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2e édition

UNE APPROCHE MULTIDISCIPLINAIRE DE LA RECHERCHE EN SCIENCES HUMAINES

VALÉRIE BLANC
MARC-ANDRÉ LACELLE
GENEVIÈVE PERREAULT
CHRISTIAN CORNO
ÉTIENNE ROY
2e édition
UNE APPROCHE MULTIDISCIPLINAIRE DE LA RECHERCHE EN SCIENCES HUMAINES

VALÉRIE BLANC
MARC-ANDRÉ LACELLE
GENEVIÈVE PERREAULT
CHRISTIAN CORNO
ÉTIENNE ROY

Conception et rédaction des outils pédagogiques en ligne


Valérie Blanc
Marc-André Lacelle
Marie-Noëlle Larouche
Geneviève Perreault
IPMSH
2e édition Sources iconographiques

Valérie Blanc, Marc-André Lacelle, Geneviève Perreault, Christian Corno Page couverture : Digital Vision via Thinkstock
et Étienne Roy p. 2-3 : Rawpixel/Shutterstock.com
p. 6 : Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et
© 2015 TC Média Livres Inc. des métiers 1762 : Epinglier, Planche 2
© 2010 Chenelière Éducation inc. p. 6 : Creativehearts/Dreamstime.com
p. 10 : Frederic Legrand – COMEO/Shutterstock.com
Conception éditoriale : Sylvain Giroux p. 13 : peterfactors/Shutterstock.com
Édition : Marie Victoire Martin p. 19 : Yayayoyo/Shutterstock.com
Coordination : Julie Pinson p. 24-25 : KatarzynaBialasiewicz/iStockphoto
Révision linguistique : Danielle Leclerc p. 26 : michaeljung/Shutterstock.com
Correction d’épreuves : Francine Raymond p. 30 : DavidPinoPhotography/Shutterstock.com
Conception graphique : Interscript p. 48-49 : AVTG/iStockphoto
Adaptation de la conception graphique : Danielle Dugal p. 53 : Page-écran du site Internet Wikipédia,
Conception de la couverture : Eykel Design http://fr.wikipedia.org/wiki/Gangs_de_
Impression : TC Imprimeries Transcontinental rue_%C3%A0_Montr%C3%A9al (Page consultée
le 25 mars 2015)
p. 54 : (à gauche) Gracieuseté de l’IHAF. Image en
Catalogage avant publication couverture : HEC Montréal ; (à droite) Gracieuseté
de Bibliothèque et Archives nationales du Québec de l’IHAF
et Bibliothèque et Archives Canada p. 57 : Page-écran du site Internet Portail Québec,
www.thesaurus.gouv.qc.ca/tag/terme.
Blanc, Valérie, 1983- do?id=11950 (Page consultée le 25 mars 2015)
p. 58 : Diego Cervo/Shutterstock.com
IPMSH
p. 73 : Burlingham/Shutterstock.com
2e édition. p. 88-89 : Andres Rodriguez/123RF
Comprend des références bibliographiques et un index. p. 90 : Dmitrijs Dmitrijevs/Shutterstock.com
Pour les étudiants du niveau collégial. p. 93 : Diego Cervo/123RF
p. 95 : Monkey Business Images/Dreamstime.com
ISBN 978-2-7650-4945-6 p. 96 : Monkey Business Images/Dreamstime.com
1. Sciences sociales – Recherche – Méthodologie. 2. Sciences p. 107 : Library of Congress
humaines – Recherche – Méthodologie. 3. Recherche – Méthodologie. p. 112 : gpointstudio/Shutterstock.com
i. Lacelle, Marc-André, 1969- . ii. Perreault, Geneviève, 1973- . p. 118-119 : wdstock/iStockphoto
iii. Titre. p. 121 : Monkey Business Images/Shutterstock.com
p. 133 : Nejron Photo/Shutterstock.com
H62.I65 2015 300.72 C2015-940527-0 p. 149 : Page-écran du site Internet Google Drive,
www.google.ca/intl/fr/drive (Page consultée le
23 novembre 2014)
p. 163 : Hulton Archive/Getty Images
p. 170-171 : wavebreakmedia /Shutterstock.com
p. 182 : Canadapanda/Shutterstock.com
p. 170 : Wikimedia Commons
p. 207 : Diego Cervo/Shutterstock.com

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ISBN 978-2-7650-4945-6
Dépôt légal : 2e trimestre 2015
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
Imprimé au Canada
1 2 3 4 5 ITIB 19 18 17 16 15
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par
l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Gouvernement du Québec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de
livres – Gestion SODEC.
Avant-propos
« Tout travail scientifique présuppose toujours la validité
des règles de la logique et de la méthode, qui sont les bases
universelles de notre orientation dans le monde. »

Max Weber, La profession et la vocation de savant (1917)

Faire une recherche en sciences humaines, c’est accepter de prendre part à


une aventure scientique où la question a autant de valeur que la réponse,
où le comment est aussi important que le pourquoi et où il n’existe pour
ainsi dire pas d’explication unique d’un même phénomène. Ainsi, en tant
que chercheur novice, votre aventure sera sans doute marquée de question-
nements ou d’hésitations. Sachez pourtant que même les chercheurs aguerris
font face à leur lot de difcultés et d’incertitudes que seules l’expérience et
une démarche rigoureuse permettent d’aborder avec une certaine sérénité.
Le corpus des connaissances propre à chacune des disciplines des
sciences humaines découle de ce travail assidu et acharné mené au l des
ans par des chercheurs de tous horizons. Depuis plus d’un siècle, ces cher-
cheurs en sciences humaines ont en effet adopté une démarche rigoureuse,
objective et méthodique qui a permis d’enrichir la connaissance des phé-
nomènes humains. Il est vrai que la recherche en sciences humaines peut
prendre différentes formes et que chaque discipline possède ses particula-
rités. Cependant, toutes se rejoignent à travers le même esprit scientique
qui les anime.
La démarche scientique que vous vous apprêtez à entreprendre
fait appel à des notions de méthodologie qui sont partie intégrante des
compétences à acquérir dans le programme de sciences humaines auquel
vous êtes inscrit. Le cours consacré à l’initiation pratique à la méthodolo-
gie des sciences humaines (ou IPMSH) appartient en effet à une séquence
de trois cours multidisciplinaires obligatoires. Celui qui est consacré aux
méthodes quantitatives (qui généralement le précède) explore des outils
mathématiques et statistiques qui sont essentiels au chercheur pour l’aider
à analyser et interpréter des données quantitatives. Le cours qui vise la
démarche d’intégration (qui clôt la séquence) vous donne l’occasion d’ap-
profondir une thématique donnée en utilisant vos acquis disciplinaires.
Quant au cours d’IPMSH proprement dit, il vise à développer votre esprit
critique et votre capacité d’appliquer cette démarche scientique à une
recherche en sciences humaines. À cette n, vous devez donc vous fami-
liariser avec les étapes d’une recherche, depuis le choix du sujet jusqu’à la
diffusion des résultats.
Le présent ouvrage a pour objectif de vous accompagner tout au long de
votre démarche, de vous soutenir dans votre travail et d’alléger la tâche qui
vous incombe. Il est là pour vous rappeler les fondements théoriques de la
recherche, mais aussi et surtout pour faire état de considérations pratiques
se rapportant à sa réalisation. Ainsi, le chapitre 1 présente ce que constitue
la recherche en sciences humaines et donne un aperçu de ce qui caractérise
les approches des disciplines qui la composent. Les cinq autres chapitres
sont organisés autour des trois grandes étapes qui marquent tout travail de
recherche. La première, qui consiste à choisir un sujet de recherche et à éla-
borer une problématique, se veut le reet d’une démarche réexive. Il vous
faudra en effet délimiter le sujet de recherche en sciences humaines qui sera
le point de départ de l’ensemble de votre travail en équipe (chapitre 2), puis
dénir la problématique qui guidera la suite de votre démarche (chapitre 3).
La deuxième étape est davantage centrée sur l’action puisqu’elle exige de
choisir à la fois une méthode de recherche et une façon de recueillir des
données. Ce choix doit être pertinent au regard de la visée de la recherche
(chapitre 4). Pour procéder à la collecte des données, il est ensuite nécessaire
de mettre au point un instrument adapté aussi bien à votre problème de
recherche qu’aux personnes, aux lieux et aux circonstances caractéristiques
de votre travail de terrain (chapitre 5). Enn, la troisième étape vient lier les
deux premières en faisant le pont entre la théorie et la pratique. Les données
recueillies doivent en effet être dépouillées, analysées et interprétées à la
lumière de la problématique dénie au départ (chapitre 6).
Fruit de la collaboration de plusieurs enseignants, ce manuel a été conçu
selon une approche multidisciplinaire. Il présente à la fois les points qui
sont communs à toutes les disciplines des sciences humaines en matière de
recherche et les nuances qui peuvent parfois être apportées. Il a également
été pensé comme un guide pratique destiné à accompagner l’étudiant que
vous êtes tout au long de sa démarche. L’idée est d’aller autant que possible
à l’essentiel, puisque vous ne disposez dans les faits que de 15 semaines
(parfois moins) pour réaliser l’ensemble de votre travail. En ouverture de
chapitre, vous pourrez ainsi cibler rapidement les objectifs d’apprentissage
à atteindre au terme de votre lecture. Chaque chapitre est illustré par de
nombreux exemples de travaux de recherche, la plupart réalisés par des
étudiants dans le cadre d’un cours d’IPMSH. Vous y trouverez aussi de nom-
breux conseils et suggestions, ainsi que des rubriques visant à favoriser votre
apprentissage et à soutenir vos actions. Enn, un grand nombre de docu-
ments, de même que des exercices interactifs, sont à votre disposition sur la
plateforme I+ Interactif.
Apprendre les rudiments de la démarche scientique tout en menant en
parallèle une recherche sur le terrain peut représenter un gros dé pour
vous. Rassurez-vous : vous ne serez pas seul dans cette aventure scientique,
puisque votre enseignant et vos coéquipiers seront là pour vous épauler. Tra-
vailler en équipe peut être une expérience enrichissante si vous optez pour la
coopération et la collaboration, qui sont des facteurs-clés dans la réussite de
tout projet collectif. Le travail en équipe est d’ailleurs incontournable, que
ce soit sur le marché du travail ou si vous décidez de poursuivre une car-
rière de chercheur. En outre, un cours comme l’IPMSH diffère passablement
de la plupart des autres cours du programme. Ici, vous serez constamment
au cœur de l’action et relativement maître de votre sort. Vous aurez aussi
maintes décisions à prendre tout au long de votre recherche, que ce soit en

iv Avant-propos
ce qui concerne le sujet de votre recherche, les aspects à étudier, la meilleure
manière de vous y prendre, les personnes de votre entourage à mettre à
contribution, etc.
Comme dans vos autres cours, vous voudrez sans doute obtenir la meil-
leure note possible. Si vous vous prêtez à l’exercice, sachez toutefois que
ce ne sera sans doute pas votre seul acquis. En effet, vous en découvrirez
certainement autant sur vous-même que sur votre sujet de recherche. En
équipe, vous voyez-vous plutôt comme un leader ou comme un collabora-
teur ? Avez-vous l’étoffe d’un chercheur ? Croyez-vous que telle ou telle dis-
cipline des sciences humaines vous apparaîtra sous un jour nouveau lorsque
vous aurez effectué le travail de terrain qui vous aura fait passer de la théorie
à la pratique? Cet ouvrage et votre expérience des semaines à venir devraient
vous aider à trouver des réponses à ces questions. Bon succès !

Remerciements
La seconde édition de cet ouvrage a été boniée grâce à la riche expérience
des auteurs dévoués à la vie collégiale, à la recherche et à l’enrichissement des
expériences éducatives dans leurs cégeps respectifs. Nous adressons ainsi
nos premiers remerciements à nos collègues passionnés avec qui nous avons
eu des discussions et des échanges stimulants, de même qu’à nos étudiants qui
sont pour nous une source renouvelée de motivation. Sans eux, nous n’au-
rions pas le plaisir et le privilège d’être enseignants. Au l des ans, nous avons
recueilli leurs commentaires an de rendre cet ouvrage encore plus
pertinent.
Notre gratitude va ensuite aux consultants qui ont accepté de nous faire
part de leurs précieux commentaires tout au long de notre travail d’écri-
ture et qui ont grandement inspiré cette seconde édition, soit Olivier Cha-
rette, Denis Croteau, Véronique Dupuis, Marie-Noëlle Larouche, Valérie
Lessard, Frédéric Morier et Jorge Negretti. Nous tenons à remercier M.
Pierre Spénard du Collège de Valleyeld pour sa contribution signicative
au chapitre deux.
Nous tenons aussi à souligner la précieuse collaboration de plusieurs étu-
diants qui nous ont généreusement fourni de véritables recherches réalisées
dans le cadre du cours IPMSH : Monika Bancsina, Camille Bonneaud, Louis-
Philippe Brochu, Alexandre Chiasson, Claudia De Luca, Justine Duguay,
Jordan Dupuis, Périhan Faraj, Aurélie Gingras, Gabriel Haviernick, Philippe
Lachance, Laurent Laforce-Tarabay, Karien Lebreux, Harissa Léo, Amélie
Letendre, Eve-Marie Marchand, Dominic Morin, Benjamin Ouellet, Eve-
Marie Racicot-Bérard, Florence Roy, Dayana Sayarpour, Oda Stéphane,
Régina Marcela Vesco. Cette formidable contribution nous a permis de pas-
ser plus concrètement de la théorie à la pratique dans une nouvelle rubrique
intitulée « Le rapport sous la loupe ».
Nous aimerions également remercier Christian Corno et Étienne Roy
pour leur contribution à la 1re édition de l’ouvrage.

Avant-propos v
Nous remercions enn l’équipe de Chenelière Éducation qui nous a soute-
nus dans notre volonté d’ajouter des éléments novateurs au manuel et qui s’est
assurée qu’il réponde aux attentes des étudiants et des professeurs du collégial.
Produire cette seconde édition d’un ouvrage qui nous tenait à cœur a, une fois
de plus, exigé plusieurs soirées et ns de semaine. À nos conjoints et conjointes,
à nos enfants, merci de votre innie patience et de votre soutien indéfectible.

Présentation des auteurs


Valérie Blanc enseigne l’histoire et les cours multidisciplinaires au Cégep
Édouard-Montpetit depuis 2007 et participe à un projet de mobilité
étudiante, Passeport-Europe. Elle s’intéresse aux outils NTIC dans
l’enseignement, tout en étant critique des effets de leur utilisation. Ses
champs d’intérêt en histoire portent principalement sur l’histoire des
relations internationales, tant politiques qu’économiques, et ce, dans la pers-
pective de l’école française, ainsi que sur l’histoire des Autochtones, des
femmes et du genre.
Marc-André Lacelle enseigne la sociologie au Cégep Marie-Victo-
rin. À partir d’une formation en philosophie, il s’est intéressé à la socio-
logie urbaine, notamment en tant que chargé de cours à l’Université du
Québec à Montréal et comme contributeur à The Culture of Cities Pro-
ject. Ses expériences de recherche multidisciplinaires tournent autour de la
culture urbaine, des avant-gardes, des médias et du cinéma. Il a récemment
développé une pratique pédagogique collégiale sur l’urbanité dans l’esprit
du pragmatisme deweyen.
Geneviève Perreault est sociologue de formation et enseigne au Cégep
Marie-Victorin depuis 2006. Ses expériences de recherche incluent notam-
ment une contribution au groupe de recherche international Culture of
Cities Project et une collaboration à un projet de recherche-action sur la
promotion de relations amoureuses égalitaires et harmonieuses auprès des
cégépiens. Depuis trois ans, elle contribue aux travaux menés par la Chaire
UNESCO de recherche appliquée pour l’éducation en prison du Cégep
Marie-Victorin à titre de chercheure et membre du Comité scientique.

vi Avant-propos
Caractéristiques de l’ouvrage

En ouverture des étapes


Chaque étape s’ouvre sur un récit qui introduit le contenu des
chapitres à venir dans une perspective globale et éveille
l’intérêt de l’étudiant pour les notions qui y seront présentées.
Le récit rend compte d’une recherche concrète menée par des
étudiantes dans le cadre de leur cours d’IPMSH.

En ouverture des chapitres


Chaque chapitre s’ouvre sur des
objectifs d’apprentissage claire-
ment dénis qui permettent à
l’étudiant de se situer par rapport
aux connaissances à acquérir ou
aux habiletés qu’il aura à
développer.

Chaque ouverture comprend


également un plan de chapitre
qui présente en un coup d’œil
les notions qui y seront
abordées.

Enn, une introduction permet à


l’étudiant de saisir les enjeux des
notions qui seront développées
dans le corps du chapitre.

À l’intérieur des chapitres


La rubrique Trousse de dépannage
présente un bref topo des difcultés les
plus courantes éprouvées par les appren-
tis chercheurs et leur propose des
solutions concrètes.
La rubrique TIC pratique propose des
trucs et des conseils pour utiliser
adéquatement les nouvelles technologies
dans le cadre d’une recherche en
sciences humaines.

La rubrique Pour aller plus loin est


destinée à ceux et celles qui voudraient
approfondir leurs connaissances sur un
sujet particulier.

La rubrique Le rapport sous la loupe,


complémentaire au contenu du chapitre,
indique à l’étudiant comment rédiger
son rapport de recherche et l’invite à
consulter des extraits de rapports
commentés, disponibles dans la version
numérique du manuel, sur i+ Interactif.

De courtes séries d’exercices sont


présentées à l’intérieur du chapitre pour
permettre à l’étudiant de tester sa
compréhension de la matière.

Enn, diverses ressources complémen-


taires (exemples, hyperliens, textes
complémentaires, outils à télécharger,
etc.) destinées à l’étudiant sont dispo-
nibles sur i+ Interactif.

Des extraits de rapports de recherche,


disponibles dans le livre numérique,
démontrent concrètement comment
présenter un rapport de recherche.
Chaque extrait est accompagné de
commentaires audio.

viii Avant-propos
Table des matières
Chapitre 1 Faire une recherche
en sciences humaines ................................................... 2
Introduction ................................................................................................................... 3
1.1 Les origines de la recherche scientique ................................................................. 4
1.2 L’émergence des sciences humaines ....................................................................... 5
1.3 Les visées de recherche en sciences humaines........................................................ 6
1.3.1 Décrire....................................................................................................... 7
1.3.2 Expliquer.................................................................................................... 7
1.3.3 Comprendre ............................................................................................... 8
1.4 Les catégories de recherche en sciences humaines ................................................. 9
1.4.1 La recherche fondamentale ......................................................................... 9
1.4.2 La recherche appliquée ............................................................................... 9
1.4.3 L’analyse quantitative.................................................................................. 10
1.4.4 L’analyse qualitative.................................................................................... 10
1.5 L’esprit scientique en sciences humaines............................................................... 12
1.5.1 L’esprit critique ........................................................................................... 13
1.5.2 La créativité ............................................................................................... 15
1.5.3 La rigueur .................................................................................................. 15
1.5.4 La tolérance à l’ambiguïté ........................................................................... 16
1.6 Le langage scientique ........................................................................................... 17
1.7 L’éthique de la recherche en sciences humaines ...................................................... 18
1.7.1 Le consentement libre et éclairé................................................................... 18
1.7.2 Le respect de la vie privée ........................................................................... 19
1.7.3 L’intégrité ................................................................................................... 20
1.7.4 Le code de déontologie ............................................................................... 20
Résumé......................................................................................................................... 22

Choisir son sujet de recherche


Étape 1 et élaborer sa problématique ......................... 23

Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche


et aborder la rédaction du rapport ........................ 24

Introduction ................................................................................................................... 25
2.1 Les caractéristiques d’un bon sujet de recherche en sciences humaines .................... 26
2.1.1 Première étape : Vos intérêts, vos préoccupations et vos observations ................. 26
2.1.2 Deuxième étape : Vos lectures ...................................................................... 26
2.2 Les techniques qui aident à choisir un sujet de recherche ........................................ 29
2.2.1 L’inventaire de ses champs d’intérêt ............................................................. 29
2.2.2 Les lectures exploratoires ............................................................................ 29
2.2.3 Les cours suivis dans le programme ............................................................. 30
2.2.4 Le remue-méninges .................................................................................... 32
2.3 Le travail en équipe................................................................................................. 35
2.4 La diffusion des résultats d’une recherche en sciences humaines ............................. 37
2.5 La structure d’un rapport de recherche .................................................................... 38
2.5.1 La page de titre .......................................................................................... 38
2.5.2 Le résumé.................................................................................................. 39
2.5.3 Les remerciements ..................................................................................... 40
2.5.4 Les tables et les listes ................................................................................. 40
2.5.5 Le texte principal d’un rapport de recherche.................................................. 42
2.5.6 La médiagraphie......................................................................................... 45
2.5.7 Les annexes ............................................................................................... 45
Résumé......................................................................................................................... 47
Chapitre 3 Élaborer sa problématique ......................................... 48

Introduction ................................................................................................................... 49
3.1 Qu’est-ce qu’une problématique de recherche ?........................................................ 50
3.2 La recherche documentaire ..................................................................................... 51
3.2.1 Les ressources documentaires ..................................................................... 52
3.2.2 La recherche de ressources documentaires ................................................... 55
3.2.3 La che bibliographique et la che de lecture ................................................ 58
3.3 Du sujet de recherche à la visée de la recherche...................................................... 64
3.4 La question générale de recherche .......................................................................... 66
3.5 Le problème de recherche ....................................................................................... 66
3.5.1 La dénition du problème de recherche ........................................................ 68
3.5.2 L’importance du problème de recherche ....................................................... 70
3.5.3 L’état de la question.................................................................................... 70
3.6 L’objectif général de recherche ou l’hypothèse générale de recherche ....................... 73
3.6.1 La variable dépendante et la variable indépendante....................................... 74
3.7 L’analyse conceptuelle ............................................................................................ 77
3.7.1 Les concepts de la recherche ....................................................................... 77
3.7.2 Les dimensions d’un concept ....................................................................... 78
3.7.3 Les indicateurs d’une dimension .................................................................. 78
3.7.4 Les mesures concrètes des indicateurs ......................................................... 79
3.7.5 Le schéma d’analyse conceptuelle................................................................ 79
3.8 La question spécique de recherche ........................................................................ 81
3.8.1 L’objectif spécique de recherche ou l’hypothèse spécique de recherche ........ 82
Résumé......................................................................................................................... 86

Choisir et mettre en application


Étape 2 sa méthode de recherche................................... 87

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche ........................... 88

Introduction ................................................................................................................... 89
4.1 Les principales méthodes de recherche en sciences humaines ................................. 90
4.1.1 L’observation .............................................................................................. 90
4.1.2 L’entrevue .................................................................................................. 94
4.1.3 Le sondage ................................................................................................ 98
4.1.4 La méthode expérimentale .......................................................................... 101
4.1.5 L’analyse de contenu écrit et visuel............................................................... 104
4.2 Le choix dénitif d’une méthode de recherche ......................................................... 108
4.3 De la population à l’échantillon ............................................................................... 110
4.3.1 La population ............................................................................................. 110
4.3.2 L’échantillon ............................................................................................... 111
4.3.3 Les types d’échantillons............................................................................... 111
Résumé......................................................................................................................... 117

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode


de recherche ....................................................................... 118

Introduction ................................................................................................................... 119


5.1 L’observation .......................................................................................................... 120
5.1.1 Choisir et préparer son terrain d’observation ................................................. 120
5.1.2 Le plan d’observation .................................................................................. 122
5.1.3 La grille d’observation ................................................................................. 123
5.1.4 L’échantillon de l’observation ....................................................................... 124
5.1.5 Le prétest de l’observation........................................................................... 126
5.1.6 La réalisation de l’observation...................................................................... 127
5.1.7 La prise de notes ........................................................................................ 127
5.1.8 Le journal d’enquête ................................................................................... 129

x Table des matières


5.2 L’entrevue .............................................................................................................. 131
5.2.1 Le schéma d’entrevue ................................................................................. 131
5.2.2 L’échantillon de l’entrevue ........................................................................... 134
5.2.3 La préparation du premier contact................................................................ 135
5.2.4 Le prétest du schéma d’entrevue.................................................................. 136
5.2.5 La réalisation de l’entrevue .......................................................................... 137
5.3 Le sondage............................................................................................................. 139
5.3.1 La construction du questionnaire.................................................................. 140
5.3.2 L’échantillon du sondage ............................................................................. 145
5.3.3 Le prétest du sondage ................................................................................. 147
5.3.4 La réalisation du sondage............................................................................ 147
5.4 La méthode expérimentale ...................................................................................... 150
5.4.1 Le plan expérimental................................................................................... 151
5.4.2 Les instruments de mesure.......................................................................... 153
5.4.3 L’échantillon de l’expérimentation ................................................................ 154
5.4.4 Le prétest de l’expérimentation .................................................................... 155
5.4.5 La réalisation de l’expérimentation ............................................................... 155
5.5 L’analyse de contenu écrit et visuel ......................................................................... 158
5.5.1 Les catégories d’analyse.............................................................................. 158
5.5.2 La grille d’analyse et la che de prélèvement de l’analyse de contenu ............. 162
5.5.3 L’échantillon de l’analyse de contenu : le corpus............................................. 164
5.5.4 Le prétest de la grille d’analyse ou de la che de prélèvement ........................ 166
5.5.5 La réalisation de l’analyse de contenu .......................................................... 167
Résumé......................................................................................................................... 168

Analyser ses données et


Étape 3 interpréter ses résultats .................................... 169

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter


ses résultats ........................................................................ 170

Introduction ................................................................................................................... 171


6.1 La préparation des données..................................................................................... 172
6.1.1 Le dépouillement ou la vérication des données brutes .................................. 172
6.1.2 La codication des données ......................................................................... 174
6.1.3 La rédaction d’un manuel de codage ............................................................ 174
6.1.4 L’organisation des données codiées ............................................................ 177
6.2 Les caractéristiques de l’analyse des données communes à l’ensemble
des méthodes de recherche .................................................................................... 179
6.2.1 La description de l’échantillon recueilli.......................................................... 180
6.2.2 L’analyse principale et l’analyse secondaire des données................................ 180
6.3 Les caractéristiques de l’analyse des données selon la méthode
de recherche sélectionnée ...................................................................................... 182
6.3.1 L’observation .............................................................................................. 182
6.3.2 L’entrevue .................................................................................................. 185
6.3.3 Le sondage ................................................................................................ 187
6.3.4 La méthode expérimentale .......................................................................... 190
6.3.5 L’analyse de contenu................................................................................... 192
6.4 La présentation des résultats sous forme de tableaux,
de gures et d’illustrations ..................................................................................... 197
6.4.1 Le recours aux tableaux et aux gures .......................................................... 198
6.4.2 Les illustrations .......................................................................................... 199
6.5 L’interprétation des résultats .................................................................................. 201
6.5.1 Un rappel de l’objectif de recherche et principaux résultats ............................. 201
6.5.2 La vérication de l’objectif spécique ou de l’hypothèse spécique
de recherche .............................................................................................. 201
6.5.3 La discussion des résultats .......................................................................... 203
6.5.4 Les pistes de réexion ................................................................................. 208
Résumé......................................................................................................................... 209

Bibliographie ................................................................................................................. 210


Index ............................................................................................................................ 213
Extraits de rapports de recherche commentés ......................................................... E-1

Table des matières xi


Chapitre 1
Faire une recherche en
sciences humaines

Objectifs Plan du chapitre


d’apprentissage 1.1 Les origines de la recherche scientique ................... 4

• Situer les origines de 1.2 L’émergence des sciences humaines ......................... 5


la recherche scientique. 1.3 Les visées de recherche en sciences humaines ......... 6
• Connaître les faits marquants 1.4 Les catégories de recherche en
de l’émergence des disciplines sciences humaines .................................................... 9
des sciences humaines.
Pour aller plus loin La recherche en sciences
• Distinguer les visées de humaines au Québec................................................. 11
recherche en sciences
1.5 L’esprit scientique en sciences humaines ................ 12
humaines.
1.6 Le langage scientique.............................................. 17
• Dénir la recherche fondamen-
tale, la recherche appliquée, 1.7 L’éthique de la recherche en sciences humaines ....... 18
la recherche quantitative Le rapport sous la loupe Le langage et l’esprit
et la recherche qualitative. scientiques ............................................................. 21
• Préciser les caractéristiques de Résumé .............................................................................. 22
l’esprit scientique en sciences
humaines.
• Connaître les normes
du langage scientique dans
le cadre d’une recherche.
• Connaître la dimension éthique
de la recherche en sciences
humaines.
Introduction
Chaque jour, nous prenons connaissance de ce que diffusent les insti-
tutions, les médias et l’opinion publique en général. Qu’il s’agisse d’ar-
guments sur le bien-fondé de certaines politiques gouvernementales,
de l’interprétation de nouvelles données touchant le divorce au Québec
ou de découvertes dans le Nord québécois se rapportant aux plus
anciennes formations géologiques, les événements ne manquent pas
d’interpeller les citoyens informés que nous sommes.
Bien que l’on assiste, en ce début de troisième millénaire, à l’édica-
tion accélérée d’une société du savoir et de l’information, l’être humain
a toujours manifesté sa soif de connaissances en cherchant à mieux
saisir son environnement et à maîtriser son développement.
D’abord par la religion et la mythologie, ensuite à travers la philoso-
phie rationnelle et ses modèles logiques, mathématiques et géométriques,
puis par une pluralité de sciences et de techniques, l’homme s’est doté
de moyens pour mieux décrire, expliquer et comprendre le monde qui
l’entoure.
La recherche en sciences humaines a connu son véritable essor dans
la foulée des progrès scientiques réalisés aux e et e siècles, et
grâce à l’impulsion de chercheurs animés du désir de recourir aux
méthodes et aux outils des sciences de la nature. Toutefois, les phéno-
mènes humains ne se mesurent pas toujours avec précision. On ne pré-
dit pas avec autant d’exactitude le résultat d’une élection que la vitesse
d’accélération d’un corps dans l’espace. De même, on explique plus
facilement le phénomène de la combustion que celui de l’agressivité ou
de la violence. Pour pallier cette difculté, les sciences humaines ont
mis au point divers outils et méthodes qui vous serviront à faire votre
recherche.
Ce premier chapitre a pour objectif de vous aider à situer la démarche
scientique en sciences humaines. Nous aborderons les bases scienti-
ques et méthodologiques qui encadrent les visées de recherche. Nous
verrons ensuite que, quelle que soit sa perspective disciplinaire, un
chercheur peut s’intéresser à la recherche fondamentale ou appliquée
à partir de données quantitatives ou qualitatives. Enn, nous consta-
terons que, peu importe le type de recherche qu’il entreprend, le cher-
cheur doit être animé d’un esprit scientique et d’une attitude éthique
à toutes les étapes de sa recherche.
1.1 Les origines de la recherche
scientique
Démarche scientique Pendant longtemps, c’est la religion qui a déterminé ce qui pouvait être dit
Suite d’opérations intellectuelles et pensé sur l’être humain, son comportement, son organisation en société,
détaillées et de règles opératoires sa culture et ses coutumes. Il n’a pas été facile de mettre n à cette emprise :
reproductibles nécessaires il a fallu beaucoup de temps, d’énergie et d’inventivité avant d’en arriver à
à la production de connaissances façonner un point de vue scientique sur le monde. De nombreux érudits
et à la résolution de problèmes
et philosophes ont pris leurs distances par rapport à la religion, qu’ils
de recherche.
jugeaient dogmatique. Pour eux, il était impératif, en utilisant la démarche
Science scientique, de construire la science (du latin scientia, « connaissance »)
Activité intellectuelle et commu­ comme un ensemble rationnel et organisé de connaissances, dans lequel
nautaire visant à rendre compte l’intuition et la croyance populaire n’occuperaient pas une place centrale.
de la réalité à travers une démarche La démarche scientique insiste particulièrement sur une approche ration-
scientique, an de produire un nelle, sur une capacité d’abstraction et sur un regard critique quant aux
ensemble rationnel et organisé avancées de la science, amenant de ce fait à reconsidérer constamment les
de connaissances vériables.
jalons, les hypothèses et les énoncés ou les théories issus du corpus
Empirisme scientique.
Doctrine philosophique qui
Au-delà du fondement de la philosophie comme discours systématique
construit la réalité à partir de
et rationnel, c’est à partir du Moyen Âge, avec le Britannique Roger Bacon
l’expérience sensible et des faits.
(1214-1294), surnommé « Docteur admirable », et de la Renaissance, avec
Déduction Francis Bacon (1561-1626), Britannique également, qu’on s’est intéressé à
Raisonnement qui permet de la réalité du monde dans une perspective expérimentale. Le premier, Roger,
passer du général au particulier, a ouvert la voie à l’exploration du monde empirique avec le début de la
de tirer des conclusions méthode expérimentale. Celle-ci permet d’aller au-delà de la collecte de faits
particulières de lois générales. an de les tester et de les valider pour faire progresser les connaissances
Expérience (faire une) scientiques utiles. Francis, de son côté, a établi une approche doctrinaire
Agir sur un phénomène an qui allait guider le développement de la pensée scientique : l’empirisme.
de l’observer et de l’étudier. Plus particulièrement, il ne s’agissait plus simplement de déduire (déduction)
le monde à partir de quelques énoncés, mais de tester ces énoncés en tirant
Induction prot de l’expérience et des observations faites an d’en tirer, par induction,
Raisonnement qui permet de
des principes de connaissance.
passer du particulier au général,
de tirer des énoncés généraux À partir de ces principes, la science a proposé une nouvelle forme d’argu-
à travers une synthèse. mentation qu’on a nommé démarche hypothético-déductive, ou démarche
scientique, par laquelle on teste une hypothèse an de démontrer si elle est
Démarche
hypothético-déductive valide ou non.
Méthode scientique cherchant à En plus de cette dimension expérimentale, les sciences de la nature, et
prédire l’évolution d’un phénomène plus particulièrement les mathématiques et la géométrie, ont imprégné plu-
rigoureusement observé qui valide
sieurs autres philosophes du e siècle, qui s’en sont servis pour fonder un
une hypothèse mise à l’épreuve
discours plus rigoureux et plus rationnel. C’est avec René Descartes (1596-
par une expérience ou une série
de tests empiriques. 1650) que l’idée du rationalisme a germé dans les esprits et aidé la science à
se distancer des idées associées à la religion, aux mythes et à la morale. Les
Rationalisme bases intellectuelles et méthodologiques sur lesquelles se sont élaborées
Doctrine selon laquelle l’ensemble les sciences humaines étaient ainsi jetées.
des énoncés sur la réalité doit être
déduit logiquement de prémisses Au e siècle, deux penseurs ont grandement contribué à la consolidation
rationnelles. des sciences humaines, en opposition avec le discours mythico-religieux, en
proposant les doctrines du positivisme et du darwinisme.

4 Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines


Le premier, Auguste Comte (1798-1857), afrmait que la nature humaine
ne devait plus être abordée de façon philosophique, mais scientiquement, Positivisme
en se basant sur des faits objectifs, reconnus de tous. Des disciplines telles Approche de la réalité qui vise à
que la sociologie, l’histoire, la psychologie et la philosophie ont bénécié décrire et à expliquer un phéno-
des retombées de cette doctrine qu’est le positivisme, en prônant l’utilisation mène sur des bases empiriques.
d’arguments factuels, vériables empiriquement et donc ables.
Le deuxième, Charles Darwin (1809-1882), a participé à une remise en
question de la conception religieuse de l’existence humaine en publiant en
1859 l’ouvrage De l’origine des espèces. Selon lui, le monde n’aurait pas été
créé par Dieu en six jours ; il résulterait de l’évolution de minuscules cellules
vivantes provenant du fond de l’océan. Non seulement cette théorie évolution-
niste qu’on appelle le darwinisme s’opposait à certaines croyances religieuses,
mais elle ouvrait la porte à la possibilité de présenter le monde à partir d’une Darwinisme
perspective essentiellement scientique. Puisque l’être humain était doré- Théorie proposant que l’évolution
navant considéré comme un des nombreux animaux, les comportements des espèces résulte de la sélection
humains n’étaient plus adoptés en fonction des commandements bibliques et naturelle.
des diktats religieux, ils étaient déterminés par la survie de l’espèce.
Dans cette perspective, il devenait impératif de mettre au point des
méthodes et des outils pour que l’étude de l’être humain puisse se faire de
manière crédible, sérieuse et scientique. De fait, la philosophie et la religion
se sont vu supplanter au cours du e siècle par les sciences humaines, dans
la description, l’explication et la compréhension des phénomènes humains. Phénomène
La science s’imposait graduellement par rapport aux autres discours sur la En science, ce qui apparaît à
réalité en adoptant une démarche rigoureuse et critique, et en exprimant un la conscience, ce qui est perçu par
besoin d’exactitude dans une relative autonomie intellectuelle. Il ne faudrait un observateur et sur quoi il fonde
toutefois pas penser que cette évolution s’est faite sans heurts ou sans reculs ses connaissances.
importants.

1.2 L’émergence des sciences humaines


Les sciences humaines sont encore très jeunes dans l’histoire de l’humanité.
En effet, ce n’est qu’à partir de la modernité (e siècle) que se sont élaborées
de manière accélérée les différentes perspectives fondatrices des disciplines
que nous connaissons aujourd’hui. En premier lieu, la science politique a pris
forme autour de la notion de pouvoir à l’extérieur de toute logique religieuse
et morale. Son intérêt pour la compréhension de la légitimité et pour la des-
cription des modes de gouvernance a permis à cette science d’évaluer les
institutions politiques d’un point de vue critique et stratégique.
Le e siècle a été témoin de l’éclosion de deux autres disciplines : l’éco-
nomie et l’anthropologie. Ce qu’on nommait « économie politique » a pris
forme autour de l’étude de la production, de la distribution et de la consom-
mation de la richesse par, notamment, la production de modèles théoriques
construits à partir de l’observation de la division du travail, comme l’a fait,
par exemple, Adam Smith dans une manufacture d’épingles. L’anthropolo-
gie, pour sa part, a interrogé la nature humaine et sa culture en reprenant les
témoignages d’explorateurs et de missionnaires sur le Nouveau Monde, an
d’y déceler un possible état de nature.

Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines 5


La première moitié du  e siècle, une période d’effervescence culturelle
et sociale et de démocratisation, a permis l’élaboration d’autres perspec-
tives fondatrices des sciences humaines : la géographie et l’histoire. La
géographie tentait de baliser le territoire (son objet de recherche de pré-
dilection), en relation avec l’épanouissement des États-nations nouvelle-
ment créés.
Pendant la deuxième moitié de ce siècle, on a vu naître des sociétés de
plus en plus complexes et interdépendantes. C’est dans ce contexte que
sont apparues de nouvelles approches pour les sciences humaines, à savoir
la sociologie, la psychologie et ce qu’on appelle aujourd’hui les sciences
administratives.
La sociologie cherchait à rendre compte des éléments permanents et
récurrents d’une collectivité donnée (son organisation, sa structure, sa men-
talité) ainsi que de ses dynamiques (ses conits, ses changements sociaux et
leur évolution historique) en utilisant les données statistiques des institu-
tions et les discours fondamentaux d’acteurs sociaux importants.
La psychologie, pour sa part, a tenté de traquer les modes de fonction-
nement de la pensée humaine en s’intéressant à la manifestation des états
mentaux et à leurs effets sur les comportements humains. Par la suite, une
autre discipline des sciences humaines est apparue, plus appliquée celle-là,
soit les sciences administratives. Le e siècle a vu se développer ces dif-
C’est à partir de ce type de férentes perspectives des sciences humaines, à travers la sophistication
planche provenant d’une des méthodes de recherche, faisant progresser l’état des connaissances des
manufacture d’épingles phénomènes humains.
qu’Adam Smith (1723-1790)
a analysé la division du travail.
1.3 Les visées de recherche
en sciences humaines
Lorsqu’un chercheur s’engage dans un processus de recherche en sciences
Recherche humaines, il souhaite de toute évidence en apprendre davantage à propos
Activité de la science visant à d’un phénomène qui touche à tout le moins un individu. L’histoire des
décrire, à expliquer et à com- sciences humaines, esquissée dans la section précédente, est marquée par des
prendre des phénomènes de la chercheurs désireux de constituer un ensemble de connaissances an de pou-
réalité et dont les résultats sont
voir mieux décrire, expliquer et comprendre les phénomènes de la réalité qui
diffusés sous forme de rapports
ou d’études.
nous entoure : cela relève de l’épistémologie. Ce terme désigne un discours
réexif sur les pratiques scientiques qui envisage de manière critique les
Épistémologie théories, les objets et les méthodes des sciences.
Discipline philosophique qui traite Décrire, expliquer et comprendre sont des visées de recherche différentes,
de la manière dont la science
mais complémentaires, qui cherchent à rendre compte de données et de
aborde un phénomène.
récurrences observées sous différents modes, sous différentes formes. Il
Visée de recherche faut savoir qu’il existe un ensemble de débats épistémologiques et métho-
Intention théorique du chercheur dologiques autour de ces notions et de leur application disciplinaire dans
concernant l’objectif global le cadre des sciences humaines. Vous pourrez, quant à vous, opter pour
poursuivi quant à son sujet l’une ou l’autre de ces visées lorsque vous réaliserez votre propre travail de
de recherche. recherche.

6 Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines


1.3.1 Décrire
La description constitue la base de la recherche en sciences humaines, car
c’est à partir de ce concept que toutes les autres démarches de recherche
peuvent être mises en œuvre. Lorsqu’on demande à une personne de nous
décrire ce qu’elle observe dans une situation donnée, on obtient générale-
ment une description personnelle. Ainsi, cette personne explique ce qu’elle
juge important en fonction de ses goûts, de sa sensibilité, de son vécu, etc.
Mais pour que la description ait une quelconque valeur en sciences humaines, Objectivité
elle doit faire preuve d’objectivité an que les renseignements recueillis Caractéristique de la science
soient les mêmes d’un chercheur à l’autre. Autant que possible, le chercheur assurant une certaine neutralité
doit faire abstraction de ses connaissances antérieures et tenter d’aborder le au regard d’un sujet de recherche
sujet de recherche avec un regard neuf, comme s’il l’appréhendait pour la donné.
première fois.
En somme, décrire est une activité scientique qui consiste à circonscrire,
à partir d’observations, les caractéristiques empiriques d’un objet d’étude
an d’en proposer une dénition. La tâche peut sembler facile, mais en réa-
lité, il est très ardu de décrire des relations entre individus, qu’il s’agisse
de rendre compte de notions aussi complexes que l’estime de soi dans une
relation de couple ou la criminalité en milieu carcéral.
La classication constitue une variante importante de la description
comme visée de base en sciences humaines. Dans toutes les sciences, classer
des phénomènes représente une activité cruciale, surtout dans les domaines
qui se trouvent dans une phase d’exploration. Issue des sciences naturelles,
la classication (ou taxinomie) est une activité que l’on rencontre fréquem-
ment en botanique, notamment. Une telle visée pourrait se révéler intéres-
sante pour un chercheur en psychologie qui doit inventorier des types de
troubles anxieux, tout comme la classication des régimes de gouvernance
demeure un classique du genre en science politique. L’élaboration d’une
nomenclature dans un domaine donné correspond ainsi à une visée tout à
fait pertinente de recherche scientique en sciences humaines et complète
bien la visée descriptive.

1.3.2 Expliquer
L’explication constitue la visée majeure de toute démarche scientique dans Théorie
la mesure où elle permet de rendre compte de l’ordre des phénomènes et de Représentation abstraite
possiblement prévoir leur évolution. Elle émerge des relations entre deux et synthétique d’observations et
réalités ou deux concepts par le biais de théories ou de modèles. Le cher- d’énoncés généraux, logiquement
cheur a pour tâche de représenter clairement la nature de ces liens, qu’ils cohérents entre eux, à propos
d’un phénomène donné.
soient de nature causale ou des facteurs inuents, de manière à les mettre
en évidence. Grâce à l’explication de type causal, il pourra afrmer qu’un
Modèle
phénomène peut se produire lorsqu’on est en présence des facteurs X et Y, Représentation abstraite, formelle
et ce, peu importe le nombre de fois où le phénomène est expérimenté. et simpliée de relations entre
L’explication peut également mettre en lumière les liens qui unissent deux des concepts ou des variables.
variables. Par exemple, nous savons que le décrochage scolaire touche
davantage les garçons que les lles. Or, la variable du genre n’explique pas
à elle seule le décrochage : elle en constitue un des facteurs explicatifs.

Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines 7


Déterminant Expliquer un phénomène comme la réinsertion sociale des contrevenants,
Élément isolé d’un raisonnement par exemple, c’est faire ressortir les facteurs qui contribuent à réhabiliter
de causalité qui permet de montrer socialement et professionnellement un individu au passé criminalisé, et donc
un facteur inuent d’un phéno- à en modier le comportement et les attitudes pour qu’ils soient conformes
mène spécique. Ce facteur pourra
aux normes de la société. Ainsi, on sait que l’éducation, le réseau d’amis,
être traduit en indicateur lors de
l’étape de la collecte de données.
la famille, l’accès à un emploi gratiant et la motivation d’un contreve-
nant sont tous des facteurs qui contribuent à réduire le risque de récidive et
Indicateur qui favorisent la réinsertion sociale. À partir de ces facteurs explicatifs, les
Réalité précise, observable criminologues ont imaginé un modèle théorique expliquant la réinsertion
et mesurable de la dimension sociale des contrevenants. En s’appuyant sur ce type de relation entre deux
d’un concept. déterminants, facteurs ou indicateurs, les sciences humaines peuvent en arri-
ver à élaborer des lois ou des théories.
Loi
Rapport constant et démontré
logiquement ou empiriquement 1.3.3 Comprendre
entre deux faits scientiques.
La compréhension des phénomènes humains comme visée de recherche est
apparue, notamment, lorsqu’il a fallu résoudre le problème posé par
l’étude des événements passés, lors de la fondation des sciences de l’homme
au début du e siècle. En effet, puisque l’historien ne peut retourner dans
le passé pour décrire et expliquer les événements de manière empirique, il
se doit d’étudier des points de vue subjectifs pour en dégager toute la signi-
cation. C’est pourquoi d’autres disciplines, comme la sociologie et la
science politique, ont emboîté le pas aux historiens an de saisir la signi-
cation des actions ou des faits sociaux. La compréhension est une visée de
recherche qui s’applique à interpréter une situation en ciblant la signica-
tion des actions, pour les sujets qui prennent une part active au déroule-
ment de l’action analysée. Le chercheur tente alors de reconstruire le sens
rattaché à des événements humains en traquant des indices, des traces, an
de le décrire et d’en saisir la signication, en insistant parfois sur les dimen-
sions symboliques, moins concrètes et plus globales des phénomènes
observés.
Aujourd’hui, les multiples questions identitaires, sur les plans individuel
et collectif, peuvent faire l’objet d’une visée compréhensive, car celle-ci per-
met de rendre compte, différemment de la causalité, des processus humains
complexes comme l’intersexualité ou les nouvelles pratiques d’identité
nationale ou multiculturelle des sociétés d’immigration, en les situant dans
un contexte plus large.
À travers la compréhension, le chercheur table sur les faits pour tenter
d’appréhender le contexte global et tisser des liens signiants. Par exemple,
un chercheur pourrait essayer de comprendre ce qui a pu pousser certains
Hutus à demeurer passifs devant le génocide des Tutsis, au Rwanda, en
1994 ; pour ce faire, il pourrait se servir des entrevues réalisées avec des
témoins de ce massacre. De même, sa démarche pourrait lui permettre de
saisir les aléas qui ponctuent le parcours d’un Rwandais et de mieux per-
cevoir la signication de certains événements du point de vue de celui qui
les a vécus, tout en remettant ces actions dans le contexte d’une société
spécique.

8 Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines


1.4 Les catégories de recherche
en sciences humaines
À travers les diverses disciplines des sciences humaines, Figure 1.1 Les catégories de recherche
de nombreuses méthodes de recherche ont été élaborées,
dont il sera question au chapitre 4. Ces méthodes per-
mettent essentiellement de réaliser deux types de
recherche, soit la recherche fondamentale et la recherche
appliquée, dans le cadre desquelles on peut faire une
analyse à partir de données quantitatives ou qualita-
tives. Il va de soi qu’un même sujet de recherche peut
être abordé de plusieurs manières. Le chercheur arrêtera
son choix en fonction de sa discipline, des données dis-
ponibles, de sa visée de recherche, etc. Mais quel que
soit son choix, il se situera dans une des catégories pré-
sentées à la gure 1.1.

1.4.1 La recherche fondamentale


La recherche fondamentale vise avant tout à élaborer ou à mettre à
l’épreuve les représentations abstraites de la réalité à l’aide de modèles et
de théories. Elle s’inscrit dans une démarche de connaissance pure qui ne
défend aucun intérêt en particulier, nancier ou autre. Il arrive souvent
que la recherche fondamentale fasse avancer à grands pas le savoir scien-
tique en trouvant des solutions novatrices à des problèmes conceptuels
difciles ou qui semblent insolubles. Par exemple, un chercheur en science
politique pourrait concevoir un modèle portant sur les allégeances des
jeunes en matière de politique fédérale en fonction de leur milieu socioé-
conomique et de leur niveau de scolarité. Pour sa part, un chercheur en
science économique pourrait mettre au point un modèle macroécono-
mique permettant d’expliquer les liens existant entre les taux d’intérêt
aux États-Unis et l’activité économique au Canada. Enn, un anthropo-
logue pourrait élaborer un modèle concernant les rites d’initiation à la
maturité sexuelle chez les jeunes garçons dans les sociétés matrilinéaires,
à partir d’une accumulation d’observations et de descriptions anthropo-
logiques effectuées au  e siècle.

1.4.2 La recherche appliquée


La recherche appliquée s’emploie à résoudre des problèmes concrets en uti-
lisant les fruits de la recherche fondamentale. Ainsi, un chercheur auquel fait
appel un parti politique pourrait réaliser une recherche appliquée à partir du
modèle portant sur les allégeances politiques des jeunes pour mieux cibler
les messages publicitaires d’une campagne électorale qui visent à attirer leur
vote. De son côté, un économiste travaillant à la Banque du Canada pourrait
tester un modèle macroéconomique issu de la recherche fondamentale, en

Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines 9


vue de conseiller aux dirigeants économiques de hausser ou de baisser les
taux d’intérêt au Canada, en fonction des taux d’intérêt américains qui sont
anticipés pour les mois à venir.

1.4.3 L’analyse quantitative


La recherche effectuée à partir de données quantitatives vise à mesurer, à
calculer et à quantier des réalités sociales ou des phénomènes com-
plexes. Les résultats numériques, obtenus le plus souvent au moyen d’ex-
périmentations ou de sondages (voir le chapitre 4), pourront être utilisés
à l’état brut (le nombre de naissances ou la quantité de dollars dépensés),
ou être classiés (le revenu familial élevé, moyen ou faible, ou le statut
socioprofessionnel, employé de soutien, professionnel ou dirigeant), ou
ils pourront être croisés entre eux en vue d’expliquer la nature de leurs
Un chercheur en psychologie
relations. On le voit, l’analyse statistique permet de décrire un phéno-
pourrait réaliser une étude pour
quantier le niveau de stress vécu
mène ou d’expliquer ce qui relie des variables ou des concepts. Par
par des automobilistes en situation exemple, un chercheur pourrait vouloir quantier le niveau de stress vécu
d’embouteillage pour développer par les habitants d’une ville donnée et le mettre en relation avec le temps
une échelle de stress ressenti en que chacun d’eux passe quotidiennement au volant de sa voiture dans les
pareille situation. embouteillages.

1.4.4 L’analyse qualitative


L’analyse qualitative, qu’on oppose souvent à l’analyse quantitative, mais
qui la complète très bien, cherche à saisir des phénomènes humains ou
sociaux qu’il est parfois difcile de chiffrer et de mesurer. L’observation,
l’entrevue et l’analyse de contenu (présentées au chapitre 4) sont les méthodes
qualitatives utilisées le plus couramment dans cette catégorie de recherche.
Ces méthodes peuvent toutefois prendre un tournant qualitatif ou quantita-
tif selon les besoins d’une recherche spécique.
Par exemple, dans un projet d’observation sur la violence dans les rela-
tions sociales à la cafétéria, nous pourrions aussi bien nous retrouver avec
des éléments qualitatifs de description du type de violence exercée qu’avec
une mesure objective et quantiée des gestes de violence posés et répertoriés
par l’observateur. Ainsi, en allant interviewer des automobilistes qui doivent
quotidiennement subir des embouteillages, un chercheur pourrait colliger
de l’information sur ce qu’ils font pour passer le temps dans leur voiture ou
sur leurs réactions émotionnelles par rapport à l’attente. Cette démarche lui
permettrait de recueillir des données susceptibles de l’aider à mieux décrire
les différentes façons de gérer le stress. Pour mieux situer son analyse, ce
chercheur pourrait aussi étoffer ses résultats en comparant cette situation
avec celle d’une salle d’attente dans un hôpital, par exemple. Et pour aller
encore plus loin, il pourrait tout aussi bien, au moyen d’un questionnaire,
chercher à mesurer et donc à quantier sur une échelle de 1 à 10 l’émotion
ressentie par les automobilistes lors d’un même embouteillage, ou encore
comptabiliser la proportion d’automobilistes lourdement affectés par cette
situation.

10 Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines


Pour aller La recherche en sciences humaines
plus loin au Québec

La recherche scientique provoque des retombées positives pour les sociétés qui
s’y emploient, ne serait-ce que par son caractère éminemment public et son rôle
ultime d’éducation des mentalités. La recherche scientique en sciences
humaines au Québec est une illustration pertinente de cette idée, car elle a effec-
tivement contribué au développement social de la société québécoise. Un projet
spécique comme la création des cégeps lors de la rédaction et la mise en œuvre
du Rapport Parent1 sur l’éducation est un bon exemple de la synergie possible
entre le dynamisme de la recherche scientique et l’élaboration de politiques
publiques concrètes. La recherche en sciences humaines a su explorer, décrire,
expliquer et comprendre la société québécoise en véhiculant les valeurs qui lui
sont associées, soit la transparence, la abilité et la détermination à résoudre
des problèmes.
De ce fait, la recherche en sciences humaines constitue un indice révélateur
de la vitalité culturelle d’une société. Son déploiement est concret, il se fait à partir Paradigme
Ensemble disciplinaire
de chercheurs, d’universités, d’organismes hybrides2, de laboratoires et de subven-
d’hypothèses, de modèles et
tionnaires comme les gouvernements, les institutions, les fondations et les entre-
de techniques scientiques qui
prises privées. La forme qu’elle prend est aussi diverse que la société à laquelle elle convergent dans une communauté
est destinée. Dans le contexte académique et universitaire, la recherche en sciences de chercheurs à une certaine
humaines a su construire des objets d’attention variés et adaptés aux diverses époque. Dans l’usage plus
formes de questionnement des phénomènes humains. Ainsi, chaque discipline a commun, le paradigme réfère
constitué ses propres traditions, ses propres interrogations et ses propres discours à un ensemble de démarches
sur la réalité humaine, élaborant parfois une série de paradigmes, eux-mêmes scientiques cohérentes entre elles
structurés par les demandes et les attentes des acteurs qui la nancent et qui dans le but d’explorer un champ
l’utilisent. Qu’elle soit fondamentale ou appliquée, l’ossature de la recherche en de recherche.
sciences humaines au Québec tient du nancement gouvernemental3. C’est à partir
Laboratoire
de ce nancement octroyé par concours que des laboratoires peuvent être mis
Entité collaborative de chercheurs
sur pied pour construire des programmes de recherche. Ces projets de recherche
possédant un même objet de
répondent à des logiques purement scientiques liées à la connaissance (la recherche à partir d’une même
recherche fondamentale issue d’une discipline en particulier), à des logiques prag- problématique. Il peut être
matiques et institutionnelles (la recherche appliquée cherchant à résoudre par disciplinaire ou pluridisciplinaire,
exemple des problèmes sociaux) ou à des impératifs purement politiques, écono- aflié à une université ou à un
miques ou idéologiques (des projets de recherche visant à promouvoir certains centre de recherche.
enjeux ou intérêts, ou même des visées de recherche spéciques)4.

1. Volumineux rapport en cinq volumes issu de la mise sur pied par le gouvernement Lesage, en
1961, de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec présidée
par Alphonse-Marie Parent.
2. L’Institut national de recherche scientique (INRS) est un exemple avec son volet plus spécique-
ment dédié au domaine des sciences humaines, soit le Centre Urbanisation Culture Société.
3. Outre certains ministères et organismes parapublics dédiés aux enjeux psychosociaux de la
santé et de l’éducation, deux des principaux subventionnaires sont le Fonds de recherche du
Québec – société et culture (FRQSC) et le Conseil de recherches en sciences humaines
du Canada (CRSH).
4. Comme le Centre de recherche Léa-Roback sur les inégalités sociales de santé de Montréal ou l’Ins-
titut économique de Montréal, organisme privé spécialisé dans l’évaluation des politiques publiques.

Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines 11


Pour aller La recherche en sciences humaines
plus loin au Québec (suite)

Les projets sont sélectionnés à partir de demandes de nancement, jugés par


des comités de pairs souvent disciplinaires et pour lesquels les chercheurs doivent
soumettre des propositions et des dossiers bien étoffés. Ces dossiers doivent éga-
lement présenter et justier le projet à travers des normes scientiques en vigueur
dans la discipline, une rigueur méthodologique able et des critères de réalisation
réalistes. Par la qualité de ses chercheurs, de ses institutions, de ses laboratoires
et de ses contributions à la réexion scientique sur le monde, la recherche en
sciences humaines est un acteur de premier plan du dynamisme culturel, social et
économique du Québec qu’il faut constamment encourager, partager et diffuser.

EXERCICE
1.1 Indiquez, pour chacun des énoncés suivants, s’il s’agit d’une recherche fondamentale ou appliquée,
puis préciser si celle-ci est de nature quantitative ou qualitative.
1. À partir de l’observation d’une série de maisons lors de la journée dédiée au recyclage, cette étude cherchera
à mesurer le respect de la notion de « développement durable » dans les gestes quotidiens des familles
de Valleyeld.
2. À travers l’utilisation de l’analyse de contenu, cette recherche proposera une analyse des énoncés pointant
vers le conservatisme social présentés lors des discours du trône des différents gouvernements libéraux
an de dégager un modèle de gouvernance libérale de droite.
3. À partir de l’analyse d’une série de récits de vie de pompiers, la présente étude tentera de comprendre ce qui
a déterminé leur trajectoire de carrière.
4. À partir de la distribution de questionnaires, cette recherche tentera de déterminer les facteurs de désunion
des jeunes couples du cégep Dawson.
5. À partir de la distribution de questionnaires, cette étude viendra préciser les déterminants d’une participation
aux jeux de hasard chez les jeunes.
6. La présente étude, avec l’aide d’entrevues semi-dirigées, tentera de présenter la perception subjective que
les jeunes mères ont des services d’aide qui leur sont dédiés au CLSC de Pohénégamook et leur degré de
satisfaction envers ceux-ci.
7. Au moyen d’un sondage, l’étude proposée soulignera l’importance de la motivation économique dans
les choix de carrière des adolescents de 5 e secondaire à Trois-Rivières-Ouest.
8. Cette recherche viendra construire un modèle de prise de décision à partir des actions législatives du dernier
mandat du gouvernement du Québec.

1.5 L’esprit scientique


en sciences humaines
L’esprit scientique fait partie des apprentissages importants que doit faire
le nouveau chercheur. Ce n’est ni un don ni un pouvoir, c’est une habileté qui
se développe avec l’expérience.
Un étudiant qui s’applique à acquérir un esprit scientique ressemble à un
apprenti enquêteur qui approfondit ses techniques d’enquête. Au début, certains
indices pourraient lui échapper, il pourrait être tenté de tirer des conclusions

12 Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines


hâtives pour résoudre un crime ou encore vouloir à tout prix
procéder à une arrestation parce que le crime le répugne et
que le suspect lui semble coupable. Puis, peu à peu, il se rend
compte de l’importance d’adopter certaines attitudes dans
l’exercice de ses fonctions. Par exemple, il pourra décider
de faire abstraction de ses émotions pour éviter d’accuser à
tort un suspect. Il pourra aussi rafner sa capacité d’analyse
d’une scène de crime de manière à être plus sensible à la pré-
sence de certains indices. Peut-être ne résoudra-t-il pas tous
les crimes sur lesquels il enquêtera, mais il sera certainement
dans une meilleure position pour effectuer des arrestations
qui mèneront à des condamnations. Le chercheur, tout comme l’enquê-
L’esprit scientique fonctionne de la même manière. Pour adopter un esprit teur, doit faire preuve de rigueur
pour réaliser un travail de qualité.
scientique tout au long de votre travail de recherche, retenez bien les quatre
dimensions essentielles qu’il comporte : 1) l’esprit critique, 2) la créativité,
3) la rigueur et 4) la tolérance à l’ambiguïté.

1.5.1 L’esprit critique


Critiquer un travail, une œuvre ou une performance ne se réduit pas à émettre
des commentaires négatifs ou à encenser l’auteur. Avoir l’esprit critique signi-
e plutôt être en mesure de remettre en contexte l’objet analysé, de relever les
forces et les faiblesses d’une production, d’en reconnaître la valeur malgré ses
imperfections, en s’appuyant sur une certaine connaissance des commentaires
et analyses qui ont précédé, tout en gardant une certaine distance.
Dans la recherche scientique, il est tout aussi important de savoir pour-
quoi une idée ou une explication est meilleure qu’une autre que de savoir
pourquoi elle ne convient pas ou n’est pas pertinente. Savoir remettre ses
idées en question en y exerçant un doute constant qui donne aux énoncés
leur caractère provisoire, et savoir reconnaître ses erreurs puis les corriger,
sont des qualités essentielles du chercheur qui manifeste un esprit scienti-
que. Par exemple, un chercheur en science politique qui voudrait décrire les
relations politiques entre le Québec et l’Ontario ne ferait pas preuve d’esprit
critique si ses sources ne provenaient que du Québec. Il devrait recourir à
des documents issus des deux provinces, an que le tout reète l’ensemble
de la situation. L’analyse de ces relations serait alors plus scientique. De
même, le maintien d’un esprit critique actif est particulièrement fondamen-
tal dans le contexte actuel de la diffusion massive et instantanée d’informa-
tions et de discours analytiques an de contrer leur manque de rigueur, leur
invalidité et, souvent, leur caractère simplement idéologique.

Les savoirs non scientiques


Pour développer son esprit critique, il est essentiel de savoir différencier les
savoirs scientiques des savoirs non scientiques. Méthodologie
Au cours de votre démarche de recherche, prenez garde de ne pas vous Réexion scientique et ensemble
appuyer sur des types de savoir qui s’opposent à la science en raison de de stratégies et d’outils rigoureux
l’absence d’une méthodologie rigoureuse ou de l’utilisation de simples opi- qui démontrent le caractère
nions et non de faits incontestés. Le tableau 1.1 (voir page suivante) présente objectif, précis et systématique
succinctement les savoirs non scientiques qui n’ont pas leur place dans une de l’investigation scientique.
démarche scientique rigoureuse.

Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines 13


Tableau 1.1 Les savoirs non scientiques

Savoir Dénition Exemples autour des inégalités Précisions

Élément fondamental d’une La réussite économique est un Dogme calviniste qui contre-
religion ou d’une philosophie signe d’élection divine assurant à vient directement à l’esprit
considéré comme ceux qui ont réussi une place au scientique, car il ne peut être
Dogme incontestable. paradis, alors que les pauvres n’y remis en question sans
ont pas droit. susciter de vives réactions,
ce qui va à l’encontre de
la tolérance à l’ambiguïté.

Conviction que plusieurs On entend souvent que les Cela constitue un point de
personnes partagent, mais pauvres ne veulent pas s’aider. vue moral, souvent d’origine
qui n’a aucun fondement Pour se sortir de la pauvreté, religieuse, qui s’incruste dans
scientique. Elle naît le plus ils n’ont qu’à aller travailler. l’imaginaire populaire jusqu’à
Croyance
souvent à la suite d’événe- devenir un jugement large-
populaire
ments singuliers qui frappent ment partagé ne tolérant pas
l’imagination ou constitue une de contre-exemples.
généralisation hâtive de
quelques cas particuliers.

Idée qui fait davantage appel Les inégalités économiques sont Même si l’intuition morale
aux émotions qu’au raisonne- injustes et doivent donc être semble pertinente, il n’en
ment. Il peut aussi s’agir d’un éliminées. demeure pas moins que cet
Intuition
raisonnement sommaire au énoncé ne peut servir de
sujet de la réalité dans le but base à une investigation
de prédire l’avenir. scientique.

Personne qui cautionne un Le chanteur Bono s’est prononcé Le poids d’un argument
savoir à cause de l’inuence contre les inégalités sociales. soutenu par une personnalité
Autorité
intellectuelle qu’elle exerce ne constitue d’aucune
morale
sur un groupe. manière une preuve que
l’argument est valide.

Généralisation d’un fait vécu Personnellement, j’ai connu Le fait d’avoir vécu une
par quelqu’un. Elle relève de la pauvreté dans mon enfance situation ne fait pas de vous
Expérience l’anecdote et tient compte et, grâce à mes efforts, je m’en un expert capable de prendre
personnelle de l’expérience d’une seule suis très bien sortie. une distance critique.
personne ou d’un groupe
restreint et non représentatif.

Événements de la vie Un jeune de la rue devient La popularité médiatique


quotidienne rapportés par un mannequin international et sort n’est nullement un signe de
média. Dans la même veine, de la pauvreté grâce à son style pertinence scientique et
l’éditorial d’un journal n’est et à ses tatouages. illustre le peu de rigueur d’un
Actualité
ni plus ni moins que l’opinion argument qui s’y appuie.
journalistique
du journaliste qui l’a écrit et,
quelle que soit sa compé-
tence, tend à devenir une
sorte d’autorité morale.

14 Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines


1.5.2 La créativité
Avoir l’esprit scientique demande aussi de la créativité. Être créatif implique
de s’interroger sur la réalité (« Pourquoi est-ce ainsi et pas autrement ? »),
d’imaginer des solutions à un problème et d’être capable de créer quelque
chose de novateur à partir de connaissances existantes. Pour y arriver, il faut
être ouvert d’esprit, aller au-delà des réalités habituelles, ordinaires et déjà
connues ; il faut observer la réalité avec un regard neuf. L’ouverture d’esprit
nécessaire à la créativité permet de prendre en compte plusieurs éventualités,
même les plus insolites ou étonnantes. Tout comme l’enquêteur, la personne
qui s’adonne à la recherche scientique ne doit pas se contenter des évidences
qui se présentent à elle. En d’autres termes, elle doit être capable d’envisager
de voir apparaître une variété d’hypothèses pour expliquer un même événe-
ment, une possibilité qui s’inscrit parfaitement dans la démarche scientique.
Imaginons un chercheur en science politique qui s’intéresse aux facteurs
explicatifs du faible taux de participation des jeunes de 18 à 24 ans aux
élections provinciales. Il pourrait démontrer de la créativité s’il choisissait
d’analyser le prol et le discours des jeunes qui participent aux discussions
en ligne sur des sujets politiques. Ce politologue se démarquerait ainsi
des chercheurs plus traditionnels qui auraient négligé d’approcher la poli-
tique par l’intermédiaire du monde virtuel. La créativité dont ferait preuve
ce chercheur permettrait peut-être d’apporter un éclairage nouveau sur cette
question.

1.5.3 La rigueur
On ne saurait trop insister sur l’importance de la rigueur dans la démarche
scientique. Cette qualité est à la base de l’image qu’on se fait d’un scienti-
que, à savoir une personne qui possède la capacité d’analyser un problème
de façon systématique et minutieuse. Sans la rigueur essentielle à l’observa-
tion de faits et la précision et l’exhaustivité avec lesquelles on traite ces
données, la démarche scientique ne saurait assurer son objectivité, qui est
essentielle à la légitimité dont elle jouit dans le public.
En effet, lorsque des scientiques sont perçus comme étant peu rigoureux,
l’ensemble de leur discipline et de leurs collègues risque d’être entaché par leur
carence. Chaque fois qu’une science est considérée comme biaisée en raison
d’un nancement quelconque ou trop orientée sur le plan idéologique, elle en
sort perdante, car le public met en doute la crédibilité du chercheur concerné
et, par conséquent, celle de ses recherches. Malheureusement, ce doute s’étend
parfois à la globalité des travaux produits par la communauté scientique.
Faire preuve de rigueur dans un cours de méthodes de recherche en sciences
humaines, c’est s’assurer que chaque étape de notre démarche soit bien pla-
niée, effectuée, standardisée et communiquée. C’est faire en sorte que les
observations récoltées conservent leur caractère objectif et que les conclusions
qui en sont tirées ont été construites avec le plus de précision et de sérieux pos-
sible. Une démarche scientique rigoureuse prendra également la forme d’une
communication efcace et sans parti pris lors de la diffusion des résultats.
Cette démarche et ses résultats deviendront clairs, transparents et donneront
éventuellement à un autre chercheur l’opportunité de les valider à nouveau.

Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines 15


1.5.4 La tolérance à l’ambiguïté
Une dernière qualité indispensable de l’esprit scientique réside dans la tolé-
rance à l’ambiguïté, autrement dit dans l’ouverture d’esprit et dans l’art de nuan-
cer ses propos. Il n’existe pas d’explication unique à un phénomène. Des termes
comme « toujours », « parfaitement » ou « inévitablement » font rarement partie
des conclusions d’un chercheur. Le fait de cultiver le doute, d’envisager le pos-
sible mais aussi l’incertain, a donc partie liée avec l’esprit scientique. De même,
la tolérance à l’ambiguïté demande de traiter ses propres observations avec cir-
conspection, en vertu de leurs potentielles imprécisions. Rappelez-vous qu’un
chercheur travaille normalement sur une inme partie d’un phénomène et que
les observations qu’il en tire doivent être limitées. En effet, il y a toujours des
dimensions qui n’ont pas été rigoureusement mesurées et de l’information qui
est insufsante pour permettre de tirer des conclusions plus larges.
Par exemple, un chercheur en science économique qui tente d’expliquer
les variables qui permettent de prédire la conjoncture économique des
prochaines années devra faire montre de prudence dans ses conclusions, car,
dans ce domaine, de nombreux facteurs entrent en jeu et interagissent les
uns avec les autres. Les décideurs économiques et politiques qui voudront uti-
liser les résultats de cette recherche appliquée pour éclairer leurs décisions
trouveront sans doute frustrant d’y rencontrer des « cependant » et des
« peut-être ». Pourtant, cette incertitude est incontournable dans la recherche
scientique. Il faut donc aborder celle-ci avec une certaine humilité, vu la
complexité des phénomènes humains qui interviennent.

