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Sociologie des organisations partisanes

Table des matières

Partie 1 : Introduction générale.................................................................................................................. 2


1) Pourquoi un cours sur les partis politiques ?........................................................................... 2
2) Programme, bibliographie et modalité d’examen..................................................................3
Le programme :........................................................................................................................................ 3
Bibliographie :.......................................................................................................................................... 3
Examen :...................................................................................................................................................... 3
3) Une définition du phénomène partisan est elle possible ?.................................................3
4) Les approches des partis : premiers repères...........................................................................7
5) La recherche française sur les partis........................................................................................ 10
a) De 1950 à 1980......................................................................................................................... 10
b) À partir des années 80........................................................................................................... 11
Partie 2 : Naissance, vie et mort des partis politiques....................................................................13
1) La naissance des partis politiques............................................................................................. 13
a) De la faction au parti : les origines « philosophiques ».............................................14
b) L’avènement du suffrage universel et de la démocratie de masse.......................15
2) La lutte pour le monopole de la représentation politique et l’imposition de
nouvelles façons de faire de la politique.......................................................................................... 17
a) L’émergence des entrepreneurs politiques...................................................................17
b) Le parti comme nouvelle « technologie politique »...................................................20
c) La codification de l’activité politique.................................................................................... 21
d) La dynamique des grands clivages.................................................................................... 21
3) La fabrique des partis politiques................................................................................................ 24
a) Bilan des travaux existants.................................................................................................. 25

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Partie 1 : Introduction générale

1) Pourquoi un cours sur les partis politiques ?

Les partis politiques sont des acteurs centraux de la vie politique quelque soit le type de
régime :

 dictatoriaux ou totalitaires (généralement un parti unique)


 ou bien des démocraties pluralistes, principaux agents de la compétition politique. Ce
sont les partis qui détiennent le monopole de l’offre électorale, ce sont eux qui
contrôlent via leurs membres les institutions politiques.

Pour parler de régime pluraliste il faut au moins deux partis. Les partis politiques occupent
une place majeure dans l’organisation politique des sociétés contemporaine. Ils intéressent la
sociologie politique. Ils font partis des objets qu’on qualifie de « canonique ».

 La nature canonique de ces sujets est liée à ce que la sociologie politique est née en
même temps que les partis politiques. Très rapidement, elle fait l’objet de plusieurs
études en sociologie politique. Il existe une longue tradition de recherche sur les partis
depuis les travaux précurseurs de Weber, Ostrogorski… On peut aussi se référer aux
différents travaux quantitatifs : D. Caranani et S. Hug, 1998 « European Journel of
Political Research  », il y a eu environ 12 000 travaux, on est face à un objet d’étude
central.

 La deuxième raison c’est qu’en dépit de ce statut d’objet d’études canoniques, il y a la


recherche sur les partis qui a été délaissée depuis la fin des années 70. Il y avait 500
références par an. Aujourd’hui depuis les années 80 on est tombé à 200 par ans. Les
années 70 sont l’âge d’or. La plupart des travaux sont produits dans les années 70.

 Par la suite c’est la crise du politique, des partis politiques à partir des années 80, on
observe donc l’inflexion de production académique. Cela peut produire une
délégitimation de l’objet. Ce n’est pas un hasard, si c’est sur le FN qu’il y a le plus de
travaux.
 Puis dans les années 80 on note que si les partis politique sont constitué un objet
central, par la suite d’autres objets intéressent les sociologues comme les mouvements
sociaux. Les gens vont s’intéresser à d’autres objets et se détournent donc du politique.

 Fin 70, panthéon d’auteurs qui ont posés leurs approches, qui sont censé être
indépassables. Autant cette recherche classique est intéressante, elle reste critiquable.

Depuis les années 90, particulièrement en France, on assiste à un renouveau de la recherche


sur les partis politiques. Les institutions françaises de la science politique se sont spécialisées

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sur ces travaux. De fait, la création de ce cours est liée à la recherche sur les partis politiques
en France. Ce cours sera le même que Science Po Paris.

Le premier objectif de ce cours est d’acquérir les outils de l’analyse sociologique des partis
politiques. Puis, il est important de voir comment on a pu dépasser ces apports classiques de
la recherche pour la renouveler. Cerner les apports et limites des travaux classiques et voir en
quoi les développements plus récent de la recherche permettent de dépasser ces travaux
classiques qui ont constitué un frein à la renaissance de la recherche.

2) Programme, bibliographie et modalité d’examen

Le programme :

5 partis dans ce cours pour aborder les principales dimensions du système partisan. C’est
l’idée de privilégier 5 grands points :

 Introduction. La manière dont est structuré la recherche sur les partis politiques avec
une cartographie, puis analyser la recherche française sur les partis politiques :
recherche intra nationalement.
 Deuxième partie : Genèse, vie et mort. Etude du processus long et complexe
d’apparition des partis politiques et de disparition des partis politiques.
 Troisième partie : Les partis comme organisation. Deux types d’approches :
approches organisationnelles/environnementales. Voir le parti comme entreprise
politique
 Quatrième partie : Les partis saisis dans leur environnement. Qu’entendre dans
« environnement partisan » ?
 Cinquième partie : Idéologie et culture partisanes. Ramener une dimension
symbolique dans l’approche des partis politiques.

Bibliographie :

L’essentiel de la recherche est en anglais. Si on regarde la littérature existante, ce qui est


étrange c’est qu’il n’y a pas de manuel satisfaisant sur les partis politiques.
Il faut puiser un peut partout les références bibliographiques. Pour appuyer le cours, il y a une
lecture conseillée qui vient en complément de cours.

Examen :

Dissertation de 3 heures sur table avec deux sujets au choix.

3) Une définition du phénomène partisan est elle possible ?

La définition préalable est une étape épistémologique première dans toute démarche
scientifique. C’est ce que Durkheim rappelle dans « Des règles de la méthode sociologique  »
(1895) : il se demande comment on peut permettre à la sociologie d’accéder au statut de
discipline scientifique. C’est un ouvrage qui refonde la sociologie via l’épistémologie,
première démarche scientifique dans les recherches sociologique. Le premier tome théorique

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combine des travaux de Bourdieu, Passeron, Chamboredon, et reprennent les travaux de
Durkheim dans «  Le métier de sociologue  » (1968). Ils reprennent le fil de ce que doit être la
démarche du sociologue. La définition préalable est fondamentale car elle joue un rôle qui
rompt avec le sens commun des choses pour rompre « l’illusion du savoir immédiat ». On
peut penser qu’on sait tous ce qu’est un parti à partir des rapports différenciés qu’on peut
avoir (engagé dans un parti). On peut penser que la définition de parti coule de source mais
elle est loin d’être évidente, immédiate.

Dés qu’on essaie de définir la notion de parti on retrouve 6 difficultés :

 Notion polysémique dont les acceptions ont variés dans le temps et dans l’espace .
La notion de parti est utilisé depuis un certains temps. On l’utilisait durant la
République romaine pour définir la population : la plèbe et les patriciens. On trouve
cette notion régulièrement employée, même au XVI avec le parti Huguenot et le parti
des Guînes. Au XVII il y a deux partis, le parti de la cours (Tories) et le parti national
(Whigs). Egalement utilisée au XIX, au moment ou se structurent différents rangs
politiques : partis légitimiste, orléaniste, bonapartiste. Le sens de cette notion à cette
époque n’a plus rien à voir avec le sens d’aujourd’hui. C’est une notion utilisée
depuis longtemps mais son sens jusqu'à la fin du XIX va peiner à se stabiliser. Elle va
tour à tour désigner un groupe armé, une clique, une faction, une tendance, un club…
Cette instabilité sémantique de la notion renvoie à quelque chose de stable,
identique, à une logique oppositionnelle, une prise de parti. Le sens de parti va se
fixer péniblement au début du XX.
Précision sur le sens qu’on lui donne quand les factions se dotent
d’organisations : c’est celui qui réfère à un regroupement organisé à des fins
particulières. Le trait particulier est la conquête du pouvoir politique.

 Difficile d’arriver à cette notion car elle est porteuse de connotations péjoratives .
Historiquement, les partis en France sont mal vus. L’étymologie du terme donne une
première explication : parti = partire en latin qui veut dire diviser, terme qui apparait
dès les premiers écrits des philosophes. C’est un mal constitutif des Cités. Parmi les
philosophes, il y en a deux principaux : Hobbes et Rousseau. Hobbes « Le citoyen ou
les fondements de la politique  » (1642) et Rousseau « Du contrat social  » (1763). Ce
qu’ils soulignent est l’idée de partition. Pour ces auteurs les factions, clans, sont
synonyme de division, contraire à la volonté générale, contraire à l’Etat. C’est
cette conception qui domine durant la Révolution Française, car l’attachement des
révolutionnaires est l’intérêt général. C’est P. Rosanvallon dans « Le peuple
introuvable  » qui rappelle que « pour les hommes révolutionnaires les partis sont à
l’ordre politique ce que les corporations sont à l’ordre économique, c’est à dire des
perturbateurs ». Cette conception négative se retrouve dans les premiers travaux de
sociologie, c’est à dire ceux d’Ostrogorski « La démocratie et l’organisation des
partis politiques  » (1902) et de Michels « Les partis politiques et les tendances
oligarchiques des démocraties  » (1911). Ils notent deux choses qui vont redéfinir les
partis politiques : la société a besoin des partis. L’organisation partisane est
indispensable à l’organisation politique des masses électorale. Ils sont critiques
aussi des partis politiques, même de la suppression des partis politiques. Dés lors qu’il
y a organisation politique, donc partisane, il y a un phénomène de distribution des
ressources, biens profitent à une élite au détriment des masses alors qu’il était né à la
base pour la masse. Ce ne sont pas des organisations démocratiques. Ce sont des
organisations oligarchiques. Cette image négative des partis politiques continue

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d’exister aujourd’hui. Le discours dominant est très acerbe sur les partis politiques en
France. Cette charge négative rend plus complexe l’opération de définir un parti.

 La troisième difficulté est qu’on ne peut pas concrètement s’en remettre à une
approche « nominaliste ». Ca veut dire qu’il y a des organisations qui dans leurs
noms ne portent pas l’appellation de « parti » et qui pourtant sont considérés
comme tel. Aujourd’hui personne n’irait affirmer que l’UMP n’est pas un parti.
Cependant pas le nom de parti dans leur label. A l’inverse il y a des groupements qui
s’appellent « parti » et qui pourtant ne peuvent pas être considérés comme tel. En
France on est sur une définition qui est très flottante des partis politiques. Rien dans la
Constitution (qui définit ce qu’est le parti, comment il doit fonctionner etc.), on trouve
juste que les partis concourent à l’élaboration du Suffrage Universel. La loi de 1901
sur les associations a donné des premiers éléments à cette définition. Pour avoir la
personnalité morale il faut déclarer cette association en préfecture. Ca reste cependant
flottant. Cette absence de définition a posé problème dans les années 80 lors des
emplois fictifs, des réseaux France Africains… le scandale financier a fait naitre une
série de dispositions législatives encadrant le financement des partis. Quelles
organisations sont éligibles ? Le CE et le CC à posé une définition en disant qu’un
parti politique est « toute personne morale de droit privé poursuivant un but politique
et se soumettant à la législation sur le financement des partis politiques » Il faut entrer
dans les critères énoncés par la Commission nationale des comptes de campagnes et
des financements publics (CNCCFP). L’une des contraintes est un dépôt qui
intervient chaque année. De fait, elle publie le rapport sur internet. Rapport
intéressant car en France il y a en a 408 sensé déposer des comptes certifiés en 2013.
73 ne l’ont pas fait et 30 dépôts sont non conformes. Cette année il y a eu 56 partis
éligibles. Le financement va être indexé sur les résultats des élections législatives. Il
faut avoir obtenu 1% des voix dans plus de 50 conscriptions : 1 vote = 1,70e. La
deuxième fraction est indexée sur les nombres de députés qui vont être élus. Il y a
aussi un intérêt symbolique, même si on est n’est pas bénéficiaire de ce financement
public, ces désignations partisanes ne sont pas désintéressées. Il y a des profits
symboliques à s’appeler « partis » ou non. C’est bénéficier d’une légitimité en tant
qu’acteur politique. On remarque que les partis qui ne s‘appellent pas partis peuvent
être des partis. Parfois des organisations politiques sont ambiguës, comme « le parti
pirate ».

