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Grèves et conflits sociaux

Direction
IIe colloque international
Serge Wolikow
The International Association Strikes and Social Conflict (IASSC)

Approches croisées de la conflictualité


XVIIIe siècle à nos jours
USR CNRS-UB 351 6
1
Le comité scientifique :
Sophie Baby - Luca Baldissara - Sabyasachi Battacharya - Asef Bayat - Álvaro Bianchi - Stefan
Berger - Anita Chan – Xavier Domènech - Andreia Galvão - Geert van Goethem - Nicolás Iñigo
Carrera - François Jarrige - John Kelly - Marcel van der Linden - Beverly Silver - Raquel Varela -
Sjaak van der Velden - Xavier Vigna - Jean Vigreux – Serge Wolikow

Organisateurs :
Jean-Marc Bourgeon – Nélia Roulot – Raquel Varela - Sjaak van der Velden - Serge Wolikow

Remerciements
à L’équipe de la MSH de Dijon qui a pris en charge l’organisation matérielle : Nelia Roulot et
Sabine Palmer, en charge de l’administration - Marion Foucher de la communication, Jennifer
Fourneret et Delphine Badian pour toute la gestion des inscriptions et la préparation de la docu-
mentation, Benoît Chervin et Alain Gueldry pour l’organisation matérielle et logistique.

Soutien financier au colloque


CGC ; CREDESPO ; ADIAMOS ; FGP ; AMSAB ; IIHS ; BQR UB ; Ministère du travail ; CRB ; Ville de Dijon et Grand
Dijon

Contacts
Giulia Strippoli (baluginare@hotmail.com)
http://www.iassc-mshdijon.fr/

Image de couverture : La Grève des mineurs (tableau de Roli), Petit Journal, 1892.

2
Table des matières

La MSH de Dijon, l’histoire des grèves et des conflits sociaux


Serge Wolikow 9

Na abertura da II Internacional Conference Strikes and Social Conflicts Dijon, França


Raquel Varela 15

A l’ouverture de la deuxième Conférence internationale des grèves et conflits sociaux Dijon,


France
Raquel Varela 18

Partie I - Face à l’état et aux horizons révolutionnaires : contextes sociaux et


enjeux politiques 21
The occupied Revolution. Some specifics of strikes and social conflicts in the industrial region
of the Lower Rhine 1918-1924
Walter Daugsch 23

L’invention des « soupes communistes » (France, 1880-1914)


François Jarrige 33

La grève d’octobre 1931 dans les ports soviétiques. Le rôle des marins communistes allemands
de l’Internationale des gens de la mer -ISH-
Constance Margain 45

Forja de rebeldes : huelgas y conciencia


Rubén Vega 57

The construction of social protest in Franco’s regime. From individual resistance to collective
action in the shipyard Bazán in Ferrol. 1946-1972
José Gómez Alen 67

The Oil Workers’ Strike and the Iranian Revolution (1978 – 1979)
Peyman Jafari 77

El conflicto como propuesta de negociación salarial en la Argentina post-convertibilidad


Facundo Barrera 89

Contentious unionism and economic crisis context: An assessment on the post-conflict situation
at Greek Steel Company “Hellenic Halyvourgia” (H.H.)
Bithymitris Giorgos 101

3
Lucha contra el neoliberalismo. Argentina 1993-2001
María Celia Cotarelo 111

Greves e conflitos sociais  : há lugar, na luta de classes, para a crença em valores em si,
prévios e superiores na forma jurídica ?
Enoque Feitosa, Lorena Freitas, Taciana Cahú Beltrão 119

Les grèves de mineurs de 1963 dans les Lorraine(s) du fer et du charbon : Autopsies croisées
de deux sorties de conflits
Sylvain Cothias 131

Un conflit précurseur arbitré par l’État : les grèves du Creusot et les premiers délégués d’atelier
(1898-1900)
René-Pierre Parize 141

De la protesta urbana a la demanda ciudadana  : el movimiento vecinal durante el


tardofranquismo (1964-1975)
Maria Valls Gandia, Ignasi Escandell Garcia 167

Violence and conflict around the strikes of 1917. The case of A Coruña
Rosalia Regueiro Mendez 175

Partie II - Les milieux et les acteurs, les formes et les modalités 183
Entre « résistances » à la guerre et conflit de classe. Révoltes et « républiques paysannes » en
Italie du sud, 1943-1945
Massimo Asta 185

Terres occupées, terres disputées : coopératives et mouvement paysan dans une province de
la Sicile (1944-1950)
Niccolò Mignemi 193

Os conflitos sociais no campo e a educação: a questão agrária no Brasil


Anita Helena Schlesener, Donizete Aparecido Fernandes 201

Derrotar a greve dos docentes: o que o governo brasileiro quer ensinar aos trabalhadores?
Marina Barbosa Pinto 213

Battles on the Barbican: the Struggle for Trade Unionism in the British Building Industry, 1965–7
Linda Clarke, Charlie McGuire, Christine Wall 219

Les grandes grèves de coupeurs de canne en Pernambouc d´un gouvernement Arraes à


l´autre: difficile accession au registre démocratique et à la citoyenneté (1963-1987)
Christine rufino Dabat 231

Scioperi e conflitti nel cantiere navale di Sestri Ponente (1950-2010)


Giulia Strippoli 241

La mobilisation féminine au cours de la naissance du mouvement ouvrier en Galice


Margarita Barral Martínez 247

Dock workers’ strike and the female activism (Genoa, 1955)


Marco Caligari 257

Hombres, mujeres y niños en las huelgas del sector vidriero en España (1870-1923)
Jordi Ibarz Gelabert 263

4
La condition féminine au travail sous le Front populaire en France
Morgan Poggioli 275

Syndicalisme alternatif et internationalisme : le cas de la CSP-Conlutas et de la réorganisation


syndicale brésilienne
Sébastien Antoine 281

Shipbuilding Workers of the World  ?: The International Metalworkers’ Federation (IMF)


Shipbuilding Department on Shipbuilding Crisis
Luisa Barbosa Pereira 293

Greves e transformações político-ideológicas no sindicalismo brasileiro recente


Davisson Cangussu de Souza, Patrícia Vieira Trópia 305

Articulaciones entre formación y lucha en la América Latina de los ’60 y ’70: el caso de la
CLASC/CLAT 315
Gabriela Scodeller 315

Partie III - Territoires, échelles et traditions 323


Entre le jaune et le rouge.  Le mouvement ouvrier chrétien au Brésil au début du XXème siècle
Deivison Amaral 325

La Huelga general en el siglo XX espanol : retórica, mito e instrumento


José Babiano, José Antonio Pérez, Javier Tébar Hurtado 331

Lutas abolicionistas e formação da classe trabalhadora. Um estudo de conflitos sociais no


Brasil a partir de uma abordagem para além do nacional
Marcelo Badaró Mattos 343

El cine y las huelgas: conflicto social en los Estados Unidos en el siglo XX


María del Pilar Loranca de Castro 351

Reformas y protestas laborales en Italia: ¿qué visibilidad y para qué?


Vanesa Stella Maris Coscia 357

Memoria e historia de los conflictos portuarios en el Puerto de La Luz y La Isleta (Las Palmas
de Gran Canaria, España)
Pilar Domínguez Prats, Miguel Suarez Bosa 365

Pour une entière citoyenneté  : la lutte des ouvriers de l’arsenal de Toulon au début de la
Révolution française (1789-1793)
Julien Saint-Roman 377

Mouvements étudiants et grèves générales : Sénégal, 1968 - Madagascar 1972 : Conflits de


classe et/ou de génération
Françoise Blum 383

La lutte des «35 jours»


Valerio Timperi 391

O “Fim das classes sociais” na teoria social brasileira


Henrique Amorim 399

Les apports d’une approche ethnographique et mosaïque des conflits du travail pour
reconstituer le « puzzle des grèves »

5
Baptiste Giraud 411

Instrumentos de lucha de La clase obrera : La huelga general con movilización


Nicolás Iñigo Carrera 421

Spatio-temporal calculation of comparative strike movements and the search for data
Sjaak van der Velden 429

Partie IV - Croiser et comparer les grèves d’aujourd’hui 441


Les journées d’actions syndicales européennes. Étude de cas du 14N, révélateur des fractures
syndicales nationales et européennes
Anne Dufresne, Corinne Gobin 443

Conflictos obreros en el sector de la construcción naval mundial (1950-2010). Notas para un


estudio comparativo
Juliana Frassa, José Gómes Alén, Jorge Fontes 455

Revolutionary syndicalism in São Paulo as a transnational movement


Michael M. Hall 469

New Labour Regimes and Political Power of Workers in the Global Era: Textile and Clothing
Industry in a Comparative Perspective
Paula Menezes 477

Lutas e demandas sociais dos movimentos migratórios da União Europeia


Cleusa Santos, Luciano Rodrigues de Souza Coutinho 489

La conflictividad vecinal en los años ochenta en el barcelonès nord. Una gran desconocida
José Miguel Cuesta Gómez 503

¿Conflictos con Clase?: Dos casos de estudio de organizaciones de desempleados en la


Argentina de la década de 2000
Javier Walter Ghibaudi 513

A Catação de Materiais Recicláveis no Brasil: trabalho e ação política coletiva


Fabiana Sanches Grecco 521

Les cheminots en grève : complexité et/ou renouveau des formes d’action


Dominique Andolfatto, Marnix Dressen, Jean Finez 533

Precarious workers go on strike: outsourced workers mobilization in a Brazilian steel industry


Sabrina de Oliveira Moura Dias 549

El surgimiento de Comisiones de Trabajadores y sus coordinadoras en la Revolución Portuguesa


(1974-1976)
Miguel Ángel Pérez Suárez 561

Le Maroc à l’ère des révolutions arabes, une exception de façade


Marguerite Rollinde 569

Mouvement social en contexte autoritaire : relecture de la révolution syrienne


Manon-Nour Tannous 577

L’ «  hiver du mécontentement  » de 1978-1979  : une bifurcation dans l’histoire des conflits


sociaux en Grande-Bretagne ?
Marc Lenormand 587

6
Partie V - Les sens des conflits : visions transversales de la conflictualité 595
La conjoncture et les luttes des travailleurs : du nouveau et du déjà vu
Armando Boito 597

Conflits sociaux portuaires dans le Nord et dans le Sud : passé et futur


Michel Pigenet 603

Les campagnes rouges : socialismes et communismes ruraux en France et en Europe (fin du


XIXe - fin des années 1920)
Jean Vigreux 611

Guide des résumés 633

7
8
La MSH de Dijon, l’histoire des Cette histoire qui fait une part importante aux
conflits et aux contradictions tant sociales
grèves et des conflits sociaux que politiques reste souvent en butte aux cri-
tiques des défenseurs d’une histoire attentive
avant tout à l’action des Etats et des élites diri-
geantes.
Serge wolikow*1
Faire l’histoire des grèves conduit à s’inté-
resser au monde du travail, à ses conditions
d’existence comme à ses activités profes-
sionnelles. Elle est, en ce sens, fondamenta-
lement une histoire des milieux populaires et
du travail, non seulement dans le domaine de
l’industrie mais aussi du monde rural et des
Lorsque au lendemain du congrès fondateur activités tertiaires. C’est prendre le contre pied
de l’Association Internationale d’histoire des de l’histoire dominante de la politique et de la
grèves, nous avons, en 2011, accepté la pro- culture, assimilée à celle des élites et des mi-
position d’organiser le 2e congrès en Bour- lieux sociaux dominants.
gogne nous avions le sentiment de poursuivre Pour autant l’histoire des grèves n’est pas seu-
une démarche qui avait amené la MSH de Di- lement celle des travailleurs mais aussi celle de
jon à participer au projet fondateur de l’asso- ces catégories sociales dominantes, de l’in-
ciation et à son premier congrès à Lisbonne. dustrie, des activités financières et commer-
L’histoire des mouvements sociaux, enten- ciales comme de la grande propriété rurale.
due notamment comme celle des grèves et L’histoire des conflits implique nécessairement
des conflits sociaux, constitue un domaine du une réflexion en termes d’action collective et
savoir qu’il faut promouvoir et imposer dans le d’interaction entre les classes et les catégo-
champ académique et universitaire. ries sociales.
* Serge wolikow – Professeur émérite d’histoire contem- En ce sens elle se démarque des courants
poraine à l’Université de Bourgogne a été directeur de historiographiques principalement centrés
la MSH de Dijon de 2002 à 2012 – Francis Aubert, pro-
fesseur d’économie à l’Université de Bourgogne est
sur les approches biographiques et indivi-
depuis le 1 Septembre 2013 directeur de la MSH de
er dualisées des acteurs sociaux. L’histoire des
Dijon.

9
grèves incite à penser l’histoire du monde du Loin d’ignorer la méthodologie de l’histoire cri-
travail avec des paradigmes qui permettent tique, la prise en compte des conflits implique
de comprendre les appartenances collectives, un travail empirique et documentaire exigeant
les processus de prise de conscience comme qui implique de croiser des données et des
les formes de l’action commune forgés dans informations produites à partir de sources di-
la confrontation. Elle se démarque des para- versifiées en contrôlant leur fiabilité respective.
digmes fondés sur la déclinaison des identi- Dans cette perspective, le comité scienti-
tés sociales dont le modèle importé de la psy- fique du congrès a élaboré son appel à contri-
chologie a été étendu à l’ensemble du champ bution en mettant en avant l’historicité et la
social et politique au cours des années 1980 temporalité des grèves2. Il a souligné l’impor-
et 1990. tance d’étudier aussi bien les origines que les
Centrer cette initiative internationale sur conséquences des conflits sociaux en les ins-
l’histoire des grèves et des conflits sociaux crivant dans la durée. Il a également appelé les
c’est affirmer une am- chercheurs à centrer leur
bition élargie pour l’his- attention sur le déroule-
toire sociale pour laquelle ment et l’organisation
on accepte parfois, par- des grèves en examinant
ticulièrement pour celle les conditions sociales
du monde du travail, une concrètes de leur déve-
place réduite en marge loppement notamment
des grands domaines de à travers l’analyse des
l’histoire. acteurs impliqués.
Ce qui est d’actualité Enfin, comment ne pas
c’est tout autre chose  :  il réfléchir, pour l’analyse,
s’agit de renouveler le aux échelles pertinentes,
regard porté sur l’histoire locales, nationales, trans-
contemporaine dans son nationales, mais aussi aux
ensemble, en mettant au discours associés aux
centre de la recherche, mouvements grévistes  ?
l’étude des actions collec- En somme, un très vaste
tives et des mobilisations projet dont les quatre
du monde du travail. parties de cet ouvrage
Ainsi l’histoire sociale re- rendent compte.
connaît la place des mi-
lieux populaires, de leurs Ce comité scientifique
conditions d’existence, de international a joué un
leurs activités de travail rôle fondamental dans la
comme de leurs luttes et somme toute de leur mise au point complexe du programme dont
existence. l’ampleur ne pourra pas échapper au lecteur
Loin d’ignorer tant l’histoire politique que en parcourant l’ouvrage qui reproduit une
l’histoire culturelle, elle les rattache de façon 2. Comité scientifique : Sophie Baby - Luca Baldissara
effective non à une élite étroite et dominante, - Sabyasachi Battacharya - Asef Bayat - Álvaro Bianchi
mais au plus grand nombre qui, bien qu’en - Stefan Berger - Anita Chan – Xavier Domènech - An-
dreia Galvão - Geert van Goethem - Nicolás Iñigo Car-
position subalterne, a fait une irruption mas- rera - François Jarrige - John Kelly - Marcel van der
sive sur la scène politique et sociale au cours Linden - Beverly Silver - Raquel Varela - Sjaak van der
des 19e et 20e siècles. Velden - Xavier Vigna - Jean Vigreux – Serge Wolikow

10
grande partie des communications qui ont été s’agit en quelque sorte d’élargir le cercle des
reprises pour leur rédaction finale. chercheurs avec le souci de récupérer l’expé-
Le développement de l’association et la tenue rience et les réflexions des acteurs non seule-
de son deuxième congrès signifient égale- ment comme des témoins mais aussi comme
ment une ouverture nécessaire des historiens des participants au travail de recherche lui-
à l’interdisciplinarité indispensable et difficile même à chaque fois que cela est possible.
mais aussi source de compréhension et de La participation, comme auteurs, de respon-
nouveaux regards. sables syndicaux, impliqués dans la formation
Nous y sommes particulièrement sensibles du et l’éducation des militants, est de ce point de
fait de notre expérience scientifique en France vue, très significative.
au sein du Réseau National des Maisons des La dimension internationale du travail scienti-
sciences d’homme3 et tout particulièrement en fique est devenue une donnée incontournable
Bourgogne dans le cadre de la MSH de Dijon4. avec les nouveaux moyens d’information et
La complexité des phénomènes étudiés la circulation accélérée des travaux scienti-
comme la diversité des attentes sociales fiques. Dans les sciences humaines, en his-
impliquent une coopération scientifique qui toire notamment, cette internationalisation est
impose de dépasser la juxtaposition des dis- largement amorcée par le biais des sociétés
ciplines scientifiques existantes d’autant que de spécialistes et les grandes revues scienti-
d’un pays à l’autre les frontières qui les dis- fiques.
tinguent sont bien souvent différentes. Mais dans le domaine qui nous intéresse ici,
Le croisement des savoirs des différentes celui de l’histoire des grèves et du monde tra-
sciences humaines et sociales est une exi- vail, s’impose une démarche scientifique plus
gence d’une grande actualité comme l’at- exigeante qui ne se contente pas de com-
testent nombre des textes de cet ouvrage. La paraison internationale dans le temps et dans
perspective historique est commune à toutes l’espace mais qui pense les influences, les cir-
ces sciences mais chacune est porteuse de culations, les connexions. L’histoire globale
spécialisations et de méthodologie : ethnologie, et croisée, déjà mise au centre du congrès
sociologie, anthropologie mais aussi sciences inaugural de Lisbonne, doit être approfondie
politiques, linguistique ou philosophie méritent et prolongée.
d’être asso- Mais l’internationa-
ciées et mobi- lisation scientifique
lisées pour étu- est aujourd’hui do-
dier les grèves minée par le monde
et les conflits anglo-saxon, l’an-
sociaux. glais international
L’interdiscipli- avec des normes
narité suppose qui sont souvent
également ressenties comme
une coopéra- autant d’obstacles
tion intellec- pour les cher-
tuelle avec les cheurs d’autres
praticiens, les zones géogra-
acteurs collec- phiques et cultu-
tifs et individuels des mouvements sociaux, il relles. En fait la communauté scientifique inter-
nationale fonctionne très inégalement selon
3. RNMSH url : http://www.msh-reseau.fr/ les domaines et notamment les moyens éco-
4. Msh de Dijon : http://msh-dijon.u-bourgogne.fr/