EXERCICES
1.2 Indiquez à quel type de savoir non scientique on peut associer
les énoncés suivants et expliquez votre réponse.
1. « Il est raisonnable de prévoir à long terme la mise sur pied d’un
gouvernement mondial. »
2. « D’après mon amie, une femme enceinte ne devrait pas manger
de sushis ou de crevettes. »
3. « Le livre de la Genèse, dans la Bible, décrit réellement l’origine
de l’univers du vivant. »
4. « Le ministère fédéral de l’Environnement estime que le Canada fait
sa juste part dans la lutte aux changements climatiques. »
5. « Écouter de la musique classique favorise le développement
de l’intelligence de l’auditeur. »
6. « Comme les médias construisent souvent leur une avec des faits
divers violents et sordides, notre société est de plus en plus violente. »
1.3 Indiquez à quelle(s) caractéristique(s) de l’esprit scientique peuvent
être associés les énoncés suivants. Expliquez votre réponse.
1. « Tout au long de nos délibérations et de l’interprétation des résultats,
nous avons pris soin de tenir compte des contradictions récoltées lors
de notre cueillette de données. »
2. « Nous avons veillé à juger des éléments théoriques lors de la réalisation
de notre problématique, à la lumière de l’ensemble du corpus des
textes utilisés. »

16 Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines


3. « Nous nous sommes assurés, tout au long de notre recherche, de
remettre en question les jalons de notre entreprise scientique par
la mise à l’épreuve de nos dires par des faits. »
4. « Nous avons tenté de mettre en valeur les données recueillies en forma-
tant l’information sous forme de tableaux et d’illustrations synthétiques. »

1.6 Le langage scientique


Il va de soi que votre esprit scientique doit clairement ressortir de vos tra-
vaux et rapports de recherche. Aussi, toute communication, pour être ef-
cace, doit s’appuyer sur un langage adéquat, clair et précis. Vous devez
notamment vous assurer que la qualité de la langue et l’esprit scientique
sont irréprochables. Le tableau 1.2 présente les caractéristiques du langage
scientique et explique comment les démontrer dans vos textes.
An de bien utiliser les caractéristiques du langage scientique, nous vous
adressons, à travers le tableau 1.3, une série de conseils qui vous permet-
tront de respecter les dimensions de l’esprit scientique dans la rédaction de
vos rapports de recherche.

Tableau 1.2 Les caractéristiques du langage scientique

Caractéristique Explication

Il est préférable d’employer un ton neutre et impersonnel, car il suggère que le chercheur n’a
Neutralité
aucun parti pris et qu’il aborde le phénomène étudié avec une distance critique.

Un texte cohérent permet de saisir le sens des propos sans ambiguïté. Le lecteur perçoit
Cohérence
la uidité des composantes du texte et la continuité entre celles-ci.

Votre texte doit être le plus resserré possible. Il doit faire preuve de précision, ce qui démontre
Concision
que vous maîtrisez bien votre sujet.

Tableau 1.3 L’application de l’esprit scientique lors de la rédaction de votre rapport de recherche

Caractéristique Tâches

Produisez une rétroaction sur votre démarche en faisant preuve de recul. Relevez, par exemple,
Esprit critique
les erreurs méthodologiques et théoriques que vous auriez pu commettre et corrigez-les.

Tout au long de votre recherche, soyez créatif et ouvert d’esprit ; ces deux qualités doivent
Créativité
transparaître dans votre rapport.

Vous devez convaincre vos lecteurs de la qualité de votre démarche scientique par un texte
Rigueur
ancré dans des faits présentés clairement et logiquement.

Tolérance à Nuancer ses propos n’est pas une preuve de faiblesse, bien au contraire. Montrez que vous êtes
l’ambiguïté conscient de la complexité des phénomènes humains investigués.

Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines 17


1.7 L’éthique de la recherche
en sciences humaines
Éthique Pour éviter les abus et les dérapages, les chercheurs des différentes disciplines
Ensemble de principes généraux des sciences humaines se sont dotés de règles qui visent à garantir leur crédi-
et de règles conventionnelles et bilité et celle de leurs travaux, tout en protégeant le public en général. Ces
institutionnelles dans un domaine règles d’éthique doivent être strictement respectées, particulièrement dans le
précis d’activité. Dans le domaine cadre d’un apprentissage des règles de la méthode scientique tel que le cours
de la recherche scientique,
d’IPMSH (initiation pratique à la méthodologie en sciences humaines), où il
l’éthique guide l’action concrète
du chercheur à toutes les étapes
est prévu de faire de la recherche avec des êtres humains.
de son investigation, à la fois dans L’ensemble de la recherche impliquant des sujets humains est doréna-
ses rapports avec les sujets vant régulé au Canada par des comités d’éthique de la recherche (CER) qui
humains, de la collecte des énoncent des principes et des procédures devant guider les chercheurs. Pour
données à leur traitement, et lors
chacune des institutions subventionnaires et pour chacun des acteurs de la
de la diffusion des résultats à la
communauté.
recherche (ministères, organismes, laboratoires, universités, cégeps, etc.), les
comités s’assurent de la conformité éthique de l’ensemble de la démarche
d’investigation. Il apparaît évident que dans le cas du non-respect des règles
Comité d’éthique
de la recherche (CER)
éthiques d’une institution, on en vienne à refuser de mener à terme une
Composés de chercheurs, de recherche, de la nancer, de la diffuser ou d’engager des chercheurs irres-
membres de la communauté ou pectueux du cadre éthique prédéni. Généralement, le chercheur indique
d’experts, les CER sont chargés clairement au CER de quelle manière il s’assurera que sa recherche respecte
d’évaluer et d’encadrer l’acceptabi- une démarche éthique et qu’il informera ses participants au moyen d’une
lité éthique de la recherche menée lettre expliquant le but de sa recherche. Pour signaler son accord, le par-
dans les organisations porteuses. ticipant signera un formulaire de consentement attestant qu’il connaît les
préoccupations éthiques du chercheur. Les préoccupations éthiques peuvent
Formulaire de consentement être regroupées sous quelques thèmes, par exemple, le consentement libre
Formulaire qui informe le participant et éclairé, le respect de la vie privée, la notion d’intégrité et le code de
du contenu de la recherche, de ses déontologie.
objectifs et de son mode de dif-
fusion en insistant spéciquement Même si, dans certains cas, aucune sanction ofcielle n’est prévue
sur les dimensions éthiques. Le pour le cas où un chercheur manquerait à l’éthique, c’est sa crédibilité, sa
participant, en le signant, donne son réputation et même sa carrière qui risquent d’être compromises. Il revient
consentement éclairé pour ainsi à la communauté scientique de dénoncer les fautes et les écarts
participer à la recherche. commis.

1.7.1 Le consentement libre et éclairé


Un chercheur doit s’assurer que ses participants donnent leur consentement
de façon libre et éclairée. Par exemple, lorsqu’il invite une personne à se
soumettre à une expérience en psychologie, le chercheur doit d’abord lui
faire connaître les objectifs de sa recherche, le rôle qu’elle sera appelée à y
jouer et les risques potentiels d’une telle implication, et lui donner l’oppor-
tunité de choisir en toute liberté d’y participer ou non.
Évidemment, le fait de connaître les buts de la recherche peut parfois
entraîner une modication du comportement du participant. Peut-être se
conformera-t-il à ce qu’il croit que le chercheur attend de lui ? Peut-être
voudra-t-il être un « bon » participant en tentant de « séduire » le représentant
de l’autorité qu’est le chercheur ?

18 Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines


Malgré tout, de façon générale, pour obtenir un consentement libre et
éclairé, le chercheur doit donner à ses participants sufsamment d’informa-
tions sur son projet de recherche et sur son déroulement avant qu’ils ne s’y
engagent. Il peut par exemple leur lire un libellé introductif préalablement
rédigé qui décrit la démarche d’ensemble, ou encore leur rappeler les élé-
ments que contient le formulaire de consentement qu’ils doivent signer.
Récemment, une étude sur l’imitation par contamination des émotions a
été effectuée sur le réseau social Facebook par des psychologues américains.
Le réseau social a permis à des chercheurs d’effectuer une expérimentation
à grande échelle sur certains de ses usagers en modulant et en ltrant le
nombre de messages positifs ou négatifs qu’ils recevaient de leurs amis. La
publication de l’étude dans une revue scientique d’envergure a soulevé un Les recherches sur les émotions et
tollé dans l’opinion publique et dans les communautés scientiques parce leur manipulation peuvent parfois
que les chercheurs et l’entreprise n’avaient pas adéquatement avisé les sujets receler une dimension éthique
du contenu et de l’objet de l’étude. On voit bien que nul n’est à l’abri de insoupçonnée.
dérives éthiques qui peuvent compromettre la viabilité des procédures d’une
recherche crédible avec des sujets humains. Le chercheur qui adopte un com-
portement éthique démontre de l’honnêteté et de la transparence à l’endroit
des personnes qui contribuent à la conduite de ses travaux.

1.7.2 Le respect de la vie privée


Le chercheur doit aussi s’assurer de respecter la vie privée des individus qui
font l’objet de sa recherche. Il ne doit recueillir que les données personnelles
qui sont nécessaires à sa recherche et que les participants acceptent de four-
nir. Le chercheur doit préserver leur anonymat ainsi que la condentialité de
toute l’information accumulée. Pour ce faire, il pourra par exemple employer
des pseudonymes ou des numéros pour identier les participants.
Selon les méthodes de recherche retenues, il sera plus ou moins ardu de
protéger l’anonymat des participants, notamment dans le cas d’études qui
en regroupent plusieurs en même temps. Dans ce cas, on demandera à cha-
cun de s’engager à respecter l’anonymat des autres. Si le chercheur croit qu’il
est possible de retrouver une personne à partir des renseignements contenus
dans sa recherche, il doit alors veiller à obtenir le consentement explicite de
cette personne.
Il est essentiel que tout chercheur prenne au sérieux le respect de la vie pri-
vée de ses sujets. D’ailleurs, Statistique Canada, qui emploie des chercheurs
issus de toutes les disciplines des sciences humaines, récolte une impression-
nante quantité de données, notamment au cours des recensements que cet
organisme réalise. C’est pourquoi il s’est doté d’une politique de condentia-
lité. Son avis de condentialité, qui se trouve sur son site Web, afrme ceci :
Statistique Canada s’engage à respecter les renseignements personnels
de tous – que vous soyez un répondant à une de nos enquêtes, un client
qui achète un produit ou un service, ou un utilisateur de notre site Web.
Tout renseignement personnel créé, détenu ou recueilli par Statis-
tique Canada est protégé en vertu de la Loi sur la protection des
renseignements personnels et de la Loi sur la statistique dans le cas

Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines 19


des répondants à nos enquêtes. Cela signie qu’on vous demandera la
permission de recueillir vos renseignements ou qu’on vous informera
des pouvoirs liés à une telle collecte de renseignements1.

1.7.3 L’intégrité
Le chercheur qui adopte un comportement éthique peut démontrer qu’il a agi
honnêtement et de bonne foi en réalisant sa recherche. On s’attend donc à ce
qu’il fasse preuve d’intégrité. D’emblée, tout chercheur doit s’assurer de res-
pecter l’intégrité physique et morale de ses participants, notamment en ne leur
causant aucun préjudice physique ou moral. Les recherches effectuées auprès
de sujets humains doivent être régulées par un respect de l’intégrité physique
déjà balisé par la notion de risque acceptable par le Code civil du Québec,
particulièrement auprès des personnes mineures et handicapées2.
Si, par exemple, lors d’une recherche portant sur les rites de passage
chez les scouts et utilisant la méthode d’observation, nous demandons à
un moniteur responsable d’organiser une activité raisonnablement risquée
physiquement ou psychologiquement (par exemple, attacher un enfant à un
arbre pendant une heure la nuit tout en le surveillant de loin et en émettant
certains bruits), nous devrons assurer un complet déroulement conforme
aux lois dans le respect des sujets observés. Si un problème survient au cours
de la recherche, le chercheur ou la personne responsable de la recherche doit
s’assurer de fournir au participant tout le soutien nécessaire. En outre, le
chercheur ne doit pas cacher sciemment certains résultats de ses travaux, les
failles qui s’y trouvent ou les erreurs qu’il aurait commises. Comme il doit
rendre des comptes à la communauté scientique et qu’il travaille dans l’in-
térêt de la science, il ne peut de toute évidence mentir, falsier ou manipuler
les résultats de ses travaux. Il ne peut pas non plus s’approprier les idées
d’autres chercheurs sans les citer explicitement. Cela constitue un plagiat et
un manque agrant d’intégrité. Par conséquent, le chercheur doit citer ses
sources et toujours accompagner ses travaux de références bibliographiques
détaillées.

1.7.4 Le code de déontologie


Un code de déontologie est un ensemble de règles édictées par une associa-
tion professionnelle (ordre, collège, association, etc.). Ces règles balisent les
comportements des membres de cette association et ont force de loi. Au
Québec, par exemple, les psychologues doivent se plier au code de déonto-
logie de l’Ordre des psychologues du Québec. Ces règles régissant autant la
pratique professionnelle que la recherche scientique effectuée dans le cadre
de cette discipline, les chercheurs membres de cette association doivent s’y
soumettre sous peine de sanctions.

1. STATISTIQUE CANADA, « Avis de condentialité », [En ligne], www.statcan.gc.ca/fra/


reference/privacy-privee-fra (Page consultée le 23 janvier 2015)
2. FONDS DE LA RECHERCHE EN SANTÉ DU QUÉBEC, « Standards du FRSQ sur l’éthique
de la recherche en santé humaine et l’intégrité scientique », p. 15, [En ligne], www.frsq.
gouv.qc.ca/fr/ethique/pdfs_ethique/Standards.pdf (Page consultée le 12 décembre 2014)

20 Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines


Un comité de déontologie formé principalement de pairs et d’avocats est
chargé de s’assurer que les membres d’une association respectent les règles
d’éthique qui sont prescrites. Il a aussi le mandat de déterminer les sanctions
si une infraction au code de déontologie est constatée.

EXERCICE
1.4 Indiquez si chacun des énoncés suivants correspond ou ne correspond
pas à une démarche éthique de recherche en sciences humaines et
justiez votre réponse.
1. Vous faites une entrevue semi-dirigée auprès d’un syndicat étudiant. An
de suivre une démarche éthique, vous devez indiquer ce sur quoi porte
votre recherche. Vous remettez donc aux représentants du syndicat
l’ensemble des questions avant de les administrer aux membres. Est-ce
bien une démarche éthique ?
2. Le plagiat constitue un manquement au code de déontologie des
chercheurs en sciences humaines. Vrai ou faux ?
3. Lors de vos démarches pour trouver des personnes à interroger, vous
utilisez la correspondance par courriel pour prendre contact et vous en
protez pour poser quelques questions. Lors de la rédaction de votre
rapport de recherche, vous utilisez les phrases d’un interlocuteur qui
précisent bien l’enjeu de votre recherche. Est-ce que cela contrevient
à une démarche de recherche éthique ?
4. Dans le cadre de l’observation d’un dîner entre amis à la cafétéria, vous
faites signer un formulaire de consentement à chacune des personnes
assises autour de la table et vous leur demandez leur nom et leur
numéro d’assurance sociale. Est-ce bien éthique comme démarche ?
5. Dans le cadre de l’exposé oral sur votre rapport nal de recherche
portant sur les rites d’initiation de l’équipe de football du collège, un de
vos coéquipiers présente les protagonistes interviewés par leur prénom
seulement. Est-ce bien conforme avec une démarche éthique ?

LE RAPPORT SOUS LA LOUPE

Le langage et l’esprit scientiques


Conseils pour adopter un langage scientique
An que votre texte soit le plus neutre possible, n’utilisez que la troisième personne du singulier ou du pluriel (il ou ils) :
vous créerez ainsi une distance appropriée entre vous et votre texte. Pour ce faire, vous éviterez les pronoms je, tu, on,
nous et vous. L’humour, le point d’exclamation (qui marque une émotion) et le point d’interrogation (qui marque une
interaction avec le lecteur) n’ont pas leur place dans un texte scientique (extrait 1.1).
Si vous sentez que vous devez mettre un titre pour introduire un paragraphe à l’intérieur d’une section, c’est qu’il y a un
manque de cohérence et que l’enchaînement des idées n’est pas clair. Vous pourriez pallier cette difculté à l’aide d’une
phrase de transition commençant par « Par ailleurs » ou « D’autre part » (extrait 1.2). Un terme doit avoir le même sens
du début à la n de votre texte et doit faire référence au même concept ou à la même réalité. Évitez les synonymes qui
pourraient donner l’impression au lecteur que ceux-ci ne veulent pas dire la même chose.

Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines 21


LE RAPPORT SOUS LA LOUPE (suite)

Évitez de laisser une phrase ouverte en utilisant des termes ou des signes de ponctuation comme « etc. » ou « . . . » : cela
donne l’impression qu’il manque quelque chose à votre contenu.
Faites preuve de concision et évitez la redondance : lorsqu’un renseignement a déjà été présenté au lecteur, nul besoin de
le répéter à l’intérieur d’une même section.
Évitez les phrases longues qui demandent souvent une deuxième lecture et qui peuvent nuire à la compréhension
(extrait 1.3). Scindez vos paragraphes de façon que chacun ne contienne qu’une seule idée principale.
Conseils pour appliquer l’esprit scientique
Il est normal de commettre des erreurs, mais il faut savoir les reconnaître. En posant un regard à la fois critique et constructif
par rapport à l’ensemble de votre démarche, vous démontrerez votre esprit critique. Vous devancerez ainsi les critiques éven-
tuelles qui pourraient vous être formulées (extrait 1.4). La section du rapport qui porte sur l’interprétation des résultats est
l’endroit idéal pour partager de telles réexions.
Indiquez ce que votre projet de recherche a de spécique ou d’original par rapport aux autres études portant sur le même
sujet (méthode de recherche, discipline des sciences humaines retenue ou autre) (extrait 1.5). Soyez créatif lors de la
présentation des résultats : imaginez des schémas, des gures ou des tableaux qui permettront de mieux saisir votre
propos. Votre rapport en sera enrichi et il pourra mieux retenir l’attention du lecteur.
Démontrez de la rigueur dans votre travail de recherche, par exemple en appuyant vos dires sur une citation, un extrait
d’entrevue, une statistique ou encore une anecdote de terrain. Cela permettra au lecteur de comprendre que vos conclu-
sions sont basées sur des éléments factuels et sur une démarche scientique, et qu’elles ne sont pas issues de votre
imagination (extrait 1.6). Ne manquez surtout pas de citer correctement vos sources.
Portez une attention particulière à votre tolérance à l’ambiguïté dans votre conclusion. Il n’existe pas de vérité absolue et
votre résultat pourrait être remis en question par un autre chercheur ; le fait de nuancer vos propos contribuera à la qualité
de votre rapport. Admettez que votre recherche n’est qu’un pas de plus vers la description, l’explication ou la compréhen-
sion d’un phénomène, et que vous n’avez donc rien résolu dénitivement ou démontré hors de tout doute (extrait 1.7).

Résumé
7 La naissance des sciences humaines se présente comme un projet ration-
nel en réaction aux dogmes religieux qui expliquaient complètement
l’ordre du monde humain.
7 Les diverses disciplines des sciences humaines se sont développées au
l du temps pour décrire, expliquer et comprendre les phénomènes en
s’appuyant sur des recherches, parfois fondamentales, parfois appliquées,
constituées de données quantitatives ou qualitatives.
7 Le chercheur en sciences humaines est constamment animé d’un esprit
et d’un langage scientique et d’une attitude éthique propres à assurer la
qualité et la crédibilité de ses travaux, aussi bien lors des rencontres sur
le terrain que lors de la diffusion de ses résultats dans les organisations à
travers lesquelles il œuvre.

22 Chapitre 1 Faire une recherche en sciences humaines


1
Choisir son sujet de recherche
et élaborer sa problématique

Étape
Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche
et aborder la rédaction du rapport
Chapitre 3 Élaborer sa problématique

Une recherche étudiante sur le coming out couronnée d’un prix


En 2007, le jury des Prix étudiants de l’Association pour la recherche
au collégial (ARC) décernait son troisième prix au projet réalisé, entre
autres, par Marie-Ève Allaire, Christine Lutfy et Marie-Christine
Trottier, anciennes étudiantes en sciences humaines au Cégep de Saint-
Laurent. C’est dans le cadre du cours d’initiation à la recherche en
sciences humaines, dirigé par l’anthropologue Louise Lapierre, que
leur est venue l’idée de se pencher sur le processus menant les jeunes
homosexuels au coming out.
Pour ce faire, elles ont amorcé la première étape de leur démarche
scientique par un remue-méninges leur permettant de sélectionner
le thème général de l’homosexualité. Par ailleurs, plusieurs échanges
les ont aidées à circonscrire davantage le thème retenu an de dé-
nir le sujet du coming out chez les jeunes, tout en se concentrant sur
leurs objectifs de recherche et en laissant de côté les préjugés qu’elles
auraient pu avoir a priori.
Elles ont par la suite déni leur objectif général de recherche, visant à
mettre en lumière le processus menant vers l’afrmation de son homo-
sexualité et les réactions que cette déclaration peut provoquer dans
l’entourage du jeune homosexuel. Tablant sur une recension des écrits
moins fructueuse qu’escomptée, elles ont alors tenté de « brosser le
tableau du coming out», ce que peu de recherches avaient fait, venant
justier la pertinence sociale et scientique de leur démarche. Ainsi,
comme vous entamez vous-même ce trajet, nous vous invitons à lire les
chapitres 2 et 3 et peut-être, comme ces chercheuses, à entreprendre une
expérience inoubliable.
Chapitre
Choisir et dénir son sujet
2
de recherche et aborder
la rédaction du rapport

Objectifs Plan du chapitre


d’apprentissage 2.1 Les caractéristiques d’un bon sujet
de recherche en sciences humaines .......................... 26
• Connaître les stratégies pour
sélectionner adéquatement Trousse de dépannage Les pièges à éviter lorsqu’on
un sujet de recherche. choisit un sujet de recherche..................................... 28

• Décrire les approches de la 2.2 Les techniques qui aident à choisir un


recherche dans les diverses sujet de recherche .................................................... 29
disciplines du programme de TIC pratique Trouver de l’information en ligne .................. 30
sciences humaines.
Trousse de dépannage Guide récapitulatif ........................ 33
• Nommer les facteurs de réussite 2.3 Le travail en équipe .................................................. 35
pour un travail en équipe
efcace et harmonieux. TIC pratique La technologie : un équipier important ........ 36

• Connaître les modes de 2.4 La diffusion des résultats d’une recherche


diffusion d’une recherche en en sciences humaines ............................................... 37
sciences humaines. 2.5 La structure d’un rapport de recherche...................... 38
• Savoir distinguer les compo- TIC pratique Générer une table des matières dans Word.... 41
santes d’un rapport nal. Trousse de dépannage L’importance d’une première
• Planier la rédaction du rapport lecture critique ......................................................... 44
nal. Le rapport sous la loupe Les références ........................... 46
• Reconnaître les normes relatives Résumé .............................................................................. 47
à la rédaction d’un rapport
scientique.
Introduction
Pour amorcer une démarche scientique, il faut, dans un premier
temps, choisir le sujet de recherche. Le champ d’étude des sciences
humaines est vaste. Une quantité innombrable de thèmes y sont abor-
dés, mais tous ne peuvent être traités dans le cadre d’un cours
d’initiation.
Le point de vue de votre enseignant est déterminant dans le choix
de votre sujet. Vous devez en tenir compte, mais vous devez aussi tenir
compte de vos champs d’intérêt et de ceux de vos coéquipiers. La réus-
site d’un tel projet dépend de ce qui intéresse chacun !
Le présent chapitre vous propose d’abord de découvrir les caracté-
ristiques d’un bon sujet de recherche et les techniques susceptibles de
vous aider à trouver le vôtre rapidement. Par la suite, il vous amènera à
explorer la mise en place d’une dynamique efcace de travail en équipe.
Vous êtes bien entendu déjà familier avec ce principe, mais vous décou-
vrirez néanmoins des astuces, des conseils et des renseignements qui
vous guideront vers la formation d’une équipe bien structurée et
qui vous assureront que le travail sera réparti équitablement. Enn,
an de mieux saisir ce que l’on attend de vous, ce chapitre vous pré-
sentera concrètement l’étape de la diffusion des résultats en sciences
humaines. En apprenant dans ce cours quelle forme doit prendre un
rapport de recherche, vous serez en mesure de mieux organiser votre
travail de rédaction. Comme pour une œuvre cinématographique,
votre travail collectif doit s’inscrire dans un cadre, un canevas assez
rigide pour être apprécié à sa juste valeur par ceux qui le verront ; ce
cadre, c’est votre rapport de recherche. Sélectionner un bon sujet, un
traitement pertinent et une forme lisible sont des éléments essentiels à
la réussite de toute production.
2.1 Les caractéristiques d’un bon sujet
de recherche en sciences humaines
La première démarche essentielle à toute recherche en sciences humaines
consiste à sélectionner judicieusement son sujet de recherche, et ce, dès le
début du projet. Idéalement, ce sujet doit susciter votre intérêt, mais aussi
celui de vos coéquipiers, de la société en général et de la communauté scien-
tique. Par-dessus tout, un projet de recherche mené dans le cadre d’un
cours d’initiation doit être intéressant, faisable et concis.

2.1.1 Première étape : Vos intérêts,


vos préoccupations et vos observations
Quels sont vos intérêts ? Par exemple, êtes-vous un passionné de sport ?
Quelles sont vos préoccupations ? Est-ce que l’environnement vous préoc-
cupe, par exemple ? Quel regard posez-vous sur les gens qui vous entourent ?
Trouvez-vous que le dicton « qui se ressemble s’assemble » dit vrai ? Les
sujets émanent avant tout de vous, c’est la curiosité qui vous dictera la pre-
mière étape.

2.1.2 Deuxième étape : Vos lectures


La quantité et la qualité de vos lectures exploratoires vous permettront de
prendre appui sur le travail réalisé jusqu’ici dans le domaine qui vous inté-
resse. Grâce à ces lectures, vous serez plus à même de juger du potentiel
d’un sujet que vous convoitez. Et même si votre enseignant a déjà recom-
mandé en classe certains sujets de recherche, vous aurez tout de même une
Les lectures exploratoires sont certaine liberté pour circonscrire votre angle d’approche et formuler une
incontournables pour approfondir question de recherche préliminaire. Si votre sujet de prédilection ne semble
un sujet de recherche. pas faire l’objet de beaucoup d’atten-
tion de la part d’auteurs et de lecteurs,
c’est qu’il est sans aucun doute risqué
dans le cadre de ce cours. Le tableau
2.1 présente les critères démontrant
qu’un sujet de recherche est adéquat.
Comme le montre ce tableau, un sujet
de recherche adéquat est donc un sujet
qui vous intéresse, qui intéresse votre
équipe de travail, qui est susceptible
d’avoir une portée scientique et qui
vous permet de vous lancer de manière
réaliste dans votre projet. Choisir un
sujet adéquat réduit en effet les risques
de découragement et favorise la réussite.
C’est pourquoi, en cas de doute, n’hésitez
surtout pas à consulter votre enseignant.

26 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Tableau 2.1 Les critères d’un sujet de recherche adéquat

Critères à retenir Explication Exemple

Intérêt • Assure de maintenir votre Si vous croyez qu’il est


personnel et motivation tout au long de la nécessaire de faire sa
intérêt de démarche scientique, ce qui part pour protéger
l’équipe facilitera votre réussite. l’environnement, il vous
• Permet de maintenir une sera plus facile de
collégialité parmi mener un bon travail
les membres de l’équipe. sur les préoccupations
environnementales.

Intérêt • Permet d’en apprendre Une enquête sur les


scientique davantage sur l’être humain liens possibles entre
et social ou sur la société, tant sur l’intimidation à l’école
les enjeux actuels que sur et la progression des
les événements passés. réseaux sociaux
• Permet de répondre à des intéressera autant les
préoccupations scientiques jeunes que leurs
(importance du sujet en parents et les cher-
sciences humaines) ou de cheurs en psychologie,
combler des lacunes sur le en sociologie ou dans
plan scientique. le domaine de
l’éducation.
• Permet de répondre à des
préoccupations sociales
(intérêt médiatique, résolution
d’un problème connu, etc.).

Faisabilité • Assure votre engagement Une étude portant sur


de la recherche dans un projet de recherche une population
dans un cours réaliste, que vos coéquipiers présente dans les
d’initiation et vous pourrez réaliser sur murs de votre institu-
à la recherche une session. tion est généralement
en sciences • Permet que votre recherche réalisable dans un
humaines s’appuie sur de la documen- délai raisonnable. Vous
tation, même minimale, êtes déjà au collégial,
qu’elle soit réalisable par pourquoi ne pas
un chercheur en herbe et étudier les membres
que le terrain de recherche de cette communauté !
soit accessible.

Concision • Permet de rester près de vos Un sujet comme les


préoccupations et de vos habitudes de vie des
intérêts. cégépiens est assez
• Réduit l’ampleur des vaste pour étudier
démarches (état de la ques- plusieurs phénomènes
tion, caractéristiques de la et assez précis pour ne
population, etc.) pas sombrer dans des
questions existentielles.

Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche et aborder la rédaction du rapport 27


Trousse de Les pièges à éviter lorsqu’on choisit
dépannage un sujet de recherche

La démesure ou les sujets trop larges


Il est suggéré de vous attarder à des sujets concrets, pouvant se rapporter à des problèmes clai-
rement dénis, à des événements particuliers ou à des enjeux précis. Vous devez donc vous
méer des sujets trop larges ou trop ambitieux touchant globalement une multitude d’aspects.
Par exemple, un projet proposant une analyse de la pauvreté au Québec et de ses retombées
sociales de manière générale demanderait beaucoup trop de travail, et la complexité de l’analyse
pourrait vous sembler insurmontable. Or, l’idée centrale de la démarche est d’être capable de
réaliser l’ensemble du processus, et pas seulement d’efeurer un thème très large sous ses mul-
tiples facettes.
L’exotisme ou l’aventure sortant des sentiers battus
Il faut également vous méer des sujets trop spéciques, trop exotiques ou « à la mode » parce qu’on
en parle sur toutes les tribunes. Par exemple, une recherche concernant l’impact des magazines fémi-
nins sur la sexualité des adolescentes ne serait pas sans soulever quelques problèmes. Vous risqueriez
alors de buter contre une documentation difcile d’accès ou de faire face à certaines embûches
d’ordre éthique (voir le chapitre 1). En outre, tous les sujets ne peuvent donner lieu à une recherche
pratique en sciences humaines parce qu’il se pourrait que le sujet retenu s’avère peu aisé à mener,
peu concret ou trop théorique, et qu’il soit par conséquent difcile à réaliser dans un cours d’initiation
pratique à la méthodologie en sciences humaines (IPMSH).
La proximité ou le récit de son histoire personnelle
Enn, mieux vaut éviter de se laisser séduire par un thème trop proche de vos expériences de vie,
car la distance représente encore une des meilleures stratégies pour réaliser un travail objectif et
rigoureux. Par exemple, il serait maladroit de faire une recherche portant sur les causes et les
conséquences du divorce dans la famille si un membre de votre équipe traverse lui-même cette
épreuve. Un engagement émotif trop grand soulève en effet la question de l’objectivité. Aussi, si
vous craignez de ne pouvoir traiter avec un esprit scientique un sujet qui touche des cordes sen -
sibles, écartez-le.

EXERCICE
2.1 Vous êtes auxiliaire dans un centre d’aide en sciences humaines.
Un enseignant vous demande d’aider les étudiants à choisir un sujet
qui respecte les trois caractéristiques énoncées plus haut, soit l’intérêt,
la faisabilité et la concision. Évaluez les sujets soumis par les étudiants
et dites pourquoi ils ne peuvent être utilisés pour le cours.
1. L’hypersexualisation chez les jeunes lles du primaire
2. La mobilisation étudiante
3. L’alcoolisme chez les cégépiens
4. La vie après une rupture
5. La zoothérapie

28 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


2.2 Les techniques qui aident à choisir
un sujet de recherche
Maintenant que vous connaissez les principales caractéristiques d’un bon
sujet de recherche, il vous reste à trouver celui sur lequel portera la vôtre.
Les techniques proposées ici vous aideront à choisir, en équipe, un sujet
de recherche qui obtiendra l’adhésion de tous. Vous pouvez procéder à
l’inventaire de vos champs d’intérêt, consacrer du temps à faire des lec-
tures exploratoires, revoir les cours que vous avez suivis dans votre pro-
gramme ou procéder au classique remue-méninges. Loin d’être anodins,
ces conseils vous guideront vers un choix judicieux. De plus, vous pourrez
avoir recours à l’une ou l’autre de ces stratégies ou, mieux encore, en uti-
liser plus d’une.

2.2.1 L’inventaire de ses champs d’intérêt


Avant même de vous réunir avec vos coéquipiers, vous devez vous demander
ce qui est de nature à maintenir votre motivation au travail jusqu’à la n de
la session. Comme il en a été question précédemment, l’intérêt que vous
portez à un sujet constitue un facteur important pour guider votre choix.
Sans vous limiter à ce que vous connaissez déjà, vous devez donc relever les
domaines ou les questionnements généraux qui suscitent votre intérêt et évi-
ter ceux qui vous ennuient profondément, même si votre enseignant vous a
au préalable soumis une liste de sujets. Dans ce cas, vous devez également
tenter de trouver non pas le sujet qui est susceptible de plaire davantage à
votre enseignant, mais celui qui vous motive réellement.
Évidemment, comme il s’agit sans doute de votre première recherche en
sciences humaines, vous pourrez vous inspirer de vos lectures personnelles,
de votre style de vie, de vos valeurs, de vos interrogations, etc. Faites une
liste de thèmes et de questions possibles, puis soumettez-la à vos coéquipiers.
Vous vous découvrirez ainsi rapidement des points communs.

2.2.2 Les lectures exploratoires


Votre enseignant n’insistera jamais assez sur l’importance de la lecture, que
ce soit pour vous familiariser avec votre sujet de recherche ou pour confron-
ter vos résultats avec ceux qui ont été obtenus par le passé. Il vous est donc
suggéré de lire des revues, des articles et de consulter des sites à caractère
scientique. Quoi qu’on en dise, apprendre à faire des lms n’est pas naturel.
Il faut en avoir visionné un bon nombre pour être à même d’en produire un.
De la même manière, la lecture d’études scientiques vous permettra de faire
vos gammes, d’intégrer l’esprit scientique et sa forme de communication.
Dans le même ordre d’idées, l’actualité journalistique vous permettra de
déterminer l’intérêt social des sujets de recherche possibles et d’évaluer leur
portée scientique. Le tableau 2.2 (voir page suivante) présente quelques
exemples de revues, de périodiques, d’émissions et de sites en français.

Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche et aborder la rédaction du rapport 29


Tableau 2.2 Quelques revues, périodiques, émissions et sites en français

Magazines et
Revues scientiques Émissions Sites
autres revues

• L’Actualité économique • Québec Science • Découverte • Statistiques Canada


• Géocarrefour • Sciences humaines • Le code Chastenay • Ministère de l’Éduca-
• Politique et Sociétés • Découvrir tion, du Loisir et
• Recherches sociographiques • Historia du Sport
• Revue québécoise de psychologie • Institut de la
• Revue des sciences de l’éducation statistique du
• Revue québécoise de science Québec
politique

TIC pratique Trouver de l’information en ligne

Il existe plusieurs manières de suivre l’actualité sur un


sujet spécique ou de chercher de l’information
scientique en ligne (Twitter, les ux des principaux
quotidiens et revues, l’abonnement à des infolettres
sur les sites de sociétés comme Statistique Canada,
etc.).
Dans le cadre de ce cours, nous vous suggérons plu-
tôt l’utilisation d’une plateforme de recherche comme
Eurekâ (www.eureka.cc). Cette plateforme permet en
quelques clics de constituer un dossier de presse sur
un sujet et de le partager avec ses coéquipiers. Vous La bibliothèque de votre cégep est une mine
pouvez ainsi aisément évaluer l’ampleur médiatique d’or pour trouver des ressources documentaires
d’un sujet. Nous verrons au chapitre 3 le fonctionne- qui vous seront utiles tout au long de votre
ment de cette plateforme. travail de recherche.

2.2.3 Les cours suivis dans le programme


Puisque vous avez déjà suivi quelques cours disciplinaires en sciences
humaines, on vous a déjà certainement proposé des lectures, des contenus
ou des exemples de nature à vous inspirer. Cette stratégie est très efcace,
surtout si votre enseignant a déterminé les disciplines auxquelles vous pou-
vez recourir dans le cadre de votre recherche. Et puisque vos cours sont
généralement construits à partir de différentes recherches scientiques déjà
validées, vous disposez d’une série de questions, de formulations, de modèles
et surtout de références crédibles pour vous guider. Enn, cette technique a
Différentes disciplines
également un pouvoir rassembleur, car les membres de votre équipe auront
des sciences humaines
eux aussi suivi plusieurs de ces cours.
Le tableau 2.3 donne des exemples de sujets de recherche vus selon un
regard disciplinaire précis et qui sont à la portée des étudiants initiés aux
méthodes de recherche en sciences humaines.

30 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Tableau 2.3 Des exemples de sujets de recherche par discipline

Discipline Sujets de recherche possibles

Anthropologie • Les stratégies vestimentaires dans le développement


identitaire des jeunes issus de la culture « skate »
lavalloise.
• Les rites initiatiques chez les jeunes joueurs de hockey
Bantam.

Géographie • La présence du tourisme de masse à Gaspé et ses


répercussions environnementales.
• La cartographie de la pauvreté dans la région
métropolitaine de Sherbrooke.

Histoire • Les conditions de travail des débardeurs de l’Iron Ore


à Sept-Îles en 1980.
• Les facteurs qui ont contribué à la grève étudiante
de 2012 chez les cégépiens.

Psychologie • La pratique du volley-ball au collégial et l’estime de soi.


• Les comportements non verbaux d’agression dans
les émissions de télé-réalité.

Sciences • Les facteurs de succès d’une entreprise culturelle


administratives dans la région de Chaudière-Appalaches.
• L’inuence de l’image de marque des compagnies
de téléphonie cellulaire sur le comportement d’achat
de la clientèle étudiante.

Science • La détermination de l’achat biologique en alimentation


économique en fonction des coûts et du niveau de scolarité.
• Les coûts économiques du décrochage scolaire pour
un jeune homme.

Science politique • Les nouvelles formes de l’engagement politique


des jeunes.
• Les propositions électorales en matière d’environnement
des partis politiques du Québec.

Sociologie • Le phénomène des jeunes lles de la rue à la Maison


des jeunes du quartier Saint-Jean-Baptiste.
• Les facteurs sociologiques liés à la décroissance
démographique de Shawinigan.

En usant d’un peu de créativité et en s’inspirant de ses lectures exploratoires, il


est aussi possible d’exploiter ces mêmes sujets d’un point de vue multidiscipli-
naire. Le tableau 2.4, à la page suivante, montre comment une même thématique,
soit l’immigration, peut être envisagée sous différents regards disciplinaires.

Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche et aborder la rédaction du rapport 31


Tableau 2.4 L’immigration : un même sujet de recherche, différents regards

Discipline Visée Perspectives sur l’immigration

Anthropologie Décrire Décrire le choc culturel vécu par les immigrants.

Géographie Explorer Présenter la conguration des quartiers d’une agglomération an


d’illustrer la présence de ghettos ethniques.

Histoire Comprendre Analyser l’impact des vagues d’immigration au XIXe siècle sur la crois-
sance des commissions scolaires francophones et anglophones dans
la grande région de Montréal.

Psychologie Expliquer Dégager l’impact des étapes d’intégration à la société d’accueil sur
l’estime de soi d’un nouvel immigrant.

Sciences administratives Explorer Analyser les politiques d’embauche des petites et moyennes entreprises
(PME) à l’égard des travailleurs immigrants.

Science économique Expliquer Expliquer l’importance des motivations économiques des immigrants
de première génération.

Science politique Décrire Présenter l’objectif d’une politique gouvernementale canadienne


visant l’intégration des immigrants latino-américains dans une ville
située en région.

Sociologie Intervenir Faire la distinction entre la culture d’origine et les valeurs des immigrants
et celles de la société d’accueil, en proposant une intervention spécique
dans une communauté donnée.

2.2.4 Le remue-méninges
D’une part, la stratégie du remue-méninges est nécessaire au bon fonction-
nement de l’équipe de travail, car c’est à cette étape que chacun peut révéler
aux autres ses champs d’intérêt et ses idées de sujets de recherche. La tech-
nique est simple et doit être limitée dans le temps. On propose aux membres
de l’équipe de mener une courte réexion de manière individuelle, puis de
partager à tour de rôle ses idées avec l’ensemble du groupe. L’échange
amorcé, une foule d’autres idées apparaissent généralement, idées qu’il faut
impérativement exprimer, en évitant dans la mesure du possible toute forme
d’autocensure. On met n au brassage d’idées lorsqu’une trouvaille satisfai-
sante et consensuelle émerge ou que l’imagination vient à faire défaut.
D’autre part, le remue-méninges a le mérite d’amener tous les équipiers à
montrer leurs vraies couleurs et de faire ressortir les ressources que possède
l’équipe. Ainsi, par le consensus et à travers les désaccords, les équipiers
en arrivent à dégager les pistes d’analyse possibles d’un sujet de recherche.
Par ailleurs, les équipiers qui ont déjà des connaissances sur le sujet retenu
pourront alors les livrer aux autres. Enn, il se peut aussi que des membres
de l’équipe connaissent des personnes-ressources capables d’aider le groupe

32 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


dans son travail de recherche à venir. N’hésitez pas à utiliser l’ensemble des
ressources électroniques disponibles en furetant en laboratoire informatique,
sur vos ordinateurs portatifs ou sur vos tablettes. À cet effet, la recherche des
Grille d’évaluation de la pertinence
tendances sur les réseaux sociaux ou groupes de discussion, ou la lecture de
d’un sujet de recherche
grands quotidiens internationaux vous permettront de bien nourrir votre
remue-méninges et de l’inscrire dans l’actualité et la pertinence sociale.

Trousse de
dépannage Guide récapitulatif

An de mieux sélectionner votre sujet de recherche, ne manquez pas de lire le tableau suivant, qui permet de saisir cer-
taines considérations : le désir collectif de travailler sur un sujet donné, l’angle disciplinaire favorisé par les membres de
l’équipe, la méthode que vous pourriez tenter de favoriser, la population de votre recherche, les notions et concepts asso-
ciés à l’élaboration du sujet que vous proposez, les méthodes et les outils pertinents pour mener à terme votre projet et
le titre qui présenterait bien votre rapport de recherche.

Idées de sujets envisageables pour des cégépiens

Méthode ou
Intérêt Discipline(s) Population Visée Notions Titre du rapport
technique

Amour Psychologie Des jeunes Décrire Attente, Sondage « Les perceptions


couples norme, rôle, sexuées des
stéréotype, relations amou-
valeurs reuses chez les
conjoints de fait »

Argent Science Jeunes Explorer Connaissance, Sondage « Portrait de la


économique, cégépiens culture, littératie nancière
administration éducation, des jeunes
idéologie, cégépiens
valeurs en 2015 »

Croyances Histoire, Ex-religieuses Compren- Culture, Récit de vie « Le rôle des


sociologie, retraitées dre modernisation, croyances dans
psychologie d’une norme, la vie de la
congrégation pratique Congrégation
à proximité culturelle, des sœurs du
du cégep quotidien, Bon-Pasteur de
valeurs Québec »

Enfance Psychologie, Films de Décrire Code, culture, Analyse de « L’image de


sociologie, ction identité, contenu ou l’enfance dans le
anthropologie québécois norme, analyse cinéma québécois
des pratique lmique francophone des
10 dernières culturelle, dix dernières
années socialisation, années »
valeurs

Histoire Histoire Finissants du Décrire Histoire, Sondage « Le récit historique


nationale secondaire identité, du Québec pour
mémoire, les élèves de
nationalisme, 5e secondaire »
récit

Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche et aborder la rédaction du rapport 33


Trousse de
dépannage Guide récapitulatif (suite)

Méthode ou
Intérêt Discipline(s) Population Visée Notions Titre du rapport
technique

Environnement Science Jeunes Explorer Croyance, Sondage « La conception du


politique, universitaires idéologie, développement
géographie opinion, durable chez les
valeurs jeunes étudiants du
Collège Laèche »

Éducation Sociologie, Jeunes Décrire Classe Sondage « L’origine sociale


science étudiants en sociale, des étudiants en
politique sciences de inégalité sciences de la
la nature sociale, statut nature du Cégep
social de Thetford »

Estime de soi Psychologie, Élèves d’une Intervenir Attente, Entrevue « L’estime de soi
sociologie école identité, chez les élèves
secondaire norme, valeurs raccrocheurs de
de l’école secondaire
raccrocheurs Le Tournant à
Dolbeau-
Mistassini »

Musique Psychologie Jeunes Expliquer Attention, Expérimen- « Les effets de la


concentration, tation musique de type
culture, norme, speed metal sur
attention la concentration
des jeunes »

Nouvelles Anthropologie, Otakus Explorer Cérémonie, Observation « Exploration d’un


formes sociologie (participants interactions rassemblement
culturelles à un jeu de sociales, rites, d’Otakus au
ou cultures personnalisa- sentiment centre-ville de
émergentes tion) d’apparte- Québec »
nance,
socialisation,
sous-culture

Dynamique Géographie, Population de Décrire Cartographie, Sondage « Portrait sociodé-


socioécono- sociologie l’arrondisse- classe sociale, mographique de la
mique d’un ment communauté, rue du Dépôt dans
quartier Mont-Bellevue démographie, l’arrondissement
à Sherbrooke inégalité Mont-Bellevue de
sociale, Sherbrooke »
pauvreté

Valeurs Sociologie, Participants à Explorer Attente, Observation « La séduction lors


psychologie une soirée de identité, d’une soirée de
speed dating idéologie, rôle speed dating à
social, Gatineau »
stéréotype,
valeurs

34 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


EXERCICE
2.2 Parmi les sujets de recherche énoncés ci-dessous, expliquez rapidement
pourquoi ils sont réalistes, peu réalistes ou pas du tout réalistes.
1. Le bonheur des jeunes et leur conception du mariage dans le contexte
de la postmodernité.
2. Enquête sur le sentiment d’appartenance que les jeunes du cégep
de Shawinigan éprouvent envers leur groupe religieux.
3. Le chômage au Québec dans le contexte de la mondialisation du marché
des jeux vidéo.
4. La perception de la mort en fonction de l’âge et des croyances.
5. La perception des peurs du racisme en Estrie chez les agronomes.
6. Le rôle de la francisation dans le sentiment d’appartenance
des immigrants.

2.3 Le travail en équipe


Rappelez-vous que si on vous demande de former une équipe, c’est avant tout
pour vous permettre de réaliser un travail d’envergure qu’il serait générale-
ment impossible de réaliser seul en si peu de temps. Comme lors de la confec-
tion d’un long-métrage, mener une recherche en sciences humaines est une
tâche éminemment collective. L’intérêt du travail en équipe est de vous per-
mettre d’accomplir ensemble plus que la somme du travail de chacun d’entre
vous. A priori, lorsqu’on travaille en équipe, on partage les mêmes objectifs
que nos coéquipiers, on met à prot des ressources complémentaires et on
augmente nos compétences. Autrement dit, les membres d’une équipe doivent
arrimer ensemble des forces diversiées et chercher à pallier les faiblesses de
chacun. C’est une affaire de coordination des actions des équipiers.
Vous avez certainement déjà réalisé plusieurs projets collectifs au secon-
daire ou au collégial ; en outre, vos premières expériences sur le marché du
travail vous ont probablement démontré à quel point la collaboration entre
collègues est protable et souvent même incontournable. De plus en plus, Grille de planication d’un travail
de recherche
les employeurs recherchent des gens capables de travailler en équipe. Il est
donc utile d’élaborer dès maintenant de bonnes stratégies pour pouvoir tirer Liste de points à examiner au
prot du travail de groupe. Consultez l’ouvrage Pour réussir1, de Bernard cours des premières rencontres
Dionne, qui propose un chapitre entier sur le travail en équipe.
Pour résumer, voici les règles d’or d’une collaboration efcace. Elles
permettent de maintenir un climat agréable au sein d’une équipe de travail :
• Être présent à tous les cours et à toutes les rencontres.
• Participer activement aux rencontres.
• Se conformer aux échéances.
• Respecter le point de vue des autres.

1. Bernard DIONNE, Pour réussir. Guide méthodologique pour les études et la recherche,
6e édition, Montréal, Chenelière Éducation, 2013, 288 p.

Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche et aborder la rédaction du rapport 35


• Convenir d’un contrat d’équipe qui inclut les tâches respectives de chacun.
• Partager l’information recueillie.
• Répondre avec diligence à ses courriels.
• Donner suite à ses messages téléphoniques.
• Fournir les efforts nécessaires à la réussite collective.

TIC pratique La technologie : un équipier important

Vous échangez sans doute déjà quantité de courriels et de messages texte. Néanmoins, vous n’avez
peut-être pas encore expérimenté ces possibilités technologiques dans le cadre d’un travail en équipe
ou dans vos propres travaux. Voici donc quelques suggestions.
Les interfaces de partage de l’information
Des logiciels simples vous permettent désormais de créer, à l’aide de modèles, des blogues où vous
pouvez rassembler de l’information et la renouveler constamment. Ces blogues sont capables de
recevoir les commentaires de tous les équipiers. Dans le même ordre d’idées, vous pouvez aussi
démarrer un forum de discussion sur votre sujet de recherche. Il vous sera alors loisible de réserver ce
forum aux membres de l’équipe ou de le rendre accessible à une communauté plus large. Que vous
optiez pour un blogue ou pour un forum de discussion, vous constaterez qu’une participation régulière
augmente nettement l’efcacité de la collaboration. Ainsi, si les membres de l’équipe habitent à plu-
sieurs kilomètres du cégep ou si les horaires de chacun laissent peu de place aux rencontres, vous
pourrez quand même mener votre travail tous ensemble grâce à ces outils. Vous pourriez également
utiliser Moodle, qui permet de créer des forums de discussion.
Facebook, un dèle compagnon pour structurer vos échanges
À l’ère du web 2.0, l’importance relative du temps dédié à la présence sur les réseaux sociaux des étu-
diants n’est plus à démontrer. En effet, si les utilisateurs sont sur Facebook en moyenne 17 minutes par
jour1, l’usage des médias sociaux chez les jeunes internautes de 18 à 24 ans est devenu la norme, en fait
selon un sondage 100 % des internautes de ce groupe d’âge « réalisent au moins une activité sur les
réseaux sociaux2 ». Il est par conséquent intéressant de penser à utiliser spéciquement les réseaux sociaux
comme lieu d’organisation virtuel de votre recherche. Par exemple, simplement en créant un groupe fermé
pour les seuls membres de votre équipe, vous pourriez déjà faire le cumul et un premier tri des informations
tirées de l’actualité concernant votre rapport de recherche. Vous pourriez également diffuser les articles
scientiques repérés en ligne et les commenter, ou du moins en discuter en collectif, et ainsi redistribuer
les tâches spéciques à accomplir en vue de la rédaction de certaines étapes de la recherche. Rappelez-
vous que joindre le plaisir au travail peut être une double tentation d’efcacité et de dispersion…
Les commentaires et le suivi des modications
Si chaque membre de l’équipe doit lire et commenter la partie de la recherche rédigée par un autre, il
ne sera pas toujours facile de gérer un aussi grand nombre de commentaires. An d’optimiser le par-
tage de l’information et la réception de nombreux commentaires, vous avez tout intérêt à laisser une
trace des modications (les de traitement de texte Word 2013 permettent de savoir qui et quand des
changements à un document ont été apportés en utilisant la fonction « Suivi des modications »). De
cette manière, tous vos coéquipiers pourront inscrire leurs commentaires à des endroits précis du
texte. Vous avez évidemment la possibilité d’effacer ces commentaires très aisément. Cette fonction
simplie sans contredit les corrections à apporter et les inévitables relectures. De plus, tout le monde
aura l’impression d’avoir mis la main à la pâte, et ce, dans la plus grande transparence.

36 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


TIC pratique La technologie : un équipier important (suite)

Le travail collaboratif à distance


Il peut être judicieux de travailler ensemble, quoique pas nécessairement dans un même lieu au même
moment. Dans ce cas, vous pouvez utiliser Google Drive ou Drop Box, qui permettent à plus d’une per-
sonne de travailler sur un même document tout en étant physiquement éloignés. Cette façon de fonc-
tionner a entre autres avantages le fait que tous voient les modications effectuées par les autres ; il est
ensuite possible de revenir à une version antérieure au besoin. Par ailleurs, vous pouvez clavarder dans
Google Drive en même temps que vous travaillez, ce qui améliore la communication au sein de l’équipe.

1. Chris WILSON, « How much time have you wasted on Facebook ? », Time, (27 janvier 2014), [En
ligne], http://time.com/6107/how-much-time-have-you-wasted-on-facebook (Page consultée le 2 février
2015)
2. CEFRIO, « Les médias sociaux, au cœur du quotidien des Québécois », (juin 2014), [En ligne],
www.cefrio.qc.ca/netendances/medias-sociaux-coeur-quebecois (Page consultée le 2 février 2015)

2.4 La diffusion des résultats d’une


recherche en sciences humaines
Bien que nous ayons parfois en tête l’image du chercheur seul dans son labora-
toire, son travail se fait souvent en collaboration. En ce sens, le scientique a le
devoir de communiquer les étapes de ses travaux. Il publie et communique ses Présentation orale de la recherche
résultats avec l’ensemble de la communauté scientique, mais aussi avec le
public en général. Cette étape, essentielle pour assurer la validité des connais- Diffusion de la recherche par
sances, s’appelle la diffusion des résultats. C’est en effet en diffusant ses résultats conférence et article scientique
et sa méthodologie que le chercheur permet à ses pairs d’évaluer son travail.
La diffusion publique des résultats d’une recherche peut prendre plusieurs
formes : les colloques scientiques, les congrès scientiques, les conférences
universitaires de toutes envergures (de l’international aux interventions
plus locales), les articles scientiques et les rapports de recherche. Dans le
contexte d’un cours d’IPMSH, la diffusion des résultats peut se faire par
l’entremise d’une page web (créée sur Moodle, par exemple), sur le portail Article scientique
du cégep, dans les journaux locaux ou par l’impression d’une revue produite Article synthétique individuel ou
par les étudiants du programme de sciences humaines. collectif qui présente les nouveaux
résultats d’une recherche de
L’article scientique est une forme de publication scientique parmi manière condensée sur une
d’autres. Il permet une large diffusion des résultats d’une recherche, mais vingtaine de pages. Sa publication
aussi de la méthode utilisée. L’article témoigne du travail rigoureux du cher- périodique se fait dans une revue
cheur. Ce dernier met alors à la disposition de la communauté scientique scientique, souvent sous la
le fruit de ses travaux. direction d’un grand éditeur, ou elle
est rattachée à une institution
Au collégial, la diffusion d’une recherche permet à l’enseignant (mais universitaire et régie par un comité
aussi aux camarades) de s’informer, d’évaluer, de comparer et de critiquer scientique ou contrôlée par des
le travail accompli pendant la session. C’est également de cette façon que pairs disciplinaires.
travaillent les chercheurs en sciences humaines.

Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche et aborder la rédaction du rapport 37


2.5 La structure d’un rapport de recherche
Tout chercheur doit, à un moment donné, présenter par écrit l’ensemble de
son travail, an de communiquer à d’autres personnes le fruit de ses efforts.
Cette diffusion des résultats peut en effet permettre à d’autres chercheurs de
poursuivre le questionnement scientique et contribuer ainsi à l’avancée des
connaissances. Par la suite, le chercheur devra aussi diffuser oralement ses
Composantes d’un rapport
de recherche résultats de recherche, an de joindre un public plus large et de partager
avec la communauté scientique ses connaissances nouvellement acquises.
En n de parcours de votre propre recherche en sciences humaines, vous
aurez donc, vous aussi, à communiquer les résultats de vos recherches. Bien
que cette étape de la démarche scientique coïncide le plus souvent avec une
n de session, elle mérite toute votre attention, car elle représente l’abou-
tissement d’un long parcours. Votre enseignant est là pour vous donner
plusieurs précisions à cet effet, mais sachez que vous aurez généralement
à présenter vos résultats de recherche sous la forme d’un rapport écrit. Ce
rapport a pu faire l’objet de plusieurs remises (qui correspondent habituel-
lement aux étapes de la démarche scientique, tel qu’indiqué au chapitre 1,
en cour de session ou être remis intégralement à la n de celle-ci. Il se peut
aussi que vous ayez à en faire une présentation orale.
Le rapport nal contient la somme des avancées effectuées tout au long
de votre travail de recherche. Nous reviendrons plus en détail sur les prin-
cipales composantes du rapport nal, mais nous vous en présentons tout de
suite les incontournables.
En premier lieu est présentée la problématique, à savoir le problème de
recherche, qui comprend la visée de recherche, l’état de la question et l’ob-
jectif spécique ou l’hypothèse spécique de recherche. En outre, le rapport
doit faire état de la méthodologie employée, qui explique « la recette utili-
sée ainsi que les ingrédients ». C’est ici que sont décrits la ou les méthodes
d’investigation, le choix d’une population ainsi que de l’échantillon. Par la
suite, les données recueillies seront mises en forme, présentées et analysées.
En terminant, les résultats sont interprétés et des conclusions en sont tirées.
Avant de commencer à rédiger votre rapport de recherche, vous devez
avoir ses composantes bien en tête an de mettre au point un plan détaillé
qui vous permettra d’organiser vos propos. De façon générale, un rapport
de recherche, comme la plupart des publications, comporte les éléments sui-
vants : une page de titre, un résumé, des remerciements, des tables et des
listes de références (table des matières, liste des sigles et abréviations, liste
des tableaux et des gures), un texte principal divisé en plusieurs parties
(introduction, problématique, méthodologie, analyse des données et inter-
prétation des résultats et conclusion), une médiagraphie et des annexes.

2.5.1 La page de titre


La page de titre sert à présenter votre travail. Elle doit contenir certaines
informations essentielles comme le titre du rapport, les noms des équipiers,
du département ou du programme, de l’institution et la date. Les marges et

38 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


l’emplacement des informations doivent Un exemple de page de titre
suivre une organisation rigoureuse. La
rigueur scientique exige aussi d’éviter
les titres trop sensationnalistes, que l’on
réservera aux articles de vulgarisation
scientique. À la lecture du titre, le
lecteur doit être en mesure de saisir pré-
cisément et rapidement de quoi il est
question dans ce rapport. Par exemple,
an de présenter une recherche dont
l’objectif est de décrire les
comportements des enfants hyperactifs
dans une classe qui favorise l’apprentis-
sage par résolution de problèmes, un
titre approprié pourrait être « La
recension des comportements des
enfants hyperactifs dans un contexte
d’apprentissage par résolution de
problèmes ». Au contraire, un titre tel
que « Les hyperactifs peuvent aussi
résoudre des problèmes », même s’il
est plus accrocheur, omet une partie de
la visée de la recherche, soit la descrip-
tion des comportements. Ce titre est
également trompeur puisque le fait de
« résoudre des problèmes » n’est
pas synonyme d’« apprentissage par
résolution de problèmes ».

2.5.2 Le résumé
Le résumé a pour objectif de rendre brièvement compte du contenu de la
recherche. Ce texte doit comporter des références aux éléments suivants,
retraçant l’ensemble de la démarche scientique :

• une courte dénition du problème de recherche ;


• l’objectif spécique ou l’hypothèse spécique de recherche ;
• la méthode de recherche utilisée ;
• la population étudiée ;
• les principales conclusions de la recherche.

N’oubliez pas qu’un bon résumé se doit d’être bref (environ 200 mots),
clair et dèle aux propos tenus dans le rapport lui-même. Aussi, avant de
remettre votre rapport nal à votre enseignant, relisez bien votre résumé
an de vous assurer d’une bonne concordance entre les deux. Même si le
résumé se trouve au début du rapport, il n’est rédigé qu’une fois la rédaction
de celui-ci complétée.

Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche et aborder la rédaction du rapport 39


2.5.3 Les remerciements
Les remerciements constituent la dernière composante du rapport, avant le
texte principal. Vous devez en effet remercier les gens, les organismes et les
institutions qui ont contribué au bon déroulement de votre recherche. Com-
mencez par ceux qui ont été déterminants pour la poursuite de votre étude,
par exemple, les étudiants de votre collège qui ont répondu de bon gré à
votre sondage, ou la technicienne de la bibliothèque qui vous a guidé lors de
la recherche documentaire nécessaire à votre état de la question. Vous
pouvez également y inclure votre enseignant ainsi que les membres de
votre famille, ou les amis qui vous ont apporté leur soutien tout au long
de votre démarche. Toutefois, soyez plutôt bref, an de ne pas alourdir le
texte inutilement.

2.5.4 Les tables et les listes


Les tables et les listes permettent au lecteur de se repérer à l’intérieur du
rapport qu’il est en train de lire. Elles offrent des indices quant à la struc-
turation du contenu, aux conventions utilisées, de même qu’à l’emplace-
ment des données et des éléments visuels. Outre la table des matières,
vous devez produire une liste des sigles et des abréviations que vous avez
utilisés, ainsi qu’une liste des tableaux et des gures qui jalonnent votre
rapport. Il est généralement plus prudent de produire ces tables et ces
listes après avoir ni de rédiger le texte du rapport ou, à tout le moins,
de bien vérier leur concordance avant de remettre le rapport nal à
l’enseignant.

La table des matières


La table des matières est un outil de repérage très important. Elle présente
en effet en un coup d’œil toute la structure du rapport. Elle se doit donc de
comprendre tous les niveaux de titres, soit les titres principaux et les sous-
titres des composantes ou des parties. En plus de reéter l’ensemble du
contenu du rapport, elle doit indiquer les numéros de pages auxquels il faut
se référer. Vous ne pourrez donc naliser la table des matières qu’à la toute
n de votre travail de rédaction. Évidemment, plus les titres et les sous-
titres seront explicites, plus le lecteur pourra s’orienter rapidement dans
le rapport.

Les listes
Toujours dans l’esprit de faciliter le repérage de l’information pour votre
lecteur, les premières pages présenteront également, dans l’ordre alphabé-
tique, les listes de certains éléments tels que les sigles et les abréviations uti-
lisés ou encore les tableaux et les gures que vous avez inclus dans votre
rapport. Le tableau 2.5 présente des exemples de renseignements qui se
retrouvent dans ces listes.

40 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


TIC pratique Générer une table des matières dans Word

Les logiciels de traitement de texte tels que Word ont été conçus pour vous faire
épargner du temps et pour vous faciliter la tâche lorsque vous devez rédiger un
rapport. Ainsi, Word possède une fonction qui permet d’insérer automatiquement
une table des matières dans un document.
Vous devez cependant vous assurer, au fur et à mesure de la rédaction de votre
rapport, de bien établir tous les niveaux de titres. Cela se fait en sélectionnant un
titre et en indiquant, au moyen de la fonction « Style » de l’onglet « Accueil » de
Word, le niveau à appliquer à ce titre. Par exemple, pour un titre de composante,
vous choisissez un niveau de titre 1, pour un titre de partie, un niveau de titre 2, et
ainsi de suite. Lorsque vous avez terminé la rédaction d’une section du rapport,
vous devez ensuite délimiter la ou les pages qui font partie de cette section en
insérant un saut à la n de cette section pour bien la séparer de la suivante. Pour
ce faire, placez d’abord votre curseur à la n de la section où vous voulez insérer
ce saut, puis allez sous l’onglet « Mise en page », cliquez sur la fonction « Saut de
page » et choisissez l’option désirée sous la rubrique « Saut de section ».
La dernière étape consiste à créer et à insérer votre table des matières proprement
dite. Pour ce faire, vous devez aller sous l’onglet « Références » et cliquer sur la
fonction « Table des matières ». Vous n’aurez qu’à choisir le modèle qui convient
aux normes de présentation de votre collège. Pour mettre à jour cette table des
matières, vous devez ensuite double-cliquer sur celle-ci et une icône de mise à jour
apparaîtra. Il ne vous restera qu’à indiquer si vous désirez mettre à jour seulement
les numéros de pages ou la table des matières complète.

Tableau 2.5 Les renseignements contenus dans les listes

Contenu de la liste Exemples

Sigles et • PLC Parti libéral du Canada


acronymes • PIB Produit intérieur brut

Abréviations • Tél. Téléphone


• Ex. Exemple

Tableaux • Tableau 1.1 La répartition des participants selon leur


situation matrimoniale p. 7
• Tableau 1.2 La répartition des participants selon
la pratique religieuse p. 9

Figures • Figure 1.A La théorie de la guerre totale de Maurice


• Vaïsse et de Jean-Louis Dufour p. 14

Illustrations • Illustration 1.a La reproduction d’une afche


de propagande nazie p. 10

Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche et aborder la rédaction du rapport 41


2.5.5 Le texte principal d’un rapport de recherche
Le texte principal d’un rapport de recherche en est l’élément central ; il
reète en quelque sorte l’ensemble de votre démarche scientique. Il s’arti-
cule autour de diverses parties distinctes, soit l’introduction, la probléma-
tique, la méthodologie, l’analyse des données et l’interprétation des résultats
ainsi que la conclusion. Voici donc quelques conseils et suggestions pour
bien réaliser chacune de ces parties.

L’introduction
L’introduction s’organise selon une division précise : sujet amené, sujet posé
et sujet divisé. Il s’agit donc de la structurer en suivant les règles d’usage :
débuter de manière plutôt large puis rafner votre questionnement avant de
clore votre propos sur la question spécique de recherche qui sera dévelop-
pée dans le texte principal de votre rapport. Attention cependant : l’intro-
duction doit aussi inclure certains éléments de contenu car elle n’est pas
qu’une simple structure logique, mais bien un condensé organisé de votre
recherche qui présente la trajectoire du texte qui va suivre.
Le sujet amené En amorce de votre texte d’introduction, vous pouvez re-
prendre en partie l’introduction que vous avez produite lorsque vous avez
présenté votre problématique. Vous pouvez également utiliser un événement
ou un fait divers récent an d’illustrer votre propos de façon concrète. Par
exemple, si votre sujet de recherche porte sur les groupes de femmes sous le
régime de Duplessis, vous pourriez entreprendre votre introduction en rela-
tant un événement plutôt récent ayant fait l’objet d’une diffusion médiatique
sufsamment importante pour devenir un sujet de discussion potentiel. Dans
ce cas-ci, il pourrait s’agir du révisionnisme de certains historiens à l’égard
de cette période. De cette manière, vous avez de fortes chances de retenir
l’attention de votre lecteur. Enn, vous pouvez aussi inclure vos motivations
personnelles à vous pencher sur ce sujet plutôt que sur un autre. Veillez tou-
tefois à maintenir un juste équilibre entre la personnalisation, qui fera peut-
être en sorte que votre travail se démarque, et la neutralité, qui donnera à
votre introduction comme à votre rapport un ton scientique et rigoureux.

Le sujet posé Il s’agit ensuite d’exposer de façon claire et succincte votre


problème de recherche (voir le chapitre 3). Vous devez l’énoncer simple-
ment en démontrant les enjeux qu’il recèle et en présentant son importance
ainsi que son actualité pour la communauté scientique et pour la société
en général.

Le sujet divisé Pour clore votre introduction, vous devez énumérer les par-
ties du texte principal de manière à présenter ce qui va suivre. Pour ce faire,
il est préférable d’utiliser pour chacune de ces parties une phrase succincte,
mais représentative de son contenu.

La problématique
Cette partie doit être constituée des points qui vous seront présentés au cha-
pitre 3 : la question générale de recherche, le problème de recherche, l’ana-
lyse conceptuelle et l’objectif ou l’hypothèse spécique de recherche.

42 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Il n’est cependant pas rare de devoir réviser la problématique à la lumière
des résultats obtenus lors de l’analyse et de l’interprétation. Pour l’instant,
gardons en tête qu’une fois rédigée, la problématique n’est pas dénitive
même s’il s’agit du premier chapitre ! Il se peut que votre enseignant, en
prenant connaissance de votre interprétation des résultats, vous demande de
revoir certains éléments de la problématique. Le cas échéant, ne soyez pas
surpris et encore moins découragé !

La méthodologie
Cette partie doit faire état des choix méthodologiques que vous avez faits
pour réaliser votre collecte de données. Il vous faut donc discuter de trois
aspects en particulier : 1) le choix de la méthode de recherche utilisée, 2) le
choix de l’échantillonnage et 3) le déroulement de la collecte de données.
Dans un premier temps, il s’agira de justier le choix de votre méthode
de recherche en faisant des liens avec votre problématique, et notamment
avec votre objectif ou votre hypothèse spécique de recherche. Vous devez
en proter pour présenter votre outil de collecte de données en indiquant
comment il vous a permis de recueillir, au regard de votre problématique,
les données nécessaires à l’analyse et à l’interprétation. Vous devez ensuite
revenir sur la composition de votre échantillon ou de votre corpus, d’abord
en énonçant les caractéristiques de la population étudiée, puis en évoquant
votre méthode d’échantillonnage. Justiez toujours ce choix en faisant un
lien avec votre problématique et votre méthode de recherche. Enn, la der-
nière section de cette présentation de la méthodologie doit informer le lec-
teur quant au déroulement de la collecte de données proprement dite. C’est
pourquoi vous devez préciser les principaux lieux ou terrains de recherche,
les moments où celle-ci a été effectuée, de même que le temps consacré à la
collecte de données, le matériel utilisé et toute autre information sur le sujet
que vous jugerez pertinente.

