fan /n\ 0g et b = sup fbn /n 0g ;
donc 8 n 0; an x bn c.à d. que x 2 [an ; bn ] : Ainsi on a: [an ; bn ] = [a; b] :
n2N n2N

0.3 Suites de Cauchy


Dé…nition 5 On dit qu’une suite (un )n 0 est de Cauchy si

8 > 0; 9 n0 ; 8p; q n0 ; jup uq j :

ou encore

8 > 0; 9 n0 ; 8p n0 ; 8n 0; jun+p up j :

Xn
1
Exemple 3 On pose pour n 1; Un = ; alors (Un )n 1 est de Cauchy. En e¤et, soit
k=1
2k
n+p
1 1
X 1 p+1 n+p+1 1
> 0; jUn+p Up j = = 2 2 : Donc il su¢ t de choisir n0 de sorte que
2k 1 2p
k=p+1 1
2
1
:
2n0

Proposition 7 Toute suite convergente est de Cauchy.

Proposition 8 Toute suite de Cauchy est bornée

Théorème 4 Toute suite réelle de Cauchy est convergente.

L’intérêt du critère de Cauchy réside dans le fait que l’on peut a¢ rmer qu’une suite est
convergente sans déterminer nécesairement sa limite.

5
0.4 Valeurs d’adhérence d’une suite
Dé…nition 6 Soit l 2 R [ f 1g ; l est dite valeur d’adhérence de la suite (un )n 0 s’il existe
une suite extraite (u (n) )n 0 qui tend vers l. On note V (un ) l’ensemble des valeurs d’adhérence
de (un ):
1
Exemple 4 un = ( 1)n ; vn = alors V (un ) = f 1; 1g :
n2 +1
Proposition 9 Soit l 2 V (un ) ssi 8 l’intervalle centré en l, il existe une in…nité d’entiers n
tel que un 2 V .

Proposition 10 lim un = l ssi V (un ) = flg :


n!+1

0.4.1 Limite supérieure et Limite inférieure.


Dé…nition 7 On dé…nit la limite supérieure d’une suite (un )n 0 notée lim sup un ou limun par
limun :=sup V (un ): On dé…nit la limite inférieure d’une suite (un )n 0 notée lim inf un ou limun
par limun :=inf V (un ):

Remarque 1 Si la limite d’une suite (un )n 0 n0 existe pas toujours, sa limite supérieure et
inférieure existent toujours. Si on a une inégalité du type un vn , on ne peut pas écrire que
lim un lim vn du fait que la limite d’une suite (un )n 0 n0 existe pas toujours mais on peut
toujours écrire que limun limvn et limun limvn :

Proposition 11 lim un = l ssi limun = limun = l


n!+1

Théorème 5 limun = inf sup uk limun = sup inf uk


n 0k n n 0k n

Exercice 12 ( Examen Janvier 2016 )

p p p
p Soit la suite (U n )n 0 dé…nie par: Un = n E ( n) où E ( n) désigne la partie entière de
n: On rappelle que E(x) est l’unique élément de Z véri…ant: E(x) x < E(x) + 1:

1. Calculer la limite de la sous-suite extraite (U (n) )n 0 où (n) = n2 :


p
2. Soit n 2 N; montrer que E n2 + n = n:
p
3. Calculer lim ( n2 + n n):
n!+1

4. Déduire alors, la limite de la sous-suite extraite (U (n) )n 0 où (n) = n2 + n:

5. La suite (Un )n 0 est-elle convergente? (Justi…er votre réponse).

p p
Exercice
p 13 ( Examen Janvier 2017 ) Soit
p la suite (Un )n 0 dé…nie par: Un = n E ( n)
où E ( n) désigne la partie entière de n: On rappelle que E(x) est l’unique élément de Z
véri…ant: E(x) x < E(x) + 1:

6
p
1. Soit a 2 N, b 2 N et a b montrer que E (nb)2 + 2an = nb:
p
2. Calculer lim (nb)2 + 2an nb:
n!+1

3. Déduire alors, la limite de la sous-suite extraite (U (n) )n 0 où (n) = (bn)2 + 2an:

4. Comment faut-il choisir a et b pour justi…er que la suite (Un )n 0


est divergente?

5. L’ensemble des valeurs d’adhérence de la suite (Un )n 0 est …ni ou in…ni? justi…er votre
réponse.
n
Exercice 14 Soit (un )n 0 une suite telle que jun+1 un j 2 pour tout n 0:

1. Montrer que (un )n 0 est de Cauchy et en déduire (un )n 0 converge.


n
2. Par quoi peut-on remplacer 2 :? Le résultat est-il vraie si jun+1 un j vn où vn est une
suite qui tend vers 0?

Exercice 15 Montrer que si (u2n )n 0 converge et (u3n )n 0 converge alors (un )n 0 converge.

Exercice 16 Soient (un )n 0 et (vn )n 0 deux suites réelles. En utilisant l’exercice serie 1, mon-
trer l’égalité ou les inégalités suivantes:

1. lim inf un = lim sup un :

2. lim sup(un + vn ) lim sup un + lim sup vn :

3. Si de plus (un )n 0 est convergente on a: lim sup(un + vn ) lim un + lim sup vn :

Exercice 17 Soient a et b deux réels strictement positifs. On pose u0 = a et v0 = b et pour


2 1 1 un + v n
tout n, = + et vn+1 = :
un+1 un vn 2

Montrer que (un )n 0


et (vn )n 0 sont adjacentes.

Exercice 18 Montrer que si (u2n )n 0 converge et (u3n )n 0 converge alors (un )n 0 converge.