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Richelieu naît à Paris3, rue du Bouloi, bien qu'une ancienne polémique situe sa

naissance dans le fief familial, au château des Richelieu, en Touraine, où l'enfant


est ondoyé car très fragile (thèse reprise par Max Gallo référencé infra4), et par
fréquent usage de l'époque, jusqu'à la seconde moitié du xxe siècle ; polémique née
du fait que son acte de baptême a disparu5. Il est donc ondoyé dès sa naissance, où
que celle-ci eût lieu, car nourrisson chétif et fiévreux, dont on ne sait s'il
survivra. Il n'est baptisé qu'au huitième mois, le 5 mai 1586, en l'église Saint-
Eustache de Paris6. Sa famille, d'ancienne noblesse (noblesse de robe et d'épée) à
la fois poitevine et parisienne mais pauvre, est très honorablement connue : son
père, François du Plessis, seigneur de Richelieu, est un soldat et un courtisan qui
occupe la charge de Grand prévôt de France ; sa mère, Suzanne de La Porte, est la
fille d'un avocat au parlement7. Il est le troisième d'une famille de cinq enfants8
:

Henri né en 1578 ;
Alphonse, né en 1582 ;
Armand Jean lui-même ;
Françoise, née en 1586 (épouse de Jean-Baptiste de Beauvau puis de René de Vignerot
de Pontcourlay) ;
Nicole, née en 1587 (épouse d'Urbain de Maillé-Brézé).
Une Isabelle, inconnue des historiens jusqu'en 19019 serait une sœur ignorée10 dont
l'existence et l'identité sont contestées11.

Il est aussi question d'une « Marguerite » dans les registres de naissances de


l'église de Braye-sous-Faye, paroisse du château de Richelieu en Poitou, mais,
faute d'éléments, on peut penser que cette enfant est morte en bas âge.

Alors que le jeune Armand n'est âgé que de cinq ans, son père, capitaine des gardes
d'Henri IV, meurt le 10 juin 1590 de fièvre pernicieuse. Il laisse une famille
endettée mais la générosité royale lui permet d'éviter les difficultés financières.
Antérieurement, pour la récompenser de la participation de François du Plessis à
son service durant les guerres de Religion, le roi Henri III avait donné en 1584
l'évêché de Luçon à sa famille12. Celle-ci en perçoit ainsi pour son usage privé la
plus grande partie des revenus, ce qui mécontente les ecclésiastiques qui auraient
préféré que ces fonds fussent utilisés pour l'Église13.

À l'âge de neuf ans, le jeune Armand-Jean est envoyé à Paris, par son oncle Amador
de La Porte, en septembre 1594 au collège de Navarre, pour étudier la philosophie,
le latin, le grec et l'hébreu : il porte alors le titre de « Marquis du Chillou
»14, de l'ancienne possession des seigneurs de Chillou à Jaulnay, arrondissement de
Chinon, dont Richelieu est le lointain descendant15 ; titre qu'il portera également
plus tard à l'Académie fondée par ses soins. Il reçoit ensuite une formation à
l'académie équestre de Monsieur de Pluvinel, qui forme les gentilshommes à la
carrière militaire. Il y apprend l'équitation, mais aussi la voltige équestre,
l'escrime, la danse, la littérature, les mathématiques et le dessin. Il vit alors
la vie typique d'un officier de l'époque, le médecin Théodore de Mayerne devant le
traiter pour une gonorrhée en 160516. En 1599, il y rencontra François Leclerc du
Tremblay, ancien élève au Collège de Navarre, venu annoncer à ses anciens
professeurs son intention d'abandonner sa vie militaire et ses titres, pour se
consacrer à sa vocation de capucin.

Investiture canonique
Destiné à une carrière militaire, Richelieu se trouve dans l'obligation en 1605 de
se tourner vers une carrière religieuse : son frère Alphonse-Louis du Plessis
refuse l'évêché de Luçon (gardé depuis 20 ans dans la famille) pour devenir moine
en entrant à la Grande Chartreuse, et la famille refuse de perdre ce qu'elle
considère comme une importante source de revenus. Il est frêle et maladif
(migraines dues peut-être à des crises d'épilepsie et à la tuberculose en fin de
vie) : la perspective de devenir évêque ne lui déplaît nullement. Les études
universitaires l’attirent : il commence des études de théologie en 1605 pour
obtenir son doctorat à la Sorbonne en 1607.

Prêtre sans vocation mais attaché à ses devoirs17, il est nommé évêque de Luçon le
18 décembre 1606 par le roi Henri IV, et se rend à Rome où il reçoit l'investiture
canonique le 17 avril 1607 des mains du cardinal de Givry18. Selon Tallemant des
Réaux, il aurait triché sur son âge (il a 22 ans, alors que l'âge requis pour être
évêque est de 26 ans)19 et, après un aveu supposé du nouvel évêque devant le pape
Paul V, celui-ci aurait commenté d'une simple phrase : « S'il vit longtemps, il
sera un grand fourbe »19. Michel Carmona estime néanmoins que l'anecdote, pour
plaisante qu'elle soit, n'est pas conforme à la réalité : Richelieu s'étant
précisément rendu à Rome pour obtenir une dispense liée à son jeune âge, il ne
pouvait guère mentir sur celui-ci18.