L’analyse des données et l’interprétation des résultats


Cette partie du texte principal permet de mettre en valeur les résultats de
votre recherche. En ce qui concerne l’analyse des données, l’important ici
est de faire une présentation simple et synthétique de vos données ou de
vos analyses. En effet, celle-ci doit être comprise facilement par quelqu’un
qui ne connaît pas votre sujet de recherche aussi bien que vous. Dans un
premier temps, présentez clairement vos analyses sous forme de texte, de
tableau ou de gure (voir le chapitre 6). Évitez toutefois de rapporter un
même résultat sous plus d’une forme (par exemple, à la fois sous forme de
tableau et de gure). De plus, avant d’insérer un tableau ou une gure,
vous annoncez cet élément par une phrase de présentation ou par un ren-
voi. Par exemple, avant d’introduire la gure à la page suivante, vous
pourriez signaler que la gure 2.1 indique, sous forme de diagramme à
bandes verticales chevauchées, la répartition des participants selon leur
religion.
Dans un deuxième temps, vous devrez aussi présenter l’interprétation
des résultats. Comme il en sera question dans le chapitre 6, l’interpréta-
tion des résultats comporte quatre sections : 1) un regard critique, 2) une

Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche et aborder la rédaction du rapport 43


discussion des résultats, 3) la vérication de l’objectif spécique ou de l’hypo-
thèse spécique de recherche et 4) des pistes de réexion. À moins d’indica-
tions contraires de votre enseignant, vous devrez donc vous assurer ici de
couvrir tous ces éléments.

Figure 2.1 La répartition des participants selon la pratique religieuse


(en pourcentage)

Trousse de
dépannage L’importance d’une première lecture critique

Il est parfois difcile de prendre du recul par rapport à notre propre texte. A-t-on donné assez ou trop
de détails ? Le texte est-il clair ? Pour vous assurer que votre rapport de recherche est aussi limpide
que possible, il est fortement recommandé de le faire lire par quelqu’un qui ne connaît pas votre sujet
de recherche. Cette personne devrait en effet pouvoir, à la seule lecture du rapport, être en mesure de
comprendre ce qu’elle a sous les yeux. Si ce n’est pas le cas, prenez alors note de ses commentaires
pour retravailler le texte en conséquence.
Voici quelques questions que vous pouvez poser à la personne qui agit comme premier lecteur, pour
l’aider à faire une lecture active du texte :
• Quel est le sujet de la recherche ?
• Quels sont les principaux concepts de la recherche ?
• Quelle est la question spécique ?
• Quelle est la population ?
• Combien de participants, de sujets ou d’œuvres font partie de l’échantillon ou du corpus ?
• Quel instrument de mesure a été utilisé pour recueillir ces résultats ?
• Quelles sont les principales conclusions qui émergent de cette recherche ?

44 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


La conclusion
La conclusion doit reprendre très brièvement les conclusions générales tirées
de l’analyse des données et de l’interprétation des résultats, en particulier en
ce qui a trait à l’objectif spécique ou à l’hypothèse spécique de recherche.
Il s’agit ici, en quelque sorte, de porter un regard d’ensemble sur la
recherche et de dévoiler au lecteur les grandes lignes qu’il doit en retenir.
Vous devez, par ailleurs, vous assurer de la concordance entre, d’un côté,
ce qui a été annoncé dans l’introduction et synthétisé dans le résumé et,
de l’autre, ce qui est maintenant présenté dans la conclusion. Vous mettrez
ainsi en valeur la cohérence de l’ensemble de votre démarche scientique et
démontrerez de la rigueur dans l’organisation de vos propos.

2.5.6 La médiagraphie
La médiagraphie doit comporter l’ensemble des ressources documentaires
que vous avez utilisées pour votre travail. Elle a pour but de montrer les
assises théoriques de votre démarche scientique. En outre, tout lecteur
pourra s’en inspirer pour amorcer sa propre recherche.
La médiagraphie doit donc être complète et inclure tous les livres, articles
scientiques, articles de journaux, sites Internet et autres documents écrits
ou visuels que vous avez consultés. Vous devez toutefois en exclure les docu-
ments qui n’auront été consultés que brièvement et qui n’auront pas été
retenus pour la suite de vos travaux.
An de respecter les normes et les conventions associées à la présentation
des ressources documentaires, vous pouvez vous référer à des manuels en
méthodologie du travail intellectuel, ou encore consulter des sites universi-
taires comme InfoSphère. Toutefois, n’oubliez pas que votre enseignant doit
vous indiquer les normes méthodologiques en vigueur dans votre établisse-
ment et que ce sont ces normes qui s’appliquent. Enn, le personnel de votre
bibliothèque peut aussi vous aider à résoudre des problèmes particuliers liés
à la façon de citer une ressource précise.

2.5.7 Les annexes


Une annexe sert à présenter au lecteur le matériel qui a été utilisé pour la
recherche et dont on a parlé dans le texte principal du rapport. Elle n’inclut
cependant pas ce matériel intégralement, an d’éviter d’alourdir et d’allon-
ger inutilement le rapport. Il peut s’agir d’un exemplaire d’un instrument de
mesure (questionnaire, grille d’observation, etc.) ou de matériel utilisé pour
l’analyse, comme le verbatim d’une entrevue. N’hésitez pas à présenter en
annexe tout document que vous jugerez pertinent.
Comme nous venons de le voir, un rapport de recherche doit inclure un
Gabarit pour la présentation d’un
certain nombre de composantes et respecter certaines règles. Le tableau de la
rapport de recherche
page couverture intérieure résume les éléments clés associés à chacune de ces
composantes et parties d’un rapport.

Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche et aborder la rédaction du rapport 45


EXERCICES
2.3 Associez la section du rapport de recherche avec les éléments de contenu.

Section Contenu

1 Résumé a Énonce les différentes parties du travail et fait


référence à l’actualité.

2 Introduction b Contient l’objectif ou l’hypothèse de recherche.

3 Problématique c On y décrit l’échantillon utilisé.

4 Méthodologie d On retrouve l’intérêt de poursuivre le travail accompli.

5 Analyse et e Contient une synthèse du rapport. Ne devrait pas


interprétation comporter plus de 200 mots.

6 Conclusion f On y présente des données sous la forme


de tableaux, graphiques ou schémas.

2.4 Indiquez si ces énoncés sont vrais ou faux.


1. La liste des illustrations est présentée à part de la table des matières.
2. Un rapport de recherche contient au moins trois sections (probléma-
tique, méthodologie et analyse des résultats).
3. La médiagraphie doit inclure tous les documents consultés.
4. Il n’y a qu’une façon de présenter la médiagraphie.
5. La page de titre doit contenir le nom de l’institution ou de l’organisme
qui chapeaute la recherche.

LE RAPPORT SOUS LA LOUPE

Les références
Nous avons vu dans le premier chapitre de ce manuel que la connaissance scienti-
que se construit sur des connaissances antérieures. Les chercheurs s’inspirent donc
des concepts, des théories et des résultats de recherche des autres scientiques pour
rafner le savoir. Par souci d’éthique, mais aussi par rigueur, votre rapport de recherche
doit faire une place considérable au travail des autres chercheurs. Vous devez les
mentionner dans votre rapport, c’est ce que l’on appelle « citer ses sources ».
An que votre rapport ne soit pas qu’un amalgame d’extraits ou, pire, qu’il soit
considéré comme un plagiat, voici quelques repères pour la rédaction. Première-
ment, lorsque vous utilisez un passage d’un texte d’auteur, même si vous en
reformulez le propos, assurez-vous de mentionner cet auteur. L’extrait 2.1 illustre
différentes formulations pour reprendre l’idée d’un auteur.
Deuxièmement, lorsque vous ne pouvez pas reformuler un texte ou que vous
désirez utiliser intégralement les mots de l’auteur, l’utilisation des « guillemets »
est essentielle. Ceux-ci sont tout de suite suivis d’une note (style traditionnel) ou
du nom de l’auteur, de l’année de publication et de la page (style APA pour
American Psychological Association).

46 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Résumé
7 Le choix d’un sujet de recherche réaliste, passionnant et rassembleur
exige, en plus des lectures exploratoires, de faire l’inventaire de vos
champs d’intérêt et des cours en sciences humaines que vous avez déjà
suivis.
7 Par une séance de remue-méninges, vous serez en mesure d’amorcer votre
travail sur un bon pied par une coopération efcace entre équipiers, ce
qui est nécessaire au bon déroulement de votre recherche.
7 Une fois votre sujet déni, vous serez prêt à élaborer votre problématique.
7 La production d’un rapport scientique est liée à la compétence de ce
cours. Vous devez donc veiller à ce que le rapport contienne les différentes
composantes que l’on y retrouve généralement (page de titre, résumé,
listes et table des matières, introduction, problématique, méthodologie,
analyse des données et interprétation des résultats, conclusion, médiagra-
phie et annexes).

Chapitre 2 Choisir et dénir son sujet de recherche et aborder la rédaction du rapport 47


Chapitre 3
Élaborer sa problématique

Objectifs Plan du chapitre


d’apprentissage 3.1 Qu’est-ce qu’une problématique
de recherche ? .......................................................... 50
• Effectuer une recherche
documentaire à l’aide des 3.2 La recherche documentaire ....................................... 51
différents outils de recherche. Trousse de dépannage Distinguer les dictionnaires
• Réaliser et rédiger chacune usuels des dictionnaires spécialisés.......................... 53
des étapes faisant partie Trousse de dépannage Discerner la valeur scientique
de la problématique. des sites Internet ...................................................... 55
• Circonscrire votre problème TIC pratique Consulter les thésaurus ................................ 57
de recherche. Trousse de dépannage Repérer la thèse d’un auteur.......... 60
• Choisir la visée de votre TIC pratique Créer une che informatisée......................... 62
recherche.
3.3 Du sujet de recherche à la visée de la recherche....... 64
• Formuler un objectif général
ou une hypothèse générale 3.4 La question générale de recherche............................ 66
de recherche. 3.5 Le problème de recherche ......................................... 66
• Reconnaître les concepts, 3.6 L’objectif général de recherche ou l’hypothèse
les dimensions et les indica­ générale de recherche ............................................... 73
teurs associés au problème 3.7 L’analyse conceptuelle............................................... 77
de recherche au moyen de
l’analyse conceptuelle. TIC pratique Utiliser CMAP Tools pour créer un schéma
conceptuel ................................................................ 80
• Élaborer un objectif spécique
ou une hypothèse spécique 3.8 La question spécique de recherche ......................... 81
de recherche en fonction de Le rapport sous la loupe La rédaction du texte
questions spéciques. de la problématique .................................................. 85
Résumé .............................................................................. 86
Introduction
Le choix d’un sujet de recherche adéquat et la formulation d’une ques-
tion générale de recherche vous ont donné une bonne base pour vous
lancer dans cette opération qu’est l’élaboration de la problématique de
recherche. Toutefois, la question générale formulée à partir de votre
sujet de recherche est encore trop vaste et trop peu précise, voire trop
abstraite, pour que vous puissiez véritablement passer à l’action et
entreprendre une collecte de données.
Il vous faut donc maintenant transformer votre sujet de recherche
en un problème opérationnel, observable et mesurable, organisé selon
des objectifs ou des hypothèses spéciques qui répondront à une visée
précise de la recherche. C’est l’élaboration de cette problématique
qui vous permettra de passer à l’action, de mettre véritablement en
branle votre démarche scientique et de mener une recherche qui vous
conduira par la suite à recueillir des données et à en faire l’analyse an
d’explorer, décrire, expliquer ou comprendre un phénomène humain
ou social ou pour, ultimement, intervenir. Au cours de ce travail de
réexion, vous pourrez appuyer vos efforts sur des recherches exis-
tantes. Il vous faudra toutefois rééchir à la façon de les mettre à prot
dans vos propres travaux. À l’aide de divers outils de recherche, vous
serez également appelé à exploiter et à relever adéquatement les res-
sources documentaires disponibles à la bibliothèque et sur Internet.
L’ensemble de cette démarche peut a priori sembler complexe. Il n’y
a rien de plus normal, puisque vous en êtes encore au tout début de
votre travail. Toutefois, cette étape est des plus importantes puisqu’elle
constitue les fondements de votre recherche. Telles les fondations d’une
maison, si l’ensemble de la démarche de la problématique elle est mal
réalisée, toute votre recherche s’en ressentira. Ce chapitre vise juste-
ment à vous donner des outils pour vous accompagner dans votre
réalisation.
3.1 Qu’est-ce qu’une problématique
de recherche ?
Lorsqu’un voyageur, novice ou expérimenté, planie un voyage, il sélec-
tionne d’abord un endroit qu’il souhaite visiter en fonction de ses goûts, de
ses expériences de voyages antérieures et à partir des connaissances géné-
rales qu’il a de quelques autres destinations. Il fera ensuite une recherche
documentaire an d’en connaître un peu plus sur les spécicités de l’endroit
choisi, sur les activités et itinéraires possibles, sur la géographie des lieux, sur
le matériel de voyage à se procurer et ainsi de suite.

Pour ce faire, il consultera des guides touristiques, des sites Internet of-
ciels, des récits de voyage publiés sur des blogues, des amis qui ont déjà
visité l’endroit pour ensuite être en mesure de planier son voyage dans les
moindres détails.

De manière similaire, la problématique de recherche sert en quelque


sorte à vous documenter puis à planier, organiser et structurer votre
recherche. Tout comme un voyage mal planié peut occasionner de mau-
vaises surprises, l’élaboration de votre problématique constitue une étape
cruciale pour que, une fois sur le terrain, votre recherche soit couronnée
de succès.

Puisque cette démarche intellectuelle est plus abstraite que les autres, la
composition de la problématique est souvent perçue comme une étape aride.
Communément présentée par son principe d’entonnoir, la problématique
vous oblige d’abord à identier, à classer, à consulter et à lire activement les
écrits scientiques qui ont été écrits sur votre sujet pour ensuite en résumer
les grandes lignes, en lien avec votre sujet de recherche.

Comme le montre la gure 3.1, il faut suivre un certain parcours pour


construire une problématique de recherche. La question générale de
recherche doit d’abord vous amener à formuler et à dénir votre problème
de recherche en prenant soin d’en souligner l’importance et la pertinence,
autrement dit la raison scientique ou sociale pour laquelle il vaut la peine
de s’y intéresser. C’est l’ensemble de ces premières démarches qui vous per-
mettra de spécier la visée de votre recherche.

Vous devrez ensuite cerner l’état de la question, c’est-à-dire l’étendue


des connaissances scientiques actuelles sur le sujet. Après avoir bien cir-
conscrit le problème, vous pourrez alors vous concentrer sur un objectif
général de recherche ou une hypothèse générale de recherche, ce qui vous
permettra de dénir l’angle sous lequel vous aborderez le travail à venir.

Une analyse conceptuelle vous sera par la suite fort utile pour dénir
des concepts, qui seront précisés par des dimensions et des indicateurs.
Cela vous permettra de générer des questions spéciques de recherche aux-
quelles sera nalement rattaché un objectif ou une hypothèse spécique
de recherche.

50 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Figure 3.1 La problématique de recherche

3.2 La recherche documentaire


Lorsque vous aurez choisi votre sujet et avant de rédiger votre probléma-
tique, vous devrez procéder à la recherche documentaire, c’est-à-dire prendre
connaissance des écrits existants an d’identier les concepts-clés et la pro-
blématique de votre recherche. En effet, comme vous avez sélectionné un
sujet de recherche qui vous intéresse, vous saisissez mieux l’importance et
l’ampleur de la problématique que vous devez construire. Pour ce faire, vous
devrez réaliser une recherche des écrits qui existent déjà sur votre sujet ou
sur des éléments qui pourront vous permettre de donner une orientation très
précise à votre recherche (votre objectif spécique de recherche, la visée de
votre recherche ou vos questions spéciques de recherche). Que ce soit pour
cerner votre problème de recherche ou pour dénir des concepts, un travail
en bibliothèque s’impose an de mettre la main sur des ressources documen-
taires qui étofferont les composantes de votre problématique. Bien sûr, la
consultation d’Internet peut également vous permettre de mettre la main sur
certains écrits pertinents, mais il est rare que les monographies se retrouvent

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 51


intégralement en ligne. L’une des tâches fondamentales du chercheur en
sciences humaines consiste, à partir de la question générale formulée au
départ, à dénicher la documentation pertinente concernant son sujet de
recherche an de prendre connaissance des études scientiques existantes.
Les différents types de ressources et nombreux outils de recherche vous vien-
dront en aide pour les dénicher, an que vous puissiez traiter et organiser
l’information au moyen de ches.

3.2.1 Les ressources documentaires


La recherche documentaire vous permet de mettre la main sur quatre
grandes catégories de documents : 1) les ouvrages généraux, 2) les articles
d’encyclopédie ou de dictionnaires spécialisés, 3) les études et les revues
spécialisées et 4) les ouvrages et les revues de vulgarisation scientique et les
autres ressources documentaires.

Les ouvrages généraux


Les ouvrages généraux se divisent en deux types : les manuels et les études
générales. Les manuels que vos enseignants vous ont suggérés dans le cadre
de leurs cours disciplinaires peuvent vous servir à contextualiser un
phénomène. Par exemple, votre manuel Individu et société, utilisé en socio-
logie, sera utile pour élaborer une dénition de la socialisation. Quant aux
études générales, aussi appelées « synthèses », elles tracent un portrait d’en-
semble du sujet et font état des recherches actuelles. Ces sources servent
généralement à établir les dimensions de la recherche documentaire.

Les articles d’encyclopédies ou de dictionnaires spécialisés


Les articles d’encyclopédies ou de dictionnaires spécialisés donnent un
aperçu des connaissances acquises sur un sujet donné. Il faut cependant
savoir repérer les dictionnaires usuels ou illustrés incomplets. Par exemple,
un article à propos de la révolution industrielle en Grande-Bretagne dans
une encyclopédie spécialisée en histoire ne pourrait pas servir de référence
dans une argumentation. En effet, ce genre d’article ne constituant qu’une
courte synthèse des connaissances sur le sujet, il ne pourra que vous aider à
dénir votre problème de recherche et les concepts retenus et à améliorer
votre liste de mots-clés, ce qui est déjà bien !
Enn, certains s’arrêtent spontanément sur Wikipédia, l’encyclopédie libre,
pour dénir leur problème de recherche. En plus d’être interdit par plusieurs
professeurs, il ne faut pas oublier que le partagiel Wikipédia n’est pas toujours
précis et comporte, à l’occasion, des informations erronées. En effet, puisque
les contenus sont fournis par des bénévoles qui ne sont pas nécessairement
spécialisés en la matière ou parce qu’un nombre insufsant d’auteurs ont docu-
menté et alimenté certains sujets, la qualité des contenus publiés sur Wikipédia
varie grandement. D’ailleurs, vous remarquerez que Wikipédia émet parfois
des mises en garde comme : « Cet article ne cite pas sufsamment ses sources »,
« Cet article est incomplet dans son développement ou dans l’expression des
concepts et des idées », ou « Cet article est une ébauche concernant le Québec ».
Bref, il vaut mieux s’appuyer sur des sources ables et rigoureuses.

52 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Un exemple tiré
de Wikipédia
indiquant que
l’article n’est
pas able.

Trousse de Distinguer les dictionnaires usuels


dépannage des dictionnaires spécialisés

Les dictionnaires usuels tels Le Petit Larousse, Le Petit Robert et Antidote sont trop généraux
pour vous permettre de dénir vos concepts, alors que les dictionnaires spécialisés tendent à proposer
des dénitions scientiques consensuelles, en plus d’indiquer les sources.
Voici quelques exemples de dictionnaires spécialisés qui font partie du catalogue de plusieurs
grandes bibliothèques :
• Dictionnaire de géopolitique
• Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques
• Dictionnaire des sciences économiques et sociales
• Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés
• Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie
• Dictionnaire des thérapies familiales
Aussi, de plus en plus de dictionnaires spécialisés se retrouvent intégralement sur Internet
ou sont accessibles avec des moteurs de recherche intégrés.

Les études et les revues spécialisées


Pour cerner l’un ou l’autre aspect de votre sujet d’étude ou trouver réponse Revue spécialisée
à vos interrogations de recherche, vous consulterez les études et les revues Publication qui fait état de
spécialisées. Cette catégorie comprend les monographies et les articles de recherches scientiques validées
revues à caractère scientique, qui vous renseignent sur certaines recherches par un comité scientique.
actuelles et permettent d’éclairer un angle précis d’un sujet donné. Les revues
spécialisées se distinguent des autres types de documents dans la mesure où
elles s’adressent principalement aux chercheurs d’un domaine spécique, en
vue d’apporter une perspective nouvelle sur un phénomène ou de l’enrichir.
En ce sens, la problématique devrait s’appuyer sur un maximum de ce type
de sources. Des revues spécialisées telles que Santé mentale au Québec ou
Liens vers les principaux
Criminologie bénécient de l’apport d’un comité de spécialistes du domaine dictionnaires spécialisés
disciplinaire en question, qui évalue la qualité des textes qui lui sont soumis

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 53


et sélectionne ceux qui sont les plus susceptibles
d’accroître les connaissances des pairs. Dans ce type
de revues, les auteurs citent systématiquement leurs
sources, soit les documents dont ils tirent les rensei-
gnements ayant servi à leurs recherches. De plus, les
auteurs expliquent leur méthodologie en détail. Plu-
sieurs de ces revues sont disponibles sur Internet.
Grâce à la lecture de ces documents, vous serez en
mesure d’émettre des constats à propos de recherches
actuelles et de cibler votre apport aux connaissances
déjà existantes. Ces études devront également être
réutilisées dans le cadre de votre interprétation, à
la n de votre recherche. Les arguments des auteurs
compléteront vos propos. Dans certains cas, ils
La Revue d’histoire de l’Amérique constitueront la base de votre analyse, soit lorsque vous vous intéressez à
française s’adresse à un lectorat l’interprétation même de ces auteurs (voir le chapitre 6).
d’historiens. Comme son nom
l’indique, elle traite de l’histoire
du Québec, du Canada et de Les ouvrages et les revues de vulgarisation scientique
l’Amérique française. Elle s’inté- Les ouvrages et les revues de vulgarisation scientique s’adressent au grand
resse aussi au développement
public, c’est-à-dire à l’ensemble de la population qui s’intéresse au sujet et
de la discipline, à l’évolution
qui n’est pas experte en la matière. Nul n’a donc besoin d’être érudit pour
des problématiques et aux
méthodes de recherche en comprendre le contenu, puisque les auteurs ont pour objectif de vulga-
historique. riser la matière en utilisant un vocabulaire simplié. Certains textes com-
prennent des références et, dans la plupart des cas, ils se présentent sous la
forme de synthèses d’un sujet donné. Cela signie par conséquent que les
renseignements fournis dans ces revues ne constituent pas des connaissances
nouvelles.
Les articles sont écrits par des chercheurs (par exemple, la revue L’Histoire)
ou par des journalistes (comme c’est le cas pour la revue L’actualité). Les
publications les plus sérieuses se démarquent par le fait que leurs auteurs véri-
ent leurs sources avant de publier un article, mais aussi par la présence d’un
niveau de langue soigné. Ces documents peuvent donc être consultés en début
de parcours, en tant que références, puisqu’ils contiennent des textes de qua-
lité. Ils peuvent parfois aider à dresser l’état de la question, mais ils ne doivent
en aucun cas en former la base, puisque les articles ne sont pas issus d’une
recherche scientique. À moins que votre enseignant émette un avis contraire,
il vaut donc mieux que vous limitiez l’utilisation de ce type de documents.

Les autres ressources documentaires


Il est enn possible de recourir à d’autres ressources documentaires comme
les sites Web spécialisés, les œuvres d’art, les œuvres littéraires, les documen-
taires, les lms, les sources historiques imprimées, les atlas. Généralement
peu utiles pour dénir une problématique, ces documents sont plutôt consul-
tés comme objets de recherche en soi.
Les autres ressources documentaires et les archives méritent d’être trai-
tées distinctement, puisqu’elles ne permettent généralement pas de trou-
ver des résultats de recherche exhaustifs et requièrent d’autres outils ou

54 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


techniques de repérage. Néanmoins, ils peuvent servir à illustrer ce qui
semble avoir rallié la communauté scientique. De plus, ces types de docu-
ments sont particulièrement utiles lorsque vous travaillez avec la méthode
de l’analyse de contenu (voir le chapitre 4).

Trousse de Discerner la valeur scientique


dépannage des sites Internet

Il est parfois difcile de discerner la valeur scientique de l’information issue d’un site Internet. Il
faut donc procéder à un certain nombre de vérications sur la crédibilité du site, l’auteur de l’infor-
mation, le contexte d’origine du site et le contenu lui-même. Contrairement à ce qu’on nous rap-
porte, il existe une hiérarchie de la crédibilité sur Internet et elle ne correspond pas toujours aux
entrées proposées par votre moteur de recherche. Assurez-vous d’employer les bons mots-clés pour
parvenir à de l’information able, car puisque l’on trouve de tout sur Internet, des mots-clés non
pertinents risquent de vous conduire vers de l’information douteuse. Dans tous les cas, corroborez
l’information avec au moins une autre source, que ce soit un site Internet ou un autre type
de document.
• Vériez la crédibilité du site. S’agit-il d’une université, d’un organisme international, d’une
organisation gouvernementale ou non gouvernementale, d’un enseignant ou d’un professionnel
du domaine concerné ? Si ce n’est pas le cas, demeurez vigilant quant à la abilité des informa-
tions publiées.
• Vériez la crédibilité et la notoriété de l’auteur. Faites une brève enquête sur l’auteur au moyen d’une
recherche sur Internet ou dans les répertoires professionnels. Il arrive que des individus se donnent
un titre sans détenir de formation dans le domaine. Il peut aussi s’agir de militants qui œuvrent pour
une cause bien spécique et qui n’ont pas ce qu’il faut pour documenter votre recherche.
• Vériez le contexte global de publication du site : où, quand et comment. Le contexte d’origine du
site vous permet de demeurer vigilant quant aux informations publiées. En effet, certains pays
censurent malheureusement les contenus publiés, ce qui peut biaiser l’intégrité de l’information
obtenue. Par ailleurs, si vous visitez un site Internet qui n’aurait pas été mis à jour depuis des
années, vous risquez de vous heurter à de l’information désuète. Le lieu et la date de publication
sont des éléments à repérer rapidement pour éviter une perte de temps.
• Vériez le contenu lui-même et sa nature en vous assurant d’abord que l’auteur cite bien ses
sources et ses références dans le corps de son analyse et qu’elles sont crédibles. Le principe de la
transparence permet de démontrer la rigueur dont fait preuve l’auteur. Vériez également la teneur
du site. Les blogues, par exemple, bien que certains soient écrits par des journalistes très crédibles
et publiés sur des sites rigoureux, fournissent très souvent des textes d’opinion. Les opinions et
les préjugés ne sont pas crédibles et pertinents dans la recherche scientique.

3.2.2 La recherche de ressources documentaires


Après avoir fait connaissance avec les différents types de ressources docu-
mentaires, vous devez maintenant les trouver. La bibliothèque de votre cégep
est une porte d’entrée qui vous donne accès à une multitude de documents,
certains disponibles sur place, d’autres en ligne. Pour accéder à ces trésors,
vous devrez faire appel à des outils de recherche documentaire qui seront
sondés au moyen de mots-clés.

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 55


Les mots-clés
Mot-clé Avant d’entreprendre une recherche en bibliothèque, il est essentiel de réé-
Expression qui sert au classement chir et de bien vous préparer, de manière à sélectionner efcacement les
et au repérage d’un document. documents qui vous seront réellement utiles. Vous devez donc d’abord vous
attarder aux mots-clés, qui vous serviront à interroger les outils de recherche
tels les catalogues des bibliothèques, et qui vous permettront de dénicher les
ouvrages ou les articles les plus pertinents. Cette étape apparemment très
simple peut devenir un véritable cul-de-sac si les mots-clés sélectionnés sont
erronés ou mal choisis.
Il existe plusieurs façons de faire un choix de mots-clés. Vous pouvez
notamment consulter des encyclopédies, des dictionnaires spécialisés ou des
revues spécialisées et noter les termes ou les concepts qui se rattachent à votre
sujet de recherche. Vous pourriez notamment relever les matières-vedettes
inscrites dans les catalogues de bibliothèque ou les bases de données. Par
exemple, pour connaître la perception des jeunes de 16-24 ans sur les chan-
gements climatiques, des cégépiens ont d’abord fait une revue de littérature
à partir de différents mots-clés : « changements climatiques », « dégradation
ressources naturelles », « déforestation », « pollution », « réchauffement pla-
nétaire », « gaz à effet de serre », « protocole Kyoto » et « développement
durable1 ». Ces mots-clés étaient particulièrement bien choisis puisque la
question des changements climatiques est abondamment documentée et leur
diversité a permis un tour d’horizon rapide.
Le choix des mots-clés susceptibles de vous aider à trouver de la docu-
mentation demande une bonne dose de réexion, puisque vous devez aussi
vous assurer de cibler tous les termes synonymes ou apparentés. Vous ne
devez en aucun cas vous décourager si une recherche vous semble infruc-
tueuse, car vous nirez certainement par trouver ce que vous cherchez. Une
bonne idée est de consulter quelques-uns des documents que vous avez
déjà trouvés grâce à vos premiers mots-clés an d’en trouver de nouveaux.
Une lecture rapide de la table des matières ou de la médiagraphie de ces
documents devrait en effet vous amener à repérer des termes qui pourront
enrichir votre liste initiale. Elle pourra également vous permettre de relever
Liens Internet vers les principaux
thésaurus
les termes susceptibles de se retrouver dans les glossaires pertinents à votre
recherche.

Les outils de recherche documentaire


La recherche en bibliothèque est incontournable dans le cadre d’une
démarche de recherche qui se veut rigoureuse. Or, pour bien utiliser les res-
sources d’une bibliothèque, il faut d’abord savoir bien utiliser les outils de
Outil de recherche recherche documentaire.
documentaire
Outil visant à repérer de la La recherche documentaire vous permet de trouver des ressources et
documentation et pouvant prendre des documents liés à votre sujet de recherche. Outre les traditionnels cata-
la forme d’une base de données, logues de bibliothèques, il existe d’autres outils de recherche documen-
d’un catalogue ou d’un répertoire. taire (parfois appelés « instruments de recherche ») comme les répertoires,

1. Ève-Marie MARCHAND et Alexandre CHIASSON, Présentation, analyse et


interprétation des résultats : L’environnement et le développement durable, Cégep de
Trois-Rivières, 2013, 40 p.

56 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


TIC pratique Consulter les thésaurus

Une bonne façon de faire un choix de mots-clés consiste à faire appel aux thésaurus, qui proposent
des listes de termes normalisés permettant de classer la documentation en bibliothèque. Les thésau-
rus incluent des termes associés à vos mots-clés, ainsi que les explications qui s’y rattachent.
Habituellement, ces thésaurus se trouvent au sein même des bases de données consultées ou des
catalogues des bibliothèques.
On trouve certains thésaurus sur Internet, notamment sur les sites de l’UNESCO et de Statistique
Canada, en plus du thésaurus de l’activité gouvernementale du Québec, qui indique comment utiliser
ses outils. Certains thésaurus, plus généraux, réfèrent aux sujets de base, comme celui de Biblio-
thèque et Archives Canada. N’hésitez surtout pas à consulter le personnel de la bibliothèque de votre
cégep si vous avez besoin d’aide.

les bases de données et les moteurs de recherche avancée. Par exemple,


Érudit est une base de données qui permet de repérer des articles scienti-
ques, des livres, des thèses ainsi que divers documents et données. Il ne
faut pas négliger ces outils, qui viendront compléter la liste des ouvrages
que vous avez déjà trouvés à l’aide des catalogues ; vous pourrez ainsi

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 57


mettre la main sur d’autres documents intéressants
pour votre investigation. Dans tous les cas, l’utilisa-
tion optimale des opérateurs booléens (et, ou, sauf)
vous permettra d’accroître ou de restreindre votre
recherche, selon le cas. N’hésitez pas à demander de
l’aide en bibliothèque.
Pour trouver la revue scientique ou le livre
repéré dans une base de données, vous devez aussi
consulter le catalogue de votre bibliothèque, car la
plupart du temps les bases de données ne fournissent
que la notice bibliographique, ce qui ne garantit
pas que votre bibliothèque possède un exemplaire
du document. Il se peut d’ailleurs que la revue ne
soit pas disponible dans les institutions québécoises.
La recherche en bibliothèque est Par contre, de plus en plus de bibliothèques en ligne
incontournable dans le cadre d’une permettent de consulter des versions électroniques d’ouvrages ou d’ar-
démarche de recherche rigoureuse. ticles scientiques. Par exemple, Bibliothèque et Archives nationales du
Or, pour retirer le maximum des res- Québec (BAnQ) permet à tous les résidents québécois de devenir membres
sources d’une bibliothèque, il faut
et de consulter des ouvrages en ligne.
d’abord savoir bien utiliser les outils
de recherche documentaire. Enn, hormis ces outils de recherche en bibliothèque, d’autres moyens
sont à votre disposition pour trouver de la documentation. Vos ensei-
gnants peuvent notamment vous soumettre quelques titres incontour-
nables concernant votre sujet de recherche. Vous devrez cependant
faire l’effort de les trouver. Une autre méthode de recherche efcace
consiste à tisser une « toile d’araignée » à l’aide des premiers ouvrages
consultés. Prenez les ouvrages les plus récents en lien avec votre sujet et
parcourez leur bibliographie. Une bibliographie est une véritable mine
d’or pour le chercheur, particulièrement lorsqu’il s’agit de dénicher des
articles de périodiques. Le tableau 3.1 présente un sommaire des princi-
paux outils de recherche documentaire et donne des exemples concrets
de ressources.

3.2.3 La che bibliographique


et la che de lecture
Vos recherches en bibliothèque vous ont permis de découvrir diverses res-
sources documentaires. Vous devez maintenant les lire attentivement pour
être en mesure de dénir votre problème de recherche et de rédiger l’état de
la question. Un classement méthodique et rigoureux de vos notes de lecture
vous permettra de vous retrouver plus facilement à travers toute votre docu-
mentation et constituera un bon aide-mémoire par rapport à une thèse ou à
un aspect du sujet. Ce classement peut se faire à l’aide de différents procédés
Liens Internet vers des bases tels que les ches de lecture, les cartes conceptuelles et les notes de lecture.
de données Votre professeur vous suggérera peut-être une méthode, mais, quel que soit
le procédé que vous utiliserez, certaines informations importantes doivent
Exemples d’outils de recherche
s’y trouver. Nous vous présentons ici la che bibliographique et les diffé-
documentaire
rentes ches de lecture.

58 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Tableau 3.1 Les principaux outils de recherche documentaire

Outils de recherche
Description Exemples
documentaire

Catalogues de • Les catalogues de bibliothèques ren- • Plusieurs cégeps disposent du catalogue


bibliothèques seignent sur les ouvrages à consulter Regard.
sur place et permettent de délimiter la • Le catalogue des bibliothèques du Québec
recherche à l’aide de fonctions précises. permet de faire une recherche dans
Il est possible, en général, de sélectionner plusieurs établissements simultanément
la langue de publication, la datation des et de choisir une région géographique
documents et le type de ressources spécique.
documentaires désiré. La majorité des
catalogues peuvent être consultés en ligne.

Répertoires • Ces répertoires donnent accès aux • Le site des publications gouvernementales
de statistiques publications gouvernementales ainsi qu’aux du Québec rassemble les recherches
et de publications statistiques nationales et internationales. menées par des chercheurs pour le compte
gouvernementales • Ils sont surtout disponibles sur les sites de différents ministères.
Web des gouvernements et des organismes
internationaux.

Bases de données • Les bases de données fournissent des • Les bases de données comme Érudit,
références à des articles de périodiques et Persee, Cairn ou Revue.org permettent de
de journaux, à des comptes rendus de livres trouver rapidement la référence d’articles
et à des chapitres d’ouvrages collectifs. scientiques ou de thèses à partir
• De plus en plus de bases de données de mots-clés.
offrent un accès direct aux textes intégraux, • Les articles de journaux peuvent être
mais dans certains cas, il faut avoir consultés par l’entremise de la base
souscrit un abonnement. Certaines revues de données Eureka.cc (Biblio branchée)
offrent également le texte intégral pour les ou de son index.
articles publiés il y a au moins deux ans.

Moteurs de • Les moteurs de recherche permettent • Les plus utilisés dans le monde sont
recherche de trouver à la fois des sites Web et Google et Yahoo.
des contenus publiés sur Internet. • Google Scholar permet une recherche
• Les fonctions de recherche avancée exclusive aux écrits ou auteurs scienti-
permettent d’appliquer des ltres et ques en proposant des thèses, des
de restreindre la recherche à des pays articles scientiques ou des publications
spéciques ou à des périodes précises récentes, dont certains se retrouvent
ou de cibler un format de publication. intégralement sur Internet. Vous pouvez
La majorité des écrits scientiques publiés aussi être informé par courriel des nou-
en ligne sont en format pdf. veautés publiées en ligne sur un sujet
qui vous intéresse.

Métamoteurs • Les métamoteurs interrogent plusieurs • Icquick, comme le propose son nom,
de recherche moteurs de recherche simultanément, interroge 10 moteurs de recherche en
ce qui accélère grandement la recherche même temps. De plus, il ne collige aucune
et permet de consulter rapidement information sur ses utilisateurs, ce qui le
les ressources les plus pertinentes. rend très éthique sur la question du respect
de la vie privée.

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 59


Trousse de
dépannage Repérer la thèse d’un auteur

Au moment de la première lecture d’un document, il peut sembler ardu de


dénir la structure du texte et de repérer la thèse de l’auteur. Rappelons que la
thèse est une proposition ou une explication qu’un auteur soutient à propos
d’un phénomène et qu’il défend au moyen d’une démonstration argumentative.
An de rendre votre lecture efcace, vous devez donc au préalable mettre au
point une stratégie. Il s’agit alors de suivre un cheminement ou une progression
étape par étape.
1. Commencez par parcourir le texte en relevant les titres et les sous-titres.
Ceux-ci vous indiquent les sujets traités ; dans certains cas, l’auteur
dévoile aussi ses arguments dans les sous-titres, ce qui sous-entend
une logique.
2. Lisez l’introduction et la conclusion. Dans l’introduction, l’auteur révèle sa
problématique, ce qui inclut sa visée de recherche et son questionnement,
tandis que la conclusion permet de cerner les résultats de recherche, car
l’auteur y reprend brièvement ses principaux arguments. Qu’est-ce que l’auteur
tente de prouver ? Cette première lecture, qui est supercielle, vous donne un
bon aperçu de la thèse défendue par l’auteur.
3. Faites une lecture active. Lisez le texte en entier en prenant des notes sur son
contenu. Dégagez en quelque sorte le squelette du texte an d’établir le plan
de rédaction de l’auteur, ce qui vous permettra de visualiser les divers éléments
constituant son argumentation.

La che bibliographique
La meilleure façon de repérer facilement un document est de noter sa
notice complète sur une che bibliographique et de s’en tenir à un docu-
ment par che. Devraient également y être inscrits le nom complet de l’au-
teur, le titre de l’ouvrage, le lieu d’édition, le nom de la maison d’édition et
l’année de publication (incluant la date de la première édition). En plus d’y
consigner la nature de la ressource documentaire, vous devez aussi préciser
comment il est possible de retrouver le document, ce qui implique de
noter éventuellement sa cote à la bibliothèque ou l’adresse Internet où
le trouver.
Ajouter des notes personnelles vous permettra par la suite de vous orienter
dans l’ouvrage. Il peut être utile de numéroter et d’identier vos ches an
de pouvoir les partager au besoin avec vos coéquipiers. Si elles sont informa-
tisées à l’aide d’un logiciel de traitement de texte simple, vous pouvez créer
un système de dossiers regroupant les ches selon les mots-clés identiés. La
gure 3.2 présente un exemple des informations de base devant apparaître
dans une che de ce type.

60 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Figure 3.2 Un exemple de che bibliographique

La che de lecture
La che de lecture, qui ne doit illustrer qu’une seule idée ou ne porter que
sur un seul document, identie tout particulièrement les éléments de l’ou-
vrage, du document ou du lien Internet qui sont pertinents pour votre
recherche. Elle peut comporter des citations, un résumé du texte, des
tableaux statistiques, des commentaires, etc.
La façon de présenter une che de lecture différera en fonction de l’usage
que vous attribuerez au document. Comme l’indique le tableau 3.2, à la
page suivante, quatre types de ches de lecture pourront vous aider à maxi-
miser les bénéces que vous retirerez de vos lectures.
Une fois vos ches remplies, vous devez les classer et, idéalement, en fai-
sant en sorte de reéter l’orientation que vous prendrez. Comme vous le
verrez un peu plus loin, le tableau 3.6 (voir la page 72) expose les différentes Exemples de ches de lecture
façons de présenter l’état de la question. La même logique s’applique au clas-
sement des ches de lecture. Ainsi, vous pouvez classer vos ches par thèmes
et sous-thèmes, par ordre chronologique, par disciplines ou par points de
vue généraux sur le sujet. Ces classications pourraient notamment vous
permettre de récupérer ces ches dans le cadre de cours subséquents.
Peu importe le classement préconisé, assurez-vous de conserver précieu-
sement vos ches. N’oubliez pas que vous allez les utiliser dès la rédaction
de votre problématique de recherche et au cours de l’analyse et de l’interpré-
tation an de soutenir votre argumentation (voir le chapitre 6). Il importe
donc de bien faire le travail dès le départ an de simplier la recherche
par la suite.

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 61


Tableau 3.2 Les types de ches de lecture

Type de che de lecture Caractéristiques

Fiche résumé • Présente un sommaire d’un article, d’un chapitre ou d’un livre.
• Permet de revoir rapidement le contenu d’un ouvrage et les thèses importantes.

Fiche citation • Rapporte intégralement et entre guillemets un extrait de l’ouvrage qui peut être
pertinent lors de la rédaction du travail de recherche.
• Fournit des extraits qui résument bien l’idée de l’auteur ou des propos que l’on doit
citer textuellement.

Fiche commentaire • Comprend un résumé ou une citation, ainsi qu’un commentaire personnel qui interprète
les propos de l’auteur.
• Rapporte la thèse de l’auteur ou une citation précise qui suscitent une opposition,
un questionnement, etc.

Fiche carte • Comprend une carte conceptuelle réalisée par soi-même identiant les concepts
conceptuelle (schéma) importants ainsi que les liens les reliant.
• Inclut une représentation graphique de sa compréhension du texte.

TIC pratique Créer une che informatisée

Les logiciels de prise de notes permettent de conserver les notes de lecture et de les échanger plus facilement avec vos
coéquipiers. Certains logiciels tels Filemaker, Endnote et Scribe Notes sont payants alors que d’autres, comme Mendeley,
Zotero et Refworks, sont gratuits et offerts sur Internet. Des plateformes en ligne multidimensionnelles telles que Moodle
sont aussi proposées par plusieurs cégeps. Dans les trois cas, le principe est le même. Vous créez une nouvelle source ou
une nouvelle note au besoin. Après avoir précisé les renseignements demandés, vous y transcrivez les mêmes éléments
que sur une che manuscrite, soit le résumé, la citation, le commentaire ou la carte conceptuelle (si la conguration le
permet). N’oubliez pas d’inscrire les mots-clés qui vous ont permis de trouver votre extrait an d’en faciliter la recherche
par la suite. Dans l’exemple ci-dessous, une base de données Moodle a été créée an d’organiser les références et les
notes de lecture s’y rapportant.

62 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


EXERCICES
3.1 Pour chacun des sujets de recherche suivants, trouvez au moins
trois mots-clés.
1. Le port du voile à l’école
2. La religion chez les jeunes
3. La grève étudiante de 2012

3.2 Vous faites une recherche sur la surconsommation et vous trouvez ces
références en ligne. En justiant vos critères de sélection, nommez celles
qui sont pertinentes pour la construction de votre problématique et
celles qui ne le sont pas.
1. Wikipedia, « Surconsommation », page révisée le 19 juillet, [En ligne],
http://fr.wikipedia.org/wiki/Surconsommation (Page consultée
le 22 décembre 2014)
2. Gérard DUHAIME, « Le cycle du surendettement », Recherches
sociographiques, vol. 42, n° 3 (2001), p. 455-488, [En ligne], www.erudit.
org/revue/rs/2001/v42/n3/057472ar.pdf (Page consultée
le 22 décembre 2014)
3. COMITÉ DE SOLIDARITÉ/Trois-Rivières, « Endettement personnel.
Les pièges de la surconsommation », La Gazette de la Mauricie,
26 janvier au 22 février 2011, [En ligne], (Page consultée
le 22 décembre 2014)
4. Pierre FORTIN, « Comment se comparent le Québec et l’Ontario en niveau
de vie ? », Le blogue Économie de L’actualité, 25 juin 2014, [En ligne],
www.lactualite.com/lactualite-affaires/mise-a-jour-comment-se-
comparent-le-quebec-et-lontario-en-niveau-de-vie/ (Page consultée
le 22 décembre 2014)
5. John DE GRAAF, David WANN et Thomas H. NAYLOR, J’achète ! : Combattre
l’épidémie de la surconsommation, Montréal, Édition Fides, 2004, 356 p.,
[En ligne], http://books.google.ca/books ?id=f62FDqNgZVAC&printsec=fr
ontcover&dq=surconsommation&hl=fr&sa=X&ei=OKGEVOWgNoelNraJgS
g&ved=0CBwQ6AEwAA#v=onepage&q=surconsommation&f=false (Page
consultée le 22 décembre 2014)

3.3 Identiez les éléments manquants sur ces ches. Vous pouvez
consulter les exemples de ches en ligne pour vous aider.
1. Fiche citation :

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 63


2. Fiche résumé :

3.3 Du sujet de recherche


à la visée de la recherche
Votre équipe a maintenant choisi un sujet de recherche et votre recherche
documentaire vous a permis d’effectuer un tour d’horizon des écrits. De
plus, au chapitre 1, vous avez pris connaissance des différentes visées de la
recherche en sciences humaines, soit explorer, décrire, expliquer, comprendre
et intervenir. Vous avez donc sufsamment d’outils à ce stade-ci de votre
travail pour opter pour l’une ou l’autre de ces visées. Rappelons que la
visée de la recherche représente le but poursuivi, c’est-à-dire l’orientation de
la démarche scientique par rapport au phénomène à l’étude. Cette visée
viendra structurer votre problème de recherche.
Avec vos coéquipiers, discutez de la visée de recherche qui semble le
mieux correspondre à vos préoccupations et à votre sujet. Cela permet-
tra de préciser l’orientation que prendra votre travail. Pour vous aider
à y voir plus clair, le tableau 3.3 résume le contexte de réalisation des
différentes visées d’une recherche et propose un exemple de sujet pour
chacune d’elles.

64 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Tableau 3.3 Le contexte de réalisation des visées de recherche

Visée de la
Contexte de réalisation Exemple de sujet de recherche
recherche

Explorer • Lorsqu’un phénomène est tellement nouveau qu’il Vous aimeriez mieux connaître les rési-
est très peu documenté. dences universitaires de l’Université Laval,
• Lorsqu’il faut d’abord circonscrire un sujet d’étude mais votre recherche documentaire ne
avant de développer un problème de recherche plus vous a pas permis de dresser un portrait
développé. des étudiants qui y habitent, de leur mode
de vie ou des problématiques vécues
• Lorsque la conclusion de l’exploration doit amener
au quotidien. Vous allez donc explorer
à formuler des questions et des hypothèses
pour découvrir qui y vit et quelles sont
de recherche.
les préoccupations des personnes vivant
• Lorsque vous n’êtes pas certains du type d’informa- en résidence.
tion que peut révéler une enquête terrain.

Décrire • Lorsqu’un phénomène est relativement nouveau. Dans le contexte des nouvelles préoccupa-
• Lorsque la documentation scientique permettant tions concernant la malbouffe, faire une
de circonscrire le sujet ou la population impliquée étude descriptive des menus offerts dans
est peu abondante et que le portrait demeure les cégeps de votre région et décrire les
incomplet. comportements alimentaires des étudiants.
• Lorsque l’information est trop limitée pour pouvoir
considérer les visées plus complexes que sont
l’explication, la compréhension et l’intervention.

Expliquer • Lorsque la revue de la littérature permet de formuler Pour expliquer la motivation scolaire, montrer
des hypothèses de recherche. les facteurs qui contribuent à la motivation
• Lorsque vous voulez évaluer l’impact d’une ou de d’un étudiant. Ils peuvent se rapporter à son
plusieurs variables dans un phénomène. environnement (par exemple, le soutien de
ses parents), à des variables cognitives (par
• Lorsque vous désirez mettre en relation deux
exemple, ses résultats scolaires au secon-
variables à l’étude ou établir un lien de causalité.
daire) ou à des objectifs à plus long terme
(par exemple, l’accès au marché du travail
ou la poursuite d’études universitaires).

Comprendre • Lorsque la revue de la littérature a permis de décrire Dans le cadre d’une recherche sur les
une partie du phénomène à l’étude. refuges pour sans-abri, chercher à mieux
• Lorsque vous voulez prendre en considération une saisir le fonctionnement de ces maisons
diversité de points de vue et interpréter leur et les formes de civilité qui s’établissent
signication. entre les usagers, de manière à com-
prendre leur mode de fonctionnement.
• Lorsque vous étudiez des événements passés qui
ne peuvent être étudiés empiriquement.
• Lorsque vous souhaitez dégager la signication d’un
contexte plus général.

Intervenir • Lorsque la revue de la littérature inclut des Dans le cadre de la problématique de


recherches qui ont déjà décrit et expliqué un l’alcool au volant, vous voulez évaluer la
phénomène auquel un problème précis sous-tend réception et l’efcacité des publicités de
des pistes de solution. la SAAQ auprès des jeunes de votre cégep
• Lorsque vous désirez étudier la réception ou l’impact pour en proposer une qui saurait sensibi-
d’une solution ou de la sensibilisation dans le cadre liser parfaitement les cégépiens.
d’une problématique précise.

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 65


EXERCICE
3.4 Dans l’extrait suivant d’une problématique, identiez la visée.
« L’intégration des immigrants à la société québécoise est un enjeu actuel,
notamment à la suite de la polémique entourant les accommodements raison-
nables. En outre, la spécicité du Québec en tant que seule province franco-
phone en Amérique du Nord rend cette question encore plus délicate. Les écrits
montrent que les Québécois francophones sont très attachés à la langue
française. Celle-ci contribue à consolider leur sentiment d’appartenance envers
le Québec. Toutefois, peu d’études traitent de l’inuence de la langue française
dans le sentiment d’appartenance des immigrants au Québec. L’objectif de
cette recherche est de comparer le sentiment d’appartenance envers la société
québécoise des immigrants qui maîtrisent fonctionnellement le français à ceux
qui éprouvent des difcultés à comprendre et à parler cette langue. Ainsi,
la représentation de ce sentiment d’appartenance sera étudiée2. »

3.4 La question générale de recherche


Question générale Après avoir choisi votre sujet de recherche, effectué votre recherche docu-
de recherche mentaire et rééchi à une visée possible, vous devez formuler une question
Question formulée de manière à générale de recherche. Celle-ci est préliminaire, en ce sens que ce n’est qu’au
déterminer une préoccupation en moment de l’élaboration de votre problématique que vous préciserez cette
lien avec une visée de recherche. question et la rendrez opérationnelle. Elle doit donc vous conduire vers un
problème de recherche sur lequel vous concentrerez tous vos efforts. Selon le
modèle classique de l’entonnoir, les étapes de la problématisation vont du
général au particulier. Il importe donc de bien formuler cette question géné-
rale de recherche, car elle constitue une étape fondamentale qui va structurer
la réexion menée avec vos coéquipiers. Si votre question est bien posée, elle
vous permettra en effet de circonscrire votre sujet de recherche et de répondre
à la question. Elle vous aidera également à sélectionner la ou les disciplines
des sciences humaines susceptibles de vous aider à répondre à cette question.
N’hésitez donc pas à formuler plus d’une fois une question an de vous assu-
rer qu’elle soit neutre et qu’elle puisse orienter l’ensemble du travail à accom-
plir. Le tableau 3.4 compare les questions bien formulées et les questions
moins bien formulées dans le cadre d’un même sujet de recherche.

3.5 Le problème de recherche


C’est à partir de cette question générale de recherche et grâce aux références
que vous avez en main que vous pouvez maintenant construire votre problé-
matique de recherche, en commençant par le problème de recherche. De
Problème de recherche
Problème relevant des sciences
manière générale, toute réexion est une manière de résoudre un problème ;
humaines qui inclut la dénition penser, c’est buter sur un obstacle qui nous amène à rééchir comme
du problème, la démonstration
de son importance sociale et 2. Elke LAUR, « La qualité, le statut et la perception du français au Québec », Revue
scientique et la recension des d’aménagement linguistique, hors série, automne 2002, p. 147-162, [En ligne], www.oqlf.
écrits scientiques existant gouv.qc.ca/ressources/bibliotheque/ouvrages/amenagement_hs/ral01_charte_Laur_vf_1.
sur le sujet. pdf (Page consultée le 22 décembre 2014)

66 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Tableau 3.4 La formulation d’une question générale de recherche : quelques exemples

Formulation initiale de Formulation adéquate de


Sujet de recherche la question générale Éléments à corriger la question générale
de recherche de recherche

La couverture La couverture de la crise • Éviter un biais défavorable Quel fut le traitement


médiatique de d’Octobre 1970 au Québec à l’égard de la radio. médiatique de la crise
la crise d’Octobre 1970 était-elle plus objective • Restreindre la question d’Octobre 1970 dans
au Québec dans les journaux qu’à pour éviter une analyse les journaux et à la radio ?
la radio ? comparative trop difcile
pour une recherche au
collégial.
• N’utiliser que des
archives qui se trouvent
aisément.

Les relations inter- Quels sont les conits • Éviter de supposer Comment se vivent les
générationnelles associés aux relations l’existence de conits. relations entre enfants et
dans les familles intergénérationnelles • Spécier l’origine ethno- grands-parents dans les
dans les familles ? culturelle des familles, car familles québécoises ?
les relations intergénéra-
tionnelles risquent fort
d’être différentes au
Québec et en Afrique,
par exemple.
• Préciser le type
de relations
intergénérationnelles.

EXERCICE
3.5 Corriger les questions de recherche suivantes.

Formulation initiale de
Sujet de recherche
la question générale de recherche

1. Les pratiques Les pratiques spirituelles des jeunes cégépiens


spirituelles chez québécois sont-elles liées positivement à leur
les jeunes Québécois. religion d’appartenance ?

2. L’utilisation du cellulaire Les femmes sont-elles moins propices


au volant. à utiliser leur cellulaire au volant que
les hommes ?

3. La position des Les étudiants plus pauvres étaient-ils


étudiants pendant plus favorables à la grève étudiante que
la grève étudiante les plus riches ?
de 2012.

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 67


lorsqu’un problème apparaît, lorsqu’une interrogation soulève des ques-
tions. Un problème de recherche est une manière rigoureuse de structurer de
l’information sur un sujet spécique an d’organiser scientiquement les
questions soulevées à propos d’un phénomène préalablement observé par
une communauté de chercheurs.
La formulation du problème de recherche inclut trois actions qu’il
faut pratiquement effectuer en même temps. En effet, pour bien cibler
un problème de recherche, il faut minimalement dénir le problème,
exposer l’importance du problème et circonscrire l’état de la question.
Cela signie que vous devez appuyer votre démarche sur les recherches
documentaires déjà effectuées à partir de sources crédibles et reconnues
scientiquement.

3.5.1 La dénition du problème de recherche


Votre question générale de recherche vous a aiguillé sur une piste, sur une
façon d’aborder votre sujet de recherche. La démarche scientique exige
toutefois d’aller plus loin et de préciser la nature du travail à effectuer. Il est
donc nécessaire de dénir dans un premier temps votre problème de
recherche. Trois opérations méritent pour cela une attention toute
particulière :
1. Dénir les termes utilisés.
2. Déterminer la période étudiée.
3. Délimiter le territoire géographique de la recherche.

Dénir les termes utilisés


La recherche de mots-clés et la préparation de vos ches de lecture vous ont
certainement permis de constater que les termes varient parfois d’une étude
à l’autre. Or, dans une démarche scientique, chaque mot est utile et rem-
plit une fonction dont le sens doit être clair, sans ambiguïté. Il en va de
même de votre problème de recherche, dont vous devez dénir chacun des
termes de manière à éviter toute confusion possible. Supposons, par
exemple, que vous avez formulé la question générale de recherche suivante :
« Quelle est l’incidence de la pauvreté sur la réussite des étudiants au collé-
gial ? » Après maintes lectures, vous vous apercevrez que la notion de pau-
vreté ne signie pas toujours la même chose d’une recherche à l’autre. Vos
lectures mettront aussi en lumière le fait que la réussite est une notion bien
relative. En effet, fait-on référence aux étudiants qui ont réussi tous leurs
cours dans une même session ou à ceux qui ont obtenu leur diplôme
d’études collégiales ? Il faut donc expliciter les termes utilisés an de bien
circonscrire le sujet d’étude.
Pour ce faire, vous pouvez vous référer à des études sérieuses qui ont
déjà proposé des dénitions claires et concises et vous en inspirer pour dé-
nir vos termes, en prenant soin de toujours citer correctement vos sources.
Si un consensus ne semble pas se dégager de votre revue de littérature, vous
devriez opter pour la dénition qui s’approche le plus de votre objectif

68 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


de recherche et justier votre décision an que le lecteur comprenne ce
choix. Quoi qu’il en soit, demeurez cohérent et rapprochez-vous le plus
possible des dénitions qui ont déjà été proposées. De plus, les dénitions
doivent reéter la perspective choisie et être évidentes tout au long du tra-
vail. Ces dénitions donnent un sens aux concepts utilisés tout au long de
la recherche.
En reprenant l’exemple évoqué plus haut, vous pourriez ainsi dénir
la pauvreté comme suit : « Les étudiants, autonomes nancièrement, habi-
tant en appartement, qui ne vivent que de l’aide nancière octroyée par
le gouvernement, communément appelée “prêts et bourses”. » Voici une
autre dénition possible : « Les étudiants qui ont un revenu annuel égal ou
inférieur à 13 000 $. » De la même manière, vous devrez donner votre dé-
nition de la réussite scolaire. Vous serez peut-être tenté de reprendre celle
qui est utilisée par votre collège pour trancher cette question, en recou-
rant, par exemple, au règlement qui porte sur la réussite. Dans tous les
cas, n’oubliez pas d’indiquer les sources de vos dénitions. Vous verrez que
cette étape est très utile lorsque vient le moment de dégager les concepts à
opérationnaliser.

Déterminer la période étudiée


Une fois que vous avez clarié les termes de votre problème de recherche,
vous devez circonscrire la période étudiée. Vous intéressez-vous à un phéno-
mène actuel ou vous centrez-vous plutôt sur un événement passé ? Dans
certains cas, si la revue de littérature s’est avérée peu fructueuse, vous serez
peut-être tenté de choisir une période historique antérieure an d’être
capable de mieux documenter ou comparer votre sujet. Ce pourrait être le
cas si vous étudiez, par exemple, l’impact de l’accident ferroviaire de Lac-
Mégantic sur la cohésion sociale de ses résidents : il serait en effet intéressant
de comparer ces événements récents aux impacts du déluge du Saguenay sur
les gens de la région, lesquels ont été documentés par quelques chercheurs.
Quoi qu’il en soit, que vous concentriez vos efforts sur un sujet d’actualité
ou que vous décidiez d’étudier une période passée, vous devrez être explicite
et en mesure de situer votre problème de recherche dans le temps. Les balises
temporelles vous aideront lors de la consultation des écrits et votre objectif
n’en sera que plus facile à atteindre ou votre hypothèse de recherche plus
facile à vérier.

Délimiter le territoire géographique de la recherche


Le lieu où se situe l’objet de votre recherche peut aussi avoir une incidence
énorme sur votre travail. En effet, vous n’aurez certainement pas le temps
de parcourir tout le Québec pour effectuer une collecte de données. En
revanche, la sélection d’un endroit représentatif vous permettra d’atteindre
vos objectifs et de répondre aux questions que vous avez formulées. Par
exemple, si votre recherche concerne la perception des citoyens quant à la
crise du verglas qui a sévi au Québec en 1998, votre travail sera facilité si
vous restreignez votre champ d’action à la population qui a été le plus
touchée par la crise, c’est-à-dire celle de Montréal ou de la Montérégie.

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 69


La localisation étant effectuée, il sera plus aisé de classer les écrits lors
de la rédaction de l’état de la question. Restreindre son territoire, c’est
en quelque sorte planier de manière réaliste et pertinente le déroulement
de sa recherche.

3.5.2 L’importance du problème de recherche


Au moment de formuler un problème de recherche, il faut en justier la
pertinence scientique et sociale. En effet, si vous parvenez à démontrer son
importance, vous obtiendrez la légitimité nécessaire pour poursuivre vos
efforts et vous piquerez la curiosité de vos éventuels lecteurs. Ainsi, si, au
moment d’arrêter votre choix, vous optez pour un sujet d’intérêt public dont
les retombées sociales sont évidentes, le fruit de vos recherches documen-
taires devrait reéter le fait que votre sujet est traité dans la littérature. Il
peut y avoir bien sûr des exceptions, par exemple lorsque la pertinence d’un
sujet est nouvelle et peu documentée.
Si vous vous demandez par exemple pour quelles raisons la réalisa-
tion d’une recherche portant sur le niveau de conance des jeunes de
16 à 25 ans à l’égard des marchés nanciers serait pertinente, vous vous
rendrez peut-être compte qu’on ne s’est pas encore penché sur cette
question pour cette tranche d’âge de la population. Votre recherche
répond donc indéniablement à un besoin, car elle vient combler une
faille dans le champ de la recherche en sciences humaines. Vous pour-
riez également justier votre choix en traçant succinctement le por-
trait du ralentissement économique qui a frappé le Québec en 2008.
Une telle réalité empirique ne peut que susciter des réactions et des émo-
tions chez les jeunes, étant donné qu’ils y font face pour la première fois
de leur vie.
On le voit au tableau 3.5, trois types de raisons peuvent généralement
justier l’importance d’un problème de recherche. Évidemment, pour
convaincre le lecteur, vous devrez expliquer vos motivations.

3.5.3 L’état de la question


État de la question L’état de la question, aussi appelé « revue de littérature » ou « recension
Présentation structurée et des écrits », permet de présenter une synthèse des différents points de vue,
sommative des recherches qui avancées scientiques et théories qui ont trait au problème de recherche,
ont été considérées comme en rendant compte de leur méthodologie respective, de leurs conclusions,
pertinentes lors de la recherche etc. Vous y exposerez les plus importantes recherches scientiques qui
documentaire.
ont été produites sur votre problème de recherche an de mettre en
relief les consensus et les récurrences, de même que les désaccords suscep-
tibles d’avoir divisé les spécialistes, ou encore de faire ressortir les perspec-
tives disciplinaires qui entrent en jeu. C’est pourquoi cette section ne
devrait comporter que des ressources documentaires scientiques. C’est
aussi à cette étape que vous allez déterminer la ou les disciplines des
sciences humaines qui vous serviront tout au long de votre travail
de recherche.

70 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Tableau 3.5 Les types de raisons pour justier l’importance du problème de recherche

Type de raison Explication Exemples

Nouveauté du problème • Un problème récent non exploré ou Une équipe de cégépiens ayant travaillé
très peu décrit. sur l’intégration de personnes souffrant
• Dans certains cas, un nouveau d’un handicap mental sur le marché du
phénomène qui suscite des débats travail notait que la documentation sur
sociaux. la volonté de ces personnes d’occuper
un emploi stable était pratiquement
inexistante.

Problème partiellement connu • Un phénomène dont plusieurs Suite au récent débat sur l’introduction
et dont certaines dimensions aspects sont assez bien documentés, d’un cours d’histoire obligatoire au
n’ont pas été étudiées mais qui, dans certaines dimensions cégep, un groupe d’étudiants voulait
bien précises, pourraient être interroger les principaux intéressés,
approfondis et étudiés. les étudiants eux-mêmes. En effet,
bien que ce dossier était dans l’en-
semble bien documenté et riche en
positions diverses, très peu de place
était accordée à l’opinion des cégépiens.

Phénomène social dont • Un phénomène qui, malgré Une équipe d’étudiants qui s’intéressait
les impacts et les retombées l’ensemble des connaissances au phénomène de la conduite avec
demeurent importants malgré scientiques, persiste ou affecte facultés affaiblies chez les jeunes
toutes les connaissances la société, ce qui nécessite un effort hommes notait que, malgré plusieurs
scientiques dont on dispose de compréhension ou une années de compagnes de sensibilisa-
intervention supplémentaire. tion, le phénomène touchait encore
de nombreux conducteurs : en 2011
seulement, 47 % des conducteurs
décédés sur les routes du Québec
avaient consommé de l’alcool. Il est
donc important d’agir par une interven-
tion ciblée pour contrer le problème.

La rédaction de l’état de la question peut se faire selon différentes logiques


qui vous permettront d’exposer l’état des connaissances actuelles sur votre
sujet de recherche. À cet effet, vos ches de lectures dûment complétées vous
seront très précieuses. Peut-être aurez-vous déjà classé vos ches en fonction
des thèmes qui semblent s’en dégager, ou structuré les propos scientiques
à partir de leur point de vue disciplinaire ou de leurs divergences d’ana-
lyse. Différentes façons de structurer l’état de la question sont présentées au
tableau 3.6, à la page suivante.
Peu importe la structure retenue, vous devriez organiser vos idées
de la façon qui vous semble la plus pertinente plutôt que de faire déler,
de manière décousue, une longue liste d’auteurs et d’idées. Et c’est en quelque
sorte votre recherche documentaire qui vous orientera vers une structure
plutôt qu’une autre.

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 71


Tableau 3.6 La structure de l’état de la question

Structure Explication Exemple

Par Lors de votre recherche documentaire, vous Une équipe d’étudiants qui s’intéressait à
thématiques constatez que votre sujet est traité à partir de l’environnement et au développement durable a
thèmes précis qui méritent d’être explicités. présenté l’état de sa question à partir de thèmes
Vous regrouperez l’information, les auteurs comme les énergies, la dégradation des res-
et les points de vue disciplinaires selon ces sources naturelles, la déforestation, l’érosion,
thèmes et vous en présenterez la synthèse. l’eau et les changements climatiques.

Par Votre recherche documentaire met en relief Une équipe qui s’intéressait à la réception des
disciplines les distinctions disciplinaires quant aux accommodements raisonnables par les diffé-
diverses manières d’aborder un même sujet, rentes générations a optimisé l’état de sa
et ce, même si certains thèmes sont traités question en structurant les perceptions selon
de part et d’autre. Il faut relever le parcours le point de vue des politologues, des théologiens
académique des chercheurs an de vérier et des sociologues an de montrer les différentes
leur discipline respective. facettes de chacune des disciplines.

Chronologique Vous constatez que les connaissances sur Une équipe de cégépiens s’est intéressée au
votre sujet évoluent en fonction de l’avance- sentiment national et au nationalisme québécois.
ment de la recherche. Vous préférerez montrer Dans l’état de leur question, ils ont choisi de
cette évolution chronologique des connais- présenter l’histoire du nationalisme au Québec
sances, d’autant plus que les thèmes et et ses grandes étapes, à savoir le nationalisme
les apports disciplinaires demeurent assez avant la Révolution tranquille, après la Révolution
cohérents. tranquille et le nationalisme actuel.

Selon les Votre recherche documentaire vous permet Une équipe d’étudiants qui s’intéressait à la
points de vue de constater que votre sujet a soulevé des position idéologique de leurs collègues durant
positions claires ou des oppositions évidentes la grève étudiante de 2012 a décidé de présenter
quant à l’explication ou à la compréhension les niveaux de discours de certains auteurs autour
du phénomène. Vous préférerez construire de la question des droits de scolarités. Pour ce
l’état de la question en montrant clairement faire, ils ont présenté des thèses et des points de
ces positions ou oppositions. vue parfois en faveur de la hausse, parfois contre,
et même parfois en faveur de la gratuité scolaire.

EXERCICES
3.6 Voici comment certains étudiants ont justié la pertinence
de leur recherche. Indiquez si ces justications sont appropriées
du point de vue scientique et proposez des correctifs s’il y a lieu.
1. Après que leurs enseignants d’histoire et de politique en aient abondam-
ment parlé en classe, des étudiants décident de faire un portrait des
perceptions qu’ont leurs pairs sur le projet souverainiste au Québec.
2. Une équipe choisit de travailler sur le phénomène de la Neknomination,
ayant eux-mêmes été sollicités par des amis par l’entremise des
réseaux sociaux, mais ils ne trouvent aucune référence convenable.
3. Quelques étudiants s’intéressent au processus d’intégration des familles
immigrantes en région. Ils constatent en effet que le sujet est bien
documenté en ce qui concerne les enjeux de l’immigration dans les
grands centres urbains, mais que le cas des régions demeure en chantier.

72 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


3.7 Dans les exemples suivants concernant l’état d’une question,
identiez le type de classement concerné :
1. Une équipe qui s’intéressait à la tolérance envers l’homosexualité
chez les sportifs présenta des études sur l’évolution de la perception
des homosexuels au l du temps.
2. Une équipe qui étudiait le discours négatif dans les campagnes
électorales organisa l’état de sa question autour des points de vue
de politologues, d’historiens et de sociologues.
3. Une équipe qui travaillait sur l’estime de soi présenta l’état de sa
question à partir de sujets tels que les normes de beauté, la santé
publique, les médias et l’inuence des pairs.
4. Une équipe qui s’intéressait au port du voile chez les jeunes lles
présenta des positions divergentes d’auteurs sur les raisons de ce choix.