 La quatrième difficulté réside dans la diversité des formes partisanes . On a plein


de formes de partis. Cette diversité vient s’ajouter comme difficulté aux autres
difficultés

 La cinquième raison est que les critères nécessaires pour être «  parti » ont
évolués dans le temps. Pour R. Huard, « La naissance du parti politique en France  »
(1996), il faut remonter le fil de l’évolution des partis. Lors de la III° République, il
rapporte des propos d’acteurs, essaie de déterminer qui est un « parti ». C’est une
définition sophistique du parti politique : on a eu un allégement dans le temps des
éléments nécessaires pour faire parti. On a évolué vers une instrumentalisation du
parti.

 La dernière raison, c’est qu’il y a presque autant de définitions possibles que de


dimension de phénomène. On a une variété de critères définitionnels.

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Benjamin Constant « Un parti politique est une réunion d’hommes qui professent la
même doctrine politique  ». (cf feuille définitions)
Maurice Duverger « Un parti n’est pas une communauté mais un ensemble de
communautés, une réunion de petits groupes disséminés à travers le pays liées par les
institutions coordonnatrices ».
Raymond Aron « Les partis politique sont des groupements volontaires plus ou
moins organisés dont l’activité est plus ou moins permanente, qui prétendent, au nom
d’une certaine conception de l’intérêt commun et de la société, assumer seuls ou en
coalition les fonctions de gouvernement »
Georges Burdeau « Constitue un parti tout groupement d’individus qui, professant
les mêmes vues politiques, s’efforcent de les faire prévaloir, à la fois en y ralliant le
plus grand nombre possible de citoyens et en cherchant à conquérir le pouvoir ou, du
moins, à influencer ses décisions »
Paolo Pombeni « Un parti est une institution destinée à intervenir non seulement
dans le vote mais également dans le processus de décision politique »

Sur quoi doit-on mettre l’accent pour la définition d’un parti ? Doit-on tout rassembler ?
La plupart des définitions données ont des critiques. L’idéologie d’un parti varie dans le
temps. Un parti n’a jamais UNE idéologie. Il n’y a pas de parti qui forme un parti
homogène. On a tendance à oublier les luttes internes qui existent autours.
L’organisation d’un parti n’est jamais figée, elle est toujours susceptible d’être remise en
question. Ce qui varie d’un parti à l’autre c’est aussi les moyens entrepris pour en avoir le
contrôle. On a identifié les difficultés associées à l’entreprise qui définit le parti politique.
Une définition du parti partisan est-elle possible ? Une définition serait possible dans le sens
ou des définitions existent déjà. On peut noter qu’il y a deux définitions qui se sont imposés
dans la littérature.

 Une Définition restrictive. Donnée par Joseph LaPalombara et Myron Weiner, elle
nécessite quatre critères : une organisation durable (durée de vie supérieure à celle
des dirigeants), une organisation locale (rapports réguliers et variés avec l’échelon
national), et un soutien populaire à travers les élections et volonté des dirigeants
de prendre et exercer le pouvoir.
En quoi cette définition est-elle discutable ? La durée, évoquant la notion de soutien
populaire, est vague, car peu de partis sont développés à l’échelon national avec des
ramifications importantes au niveau local. Il y a une profusion de micro-partis qui sont
en contradiction avec la définition de Weiner et LaPalombara même avec la conquête
du parti : ils sont là pour contourner la législation sur le financement. Toutes les
organisations partisanes ont leurs micros-partis. Si on regarde l’organisation partisane
de l’UMP, il y a en fait 123 partis qui gravitent autour de l’UMP et reverse l’argent au
parti mère : l’UMP.

 La deuxième définition est celle de Max Weber . Un parti politique est une
« sociation (association) reposant sur un engagement libre ayant pour but de
procurer à ses chefs le pouvoir au sein d ‘un groupement et à ses militants actifs des
chances – idéales ou matérielles- de poursuivre des buts objectifs, d’obtenir des
avantages personnels ou de réaliser les deux ensembles »
Le terme de sociation s’oppose à communalisation. Ce qui s’oppose sont les
logiques de regroupement, motivées différemment. Emotionnellement ce serait la
communalisation, rationnellement la sociation.

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Sociation : relation sociale basée sur un compromis d’intérêts, motivé rationnellement,
en valeur ou finalité.
Communalisation/ Association : sentiment subjectif d’appartenir à une même
communauté ou société.

La définition de Weber peut être celle qui à le plus de sens aujourd’hui : c’est une définition
intemporelle avec deux aspects centraux majeurs : un parti est bien une relation sociale avec
des individus qui participent à une organisation et qui entretiennent des relations de
coopération et de concurrence pour l’imposition des orientations et des objectifs légitimes du
parti donc pour le contrôle des ressources matérielles. En outre, les partis politiques peuvent
être considérés comme des entreprises qui se battent pour la conquête du pouvoir.

4) Les approches des partis : premiers repères

Il existe une multitude d’approches. L’idée n’est pas de rentrer dans les détails mais de
s’arrêter sur la structuration de la recherche, sur comment on étudie les partis. Il n’y a pas de
théorie générale des partis, pas d’état des lieux, comme l’expliquait K. Janda dans les années
60 explique (mais cela vaut encore aujourd’hui). La recherche sur les partis politiques n’est
pas unifiée.
Pour W Crotty, si on doit la caractériser on peut dire qu’il y a une « confédération de travaux
individuels  ». On a une recherche sur les partis politiques très fragmentée et on doit
s’interroger sur ce point. Il y a différents types de facteurs :

 La propriété de l’objet étudié, c’est à dire le parti politique. On est confrontés à


une immense diversité des formes partisanes dans le temps et dans l’espace. Même si
le label « parti » a finit par s’imposer pour désigner une forme d’organisation
politique aujourd’hui devenue dominante dans la plupart des régimes, ce label ne
recouvre pas forcement les mêmes réalités. On peut se demander ce qu’il y a de
commun entre la sociale démocratie allemande du début du XX°, forza italia créé par
Silvio Berlusconi, l’Union démocratique bretonne, le front islamique de salut ou
encore le parti pirate. Ces organisations sont bien des partis mais elles n’ont pas grand
choses à voir les unes avec les autres.

 Le caractère multi dimensionnel du phénomène partisan. Un parti politique peut


être appréhendé de façon légitime sur l’organisation du parti en tant que tel, sur son
idéologie, ses agents, les relations des partis avec la société… Ce qu’il faut retenir
c’est que quand on est spécialiste d’une approche on est spécialiste seulement sur cette
approche. Les sous-champs de la recherche sont quasi-étanches. C’est la même
remarque pour les spécialistes d’un parti, rarement spécialiste d’un second.

 La diversité des points de vue disciplinaires et paradigmatique qui peuvent être


portés sur les partis politiques. L’approche doit dépendre de la discipline. La
perspective de la recherche est différente selon les pays. Même en France, les travaux
sortis autour de Duverger et d’autres, en fonction de s’ils viennent de Paris I ou de
Science Po l’approche, le point de vue va être différent. Cela explique pourquoi il n’y
a pas de consensus dans la recherche. Comment se repérer dans ces travaux
fragmentés ? Un principe fondamental dans la recherche est de savoir de quel point vu
les chercheurs se place. Il y a eu plusieurs efforts produits depuis les années 70 pour

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mettre de l’ordre dans la recherche. Dézé et Hegels ont remis de l’ordre à leur façon :
rapporter les principales approches en représentation dynamique par un graphique
(document 1) construit à partir de deux axes. L’axe scalaire (micro ou macro), et l’axe
déterminé par la nature de l’environnement privilégié dans l’analyse des partis
politiques. Les chercheurs privilégient l’étude ou l’attention à un environnement
donné (dimension institutionnelle ou politique et dimension sociétale ou sociale), aux
propriétés sociales des acteurs qui agissent dans les partis politiques. Le premier
axe est déterminé par une échelle, on va de la macro à la micro. Le deuxième axe est
déterminé par la nature de l’environnement des partis politiques. Selon
l’environnement donné, soit les chercheurs vont être intéressés par l’environnement
partisan institutionnel et politique, soit dans la dimension sociétale (c’est à dire
l’ancrage sociale des partis politiques ou les propriétés sociales des acteurs qui
agissent dans les partis politiques). Avant cela les chercheurs se positionnaient sur
l’environnement ou les rapports institutionnels. Cette opposition était très forte, elle a
créée des clans qui se sont longtemps opposés de façon stérile.
En outre, la science politique n’est pas la seule discipline à s’intéresser au système
partisan (sociologie, histoire etc.). Cela permet différents points de vue disciplinaires.
Au sein d’une même discipline, il y a plusieurs manières d’aborder les partis
politiques : les spécialistes anglophones ne travaillent pas de la même manière que les
français. En effet, les anglais sont dans une approche macroscopique et quantitative,
tandis que les francophones sont plus tournés vers l’approche microscopique et
qualitative.

 Les quartiles macroscopiques. C’est ce qu’il y a au-dessus des partis et des partisans.
Dans la partie macroscopique on va trouver les approches systémiques (études des
systèmes que forment les partis politiques ou alors des relations qu’entretiennent les
partis avec le système politique). C’est placer la notion de système au cœur des
approches. Il y a trois grandes variantes dans les approches systémiques :

 Variante systémique relationnelle et institutionnelle. Il s’agit de dresser une


typologie des systèmes partisans, sur la façon dont se structurent ces partis (ce
sont notamment les travaux de Duverger, de Sartori et Blondel). L’autre
variante systémique s’intéresse aux modalités de la genèse des systèmes de
partis, afin de trouver pourquoi on observe des différences telles entre les
partis. La théorie des clivages de Rokkan et Lipset en découle. En France,
Seiler à produit un travail d’exégèse de ces deux acteurs, il a prolongé les
travaux de Rokkan et de Lipset pour étudier la formation des partis. Il
s’intéresse à la finalité des partis, il s’interroge sur leurs fonctions. C’est
l’approche structuro-fonctionnaliste. Cette approche vise à répondre à la
question suivante : à quoi servent les partis politiques ? Quelles fonctions
occupent-ils ? Lavau a essayé d’identifier les fonctions des partis politiques. Il
a applique ces réflexions au PCF.