Il rencontre le chapitre de Luçon à Fontenay-le-Comte le 15 décembre 1608 et ne se


rend à Luçon que l'année suivante. Peu après son installation dans son diocèse, il
montre son caractère de réformateur catholique en étant le premier évêque en France
à mettre en œuvre les réformes institutionnelles que le concile de Trente avait
prescrites entre 1545 et 1563.

Richelieu devient alors l’ami de François Leclerc du Tremblay (plus connu sous le
nom de « Père Joseph »), un moine capucin, devenant son confident le plus proche.
Cette intimité avec Richelieu (qu’on appelait « Son Éminence ») et la couleur grise
de son froc vaut au Père Joseph le surnom d'éminence grise. Richelieu l'emploie par
la suite souvent comme émissaire et agent à l’occasion de tractations
diplomatiques.

Pendant cette période, Richelieu commence également à s'entourer de familiers qui


lui resteront fidèles toute sa vie. Les secrétaires Denis Charpentier et Michel Le
Masle, ainsi que le médecin François Citoys furent recrutés en 1608-160920,21.

Richelieu assista le père Humblot dans la conférence religieuse tenue à


Châtellerault entre le 8 et le 16 juillet 1611, contre le pasteur dauphinois Daniel
Chamier et le ministre Le Faucheur. Le but de la dispute est d'obtenir la
conversion d'une demoiselle noble locale nommée La Foulenne22. Richelieu est donc
déjà engagé à lutter contre le protestantisme avant son ascension politique.

Ascension politique

Armoiries cardinalices de Richelieu : d'argent, à trois chevrons de gueules


surmontés d'une couronne ducale et d'un chapeau de cardinal23.
En août 1614, à 29 ans, grâce à l'appui du secrétaire particulier de la reine,
Denis Bouthillier, il se fait élire député du clergé poitevin aux états généraux de
Paris, puis porte-parole de l'assemblée24.

Il se met alors au service de la régente sur les recommandations du cardinal du


Perron qui lui a vanté ses qualités intellectuelles25 et demeure rue des Mauvaises-
Paroles jusqu'en 161726.

Marie de Médicis, la reine mère, le fait nommer en novembre 1615 grand aumônier
auprès de la jeune reine Anne d'Autriche, puis le 25 novembre 1616 ministre des
Affaires étrangères au Conseil du roi où il succède à Villeroy. Il fait partie avec
Claude Barbin et Claude Mangot des principaux ministres au service de Concino
Concini, maréchal d'Ancre et favori de la reine mère27. Ce premier ministériat ne
durera que 6 mois.

Le 24 avril 1617, l'exécution de Concini, à l'initiative de Louis XIII et du duc de


Luynes, entraîne la mise à l'écart de la reine mère de l'entourage du roi. Louis
XIII, croisant Richelieu au Louvre, lui dit « Me voila délivré de votre tyrannie,
monsieur de Luçon »28. Richelieu doit suivre la reine mère en disgrâce à Blois. Il
essaie dans un premier temps de s'entremettre entre la reine mère et le duc de
Luynes, puis se retire le 11 juin dans son prieuré de Coussay sans en avertir la
reine, de plus en plus méfiante envers son chef de Conseil. Affligé, voyant sa
carrière politique perdue, il y rédige son testament16. Le roi le bannit même en
avril 1618 à Avignon où il loge à hôtel de Beaumont en entraînant dans sa disgrâce
son frère aîné Henri et son beau-frère René de Vignerot de Pont-Courlay29. Il y
consacre la majorité de son temps à écrire, composant par exemple L’Instruction du
chrétien16.

Marie de Médicis, en résidence surveillée au château de Blois, s'en échappe le 22


février 1619 avec la complicité du duc d'Épernon et prend la tête d'une rébellion
aristocratique. Luynes fait alors appel à Richelieu qu'il charge de négocier un
accommodement entre la mère et le fils. Il réussit à rapprocher Louis XIII et Marie
de Médicis, fait conclure le traité d'Angoulême du 30 avril 1619 et organise la
première réconciliation au château de Couzières le 7 septembre 161930, acquérant
une réputation de fin négociateur. Marie de Médicis, insatisfaite, relance la
guerre (« deuxième guerre de la mère et du fils »). Richelieu se trouve cette-fois-
ci clairement dans le camp des rebelles mais joue la prudence, ce qui lui permet,
après la défaite de la coalition nobiliaire, de participer à la réconciliation
solennelle au château de Brissac, en août 1620, et au traité d'Angers le 10 août
suivant.

Même si Luynes se rapproche de Richelieu en mariant son neveu M. de Combalet à sa


nièce Marie-Madeleine, Louis XIII et son favori agissent en sous-main contre lui.
Alors que le chapeau de cardinal lui a été promis contre son arbitrage, ce sont La
Valette et Bentivoglio qui sont nommés par Paul V, sur proposition de la France.
Finalement, la mort de Luynes à la suite d'une fièvre crée un vide politique qui
profite à Marie de Médicis. Celle-ci obtient du nouveau pape Grégoire XV le
cardinalat pour son protégé, qui est intronisé à Lyon le 12 décembre 162230. La
même année, Richelieu devenu cardinal est suggéré par Marie de Médicis au jeune
roi. Cependant Louis XIII — qui garde un amer souvenir de Concino Concini — refuse
dans un premier temps de faire appel au cardinal. Ce n'est que le 29 avril 1624 que
Richelieu entre à nouveau au Conseil du roi, avec la protection de la reine mère.
Cette nomination marque un tournant décisif dans le règne de Louis XIII.