11
nomiques et institutionnels mis à disposition mouvements sociaux6. Cet ouvrage issu de
des chercheurs. son deuxième congrès contribuera, nous
Dans le domaine de l‘histoire sociale et en par- l’espérons, à l’essor et à l’audience des
ticulier des conflits et des grèves, la circulation, recherches qu’elle s’efforce de promouvoir.
l’échange et la confrontation des recherches Au moment où les idéologies dominantes du
fonctionnent mal. Cela peut sembler para- libéralisme triomphant connaissent des décon-
doxal quand se réfère à l’histoire ouvrière car venues, l’histoire des grèves et des conflits
le mouvement peut ambitionner
ouvrier s’est dé- de se déployer
veloppé depuis largement à la
le 19e siècle en mesure du rôle
affirmant ses que les mouve-
connexions in- ments sociaux
ternationales, le occupent dans la
croisement des dynamique histo-
expériences, la rique contempo-
mobilité des mili- raine.
tants, exilés et
pourchassés. Ce
sont autant de
facteurs objectifs
qui rendent pos-
sible et nécessaire une histoire internationale
et globale des mouvements sociaux et des
conflits. La diversité des institutions scienti-
fiques impliquées dans la fondation et l’activité
de l’Association Internationale comme celle
des chercheurs dans cet ouvrage témoigne
d’une volonté d’ouvrir la coopération scien-
tifique internationale aux territoires de l’Amé-
rique latine comme du monde méditerranéen.
S’il reste beaucoup d’efforts à réaliser, la re-
vue de l’association, « Workers of the World:
International Journal of Strikes and Social
Conflicts  », à travers ses différents numéros
témoignent de cet élargissement.5
Ainsi les nouvelles tendances historiogra-
phiques en faveur d’une histoire globale fai-
sant sa place aux interactions, aux différentes
échelles d’analyse, à la circulation des savoirs
comme aux migrations, sont au centre de la
démarche de l’association, de sa revue et de
cet ouvrage. L’association grèves et conflit
sociaux en tant que telle est un outil précieux
pour impulser la recherche sur l’histoire des
6. Le site de l’association: http://www.iassc-mshdijon.
5. http://digitalcommons.ilr.cornell.edu/wotw/ fr/

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Appel à communication
Le second congrès international consacré aux « grèves et conflits sociaux », porté par la Maison
des sciences de l’homme de Dijon, en partenariat avec l’association internationale “Strikes and
Social Conflicts”, vise à ouvrir de nouvelles pistes pour penser la conflictualité dans une perspec-
tive pluridisciplinaire et mondiale

La multiplication contemporaine de conflits disséminés, comme la redéfinition profonde des pra-


tiques à l’ère de la mondialisation, invitent à ces déplacements du regard, à l’ouverture interna-
tionale des horizons, comme à l’examen précis de la diversité des pratiques et des imaginaires
mobilisés par les acteurs.
Une première piste interroge les temporalités des grèves et des conflits sociaux. La réflexion sur
l’évolution des formes de mobilisation collective et des répertoires d’action a suscité une abon-
dante littérature. Il semble néanmoins qu’il faille encore interroger les chronologies et leurs arti-
culations, comme les moments d’accélération et d’intensification des conflits, qu’il s’agisse des
moments européens (1848, l’après Première Guerre mondiale) ou mondiaux (les grèves de la
guerre froide, 1968, les mouvements des indignés). De même, la naissance de la « grève mo-
derne » et plus généralement, la genèse des répertoires d’action contemporains, sont-elles le fait
du seul monde ouvrier ? Quelle place accorder notamment aux mondes ruraux ? A cet égard,
la question des conflits sociaux doit aussi être replacée dans une longue durée qui interroge en
amont les mutations des sociétés industrielles, la reconfiguration de « l’économie morale » et,
en aval, l’évolution des conflits dans les mondes populaires et leur extension à d’autres univers
sociaux.
La deuxième perspective vise à interroger la diversité des pratiques du conflit. Si les organisations
politiques et syndicales ont longtemps retenu l’attention, il convient de se pencher aussi sur la di-
versité des acteurs impliqués, à l’origine de pratiques quotidiennes plurielles qui caractérisent les
conflits. On pourra examiner comment les acteurs se coordonnent pour rendre l’action efficace,
comment l’on survit durant le conflit, comment l’on communique entre soi et avec l’extérieur ?
Comment l’on punit les «jaunes» et ceux qui rompent avec le groupe protestataire. De quelle
façon la grève et le conflit redéfinissent-ils les rapports sociaux au sein de la communauté, de la
ville, de l’usine ? La question des rapports entre acteurs semble ici essentielle : rapports de genre
ou de génération, relations entre groupes étrangers et nationaux, entre dominés et dominants
etc.
La troisième dimension invite à questionner les grèves et les conflits sociaux à partir d’une ré-
flexion sur les échelles d’analyse pertinentes, entre les approches globales, comparatistes et
croisées. Il pourra s’agir d’interroger les transferts et échanges transnationaux autour d’un conflit
singulier, la circulation des mots d’ordre, des soutiens, des acteurs, comme les vecteurs qui per-
mettent l’internationalisation d’une lutte (les diverses internationales ou les médias par exemple).
Mais il peut s’agir aussi de proposer des études comparées autour d’un type de pratique ou d’un
groupe singulier par-delà les frontières habituelles. Les propositions à visée historiographique ou
méthodologique seront par ailleurs les bienvenues.
Enfin, la dernière perspective entend questionner l’après conflit. Il s’agit de réinterroger les lo-
giques les plus visibles de sorties du conflit (échec et/ou victoire, rôle de l’Etat, violence répres-
sive ou conciliation), mais aussi ses formes plus discrètes comme les processus de mise en récit,
la construction de l’oubli par la suppression des traces, ou encore les enjeux mémoriels que
soulèvent toute grève et toute mobilisation collective (comment réifier la geste conflictuelle ou

13
enrichir le passé ?). L’après conflit invite de plus à questionner ses effets en terme de redéfinition
des logiques d’action, de recomposition des normes et des discours. Le conflit, même dans son
échec dramatique, inaugure-t-il une aurore ou un crépuscule ?

14
Na abertura da II só foram possíveis porque a exploração das
colónias manteve-se nesse período; percebe-
Internacional Conference mos que a escravatura terminou também por
Strikes and Social Conflicts ser pouco produtiva para o império britânico,
no seu arranque da revolução industrial; pre-
Dijon, França vemos que a abertura do mercado chinês na
década de 90 do século XX foi fundamental
para fazer cair o real valor dos salários na Eu-
Quero começar por agradecer à Maison des ropa, nesse período.
sciences de l´homme, a Serge Wolikow, a Global, mais do que comparativo, é saber que
todos os que se envolveram na organização o modo de produção capitalista é um. E que o
desta conferência, a todos os membros da trabalho também tem que ser analisado à es-
Associação e a todos os presentes. E cumpri- cala global, não só pelas já conhecidas ondas
mentar o reitor da Universidade da Borgonha. migratórias mas porque a cadeia produtiva é
Durante estes 2 anos assumi a presidência de feita à escala global e portanto, no mesmo
uma associação académica que foi fundada navio, pode haver motores de alta tecnolo-
com o propósito de promover e divulgar es- gia feitos na Holanda, em fábricas limpas por
tudos sobre o trabalho e os conflitos sociais imigrantes marroquinos, motores esses que
numa perspectiva interdisciplinar, global, não usam o aço que poderá ter sido feito a partir
eurocêntrica e de longa duração. da recolha de minério na Amazónia, feita com
Dois objectivos centrais nortearam o nosso trabalho infantil. Hoje, no Dubai, há operários
trabalho. despedidos dos estaleiros navais de Portugal
O primeiro foi a ligação académica, e inter- dos anos 80 que são encarregados de contro-
disciplinar, entre o norte e o sul do mundo, lar o trabalho de imigrantes filipinos, que nunca
não numa perspectiva eurocêntrica mas com conheceram uma comissão de trabalhadores.
a real noção de que temos que nos escutar, Esta associação teve um papel determinante
ler, estudar, debater, mutuamente, para com- na ligação, e que hoje se pode ver pelo pro-
preendermos a história e a sociedade: sabe- grama desta conferência, entre investigadores
mos que os 30 gloriosos na Europa foram dos EUA, da Europa, da América Latina e tam-
de sangue e trabalho forçado nas colónias, e bém da África do Sul. Expandi-la e continuar

15
este trabalho é portanto hoje um dos objec- anos, também por causa dos trabalhadores
tivos, colectivos, com os quais nos devemos armados, obrigando ao nascimento do estado
comprometer. social, como forma de conter a revolução na
O segundo objectivo foi trazer, para além dos Europa, o mesmo estado social hoje ameaça-
estudos do trabalho, do movimento ope- do pelas medidas contra cíclicas. Sabemos
rário, dos partidos e da teoria política, que também que a greve de Flint nos EUA em
aqui também estudamos, a noção de conflito 1998 só envolveu 9000 operários mas parou
social para dentro destes estudos. Porque o 26 das 29 fábricas da GM nos EUA, no Cana-
trabalho não é uma fotografia quieta, quase dá, México e ameaçou a produção no Brasil,
estática, como nas belas obras de Lewis Hine, ao todo mais de 120 mil operários ficaram to-
mas um filme complexo de uma relação tensa tal ou parcialmente parados, porque a cadeia
entre trabalho e capital, como nos Tempos produtiva, neste caso, de motores, foi parada
Modernos de Chaplin. Trabalho não é só uma numa das suas pontas. Lembramos que em
máquina guardada num museu de arqueolo- 2003, 25 000 estivadores pararam os portos
gia industrial, é uma relação mediada e tres- da Califórnia contra a guerra do Iraque, e que
passada pelo conflito, como o que fez nascer no dia 20 de março de 2003 deu-se a maior
a jornada de 8 horas de trabalho no 1 de Maio manifestação de sempre, a mais internacio-
de 1886, em Chicago. Temos a consciência nalista da história da humanidade, contra a
de que esta divisão entre capital e trabalho invasão do Iraque pelos EUA.
continua a ser uma divisão central e que por- A história é processo, não é uma fatalidade.
tanto a sua expressão – conflitos sociais, gre- Somos nós que a fazemos, nas suas tragé-
ves, revoluções, movimentos sociais, diversas dias e júbilos, um processo feito de sujeitos
formas de acções colectiva – deve ser alvo do sociais e não um delírio teleológico divino. Ela
nosso olhar enquanto cientistas sociais. portanto compreende escolhas, de pacto ou
Esta não é uma associação de estudos das conflito, de derrota ou vitória, às vezes de em-
greves e dos conflitos sociais, apesar do pate, embora saibamos, não duradouro.
nome, mas é uma associação onde também No meio da mais intensa crise que se vive na
se estudam greves e conflitos sociais – daí o Europa desde provavelmente a II Guerra Mun-
nome. dial, o nosso papel como cientistas sociais
Não glorificamos o passado mas não o teme- não pode ser ignorado, sobretudo o nosso
mos. Por isso sabemos que a revolução de papel social. Independentemente das nossas
Santo Domingo no final do século XVIII, a úni- escolhas pessoais com a vida fora da aca-
ca revolução de escravos bem-sucedida da demia, temos obrigação de desconjuntar os
história e que deu origem ao Haiti, foi muito lugares comuns construídos na luta politico-
mais longe do que alguma vez os britânicos mediática. A Europa não está ameaçada de
sonharam, ao apoiarem a revolta contra os um conflito que opõe norte a sul, a Alemanha
franceses, então donos da ilha; sabemos que à Grécia. A mudança em curso nas relações
na China mais de 100 000 greves tiveram lu- laborais no sul da Europa, com tendência à
gar há 2 anos obrigando ao aumento até 20% generalização da precarização, é parte de uma
dos salários; temos presente que a crise de 29 mudança geral na Europa, em que a queda
teve como desfecho o nazismo mas para se do salário do trabalhador grego, por pressão
chegar ao nazismo foi preciso derrotar a revo- migratória, por deslocalização de empresas,
lução espanhola, a frente popular em França, ou pela simples existência de uma superpo-
a guerra civil austríaca, as sit down strikes nos pulação relativa (massa de desempregados) à
EUA. escala europeia, representa também a queda
E que o nazismo foi derrotado ao fim de 6 do salário do trabalhador alemão e quem sabe

16
o retorno e a perseguição de imigrantes fora Homenageamos neste congresso, e com isto
do espaço Schengen. termino, dois vultos das ciências sociais do
Não sabemos se os trabalhadores europeus pensamento social e político. O britânico Eric
resistirão à pressão nacionalista de culpar Hobsbawm e o brasileiro Carlos Nelson Cou-
países inteiros pela crise, não diferenciando tinho. Carlos Nelson Coutinho, gramsciano,
classe e sectores sociais dentro de cada país, um dos mais importantes intelectuais brasilei-
mas estamos cá também para lembrar que foi ros de seu tempo, Professor Emérito da Uni-
a incapacidade de construir uma alternativa versidade Federal do Rio de Janeiro, construi
internacionalista que levou às tragédias da I e uma obra à volta desta frase que carregou
da II Guerra Mundial. sempre consigo: “Sem democracia não há
Quase a terminar deixem-me recordar que socialismo, e sem socialismo não há demo-
uma das características desta associação é a cracia”. Deste lado do Atlântico, Hobsbwam,
sua diversidade disciplinar e teórica. Mais do conhecido de todos vós, historiador britânico,
que um lugar-comum ou de um desejo nunca autor de obras cimeiras sobre a contempora-
alcançado, esta associação representa de neidade, deixou-nos com um alerta: “o Mundo
facto grupos de investigação, arquivos, cen- não vai melhorar sozinho”.
tros de pesquisa que representam as diversas Desejo-vos uma excelente conferência.
e mais importantes correntes do movimento
operário (social democrata, católica, comu- Raquel Varela, 15 de maio de 2013
nista, anarquista, extrema-esquerda, etc.) e as
abordagens teóricas principiais sobre os estu-
dos do trabalho.
Compreenderão que o sucesso destas escol-
has da Associação, mede-se, por ora, em
três factos de que nos orgulhamos: o pri-
meiro, a edição do jornal académico Workers
of the World, editada por António Simões do
Paço, de acesso livre online, que hoje tem
120 downloads por dia; a realização destas
conferências e a imensa rede que se constrói
diariamente com a troca de correspondência,
informações, ligações que tecem a história
global do trabalho. Passámos de 12 para 34
instituições membros e hoje chegamos a tal-
vez mais de 10 000 investigadores em todo
o mundo só através da associação e certa-
mente a muitos mais pela revista académica.
Hoje lançámos o nº3 de WW, dedicado jus-
tamente à história global do trabalho, editado
pelo Christian DeVito. Continuar este trabalho,
reforçá-lo, alargá-lo, depende de todos nós.
Convido por isso todos os membros e aqueles
que querem trazer a sua instituição para a
Associação a estar presentes na Assembleia
Geral que decorrerá dia 16 no final da confe-
rência.

17
A l’ouverture de la deuxième n’ont été possible que parce que l’exploitation
des colonies a continué dans cette période;
Conférence internationale Nous nous rendons compte que l’esclavage a
des grèves et conflits sociaux pris fin aussi par ce qu’il n’était plus productif
pour l’Empire britannique dans son début de
Dijon, France la révolution industrielle; nous concevons que
l’ouverture du marché chinois dans les années
90 du XXe siècle a été essentiel pour faire
Je veux commencer par remercier la Maison baisser la valeur réelle des salaires en Europe
des sciences de l’Homme, Serge Wolikowet dans cette période.
tous ceux qui ont été impliqués dans l’organi- Globalement, au delà d’une perspective com-
sation de cette conférence, tous les membres parative, il faut comprendre que le mode de
de l’Association présents et saluer le prési- production capitaliste est un. Le travail doit
dent de l’Université de Bourgogne. également être analysé à l’échelle mondiale,
Pendant ces deux années, j’ai assurée la pré- non seulement du fait des vagues migratoires
sidence d’une association universitaire fondée déjà connues, mais parce que la chaîne de pro-
pour promouvoir et diffuser les recherches sur duction s’organise à l’échelle mondiale. Sur
le travail et les conflits sociaux dans une pers- le même bateau, il peut y avoir des moteurs de
pective interdisciplinaire, globale et non euro haute technologie réalisés dans les Pays-Bas
centrée sur la longue durée. dans ses usines par des immigrés marocains,
Deux objectifs principaux ont guidé notre tra- ces moteurs qui utilisent l’acier peuvent avoir
vail. été fabriqués en provenance de minerais de
Le premier a été les liens universitaires et inter- l’Amazonie, pour l’exploitation desquels on
disciplinaires, entre le nord et le sud du monde, a fait travailler des enfants. Aujourd’hui, à
non pas dans une perspective eurocentrique, Dubaï, il ya des travailleurs, du fait de l’arrêt
mais avec un réel souci de nous écouter, de de la construction navale Portugal dans les
lire, d’étudier, de débattre, de comprendre années 80 , qui sont en charge de contrôler le
l’histoire et la société. Nous savons que les travail des immigrants philippins qui ont jamais
« 30 glorieuses » en Europe ont signifié du connu un comité des travailleurs.
sang et du travail forcé dans les colonies :elle Notre association a joué un rôle clé dans la

18
réalisation de liens qu’ aujourd’hui, vous pou- cité le nazisme, qui lui-même s’est efforcé de
vez voir à travers le programme de cette confé- vaincre la révolution espagnole, le Front popu-
rence, où figurent les chercheurs américains, laire en France, la guerre civile autrichienne .
d’Europe, d’Amérique latine et aussi d’Afrique Et que le nazisme a été vaincu après six ans,
du Sud. Elargir et continuer ce travail est aussi parce que des travailleurs armés, forçant
donc aujourd’hui l’un des objectifs, collectifs, la naissance de l’État providence comme un
avec laquelle nous devons nous attacher. moyen de contenir la révolution en Europe. Ce
Le deuxième objectif était d’apporter, en plus même statut social est aujourd’hui menacée
des études sur le travail, le mouvement syn- par des mesures contra cyclique. Nous savons
dical, les partis et la théorie politique, une également que la grève de Flint aux États-Unis
réflexion sur la notion de conflit social dans en 1998 a seulement impliqué 9000 travail-
ces études. Parce que le travail n’est jamais la leurs, mais arrêté 26 des 29 usines de GM aux
photographie, presque statique, comme dans États-Unis au Canada, au Mexique et mena-
les belles œuvres de Lewis Hine, mais un film çait la production au Brésil. En tout plus de
complexe, une relation tendue entre travail et 120 mille travailleurs ont été entièrement ou
capital, comme dans Les Temps Modernes partiellement touchés, parce que la chaîne de
de Chaplin. Le travail est non seulement une production, dans ces moteurs a été arrêté à
machine enregistrée dans un musée d’archéo- une de ses extrémités. Nous rappelons que,
logie industrielle, mais un rapport traversé par en 2003, 25.000 dockers ont arrêté le travail
le conflit qui a donné, par exemple, naissance dans les ports de la Californie contre la guerre
à la journée de 8 heures de travail, le 1er mai en Irak, et que le 20 Mars, 2003 a eu lieu la
1886, à Chicago. Nous sommes conscients plus grande manifestation , la plus internatio-
que cette division entre le capital et le travail naliste de l’histoire humaine, contre l’invasion
reste une division centrale et donc son expres- de l’Irak par les É.U.
sion - des conflits sociaux, grèves, révolutions, L’histoire est un mouvement, pas une fatalité.
les mouvements sociaux, les diverses formes C’est nous qui la faisons , avec des tragédies
de l’action collective - doivent faire l’objet de et des joies, dans un mouvement où les sujets
notre regard comme spécialistes des sciences sociaux s’affirment en dehors d’une illusion
sociales. téléologique divine. Elle comprend donc des
Nous ne sommes pas une association ex- choix, des pactes ou des conflit, des défaite ou
clusivement d’études des grèves et conflits des victoires, même si nous savons que les
sociaux, en dépit de son nom, mais une équilibres historiques ne sont pas durables.
association qui étudie aussi les grèves et les Au milieu de la crise la plus intense que nous
conflits sociaux - d’où le nom. connaissons en Europe depuis la Seconde
Nous ne glorifions le passé, mais sans l’idéa- Guerre mondiale sans doute, notre rôle en
liser. Donc, nous savons que la Révolution à tant que spécialistes des sciences sociales ne
Saint Domingue à la fin du XVIIIe siècle a été peut être ignoré, surtout notre rôle social. In-
la seule révolution victorieuse d’esclaves dans dépendamment de nos choix personnels en
l’histoire et qu’elle à l’origine de la république dehors de l’université , nous avons l’obligation
d’ Haïti. Le mouvement est allé beaucoup de prendre le recul face aux lieux communs
plus loin que les anglais l’imaginaient en sou- construits dans la lutte politico-médiatique.
tenir la révolte contre le Français et les pro- L’Europe n’est pas menacée d’un conflit
priétaires de l’île. Nous savons que dans la entre le nord et le sud, l’Allemagne contre la
Chine plus de 100 000 grèves ont eu lieu il ya la Grèce. Le changement a lieu dans les re-
2 ans forçant l’augmentation jusqu’à 20% des lations de travail dans l’Europe du Sud, avec
salaires. Nous savons que la crise 29 a sus- une tendance à la généralisation de la précari-