On parle aussi de niveau mésoscopique, qui se situe au milieu du graphique. On tombe sur
l’analyse organisationnelle qui est une approche dominante des travaux sur les partis
politiques. Il y a dans cette approche plusieurs variantes :

 La variante classique. C’est celle de Michels et d’Ostrogorski, c’est chez eux


qu’on trouve les travaux pionniers sur l’organisation des partis, la naissance du

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parti en tant qu’organisation. Pour eux, l’organisation de parti, c’est ce qui
organise la démocratie. Ils vont s’intéresser à la manière dont s’articulent les
partis, l’oligarchie partisane, comment des individus en viennent à confisquer
le pouvoir dans des organisations partisanes, sur les conséquences de
l’institutionnalisation des partis. C’est l’approche classique car on y trouve des
travaux pionniers sur l’organisation des partis en tant que tels. Ce sont les
observateurs de la naissance des partis en tant qu’organisation. Dans sa
variante classique, ces auteurs s’intéressent au fonctionnement interne des
partis politiques, la manière dont s’articulent les rapports entre les différents
agents (leadership qui confisque le pouvoir des organisations partisanes), ou
encore sur les conséquences de l’institutionnalisation des partis (comment ils
se transforment en machines électorales). Leurs études apparaissent au début
du XX° siècle. Après eux, l’approche organisationnelle disparait plus ou
moins. Elle va renaitre plus tard pour devenir l’une des principales approches à
partir des années 50. Elle renait avec les travaux de Duverger. C’est un
individu qui va avoir des rapports de fascination avec l’extrême droite (PPF,
parti de l’extrême droite). Il va sortir « Les partis politiques » (1951), et il fait
un carton. C’est l’un des ouvrages de sciences sociales les plus cités au monde.
Il y réaffirme le primat de l’analyse organisationnelle et va créer la variante
typologique, qui permet la distinction des grands idéaux types des
organisations partisanes.

 La variante typologique. Ce sont les différentes formes organisationnelles


qu’on peut voir dans la diversité organisationnelle des partis. Ce qui l’intéresse
est de distinguer les grands types idéaux des organisations partisanes. En
distinguant deux types de partis : cadres et masses, il va trouver le moyen de
rendre son œuvre quasiment invincible. Après lui, beaucoup d’auteurs ont
essayés de trouver d’autres typologies. Autre que les partis de masses et partis
de masses, il y a le parti attrape tout de Kirchheimer (parti sans véritable
consistance idéologique) et les partis cartels de Katz et Mair, qui renvoie à un
état de parti et état de système des partis. On aurait des partis qui seraient
devenu des entreprises professionnelles et de l’autre côté cette cartellisation
désignerait des modalités montantes.

 La variante entrepreneuriale. Elle considère les partis comme des entreprises


politiques. On trouve d’abord cette appellation chez Weber et Schumpeter. ).
Le parti comme entreprise politique est une approche qui présente de
nombreux intérêts : elle insiste sur la dimension entrepreneuriale (l’objectif est
de générer des profits). Il s’agit de mettre l’accent sur ce qui constitue la
singularité des partis, qui auraient un but : conquérir le pouvoir. Cette approche
se base sur l’importation des grilles d’analyse qui viennent de l’économie.
C’est « l’entreprise des intéressés » de Weber. C’est un outillage intéressant
dès lors que l’on garde une certaine mesure dans l’utilisation des terminologies
métaphoriques du style électorat = consommateurs, partis = entreprises etc…
Le problème est que certains auteurs ne parlent plus que comme ça : c’est de
l’ignorance, car les partis sont plus que cela.

 Une variante qui va puiser dans la sociologie des organisations. Panebianco


va considérer les partis comme des organisations et va trouver des outils dans

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la sociologie des organisations pour repenser les partis politiques, le
changement organisationnel.

 La variante rationnelle. C’est la variante des mathématiciens frustrés. Pour


Aldrich et Schlesinger, elle consiste à approcher les partis politiques en
considérant que ce sont des organisations instrumentales. La différence avec
l’analyse entrepreneuriale, c’est que la variante rationnelle repose sur la figure
de « l’homo economicus », l’individu très rationnel. C’est la négation du
comportement humain. On va modéliser les comportements des partis et de
leurs agents selon une grille d’analyse rationnelle. On ne laisse aucune place à
l’aspect « humain », c’est de la modélisation.

 Le quartile microscopique sociétal. On va ranger les approches qui saisissent les


partis politiques dans leur environnement premier. On va partir au « ras du sol
partisan » (Hastings), pour chercher comment les partis fonctionnent à l’échelle locale,
comment ils s’insèrent dans le tissu social, s’approprient ce tissu et comment ils le
reconfigurent. Il s’agit de saisir ce que le parti fait à la société, et ce que la société fait
au parti. Il y une veine anthropologique qui traverse ces différents travaux, qui partent
de petites unités sociales (ville, section, village, un militant…). On cherche à
comprendre les imbrications du politique et du social (Eldersveld se penche sur le cas
de Détroit aux USA). Le paradigme microscopique s’est beaucoup développé en
France. C’est l’idée que l’on considère trop les partis politiques comme des ensembles
homogénéisés, unifiés. En fait il y a un caléidoscope de réalité. Sawicki va montrer
que les partis politiques sont imbriqués dans le social. Il parle du caractère multi
positionné des agents. Le parti est carrément une société.

 Analyse biographique. Pudal est sur l’individu même, unité de base du


collectif- partisan.
 Analyse localisée. Pour Eldersveld et Sawicki, derrière la façade homogénéisée
des partis politiques, il existe tout un kaléidoscope de réalités.
 Analyse anthropologique. Hastings et Mischi montrent comment les partis
politiques fonctionnent à l’échelle locale, comment ils s’approprient et
remodèlent le tissu social.

On peut porter une critique importante sur cette cartographie : en effet, chaque
positionnement peut être jugé comme étant arbitraire. Mais il faut garder à l’esprit que
l’intérêt est de visualiser la recherche en tant que telle. Souvent, cela constitue un blocage à la
recherche, alors que c’est une recherche vivante (notamment grâce aux travaux de Gaxie et
d’Offerlé).

5) La recherche française sur les partis

Il y a eu deux phases : de 1950 à 1980 et de 1980 à nos jours.

a) De 1950 à 1980

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Il n’y a pas d’auteurs français. C’est Duverger que va être le premier en 1951 avec la
publication de son livre « Les partis politiques  », dans lequel il travaille sur les partis de cette
époque-là. On ne sait pas encore grand-chose des partis politiques. Un historien, R Sherb va
se faire une notoriété en publicisant l’ouvrage : il encense l’œuvre qui arrive à point nommé
car « on connait mal les partis dont on parle comme si rien de leur nature ne nous échappait ».
Sa publication lance la recherche française sur les partis politiques. Duverger aurait voulu
faire de la recherche sur les partis un champ à part appelé « Stasiologie ».
Mais les débuts de la recherche en France commencent à être réels dans les années 70. D’un
point de vue paradigmatique la recherche française va s’articuler auteur de deux pôles :

 Le pôle organisationnel. Ceux qui vont affirmer le primat de l’organisationnel dans


les partis politiques.
 Le pôle environnemental. Ceux qui vont affirmer le primat de l’environnement dans
les partis politiques.

Cette opposition dure encore. Pour Duverger, ce qui touche aux propriétés sociales des
individus ne doit pas être ignoré, mais une autre dimension prime : l’organisation. Cette
approche ne satisfait pas tout le monde, notamment G. Lavau. Il trouve plein d’apports mais
n’est pas d’accord sur la priorité qu’il accorde à l’organisation. En 1953 dans « Partis
politiques et réalités sociales  », il critique d’emblée la dimension développé par Lavau, il
rajoute à ce titre « contribution à une étude réaliste des partis politiques   », ce que dit Lavau
est l’inverse de Duverger. Il dit qu’il faut les relier à leur ancrage sociétal. « Un parti fasciste
peut calquer son organisation sur le PCF, s’insérer dans un même système partisan, la seule
ressemblance sera morphologique ». Les partis politiques ne sont pas définis pas leurs
structures. Un parti se défini par les groupes sociaux, les individus… contrairement à
Duverger qui pense plutôt à l’organisation. Ce sont des travaux qui se situent au niveau de
l’approche organisationnelle ou environnementale : rarement les chercheurs vont concilier
analyse organisationnelle et analyse environnementale. Quelques travaux sont à étudier du
côté de l’approche organisationnelle : Charlot, spécialiste du phénomène gaulliste « L’UNR.
Etude des pouvoirs au sein d’un parti politique  » (1967) et A Kriegel avec « Les communistes
français  » (1968).

Du côté environnemental on peut citer Lavau, qui va s’intéresser au cas du PCF, à


l’interaction entre le parti et le système politique. La place et le rôle du PCF dans le système
politique, qu’est ce que le PCF fait au système politique. Il analyse la fonction tribunitienne
des partis politiques (porter les revendications du peuple). Le PCF à joué ce rôle de fonction
tribunitienne dans les années 80. Depuis qu’il a perdu son influence, cette fonction est
attribuée au FN. D.L Seiler, exégète de Rokkan, se penche sur la constitution des familles
politiques : ca ne l’intéresse pas de rentrer dans les idéologies. Pour la manière dont on peut
penser que la recherche s’est ordonné dans les années 50-70, avec des champs d’études
développés de part et d’autres…

b) À partir des années 80

Il y a une crise qui affecte tous les partis, influe sur la baisse de la recherche et la
délégitimation des partis comme objet d’étude. Les partis tombent en désintérêts dans la
recherche. Il faut attendre la fin des années 80 pour qu’une nouvelle dynamique se mette en
marche. Comment va s’opérer le renouveau de la recherche sur les partis politiques : c’est un
ouvrage qui permet la relance « Les partis politiques  » d’Offerlé (1987), professeur à Science
Po et maintenant à Normal Sup. Ce livre n’explique pas ce qu’est un parti politique alors que

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c’est un « Que sais-je ? ». C’est en fait un manifeste. Il a une finalité paradigmatique, celle de
poser une approche sociologique des partis politiques. Cette approche est aujourd’hui devenue
dominante car la plupart des travaux réalisés en France se référent au « Que sais-je ? »
d’Offerlé. Lui même est convaincu que son approche est dominante. Les fondements de son
approche sociologique sont exposés dans le premier chapitre « tradition d’études et obstacles
de la connaissance des partis politiques ». C’est dans ce chapitre où il dit ce qui à été fait, ce
qu’il ne faut plus faire et ce qu’il faut faire maintenant.
Quels sont les fondements de cette approche sociologique ? Il y en a principalement trois.

 Le premier fondement, postulat constructiviste. Ça veut dire que les partis sont
unifiés, homogénéisé. on ne peut être que frappé par le fait que dans la plupart des
études, les partis sont homogénéisés. Il faut aller au-delà des effets de langage utilisés
inconsciemment dans les ouvrages de recherche. Il faut toujours être attentif à
déconstruire le collectif partisan, qui est trop souvent réifié. Dans notre langage, quand
on parle des partis on dit « le parti socialiste à du mal en ce moment », par simplicité
de langage on utilise un article défini qui substantialiste. Il faut aller au delà
d’essentialisation, d’unification, de substantialisation… On fait comme si le PS est un
homme, il n’est pas seul, il faut déconstruire. Il faut déconstruire le système
partisan. Cette conception homogénéisé se retrouve beaucoup dans la littérature de
l’époque, notamment dans la littérature anglo-saxonne. Il faut voir ce que sont les
partis derrière.