3.6 L’objectif général de recherche


ou l’hypothèse générale de recherche
À partir de votre sujet, vous avez formulé un problème de recherche en le
dénissant, en sélectionnant une visée de recherche, en justiant son impor-
tance et en rédigeant l’état de la question. À partir de ces opérations
importantes, vous allez devoir xer un objectif général de recherche ou
poser une hypothèse générale de recherche an d’offrir une première piste
d’analyse capable de répondre à vos interrogations de départ.
En premier lieu, le choix entre un objectif général et une hypothèse générale
de recherche dépendra grandement de votre problème de recherche, particu-
lièrement de la visée de recherche. En effet, lorsque la recherche est à visée
exploratoire, descriptive ou compréhensive, on optera le plus souvent pour un
objectif général de recherche, alors que si la recherche est explicative ou d’in-
tervention, on travaillera essentiellement à partir d’une hypothèse générale de Comme l’interdiction d’utiliser le
cellulaire au volant est récente, il
recherche. Si votre recherche est descriptive ou à visée d’intervention, vous
n’est pas rare de voir des conduc-
pourrez opter pour l’une ou l’autre. La gure 3.3, à la page suivante, illustre
teurs « parler tout seuls », malgré
ce travail progressif qui vous amène vers l’une ou l’autre de ces deux possibi- les risques que ce geste comporte.
lités. Quoi qu’il en soit, la façon dont vous allez justier
l’importance de votre recherche et l’état de votre ques-
tion qui sous-tendra votre problème de recherche devra
vous permettre de défendre ce choix entre un objectif
général et une hypothèse générale de recherche. Cette
étape vous permettra de réaliser une analyse concep-
tuelle, laquelle vous aidera à faire des liens entre les
idées ou concepts-clés de votre problème de recherche.
Examinons étape par étape la manière de procéder.
C’est avec un objectif général ou une hypothèse
générale de recherche que vous consoliderez le travail
exécuté jusqu’à maintenant et structurerez l’analyse
conceptuelle à venir et, éventuellement, votre analyse
et votre interprétation.

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 73


Figure 3.3 Un processus permettant de choisir entre l’objectif général
et l’hypothèse générale de recherche

Objectif général de recherche Vous opterez pour un objectif général de recherche dans le cadre d’une
But à atteindre à la n de la recherche qualitative ou dans le cas d’une étude quantitative, si le phéno-
réalisation de la recherche en mène que vous étudiez est peu connu ou a été peu examiné. Le tableau 3.7
relation avec la question générale présente deux exemples concrets de sujets où un objectif général de recherche
de recherche et la visée choisie. sera choisi.
Hypothèse générale L’hypothèse générale de recherche, pour sa part, sera choisie pour tenter
de recherche de répondre à la question générale, lorsque vous voulez valider une réponse
Proposition de réponse à une plutôt qu’une autre. Elle émane donc de votre intention de soumettre cette
question générale de recherche qui question à une vérication. L’hypothèse générale de recherche sera rete-
doit être soumise à la vérication. nue lorsque l’état de la question est sufsamment riche en ressources docu-
mentaires pour vous permettre de la formuler. Elle exige que, à partir de vos
lectures, vous preniez position par rapport à votre problème de recherche.
Voyons au tableau 3.8 deux exemples concrets d’hypothèses générales
de recherche.

Variable dépendante
3.6.1 La variable dépendante
Élément ou phénomène qui évolue et la variable indépendante
en fonction de la variable
indépendante. Habituellement, on construit une hypothèse générale de recherche en propo-
sant un lien entre deux variables, à savoir une variable dépendante et une
Variable indépendante variable indépendante. La variable dépendante est directement inuencée
Élément ou phénomène qui inue par des modications à la variable indépendante. Supposons que le but de
sur la variable dépendante. votre recherche est d’expliquer le décrochage scolaire et que, s’inspirant

74 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Tableau 3.7 Des exemples d’objectifs généraux de recherche

Sujet Visée Importance État de la question Exemple

Cellulaire Descriptive Phénomène dont L’état de la question Décrire la réaction de


au volant les impacts sociaux dresse le portrait actuel jeunes de 16 à 20 ans
sont importants. du phénomène de lorsqu’ils voient une
l’utilisation du cellulaire personne s’apprêtant
au volant et expose les à utiliser son cellulaire
stratégies d’intervention alors qu’elle conduit.
face à ce phénomène.

L’hétérosexisme Compréhensive Plusieurs statistiques L’état de la question Comprendre le rôle


révèlent la présence présente les membres du soutien parental,
encore très forte de d’un cercle de soutien scolaire et celui des
comportements et de aux minorités sexuelles, pairs dans le bien-être
gestes hétérosexistes leur degré de formation social des jeunes
et documentent leurs et leurs capacités à faisant partie des
conséquences. les aider, ainsi que les minorités sexuelles.
facteurs et les pra-
tiques qui inhibent
les comportements
hétérosexistes.

Tableau 3.8 Deux exemples d’hypothèses générales de recherche

Hypothèse générale
Sujet Visée Importance État de la question
de recherche

L’environnement Explicative Les dégâts issus Grâce à la présentation Les préoccupations


de l’activité humaine thématique des enjeux de la nouvelle génération
s’accroissent, malgré reliés à la dégradation sont davantage axées sur
les découvertes scienti- des ressources, l’état les aspects économiques
ques poussées dont de la question montre qui y sont reliés que sur
nous disposons. de quelle manière les problèmes environne-
les groupes environne- mentaux eux-mêmes.
mentaux et les gouver-
nements se butent à
différents enjeux
politiques et
économiques.

Le sentiment Explicative Aucune étude générale L’état de la question La connaissance de


d’appartenance sur l’ensemble des rassemble les auteurs la langue française joue
des immigrants immigrants ne permet qui ont abordé les un rôle dans le dévelop-
à leur culture d’expliquer l’impact de la notions de culture, pement du sentiment
d’accueil connaissance du français de francisation et d’appartenance des
sur leur sentiment d’intégration. immigrants à la culture
d’appartenance à la québécoise.
culture québécoise.

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 75


de vos lectures, votre hypothèse générale de recherche postule que la préca-
rité nancière est un facteur de risque du décrochage scolaire. Dans ce cas-ci,
la précarité nancière est donc considérée comme la variable indépendante
agissant sur la variante dépendante, le décrochage scolaire. Il va sans dire
que, dans le contexte d’une autre recherche, la précarité nancière pourrait
tout aussi bien être la variable dépendante. Le tableau 3.9 donne quelques
exemples supplémentaires permettant de bien distinguer les deux types de
variables.

Tableau 3.9 L’hypothèse générale de recherche et ses variables dépendante et indépendante

Variable Variable
Hypothèse générale de recherche Hypothèse spécique
indépendante dépendante

Les habitudes de vie des Les habitudes de L’engagement Les étudiants qui font régulière-
étudiants inuencent leur vie des étudiants scolaire ment du sport sont plus engagés
engagement scolaire. dans leurs études que ceux qui
sont plus sédentaires.

La consommation de substances Les caractéris- La consommation Plus le taux de chômage aug-


illicites chez les étudiants tiques de la société de substances mente chez les moins de 25 ans
augmente en raison des québécoise illicites chez au Québec, plus les étudiants
caractéristiques de la société actuelle les étudiants sont portés à consommer des
québécoise actuelle. substances illicites.

Les attitudes impérialistes Les attitudes La Première Guerre La logique impérialiste de


de certains pays ont conduit à impérialistes mondiale l’époque, qui encourageait les
la Première Guerre mondiale. États à développer leurs empires
coloniaux, a contribué au déclen-
chement de la Première Guerre
mondiale.

La vision économique du gouver- La vision écono- L’adoption de Le gouvernement canadien


nement canadien de l’époque mique du gouverne- l’ALENA néolibéral encourageait un libre
explique l’adoption de l’Accord ment canadien marché et une déréglementation
de libre-échange nord-américain de l’époque étatique qui ont mené à l’adoption
(ALENA) en janvier 1994. de l’ALENA.

Les préoccupations de la nouvelle Les aspects Les préoccupations Les pressions exercées par
génération sont davantage axées économiques et de la nouvelle le marché de l’emploi et la
sur les aspects économiques les problèmes génération compétitivité incitent les jeunes
que sur les problèmes environnementaux à se consacrer pleinement à leur
environnementaux. carrière, au détriment des enjeux
environnementaux.

La connaissance de la langue L’apprentissage Le sentiment Les immigrants qui maîtrisent


française joue un rôle dans le du français d’appartenance le français se sentent davantage
développement du sentiment des immigrants interpellés par les enjeux
d’appartenance des immigrants à la culture identitaires québécois.
à la culture québécoise. québécoise

76 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Notons au passage que ces variables devront inévitablement se retrouver
dans l’analyse conceptuelle puisqu’ils seront centraux pour élaborer votre
outil de collecte de données.

EXERCICE
3.8 Pour chacune des hypothèses générales suivantes, indiquez
la variable indépendante, la variable dépendante et
proposez une hypothèse spécique.
1. Le sentiment d’appartenance serait plus développé chez les étudiants
qui font partie d’une équipe sportive de leur collège.
2. L’âge des lles inuence leur perception des relations amoureuses.
3. Le milieu social joue un rôle dans la réussite scolaire des enfants.

3.7 L’analyse conceptuelle


L’étape de l’analyse conceptuelle est essentielle pour opérationnaliser de Analyse conceptuelle
manière concrète votre objectif général ou votre hypothèse générale Modélisation d’un phénomène
de recherche. Elle vous permet aussi de vérier à nouveau si votre objectif ou abstrait en ses différentes
votre hypothèse est formulé adéquatement. L’analyse conceptuelle permet composantes.
de dégager les réalités observables, et parfois mesurables, propres à votre
problème de recherche. Pour la réaliser, vous devez d’abord procéder à l’éla-
boration exhaustive, à l’énumération et à la dénition des concepts à l’étude.
Par la suite, vous spécierez, pour chacun des concepts, toutes les dimen-
sions auxquelles vous vous attarderez an de cibler la portée de la collecte
de données à venir. Puis, vous ferez ressortir les différents indicateurs de
chacune des dimensions, en vue de rendre tangible le travail à accomplir. En
ce qui concerne les recherches qualitatives, vous ajouterez des mesures
concrètes, ce qui sera fort utile lors de la construction de votre outil de cueil-
lette de données, comme vous le verrez au chapitre 5. Enn, le schéma d’ana-
lyse conceptuelle viendra arrimer visuellement l’ensemble de ces étapes,
pour que vous puissiez en un coup d’œil représenter cette logique.

3.7.1 Les concepts de la recherche


Le concept fait référence à une réalité ou à un phénomène qui est abstrait, Concept
donc non matériel. Lorsque vous avez clarié votre problème de recherche, Représentation abstraite d’un
vous avez tenté d’être le plus précis possible. Il vous faut maintenant dénir phénomène ou d’une réalité.
vos concepts et, dans ce cas également, vous assurer que les termes choisis
pour les décrire sont précis et neutres. Vous devez donc parler, par exemple,
de « motivation scolaire intrinsèque » plutôt que de « goût de réussir ». L’idée,
c’est bien sûr de reprendre la dénition des termes utilisés lorsque vous avez
travaillé le problème et de préciser chacun des termes utiles pour atteindre
votre objectif de recherche ou valider votre hypothèse générale de recherche.
De plus, comme les concepts ne sont pas statiques, qu’ils évoluent dans
le temps et l’espace selon les réalités des sociétés qui y recourent, vous devez
situer leur dénition dans le contexte de leur utilisation an d’éviter toute

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 77


confusion. Prenons l’exemple du concept de démocratie. Même s’il existait
déjà dans la Grèce antique, il ne renvoyait alors pas à la même réalité qu’au-
jourd’hui. On comprend donc pourquoi il est fondamental que vous preniez
le temps de dénir vos concepts avec précision dans le temps et l’espace et
selon la perspective choisie.
Si vous désirez décrire les types de consommation que privilégie la géné-
ration Y, vous obtiendrez deux concepts, soit les « types de consomma-
tion » et la « génération Y », qu’il vous faudra alors dénir, si vous ne l’avez
pas déjà fait lors de la formulation du problème de recherche. Ainsi, vous
pourriez dénir les « types de consommation » comme étant les catégories
d’achats ou les attitudes à l’égard de la consommation, alors que la « géné-
ration Y » pourrait être dénie comme étant l’ensemble des personnes nées
entre 1978 et 1994.

3.7.2 Les dimensions d’un concept


Dimension Dégager les dimensions d’un concept consiste en quelque sorte à rendre ce
Dans le cadre de l’analyse concept plus concret en énumérant toutes les facettes qui seront considé-
conceptuelle, aspect spécique rées dans le cadre de votre recherche. Évidemment, le choix des dimen-
d’un concept donné. sions dépend de la dénition préalable du concept, mais vous pourriez très
bien favoriser certaines dimensions plutôt que d’autres. Vous avez une cer-
taine latitude dans le choix des dimensions, pourvu que votre choix soit
cohérent avec la démarche entreprise dans la construction de votre problé-
matique. Reprenons le concept des « types de consommation » tiré de
l’exemple précédent. Ce concept peut faire référence à des dimensions
telles que l’achat de biens durables, l’achat de biens non durables, les
dépenses de services, les dépenses reliées aux besoins primaires. Le choix
des dimensions étant vaste, il s’agit de retenir celles qui vous permettront
d’atteindre votre objectif général ou de vérier votre hypothèse générale de
recherche.

3.7.3 Les indicateurs d’une dimension


Pour chaque dimension de concept retenue, il faut ensuite spécier les
indicateurs observables dans le cas de l’analyse qualitative, ou mesurables
dans le cas de l’analyse quantitative. Ces indicateurs serviront ultimement
de variables. Chacune des dimensions doit donc être opérationnalisée en
une unité qui révélera au chercheur les mesures et les informations à
recueillir. Si on reprend l’exemple précédent, l’identication de quatre dif-
férentes dimensions des types d’achat nous permet de proposer des indica-
teurs qui peuvent, dans le cas de l’exemple choisi, s’appliquer à l’ensemble
des dimensions. Ainsi, la « somme d’argent dépensée », les « attitudes rela-
tives à la consommation », l’« importance accordée à la dépense » sont des
indicateurs qui modulent chacune des dimensions. Le choix de ces indica-
teurs est loin de se faire au hasard. Au contraire, vous devez vous assurer
qu’ils reètent le problème de recherche, et donc qu’ils concrétisent les
concepts selon les dimensions examinées en lien avec l’ensemble de la pro-
blématique, particulièrement qu’ils vous permettent de répondre à la ques-
tion de recherche.

78 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Le chercheur doit s’inspirer de la littérature existante. Les indicateurs
doivent être exhaustifs et permettre l’équivalence des mesures.

3.7.4 Les mesures concrètes des indicateurs


On emploie généralement des mesures concrètes pour réaliser un sondage
dans le cadre d’une recherche quantitative. Ces mesures concrètes servent à
proposer une formalisation des différents indicateurs. Par exemple, à la
dimension « achat de bien durable », nous avions proposé l’indicateur
« somme d’argent dépensée ». Ainsi, les mesures concrètes de ces indicateurs
peuvent prendre la forme de regroupements d’égale amplitude, délimitant
les dollars dépensés mensuellement (moins de 20 $, de 20 $ à 39 $, de 40 $
à 59 $, etc.). Dans le même esprit, pour la dimension « services achetés »,
vous pourriez proposer les indicateurs suivants : « sorties au cinéma ou
location de lms », « soins esthétiques », « autres loisirs », etc. Quant aux
attitudes relatives à la consommation, vous pourriez délimiter les indica-
teurs « fréquence des achats compulsifs », « fréquence des achats de pro-
duits locaux », etc.
Une fois les concepts, dimensions, indicateurs et mesures concrètes identi-
és, vous pouvez réaliser le schéma de votre analyse conceptuelle.

3.7.5 Le schéma d’analyse conceptuelle


Vous pouvez vous aussi concevoir et utiliser un schéma d’analyse conceptuelle Schéma d’analyse
pour représenter visuellement l’interconnexion ou le lien entre vos concepts, conceptuelle
leurs dimensions et leurs indicateurs respectifs. La réalisation d’un schéma Représentation visuelle des liens
d’analyse conceptuelle est assez simple si les concepts sont bien dénis et si existant entre des concepts.
le choix des dimensions, puis la spécication des indicateurs, sont effectués
avec précision. Prenez également le temps d’illustrer correctement votre
schéma d’analyse conceptuelle en vous assurant que les liens qui unissent les
concepts sont clairs.
Reprenons l’exemple sur les types de consommation associés à la géné-
ration Y. La gure 3.4, à la page suivante, présente un schéma d’analyse
conceptuelle qui permet de visualiser les liens existant entre les concepts
« types de consommation » et « génération Y », ainsi que les dimensions et
les indicateurs qui s’y rattachent. Ce schéma d’analyse conceptuelle a l’avan-
tage de présenter en un coup d’œil les concepts importants qui font partie
du travail de recherche. Votre propre schéma d’analyse conceptuelle vous
sera utile tout au long de votre démarche scientique. N’hésitez pas à vous
y référer. Vous pourrez même l’utiliser dans votre rapport de recherche ou
lors d’une présentation en classe.
Notons enn que les mesures concrètes des indicateurs ne sont générale-
ment pas illustrées dans le schéma d’analyse conceptuelle à cette étape du
travail, puisqu’il faut d’abord sélectionner la méthode de recherche (voir
le chapitre 4) et développer un outil de collecte de données (voir le cha-
pitre 5). Par contre, rien ne vous empêche de les inclure à la toute n de
votre recherche, surtout si votre professeur vous demande une communica-
tion afchée.

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 79


Figure 3.4 Un exemple de schéma d’analyse conceptuelle

TIC pratique Utiliser CMAP Tools pour créer


un schéma conceptuel

Certains gratuiciels disponibles en ligne peuvent vous faciliter la tâche lorsque


vous organisez vos concepts, vos dimensions et vos indicateurs ; c’est le cas du
logiciel CMAP Tools (voir la gure 3.4). Ce gratuiciel permet de créer et de modier
des schémas d’analyse conceptuelle aisément, en créant des liens entre des
boîtes, chacune représentant un concept, une dimension ou un indicateur.
Vous trouverez un tutoriel, le lien pour télécharger le gratuiciel et le document
Faire un schéma conceptuel
d’aide en français dans le matériel complémentaire de cet ouvrage.
avec CMAP Tools

80 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


EXERCICE
3.9 L’objectif général d’une recherche vise à comprendre les motivations des
jeunes cégépiens qui s’engagent dans la réserve de l’Armée canadienne.
À partir des éléments indiqués ici-bas, proposez un schéma d’analyse
conceptuelle qui inclut les concepts, les dimensions et les indicateurs
des dimensions.
Assurance d’un revenu ; Pré-engagement ; Jeunes cégépiens ; Contexte
réexif de la décision ; Prise de la décision ; Engagement dans la réserve ;
Environnement social ; Motivations ; Devoir de citoyen ; Sexe ; Mois et
année d’engagement ; Coût des études ; Caractéristiques socioécono-
miques ; Économique ; Revenu ; Post-engagement ; Situation domiciliaire ;
Pression des pairs ; Réactions des proches ; Âge ; Patriotisme ; Proches
dans l’armée ; Appréciation de la réserve ; Situation de ménage ;
Idéologique.
À partir de votre schéma d’analyse conceptuelle, choisissez deux indi-
cateurs de dimensions et proposez des mesures concrètes.

3.8 La question spécique de recherche


Bien que plusieurs professeurs n’exigent que la question générale de Opérationnalisation
recherche, dans certains cas, le vôtre pourrait vous demander de la préciser Processus qui vise à rendre
davantage an de faciliter l’opérationnalisation de votre problématique, observable le problème de
de manière à structurer votre collecte de données ainsi que l’analyse et recherche en décortiquant
l’interprétation subséquentes. Pour ce faire, vous pourriez formuler une les objectifs ou hypothèses
spéciques de la recherche.
question spécique pour chacune des dimensions associées aux concepts
qui font partie de votre problème de recherche. C’est ce qu’on appelle Question spécique
une question spécique de recherche. Vous pourriez concentrer votre de recherche
recherche sur une seule question spécique ou, parallèlement, sur plusieurs Question visant à préciser une
d’entre elles. question générale de recherche
en fonction d’une dimension
Reprenons le même exemple que celui illustré à la section précédente.
d’un concept donné.
Imaginons que votre question générale de recherche porte sur les compor-
tements de consommation de la génération Y. Vos lectures vous auront
sans doute permis de constater que cette génération dépense davan-
tage que la précédente dans les activités de loisir. Vous aurez alors pro-
posé une hypothèse générale de recherche selon laquelle la génération Y
dépense davantage que la génération précédente. Vous aurez également
pris soin de dénir les concepts « type de consommation » et « généra-
tion Y », de préciser les dimensions à l’étude et de spécier leurs indica-
teurs respectifs. Ainsi, vous aurez pu relever les dimensions « achat de
biens durables », « dépenses dans les services » et « besoins primaires »,
associées au concept « type de consommation ». Le tableau 3.10 (voir
page suivante) présente, pour chacune des dimensions, un exemple de
question spécique de recherche.
C’est ainsi que ces questions spéciques ajoutent des variables aux
dimensions. Votre professeur pourrait vous demander d’en traiter plus d’une
simultanément. Si tel est le cas, vous devriez ajouter ces informations dans
votre schéma d’analyse conceptuelle.

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 81


3.8.1 L’objectif spécique de recherche
ou l’hypothèse spécique de recherche
Si vous avez opté pour des questions spéciques de recherche, vous pourriez
compléter une dernière étape de l’opérationnalisation de la problématique
en formulant un objectif spécique de recherche ou une hypothèse spéci-
que de recherche pour chacune de ces questions.
Rappelons que l’objectif général ou l’hypothèse générale de recherche
est là pour préciser la question générale de recherche. Dans le cas où votre
recherche nécessitait un objectif général de recherche, il vous faut mainte-
Objectif spécique
de recherche
nant, toujours au regard de vos questions spéciques de recherche, aller de
Objectif qui précise le but l’avant avec un ou des objectifs spéciques de recherche. Si vous avez plutôt
à atteindre en relation avec opté pour une hypothèse générale de recherche, vous devez maintenant, à
les questions spéciques la lumière de vos questions spéciques, émettre une ou des hypothèses spé-
de recherche. ciques de recherche. Retenez que, si un objectif spécique vient préciser
le but à atteindre, une hypothèse spécique offre une réponse temporaire
Hypothèse spécique et attendue à la question spécique. L’hypothèse est directionnelle, c’est-à-
de recherche dire qu’elle suppose une tendance donnée aux résultats de recherche.
Proposition de réponse qui découle
d’une question spécique de À titre illustratif, le tableau 3.11 présente les hypothèses spéciques élabo-
recherche et qui doit être soumise rées à partir des questions spéciques identiées au tableau précédent (voir
à la vérication. le tableau 3.10), ce qui permet de démontrer le lien qui unit ces deux étapes.

Tableau 3.10 Des exemples de questions spéciques de recherche

Question générale de recherche : Quels sont les types de consommation de la génération Y ?

Concept Dimensions Questions spéciques de recherche Variables

Achat de biens De quelle manière l’importance accordée au L’importance accordée


durables travail inuence-t-elle l’achat de biens durables ? au travail

Achat de biens Les jeunes de la génération Y pensent-ils Les préoccupations


non durables à l’environnement lorsqu’ils consomment environnementales
des biens non durables ?
Type de
Consommation Les jeunes de la génération Y travaillant et Double occupation
consommation
de services fréquentant l’école consomment-ils davantage (école, travail)
de services ?

Besoins Les jeunes de la génération Y qui sont sur le Type d’occupation


primaires marché du travail dépensent-ils davantage pour
leurs besoins primaires que ceux qui sont encore
aux études ?

Caractéristiques Quelles sont les différences de consommation Lieu de résidence


Génération Y sociodémogra- entre les jeunes de la génération Y de la ville et
phiques ceux qui vivent en région ?

82 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


Tableau 3.11 Des exemples d’hypothèses spéciques de recherche

Question générale de recherche : Quels sont les types de consommation de la génération Y ?

Questions spéciques Hypothèses spéci-


Concept Dimensions Variables
de recherche ques de recherche

Achat de biens De quelle manière L’importance Plus le travail


durables l’importance accordée accordée au travail est important pour
au travail inuence- le jeune, plus il
t-elle l’achat de biens consommera
durables ? de biens durables.

Achat de biens Les jeunes de la Les préoccupations Vérier s’il y a un lien


non durables génération Y pensent- environnementales entre les préoccupa-
ils à l’environnement tions environnemen-
lorsqu’ils consom- tales des jeunes et
ment des biens non la consommation de
durables ? biens non durables.

Type de
Consommation Les jeunes de la Double occupation Les jeunes ayant une
consommation
de services génération Y qui (école, travail) double occupation
travaillent et étudient (école, travail)
consomment-ils consomment davan-
davantage de tage de services que
services ? les autres.

Besoins primaires Les jeunes de la Type d’occupation Les jeunes qui sont
génération Y qui sont sur le marché du
sur le marché du travail dépensent plus
travail dépensent-ils que les étudiants pour
davantage pour leurs leurs besoins
besoins primaires que primaires.
ceux qui sont encore
aux études ?

Caractéristiques Quelles sont Lieu de résidence Les jeunes urbains


sociodémographiques les différences de de la génération Y
consommation entre consomment davan-
Génération Y les jeunes de la tage que ceux qui
génération Y issus vivent en région.
de la ville et ceux
vivant en région ?

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 83


EXERCICE
3.10 Complétez le tableau suivant en y ajoutant les hypothèses
et les objectifs spéciques de recherche.

Question générale de recherche : Quelle est la position de la nouvelle génération


sur l’environnement et le développement durable ?

Concepts Dimensions Questions spéci- Variables Hypothèses


ques de recherche ou objectifs
spéciques

Valeurs Sociales Les comportements L’aspect a)


en matière d’environ- social
nement et de
développement
durable des
étudiants sont-ils
inuencés par
l’aspect social du
problème ?

Personnelles Les femmes Le sexe b)


considèrent-elles
davantage les
critères environne-
mentaux que les
hommes dans leurs
habitudes d’achat ?

Préoccupation Durabilité Le niveau de Le niveau c)


environne- des choix scolarité inuence-t-il de scolarité
mentale les opinions sur les
questions de
développement
durable, notamment
en ce qui a trait aux
enjeux environnemen-
taux et
économiques ?

Connaissance Quelles sont les Le niveau d)


des sujets différences entre de scolarité
les connaissances
des étudiants du
secondaire, du
collégial et de
l’université sur
les enjeux
environnementaux ?

84 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


LE RAPPORT SOUS LA LOUPE

La rédaction du texte de la problématique


Le travail que vous vous apprêtez à accomplir vous sera fort utile au moment de
la rédaction de votre problématique de recherche. Votre enseignant vous propo-
sera peut-être un modèle à suivre, mais, de façon générale, le texte de présenta-
tion de la problématique est composé des parties suivantes :
Introduction
• Présentation du sujet de recherche
• Explications sur les motifs qui ont inspiré le choix du sujet
• Présentation de la question générale de recherche
Problème de recherche (extrait 3.1)
• Dénition du problème de recherche (extrait 3.2)
• Importance scientique et sociale de ce problème (extrait 3.3)
• État de la question ou recension des écrits :
− Description du phénomène (dénitions, faits, statistiques)
− Présentation des théories
− Résultats d’études scientiques. Cela pourra se faire suivant un ordre :
a) thématique (selon les thèmes que l’on retrouve dans la littérature)
b) disciplinaire (aspects politiques, aspects économiques, aspects psycho-
logiques, etc.)
c) chronologique (de l’étude la plus ancienne à l’étude la plus récente ou
inversement)
d) de points de vue (selon les congruences ou divergences scientiques)
− La visée de la recherche (explorer, décrire, expliquer, comprendre, intervenir)

Opérationnalisation
• Analyse conceptuelle
• Questions générales de recherche en lien avec l’état de la question
(extrait 3.4)
• Objectifs généraux ou hypothèses générales de recherche (extrait 3.4)

Conclusion
• Orientation du projet de recherche.
Bien entendu, la façon de structurer sa problématique et l’ordre de présentation
des éléments ne reète pas dèlement les étapes de réalisation, comme vous
pourrez rapidement le constater. Néanmoins, an de demeurer cohérent, nous
vous suggérons de respecter une certaine logique du plus général au
plus spécique et de respecter les normes usuelles en sciences humaines.

Chapitre 3 Élaborer sa problématique 85


Résumé
7 Selon le modèle de l’entonnoir, la problématique de recherche vous per-
met de dénir le problème que vous voulez étudier, de passer de l’abstrait
au concret, et de rendre observable, dans la réalité, votre question géné-
rale de recherche.
7 La recherche documentaire comporte divers types de ressources docu-
mentaires que divers outils de recherche documentaire permettent de
trouver. L’emploi de mots-clés précis facilite grandement la recherche
documentaire.
7 La problématique inclut le problème de recherche, le choix d’une visée de
recherche, l’état de la question, la question générale de recherche.
7 Le problème de recherche dénit les termes et insiste sur l’importance
du problème tout en s’appuyant sur une revue exhaustive des recherches
existantes, ce qui consiste à présenter l’état de la question.
7 Les visées de la recherche vous permettent d’explorer et de décrire un
phénomène humain et social relativement récent. L’explication et la com-
préhension vous permettent d’approfondir un sujet en expliquant les
causes et les facteurs ou en dégageant le contexte général. Vous pouvez
aussi évaluer les besoins et les outils d’intervention.
7 L’objectif général ou l’hypothèse générale de recherche doit répondre à la
question générale en tenant compte de la dénition du problème, particu-
lièrement la visée de la recherche et l’état de la question.
7 L’analyse conceptuelle consiste à opérationnaliser l’objectif général ou
l’hypothèse générale de recherche. Elle inclut la dénition des concepts, le
schéma de l’analyse conceptuelle ainsi que les questions spéciques et les
objectifs et hypothèses spéciques de recherche.
7 Les questions spéciques de recherche peuvent être précisées au moyen
d’objectifs spéciques et d’hypothèses spéciques de recherche.

86 Étape 1 Choisir son sujet de recherche et élaborer sa problématique


2
Choisir et mettre en application
sa méthode de recherche

Étape
Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche
Chapitre 5 Mettre en application sa méthode
de recherche

Comment décrire et mieux comprendre le coming out chez les jeunes


Parvenues à la deuxième étape de leur recherche, Marie-Ève, Christine
et Marie-Christine devaient choisir une méthode qui correspondait au
travail qu’elles avaient réalisé jusqu’alors. Elles ont retenu la méthode
de l’entrevue. Un schéma d’entrevue semi-directif fut alors construit
en s’appuyant sur leur problématique de recherche initiale. Elles ont
ensuite procédé au recrutement des participants de manière à consti-
tuer un échantillon représentatif de la population visée.
C’est à partir de leur schéma d’analyse conceptuelle que les trois
étudiantes ont formulé une quinzaine de questions organisées en fonc-
tion des principales étapes menant au coming out (dimensions sociales
et personnelles).
Évidemment, une telle planication n’a pu prendre forme qu’en pré-
sence de participants qui étaient à l’aise avec l’idée de partager une tranche
intime de leur vie. Elles ont par conséquent choisi de procéder à un échan-
tillonnage non probabiliste, par volontaires. Elles se sont d’abord adres-
sées à des proches qui ont gentiment accepté de participer à leur recherche,
puis elles ont utilisé les réseaux de connaissances de ces personnes.
Une fois ces deux opérations terminées, elles ont pu procéder à la
réalisation des entrevues et à leur enregistrement. Elles ont amorcé
chacune des 12 rencontres en faisant remplir un formulaire de
consentement.
Comme ces trois chercheuses, vous devez vous aussi sélectionner la
méthode de recherche appropriée pour effectuer votre collecte de don-
nées, en vous basant sur le travail réalisé jusqu’à présent. Le chapitre 4
vous aidera à vous familiariser avec l’ensemble des méthodes de recherche
en sciences humaines. C’est au chapitre 5 que vous découvrirez comment
s’emploie de manière plus concrète la méthode que vous aurez retenue.
Chapitre 4
Choisir sa méthode
de recherche

Objectifs Plan du chapitre


d’apprentissage 4.1 Les principales méthodes de recherche
en sciences humaines .............................................. 90
• Décrire et comparer
les principales méthodes Pour aller plus loin Une analyse de contenu particulière :
de recherche en sciences la méthode historique ............................................... 106
humaines. 4.2 Le choix dénitif d’une méthode de recherche........... 108
• Choisir une méthode 4.3 De la population à l’échantillon................................. 110
appropriée en fonction de
Trousse de dépannage Quelques problèmes courants
votre problématique, des
liés à la création de l’échantillon............................... 116
paramètres et des limites
de la recherche. Le rapport sous la loupe La méthode de recherche,
les caractéristiques de la population et la méthode
• Sélectionner un échantillon d’échantillonnage...................................................... 117
ou un corpus approprié à votre
sujet de recherche et à sa Résumé .............................................................................. 117
population.
• Juger et considérer la faisabilité
de la recherche en fonction de
l’échantillon ou du corpus retenu.
• Rédiger la partie du rapport
faisant état des choix
méthodologiques.
Introduction
Avec le choix d’un sujet de recherche et l’élaboration de la probléma-
tique, une première étape de la démarche scientique a déjà été réali-
sée. Ce chapitre marque donc l’amorce de la deuxième étape de cette
démarche, à savoir le choix de la méthode de recherche. Il faut en effet
s’assurer que la méthode retenue permettra de vérier l’hypothèse
posée ou encore d’atteindre l’objectif de recherche qui a été déni lors
de l’élaboration de la problématique. Par ailleurs, elle doit être consé-
quente avec la visée de recherche établie.
Une méthode de recherche permet de rassembler des données, le
plus souvent en rapport avec des comportements, des perceptions ou
des attitudes. Un comportement est une action observable qu’accomplit
une personne (par exemple, aller au cinéma, manger au restaurant ou
se lever durant la nuit). Une perception est la compréhension, le sens
que donne une personne à un phénomène (par exemple, l’économie va
mal en raison des contradictions du système capitaliste, les politiciens
sont corrompus car ils veulent conserver le pouvoir, les femmes exercent
peu les métiers dénis comme masculins en raison de la pression sociale
exercée sur elles). Quant à l’attitude, elle consiste en une prédisposition
à agir qui peut être de nature affective (ne pas aimer les gens hypocrites),
cognitive (croire que toutes les personnes hypocrites sont des manipu-
lateurs qui ont une faible estime d’eux-mêmes) ou comportementale
(prendre ses distances avec un ami qui a fait preuve d’hypocrisie).
Pour vous guider vers le choix judicieux d’une méthode de recherche,
ce chapitre vous propose un survol des possibilités qui s’offrent à vous.
An que vous puissiez appliquer la méthode retenue, il aborde aussi la
question de la sélection par échantillonnage des unités de votre popu-
lation cible. L’application de la méthode et la construction de votre
outil de collecte de données seront vues dans le prochain chapitre.
Il faut savoir que, pour certains chercheurs, il est parfois plus juste de
parler de techniques que de méthodes pour désigner l’observation, le son-
dage ou l’entrevue. Néanmoins, il n’existe pas dans les faits de réel consen-
sus entre les chercheurs des différentes disciplines des sciences humaines
sur l’importance de faire une telle distinction. En ce qui nous concerne,
nous traiterons des méthodes, puisqu’elles font référence à un ensemble
théorique et technique. La méthode englobant à la fois la réexion épis-
témologique et pratique inclut la construction de l’outil de cueillette de
données. Ce concept est plus porteur dans le cadre d’une recherche en
sciences humaines. Mais avant de construire votre outil de cueillette, il
vous faut connaître les diverses méthodes an de faire un choix éclairé.
4.1 Les principales méthodes de
recherche en sciences humaines
Compte tenu de l’objectif, ou de l’hypothèse de recherche, que vous avez
retenu, vous devez choisir une méthode de recherche qui vous permettra
de recueillir vos données et de constituer votre échantillon le plus effica-
cement possible. Pour bien connaître les outils dont disposent les cher-
cheurs en sciences humaines et éclairer votre choix, il importe de passer
en revue chacune des méthodes existantes. Qu’il s’agisse de l’observa-
tion, de l’entrevue, du sondage, de la méthode expérimentale ou de
l’analyse de contenu écrit et visuel, il faut savoir que chaque méthode
comporte des avantages et des inconvénients et qu’aucune n’est à prio-
riser plus qu’une autre. Cela dépend de l’avancement des connaissances
dans le domaine, de la visée de recherche, de la problématique et de la
population à l’étude. Aussi, l’ordre dans lequel nous avons choisi de les
présenter dans ce chapitre n’a pas de signification particulière. Aucune
méthode n’est meilleure que les autres ; la méthode (ou la combinaison
de méthodes) que vous devrez adopter est celle qui vous sera la plus utile
au regard du contexte de réalisation de votre recherche.

4.1.1 L’observation
Observation Observer, c’est scruter des comportements, c’est-à-dire des actions concrètes
Méthode de recherche qui consiste et observables accomplies par un individu ou un groupe d’individus. Il n’y a
à scruter une situation donnée pas d’intermédiaire entre l’observateur et son sujet : ils sont en relation
à travers les comportements
directe ou indirecte. La méthode de l’observation livre donc à l’observateur
d’individus ou leurs interactions
des renseignements précis sur le phénomène observé an qu’il puisse établir
sociales.
un portrait ciblé d’une réalité donnée, et ce, à partir d’une grille d’observation,
La méthode de l’observation peut peu importe le contexte.
servir à observer d’un œil scientique
des personnes ou des lieux. Cette méthode est surtout utilisée en sciences humaines à des ns
exploratoires pour des sujets de recherche sur lesquels on connaît
peu de choses. Généralement, elle est appliquée en fonction d’un
terrain précis, à savoir le lieu où se déroule l’activité, mais elle peut
aussi avoir lieu dans un laboratoire de recherche, essentiellement
en psychologie. L’observation constitue donc, dans la plupart des
cas, une recherche de terrain dans la mesure où le travail ne se
déroule pas dans le bureau du chercheur, mais parce qu’il oblige
le chercheur à en sortir pour se rendre là où se trouvent les sujets
à observer. Ainsi, si vous avez choisi comme thème de recherche
le respect des règles de bienséance dans les transports en commun
selon la catégorie d’âge des individus, vous pourriez l’aborder en
observant de près et en notant les comportements, l’attitude et les
interactions des passagers d’un autobus fréquenté de votre ville en
fonction de leur environnement.
La méthode de l’observation est le plus souvent qualitative, dans
la mesure où elle tente avant tout de circonscrire une réalité nuan-
cée et constamment en mouvement : celle des interactions ou des

90 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


comportements humains dans leur milieu de vie. Toutefois, elle n’exclut pas
la dimension quantitative, que ce soit au cours de la collecte de données ou
de leur traitement statistique. Ainsi, dans votre recherche sur le respect des
comportements de bienséance des individus dans les transports en commun,
l’observation pourrait à la fois vous permettre de dresser une liste d’éléments
signicatifs (approche qualitative), puis de dénombrer (approche quantitative)
les comportements et attitudes de bienséance observés selon les catégories d’âge.

Les types d’observation et leur contexte


Lorsque vous aurez déterminé l’objet de votre observation, vous devrez
choisir le type d’observation que vous allez mener, ce qui revient à évaluer
votre niveau de participation à l’observation et votre manière de la conduire.
La problématique, en particulier votre visée et votre hypothèse ou objectif
de recherche, doit orienter le type d’observation choisi. De plus, certaines
contraintes (par exemple, le temps disponible ou l’accessibilité au lieu)
peuvent vous aider à sélectionner le type d’observation le plus approprié.
Le tableau 4.1 présente les types d’observation et leur contexte.
On trouve essentiellement deux grands types d’observation en sciences Observation naturelle
humaines, soit l’observation naturelle et l’observation expérimentale. L’ob­ (directe ou in situ)
servation naturelle (directe ou in situ) est réalisée dans un milieu naturel par un Observation réalisée
observateur qui doit s’intégrer au terrain d’observation sans changer les inte- dans le milieu habituel
ractions qui s’y déroulent habituellement. Les chercheurs en sociologie et en des personnes observées.
anthropologie, notamment, ont très souvent recours à ce type d’observation.
Observation expérimentale
Quant à l’observation expérimentale (ou contrôlée), elle se fait en laboratoire
(contrôlée)
ou dans un univers simulé. Elle est parfois lmée, de manière à s’assurer qu’on Observation qui se fait en laboratoire
ne manque aucun détail de l’expérience. Ce type d’observation est davantage ou dans un univers simulé.
utilisé par les chercheurs en psychologie et en marketing.

Tableau 4.1 Les types d’observation et leur contexte

Observations Contextes d’observation Exemples

Types d’observation Naturelle ou • Naturelle : Observation des athlètes dans le centre


expérimentale sportif de votre cégep.
• Expérimentale : Observation de goûteurs de chocolat
dans un laboratoire.

Degrés de participation Participative ou • Participative : Vous vous entraînez avec les sportifs
non participative du centre.
• Non participative : Vous vous asseyez en retrait et
regardez les gens goûter les chocolats et discuter.

Manières de la conduire Dissimulée ou • Dissimulée : Vous êtes caché derrière une vitre de
non dissimulée laboratoire et vous observez les gens qui dégustent
le chocolat.
• Non dissimulée : Vous êtes nouveau parmi les athlètes,
ce qui vous identie rapidement.

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 91


Observation participante Quel que soit le type d’observation choisi, il importe de dénir les
Observation où l’observateur joue modalités de l’observation, c’est-à-dire la façon dont l’observateur doit
un rôle actif dans le déroulement s’y prendre pour la réaliser. Selon le contexte, il pourra être utile de faire
de la situation observée. une observation participante ou une observation non participante. Pre-
nons l’exemple d’une recherche que vous voulez effectuer sur les dyna-
Observation non participante
Observation qui se déroule sans
miques sociales dans un bazar de quartier. Après discussion avec les
que l’observateur joue un rôle responsables, vous choisissez cet endroit comme lieu d’observation natu-
quelconque dans le déroulement relle. Dans ce cas, une observation participante implique que vous soyez
de la situation observée ; il peut être vous-même bénévole à ce bazar, par exemple en vendant des objets au
identié comme observateur ou non. prot d’une œuvre de charité. Toutefois, si les contacts avec des inconnus
vous mettent mal à l’aise, vous devriez opter pour une observation non
participante qui consistera, par exemple, à observer les sujets en vous
tenant en retrait.
Observation dissimulée Par ailleurs, quel que soit le degré de participation, il est également
Observation qui se déroule sans possible de pratiquer une observation dissimulée ou une observation non
que l’observateur soit visible dissimulée. Supposons que votre sujet de recherche vise cette fois à mieux
ou que son rôle soit connu comprendre les réactions des gens face à des scènes de violence. Si vous
des personnes observées. optez pour une observation dissimulée, vous pourrez, par exemple, noter
les comportements de vos sujets en vous cachant derrière une vitre de
Observation non dissimulée
laboratoire ; de cette manière, vous pourrez les observer sans qu’ils vous
Observation où les personnes
observées ont connaissance voient. Par contre, si vous choisissez de faire une observation non dis-
de la présence d’un observateur. simulée, les participants auront connaissance de votre présence puisque
vous vous trouverez parmi eux, ce qui peut, parfois, biaiser les résultats.
Par exemple, lors d’une observation dans une fête, si vous ne faites pas
partie du groupe d’amis présents ou que vous révélez vos intentions dès le
début, ils pourraient modier leur comportement an de mieux paraître
devant vous.

Les objets de l’observation


Objet de l’observation Avant de mener une observation, il convient de préciser ce qu’on veut obser-
Interaction sociale ou production ver, ce que les chercheurs nomment l’objet de l’observation. D’une manière
humaine qui peut être observée. générale, on reconnaît quatre grandes catégories d’objets, qui sont présen-
tées dans le tableau 4.2 : les cérémonies sociales, les interactions humaines
spontanées, les comportements humains individuels et les lieux et les objets
environnants1.

Les considérations éthiques de l’observation


Peu importe le type d’observation effectué, il faut tenir compte des enjeux
éthiques liés à cette méthode. Outre les caractéristiques générales indiquées
dans la section 1.7 du chapitre 1, la méthode d’observation est particulière,
Réaliser une observation
car elle pourrait nécessiter le recours à un formulaire de consentement.
Cela dépend du contexte de réalisation. Si vous n’avez pas recours à un tel
formulaire, car votre recherche est dissimulée, vous ne pouvez pas prendre
de photos, enregistrer ou lmer votre observation. Par ailleurs, vous devez

1. Stéphane BEAUD et Florence WEBER, Guide de l’enquête de terrain : produire et analyser


des données ethnographiques, Paris, La Découverte, 2003, p. 147 (Coll. « Guides Repères »).

92 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Tableau 4.2 Les catégories d’objets de l’observation

Catégories d’objets de l’observation Dénition Exemples

Cérémonies sociales Il s’agit d’interactions humaines • Observation d’un enterrement


organisées, structurées et signi- de vie de garçon
antes où l’on observe les rites • Observation d’un bal de nissants
d’une culture donnée.

Les interactions humaines Il est question ici de comportements • Observation des comportements
spontanées observables mettant en présence des vendeurs d’un magasin de
plus de deux individus. vêtements en fonction du style
vestimentaire d’un client.
• Observation en laboratoire des
interactions de bambins franco-
phones et anglophones qui jouent
ensemble.

Les comportements humains Ces comportements se rapportent • Observation des comportements


individuels à toutes les actions physiques ou d’un échantillon d’individus
verbales exécutées par une per- inscrits dans un centre sportif an
sonne et qui sont objectivement de relever d’éventuels comporte-
observables. ments non verbaux manifestant
des signes d’impatience.

Les lieux et les objets environnants Il s’agit d’un environnement physique • Observation des lieux de rassem-
donné qu’on cherche à décrire. blement d’une communauté
autochtone ou encore des graftis
dans un quartier défavorisé.

faire en sorte que les individus observés ne soient pas identiables dans la
rédaction de votre recherche.
Ainsi, plusieurs options s’offrent au chercheur qui veut réaliser une Le sujet du suicide chez les
personnes âgées pourrait mener à
observation. Quel que soit le type d’observation choisi, nous verrons au cha­
un travail de recherche intéressant,
pitre 5 que l’observateur doit toujours rendre compte de ses observations en mais il se prête mal à la méthode
prenant des notes et en les transcrivant dans une grille d’observation, pour de l’observation.
qu’elles puissent être dénombrées, analysées et interprétées.

Le choix de l’observation
An d’évaluer adéquatement la méthode de recherche que consti­
tue l’observation, vous devez, toujours en relation avec votre
sujet de recherche, peser à la fois le pour et le contre d’une telle
méthode. Le tableau 4.3, à la page suivante, présente les avan­
tages et les inconvénients de cette méthode.
Comme toutes les autres méthodes, l’observation nécessite
une préparation minutieuse, mais elle permet d’être dans le feu

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 93


Tableau 4.3 Les avantages et les inconvénients de la méthode d’observation

Avantages Inconvénients

+ C’est la méthode idéale pour explorer – Puisque les résultats de l’observation dépendent de l’observateur
ou décrire un sujet de recherche pour lui-même, le processus d’observation laisse la place à la subjec-
lequel il existe peu de documentation. tivité, car l’observateur peut non seulement être inuencé par
l’expérience qui se déroule, mais il pourra aussi avoir tendance
+ Puisqu’elle est effectuée sur à l’interpréter à partir de ses propres valeurs. Autrement dit, il
le terrain, elle permet de prendre est très difcile de faire une observation tout à fait objective,
en compte le contexte global du même si le pré-test de la grille d’observation peut atténuer
phénomène étudié en faisant appel cet inconvénient.
à plusieurs sens (par exemple,
ce qu’on voit, entend ou sent). – L’observation est peu utile pour analyser des phénomènes humains
trop larges. Ainsi, cette méthode ne sera sans doute pas appropriée
si votre sujet de recherche concerne l’impact des politiques
gouvernementales sur la consommation de drogue des adolescents
ou le suicide chez les personnes âgées.

de l’action, sur le terrain. Il vous faudra cependant observer avec l’œil d’un
chercheur. Pour vous soutenir dans vos efforts, vous trouverez au chapitre 5
plusieurs suggestions qui vous aideront à mener à bien une observation.
Voir la section 5.1 du chapitre 5 pour l’application technique de la
méthode de l’observation et pour la construction de l’outil de cueillette
de données.

4.1.2 L’entrevue
Entrevue L’entrevue, ou entretien, est une méthode de recherche qui vise à obtenir
Méthode de recherche qui consiste d’une personne des renseignements, des représentations, des perceptions ou
à écouter et observer un ou des des motivations qui sont en lien avec le phénomène à l’étude. Elle s’appuie
individus dans le but de dégager sur un échange, c’est-à-dire sur une relation interpersonnelle entre un ou des
les éléments signicatifs de leur intervieweurs et une ou plusieurs personnes interviewées. Le contact s’effec-
discours et, parfois, leur langage
tue à l’aide d’un outil de collecte de données, soit le schéma d’entrevue, qui
non verbal.
peut être semi-directif ou non directif. Puisque la conduite d’une entrevue
demande une grande préparation et que l’analyse des données exige qu’on y
consacre un peu plus de temps que pour d’autres méthodes, il est essentiel de
sélectionner judicieusement son échantillon. Il doit se limiter à quelques
personnes, chacune devant permettre de décrire ou de comprendre le
phénomène étudié en fonction des enjeux qui ont été déterminés lors de
l’élaboration de la problématique.
Imaginons que vous vous intéressez à la question de l’identité nationale au
Québec dans le contexte de la mondialisation. Vos lectures préliminaires vous
ont permis de constater que les jeunes de 18 à 34 ans appuient la souveraineté
selon trois modèles théoriques dénis : le modèle sociodémographique (qui
joue un rôle moins important qu’il n’y paraît), le modèle sociopsychologique

94 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


et le modèle des coûts-bénéces2. Votre équipe décide
donc de dégager les représentations de l’identité natio-
nale de jeunes selon ces trois modèles théoriques. L’en-
trevue pourrait alors s’avérer un choix judicieux pour
mener une telle recherche, puisqu’elle vous permettrait
d’interroger en profondeur les participants à propos de
leur conception de l’identité nationale.
Vous pourriez n’utiliser que l’entrevue comme
méthode de collecte de données pour votre recherche.
Toutefois, vous pourriez aussi n’y recourir qu’au
tout début de la recherche, à titre d’exploration,
an de décrire en tout ou en partie un phénomène.
Par exemple, pour tenter de cerner le phénomène de Lors d’une entrevue, un restaurateur
la délinquance en milieu rural, vous pourriez commencer par mener des pourrait expliquer comment les
entrevues auprès d’intervenants sociaux. Elles vous aideraient à bien déli- embauches étudiantes varient selon
miter votre sujet de recherche ainsi que la problématique qui y est rattachée. la période de l’année.
Enn, l’entrevue peut également être employée en n de parcours, comme
complément d’une étude effectuée à l’aide d’une autre méthode. Ainsi,
vous pourriez interviewer un dirigeant d’entreprise an qu’il commente
les résultats d’un sondage que vous avez réalisé sur les emplois d’été étudiants
dans votre région.

Les types d’entrevues et la manière de les conduire


Les entrevues peuvent, selon les besoins, être menées de manière semi-
directive, non directive ou directive. Par contre, dans ce dernier cas, l’entre-
vue doit être menée dans le cadre d’un sondage. Référez-vous à la section
4.1.3 pour plus de détails.
L’entrevue semi-directive. Cette manière de conduire une entrevue est la Entrevue semi-directive
plus classique. Il s’agit d’interroger des personnes, la plupart du temps de Entrevue qui consiste à interroger
façon individuelle, à l’aide d’un schéma d’entrevue élaboré selon les aspects un ou des individus à l’aide de
et les thèmes établis à l’étape de l’élaboration de la problématique. Les ques- questions ouvertes couvrant
tions, qui sont ouvertes et exhaustives, permettront de recueillir les éléments l’ensemble des aspects et des
de réponse qui ont un lien direct avec la problématique. thèmes établis lors de l’élaboration
de la problématique.
L’entrevue non directive. Elle vise à laisser les individus s’exprimer libre-
ment sur le sujet à l’étude. Pour ce faire, l’intervieweur doit bien prépa- Entrevue non directive
rer le déroulement complet de l’entrevue, car l’entrevue non directive n’est Entrevue au cours de laquelle les
pas synonyme d’improvisation. Au contraire, ce type d’entrevue demande individus s’expriment librement sur
autant de préparation que l’entrevue semi-directive, sinon davantage dans le sujet à l’étude, et qui comporte
peu d’interventions de la part de
certains cas. Par exemple, pour bien comprendre le récit de son interlocu-
l’intervieweur.
teur, il peut être nécessaire de faire des recherches supplémentaires sur le
pays d’origine de la personne interrogée ou encore sur le contexte sociopoli-
tique qui existait à une certaine époque. Par ailleurs, lors de ce type d’entre-
vue, l’intervieweur intervient rarement ; il le fait surtout par les synthèses
qu’il réalise en cours de route an de témoigner de son écoute et de s’assurer

2. Éric BÉLANGER et Andrea M.L. PARRELLA, « Facteurs d’appui à la souveraineté du


Québec chez les jeunes : une comparaison entre les francophones, les anglophones et les
allophones », Politique et Sociétés, vol. 27, no 3, (2008), p. 23.

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 95


qu’il a bien compris les propos tenus par son inter-
locuteur. Ces brèves interventions de l’intervieweur
peuvent aussi inciter la personne interviewée à réé-
chir davantage aux idées qu’elle a exprimées jusque-là.
Quelquefois, en vue de mieux comprendre ce qui est
dit, l’intervieweur peut rendre l’entrevue plus active,
par exemple en analysant avec le participant le sens
de ses propos ou en intervenant plus précisément sur
certains aspects du sujet à l’étude. L’avantage de cette
façon de faire est que le discours tenu par le partici-
pant est continu et construit par lui seul. Le propos
n’est donc pas orienté par un schéma construit par
les chercheurs. Toutefois, il se peut que les chercheurs
Un groupe de discussion permet n’aient pas obtenu les données dont ils avaient besoin pour mener à bien
de prendre connaissance des leur recherche selon la problématique dénie.
propos des participants, mais aussi
d’observer leurs interactions. Le tableau 4.4 présente les types d’entrevues qui s’offrent à vous si
vous décidez de recourir à cette méthode de recherche. Les types d’entre-
vue sont l’entrevue classique, qui peut se dérouler in situ ou non, le récit
de vie, l’entrevue par courriel, le groupe de discussion ainsi que l’entre-
vue par clavardage. Le choix du type d’entrevue est bien sûr lié à votre
problématique.

Tableau 4.4 Les types d’entrevue

Types Manières de conduire


Caractéristiques Exemples
d’entrevue l’entrevue

Entrevue Semi-directive ou • L’environnement et la date • Si votre recherche porte sur les


classique non directive de l’entrevue sont établis par motivations de la persévérance
et entrevue les parties en fonction des scolaire chez les étudiants atteints
in situ disponibilités de la personne de TDAH, vous pourriez réaliser vos
interviewée. entrevues à l’aide d’un schéma
• L’entrevue classique s’effectue semi-directif avec des étudiants
dans un lieu préétabli, alors volontaires.
que l’entrevue in situ se • Si elle porte sur les facteurs
déroule dans le cadre naturel d’isolement chez les personnes
de la personne interviewée âgées, vous pourriez réaliser des
(par exemple, à son domicile). entrevues in situ dans une résidence
pour personnes âgées.

Récit de vie Non directive • Le récit de vie consiste à • Si votre recherche s’intéresse aux
laisser un individu s’exprimer facteurs de réussite d’une entreprise
librement à propos de son vécu familiale, vous pourriez rencontrer
à travers un récit qui suit un des entrepreneurs qui accepteraient
cadre temporel plus ou moins de raconter l’histoire de leur
linéaire. entreprise.
• La personne interviewée donne
elle-même un sens à son
histoire passée et présente.

96 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Tableau 4.4 Les types d’entrevue (suite)

Types Manières de conduire


Caractéristiques Exemples
d’entrevue l’entrevue

Entrevue par Semi-directive ou • Le canevas de l’entretien est • Si votre recherche porte sur la
courriel non directive envoyé par courriel à la conciliation études et sport de haut
personne interviewée, qui le niveau, vous pourriez mener des
remplit et le retourne dans les entrevues par courriel auprès
délais préalablement établis. d’étudiants de votre cégep qui sont
aussi des athlètes. Ceux-ci étant
souvent en déplacement, le courrier
électronique pourrait faciliter la
réalisation des entrevues.

Groupe de Semi-directive • Le groupe de discussion • Si votre recherche concerne les


discussion permet à un intervieweur motivations des jeunes à prendre
(focus group) d’interroger simultanément part à des activités de sensibilisa-
plusieurs personnes. L’objectif tion à certaines causes sociales,
est de recueillir les propos des vous pourriez animer quelques
gens interviewés, mais aussi groupes de discussion composés
de noter leurs interactions d’étudiants de votre cégep engagés
sociales. socialement. Vous pourriez ainsi
noter leurs interactions sociales.

Entrevue par Semi-directive • L’entrevue par clavardage • Si votre travail de recherche consiste
clavardage se déroule dans un forum à établir le portrait type d’un amateur
de discussion sur Internet. de téléréalité, vous pourriez créer un
Les personnes interviewées forum de discussion où vous
peuvent utiliser des pseudo- inviterez les internautes à se décrire
nymes de manière à préserver et à expliquer leur intérêt pour ce
leur anonymat, ce qui leur genre d’émission.
procurera une plus grande
liberté d’expression.
• L’intervieweur agit à titre
d’animateur et de modérateur.

Les typologies des données recueillies par l’entrevue


L’entrevue vise à obtenir quatre types de données : les renseignements, les
représentations, les perceptions ou les motivations des personnes interrogées.
Elles sont présentées dans le tableau 4.5, à la page suivante.

Les considérations éthiques de l’entrevue


Outre les prémisses éthiques générales de la section 1.7 du chapitre 1, l’en-
trevue exige que vous ayez recours à un formulaire de consentement. Vous
êtes responsable de vous assurer que la personne interviewée comprend les
enjeux reliés à votre recherche dans la mesure où une relation particulière se
développe entre les individus lors d’une entrevue. Une relation de conance
et un contexte de condence se mettent en place tout au long de l’entretien,
ce qui peut amener une personne à s’ouvrir davantage, d’où l’importance
d’un formulaire de consentement clair. L’entrevue est parfois lmée ou

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 97


Tableau 4.5 Les types de données de l’entrevue

Types de données Dénition Exemple

Renseignements Informations factuelles ou analytiques Interroger un politologue sur la campagne


provenant d’un expert. électorale municipale en cours.

Représentations Réalité construite par un individu. Interroger des familles de la classe moyenne
quant à la situation économique actuelle.

Perceptions Compréhension, sens que donne une Interroger des adolescents à propos de leurs
personne à un phénomène difcultés scolaires.

Motivations Raisons sous-jacentes aux comporte- Interroger des pères de famille qui s’octroient
ments des individus le congé parental.

enregistrée pour des ns de traitement de données. N’oubliez pas d’obtenir


l’accord du participant tout en lui spéciant que seuls les membres de
l’équipe auront accès à ces enregistrements et qu’ils seront détruits à la n
de la recherche. Prenez le temps de bien expliquer les enjeux liés à votre
recherche aux participants.
Il faut savoir aussi que, lorsque vous menez une entrevue, vous devez faire
preuve d’empathie envers le participant et tenter de comprendre sa situa-
tion, mais sans vous engager pour autant sur le plan émotionnel. Le cher-
cheur doit en effet demeurer objectif an de réaliser une analyse rigoureuse
des propos qu’il recueille. De plus, que vous optiez pour une entrevue semi-
directive ou pour une entrevue non directive, vous devrez également rééchir
à ses conditions de réalisation. Votre choix doit donc s’effectuer en fonction
de votre problématique, en particulier la visée de la recherche et l’hypothèse
ou l’objectif, mais aussi dans le respect des préférences des personnes inter-
viewées qui vous accordent généreusement de leur temps.

Le choix de l’entrevue
Bien que l’entrevue soit une méthode de recherche attrayante, il faut savoir
que, à l’instar des autres méthodes, vous devez prendre en considération non
seulement votre sujet de recherche et vos objectifs, mais aussi les avantages
et les inconvénients de cette méthode, qui sont présentés dans le tableau 4.6.
Voir la section 5.2 du chapitre 5 pour l’application technique de la méthode
de l’entrevue et pour la construction de l’outil de cueillette de données.
Sondage
Méthode de recherche qui utilise
le questionnaire comme outil de 4.1.3 Le sondage
collecte de données an
de mesurer des attitudes, Le sondage est sans doute la méthode de recherche la plus connue. Presque
des opinions, des perceptions quotidiennement, nous prenons connaissance des résultats de tel ou tel son-
ou des comportements. dage dans les journaux, à la télévision ou à la radio, tandis qu’en période

98 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Tableau 4.6 Les avantages et les inconvénients de la méthode de l’entrevue

Avantages Inconvénients

+ Elle offre de la exibilité dans son application. Il est – Il se peut que, malgré toutes les précautions qui ont
possible en effet d’ajouter une question an d’appro- été prises, les individus sélectionnés ne puissent pas
fondir un aspect soulevé par l’interlocuteur, voire fournir les données nécessaires à la poursuite de la
d’inclure une dimension qui a été oubliée lors de recherche, soit parce qu’ils manquent de renseigne-
l’élaboration de la problématique. ments, soit parce qu’ils craignent d’être jugés, soit
parce qu’ils ont de la difculté à exprimer clairement
leurs idées.
+ Elle permet d’explorer un objet de recherche
peu connu.
– Les entrevues demandent d’investir du temps, non
seulement pour leur réalisation proprement dite,
+ Elle permet d’approfondir un phénomène.
mais aussi pour les déplacements, la transcription
et l’analyse des propos recueillis. C’est pourquoi le
+ Elle permet de dégager la signication du vécu temps alloué à une seule entrevue est généralement
des acteurs d’un phénomène. long. Pour ce qui est des entrevues de groupe, il
peut aussi s’avérer difcile de trouver un moment
qui convienne à tous les participants.

électorale, les stratèges politiques s’inspirent grandement des sondages


d’opinion, qui permettent aux médias d’augmenter leur tirage ou leurs cotes
d’écoute. On y présente, entre autres, les intentions de vote de la population
par rapport aux partis politiques en lice et son appréciation générale à
l’égard de certaines promesses électorales.
Globalement, le sondage sert généralement à mesurer des attitudes, des
opinions, des perceptions ou des comportements d’une population dans le
but de dresser le portrait d’une réalité sociale donnée. Il s’appuie le plus
souvent sur un questionnaire pour colliger les données.

Les types de sondages et leur contexte


Même si les chercheurs utilisent parfois le terme « enquête » pour parler
d’un « sondage », il n’en demeure pas moins que ce dernier est encore celui
qu’on utilise le plus couramment. Il n’existe pas de typologie classique des
sondages, mais il est possible de les distinguer en fonction de leur ampleur
ou de leur objectif, qui est de sonder les individus pour mieux connaître
leurs opinions, leurs comportements, leurs attitudes ou leurs perceptions.
Le tableau 4.7, à la page suivante, présente les principaux types de
sondages.
Il faut noter que les sondages ne sont pas exclusifs. Il est possible de mesu-
rer des opinions, des comportements, des attitudes et des perceptions dans
un même sondage. Les sections sont habituellement distinctes les unes des
autres.

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 99


Tableau 4.7 Les principaux types de sondages

Types de sondages Caractéristiques Exemple

Sondage exhaustif Le sondage exhaustif (ou recensement) Le recensement canadien, qui est
recense et compile les réponses de réalisé tous les cinq ans.
toutes les personnes composant une
population donnée.

Sondage d’opinion Le sondage d’opinion est généralement Demander aux participants s’ils trouvent
effectué auprès d’une partie de la que les sentences criminelles sont
population et vise à connaître l’avis sufsamment sévères au Canada,
des individus sur un sujet précis. en fonction du type de crime commis.

Sondage de comportement Le sondage de comportement cherche Demander aux participants combien


à connaître les habitudes et les compor- de fois par an ils vont au cinéma, quels
tements des individus. Souvent utilisé genres de lms ils vont voir, quel montant
en marketing, il fournit une information d’argent ils dépensent en moyenne pour
précieuse aux entreprises qui établissent cette activité, etc.
des portraits de consommateurs.

Sondage d’attitude Le sondage d’attitude vise à interroger Interroger les individus an de connaître
les individus an de mesurer leurs leur intention de participer éventuelle-
attitudes par rapport à une thématique ment à une émission de téléréalité ou
donnée ou leurs prédispositions à agir. à un jeu-questionnaire.

Sondage de perception Le sondage de perception a pour objectif Demander aux participants comment
de mesurer les représentations que se ils perçoivent un emballage ou une
font les individus d’une réalité donnée. publicité.

Les considérations éthiques du sondage


En plus des conseils généraux concernant l’éthique de la section 1.7 du
chapitre 1, la méthode du sondage requiert l’utilisation systématique d’un
formulaire de consentement complet. Il faut prévenir les participants de la
nature du questionnaire an de ne pas les brusquer et respecter le refus pos-
sible de certains répondants. Le consentement des répondants doit être
éclairé dans le sens où ils doivent comprendre comment les données recueil-
lies seront utilisées et dans quel contexte. Par ailleurs, c’est votre rôle de
vous assurer qu’ils ont lu le formulaire de consentement, qu’ils comprennent
tout ce qu’il comporte et qu’ils consentent à l’utilisation des données. N’ou-
bliez pas de leur indiquer que l’anonymat est garanti et que les question-
naires seront détruits à la n du projet.

Le choix du sondage
Avant de choisir le sondage comme méthode de recherche, vous devez éva-
luer s’il convient bien à votre sujet de recherche et à votre problématique. Le
tableau 4.8 présente les avantages et les inconvénients de cette méthode.

100 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Tableau 4.8 Les avantages et les inconvénients de la méthode du sondage

Avantages Inconvénients

+ Le sondage permet de rejoindre un large échantillon – Le succès du sondage repose sur une bonne
de participants, et ce, peu importe le mode de formulation des questions. Comme il est difcile de
distribution du questionnaire. De plus, on peut bien cerner le niveau de compréhension ou d’interpré-
réaliser un sondage très rapidement, que ce soit par tation des participants pour chacune des questions, il
téléphone, par Internet, par courrier, en face à face est toujours possible qu’une réponse ne mesure pas
ou dans une rencontre de groupe. réellement ce que le chercheur souhaite mesurer.

+ Il permet de recueillir un nombre imposant de données – Les répondants peuvent biaiser les résultats en
quantitatives, dont le traitement peut être grandement falsiant leurs réponses. Ils peuvent tenter de donner
facilité par la technologie. En effet, il est aujourd’hui la réponse qu’ils croient être la bonne ; c’est ce qu’on
possible, avec des logiciels de traitement statistique appelle la « désirabilité sociale ».
performants (SPSS ou Excel, par exemple), de
procéder à de nombreuses analyses en peu de temps.

Quoi qu’il en soit, pour construire un bon questionnaire, il est important


de dénir adéquatement ce que vous cherchez à mesurer et de vous assurer
que vous employez la bonne terminologie. Un questionnaire doit en effet
être élaboré avec minutie. Il doit tenir compte de la population sondée (et de
son niveau de langage), procéder selon un ordre logique et être rédigé selon
des normes établies.
Voir la section 5.3 du chapitre 5 pour l’application technique de la méthode
du sondage et pour la construction de l’outil de cueillette de données.

4.1.4 La méthode expérimentale


Inspirée des sciences de la nature, la méthode expérimentale est souvent Méthode expérimentale
employée pour isoler un lien de causalité entre différents phénomènes ou Méthode de recherche qui
réalités appelés « variables ». Cette méthode implique essentiellement que le compare différents groupes
chercheur observe l’effet d’une variable (la variable indépendante) sur une d’individus soumis à une
autre variable (la variable dépendante). Pour ce faire, il doit contrôler, dans expérience an d’isoler et
d’observer un lien de causalité
la mesure du possible, toutes les autres variables susceptibles d’intervenir
entre une variable indépendante
an de s’assurer que le changement mesuré est le résultat direct de la variable
et une variable dépendante.
indépendante et établir alors un lien causal (ceci cause cela).
Comme c’est le cas pour plusieurs méthodes de recherche, il faut, pour
procéder à une expérimentation, être capable de traduire des concepts et des
phénomènes en réalités mesurables et observables. Prenons l’exemple d’une
recherche voulant mesurer l’effet du bruit sur la concentration des étudiants.
Il semble bien entendu impossible de saisir les effets réels du bruit sur la
qualité de la pensée. Pour remédier à cette difculté, on pourrait évaluer
la qualité de la pensée au moyen de résultats relatifs à une tâche cognitive
donnée, par exemple ordonner des énoncés du général au particulier ou
encore répondre à des questions mathématiques simples. Bien souvent, le
chercheur peut, de cette façon, mesurer directement et précisément, à l’aide

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 101


d’appareils, de tests standardisés ou de grilles d’observation, des attitudes,
des aptitudes ou des comportements donnés.
Groupe contrôle La méthode expérimentale se réalise souvent en laboratoire an que le
Dans le cadre de la méthode chercheur puisse plus facilement contrôler les conditions de l’expérience et
expérimentale, groupe d’individus la manière dont elle se déroulera. En effet, cette méthode de recherche exige,
qui n’est pas soumis à la variable au cours de la collecte de données, un contrôle de l’ensemble des autres
indépendante. facteurs qui pourraient inuer sur le phénomène à l’étude. C’est pourquoi la
méthode expérimentale a souvent recours à un groupe contrôle, qui n’est pas
Groupe expérimental
exposé aux effets de la variable indépendante, et à un (ou plusieurs) groupe
Dans le cadre de la méthode
expérimentale, groupe d’individus expérimental, qui, au contraire, subit les effets de la variable indépendante.
qui est exposé à la variable Pour mesurer l’effet de la variable indépendante sur la variable dépendante
indépendante. et procéder à l’expérimentation, le chercheur utilise ce qu’il est convenu d’ap-
peler un plan expérimental (parfois nommé schème expérimental) qui est la
Plan expérimental
planication de l’expérimentation. L’outil de collecte de données peut varier
(schème expérimental)
Méthode employée au cours de en fonction de l’expérimentation. Il s’agit alors de constituer des groupes de
l’expérimentation pour mesurer les sujets et de faire varier une seule variable d’un groupe à l’autre an de mesu-
effets d’une variable sur une autre rer l’effet que celle-ci produit. Les groupes doivent être équivalents en ce
variable en constituant des groupes qui concerne le nombre de sujets et les caractéristiques pouvant inuer sur
comparables. la variable dépendante (sexe, âge, personnalité, état de santé, etc.). Ainsi, si
vous cherchez à mesurer comment la capacité à réaliser une tâche cognitive
complexe est inuencée par la présence d’une personne derrière soi, vous
pourriez former trois groupes composés d’individus choisis au hasard, mais
qui ont les mêmes caractéristiques (sexe, âge, personnalité, état de santé,
etc.). Dans le premier groupe, chaque participant aurait à résoudre une grille
de sudoku alors qu’une personne se tiendrait debout derrière lui, à une dis-
tance d’un mètre, et l’observerait ; dans le deuxième groupe, la personne qui
observe se tiendrait cette fois tout juste derrière le participant ; enn, dans
le groupe de contrôle, le participant remplirait la grille de sudoku sans que
personne ne l’observe. L’analyse des résultats de votre expérience pourrait
alors permettre de vérier (ou de contredire) l’hypothèse découlant de votre
problématique, par exemple qu’il y a un lien entre les résultats d’une tâche
cognitive et le fait d’être observé tandis qu’on l’exécute.

