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Espaces de Hilbert.

ÉCOLE POLYTECHNIQUE –

Espaces de Hilbert Frank Pacard 1 / 65


Le héro du jour

D. Hilbert
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Espaces préhilbertiens

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Forme bilinéaire et produit scalaire

Définition
Soit E un R-espace vectoriel. Une application h , i : E ×E → R est une forme bilinéaire si x 7→ hx, y i
et y 7→ hx, y i sont linéaires.

Elle est symétrique si hx, y i = hy , xi pour tous x, y ∈ E .

Elle est positive, définie, si

hx, xi ≥ 0 pour tout x ∈ E et si (hx, xi = 0 ⇔ x = 0) .

Un produit scalaire est une forme bilinénaire, symétrique, définie, positive.

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Exemples

Exemple : Sur RN , on peut définir le produit scalaire (euclidien)


N
X
hx, y i := xj yj .
j=1

Remarque : Un produit scalaire sur un R-espace vectoriel de dimension finie, peut toujours
s’écrire sous la forme
N
X
hx, yi := xj yj ,
j=1

où (x1 , . . . , xN ) sont les coordonnées de x dans une base adaptée.

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Exemples

Exemple : Sur MN (R), on peut définir le produit scalaire

hA, Bi := Trace (A B t ).

Exemple : Sur `2 (N; R), on peut définir le produit scalaire


X
hx, yi`2 := xn yn .
n∈N

Exemple : Pour tout ouvert non vide Ω ⊂ RN , on peut définir sur L2 (Ω; R), le produit
scalaire Z
hf , g iL2 := f (x) g (x) dx.

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Forme sesquilinéaire et produit hermitien

Définition
Soient E et F , deux C-espaces vectoriels. Une application L : E → F est anti-linéaire si
∀λ, µ ∈ C et ∀x, y ∈ E L(λx + µy ) = λ̄ L(x) + µ̄ L(y ).

Définition
Une application h , i : E × E → C est une forme sesquilinéaire si x 7→ hx, y i est linéaire et si
y 7→ hx, y i est anti-linéaire.
Elle est symétrique hermitienne si hx, y i = hy , xi pour tous x, y ∈ E . Si tel est le cas, hx, xi ∈ R
pour tout x ∈ E .
Elle est positive, définie, si hx, xi ≥ 0 pour tout x ∈ E et si (hx, xi = 0 ⇔ x = 0) .
Un produit hermitien est une forme sesquilinéaire, symétrique hermitienne, définie, positive.

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Exemples

Exemple : Sur CN , on peut définir le produit hermitien


N
X
hx, yi := xj ȳj .
j=1

Remarque : Un produit hermitien sur un C-espace vectoriel de dimension finie, peut tou-
jours s’écrire sous la forme
N
X
hx, yi := xj ȳj ,
j=1

où (x1 , . . . , xN ) sont les coordonnées de x dans une base adaptée.

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Exemples

Exemple : Sur MN (C), on peut définir le produit hermitien


t
hA, Bi := Trace (A B ).

Exemple : Sur `2 (N; C), on peut définir le produit hermitien


X
hx, yi`2 := xn yn .
n∈N

Exemple : Pour tout ouvert non vide Ω ⊂ RN , on peut définir sur L2 (Ω; C), le produit
hermitien Z
hf , g iL2 := f (x) g (x) dx.

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Inégalité de Cauchy-Schwarz

Proposition (Inégalité de Cauchy-Schwarz)


Soit h , i un produit hermitien sur E . Alors, pour tous x, y ∈ E
p p
|hx, y i| ≤ hx, xi hy , y i,

avec égalité si et seulement si la famille {x, y } est liée.

Dém : ∀x, y ∈ E , ∀t ∈ R, on peut écrire


hx − ty , x − ty i = hx, xi − t hx, y i − t hy , xi + t 2 hy , y i = hx, xi − 2t <hx, y i + t 2 hy , y i ≥ 0.
Le discriminant de ce polynôme est négatif ou nul, par conséquent
p p
|<hx, y i| ≤ hx, xi hy , y i.
Pour conclure, on remarque que |z| = sups∈R <(e is z), pour tout z ∈ C. 
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Espace préhilbertien

Définition
Soit h , i est un produit hermitien sur E . On définit sur E la norme associée à h , i par
p
kxk := hx, xi.