 Le deuxième fondement est lié à l’importance que Weber et Bourdieu auront


dans l’approche des partis. Les gens comme Gaxie ont été marqué par Bourdieu ou
Weber. Bourdieu à pris soin non pas de réhabiliter Weber mais de le ramener dans la
sociologie dans les années 70. Les partis sont une sociation. Offerlé évoque les
relations partisanes pour parler des partis. Si on a des relations partisanes, il faut poser
la question de la présence des usagers dans les partis. Que font-ils dans ces partis ?
Il faut se poser la question dans une approche wébérienne. Le second apport est le
concept de l’entreprise politique. Dans l’entreprise politique, les individus sont là
pour défendre des idées mais aussi tenir des rétributions matérielles, ce sont des
agents intéressés. L’apport de Bourdieu, qui est multiple, permet de formaliser les
interrelations. Bourdieu dit qu’il faut s’intéresser aux usages que font les agents
partisans des relations partisanes. Il soutient l’idée des agents intéressés, qui ont pour
vocation d’aller chercher des ressources. Il parle des « champs » (théorie des
champs), il part du principe que tous ces champs sont occupés par des individus
socialement habilités pour occuper ces positions. Chaque champ social est un champ
d’interaction ou les individus rentrent en compétition pour entrer dans ce champ. Les
partis sont des champs de luttes et des champs de forces. Un parti politique pour
Offerlé est  « un champ de coopération et de concurrence, entre des agents ainsi
disposé (socialement disposé, trait & qualité sociale qui permettent d’être la) qui
luttent pour définition légitime du parti et pour le droit de parler au nom de l’entité et
de la marque collective dont ils contribuent par leurs compétitions a entretenir des
distances ou plutôt la croyance politique ». On doit être attentif aux propriétés
sociales de ces agents. Quelles ressources, quelles rétributions…

 Le troisième fondement de cette approche sociologique et le fait d’adopter une


optique microscopique et qualitative. Faire de l’entretien, utiliser des archives…
C’est toute une démarche ethnographique pour se fondre dans le lieu partisan. Dézé
critique l’approche d’Offerlé : Il dit que toutes les approches sont nulles. On a évacué

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ces types d’approches qu’on trouve dans la littérature anglo-saxonne. On les a
disqualifiées. Offerlé dit ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire mais lui-même
ne l’applique pas. Il n’a jamais vérifié ce qui s’est fait empiriquement. On voit
comment la métaphore économique, le transfert du vocabulaire entrepreneurial est en
fait un non-sens. Ce devient un indicateur de mesure si vous parlez bien l’offerlien.
Quand Offerlé est arrivé, il n’y avait qu’une manière de travailler. Il y a eu un effet de
disqualification de méthode quantitative. Le quantitatif ne parlerait pas. Il n’y a que le
qualitatif qui compte.

Cette dernière approche est devenue dominante. On ne peut plus ignorer les effets de
production de la discipline, ainsi que de ses maitres à penser comme Offerlé, Pudal ou
Sawicki. Sur la science politique en France ils sont dominants. C’est approche est séduisante,
tout ce qui s’est fait est nul, ca donne envie de tout casser : ça procure une fascination très
forte. Ca ouvre d’autres perspectives de recherche. L’autre raison est qu’elle à fait objet
d’assouplissement a posteriori. Offerlé est très wébérien. Il est revenu parce que les gens
comme Sawicki, appréhendaient les partis comme des entreprises culturelles : fabriquant de
grammaires, production de sens. Ce ne sont pas que des entreprises économiques. Ce qui est
intéressant, c’est la force avec laquelle ce bouquin s’est imposé et le peu de critiques qu’il y
en a eu : Offerlé déconstruit très agressivement les autres approches. Aucune littérature ne
trouve raison à ses yeux. Il a évacué toute la littérature anglo-saxonne. Il a produit des effets
d’exclusion et de disqualification. La deuxième critique qu’on peut lui faire, c’est qu’il
n’applique pas ses propres conseils et directives. En outre, on voit comment la métaphore
économique peut devenir occultant. Enfin, si on suit sa méthodologie, on va vers une
microscopisation de l’objet : cela produit aussi des effets de disqualification. Il y a eu un effet
de disqualification des méthodes quantitatives, seul le qualitatif compte.

Il y a le ralliement de la plupart des chercheurs qui produit des effets d’endogamie


académique : c’est à dire tout le monde est d’accord. Ici, tout le monde à la même approche
d’Offerlé. Le problème est qu’il n’y plus personne en France pour se battre. Le second
aspect négatif est que ce qu’on fait en France est inconnu à l’étranger, alors que l’on produit
de bonnes recherches sur les partis. Aucun français n’a publié dans « Politics Partis » qui est
la revue politique anglo-saxonne. Il y a une réelle déconnection. La Revue « Science
politique » est maintenant publié en anglais.

Partie 2 : Naissance, vie et mort des partis politiques

1) La naissance des partis politiques

On note l’apparition du phénomène partisan dans sa dimension historique & moderne. C’est à
dire à la genèse d’une forme d’organisation politique qui va progressivement s’imposer
comme une forme dominante des régimes politiques. Si aujourd’hui les partis sont naturels,
rien n’est garanti à l’origine. Lacroix dit que ce qui est derrière nous apparaît naturel, et donc
qu’il faut s’en méfier. Tout processus est complexe, incertain et contrairement au postulat
positiviste, il faut déconstruire ce processus.
Il y a pluralité de facteurs et donc pluralité d’approches :
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 Approche historique (R. Huard « La naissance du parti politique en France », 1996)
 Approche de philosophie politique (Donegani, Sadoun « La démocratie imparfaite :
essai sur le parti politique », 1994)
 Approche macro-culturelle (Rokkan)
 Approche institutionnelle (P. Avril « Essai sur les partis politiques », 1985)

a) De la faction au parti : les origines « philosophiques »

Jusqu’au XVIII°, l’idée de partition apparait comme illégitime, elle est perçue depuis
longtemps comme étant contraire à ce qui fonde la vie en société. Il ne faut pas qu’il y ait de
société partielle, Rousseau parle de « brigues », c’est à dire querelles, qui gêne l’association.
Jusqu'à la fin du XVIII°, la conception qui prédomine, c’est une conception moniste. On peut
dire que la pluralité est perçue comme contraire à l’unité, le multiple comme contraire à l’un.
La genèse historique des partis politiques est d’abord indissociable d’une transformation des
constitutions philosophiques du « vivre ensemble » politique, ou comme dit Rosanvallon
(« Le peuple introuvable »), d’une « légitimation philosophique du pluralisme » et des formes
à travers lesquelles il va s’incarner. Il y a une évolution des idées qui a précédé puis
accompagné le processus historique de la constitution des partis.
On distingue plusieurs étapes dans le processus de légitimation des partis politiques :

 Machiavel (1469-1527) avec « Le Prince  », est à l’origine du processus partisan.


Selon Donegani et Sadoun, il y a l’affirmation de l’idée qu’en fait les divisions sont
inhérentes à la société, même si toutes ces divisions ne sont pas forcément bénéfiques
à la société. Il y a des visions qui sont profitables et d’autres qui ne le sont pas.
Machiavel disqualifie les divisions sociétales basées sur l’existence de factions, de
partis. Mais ces visions sont profitables car elles sont des garantes d’un principe
politique fondamental : la liberté des points de vus.

 David Hume (1711-1776) « Essai sur les partis politiques » « Les partis en GB »
« Essai sur les premiers principes du gouvernement » (1752). On y retrouve la
pensée de Machiavel. Il s’agit de définir positivement les partis, de distinguer les
bonnes et les mauvaises factions. Il y a 3 aspects : le conflit est inhérent à toute société
politique. Puis comme Machiavel, il reconnaît qu’il peut y avoir des oppositions
néfastes et d’autres positives. Pour Hume, un groupe politique défend des intérêts
collectifs ou des principes, considérés comme un moindre mal par rapport à un groupe
politique qui cherche à défendre des intérêts personnels ou reposant sur des
sentiments. C’est la nature de l’intérêt qui est visé par le groupe qui, selon Hume,
fonde les différents types de factions ou de partis. L’inflexion s’opère dans la
construction des partis politiques et dans leurs formes.

On a pu distinguer deux étapes à partir de Machiavel : l’inhérence des partis et la distinction


entre bonnes & mauvaises divisions, avec des précisions sur ces dernières.

 A la fin du XVIII°, il y a un auteur qui va définir positivement ces partis  : E.


Burke. (1729-1797). A la fin du XVIII°, on identifie une 3° étape de qualification des
partis et de disqualification de la notion de faction. Les partis sont légitimités, ce
processus va aboutir au remplacement de la notion de partis à celle de faction. Sartori
dit dans « Parties and Party Systems » que c’est le reflet des évolutions sociétales. On

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se rend compte que l’évolution annoncée par Sartori va prendre du temps. A cette
époque, dans la dernière moitié du XIX°, il s’agit d’un corps d’hommes unis pour
atteindre l’intérêt général par leurs efforts conjoints, sur la base d’un principe
particulier su lequel ils sont tous d’accord. Les révolutionnaires français ont rejetés
unanimement le terme de partis. P.Retat, dans la Revue « Mots » écrit l’article « Partis
et factions en 1789 ». Selon lui, ce sont les individus qui se réunissent pour parler des
stratégies à développer dans l’Assemblée. Ces sociétés politiques sont mal vues, avec
par exemple la Loi Chapelier, qui interdit tout regroupement politique.

Il y a en outre une dimension philosophique intéressante. Si c’est au XIX° que le terme


« parti  » s’impose, il est marqué par un statut ambivalent quant à sa définition. On est sur
quelque chose de très instable. L’ambivalence est repérable dès les écrits de Tocqueville « De
la démocratie en Amérique », ou il dit que les partis politiques sont un mal inhérent au
gouvernement libre mais un mal nécessaire. C’est une obsession très normative d’accepter la
distinction sociétale, et l’incarnation en bien ou en mal des partis. Il parle de « grands » et de
« petits » partis. On arrive à terme à un processus d’affirmation positive et de reconnaissance
des partis.
Si on doit s’intéresser à la naissance des partis, il faut prendre un compte la dimension
philosophique. Huard l’explique dans son livre. Les partis se développent avec la III°
République en France. Il y a eu une succession de régimes, avec une instabilité politique très
forte, qui se réduit avec l’avènement de la III° République. Comme le dit Rosanvallon, c’est
la stabilisation du régime républicain qui va permettre la reconnaissance progressive d’un
principe d’opposition pacifique accepté par la droite et par la gauche, ainsi que la
reconnaissance de cette opposition qui achève l’effritement du monisme originel et la
banalisation conséquente du pluralisme.

b) L’avènement du suffrage universel et de la démocratie de masse

Lorsqu’on parle de partis au XIX°, on parle d’un courant, d’individus qui sont réunis par les
mêmes convictions. De fait, ce n’est pas un hasard si la définition de Burke correspond à cette
réalité. On trouve la notion de parti assez rapidement associée à des courants politiques
différents. Dès 1830 on parle de parti orléaniste, légitimiste ou de tiers partis. Si on remonte
l’histoire, au milieu du XIX° on trouve le parti libéral, le parti de Lamartine, le parti de
l’ordre. En 1870 subsistent différents partis : parti démocratique, parti orléaniste. Jules Simon,
dans « Les partis politiques » (1868) dit que « il y a tant de partis en France et tant de
divisions dans les partis qu’il ne reste pas un seul mot de la langue politique qui soit
parfaitement clair ».