Les types de plans expérimentaux et leurs modalités


Plan expérimental simple Deux types d’expérimentation sont possibles, en fonction du nombre de
Type de plan associé à la méthode variables à l’étude. Le plan expérimental simple permet d’étudier l’effet
expérimentale qui permet d’étudier d’une seule variable indépendante sur une variable dépendante. Si la
l’effet d’une seule variable recherche implique plusieurs variables indépendantes, il s’agit d’un plan
indépendante sur une variable expérimental factoriel.
dépendante.
Supposons, par exemple, que votre recherche énonce l’hypothèse que
Plan expérimental factoriel l’encouragement émanant d’une gure d’autorité augmente le succès sco-
Type de plan associé à la méthode laire (ce qui peut être mesuré par un test de connaissances). Dans ce cas, un
expérimentale qui permet d’étudier plan expérimental simple pourrait être utilisé. Toutefois, si votre objectif
l’effet de plusieurs variables de recherche est de découvrir les facteurs susceptibles d’agir sur le succès
indépendantes sur une variable
scolaire, vous aurez d’autres variables indépendantes à considérer, en plus
dépendante.
de l’encouragement émanant d’une gure d’autorité, à savoir, par exemple,
le temps alloué pour faire le test ou le bruit au sein du laboratoire. Dans ce
cas, vous devrez procéder à un plan expérimental factoriel.

102 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Les considérations éthiques de la méthode expérimentale
Outre les éléments d’éthique généraux du chapitre 1, le recours à la méthode
expérimentale requiert la signature d’un formulaire de consentement. Par
contre, il se peut que vous ne puissiez pas dévoiler l’objectif de votre
recherche dans ce formulaire qui doit être signé au début de l’exercice. Si tel
est le cas, vous devrez le divulguer à la personne à la n de l’expérimenta-
tion. Elle doit d’ailleurs consentir à l’utilisation des données recueillies. Par
exemple, lors d’une étude visant à vérier le lien entre les choix musicaux et
l’âge des participants, vous ne pouvez pas dévoiler votre objectif avant
l’étude an de ne pas fausser les comportements des sujets. Ils pourraient,
par exemple, choisir les chansons de l’époque de leur jeunesse an de se
conformer à ce que vous attendez.

Le choix de l’expérimentation
Le choix de l’expérimentation comme méthode de recherche découle d’une
réexion prenant en considération le sujet de recherche, la problématique
dénie ainsi que certains avantages et inconvénients propres à cette
méthode. Le tableau 4.9 présente les avantages et les inconvénients de
cette méthode.
Si vous songez à conduire une expérimentation, assurez-vous qu’il vous
sera possible de réserver des locaux (comme un laboratoire) et, au besoin, les
équipements qui serviront à la réalisation de l’expérience.
Voir la section 5.4 du chapitre 5 pour l’application technique de la
méthode de l’expérimentation et pour la construction de l’outil de cueillette
de données.

Tableau 4.9 Les avantages et les inconvénients de la méthode expérimentale

Avantages Inconvénients

+ Elle permet d’établir un lien de nature – En général, le temps nécessaire au déroulement d’une expérimen­
causale entre deux variables. tation a pour effet de limiter la taille de l’échantillon, car il peut être
difcile de recruter des sujets, ce qui peut diminuer la représenta­
tivité de l’échantillon.
+ Il est plus facile d’isoler et
d’expliquer un phénomène puisque
l’environnement est toujours – Il peut être ardu de parvenir à contrôler l’ensemble des variables en jeu
contrôlé. au cours de certaines expérimentations, ce qui a pour effet d’affecter
directement la qualité de l’analyse que l’on peut faire des résultats.

– Il faut avoir un certain niveau de connaissance des variables


impliquées.

– Le milieu de l’expérimentation étant articiel, il se peut que les


résultats obtenus soient biaisés, car la situation n’est pas réelle.

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 103


4.1.5 L’analyse de contenu écrit et visuel
Analyse de contenu L’analyse de contenu écrit et visuel consiste à décomposer le contenu manifeste
Méthode de recherche qui consiste d’un ou de plusieurs documents (ce qui est explicite) ou son contenu latent (ce
à organiser des données dans le qui fait référence à ce qui n’est pas explicitement dit, donc à ce qui est caché).
but de décrire ou de comprendre Par exemple, en analysant divers documents, vous pourriez parvenir à décrire
un phénomène à partir d’écrits, les attitudes des ouvriers du xixe siècle envers leurs patrons (contenu explicite)
d’images, de documents
et à mettre en lumière les valeurs que partageaient ces ouvriers (contenu latent).
audiovisuels ou de données
statistiques. Les documents étudiés dans une analyse de contenu sont écrits (journaux,
archives, discours politiques, déclarations ofcielles, etc.), sonores ou visuels
(photographies d’archives, cartes postales ou géographiques, images numé-
riques, cinématiques de jeux vidéo, publicités, afches, lms, timbres-poste,
documentaires, diapositives familiales, etc.). Les documents écrits ou visuels
Exemple d’application de
analysés sont récents ou anciens ; dans ce dernier cas, la méthode historique
la méthode historique
sera employée dans la plupart des cas.
Par ailleurs, l’analyse de contenu peut être qualitative, quantitative ou les
deux à la fois. Par exemple, vous pourriez entreprendre une analyse quali-
tative des éditoriaux de quelques journaux québécois traitant du Printemps
érable de 2012 an d’identier une typologie des discours sur cette crise.
Une analyse plus quantitative mettrait quant à elle l’accent sur la récurrence
de certains mots ou expressions employés. Enn, une analyse de contenu
« mixte » pourrait combiner des aspects qualitatifs et quantitatifs.
La méthode de recherche qu’est l’analyse de contenu peut être appliquée à
l’aide de grilles d’analyse ou de ches de prélèvement qui permettent de décor-
tiquer et de catégoriser les informations que contiennent les documents. Ainsi,
vous pourriez concevoir des catégories d’analyse pour traiter de la façon dont
les parents d’enfants en difculté sont représentés dans le cinéma québécois. Des
lms comme Aurore, l’enfant martyre (de Jean-Yves Bigras pour la première mou-
ture et de Luc Dionne pour la deuxième) ou Le ring (d’Anaïs Barbeau-Lavalette)
pourraient en effet être utilisés pour catégoriser les modèles parentaux.

Les types d’analyse de contenu écrit et visuel et leurs modalités


L’analyse de contenu peut s’effectuer de différentes façons. Il est possible,
selon le cas, de faire une analyse du discours, une analyse théorique ou
encore une analyse statistique. Soulignons qu’on peut aussi combiner tous
les types d’analyse de contenu an d’enrichir une recherche. Le tableau 4.10
présente les types d’analyse de contenu.

Les considérations éthiques de l’analyse de contenu


Outre les considérations générales du chapitre 1, lors de l’analyse de contenu,
vous devez porter une attention particulière à certaines considérations
éthiques. Tout d’abord, il est essentiel que vous divulguiez vos sources lorsque
vous analysez des documents écrits ou visuels, ce qui signie qu’il vous faut
indiquer la source du document conformément aux normes méthodologiques,
soit dans le texte par la méthode auteur-date, soit par une note de bas de page.
De plus, vous devez préciser explicitement la méthode d’analyse que vous
avez choisie an que les lecteurs puissent interpréter de façon rigoureuse les
résultats de la recherche.

104 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Il arrive que les documents consultés ne soient pas publics et qu’ils aient été
obtenus d’un fonds privé ou par dérogation. Dans ce cas, vous devez vous assu-
rer d’en obtenir les droits. Habituellement, une formule de dérogation vous
est envoyée. Par contre, dans le cas des fonds privés, vous devrez faire signer
un formulaire de consentement à la personne ou à l’organisme détentrice du
fonds.

Tableau 4.10 Les types d’analyse de contenu écrit et visuel

Types d’analyse
Dénition Conditions d’utilisation Exemple
de contenu

Analyse du Analyse de contenu écrit et Ce type d’analyse convient Étude du discours des
discours visuel dans le but de déter- lorsque le sujet à l’étude est syndicats au Québec depuis
miner la position d’un groupe peu connu et qu’il ne permet 1968 quant à la place des
ou d’un individu s’exprimant donc pas le recours à une femmes sur le marché du
à propos d’un sujet donné. quelconque théorie, ou encore travail en utilisant les docu-
lorsqu’on souhaite déterminer ments publiés par les grands
la position d’un groupe ou syndicats québécois et en
d’un individu à propos d’un faisant ressortir les énoncés
sujet donné. relatifs aux femmes.

Analyse Analyse de contenu visant Ce type d’analyse convient Une étude qui fait appel à une
théorique à vérier une théorie et à lorsque vous voulez vérier théorie constructiviste élaborée
donner un sens à un phéno- une théorie ou donner un en science politique an de
mène observé à partir des sens à un phénomène comprendre le contexte dans
contenus latents et mani- observé à l’aide d’un cadre lequel apparaissent des
festes de documents écrits théorique. groupes d’action et de reven-
ou visuels. dication contre le racisme.
Une étude qui se sert de
la théorie de l’imitation du
criminologue Gabriel de Tarde
(1843-1904), qui met
l’accent sur l’inuence que
peuvent avoir les médias sur
les comportements criminels.
Il faudrait alors utiliser des
articles de journaux portant
sur ce phénomène.

Analyse Analyse de contenu qui vise Le choix de ce type d’analyse Une étude portant sur les liens
statistique à recueillir et à construire des est pertinent lorsque vous possibles entre la dépression
regroupements statistiques désirez compléter des et le suicide pourrait analyser
dans une méta-analyse, données qualitatives ou les données contenues dans
dans le but de compléter les quantitatives émanant d’une les publications gouverne-
données émanant d’une autre autre méthode de recherche, mentales qui concernent la
méthode de recherche ou ou encore, lorsque vous fréquence des suicides et
de suivre l’évolution d’un voulez suivre l’évolution d’un les épisodes dépressifs dans
phénomène dans le temps. phénomène dans le temps. les différents groupes d’âge
de la population canadienne.

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 105


Pour aller Une analyse de contenu particulière :
plus loin la méthode historique

Les historiens recourent la plupart du temps à l’analyse de contenu lorsqu’ils effec-


tuent une recherche. Par contre, selon la tradition de l’histoire orale, ils peuvent
aussi s’appuyer sur l’entrevue lorsque le contexte de l’étude le permet. Toutefois, ils
se fondent également sur une méthode qui leur est propre : la méthode historique 1.
Cette méthode leur permet d’interpréter les concepts relevés dans divers documents
d’époque. La collecte de données consiste alors à extraire le contenu manifeste et
le contenu latent de ces documents. Pour s’assurer d’un travail de qualité, l’historien
doit soumettre les sources qu’il a sélectionnées à la critique externe et interne.
La critique externe
Puisque certains documents peuvent avoir été falsiés, le chercheur doit vérier
l’authenticité de la source, c’est-à-dire valider sa provenance et conrmer qu’il
s’agit bel et bien d’un document d’époque. Il doit donc porter une attention parti-
culière à la date du document, à son lieu de production et à son auteur. Un docu-
ment falsié est néanmoins susceptible d’être utile, puisqu’il peut témoigner d’une
réalité sociohistorique ou du contexte qui a mené à cette falsication. De plus, le
chercheur doit colliger l’ensemble des renseignements relatifs à l’auteur et à son
contexte historique an d’être en mesure d’effectuer la critique interne.
La critique interne
Le contenu du document est-il exact ? Représente-t-il la perception propre à son
époque ? Le contenu manifeste, mais aussi latent, doit être pris en considération
dans l’analyse. L’historien doit toujours prendre en considération le contexte de
l’époque étudiée ainsi que les intentions de l’auteur qui a pu (volontairement ou
non) omettre certains faits ou encore véhiculer certaines perceptions en vigueur à
cette époque. Il s’agit alors de corroborer les faits à l’aide d’autres documents
émanant de plusieurs autres témoins ou points de vue. Il faut savoir qu’il n’existe
pas de vérité historique comme telle. L’historien est toujours tributaire des docu-
ments conservés relatifs à l’époque étudiée.
1. Pour aller plus loin et appliquer la méthode historique, vous pouvez consulter :
Jocelyn LÉTOURNEAU, Le coffre à outils du chercheur débutant : guide d’initia-
tion au travail intellectuel, Montréal, Les éditions du Boréal, 2006, 264 p.

Le choix d’une analyse de contenu écrit et visuel


Il se peut que la méthode de l’analyse de contenu soit bien adaptée à votre
sujet de recherche et à la problématique retenue. Pour alimenter votre
réexion, vous devez alors considérer les aspects du tableau 4.11.
Pour terminer, il est important de savoir que l’analyse de contenu écrit
et visuel peut également être utilisée comme méthode de recherche complé-
mentaire. Par exemple, une courte analyse visuelle des graftis que l’on voit
dans les quartiers défavorisés d’une grande ville pourrait très bien illustrer
les entrevues réalisées auprès de jeunes issus de ces quartiers, dans le cadre
d’une recherche portant sur la pauvreté chez les jeunes.
Voir la section 5.5 du chapitre 5 pour l’application technique de la
méthode de l’analyse de contenu écrit et visuel et pour la construction de
l’outil de cueillette de données.

106 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Tableau 4.11 Les avantages et les inconvénients de l’analyse de contenu

Avantages Inconvénients

+ L’analyse de contenu permet de scruter en profondeur – Elle demande d’investir beaucoup de temps dans
les représentations, les perceptions, les croyances, les la constitution d’un corpus, dans la lecture et la
valeurs et l’idéologie d’un individu ou d’un groupe relecture des documents, et ce, tout au long
social à travers une documentation écrite ou visuelle. du processus.

+ Elle constitue parfois le seul moyen d’étudier les – Certains documents rédigés par des experts
phénomènes passés et de repérer le contenu latent peuvent être difciles d’accès si vous ne
de la pensée d’un individu ou d’une production. possédez pas toutes les connaissances
disciplinaires requises.

EXERCICES
4.1 Nommez et justiez la catégorie des objets d’observation suivants.
1. Observation de l’environnement de maisons des jeunes
2. Observation des relations entre les membres d’une cuisine collective
3. Observation des habitudes des étudiants dans une classe de cégep
4. Observation d’un baptême

4.2 Pour chacune des situations suivantes, indiquez de quel type


d’observation il s’agit. Précisez si elles sont participantes ou non,
dissimulées ou non.
1. Un chercheur observe le comportement d’un enfant de deux ans
à l’égard d’une gure d’autorité. Il est caché par une vitre miroir.
2. Vous observez les interactions entre les participants de l’assemblée
étudiante dont vous faites partie. Vous avez mentionné votre observation
au début de l’assemblée et vous y prenez part.

4.3 Avez-vous le sens


de l’observation ?
1. Observez l’image
ci-contre. D’après
vous, quels sont
les éléments
généraux et
signicatifs ?

4.4 Identiez les types de données recueillies par les recherches suivantes.
1. Interroger des étudiants sur les raisons de leur participation à la vie
étudiante du cégep.
2. Interroger un anthropologue sur les particularités des Yanomamis.
3. Interroger des enseignants au secondaire sur leur compréhension
de la réforme.
4. Interroger des personnes âgées sur les types de difcultés rencontrées
dans un centre d’hébergement privé.

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 107


4.5 Nommez le type d’entrevue approprié dans les situations suivantes
et expliquez votre réponse.
1. Organiser un forum de discussion sur l’utilisation des technologies
de l’information et des communications.
2. Rencontrer un groupe d’adeptes de planche à neige.
3. Interroger des raccrocheurs dans une école pour adultes.
4. Interroger des anciens combattants sur leur expérience de la guerre.
5. Interroger des étudiants de différentes régions du Québec relativement
à leur adaptation aux études post-secondaires.

4.6 De quel type de sondage s’agit-il ?


1. Le journal étudiant demande aux étudiants ce qu’ils pensent du nouveau
menu de la cafétéria.
2. Votre cégep envoie un questionnaire obligatoire à tous les étudiants
Celui-ci concerne les habitudes de fréquentation des périodes de classe.
3. Vous questionnez les étudiants sur leur choix de carrière.
4. Vous questionnez des parents sur leurs habitudes de fréquentation
des supermarchés.

4.7 De quel type de plan expérimental s’agit-il ? Expliquez.


1. Étude du lien entre le climat (température, éclairage, etc.) d’une classe
ctive et la participation des sujets.
2. Étude du lien entre le type de musique écouté et la performance à un test.

4.8 Pour chacune des études suivantes, indiquez quel(s) type(s) d’analyse
du contenu convient le mieux et justiez votre réponse.
1. Une étude portant sur les représentations de la paternité dans
les téléromans québécois.
2. Une étude portant sur le commerce extérieur du Canada.
3. Une étude portant sur les types de couverture (informative, analytique,
etc.) des conits internationaux présentés dans les journaux français
et les journaux québécois.
4. Une étude portant sur la récurrence des publicités négatives pendant
la campagne électorale provinciale et leur contenu.

4.2 Le choix dénitif d’une


méthode de recherche
La section précédente vous a présenté l’ensemble des méthodes de recherche
qui sont à votre disposition. Il peut paraître difcile d’opter pour une
méthode ou pour une autre ; parfois, une combinaison de méthodes s’avérera
le choix le plus judicieux. Néanmoins, il faut avant tout retenir la méthode qui
s’arrime le mieux à la visée de votre recherche et à l’objectif ou à l’hypothèse
qui se rattachent à votre problématique. Par exemple, si votre objectif est de
tracer le portrait de la communauté juive de Montréal à la n de la Seconde
Guerre mondiale, certaines méthodes ne vous seront d’aucune utilité. En effet,

108 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


il semble évident que vous ne pourrez pas utiliser l’observation, puisque la
période choisie rend impossible toute observation directe des témoins de cette
époque. Alors, pour arriver à vos ns, vous choisirez sans doute l’analyse de
contenu, que vous réaliserez à partir de documents portant sur cette question.
L’ensemble des étapes que vous avez effectuées jusqu’à maintenant vous
permettra donc de sélectionner la méthode la plus appropriée pour pour-
suivre votre travail de recherche. Vous devez tenir compte de l’ensemble de
la démarche. Le choix se fait conséquemment à votre problématique, parti-
culièrement la visée de la recherche ainsi que l’objectif ou l’hypothèse. Par
exemple, si vous avez l’intention de décrire l’activité touristique au Québec,
vous pourriez être tenté de faire une analyse statistique des données concer-
nant le tourisme dans votre région. Vous pourriez également faire de l’obser-
vation dans certains secteurs an de décrire les touristes qui s’y rendent ou de
relever les sites touristiques visités. La description issue de votre observation
permettra alors de faire apparaître des caractéristiques propres au Québec.
Ainsi, ce n’est pas tant l’objet d’étude lui-même qui détermine la méthode
à retenir que l’utilisation que vous comptez en faire selon la problématique et
dans le contexte de réalisation qui est le vôtre. Aussi, sachez faire preuve de
souplesse, car il se peut qu’une méthode qui vous semblait un bon choix au
départ ne soit maintenant plus la meilleure option. Par ailleurs, l’esprit scien-
tique dont il a été question au chapitre 1 doit se reéter dans la manière de

Tableau 4.12 L’immigration : un même sujet selon différentes méthodes

Méthodes de Applications de la méthode de recherche au thème


Objectifs généraux de la recherche
recherche de l’immigration

Observation Explorer les interactions des enfants Vous faites de l’observation dans un centre culturel
issus de l’immigration avec des enfants où se trouvent de nombreux nouveaux arrivants an
nés au Québec. d’identier les interactions sociales des enfants de
diverses nationalités.

Entrevue Intervenir en proposant un prospectus Vous réalisez des entrevues auprès de personnes qui
de sensibilisation à la réalité immi- ont quitté leur pays an de dresser un portrait des
grante aux habitants de votre ville. réalités qui pourront faire partie du prospectus.

Sondage Décrire les facteurs qui inuent sur le Vous faites un sondage auprès de membres d’une
sentiment d’appartenance au quartier communauté d’immigrants pour évaluer leur senti-
d’accueil d’une communauté ment d’appartenance à leur quartier en fonction du
d’immigrants. nombre d’années vécues au Canada.

Expérimentation Expliquer les préjugés raciaux des Vous procédez à une étude en laboratoire portant
jeunes en fonction de leur nationalité. sur les manifestations du racisme chez les jeunes
de diverses nationalités en leur soumettant des
préjugés raciaux qu’ils doivent commenter.

Analyse de Comprendre le contexte des transfor- Vous faites une étude comparative des orientations
contenu mations politiques sur les questions des politiques canadiennes d’immigration entre
d’immigration depuis les années 1980. les années 1980 et les années 1990.

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 109


faire votre choix. Faites preuve de créativité, de rigueur, d’esprit critique et
de tolérance à l’ambiguïté. Ne choisissez pas une méthode parce qu’elle vous
semble facile à appliquer. Chacune comporte ses difcultés et elles seront
amoindries si votre choix est judicieux. En effet, un même sujet de recherche
peut être exploité sous différents angles par la plupart des méthodes que nous
avons présentées, comme le montre le tableau 4.12 à la page précédente.

EXERCICE
4.9 Quelle méthode devriez-vous retenir selon les visées et les objectifs
ou hypothèses suivants ? Justiez vos choix.
1. Décrire les facteurs qui inuencent la perception qu’ont les individus
des accommodements raisonnables.
2. Décrire les rituels d’initiation des programmes collégiaux.
3. Expliquer les choix vestimentaires des individus en fonction de leur religion
d’appartenance.
4. Comprendre les motivations des raccrocheurs au secondaire.
5. Comprendre les raisons d’engagement dans l’armée des combattants
volontaires de la Première Guerre mondiale.

4.3 De la population à l’échantillon


Dans ce chapitre, vous avez pu jusqu’à présent vous familiariser avec les
principales méthodes susceptibles de vous permettre de mener à bien une
recherche. Que votre choix nal soit arrêté ou non, vous devrez rééchir à la
question de l’échantillonnage avant de commencer la collecte de données.

4.3.1 La population
Population De manière générale, on dénit la population comme étant l’ensemble des
Ensemble des unités concernées unités concernées par un phénomène à l’étude. Ainsi, si vous décidez d’effec-
par le phénomène précis dont tuer une recherche portant sur la participation des enseignants de votre cégep
traite une recherche. aux activités parascolaires des étudiants, la population inclura forcément tous
les enseignants de votre établissement. Bien entendu, le fait de réaliser une
recherche qui s’étend à une population dans son ensemble donnera lieu à des
résultats d’une précision irréprochable, puisqu’aucun élément ne sera alors
laissé de côté. Il va sans dire que l’analyse fournira donc aussi un portrait
dèle de la réalité qu’on désire observer ; c’est ce que l’on nomme la représen-
tativité, qui sera expliquée plus loin. Par contre, si vous voulez réaliser une
étude portant sur les habitudes de lecture des Québécois, il vous sera bien sûr
impossible de joindre toute cette population. C’est pourquoi un échantillon
s’avère plus envisageable que de retenir l’ensemble de la population.
Échantillon L’échantillon correspond à un nombre restreint d’unités, sélectionnées à
Nombre restreint d’unités l’aide d’une méthode probabiliste ou non probabiliste. En plus d’assouplir
sélectionnées parmi toutes les conditions de réalisation de votre recherche (il est plus réaliste de faire
les unités qui composent une entrevue avec quelques étudiants qu’avec tous les étudiants de votre
une population. cégep), l’échantillon détermine le degré de précision de cette recherche,

110 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


c’est-à-dire la représentativité et la portée des résultats. En effet, de façon
générale, plus l’échantillon est grand, plus l’éventail de résultats sera large et
plus vos chances d’obtenir des données représentatives, c’est-à-dire reétant
vraiment l’ensemble des possibilités, seront élevées. Corpus
Sous-ensemble de productions,
Si la méthode de recherche que vous avez retenue est l’analyse de contenu, de travaux ou d’œuvres sélec-
vous devrez sélectionner un corpus d’œuvres. Bien que celui-ci corresponde tionnés parmi la totalité
à un échantillon d’œuvres ou d’ouvrages sur un sujet quelconque, on parlera des productions réalisées
ici de corpus et non d’échantillon. En outre, les modalités de sélection seront sur un sujet donné.
quelque peu différentes.

4.3.2 L’échantillon
Imaginons que votre sujet de recherche porte sur les sports que pratiquent les
étudiants de votre cégep. Votre population comprend tous les étudiants du cégep.
Or, il va de soi que, même s’il s’agit d’un travail en équipe, vous ne pourrez son-
der tous les étudiants. Vous n’aurez donc d’autre choix que de sélectionner un
échantillon d’étudiants pour réaliser votre collecte de données et, ultimement,
mener votre recherche. Bien sûr, si vous optez pour un échantillon de 25 étu-
diants, le résultat ne sera pas aussi intéressant que s’il en comporte 50. Par contre,
il faut se demander si 25 étudiants répartis proportionnellement selon le sexe et
le programme d’études ne valent pas mieux que 50 étudiants pris au hasard. En
effet, la représentativité d’un échantillon ne se mesure pas uniquement en Représentativité
fonction du nombre d’unités choisies. C’est en vous posant ce type de question Qualité d’un échantillon ou d’un
que vous arriverez à déterminer la taille et la nature de votre échantillon, et que corpus qui reproduit le plus
vous vous assurerez que les unités retenues vous permettront d’engendrer des dèlement possible les
résultats sufsamment précis, diversiés, représentatifs et conformes à votre caractéristiques de la population.
visée, ainsi qu’à votre objectif de recherche ou votre hypothèse de travail.
N’oubliez pas que vous pouvez consulter vos notes de cours de méthodes
quantitatives pour vous aider à constituer votre échantillon.
Prenons un autre exemple. Si, dans le cadre d’une recherche portant sur
l’endettement étudiant, vous menez des entrevues auprès d’étudiants qui uti-
lisent fréquemment une carte de crédit, la taille de l’échantillon risque d’être
plus restreinte puisque les étudiants retenus pour l’entrevue devront à la fois
posséder une carte de crédit et l’utiliser régulièrement. Il ne sera donc pas
très utile de recruter davantage de participants s’ils ne se servent à peu près
jamais de leur carte de crédit.
Ainsi, bien que la problématique que vous avez dénie puisse être d’une
qualité irréprochable, la suite de votre recherche risque d’être remise en
cause si l’échantillon choisi n’est pas adapté à la méthode de recherche rete-
nue, ou s’il n’est pas sufsamment important ou ciblé pour vous permettre
d’obtenir des résultats valides.

4.3.3 Les types d’échantillons


Il est possible de constituer divers types d’échantillons, selon le contexte de
réalisation de la recherche et le phénomène à l’étude. La première décision à
prendre porte sur le choix d’un échantillon probabiliste ou d’un échantillon
non probabiliste.

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 111


L’échantillon probabiliste
Un échantillon probabiliste s’appuie sur des lois statis-
tiques mises au point par des mathématiciens. Ce type
d’échantillon, pour lequel la sélection des unités se fait
selon la loi des probabilités, a l’avantage de rendre
neutre ou objectif le choix des unités sélectionnées.
Ainsi, si vous effectuez une étude auprès de vos cama-
rades de classe, un échantillon probabiliste vous per-
mettra de créer un sous-ensemble d’étudiants de façon
systématique et vous évitera de ne choisir que vos amis
ou les personnes que vous connaissez le mieux, ou
encore, de ne sélectionner qu’un seul lieu de rassemble-
ment des étudiants dans le collège, ce qui nuirait à la
représentativité de votre échantillon.
Il est essentiel que l’échantillon
corresponde à la population à De plus, un échantillon probabiliste permet de valider la marge d’erreur
l’étude, à votre problématique et associée à votre échantillon et indique dans quelle mesure il correspond à la
votre méthode de recherche. Ainsi, distribution réelle des sujets dans la population, soit sa représentativité. Le
l’échantillon peut être probabiliste résultat d’un sondage est souvent énoncé d’une façon qui ressemble à ceci :
ou non. « 78 % des Québécois sont contre la hausse du prix de l’essence, d’après un
sondage mené auprès de 1 000 Québécois, avec une marge d’erreur de 3 %,
19 fois sur 20 ». Concrètement, cela signie que l’on estime que de 75 %
(soit 78 % moins 3 %) à 81 % (soit 78 % plus 3 %) des Québécois sont
contre la hausse du prix de l’essence et que cet échantillon regroupe 95 %
(19 divisé par 20) des réponses possibles parmi l’ensemble des Québécois.
Encore là, vous pouvez accroître la précision de vos résultats en augmen-
tant la taille de votre échantillon. Cela vous assurera que vos résultats reètent
Outils de calcul de la marge
bien ceux que vous auriez obtenus si vous aviez fait appel à l’ensemble de
d’erreur la population. Toutefois, il n’est pas toujours facile d’augmenter la taille de
l’échantillon : mener 15 entrevues plutôt que 5 est autrement plus exigeant. . .
Le tableau 4.13 présente les types d’échantillons probabilistes. Vous
constaterez que, pour chacun d’eux, les participants qui constituent l’échan-
tillon sont toujours choisis au hasard. Cela signie que chacune des unités
a autant de chances de faire partie de l’échantillon. C’est ce qui caractérise
Échantillon probabiliste toute méthode probabiliste.
Échantillon dont la sélection des
unités est systématisée à l’aide
d’outils mathématiques faisant L’échantillon non probabiliste
appel à des lois statistiques. Dans certaines situations, il est difcile d’avoir recours à une méthode pro-
Marge d’erreur babiliste, notamment si le contexte de la recherche ne permet pas de sélec-
Indicateur de la différence tionner avec un hasard calculé les unités de l’échantillon. Si tel est le cas, vous
statistique entre la valeur associée devrez alors constituer un échantillon non probabiliste. Par exemple, dans le
à l’échantillon et celle de la cas d’une analyse de contenu écrit et visuel, vous devrez évaluer de manière
population étudiée. tout à fait subjective, c’est-à-dire à l’aide de votre jugement selon des critères
Échantillon non probabiliste établis, la pertinence de chaque document visuel devant constituer votre cor-
Échantillon dont la sélection des pus. Le choix de chacune des productions sélectionnées devra donc être jus-
unités se fait de façon non tié et ne pourra être aléatoire. Dans d’autres cas, c’est la population qu’il
aléatoire et sans avoir recours sera difcile de circonscrire. Ainsi, si vous faites une recherche sur la violence
à des outils mathématiques. à la télévision, il n’existe encore aucune banque d’information regroupant

112 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Tableau 4.13 Les échantillons probabilistes

Types
Dénition Avantages et inconvénients Exemple
d’échantillons

Échantillon L’échantillon aléatoire simple + Il permet une excellente Vous mettez tous les noms
aléatoire simple consiste à sélectionner des représentativité et une des étudiants du cégep dans
unités parmi l’ensemble de la diversité des sujets de un chapeau et vous tirez
population en fonction de la loi l’échantillon. 100 noms. Dans ce cas-ci, le
des probabilités. Toutes les ratio garçons-lles de l’échan-
unités ont une chance égale
– Une sous-catégorie de la tillon pourrait toutefois être
d’être choisies. population peut être absente différent de celui du collège.
ou sous-représentée.

Échantillon L’échantillon aléatoire ± Il comporte les mêmes Vous choisissez au hasard


aléatoire systématique consiste lui avantages et inconvé- 100 étudiants de votre cégep
systématique aussi à sélectionner les nients que la méthode et classez leurs noms
unités, mais il inclut une étape aléatoire simple. par ordre alphabétique.
supplémentaire : les unités Vous sélectionnez ensuite
nalement retenues sont + Il permet de réduire les dixième, vingtième,
sélectionnées par une la taille de l’échantillon trentième… (jusqu’à 100)
procédure systématique. sans nécessairement étudiants de cette liste an de
en restreindre la constituer votre échantillon.
représentativité.

Échantillon L’échantillon stratié est formé + Il permet de tenir compte Vous divisez la population du
stratié d’unités sélectionnées selon des sous-catégories d’une cégep en strates basées sur
la loi des probabilités parmi population qui pourraient l’appartenance aux différents
un regroupement d’unités en avoir un impact sur l’étude programmes d’études. Vous
strates, en fonction d’une du phénomène, ce qui prélevez ensuite de façon
variable donnée. L’ensemble assure une meilleure aléatoire des étudiants de
des stratications compose représentativité de chaque programme d’études,
la population et le nombre l’échantillon. de manière que l’échantillon
d’unités prélevées dans reète le poids relatif des
chaque strate reète leur
– Il demande un plus grand programmes dans le collège.
proportion réelle dans la nombre de participants
population. an que chaque strate soit
bien représentée.

Échantillon L’échantillon par grappes + Il facilite le recrutement, Vous établissez d’abord votre
par grappes consiste à sélectionner des car il s’établit en fonction population comme étant
unités en divisant la popula- de groupes déjà formés. l’ensemble des groupes qui
tion en groupes, puis en suivent le cours d’IPMSH
sélectionnant certains de ces
– Puisque les groupes sont dans votre collège. Puis vous
groupes selon la loi des déjà formés, il se peut choisissez au hasard un de ces
probabilités. qu’ils ne soient pas groupes. Tous les étudiants du
représentatifs de la groupe font alors partie de
population. l’échantillon. Ce groupe pourrait
toutefois ne pas être représen-
tatif si les étudiants sont
majoritairement issus d’une
seule option du programme
de sciences humaines.

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 113


l’ensemble des scènes dans lesquelles on trouve de la violence. Vous ne pour-
rez donc pas choisir au hasard et de façon systématique certaines scènes an
de composer votre échantillon. De même, si vous désirez entreprendre une
étude historique du mouvement hippie des années 1960-1970 en relation
avec la guerre du Viêtnam, vous ne pourrez pas non plus faire appel à une
méthode probabiliste, parce qu’il serait impossible de recenser la totalité des
participants potentiels à une entrevue an d’en choisir certains au hasard.
Dans certains cas, la constitution de votre échantillon, ou corpus, sera
facile, puisque la disponibilité des unités vous forcera à vous satisfaire de ce
que vous trouverez. Par exemple, si vous effectuez une recherche historique à
partir de l’analyse des afches de propagande produites pendant la Seconde
Guerre mondiale en Allemagne, vous pourrez, grâce à Internet, dénicher un
certain nombre d’afches qui vous permettront de réaliser votre analyse de
contenu. Vous serez alors limité par ce que le Web vous offre, ce qui pour-
rait néanmoins sufre amplement. Il vous faudra tout de même être critique
quant à cette façon de procéder, notamment en indiquant les aspects positifs
et négatifs de cette technique qui affecte la représentativité. Le tableau 4.14
présente succinctement les types d’échantillons non probabilistes.
Ainsi, contrairement à la méthode probabiliste qui laisse le hasard inter-
venir, la méthode non probabiliste permet de choisir tous les participants
en faisant appel à son jugement. L’échantillonnage, tout comme les autres
étapes de la recherche, dépend de votre problématique, de la méthode choisie
ainsi que des limites de la recherche. Il faut donc tenir compte de l’ensemble
de ces éléments avant de constituer l’échantillon.

Tableau 4.14 Les échantillons non probabilistes

Avantages et
Types d’échantillons Dénition Exemple
inconvénients

Échantillon à l’aveuglette Les unités de l’échantillon + Il s’agit de la méthode Vous vous tenez à l’entrée
ou accidentel à l’aveuglette ou acciden­ la plus facile pour du collège et questionnez
tel ont été sélectionnées recruter des sujets. certains étudiants qui
de manière entièrement passent par là.
arbitraire parmi la
– Cela ne permet pas
population. une très bonne repré­
sentativité ni une
bonne diversité.

Échantillon systématique Les unités de l’échantillon ± Cette méthode Vous sélectionnez chaque
non aléatoire systématique non aléatoire comporte les mêmes septième étudiant qui sort
ont été sélectionnées avantages et inconvé­ de l’entrée secondaire de
parmi la population en nients que celle de votre cégep.
fonction d’une méthode l’échantillon à
systématique, mais choisie l’aveuglette.
arbitrairement.

114 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Tableau 4.14 Les échantillons non probabilistes (suite)

Avantages et
Types d’échantillons Dénition Exemple
inconvénients

Échantillon par quotas Les unités de l’échantillon ± Cette méthode Vous questionnez des
par quotas ont été comporte les mêmes étudiants présents à la
sélectionnées de façon avantages et les cafétéria du cégep jusqu’à
arbitraire parmi une mêmes inconvénients ce que le nombre de
stratication d’unités. que la méthode de participants par pro-
L’ensemble des stratica- l’échantillon à gramme d’études reète
tions compose la popula- l’aveuglette. le poids relatif de chaque
tion et le nombre d’unités programme au collège.
prélevées dans chaque
+ Cela permet néan-
strate reète leur propor- moins une meilleure
tion réelle dans la diversité des unités
population. parce que les unités
sont prélevées
proportionnellement.

Échantillon au jugé Les unités de l’échantillon – Cette méthode Pour votre recherche
au jugé ont été sélection- s’appuie uniquement portant sur la pratique
nées en fonction du sur la qualité du des sports au cégep, vous
jugement du chercheur, jugement du chercheur sélectionnez parmi tous
de manière que ces unités et sur la détermination les étudiants de votre
possèdent les qualités du prol type des établissement ceux qui
requises pour être des unités de l’échantillon. portent une tenue
unités types de la En effet, étant donné sportive.
population. que le chercheur se
fonde sur son juge-
ment, qui peut parfois
reéter certains
préjugés, l’élaboration
de son échantillon
pourrait être biaisée.

Échantillon par volontaires Les unités de l’échantillon – Cet échantillon est Vous publiez une annonce
par volontaires sont uniquement constitué de recherche de participa-
sélectionnées en fonction de personnes souhai- tion dans le journal du
de l’offre des unités tant participer à la collège. Les étudiants qui
elles-mêmes. recherche, ce qui y répondent constituent
risque de biaiser votre échantillon.
certains résultats étant
donné que vous ne
pouvez pas vous
assurer que l’échan-
tillon sera représentatif
de la population.

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 115


Trousse de Quelques problèmes courants liés
dépannage à la création de l’échantillon

Il est possible que, dans certains cas, vous ne parveniez pourrez peut-être pas entrer en contact avec eux aussi
pas à constituer votre échantillon. Voici trois raisons fré- facilement que vous l’aviez imaginé et risquerez même
quentes qui peuvent expliquer cette difculté : d’essuyer plusieurs refus. Par exemple, si vous pré-
1. Les données sont insufsantes. Si, au moment de créer voyez faire une étude sur les moyens qu’utilisent les
votre échantillon, vous vous rendez compte que les parents pour favoriser le respect des règles familiales,
sources disponibles semblent faire défaut, vous devrez il est possible que très peu de gens acceptent de
peut-être changer de méthode de recherche. Par participer à une observation en milieu familial, par
exemple, si vous avez décidé de faire une analyse de crainte d’être jugés. Dans ce cas, la méthode de l’en-
contenu an de conduire votre recherche portant sur le trevue sera peut-être plus appropriée, parce qu’elle
traitement cinématographique des événements du requiert un moins grand nombre de participants tout
11 septembre 2001, mais que le vidéoclub de votre en donnant l’occasion d’instaurer un climat de
quartier vous offre trop peu de titres sur ce thème et conance.
que vous n’avez accès à aucun endroit spécialisé, 3. L’accès au terrain est problématique. Certains milieux
l’analyse de contenu visuel ne sera sans doute pas la disposent de règles strictes et peuvent carrément
meilleure option pour vous. Vous auriez sans doute inté- vous refuser l’accès à leur milieu. Des clubs ou asso-
rêt à remplacer cette méthode par une analyse de ciations privés, des écoles primaires ou autres
contenu écrit d’articles parus sur le sujet. risquent de ne pas se montrer ouverts à une enquête,
2. Vous avez de la difculté à trouver des participants. Il quelles que soient la pertinence de votre sujet de
peut être difcile d’obtenir la collaboration d’individus recherche ou la noblesse de vos intentions. Dans ce
touchés par un phénomène très controversé ou encore cas, vous devrez demander l’appui de votre ensei-
de trouver des participants associés à un sujet de gnant ou peut-être envisager de modier votre
recherche trop pointu. Par conséquent, vous ne méthode de recherche.

EXERCICES
4.10 Quelle est la population à l’étude ?
1. Expliquer les habitudes de consommation des personnes âgées en
fonction de la source principale de revenus.
2. Comprendre la construction identitaire du genre des jeunes Québécois.
3. Décrire les interactions entre les jeunes d’un skatepark.

4.11 Indiquez quel type d’échantillon (probabiliste ou non probabiliste) devrait


être constitué selon les études suivantes. Justiez votre réponse.
1. Étude des habitudes de fréquentation du café étudiant de votre cégep.
2. Étude des habitudes alimentaires des étudiants fréquentant la cafétéria.
3. Étude des habitudes d’étude des étudiants du cours d’IPMSH à une
session donnée.
4. Étude de la consommation d’alcool chez les 18-24 ans.
5. Étude des éditoriaux couvrant la campagne électorale provinciale de 2014.

4.12 Indiquez de quelle façon les échantillons suivants devraient être


constitués. Justiez votre réponse.
1. Un échantillon probabiliste de participants à des projets de mobilité
étudiante de votre collège.

116 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


2. Un échantillon non probabiliste des raccrocheurs à une école pour adultes.
3. Un échantillon non probabiliste des étudiants pratiquant une religion
selon des ratios établis.
4. Un échantillon non probabiliste des étudiants de style hipster de votre cégep.

LE RAPPORT SOUS LA LOUPE

La méthode de recherche, les caractéristiques de la population


et la méthode d’échantillonnage
La partie de votre rapport de recherche correspondant à la méthodologie doit faire état
des choix méthodologiques que vous avez faits pour réaliser la collecte de vos données
ainsi que la justication de ces choix méthodologiques. Il vous faut ainsi discuter de trois
aspects en particulier : le choix de la méthode de recherche utilisée, le choix de l’échan-
tillonnage et le déroulement de la collecte de données, qui sera abordé au chapitre 5.
Dans un premier temps, il s’agit donc de justier le choix de votre méthode de
recherche (extrait 4.1) en faisant des liens avec votre problématique, notam-
ment avec votre visée et votre objectif ou votre hypothèse de recherche. Vous
devez ensuite revenir sur la composition de votre échantillon ou de votre corpus,
d’abord en énonçant les caractéristiques de la population étudiée (extrait 4.2),
puis en évoquant votre méthode d’échantillonnage (extrait 4.3). Justiez tou-
jours ce choix en faisant un lien avec votre problématique, votre méthode de
recherche ainsi que les limites de la faisabilité de la recherche (temps alloué,
ressources disponibles, etc.). Enn, la dernière section de cette présentation
de la méthodologie doit informer le lecteur sur le déroulement de la collecte de
données proprement dite. C’est pourquoi vous devez préciser les principaux lieux
ou terrains de recherche, les considérations éthiques, les moments où celle-ci a
été effectuée, de même que le temps consacré à la collecte de données, le maté-
riel utilisé et toute autre information liée à la collecte que vous jugez pertinente.
Cette section du rapport reprend donc l’ensemble de la construction métho-
dologique de votre étude.

Résumé
7 Les cinq méthodes de recherche sont : l’observation, l’entrevue, le son-
dage, la méthode expérimentale et l’analyse de contenu écrit et visuel.
7 Ces méthodes peuvent être quantitatives, qualitatives ou les deux à la fois.
7 Le choix d’une méthode dépend de la problématique ainsi que des limites
de la recherche.
7 La sélection de l’échantillon doit se faire au regard de la problématique,
de la méthode retenue et de la population visée.
7 Les échantillons peuvent être de type probabiliste ou non probabiliste. Seul
le contexte de la recherche permet de déterminer celui qui est le plus adapté.
7 La rédaction de la section méthodologique du rapport de recherche
renferme des références aux choix de la méthode et de l’échantillonnage.

Chapitre 4 Choisir sa méthode de recherche 117


Chapitre 5
Mettre en application
sa méthode de recherche

Objectifs Plan du chapitre


d’apprentissage 5.1 L’observation ............................................................. 120
• Planier votre collecte TIC pratique Faire un journal d’enquête sur Moodle ......... 129
des données. 5.2 L’entrevue.................................................................. 131
• Construire un outil de collecte. Pour aller plus loin Le récit de vie..................................... 134
• Déterminer l’échantillon Trousse de dépannage Créer un climat de conance ......... 136
approprié en fonction de
5.3 Le sondage................................................................ 139
la population.
TIC pratique Créer un questionnaire en ligne.................... 149
• Effectuer le prétest de votre
outil de collecte. 5.4 La méthode expérimentale ........................................ 150
• Collecter les données. 5.5 L’analyse de contenu écrit et visuel ........................... 158
Le rapport sous la loupe Outil et collecte des données...... 168
• Rédiger la partie du rapport
faisant état de l’application Résumé .............................................................................. 168
de sa méthode de recherche.
Introduction
Maintenant que vous avez arrêté votre choix sur une méthode de
recherche, vous êtes sur le point de procéder à la collecte des données
issues de la sélection minutieuse de votre échantillon ou de votre cor-
pus. À cette n, vous devez disposer d’un outil de collecte construit
selon votre schéma d’analyse conceptuelle et en lien avec la probléma-
tique. La qualité de cet outil peut être attestée par un prétest, ce qui
vous permettra de faire les ajustements nécessaires avant de procéder
à la collecte proprement dite. Ce chapitre vous guidera dans la
construction, la planication et la réalisation de votre outil de collecte
de données. Il est primordial que cet outil vous permette de rassembler
des données valides et ables au regard de votre sujet de recherche
et de vos indicateurs ou dimensions préalablement déterminés dans le
schéma d’analyse conceptuelle. Il devra aussi vous aider à répondre à
la question de recherche. Une bonne planication vous permettra de
recueillir des données valables et ables qui pourront mener à une
analyse et à une interprétation intéressantes dans le cadre de votre
étude. Au contraire, une mauvaise planication ou un déroulement
bâclé produiront des données que vous ne pourrez pas utiliser pour
poursuivre votre recherche. Il est essentiel de considérer cette étape de
la recherche dans son ensemble ; elle doit être constituée d’un l logique
dans l’optique que vos données soient utilisables pour l’analyse et
l’interprétation.
Le présent chapitre vise à vous aider à mettre en application votre
méthode de recherche. Il s’agit pour vous de trouver des réponses à
des questions ressemblant à celles-ci : Quel outil de collecte de données
est associé à ma méthode de recherche ? Comment puis-je construire
cet outil ? Quel échantillon dois-je constituer ? Comment puis-je sélec-
tionner mon échantillon ou mon corpus ? Comment vais-je effectuer le
prétest de mon outil de collecte de données ? Quelles données dois-je
recueillir et de quelle manière ? Les sections suivantes, qui reprennent
les différentes méthodes de recherche vues au chapitre 4, proposent
des réponses qui vous guideront dans votre démarche. Les premières
concernent l’application des méthodes et la dernière est constituée de
conseils qui vous seront utiles lors de la réalisation de votre collecte
de données. Assurez-vous de consulter cette dernière section, ainsi que
celle qui a trait à votre méthode.
5.1 L’observation
Vous avez décidé d’aborder votre sujet de recherche en utilisant l’observa-
tion. Cela implique que vous devriez déjà avoir déni l’objet de votre obser-
vation ainsi que le type d’observation que vous souhaitez mener (voir la
sous-section 4.1.1). Vous êtes maintenant prêt à passer à l’action. Il vous
faut maintenant préparer un terrain d’observation et adopter des moyens de
conduire et de noter toutes vos observations. Pour cela, dressez d’abord un
plan et mettez au point une grille dans laquelle vous les consignerez. En
outre, des notes d’observation et un journal d’enquête seront également
nécessaires à la validation de cette méthode. Nous allons examiner chacun
de ces éléments.

5.1.1 Choisir et préparer son terrain d’observation


Lorsqu’on procède à un travail d’observation, il convient dans un premier
temps de déterminer le terrain idéal pour réaliser cette observation. Le
tableau 5.1 présente les trois critères importants à prendre en considéra-
tion lors de ce choix.
Par conséquent, avant d’effectuer quelque observation que ce soit, il
est essentiel de préparer le terrain, c’est-à-dire de vous assurer que vous
serez en mesure de réaliser l’observation voulue. Pour ce faire, vous devriez

Tableau 5.1 Les critères importants pour choisir son terrain d’observation

Critère + Exemple à suivre – Exemple à éviter

L’adéquation du lieu avec l’objet Si vous voulez observer les inter­ Une recherche portant sur les
de l’observation actions intergénérationnelles entre interactions sociales et l’émotion à
personnes âgées et adolescents, partir de l’observation des marques
il convient de choisir un lieu public d’affection lors d’un match de
comme un centre commercial, football.
où les deux populations se côtoient
fréquemment.

La présence d’un nombre sufsant Il convient de faire l’observation à Faire une observation à 15 h 00
de sujets à observer la n des cours des adolescents ou de l’après­midi dans un pub dans
pendant la n de semaine an que le cadre de cette même recherche.
cette population soit présente sur
les lieux de l’observation.

La possibilité de généraliser à Le centre commercial est un lieu Choisir une salle de classe pour
d’autres lieux les observations d’observation convenable dans cette cette recherche.
réalisées situation puisque la présence des
deux groupes n’est pas encadrée par
des règles particulières. C’est un lieu
public avec un certain espace de
liberté.

120 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


non seulement avoir la possibilité d’observer libre-
ment vos sujets dans un endroit donné, mais aussi de
prendre des notes sur le terrain ou en laboratoire et à
la n de l’observation.
Il est également nécessaire de mettre à prot
toutes les ressources dont vous disposez, incluant les
membres de votre famille et vos relations sociales,
de manière à vous faciliter l’accès au terrain idéal.
Par exemple, si vous vous intéressez à un club social
étudiant, vous vérierez si une personne de l’entou-
rage de votre équipe de travail ne connaîtrait pas des
membres de ce club social. Dans certains cas, il peut
Les portes d’un club social étudiant
s’avérer nécessaire de faire appel aux autorités. Par exemple, si vous avez
ou d’une organisation étudiante
l’intention de mener une recherche sur les attitudes des pêcheurs dans une vous seront plus facilement ouvertes
pourvoirie, vous aurez certainement à obtenir l’accord des autorités locales si votre réseau social comprend une
pour occuper le lieu choisi. De même, dans le cas d’une étude portant sur les personne ayant un lien de conance
comportements d’impatience des clients pendant qu’ils attendent à la caisse avec cette entité.
d’un commerce, vous devrez faire accepter votre présence par son ou ses
gestionnaires.
En outre, il importe de vérier que le type d’observation choisi est bel et
bien faisable sur les lieux envisagés. Si votre observation concerne la caté-
gorisation des comportements des participants à un jeu de rôle en situation Exemples de demandes
de jeu, une observation en milieu naturel nécessitera, par exemple, l’accès à d’autorisation et de consentement
un événement comme la bataille de Bicolline, qui est un jeu de rôle grandeur
nature médiéval et fantastique. Or, il se pourrait que, dans cet événement,
la règle de participation ne vous permette pas de mener votre observation
de façon non participante tel que prévu initialement. Si tel est le cas, vous
devrez peut-être opter pour un autre type d’observation qui vous permette
de participer. L’important est que l’observation vous aide à répondre à votre
question de recherche (voir la sous-section 4.1.1).
Il est également important, pour enrichir votre collecte de données, de
varier les points de vue sur l’objet observé. Par exemple, si votre observa-
tion porte sur le métier de boucher dans un abattoir, vous devrez choisir
plusieurs postes d’observation an d’obtenir une vue globale de la situation
quotidienne que vivent les bouchers. Encore ici, il faudra obtenir la permis-
sion du responsable an d’avoir accès à différents postes d’observation dans
l’abattoir. Vous devrez également respecter les règles formelles et informelles
de l’endroit, dans ce cas-ci les règles d’hygiène liées à la tenue vestimentaire
et les mesures de sécurité.
Pour une utilisation efcace de la méthode d’observation en milieu natu-
rel, il devient impératif de faire une démarche préalable qui vous permettra
de mieux cibler vos observations et ainsi de mieux appliquer la méthode
choisie. Effectuer un repérage des lieux du cadre physique de l’observation
est essentiel à la réussite de l’observation de sujets humains. À la manière
d’un réalisateur qui fait du repérage pour trouver les lieux de tournage de
son prochain lm, vous devrez vous assurer de bien connaître le lieu où va
s’effectuer votre observation dans ses multiples détails. Cela vous permet-
tra de préciser votre outil d’observation, de standardiser le positionnement

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 121


physique des observateurs an de favoriser une bonne collecte de données
par tous les membres de l’équipe, de prévoir les aléas du terrain an d’éviter
les errements naturels de la vie quotidienne qui pourraient nuire à la vali-
dité des données, donc à une éventuelle généralisation. Par exemple, dans le
cadre d’une observation dans un centre commercial, il faut tenir compte des
heures d’ouverture et de fermeture, des braderies, des journées fériées, etc.
Observation systématique Dans certains cas, la recherche peut nécessiter une observation en labo-
Type d’observation utilisé lors de ratoire, lors de la plupart des observations systématiques, par exemple.
situations créées articiellement Cette situation s’impose lorsqu’il est très difcile d’avoir accès à un contexte
en psychologie. Permet d’observer donné ; il peut s’agir, par exemple, d’observer la réaction de certains types
intentionnellement une situation de téléspectateurs à des scènes de violence. Il est alors possible de repro-
contrôlée et provoquée par le
duire la situation en laboratoire. Vous pourrez ainsi observer derrière la
chercheur au moyen de grilles
d’observation fermées et
vitre les réactions des participants au fur et à mesure que les images de
quantiables de mesures violence délent devant eux sur l’écran. Il faut toutefois cerner et expliquer
prédéterminées. les erreurs de cette façon de procéder et ne pas manquer de les signaler
dans votre rapport d’étape en expliquant en quoi cette méthode était la plus
appropriée.
En somme, avant d’arrêter votre choix, vous devrez vous familiariser
avec le terrain d’observation que vous avez retenu. En mettant vos lunettes
de chercheur, vous saurez apprivoiser un milieu qui vous est étranger ou, au
contraire, vous distancier d’un contexte trop familier. Pour mettre en valeur
les possibilités qu’offre votre terrain d’observation, vous allez devoir établir
un plan d’observation et une grille d’observation.

5.1.2 Le plan d’observation


Plan d’observation Lorsque vos préparatifs pour obtenir l’autorisation d’accéder au terrain
Synthèse utile à la méthode de choisi sont achevés, vous êtes prêt à construire votre plan. Le plan d’observa-
l’observation qui relie les objectifs tion relie les objectifs de recherche, l’objet de l’observation et le terrain
de recherche, la catégorie d’objets d’observation sélectionné. Il permet de planier votre présence sur le
à observer et le terrain sélectionné. terrain an de rendre le déroulement de l’activité d’observation plus ciblé et
plus efcace pour l’équipe de travail. Un plan d’observation inclut :
Échelle des observations • la description de l’objet de l’observation ;
Mesure graduée des interactions • l’échelle des observations, c’est-à-dire la mesure graduée des interac-
ou des attitudes permettant de
tions ou des attitudes permettant de standardiser les observations
standardiser les observations
effectuées.
effectuées ;
• les paramètres de l’observation et les détails pratiques tels que
les noms des personnes affectées à chacune des tâches, l’échéancier
de planication de l’activité, les horaires individuels et la durée des
séances d’observation.
La construction de ce plan se fait en relation avec votre problématique
et avec la population choisie. Vous devez tenir compte de la dénition des
concepts préalablement établie, de la visée de votre recherche, de votre hypo-
thèse ou objectif ainsi que de l’analyse conceptuelle. La description de l’objet
de recherche correspond aux dénitions théoriques des concepts de la problé-
matique ainsi qu’à certains indicateurs. Les échelles des observations corres-
pondent aux indicateurs de l’analyse conceptuelle. Les paramètres concernent
la planication technique de l’observation au regard du choix du terrain.

122 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Le tableau 5.2, présente un exemple de plan d’observation pouvant être
établi pour un travail de recherche portant sur le comportement des foules
pendant un festival culturel.

Tableau 5.2 Un exemple de plan d’observation en situation de foule

Thème Exemples

Objet de • Types de regroupements (personnes seules, familles,


l’observation amis, etc.)
• Langage non verbal des participants (gestes d’affection,
gestes d’impatience, etc.)

Échelle des • Nombre de personnes par regroupement (2 ou 3, 4 ou 5,


observations 6 et plus)
• Âge estimé des participants (14 ans ou moins ; 15 à 19 ans ;
20 à 24 ans ; 25 à 29 ans ; 30 à 34 ans ; 35 à 39 ans ;
40 à 44 ans ; 45 à 49 ans ; 50 à 54 ans ; 55 à 59 ans ;
60 ans et plus)

Paramètres • Une visite d’une durée de 30 minutes, par équipes de deux,


chaque jour du festival
• Trois postes d’observation, un à l’entrée, un à la sortie et
un à l’intérieur du festival

5.1.3 La grille d’observation


La grille d’observation, parfois appelée « cadre d’observation », doit reéter Grille d’observation
la mesure des variables ou des concepts associés à la collecte de données Outil de collecte de données
envisagée dans le plan d’observation. Elle se construit grâce aux dimensions associé à l’observation regroupant
et aux indicateurs que vous avez identiés précédemment. Cette grille est les indicateurs qui permettront
essentielle à toute démarche d’observation et se construit à la fois avant et de la réaliser.
pendant l’observation.
La grille d’observation fait état des indicateurs que vous comptez utiliser
et observer. Ces indicateurs, qui varient en fonction de vos préoccupations
concernant l’observation, désignent les aspects physiques ou comportemen-
taux qu’un observateur peut voir et noter aisément dans leurs moindres
détails. En outre, la grille d’observation peut contenir vos réexions au sujet
des éléments observés.
Il faut toutefois savoir qu’une grille d’observation est un objet malléable
et qu’elle peut donc être modiée en fonction des préoccupations soulevées
tout au long de la collecte de données. Aussi, il vous appartient de faire de
cette grille l’outil de travail pertinent qui vous permettra d’atteindre vos
objectifs. Il s’agira alors d’y consigner vos observations en fonction des indi-
cateurs que vous aurez retenus, et ce, sans laisser le moindre détail de côté.
Prenons comme exemple une étude portant sur les codes vestimentaires
adoptés par les adolescents. Plus précisément, l’étude tenterait de mesurer

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 123


l’inuence de la culture hip-hop sur les codes vestimentaires au Québec.
Comme le montre le tableau 5.3, la grille d’observation susceptible d’être
utilisée pour un tel sujet de recherche pourrait contenir des indicateurs tels
que les types de vêtements portés, leur longueur ou leur couleur.
Le tableau 5.4 montre un exemple de grille d’observation fermée quanti-
tative à cocher selon le nombre d’occurrences.

Tableau 5.3 Un exemple de grille d’observation sur les codes vestimentaires des adolescents
et l’inuence de la culture hip-hop sur ces codes

Thème Éléments de l’observation Indices d’observation

Objet de l’observation Attroupement de garçons et de lles • Types de cérémonials observés


de 12 à 17 ans • Types d’interactions observables

Terrain d’observation Description des lieux • Disposition générale


• Nombre de personnes sur place
• Architecture, s’il y a lieu

Remarques faites sur l’endroit observé • Impressions générales sur l’endroit

Personnes observées Éléments factuels (échelle d’observation) • Âge


• Sexe
• Origine ethnique
• Vêtements
• Interactions

Éléments subjectifs portant sur • Attitude générale


les interactions sociales • Langage verbal et non verbal

Notes de réexion Éléments de récurrence • Actions les plus fréquentes

Éléments d’analyse et de procédure • Signication des gestes

Autres notes • Impressions personnelles


• Notes méthodologiques
• Difcultés éprouvées

5.1.4 L’échantillon de l’observation


Dans le cas de l’observation, l’échantillon utilisé est le plus souvent non
probabiliste (voir la sous-section 4.3.3). Comme tout échantillon, il doit être
sufsamment représentatif an qu’il soit possible de généraliser le cas
observé à un ensemble d’autres cas qui n’ont pas été observés. Le tableau 5.5,
à la page 126, vous donne quelques conseils pour vous assurer que votre
échantillon est bien représentatif. Les exemples se réfèrent à une recherche
où le but est de décrire les types d’interactions sociales entre les festivaliers.

124 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Tableau 5.4 Une grille d’observation de la manifestation de signes d’agressivité des personnes en le
d’attente au guichet automatique, dans le cadre d’une expérimentation où la personne
au guichet est très lente dans ses opérations bancaires, en fonction du sexe et de l’âge

Concept Dimension Indicateurs Éléments concrets des indicateurs N˚

Description Caractéristiques Sexe • Homme 1


des personnes biologiques • Femme

Catégorie d’âge • Moins de 18 ans 2


estimée • 18-40 ans
• 41-60 ans
• 61 et plus

Type de Agressivité Posture debout • Tient son rang 3


comportement • Avance et recule dans son rang
• Zigzague dans la le
• Se tourne vers l’arrière
• Saute sur place
• Se tient sur une jambe et risque de tomber

Posture haut • Se gratte 4


du corps • Répétition de mouvements d’entraînement
• Croise les bras
• Balance les bras
• Mouvement du torse de bas en haut
• Profonde et lente inspiration
• Profonde et lente expiration

Posture bas • Tape du pied 5


du corps • Balance les jambes
• Tremble au niveau des jambes

Interaction • Ferme les yeux 6


visuelle • Regarde vers le haut
• Regarde vers le guichet
• Regarde la personne au guichet
• Regarde spéciquement l’action de
numérotation au guichet
• Regarde l’heure exacte
• Cherche une communication visuelle avec
d’autres personnes dans la le

Interaction verbale • Remue les lèvres 7


• Parle tout haut
• Commente l’action
• Engage une conversation avec son voisin
à propos de l’action
• Soupire
• Utilise un sacre

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 125


Tableau 5.5 Un échantillon représentatif pour l’observation

Conseil pour
+ Exemple à suivre – Exemple à éviter Explication
la planication

S’assurer que l’échantillon Choisir le Festival d’été Choisir le Festival de En raison de la densité
retenu n’est pas marginal. de Québec ou la Fête des la barbotte de Sainte- des participants, vous
neiges de Montréal, qui Aurélie, qui n’a attiré que serez alors certain que
voient afuer des milliers 43 pêcheurs en 2008 votre échantillon vous
de personnes chaque jour. malgré l’intérêt que cet permettra d’observer
événement peut susciter. adéquatement des
mouvements de foule,
mais aussi de comparer
certaines interactions qui
nourriront votre analyse.

Privilégier différents Visiter le même emplace- Observer pendant une Cela permet de bonier
moments d’observation ment trois jours d’aflée, seule journée complète votre échantillon sans
mais à des heures ou observer trois jours avoir à changer de terrain.
différentes. différents aux mêmes
heures.

5.1.5 Le prétest de l’observation


Votre outil de collecte de données – en l’occurrence, la grille d’observation
– se situe au cœur de votre démarche. C’est pourquoi il convient de le tester
an d’en percevoir les failles éventuelles. La manière la plus simple consiste
à mener une séance d’observation qu’on appellera « 0 » et qui ne sera pas
prise en compte au moment de la compilation des résultats et du traitement
des données. Imaginons que vous travaillez sur l’entraide en milieu scolaire
et que vous observez le déroulement des séances de tutorat qui sont offertes
au centre d’aide de votre cégep. Si, en testant votre grille d’observation
durant cette séance 0, deux de vos coéquipiers ne reconnaissent pas les
mêmes gestes d’entraide ou donnent, sur une échelle d’observation allant
de 1 à 10, une note très différente pour la même scène observée, le résultat
de votre démarche d’observation sera douteux, ce qui limitera par le fait
même la portée de votre analyse. Vous auriez donc dans ce cas intérêt à
recomposer une grille d’observation comprenant soit une échelle d’observa-
tion modiée, soit de nouveaux éléments d’observation, ou encore à vous
assurer que les jugements des observateurs s’équivalent. Il importe en effet
de vous entendre en équipe sur les qualicatifs qui peuvent le mieux traduire
vos observations, de manière à obtenir des résultats comparables et assurer
ainsi leur abilité. Vous pourrez le préciser lors de la réexion d’équipe sui-
vant le prétest. Le prétest et la période de réexion d’équipe qui suit s’avèrent
donc essentiels parce qu’ils aident à ajuster le tir avant de mettre en pratique
une méthode de recherche.

126 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


5.1.6 La réalisation de l’observation
Une fois votre grille d’observation testée, il vous reste à réaliser la collecte de
données selon le plan que vous avez établi. Il est important de posséder cer-
taines habiletés an de mener votre observation de façon rigoureuse et de
noter l’essentiel des données nécessaires à la poursuite de votre recherche.
Certes, tout le monde peut intuitivement comprendre le principe de l’obser-
vation, puisque chacun est capable d’observer la réalité qui l’entoure.
Cependant, l’observation scientique est quelque peu différente. En effet, un
observateur scientique doit être à l’affût du moindre détail et changement,
si inme soit-il. Il doit avoir une bonne mémoire visuelle et être en mesure de
traduire ses observations en mots. Le tableau 5.6, à la page suivante, vous
donne quelques conseils concernant la façon de mener une observation.
Comme nous l’avons dit, la grille d’observation est un outil de collecte
de données très précieux pour l’observation. Ce n’est toutefois pas l’unique
façon de recueillir des données et de garder des traces du processus d’obser-
vation. La prise de notes et le journal d’enquête en sont d’autres qu’il faut
prendre en compte.

5.1.7 La prise de notes


La prise de notes est un ajout essentiel à l’observation. Elle permet en effet de
donner une forme aux impressions et aux sensations éprouvées au cours de
l’observation, et parfois même d’aller au-delà des indicateurs contenus dans la
grille d’observation. En outre, cet outil aide à prendre conscience de sa propre
subjectivité, ce qui est un premier pas vers l’objectivité, c’est-à-dire qu’il per-
met de prendre conscience de vos valeurs, de vos sentiments et de la façon de
départager ce qui vous est propre et ce qui est pertinent pour la recherche. La
prise de notes peut s’effectuer pendant l’observation, mais parfois aussi après,
dans l’éventualité où cela brimerait la spontanéité des interactions observées.
En général, les notes concernant une observation participante dissimulée
(par exemple, la participation à un rassemblement de cégépiens qui militent
en faveur de l’écologie) font énormément appel à la mémoire puisque, dans le
feu de l’action, il est difcile, et parfois impossible, de prendre des notes. La
consignation de réexions se fera donc surtout après l’observation. Il demeure
néanmoins possible que les coéquipiers échangent leurs notes, ce qui permet-
tra d’ajouter des perspectives différentes à l’observation et de faire la part
des choses entre ce qui est subjectif et ce qui est objectif. En contrepartie, une
observation non participante non dissimulée (par exemple, l’observation du
comportement des serveurs d’un restaurant) est davantage propice à la prise
de notes pendant l’observation. Les notes sont essentiellement de trois types :
1. Les notes d’observation, qui sont surtout descriptives, approfon-
dissent les éléments ou les indicateurs qui ont déjà été relevés au
moment de l’établissement de la grille d’observation. Par exemple,
dans le cas d’une étude portant sur le comportement des serveurs
d’un restaurant, une note descriptive pourrait être que le serveur
est souriant lorsqu’il salue les clients.

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 127


Tableau 5.6 Observer efcacement

Conseil Exemple Explication

Notez le plus Une simple tape dans le dos qu’un élève donne Vos observations doivent rendre compte
de détails à un élève en difculté est un geste d’encourage- des principaux éléments descriptifs portant
possible, sans ment que vous n’auriez peut-être pas perçu sur vos objets d’observation par catégories
aller jusqu’à comme tel si votre travail de recherche n’avait ou par types, tels que dénis dans votre
tout noter pas concerné l’entraide en milieu scolaire. Dans grille d’observation.
intégralement. le contexte de votre observation, remarquez si les
étudiants semblent partager une certaine intimité.
S’agit-il d’une interaction dans un contexte
institutionnalisé de soutien aux individus ?

Posez-vous Si votre recherche porte sur le taxage dans les Votre observation doit comporter un risque
certaines cours d’école, vous devrez faire preuve de discer- minimal pour la population à l’étude et
questions nement. Si, par exemple, en cours d’observation, respecter le cadre prescrit par l’opérationna-
sur l’aspect vous êtes témoin d’actes de brutalité commis lisation et les autorités du lieu. Rééchissez
éthique envers un élève, votre premier devoir sera alors en équipe sur le comportement à adopter
de votre d’intervenir, si possible, ou de faire appel aux dans l’éventualité où certaines situations
observation. autorités compétentes dans le cas contraire. délicates se présenteraient. Vériez aussi
En effet, votre statut d’apprenti chercheur ne doit auprès de votre enseignant s’il existe des
pas vous empêcher de jouer votre rôle de citoyen dimensions éthiques propres à votre terrain
responsable. de recherche dont vous devriez vous soucier
avant de commencer votre travail.