Dém : Pour tous x, y ∈ E , on a, grâce à l’inégalité de Cauchy-Schwarz


kx + y k2 = kxk2 + 2< hx, y i + ky k2

≤ kxk2 + 2 kxk ky k + ky k2

≤ (kxk + ky k)2 .
Ce qui démontre l’inégalité triangulaire. 
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Espace préhilbertien

Définition
On appelle espace préhilbertien un espace vectoriel E muni d’un produit hermitien h , i et de
la norme associée k k.
Un espace préhilbertien peut être muni d’une structure d’espace métrique pour la distance

d(x, y ) := kx − y k.

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Propriétés du produit hermitien

Soit E un C-espace préhilbertien et soient x, y ∈ E .

Proposition
(i) Théorème de Pythagore

< hx, y i = 0 ⇐⇒ kx + y k2 = kxk2 + ky k2 .

(ii) Égalité du parallélogramme

kx + y k2 + kx − y k2 = 2 kxk2 + ky k2 .


(iii) Formule de polarisation

kx + y k2 − kx − y k2 kx + iy k2 − kx − iy k2
 
hx, y i = +i .
4 4

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Terminologie

Attention : Dans un C-espace préhilbertien, l’égalité

kx + y k2 = kxk2 + ky k2 ,

n’entraı̂ne pas forcément hx, y i = 0, mais simplement < hx, y i = 0.

Définition
On dira que x et y sont orthogonaux si hx, y i = 0 et on dira que x et y sont perpendiculaires
si < hx, y i = 0.

Remarque : Dans un C-espace préhilbertien, x et ix sont perpendiculaires puisque

hx, i xi = −i hx, xi, donc < hx, i xi = 0.

Remarque : Dans le cas des espaces préhilbertiens réels, ces deux notions sont confondues.
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Espaces de Hilbert

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Espaces de Hilbert

Définition
On dit qu’un espace préhilbertien H, muni de la norme k k associée au produit hermitien h , i,
est un espace de Hilbert si (H, k k) est un espace vectoriel normé complet.

Exemple : L’espace CN muni du produit hermitien


N
X
hx, yi := xj ȳj ,
j=1

est un espace de Hilbert.


Exemple : Plus généralement, tout espace préhilbertien de dimension finie est un espace
de Hilbert.

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Exemple

Par définition, un espace de Hilbert est un espace de Banach.


Exemple : Si N ≥ 2 et p > 1, p 6= 2, l’espace CN muni de la norme
 1/p
XN
kxkp :=  |xj |p  ,
j=1

est un espace de Banach mais n’est pas un espace de Hilbert.


Dém : Prenons x = (1, 0, . . . , 0) et y = (0, 1, . . . , 0). Alors

kx + y k2p + kx − y k2p = 2 22/p 2 kxk2p + ky k2p = 4.



et

L’égalité du parallélogramme n’est vérifiée que quand p = 2. 

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Exemple

X
Exemple : L’espace `2 (N; C) des suites complexes x := (xn )n≥0 telles que |xn |2 < +∞,
n∈N
muni du produit hermitien X
hx, yi`2 := xn yn ,
n∈N

est un espace de Hilbert.

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Exemple

Dém : Il est clair que h , i`2 est un produit hermitien sur `2 (N; C). Montrons que cet
espace, muni de la norme k k`2 , est complet.
Soit (x(k) )k≥0 est une suite de Cauchy de `2 (N; C), on écrit
(k)
x(k) = (xn )n≥0 .

On a
(k) (l)
|xn − xn | ≤ kx(k) − x(l) k`2 ,
pour tout n ∈ N.
(k)
La suite (xn )k≥0 est une suite de Cauchy dans C, elle donc converge vers une limite
zn ∈ C.