Les partis sont des regroupements informels constitués sur une base idéologique. Il y a eu des
typologies, on parle des « partis d’opinions et de clientèle » (Sartori) ou encore la
terminologie de Duverger qui parle de « communauté de doctrines politiques ».
Ce sont tout sauf des organisations. Pour rester sur le cas de la France, elles vont être perçues
comme des organisations pendant longtemps. Vers 1880, le parti républicain est définit par M.
Agulhon « comme l’ensemble des gens qui se reconnaissent républicain par leurs convictions
et par leurs votes ». La question n’est pas de voir comment les partis naissent mais comment
l’organisation de partis nait, comment elle voit le jour. Le second facteur idéologique est
l’avènement du suffrage universel et de la démocratie de masse. L’avènement du suffrage
universel et de la démocratie de masse va rendre l’organisation partisane indispensable à la
mise en place de ce nouveau type de régime. C’est ce que remarquent les premiers

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observateurs privilégiés, qui vont s’intéresser aux partis dans leurs organisations : Michels,
Ostrogorski et Weber.

La première phrase de Michels dans son livre fondateur c’est que « la démocratie ne se
conçoit pas sans organisations ». On comprend qu’organisation veut dire organisation
sociétale et politique autour de l’organisation de partis. Cette phrase est fondamentale car le
terme d’organisation est interprétable sous cet angle double. On trouve la même phrase, chez
Ostrogorski. Mais la formule qui résume le mieux cette corrélation entre naissance des partis
politiques, suffrage universel et démocratie est celle de Max Weber dans « Le savant et le
politique  » : « Les partis sont les enfants de la démocratie, du suffrage universel et de la
nécessité de recruter et d’organiser les masses ».

Des objections peuvent être faites dans le sens ou dans les pays scandinaves la démocratie est
née avant les partis. Certains auteurs nuances l’avènement du suffrage universel, comme
notamment P. Avril, selon qui l’antériorité des institutions et des législations (comme la
constitution américaine) est une des conditions de leur développement. Ostrogorski, dans
« Les origines des associations politiques et des organisations des partis en Angleterre »
(1893), montre qu’il y a eu trois vagues de réformes pour le suffrage : 1832, 1867 et 1884.
En Angleterre, on est dans un régime censitaire dur : la première réforme intervient en 1832.
La noblesse et aristocratie seules avaient le droit de vote, ça correspondait à 2% de la
population. Les partis politiques à l’époque ont une existence simplement parlementaire. Il y a
deux « partis » qui se détachent à la Chambre des Communes : Whigs & Tories (Libéraux &
conservateurs). Comme dans le cas de la France on est dans un régime corrompu, clientélaire.
L’échange électoral est basé sur la promesse de biens matériels en échange de votes. C’est
contre cet état de fait que vont s’ériger les Whigs. La réforme de 1832 procède à un premier
abaissement du cens. Elle provoque une augmentation de 50% du corps électoral, soit 7% de
la population totale. Le critère pour accéder au suffrage, c’est de posséder une maison, un
magasin… Ceux qui accèdent au droit de vote sont la classe moyenne. Il faut noter ce que
décrit Ostrogorski : avant la réforme électorale, les électeurs se pointaient au bureau en
présentant leur titre de citoyen. Avec la réforme, le principe d’enregistrement des électeurs
devient obligatoire. Elle va être confiée à l’inspecteur des pauvres & des paroisses. Il va
s’avérer que ces inspecteurs vont échoir à des sociétés d’enregistrements mis en place par les
courants politiques parlementaires, pour convaincre de voter sur son propre camp : ce sont des
campagnes par le porte à porte. L’organisation centrale de partis voit le jour avec les deux
courants autour du Carlton Club pour les Tories et du Reform Club pour les Whigs. Ces clubs
sont des centres de ralliements et d’actions politiques qui ont pour vocation de créer un
maillage politique et relier tous les membres de cette même communauté partisane. Il écrit
aussi que ce ne fut qu’après la réforme que les organisations de partis régulières purent
s’établir dans le pays.

Ce processus va se renforcer avec la réforme de 1867, elle accorde le droit de vote à une
partie de la population non propriétaire. Nouveau coup d’accélération. Une partie de la
population ouvrière peut voter. Les organisations préconstituées vont renforcer leurs
structures d’encadrement et de mobilisation. Il s’agit non plus de les regrouper mais de les
fidéliser. On est partis de la formation des organisations d’enregistrement qui prennent une
forme associatives, ou de comité. Avec la nouvelle réforme de 1867, on passe à un nouvel
échelon qui vise à aller plus loin, avec deux formes : l’union nationale conservatrice & la
fondation nationale libérale.

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2) La lutte pour le monopole de la représentation politique et l’imposition de
nouvelles façons de faire de la politique

Weber, dans « Les partis politiques sont les enfants des démocraties contemporaines », met
en avant le fait qu’il est possible de relier les partis politiques à une série de dates, de réformes
qui vont enfanter les partis politiques modernes. C’est ce que Huard reprend dans « La
naissance des partis politiques en France  ».

Les partis ont constitués la solution nécessaire aux problèmes causés par la transformation
démocratique de nos sociétés selon P. Avril. C’est une approche insatisfaisante car ceux qui
étudient la naissance des partis auront tendance à chercher dans des organisations les traits des
partis tels qu’ils vont voir le jour à partir du XIX°. L’incertitude qui entoure la pratique des
acteurs et ce qu’ils font n’a pas pour intention finale de déboucher sur un parti politique.
Dans les travaux de nature historiques (Raymond Huard ; Pierre Avril), on a l’impression
qu’il y a une relation causale entre suffrage universel et partis politiques. C’est une approche
pour partie insatisfaisante : ceux qui regardent les partis politiques avec des yeux d’historiens
vont chercher les traits des partis tels qu’ils vont voir le jour à partir de la fin du XIX° siècle :
ce sont des formes protopartisanes, en posant à posteriori que ces organisations représentent
les ancêtres des partis politiques. Il y a une forte incertitude qui entoure les acteurs, qui n’ont
pas forcément l’intention de déboucher sur des partis politiques. La deuxième critique prend
le contrepied de Weber : la démocratie n’a pas accouché des partis politiques. Leur avènement
renvoie nécessairement à un processus complexe, incertain : le défaut de ces approches
historiques est d’occulter la réalité proprement sociologique du phénomène partisan. On va
essayer de montrer en quoi la genèse des partis politiques est pour partie le fruit de la lutte
entre les acteurs pour l’obtention du monopole de la représentation politique. Cet apport-là a
été particulièrement mis en avant par des travaux de socio-histoire (Yves Déloige, Michel
Offerlé, Alain Garrigou) : on va essayer de déconstruire les phénomènes sociologiques et
politiques que l’on peut observer. C’est faire de l’histoire avec les outils de la sociologie. Il
s’agit de dénaturaliser la relation supposée mécanique entre suffrage universel et partis
politiques. On va le relier par les luttes entre les acteurs.

Qu’est ce que l’apport de ce point de vue sociohistorique sur la naissance des partis
politiques ? Il établit une relation causale entre suffrage universel et avènement des partis
politiques. On peut regrouper les apports sociohistoriques autour de ces deux points. Ce que
montrent les approches sociohistoriques est que l’avènement des partis politiques doit être
relié à l’émergence des entrepreneurs politiques.

a) L’émergence des entrepreneurs politiques

L’avènement des partis politiques doit être rapporté à l’activité d’entrepreneurs politiques
intéressés par la redéfinition des conditions de la compétition électorale et aux luttes qu’ils
engagent pour atteindre ce but.
Pour comprendre, il faut revenir en arrière, avant l’avènement du suffrage universel et
l’intervention d’une nouvelle classe d’acteurs politiques.

Avant 1848, marché électoral est extrêmement restreint : on compte 250 000 électeurs. Le
marché électoral est donc très peu concurrentiel, il y très peu de candidats : pour l’être il faut
un certain capital financier. Dans plus d’un tiers des circonscriptions, il n’y a qu’un seul
candidat. Ce marché est aussi dominé par les notables. Presque tous les députés de la
démocratie censitaire étaient des notables : nobles, propriétaires terriens, industriels. Ce

17
n’étaient pas des professionnels de la politique. Ils ne gagnent pas leur vie en faisant de la
politique. Ils font de la politique car ils gagnent déjà leurs vies.

Ces notables se font avant tout élire sur leur personne, souvent ils n’ont pas de programmes et
pas forcément de vision politique. Certains d’entre eux sont en lutte de pouvoir au sein du
Parlement, des ministères, mais ils restent des représentants ruraux. L’activité de ces notables
est de jouer le rôle de courtier. Ils servent d’intermédiaire entre Paris & la province. Ils sont
plutôt de tendance conservatrice. Si on prend le cadre des élections législatives 1846, dans
marché clientélaire, 1/3 des députés sont élus avec moins de 200 voix. Les élus connaissent
personnellement leurs électeurs, qui appartiennent au même univers social.

Il est important de le rappeler car ça permet de comprendre que le suffrage universel n’est pas
advenu tout seul. Le suffrage universel, c’est la revendication centrale de ceux qui s’opposent
à la manière dont fonctionne cette compétition électorale, ceux qui s’opposent au régime
censitaire de 1830 (monarchie de Juillet, monarchie de Louis Philippe). L’opposition au
régime censitaire est hétérogène. Le suffrage universel n’est pas advenu tout seul.
L’élargissement du suffrage est l’une des revendications centrales de ceux qui s’opposent à la
manière dont fonctionne cette compétition électorale, de ceux qui s’opposent au régime
censitaire. L’opposition au régime censitaire est hétérogène : opposition dynastique (centre
gauche favorable à la monarchie) ; républicains et radicaux (Le Dru Rollin). Ce qui porte ces
revendications, pour les loyalistes c’est que pour pérenniser le régime, il faut consolider la
base électorale. Pour les républicains, il s’agit de faire tomber ce régime. Le suffrage
universel est perçu comme un moyen de pénétrer de manière plus large sur le marché
politique. La marge de manœuvre est cependant mince sous le régime de la monarchie de
Juillet. Louis Philippe fait mener à ses ministres une politique autoritaire : les droits
d’association, droits de la presse et les réunions politiques sont interdites. Il faut trouver des
moyens alternatifs de combats politiques : des sociétés secrètes, des sociétés prosélytes qui
vont diffuser des idées républicaines (Société des Droits de l’Homme), campagne de pétitions
en faveur du suffrage universel ; les funérailles libérales (transformer les cérémonies de deuil
en mini-meeting politique). En 1847, on lance la « campagne des banquets » par O. Barrot.
C’est l’organisation de grandes tablées payantes en France, dans lesquelles on en profite pour
parler politique et promotion du suffrage universel. Elles vont être contrôlées par les
républicains. L’interdiction du dernier banquet à Paris constitue le facteur déclencheur de la
révolution de février 1848 avec le départ de Louis Philippe. Une fois le gouvernement
provisoire mis en place, le ministre de l’intérieur Ledru Rollin fait adopter par décret le
suffrage universel masculin le 2 mars 1848. On assiste à une accélération d’un nouveau
marché électoral, même s’il continu à être dominé par les notables. Le système de candidature
officielle se met en place, avec une opposition républicaine dans une partie de l’Empire. Il y a
un décalage entre cette Révolution, ce qu’elle amène comme principe fondamental et le
démarrage du système politique qui n’intervient qu’à partir de 1870. La III° ne sera pas
l’avènement d’un régime républicain. Les élections de 1871 donnent raison à une grosse
majorité aux conservateurs. Le régime républicain va se stabiliser dans la deuxième moitié de
1870. La lutte politique se monte autour de ces deux camps (notables conservateurs et
prétendants républicains).