2. Les notes méthodologiques permettent de rééchir sur sa pratique


à titre d’observateur et sur les problèmes auxquels on fait face. Dans
le cadre du même exemple, une note méthodologique pourrait être
qu’un indicateur – tel que le comportement des serveurs selon le sexe
du client – fut oublié dans le schéma conceptuel et n’est donc pas
inclus dans la grille d’observation.
3. Les notes réexives font référence à l’élaboration de la problé­
matique et seront particulièrement utiles lorsque viendra le temps
d’analyser les données recueillies. Dans le cadre de cette étude,
une note réexive pourrait être que le bistro étant une coopérative
sociale, cela a pu inuencer l’engagement organisationnel de l’em­
ployé car vous avez lu que les valeurs de l’entreprise et leur conver­
gence avec les valeurs des employés augmente leur engagement
organisationnel1.
Dans certains cas, il peut être utile de prévoir un espace pour ces notes
dans la grille d’observation ou de les inclure dans le journal d’enquête.

1. Florence STINGLHAMBER et al., « Congruence de valeurs et engagement envers l’organisation


et le groupe de travail », Psychologie du travail et des organisations, vol. 10, no 2 (juin 2004),
p. 165­187.

128 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


5.1.8 Le journal d’enquête
L’ensemble des observations que vous effectuez doit se retrouver le plus pos- Journal d’enquête
sible dans la grille d’observation. Néanmoins, il est aussi utile de se doter Recueil de notes qui accompagne
d’un autre outil, plus souple, qui se veut le reet de la démarche d’observa- le chercheur tout au long de sa
tion : le journal d’enquête. Cet outil vous servira tout au long du processus démarche d’observation.
d’observation, étant donné qu’il permet de témoigner des avancées et
des réexions que l’observation suscite en vous. Tenir un journal d’enquête
permet de colliger une pluralité de types de documents, des graphes, des
schémas, des cartes des lieux observés dans leurs détails signiants. Ainsi, le
journal d’enquête est en quelque sorte le compagnon idéal de la grille d’ob-
servation. Il permet même d’échanger avec les autres observateurs. Il sera
d’une aide précieuse au cours de l’analyse des données, l’étape suivante de la
démarche scientique dont il sera question au chapitre 6.

TIC pratique Faire un journal d’enquête sur Moodle

Si votre collège a accès à Moodle, votre enseignant peut vous y créer une coquille an de rédiger votre journal d’enquête.
Vous n’aurez qu’à accéder à l’activité journal pour le commencer ou le modier. Sinon, il est possible de colliger vos notes
dans un journal créé sur Google Drive, un nuage de création et de partage de chiers où vous n’aurez qu’à faire un groupe
de partage des notes. Voici un exemple d’un journal créé dans Moodle :

EXERCICE
5.1 Associez les exemples de notes suivantes avec les éléments de la grille
d’observation présentée à la page suivante :
1. La lumière tamisée rend parfois l’observation difcile.
2. Le garçon avec une casquette manifeste un intérêt physique pour
la jeune lle en jean. Ses gestes (main sur la cuisse, caresse dans
les cheveux) démontrent un comportement de séduction.
3. Les garçons paraissent vouloir impressionner les lles par leur
performance à un jeu de course automobile puisqu’ils verbalisent
leurs succès.
4. Il y a six lles : quatre caucasiennes et deux à la peau noire.
5. Les jeunes semblent détendus puisqu’ils rigolent, ils sont assis de
façon décontractée et ils ont les épaules basses.

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 129


6. Le cinéma dispose d’une aire de détente avec un petit café et des
jeux d’arcade.
7. L’endroit est très bruyant et peu éclairé. Aucune surveillance adulte
n’est apparente.
8. On remarque un groupe de jeunes qui entrent au cinéma ou qui en
sortent.
9. Les trois lles au look hip-hop portent des vêtements larges qui
dissimulent la forme de leur corps. Les trois lles au look dominant
chez les jeunes portent des chandails courts laissant apparaître le
bas du ventre. Une seule lle a les épaules dénudées. Deux lles
ont des jupes arrivant à mi-cuisse et les jambes dénudées. Une
lle porte un jean taille basse laissant entrevoir son
sous-vêtement.
10. Trois lles ont un style hip-hop, et trois un style plus classique.
11. Elles sont toutes en 4e secondaire, d’après les propos échangés.
12. Un des garçons monopolise le jeu pendant que les deux autres
semblent surtout s’intéresser à la lle au look plus classique
vêtue d’un jean. L’un des deux garçons enserre la taille de
la jeune lle.
13. Les jeunes s’attroupent auprès d’un jeu de course automobile an de
regarder la performance du joueur. Il y a six lles et trois garçons.
14. Le comportement du garçon semble compatible avec la culture hip-hop
telle que décrite dans les textes trouvés en bibliothèque et dans
laquelle un comportement masculin entreprenant est valorisé.

Thème Éléments de Indices Exemple


l’observation d’observation
1 Objet de Attroupement de • Types de cérémonials
l’obser- garçons et de lles observés
vation de 12 à 17 ans • Types d’interactions
observables

2 Terrain Description • Disposition générale


d’obser- des lieux • Nombre de per-
vation sonnes sur place
• Architecture,
s’il y a lieu

3 Remarques faites • Impressions


sur l’endroit générales sur
observé l’endroit

4 Personnes Éléments factuels • Âge


observées (échelle • Sexe
d’observation) • Origine ethnique
• Vêtements
• Interactions

5 Éléments subjec- • Attitude générale


tifs portant sur • Langage verbal et
les interactions non verbal
sociales

130 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Thème Éléments de Indices Exemple
l’observation d’observation
6 Notes de Éléments de • Actions les plus
réexion récurrence fréquentes

7 Éléments • Signication
d’analyse et des gestes
de procédure

8 Autres notes • Impressions


personnelles
• Notes
méthodologiques
• Difcultés
éprouvées

5.2 L’entrevue
Si vous avez choisi la méthode de l’entrevue, c’est parce qu’elle vous semble la
plus appropriée pour recueillir des renseignements, au regard de votre objectif
ou de votre hypothèse de recherche. Avant même de songer à entrer en contact
avec les personnes à interviewer, il convient de construire votre outil de collecte
de données (en l’occurrence, le schéma d’entrevue) en fonction de votre problé-
matique, particulièrement en fonction de vos dimensions et de vos indicateurs.
Par la suite, vous pourrez sélectionner les éléments de la population, à
savoir les individus ou les groupes d’individus qui constitueront votre
échantillon. Enn, vous devrez régler certaines questions logistiques rela-
tives à l’entretien. Examinons chacun de ces éléments.

5.2.1 Le schéma d’entrevue


Comme nous venons de le souligner, le schéma d’entrevue est l’outil de col- Schéma d’entrevue
lecte de données propre à l’entrevue. Il comprend l’ensemble des questions se Outil de collecte de données
référant aux concepts, aux dimensions et aux indicateurs qui ont été détermi- associé à l’entrevue qui contient
nés lors de l’élaboration de la problématique. Parfois, il peut aussi contenir l’ensemble des questions dans un
des images, des sons ou des extraits de documents, en particulier si l’entrevue ordre déterminé se référant aux
concepts et aux indicateurs qui
vise à recueillir les commentaires et les réactions provoqués par ces
ont été arrêtés lors de l’élaboration
documents. de la problématique.
Par exemple, dans le cadre d’une recherche visant à comprendre la repré-
sentation de l’image paternelle chez les individus âgés de 75 ans et plus,
vous pourriez, an de recueillir des commentaires, demander aux personnes
interviewées d’examiner des photos ou de visionner de courtes séquences
montrant des scènes de la vie quotidienne d’un homme et de ses enfants.
L’élaboration de ce schéma d’entrevue dépend du type d’entretien que
vous désirez réaliser (voir le chapitre 4). Il nécessite en effet une construction

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 131


plus détaillée dans le cas d’une entrevue semi-directive, puisque vous devrez
intervenir régulièrement an de baliser le déroulement de la discussion.
Dans le cas de l’entrevue non directive, le schéma doit être constitué en par-
tie avant et en partie pendant l’entretien, selon les propos de l’informateur.
Dans les deux cas, il importe de formuler adéquatement les questions.

La formulation des questions du schéma d’entrevue


Il est essentiel de respecter un certain nombre de règles dans la construction
d’un schéma d’entrevue. Chaque question qui en fait partie doit en effet
avoir un lien avec la problématique dénie, ainsi qu’avec les indicateurs et
les concepts qui s’y trouvent. Elle doit aussi être posée en respectant l’ordre
préétabli. De plus, vous devez formuler des questions qui permettent de
circonscrire correctement l’information que vous souhaitez obtenir. Imagi-
nons par exemple que vous décidez d’étudier le phénomène des communes
au Québec dans les années 1970 – ces regroupements d’individus parta-
geant un même lieu de vie et les mêmes valeurs de respect de la nature, de
pacisme et d’amour libre – et que la visée de votre recherche est de com-
prendre les motivations des individus qui ont résidé dans une commune
entre 1969 et 1975. Ici, une question de départ large du type « Parlez-moi
de votre expérience des communes » ne serait pas appropriée, car elle ne
permettrait pas de cerner les motivations de ce choix, qui sont pourtant au
cœur de votre sujet de recherche. Il faut donc veiller à éviter une formula-
tion trop générale comme c’est le cas dans l’exemple du phénomène des
communes, car elle risquerait d’éloigner votre interlocuteur des aspects qui
vous intéressent particulièrement.
Il existe deux formes de questions : les questions ouvertes et les questions
fermées. Les questions ouvertes sont générales et permettent habituellement
Question ouverte
Type de question qui demande au d’obtenir de nombreux détails et de stimuler la conversation, surtout lorsque
participant de construire librement l’interlocuteur est peu loquace. Voici quelques bonnes façons de lancer une
sa réponse. question ouverte :
• « Parlez-moi de. . . »
• « Présentez-moi. . . »
• « Décrivez-moi. . . »
• « Pouvez-vous m’expliquer. . . »
• « Comment percevez-vous. . . »
• « De quelle manière. . . »
En contrepartie, il n’y a qu’une seule réponse possible parmi d’autres à
une question fermée. Les questions fermées doivent compléter le schéma
Question fermée
d’entrevue, sans pour autant en constituer la base puisqu’elles ne permettent
Type de question qui oblige pas d’aller au fond de la pensée de l’interlocuteur quant à l’objet de la
le participant à choisir parmi recherche. Nous en retrouvons dans une plus grande proportion dans le
une liste de réponses possibles. questionnaire du sondage (voir la sous-section 5.3.1).

132 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Qu’il s’agisse de questions ouvertes ou fermées,
celles qui font partie du schéma d’entrevue doivent
rendre compte de tous les indicateurs qui ont été
relevés lors de l’élaboration de la problématique, de
manière que les divers concepts à l’étude puissent être
cernés. Vous trouverez dans la sous-section 5.3.1 de
ce chapitre, portant sur le sondage, des conseils judi-
cieux pour agencer ces questions et éviter certaines
formulations.

Le schéma de l’entrevue semi-directive


Le schéma de l’entrevue semi-directive est constitué de questions ouvertes Des personnes ayant vécu une
portant sur les divers concepts ou variables que vous avez dégagés lors de période de leur vie dans une com-
l’élaboration de votre problématique, et que vos entretiens doivent mettre mune pourraient se remémorer leur
en lumière. expérience au cours d’une entrevue.

Si on reprend l’exemple d’une recherche portant sur les motivations


des gens qui ont choisi de vivre dans une commune, il est probable
que vos lectures vous ont amené à considérer différents types de moti-
vations dans l’élaboration de votre problématique, dont la motivation
socioéconomique. Si tel est le cas, votre schéma d’entrevue devrait nor-
malement inclure une question assez générale touchant à la motivation
socioécono mique – question ouverte, afin de laisser le participant s’ex-
primer –, ainsi que des questions plus précises, ouvertes ou fermées, se
rapportant à des indicateurs socioéconomiques (revenu du participant Exemple de schéma d’entrevue
semi-directive sur le phénomène
à cette époque, emploi occupé, etc.). Vous devrez alors faire de même
des communes
pour tous les autres types de motivations envisagés, de manière à cou-
vrir l’ensemble du sujet.

Le schéma de l’entrevue non-directive


Dans une entrevue non-directive, l’intervieweur doit laisser le sujet s’expri-
mer librement. Dans ce cas, son rôle consiste à amorcer la discussion et, au
besoin, à résumer certains propos de l’interlocuteur pour s’assurer que la
compréhension est mutuelle. Ici, l’intervieweur essaie de démontrer à la per-
sonne interviewée qu’il l’écoute ; c’est pourquoi il doit intervenir le moins
possible dans son récit. En ce sens, il n’est généralement pas nécessaire de Exemple de schéma d’entrevue
non directive sur le phénomène
poser de questions requérant des précisions. Si on se reporte à l’exemple des
des communes
communes, vous pourriez dire à chacun de vos interlocuteurs : « Parlez-moi
de ce qui vous a amené à aller vivre dans une commune. »
An d’éviter d’interrompre le récit de votre interlocuteur, il peut aussi
être utile, lors du premier contact, de lui demander si vous pourrez éven-
tuellement effectuer une seconde entrevue semi-directive plus courte, an
de compléter vos données et de vous assurer de couvrir tous les aspects
qui, à la suite de votre analyse, n’auraient pas été abordés lors du premier
entretien.

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 133


Pour aller
plus loin Le récit de vie

Le récit de vie, qui a été intégré à la recherche en sciences sociales par l’École de
Chicago dans les années 1920 (notamment par les travaux de William Isaac
Thomas et de Florian Znaniecki), est une variante de l’entrevue non directive. Il
consiste à laisser un individu s’exprimer librement sur son vécu à travers un récit,
c’est-à-dire une histoire construite, en suivant un cadre temporel plus ou moins
linéaire. Étant donné qu’il donne lui-même un sens à son expérience, l’informateur
constitue le détenteur d’un savoir.
Le rôle du chercheur consiste alors à déconstruire ce récit pour ensuite le
reconstruire, c’est-à-dire à passer du concret à l’abstrait, du récit à la théorie, du
sens commun à la connaissance1. Au Québec, l’École de Laval, avec Fernand
Dumont et Gérald Fortin, a exploré cette méthode singulière, propre aux sciences
humaines.

1. Gilles HOULE, « L’histoire de vie ou le récit de pratique », dans Benoît GAUTHIER,


dir., Recherche sociale : de la problématique à la collecte des données, 4e éd., Québec,
Presses de l’Université du Québec, 2003, p. 330.

5.2.2 L’échantillon de l’entrevue


Maintenant que vous avez choisi votre outil de collecte de données, il est
temps de constituer votre échantillon en fonction de la population étudiée et
du contexte de votre recherche (voir la section 5.3). La taille de cet échantillon
doit correspondre au nombre de personnes que vous avez besoin d’interviewer
en vue d’obtenir juste assez de renseignements pour couvrir l’ensemble des
aspects à l’étude. Cela signie qu’une collecte de renseignements supplémen-
taires n’apporterait rien de nouveau à votre recherche, que les données sont
saturées. Ainsi, la taille de l’échantillon est appelée à varier selon le sujet de la
recherche, la problématique dénie ou les informateurs ciblés. En somme,
assurez-vous que le nombre d’individus interrogés vous permettra de recueillir
sufsamment de données pour pouvoir analyser leurs propos et dégager
les éléments signicatifs pour l’interprétation, ce que le chapitre 6 vous aidera
à faire.
La plupart du temps, votre échantillon sera constitué de façon non pro-
babiliste, c’est-à-dire que ses unités ne seront pas toutes sélectionnées au
hasard. En effet, vous pourriez, par exemple, avec un échantillon non pro-
babiliste par volontaires, mettre une petite annonce dans le journal du cégep
an de trouver des volontaires pour participer à votre recherche sur les
motivations des étudiants qui pratiquent un sport, et choisir comme échan-
tillon les cinq premières personnes qui répondront à votre annonce. Avec
un échantillon non probabiliste au jugé, vous pourriez également prendre

134 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


contact avec un regroupement d’anciens combattants de la Seconde Guerre
mondiale en vue d’en apprendre davantage sur la vie de soldat pendant cette
guerre et de créer votre échantillon à partir des personnes qui accepteront
de se coner à vous. Notez bien que cette participation se doit toujours
d’être volontaire. Par exemple, un patron ne peut pas obliger ses employés
à participer à une recherche ni intervenir sur ce qu’ils pourraient dire. De
plus, les participants peuvent toujours se retirer de l’expérience ou refuser
de répondre à certaines questions.
Pour que l’échantillon soit au contraire constitué de façon probabiliste,
vous devez d’abord détenir la liste des personnes faisant partie de la popu-
lation à l’étude, puis sélectionner au hasard les éléments de l’échantillon.
Par exemple, si l’objet de votre recherche consiste à comprendre l’engage-
ment étudiant au sein de votre cégep, vous pourriez vous adresser à votre
association étudiante an d’obtenir la liste de tous les membres de l’exé-
cutif et des différents comités, puis sélectionner au hasard quelques noms
parmi cette liste.

5.2.3 La préparation du premier contact


Après avoir choisi les types de schéma d’entrevue et d’échantillon, vous
serez amené à l’étape suivante, qui consiste à vous présenter et à présenter
votre recherche aux personnes que vous désirez interviewer, dans l’objectif
de susciter leur intérêt. Il ne faut pas prendre ce premier contact à la légère,
car il est souvent garant de la qualité de la relation qui s’établira entre l’in-
tervieweur et la personne interviewée et, par conséquent, de celle des don-
nées recueillies. Dans certains cas, plus d’un contact sera nécessaire avant
que votre demande soit acceptée, si la personne sollicitée veut prendre le
temps de rééchir avant de s’engager.
Ce premier contact peut être établi par téléphone, en personne ou
encore par courriel. Dans toutes les situations, un texte ou un aide-
mémoire est essentiel à la présentation, puisqu’il permet de s’assurer
qu’on n’omet rien.
Selon le contexte de votre recherche, vous pourrez décider d’entrer direc-
tement en contact avec les personnes à interviewer, mais parfois vous n’aurez
pas le choix de passer par un ou plusieurs intermédiaires. Ces personnes clés
aideront à créer un lien de conance avec vos informateurs. Par exemple,
si votre recherche vise à comprendre les motivations des étudiants de votre
cégep à faire partie d’une équipe sportive, il pourrait être judicieux de contac-
ter les entraîneurs du cégep, puisque ces derniers ont généralement déjà établi
un lien de conance avec ces étudiants. Dans un premier temps, une ren-
contre avec ces entraîneurs vous permettra de déterminer vos besoins. Dans
un deuxième temps, s’ils acceptent de vous soutenir dans votre démarche, ils
pourront faciliter votre introduction auprès des membres de l’équipe.

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 135


Trousse de
dépannage Créer un climat de conance

Au cours de votre premier contact avec vos informateurs potentiels, le mot clé de votre présentation doit
être le respect. En effet, an qu’ils puissent se coner à vous en toute conance, vous devez insister sur
le fait que leur vie privée sera respectée. Ce respect implique de s’engager à ne dévoiler aucune informa-
tion qui permettrait d’identier ces personnes (leur nom, leur adresse, le lieu d’exercice de leur profes-
sion, etc.). Si toutefois l’une d’entre elles consent à rendre son identité publique, par exemple dans le cas
où vous interviewez des experts d’un domaine, vous devrez alors lui faire signer une clause supplémen-
taire de divulgation de l’identité dans le formulaire de consentement. Une fois cette clause signée,
vous devrez quand même vous assurer qu’elle est à l’aise avec l’ensemble du processus, et l’informer
qu’elle peut à tout moment se rétracter et demander de conserver son anonymat.
Par ailleurs, an de faciliter le travail de transcription de l’entrevue, il peut être très utile d’enregistrer
les propos d’un informateur ou encore de lmer l’entrevue qu’il vous accorde. Aussi, prenez soin d’évo-
quer cette possibilité dès le premier contact et, s’il n’apprécie pas cette idée, n’insistez pas. La personne
que vous sollicitez est tout à fait en droit d’accepter ou non les conditions de l’entrevue que vous lui
proposez ; encore une fois, c’est une question de respect envers les gens qui consentent à se coner à
vous. La relation de conance entre vous et votre informateur permettra d’obtenir des informations plus
ables que si l’entrevue se fait dans un climat de méance qui entraîne la censure des propos.
Enn, le respect fait référence à l’intégrité de la personne que vous souhaitez interviewer. Ainsi, si
votre population cible est constituée d’étudiants éprouvant des difcultés de rédaction en français, les
termes qui ont une connotation péjorative ou qui comportent un jugement de valeur (« nul », « mau-
vais », « anormal », etc.) doivent être proscrits, et le niveau de langage doit être modulé an d’être
compréhensible par tous. Vous devrez donc étudier attentivement les valeurs de ces étudiants qui
vivent une situation difcile, an de déterminer le moment approprié pour aborder explicitement le
sujet et gagner graduellement leur conance grâce à l’usage de mots acceptables pour eux.

5.2.4 Le prétest du schéma d’entrevue


Il est essentiel de faire un prétest du schéma d’entrevue avant de procéder
aux entrevues. Grâce à ce prétest, vous pourrez valider votre schéma et
vous assurer qu’il permet de recueillir toutes les données nécessaires à la
poursuite de votre recherche. Il est possible, en effet, que vos questions
d’entrevue ne tiennent pas compte de l’ensemble des composantes de votre
sujet de recherche, que l’ordre des questions ne soit pas logique ou que
leur formulation prête à confusion malgré toutes les précautions que vous
avez prises lors de leur rédaction. Le fait de soumettre votre schéma d’en-
trevue à un prétest vous donnera la possibilité de le corriger s’il y a lieu.
Pour réaliser ce prétest, effectuez l’entrevue avec une ou plusieurs
personnes qui ne font pas partie de votre échantillon, mais qui appar-
tiennent à la population visée. Les données recueillies ne seront pas jointes
à votre analyse par la suite. Suite à ce prétest, prévoyez un moment où
vous recueillerez les impressions de vos interlocuteurs sur l’entrevue et
leur demanderez s’il est nécessaire d’ajuster des éléments ou d’ajouter des

136 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


questions. Cela pourrait vous amener à reformuler des questions impré-
cises ou à prendre conscience de certains aspects qui auraient été négligés
et qui pourraient faire l’objet de questions supplémentaires dans la version
nale de votre schéma.

5.2.5 La réalisation de l’entrevue


Pour recueillir des informations pertinentes et exhaustives, il est essentiel
de prendre en compte un certain nombre d’éléments pendant toute la
durée de l’opération, soit avant, pendant et après l’entrevue. Il est notam-
ment essentiel de respecter les règles éthiques liées à l’entrevue. Le formu-
laire de consentement signé par vos informateurs doit être clair et il doit
contenir l’ensemble des éléments relatifs à la recherche : une présentation
sommaire de la recherche, les conditions d’utilisation, de visionnement ou
d’écoute de l’entrevue, ainsi qu’un consentement à l’enregistrement vidéo
ou sonore au besoin. Vous devez aussi respecter vos informateurs. Le
tableau 5.7 (voir page suivante) résume les attitudes à adopter lorsque
vous effectuez une entrevue en face à face, que ce soit en personne ou par
webcaméra.
Pendant et après l’entrevue, il est nécessaire de prendre des notes d’ob-
servation, méthodologiques et réexives, c’est-à-dire de noter tout compor-
tement non verbal susceptible de vous éclairer quant à la teneur des propos
de l’informateur. Par exemple : « L’interviewé semble mal à l’aise quand
nous abordons les questions relatives à sa vie amoureuse puisqu’il rou-
git. » Indiquez également les problèmes méthodologiques rencontrés. Par
exemple, vous pouvez noter si une question est mal comprise par l’infor-
mateur, ce qui peut dénoter que la question n’était pas claire. Pour terminer,
consignez les notes réexives qui vous viennent à l’esprit pendant et après
l’entrevue. Ces notes sont en lien avec votre problématique et sont suscep-
tibles de vous aider lors de l’analyse des entrevues. Par exemple, dans le
cadre d’une recherche sur la sensibilisation aux problèmes environnemen-
taux, vous pouvez indiquer que le participant démontre une conscience
éthique selon les critères dénis dans votre état de la question (voir la sous-
section 3.5.1).

Qu’une entrevue soit enregistrée ou non, sa transcription ou une indica- Verbatim


tion des traces écrites est toujours nécessaire, car elle permet de comparer Retranscription dèle et exhaustive
plus facilement entre elles toutes les entrevues réalisées. Si elle n’a pas été d’une entrevue.
enregistrée, recopiez vos notes le plus tôt possible. Si elle l’a été, réalisez ce
que l’on appelle un verbatim. Ce verbatim correspond à la retranscription
mot pour mot de l’ensemble des propos qui ont été tenus lors de cette entre-
vue incluant, s’il y a lieu, les fautes de prononciation de même que les silences
et les hésitations de la personne interviewée. Ainsi, vous devez, par exemple,
inscrire le mot « incompréhensible » lorsqu’un propos n’est pas audible à
l’écoute. Il est essentiel que vous prévoyiez du temps pour réaliser ce verba-
tim, car il s’agit d’une tâche de longue haleine. À titre d’exemple, la trans-
cription d’un entretien de 45 minutes peut prendre de trois à quatre heures. Exemple de verbatim

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 137


Tableau 5.7 Quelques conseils pour la réalisation d’une entrevue en face à face1

Déroulement Attitudes à adopter Conseils pratiques

Avant Faire bonne • Soyez ponctuel.


l’entrevue impression. • Soignez votre apparence et adoptez une tenue vestimentaire appropriée.

Briser la glace • Saluez courtoisement la personne interviewée.


et détendre • Parlez-lui de son trajet jusqu’au lieu de rendez-vous ou abordez
l’atmosphère. la météo du jour.
• Remerciez-la pour sa participation.

Respecter • Rappelez-lui votre sujet de recherche et l’importance de sa participation.


le protocole • Expliquez-lui que vous prendrez des notes tout au long de l’entrevue ou,
de recherche le cas échéant, rappelez-lui que l’entretien sera enregistré.
préétabli. • Évoquez les clauses de condentialité de la recherche et faites-lui signer
le formulaire de consentement au besoin.

Pendant Être bien préparé. • Veillez à bien maîtriser votre schéma d’entrevue pour éviter de « lire »
l’entrevue vos questions.
• Écoutez bien les réponses de votre interlocuteur pour ne pas lui reposer
une question à laquelle il aurait déjà répondu.
• Observez son langage non verbal.

Faire preuve • Avec chacun de vos interlocuteurs, faites preuve d’une écoute attentive.
d’empathie. Reformulez ses réponses pour l’assurer que vous saisissez bien
ses propos.
• Laissez-le parler, même si sa réponse n’est pas aussi pertinente que
vous le souhaitez, et respectez ses silences, s’il y en a. Ces informations
seront utilisées au moment de l’analyse.
• Respectez un éventuel refus de répondre à une question.
• Ne portez aucun jugement de valeur sur les propos de votre interlocuteur,
verbalement ou par votre attitude. Cela aurait pour effet de briser
le climat de conance.
• Ne le pressez pas s’il met un peu trop de temps à répondre.

À la n de Récapituler • Faites un résumé de l’entretien en proposant à votre interlocuteur de


l’entrevue le contenu préciser certains points ou de faire des commentaires s’il le désire.
de l’entrevue. • À la sortie de l’entrevue, et dès que possible, complétez vos notes au
moyen des éléments factuels, méthodologiques et analytiques
appropriés.

Laisser une bonne • Remerciez sincèrement votre informateur en le saluant poliment.


impression. • Proposez-lui de lui envoyer une copie de la recherche lorsqu’elle sera
terminée.

1. Données tirées de Lorraine SAVOIE-ZAJC, « L’entrevue semi-dirigée », dans Benoît GAUTHIER, dir., Recherche sociale : de la
problématique à la collecte des données, 4e éd., Québec, Presses de l’Université du Québec, 2003, p. 311.

138 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


EXERCICE
5.2 Mise en contexte : l’objectif de la recherche est de comprendre comment
les trois phases du rite, soit l’isolement, l’épreuve et l’intégration sont
vécues par les étudiants du programme sport-étude au collégial. L’état
de la question nous a révélé que la phase de l’isolement, aussi appelée
phase pré-liminale, prépare physiquement et psychologiquement l’individu
qui participe au rituel. Jacques Gleyse et Muriel Valette expliquent que :
« le but de cette étape est de séparer les participants de la communauté
telle qu’ils la connaissent pour créer un état d’ouverture face à
l’expérience liminale qui suit 2 ».
Selon le schéma conceptuel suivant, indiquez quels sont les indicateurs de
la dimension de l’isolement qui ne sont pas abordés dans le questionnaire
d’entrevue semi-directive qui suit :

Questionnaire d’entrevue semi-directive :


1. Parlez-nous d’abord de l’invitation que vous avez reçue. Quel était
le thème ?
2. Expliquez-nous la préparation mentale effectuée. Décrivez les émotions
vécues avant l’initiation.

5.3 Le sondage
Les médias font souvent appel à des maisons de sondage pour approfondir une
question, alors que les organismes et les entreprises y ont habituellement recours
pour évaluer les besoins ou les attentes de leur clientèle. Pour ce faire, on utilise
le questionnaire de sondage comme outil de collecte de données. Cette méthode
est à ce point populaire que l’on pourrait penser qu’il est facile de mettre au
point un sondage, de l’utiliser et d’analyser ses résultats. Pourtant, comme c’est
le cas de n’importe quelle méthode de recherche, pour faire un sondage, il faut
bien connaître sa problématique de recherche, se référer adéquatement à son
analyse conceptuelle, posséder un bon vocabulaire et procéder à un échantillon-
nage rigoureux. Ces différents aspects permettront d’élaborer un sondage ayant
une valeur scientique. Examinons-les plus en détail.

2. Jacques GLEYSE et Muriel VALETTE, « Rites initiatiques et rituels de passage ou de puri-


cation, dans l’école, l’éducation physique et le sport », Corps et Culture, no 4 (1999), p. 2,
[En ligne], http://corpsetculture.revues.org/562 (Page consultée le 3 novembre 2014)

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 139


5.3.1 La construction du questionnaire
Un sondage s’appuie sur un questionnaire. Ainsi, sans un questionnaire
construit avec soin, il sera impossible de vérier l’hypothèse formulée ou d’at-
teindre l’objectif de recherche. Il importe donc d’apporter une attention parti-
culière à la création de ce questionnaire. En outre, puisqu’un sondage peut
être constitué d’un échantillon de nombreuses unités, il est nécessaire d’utiliser
un niveau de langue approprié qui traduira le plus universellement possible les
concepts, an que tous les participants puissent comprendre sensiblement la
même chose. Enn, comme pour les autres méthodes de recherche, il faut
effectuer un prétest du questionnaire an d’en évaluer la qualité.
Comme on le constate, il faut franchir certaines étapes avant de parvenir
à la version nale du questionnaire. Tout d’abord, vous établirez le plan de
votre questionnaire en relevant les principaux thèmes qui seront abordés,
ce qui se réfère à vos dimensions. Ensuite, vous décomposerez ces thèmes
en différents éléments, ou sous-thèmes, qui se réfèrent à vos indicateurs. Il
est recommandé de formuler quelques questions pour chacun de ces sous-
thèmes, an de créer la liste la plus complète possible et de pouvoir par la
suite choisir la formulation la plus adéquate ainsi que l’ordre de ces questions
(voir aussi la section 5.2 sur l’entrevue). Plus vos questions seront variées,
plus vous récolterez une variété de renseignements sur un même sujet.

Les types de questions


Un questionnaire typique se compose le plus souvent de questions fermées.
En voici quelques-unes dans le tableau 5.8.

Tableau 5.8 Les types de questions d’un questionnaire

Type de
Dénition Exemple
questions

Fermées Question offrant un De quel sexe êtes-vous ?


choix unique ou Masculin
multiple de réponses. Féminin

Afrmatives Énoncé sur lequel Indiquez dans quelle mesure vous êtes
le participant devra ou n’êtes pas d’accord avec l’afrmation
prendre position. suivante : « Je consacre sufsamment de
temps à mes travaux scolaires. »
Tout à fait d’accord
Plutôt d’accord
Plutôt en désaccord
Tout à fait en désaccord

Ouvertes Question permettant Si vous avez répondu que vous êtes


à l’individu de plutôt ou tout à fait en désaccord,
s’exprimer plus expliquez pourquoi vous considérez ne
longuement. pas consacrer sufsamment de temps
à vos travaux scolaires.

140 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Notez bien que les questions ouvertes sont plus difciles et plus longues à
analyser, en raison de la grande variété de réponses possibles et du nombre
élevé de participants. Aussi, n’hésitez pas à privilégier les questions fermées,
en vous autorisant une ou deux questions ouvertes à la n de manière à lais-
ser la chance aux participants qui le désirent de s’exprimer davantage. Ne
négligez pas leur analyse : ces questions doivent être analysées au même titre
que les questions fermées même si elles sont peu nombreuses.
En fonction des renseignements recherchés, il est possible d’employer un,
deux ou trois types d’échelle dans un même questionnaire : l’échelle nomi-
nale, de rapport ou ordinale. Ces échelles, présentées au tableau 5.9, corres-
pondent à la façon dont les choix de réponses sont formulés.
Chacun de ces types d’échelle fait appel à un type de question. Ainsi,
l’échelle nominale regroupe le plus souvent des questions faisant référence
à des faits (lieu de naissance, fréquentation d’une école publique ou privée,
etc.). Le tableau 5.10, à la page suivante, présente les différents types de
questions nominales fermées que vous pourriez utiliser dans un sondage.
Dans les questions fermées propres à l’échelle de rapport, les réponses
sont quantiables et les choix de réponse sont classés en ordre de grandeur.
Des questions du type « Quel est votre âge ? » ou « Depuis combien de temps
avez-vous terminé vos études secondaires ? » sont de bons exemples de ques-
tions de rapport que l’on peut trouver dans un sondage.

Tableau 5.9 Les types d’échelle

Type d’échelle Dénition Exemple

Nominale Suppose qu’il n’existe Quelle est votre matière


ni direction ni proportion scolaire préférée ?
entre les choix de réponse,
c’est-à-dire qu’il n’y a pas
de lien entre les réponses.

De rapport Implique l’existence d’une Combien d’amis comptez-


quantité et de la possibilité vous dans votre réseau
d’établir des ordres de Facebook ? ____
grandeur entre les choix
de réponse.

Ordinale Suppose qu’il y a une Indiquez dans quelle mesure


direction, mais pas de vous êtes ou n’êtes pas
proportion entre les choix d’accord avec l’afrmation
de réponse. suivante : « Le gouvernement
aide sufsamment nancière-
ment les étudiants. »
Tout à fait en accord
Plutôt en accord
Plutôt en désaccord
Tout à fait en désaccord

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 141


Tableau 5.10 Les types de questions nominales fermées

Type de questions
Explication Exemples
nominales

Question Question comprenant • Quel est votre sexe ?


dichotomique deux choix de réponse. Masculin Féminin
• Êtes-vous étudiant ?
Oui Non

Question à choix Question proposant plusieurs • Quel est votre programme d’études ?
multiple réponses. Il peut être men- Sciences humaines
tionné que le participant a Sciences de la nature
la possibilité d’en choisir Art, lettres et communication
plus d’une. Autre, précisez : ___________________
• Pour quel parti politique avez-vous voté aux dernières
élections ?
Coalition Avenir Québec (CAQ)
Parti libéral (PLQ)
Parti québécois (PQ)
Québec Solidaire (QS)
Autre parti

Énumération Question demandant au Parmi les capacités suivantes liées aux études, lesquelles
d’items participant d’évaluer chaque vous semblent propres aux garçons, propres aux lles et
item d’une série au regard propres aux deux sexes ?
des autres items présentés.

Les deux
Garçons Filles
sexes

• Rédiger un rapport
• Faire des lectures
• Prendre des notes
de cours
• Utiliser un agenda
• Rencontrer un
enseignant
• S’adapter au
stress
• Être autonome

Question de Question exigeant de cocher Je veux obtenir mon diplôme d’études collégiales parce que
pointage plus d’une réponse an de (vous pouvez cocher plus d’une réponse) :
connaître l’étendue d’un • Je veux faire de l’argent
comportement ou d’une • Je veux avoir un bon statut social
attitude. • Je veux parfaire mes connaissances
• Je ne veux pas travailler maintenant
• La scolarité est importante
• Mes parents l’exigent
• Autre : ____________________________

142 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Enn, l’échelle ordinale est utile lorsqu’il s’agit de recueillir l’opinion des
personnes sondées. Le tableau 5.11 présente les types de questions ordinales
fermées qui peuvent être intégrées au questionnaire de sondage.

La formulation des questions


D’entrée de jeu, il faut savoir qu’une question de sondage ne doit comporter
qu’une seule idée. Il est donc préférable de rédiger plusieurs questions plutôt
que de rassembler de nombreux éléments dans la même. En outre, on doit
écarter les questions tendancieuses, faussées ou connotées (positivement ou
négativement). Par conséquent, toutes les questions doivent être neutres et leur
formulation ne doit pas inuer sur la réponse. De plus, les questions doivent
être rédigées de façon neutre et sans ambiguïté, et il faut s’abstenir de recourir
à la négation. Il est important que les termes utilisés soient compris par tous les
participants au sondage – quitte à dénir certains termes au besoin –, et ce, an

Tableau 5.11 Les types de questions ordinales fermées

Type de
questions Explication Exemple
ordinales

Question Question où le participant doit Indiquez dans quelle mesure vous êtes d’accord ou n’êtes
d’accord ou déterminer son degré d’accord pas d’accord avec les afrmations suivantes :
d’appréciation ou d’appréciation. 1. J’apprécie mon séjour au cégep.
Tout à fait d’accord
Plutôt d’accord
Plutôt en désaccord
Tout à fait en désaccord
2. Le programme de sciences humaines me permet
de connaître plusieurs nouvelles disciplines.
Tout à fait d’accord
Plutôt d’accord
Plutôt en désaccord
Tout à fait en désaccord

Question de Question où le participant doit Classez ces disciplines obligatoires en sciences humaines
classication classer différents éléments de la plus intéressante (1) à la plus ennuyeuse (8) :
selon un ordre préétabli. ___ Géographie ___ Économie ___ Sociologie
___ Anthropologie ___ Histoire ___ Psychologie
___ Méthodes quantitatives ___ Politique

Question Question comportant des Les études au cégep sont :


sémantique adjectifs et leurs antonymes • Inintéressantes 1 – 2 – 3 – 4 – 5 – 6 Intéressantes
différentielle placés aux deux extrémités • Démotivantes 1 – 2 – 3 – 4 – 5 – 6 Motivantes
d’une échelle graduée. Le
participant doit se situer par
rapport à l’un ou l’autre
de ces adjectifs.

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 143


d’éviter toute confusion. De même, la rédaction du questionnaire doit être
adaptée à l’échantillon de participants. Ainsi, on ne rédigera pas un question-
naire destiné à des enfants de la même manière qu’un questionnaire s’adressant
à des individus qui n’ont pas le français pour langue maternelle.
De plus, toutes les questions doivent être précises. Aussi, l’emploi de
modulateurs (« moyen », « beaucoup », « très », etc.) doit être limité au mini-
mum, car ces termes ne sont jamais univoques : le sens attribué à ces modu-
lateurs peut être perçu différemment d’un participant à l’autre. Enn, les
questions doivent être plausibles et vraisemblables compte tenu de la popu-
lation visée. Il y va de la représentativité et de la crédibilité du questionnaire.
Le tableau 5.12 illustre au moyen d’exemples les pièges à éviter et les formu-
lations à privilégier lorsque vous rédigez les questions d’un sondage.

Tableau 5.12 Quelques conseils pour formuler des questions de sondage

Conseil Piège à éviter Formulations à privilégier

Poser des Question contenant deux ou trois idées et Rédiger une seule question par idée :
questions nécessitant plusieurs réponses distinctes. • « Êtes-vous d’accord avec une loi interdisant
simples Exemple : « Êtes-vous en faveur d’une loi la consommation de cannabis ? »
(une seule interdisant la consommation de cannabis • « Êtes-vous d’accord avec l’imposition de peines
idée par et imposant des peines d’emprisonnement d’emprisonnement aux utilisateurs de cannabis ? »
question). aux utilisateurs et traquants ? » • « Êtes-vous d’accord avec l’imposition de peines
d’emprisonnement aux traquants de cannabis ? »

Poser des Question contenant un terme connoté • « Croyez-vous qu’il soit approprié de conduire un
questions négativement par la majorité des gens. véhicule en état d’ébriété ? »
neutres. Exemple : « Trouvez-vous qu’il est irresponsable
de conduire saoul ? »

Poser des Question trop longue utilisant des négations et • « Selon vous, les politiciens devraient-ils en tout
questions des termes complexes et à laquelle il est donc temps dire la vérité à la population ? »
concises difcile de répondre. Exemple : « Nonobstant
et claires. les contradictions évidentes dans la rhétorique
politique, ne croyez-vous pas qu’il ne faudrait
pas le plus souvent corrompre le bien public
par des élucubrations fallacieuses ? »

Question contenant un ou plusieurs modula- • « Quelle proportion (en pourcentage) de vos cours
teurs pouvant être perçus différemment d’un de sciences humaines doit être accordée à
participant à l’autre. Exemple : « Vaut-il mieux l’actualité internationale, selon vous ? »
beaucoup ou peu d’actualité internationale au
sein des cours au collégial ? »

Poser des Question portant sur un comportement futur • « Quel montant économisez-vous chaque semaine
questions hypothétique plutôt que sur un comportement en prévision de vos dépenses futures ? »
plausibles actuel. Exemple : « Combien comptez-vous
et vraisem- dépenser l’année prochaine ? »
blables.

144 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


L’ordre des questions
Un bon questionnaire commence par les questions les plus simples. Ainsi, les
premières questions portent souvent sur des éléments factuels auxquels il est
facile pour la personne sondée de répondre, comme son sexe, son âge ou son
lieu de résidence. De même, les questions d’ordre public doivent précéder les
questions d’ordre privé, an de ne pas brusquer le participant. Aussi, il est
préférable d’insérer en premier lieu les questions qui ont trait à des sujets
relevant de la sphère publique et qui ne sont pas matière à controverse, puis,
en second lieu, des questions plus intimes qui nécessitent un engagement
émotif plus poussé car, tout au long du questionnaire, le sondeur se doit
d’établir une relation de conance réciproque. Par exemple, il vaut
mieux demander à un participant s’il vit en couple (sphère publique) avant
de lui demander s’il utilise des préservatifs (sphère privée).
Par souci de clarté, il importe également de passer du général au par-
ticulier, an de permettre au participant de bien comprendre la nature du
questionnaire. Il sera ainsi mieux à même de répondre adéquatement aux
questions plus spéciques et il vous sera plus facile de gagner sa conance.
La gure 5.1 présente l’ordre idéal des questions.

Figure 5.1 L’ordre des questions dans le questionnaire

La formulation des choix de réponse


Les conseils que nous avons prodigués sur la formulation des questions de
sondage s’appliquent bien entendu à la formulation des choix de réponse,
qui doit être réaliste, crédible, claire et précise. Le tableau 5.13, à la page
suivante, indique les caractéristiques des choix de réponse.

5.3.2 L’échantillon du sondage


Comme nous l’avons dit précédemment, la méthode du sondage permet
d’atteindre un très large échantillon de personnes. Elle permet aussi de
constituer un échantillon aléatoire, quelle que soit la population à l’étude, à
la condition évidemment que le chercheur dispose de la liste complète des
individus faisant partie de cette population, ce qui n’est pas toujours le cas.

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 145


Tableau 5.13 Les caractéristiques des choix de réponse à un sondage

Caractéristique des
Explication Exemple
choix de réponse

Exhaustivité Dresser une liste de tous les choix Dans un questionnaire s’adressant aux
de réponse possibles à une question, étudiants de votre cégep, une question
puis les regrouper dans une catégorie portant sur leur programme d’études pourrait
commune, au besoin. Ajouter une engendrer un nombre important de réponses
catégorie « autre » si nécessaire an que possibles si votre établissement offre une
ceux qui ne sont pas concernés par les vingtaine de programmes. Il sera peut-être utile
réponses possibles puissent donner de simplier ce choix en proposant un nombre
leur propre réponse. d’options plus restreint, comme « Programme
préuniversitaire » et « Programme technique ».

Mutuellement Préciser les inclusions et les exclusions. Lorsqu’on demande l’âge d’un individu, bien
exclusives Les choix de réponse ne doivent pas se démarquer les catégories : 16-17, 18-19 et
ressembler au point de dérouter les non pas 16-17, 17-18. Éviter, par exemple, de
personnes sondées. proposer « de jour » et « avant 18 h » comme
choix de réponse à une même question.

Standardisation S’assurer qu’il y a sensiblement le Pour des questions d’accord, utiliser toujours
du nombre de choix même nombre d’options de réponse la même échelle.
de réponse possibles pour chaque question utilisant Tout à fait en accord
une échelle ordinale, an de faciliter la Plutôt en accord
tâche du participant. Plutôt en désaccord
Tout à fait en désaccord

Nombre de choix Faire en sorte que le nombre de choix Indiquez dans quelle mesure vous êtes ou
de réponse pair pour de réponse soit pair an d’éviter que les n’êtes pas d’accord avec l’afrmation
les questions ordi- participants n’entourent l’item du centre suivante :
nales, les questions simplement pour se situer dans la « Je me sens en sécurité lorsque je circule
d’accord ou d’apprécia- moyenne. dans mon village le soir. »
tion, ou encore les Tout à fait en accord
questions sémantiques Plutôt en accord
différentielles. Plutôt en désaccord
Tout à fait en désaccord

Le nombre d’unités composant l’échantillon doit reéter le degré de


précision du sondage. Parfois, le sujet même de la recherche soulève des
contraintes à cet égard. Par exemple, si vous effectuez un sondage dans le
but de connaître l’ampleur du phénomène de la violence verbale dans les
relations amoureuses, vous devrez peut-être vous contenter d’un échantillon
restreint, car de nombreuses personnes refuseront de répondre. En revanche,
il vous sera plus facile de composer un vaste échantillon de participants si
votre enquête porte sur les sports d’hiver préférés des étudiantes du cégep.
Comme nous l’avons mentionné dans la section 4.3 au sujet de l’échantillon-
nage, plusieurs possibilités s’offrent à vous en ce qui concerne la sélection de
l’échantillon le plus approprié. Aussi, si vous choisissez le sondage comme

146 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


méthode de recherche, n’hésitez pas à retourner à ce chapitre et à votre pro-
blématique pour vous aider à faire un choix d’échantillon judicieux.

5.3.3 Le prétest du sondage


Avant de soumettre un questionnaire de sondage aux participants, il est très
important d’en tester la qualité an d’y apporter au besoin les correctifs
nécessaires. En effet, il arrive très souvent qu’un chercheur fasse une erreur
dans la formulation d’une question, qu’il n’offre pas un choix de réponse
assez large à une question ou qu’il utilise çà et là un langage ambigu. Pour
mettre le questionnaire à l’épreuve une première fois, il est indispensable de
constituer un échantillon initial très restreint de personnes. Au cours de ce
prétest, le chercheur devra recueillir oralement ou par écrit les commentaires
des participants quant à la clarté des questions. Bien entendu, ces partici-
pants ne devront pas faire partie de l’échantillon nal.

5.3.4 La réalisation du sondage


Un sondage peut être mené par téléphone, par Internet, par courrier, en face
à face ou en groupe et de nombreux facteurs peuvent guider votre choix en
la matière. Par exemple, on ne procède pas à un questionnaire portant sur
les habitudes de consommation des utilisateurs de détergent à lessive de la
même façon qu’à un questionnaire s’intéressant à la vie sexuelle des céliba-
taires. En effet, plus le sondage fait appel à des dimensions de la vie privée,
plus le sujet doit sentir que l’anonymat et la condentialité seront respectés.
Si tel est le cas, vous devez éviter d’entrer en contact avec vos participants
par un moyen qui pourrait les amener à croire qu’ils seront identiés (par
exemple, par téléphone) et privilégier un mode qui préserve totalement leur
anonymat. N’oubliez pas d’obtenir leur consentement écrit, peu importe le
mode que vous choisirez. Le formulaire de consentement doit contenir : la
nature du questionnaire ; la description des données recueillies, la façon
dont elles seront utilisées et dans quel contexte ; une indication voulant que
l’anonymat soit garanti et le questionnaire détruit à la n du projet. Les
considérations éthiques étant spéciées, voyons les différentes façons de
mener un sondage et leurs conditions de réalisation.
Pendant longtemps, le face à face était la méthode la plus répandue, puis
les sondeurs ont largement utilisé le téléphone, mais aujourd’hui on utilise
de plus en plus l’informatique. Il n’en demeure pas moins que le face à
face est une méthode simple, relativement accessible et facile d’utilisation.
Il y a donc des chances que cette méthode soit la plus appropriée à votre
recherche. Toutefois, an de vous aider à faire un choix plus éclairé, voici
quelques éléments qu’il importe de considérer, quel que soit votre choix.

Le questionnaire autoadministré
L’autoadministration d’un questionnaire est une méthode par laquelle la
personne sondée répond aux questions de façon autonome. Le chercheur
regroupe les participants dans un même lieu et soumet le questionnaire à

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 147


tous en même temps, ce qui permet d’éviter tout biais dans la collecte des
données. Ainsi, les consignes sont les mêmes pour tous les participants. Si
certaines personnes sondées souhaitent poser des questions (par exemple,
sur le contexte de la recherche), le chercheur limitera ses interventions au
minimum, de manière à ne pas inuencer le déroulement du sondage. Enn,
puisque les participants sont rassemblés dans un même lieu (un cours
Exemple de mot de présentation
d’IPMSH, par exemple), cette méthode vous permet d’avoir un auditoire
accompagnant un questionnaire
propice à répondre à votre questionnaire et d’obtenir un bon taux de réponse.
Il importe de commencer l’opération par un mot de présentation. Aussi,
chaque membre de l’équipe engagé dans cette tâche doit suivre les conseils
qui sont donnés ici. Vous devrez donc établir un plan de travail qui inclut
des renseignements tels que les lieux, les dates et les heures où l’on sou-
mettra le questionnaire. Vous devrez aussi appliquer les règles qui ont été
décrites dans la section portant sur le premier contact préparant l’entrevue,
puisqu’elles s’appliquent également au sondage (voir la sous-section 5.2.1)
Enn, les questionnaires dûment remplis et numérotés seront placés dans
une grande enveloppe, de manière à garantir la condentialité et l’anonymat
de chaque répondant.

Le questionnaire par la poste, par courriel ou en ligne


Le questionnaire d’un sondage peut être soumis par la poste, par courriel ou
Outils de sondage en ligne encore par Internet. Le tableau 5.14 présente les avantages et les inconvé-
nients liés au sondage en ligne.

Tableau 5.14 Les avantages et les inconvénients du sondage en ligne

Avantages Inconvénients

+ Permet de rejoindre des gens sans – Dans le cas d’un questionnaire


avoir à se déplacer, réduisant ainsi soumis par téléphone, il faut
considérablement les coûts et prendre le temps de lire et parfois
le temps de déplacement lorsque de relire doucement et de manière
les unités de l’échantillon sont audible chaque question et
éloignées ou difciles d’accès. chaque choix de réponse à
chaque participant, ce qui peut
+ Peut être représentatif d’une plus
être long et fastidieux. On court
grande population et ainsi favoriser
alors le risque de devoir com-
la généralisation des conclusions à
poser avec de nombreux désiste-
l’étape de l’analyse.
ments ou de perdre l’attention de
certaines personnes sondées.
– Les questionnaires envoyés par la
poste, par courriel ou disponibles
sur Internet, peuvent aussi générer
un taux de réponse assez déce-
vant puisque les gens ne se
sentent pas nécessairement
concernés par le sujet à l’étude.

148 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


TIC pratique Créer un questionnaire en ligne

Si vous choisissez de faire remplir vos questionnaires en ligne, plusieurs outils s’offrent à vous, dont
Survey Monkey, Doodle et Google Drive. L’option formulaire de Google Drive est gratuite, accessible, et
les données peuvent être transférées dans Excel pour analyse ultérieure. Vous devez cependant pos-
séder un compte Gmail. Il est recommandé que tous les coéquipiers en possèdent un également an
de partager le formulaire. Une fois cette vérication faite, vous pouvez commencer à construire le for-
mulaire. Il faut d’abord cliquer sur créer et sélectionner l’option formulaire, puis il faut donner un nom
au formulaire et inscrire les questions. Prenez le temps de bien sélectionner les types de choix de
réponse que vous voulez offrir aux répondants. Google Drive permet de composer des questions fer-
mées et ouvertes. Une fois le formulaire construit, vous devez l’envoyer soit par courriel ou par l’entre-
mise des réseaux sociaux. Google colligera les réponses automatiquement dans une feuille de calcul
et les données seront prêtes pour l’encodage. Voici un exemple d’extrait de questionnaire créé avec
Google Drive :

La passation du questionnaire
Une fois la méthode de passation établie, vous devez établir un plan de
passation des questionnaires. Ce plan doit répondre aux questions sui-
vantes : Où ? Quand ? À qui ? Par ailleurs, établissez une stratégie d’équipe
pour approcher les répondants. À cet effet, référez-vous à la sous-
section 5.2.5 de ce chapitre. Les conseils concernant le premier contact
s’appliquent ici aussi. Ne vous éloignez pas des répondants an de pouvoir
répondre à leurs questions, mais ne vous tenez pas trop près non plus pour
ne pas qu’ils aient le sentiment d’être épiés. Intervenez le moins possible.
N’oubliez pas de présenter le formulaire de consentement aux répondants
s’il n’est pas déjà inclus dans le mot de présentation et de vous assurer qu’ils
le signent avant de commencer à répondre. Ramassez-le en même temps
que le questionnaire.

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 149


EXERCICE
5.3 Voici un extrait d’un questionnaire. Identiez les questions et/ou
les choix de réponse mal formulés. Indiquez l’erreur et reformulez
correctement la question et/ou les choix de réponse.
1. Homme ou femme ?
2. Quel est votre âge ? ________
3. Quelle langue parlez-vous le plus fréquemment à la maison ?
Français
Anglais
4. Quel est votre avis par rapport à la piètre condition actuelle de la langue
française au Québec ?
Elle est menacée.
Elle n’est pas menacée.
Je n’ai pas d’opinion sur cette question.
5. Nonobstant votre langue maternelle, vos préférences linguistiques,
la langue de la musique que vous écoutez, quelle langue parlez-vous
le plus souvent ?
Anglais
Français
Autre : ______________
6. Indiquez dans quelle mesure vous êtes ou n’êtes pas d’accord avec
la législation de la Loi 101, la politique linguistique du gouvernement
et la prépondérance de la musique francophone à la radio ?
Tout à fait en accord
Plutôt en accord
Plutôt en désaccord
Tout à fait en désaccord

5.4 La méthode expérimentale


Vous avez opté pour la méthode expérimentale parce que vous voulez établir
un lien de causalité entre deux phénomènes. Or, pour mesurer une réalité hu­
maine, qui est souvent abstraite, il faut d’abord transformer un concept abstrait
en une réalité concrète, tangible et observable, ce que l’on fait en détermi­
nant des variables. On soumet alors ces variables à l’expérience en faisant
varier la variable indépendante an d’observer ses effets sur la variable dépen­
dante. Par exemple, si vous décidez de procéder à une étude concernant les effets
sur l’anxiété du bébé (variable dépendante) de sa séparation d’avec sa mère
(variable indépendante), vous devrez d’abord rendre mesurables et observables
ces deux concepts pour pouvoir ensuite faire varier le degré de séparation de la
mère et le degré d’anxiété du bébé. Dans les faits, la séparation pourra être
mesurée lorsque la mère s’éloignera de l’enfant, changera de pièce tout en lui
parlant ou lorsqu’elle quittera carrément les lieux pendant une plus ou
moins longue période. Parallèlement, l’anxiété du bébé pourra se traduire par
une augmentation de son rythme cardiaque, de son rythme respiratoire ou tout
simplement par l’intensité de ses pleurs. Ainsi, une fois que les deux variables
deviendront observables et mesurables, vous pourrez procéder à votre
expérience.

150 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Pour mener à bien une expérience, vous pouvez choisir entre un plan
expérimental factoriel, un plan expérimental simple, ou, dans certains cas
Types de plans quasi
spéciques, un plan quasi expérimental. Comme avec les autres méthodes
expérimentaux
de recherche, vous devrez alors faire un prétest de cet outil et déterminer
l’échantillon adéquat. Passons en revue chacun de ces éléments.

5.4.1 Le plan expérimental


Le plan expérimental traduit la manière dont le chercheur qui étudie une
réalité sociale s’y prend pour mesurer les effets d’une uctuation de la
variable indépendante sur la variable dépendante. Autrement dit, il s’agit
d’une planication exhaustive de l’expérimentation dont le but est d’expli-
quer l’effet d’une variable sur une autre.
Si vous menez une expérimentation, vous devrez notamment constituer
deux ou plusieurs groupes équivalents : un groupe contrôle et un ou plu-
sieurs groupes expérimentaux qui subiront l’inuence de la variable indé-
pendante. À ce moment-ci, il faudra opter pour un plan expérimental simple
ou factoriel (voir la sous-section 4.1.4).
Le tableau 5.15 présente l’exemple d’une expérimentation concernant
l’effet de la caféine (variable indépendante) sur la mémoire (variable dépen-
dante), expérimentation abordée à travers un plan expérimental simple et un
plan expérimental factoriel. Dans cet exemple, le plan expérimental simple
fait appel à deux groupes de sujets (A et B), alors que le plan expérimental
factoriel nécessite quatre groupes de volontaires (1, 1.1, 2 et 2.1).

Le plan expérimental factoriel


Comme le montre le tableau 5.15, un plan expérimental factoriel exige la
création d’un plus grand nombre de groupes de sujets qu’un plan expéri-
mental simple. An de schématiser notre présentation, nous ne traiterons

Tableau 5.15 L’effet de la caféine (et du moment de la journée)


sur la mémoire selon un plan expérimental simple
et un plan expérimental factoriel

Plan expérimental simple Plan expérimental factoriel

Groupe contrôle Tâche de Tâche de Tâche de


mémorisation mémorisation mémorisation
sans caféine sans caféine sans caféine
(groupe le matin (groupe le soir (groupe
contrôle A) contrôle 1) contrôle 2)

Groupe Tâche de Tâche de mémori- Tâche de


expérimental mémorisation sation avec mémorisation
avec caféine caféine le matin avec caféine
(groupe (groupe expéri- le soir (groupe
expérimental B) mental 1.1) expérimental 2.1)

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 151


dans ce chapitre que de deux types de plans expérimentaux simples : le plan
expérimental simple à groupes indépendants et celui à mesures répétées.
Aussi, si vous optez pour un plan expérimental factoriel, vous devrez suivre
le processus d’expérimentation décrit dans les prochaines sections, mais en
l’appliquant à chacune des variables indépendantes que vous avez détermi-
nées lors de l’élaboration de votre problématique. L’analyse des résultats
sera alors plus riche, mais l’expérimentation sera aussi plus complexe à
réaliser.

Le plan expérimental simple à groupes indépendants


Plan expérimental simple Un plan expérimental simple à groupes indépendants implique la présence
à groupes indépendants d’un groupe contrôle et d’un ou plusieurs groupes expérimentaux formés
Situation d’expérimentation d’individus différents selon les conditions expérimentales choisies. L’avan-
dans laquelle le groupe contrôle tage de ce plan réside dans le fait que tous les sujets se présentent alors
et le groupe expérimental sont devant l’expérience avec la même ignorance, c’est-à-dire sans connaître le
composés d’individus différents et
contexte de l’expérimentation. Quant à sa faiblesse, elle se trouve dans
où le ou les groupes expérimentaux
seulement sont soumis aux
le fait qu’il est possible que les deux groupes soient constitués de gens à ce
uctuations de la variable point différents que les résultats de l’expérience risquent d’être inuencés
indépendante. davantage par ces différences que par les conditions mêmes de l’expérience.
On peut toutefois tenter de minimiser cette faiblesse en distribuant de façon
aléatoire les participants dans chacun des groupes, ou encore, en regrou-
pant les individus ayant des caractéristiques semblables an de restreindre
le nombre de différences intergroupe. Cela dépend de votre problématique
en général, notamment de votre question de recherche, de votre objectif
ou de votre hypothèse ainsi que des variables identiées. Par exemple, dans
le cadre d’une étude portant sur les goûts musicaux et le style vestimen-
taire, il convient de regrouper les individus par styles vestimentaires
an de savoir si celui-ci inuence les goûts musicaux. Par contre, pour
mesurer za vitesse de frappe de différents claviers, il est plus approprié de
constituer des groupes aléatoires an que les individus n’aient pas les mêmes
caractéristiques.
Imaginons que vous voulez étudier les effets de la musique sur les capa-
cités cognitives des étudiants an d’évaluer si l’écoute de la musique durant
les périodes d’étude est bénéque ou non. Votre plan expérimental simple
à groupes indépendants consisterait, par exemple, à tester individuelle-
ment les étudiants du groupe expérimental dans un local où de la musique
serait diffusée (variable indépendante) et ceux du groupe contrôle dans un
local où régnerait le silence. Le test consisterait à demander aux sujets des
deux groupes de réaliser une tâche cognitive simple (variable dépendante),
Plan expérimental simple comme mettre une liste de mots dans l’ordre alphabétique. De façon
à mesures répétées concrète, vous pourriez alors mesurer la capacité des étudiants à effectuer
Situation d’expérimentation une tâche cognitive à l’aide d’indicateurs tels que le nombre d’erreurs com-
dans laquelle les mêmes individus mises et le temps nécessaire pour réaliser sans erreur le travail demandé.
composent le groupe contrôle et
le ou les groupes expérimentaux,
et sont soumis tour à tour aux
Le plan expérimental simple à mesures répétées
uctuations de la variable Un plan expérimental simple à mesures répétées implique que le même
indépendante. groupe de sujets est tour à tour soumis aux mêmes conditions

152 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


expérimentales. Certes, les sujets qui se prêtent à l’expérience n’auront
plus la même naïveté et seront parfois à même de deviner ce que vous
cherchez à mesurer. Il faudra donc considérer cet élément dans l’analyse
des résultats. Néanmoins, cette méthode permet de neutraliser l’effet des
différences dues à la composition des groupes, un problème qui peut sur-
venir lorsqu’on procède à un plan expérimental simple à groupes
indépendants.
Supposons que votre hypothèse de recherche est que la publicité
(variable indépendante) inue sur l’achat de boissons gazeuses (variable
dépendante). Vous pourriez alors procéder à un test de goût sans
montrer de publicité à un groupe de personnes agissant à titre de groupe
contrôle, puis répéter le test de goût auprès des mêmes personnes, qui
agiraient alors à titre de groupe expérimental, mais en montrant cette
fois une publicité invitante. Il faudra bien sûr donner la même bois-
son gazeuse lors des deux tests an d’éviter d’introduire des variables
parasites.

5.4.2 Les instruments de mesure


Selon le contexte de votre expérimentation, vous devrez faire appel à un
instrument de mesure. Le choix de cet instrument sera conditionné par vos
ressources, par la nature et par le but de votre expérimentation. Trois
grandes catégories d’instruments de mesure permettent d’évaluer une réalité
Épreuve
humaine dans le cadre de la méthode expérimentale : les appareils, les grilles Épreuve utilisée dans la méthode
d’observation systématiques et les épreuves ou questionnaires. Notez qu’il expérimentale et qui mesure une
existe aussi des tests standardisés, mais ils ne sont pas utilisés dans le cadre réalité humaine à l’aide d’un
d’une étude au collégial en raison de leur coût élevé. C’est pourquoi on certain nombre de questions ou
pourra vous demander de construire vos propres outils. Le tableau 5.16 de tâches.
présente les types d’instruments de mesure.

Tableau 5.16 Les instruments de mesure

Instrument
Explication Exemple
de mesure

Appareil Instrument permettant de mesurer Dans le cadre d’une étude visant à


directement un comportement ou une expliquer l’impact du visionnement
réaction physiologique. Il peut s’agir, d’images racistes sur la réaction émotive
par exemple, d’un sphygmomano- des individus, vous pourriez mesurer
mètre (qui sert à mesurer la tension l’augmentation du rythme cardiaque et
artérielle) ou encore d’un logiciel comme de la tension artérielle de vos sujets avant
E-Prime (qui permet de programmer et après l’expérience au moyen d’un
aussi bien des tâches neuropsycho- sphygmomanomètre.
logiques que des tâches évaluant
l’attention ou l’apprentissage).

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 153


Tableau 5.16 Les instruments de mesure (suite)

Instrument
Explication Exemple
de mesure

Grille d’observation Grille faisant appel à deux de vos sens, Vous pourriez observer les manifestations
soit la vue et l’ouïe, an de mesurer le de partage lors d’un test écrit en labora-
nombre de fois qu’un comportement se toire et cocher les cases correspondant
manifeste. Cette grille d’observation est à ces manifestations dans votre grille.
systématique, donc les éléments sont
préétablis et à cocher.

Épreuve ou questionnaire Test mesurant des réalités psycholo- Vous pourriez soumettre des volontaires
giques au moyen d’un certain nombre de à une expérimentation visant à démontrer
questions ou d’exercices. Dans certains que les individus peuvent afrmer un
cas, il peut être autoadministré ; autrement jugement contraire au bon sens seulement
dit, un questionnaire est remis à un sujet par la pression exercée par d’autres
qui y répond. Dans d’autres cas, une individus. (Effet d’Asch)
épreuve doit être soumise par des experts.
Les épreuves donnent un score global,
un pointage. Les chercheurs disposent
d’une grande variété d’épreuves.

5.4.3 L’échantillon de l’expérimentation


Étant donné la durée généralement assez longue d’une expérimentation ainsi
que son coût souvent élevé, il peut s’avérer difcile de constituer un large
échantillon et, surtout, d’avoir recours à un échantillon probabiliste. En
effet, les individus qui participent à une expérimentation sont la plupart du
temps recrutés à travers une annonce diffusée par courriel, dans un journal
ou au moyen du bouche-à-oreille. Pour cette raison, l’échantillon est habi-
tuellement composé de volontaires et il est, par le fait même, non probabi-
liste (voir la section 4.3).
Comme pour toutes les méthodes de recherche, il faut garder en tête que,
malgré tous les efforts déployés, il arrive fréquemment que plusieurs sujets
refusent de participer à l’expérimentation ou, s’ils y avaient consenti, qu’ils
ne s’y présentent pas. Pour cette raison, il serait prudent de planier minu-
tieusement le recrutement des sujets de manière à pouvoir compter sur un
nombre d’individus similaires dans chaque groupe et être en mesure de réa-
liser l’expérience. Le nombre d’individus à recruter dépend de la probléma-
tique et du contexte de réalisation de l’expérimentation.
Au sein même de votre échantillon, veillez à ce que la distribution des
sujets soit le plus aléatoire possible, pour essayer de constituer des groupes
équivalents. C’est pourquoi, à moins que les objectifs spéciques de votre
expérimentation ne s’y prêtent pas, vous devriez tenter de répartir au hasard
les sujets dans chaque groupe. Ainsi, assurez-vous que chaque groupe

154 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


comprend un nombre équivalent d’hommes et de femmes, de jeunes et de
moins jeunes, etc. Ces facteurs devront être préparés an de renforcer la
crédibilité de l’étude auprès des participants.

5.4.4 Le prétest de l’expérimentation


Pour effectuer un prétest de votre expérimentation, il est important de Parasite
recréer une réalité sociale le plus dèlement possible, mais en restreignant Élément lié au contexte physique
l’effet des variables qui ne font pas partie de l’expérience. Que vous soyez ou humain de l’expérimentation
ou non dans un environnement contrôlé, vous devez vous appliquer à éli- qui peut faire varier la variable
miner les parasites, lesquels peuvent être liés au contexte physique ou indépendante et qui risque
de nuire à la validité de
humain de votre expérimentation. Les parasites peuvent avoir un effet que
l’expérimentation.
vous ne voulez pas mesurer sur la variable dépendante et ils risquent de
nuire à la validité de l’expérimentation. Il faut vérier notamment que le
local, la température ambiante, le moment de la journée, le matériel utilisé
et les consignes données sont les mêmes pour tous les sujets du groupe
contrôle et du ou des groupes expérimentaux. La seule différence souhai-
table entre les groupes est celle de la manipulation de la variable indépen-
dante. Si on reprend l’exemple de l’effet de la publicité sur l’achat de
boissons gazeuses et le test de goût réalisé à titre expérimental, les boissons
devront être servies à la même température, dans des verres identiques, non
accompagnées de nourriture, introduites dans le même ordre, etc. De plus,
si vous n’aimez pas les boissons gazeuses, afchez une expression neutre
an de ne pas inuencer les résultats. Les participants pourraient commen-
ter négativement ces boissons par désir d’acceptabilité sociale. Ainsi, votre
prétest devra servir principalement à reconnaître, à contrôler ou à éliminer
tous les parasites, car plus le chercheur peut écarter les éléments extérieurs
qui inuent sur le déroulement de la recherche, plus il accroît la valeur
scientique et la validité des résultats qu’il obtiendra. En effet, si toutes les
conditions de l’expérience ne sont pas identiques, il y a fort à parier que
les résultats seront faussés.
An de réaliser ce prétest, vous devez constituer deux ou plusieurs groupes
de petite taille et effectuer une expérimentation dont les résultats ne seront
pas pris en compte dans la recherche proprement dite, mais qui permet-
tra d’apporter les correctifs nécessaires, notamment en ce qui concerne les
variables parasites. Par exemple, imaginons qu’une expérience portant sur
la musique heavy metal et ses effets sur la concentration se déroule en même
temps dans la pièce voisine. Malheureusement, les murs du laboratoire sont
plutôt minces et le son se propage dans votre local, ce qui incommode vos
sujets. Si vous n’êtes pas certain que tous vos groupes de sujets entendront
cette même musique, cherchez un local plus tranquille lors de la véritable
expérimentation an d’éviter cette interférence.

