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Dans ses mémoires, Richelieu défend sa politique en soutenant qu'il y avait

nécessité absolue à mettre au pas tous ces « Grands qui, abusant des biens que le
Roi leur a faits et de la puissance qu'ils tiennent de Sa Majesté, ne s'en sont
servis que pour se rendre criminels »33. Aussi, face à la noblesse turbulente et
ses prises d'armes régulières, Richelieu répond par la fermeté : il supprime les
hautes charges que les grands seigneurs exercent auprès du roi et fait raser plus
de 2 000 châteaux forts qui ne sont plus utiles à la défense du royaume (notamment
Pamiers et Mazéres).

Le cardinal de Richelieu.
Il donne davantage de pouvoir aux Intendants qui sont envoyés pour faire appliquer
les décisions royales dans les provinces. Les assemblées provinciales (les États)
sont parfois supprimées. L'institutionnalisation de cette intendance de police,
justice et finances, permet d'imposer à partir de 1635 le « tour de vis fiscal »
qui suit l'entrée en guerre de la France, considéré comme abusif et qui accroît
l'impopularité de Richelieu à cette époque34.

Les gouverneurs des provinces, parfois de puissants notables, sont surveillés et


Richelieu n'hésite pas à sévir avec les plus grands : il fait décapiter le duc de
Montmorency, gouverneur du Languedoc, qui prend les armes avec Gaston d'Orléans en
1632 et défend les réclamations de la province. Il finit par assigner à résidence
dans la forteresse de Loches le vieux duc d’Épernon, gouverneur de Guyenne et
fidèle de Marie de Médicis qui rapportait les effets négatifs sur la population des
prélèvements fiscaux croissants du pouvoir central. Il n'hésite pas à s'appuyer sur
des réseaux mouvants d'alliances et de factions locales en tissant un jeu de
relations parfois complexes avec les parlements et la noblesse de robe35.

Par ailleurs, Richelieu doit déjouer les nombreuses intrigues organisées par tous
ceux que son action gêne, notamment la reine mère Marie de Médicis et le frère du
roi Gaston d'Orléans. Les comploteurs ne craignent pas d'envisager l'assassinat du
cardinal ou de faire appel aux puissances étrangères. Mais les conspirations menées
par le comte de Chalais en 1626 et le marquis de Cinq-Mars en 1642 sont des échecs
éclatants, les protagonistes étant exécutés (Chalais, Cinq-Mars), mis en prison
(maréchal d'Ornano, César et Alexandre de Vendôme) ou disgraciés (la duchesse de
Chevreuse, la princesse de Conti, le maréchal de Bassompierre) par Louis XIII. Seul
le principal bénéficiaire et complice de ces complots, le frère du roi, Gaston,
s'en sort sans trop de dommages ; il perd toutefois ses droits à la régence.

Profondément affecté par la mort, le 8 juillet 1619, de son frère Henri au cours
d'un duel, Richelieu réprime avec la plus grande sévérité cette pratique et fait
mettre à mort les nobles pris en flagrant délit de se battre. Le 22 juin 1627 sont
exécutés François de Montmorency-Bouteville et son cousin François de Rosmadec,
comte de Chapelles, meurtriers en duel du marquis de Bussy d'Amboise.

Abaissement de la maison d'Autriche


Après avoir rétabli l’autorité du roi en France, Richelieu entreprend de rabaisser
les prétentions de la maison d’Autriche en Europe. Les Habsbourg ont réussi grâce à
une heureuse politique patrimoniale à réunir sous leur coupe un grand nombre
d’États européens : Autriche, Bohême, Espagne, Milan, Naples, Pays-Bas, Portugal.
Au nom d’un catholicisme militant, ils cherchent à établir leur autorité en
Allemagne et à y réduire les États protestants lors de la guerre de Trente Ans
(1618-1648).

La France finance déjà la Hollande et la Suède, puissances protestantes en guerre


contre les Habsbourg. Dans un premier temps, Richelieu replace sous contrôle
français la vallée de la Valteline, un nœud de communications essentiel en Europe,
que l'Espagne lui disputait (1626). Il assure au duc de Nevers le duché de Mantoue
et le Montferrat en forçant le pas de Suse (1629) : c'est l'épisode de la guerre de
Succession de Mantoue.

En 1632, l'armée du roi occupe les États de Charles IV, duc de Lorraine, hostile à
la France.

Louis XIII déclare la guerre à l’Espagne en 1635. Les premiers temps de guerre sont
difficiles : la chute de Corbie sur la Somme en 1636 laisse craindre une attaque
sur Paris. Richelieu est effondré mais Louis XIII organise la défense de la
capitale. À partir de 1640, l’effort de guerre fait basculer le sort en faveur de
la France. Richelieu qui s'est attribué le titre de « Grand Maître et Surintendant
de la Navigation » développe une armée de terre mais aussi une marine de guerre
permanente. Il accroît considérablement les prélèvements fiscaux, entraînant de
nombreuses révoltes de la paysannerie qui sont durement réprimées.

Marie de Médicis, conseillée par le pamphlétaire Mathieu de Morgues, tente


vainement de ranimer le parti des « bons catholiques » contre sa politique
d'alliance avec les États protestants36.

Richelieu exploite le manque de cohésion au sein de la monarchie espagnole. La


Catalogne fait sécession en 1640. Peu après, le Portugal restaure son indépendance,
mettant fin à l'Union ibérique à laquelle il avait été contraint soixante ans
auparavant sous le règne de Philippe II d'Espagne.

Les armées du roi de France font la conquête de l’Alsace et de l’Artois en 1640,


puis du Roussillon en 1642. Après la mort du cardinal, un brillant chef militaire,
le futur prince Louis II de Condé remporte les victoires de Rocroi (1643),
Fribourg-en-Brisgau (1644), Nördlingen (1645) et Lens (1648).

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