C’est cette lutte qui va accélérer la formation des partis politiques. C’est l’économie de cette
lutte qui va générer les germes du premier parti qui oppose des individus qui n’ont pas les
mêmes ressources : Il faut relier le suffrage universel aux luttes politiques pour l’exercice du
pouvoir. Au début de la III° République, on est dans un régime aux 2/3 conservateurs. La lutte
politique s’organise entre républicains et conservateurs. Elle oppose des individus qui n’ont

18
pas les même profils ni les même ressources : on convertit les ressources en suffrages. Ce qui
est intéressant, c’est l’élargissement du suffrage ne va faire que prolonger la logique
clientélaire. On échange des votes, des voix, contre des biens, contre des services. Ça veut
dire que pour les notables, la procédure électorale n’est pas la source de leur légitimité. Elle
consacre une légitimité préexistante, elle fonctionne comme une « procédure de ratification »,
ratification d’une relation sociale caractérisée par un échange qui peut être perçue comme
inégalitaire. Les notables affrontent les challengers, les nouveaux-entrants, qui n’ont pas le
même profil (professions libérales comme médecins, avocats etc.).

 Les notables qui se font élire en convertissant les ressources en suffrage. On échange
des votes contre des biens, services. Ca veut dire que pour les notables, la procédure
électorale n’est pas la source de leur légitimité. Elle fonctionne comme une
« procédure de ratification » (A. Garrigou). Ils monopolisent le marché électoral de la
III° Républiques.

 Les « challengers », les nouveaux entrants qui n’ont pas le même profil, profession
libérales (avocat, médecin, journalistes…), qui n’ont pas de notoriété locale, pas de
réseaux, pas de richesse. Pour investir le marché politique, se faire élire, convaincre,
ils vont devoir mettre en place des nouvelles façons de faire de la politique.

La manière dont on fait la politique aujourd’hui date du XIX°, elle mise en place par les
innovations des républicains, de la gauche : « Les outils de la politique moderne
appartiennent d’abord aux républicains » (N. Rousselier).

Comment les républicains arrivent à prendre le pouvoir ? On observe dès 1871 des comités
électoraux au niveau local. C’est une initiative sans coordination nationale. Ces comités
existent déjà sous la Restauration, ce sont des cellules de candidats. Le parti de l’ordre va
mettre en place des comités électoraux temporaires. Ce n’est pas une invention mais c’est
innovant dans la manière dont ils vont être utilisés : il ne s’agit plus de sélectionner des
candidats : ces comités électoraux vont servir à recruter des militants, souvent des bénévoles,
pour aller chercher l’électorat directement, pour l’encadrer et le fidéliser. Duverger tranche en
faveurs des républicains, qui seraient en faveur des comités électoraux pour recruter des
militants, de nouveaux électeurs etc. Ce qui va changer dans l’usage qu’en font les
républicains, c’est qu’ils en font des comités de liaison permanents. Pour canaliser la
confiance de nouveaux électeurs, pour obtenir leur suffrage, les républicains lui donnent une
autre dimension : on observe un dispositif plus intense de campagne électorale. Napoléon III a
été le premier à comprendre l’importance de l’image politique. Les républicains intensifient et
systématisent ces dispositifs. Garrigou dit : « Les entrepreneurs ne pouvaient rivaliser avec les
notables qu’en se plaçant sur un autre terrain, celui de l’opinion ». De fait, le dispositif de
campagne consiste à fabriquer des affiches et des brochures, à rédiger des professions de foi, à
élaborer des programmes, à recruter des militants. Il s’agit de mobiliser l’électorat sur la base
d’un pari : celui de proposer une nouvelle économie de l’échange électoral. Il faut inciter les
électeurs à voter en échange de bien immatériels (idéologie). Il s’agit de voter pour une
certaine vision du monde, de la société. Ce sont des biens politiques, symboliques. Cela veut
dire que le projet va l’emporter sur la personne (l’inverse d’aujourd’hui). Jules Guesde, en
1893, leader du parti ouvrier, dit : « Je croirais être indigne du mandat qui m’a été imposé en
vous imposant ma personne ».

Comme ces nouveaux entrants n’ont pas de ressources, ou très inférieures à leurs concurrents,
ils vont utiliser les comités électoraux comme de véritables entreprises. Il faut concevoir la

19
naissance de l’organisation comme étant motivée par des principes d’ordres entrepreneurials :
susceptibles d’amasser et de générer des gains. Les comités électoraux ont une finalité :
recueillir des fonds. On trouve très fréquemment le mot « entreprise ». C’est un défaut de
lecture de Weber : il parle d’entreprise politique, mais de partis politiques déjà établis. Au
début de la III° République, on ne trouve pas encore ça, le terme « entreprise » est alors un
abus de langage. Il y a une volonté de faire des comités des entreprises politiques, mais en
termes de « machines », considérées comme un effort de spécialisation de l’appareil partisan.
On en fait un organe administratif spécialisé pour recruter des membres, enregistrer des
cotisations, générer de rétributions (offrir des postes).

La mise en place de ce dispositif organisationnel est d’abord au niveau local puis ensuite au
niveau national (union ou fédéralisation des comités électoraux). Il pose les germes des partis
politiques tels qu’on les connaît aujourd’hui. La première organisation nationale du parti
républicain voit le jour dans les années 1880 à l’initiative d’un député, Jules Steel, et prend le
nom de « Comité National Républicain ». C’est là encore une structure souple, pas encore un
parti. Elle réunit une partie des comités du territoire et a pour fonction de coordonner la
propagande et la récolte de fonds. Huard, en France, fixe le sens de parti politique en
énonçant : « Un parti qui n’est pas organisé n’est pas un parti ».
L’organisation en partis s’impose comme une nouvelle technologie politique. Elle répond à
des objectifs pratiques de conquête du pouvoir, on généralise la forme en « partis ».

b) Le parti comme nouvelle « technologie politique »

Selon Duverger, il y a un système de contagion par la gauche qui va s’étendre au reste des
compétiteurs politiques. Les travaux des socio historiens insistent sur la lenteur des notables à
importer et à utiliser ces nouvelles façons de faire de la politique. Les notables ont des raisons
d’être réfractaires. Le système de relation propre aux notables va persister encore longtemps
mais ils vont s’inspirer progressivement des nouvelles normes de production de la politique
moderne : « La recherche de la plus grande efficacité de la politique induit une logique de
mimétisme organisationnel ». Les coups de campagne augmentent considérablement : tous les
candidats ne peuvent les endosser. Parallèlement au changement de nature des dépenses de
campagne, on note une coordination des activités. De manière plus générale, dès lors qu’une
nouvelle technologie politique apparait, et qu’elle fait la preuve de son efficacité, elle a
tendance à se systématiser. Certains notables arrivent à se conforter au fait que leurs réseaux
et de leurs ressources diminuent mais certains n’ont plus les moyens de le faire. Ils ont tout
intérêt à s’aligner sur les manières plus efficaces d’obtenir des suffrages.
Ce qui clôture cet effet de mimétisme jugé efficace, c’est la tentative d’une organisation
nationale. Il y a un effort de coordination des activités, perçue comme génératrice de biens.
Dés lors que qu’une nouvelle technologie politique apparait et qu’elle fait la preuve de son
efficacité, elle a tendance à se généraliser et se systématiser.

Suite aux évènements de la Commune, les organisations politiques ouvrières vont mettre du
temps à se développer en France : les 1° voient le jour à la fin de la décennie 1870, avec la
Fédération du Travail Socialiste de France (1878), puis par scission le Parti Ouvrier de France
(Jules Guesde). Ce ne sont pas encore vraiment des partis : ils n’ont pas vraiment de
représentation nationale. Ce sont plutôt des comités électoraux émanent d’organisations
ouvrières préexistantes, constituées en vue de participer aux élections. Dans leur genèse,
l’idée est d’aller disputer les positions de pouvoir occupées par les notables. Jules Guesde va
s’aligner sur les techniques utilisées par les républicains pour conquérir la municipalité de
Roubaix. Il remporte cette élection en utilisant les technologies inventées par la gauche à

20
partir de la 3° république. Eugène Motte (principal adverse de Guesde), retient les leçons de
sa défaite : ils vont copier l’organisation des partis ouvriers. L’union sociale et patriotique
(USP) parvient à reconquérir la mairie dès 1902. Il y a un changement notoire dans la façon
de mener cette lutte : il faut recourir à une organisation de parti.

c) La codification de l’activité politique

Il y a deux facteurs qui permettent de comprendre l’avènement des partis politiques.


Raymond Huard, dans « La naissance du parti politique en France » (1996), montre que le
champ des possibles partisans reste tributaire des appareils réglementaires sur les libertés
publiques et notamment sur les libertés d’associations, appareils eux-mêmes dépendants des
régimes en place. Les régimes sont surtout liberticides. Le code pénal Napoléonien soumet à
autorisation toute association de plus de 20 personnes. On va entériner, de manière législative
une réalité politique éclatante aux yeux de tous les observateurs.

Dés lors que la loi voie le jour (loi 1901 sur les associations), surgissent des organisations de
partis qui vont constituer de véritables partis modernes. Le premier d’entre eux (1901) est le
Parti républicain radical, le plus vieux parti politique de France. C’est le rassemblement
national constitué d’un assemblage des républicains, de plus de 400 comités électoraux. Il
s’agit d’un partenariat entre l’Alliance démocratique et l’Action libérale populaire.
C’est une forme partisane qui englobe le champ politique à gauche & à droite mais pas toutes
les organisations politiques. D’abord, en ce qui concerne les anarchistes, ils refusent
l’alignement sur les formes d’organisations partisanes. Ils vont s’organiser en « ligues », ces
rassemblements souples et peu structurés, sur le type de la ligue d’action française. De même
pour les mouvements ouvriers, l’espace politique ouvrier est fragmenté et la SFIO va
rassembler des petites organisations qui passent au niveau national. C’est la fusion du parti
ouvrier française de Jules Guesde, du Parti socialiste française de Jaurès, parti révolutionnaire
français…

C’est surtout au delà de ce regroupement l’impulsion donné par l’internationale socialiste de


se regrouper dans un souci d’efficacité politique.

Le dernier facteur est le facteur culturel. On va étudier les travaux de Lipset et Rokkan.

d) La dynamique des grands clivages

Jusqu’à présent, on a évoqué différents types de facteurs explicatifs des partis


politiques. Pour clô turer cette analyse, il faut évoquer la dimension culturelle des partis
politiques. Elle a été mise en avant notamment dans les travaux de Rokkan et de Lipset.
Rokkan était professeur à l’université de Bekgt, Lipset à Stanfort et à Harvard. L’ouvrage
« Party systems and voter alignments : cross national perspectives » (1967) a été écrit
conjointement par ces deux auteurs. Ils vont réussir le tour de force de proposer un
modèle explicatif du processus génétique de structuration et de stabilisation des
systèmes partisans en Europe Occidentale. Il faut toujours se rappeler que ce que l’on
appelle « modèle » sont les appréciations a posteriori. Leur modèle va faire l’objet de
nombreuses analyses (notamment par Seiler). Les éditions de l’ULB (Université Libre de
Bruxelles) ont eu la bonne idée de ressortir chaque année des classiques traduis en
français. Ils ont notamment traduit l’introduction de Rokkan et Lipset.