5.4.5 La réalisation de l’expérimentation


Pour que l’expérimentation soit réussie, il importe de prêter attention à
certains éléments avant, pendant et après sa réalisation. En effet, comme
nous l’avons vu, le recrutement des sujets demande beaucoup de prépara-
tion et d’organisation. En outre, il faut tenter d’éliminer dès le départ

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 155


tous les éventuels parasites. Par exemple, pour vous prémunir de l’inuence
que vous pourriez exercer involontairement sur l’expérimentation,
vous pourriez faire appel à un camarade de classe qui ne connaît pas
vos hypothèses de recherche et qui procédera au déroulement de
l’expérience.
De plus, les personnes qui acceptent de participer à votre recherche
doivent être mises au courant des conditions de l’expérience. Il ne s’agit pas
de dévoiler tout le contexte de votre travail, mais bien de renseigner et de
rassurer les participants. Ainsi, veillez toujours à leur faire signer un formu-
laire de consentement écrit qui soit clair et complet.
Le formulaire de consentement devrait comprendre les éléments suivants :
• Les grandes lignes de votre démarche dans le cadre de cette recherche.
• La durée de l’expérience.
• Le caractère volontaire de la participation.
• L’assurance d’un traitement anonyme et condentiel des données.
Ces précautions vous éviteront de nombreux malentendus et problèmes
qui nuiraient sûrement à la progression de votre recherche.
En outre, le choix de votre instrument de mesure est souvent inuencé,
sinon dicté, par la recherche scientique en cours. Le choix de l’instrument
dépend donc de votre recherche documentaire et de votre jugement.
Par exemple, si vous souhaitez mesurer les effets de la musique (variable
indépendante) sur les comportements de séduction, vous devrez cerner
les facettes de la séduction. Vous pourrez ainsi examiner ce phénomène
d’un point de vue physiologique en mesurant la fréquence cardiaque, la
capacité électrodermale et le rythme respiratoire du sujet. D’un point
de vue physiologique, la fréquence et la durée des contacts, le regard de
l’un à l’endroit de l’autre ou le ton de la voix pourront notamment être
mesurés.
Enn, sur le plan émotionnel, vous pourrez par exemple établir un ques-
tionnaire où chaque participant pourra donner son appréciation des autres
participants sur le plan de l’attirance physique. Vous aurez le choix de pro-
céder à toutes ces mesures ou de n’en retenir que quelques-unes, voire une
seule. Il faut cependant savoir que plus les mesures auxquelles vous aurez
recours seront nombreuses, plus votre expérimentation sera précise, mais
longue. Vous devez toujours vous référer à votre question de recherche, car
l’expérimentation doit permettre d’y répondre.
Une fois l’expérimentation terminée, vous devez vous assurer que les
sujets ne se contaminent pas les uns les autres, c’est-à-dire qu’ils ne com-
muniquent pas entre eux à propos de l’expérience, de ce qu’ils en ont pensé
(drôle, ennuyeuse, difcile, etc.) ou de ce qu’ils y ont vécu. Vous devrez sans
doute demander aux premiers sujets de garder le silence sur les conditions de
l’expérience pour ne pas nuire à son déroulement ultérieur. Cela vous évitera
aussi d’avoir à recruter de nouveaux volontaires pour compenser la perte de
ceux qui auraient eu de mauvais échos de l’expérience et décideraient de ne
plus y participer…

156 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Dans certains cas, vous devrez également prévoir un moment pour reve-
nir sur l’expérience avec vos sujets. En effet, si le but de votre expérimenta-
tion était de mesurer la frustration éprouvée par les hommes et les femmes
devant une tâche cognitive difcile, vous aurez sans doute soumis aux
sujets une tâche cognitive impossible à réaliser, simplement pour générer la
situation frustrante voulue. Il serait donc important d’informer par la suite
les participants de votre « mensonge », an de ne pas affecter leur estime de
soi ou de subir les foudres de leur colère. Le tableau 5.17 présente quelques
conseils utiles pour réaliser une expérimentation.

Tableau 5.17 Quelques conseils pour réaliser une expérimentation efcace

Déroulement Actions Conseils pratiques

Avant Recruter des • Placez une annonce dans le journal étudiant, sur la page Facebook
l’expérimentation volontaires. du cégep ou sur un tableau d’afchage.

Éliminer les variables • Effectuez votre prétest convenablement et demandez à un ami qui n’est
parasites. pas membre de l’équipe d’agir à titre d’expérimentateur au besoin.

Obtenir des rensei- • Créez une courte che d’identication contenant des données de
gnements de base base telles que l’âge, le sexe ou autres variables liées au contexte
sur les volontaires. de votre recherche.

Choisir l’instrument • Déterminez les choix possibles dans le contexte de votre recherche,
de mesure. certains instruments pouvant ne pas être disponibles.
• Étudiez les avantages et les désavantages de l’utilisation d’un
instrument.
• Essayez de reprendre l’instrument de mesure d’une étude scienti-
que issue de votre état de la question.

Durant Accueillir les • Remerciez-les de leur participation et donnez-leur des indications


l’expérimentation volontaires. précises sur ce qu’ils devront faire durant l’expérience.

Prendre note des • Portez une attention particulière aux facteurs qui ne sont pas liés à
possibles variables l’expérience mais qui pourraient inuer sur les résultats.
parasites.

Après Veiller à contrer • Dans le cas d’une expérience à mesures répétées, demandez aux
l’expérimentation l’inuence des volontaires du groupe de ne pas communiquer entre eux à la n de
volontaires sur la première expérience.
les conditions • Dans le cas d’une expérience à groupes indépendants, demandez
de l’expérience. aux volontaires de ne pas parler de l’expérience avant que la phase
d’expérimentation de votre recherche ne soit complétée.

Prévoir un moment • Une fois l’expérimentation terminée, vous pouvez révéler aux
pour revenir sur participants certains aspects de l’expérimentation que vous avez dû
l’expérience. tenir cachés jusque-là et répondre à leurs questions.

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 157


EXERCICE
5.4 Complétez le plan d’expérience à partir des réponses aux
questions suivantes :
1. Quelle est la variable dépendante ?
2. Quelle est la variable indépendante ?
3. Pourrait-il y avoir des variables parasites ? Si oui, laquelle ou
lesquelles ?
4. Quelles sont les observations à réaliser ?
• Objectif : Vérier s’il existe un lien entre le sexe du représentant de
l’autorité, dans ce cas-ci l’expérimentateur, et le degré d’obéissance des
individus à une tâche difcilement réalisable.
• La tâche consiste à mémoriser des caractères chinois en classe.
• Facteur à vérier : Le sexe du représentant.
• Population : Les étudiants du Cégep Gérald-Godin dont la langue mater-
nelle n’est pas le mandarin.
• Échantillon par quotas composés de volontaires.

5.5 L’analyse de contenu écrit et visuel


L’analyse de contenu écrit et visuel s’effectue après la sélection du corpus,
qui constitue votre échantillon. Pour construire votre outil de collecte de
données, soit votre grille d’analyse ou vos ches de prélèvement que nous
présenterons un peu plus loin, vous devrez formuler des catégories d’ana-
lyse, puis des unités de signication à partir des concepts que vous aurez
relevés lors de l’élaboration de votre problématique. Vous devrez égale-
ment tenir compte du contexte de diffusion du corpus que vous aurez
retenu. Les grilles d’analyse servent habituellement à analyser des docu-
ments visuels ou de courts extraits de textes. Quant aux ches de prélève-
ment, on les utilise davantage pour de longs textes ou lorsqu’il y a une
grande quantité de renseignements à noter. Comme pour tous les instru-
ments de mesure, il faut soumettre à un prétest la grille d’analyse et les
ches de prélèvement an d’avoir l’assurance qu’elles sont à la fois valides
et pertinentes pour l’analyse. Voyons plus en détail chacun de ces
éléments.

5.5.1 Les catégories d’analyse


Catégorie d’analyse Que vous utilisiez une grille d’analyse ou une che de prélèvement, la collecte
Sur la base du schéma conceptuel, de données est une tâche qui demande une bonne planication. En effet, il ne
thème ou aspect relevé dans une s’agit pas de sélectionner l’intégralité d’un document, mais seulement les élé-
grille d’analyse de la méthode ments marquants et porteurs de sens. Pour ce faire, vous devez tout d’abord
de l’analyse de contenu an de dénir des catégories d’analyse qui font référence à une typologie, à un thème
procéder à la collecte de données.
ou à un aspect qui se rattache à votre sujet et que vous avez relevés lors de

158 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


votre recherche documentaire. Ces catégories sont nécessairement et étroite-
ment liées aux questions que vous avez formulées au moment de l’élabora-
tion de votre problématique, donc en lien avec votre analyse conceptuelle. Il
vous reste à classer les éléments utiles à votre recherche selon les catégories
dénies. Par exemple, si votre objectif de recherche est de comprendre l’évo-
lution du discours féministe au Québec pendant la Révolution tranquille,
votre recherche documentaire vous aura sans doute permis de retracer des
documents issus des grandes centrales syndicales, des discours prononcés au
cours de rassemblements populaires, des éditoriaux de quotidiens québécois,
ainsi que des textes de Québécoises s’afchant comme féministes. Lorsque
vous décortiquerez ces documents, vos catégories d’analyse pourraient alors
être les suivantes : les facteurs socioéconomiques, l’inuence des mouvements
féministes étrangers et le contexte politique québécois de l’époque.
Assurez-vous toujours que vos catégories d’analyse sont exhaustives,
exclusives et pertinentes. Le tableau 5.18 (voir page suivante) présente les
caractéristiques des catégories d’analyse.
À partir de ces catégories d’analyse, vous pourrez ensuite mettre au point
des unités de signication.

Les unités de signication


En vue de décortiquer adéquatement les documents contenus dans votre Unité de signication
corpus, vous devez établir, pour chacune des catégories d’analyse dénies, Indicateur qui précise les
des unités de signication qui vous permettront de recueillir les données de catégories d’analyse dans le
manière concrète. Ces unités peuvent se référer au contenu manifeste, cadre d’une analyse de contenu.
c’est-à-dire au contenu explicite du thème abordé ou illustré, ou encore au
contenu latent, c’est-à-dire à un contenu dissimulé et implicite qui doit être
décodé. Par exemple, dans le cadre d’une étude visant à expliquer les fac-
teurs ayant menés à la Rébellion de 1837-1838 au Bas-Canada, votre unité
de signication pourrait être la représentation politique. Le contenu mani-
feste serait ce qui se rapporte directement à la représentation politique et
le contenu latent serait les intentions de l’auteur dans le libellé de ces
phrases.
Lorsque les unités de signication se rapportent à des éléments quantita-
tifs, on parle d’unités de numération et lorsqu’elles renvoient à des éléments
qualitatifs, ce sont des unités d’enregistrement.
Les unités de numération font référence à des mesures quantitatives. Il peut Unité de numération
s’agir de centimètres, du nombre de mots ou d’autres unités. Par exemple, Type d’unité de signication qui
dans le cadre d’une étude portant sur la violence dans la culture hip-hop, permet de recueillir des données
vous pourriez avoir déterminé comme catégorie d’analyse la musique hip- quantitatives.
hop. Votre unité de numération pourrait alors être « Mots ou expressions
violents ». Il s’agirait ensuite de compter le nombre de fois où des expres-
sions ou des mots violents apparaissent dans les paroles d’un certain nombre
de chansons hip-hop. Par la suite, vous pourriez établir des comparaisons
par ratios ou encore par échelles. Le ratio dans ce cas-ci pourrait se calculer
de la façon suivante : le nombre de mots violents ou d’expressions violentes
par rapport au nombre total de mots.

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 159


Tableau 5.18 Les caractéristiques des catégories d’analyse

Caractéristique Explication Exemple

Exhaustivité Elle couvre l’ensemble de la Il est impératif de prendre en compte les facteurs
problématique à l’étude, particulière- socioéconomiques, car vos recherches documentaires
ment l’analyse conceptuelle. auront probablement mis au jour d’importants écarts
de salaire entre les hommes et les femmes, un thème
qui aura nourri une bonne partie des revendications
féministes de l’époque.

Exclusivité Les données retenues ne devraient Si vos catégories sont « inuence des mouvements
pas apparaître dans plus d’une féministes étrangers » et « contacts des féministes
catégorie. Si vous hésitez à insérer québécoises et des féministes hors Québec », nous
une information dans une catégorie convenons que les données pouvant s’y référer seront
plutôt que dans une autre, cela similaires, voire identiques. Il faudra donc se limiter à
signie que vos catégories ne sont la première catégorie, qui est plus inclusive.
peut-être pas mutuellement
exclusives et qu’il vous faudra
alors reformuler leur libellé.

Pertinence Si une catégorie ne contient que Si une de vos catégories d’analyse était « la perception
très peu d’éléments, vous devrez des cultures non occidentales » et que vous n’avez pas
remettre en question la pertinence recueilli de données à cet effet dans votre analyse, il est
de l’inclure dans votre rapport de probable que cela ne soit pas un élément à prendre en
recherche nal. considération dans votre analyse.

Unité d’enregistrement Les unités d’enregistrement, quant à elles, sont constituées d’indicateurs
Type d’unité de signication qui qui précisent toujours concrètement les aspects qui ont été relevés dans
permet de recueillir des données chacune des catégories d’analyse, mais qui ne sont pas quantiables. Par
qualitatives. exemple, dans le cadre d’une recherche visant à déterminer si la popula-
tion québécoise fait preuve d’un comportement raciste envers ses immi-
grants, une des catégories d’analyse pourrait être « Représentation dans
les médias ». Vous pourriez alors déterminer une unité d’enregistrement
qui serait « Nature des expressions utilisées dans le courrier des lecteurs
des quotidiens qui se rapportent aux immigrants du Québec ». Il vous
resterait à évaluer si des termes à connotation raciste ou péjorative s’y
retrouvent.
Que vous optiez pour les unités de numération ou d’enregistrement, ces
unités doivent dans tous les cas être à la fois exhaustives, précises, concises
et exclusives. À l’aide de l’exemple sur la violence dans la culture hip-
hop utilisé précédemment, le tableau 5.19 présente ces caractéristiques à
respecter.
An que les distinctions entre catégories d’analyse et unités de signi-
cation soient bien comprises et que vous puissiez dénir convenablement
chacune d’elles, prenons un dernier exemple sur les représentations du sui-
cide chez les jeunes. Si votre corpus comprend des lms ayant pour thème
le suicide, l’analyse du contenu de ces lms vous aurait permis de relever les
éléments présentés dans le tableau 5.20.

160 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Tableau 5.19 Les unités de signication

Caractéristique
des unités de Explication Exemple
signication

Exhaustivité Les unités de signication doivent Pour la catégorie d’analyse « Musique hip-hop », on
couvrir l’ensemble des éléments liés trouvera notamment les unités d’enregistrement
à une catégorie d’analyse donnée. suivantes :
• « Expressions ou mots violents dans les textes
de chansons hip-hop »
• « Images de violence dans les vidéoclips »
• « Arrestations pendant des concerts hip-hop »

Précision Les unités de signication doivent Il est préférable d’indiquer « Arrestations pendant des
contenir des données comparables et concerts hip-hop » que « Intervention des corps policiers
porter sur des éléments observables. pendant des concerts hip-hop ».

Concision Les unités de signication doivent L’unité « Images de violence dans les vidéoclips » est un
être réduites à leur plus simple meilleur choix que « Représentations conictuelles entre
expression an de faciliter la les personnages présents dans les vidéoclips ».
compréhension.

Exclusivité Les unités de signication doivent En ayant des unités de signication comme « Textes
être spéciques ; une information doit de chansons hip-hop » et « Vidéoclips de chansons
se rattacher à une seule unité. hip-hop », on s’assure que les éléments textuels et
visuels sont bel et bien séparés et rapportés dans
l’une ou l’autre unité.

Tableau 5.20 Un exemple des catégories d’analyse et des unités


de signication dénies pour une analyse de
contenu de lms portant sur le suicide

Catégorie d’analyse Unités de signication

Types d’environnements familiaux • Nombre de membres dans la famille


• Milieu défavorisé
• Milieu favorisé
• Présence des parents

Types de suicides présentés • Suicide assisté


• Suicide lié à la toxicomanie
• Pacte de suicide

Types de réactions des proches • Réactions très émotives


• Réactions de déni
• Réactions apathiques

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 161


5.5.2 La grille d’analyse et la che de prélèvement
de l’analyse de contenu
Grille d’analyse La grille d’analyse est l’un des principaux outils de collecte de données asso-
Outil de collecte de données ciés à la méthode de recherche de l’analyse de contenu. Cet outil regroupe
associé à l’analyse de contenu qui les catégories d’analyse et les unités de signication qui s’y rattachent. La
regroupe les catégories d’analyse grille peut être ouverte, fermée ou contextualisée. De plus, elle se prête aussi
et les unités de signication qui bien à l’analyse d’éléments quantitatifs que qualitatifs. Quant à la che de
serviront à analyser la prélèvement, elle trouve toute son utilité dans le cas de documents longs ou
documentation. nombreux à décortiquer. Examinons de plus près les choix possibles.

La grille d’analyse ouverte


La grille d’analyse ouverte permet d’ajouter au besoin de nouvelles catégo-
ries d’analyse qui ont été déterminées lors du défrichement du corpus. Par
Exemple de grille mixte exemple, si votre recherche vise à comprendre la représentation de la fémi-
nité au Canada au e siècle à travers les témoignages d’hommes et de
Exemple de grille ouverte femmes de ce siècle issus de la bourgeoisie et de la paysannerie, vous pour-
d’analyse visuelle
riez avoir établi une catégorie d’analyse intitulée « Importance du mariage et
présence sur le marché du travail ». Avec une grille ouverte, vous pourriez
cependant décider d’ajouter une catégorie nommée « Position sur l’avorte-
ment » parce que vous vous êtes rendu compte, en consultant davantage de
documents, qu’on faisait référence à cette question.
Il arrive souvent que, dans une grille d’analyse ouverte, les données pré-
levées soient qualitatives. Dans ce cas, la grille peut être présentée sous la
forme d’un cahier dans lequel vous colligerez l’ensemble des extraits retenus
à des ns d’analyse. Sur une même page, vous pourrez ainsi avoir recopié un
extrait du texte à l’étude et noté les éléments qui ont un lien avec vos unités
de signication. Il est aussi possible de colliger vos observations dans une
base de données informatisée, comme pour les notes de lecture prises lors
de l’élaboration de l’état de la question (voir la sous-section 3.5.1). La grille
d’analyse ouverte vous sera utile lors de l’analyse du contenu écrit et visuel
présentée au chapitre 6.

La grille d’analyse fermée


La grille d’analyse fermée implique que vous ne modierez pas les catégories
d’analyse déjà déterminées. Par exemple, si vous cherchez à expliquer la
position des partis politiques québécois sur la question des biocarburants et
que vous avez établi des unités d’enregistrement concrètes (comme les types
de biocarburants), il ne vous restera qu’à cocher dans la grille les partis qui
se sont montrés favorables à l’utilisation de chacun de ces carburants.

La grille d’analyse contextualisée


On utilise une grille d’analyse contextualisée dans le cas spécique d’une
analyse de contenu de documents visuels. Étant donné qu’on s’intéresse à des
productions le plus souvent artistiques, ce type de grille a tendance à intégrer
en particulier des indicateurs permettant d’évoquer le contexte de production
d’un document visuel pour mieux en saisir le sens. Le tableau 5.21, présente
les composantes typiques d’une grille d’analyse contextualisée.

162 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


Tableau 5.21 Les éléments d’une grille d’analyse contextualisée

Sous-section Explication Exemple

Description du La grille doit permettre de Ce document représente une afche utilisée


document visuel présenter le document visuel, par le mouvement Bauhaus et réalisée par
son cadre de production, sa Joost Schmidt en 1923. Il s’agit d’une
stylistique et les formes qu’il lithographie de 60,5 cm × 48 cm annonçant
contient. Les auteurs de une exposition de ce mouvement qui s’est
l’œuvre doivent aussi être tenue à Weimar, de juillet à septembre 1923 1.
mentionnés.

Contexte de La grille doit permettre de Le lm de D.W. Grifth intitulé La naissance d’une nation
diffusion du dégager le contexte de la (1915), portant en partie sur la guerre de Sécession améri-
document visuel diffusion de l’œuvre, l’intention caine, a dépeint de manière héroïque les membres du Ku Klux
de son auteur et la réception Klan. À sa sortie, ce lm a déclenché aux États-Unis un regain
que cette œuvre a eue. d’intérêt pour ce mouvement politique raciste.

Interprétation du La grille doit permettre Des éléments thématiques tels que la place prépondérante de
document visuel d’interpréter le document à la religion dans la vie quotidienne des gens de la campagne ou
l’égard d’un contexte plus encore les relations hommes-femmes, ressortent de la série
global se référant à la Les belles histoires des pays d’en haut, qui a connu un très grand
problématique étudiée. succès au Québec puisqu’elle a été diffusée de 1956 à 1970.

1. Jeannine FIEDLER et Peter FEIERABEND, Bauhaus, Cologne, Könemann, 2000, p. 489.

Les ches de prélèvement


Il est possible que l’utilisation de ches de prélèvement soit plus adaptée à votre Fiche de prélèvement
recherche, notamment si votre corpus est abondant ou si vous devez recueillir Outil de collecte de données
des extraits écrits plus longs. En effet, en plus des extraits, les ches de prélève- associé à l’analyse de contenu
ment peuvent contenir des schémas favorisant la compréhension du texte ou qui est utile pour noter de longs
extraits ou des schémas.
du document visuel analysé. Il y a donc quatre types de ches : la che résumé,
la che commentaire, la che citation et la che carte conceptuelle. La che
ressemble beaucoup au modèle présenté à la sous-section 3.2.3, à l’exception
de la catégorie d’analyse inscrite dans le coin supérieur droit. Elle peut prendre
la forme de notes de lecture, ou encore, être informatisée en utilisant les bases
de données présentées dans la sous-section 3.2.3. On peut ensuite classer ces
ches pour faciliter la suite du travail. D’ailleurs, fonctionner avec des ches de
prélèvement demande un grand sens de l’organisation, car pour faciliter l’ana-
lyse, elles exigent d’être classées méthodiquement. La gure 5.2, à la page sui-
vante, présente un modèle de che informatisée réalisée dans le cadre d’un
travail visant à comprendre les causes de la Première Guerre mondiale.
Par ailleurs, si votre analyse de contenu implique la construction de
tableaux ou de graphiques à partir de données numériques existantes, vous
pourrez recourir à des ches de prélèvement statistique, qui renfermeront
l’ensemble des statistiques utiles à votre analyse. Il pourra s’agir de don-
nées chiffrées qui serviront à la construction de vos propres tableaux ou
graphiques, ou bien, ce qui est plus rare, de tableaux ou de graphiques déjà
produits. Si vous utilisez différents documents pour ces ches, assurez-vous
que les unités sont les mêmes d’un document à l’autre ou qu’elles ont la

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 163


Figure 5.2 Fiche de prélèvement – Les causes de la Première Guerre mondiale

même valeur. Par exemple, un tableau ne devrait pas inclure des données
nancières provenant de deux pays tels que le Canada et les États-Unis, à
moins qu’il ne soit spécié quelles données sont en dollars canadiens et les-
quelles sont en dollars américains, puisque le dollar n’a pas la même valeur
d’un côté à l’autre de la frontière.

5.5.3 L’échantillon de l’analyse


de contenu : le corpus
Comme nous l’avons souligné dans la sous-section 4.33, l’échantillon de
productions ou d’ouvrages que requiert une analyse de contenu est appelé le
corpus. Il faut constituer ce corpus en fonction de la population à l’étude,
qui correspond ici à l’ensemble des documents écrits ou visuels disponibles
qui se rapportent à votre problématique. Vous devez donc déterminer quels
documents sont susceptibles d’être soumis à l’analyse de contenu. Comme
nous l’avons dit, il n’est pas nécessaire de sélectionner un grand nombre de
documents, mais vous devez être en mesure de cibler de manière pertinente
les exemples de documents à analyser. C’est ce que l’on nomme un échantil-
lonnage au jugé.
Le choix de la méthode avec laquelle vous sélectionnerez les documents
qui composeront votre corpus dépend aussi de leur disponibilité. En effet, si
la visée de votre recherche est de comprendre les raisons de la mission cana-
dienne en Afghanistan sous le gouvernement de Stephen Harper, il se peut

164 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


que certains documents sur le sujet émanant du ministère de la Justice ne
soient pas accessibles au grand public pour des raisons de sécurité nationale.
Vous devrez donc trouver un corpus différent comprenant par exemple des
journaux, des débats parlementaires ou des textes d’opinion provenant de
groupes d’intérêt. Vous devez justier vos choix à l’égard des contraintes
de la constitution du corpus et inclure ces informations dans l’analyse et
l’interprétation.

La sélection du corpus selon le type de documents


An de constituer votre corpus, vous pouvez avoir recours à certains outils
qui faciliteront la recherche et la sélection des documents. Les outils à uti­
liser dépendent du type de documents recherchés.
En fonction de vos besoins, vous pouvez vous tourner vers différents
types de ressources. Ainsi, si vous désirez analyser les types de propagande
employés par les gouvernements actuels, vous pourriez, par exemple, vous
concentrer sur des publicités et des prospectus produits par l’armée pour
recruter des individus ou encore sur des lms hollywoodiens nancés par le
gouvernement ayant pour thématique la guerre contre le terrorisme. Si vous
décidez d’étudier la perception de la crise économique des années 1930 sur
la base des gens qui l’ont vécue, l’utilisation d’œuvres littéraires pourrait
alors s’avérer judicieuse, car un roman écrit à cette époque reète générale­
ment la perception de la réalité. Les sources historiques imprimées (un jour­
nal intime, par exemple) peuvent aussi faire partie de votre recherche. En
résumé, les types de documents à sélectionner dépendent du type d’analyse
que vous désirez effectuer. Une fois cette sélection établie, il ne vous reste
qu’à déterminer les outils nécessaires à la création de votre corpus.

Les outils de recherche documentaire qui aident


à la création du corpus
Les index sont des outils de recherche qui peuvent vous aider à monter votre
corpus. Ces index peuvent être de différentes natures :
• Les index qui répertorient les articles de périodiques ou de journaux
sont classés par thématiques et/ou par années de publication. Des mots
clés simplient la consultation de ces index. Ceux des numéros les plus
récents sont souvent disponibles dans une base de données accessible sur
le site Internet de l’organisme qui les publie. Pour les numéros antéri­
eurs, il faut généralement consulter l’index papier, bien que les articles
soient souvent numérisés par les bibliothèques ou disponibles sous
forme de microlms (constitués de photographies de documents sur
petit lm).
• Les index des débats d’assemblées nationales ou des archives des
ministères comme celui des Affaires étrangères peuvent être théma­
tiques, chronologiques ou nominatifs. Pour vous faciliter la tâche,
vous devez donc déterminer vos besoins et identier des mots clés
avant de les consulter. Ces index permettent de gagner du temps et
de repérer une information disponible parmi un amas de documents.
En plus des index, divers instruments de recherche peuvent être utilisés :

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 165


• Les catalogues informatisés des bibliothèques demeurent un outil incon-
tournable. En effet, ils recensent toutes les ressources disponibles dans
l’établissement, à savoir les œuvres littéraires et les sources historiques
imprimées, les lms et autres documents audiovisuels comme les docu-
mentaires, en limitant votre recherche au type de document requis.
• Les bases de données telles que David ou Choix Média permettent
de localiser des documents audiovisuels.
• Des sites universitaires ou d’organismes diffusent en ligne des sources
historiques ou des cartes géographiques susceptibles de répondre à vos
besoins. Par exemple, l’Université du Québec à Chicoutimi propose une
bibliothèque numérique des classiques de sciences sociales qui regroupe
plus de 3 000 œuvres. Ces œuvres peuvent être traitées de la même façon
que les archives puisqu’elles sont des ressources de leur époque. Toutefois,
vous devez porter une attention particulière aux documents reproduits
en ligne, dans la mesure où ils peuvent être falsiés. Il est essentiel de
s’assurer de la crédibilité et de la validité des sources sélectionnées.

Le cas des archives


Les archives sont des documents qui proviennent directement de l’époque
étudiée et qui sont classés dans des fonds selon leur nature : archives natio-
nales ou archives privées. Habituellement, une loi régit l’accès à ces archives.
Ainsi, il est possible que certaines ne soient pas encore disponibles parce
qu’elles sont trop récentes ou qu’elles relèvent du secret d’État. En raison de
leur nature, elles ne sont pas disponibles dans les catalogues usuels des biblio-
thèques. Les archives – avec les sources imprimées – constituent la matière
première des historiens : elles leur permettent en effet de répondre à une pro-
blématique en renouvelant leur interprétation, particulièrement lorsqu’il
s’agit d’archives récemment ouvertes au public.
Repérer des archives est une tâche complexe puisqu’il ne s’agit pas seule-
ment d’identier le fonds. Il faut aussi consulter différents dossiers conser-
vés dans de nombreux cartons an de sélectionner les sources du corpus à
analyser qui vont vous permettre de vérier l’hypothèse de recherche. Pour
les localiser, vous devez parcourir les bases de données des fonds d’archives
ou consulter les répertoires disponibles sur place ou en ligne. Le fonds des
Archives nationales du Québec regroupe les archives gouvernementales et
certaines archives privées léguées par succession. Ces archives peuvent être
repérées à l’aide de la banque de données Pistard, disponible sur le site de
Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Cet outil permet de trouver
les cotes des documents et d’en lire une brève description.

5.5.4 Le prétest de la grille d’analyse


ou de la che de prélèvement
Comme pour tout instrument de mesure, il est nécessaire de réaliser un pré-
test an de vérier que les catégories d’analyse et les unités de signication
dénies s’appliquent bien à la série de documents écrits ou visuels que vous
avez choisis préalablement.
Dans un premier temps, an d’évaluer vos catégories d’analyse et vos unités
de signication, vous devez sélectionner certains documents que vous soumet-
trez au prétest. Le nombre de documents peut varier en fonction de la taille de

166 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


votre corpus ; habituellement, entre 5 % et 10 % de ce dernier devrait sufre.
Pour ce faire, vous devez passer les documents en revue à l’aide de votre grille
d’analyse ou de votre che de prélèvement, de façon à vérier si les catégories
et les unités qui ont été dénies vous permettent effectivement de recueillir des
données utiles à votre recherche. Cette vérication complétée, vous verrez s’il
est nécessaire d’ajouter ou de modier des catégories d’analyse ou des unités
de signication. Ce prétest est particulièrement important dans le cas d’une
grille d’analyse fermée, qui ne pourra pas être réajustée.
Il se peut que votre prétest révèle la nécessité non pas d’ajuster votre
grille d’analyse ou vos ches de prélèvement, mais d’enrichir votre corpus.
Dans ce cas, vous pourrez changer les œuvres ou les textes que vous aviez
sélectionnés, de manière à ajuster votre tir ou parce que certains éléments du
corpus ne correspondent pas au contenu prévu.
Dans un deuxième temps, vous devez vous assurer que les grilles d’ana-
lyse ou les ches de prélèvement sont toujours utilisées de la même façon et
qu’elles permettent d’obtenir des résultats comparables par tous les membres
de l’équipe. Pour ce faire, vous devez soumettre le même document à l’en-
semble de vos coéquipiers pour qu’ils effectuent une collecte de données à
l’aide de votre grille ou de vos ches. Si tous obtiennent un résultat similaire,
cela signiera que votre outil de collecte de données est able et que vous
pouvez le mettre en application. Dans le cas contraire, il vous faudra revoir en
équipe votre grille ou vos ches et procéder à un nouveau prétest. Cette opé-
ration est essentielle, car un résultat uniforme augmentera la abilité de votre
outil de collecte de données et la validité des données recueillies par la suite.

5.5.5 La réalisation de l’analyse de contenu


Après avoir soumis votre grille d’analyse ou votre che de prélèvement au
prétest, vous pouvez entreprendre l’analyse de contenu proprement dite.
Tout d’abord, accordez-vous sufsamment de temps pour réaliser cette ana-
lyse, car elle demande de nombreuses lectures et nécessite par conséquent un
travail minutieux. D’ailleurs, si les documents ne sont pas publics, n’oubliez
pas de vous procurer les droits d’utilisation. Habituellement, si vous avez
demandé des dérogations pour des fonds non disponibles ou encore l’accès
à des archives privées, vous avez obtenu une autorisation écrite. Par souci
éthique, conservez cette autorisation.
Comme nous l’avons dit, les données à recueillir se rapportent directement
à vos unités de numération ou à vos unités d’enregistrement. Ainsi, il ne
s’agit pas de relever tout le contenu des documents, mais d’effectuer un tri
des éléments pertinents. Avant de sélectionner un extrait dans un document
écrit ou visuel, vous devez donc vous demander s’il est pertinent à l’égard
des unités que vous avez dénies au préalable. Pour ce faire, il vous suft de
cocher les éléments contenus dans votre grille d’analyse ou de transcrire des
extraits de textes et d’ajouter des notes sur vos ches.
Gardez toujours à l’esprit, au cours de la sélection des données, que lesrensei-
gnements que vous recueillez doivent répondre à l’hypothèse ou à l’objectif que
vous avez déni lorsque vous avez élaboré votre problématique. Ainsi, il vous
Exemple de grille d’analyse d’une
faudra vérier que les catégories d’analyse et les unités de signication couvrent
émission télévisée
l’ensemble des dimensions et des indicateurs de votre analyse conceptuelle. En

Chapitre 5 Mettre en application sa méthode de recherche 167


outre, n’oubliez pas que vous devez viser à atteindre une saturation de l’infor-
mation, c’est-à-dire que vous devez avoir sufsamment de données ables pour
atteindre votre objectif ou vérier votre hypothèse de recherche. Cela veut dire
que l’analyse des documents qui faisaient partie de votre corpus lors du prétest
doit se faire selon les unités de signication retenues.

EXERCICE
5.5 Les différentes phases de la méthode d’analyse de contenu sont d’établir les catégories ainsi que les unités
de signication, de choisir un outil et de justier son choix (grille ou che de prélèvement), de constituer
son corpus et de justier le choix des documents et d’effectuer le prétest. Voici un extrait d’un rapport
étudiant expliquant la planication et le déroulement de la collecte de données de l’analyse de contenu.
Identiez les phases de l’analyse de contenu présentes dans l’extrait puis indiquez les éléments manquants :
« Pour ce qui est de cette recherche portant sur les événements qui ont mené à la proposition d’adoption de la Charte
des valeurs québécoises, l’analyse de contenu est à la fois qualitative et quantitative. Les catégories d’analyse qui
furent retenues sont les suivantes : présence de l’Église, société traditionnelle, implication de l’État, immigration,
sectes, accommodements raisonnables. La sélection des sources fut effectuée au jugé des plus pertinentes.
Les sources retenues proviennent de divers historiens ables ayant été publiées entre 2008 et 2013. Aussi,
certains articles de journaux furent sélectionnés an d’éclairer la portion la plus récente du débat. La Charte
des valeurs fut aussi analysée. »

LE RAPPORT SOUS LA LOUPE

Outil et collecte des données lieux ou terrains de recherche, les moments où celle-ci a
été effectuée, le temps consacré à la collecte de données,
Dans votre rapport, la dernière partie de la présentation
le matériel utilisé et tout autre information liée à la collecte
de la méthodologie doit informer le lecteur quant à la pla-
que vous jugez pertinente. Ces éléments sont à inscrire
nication (extrait 5.1) et au déroulement de la collecte de dans le plan et à joindre à votre section sur la méthodolo-
données proprement dite. C’est pourquoi vous devez pré- gie portant sur le choix de la méthode ainsi que de la
ciser les outils choisis, les dimensions et les indicateurs population et l’échantillonnage. Dans votre rapport nal,
mis à contribution, la constitution de votre outil (extraits la planication sera bien sûr écrite au passé. Si elle a déjà
5.3 et 5.4), de ses composantes éthiques (extrait 5.2) et été rédigée dans un rapport d’étape, il faut s’assurer que
de l’échantillonnage, le pré-test effectué, les principaux les temps de verbes soient modiés dans le rapport nal.

Résumé
7 Chaque méthode exige de construire un outil de collecte de données de
façon rigoureuse et imaginative en continuité avec la problématique.
7 La constitution d’un échantillon ou d’un corpus représentatif de la popu-
lation étudiée doit être un acte rééchi, puisque, sans un échantillon
représentatif, il sera impossible de généraliser les résultats obtenus.
7 Le prétest, qui sera effectué à l’aide d’éléments de la population ne fai-
sant pas partie de l’échantillon, permettra de déceler les erreurs ou les
faiblesses éventuelles de l’outil de collecte que vous avez mis au point, et
donc d’y remédier.
7 Cette préparation à la réalisation de la méthode retenue vous permettra
alors de passer à l’action et de compiler vos données.

168 Étape 2 Choisir et mettre en application sa méthode de recherche


3
Analyser ses données et
interpréter ses résultats

Étape
Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter
ses résultats

Analyser ses données, interpréter ses résultats et... décrocher un prix !


Une fois leurs 12 entrevues réalisées, Marie-Ève, Christine et Marie-
Christine ont procédé à l’analyse de leurs données et elles ont interprété
leurs résultats. Elles ont d’abord retranscrit leurs entrevues sous forme
de verbatim et fait le tri en classant et organisant les éléments les plus
pertinents. Elles se sont ensuite chacune attribué quelques thèmes relevés
lors de l’élaboration de la problématique et décidé d’un code de couleur
pour chacun des thèmes. Ainsi, tous les thèmes et leurs éléments de réponse
ont été surlignés de la même couleur, peu importe où ils se trouvaient dans
les verbatim. Par la suite, les éléments retenus ont été regroupés dans un
même document an de cibler les aspects que les entrevues avaient en
commun. Une fois cette étape complétée, les chercheuses ont formulé leur
interprétation des résultats et procédé à une discussion des résultats par
une critique de leur démarche et de leur échantillonnage.
Au terme de leur session, Marie-Ève, Christine et Marie-Christine ont
rédigé leur rapport nal de recherche qu’elles ont soumis au concours
organisé par l’Association pour la recherche au collégial (ARC). En
plus d’y remporter le troisième prix, cette expérience inoubliable de
recherche leur a permis d’acquérir des compétences fondamentales.
Comme elles, vous constaterez que l’initiation pratique à la
méthodologie des sciences humaines permet d’intégrer une bonne
méthode de travail, ce qui est nécessaire à toute forme de recherche.
Et qui sait, comme Marie-Ève, Christine et Marie-Christine, vous en
viendrez peut-être à aimer cela !
Chapitre 6
Analyser ses données et
interpréter ses résultats

Objectifs Plan du chapitre


d’apprentissage 6.1 La préparation des données ...................................... 172
• Vérier, codier et classer 6.2 Les caractéristiques de l’analyse des données
les données recueillies. communes à l’ensemble des méthodes
de recherche ............................................................. 179
• Relever des éléments de
récurrence et de contradiction 6.3 Les caractéristiques de l’analyse des données
au sein des données. selon la méthode de recherche sélectionnée............. 182
• Analyser les données en TIC pratique Repérer les unités de signication
fonction de la problématique dans Word 2013 ....................................................... 194
de recherche. Pour aller plus loin Les indices élémentaires .................... 197
• Présenter visuellement ses 6.4 La présentation des résultats sous forme
résultats de recherche. de tableaux, de gures et d’illustrations .................... 197
• Interpréter les résultats obtenus 6.5 L’interprétation des résultats ..................................... 201
tout en ciblant les limites du Le rapport sous la loupe L’analyse et la discussion
travail de recherche et les des résultats.............................................................. 209
possibilités de recherches
futures. Résumé .............................................................................. 209
Introduction
Quelle que soit la méthode que vous avez retenue, vous avez procédé
à une collecte de données dans le but de vérier votre hypothèse spéci-
que de recherche ou d’atteindre l’objectif spécique de recherche que
votre problématique a mis en lumière. Vous devez maintenant analyser
la quantité impressionnante de données qui sont désormais à votre
disposition. Encore une fois, peu importe la méthode de recherche uti-
lisée, l’analyse des données recueillies se fait généralement en
trois phases : 1) la préparation des données et l’analyse des résultats,
2) l’interprétation des données et 3) la discussion des résultats.
En effet, il faut absolument préparer vos données en les vériant, en
les codiant et en les classant an d’en faciliter l’analyse proprement
dite. Cette étape, commune à toutes les méthodes de recherche, est
essentielle, car elle permet de structurer les données et de les rendre
intelligibles.
Vous devez par la suite effectuer l’analyse des données proprement
dite et les interpréter. Chaque méthode de recherche comporte ses spé-
cicités en matière d’interprétation des données : on peut soumettre un
sondage au traitement statistique ou dégager les éléments de récurrence
et les contradictions au sein des données qualitatives. Il s’agit donc de
« faire parler » vos données et de les mettre en valeur de manière syn-
thétique et schématique an qu’elles soient accessibles et déchiffrables.
Enn, l’interprétation vous permet de conrmer ou d’inrmer votre
hypothèse spécique de recherche, ou encore de démontrer que
vous avez effectivement atteint l’objectif spécique de recherche
que vous vous étiez préalablement xé. Pour ce faire, vous devez mettre
votre démarche en perspective à l’aide de la littérature consultée dans
l’état de la question de votre problématique de recherche. Il vous faut
aussi poser un regard critique sur votre démarche an d’identier ses
forces et ses faiblesses ainsi que les limites de vos résultats, notamment
en discutant des enjeux méthodologiques ou éthiques rencontrés lors
de votre parcours. Il s’agit donc d’évaluer vos résultats et d’amener
des pistes de réexion en proposant des avenues pour une recherche
ultérieure.
Ce chapitre vise donc à vous donner des outils et des conseils pour
mettre en valeur tout le travail que vous avez accompli jusqu’à mainte-
nant. Il vous aidera à bien analyser et interpréter les données recueillies
par votre équipe de travail an de diffuser vos résultats.
6.1 La préparation des données
Analyse des données L’une des premières étapes de l’analyse des données est d’organiser ou de
Opération qui consiste à dépouiller traduire les données brutes que vous avez recueillies en données codiées
ou à vérier les données brutes, lisibles et signiantes an de répondre aux interrogations soulevées dans
puis à procéder à la codication votre problématique de recherche.
ou au classement de l’information
recueillie pour en permettre Dépouiller les données brutes, et donc vérier, codier et classer, est une
l’interprétation. étape nécessaire, quelle que soit la méthode de recherche choisie. Vous devez
en effet vérier soigneusement vos données an de vous assurer qu’elles sont
Données brutes ables et utilisables, puis les codier ou les classer de manière à en faciliter
Données obtenues à partir l’analyse.
de la collecte de données sur le
terrain qui n’ont pas encore été Il importe ensuite d’analyser et de décortiquer ces données pour en tirer
dépouillées, vériées et traitées. les éléments récurrents et contradictoires. Le matériel produit à partir de ces
données, les résultats d’analyses, se retrouvera en grande partie dans votre
rapport de recherche.

6.1.1 Le dépouillement ou la vérication


des données brutes
Cette première étape de l’analyse des données vous permet de vérier la
crédibilité des données quantitatives et qualitatives recueillies an que votre
analyse repose en grande partie sur une construction des données exhaustive
et systématique. Le dépouillement des données est une étape préliminaire à
leur codication.
Vous devez tout d’abord vous assurer que les données que vous avez
recueillies ne comportent aucune anomalie ou excentricité et qu’elles sont
utilisables et pertinentes pour la suite de l’analyse. Un bon dépouillement
des données brutes implique de ne présenter que des données ables sus-
ceptibles de faire réellement avancer les connaissances dans le domaine à
l’étude. Le tableau 6.1 vous guidera an d’effectuer le dépouillement ou la
vérication des données brutes selon un certain nombre de critères.
An de vous aider à utiliser ces critères de manière plus tangible, le tableau 6.2
présente certaines données qui peuvent sembler inutilisables au moment de la
vérication et dont il ne faut pas tenir compte dans la compilation.
En plus des réponses fournies par les participants, le dépouillement et
la vérication des données permettent de réviser la saisie des données de
l’ensemble des coéquipiers lorsque la méthode employée requiert un verba-
tim ou l’usage de grilles d’observation. En effet, ce sont peut-être des don-
nées mal recopiées par l’un des équipiers ou une grille mal remplie qui rend
votre observation inutilisable pour l’analyse. Si vous rencontrez ce genre
de problème, il vous faudra décider collectivement de la manière dont vous
utiliserez ces données brutes.
Il est donc important que vous utilisiez votre jugement pour déterminer
quelles données peuvent être conservées et quelles données doivent être reje-
tées, et que vous validiez le tout auprès de votre enseignant avant d’éliminer
des données de votre échantillon.

172 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


Tableau 6.1 Les critères de validité des données

Critères Exemples de problèmes rencontrés Impact sur l’analyse

Des réponses Un des participants peut avoir Dans ce cas, vous risquez de ne pas pouvoir utiliser
excentriques, répondu trop souvent « Ne s’applique le questionnaire de ce répondant parce qu’il n’a pas
incomplètes ou pas » ou « Ne sait pas » aux questions bien compris les questions, qu’il ne se sentait pas
incomprises dans d’un même questionnaire. concerné par l’étude ou simplement parce qu’il n’a
un même question- pas fait preuve de sérieux. Vous devez donc vous
Aussi, certaines réponses peuvent
naire chez un même demander si les données que ce participant a fournies
vous sembler farfelues ou irréalistes
participant sont sufsantes pour les soumettre à l’analyse. Si
par rapport à la question posée.
votre réponse est non, mieux vaut retirer sa contribu-
tion que de biaiser l’ensemble des résultats.

Une même question Plusieurs participants vous ont Dans ce cas, votre question était peut-être imprécise,
donne lieu à demandé des explications sur une trop complexe, ou elle ne comportait peut-être pas un
des réponses même question, n’y ont carrément choix de réponse exhaustif. Vous choisirez peut-être
incomplètes pas répondu ou ont souvent utilisé d’exclure cette question de votre analyse. Vous devez
ou incomprises les formules « Ne s’applique pas » donc vous demander si le nombre de ces répondants
chez plusieurs parti- ou « Ne sait pas ». est sufsant pour en tirer des conclusions. Si seule
cipants ou suscite une petite proportion des réponses obtenues peut
des commentaires être soumise à l’analyse, les résultats obtenus ne
excentriques. seront pas signicatifs.

Des réponses Si une question suscite des réponses Si vous obtenez ce résultat, ne conservez cette
identiques à une unilatérales ou pratiquement donnée que pour votre analyse descriptive.
même question identiques, la variable à l’étude n’est
de la part de tous peut-être pas un facteur distinctif à
les participants. mettre en relation dans l’analyse.

Tableau 6.2 Des exemples de données inutilisables

Donnée inutilisable Exemple de réponse Explication

Présence de données Selon vous, est-ce la mère ou le père Bien que ce commentaire puisse être pertinent,
excentriques par l’ajout qui devrait assurer l’éducation il représente une donnée excentrique. Assurez-
d’un commentaire sur la sexuelle de l’enfant ? vous que vous n’avez pas heurté le participant
question plutôt que par La mère et que ses autres réponses sont utilisables.
une réponse à cette Le père
question. Les deux
Aucune opinion
x Autre: Cette question est sexiste,
je refuse d’y répondre.

Réponse incomplète Question : Quel est votre âge ? Le participant refuse de divulguer son âge. Si un
ou question laissée Réponse : ________________ grand nombre de participants refusent, vous ne
sans réponse pourrez tirer de conclusion à partir de cette
variable.

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 173


Tableau 6.2 Des exemples de données inutilisables (suite)

Donnée inutilisable Exemple de réponse Explication

Réponse excentrique Durant votre dernière année Une telle réponse peut laisser croire que
d’études au secondaire, le participant ne souhaite pas répondre ou qu’il
quel était votre revenu annuel ? ne répond pas sérieusement. Il faut demeurer
Réponse : 1 000 000 $ attentif aux autres réponses de son
questionnaire.

Question incomprise Quels constituants nutritifs Le participant ne connaît manifestement pas


consommez-vous pour augmenter les constituants nutritifs. D’ailleurs, votre prétest
votre énergie ? aurait dû vous permettre de déceler cette
Glucides incompréhension. Néanmoins, à cette étape,
Lipides il faut exclure le résultat s’il est rare et exclure
Protéines la question si la majorité des participants ne
x Autre, précisez : Une barre l’ont pas comprise.
de chocolat

6.1.2 La codication des données


Codication Une fois les données dépouillées et leur validité établie, vous procéderez à
Attribution d’un code alphabétique, leur simplication et à leur synthèse en réalisant leur codication.
numérique ou de couleur aux
données recueillies, an d’en Ainsi, lorsque vous entreprenez la codication des différents niveaux
faciliter l’analyse. de réponses de chacune des variables, vous identiez numériquement
ou nominalement les données associées à chaque variable ou concept à
l’étude. Le tableau 6.3 vous indique les types de codication et leur usage
respectif.
Enn, notons que ce travail de codage est aussi utile pour élaborer des
gures et des tableaux (un sujet que nous verrons à la section 6.4) à partir
desquels les données peuvent être analysées puis interprétées.

6.1.3 La rédaction d’un manuel de codage


Avant de vous lancer dans la classication des données, vous devriez rédiger
un manuel de codage qui servira en quelque sorte de gabarit an que tous
les équipiers entrent et classent les données de la même manière. Comme il
n’y a pas de modèle unique, vous devez donc le concevoir en fonction de vos
besoins, du type de données recueillies et de la méthode de recherche
employée. Néanmoins, votre manuel devra inclure le nom et le numéro de la
variable, le type de variable, la question formulée indiquant le contenu, le
type d’échelle utilisé s’il s’agit d’un sondage, les modalités dénies (ou poten-
tielles dans le cas des démarches exploratoires) ou les valeurs, ainsi que le
code numérique, alphabétique, nominal ou de couleur.

174 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


Tableau 6.3 Les types de codication

Type de codication Trucs et astuces Exemple

Code numérique ou alpha­ Les données quantitatives sont générale­ Êtes­vous étudiant au cégep ?
bétique : utilisé avec les ment entrées comme telles dans la matrice 1 : Oui
questions fermées dans ou le tableur d’un logiciel qui offre une telle 2 : Non
le cas des sondages ou fonction, comme Excel ou SPSS.
des entrevues Dans le cas des données qualitatives, vous
devrez codier numériquement certaines
variables an de pouvoir les analyser
convenablement en les associant à un
nombre qui agira à titre de code. Un terme
spécique peut aussi être utilisé.

Code nominal : utilisé lorsque Pour utiliser un code nominal, il faut dégager Attitudes observées dans un
des thèmes ou des concepts des thèmes de codication à partir des supermarché face à une mère
précis ont été identiés. concepts et des dimensions identiés lors aux prises avec un enfant turbulent
de l’élaboration de la problématique. Il faut et bruyant :
aussi s’assurer que chaque code est Impatience
mutuellement exclusif, et donc, que le choix Empathie
de l’associer à l’un ou l’autre des thèmes Inconfort
n’est pas ambigu. Jugement

Code de couleur : utilisé Pour utiliser ce type de codication, on Analyse de contenu sur les
lorsque des thèmes ou associe les thèmes et les sous­thèmes, motivations des étudiants à
des concepts précis ont eux­mêmes identiés à partir des concepts s’inscrire en sciences humaines.
été identiés. et dimensions de la recherche à des • Premier choix : Rouge
couleurs distinctes, an de repérer rapide­ • Indécis sur choix de programme :
ment l’information parmi une très grande Bleu
quantité d’informations qualitatives que • Inuencé par un pair : Vert
l’on doit analyser. • Recommandé par un conseiller
en orientation : Orange
• Inuencé par les parents : Violet

Cet exercice de codication est crucial et mérite d’être fait avec sérieux,
car une simple erreur pourrait vous conduire à des analyses erronées ou à
des conclusions hasardeuses. Il vous est également conseillé de procéder à
l’élaboration du manuel de codage en équipe, à partir d’une ponction de
votre échantillon pour vous assurer que tous comprennent bien la signica-
tion de chaque code.
Vous pourriez également codier les données complexes en équipes de
deux an de favoriser l’uniformité de la codication. Le tableau 6.4, à la
page suivante, donne quelques suggestions qui vous permettront de simpli-
er votre travail de codication et d’entrée de données.

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 175


Tableau 6.4 Des conseils pour le codage des données

Conseil Explication Exemple

Utiliser une Vous devez vous assurer de choisir la a) Toujours


codication simple. codication la plus simple possible et de b) Fréquemment
respecter une certaine logique dans vos c) Parfois
choix. Ainsi, si le choix de réponse dans d) Rarement
votre questionnaire se décline de a) à e), e) Jamais
vous pouvez, par exemple, reprendre ces
mêmes lettres pour les utiliser comme
codes.

Utiliser des noms Évitez des noms du type « Variable 01, « Variable 01 » : renommée « Sexe »
de variables Variable 02 », qui vous forceraient à • Femme F
explicites. recourir fréquemment à votre question- • Homme H
naire ou à votre grille. Prenez le temps de
rééchir et choisissez un nom simple et
pertinent. Dans le cas des bases de
données fournies par les logiciels de
sondage qui utilisent des numéros de
variables, prenez soin de les nommer
convenablement. Cela facilitera le
traitement statistique.

Inscrire le numéro Il est toujours plus facile pour la lecture


Participant Sexe Âge
du participant dans d’une base de données d’inscrire les
une colonne et résultats d’un participant sur une ligne, 1 F 19
utiliser une ligne ceux du participant suivant sur la ligne
par participant. suivante, et ainsi de suite. De cette façon, 2 F 21
on peut mieux voir les données pour
3 M 18
chaque sujet et selon les variables à
l’étude. 4 F 20

5 M 21

Regrouper certaines Certaines données peuvent parfois être Parmi les cégépiens ayant participé à vos
données. regroupées an d’éviter une longue liste groupes de discussion, vous avez regroupé
de codes, surtout dans le cas de données les programmes en deux catégories : les
uniques. programmes préuniversitaires (1) et les
programmes techniques (2), puisque vous
voulez comprendre les perceptions à l’égard
du monde universitaire.

Sauvegarder Ces opérations toutes simples permettent L’utilisation d’une plate-forme en ligne,
fréquemment d’éviter certains déboires. Il serait en effet prévue par les grands fournisseurs de
le chier contenant dommage que la somme de vos efforts de logiciels, permet de stocker vos chiers en
vos données et en compilation disparaisse à cause d’un plus de les partager facilement avec vos
faire une copie pépin informatique. coéquipiers. Facebook, Google drive, I-cloud,
de sécurité. Dropbox en sont de bons exemples.

176 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


6.1.4 L’organisation des données codiées
Une fois le type de codication choisi, vous devez procéder à la dernière
étape de la préparation des données qui consiste en un premier repérage des
éléments signicatifs ou des récurrences et contradictions pour procéder au
classement. C’est à partir de ce classement que vous pourrez analyser vos
données et les transformer en résultats de recherche.
Vous opterez pour une méthode de classement informatisée ou manuelle.
Le tableau 6.5 vous permet de jeter un coup d’œil rapide sur les divers types
de classement informatisé. Cette liste n’est pas exhaustive étant donné l’évo-
lution rapide des outils informatiques, mais elle répertorie les principaux
types de classement. Notez que l’usage de l’informatique favorise grande-
ment le partage des données, maintenant que plusieurs logiciels peuvent être
utilisés simultanément par plusieurs auteurs.
Le classement manuel, fréquemment utilisé avec les données qualitatives,
vous permet de reprendre l’ensemble des données recueillies sous forme
d’extraits de verbatim, de notes d’observation, d’extraits de corpus d’œuvres
ou de réponses nominales en format papier, de repérer les éléments de signi-
cation et de les classer par thèmes et par sous-thèmes. Mais attention,
le partage d’informations avec vos coéquipiers dans le cas du classement
manuel est beaucoup moins évident.

Tableau 6.5 Les types de classement informatisé

Type de classement informatisé Explication

Les matrices numériques Très accessible, Excel est un tableur permettant d’élaborer et de traiter
avec le logiciel Excel des bases de données pour les soumettre à des commandes an de croiser
certaines données et d’obtenir rapidement des tableaux, des graphiques et
certains tests d’hypothèse.

Les données numériquement SPSS est le logiciel d’analyse statistique par excellence. Il permet d’importer
codiées avec le logiciel SPSS des matrices sous d’autres formats, Word et Excel par exemple, d’élaborer et de
traiter des bases de données et d’effectuer des tests statistiques plus poussés.
Il est toutefois moins accessible que d’autres puisque beaucoup plus coûteux.

La prise de notes Si vous avez utilisé un logiciel tel que Moodle (voir le chapitre 3), vos données
avec un logiciel sont déjà classées, puisque vous les avez alors organisées selon les thèmes
sélectionnés an de procéder à votre collecte de données. Au cours de l’analyse,
il ne vous restera qu’à procéder à une recherche par mots-clés an de repérer
les notes correspondant à vos thèmes.

Les grilles ou les ches Si vous avez recueilli vos données sous forme de ches ou de grilles informati-
informatisées à l’aide sées, vous pouvez utiliser la fonction « Rechercher » de Word ou Excel pour
de Word ou Excel repérer des mots-clés et classer ensuite vos données par thèmes et par
sous-thèmes. Vous pourriez également travailler par onglet thématique dans
Excel et de rassembler l’information repérée sur les onglets respectifs.

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 177


La gure 6.1 présente un exemple de classement de données issues d’un
sondage sous forme de matrice dans un tableau Excel. Dans cet exemple, les
données sont quantitatives et qualitatives.
Des exemples plus explicites de codication des données qualitatives
seront présentés à la section 6.3.

Figure 6.1 Un exemple de matrice de données Excel


pour le traitement statistique

EXERCICES
6.1 Indiquez si les réponses obtenues lors de ces collectes de données sont
valides, pertinentes et utilisables ou si elles doivent être mises de côté.
En vous référant aux tableaux 6.2 et 6.3 (voir les pages 173 et 175),
expliquez à partir de quels critères vous avez, le cas échéant, écarté
les données.
1. Dans le cadre d’un sondage administré à des étudiants de votre cégep,
vous obtenez les réponses suivantes :
a) Dans quel quartier habitez-vous ?
« Le Bronx »
b) Croyez-vous que le gouvernement du Québec devrait légiférer
an de restreindre les accommodements religieux ?
Oui Moi, je suis pour l’indépendance du Québec.
Non
c) Indiquez dans quelle mesure êtes ou n’êtes pas d’accord avec
l’énoncé suivant :
« Je peux contribuer personnellement à l’intégration des minorités
culturelles par des gestes quotidiens concrets. »

178 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


Tout à fait d’accord
Plutôt d’accord
Plutôt en désaccord
Tout à fait en désaccord
2. Dans le cadre d’une entrevue semi-directive sur la participation
citoyenne aux manifestations contre l’austérité, vous obtenez
les réponses suivantes :
a) Parlez-nous des principales mesures d’austérité qui vous motivent
à participer aux manifestations citoyennes de votre quartier.
« Moé, je suis une lle… ben je veux dire… j’haïs le gouvernement.
Yé comme austère. Fa que, je le crie ben fort. C’est ça qui me motive,
crier ma rage. »
b) Parlez-nous de la représentation que font les médias des manifesta-
tions citoyennes.
« Désolé, je ne regarde pas la télévision, je ne consulte qu’Internet. »

6.2 Voici des réponses obtenues dans le cadre d’un sondage.


1. Vous avez posé la question « Quelle est votre nationalité ? » à un
échantillon de 100 personnes. Une majorité a répondu « canadienne »,
une dizaine de personnes ont répondu « québécoise », cinq ont répondu
« haïtienne » et une dizaine d’autres réponses n’ont été données qu’une
seule fois. Proposez et justiez une codication pour entrer ces
données.
2. À la n de votre sondage, vous avez demandé des commentaires
généraux sur l’appréciation générale des étudiants à l’égard de leur
coopérative étudiante. Parmi les 125 sondages distribués, vous avez
obtenu ces quelques commentaires :
• La coop ne vend pas toujours les livres qui m’intéressent.
• La coopérative offre des prix très avantageux.
• Les escomptes aux membres valent vraiment la peine.
• La coopérative appartient aux étudiants. Je trouve cela très
important.
• Je retrouve facilement les livres obligatoires. J’aimerais pouvoir faire
plus de découvertes.
• Je préfère commander en ligne, le choix est plus grand et les prix
plus compétitifs.
• J’ai travaillé à la coopérative et j’ai pu m’impliquer en siégeant au
conseil d’administration.
Proposez une codication pour les réponses obtenues.

6.2 Les caractéristiques de l’analyse des


données communes à l’ensemble
des méthodes de recherche
Maintenant que vos données sont codiées et organisées, vous pouvez pro-
céder à leur analyse. Bien que les spécicités de chaque méthode de recherche
vous seront présentées à la section 6.3, la description de l’échantillon ou du
corpus, de même que la décision de procéder à des analyses principales
et secondaires, s’appliquent dans tous les cas.

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 179


6.2.1 La description de l’échantillon recueilli
Tel qu’expliqué au chapitre 4, vous avez identié la population à l’étude et une
méthode d’échantillonnage. À partir des données recueillies, vous devez main-
tenant analyser et présenter le portrait de l’échantillon des participants à votre
recherche an de montrer qu’il reète bien vos intentions de départ. Par
exemple, si vous souhaitez interviewer de jeunes cégépiens militant au sein de
mouvements environnementalistes, vous devrez minimalement indiquer le
nombre de répondants, leur âge, leur sexe et toute autre information suscep-
tible d’informer le lecteur sur la provenance des données à analyser. Si votre
échantillon est plus grand, vous pourrez utiliser la matrice des données pour
effectuer des mesures descriptives, telles que présentées à la sous-section 6.3.3
et illustrer la composition de votre échantillon à l’aide d’un tableau ou d’un
graphique. Si vous choisissez de mener des entrevues, vous devrez présenter les
caractéristiques des personnes interviewées. Enn, dans le cas du corpus ana-
lysé, bien qu’il ait été sélectionné en fonction de critères bien précis, vous
devrez préciser par exemple les œuvres, les lms, les publicités, les monogra-
phies retenues et, dans certains cas, appuyer visuellement votre description.

6.2.2 L’analyse principale et


l’analyse secondaire des données
Analyse principale Le travail de codication et de classement des données vous aura permis un
Analyse des données en fonction premier survol général susceptible d’orienter votre travail d’analyse à venir.
des variables de la question Vous pourriez vous en tenir à une analyse principale, mais vous pourriez éga-
spécique de recherche. lement procéder à une analyse secondaire. L’analyse principale permet de
répondre à la question spécique de recherche, laquelle découle de l’objectif
Analyse secondaire
spécique ou de l’hypothèse spécique de recherche (voir le chapitre 3). L’ana-
Analyse de variables qui nuancent,
complètent ou clarient les
lyse secondaire, quant à elle, se fait à partir de variables qui nuancent, com-
résultats de l’analyse principale. plètent ou clarient les résultats de l’analyse principale. L’analyse principale
est essentielle alors que l’analyse secondaire est à la discrétion du chercheur.
Prenons l’exemple d’une étude portant sur les utilisateurs de réseaux
sociaux en ligne tels que Facebook. Votre analyse principale portera dans
ce cas sur le prol des utilisateurs. Par contre, une analyse secondaire
intéressante pourrait se pencher sur les applications sous forme de jeu-
questionnaire que les membres de ces réseaux peuvent utiliser. Bien que cette
analyse secondaire ne soit pas primordiale pour analyser le prol des utilisa-
teurs, elle pourra enrichir la description des pratiques ludiques au sein d’un
réseau comme Facebook. Le tableau 6.6 propose quelques exemples d’ana-
lyses principales et secondaires appliquées à quelques sujets et méthodes de
recherche.
Vos analyses, principales ou secondaires, doivent s’en tenir strictement
aux données recueillies an de ne pas compromettre la validité scientique
de votre recherche. Aussi, si votre objectif était de décrire un phénomène
donné, votre analyse doit s’en tenir à une description des comportements
observés en fonction des variables retenues. Si, toutefois, vous croyez avoir
détecté une explication ou compris un phénomène dans son ensemble sans
en avoir la preuve empirique, vous pourrez vous y référer plus tard, au
moment de l’interprétation.

180 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


Tableau 6.6 Des exemples d’analyses principales et secondaires

Méthode
Sujet de recherche Analyse principale Analyse secondaire
de recherche

La façon dont les Sondage Portrait des habitudes de Portrait des habitudes de loisirs des
cégépiens utilisent leur loisirs des cégépiens cégépiens selon le sexe ou selon
temps libre l’importance accordée aux études

La préparation aux Entrevues Portrait des rituels d’étude Portrait des rituels d’étude des
examens des cégépiens semi-directives des cégépiens cégépiens selon leur programme
d’études ou selon qu’ils ont étudié à
l’école secondaire privée ou publique

L’impact de l’autorité sur Méthode Mise en relation de la Mise en relation de la présence de


l’accomplissement d’une expérimentale présence d’une autorité et l’autorité et du niveau de difculté
tâche selon le sexe du sexe du volontaire de la tâche

Enn, sachez que votre travail d’analyse pourrait vous inciter à reprendre
certains renseignements qui ont été écartés lors de l’étape de la préparation
des données. Vous pourriez, par exemple, vouloir modier en conséquence
un tableau-synthèse des données recueillies an de réaliser une analyse
secondaire qui n’était pas prévue au départ. C’est la raison pour laquelle
il est toujours sage de conserver tout le matériel recueilli lors du travail de
terrain, et ce, jusqu’à ce que toute votre démarche scientique soit complé-
tée. En outre, il se peut que votre enseignant vous demande de consulter vos
données après avoir lu votre rapport de recherche. Aussi, conservez précieu-
sement le tout au moins jusqu’à la toute n de la session.

EXERCICE
6.3 Proposez deux analyses secondaires pour chacun des exemples suivants.

Méthode de Analyses
Sujet de recherche Analyse principale
recherche secondaires

L’engagement Sondage Portrait des attitudes et des 1-


politique des perceptions des cégépiens à 2-
cégépiens l’égard de la politique
québécoise.

La conciliation Entrevues Comment est vécue la 1-


études-famille des semi-directives conciliation études-famille 2-
étudiants de cégep des étudiants de cégep qui
qui sont parents ont de jeunes enfants.

L’impact de l’humeur Méthode Mise en relation de l’humeur 1-


d’un enseignant sur expérimentale d’un enseignant (joyeux, triste, 2-
les apprentissages fâché) sur les interventions en
des étudiants classe de ses étudiants.

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 181


6.3 Les caractéristiques de l’analyse
des données selon la méthode
de recherche sélectionnée
Après avoir pris connaissance des caractéristiques de l’analyse des données
communes à l’ensemble des méthodes de recherche, les sections qui suivent
vont vous permettre de reconnaître celles qui sont propres à la méthode que
vous avez choisie ou aux méthodes que vous avez combinées dans le cadre
de votre recherche.

6.3.1 L’observation
De façon générale, vos observations ont été recueillies à l’aide de grilles, sou-
vent accompagnées d’un journal d’enquête. Bien que les grilles d’observation
aient été conçues an de générer autant que possible des renseignements
standardisés, notamment grâce à une sélection judicieuse des indicateurs
observables, la préparation et la transformation des données sont néces-
saires an de permettre de traduire efcacement l’expérience d’observation
de chacun des équipiers, et de communiquer par la suite ces résultats sous
forme de statistiques, de gures ou de tableaux clairs et précis. Vous devez
donc codier les renseignements recueillis selon une codication numérique
si vous avez procédé à une observation systématique. Dans ce cas, vous
devriez vous baser sur votre grille d’observation grâce à laquelle vous avez
circonscrit les comportements ou les réactions attendues. Si vous avez opéré
à l’aide d’un autre type d’observation supposant une collecte de données
ouvertes, vous procéderez plutôt à une codication nominale (voir le
tableau 6.3, page 175, sur les codications).
Imaginons, par exemple, que votre équipe de
recherche effectue une observation sur les com-
portements des consommateurs fréquentant un
centre commercial dans la semaine précédant Noël
an de décrire leurs attitudes les plus agrantes.
Ici, la tâche serait de compiler les grilles des divers
observateurs, qui ont peut-être été remplies dans
des contextes spatiaux quelque peu différents (par
exemple, à deux endroits du même centre commer-
cial ou dans deux centres commerciaux différents).
Pour ce faire, vous devriez d’abord effectuer une
codication des comportements observés selon que
ces consommateurs montrent, par exemple, de l’em-
pathie, de l’impatience, de l’agressivité ou de l’indif-
férence. Cette codication simplierait grandement la
La période des fêtes est associée à un compilation de vos données. Pour faciliter l’analyse
fort achalandage dans les commerces, et repérer les récurrences et les contradictions, vous vous assureriez aussi
ouvrant la porte à plusieurs occasions que la compilation des données issues de votre observation dresse une liste
de conduire une observation. exhaustive des comportements observés, du lieu et du moment où ils se sont

182 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


manifestés et de leur durée. An de réaliser ensuite votre analyse principale
portant sur la description des comportements de la foule en situation de fort
achalandage, vous feriez en sorte de conserver la trace des liens qui vous
semblent pertinents entre les comportements relevés, leur relative intensité
et les types de personnes qui les ont adoptés (voir le tableau 6.7).
Après avoir complété votre analyse principale avec votre grille systéma-
tique fermée, vous pourriez ensuite, si vous le souhaitez, ajouter une grille
ouverte non systématique (voir le tableau 6.8, page suivante) de données
plus qualitatives et difcilement codiables, dans le but de réaliser une ana-
lyse secondaire cherchant à mieux décrire les réactions des individus et les
comportements manifestés. Vous pourrez par la suite les utiliser pour narrer
certains événements signicatifs (« s’immobilise », « continue son chemin »,
« tente d’attirer le regard », etc.).
Les données issues de vos grilles peuvent aussi se prêter à la création de
mesures statistiques descriptives (voir la sous-section 6.3.3 pour vous infor-
mer des mesures possibles). Prenons l’exemple d’une recherche sur le terrain
destinée à décrire les comportements de mendicité des itinérants à Montréal.
Votre équipe utilise l’observation non participante autour d’une station de
métro pour relever les interactions entre un itinérant et les usagers. Il vous
serait alors possible de chiffrer les types d’interactions relevés qui semblent
être en lien avec la réussite de la sollicitation nancière de l’itinérant ou avec
l’échec de celle-ci. Le tableau 6.9 (voir page suivante) donne un aperçu de
cet exemple de traitement statistique des données établissant, à la dernière
colonne, le taux de réussite.