19
sation, cela fait partie d’un changement géné- consacrée précisément à l’histoire du travail
ral en Europe marqué par la pression migra- mondial, édité par Christian DeVito. Continuer
toire, les entreprises de délocalisées, avec un ce travail, renforcer, étendre, cela dépend de
surplus relatif de population, exprimé par un nous tous.
chômage de masse, au niveau européen, ce Donc, j’ invite tous les membres et ceux qui le
qui entraîne également la chute du salaire des veulent à apporter le soutien votre institution à
travailleurs allemands et peut-être revenir et l’Association en assistant à l’Assemblée Gé-
s’accompagne de la persécution des immi- nérale qui se tiendra à la fin de la conférence.
grants à l’extérieur de l’espace Schengen. Pour finir, je veux signaler que nous rendons
Nous ne savons pas si les travailleurs euro- hommage lors de ce congrès à deux figures
péens résisteront à la pression nationaliste des sciences sociales comme de la pensée
de culpabiliser des pays entiers du fait de la sociale et politique. Il s’agit du Britannique
crise, en ne différenciant pas classe et sec- Eric Hobsbawm et du Brésilien Carlos Nelson
teurs sociaux au sein de chaque pays, mais Coutinho. Carlos Nelson Coutinho, gramscien
nous sommes aussi là pour rappeler ce qu’a a été l’un des plus importants intellectuels
été l’incapacité de construire une alternative brésiliens de son temps, professeur émérite
internationaliste qui a conduit à des tragédies de l’Université fédérale de Rio de Janeiro, a
de la première et Deuxième Guerre Mondiale. construit une œuvre autour de cette phrase
J’ai presque terminé, laissez-moi vous rap- qu’il rappelait toujours : «Sans démocratie, il
peler que l’une des caractéristiques de cette n’y a pas de socialisme sans le socialisme il n’y
association est la diversité disciplinaire et a pas la démocratie. « De ce côté de l’Atlan-
théorique. Elle s’appuie sur les groupes de tique, Hobsbawn, connu de vous tous comme
recherche, des centre d’archives, centres de historien britannique a été l’auteur d’ouvrages
recherche représentant les courants divers et essentiels sur le monde contemporain, nous a
les plus importants du mouvement ouvrier (so- lancé l’ avertissement: «le monde ne va pas
ciaux-démocrates, catholiques, communistes, s’améliorer tout seul».
anarchistes, extrême -gauche, etc.) avec l’ob-
jectif du développement des études sur les Je vous souhaite une excellente conférence.
approches théoriques du travail.
Le succès de ces choix de l’Association, Raquel Varela, 15 mai 2013
se mesure, pour l’instant, par trois faits dont
nous sommes fiers. La première édition de
la revue scientifiques Workers of the World,
édité par António Simões do Paço, librement
accessibles en ligne, avec aujourd’hui 120 té-
léchargements par jour. La réalisation de ces
conférences et le vaste réseau qui se construit
quotidiennement avec les correspondances,
des informations, des liens qui tissent l’histoire
globale du travail. Nous sommes passés de
12 à 34 institutions membres et nous arri-
vons aujourd’hui à peut-être plus de 10 000
chercheurs du monde entier impliquées dans
l’association et certainement beaucoup plus
avec le magazine universitaire. Aujourd’hui,
nous avons lancé le 3e numéro de la revue ,

20
Partie I

Face à l’état et aux horizons révolutionnaires :


contextes sociaux et enjeux politiques
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

The occupied Revolution. of Wilhelmshaven and Kiel, Workers and Sol-


diers Councils emerged. On the Lower Rhine,
Some specifics of strikes the region north of an imaginary line Aachen
and social conflicts in the (Aix-la-Chapelle) – Cologne, events had star-
ted with plundering and the liberation of politi-
industrial region of the Lower cal prisoners and by revolutionary soldiers and
workers forming councils on 8th November.
Rhine 1918-1924 Although remarkable revolutionary actions had
occurred, Workers and Soldiers Councils did
Walter Daugsch not conquer power. Power just passed over to
them due to lack of an alternative. Directed by
the necessities of warfare, the political system
When the 4th Division of the Belgian Army as of the Kaiserreich had become in fact a military
a part of the Interallied Forces occupied the dictatorship, which of course collapsed as re-
town of Mönchengladbach and its surrounds sult of defeat, capitulation and the abdication
on 4th December 1918, the first phase of the of the Kaiser as commander-in-chief in 1918.
German revolution in this region came to an Emerging from this vacuum of power, Workers
abrupt end. This Revolution had not started and Soldiers Councils proved to be the only
with the events on 9th November in Berlin. institutions to exercise some kind of adminis-
The capital had not revolutionized the pro- trative order in a chaotic situation.
vinces. Anticipating military defeat already It was the nearness to the battlefields in the
in september 1918, revolution began in the west that defined the course of revolution on
German trenches in the west, starting with the Lower Rhine. The conditions of capitula-
refusals to obey orders, followed by severe tion, laid down in the Armistice of Compiègne
difficulties in officers exercising power of com- on 11th November 1918 stipulated German
mand and, finally, the collapse of military dis- retreat from France and Belgium within 15
cipline. From the imperial naval bases on the days by 26th November and the occupation of
North and Baltic Sea the revolution spread by the German region west of the Rhine by allied
railway to the towns of Northern and Western forces within the following 17 days by 13th De-
Germany from end of October. It reached the cember. Therefore the activity of local revolu-
South leading to upheaval in Bavaria on 7th tionary institutions was necessarily reduced to
November. It finally reached the Capital on 9th organizing and handling 190 divisions (about
November. Everywhere, following the example

23
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

200.000 men) on their march from the border last of them were abolished in autumn 19192.
in the west to the nearest bridge across the The eight-hours-working-day, just introduced
Rhine, with all its consequences: they had to legally as a result of the revolution on 23rd
be disarmed and demobilized, provided with November 1918 by imperial legislation, was
civil clothing, and, like the civilian population, abolished at once. The military administration
with food under disastrous circumstances; nullified the achievements of the revolution,
black market in arms and food or pilfering had trying to turn things back wherever possible.
to be avoided. Thus the local Belgian commander demanded
There was no time left for revolutionary experi- the re-arresting of the prisoners set free by the
ments. The Workers and Soldiers Councils had revolutionaries in Mönchengladbach on 8th
merely 3 to 4 weeks (from 8thNovember until November3.
2nd December in Erkelenz, 4th December in German local civil administration on the Lower
Mönchengladbach, 7th December in Krefeld) Rhine had two masters now: On the one hand,
to secure the municipal administration still run civil servants had to respect the traditional
by the old monarchical institutions and staff. governmental authority from the Oberbürger-
Some of the Councils were even organized by meister or Landrat to the Regierungspräsident
initiative of the old administrative institutions (in our region: Düssseldorf), from there to the
and worked with their cooperation, not always Oberpräsident of the Prussian Rheinprovinz in
without conflicts, but more or less successful- Coblenz, from there up to Prussian/German
ly. The Workers Councils, which functioned as government in Berlin. On the other hand Ger-
republican controlling bodies of the old official man administration was subordinated to the
system were legitimized officially by the new allied occupational administration: here autho-
parliamentary government in Berlin1. rity went from the local allied commander (or
After arriving, the commanders of the allied rather the local Belgian military administration),
forces immediately stopped revolution in the then to the commander of the 4th zone of the
freshly occupied regions, actually putting them 2. On 4th December - the day Belgian armed forces
under martial law with their own administra- occupied Mönchengladbach - the Regierungspräsi-
dent in Düsseldorf communicated to all leading officials
tion, thereby partially breaking German law.
in his district - among them the Oberbürgermeister of
Workers and Soldiers Councils were prohi- Mönchengladbach - that control of executive power
bited in the occupied territories, although they had been passed over to the Workers and Soldiers
councils. This was justified by the necesstiy „[...] to
still legally worked east of the Rhine until the
secure and develop the revolutionary achievements.“
1. In Krefeld a spontaneous election took place after [„..daß die revolutionären Errungenschaften gesichert
turbulent events and clashes, leading to good coope- und ausgebaut werden.“]; officials, installed by the old
ration (v. Houben pp 15-19). - In Mönchengladbach monarchic system had to be controlled, that is why the
there was a conflict first, then forming of a council by Workers, Soldiers and Peasant councils had to be fi-
workers and the administration in Mönchengladbach nanced by the local authorities, the Ministery of the inte-
(Walter, in: RP 263, 9th November 1968; in addition rior argued still on 10th June 1919, communicated by
to this the anonymized memories of an eye-witness); the Regierungspräsident in Düsseldorf to his officials on
the original poster announcing the foundation of the 14th June; the Prussian Treasury Department in Berlin
council: StAMG 14/5506; GZ, 9.11.1918.). -In Erkelenz had given rules for financing the Workers , Soldiers and
a council was founded by a factory-boss, the Landrat, Peasant councils already at begin of the year: Finanz-
the maire and workers (StAERK 1493, Verwaltungsbe- ministerium Berlin to Magistrat of Charlottenburg 1st
richt, pp. 251-253; EK 130, 12th November 1918, 131, January 1919, communicated by the Regierungspräsi-
14th November1918). - In the countryside coopera- dent in Düsseldorf to his officials on 9th January 1919:
tion between the old administration and the councils StA MG 1c - 3244.
included peasants: e.g. in Neuwerk (now a township of 3. Ortskommandant an Gemeindevertretungen von MG
Mönchengladbach: : StA MG 3/440) or in Vorst (a rural Stadt und Land, Kleinenbroich, Korschenbroich und
town near Krefeld), cf. Karsten, p. 215. - For legitimation Pesch, 13th January 1919; - 4e Division d’Armée, État-
of local Workers and Soldiers Councils on the Lower Major 2e Bureau No. 1690, au M. Bourgmestre de
Rhine by the government in Berlin: StA MG 1-c 3243., M.Gladbach le 13 janvier 1918 [recte: 1919]: StAMG
27th November.1918, 9th January 1919. 1c - 3162.

24
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

occupied territories in Aachen (the territory Soldiers councils was their ‘revolutionary cha-
occupied by Belgian forces), from there to the racter’. The Councils were not official adminis-
Interallied Rhineland High Commission seated trative organs, but revolutionary institutions.
in Coblenz. Of course this situation caused a As such they were considered a dangerous
lot of jurisdictional conflicts. Almost habitually example by the Belgian Occupation Forces,
German officials were disciplined when they argued the Belgian commander in Mönchen-
did not respect, ignored or even boycotted gladbach5. The Belgian authorities officially
the allied military administration. Usually that called the German Workers Councils in French
meant deportation to the not-occupied terri- ‘soviet’; opponents from the political left were
tories, a measure frequently adopted by the persecuted and emprisoned as ‘bolchéviques’
allied military administration in times of acute or ‘spartakiste’ in the Belgian internment camp
conflicts between German central authorities for political prisoners in the Mönchengladbach
and the Allied occupational administration township of Rheindahlen whether they were
(e.g. during the separatist movement 1923 or communists or not, although Spartakists and
the occupation of the Ruhr 1923-25). Communists were legal parties at that time in
Though constantly opposing the Belgian au- Germany6.
thorities on the one hand, German officials 5. Thus the Belgian censor prohibiting a poster sent
often - as employers, too - readily took their officially from Berlin: „[...]Il émane du Soviet des Soldats
avec lesquels les Alliés refusent tous rapports[: ...]“,
chance if they could to fight or even damage
20th December.1918 StA MG 1c - 3208; for the prohi-
their enemies from the Left on the other hand, bition of the councils v. ibid. 28th December 1918 and
taking advantage of the hated occupation 31st December 1918.- The Belgian officer bases his
argument on Art.12 (dealing with public gatherings) to
forces and their administration. So the extre-
the Avis “Besetzungsarmee der 4. Zone der Rheinpro-
mely conservative if not reactionary Oberbür- vinz. Verordnung“ 10th December 1918, published in:
germeister of Mönchengladbach, claiming a GZ 286 (13th December 1918).
prohibition by the Belgian authorities, refused 6. Among 436 persons arrested by the Belgian sureté
militaire or patrols in the first four months under occu-
to pay the expenses of the Workers Council’s pation in Mönchengladbach in 43 cases the reason of
former members, although he was obliged to arrestation was Spartakism, Bolshevism or ‘suspicion
do so by imperial German law, ignoring re- of Bolshevism’: Mönchengladbach Police Department
to the Belgian Commander-in-chief, 3rd April 1919
peated instructions from his superiors in Düs- (in French language), StA MG 1c-3208. - Of course,
seldorf or Berlin. Ironically, the members of the several uprisings in and outside Germany might have
now prohibited Workers Council, the same caused this fear - the Spartakist January uprising in
Berlin (murder of R. Luxemburg an Karl Liebknecht on
persons who had tried to overthrow jurisdic- 15th January 1919), revolutionary events in Bremen
tion by violence one month before, now took a (10th January - 4th February), Hungary (21st March-
lawyer to litigate against their reactionary poli- August ), and Munich (7th April-2nd May 1919) trying
to establish Republics based on Soldiers and Workers
tical enemy4. Councils. But there might be another reason of being
The Belgian attitude towards social move- afraid of communism beside the revolutionary situation
ments was in principle antirevolutionary. Thus in Germany: the Belgian contingent on the lower Rhine,
though being part of a neutral country’s army, was also
the official reason for prohibiting Workers and part of the Interallied Occupation Forces. The other
powers participating in the Occupation forces in Ger-
4. Ministerium des Inneren to the provincial presidents many - Britain, France and the United States, all of them
(Regierungspräsidenten and Oberpräsidenten), Ber- entente-powers - were still at war: the conditions of ar-
lin 27th November 1918; Regierungspräsident Düss- mistice in Compiègne had annihilated the peace treaty
seldorf to Oberbürgermeister Mönchengladbach 9th of Brest-Litovsk, and they all took part in the military
January 1919 (referring to a decision of the Ministry intervention against the young Soviet Republic. France
of the Interior in Berlin, 1st January 1919), 15th march had already been confronted with mass-mutinies of sol-
1919, and 14th June 1919; - Abschrift Bericht über diers on the front in context of the Russian revolution in
die Besprechung des Arbeiterrats M.Gladbach (für den 1917; a mutiny among French naval forces in the Black
Landwehrbezirk Rheydt) mit dem Oberbürgermeister Sea beginning during the intervention in southern Rus-
M.Gladbach 13th December 1918: StA MG 1c-3243. sia and continuing in France under the slogan ‘Hands

25
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

The Belgians interfered on the side of the established. In the Rheinprovinz, whose popu-
employers: In wage disputes between free lation and labour movement was dominated
(social-democratic) and Christian trade unions by moderate Roman Catholic positions (espe-
on one side and the employer`s association on cially the Christian trade union movement), the
the other they fixed pay scales in the interest prohibited councils were politically moderate,
of the bosses. too (on a social-democratic basis, most of
The introduction of special new Belgian forms the members being Majoritan or Independant
to report ‘loss of working hours’ by the local Social Democrats)8. They were ready to coo-
German officials (to be filled in German and perate with the established powers of society.
French) was motivated not only by the effort Interpreting decline and fall of the Workers and
to prevent strike actions but ensure delivery of Soldiers Councils - and on the Lower Rhine
reparations stipulated in the Versailles treaty. their prohibition - as a failure of the ‘old’ labour
Unlike the obligatory German forms that had organizations, new, radical organizations refer-
to be be sent to the Regierungspräsident in ring ideologically to what they called a ‘move-
case of strikes, the Belgian forms equate ment of councils’ emerged. On the Lower
strikes with other forms of loss of working Rhine they had to deal not only with their
hours caused by, for example, lack of energy, ‘classical’ enemies, the bosses and the official
raw materials or logistic difficulties. Actually authorities, but also with the Belgian occupa-
the reports provide a running commentary on tional authorities, who usually backed the local
problems in the German economy, caused by ruling class with their armed forces. There was
paying reparations to the Entente powers. So a bewildering array of different organizations
the expression ‘manque ou faute du charbon’ with sometimes similar names, but which all
(lack of coal) frequently found in the Belgian sharply distinguished themselves from the es-
forms to report loss of working hours directly tablished labour movement and even fought it:
documents the shortage of coal in Germany - the SPD, the Roman Catholic Labour Move-
caused by carrying out French and Belgian ment, the (social-democratic) Trade Unions of
reparation demands7 . the Allgemeiner Deutscher Gewerkschaftsver-
band (ADGB) and the Christian Trade unions.
The general situation of shortages caused by They also fought one another. Nevertheless
the reparations and their consequences - lack their memberships and actions often overlap-
of energy, raw materials, of work and employ- ped. Between 1920 and 1924 in the industrial
ment, reduced wages and, - purchasing power region of Mönchengladbach, Rheydt, Viersen,
and hyperinflation, coupled with suppression Krefeld and Rheinhausen we find groups of
of organized labour movement and persecu- the VKPD9, Vereinigte Kommunistische Par-
tion of its protagonists led to political polari- 8. Prominent examples are Ferdinand Strehl in
zation and rise of left radicalism. After the Bel- Mönchengladbach (cf. Walter) and Johannes Thabor in
Krefeld, a majoritan social-democrat. As chairman of
gians abandoned their policy of state of siege
the local Workers and Soldiers Council he had been
when the Versailles treaty came into force (Ja- busy to organize cooperation not only with the old local
nuary 1920) new Labour organisations were administration, but among all Labour and Bourgeois
parties; 1919 he became a member of the Constitutio-
off Soviet Russia’ was yet to come in April 1919. nal Assembly in Weimar and until 1932 he was a mem-
7. We got an example of both christian and free trade ber of the Reichtag in Berlin for his party and his home
unions being controlled in their proposal for wages by town: cf. Hangebruch, p. 204s.
the Belgian authorities: 11th october 1919 (German), 9. Among the political parties in Mönchengladbach
15th October 1919 (French): StA MG 1c-3162. - Early mentioned on 25th december 1920 we find votes for
examples of the new Belgian forms concerning a strike the Reichstag: Zentrum 15006, MSPD 1256, USPD
on 25th October 1919: ibid., and, considering lack of 6076, VKP 2 ; on 15th September 1921 votes for the
energy, as reason for loss of working power: 5th March Prussian Landtag/ members: Zentrum 16674/10.000;
1920, StA MG 1c-938 MSPD 1275/120; USPD 1952/800; KPD 1868/250; -