21
La question que les deux auteurs se posent est « comment les systèmes de partis sont
nés en Europe ? ». L’intérêt du modèle est de rappeler que les partis politiques
apparaissent dans un contexte de politisation, c’est-à -dire de transformation de la
compétition politique en une compétition pour des idées. Ce n’est plus simplement une
compétition pour la reproduction du corps dirigeant, c’est une compétition pour la
définition des idées. Chaque parti politique entend désormais incarner un camp
politique, et donc la question qu’affronte Lipset et Rokkan est de savoir comment s’est
opérée la structuration partisane des systèmes politiques. C’est un projet ambitieux, car
ils ont envie de proposer une explication globale pour les sociétés européennes
occidentales. Les explications proposées sont nécessairement macroscopiques,
surplombantes : elles nous aident à comprendre les phénomènes que l’on cherche à
expliquer.
Pour eux, leur genèse se trouve du cô té des grandes révolutions modernes, de la
formation subséquente de grands clivages sociopolitiques (qui est ici fondamental). Ce
qui est intéressant chez eux (défaut retrouvé chez certains analystes du phénomène
partisan), est que la notion de clivage est centrale dans leur analyse. Or, dans leur
introduction, ni même après, ils ne donnent pas de définition précise de ce que sont les
clivages. On ne retrouve cette définition que dans les travaux à posteriori, notamment
dans l’œuvre d’A.P. Frenier, qui écrit dans la RIPC (Revue Internationale de Politique
Comparée) « Application du modèle de Lipset et Rokkan à la Belgique » (2007). Les
clivages sont « une opposition d’intérêts durables entre deux segments de la
population ». C’est une définition claire et simple, qui souligne deux dimensions
constitutives des clivages : une partition binaire (en deux camps) ; phénomène
structurel et durable (différent de conjoncturel).
Lipset et Rokkan distinguent deux types de révolutions importantes :
 La révolution nationale : c’est la révolution liée au processus long, complexe,
incertain de constitution des états nations (XVI° - XIX°).
 La révolution industrielle : a partir du XIX°, on passe en gros d’une économie à
dominante agraire et artisanale à une économie industrielle et systématisée.
Si l’origine des systèmes de partis est commune, ce que vont engendrer ces révolutions
sont des ensembles sociétaux relativement hétérogènes. La traduction en pratique des
clivages partisans vont être différentes d’un pays à un autre. En gros, les sytèmes de
partis qui existent aujourd’hui contiennent des ressemblances mais aussi pas mal de
différences.
Chacune des révolutions va accoucher d’au moins deux types de clivages, qui se
déploient selon deux axes de réparition, de déploiement des clivages : l’axe spatial (ou
territorial) et l’axe fonctionnel (qui désigne plus précisément l’axe idéologique). Ce
dernier axe renvoie à « aux oppositions portant sur le contrô le, l’organisation, les
objectifs et les choix de politiques publiques du système prit dans son ensemble ».

Le clivage, pour la révolution nationale, oppose le centre à la périphérie : ça renvoie au


clivage entre le centre édificateur d’une culture nationale, et la résistance plus ou moins
forte de périphéries régionales qui entendent préserver leur autonomie, leurs
singularités territoriales. Sur l’axe fonctionnel, on trouve le clivage Eglise / Etat, entre
d’un cô té l’Etat-Nation centralisateur et mobilisateur, et de l’autre cô té l’Eglise et ses
privilèges établis. Pour la révolution industrielle, le clivage se déploie sur les deux axes :
territorial et fonctionnel. Le premier va explorer le clivage urbain et rural, entre les
paysans et la classe montante des industriels des villes. Le second met en opposition

22
possédants et travailleurs, entre ceux qui possèdent ou maitrisent l’emploi, et ceux qui
vendent leur force de production.

Dans le modèle originel de Lipset et Rokkan, il y avait 4 clivages (« modèle des quatre
clivages »). Ils ont parfois rajouté un 5° clivage : la révolution internationale, la
révolution bolchévique. Il va scinder le camp ouvrier en deux camps, entre social-
démocratie et communisme.

La force de leur modèle est sa clarté, sa force de vérification quasiment empirique : c’est
autour de ces clivages que vont se former l’essentiel des partis politiques encore en
vogue aujourd’hui. Les développements concernant les concrétisations partisanes sont
cependant délaissées par Lipset et Rokkan : en France, il faudra attendre Seiler pour
identifier comment les systèmes partisans s’organisent autour de ces grandes familles.
Le jeu d’opposition entre les 8 familles politiques (cf graphique) est une carte
conceptuelle de la genèse et de la constitution des partis.

Il ne faut cependant pas oublier que le modèle est comparatif : la comparaison permet
de pointer des ressemblances, des différences, mais n’explique pas tout. Ils mettent en
avant le fait que le degré de politisation est important pour la création des organisations
partisanes : de tels clivages peuvent se retrouver sans pour autant permettre la création
de partis.
Ensuite, en somme, les clivages auraient accouchés des partis. Ça voudrait dire que
potentiellement les partis naissent de l’existence de clivages, mais il faut à un moment
ou à un autre, pour que ces clivages s’inscrivent dans une logique durable, que les partis
intègrent ce clivage au sein de la société politique. Ce que dit Rokkan ici, c’est que les
partis politiques sont à la fois des agents d’expression, mais également des instruments
d’intégration des conflits sociaux.

Le premier avantage de cette approche sur les autres approches est qu’elle n’est pas
binaire, mais multidimensionnelle. On est donc forcément sur un outil permettant es
analyses beaucoup plus fines dans le repérage de ce qui va engendrer le système de
partis. Le deuxième avantage tient au fait qu’en dépit de l’émergence de nouveaux
clivages, et en dépit d’une volatilité croissante de l’électorat, et en dépit de
l’augmentation du nombre de partis politiques, la cartographie de Lipset et Rokkan
supporte relativement bien le temps. Ils ont développés la « théorie du gel des clivages »
en réponse à cela. Un autre aspect intéressant dans ce modèle, c’est que Lipset et Rokkan
parlent de « logiques extraparlementaires » : par des effets de politisation autours des
clivages, des partis politiques vont naitre (le Parti travailliste nait dans une logique
extraparlementaire, qui est la décision du congrès et du syndicat de créer une
organisation électorale et parlementaire. Le parti agraire et paysans français, créé en
1927, est issu de groupements professionnels paysans, en l’occurrence « l’union des
paysans de l’Oise ». L’autre cas est le Parti Conservateur Catholique, qui nait de l’action
des comités catholiques scolaires contre la laïcisation des programmes scolaires et qui, à
partir des années 1880, se transforme en section locale du parti).

En ce qui concerne les critiques à ce modèle : si l’on prend le modèle de Rokkan, il


manque des familles politiques relativement importantes, que l’on va avoir du mal à
introduire dans leur grille d’analyse (comme les partis fascistes, qui est considéré
comme un phénomène ponctuel par Lipset et Rokkan). Ensuite, on ne peut pas placer de

23
nouveaux clivages dans cette cartographie : ou est-ce que l’on met un clivage qui permet
en partie d’expliquer la genèse des organisations partisanes écologistes et des
mouvements extrême-droitiers ? (que l’on appelle le clivage « matérialiste / post
matérialiste », selon l’appellation de R. Inglehart, dans « La révolution silencieuse » de
1977. Elle parle d’une révolution culturelle ayant accouché du clivage entre les couches
de la société matérialiste aux couches de la société post matérialiste. Il construit un
indicateur de matérialisme et de post matérialisme, qui porte sur l’appréciation des
préoccupations des personnes interrogées. On est matérialistes au moment où la
priorité première est la satisfaction des besoins premiers, l’alimentation et la sécurité.
On est post matérialiste quand ces besoins arrivent au second plan derrière la
réalisation de soi ou la défense de causes pouvant être perçue comme secondaires).
Inglehart observe un clivage culturel installé depuis le lendemain de la seconde guerre
mondiale, entre les populations matérialistes â gées, et la génération baby-boom pour
qui la sécurité alimentaire et physique est globalement corrompue. Chaque génération
qui nait est plus post matérialiste que la précédente. Même si ce phénomène n’est pas,
ponctuellement, remis en cause, Inglehart montre que sur le long terme, chaque
génération qui passe est plus post matérialiste que la précédente. En outre, F. Sawicki
montre que globalement, quand on s’essaie au classement de partis politiques, l’exercice
est toujours empreint d’une certaine forme de subjectivité, et donc en partie discutable.
Si l’on regarde ou le classe Seiler, on s’aperçoit qu’il le met parmi les partis ouvriers. Ce
que fait remarquer Sawicki, c’est un problème majeur de Rokkan et Lipset : quand on
décide du classement des partis politiques, on fige sa réalité en occultant une autre
partie de sa réalité. C’est la question du classement des partis au sein même de ce
modèle : un parti ne reste jamais sur un seul clivage. L’adossement à un seul clivage en
particulier est valable pour les partis à enjeux uniques. Enfin, l’utilisation de cette grille
pour la classification des partis en très complexe, ce que Seiler démontre. Il va proposer
une taxinomie des familles partisanes, qui va s’appuyer sur les catégories de Rokkan,
mais aussi sur les nouvelles catégories qu’il propose lui-même. Or sa taxinomie est
inutilisable à cause du degré de détails requis : l’objet de la classification perd tout son
sens.

3) La fabrique des partis politiques

Cela renvoie à la naissance des partis politiques au sens large. On avait la naissance
comme phénomène historique, là on a la constitution des organisations partisanes. La
question qui va nous intéresser ici est « avec qui ? Pourquoi et à partir des quoi des
individus créent-ils des partis ? ». C’est une question centrale. Le champ partisan est
vital : on est face à une myriade d’organisations. Plus le temps passe, plus se créent de
partis politiques. En 1990 est publié pour la 1ère fois le rapport de la Commission
nationale des comptes de campagnes et des financements politiques (CNCCFP). Il y avait
à l’époque 28 partis politiques qui ont déposés des comptes certifiés. Le dernier rapport
en date, de 2014, dénombre 408 partis qui déposent des comptes certifiés. Il y a un
intérêt politique et financier. Il y a environ 380 nouveaux partis qui se sont créés depuis
1990.
En pratique, la fabrique ou la création des partis politiques est une activité ordinaire,
routinière. Si on met en balance le nombre de création et la littérature existante, on
constate deux choses : les contributions sur la jeunesse partisane (processus de
fabrication) sont peu nombreuses et peu satisfaisantes. Cela signifie que si l’on veut

24
pouvoir penser la jeunesse partisane, il faut repenser les approches existantes et essayer
de dessiner un nouveau cadre susceptible de mieux appréhender ces phénomènes.

On va dresser un bilan critique sur la jeunesse partisane ; on va élaborer un cadre


d’approche théorique de la jeunesse partisane ; visionnage du documentaire de
Casablanca.

a) Bilan des travaux existants

La littérature anglo-saxonne est très peu stimulante et bourrée de défauts. On peut


considérer 4 grandes approches distinguables dans la littérature (voir document 09.02),
toutes discutables.

1) Le modèle de « l’empan de vie »


Ces travaux envisagent la création des partis comme le 1 er â ge de leur cycle de vie
partisan. Ces travaux tendent à considérer les partis politiques comme des «
organisations mortelles », expression de M. Pedersen (1982). Cette conception va être
reprise par la suite par F. Muller-Rommel. L’idée est que les partis politiques suivraient
un parcours de vie similaire à la vie, au parcours de vie des êtres humains. C’est ce
qu’écrit M. Pedersen : « les partis naissent ; ils traversent l’enfance, l’adolescence, l’â ge
adulte et la vieillesse », puis ils meurent (Dézé). Ces différentes phases de la vie des
partis sont régulées par le franchissement d’un certain nombre de seuils, qui vont
scander, marquer et clore leur évolution. Peu importe leur degré de pertinence (ils sont
tous discutables) :
 Seuil de la déclaration, quand un 1er groupe déclare qu’il veut participer aux
élections.
 Seuil de la représentation, seuil d’accès pour obtenir des sièges au parlement.
 Seuil de pertinence, qui est la capacité des partis à impacter le processus de
décision des gouvernements. C’est un peu l’importance des partis. On retrouve ce
terme chez Sartori, qu’il désigne comme le degré d’importance d’un parti dans un
système politique donné.