Tableau 6.7 Un exemple de grille systématique fermée des données d’une observation

Sujet / Groupe d’âge


Sexe Lieu Moment Durée Réaction Intensité
Variable approximatif

1 2 5 1 1 2 3 1

2 1 3 3 3 5 3 2

3 2 5 3 3 6 3 3

4 2 3 2 2 10 4 3

5 2 2 1 5 6 4 3

Codage préalable des variables :


V1 : Sexe : 1 = homme, 2 = femme.
V2 : Groupe d’âge approximatif: enfant = 1, adolescent = 2, jeune adulte = 3, adulte = 4, personne âgée = 5.
V3 : Lieu précis de l’événement : entrée n o 1 = 1, entrée no 2 = 2, caisse = 3.
V4 : Moment de l’interaction : début de journée = 1, matinée = 2, midi = 3, après-midi = 4, n de journée = 5.
V5 : Durée de la réaction : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 secondes.
V6 : Réaction observée : indifférence = 1, empathie = 2, impatience = 3, agressivité = 4.
V7 : Intensité de la réaction : faible = 1, moyenne = 2, forte = 3.

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 183


Tableau 6.8 Un exemple de grille d’analyse ouverte des observations effectuées

Sujet / Groupe d’âge Réaction Intensité et Commentaires


Sexe Lieu Moment
Variable approximatif observée qualité verbaux

1 Femme Âgée Caisse Début de Signe Faible Aucuns


no 2 journée d’empathie

2 Homme Jeune adulte Caisse Midi Signe Moyenne, « Oui, très bien ».
no 1 d’impatience continue son
chemin

3 Femme Adulte Caisse Midi Signe Forte, les yeux Tente d’interpeller
no 1 d’agressivité complètement une personne dans
retournés la le : « Monsieur,
regardez ».

4 Homme Jeune adulte Entrée Après-midi Signe Faible Semble distrait et


no 2 d’indifférence toussote.

5 Homme Adolescent Entrée Fin de Signe Forte, lève Soupire et dit :


no 1 journée d’impatience les épaules « Bon, bon… ».

Tableau 6.9 Un exemple de traitement statistique


des données d’une observation
Nombre Réussite de la Réussite après
Taux de
Sujet de sollici­ sollicitation à la plusieurs
réussite total
tations première tentative tentatives

No 1 3 1 0 33 %

No 2 13 2 1 23 %

No 3 10 1 1 20 %

Vous devez également mettre de l’ordre dans les entrées des journaux
d’enquête des membres de l’équipe en effectuant une synthèse des principaux
éléments notés. Pour ce faire, vous devez respecter les trois types d’entrées
possibles lorsqu’il est question d’observation : 1) les notes méthodologiques
(à propos de l’outil d’enquête), 2) les notes réexives (sur la démarche d’en-
semble et sur les visées de votre recherche) et 3) les notes personnelles (sur l’ex-
périence vécue par vous en tant qu’observateur). (Voir la sous-section 5.1.7
sur la prise de notes.) Le tableau 6.10 présente la compilation exhaustive des
types de notes effectuée dans le cadre d’une observation participante portant
sur le travail des mascottes.

184 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


Tableau 6.10 Un exemple de compilation exhaustive de notes sur le travail d’une mascotte

Observateur Notes méthodologiques Note réexive Note personnelle

No 1 • Difcultés à voir le contexte Le concept d’aliénation de la Quel travail peu intéressant,


général de mes interactions. tradition marxiste repéré lors même si les enfants nous
• Doute sur ma capacité à bien des lectures pourrait être trouvent amusants !
saisir l’attitude des enfants intéressant an de décrire
face à moi. comment « se sent » une
mascotte.
• Sans recul, c’est difcile.

No 2 • Je dois me souvenir de cet La notion de satisfaction Comment transmettre


enfant qui me traitait comme personnelle telle qu’on l’avait clairement cette expérience
un serviteur. dénie dans la problématique aux autres étudiants du cours ?
devra être repensée.

En somme, le traitement de l’information recueillie lors de votre observa-


tion permet de la dépouiller, d’en extraire les aspects marquants et de jeter
les bases d’une analyse de qualité. Elle aide également à porter un regard
critique sur votre démarche, sur ses forces et faiblesses, notamment sur le
plan méthodologique.

6.3.2 L’entrevue1
Vous avez réalisé des entrevues avec divers individus dans le but d’éclairer
un objectif de recherche ou de tester une hypothèse de recherche. Pour pré-
parer et analyser vos données, vous devez d’abord, en utilisant vos verbatim,
décortiquer les propos recueillis, ce qui facilitera le repérage des récurrences
et des contradictions qui ponctuent peut-être les propos des personnes inter-
viewées. Cette préparation s’effectue en deux étapes.

Étape 1 : La codication des verbatim


La première étape de codication consiste à identier les verbatim par des
lettres distinctes et à numéroter les lignes ou les paragraphes qui s’y trouvent.
Par exemple, dans le cadre d’une étude portant sur la consommation de
biens et de services par les cégépiens, vous pourriez avoir huit verbatim iden-
tiés de A à H, reétant les huit entrevues que vous aurez menées. Par la
suite, chaque ligne des verbatim sera numérotée jusqu’à la n. Cette numé-
rotation va permettre, pendant l’analyse ou pendant l’interprétation, de
repérer beaucoup plus facilement tel ou tel passage d’un entretien ou de s’y
référer. Cette numérotation se fait facilement dans un chier Word.
L’étape de codication exige ensuite, comme on l’a vu, d’attribuer un
nombre, une couleur ou une lettre à vos indicateurs se référant à un thème ou

1. Bien qu’il soit également possible de faire l’analyse et l’interprétation des entretiens en
utilisant la méthode de l’analyse de contenu, nous proposons ici une méthode qui ne
s’applique qu’à l’entrevue.

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 185


à un aspect des concepts à l’étude. Ainsi, vous pourriez adopter un système
où chaque indicateur sera associé à une couleur précise. Ce système permet
de repérer plus rapidement les données communes, en plus de faciliter les
croisements au moment de la vérication de l’hypothèse. De plus, vous serez
en mesure de reconnaître clairement les éléments du contenu latent, c’est-à-
dire les réactions non verbales que vous aurez notées (hésitations, soupirs,
silences, gestes, rires nerveux, etc.), indications qui sont très importantes
puisqu’elles permettent de marquer le rythme de l’entrevue et de mieux com-
prendre son déroulement. Ainsi, dans la gure 6.2, est décrite une entrevue
où chaque ligne est numérotée. L’inuence des parents est codée en vert,
celle des pairs en jaune et les normes sociétales en rose.

Étape 2 : Le classement des extraits


La deuxième étape consiste à trouver un système de regroupement des extraits
à des ns d’analyse. Vous pouvez alors procéder à un classement manuel en
découpant les extraits préalablement identiés pour chaque indicateur, puis
les ranger dans un cartable ou dans un dossier cartonné. Toutefois, si vous
faites un système de dossier dans un nuage tel que Dropbox, Google drive ou
I cloud, il est plus facile de partager le classement avec vos coéquipiers.
Chaque dossier principal correspond alors aux catégories dénies, et les dos-
siers secondaires, aux unités de signications issues de votre schéma concep-
tuel. La gure 6.3 vous montre un exemple de classement par thèmes.
Cette étape de classement complétée, vous serez en mesure d’analyser les
entretiens dans le but de repérer, après une relecture des extraits retenus,
les récurrences, les contradictions ou les éléments que vous jugez signica-
tifs. Bien qu’il soit possible d’analyser chacun des entretiens individuelle-
ment, l’analyse de l’ensemble de l’échantillon est souvent plus pertinente, car
elle permet justement de bien dégager les récurrences et les contradictions
présentes dans le contenu des diverses entrevues.

Figure 6.2 Un exemple de codication du texte d’un verbatim


à partir d’un code de couleur

Verbatim de l’entrevue C avec Jonathan F., étudiant en sciences humaines,


âgé de 18 ans.
1 Intervieweur : En général, est-ce que tu planies tes achats à
2 l’avance ?
3 Jonathan : Je fais pas de plan quand je vais magasiner. J’achète ce
4 que je veux et j’en parle à ma mère après pour qu’elle m’aide si j’ai
5 besoin de plus de cash (rire). Il y a des fois des bons deals mais c’est
6 plus une affaire que je fais avec mes amis, le samedi. Mais souvent
7 j’achète rien pour super longtemps, à part la bouffe parce qu’à la caf, c’est
8 pas fort.
9 Intervieweur : En général, tes achats sont-ils payés comptant, avec
10 une carte de débit ou avec une carte de crédit ?
11 Jonathan : Toujours par débit, c’est beaucoup plus rapide. Même
12 ma grand-mère prend sa carte de débit tout le temps (rire). C’est
13 accepté presque partout, y’a pas de problème.

186 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


Il importe que vous analy- Figure 6.3 Un exemple de classement informatique par thèmes
siez le contenu manifeste aussi
sur le sujet de l’engagement politique
bien que le contenu latent des
propos de vos informateurs.
Par exemple, lors d’entrevues
portant sur l’engagement poli-
tique chez les jeunes, il est pos-
sible que leur motivation et
leurs objectifs professionnels en
politique se soient manifestés
directement (« Mon objectif
principal est de m’assurer un
poste au Parti XY »), mais aussi
indirectement (« J’espère consa-
crer ma vie à défendre mes idées
au sein du Parti YZ »). L’analyse
du contenu latent peut en outre
vous renseigner sur le malaise
des personnes interviewées ou
sur leur possible autocensure.
Ainsi, une afrmation telle que
« Le chef du parti appuie cette idée. Je me rallie donc à son expertise » laisse
penser que cette personne ne partage pas nécessairement l’idée en question,
mais qu’elle ne veut pas contredire le chef du parti publiquement. Votre ana-
Exemples de recherches avec
lyse pourra alors permettre de suggérer que l’unanimité n’est pas aussi totale des entretiens par groupes de
qu’il y paraît sur ce sujet au sein du parti en question. discussion
En suivant ces étapes, l’analyse de l’entrevue vous permettra de vous cen- Guide d’analyse de l’entretien
trer sur les relations manifestes entre les indicateurs que vous avez relevés avec un groupe de discussion
lors de l’élaboration de la problématique, et de mettre au jour les motiva-
tions, les perceptions, les représentations et les autres renseignements en lien
avec ces indicateurs.

6.3.3 Le sondage
Vous avez soumis votre sondage à un échantillon et vous avez colligé les
réponses dans une matrice de données à partir du manuel de codication
que vous avez rédigé. Vous devez maintenant « faire parler » ces chiffres et
les analyser. Il vous faut montrer ce que vous révèle l’ensemble des données
qualitatives (par exemple le sexe, le lieu d’habitation, une réponse en oui ou
non, etc.) et les données quantitatives pour ensuite les analyser pour dresser
le portrait des résultats. Plusieurs outils d’analyse s’offrent à vous : les
mesures descriptives, les indices, le tableau à simple entrée ou les outils de
comparaison de variables. Pour sélectionner les plus pertinents, référez-vous
à votre objectif ou à votre hypothèse générale de recherche. En effet, les
recherches à visée exploratoire ou descriptive, de même que celles qui sont
effectuées à partir d’un échantillon non probabiliste, doivent généralement
s’en tenir aux statistiques descriptives. Par contre, si vous avez opté pour
une recherche explicative effectuée à partir d’un échantillon probabiliste,
vous pourrez utiliser des statistiques inférentielles pour vérier si vos

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 187


hypothèses sont conrmées ou inrmées. De plus, si vous choisissez de croi-
ser deux variables, assurez-vous d’abord que vos données sont utilisables et
que les données croisées seront pertinentes. Examinons d’un peu plus près
ces outils d’analyse qui vous permettront de faire parler vos chiffres et de
vous assurer de leur abilité.
Pour analyser vos données, vous aurez certainement recours à des sta-
tistiques descriptives qui vous permettront de lire les tendances à partir
de mesures descriptives signicatives, par exemple le mode, la médiane,
la moyenne et l’écart-type, illustrées sous forme de tableaux ou de gures,
comme on le suggère à la section 6.4. Vous pourrez également avoir recours
à des statistiques inférentielles qui vous permettront de vérier la présence
ou l’absence de relations entre deux variables, ainsi que la probabilité que
cette relation soit signicative. Ces éléments constitueront alors la base de
l’interprétation que vous effectuerez une fois votre analyse complétée.
Différents types de mesures statistiques s’offrent à vous pour analyser vos
données. Le tableau 6.11 présente les plus courantes.

Tableau 6.11 Les mesures statistiques

Mesures
Dénition Exemples
statistiques

Mesures Les mesures descriptives servent à décrire l’échantillon et à tracer un Mode, médiane,
descriptives portrait plus ou moins représentatif des mesures de tendances centrales moyenne
de la population à l’étude.

Mesures Les mesures de dispersion permettent de voir comment se distribuent Écart-type, variance
de dispersion les résultats en fonction des mesures de tendances centrales.

Mesures Les mesures de position permettent de positionner les différents résultats Quartile, centile
de position et de leur donner un rang par rapport au reste de l’échantillon.

Toutes ces mesures peuvent être effectuées facilement grâce à des logiciels
comme Excel et SPSS. Le meilleur moyen de présenter vos résultats est de
Avantages et inconvénients des
les illustrer par des tableaux et des graphiques. L’éventail des possibilités est
logiciels Excel et SPSS présenté à la section 6.4.

Utilisation des fonctions nombre,


moyenne, mode, médiane, écart- Le tableau croisé
type, variance, quartile et centile Contrairement au tableau à simple entrée, le tableau croisé permet de com-
dans Excel parer plusieurs variables entre elles, qu’il s’agisse de variables nominales ou
Outil de comparaison des ordinales. Ainsi, vous pourriez comparer la perception qu’ont les lles et les
variables dans Excel garçons de l’omniprésence des images hypersexualisées dans les médias,
comme c’est le cas de l’exemple donné au tableau 6.12.
Ce tableau permet en effet d’observer que, dans cet échantillon, un peu
plus de 60 % des étudiants sondés ne trouvent pas que les images hyper-
sexualisées sont omniprésentes dans les médias. De plus, sans comparer la
présence relative des lles et des garçons dans l’échantillon, on sait que parmi

188 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


Tableau 6.12 Un exemple de tableau croisé sur la perception des étudiants
quant à l’omniprésence des images hypersexualisées
dans les médias, selon le sexe

Pourcentage
Filles Garçons
des étudiants

Tout à fait 3,94 0,00 3,15


d’accord

Plutôt d’accord 42,36 7,84 35,43

Plutôt en 33,99 52,94 37,80


désaccord

Totalement 19,70 39,22 23,62


en désaccord

Total général 100,00 100,00 100,00

toutes les lles qui ont répondu à la question, 53,7% sont en désaccord et
que parmi tous les garçons qui ont répondu, 92,16 % sont en désaccord. On
note ainsi que les garçons sont deux fois plus nombreux que les lles à être
totalement en désaccord avec cette afrmation, alors que seulement 3,94 %
des lles se disent totalement en accord avec cette afrmation. Évidemment,
le tableau croisé ne permet que de décrire une distinction ; il ne démontre
pas dans quelle mesure le sexe inuence la perception des étudiants. Pour y
Construire un tableau croisé avec
parvenir, il faudrait avoir recours à ce qu’on appelle un test statistique. Nous
Excel
vous invitons à ce sujet à consulter un manuel de méthodes quantitatives
pour savoir comment procéder.

La différence de moyenne
La différence de moyenne est utilisée pour comparer une variable nominale
ou ordinale avec une variable mesurée par une échelle continue. Par exemple,
si votre recherche porte sur le clavardage et que, à partir de la question
« Combien de temps consacrez-vous quotidiennement au clavardage ? »,
vous voulez rendre compte des différences entre les garçons et les lles
(variable nominale) quant au temps passé à clavarder (variable à échelle
continue), vous pourriez utiliser la différence de moyenne pour créer un
graphique semblable à celui de la gure 6.4 (voir page suivante). Cela vous
permettrait de vérier si, dans votre échantillon, les lles clavardent en
moyenne plus longtemps que les garçons.

La corrélation
La corrélation est utilisée pour comparer deux variables à partir du calcul
d’un coefcient de corrélation qui mesure la force ou l’intensité du lien qui
unit deux variables. Ce coefcient se situe entre −1 et +1. Plus il s’approche Exemple d’utilisation de la
fonction coefcient.correlation
de 1, plus la corrélation est positive (par exemple, plus je conduis vite sur
dans Excel
l’autoroute, plus je risque d’avoir un accident). Au contraire, plus le

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 189


Figure 6.4 Un exemple de différence de moyenne de temps coefcient s’approche de −1, plus la cor-
rélation est négative (par exemple, plus
de clavardage par jour selon le sexe (en minutes)
je mange de fruits et de légumes, moins
je risque de souffrir d’un excès de poids).
Un coefcient qui s’approche de 0 signi-
e quant à lui une faible relation ou une
absence de relation.

Le test d’hypothèse
Test d’hypothèse Le test d’hypothèse est utile lorsque la
Mesure statistique permettant recherche propose une hypothèse spéci-
de déterminer si les différences que de recherche, puisqu’il permet
mathématiques observées sont d’offrir une réponse claire à la question
statistiquement signicatives. spécique de recherche. Nous l’avons
vu, la rigueur scientique dont vous
devez faire preuve vous empêche de
« conclure » que les réponses de votre
échantillon aux questions du sondage
auraient été les mêmes si elles avaient
été effectuées auprès de la population générale. Vous pouvez toutefois « esti-
mer », mais sans certitude, qu’il en aurait été ainsi. Or, pour pouvoir faire
Rappel de notions du cours de
cette estimation, il vous faut recourir à un test d’hypothèse.
méthodes quantitatives sur la Le test d’hypothèse va vous permettre de découvrir si les résultats obte-
mise en application d’un test nus au moyen de votre sondage sont le fruit du hasard (hypothèse nulle ou
d’hypothèse H0) et ne peuvent donc pas être généralisés, ou s’ils peuvent au contraire
être jugés comme représentatifs de la population générale (hypothèse
alternative ou H1). Prenons l’exemple d’une recherche portant sur le lien
entre la loyauté dans les relations amoureuses des étudiants et leur pratique
religieuse. Comme il vient d’être dit, vous devez utiliser les résultats de votre
sondage pour mettre à l’épreuve votre hypothèse spécique de recherche
Test d’hypothèse quant au lien entre ces deux variables. Votre hypothèse nulle (H0) stipule
Mesure statistique permettant que la pratique religieuse n’a aucun impact sur la loyauté, alors que votre
de déterminer si les différences
hypothèse alternative (H1), qui correspond à votre hypothèse spécique de
mathématiques observées sont
statistiquement signicatives recherche, stipule que plus un étudiant pratique avec sérieux une religion,
plus il envisage les relations amoureuses avec loyauté.
Hypothèse nulle (H0) C’est le seuil de signication qui permet de tirer une conclusion. C’est lui
Hypothèse qui suppose qu’il
qui vous annonce le pourcentage de risque que vos résultats soient le fruit
n’existe aucun lien signicatif entre
deux variables.
du hasard. Ainsi, pour la plupart des chercheurs en sciences humaines, la
convention veut que, lorsqu’il y a moins de 5 % de possibilités (p < 0,05) que
Hypothèse alternative (H1) les résultats soient le fruit du hasard, on peut en déduire que ceux-ci s’ap-
Hypothèse qui décrit de manière pliquent à la population générale. On peut alors rejeter H0 et conserver H1.
précise la relation entre
deux variables.
6.3.4 La méthode expérimentale
Seuil de signication
Seuil statistique permettant de Votre expérimentation complétée, vous devez procéder à l’analyse des résul-
connaître le pourcentage de risque tats codiés, en vous assurant que vos sujets sont bien numérotés et non
que des résultats mathématiques nommés, et en prenant soin que chacun ait été minutieusement classé selon
soient en fait le fruit du hasard. son appartenance au groupe expérimental ou au groupe contrôle.

190 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


La gure 6.5 renvoie à une expé- Figure 6.5 Un exemple de codication de données
rience portant sur les effets de la dis-
issues d’une expérimentation
traction sensorielle sur le temps de
complétion d’un test de mémoire et
sur le nombre d’erreurs commises.
Sachant que l’échantillon compte
40 sujets, codés de 1 à 40 (colonne
A), on peut voir que les lles et
les garçons (colonne C) issus de
différents programmes d’études
(colonne E) ont été soumis à trois
conditions (colonne B) : une condi-
tion expérimentale avec distraction
sonore, une condition expérimen-
tale avec distraction visuelle et
une condition contrôle sans dis-
traction. On voit aussi que tous les
sujets étaient soumis au même test
standardisé et qu’on mesurait leur
rythme cardiaque moyen pendant
qu’ils passaient le test (colonne H)
an de pouvoir contrôler leur niveau d’anxiété. Enn, le temps de com-
plétion (colonne F), le nombre d’erreurs commises (colonne G) et le score
obtenu au test (colonne I) servent d’indicateurs quant aux effets de la dis-
traction sur la mémorisation.
Notons de prime abord que les données recueillies à l’aide de la méthode
expérimentale sont principalement de nature quantitative. Pour mettre en
lumière les résultats de votre expérimentation, il peut donc être très utile
d’avoir recours aux mesures descriptives évoquées dans la section précé-
dente portant sur le sondage. Toutefois, n’oubliez pas que la méthode expé-
rimentale propose de mesurer un lien causal entre deux variables, soit l’effet
d’une variable indépendante sur une variable dépendante. Ainsi, l’élément
central de l’analyse des données de la méthode expérimentale demeure la
comparaison de variables, ne serait-ce que pour rendre compte de la varia-
tion des effets de la condition expérimentale sur chaque groupe de sujets.
C’est pourquoi il vous faudra toujours procéder à un test d’hypothèse (voir
la sous-section 6.3.3).
En vous basant sur les données de la gure 6.5, vous pourrez donc réa-
liser une différence de moyenne en comparant la moyenne de temps de
passation (colonne F) avec la moyenne du nombre d’erreurs commises au
test (colonne G), et ce, pour chaque groupe de sujets, an d’obtenir des
chiffres que vous pourrez comparer. De plus, vous devrez procéder à un test
d’hypothèse an de vérier si la différence observée est le fruit du hasard
ou si elle est causée par les conditions expérimentales. Somme toute, vous
devrez vérier qu’il y a une corrélation entre les variables de la condition
expérimentale et les effets de cette condition qui peuvent être mesurés selon
les variables du nombre d’erreurs, le rythme cardiaque et le score.
Ici, des analyses secondaires des données recueillies pourraient permettre
d’observer que le rythme cardiaque moyen des lles est plus élevé que celui

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 191


des garçons, que les étudiants en sciences de la nature mettent plus de temps
à compléter le test mais font moins d’erreurs, ou encore que les plus jeunes
réalisent le test plus rapidement que les autres.
Enn, contrairement à la méthode du sondage, il est fréquent de rencon-
trer des recherches expérimentales ne comportant que très peu de résultats
ou d’analyse. Il n’en demeure pas moins que la vérication des hypothèses
de recherche est un élément crucial de la méthode expérimentale. Il ne
suft pas de conrmer ou d’inrmer les hypothèses. N’oubliez pas que la
méthode expérimentale propose de mesurer un lien causal entre deux va-
riables, ce qui est très différent d’un lien corrélationnel : « ceci cause
cela » se distingue nettement de « ceci interagit avec cela ». Le lien causal
peut être utilisé, par exemple, an de vérier le lien de cause à effet entre
l’apparence d’un sondeur et le sérieux avec lequel le répondant remplit
le sondage. Il faut donc vous assurer de la signication des résultats; par
conséquent, le seuil de signication devra être de 1 % (p < 0,01) ou même
de 0,1 % (p < 0,001). Pour savoir quel seuil utiliser, consultez les articles
utilisés pour la construction de votre contexte théorique et notez le seuil le
plus fréquemment utilisé.

6.3.5 L’analyse de contenu


L’analyse de contenu vous amène essentiellement à recueillir des données
qualitatives, notamment lorsque vous effectuez une analyse théorique, une
analyse de discours ou une analyse de contenus visuels. Vous pouvez donc
vous inspirer de la codication par couleur employée dans le cas de l’analyse
de verbatim, telle qu’illustrée à la sous-section 6.3.2, ou procéder par une
codication nominale, telle qu’expliquée au tableau 6.3 (voir la page 175).
Certaines analyses de contenu vous permettront également de procéder à la
comptabilisation des récurrences, comme dans le cas d’une analyse du trai-
tement journalistique de thèmes spéciques. Dans ce cas, vous pourriez très
bien construire un manuel de codage comme celui de l’extrait 6.1 (voir la
rubrique «Le rapport sous la loupe», page 209) et procéder par la suite à
l’analyse quantitative des principales récurrences.
S’il s’agit de données statistiques gouvernementales ou colligées par
d’autres organismes, vous pourriez également analyser des contenus
quantitatifs, de manière similaire aux traitements de données que vous
auriez vous-même comptabilisés grâce à la méthode du sondage. Dans ce
cas, vous pourrez construire des éléments d’analyse à partir des données
recueillies. Par exemple, dans le cas d’une étude portant sur la hausse de
la consommation d’antidépresseurs chez les jeunes de moins de 18 ans et
l’augmentation des divorces, vous pourriez faire une étude de corrélation
an de vérier s’il y a un lien entre les deux variables. Vous pourriez aussi
calculer la variation an de bien comparer les années charnières. Ce qui
revient à dire que vous pourriez soumettre les données existantes à une
toute nouvelle analyse.

L’analyse de contenu qualitatif


L’étape de codication de l’analyse de contenu qualitatif s’appuie sur des
thèmes déjà identiés dans le cadre de la problématique, mais exige une

192 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


certaine souplesse, car de nouveaux thèmes pourraient surgir en plein pro-
cessus. Pour ce faire, vous devez préparer vos données et regrouper les conte-
nus analysés par thèmes ou par sous-thèmes, comme nous l’avons présenté à
la section 6.1. Lorsque vos données sont classées, l’analyse proprement dite
peut commencer. Nous en avons parlé en début de chapitre, il s’agit alors de
relever les récurrences et les contradictions présentes dans ces données. Vous
y parviendrez en vous référant à la fois à vos catégories d’analyse et à vos
unités de signication, tout en tenant compte de l’ensemble de votre problé-
matique. Cette analyse doit porter aussi bien sur le contenu manifeste que
sur le contenu latent. Le tableau 6.13 résume les trois étapes de l’analyse des
données qui s’appliquent à l’analyse de contenu.
Ces trois étapes de l’analyse des données se prêtent aussi bien à une ana-
lyse de type théorique qu’à une analyse de discours. An d’illustrer encore
mieux ce qu’est l’analyse des données dans le cadre d’une analyse de contenu,
attardons-nous à ces deux types précis d’analyse. Plus loin, nous verrons
comment procéder à l’analyse statistique.

Tableau 6.13 Les trois étapes de l’analyse des données d’une analyse de contenu

Étape Explication Exemple

Classement des Regrouper les données qui se Dans une étude visant à décrire les facteurs inuant
données par rapportent aux mêmes thèmes, selon sur la plateforme électorale du Parti libéral du
thèmes ou par les catégories d’analyse et les unités Québec, vous pourriez regrouper les positions du parti
sous-thèmes de signication de votre grille sur l’économie, la santé et l’éducation, ou reprendre
d’analyse. les aspects ayant été reconnus comme des catégo-
ries d’analyse.

Relevé des Repérer au sein des données Dans une étude cherchant à comprendre l’engage-
récurrences et recueillies dans les documents écrits ment politique chez les cégépiens, vous relevez dans
des contradictions ou visuels les éléments communs et plusieurs documents des passages qui révèlent
dans le contenu les éléments contradictoires, ce qui l’attachement à un certain modèle social (récurrence),
manifeste est en continuité ou ce qui constitue tandis que d’autres ressources documentaires
une rupture. suggèrent l’idée que cette génération est unique
et anticonformiste (contradiction).

Relevé des S’attarder au contenu qui n’est pas Le lm L’auberge espagnole, de Cédric Klapisch,
récurrences et explicite pour repérer les récurrences présente les interactions entre des jeunes issus de
des contradictions et les contradictions en concentrant plusieurs pays européens. Son contenu manifeste
dans le contenu l’analyse sur la recherche : porte sur les relations parfois complexes entre ces
latent • de « visions du monde » ; jeunes (amour, rivalité, domination, etc.). Toutefois,
ces relations pourraient aussi être vues comme une
• d’analogies de situations ;
métaphore des difcultés d’intégration de ces pays
• de types de raisonnements ; dans l’Union européenne. Le contenu latent de ce lm
• d’attitudes ; pourrait donc être utilisé comme référence dans une
• de codes, de valeurs culturelles ; recherche portant sur la dynamique des relations
politiques entre les pays de l’Union européenne.
• de savoirs sociaux communs1.

1. Alex MUCCHIELLI, Les méthodes qualitatives, Paris, Presses universitaires de France, 1991, p. 59 (Coll. « Que sais-je ? », n o 2591)

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 193


L’analyse de discours
L’analyse de discours vise à faire ressortir les éléments manifestes et latents
des écrits ou des discours de personnes, d’organisations ou de gouverne-
ments et donne une grande importance à la compréhension d’un discours
dans son contexte global.
Supposons que vous menez une recherche visant à décrire l’évolution des
budgets associés aux projets culturels dans la région de Québec ces cinq
dernières années. La problématique de votre recherche pourrait inclure une
dimension politique, qui serait alors analysée en fonction des différentes
unités de signication qui la caractérisent. Vous pourriez ainsi analyser
les discours des divers paliers de gouvernement an de souligner certaines
contradictions entre le discours ofciel sur la politique culturelle et la pra-
tique réelle. Votre analyse des textes ofciels pourrait mettre en évidence
un soutien clair aux initiatives culturelles, alors que d’autres textes éma-
nant d’organismes indépendants pourraient indiquer que, en pratique, les
budgets associés à la culture dans la région de Québec n’ont pas augmenté
depuis cinq ans. Votre analyse permettrait par conséquent de mettre en
lumière cette contradiction.

L’analyse de contenu à partir d’une grille théorique


Une autre possibilité serait de complexier votre analyse de contenu en
effectuant une lecture active des extraits écrits ou des documents visuels que
vous avez retenus et préalablement classés à partir d’une perspective théo-
rique spécique. Il s’agirait donc de chausser les « lunettes » théoriques qui
correspondent à votre angle d’analyse. Dans ce cas, non seulement vous
analyserez les contenus manifeste et latent, mais également le contenu sus-
ceptible de les associer à une perspective théorique et d’en faire la
démonstration.
Supposons, par exemple, que vous avez travaillé sur la propagande sovié-
tique durant la première phase de la Guerre froide (1945-1949), à par-
tir d’afches issues du réalisme socialiste, le courant artistique ofciel de
l’URSS de 1918 à 1991, un courant particulièrement virulent sous le régime
stalinien, mais plus souple à partir de 1955. Il va donc vous falloir chercher
des récurrences et des contradictions à la lumière de l’évolution théorique de
ce courant artistique au e siècle, laquelle aura retenu votre attention lors
de la recherche documentaire.

TIC pratique Repérer les unités de signication


dans Word 2013

Si vos ches ou vos grilles sont informatisées, le logiciel de traitement de texte


Word vous permet de gagner du temps en facilitant le repérage des unités de
signication. Vous n’avez qu’à utiliser la fonction « Rechercher » qui se trouve sous
l’onglet « Accueil » de Word 2013, taper l’unité à rechercher, et Word repérera l’en-
semble des occurrences pour vous. La fonction permet de voir l’ensemble des
résultats dans une bande linéaire sur le côté gauche de la fenêtre.

194 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


L’analyse statistique
Pour créer du contenu quantitatif, et donc de l’analyse statistique, vous pou-
vez évidemment analyser vos propres données à l’aide d’un sondage, mais
vous pouvez également utiliser les données colligées et construites par
d’autres que vous soumettrez à votre propre analyse. Ce type d’analyse
demande d’abord de dégager les statistiques qui sont pertinentes pour votre
problématique, en plus de signaler les constances et les éléments de rupture
dans le temps. Par exemple, si vous faites une étude sur l’accessibilité des
résidants de Québec aux soins de santé dispensés par les centres hospitaliers
universitaires, vous pourriez, grâce aux données fournies quotidiennement
par le ministère de la Santé et des Services sociaux sur le nombre de places
disponibles aux urgences et le nombre de patients, calculer le taux d’occupa-
tion de chacun d’entre eux et montrer l’évolution de ce taux d’occupation
sur une période donnée. L’exemple fourni à la gure 6.6 montre comment
des données existantes peuvent être illustrées autrement.

Figure 6.6 Un exemple d’analyse statistique effectuée à partir


du nombre de places disponibles et du nombre de patients
aux urgences du 8 au 13 janvier 20151

1. Données tirées de SANTÉ ET SERVICES SOCIAUX, Situation dans les salles d’urgence-
Région 03 – Québec, Site Ofciel du MESS, [En ligne], www.informa.msss.gouv.qc.ca/
Details.aspx ?id=+STZz3L1oDw=&j=7p8eWWFQyK4= (Page consultée le 16 janvier 2015)

EXERCICES
6.4 Vous faites une observation non participante dissimulée sur
les comportements de consommation des parents accompagnés
d’enfants de moins de 10 ans au supermarché. En vous référant
aux tableaux 6.3 et 6.4 (voir les pages 175 et 176), quelles seraient les
étapes de la codication des données en supposant que vous avez une
grille d’observation mixte, c’est-à-dire une grille qui comporte
des éléments ouverts et fermés.

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 195


6.5 Voici un extrait de codié suite à une entrevue de groupe, ainsi que
la codication choisie par les membres de l’équipe. Leur recherche visait à
comprendre le rôle des centres de la petite enfance dans l’éducation des
enfants. Identiez les erreurs commises et proposez des correctifs.
Codication
[ ] Rôle des éducateurs et éducatrices à la petite enfance
[ ] Besoins des enfants
[ ] Attentes des parents
[ ] Besoins des parents
[ ] Importance sociale des centres de la petite enfance
[ ] La formation en éducation à la petite enfance
Intervieweur : À titre d’éducateur en CPE, quel est votre rôle dans
l’éducation des enfants ?
Répondante 1 : Je me suis donné comme rôle de jouer, d’encadrer les
enfants, de les inciter à se poser des questions, de leur apprendre à bien
socialiser.
Répondante 2 : Moi c’est aussi m’assurer que les enfants sont en sécurité,
qu’ils ne se blessent pas, qu’ils apprennent à être autonomes.
Répondant 3 : Moi j’ajouterais peut-être avec ça… Dans le fond, je suis une
personne signicative et j’essaie aussi de répondre à leurs besoins au
quotidien… Des besoins affectifs et des besoins éducatifs. Tu sais, on ne
remplace pas les parents, mais on est très importantes, comme une
« matante » ou une mamie.
Répondante 4 : Oui mais c’est plus que ça. On fait pas une technique
au cégep pour être une gardienne. On doit éduquer aussi… Montrer à
tenir un crayon, à développer la motricité ne, apprendre aux enfants
à parler.
Répondante 2 : Oui mais, tu peux pas nier que les parents s’attendent pas
seulement à de l’éducation. Si leur enfant s’emmerde et qu’il ne joue pas,
ne crée pas de liens, ils seront inquiets.
Répondant 3 : Pis ça me fait peur qu’on veuille augmenter les ratios
d’enfants. Chu pas certain que je pourrai créer des liens aussi forts
avec deux ou quatre de plus. Veut veut pas, on n’est pas des
machines à aimer pis éduquer des jeunes enfants, c’est pas la
même affaire que de les avoir bien assis dans une salle de classe. Y’a
des enfants qui passent 10 heures par jour en CPE. Je peux pas arriver
aux mêmes résultats avec un groupe de 14. (N’a pas répondu à
la question)

6.6 Vous avez fait un sondage sur les attitudes, les croyances et les
perceptions des cégépiens à l’égard du contenu des caricatures
de . À partir d’un échantillon par volontaire, vous avez
procédé au dépouillement des données et à l’élaboration de votre
matrice de données, tel qu’indiqué à la section 6.1. Vous avez de
l’information sur les variables suivantes :
• Prol des participants : Leurs âge, le programme d’étude, leur
nationalité.
• Les allégeances diverses des participants : les allégeances politiques,
les croyances religieuses.

196 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


• Des perceptions diverses des participants : croyances sur la liberté
d’expression, croyances à l’égard des moyens employés par
, les sujets tabous, etc.
• À la lueur de ces informations sommaires sur les variables :
1. Proposez quelques mesures descriptives qui pourraient vous être
utiles pour analyser vos résultats et qui justient vos propositions.
2. Proposez des analyses croisées en expliquant comment le choix des
variables indépendantes peut inuencer les variables dépendantes.
3. Expliquez pourquoi il est possible ou impossible d’effectuer des tests
de corrélation ou des tests d’hypothèse.

Pour aller
plus loin Les indices élémentaires

An de suivre l’évolution dans le temps d’une donnée statistique telle que le taux de fécondité ou l’indice des prix à la
consommation, vous pouvez construire un tableau constitué d’indices élémentaires.
Vous devez d’abord choisir une année de référence signicative par rapport aux données de votre recherche. La donnée
associée à cette année de référence devient alors ce qu’on appelle la base 100. Par exemple, selon Statistique Canada,
l’année 2002 est l’année de référence de l’indice des prix à la consommation (IPC). L’IPC de 2002 a donc une valeur de
100. Pour calculer la valeur de l’IPC pour 2009, il vous faudra prendre la valeur absolue en argent des prix à la consom-
mation en 2009, la diviser par la valeur absolue en argent des prix à la consommation en 2002 et multiplier ensuite ce
résultat par 100. Si votre IPC pour 2009 est plus grand que celui de 2002, vous pourrez ainsi afrmer que les prix ont
augmenté par rapport à 2002. Inversement, si l’IPC pour 2009 est plus petit que celui de 2002, cela indique une baisse
des prix entre ces deux périodes.
Vous pouvez aussi calculer les différences entre les indices statistiques au moyen d’un calcul de pourcentages. Vous
rapportez alors ces indices et pourcentages dans un tableau que vous présentez dans votre rapport de recherche, en
prenant soin, bien sûr, de citer les sources qui vous auront permis de faire vos calculs.

6.4 La présentation des résultats sous


forme de tableaux, de gures et
d’illustrations
Peu importe la méthode choisie, il convient de présenter visuellement ses résul-
tats aux lecteurs an qu’ils puissent rapidement comprendre le bien-fondé de
votre analyse et votre interprétation. En ce sens, vous pouvez présenter vos
résultats sous forme de tableaux ou de gures (graphiques ou illustrations).
Aussi, toute forme de présentation visuelle des données devrait être accompa-
gnée d’un numéro de tableau ou de gure, d’un titre, et être suivie de la source
des informations illustrées. Par ailleurs, la liste des tableaux et des gures doit
apparaître immédiatement après la table des matières. Vous devrez également
vous assurer de la pertinence des contenus et spécier s’il s’agit de quantité ou
de pourcentage lorsque des contenus quantitatifs sont présentés. Enn, un
commentaire doit toujours précéder ou suivre une présentation visuelle de
résultats an d’éviter tout quiproquo quant à son interprétation. L’extrait 6.2,

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 197


Figure 6.7 La répartition des étudiants présenté à la rubrique Le rapport sous la loupe (voir la page 209)
selon le sexe (en pourcentage) donne un aperçu de ce qu’il convient de faire.

6.4.1 Le recours aux tableaux et aux gures


Les tableaux et les gures permettent au lecteur de percevoir un
ensemble de renseignements de manière cohérente et en un seul
coup d’œil. Ils lui offrent ainsi la possibilité de faire lui-même sa
lecture des données et d’en tirer ses propres conclusions. Par
exemple, si vous avez étudié la consommation de biens chez les étu-
diants du collégial, vous pourriez présenter votre échantillon sous la
forme d’une gure illustrant la répartition des étudiants selon le
sexe (voir la gure 6.7). Par la suite, vous pourriez exposer dans un
tableau croisé les données ayant servi à un test d’hypothèse portant
sur la possession d’une voiture selon le sexe (voir le tableau 6.14).

Tableau 6.14 La possession d’une voiture chez les étudiants


selon le sexe (en pourcentage)

Sexe
Possession
d’une voiture
Féminin Masculin

Oui 17,39 80,00

Non 82,61 20,00

Total 100 100

Les types de tableaux les plus courants sont les tableaux à simple entrée
ou les tableaux croisés, tel que vu à la sous-section 6.3.3.
Le tableau à simple entrée est un tableau à une seule variable. Le tableau 6.15
est un exemple de tableau à simple entrée qui peut être construit dans le
cadre d’une recherche portant sur la comparaison des revenus familiaux
chez les étudiants d’un cégep public et chez ceux d’un cégep privé. Il per-
met de voir que 80 % des étudiants sont issus d’une famille dont le revenu
annuel est supérieur à 60 001 $, mais que la majorité des familles gagnent
entre 60 001 $ et 90 000 $, ce qui constitue la classe modale.
Il vous est bien sûr possible de transformer ce genre de tableau en gure
ou en histogramme. Le logiciel Excel, par exemple, contient des fonctions
Construire une gure ou un
utiles à cet égard.
histogramme avec Excel Ainsi, en reprenant l’exemple du revenu annuel des parents des étudiants
du cégep privé, les mesures descriptives nous permettraient d’ajouter que les
parents gagnent en moyenne 72 375 $, mais que 50 % d’entre eux gagnent
moins de 69 045,42 $ comparativement à 70 480 $, ce qui constituait le
revenu médian des ménages québécois en 2012.

198 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


Tableau 6.15 La répartition des étudiants d’un cégep privé
selon le revenu familial annuel

Revenu familial Nombre


Pourcentage
annuel d’étudiants

Moins de 30 000 $ 3 2,5

Entre 30 001 $ et 60 000 $ 21 17,5

Entre 60 001 $ et 90 000 $ 63 52,5

90 001 $ et plus 33 27,5

Total 120 100

Aussi, les graphiques que l’on peut faire avec un logiciel comme Excel n’ont
pas tous les mêmes usages et ils comportent leurs propres avantages. Certains
types de graphiques permettent d’illustrer les variables qualitatives, comme
c’est le cas avec les diagrammes à secteurs circulaires ou linéaires, alors que
l’histogramme ou la courbe de fréquence relative servent à représenter visuelle-
ment les variables quantitatives. Seul le diagramme à bandes peut être utile aux
deux types de variables. An de bien cerner l’usage de chacun des graphiques
et leurs spécicités, référez-vous à un manuel de méthodes quantitatives ou
consultez la section prévue à cet effet sur le site ofciel de Statistique Canada2.

6.4.2 Les illustrations


Cet autre outil que constituent les illustrations vise à mieux communiquer
vos idées. En effet, le fait de ponctuer un texte par des illustrations facilite
la transmission du contenu, tout en soutenant plus longtemps l’attention
des lecteurs, pourvu, bien sûr, que l’illustration ajoutée soit directement
reliée à votre recherche. Il ne s’agit pas de divertir le lecteur ou d’ornementer
votre texte. À ce titre, vous pouvez utiliser les images que vous avez éven-
tuellement déjà produites au cours de votre recherche. Il peut s’agir de pho-
tographies numériques captées lors de vos séances d’observation, de vos
entretiens ou de vos expérimentations. Une autre manière d’ajouter du
visuel dans votre rapport serait de numériser vos grilles d’observation ou
tout autre document pertinent, à la façon des ouvrages classiques en anthro-
pologie ou en sociologie. Vous pouvez choisir d’intégrer ces illustrations
dans le texte même du rapport de recherche ou de les mettre en annexe,
pour ne pas alourdir le texte et laisser au lecteur le soin de s’y référer s’il le
désire. Enn, les schémas conceptuels, qui vous ont sans doute été utiles lors
de l’élaboration de votre problématique, constituent un autre exemple d’il-
lustrations pouvant être produites. Ils peuvent permettre au lecteur de
mieux visualiser des liens entre certains concepts ou éléments théoriques.

2. STATISTIQUE CANADA, « Types de diagrammes », juillet 2013, [En ligne], www.statcan.


gc.ca/edu/power-pouvoir/ch9/5214821-fra.htm (Page consultée le 18 janvier 2015)

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 199


Par exemple, dans le cadre d’une étude portant sur la prévention de la
grippe saisonnière, vous auriez pu utiliser la méthode de l’observation pour
analyser les effets d’une afche émanant des services de santé publique sur
le comportement des étudiants en matière d’hygiène. Cette afche récem-
ment apposée sur les murs de votre collège rappellerait l’importance de
tousser dans le creux de son bras pour éviter la propagation d’un virus.
La gure 6.8 pourrait alors illustrer votre catégorisation des comportements
possibles face à la présence ou à l’absence de cette afche. Dans ce cas-ci,
une telle gure insérée dans votre rapport serait sans doute plus facile à
comprendre qu’un texte écrit.

Figure 6.8 Les comportements possibles en matière d’hygiène

EXERCICE
6.7 Voici un tableau qui illustre les perceptions des jeunes par rapport
à la quantité d’alcool permise en conduisant.
1. Notez les erreurs commises et proposez une version corrigée du tableau
en mettant les résultats en pourcentage.
2. Proposez un style graphique qui serait pertinent pour illustrer
les résultats et expliquez pourquoi il le serait.

200 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


Alcool permis dans le sang 1 2 Total

0,02 mg/100 ml 9 7 16

0,08 mg/100 ml 12 20 32

Tolérance zéro alcool 15 27 42

Total 36 54 90

6.5 L’interprétation des résultats


L’interprétation vise à donner un sens aux résultats obtenus après la collecte Interprétation des résultats
de données. Votre enseignant vous a peut-être déjà fourni des indications Étape de la démarche scientique
précises sur ce que doit contenir l’interprétation des résultats. Bien que qui comporte un regard critique
l’ordre des éléments peut varier d’une discipline à l’autre, sachez néanmoins méthodologique, une discussion
qu’on y trouve généralement des composantes clés telles que : à propos des résultats issus de
l’analyse des données, une
• le rappel de l’objectif spécique de recherche ; vérication de l’objectif spécique
• le rappel des principaux résultats ; ou de l’hypothèse spécique de
• la vérication de l’objectif ou de l’hypothèse de recherche ;
recherche, ainsi que des pistes
de réexion.
• la discussion des résultats (comprend un retour sur l’état de
la question et sur la méthodologie et une réexion critique) ;
• la conclusion et des pistes de réexion.

6.5.1 Un rappel de l’objectif de recherche


et principaux résultats
Comme l’interprétation des résultats doit vous permettre de boucler la boucle,
vous pouvez aider le lecteur en lui rappelant ce que vous souhaitiez réaliser. Par
conséquent, le rappel de l’objectif de recherche permet de mieux comprendre
l’interprétation des résultats en elle-même. Quant au fait de rappeler les princi-
paux résultats, cela permet de mettre en relief ceux qui sont les plus parlants et
les plus susceptibles d’avoir atteint votre objectif de recherche. Rappelez-vous
qu’il ne s’agit pas de répéter en long et en large ce qui a déjà été explicité.

6.5.2 La vérication de l’objectif spécique ou


de l’hypothèse spécique de recherche
Cette vérication permet de déterminer si les résultats obtenus valident votre
objectif spécique ou conrment votre hypothèse spécique de recherche. Tou-
tefois, la vérication de l’objectif spécique de recherche, plus employée avec
les méthodes qualitatives, et la vérication de l’hypothèse de recherche, davan-
tage utilisée avec les méthodes quantitatives, comportent quelques spécicités
liées aux méthodes de recherche choisies. Elles sont résumées au tableau 6.16
(voir page suivante).

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 201


Tableau 6.16 Les caractéristiques de la vérication de l’objectif ou de l’hypothèse de recherche

Méthode Explication Exemple

L’observation La vérication de l’objectif de départ consiste Votre projet de départ consistait à découvrir
à signaler les observations effectuées sur le système de valeurs manifesté lors des rites
le terrain et à les mettre en relation avec d’initiation tels qu’on les retrouve à la rentrée
les éléments relevés et choisis de l’état scolaire des cégeps. Vous devez démontrer
de la question. comment les données recueillies lors de votre
observation non participante correspondent ou
non à des comportements et attitudes que
vous aviez jugés importants dans votre état
de la question.

L’entrevue Pour vérier l’objectif ou l’hypothèse de Dans le cadre d’une étude portant sur les
recherche, vous devez faire une liste des choix professionnels des étudiants de secon-
principales interprétations et une liste des daire 5 – basée sur la théorie de la reproduc-
liens qui unissent les indicateurs pour vérier tion sociale de Pierre Bourdieu et son concept
si ces liens existent réellement, à partir des d’habitus – l’analyse vous permet de constater
propositions identiées dans le cadre théo- que le statut social des parents inue sur ces
rique. Vous devez également informer le lecteur choix que font leurs enfants.
des éléments novateurs relevés lors de votre
analyse des résultats.

Le sondage Dans le cas du sondage, l’objectif de recherche Votre objectif consiste à vérier s’il y a un lien
est atteint lorsque les mesures descriptives entre le sexe et le choix du programme
donnent sufsamment d’informations valides d’études. Vous devez démontrer que les
pour décrire un phénomène. La vérication de différences quant aux valeurs professionnelles
l’hypothèse de recherche repose quant à elle des deux sexes, relevées dans l’état de la
essentiellement sur les conclusions de vos question, sont conrmées par les résultats
tests d’hypothèse. obtenus sur le terrain. Votre apport à la
connaissance consiste alors à prouver
l’existence d’un tel lien. Votre recherche
permettra aussi de dégager les raisons
prédominantes du choix du programme
d’études pour chacun des sexes.

La méthode La vérication de l’hypothèse de recherche Vous souhaitiez vérier le lien entre la concen-
expérimentale permet de vérier le lien causal entre des tration pendant l’étude et la capacité de
variables à l’aide des tests statistiques qui mémorisation. Or, vous obtenez un seuil de
indiquent les probabilités qu’il y ait un lien signication de p < 1 %. Vous pouvez donc
entre elles et non que l’expérience soit le fruit conclure que le contexte de l’expérimentation
du hasard. de calme ayant favorisé la concentration
améliore la mémorisation.

L’analyse La vérication de l’objectif de recherche dans Votre objectif peut tre de vérier si les projets
de contenu le cadre de l’analyse de contenu qualitatif est culturels et le milieu urbain sont liés au
possible lorsqu’il y a sufsamment d’éléments Québec, dans le cadre de l’analyse d’un
de signications convergents pour en faire la discours. Vous relevez alors les points de
description ou pour en présenter les grandes convergence et de divergence. Si la conver-
catégorisations qui permettent une compréhen- gence prédomine, vous pouvez afrmer que
sion globale. rien ne les relie ; dans le cas contraire, le lien
est avéré.

202 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


6.5.3 La discussion des résultats
La discussion des résultats se fait en trois temps. En premier lieu, elle se base
sur l’information interprétée jusqu’alors en effectuant d’abord un retour à la
problématique de départ, et particulièrement à l’état de la question et aux
disciplines des sciences humaines qui ont inspiré tout le questionnement
de la recherche. Vous devez dans cette étape indiquer dans quelle mesure
et de quelles manières les résultats de recherche obtenus correspondent à ce
qui était déjà connu ou ignoré sur le sujet. Est-ce que certains résultats cor-
roborent ce que dit la littérature ? Vos résultats sont-ils surprenants et
contraires à ce qui était annoncé dans l’état de la question ? Ensuite, vous
devez discuter de la démarche de recherche elle-même et de la méthodologie
employée. Enn, vous devez engager une réexion critique.

L’analyse des résultats et un retour


à la problématique de recherche
Les premiers pas de la discussion des résultats servent à donner une explica-
tion à vos résultats de recherche. Que faut-il en comprendre ? Vous pouvez
y aller de vos propres explications et des conclusions issues de l’analyse de
vos données, en appuyant vos dires à l’aide de votre recherche documen-
taire. En effet, l’état de la question vous a déjà permis de découvrir des
recherches antérieures en lien avec votre sujet de recherche (voir la sous-
section 3.5.3). Vos propres résultats vont-ils dans le même sens ? Vous devez
également nourrir votre interprétation, à partir cette fois des notions, des
concepts ou des théories associés aux disciplines des sciences humaines qui
vous ont servi lors de l’élaboration de votre problématique.
Abordons, à l’aide du tableau 6.17 (voir la page suivante), deux exemples com-
plets. Le premier est basé sur des données qualitatives et le second sur des données
quantitatives, an d’illustrer ces étapes de la discussion de manière plus concrète.
Ainsi, le retour à l’état de la question et les notions disciplinaires présen-
tées dans votre problématique est une opération très riche qui fait avancer les
connaissances et ajouter de la crédibilité à votre démarche de recherche. L’ex-
trait 6.3 présenté dans la rubrique Le rapport sous la loupe à la page 209 montre
comment des étudiants ont complété cette étape dans leur propre recherche.

Un retour sur la méthodologie


et un regard critique sur la démarche
Effectuer un retour sur la méthodologie implique que vous deviez faire état de
vos réexions par rapport à l’ensemble de votre démarche et, le cas échéant,
mentionner les possibles lacunes méthodologiques. L’échantillon obtenu était-il
adéquat, représentatif ? La méthode de recherche était-elle appropriée à votre
objectif de recherche ? L’analyse a-t-elle été effectuée dans les règles prescrites
de la méthode ? Somme toute, il s’agit d’une rétrospection de votre démarche
entière qui va vous permettre de relever les lacunes ou les limites de votre
recherche an de nuancer au besoin les résultats obtenus. Sachez que même les
plus grands chercheurs font appel à leur regard critique à l’égard de leur propre
démarche. Le moment est donc venu de considérer certaines critiques méthodolo-
giques que l’on pourrait adresser à votre recherche. Le tableau 6.18, à la page 205,
illustre les types d’erreurs les plus courantes dans un travail de recherche.

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 203


Tableau 6.17 Deux exemples de discussion des résultats de recherche

Étape de Exemple basé sur des données Exemple basé sur des données quantitatives
la discussion qualitatives (issues d’une entrevue) (issues d’une méthode expérimentale)

Rappel de l’objectif Le choix du réseau amical d’un Les interactions sociales facilitent la découverte et
spécique ou de individu dépend de la classe sociale la résolution d’un conit cognitif.
l’hypothèse spéci- de ces personnes.
que de recherche

Rappel des Votre analyse des données a révélé Vous avez soumis une illusion
principaux résultats que, à l’adolescence, le style d’optique à des élèves du
de l’analyse des vestimentaire prévaut lorsqu’il secondaire qui travaillaient
données s’agit de choisir ses amis, alors seuls ou en équipes de deux.
que, à l’âge adulte, c’est le métier Vous avez relevé, lors de
qui prime. votre analyse des données,
que le conit cognitif, soit la
complexité de l’image, a été
reconnu 1,4 fois plus
souvent chez les élèves qui
travaillaient en duo. Par
ailleurs, cette découverte
s’est faite en 5 minutes 33
secondes en moyenne chez ces mêmes groupes
d’élèves, comparativement à 12 minutes chez les
élèves qui travaillaient seuls.

Interprétation L’adolescent, qui est en quête L’interaction sociale contribue à l’apprentissage,


possible identitaire, recherche un sentiment puisque la présence d’autrui entraîne une
d’appartenance qui se fonde sur des multiplication des raisonnements et déclenche un
codes similaires aux siens. Toutefois, processus d’autoévaluation des apprentissages
à l’âge adulte, le statut socioécono- (métacognition).
mique est plus important en raison
de la présence des réseaux de
socialisation que sont les milieux
de l’éducation ou de travail.

Retour possible sur Vous pourriez compléter votre Vous pourriez compléter votre interprétation en
l’état de la question interprétation précédente en afrmant que ce nouvel apprentissage crée un
précisant que « aux âges les plus « conit cognitif » et que les élèves devront atteindre
élevés, la sociabilité extrascolaire un « nouvel équilibre » et donc résoudre ce conit2.
prend donc le relais de la sociabilité Cet argument, mis en lumière grâce à un article
scolaire1 ». scientique trouvé dans une base de données,
Cette afrmation, tirée d’un docu- étayera alors votre explication selon laquelle la
ment trouvé lors de votre recherche connaissance est construite par les étudiants.
documentaire, soutiendra alors votre
propre argumentation quant à un
changement dans l’établissement
d’un réseau amical.

204 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


Tableau 6.17 Deux exemples de discussion des résultats de recherche (suite)

Étape de Exemple basé sur des données Exemple basé sur des données quantitatives
la discussion qualitatives (issues d’une entrevue) (issues d’une méthode expérimentale)

Retour possible sur En faisant référence à la psychologie En faisant appel à la psychologie, vous pourriez
des notions discipli- sociale, vous pourriez opter pour une mettre en relation vos résultats avec ceux des
naires en sciences théorie de l’identication sociale qui recherches de Doise, Mugny et Perret-Clermont, qui
humaines afrme que « la seule catégorisation afrment qu’une « opposition entre deux sujets, lors
en deux groupes distincts entraîne de situations d’interaction sociale, permet d’engen-
la discrimination à l’encontre de drer un conit sociocognitif dont la résolution – qui
l’exogroupe, dans le but de différen- implique pour le sujet une décentration et une
cier son groupe3 ». Vous pourrez ainsi reconsidération de son propre point de vue grâce à
relever la représentation de l’identité des phénomènes d’argumentation et de communica-
du groupe (les amis portant le même tion entre apprenants – permettra de générer un
genre de vêtements ou ceux qui sont progrès cognitif4 ».
du même domaine professionnel) et Ici, le fait que les duos d’élèves aient reconnu le
les motivations des comportements conit 1,4 fois plus souvent et qu’ils aient réalisé
discriminatoires de ce groupe envers un progrès cognitif en 6 minutes 56 secondes de
l’exogroupe (les gens extérieurs au moins que les élèves qui travaillaient seuls en
cercle d’amis). moyenne, révèle la pertinence de l’argumentation
et de la communication dans une situation
d’apprentissage.

1. Nicolas HERPIN, « Les amis de classe : du collège au lycée », Économie et statistique, no 293 (mars 1996), p. 128.
2. Jacques TARDIF, « La construction des connaissances. 1. Le consensus », Pédagogie collégiale, vol. 11, no 2 (décembre 1997), p. 18.
3. Frédérique AUTIN, « La théorie de l’identité sociale de Tajfel et Turner », Préjugés et stéréotypes, projet à l’initiative de l’AFPS et
de www.psychologie-sociale.org, réalisé avec le concours du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche de France,
[En ligne], www.prejuges-stereotypes.net/main.htm (Page consultée le 15 mars 2015)
4. Laurent DUBOIS, « Les modèles de l’apprentissage et les mathématiques », [En ligne], http://home.adm.unige.ch/~duboisl/didact/
theories.htm (Page consultée le 15 mars 2015)

Tableau 6.18 Les types d’erreurs fréquentes commises au cours d’une démarche scientique

Étape de la démarche Types d’erreurs


Explications
scientique commises

Élaboration de • Questionnement trop Comme la problématique constitue le socle de votre


la problématique pointu ou trop large recherche, toute erreur ou tout problème non décelé en
• Hypothèse mal formulée début de parcours peut évidemment nuire à la démarche
entière. Si votre questionnement était trop pointu, vous
• Concepts mal dénis
risquez de ne pas avoir eu assez de temps pour investiguer
sur le terrain de manière aussi pointue. Si, en revanche,
votre questionnement était trop large, vous avez peut-être
eu du mal à construire un outil de collecte de données
précis, voire mal formulé votre hypothèse ou mal déni
vos concepts.

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 205


Tableau 6.18 Les types d’erreurs fréquentes commises au cours d’une démarche scientique (suite)

Étape de la démarche Types d’erreurs


Explications
scientique commises

Échantillonnage • Échantillonnage peu Il n’est pas rare que l’échantillonnage soit à l’origine
représentatif d’erreurs dans les travaux étudiants. D’une part, parce que
• Choix d’un type le temps pour recruter les participants est relativement
d’échantillon inadapté court, étant donné que vous n’avez que 15 semaines pour
compléter la démarche de recherche. Mais aussi, les
• Sélection discriminatoire
étudiants de votre cégep sont peut-être déjà sollicités pour
(consciente ou non) des
participer à d’autres recherches étudiantes, ce qui limite
éléments du corpus
leur enthousiasme face à la vôtre. Enn, alors que vous
pensiez que les participants seraient emballés à l’idée de
partager leur expérience, vous constatez plutôt que votre
sujet de recherche est plus délicat que vous le pensiez ou
qu’il suscite un certain inconfort.

Collecte de données • Outil de collecte de Vous vous apercevez que votre outil de collecte de données
données inadapté à avait des lacunes quant aux questions, aux grilles d’obser-
la problématique ou vation ou aux dimensions ciblées, par exemple. Dans ce
à la population étudiée cas, il est fort probable que de l’information pertinente
• Manque de professionna- n’ait pas été récoltée. Peut-être l’outil était-il trop complexe
lisme de la part d’un des ou trop simpliste pour la population à l’étude, ce qui, dans
coéquipiers un cas comme dans l’autre, a pu freiner l’engouement des
participants. Enn, les coéquipiers n’ont peut-être pas tous
rempli les grilles d’observation ou retranscrit les verbatim
de la même manière, ce qui a limité la quantité et la qualité
des données recueillies.

Analyse des résultats • Difcultés avec la codica- La codication des données peut s’avérer difcile si votre
tion des données outil de collecte de données vous impose un travail long et
• Erreur de traitement des complexe. Ainsi, les questions à choix multiples dans un
données avec les logiciels sondage ou l’usage de théories complexes en analyse de
d’analyse contenu peuvent rendre la codication ardue. De plus, si
vous ne maîtrisiez pas bien les logiciels employés pour
l’analyse des résultats, comme Excel ou même Word, cela
a pu nuire à vos résultats de recherche. Enn, les compé-
tences acquises dans d’autres cours n’étaient peut-être
pas tout à fait au point et ont pu nuire à la qualité de
l’analyse des données, notamment en ce qui a trait à votre
cours de méthodes quantitatives.

Une fois que vous avez relevé les erreurs commises, vous devez juger de
leurs conséquences sur votre travail de recherche, mais aussi les partager avec
votre lectorat par souci éthique, an de faire preuve de transparence. Parfois,
ces erreurs pourront être corrigées aisément, par exemple en excluant un
des entretiens réalisés avec un manque de professionnalisme de la part d’un
des coéquipiers. Vous devez toutefois valider toute modication avec votre
enseignant et vous assurer de bien expliquer dans votre rapport les raisons
qui vous font agir de la sorte. L’honnêteté est donc de mise, car on vous

206 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


pardonnera plus facilement vos fautes si vous avez su vous-même les recon-
naître et que vous avez été capable d’en mesurer l’impact, voire de l’atténuer.
Dans d’autres cas, les lacunes seront peut-être trop importantes pour être
corrigées à ce stade-ci de la démarche et elles viendront alors nuire à la
représentativité des résultats. Supposons, par exemple, que vous avez réalisé
un sondage auprès d’étudiants du collégial an de savoir s’ils appuient ou
non divers aspects de la politique étrangère canadienne et que la compilation
de vos données montre que la majorité des participants ont avoué avoir une
connaissance très limitée des enjeux politiques sur lesquels ils étaient sondés.
Votre analyse des données sera alors forcément limitée par rapport à votre
objectif de départ. L’extrait 6.4 de la rubrique Le rapport sous la loupe (voir
la page 209) vous montre comment des étudiants ont réalisé cette étape.

La synthèse de la discussion des résultats


Après un retour critique sur votre problématique et sur votre méthodologie,
vous pouvez revérier l’objectif spécique ou l’hypothèse spécique de
recherche que vous aviez élaborée au départ. Cette étape permet de faire le
pont entre la problématique, l’analyse et l’interprétation des données an de
dégager le contexte global de la recherche. En ce sens, cette étape vient syn-
thétiser et clore l’étape précédente, soit la discussion des résultats.
Autrement dit, il s’agit, sur la base de votre recherche, de mettre en valeur
votre contribution à la connaissance en vériant si votre objectif spécique
a bel et bien été validé, si votre hypothèse spécique de recherche a été
conrmée ou inrmée et si votre recherche ajoute aux connaissances scien-
tiques. En effet, une hypothèse conrmée permet, par exemple, de mieux
comprendre un phénomène humain donné, de relier la théorie (mise en
valeur par votre état de la question) à la pratique (issue de votre travail
de terrain qui a permis la collecte des données). À cette étape, vous devez
donc retourner en arrière an de valider la cohérence de votre perspective
d’enquête avec le projet de départ et d’être capable de percevoir si vous vous
êtes ou non éloigné du chemin tracé.
Prenons l’exemple d’une recherche portant sur les valeurs de deux gé-
nérations différentes, soit la génération X et la génération Y, et qui vous Le réseau amical se constitue
a amené à poser comme hypothèse spécique de recherche que le tra- de différentes façons tout au
vail est la valeur la plus importante pour la génération X, tandis que long de la vie
la famille est celle qui prédomine chez la généra-
tion Y. Votre méthode de recherche vous conduit à
colliger diverses données, que vous avez analysées
selon les suggestions présentées dans ce chapitre.
Vous avez alors pu, au cours de l’étape de la discus-
sion des résultats, repérer la valeur prédominante
pour chaque génération. Or, si votre discussion des
résultats va bien dans le même sens que votre hypo-
thèse, cette étape de vérication est le moment d’en
faire mention et de l’exprimer clairement au lecteur.
Il est toutefois possible que vos données viennent
plutôt contredire votre hypothèse de départ. Il ne
faut pas s’en cacher pour autant, ni envisager votre
travail de recherche comme un échec.

Chapitre 6 Analyser ses données et interpréter ses résultats 207


Si vous poursuiviez un objectif spécique plutôt qu’une hypothèse spé-
cique de recherche, cette étape de la vérication exige que vous commen-
tiez l’atteinte (ou non) dudit objectif. Par exemple, si votre recherche visait
à mieux comprendre le phénomène de l’itinérance chez les jeunes femmes
dans la région de Montréal, cette étape sera le moment de révéler si votre
compréhension s’est effectivement améliorée à la lumière de votre recherche
sur le terrain et, si oui, d’expliquer pourquoi.

6.5.4 Les pistes de réexion


La dernière étape de l’interprétation des résultats consiste à dégager de votre
recherche des pistes de réexion. Quand on sait que bon nombre de connais-
sances scientiques sont le fruit de chercheurs ayant repris ou poursuivi les
travaux de leurs collègues, on réalise que ces pistes de réexion sont cru-
ciales pour l’avancement des connaissances.
Il s’agit ici de relever les questionnements soulevés par votre recherche et
qui n’ont pas trouvé de réponse, mais qui pourraient néanmoins être abor-
dés dans une nouvelle recherche. Vous pouvez orienter votre réexion vers le
même sujet de recherche ou esquisser un sujet de recherche connexe.

Un même sujet, mais une approche différente


Si votre objectif spécique de recherche n’a pas été atteint ou si votre hypo-
thèse spécique se trouve inrmée à cause d’une ou plusieurs erreurs
méthodologiques, vos pistes de réexion peuvent alors être dirigées vers des
propositions de recherches ultérieures qui feront référence à la même
recherche. Vous pouvez donc proposer de mener une nouvelle fois
la recherche, mais en suggérant d’autres avenues an d’éviter les mêmes
écueils.
Par exemple, si votre recherche visait à expliquer les facteurs de la vio-
lence chez les adolescents du secondaire et que votre échantillon n’était pas
assez large à cause de votre accès restreint à cette population, ce qui ne vous
a pas permis d’effectuer convenablement vos tests d’hypothèse, vous pour-
riez proposer de reprendre cette recherche. Il vous serait possible d’utiliser
une autre méthode, comme l’analyse de contenu, ou encore de suggérer aux
futurs chercheurs de négocier d’avance le terrain avec des intervenants en
centres d’accueil ou des écoles reconnues pour leur fort taux d’incidents
violents.

Un sujet différent, mais connexe


Vos pistes de réexion peuvent aussi vous amener à suggérer d’autres
recherches qui seraient néanmoins connexes à celle que vous avez menée.
Ainsi, en reprenant le dernier exemple, vous pourriez choisir de vous intéres-
ser aux conséquences sociales ou individuelles de la violence chez les adoles-
cents, ou encore à l’analyse comparative des politiques gouvernementales
provinciales en matière de criminalité chez les jeunes contrevenants.

208 Étape 3 Analyser ses données et interpréter ses résultats


LE RAPPORT SOUS LA LOUPE

L’analyse et la discussion des résultats


L’analyse des résultats débute par la préparation des données, par le dépouille-
ment, la codication et le classement des données, soit en reprenant la forme du
manuel de codage que vous avez conçu (extrait 6.1) ou par un classement
informatique des informations qualitatives. Par la suite, vous devez procéder à
l’analyse des résultats conformément aux spécicités de la méthode de recherche
employée. Dans tous les cas, votre analyse des résultats devrait être soutenue par
des tableaux et des gures appropriés (extraits 6.2 et 6.3). Vous devez ensuite
interpréter vos résultats grâce à un retour à l’état de la question (extrait 6.4) et
par un regard critique sur la méthodologie et la démarche de recherche en géné-
ral (extrait 6.5). Somme toute, il s’agit de conclure par une synthèse indiquant si
vous avez attei