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Exemple

Pour tout n, on peut écrire


n n
(k) (k) (m) 2
X X
|xj − zj |2 = lim |xj − xj | ≤ sup kx(k) − x(m) k2`2 .
m→+∞ m≥k
j=0 j=0

On obtient en faisant tendre n vers l’infini

kx(k) − zk`2 ≤ sup kx(k) − x(m) k`2 ,


m≥k

qui tend vers 0 quand k tend vers +∞.


On en déduit que z ∈ `2 (N; C) et que (x(k) )k≥0 tend vers z dans cet espace. 

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Exemple

Exemple : Pour tout ouvert non vide Ω ⊂ RN , l’espace L2 (Ω; C) muni du produit hermitien
Z
hf , g iL2 := f (x) g (x) dx,

est un espace de Hilbert.

Exemple : Tout sous-espace vectoriel fermé d’un espace de Hilbert est lui-même un espace
de Hilbert (muni de la restriction du produit hermitien).
Attention : Dans les espaces vectoriels normés de dimension infinie, il existe des sous-
espaces qui ne sont pas fermés.
1 - `c (N; C) est un sous-espace dense dans `2 (N; C) mais n’est pas un sous-espace fermé
de `2 (N; C).
2 - Cc (Ω; C) est un sous-espace dense dans L2 (Ω; C) mais n’est pas un sous-espace fermé
de L2 (Ω; C).
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Exemple

Exemple : Soit Ω un ouvert borné non vide. On note L20 (Ω; C), l’espace des fonctions de
L2 (Ω; C) qui sont de moyenne nulle i.e.
 Z 
f ∈ L20 (Ω; C) si f ∈ L2 (Ω; C) et f (x) dx = 0 .

Alors, L20 (Ω; C) est un sous-espace fermé de L2 (Ω; C) et en particulier, L20 (Ω; C), muni du
produit hermitien h , iL2 est un espace de Hilbert.

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Exemple

Dém : L’inégalité de Cauchy-Schwarz, nous assure que


Z Z 1/2
f (t) dt ≤ |Ω|1/2 2
= |Ω|1/2 kf kL2 (Ω) .

|f (t)| dt
Ω Ω

En particulier, l’application
Z
L2 (Ω; C) 3 f 7→ f (t) dt ∈ C,

est bien définie, linéaire et elle est Lipschitzienne, donc elle est continue.
L’espace L20 (Ω; C) est donc un fermé comme image réciproque d’un fermé par une applica-
tion continue. 

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Isomorphismes d’espaces de Hilbert

Définition
Soient H1 , H2 deux espaces de Hilbert et L : H1 → H2 , une application linéaire. On dit que L
est un isomorphisme d’espaces de Hilbert si les deux propriétés suivantes sont vérifiées :
1 L est bijective.
2 L est une isométrie, i.e. kL(x)kH2 = kxkH1 , pour tout x ∈ H1 .

Exemple : L’application ”shift” S : `2 (N; C) → `2 (N; C), définie par

S((x0 , x1 , x2 , . . . , xn , . . .)) = (0, x0 , x1 , x2 , . . . , xn−1 , . . .),

est injective, préserve la norme mais ce n’est pas un isomorphisme d’espaces de Hilbert car
S n’est pas surjective !

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Orthogonalité

Définition
Soit H un espace de Hilbert et h , i le produit hermitien sur H. Si F est un sous-espace vectoriel
de H, on définit l’orthogonal de F par
n o
F ⊥ := x ∈ H : ∀y ∈ F , hx, y i = 0 .

Proposition
Soit F un sous-espace vectoriel de H, alors :
(i) F ⊥ est un sous-espace fermé ;
(ii) si G est un sous-espace vectoriel et si G ⊂ F , alors F ⊥ ⊂ G ⊥ ;
(iii) F ⊥ = (F̄ )⊥ .

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Orthogonalité

Dém : (i) Soit (xn )n≥0 une suite de F ⊥ qui converge vers x ∈ H. Alors, pour tout y ∈ F

0 = lim hxn , y i = hx, y i,


n→+∞

donc x ∈ F ⊥ .
(iii) F ⊂ F̄ donc (F̄ )⊥ ⊂ F ⊥ . Inversement, soient x ∈ F ⊥ et y ∈ F̄ . Il existe (yn )n≥0 une
suite de F telle que
y = lim yn .
n→+∞

Alors
hx, y i = lim hx, yn i = 0.
n→+∞

Donc x ∈ (F̄ )⊥ . 