26
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

tei Deutschlands (the later KPD, member of orientation11, member of the Red International
the Comintern) the FAU, Freie Arbeiter Union Labour Union in Moscow (Profintern), which
- an anarchosyndicalist organisation10; and the joins the Union der Hand- und Kopfarbeiter
AAU, Allgemeine Arbeiter-Union - a non-party (Union of Manual and Intellectual Workers) to
organisation of council-communist (‘unionist’) rename itself soon AAU, which finally joined
the anarchosyndicalists of the FAU. Of course
communism united VKPD and AAU as long
the Freie Arbeiter Union. (Syndikalisten), repudiating
elections, had 750 members.: LA 15435, fol.1, 2; - in as the latter is member of the Profintern (the
Rheydt (20th December 1920): Votes for the Reichstag Trade Union branch of Comintern); AAU and
1920 : Zentrum 5961; USPD 4230; DVP 4113; DNVP
FAU were united by the rejection of political
2032; SPD 1089; DDP 1583; USPD left no votes be-
cause founded only in Nov.: LA 15449, fol.1; votes for parties and antiparliamentarism12. An example
Prussian Landtag: (1922) 25877 entitled, 18060 voted, of joining forces of all groups of the radical left
77 invalid, abstention 30%.; Zentrum 6512, DVP 4311,
in our region despite of ideological differences
DNVP 2577, USPD 1513, SPD 1145, VKPD 1125, DDP
875; for the Provinzlandtag (1922): 25877 entitled to was the strike in the iron and coal-mining dis-
vote, 17985 voted, invalid 114, abstention 30%.; Zen- trict of Rheinhausen (particularly the Friedrich-
trum 6457, DVP 4299, DNVP 2564, USPD 1545, SPD
Albert-Hütte, an ironwork owned by Krupp)
1128, VKPD 1123, DDP 869: ibid. fol .9 . - For a short
survey of the VKPD’s emerging on 30th December in 1921 that extended upstream the Rhine to
1918 in context of and contrast to social-democratic Krefeld (Reinholdhütte). The action was part of
opposition and leftist groups cf. Bock, pp. 90-91.
an adventurist putschist movement unleashed
10. The regional branch of the Freie Arbeiter-Union
Deutschlands (Syndikalisten) was founded in Düssel- in vain by the KPD in that year in many parts
dorf as FAU on a special conference for Rhineland of Germany. The shortlived attempt to conti-
and Westphalia in August/September 1919 by the fol- nue world-revolution succeeded only tempo-
lowing organizations: Freie Vereinigung (Syndikalisten),
the Allgemeiner Arbeiter-Verband, the Allgemeine Ber- rarily in some regions of Saxony; on the Lower
garbeiter-Union , the Allgemeine Arbeiter-Union Essen Rhine the united radical left had not only to
and the Allgemeine deutsche Arbeiterunion Düsseldorf: reckon with local authorities, bosses and their
Syndikalist 39, 41 (1919), Die Konferenz für Rheinland
und Westfalen: - Verschmelzungskonferenz der links- ideological enemies - members of the SPD
rheinischen Gewerkschaftsruppen Rheinlands und and of the coal-mining-union Alter Verband
Westfalens, in: Syndikalist 42 (1919); - LA 15809, (member of the traditional trade union asso-
report 15th /16th September 1919 fol. 1: at the confe-
rence participated: 1. AAU Essen; 2. „die Deutsche
AAU Düsseldorf“; 3.“ Bergarbeiterunion“; 4. „Der allge- 11. The AAU Essen joined the FAU already in 1919 (v. n.
meine Bergarbeierverband“; there were also members 10). But locally things rested in flow: In Rheydt the AAU
of he USPD participating. They joined on the basis of „ existed until 1921, then reporting its turn to syndicalism:
[...] the old syndicalist program of the Free associations LA 15336, fol. 68. - Nevertheless in Rheydt a group of
of German Trade unions“ [...]des alten syndikalistis- the AAU with 300 members is still recorded in 1922: LA
chen Programmms der Freien Vereinigungen deutscher 15449, fol. 17.
Gewerkschaften“]. - In fact this local organization united 12. The Union der Hand und Kopfarbeiter was founded
groups of anarcho-syndicalist orientation with groups of in 1922 (LA 16967, fol.2) and forbidden in 1923 (ibid.
council-communists, so called ‘unionists’. Their orga- fol 58). It had already split before because of a long
nization, the AAU, whose members were in general op- during quarrel about the organization’s membership in
ponents of both the traditional ‘reformist’ trade-unions the Profintern. The oppositional group, being excluded
and the VKPD (but infact could be its members, too) , from the Leninist (V)KPD, formed the Industrieverband
had emerged from the councils (‘council-communists’) Textil: ibid. fol 10v-r. - On the other hand it is not clear
and the radical social movements of 1918/1919, deve- if this was only a new name, as several documents
loped into a sort of trade-union branch of the Kommu- argue in 1924: ibid. fol. 2, 51, 64. - In Mönchengla-
nistische Arbeiterpartei Deutschlands (KAPD), which dbach a local section of the Industrieverband Textil
was founded in anticipation of the Leninist and Comin- had emerged at the same time, that was led at least
tern course of the VKPD: Bock, pp. 76, 89ss., 109; by one (former?) communist militant : ibid. fol. 47, 77.
- A program and a note on the regional structure of - For a project of joining the activity of FAU (S) and AAU
the AAUD, dated Kassel 16th November 1920 in LA in a united front opposing the KAPD cf. LA 15809, fol
15336, fol 3r- - 5r. - For the ideological conflict between 15-17. - 1920/21 most members of the AAU were also
unionist and syndicalist groups within the FAU cf. Rüb- members of the VKPD (the official CP in the Comintern):
ner, pp. 40-42. cf. n. 14 of this paper.

27
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

ciation ADGB), but also with the allied occupa- Radicalization was partly a consequence of
tion army. When it came to a fight with social extremely harsh responses to workers de-
democratic workers who were ready to start mands and actions. But the extensive strike
work, the Belgian armed forces intervened movement going on since 1920 was caused
and arrested about 1.000 militant left radi- mainly by the extreme hyperinflation and loss
cals. As usual, some of them were kept in the of buying power of the working class 15. Do-
Belgian internment camp in Rheindahlen13. cuments show that the movement was com-
There, in the Rheindahlen internment camp, a prised of nearly all professions and staff from
typical career of a Mönchengladbach militant different sorts and sizes of workshops and
could begin. We have documents on a wea- factories in Mönchengladbach and Rheydt 16.
ver, who, denounced by his boss as ‘bols- The only employee of a cabinet maker; the two
hevik’ in 1919 after having asked for a wage employees of a security service, both of them
increase, had been arrested by the belgian organized anarcho-syndicalists17; cinema mu-
sûreté (military police) and kept in Rheindahlen sicians18; as well as the workforce of the big lo-
for fourteen months. When he was released,
Mrs Krusche renewed her demand at the Mönchengla-
he was radicalized: From Anarchosyndicalism dbach police on 17th September 1919 , to be sent to
he changed to the Unionists of the AAU and the Belgian authorities the same day: all documents StA
MG 1c-3162. - Krusche was released 1920, joined the
was expelled from that organisation as mem-
AAU, was excluded from that organization as he was
ber of the VKPD; a ‘communist leader’ (accor- not only a member, as most of the comrades of the
ding to official documents), he organized the AAU , but in fact a local ‘chief agitator’ of the VKPD :
LA 15336, fol.6-9, 59. - Krusche then had a job in the
Mönchengladbach group of unemployed and
textile-works Max Erkelenz.; now a communist militant,
several wildcat strikes. By the way, Mönchen- he organized a „council of the unemployed“ on 18th
gladbach militants of all political views used to May 1921 (they demanded 500,--Reichsmark support
for married/300,-- for unmarried workers – refused by
know each other personally: all these organi-
the local authorities: - together with his comrade, the
sations and their members met in the same communist Franz Dölle, leader of the Works council
club-pub14. (Betriebsrat) he organized a strike against the will of the
christian and socialdemocratic trade unions in August
13. Duncan Hallas: The communist International and 1921. After the failure of this strike and a conflict with
the united front, in: International Socialism (1st series) his wife he committed suicide: ibid. fol. 44R – 44v; LA
7(1975),pp.12-15, reissued for the Marxist’s Inter- 15435 fol 2, 4, 50r-50v.
net Archive http://www.marxists.org/archive/hallas/ 15. In November 1919 documents report of depressed
works/1975/01/unitedfront.htme [24th May 2013, disposition because of improvement of prices, specially
12:41]. - For an Anarcho-Syndicalist opinion of the for food, which causes a lack of supplies in winter; a
events in March 1921 in Rheinhausen and Krefeld general report on strikes sent to the Regierung in Düs-
cf. „Der weiße Schrecken im linksrheinischen Gebiet“ seldorf by th local German authorities on 11th Novem-
[„White terror in the region on the left side of the Rhine“], ber1921) states that steady improvements of strikes
in: Syndikalist 15 (1921) and „Die Vorgänge am linken even force workers demand improvement of wages
Niederrhein“ [„The events on the left side of the Lower and strike: LA 15449, fol. 19, 23.
Rhine“] in: ibid. 18 (1921). - In fact the events in March 16. For the year 1921 in Rheydt: ibid. 15449 fol 23-38;
1921 ended all aspirations of a ‘united front’ of groups for the same year in Mönchengladbach : LA 15435, fol.
of anarchosyndicalist and communist orientation: Bock, 42-65.
p.149. 17. Ibid. fol 45-46.
14. We got a lot of documents on this case: Theodor 18. Having a lot of documents on this peculiar but in
Krusche was arrested on 23rd December 1918 by a its course and result typical strike action in the town
Belgian officer and deported to the internment camp archive of Mönchengladbach (StA MG 1c-938), we are
Rheindahlen. Krusche had asked his boss Wilhelm quite well informed on the cinema-musicians’ strikes in
Fröde for a wage increase, who had granted it and then October/November 1920. Seven musicians demanded
denounced his employee: the Mönchengladbach Red a wage improvement in October 1920. As it was not
Cross pleaded for him at the Belgian acommander-in- granted by the employers even after a settlement in fa-
chief (19th August 1919); the Chief of the Mönchen- vour of the musicians, they struck and attained a maxi-
gladbach Police, arguing that Krusche never had been mum wage of 950,- and a minimum of 370,- Reichsmark
a political engaged man, supported the demand of a month after a new settlement between the employers
Krusches wife to free her husband (20th August 1919); and a functionary of the German national commercial

28
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

cal textile und machine factories, all came out The typical striking worker was young, unmar-
on strike. Typically, wildcat strikes broke out ried and - female. In the statistic, reporting the
spontaneously, often agitated by anarchists or strike activity in Rheydt to the Regierungsprä-
communists, against the will of the established sident in Düsseldorf the first business plant
Christian Unions or those organized in the (Nr. 1 of the statistics) concerned by a strike is
more or less social-democratic ADGB. Works used as a sample for all other 31 workshops.
councils (Betriebsräte) normally did not initiate Under position 9 of the report we read:
such actions, only joined the strikers after a „a) The work council joined the workers
strike had begun unofficially. We can count 18 ready for strike without giving its vote. b) The
strikes from February 1921 to August 1922. trade Unions did not approve with the striking
Some of them took place in tiny workshops, workers.c) The workers, the young ones, but
others in whole business branches with hun- especially the female enforced the strike. Most
dreds of strikers, like the strike of textile wor- of the married, and elder workers did not ap-
kers 1921/1922. Only in October 1922 56 prove stopping work.“
working-days in 28 workshops were lost by For all of the other shops we can read under
strikes in Mönchengladbach ; 1556 men and position 9: „Like Nr. 1.“ The use of female
1801 women were on strike in that month in labour had already developed before the
that town. In may 1922 we count 2285 male First World War in the industrial textile region
and 3383 female striking workers in 32 works- of Mönchengladbach19. In time of war, with
hops in Rheydt. most male workers at the front, the number of
clerks association (Deutschnationaler Handlungsgehil- women employees increased in all business-
fenverband, a liberal, nationalist, antisemitic and anti- branches. After 1918 most of the local textile
socialist union, where the strikers were reported to
be organized): they got no strike-pay: (fol 289r/v.). It factories had a predominantly female work-
became manifest soon that the musicians were neither force. As a consequence the majority strikers
satisfied with the agreement nor with the union involved were female, especially because female wages
in the settlement, for they struck again only two weeks
later. This time their action became militant: They got were about 30% lower than that of male wor-
the official permission to spread pamphlets, and they kers. Of course it was an indicator of a new
did it forming pickets in front of two cinemas (fol. 290, self-consciousness (if not beginning emanci-
308-307). By the contents of their pamphlet (fol 291),
the response of the employer (in a pamphlet, too: fol. pation) that women struck in great numbers.
292), and another pamphlet of the strikers in response We can prove this only statistically, having no
to that one of the boss (fol. 293) we learn to know personal sources on female labour activists in
that the musicians were organized in the free trade
union movement now and that they expected support that region. Working life was still a transitional
from the whole working class (fol 291), whom they cal- stage in women’s lives before getting mar-
led up for boycott of their bosses’ cinemas (ibid.).; the ried and becoming a housewife and mother.
bosses tried to split their workforce, arguing they had
negotiated the case with the Union of Transport wor- Obviously the newly arisen female working
kers, where the rest of their employees were organized, class consciousness found its limits in tradi-
and nobody , neither colleagues nor organisation would tional gender roles. We get a typical example
support the musicians (fol 292); we come to know that
the musicians had to be present 7 hours at their work from the anonymous, female eyewitness of
and that they had to play music 4 1/2 hours a day; that the revolutionary activities which started the
they had only one paid free day per month and five days upheaval in Mönchengladbach on 8th Novem-
of paid holiday in the year (ibid.). Their demands, sup-
ported now by the Free trade unions in general and the ber 1918: A then eighteen-year-old factory girl
German Association of musicians in special were only came home from work at seven in the evening,
fulfilled partly: the wage improvement was granted (40-
45,--a day instead of 33-38,--Reichsmark), but there 19. Bernays; - an early example of a female labour
were no more paid free days . This time strike-pay was organization is the Schutz- und Unterstützungsverein
secured by the Union, but: 4 of the 7 strikers were fired christlicher Textilarbeiterinnen für Mönchengladbach
because of offencing the order of service and their pro- und Umgebung, existing at least 1899 -1903: StA MG
vocant attitude: fol. 307). 1c-1592.

29
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

accompanied by a girlfriend. The two young of separatism24. There were indeed some syn-
women listen to a soldier agitating in front of dicalists who had converted to separatism25;
the railway station to join the crowd, which but they had been excluded from the FAU,
plunders a café and a club of businessmen, whose leaders considered Rhenish Separa-
then takes two prisons by storm to free politi- tism a clerical bourgeois movement26. One of
cal prisoners (she knows one of them perso- the converts still agitated in Rheydt in an anar-
nally). Her revolutionary work done, she gets chosyndicalist way after his exclusion from the
anxious her father will be worried because she movement, going on to become a prominent
cannot arrive home at eight o’clock in the eve- leader of the separatist movement27. More or
ning as usual20. less successful in a bourgeois setting28, he fai-
The promotion of Rhenish Separatism espe- led completely to rouse his former syndicalist
cially by French Occupation Forces, an attempt comrades in a meeting in Rheinhausen, were
to form an independent buffer-state between he was called an agent of French capitalism,
Germany on one side and Belgium and France being expelled violently by the crowd singing
on the other (the ‘Rhenish Republic’), must be the Internationale29.
seen in the context of the Occupation of the The year 1923 not only marks the defeat of
Ruhr by French and Belgian Forces in 1923. separatism on the Lower Rhine, but - the be-
We cannot discuss the complex issue here, ginning of decline of left radicalism. From 1924
but we can point out some effects it had on the on, the Interallied Occupation Forces also be-
social movements in our region. In contrast to gan their retreat.
the French Forces on the Rhine, the Belgians
didn’t really favour separatism, but treated it Bibliographie
benevolently21. In general, not only traditional
German authorities disapproved of separa- Archival sources
tism, so too did the whole local population and LA - Landesarchiv Nordrhein-Westfalen. Ab-
the majority of left radicals, especially the com- teilung Rheinland, Düsseldorf.. Regierungs-
munists22. Only the anarchosyndicalists found präsidium Düsseldorf
themselves in a dilemma: on the one hand, StA MG - Stadtarchiv Mönchengladbach
as vowed enemies of the state they could not St ERK - Stadtarchiv Erkelenz
defend an existing state like Germany; or, di-
sapprove of its deconstruction: On the other 24. Merkens, n211; WLZ 197 (3rd September 1923)
hand, they could not approve of building a new in: StA MG.
25. Documents on syndicalists/former syndicalist in the
state for the same reason23. Conservatives
seperatiste movement: LA 17082., Reg.Präs. D to Mi-
especially took advantage of anarchosyndica- nistery of the Interior Berlin, 23rd August 1923 and 8th
list indicision, deriving from their dilemma on September 1923 , ibid.
this question denouncing them as partisans 26. Among them was the whole Local Federation of
Textile Workers in Aachen : Rübner, p .84 n 59.
20. cf. n 1 of this paper. - Three of the 13 political priso- 27. Bertram Dietz (?-?), an artist from Düsseldorf, for-
ners freed on 8th November 1918 were women; for the mer a member of the FAUD, had been expelled for
prisoners names: StAMG 1c - 3208. his separatist ideology in 1921( ibid. p.84) but tried to
21. For a short general survey of the seperatist move- instrumentalize his old political connections. In Rheydt
ment cf. Houben, pp. 58-59; - for the Belgian attitude he agitated as syndicalist during a meeting of the local
towards serparatism : ibid. 59; for the events in Krefeld: group of the FAU on 19th February 1922: LA 15449,
ibid. pp. 60-69; for Mönchengladbach: Merkens. fol. 43.
22. In Krefeld, about 1.000 men participated in siege 28. Dietz spoke in several separatist meetings:7th
and occupation of the town hall on 24th October 1923: August in Barmen, 15th August in Mülheim, 6th Sep-
Houben, p. 64. tember 1923 Coblenz, 16th September Aachen: LA
23. Ibid., p. 67; - in Krefeld, a minority oft he USPD 17082.
showed a certain favour for separatism: ibid. p.60-61, 29. Ibid., 29.8.1923: „Sonderbündlerversammlung in
67. Friemersheim, Kreis Moers“.