Ces seuils sont ensuite utilisés par F. Muller-Rommel pour distinguer différents types de
partis, en même temps que différents stades dans la vie des partis politiques : les « partis
toujours jeunes ou infantiles » ; les « partis adolescents », qui sont prêts à faire leur
entrée dans les instances parlementaires ; les « partis jeunes-adultes », qui ont quelques
sièges au parlement ; et enfin les « partis adultes », qui seraient très professionnalisés et
parlementarisés. Mais son approche ne vaut pas grand-chose, car elle n’explique rien de
la création partisane. Il y a une dimension évolutionniste (on dresse une ligne de vie et
de développement, et une seule, en ce qui concerne la trajectoire des partis politiques).
L’institutionnalisation des partis se mesure à la force de sa représentation
parlementaire (c’est problématique, car l’accès au parlement n’est pas forcément la
finalité de tous les partis). On est dans le typologisme, on fait de la typologie pour faire
de la typologie. C’est un traitement anthropomorphisant des partis politiques : il n’y a
aucun intérêt à voir les partis politiques comme des êtres humains.

2) Les approches génétiques


Ces approches dites génétiques abordent la naissance des partis en partant du principe
qu’elle renferme la clé d’explication des modalités ultérieures de leur
25
institutionnalisation. C’est l’idée que l’on retrouve chez Weber et Duverger, qui disent
que les partis politiques portent toute leur vie la marque de leur naissance. On retrouve
ici le travers anthropomorphisant, qui tend à voir les partis politiques comme des êtres
humains. Ça va être très développé par A. Panebianco, qui s’inscrit dans une perspective
organisationnelle des partis politiques : il va chercher dans la sociologie des
organisations les outils pour développer ses théories (1988). Quand on parle de modèle
génétique, son nom y est directement associé.
Selon lui, il y a l’idée que les conditions de création d’un parti politique vont
durablement structurer son existence. Il est très anglo-saxon dans sa manière d’aborder
les partis politiques. Selon lui, il y a 3 facteurs qui vont déterminer le génome des partis
et les modalités de leur institutionnalisation ultérieure :

 Les modalités de construction territoriales, qui peuvent s’opérer de deux


manières : soit par pénétration (le parti se développe à partir d’un centre, puis du
centre vers la périphérie), soit par diffusion (les organisations sont créées au
niveau local, elles vont se fédérer en organisation nationale). Le problème, c’est
que l’on a rarement un modèle de développement territorial unique. Le mode de
constitution est souvent mixte (pénétration et diffusion).
 L’existence ou non d’une organisation extérieure, qui va soutenir la création du
parti politique. Est-ce qu’on remarque l’existence d’une structure avant la
création d’un parti ? Quelles sont les relations entre parti naissant et parti un fois
constitué ? Pour Panebianco, c’est fondamental.
 La présence ou non, à l’origine, d’un leader charismatique. Est-on en présence
d’une organisation avec un leader fort, situationnel ou l’organisation est-elle
dépourvue de leader ?

Ce qui intéresse Panebianco, c’est moins le processus de naissance que la manière dont
vont interagir ces éléments de naissance et la façon dont le parti va ensuite se
développer. Il ne considère cependant pas que la carte génétique détermine tout le parti.
Il y a d’autres éléments à prendre en compte : la configuration de l’environnement,
l’économie des ressources d’un parti, la structure de la coalition dominante. Comment
vont se moduler ces différents facteurs pour créer après coup une institution forte ou à
l’inverse faible ?
Un développement par pénétration donnerait une organisation forte, par diffusion une
organisation faible. Ce qui compte pour Panebianco, c’est d’arriver à 4 possibilités, 4
types possibles d’interaction entre les différents éléments qui donnent naissance aux
partis. Panebianco dit qu’en gros, la variable « leader charismatique » doit être traitée à
part, car l’institutionnalisation d’un parti avec un leader charismatique est assez rare,
car les partis ont beaucoup de mal à survivre à leur leader. Cette présence est
importante à la création du parti, c’est toujours un atout de bénéficier d’un leader.

On passe encore une fois à cô té de la création partisane en tant que telle : qui crée un
parti, à partir de quoi et comment ? Ce type d’analyse se heurte à un raisonnement
antéprédicatif (à l’origine, les acteurs impliqué dans la création de parti sont loin de
savoir ce qu’il va advenir de leur parti).

3) Les approches éthologiques


Ici, on va regrouper les travaux se focalisant sur les causes exogènes du phénomène
partisan. Michel Dobby a écrit un ouvrage dans les années 80 : « Sociologie des crises

26
politiques » (1986). Dans cet ouvrage, il contribue à la façon de Bourdieu à définir les
bonnes et mauvaises manières de faire de la sociologie. Il dit que beaucoup de travaux
pensent comprendre quelque chose aux crises, en se contentant d’en analyser les causes.
Tous ces travaux, en fait, versent « l’illusion éthologique ». Ce sont ces approches qui se
concentrent sur tout ce qui est susceptible d’intervenir dans la production des partis
politiques au niveau exogène, contextuel. On retrouve cette approche notamment dans
les travaux de Roberson ou de P. Cam. Ils s’interrogent sur les nouveaux facteurs
intervenant dans la création des partis politiques. Il s’agit de repérer de manière
théorique ou comparative les différents facteurs. Ils identifient 3 types de facteurs :

 socio (nouveaux clivages, nouveaux enjeux) ;


 politiques (accueil des partis existant aux nouvelles formations et orientation
idéologique du parti) ;
 stucturels

On va trouver le même type d’approche chez S. Hug et Cardie. L’idée, chez Hug, est qu’il
essaie de quantifier variablement le poids de ces différents facteurs. Il met sous forme
d’équation la jeunesse des partis politiques. Le facteur le plus important, qui facilite le
plus l’émergence de nouveaux partis, c’est l’émergence de nouveaux enjeux.

Ces approches éthologiques sont dominantes dans l’analyse des partis d’extrême droite.
La grande question se pose ces chercheurs, c’est « quelle est la variable explicative de la
naissance et du succès de ces partis ? ». On utilise des outillages mathématiques pour
déterminer ce qui a le plus d’importance comme facteur. C’est un non-sens. On passe en
outre à cô té du moment création en tant que tel. Dobby dit : « Se placer en amont du
processus revient à passer à cô té de l’énigme à résoudre, de ce qu’il convient de
chercher ».

4) Les approches naturalistes


Elles ont tendance à considérer que les partis politiques naissent naturellement. On
retrouve ce biais dans les travaux des historiens. Il n’y a pas vraiment de mystère, c’est
tout naturellement qu’un groupe d’hommes décident de créer un parti politique.
C’est très pauvre d’un point de vue théorique, malgré tous les éléments factuels. Ils
proposent un récit linéaire lissé, naturalisé, de la naissance des partis politiques, comme
si la création d’un parti était une opération qui allait de soi, comme s’il était logique et
naturel que des individus décident de faire partie d’un parti. Ces approches sont trop
proches de ce que B. Pudal nomme le « roman de parti », l’histoire que les agents
partisans vont raconter d’eux-mêmes. C’est souvent une histoire lissée, naturalisée qui
tend à gommer tout ce qui n’est pas conforme aux stratégies de présentation du parti
(scission, engueulades, coups bas..).

Exposé 1 (10.02) : Le parti pirate est-il un parti politique ?

Fondé en Suède en 2006, mais branche internationale développée. En suède, il est 3°


en nombre de voix. Il y a un eurodéputé du parti pirate. C’est une communauté surtout
numérique, avec 647 membres en France. Son crédo est « Liberté, égalité, partage ». En
France, ils ont fait au mieux 2,91% aux législatives de 2012.

27
« Dans quelle mesure le parti pirate est-il représentatif d’une nouvelle forme
d’organisation et d’engagement politique ?

Selon les définitions de Weber et d’Offerlé, le parti pirate est bien un parti politique.
Toutefois, selon la définition de Huard ce n’est pas le cas : il n’y a pas vraiment de leader,
ni de doctrine fixe. Sur le site internet du parti pirate, rien n’est à jour. Pourtant, on
dénote de nombreux éléments montrant qu’ils souhaitent s’inscrire dans les logiques de
pouvoir actuel.
Il y a une crise de l’engagement habituel : syndicalisme ou partis politiques. Le
désenchantement de la politique à la chute de l’URSS, la société postindustrielle et la
moyennisation de la société font qu’il est difficile de définir des classes sociales et on
note un retrait des masses de la chose politiques. Touraine explique que les nouveaux
mouvements sociaux cherchent, par des actions phares, à lancer des alertes pour
réveiller les opinions. Le changement de société est à l’arrière-plan, mais rarement
revendiqué. Bayaert parle de « consumérisme politique » : l’individu va s’intéresser à la
politique par le biais d’organisations horizontales, moins hiérarchisées. Seulement, le
nouveau partisan est aussi bien moins fidèle.
Le parti pirate s’inscrit dans le sillage d’un internet militant, d’un « internet sans lois »,
avec des données libres et transparentes. Toutes les données brutes devraient être à la
portée du grand public. On est dans un fonctionnement pear-to-pear : dans le parti
pirate, chaque membre, grâ ce à une plateforme participative, peut proposer des
solutions et des initiatives pour la rédaction du programme. Enfin, c’est un parti
transpartisan, qui montre la moyennisation de la société, rassemblant des gens de droite
comme de gauche. Il est difficile de placer ce parti sur l’échiquier politique traditionnel :
ce serait du marketing politique.
Il y a quelques éléments de populisme etc., ça reste très fixé autour d’éléments très
simples.

Exposé 2 (10.02) : La question de la définition des partis politiques a-t-elle un sens ?

Les enjeux de la définition de ce qu’est un parti sont très importants. Durkheim et


Weber ont été confronté à la légitimation d’une nouvelle discipline méthodologique, ils
sont donc aptes à nous renseigner sur ces enjeux : la maitrise du langage permet de
proposer, d’imposer un langage commun. Weber montre que la quête vers « plus de
validité », sa manifestation est que les définitions sont continuellement renouvelés : c’est
une base pour tout raisonnement, mais aussi un objectif à atteindre. Il y a 3 enjeux
majeurs : maitre du débat, du langage et de l’action.

Il y a trois champs (au sens bourdieusien, comme espace de compétition) : scientifiques,


juridique et politique. Chaque champ cherche à justifier sa définition : la plus précise
pour la science, la plus morale pour la politique, et la mieux interprétée pour la
juridique.

Pour le champ scientifique (enjeu heuristique), Offerlé se retrouve dans la compétition


pour définir les partis politiques : il scinde les approches entre ceux qui pensent les
partis comme des entités, et la vision des partis comme relations sociales. Lui-même voit
les partis politiques comme un champ de la compétition entre les acteurs.

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Pour le champ politique, la définition a un enjeu de légitimité  : on va chercher à légitimer
le parti politique comme organisation en tant que telle.
Pour le jeu juridique : la définition des partis dans les textes de loi est un enjeu, car ça va
conditionner l’action publique derrière.

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