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Dual d’un espace de Hilbert

Définition
L’espace vectoriel
H 0 := L(H; C),
des formes linéaires continues définies sur H est appelé dual topologique (pour le distinguer de
l’espace de toutes les formes linéaires L(H; C)).

L’espace H 0 , muni de la norme définie par

kukH 0 := sup |u(x)|,


kxk≤1

est un espace de Banach (conséquence d’un résultat plus général déjà vu dans le cours sur
la complétude). Nous verrons prochainement que c’est un espace de Hilbert.
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Projection sur un convexe fermé

Théorème de la projection sur un convexe


fermé

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Projection sur un convexe fermé

Définition
On dit qu’un sous-ensemble C d’un espace vectoriel E est convexe si ∀x, y ∈ C , [x, y ] ⊂ C , où
n o
[x, y ] := t x + (1 − t) y : t ∈ [0, 1] .

Théorème (Théorème de la projection sur un convexe fermé)


Soit H un espace de Hilbert et C un sous-ensemble convexe fermé (non vide) de H. Pour tout
x ∈ H, il existe un unique y ∈ C tel que

kx − y k = d(x, C ) := inf kx − zk.


z∈C

Si x ∈ C alors y = x et si x ∈
/ C , y est caractérisé par

< hx − y , z − y i ≤ 0, ∀z ∈ C .

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Projection sur un convexe fermé

Projection sur un convexe

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Projection sur un convexe fermé

Dém : Existence. Soit (yn )n≥0 une suite minimisante, i.e. yn ∈ C et

lim kx − yn k = d(x, C ).
n→+∞

Utilisons l’égalité du parallélogramme

ka + bk2 + ka − bk2 = 2 kak2 + kbk2 .




avec a = x − ym et b = x − yn . On trouve

k2x − yn − ym k2 + kyn − ym k2 = 2 (kx − ym k2 + kx − yn k2 ).

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Projection sur un convexe fermé

Donc 2
2 2
yn + y m
kyn − ym k2 = 2 (kx − ym k + kx − ym k ) − 4 x −

2
≤ 2(kx − ym k2 + kx − yn k2 ) − 4 d(x, C )2 .
Donc (yn )n≥0 est une suite de Cauchy dans H (qui est complet) elle converge vers y ∈ H.
Mais, C est fermé, donc y ∈ C .
Unicité. Si kx − y1 k = kx − y2 k = d(x, C ), on peut écrire
2
2 2
y 1 + y2
k2

ky1 − y2 = 2 ky1 − xk + ky2 − xk − 4 x −

2
≤ 4 d(x, C )2 − 4 d(x, C )2 = 0,

donc y1 = y2 .

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Projection sur un convexe fermé

Caractérisation. Soit z ∈ C et y ∈ C tels que kx − y k = d(x, C ). L’ensemble C est


convexe, donc [y , z] ⊂ C . Pour tout t ∈ [0, 1], on note zt = (1 − t) y + tz. On peut écrire

d(x, C )2 ≤ kx − zt k2 = kx − y k2 + 2< hx − y , y − zt i + ky − zt k2 .

Comme kx − y k2 = d(x, C )2 , on conclut que

0 ≤ 2< hx − y , y − zt i + ky − zt k2 .

Donc 2 t < hx − y , z − y i ≤ t 2 ky − zk2 , pour tout t ∈ [0, 1]. En divisant par t > 0 et en
faisant tendre t vers 0, on en déduit que < hx − y , z − y i ≤ 0. 

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Projection sur un sous-espace vectoriel fermé

Théorème (Théorème de la projection)


Soit H un espace de Hilbert et F ⊂ H un sous-espace vectoriel fermé. Il existe une unique
application linéaire PF : E → F , telle que, pour tout x ∈ H,

kx − PF (x)k = d(x, F ) := inf kx − zk.


z∈F

De plus :
(i) PF (x) est l’unique élément de F vérifiant cette égalité.
(ii) x − PF (x) est orthogonal à tout vecteur de F .
(iii) PF est 1-Lipschitzienne (donc continue), i.e. kPF (x)k ≤ kxk, ∀x ∈ E .