30
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

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31
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

32
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

L’invention des «  soupes ment persistant de la main-d’œuvre dans le


monde rural offrent aux travailleurs la possibi-
communistes » (France, 1880- lité de s’appuyer sur les ressources des activi-
1914) tés agricoles pour survivre et trouver des reve-
nus de substitution. Mais la situation change à
la fin du XIXe siècle avec le développement de
François Jarrige* l’usine, l’allongement de la durée des conflits
et la séparation croissante entre la ville et les
champs. Le besoin de développer de nou-
Le quotidien des pratiques grévistes demeure
velles pratiques, facilitées par la naissance des
mal connu en dépit des nombreux travaux
organisations syndicales et socialistes, se fait
consacrés au syndicalisme, aux grèves et
sentir. Les «  soupes communistes  » relèvent
à l’évolution des répertoires d’action avant
de ce nouveau répertoire d’action protesta-
1914. La période de « jeunesse de la grève »
taire qui émerge progressivement jusqu’à de-
voit l’invention de nouveaux répertoires d’ac-
venir une routine et un temps fort de la grève.
tion, à l’image des « exodes d’enfant » ou des
« soupes communistes », visant à la fois à sou- Ces repas de grève ont souvent été évoqués,
tenir la solidarité et permettre la poursuite du mais rarement étudiés de près, ce texte en-
mouvement. Si l’histoire des grèves a donné tend proposer une première approche de
lieu à une littérature gigantesque, le quotidien cette question dans la continuité notamment
du conflit reste rarement examiné. Si les infor- des travaux de Michelle Perrot ou Stéphane
mations abondent sur la manière dont les gré- Sirot1. A partir de la fin du XIXe siècle, alors
vistes mènent leurs mouvements, elles se font que les confrontations sociales se multiplient
en effet plus rares lorsqu’il s’agit d’évoquer et s’allongent, la grève devient de plus en
leur mode de vie au quotidien, alors même plus «  une parenthèse de pauvreté […] et la
que le devenir du conflit dépend directement recherche de palliatifs au salaire suspendu
de la capacité des acteurs à « survivre » pen- occupe un temps important de la journée des
dant la grève. Dans les deux premiers tiers
du XIXe siècle, la «  conscience ouvrière de 1. Stéphane Sirot, La Grève en France. Une histoire so-
conjoncture  » (Michelle Perrot) et l’enracine- ciale (XIXe –XXe siècle), Paris, Odile Jacob, 2002, p. 136
et s.  ; Michelle Perrot, Les Ouvriers en grève, France
* Université de Bourgogne, centre G. Chevrier (1871-1890), Paris, La Haye Mouton, 2 vols., 1974.

33
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

grévistes  »2. La nécessité de vivre impose la tableau ci-contre) impose d’inventer de nou-
construction de solidarités qui peuvent éga- velles formes d’organisation, dont les « soupes
lement contribuer à renforcer la cohésion du communistes  » offrent un exemple remar-
groupe. Les caisses de grève servent donc quable. Au-delà des multiples récits et témoi-
à organiser des distributions alimentaires, gnages de presse, de nombreuses sources
souvent appelées « soupes communistes » à (syndicales, policières, iconographiques) per-
partir de 1904: si leur existence n’est pas un mettent d’approcher ces pratiques grévistes
gage de succès, elles permettent néanmoins « par en bas ». La presse de la belle époque
de prolonger les mobilisations, de retarder les représente une source essentielle, les journa-
défections, de faire passer des messages et listes et les intellectuels parisiens de l’époque
des mots d’ordre dans l’opinion3. rendent compte des soupes qui symbolisent
pour eux la solidarité ouvrière.
Racine d’une pratique et nouvel idiome Le développement des repas grévistes s’enra-
gréviste cine dans une série de pratiques antérieures,
Avant l’autorisation des grèves et des syndi- notamment les « fourneaux économiques » et
cats, les conflits sont de courte durée et ne les « soupes populaires » organisés localement
nécessitent pas l’organisation pérenne de sys- par les pouvoirs publics et les milieux philanth-
tèmes de distribution alimentaire. Mais avec la ropiques. Les fourneaux économiques se dé-
banalisation de la pratique gréviste,4les conflits veloppent ainsi après le milieu du XIXe siècle
s’allongent et s’institutionnalisent. L’accroisse- afin d’affronter les crises de subsistances et
ment du nombre et de la durée des grèves (cf. atténuer les troubles sociaux. D’abord réservé
aux franges les plus pauvres – indigents et
vieillards – ce type d’organisation se déve-
loppe à destination du monde ouvrier parisien
au cours des années 18505. Ces « fourneaux »
ou « soupes populaires » sont ouverts pendant
l’hiver de décembre à mai et servent plusieurs
millions de portions, soit sur place, soit à em-
porter.
Michelle Perrot a montré qu’avant 1890, 23
% des grèves bénéficient de secours, avec de
fortes variations professionnelles (les chapeliers
Grèves, grévistes, et journées de grèves en
moyenne quinquennales (1865-1938)4 sont les plus secourus alors que les terrassiers
le sont le moins) et régionales : le Midi compte
2. Stéphane Sirot, «  La pauvreté comme une paren-
thèse  : survivre en grève du XIXe siècle à la Seconde
plus de grèves secourues que le Nord, effet
Guerre mondiale », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire sans doute de la « sociabilité méridionale » et
critique, 101 | 2007 ; Camille Baillargeon, « La soupe de ses traditions des métiers6. Selon Stéphane
populaire a-t-elle un arrière-goût amer ? (2) Soupes
communistes, soupes de grève », analyse n’° 60, Ins-
Sirot, 10% des conflits font l’objet de secours
titut d’histoire ouvrière, économique et sociale, (publié
en ligne le 19/12/2009 : http://www.ihoes.be/PDF/C_
Baillargeon-Soupe_populaire_2.pdf 5. Voir la brochure très instructive de l’un des pro-
3. Ce travail s’inscrit dans le cadre d’un projet collectif moteurs de cette pratique à Paris, ancien magistrat,
en cours mené au sein du Centre G. Chevrier de l’Uni- administrateur de la caisse d’épargne et d’un bureau
versité de Bourgogne, sur les formes de l’alimentation de bienfaisance de Paris: Pierre Klein, Notice sur les
populaire et de l’alimentation au travail (avec T. Bou- fourneaux économiques pour la vente de portions d’ali-
chet, S. Gacon, F-X. Nérard , X. Vigna) ments à 5 centimes, Paris, 1856.
4. Tableau de synthèse réalisé par Stéphane Sirot, La 6. Michelle Perrot, Les ouvriers en Grève, op. cit., tome
grève en France, op. cit., p. 28 II, chap. 6

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

dans le bâtiment parisien entre 1898 et19137. qualifier renvoient à des luttes sémantiques qui
Même si ces secours, qu’ils soient en nature sont aussi des luttes politiques. Contre le lan-
ou financier, ne remplacent jamais totalement gage charitable des « soupes populaires », les
la rémunération, ils jouent un rôle décisif à la ouvriers inventent une rhétorique subversive
veille de 1914. L’organisation de distributions témoignant d’une quête d’autonomie à l’égard
alimentaires ou de cantines pour les grévistes du langage utilisé par la bourgeoisie. Dans la
est l’une de formes prises pour secourir les presse, on suit l’apparition et l’usage de la
grévistes. Avant 1880, les exemples de repas formule «  soupe communiste  » après 1904.
de grève de ce type sont rares voire exception- Dans des journaux populaires comme Le Petit
nels: en 1869 dans le Var, des bouchonniers Parisien ou l’Ouest Eclair, les premières occur-
en grève organisent une cuisine commune rences datent de 1905, avec une forte crois-
qui sert jusqu’à trois cents repas par jour8. En sance entre 1906 et 191211.
1880, des « fourneaux économiques » (cuisine
collective) sont mis sur pied, par des femmes
de grévistes à Reims en vue d’offrir des repas
à bon marché9.
L’expression «  soupe communiste  », par la-
quelle on désigne d’abord une soupe « com-
munautaire  », émerge autour de 1904-1905.
Auparavant, on parlait volontiers de popote
(langage militaire) ou de soupe populaire
(charité). En 1901, lors de la grande grève
de Montceau-les-Mines la presse évoque les
Occurrence de l’expression « soupe communiste »
« soupes populaires » alors que les grévistes dans la presse
parlent de « soupe à la carmagnole »10. Le lan-
gage reste encore incertain, les travailleurs de L’usage de l’expression « soupe communiste »
Montceau-les-Mines reprennent le nom du fa- par les acteurs témoigne d’une mutation de
meux champ révolutionnaire anonyme et très l’idiome revendicatif à la veille de la Grande
populaire, créée en 1792 lors de la chute de Guerre qui doit être réinscrit dans l’unification
la monarchie et popularisé comme hymne des socialiste de 1906, et dans le rôle joué par
sans-culottes. Cette chanson réapparaît sou- le journal l’Humanité, qui va largement utili-
vent au XIXe siècle, elle est chantée lors de la ser cette expression et contribuer à la popu-
grève de Blanzy en 1901 comme au Creusot lariser en exaltant la geste gréviste dans ses
dans les années qui précèdent. La désigna- colonnes. Un article non signé de 1905 affirme
tion de ce type de pratique et les mots pour la d’ailleurs que «  toute cette organisation a
7. Stéphane Sirot, «  La pauvreté comme une paren- frappé beaucoup les camarades étrangers, et
thèse « , art. cité. en particulier les camarades allemands qui la
8. E. Constant, «  Les conflits sociaux dans le dépar- virent lors des dernières grèves de l’Est. Un
tement du Var sous le Second Empire », Actes du 83e
congrès national des sociétés savantes, Aix-Marseille,
métallurgiste allemand […] donnait les soupes
1958. Section d’histoire moderne et contemporaine, communistes comme un symbole de l’entrain
Paris, Imprimerie nationale, 1959, p. 561. et de l’esprit de solidarité des ouvriers fran-
9. Le Temps du 8 mai 1880, cité par Michelle Perrot,
çais ».12 L’Humanité présente ainsi la « soupe
Les ouvriers en grève, France 1871-1890, Tome II, p.
542. 11. L’histoire du terme «  communisme  », et de ses
10. Stéphanie Vachez, La grève de janvier-mai 1901 usages sociaux, mérite d’être approfondie, il y a un trou
dans le bassin minier de Blanzy-Montceau les Mines, noir entre la période antérieure à 1848 et celle qui suit le
Mémoire de maîtrise d’histoire, Université de Bour- congrès de Tour.
gogne, sous la dir. d’Annie Ruget, 2000, p. 56-62. 12. « Les marmites communistes », L’Humanité, mardi

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

communiste » comme un symbole de la force par exemple en 1906 qu’ils ne veulent pas des
et de la solidarité du mouvement ouvrier hexa- soupes communistes qu’ils jugent contraire à
gonal13. leur aspiration à la respectabilité :
«  à Paris et en général dans les
Lieux protestataires, lieux alimentaires grandes villes françaises les mœurs
S’il est difficile d’évaluer de façon précise ouvrières ne sont guère disposées
l’ampleur de ce phénomène et le nombre à ce genre de vie en commun  ; les
de soupes communistes, et si les situations femmes en particulier ne s’en accom-
sont très variables, il ne fait aucun doute que moderaient pas  : lorsque chaque
cette pratique devient massive à la veille de la semaine elles reçoivent vingt quatre
Grande guerre. Il faudrait suivre en détail par francs, elles dirigent leur ménage en
quels canaux elle s’est diffusée, le rôle respec- conséquence. On se serre le ventre,
tif des militants et propagandistes socialistes, mais on vit relativement suivant ses
de la presse, les acteurs et vecteurs de trans- goûts. Elles ne seraient nullement sa-
mission de ces modes d’action. Lors de la tisfaites de recevoir une ou deux fois
« soupe à la carmagnole » organisée à Mont- par jour de la soupe faite sans grand
ceau en 1901 on sait que Maxence Roldes, soin et dont la préparation ne saurait
ardent militant socialiste, qui sillonne le pays en tous cas pas convenir à tous les
pour encourager les mouvements grévistes, goûts et à tous les estomacs […] On
joua un rôle décisif dans la mise en place peut dire cependant que le système
des soupes. Lors de la grève de Fougère de des soupes communistes présen-
1907, L’Humanité signale que les travailleurs terait de grands avantages dans les
avaient repris cette pratique utilisée aupara- cas de grève d’une maison dans une
vant à Laval, le secrétaire de la bourse du tra- localité petite ou moyenne. »15
vail de cette ville ayant servi d’intermédiaire14. Selon cette analyse, les «  soupes commu-
Une analyse précise de la répartition de ce nistes  » sont d’abord une pratique adaptée
type de repas est impossible à ce stade, il ne aux petites villes de province, ce qui pour-
peut s’agir que d’hypothèses  : observe t’on rait en parti expliquer le manque d’intérêt de
par exemple des régularités, des traditions l’historiographie souvent centrée sur Paris. Il
régionales, professionnelles, des métiers da- est vrai que les exemples les plus spectacu-
vantage représentés, l’influence des traditions laires de soupes communistes ont lieu dans
compagnonniques, etc… ? Il existe des situa- des bassins industriels situés dans le monde
tions très diverses selon les métiers et les ter- rural. Par exemple, en 1901, lors de la grève
ritoires. Les typographes parisiens expliquent du bassin de Blanzy-Montceau en Saône-et-
15 août 1905.
Loire plus de 20 000 portions sont distribuées
13. Il faudrait évidemment adopter une approche com- chaque jour16. La situation des travailleurs de
parée de ce type de pratique, voir dans quelle mesure Montceau était variable  : les mineurs – ou
elle relève d’une exception française ou d’une pratique
ouvriers de fond – étaient les mieux payés et
sans doute beaucoup plus répandue en Europe. En Bel-
gique par exemple, l’expression « soupe communiste » «  jouissaient de quelque aisance  », d’autant
est fréquemment utilisée à la veille de 1914, lors de la qu’ils possédaient pour la plupart leur maison
grande grève générale de 1913 déclenchée par le parti
et un jardin « d’où ils tirent légumes et fruits,
ouvrier belge pour protester contre le refus de Chambre
d’adopter le suffrage universel, de nombreuses expé- des lapins, une douzaine de poules, sept ou
riences de soupes communistes sont organisées dans
le pays, cf. Cyrille Van Overbergh, La grève générale, 15. « Des secours de grève », La Revue socialiste, n°
Bruxelles, Misch & Thron, 1913, p. 191-197.  264, décembre 1906, p. 728-729
14. Ernest Poisson, « Les repas communistes », L’Hu- 16. Stéphanie Vachez, La grève de janvier-mai 1901,
manité, 6 janvier 1907. mémoire cité.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

huit canards  », selon leur propre témoignage de ces institutions qui continuent de faire l’ob-
ils pouvaient tenir plusieurs mois sans paie. jet de débats dans l’historiographie21. Lors de
En revanche les « ouvriers du jour », ceux qui la 3ème conférence des Bourses du travail orga-
s’occupent des machines et des transports nisée à Marseille en 1908, l’ordre du jour com-
en surface, sont moins payés et la grève me- porte en bonne place la question de l’« Achat
nace de les plonger dans «  la misère la plus par les Bourses du travail du matériel pour les
absolue »17. C’est pour eux qu’est initialement
lancée l’idée d’organiser les soupes commu-
nistes dès le début du conflit. À Longwy en
1905, les « soupes communistes » sont pré-
sentées comme une arme capitale de la lutte,
elles sont très nombreuses et dynamiques18. Il
en va de même en 1910 lors de la grève des
mégissiers de Graulhet (Tarn) durant laquelle
3500 portions journalières étaient distribuées
aux grévistes19. Entre 1901 et 1914, cette pra-
tique est entrée dans les cultures populaires et
Carte postale de grève : arrivée du bois pour la
est devenue un réflexe dans bien des conflits soupe communiste de Fougère installée dans la
sociaux. bourse du travail (1907)
La multiplication des soupes communistes
invite à interroger les grèves «  par en bas  », Soupes communistes » 22.
en suivant les relations sociales entre acteurs, Il arrive aussi qu’un particulier prête un local. A
les stratégies qu’ils déploient jour après jour Longwy en 1905, les « soupes communistes »
pour maintenir la mobilisation et la solidarité. sont ainsi installées « sur un pâquis ou sur un
L’une des questions centrales concerne le terrain prêté par un cultivateur », parfois elles
lieu où était organisée cette pratique. Il existe sont installées dans «  un hangar désaffecté
une grande diversité de situations selon les ou dans une cabane édifiée rapidement par
rapports de force locaux. Parfois, il est dif- les grévistes »23. La construction de tels lieux
ficile de trouver un local. Le plus souvent la permet à la fois d’occuper le temps tout en
soupe est installée dans les locaux ou la cour montrant la virtuosité et l’habileté des travail-
de la Bourse du travail, comme à Fougère en leurs. Lors de la longue grève victorieuse des
190720. La question des soupes communistes terrassiers des carrières de Draveil et Vigneux
revient d’ailleurs de façon récurrente dans les en 1908, on sert plus de sept cents repas par
congrès des bourses du travail  ; suivre cette jour au café Ranque. Il arrive aussi que les
pratique offre un moyen d’évaluer la fonction soupes soient organisées dans des bâtiments
17. André Bourgeois, «  Quatre jours à Montceau-les- prêtés par les municipalités, dans des bou-
Mines (Notes de voyage)  », Pages libres, n°9, 2 mars 21. Voir le n° spécial « Retour sur les Bourses du tra-
1901, p. 178. vail  », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique,
18. Voir les descriptions de Serge Bonnet et Roger n°116-117, 2011.
Humbert, La ligne rouge des hauts fourneaux. Grèves 22. Une résolution votée lors du XVIIème congrès pré-
dans le fer lorrain en 1905, Denoël, 1981, p. 214-224 voit que « les bourses ou Unions devront faire l’acqui-
19. Arch. nat., F7 13867. 1906-1911. Dossier intitulé sition d’un matériel de soupes communistes facilement
« Grève des mégissiers de Graulhet (Tarn), commencé transportables », XVIIe Congrès national corporatif (XIe
le 6 décembre 1909, terminée le 28 avril 1910 ». de la Confédération) et 4e Conférence des bourses du
20. La Petite République du 12 janvier 1907, article de travail : tenus à Toulouse, du 3 au 10 octobre 1910 :
l’envoyé spécial P. Demartre, cité par Claude Gueslin, compte-rendu des travaux, Conférence des bourses du
« Provocations patronales et violences ouvrières: Fou- travail (1910 Toulouse), 1911, p. 407.
gères (1887-1907)  », Le Mouvement social, No. 82 23. Serge Bonnet et Roger Humbert, La ligne rouge
(Jan. - Mar., 1973), p. 17-53. des hauts fourneaux, op. cit.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

langeries ou autres coopératives socialistes, payantes comme des bals, des tombolas, des
parfois dans les bâtiments même de l’usine chorales, etc… Dans la presse syndicale et
occupée ou dans les jardins, voire dans la socialiste, la description des soupes commu-
rue lorsque la mairie refuse de fournir un  lo- nistes est souvent liée à des appels à sous-
cal. A Nantes, face à l’interdiction de la maire cription, la mise en scène du quotidien des
en 1907, «  les ouvriers décidèrent de passer travailleurs, des souffrances provoquées par
outre, choisirent une rue et commencèrent la faim permet de stimuler la sympathie et le
à y installer une tente. Voyant que la chose soutien de l’opinion. Fréquemment, le comité
n’irait pas seule, étant donnée l’énergie mon- de grève, sert par ailleurs de banque où les
trée par les grévistes, le commissaire central commerçants locaux peuvent venir se faire
fit prévenir qu’il consentait à tolérer l’endroit rembourser.
envahi. Les soupes fonctionnent donc défini- L’approvisionnement des soupes commu-
tivement et hier, au moment où je quittais les nistes passe soit par l’achat de denrées auprès
cuisines, environ 1800 rations avaient été dis- des commerçants locaux, soit par l’obtention
tribuées »24. En avril-mai 1907, à Besançon, le de dons en nature. La soupe communiste de-
préfet et le maire refusent d’offrir un local pour vient l’occasion de mettre à l’épreuve les soli-
la soupe communiste des ouvriers papetiers, darités locales. En Lorraine en 1905, la presse
finalement c’est le doyen de l’œuvre de patro- signale que « moitié de gré, moitié de force, les
nage local qui accepte d’ouvrir ses portes et habitants du pays fournissent des vivres [aux
le patronage se transforme en « soupe com- grévistes] et même quelque argent »26. Dans
muniste  », ce qui témoigne des alliances qui les villes industrielles qui demeurent proches
peuvent se nouer localement entre catholi- du monde rural, des collecteurs de denrées
cisme social et syndicats.25 Souvent, face à la quadrillent les campagnes alentours avec une
foule des grévistes, les soupes communistes voiture à bras pour recueillir les dons. L’atti-
peuvent aussi être réparties dans plusieurs tude des paysans mérite d’être interrogée,
endroits, à Montceau en 1901 chacune des beaucoup d’ouvriers comme les mineurs de
33 sections du syndicat des mineurs ouvre sa Monceau conservent au début du XXe siècle
« soupe ». des liens étroits – familiaux ou autres – avec
le monde paysan. La grande grève de Mont-
Organiser la solidarité, collecter les ceau en 1901 a contribué à populariser l’orga-
denrées nisation des repas grévistes, la presse et les
Une fois trouvé le lieu pour stocker les den- intellectuels parisiens se sont intéressés à ces
rées et opérer les distributions, il faut organi- évènements montcelliens et en ont abondam-
ser la collecte des aliments et trouver l’argent ment rendu compte. L’Illustration multiplie les
nécessaire pour remplir les marmites. Il existe articles, les photos et les dessins. Parmi les re-
de multiples stratégies pour financer la grève vues, Les Cahiers de la Quinzaine, que Charles
et l’alimentation des grévistes : quêtes, sous- Péguy dirigeait, dépêchent à Montceau-les-
criptions, mises en place de manifestations Mines, pour un reportage de quatre jours, son
administrateur général André Bourgeois qui
24. L’action syndicale. Journal hebdomadaire des tra-
vailleurs du Pas de Calais et du Nord, 31 mars 1907 : « décrit en détail l’organisation des « soupes à la
La grève de Nantes. Après la tuerie – la résistance des carmagnole »27. Des collecteurs sont chargés
dockers ».
25. Joseph Pinard, « Syndicalistes, socialistes et catho- 26. Cité par Serge Bonnet et Roger Humbert, La ligne
liques sociaux à Besançon au début du XX° siècle  », rouge des hauts fourneaux, op. cit.
in Jean-Marie Mayeur (dir.), Le Sillon de Marc Sangnier 27. André Bourgeois, «  Quatre jours à Montceau-les-
et la démocratie sociale, Colloque de Besançon, 1999, Mines (Notes de voyage)  », Pages libres, n°9, 2 mars
Besançon: Université de Franche Comté, 2007, p. 67- 1901, p. 174-188 ; et dans Les cahiers de la Quinzaine,
94, 19 mars 1901 ; cf. Les grèves, Montceau-les-Mines, Le

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

de faire les provisions de vivres en parcourant «  Propagande par le fait  », rivalités et


la campagne à la recherche de nourriture bon tensions
marché. Le collecteur Mathias obtient ainsi
des paysans du pain, des pommes de terre, Ces expériences d’alimentation collective ne
et des légumes comme des poireaux et des servent pas qu’à nourrir la main-d’œuvre, elles
choux. On donne également du bois pour la visent aussi à produire de la solidarité, de la
cuisson, même si le vol de bois dans les forêts sociabilité, elles jouent un rôle central dans la
semble une pratique fréquente28. dynamique du conflit, dans sa médiatisation
et sa légitimation, comme dans les processus
Mais ces dons étaient en général insuffisants,
d’acculturation et d’éducation que sont les
les grévistes devaient aussi se fournir chez les
moments de grève. Le sens et l’interprétation
commerçants pratiquant des prix bas. À Pa-
des soupes communistes se fixent progres-
ris, en 1907-1908 la fameuse coopérative La
sivement. Pour les théoriciens, comme Paul
Bellevilloise aide les soupes communistes de
Lafargue «  les repas pris en commun entre-
la capitale en vendant les denrées à prix cou-
tenaient l’enthousiasme » tout en garantissant
tant29. Les collecteurs de denrées cherchent
la présence des grévistes puisqu’il fallait faire
leurs fournitures chez le commerçant auquel ils
« apposer sur sa carte de grève le timbre quo-
donnent un bon qui leur permet ensuite de se
tidien du Syndicat»31. Lafargue semble s’être
faire rembourser au siège du syndicat. Contre
particulièrement intéressé à cette pratique gré-
l’image quelque peu idyllique véhiculée par la
viste, dans un article de 1907, il affirmait déjà
presse, les relations avec les commerçants
que « les soupes communistes et les exodes
peuvent aussi être tendues. Lors des grandes
d’enfants » représentent « deux nouveaux pro-
grèves de 1919 en banlieue parisienne, de
cédés de lutte… qui exaltent la solidarité ou-
très nombreuses soupes communistes sont
vrière  »32. Les observateurs insistent souvent
organisées à Saint-Denis. Les quêteurs y sont
sur le rôle éducatif de ces soupes,  à l’image
très mal reçus, voire insultés, ce qui pousse
de l’anarchiste G. Yvetot lui-même familier de
le comité de grève des métallurgistes à réagir
ce type de pratique qui se rappelle, dans les
en faisant « afficher tous les noms des com-
années 1930, des soupes communistes du
merçants qui refuseront de verser leur obole
début du siècle:
pour les soupes communistes  » et à organi-
«  Les enfants […] profitaient […] de
ser le boycott de leurs magasins. A la suite de
l’enseignement et de la propagande
cette décision, il semble que « beaucoup ont
par le fait qu’était la belle initiative
eu honte de leur geste et sont venus ce matin
de l’organisation des soupes com-
apporter leur obole en nature ou en espèce »30.
munistes, ce rayon actif de solidarité
Creusot, 1899-1901, Catalogue réalisé par l’écomusée collective et pratique dans les grèves.
du Creusot-Montceau, Mâcon, 2000. Sous un grand baraquement édifié
28. Stéphanie Vachez, La grève de 1901, mémoire cité. gracieusement par les ouvriers du
29. Jean Jacques Meusy (dir.), La Bellevilloise: une page bâtiment, aidés des grévistes, des
de l’histoire de la coopération et du mouvement ouvrier
français, Paris, Créaphis, 2001, p. 55, 156, par exemple marmites immenses furent installées.
à l’occasion de la grève des Galeries Lafayette en 1907. On y ajouta des plats, des ustensiles
30. Archives Préfecture de Police de Paris, BA, 1386, de cuisine, et les femmes, courageu-
Réunion des grévistes de la Métallurgie, théâtre munici-
pal de Saint-Denis, le 13 juin 1919. Ces grandes grèves sement, se mirent à l’œuvre avec en-
de l’après-guerre, certes en dehors de notre période train. Des équipes furent formées ra-
d’analyse, mériteraient d’être réinterrogées sous cet
angle tant les soupes communistes y furent nom- 31. Paul Lafargue, « Les profiteurs du crime », L’Huma-
breuses et importantes, cf. Tyler Stovall, Paris and the nité, n° 1511, 6 juin 1908.
spirit of 1919: Consumer struggles, transnationalism, 32. Paul Lafargue, « La confédération du travail et le
and revolution.. Cambridge, CUP, 2012, p. 272-273. Parti Socialiste », L’Humanité, Lundi 5 août 1907.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

pidement pour recueillir ce qu’il fallait Les récits et images de grève donnent à voir le
pour mettre dans les marmites et faire bon ordre et le sens de la lutte. A Montceau-
cuire la soupe et le bœuf, les pommes les-Mines en 1901, la cuisine de la première
de terre, les haricots, le riz, etc... que section est installée dans une cour derrière la
des donateurs aidaient à acheter ou maison du syndicat qui donne sur la « rue de la
à fournir. […] Quelques débrouillards cantine ». L’entrée est surmontée d’un « grand
parmi les grévistes s’improvisaient drapeau rouge  » et une «  grande bande de
cuistots et faisaient d’excellente cui- toile rouge » accrochée au mur porte l’inscrip-
sine. Les femmes s’enthousiasmaient tion: « Cuisine – Première section. Soupe à la
et s’ingéniaient à être utiles. Il y avait carmagnole ». A l’intérieur, on trouve des petits
pour tous, deux repas par jour […]. On drapeaux tricolores et des affiches indiquant
comptait, chaque jour, 4.200 soupes les consignes à respecter. La cuisine elle-
ou portions. Avec cela, les grévistes même est une modeste baraque composée
ne mourraient pas de faim. […] On de planches et de vieilles toiles avec un guichet
mangeait bien et on mangeait bon, et aménagé pour les distributions (image ci-des-
surtout on mangeait chaud. Tout cela sous). Ce sont surtout les femmes, « mères de
était appréciable pour tenir jusqu’au famille  », «  toujours proprement vêtues  » qui
bout. »33 font la queue pour recueillir la portion à laquelle
Les soupes communistes deviennent des mo- elles ont droit. Les jeunes et les hommes ne
ments d’exaltation symbolique de la culture viennent « guère à la corvée » ; « sous le fichu
ouvrière. Durant le conflit de Fougère en 1907, blanc ou la fanchon dont elles se couvrent la
un ouvrier cordonnier rédige une chanson cé- tête, elles ont en général des airs fatigués et
lébrant ce repas communiste  et significative- vieillis », mais toujours digne insiste la presse
ment chanté par les enfants quittant la ville : socialiste, elles apportent avec elles des réci-
pients pour ramener la pitance au foyer36. 37
« A Fougèr’s, il existe
Les soupes communistes ;
Nos patrons sont vexés.
De les voir fonctionner.
Ma foi, s’ils s’en désolent,
Les ouvriers s’consolent
Qu’ils viennent tous y goûter,
Ils seront épatés…/… »34
Les bâtiments où sont organisées les soupes
deviennent des espaces symboliques, pavoi-
sés de drapeaux et d’inscriptions qui disent les
revendications, comme à Argenteuil en 190935. Soupe «à la Carmagnole» durant la grève de Montceau37
33. G. Yvetot, « Solidarité », dans Sébastien Faure (dir.), comité de grève et bien malins ceux qui viendront les
Encyclopédie anarchiste, tome IV, [Paris, Œuvre inter- enlever. Le soir venu, les habitants de la région n’osent
nationale des éd. anarchistes, la Librairie internationale, plus s’aventurer en ces parages, sillonnés de grévistes
1934], p. 2625, cité par Camille Baillargeon: « La soupe aux mines patibulaires » écrit par exemple La Presse, 7
populaire a-t-elle un arrière-goût amer ? (2) Soupes mai 1909.
communistes, soupes de grève », art. cité. 36. André Bourgeois, «  Quatre jours à Montceau-les-
34. Reproduit dans L’Humanité, Jeudi 19 janvier 1907. Mines (Notes de voyage)  », Pages libres, n°9, 2 mars
35. «  Nous sommes décidés à défendre nos drapeaux 1901, p. 179-180. 
rouges, qui flottent à l’entrée de notre soupe commu- 37. Photo reproduite en une de « Pages libres », n°9, 2
niste, a dit, ce matin, le secrétaire de la permanence du mars 1901.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Symbole de la solidarité ouvrière sans cesse La question des rapports de genre et de la


célébrée par les représentants du mouvement répartition sexuée des tâches au sein de ces
ouvrier, les soupes communistes peuvent moments de distribution alimentaire mérite
aussi devenir des lieux de tension, de riva- également d’être explorée. En 1911, la Bataille
lité où se donnent à voir les tiraillements qui syndicaliste rapporte comment des ouvrières
traversent le groupe. À côté des soupes des récoltaient de l’argent pour les soupes com-
syndicats socialistes et des bourses du travail, munistes en allant chanter dans les cours, les
les syndicats jaunes et les « bourses du travail restaurants et sur les chantiers40. Les soupes
indépendantes  », soutenues par les institu- communistes étaient d’ailleurs organisées
tions religieuses, en organisent aussi comme aussi lors de certains conflits purement fémi-
à Fougère en 1907. Le local de la soupe com- nins, comme celui des blanchisseuses de
muniste peut parfois devenir un lieu pour sé- Chaville en mars 1911, ou celui des ouvrières
questrer des prisonniers. Lors de la grève des des raffineries de sucre de Lebaudy en 1913.
briquetiers à Paris, en 1910, deux « renards » Madeleine Guilbert affirmait que ce sont « les
sont ainsi retenus et «  houspillés  », un jaune femmes qui ont assuré le succès des soupes
nommé Legadek est arrêté par les grévistes, communistes en assumant le travail de prépa-
et conduit dans le local de la soupe: ration des aliments  »41. De nombreux témoi-
« On le garda là toute la journée, l’employant à gnages mentionnent en effet le rôle central des
des corvées, lui faisant éplucher les pommes femmes dans ces soupes, façon évidente de
de terre, laver la vaisselle, le frappant sous le les renvoyer à leur identité de mère nourricière.
prétexte qu’il n’allait pas assez vite ou pour Le Libertaire, à propos de la grève de Fou-
toute autre raison. De temps en temps on l’en- gères, explique ainsi que :
voyait chercher de l’eau ; mais chaque fois il «  Pendant 89 jours, de braves femmes, les
était accompagné par des grévistes, qui n’ou- pieds dans la neige ou dans la boue, la tête au
bliaient pas d’emporter un gros bâton afin de dessus des marmites du matin au soir, eurent
s’en servir en cas de fuite du prisonnier. Il ne les yeux en pleurs par la fumée du bois vert
fut relâché que le soir après avoir été conduit à pour faire la soupe communiste, si bonne il est
une réunion syndicaliste » 38. vrai, mais si chèrement payée par tous »42.
A la suite de cette affaire le secrétaire du syn- Même dans ce contexte conflictuel, propice
dicat est condamné à un an de prison. De à la subversion des normes habituelles, les
même, lors de la grève des dockers de Nantes femmes échappent difficilement à leur rôle tra-
en 1907, Léon Marck, membre de la CGT, est ditionnel. S’il arrive souvent que les hommes
poursuivi pour son action comme organisa- se retrouvent derrière les fourneaux pour pré-
teur des soupes communistes. Il aurait dit aux parer les repas et diriger les opérations, ce
ouvriers : « allez prendre chez les maraichers sont les femmes qui sont chargées des tâches
ce dont vous avez besoin, en supprimant ainsi d’épluchage. Dans les nombreuses carte-pos-
les intermédiaires » ; ce que certains auraient tales de grève montrant des scènes de soupe
traduit par : « Aller voler les légumes et surinez communiste ce sont souvent les hommes qui
les paysans ». Pour le journaliste de L’Huma-
nité, cette accusation policière est grotesque, 40. La bataille syndicaliste, 14 mai 1913, cité par M.
Guibert, «  La présence des femmes dans les profes-
Mark invitait simplement les ouvriers à aller di- sions et ses incidences sur l’action syndicale avant
rectement s’approvisionner chez les paysans 1914 », Le Mouvement social, No. 63, avril-juin 1968,
alentours39. p. 125-141.
41. Madeleine Guilbert, Les femmes et l’organisation
syndicale avant 1914, Paris, CNRS editions, 1966, p.
38. La Presse, mercredi 21 septembre 1910. 240.
39. L’Humanité, mercredi 12 juin 1907 et 14 juin 1907. 42. Le libertaire, 17 février 1907, p. 3

41
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

posent près des marmites (voir par exemple pris en commun, mêlant enfants, hommes et
la carte postale de la grève des terrassiers femmes, il semble qu’une grande partie des
de Rouen de 1910 ci-dessous). La presse ouvriers venaient chercher le repas avant de
évoque souvent le rôle de tel ou tel cuisinier repartir chez eux. Par manque de place sans
prenant en charge l’organisation des cuisines, doute, mais aussi par goût et habitude, les ou-
mais dans ce cas il s’agit d’abord d’exalter la vriers préfèrent souvent manger chez eux, en
capacité d’organisation des hommes face à famille. Les repas collectifs où les femmes, les
des femmes reléguées au rôle d’auxiliaire. enfants et les hommes sont présents, comme
celle mise en scène sur cette carte poste re-
présentant la grève des verriers de Choisy-le-
Roi en 1905, restent l’exception.

Verriers de Choisy-le-Roi (1905)

Le plus souvent, le contenu de l’assiette est


simple. En février 1901, à Montceau, les repas
sont constitués d’une soupe à la viande le midi
et d’un rata de pomme de terre le soir. Après
quelques semaines de conflit, il est décidé que
la viande ne sera plus servie que le jeudi et
Terrassiers de Rouen (Carte postale, 1910)
le dimanche afin d’économiser les ressources
du syndicat44. A Sannois, en 1909 il est pré-
Frugalité et abondance : le contenu de cisé que « des soupes communistes devaient
l’assiette fonctionner dès hier, mais en l’absence de
Que mangent les grévistes, en quelle quantité, marmites nécessaire à la cuisson des aliments,
à quel moment de la journée ? Là encore, les les grévistes se sont gaiement contentés de
situations varient selon les lieux, mais aussi se- saucisson, de fromage et de pain mangés sur
lon les observateurs qui écrivent. En fonction le pouce dans les jardins de l’établissement
de la couleur politique du reporter, la soupe Spadary où ils ont établi leur permanence »45.
communiste sera soit une « maigre pitance » Dans son témoignage sur les soupes commu-
soit un repas qui « vaut maints bouillons servis nistes en 1912, le journaliste F. Mary écrivait
dans les restaurants ou tables d’hôte  »43. En que les « menus se composaient de soupes,
général, et en dépit de ce que pourrait lais- de ragoûts ou bœuf, légumes, pain, etc. Leur
ser penser les nombreuses cartes postales variété et le soin que mettaient les cuisinières
de grève célébrant la communion et le repas
44. cité par Stéphanie Vachez, La grève de janvier-mai
43. Cité par Serge Bonnet et Roger Humbert, La ligne 1901, mémoire cité.
rouge des hauts fourneaux, op. cit, p. 215. 45. Le Matin, 22 avril 1909, n° 9186.