Exemple : Si F est un sous-espace de dimension finie et si e1 , . . . , eN est une base ortho-


N
X
normée de F , on a la formule explicite PF (x) = hx, ej i ej .
j=1
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Projection sur un sous-espace vectoriel fermé

Dém : (ii) On note y := PF (x). Montrons que x − y ∈ F ⊥ . On sait que, pour tout z ∈ F ,
on a
< hx − y , z − y i ≤ 0,
Donc < hx − y , w i ≤ 0 pour tout w ∈ F . En remplaçant w par −w puis par iw , on conclut
que hx − y , w i = 0 pour tout w ∈ F .

(iii) On a (Théorème de Pythagore)

kxk2 = kx − PF (x)k2 + kPF (x)k2 ≥ kPF (x)k2 .

Ce qui termine la démonstration. 

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Conséquences

Corollaire
(i) Si F est un sous-espace fermé de H, alors H = F ⊕ F ⊥ et (F ⊥ )⊥ = F .

(ii) Si F est un sous-espace de H (non nécessairement fermé) on a (F ⊥ )⊥ = F̄ .

Dém : (i) On a (Théorème de la projection)

x = PF (x) + (x − PF (x)),

avec x − PF (x) ∈ F ⊥ . De plus F ∩ F ⊥ = {0}. Donc, H = F ⊕ F ⊥ .


Par définition, F ⊂ (F ⊥ )⊥ . Si l’inclusion était stricte, il existerait x 6= 0 tel que x ∈
(F ⊥ )⊥ ∩ F ⊥ . Alors hx, xi = 0 donc x = 0, ce qui constitue une contradiction.
(ii) On a vu que F ⊥ = F̄ ⊥ , donc (F ⊥ )⊥ = (F̄ ⊥ )⊥ = F̄ . 
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Théorème de représentation de Riesz

Théorème de représentation de Riesz

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Théorème de représentation de Riesz

Pour tout a ∈ H, on note Λa la forme linéaire définie sur H par

Λa (x) := hx, ai.

Lemme
Avec la définition ci-dessus, Λa ∈ H 0 et kΛa kH 0 = kakH .

Dém : On a |Λa (x)| = |hx, ai| ≤ kak kxk (inégalité de Cauchy-Schwarz) donc

kΛa kH 0 := sup |Λa (x)| ≤ kak.


kxk≤1

Enfin, Λa (a) = kak2 ≤ kΛa kH 0 kak. Ce qui montre que kΛa kH 0 ≥ kak. 

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Théorème de représentation de Riesz

Théorème (Théorème de représentation de Riesz)


Soit H un espace de Hilbert et u ∈ H 0 une forme linéaire continue sur H. Alors, il existe un
unique a ∈ H tel que,
∀x ∈ H, u(x) = Λa (x).
De plus, l’application a 7→ Λa définie de H dans H 0 , est un isomorphisme anti-linéaire isométrique.

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Théorème de représentation de Riesz

Dém : Soit u ∈ H 0 , u 6= 0. On note F := Ker u, qui est un sous-espace fermé de H (car


u est continue). On décompose H = F ⊕ F ⊥ .
Montrons que F ⊥ est de dimension 1 : si a ∈ F ⊥ − {0} et, si x ∈ F ⊥ , on peut écrire
 
u(x) u(x)
u x− a = 0, donc x− a ∈ F ∩ F ⊥ = {0}.
u(a) u(a)

u(x)
Conclusion x = a.
u(a)
Choisissons a ∈ F ⊥ tel que u(a) = ha, ai = kak2H . Avec ce choix, on vérifie que u(x) =
hx, ai, pour tout x ∈ H. 

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Conséquences

Remarque : Le Théorème de représentation de Riesz généralise le résultat qui, en dimension


finie, affirme que, si u est une forme linéaire sur RN , il existe y ∈ RN tel que u(x) = x · y ,
où · désigne le produit scalaire euclidien.