42
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

volontaires à les rendre appétissants leur [don-


naient] une qualité parfois supérieure à ce que
beaucoup de prolos trouvent sur leur table »46.
Là encore, des collectes plus systématiques
de menus de repas de grève et leur examen
fournirait sans doute des pistes pour penser à
la fois la culture gréviste et les cultures alimen-
taires des milieux populaires.
Si la première Guerre mondiale marque bien
une rupture, elle ne ralentit pas pour autant
le développement de cette pratique. Parfois,
comme au Havre, la remise du matériel des
soupes communistes à l’armée en aout 1914
suscite d’ailleurs les protestations de ceux qui
s’opposaient à l’Union sacrée47. Le langage
des « soupes communistes » subsiste durant
le conflit pour décrire d’autres pratiques  : le
parti socialiste en organise pour venir au se-
cours des familles de ses militants partis à la
guerre. Dans les grandes grèves de l’après-
guerre comme on l’a noté, le souvenir de ces
« soupes communistes » ressurgit rapidement,
notamment en banlieue parisienne48. Si les
soupes communistes s’inventent avant 1914,
la pratique continue de se répandre dans
l’entre-deux-guerres, mais leur signification se
transforme peu à peu, les répertoires d’action
se déplacent, selon des modalités qui restent
encore à interroger et explorer.

46. F. Marie, « Les “soupes communistes” », La Bataille


Syndicaliste, 1er avril 1912. En ligne sur le site : http://
www.pelloutier.net.
47. Cité par John Barzman, « Entre l’émeute, la mani-
festation et la concertation: la «crise de la vie chère» de
l’été 1919 au Havre », Le Mouvement social, n° 170,
janvier-mars 1995, p. 61-84.
48. Jean-Louis Robert, Les Ouvriers, la patrie et la
Révolution. Paris 1914-1919, Besançon, Annales litté-
raires de l’Université de Besançon, 1995, p. 33-36, p.
294.

43
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

44
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

La grève d’octobre 1931 différents niveaux d’analyse possible de cette


grève : à savoir le niveau local, le niveau natio-
dans les ports soviétiques. Le nal et international qui se répondent mutuelle-
rôle des marins communistes ment dans un système communiste transna-
tional2.
allemands de l’Internationale La grève des marins allemands dans les ports
soviétiques commença officiellement le 7
des gens de la mer -ISH- octobre et dura jusqu’au 22 octobre 1931 à
Poti, jusqu’au 17 octobre à Leningrad. Dans
les ports soviétiques, les interclubs en furent
Constance Margain*
le centre3. Les interclubs étaient des mai-
sons de marins communistes qui existaient
L’histoire de cette grève a fait l’objet d’un article dans de nombreux ports du monde. L’Inter-
circonscrit en 1980, en RDA, par Fred-Rainer nationale des gens de la mer (ISH), syndicat
Grosskopf1. Cet historien allemand s’est ré- communiste les gérait. A Leningrad, Odessa,
féré à des articles de journaux communistes Batumi4 et Poti, ces maisons de marins ont
et à certaines archives de la RDA. L’article nourri les grévistes et organisé des réunions.
soutient la thèse de la nécessité de défendre Ils envoyèrent des instructeurs de l’ISH sur les
l’URSS. L’idéologie qui sous-tend ces propos bateaux allemands pour inciter à la grève. Ils
ne permet pas d’approfondir la portée de ces permirent finalement à la grève de durer car
événements. Dans son étude, les grévistes il était nécessaire d’avoir une centrale à terre
deviennent des héros d’une guerre imaginaire pour organiser une grève sur des bateaux.
entre la patrie du prolétariat et les puissances L’interclub à Hambourg avait initié et organisé
impérialistes. cette grève. Mais les membres organisateurs
Ainsi, ce travail ne prend pas en compte les
2. Brigitte Studer (Bern) travaille à l’heure actuelle sur
1. GROSSKOPF Fred-Rainer, POLZIN Martin (eds.), l’histoire du communisme transnational. Une première
Proletarischer Internationalismus und Klassenkampf mouture de cette orientation de recherche peut être lue
deutscher Seeleute 1917-1933, Warnemünde, Beiträge dans les travaux d’Annie Kriegel, notamment : KRIEGEL
Schriftenreihe : Traditionen und kommunistische Erzie- Annie, Le système communiste mondial, Paris, PUF,
hung in der Seefahrt, Heft 13, 1980. « Perspectives internationales », 1984.
3. BArch, R1501/20 471, p. 508
* Université du Havre-ZZF Potsdam 4. Principal port pétrolier géorgien aujourd’hui.

45
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

de la grève à Hambourg ne furent pas pour- du 6 octobre 1931 fut lu dans l’interclub de
suivis par manque de preuves lorsqu’elle prit Leningrad par les militants. Ce télégramme
fin. Les marins grévistes sur place en URSS, annonçait qu’une grève avait été déclenchée
furent arrêtés à leur retour en Allemagne et ju- dans le port de Hambourg et dans d’autres
gés. Soixante-huit marins restèrent en URSS. ports allemands, avec le soutien de certains
Ce choix fut médiatisé par la presse soviétique. équipages étrangers. Or, à cette date, la grève
On y apprit que ces marins avaient décidé de n’avait pas éclaté à Hambourg. A Anvers, une
rester en URSS pour aider à la construction réunion avait eu lieu avec trente communistes
du socialisme. A la date du 1er mars 1932, le présents où il avait été décidé d’attendre le
consulat allemand à Bakou recensa trente ma- déclenchement de la grève à Hambourg6. A
rins restés en URSS. Le destin de ces marins Londres, deux vapeurs s’étaient mis en grève7.
nous est inconnu mais il est probable qu’ils Les neuf grévistes furent immédiatement arrê-
furent pris dans la Grande Terreur stalinienne tés. A Dantzig avait lieu au même moment une
comme beaucoup d’autres militants alle- grève de dockers.
mands à l’époque ayant fui l’Allemagne nazie. Les revendications formulées par le syndicat
Les bateaux rentrant de Leningrad étaient at- de l’ISH à Hambourg concernaient la lutte
tendus par la police. Un tribunal spécial fut mis contre le capitalisme, le refus des baisses des
en place dans la ville d’Holtenau près de Kiel. salaires, de l’allongement du temps de travail
Entre l’arrivée à terre et le jugement immédia- et l’octroi de congés payés. Plus précisément,
tement applicable, il y eut à peine quelques un tract demandait  : plus de quarts sur les
heures. Ces jugements s’appuyaient sur le bateaux et donc plus d’hommes, l’obtention
paragraphe 101 du Seemannsordnung (règle- chaque année de deux à trois semaines de
ment du marin) de 1902 qui spécifiait que le vacances payées mais surtout une fraternité
refus d’obtempérer à une autorité supérieure internationale afin que les salaires ne soient
sur un bateau équivalait à une mutinerie5. Les pas abaissées8.
marins furent conduits directement en prison. Fort de ce mouvement, sur trois cents marins
Cinq cents marins furent arrêtés et quatre- présents lors de cette réunion, en majorité
vingt-six marins, provenant de dix-sept ba- des Allemands, deux cent quarante se décla-
teaux, furent condamnés. Les peines furent rèrent en faveur de la grève9. Un comité de
particulièrement lourdes, allant de deux mois grévistes fut élu avec un représentant pour
à trois ans de prison. En tout une quarantaine chaque vapeur (vingt-sept bateaux étaient
de bateaux avaient fait grève. représentés). Au matin du 7 octobre 1931, la
décision des grévistes fut connue dans le port
La grève à partir des interclubs de Leningrad. Dans ce port, les équipages de
soviétiques trente deux bateaux cessèrent le travail10. Le
12 octobre 1931, trente-six bateaux étaient en
A Leningrad
Un télégramme venant de Hambourg le soir 6. BArch, R1501/20 471, p. 546
7. GStA PK, I-HA Rep. 120 C XVII 3 Nr. 92, Band 1, p.
5. BArch, R1501/20 106, p. 193 : „Wenn zwei oder 204
mehrere zur Schiffsmannschaft gehörige Personen 8. GStA PK, I-HA Rep. 120 C XVII 3 Nr. 92, Band 1, p.
dem Kapitän einem Schiffsoffiziere oder einem anderen 223
Vorgesetzten den schuldigen Gehorsam auf Verabre- 9. Le consulat allemand à Leningrad selon une infor-
dung gemeinschaftlich verweigern, so tritt gegen jeden mation du journal Pravda, affirma qu’il y avait deux cent
Beteiligten Gefängnisstrafe bis zu einem Jahre ein. Der trente et un votants pour et dix votants contre la grève,
Rädelsführer wird mit Gefängnis bis zu drei Jahren be- le 6 octobre 1931 dans l’interclub de Leningrad : BArch,
strafft. Sind mildernde Umstände vorhanden, so kann R1501/20 471, p. 509
auf Geldstrafe erkannt werden. Der Rädelsführer wird in 10. GStA PK, I. HA Rep. 120 C XVII 3 Nr. 92, Band 1,
diesem Falle mit Gefängnis bis zu einem Jahre bestraft.“ p. 205 BArch, R1501/20 106, p. 143 

46
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

grève selon la Pravda de Leningrad. Le jour- années de camp de concentration en 1938.


nal affirmait qu’il avait reçu un message de la Incorporé dans un bataillon disciplinaire, il fut
direction de la grève en Allemagne affirmant tué pendant la Seconde Guerre mondiale13.
qu’en Allemagne, quatre-vingt-douze bateaux Le vapeur Godfried Bueren débraya à partir du
y faisaient grève et cinquante-sept étaient blo- 7 octobre.
qués à l’étranger. Cela portait le nombre de L’interclub d’Odessa nourrissait les grévistes,
bateaux retenus à cent quarante-neuf. Ces in- leur donnait de l’argent et des cigarettes14.
formations étaient fausses mais elles incitaient Des hommes de l’interclub venaient chaque
les marins à continuer leur grève en URSS. matin réveiller les grévistes et les emmenaient
L’interclub de Leningrad joua un rôle important manger à l’extérieur. Ces grévistes étaient
de soutien logistique aux grévistes11. Il distri- principalement des chauffeurs et des soutiers.
buait des bons de nourriture gratuits. Il offrait Ils étaient très résolus et organisèrent un mou-
également aux marins des cartes de transport vement autour des vapeurs allemands arrivant
pour se déplacer à l’intérieur de Leningrad. dans le port d’Odessa comme pour le vapeur
Les marins en grève ne rentraient à bord que Amantea qui arrivait de Novorossisk.
pour dormir. Le consul allemand à Leningrad
L’interclub invita les marins et soutiers de ce
affirma que les marins étaient obligés de se
bateau à venir tandis que des postes de grève
rendre chaque jour à l’interclub. En effet, il
étaient mis en place sur le bateau. Suite à cela,
était le centre névralgique de la grève. Il était
le consul se rendit au siège de la police (GPU)
nécessaire pour chaque marin gréviste de s’y
du port et demanda la protection pour l’équi-
inscrire pour recevoir cartes de transports et
page de l’Amantea. Il exigea l’éloignement de
bons de nourriture. Selon le consul, l’organi-
toute personne n’appartenant pas au bateau.
sation de la grève était bien huilée, et avait été
La police russe refusa de protéger l’équipage
planifiée en amont. La grève s’accompagnait
mais plaça un garde devant l’Amantea. Les
d’une propagande pour le Plan Quinquennal
autorités du port d’Odessa faisaient tellement
soviétique et de visites culturelles en lien avec
de difficultés pour laisser partir l’Amantea que
l’histoire de la Révolution d’Octobre (la visite
celui-ci partit sans autorisation avec un équi-
du Musée de la Révolution par exemple).
page de volontaires. L’équipage était en majo-
A Odessa rité contre la grève.
A Odessa, Emil Winkels, marin allemand anima Pour contrer ce départ Emil Winkels mit le feu
la grève de vingt-huit marins sur le Godfried à la chaudière. L’Amantea arriva à quitter le
Bueren. Il était à l’origine Vertrauensmann pour port d’Odessa le 18 octobre, attaqué à coup
ce bateau, c’est-à-dire homme de confiance, de pierres par les grévistes. L’ambassade al-
délégué du syndicat de l’ISH12. Il avait parti- lemande écrivit que le soutien des autorités
cipé à la Première Guerre mondiale puis à soviétiques à la grève était encore plus mani-
la Révolution de 1918 à Essen. Il fut choisi feste à Odessa qu’à Leningrad. Des hommes
comme dirigeant de la grève en 1931, pour restèrent à quai, refusant de quitter l’URSS.
tous les bateaux allemands sur la Mer noire Ils étaient tous des militants du KPD et pour
lors d’une réunion à l’interclub d’Odessa. Pour l’Allemagne, désormais des déserteurs.
cela, Emil Winkels fut condamné à son retour
Dans les ports de Batumi et de Poti
en Allemagne, à trois ans de prison. Après
1933, il fut à la tête d’un réseau de résistance
13. POPPINGA Onno, BARTH Hans-Martin, ROTH Hil-
à partir de la ville d’Emden et condamné à six traut, Ostfriesland. Biographien aus dem Widerstand,
Frankfurt/Main, Syndikat Autoren-und Verlagsgesell-
11. BArch, R1501/20 106 schaft, 1977, p. 113.
12. BArch, R1501/20 471 14. BArch, R1501/20 106, p. 330

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Dans le port de Batumi, la grève éclata en dif- que l’ISH et les militants dans les interclubs
féré le 17 octobre avec l’aide de l’interclub. à Odessa, Leningrad, Batumi ou Poti avaient
Le 16 octobre des militants de l’interclub de menti ou amplifié un mouvement beaucoup
Batumi allèrent sur le vapeur l’Afrika avec moins large qu’annoncé afin d’organiser ces
des membres de l’équipage. Un cortège les grèves. Le 15 octobre un membre du consu-
accompagna ensuite à travers la ville jusqu’à lat, certains capitaines et un représentant du
l’interclub où une réunion eut lieu sur la néces- Commissariat aux affaires étrangères sovié-
sité de faire grève. Au total, sur trois vapeurs, tique rencontrèrent le comité de grève. Selon
le Biskaya, le Schindler et l’Afrika, cinquante le représentant du consul, seul un membre
hommes se mirent en grève15. C’était surtout sur les trois que comptait le comité, apparte-
de jeunes marins (mousses, soutiers) dont les nait aux équipages en grève. Les deux autres
revendications, relayées par l’interclub concer- étaient des militants professionnels.
naient essentiellement la baisse des salaires. Si les capitaines accusèrent le pouvoir sovié-
Les cinquante grévistes partirent en vacances tique de soutenir la grève, le comité de grève
dans un hôtel payé par l’interclub. affirma qu’il ne répondrait de ses actes que
Les autorités soviétiques refusèrent que les devant l’ISH en Allemagne malgré la mise
bateaux partent car l’équipage n’était pas au en garde du légat consulaire sur les consé-
complet et les grévistes réclamaient leurs sa- quences que la grève pouvait avoir sur les
laires. Finalement les bateaux quittèrent le port relations germano-russes, les arrestations des
le 20 octobre pour le Biskaya et le Schindler, le meneurs et l’illégalité du mouvement.
21 pour l’Afrika.
La grève se termina finalement le 17 octobre
A Poti, la grève éclata également le 17 octobre à Leningrad sans qu’aucune contrepartie n’ait
sur deux bateaux, l’Angora et le Thessalia. Là été obtenue auprès des armateurs. Le 19
aussi, l’interclub du port joua un rôle majeur. octobre, selon le gouvernement allemand, le
Son dirigeant, un hongrois parlant allemand trafic maritime des bateaux allemands dans le
selon les autorités allemandes, invita les équi- port de Leningrad était redevenu normal.
pages dans l’interclub. Après son discours,
tout l’équipage de l’Angora se mit en grève. Violence et propagande
Sur le Thessalia,  deux puis six hommes se
mirent en grève. Le capitaine du Thessa- L’attaque du consul, les colonnes mobiles
lia avait refusé que ses hommes se rendent
Lors de la grève à Odessa, Emil Winkels et cinq
dans l’interclub. Pour le consulat allemand,
autres marins attaquèrent physiquement le
c’était la raison pour laquelle la grève n’avait
consul allemand Roth16, qui était monté à bord
pas pris entièrement sur ce bateau. Les 18 et
de l’Amantea et avait jeté à la mer le panneau
19 octobre, deux réunions se succédèrent le
STREIK (grève). Il eut quelques contusions et
soir dans l’interclub. La grève commença le 17
des vêtements déchirés selon son propre té-
octobre, prit fin le 21 pour le Thessalia et le 22
moignage. Une heure après seulement, le chef
octobre pour l’Angora.
contrôleur du port retrouva le consul qui lui
Il n’y eut pas de grève à Hambourg. Cette don- demanda l’arrestation des marins qui l’avaient
née est essentielle puisque la soi-disant grève attaqué, la protection du bateau et son départ
à Hambourg avait été utilisée par l’ISH et les rapide du port. Or son chargement ne pouvait
interclubs pour déclencher des arrêts de tra- se faire, les dockers étant en grève de soli-
vail dans les ports soviétiques. Cela montrait darité. Les autorités russes s’excusèrent pour
15. GStA PK, I-HA Rep. 120 C XVII 3 Nr. 92, Band 1,
l’attaque et promirent qu’un des marins qui
p. 337 : treize hommes sur le Julius Schindler, dix-sept 16. GStA PK, I-HA Rep. 120 C XVII 3 Nr. 92, Band 1,
hommes sur le Biskaja, vingt hommes sur l’Afrika. p. 227