Exemple : Toute forme linéaire continue définie sur L2 (R; C) est de la forme
Z
f 7→ f (t) g (t) dt,
R

où g ∈ L2 (R; C).

Espaces de Hilbert Frank Pacard 41 / 65


Conséquences

Remarque : Il résulte du Théorème de représentation de Riesz que H 0 est un espace de


Hilbert, ce qui n’était pas évident a priori.

Le produit hermitien h , iH 0 sur H 0 est défini en posant, pour tous Λa , Λb ∈ H 0

hΛa , Λb iH 0 := hb, ai,

et on a
Λa (x) hx, ai
kΛa kH 0 := sup = sup = kak,
x6=0 kxk x6=0 kxk

Espaces de Hilbert Frank Pacard 42 / 65


Théorème de Riesz pour les formes sesquilinéaires

Définition
Une forme sesquilinéaire Φ : H × H → C est continue s’il existe une constante C > 0 telle que

|Φ(x, y )| ≤ C kxkky k, ∀x, y ∈ H.

Remarque : La continuité (au sens usuel) de Φ : H ×H → C est équivalente à la continuité


au sens de la définition ci-dessus.
Remarque : Si A ∈ L(H, H) est une application linéaire continue, la forme sesquilinéaire

Φ(x, y ) := hA(x), y i,

est continue. En effet

|hA(x), y i| ≤ kA(x)k ky k ≤ kAkL(H,H) kxkky k.

Espaces de Hilbert Frank Pacard 43 / 65


Théorème de Riesz pour les formes sesquilinéaires

Théorème (Théorème de représentation de Riesz (version sesquilinéaire))


Soit Φ une forme sesquilinéaire continue sur un espace de Hilbert H. Alors, il existe une unique
application linéaire continue A : H → H, telle que

Φ(x, y ) = hx, A(y )i ∀x, y ∈ H.

Remarque : Si Φ est hermitienne alors A vérifie hx, A(y )i = hA(x), y i.

hx, A(y )i = Φ(x, y ) = Φ(y , x) = hy , A(x)i = hA(x), y i.

Espaces de Hilbert Frank Pacard 44 / 65


Démonstration

Dém : Soit y ∈ H. La forme linéaire x 7→ Φ(x, y ) est continue donc, ∀x ∈ H , il existe un


unique ay ∈ H tel que Φ(x, y ) = hx, ay i (Théorème de représentation de Riesz).

Vérifions que l’application A : H → H définie par A(y ) := ay est linéaire et continue.

La linéarité résulte de l’unicité dans le Théorème de représentation de Riesz.

Par hypothèse

kA(y )k2 = hA(y ), A(y )i = Φ(A(y ), y ) ≤ C ky k kA(y )k.

Donc
kA(y )k ≤ C ky k,
ce qui montre la continuité de A. 

Espaces de Hilbert Frank Pacard 45 / 65


Adjoint d’une application linéaire continue

Définition
Soit A : H → H une application linéaire continue. On appelle adjoint de A et on note A∗ , une
application linéaire continue
A∗ : H → H,
vérifiant
hA(x), y i = hx, A∗ (y )i ∀x, y ∈ H.

Remarque : Si A possède un adjoint, cet adjoint est unique (injectivité de l’application


a 7→ Λa ).

Espaces de Hilbert Frank Pacard 46 / 65


Adjoint d’une application linéaire continue

Corollaire
Soit A une application linéaire continue d’un espace de Hilbert H dans lui-même. Alors, l’adjoint
de A est bien défini et c’est une application linéaire continue de H dans H.

Dém : La forme sesquilinéaire Φ(x, y ) := hA(x), y i, est continue. Il existe donc A∗ (unique)
telle que

hA(x), y i = hx, A∗ (y )i ∀x, y ∈ H. 

Espaces de Hilbert Frank Pacard 47 / 65


Théorème de Hahn-Banach

Théorème de Hahn-Banach

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Théorème de Hahn-Banach

Théorème (Théorème de Hahn-Banach dans un espace de Hilbert)


Soit F un sous-espace d’un espace de Hilbert H tel que F̄ 6= H. Pour tout x ∈
/ F̄ , il existe
0
u ∈ H , une forme linéaire continue, telle que :

u(x) = 1 et u ≡ 0 sur F.

Espaces de Hilbert Frank Pacard 49 / 65


Théorème de Hahn-Banach

Dém : On note G := F̄ ⊥ et on décompose

x = PG (x) + (x − PG (x)),

où
x − PG (x) ∈ G ⊥ = (F̄ ⊥ )⊥ = F̄ .
On a supposé que x ∈
/ F̄ , donc PG (x) 6= 0. On peut définir

PG (x)
y := ∈ F̄ ⊥ .
kPG (x)k2

Donc
Λy (x) = hx, y i = 1 et Λy (z) = hz, y i = 0,
pour z ∈ F̄ . Il suffit de prendre u := Λy . 

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Critère de densité

Corollaire (Critère de densité)


Soit F un sous-espace vectoriel de H. Alors, F est dense dans H si et seulement si F ⊥ = {0}.

Autrement dit, pour vérifier qu’un sous-espace F est dense de H, il suffit de vérifier que

∀a ∈ H, (hx, ai = 0, ∀x ∈ F ) ⇒ a = 0.

Dém : Si F est dense, alors F̄ = H et F ⊥ = F̄ ⊥ = {0}.


Inversement, si F n’est pas dense, il existe u ∈ H 0 , u 6= 0 telle que u(x) = 0 pour tout
x ∈ F.
Il existe a ∈ H, a 6= 0 tel que u = Λa . Alors hx, ai = 0 pour tout x ∈ F et a 6= 0. Donc
F ⊥ 6= {0}. 

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Critère de densité

Exemple : Soit `c (N; C) l’ensemble des suites de `2 (N; C) qui sont nulles à partir d’un
certain rang. On note en ∈ `c (N; C) la suite dont tous les termes sont nuls sauf le n-ième
qui est égal à 1.

Si a = (an )n≥0 est orthogonale à tous les élements de `c (N; C), on a

ha, en i`2 = an = 0,

donc a = 0.

Conclusion, `c (N; C) est dense dans `2 (N; C).

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Théorème de Lax-Milgram

Définition
Une forme sesquilinéaire Φ définie sur un espace de Hilbert H est coercive, s’il existe une
constante c > 0 telle que
Φ(x, x) ≥ c kxk2 ,
pour tout x ∈ H.

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Théorème de Lax-Milgram

Théorème (Lax-Milgram)
On suppose que Φ est une forme hermitienne continue et coercive, alors l’application A définie
dans le Théorème de représentation de Riesz est inversible et d’inverse continu.

Dem : La coercivité et l’inégalité de Cauchy-Schwarz nous donnent

c kxk2 ≤ Φ(x, x) =: hx, Axi ≤ kAxk kxk.

Conclusion
c kxk ≤ kA xk,
donc A est injective. 

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Bases hilbertiennes

Bases hilbertiennes

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Bases hilbertiennes

Soit H un espace de Hilbert. On note h , i le produit hermitien sur H et k k la norme


associée. Soit (en )n≥0 une famille dénombrable de H.

Définition
On dit que (en )n≥0 est une base hilbertienne de H si :
(i) pour tous n 6= m, hen , em i = 0 et ken k = 1 pour tout n ∈ N ;
(ii) l’espace vectoriel Vect {en : n ∈ N} des combinaisons linéaires finies de vecteurs en , pour n ∈ N,
est dense dans H.

Remarque : attention, une base hilbertienne n’est pas une base algébrique car pour une
base algébrique, tout élément de l’espace est combinaison linéaire finie d’éléments de la
base.

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Base hilbertienne

Théorème
Soit (en )n≥0 une base hilbertienne de l’espace de Hilbert H.
(i) Tout x ∈ H s’écrit de manière unique comme la somme d’une série convergente dans H
X
x= xn e n où xn := hx, en i ∈ C.
n≥0

De plus, on a l’égalité de Parseval


X X
kxk2 = |xn |2 = |hx, en i|2 .
n≥0 n≥0

X X
(ii) Réciproquement, si |xn |2 < +∞, alors xn en converge dans H.
n≥0 n≥0

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Base hilbertienne
DémS: (i) - Soit Pn la projection orthogonale sur Fn := Vect{e0 , . . . , en }. Par hypothèse
F = n∈N Fn est dense dans H, donc
lim Pn (x) = x,
n→+∞
de plus
n
X
Pn (x) = xk ek , où xk := hx, ek i,
k=0
et (Théorème de Pythagore)
n
X
kPn (x)k2 = |xk |2 .
k=0
Par passage à la limite, on obtient la formule de Parseval
Xn X
kxk2 = lim kPn (x)k2 = lim |xk |2 = |xk |2 .
n→∞ n→∞
k=0 k≥0
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Base hilbertienne

X
(ii) - On suppose que |xn |2 < +∞. Remarquer que (Théorème de Pythagore) pour tout
n≥0
n, m ≥ 0 2
Xn n
X
xk ek = |xk |2 .



k=m k=m

En particulier, la suite
n
!
X
xk ek ,
k=0 n≥0

est une suite de Cauchy dans H (qui est complet), donc elle converge. 

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Inégalité de Bessel

Lemme
+∞
X
Soit (en )n≥0 une famille orthonormale de vecteurs de H et x ∈ H. Alors hx, en i en , est la
n=0
projection orthogonale de x sur F̄ , l’adhérence du sous-espace vectoriel F engendré par les
vecteurs en .

Le Théorème de Pythagore nous permet décrire


X
kxk2 = kx − PF̄ (x)k2 + kPF̄ (x)k2 = kx − PF̄ (x)k2 + |hx, en i|2 .
n≥0

On en déduit l’inégalité de Bessel


X
|hx, en i|2 ≤ kxk2 .
n≥0

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Espaces de Hilbert séparables

Espaces de Hilbert séparables

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Espaces de Hilbert séparables

Définition
On dit qu’un espace de Hilbert H est séparable, s’il existe un sous-ensemble de H qui est à la
fois dénombrable et dense.

Remarque : Si H possède une base hilbertienne (en )n≥0 , alors H est séparable.
Dém : Considérer le Q-espace vectoriel engendré par les en et i en , pour n ∈ N. 

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Espaces de Hilbert séparables

Théorème
Tout espace de Hilbert séparable possède une base hilbertienne.

Dém : On applique le procédé d’orthonormalisation de Schmidt à la suite (xn )n≥0 qui est
dense dans H. 
Remarque : Tous les espaces considérés dans ce cours sont séparables : `2 (N; C) (considérer
par exemple les suites nulles à partir d’un certain rang, à valeurs dans Q + iQ), L2 (R; C)
(considérer par exemple les combinaisons linéaires à coefficients dans Q + iQ des fonctions
indicatrices des intervalles dont les extrémités sont des rationnels), L2 ([a, b]; C), . . . sont
des espaces de Hilbert séparables.

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Espaces de Hilbert séparables

Corollaire
Deux espaces de Hilbert de dimension infinie, qui sont séparables, sont isomorphes.

Dém : Soit (en )n≥0 une base hilbertienne de H. Si x := (xn )n≥0 ∈ `2 (N; C), on note
X
L(x) := xn en ∈ H.
n≥0

L’application L : `2 (N; C) → H est linéaire et

kL(x)k = kxk (Parseval).

Donc L est continue et injective, on vérifie qu’elle est surjective. 

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Espaces de Hilbert séparables

Proposition
Un sous-espace fermé d’un espace de Hilbert séparable est séparable.

Dém : Soient F un sous-espace fermé de H et {xn : n ≥ 0} un ensemble dénombrable et


dense dans H.

Pour tout y ∈ F , on a

kPF (xn ) − y k = kPF (xn ) − PF (y )k ≤ kxn − y k,

car PF est 1-Lipschitzienne. Donc, {PF (xn ) : n ≥ 0} est dense dans F . 

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