48
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

l’avait provoqué, Jan Janssen, serait arrêté. menacé. Aucun blessé du côté des marins
Cela ne fut pas le cas. Le garde posté par les n’était à relever.
Soviétiques n’avait pas réagi. Des membres de Cette violence ne fut pas la seule raison du
l’équipage de l’Amantea aidèrent le consul et prolongement de la grève. En effet, malgré la
reçurent des pierres par les six attaquants. Le proposition du consulat allemand de reprendre
ministère des Affaires étrangères allemand tint le travail le 10 octobre, les marins refusèrent et
les autorités soviétiques pour responsables de répondirent que seul le syndicat ISH pouvait
cet incident, du fait de l’absence de postes de entreprendre la fin de la grève. Ce refus n’inva-
garde conséquents sur les bateaux en grève lidait pas l’impact de la violence dans le pro-
et de la passivité de l’homme en faction sur longement de la grève. Les marins ont pu être
l’Amantea. forcés de répondre par la négative du fait des
A Leningrad, des Rollkommandos ou co- menaces physiques. Face à cette alternative,
lonnes mobiles17 se déplaçaient de bateaux les témoignages de deux marins recueillis par
en bateaux pour appeler à la grève dès le 7 la police allemande sont éclairants.
octobre. L’enquête menée par la police alle-
mande dès la fin du mouvement dénonça le
Des témoignages de marins forcés de faire
rôle des Rollkommandos. Comme le terme grève
allemand Kommando peut le laisser supposer, Le 22 octobre, l’ambassade allemande fit la
ces colonnes mobiles utilisèrent la violence et liste de ceux qui avaient été volontaires pour
la menace pour faire prévaloir leurs opinions à travailler pendant la grève ou qui s’étaient tenus
l’encontre des officiers mais aussi des marins en retrait. Elle interrogea certains marins. Deux
récalcitrants. Pour la police allemande, la peur marins chauffeurs affirmèrent avoir été obligés
avait permis à la grève de se prolonger pendant de faire grève entre le 9 et le 17 octobre. Leur
dix jours. Ainsi les grévistes se déplaçaient en syndicat d’orientation sociale-démocrate avait
bateau remorqueur et obligeaient les marins à considéré la grève comme sauvage, voire
monter à bord pour se mettre en grève. Sur le comme une « ânerie ». Ils rajoutèrent que tout
remorqueur, les militants les inscrivaient sur la avait été très bien organisé.
liste des grévistes. Ces remorqueurs se dépla- Ils avaient profité des excursions au Palais
çaient sous drapeau de la police soviétique, d’hiver, dans la maison de la culture de la
ce qui fit dire à la police allemande que les vio- ville et avaient visité un kolkhoze (coopérative
lences se déroulaient sous les yeux des Sovié- agricole collective soviétique), dans les envi-
tiques. rons de Leningrad, dans la ville de Vyborg. La
Dans l’interclub de Leningrad, il y avait les ma- nourriture avait été très bonne. Les Rollkom-
traques dont se servaient les grévistes pour mando qui venaient à leur bord avaient vanté
obliger les autres marins à participer à la grève les mérites de l’URSS et affirmé qu’il ne fallait
ou à renforcer les Rollkommandos. Si l’on ne pas avoir peur des sanctions puisque eux, les
peut savoir combien de marins firent grève marins, pouvaient rester en URSS, où le tra-
sous la menace, on note cependant qu’un vail ne manquait pas. Pour un de ces marins,
officier fut blessé. A Leningrad, sur la vapeur les autorités soviétiques ne voyaient pas cette
Pinnau le 8 octobre, une vingtaine de marins grève d’un mauvais œil et ont pu la favoriser18.
allemands voulurent pénétrer dans le bateau Ces témoignages de deux marins grévistes
mais le 1er officier et le 1er machiniste, leurs en recoupaient en partie les rapports de police et
refusèrent l’accès. Le 1er officier fut blessé et ceux des autorités diplomatiques allemandes.
le capitaine qui était venu pour intervenir, fut Cependant s’ils ont pu se sentir obligés de

17. Commando : groupe de combat employé pour des 18. GStA PK, I-HA Rep. 120 C XVII 3 Nr. 92, Band 1,
opérations rapides, isolées ou pour la subversion. p. 332

49
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

faire grève, le moins que l’on puisse dire, c’est à Leningrad et les violences perpétrées des
que cette « obligation » leur a permis de profi- Rollkommando le furent sous leurs yeux.
ter de l’art culinaire et culturel russe ! Pour cer- Le consulat demanda au Ministère des affaires
tains cet accueil se transforma en un permis étrangères allemand le 9 octobre s’il devait en-
de séjour. gager des négociations avec les grévistes. En
Les autorités soviétiques se divisèrent sur effet, la direction de la grève à Leningrad avait
cette grève. Il s’agissait d’éviter un incident demandé l’ouverture de pourparlers entre
diplomatique avec l’Allemagne pour les diplo- les armateurs et la direction de l’ISH en Alle-
mates, de continuer à charger et décharger magne. La réponse du Ministère des Affaires
les bateaux soviétiques pour les autorités por- étrangères allemand fut claire  : il ne fallait en
tuaires, d’éviter le désordre pour la police et de aucun cas négocier car il aurait été difficile en-
mobiliser les forces militantes pour la réussite suite de punir les meneurs de la grève20.
de cette grève pour le Profintern. Autant d’ob-
Selon un câble télégraphique du syndicat des
jectifs distincts qui permettent de mesurer la
armateurs allemands envoyé depuis Ham-
complexité de l’événement.
bourg au Ministère des affaires étrangères
allemand, la grève de Leningrad était incom-
Les méandres politico-diplomatiques
préhensible, la situation étant calme dans les
d’une grève particulière
ports allemands. L’ISH n’y menait aucune
Le consulat et les armateurs allemands action. Pour autant, les armateurs attribuèrent
le déclenchement de cette grève à la direc-
Dès le 7 octobre 1931, le consulat allemand tion de l’ISH à Hambourg. Aussi, le départ des
de Leningrad informait par télégramme l’am- bateaux ne pouvait être immédiat et dépendait
bassade allemande à Moscou, et par là le de l’ouverture de négociations. Les autorités
gouvernement allemand à Berlin, de l’immi- russes soutenant la grève, le syndicat des ar-
nence de la grève19. Selon le consul, les auto- mateurs appelait à menacer les bateaux russes
rités soviétiques semblaient étonnées par le présents dans les ports allemands de rétorsion
déclenchement de cette grève. Elle mettait en et demandait au gouvernement d’intervenir au
difficulté les autorités portuaires soviétiques, niveau de l’ambassade russe à Berlin.
qui craignaient de prendre du retard dans les Le 9 octobre, le consul allemand à Leningrad
chargements et déchargements des bateaux rencontra un représentant du Commissariat
soviétiques. Mais le comité des grévistes auto- aux affaires étrangères à propos de la protec-
risa, à la demande des Soviétiques, le charge- tion des bateaux21. Ce dernier dont nous ne
ment/déchargement des bateaux russes qui connaissons pas le nom, affirma que la grève
furent déchargés dès le 9 octobre. Le consulat était légale, que la direction des grévistes avait
écrivit à ce sujet que les «  intérêts de classe été reconnue. Il n’y avait donc pas de raison de
passaient avant le droit international  ». Plus les protéger, ni d’interdire les Rollkommando.
exactement la “patrie du socialisme” passait
avant les autres. 20. BArch, R1501/20 471, p. 505 : Telegramm des
Auswärtigen Amtes an das Deutsche Generalkonsulat
Le consul demanda de l’aide à la GPU pour in Leningrad: Berlin, den 12. Oktober 1931: „Bitte keine
éviter l’intrusion de toute personne étrangère, Verhandlungen mit Streikleitung führen, da wir Straffälli-
protéger les officiers et ceux qui voulaient gen amtlich nicht verhandeln können. Prüfer.“ S’il-vous-
plaît, ne menez aucune négociation avec la direction de
travailler. La GPU promit de mettre en place la grève, car ensuite nous ne pourrons pas négocier
ses mesures dès le début de la grève. Pour- officiellement de sanction. Prüfer.
tant trente deux vapeurs se mirent en grève 21. BArch, R1501/20 471, p. 520  : Leiter der West-
lichen Abteilung II des Aussenkommissariats: dirigeant
19. GStA PK, I. HA Rep. 120 C XVII 3 Nr. 92, Band 1, du Département II de l’Ouest du Commissariat aux Af-
p. 203 faires étrangères

50
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Les autorités soviétiques considéraient que la réitérer le fait que cette grève ne concernait
protection demandée par les autorités diplo- que l’Allemagne et ne permettait aucune in-
matiques, constituait une immixtion dans les tervention. Les Soviétiques soutenaient qu’il
affaires intérieures allemandes puisqu’il s’agis- s’agissait d’une grève légale, avec une direc-
sait de protéger les intérêts des armateurs. tion légale. L’ambassadeur y demandait que
A contrario, le syndicat des armateurs alle- le PCUS évite toute immixtion dans la grève.
mands accusait les autorités soviétiques de Il y ajoutait que le gouvernement soviétique (et
protéger et de soutenir cette grève en ne la donc le parti communiste soviétique) souhai-
considérant pas comme une révolte mais tait la fin de cette grève. L’ambassadeur s’at-
comme une grève légale. D’ailleurs les Sovié- tendait dans ces circonstances à une fin pro-
tiques reconnaissaient la direction de la grève chaine de la grève et au départ des bateaux.
et répondaient invariablement que les bateaux Ainsi dès le 11 octobre, le gouvernement alle-
pouvaient quitter les ports à condition que les mand anticipait la fin de la crise alors même
équipages soient au complet. que la grève continuait.
Pour autant l’ambassade allemande deman-
Le rôle de l’ambassadeur Herbert von Dirk- da l’envoi d’Allemagne de remorqueurs (des
sen22 bateaux qui tirent d’autres bateaux) qui furent
Selon l’ambassade d’Allemagne en URSS, le mis en route le 13 octobre. Or quand l’ambas-
Commissariat aux affaires étrangères sovié- sade l’annonça aux Soviétiques, ces derniers
tique était profondément mal à l’aise vis-à-vis firent remarquer à l’ambassadeur allemand à
de cette grève. Le 11 octobre, lors d’un nouvel titre «  privé  » que des remorqueurs étaient à
entretien entre l’ambassadeur allemand Her- disposition dans le port de Leningrad23. C’était
bert von Dirksen et le représentant du Com- une façon détournée de désigner les princi-
missariat aux Affaires étrangères, ce dernier lui paux responsables du blocage, en l’occur-
affirma de manière officieuse qu’il n’avait pu rence l’interclub et le Profintern et de souligner
trouver un compromis avec le Parti et les syn- le fait que l’arrivée de remorqueurs ne chan-
dicats pour arrêter la grève. De manière offi- gerait rien à la situation. Au Commissariat aux
cielle, il lui dit que le mouvement était non seu- Affaires étrangères, on commençait à craindre
lement autorisé mais aussi légitime. Il s’excusa que toute l’affaire ne se retourna contre eux.
de l’agression par des marins allemands du Les armateurs télégraphièrent le 14 octobre
consul Roth à Odessa. Or ces marins n’étaient une demande de protection des autorités so-
pas des Soviétiques mais des communistes viétiques pour les personnes qui étaient volon-
allemands. La confusion était totale ! taires pour travailler. Refus des autorités sovié-
Un mémorandum fut envoyé par l’ambassade tiques qui répétèrent ne pas vouloir s’immiscer
allemande au Ministère des affaires étrangères dans affaires entre armateurs et marins. La
allemand, reprenant les propos tenus lors de proposition des armateurs de faire sortir les
l’entretien du 11 octobre. Il ne précisait pas bateaux un par un semblait irréalisable car les
qu’il s’agissait d’une insurrection afin que le grévistes menaçaient de mettre systématique-
gouvernement russe ne prit ce prétexte pour ment le feu à la chaudière des bateaux prêts au
départ, ce qui rendait leur utilisation difficile. Le
22. Lire sa biographie  : MUND Gerald, Ostasien im
Spiegel der deutschen Diplomatie. Die privatdienstliche syndicat des armateurs allemands demanda
Korrespondenz des Diplomaten Herbert v. Dirksen von le 14 octobre d’éviter d’envoyer des bateaux
1933 bis 1938,München, Franz Steiner Verlag, 2006. à Leningrad sur recommandation du consulat.
Herbert von Dirksen (1882-1955) : ambassadeur en
URSS à partir de 1929, pendant le IIIe Reich au Japon, Le 15 octobre, ce même syndicat envoya un
puis dernier ambassadeur à Londres avant la Seconde
Guerre mondiale. Il quitta le corps diplomatique en 23. GStA PK, I-HA Rep. 120 C XVII 3 Nr. 92, Band 1,
1939, à l’âge de 57 ans. p. 267

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

remorqueur pour tirer les bateaux en grève à tous les ports allemands. La grève n’était pré-
Leningrad et les ramener en Allemagne. vue que pour éclater dans les pays dits capi-
L’ambassadeur demanda immédiatement la talistes. La question est donc de comprendre
protection des remorqueurs par les Sovié- pourquoi cette grève a eu lieu uniquement en
tiques. Ces derniers répondirent de nouveau, URSS.
que la grève était autorisée en URSS et qu’ils Il n’est pas possible que cette grève dans les
n’étaient pas responsables de l’organisation ports soviétiques ait eu cours sans l’assenti-
basée en Allemagne. Toutefois, les Soviétiques ment (peut-être tacite) du Profintern. A Mos-
autorisèrent l’entrée de remorques dans leurs cou, l’ambassade allemande fit remarquer
eaux territoriales et prirent des dispositions que les fonds nécessaires à son financement
afin d’empêcher toute violence supplémen- provenaient du syndicat des marins russes, du
taire lors des remorquages. Le Commissariat Profintern, du parti communiste russe et des
aux affaires étrangères ne pouvait qu’assurer autorités portuaires soviétiques.
de son soutien l’ambassade sur la venue des Or cette grève allait à l’encontre de la ligne
remorques et le refus des violences. L’ambas- tenue par le Komintern et le PCUS, à savoir le
sadeur allemand von Dirksen s’était rendu à refus de la grève sur les bateaux soviétiques
Berlin et revint le 16 octobre pour intervenir dans les ports étrangers et sur les bateaux
directement auprès du gouvernement russe. étrangers dans les ports soviétiques. En fait
Il déclara cette grève allemande et non sovié- les divergences au sein de l’appareil commu-
tique. Les remorqueurs arrivèrent le 18 octobre niste ne se situèrent pas entre le PCUS et le
mais la grève était déjà terminée à Leningrad Profintern mais entre le Commissariat aux af-
et à Odessa depuis le 17 octobre. faires étrangères et le gouvernement de la Ré-
L’ISH à Hambourg déclara la fin de la grève le publique de Weimar par l’intermédiaire de son
16 octobre sous la pression du KPD. Le gou- ambassadeur à Moscou Herbert von Dirksen.
vernement soviétique était intervenu, suite à Cette grève a placé les autorités russes au
une demande du gouvernement allemand24. cœur du paradoxe d’un Etat dit prolétarien à
Le trafic reprit et les bateaux allemands dé- savoir l’organisation d’une grève à visée révo-
chargés quittèrent le port. Les remorqueurs lutionnaire sur leur sol d’une part, et le respect
envoyés par les armateurs et le gouvernement des relations diplomatiques engagées avec
allemand retournèrent à Holtenau/Kiel car ils l’Allemagne weimarienne d’autre part. Si ses
n’étaient plus utiles. Le bateau en grève God- meneurs à Hambourg et dans les interclubs
fried Bueren à Odessa n’obtempéra que le 20 s’appuyaient sur l’existence de l’URSS pour
octobre, demandant des amnisties pour les justifier leurs revendications auprès du gou-
grévistes et des devises. Le Commissariat des vernement allemand, cette crise mit en lumière
affaires étrangères à Moscou avait été opposé les contradictions des relations diplomatiques
à la grève depuis le début et avait vu sa posi- dans lesquelles se débattait l’Etat des Soviets
tion renforcée par la reprise du travail25. pour assurer sa légitimité.

La grève, c’est la guerre ! Les répercussions de cette grève en Alle-


magne
Un État dit révolutionnaire Cette grève des marins fut la seule durant
toute la République de Weimar. La profession
Le Profintern (Internationale syndicale rouge)
n’avait pourtant pas été protégée des crises
avait donné son accord pour cette grève car
économiques ou du chômage. Mais elle était
l’organisation croyait qu’elle allait s’étendre à
sévèrement régulée par le Seemannsordnung
24. BArch, R1501/20 106, p. 140
25. BArch, R1501/20 224, p. 100 (1902). Comme nous l’avons vu précédem-

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

ment, dans ce livret, l’article 101 menaçait de Elle était désormais perçue comme une arme
trois ans de prison les coupables de mutine- économique au service d’une politique : la  ré-
rie. Cet article interdisait de fait la grève sur les volution mondiale. Cette révolution devait être
bateaux. obtenue grâce à la lutte d’une classe, le pro-
Le député communiste du Landtag de Prusse, létariat international et permettre la protection
Ernst Wollweber26 prit fait et cause pour les de l’URSS en empêchant une guerre menée
marins arrêtés à la fin du mois d’octobre 1931. par les “puissances impérialistes” contre la
La fraction du KPD exigea auprès du Landtag toute nouvelle “patrie du prolétariat”.
de supprimer l’article du Seemannsordnung Lors de la conférence dite de Strasbourg (en
qui condamnait tout acte de mutinerie27. fait elle se déroula à Berlin), à la mi-janvier
Wollweber rappela que deux cent cinquante 1929, fut mise en place une stratégie nou-
marins avaient été arrêtés et condamnés à velle pour mener les grèves. Elles devaient
des peines diverses alors qu’ils protestaient désormais être « indépendantes » c’est-à-dire
contre la baisse de leurs salaires. Pour lui, il ne qu’elles devaient être dirigées sans et même
s’agissait pas d’une mutinerie. Il rajouta qu’il contre les syndicats réformistes. Les grévistes
était nécessaire de protéger l’URSS contre devaient avoir leur propre direction de grève.
les transports maritimes d’armes. Il mit au Enfin les marins en particulier (les ouvriers en
même niveau de revendication les condamna- général) dits inorganisés auraient à les diri-
tions des marins et la protection de l’URSS. ger. Ces nouvelles orientations firent l’objet
La réponse des autres partis ne se fit pas at- d’un ouvrage de Losovsky intitulé sobrement
tendre. Le SPD qui avait appliqué le premier La grève qui était le résultat de conférences
la législation du Seemannsordnung s’opposa tenues à l’Ecole Lénine de Moscou en 1930.
à sa suppression tout comme les nazis. Cette Le contenu principal avait été dévoilé lors de
réglementation ne fut supprimée qu’en 1957. cette Conférence de Strasbourg.
Il semble donc qu’il faille chercher ailleurs l’ori- La grêve visait donc en premier lieu les réfor-
gine de cette grève. mistes, les syndicats sociaux-démocrates
coupables de « bureaucratie syndicale ». Elle
Une nouvelle orientation politique en URSS devait reprendre des tactiques de combats
A partir de 1928, s’opéra en URSS un tour- militaires pour arriver à ses fins selon un slo-
nant idéologique. Le Profintern et à sa tête gan qui fut utilisé plusieurs fois lors de grèves
Losovsky28 jouèrent un rôle conséquent dans à l’époque : « La grève, c’est la guerre ! ». La
la mise en œuvre d’une orientation politique mise en œuvre de ces différentes tactiques
nouvelle qui appelait d’une part à lutter contre politiques et syndicales, intervint avant la crise
la sociale- démocratie et d’autre part à fonder économique de la fin des années trente.
des syndicats parallèles afin de lutter à armes Cette crise ne fit que justifier la création de
égales avec les autres syndicats. La grève nouveaux syndicats notamment l’Internatio-
devait jouer un rôle important dans ces luttes. nale des gens de la mer le 3 octobre 1930 et
26. Ernst Wollweber, Dictionnaire biographique de sa section allemande, l’Einheitsverband der
l’Internationale communiste, sous forme de cédérom, Seeleute, Hafenarbeiter und Binnenschiffer
Editions de l’Atelier, réédition revue et complétée de  :
Komintern : l’histoire et les hommes, José Gotovitch et
Deutschlands. Elle n’empêcha pas le fiasco de
Claude Pennetier (eds.), Paris, 2010 (notice rédigée par cette politique, illustré lors de cette grève de
l’auteur). marins en octobre 1931 dans les ports sovié-
27. Rote Fahne, 3.3.1932
tiques.
28. A la suite de ce tournant politique, Losovsky vit son
rôle s’affermir à la fois dans le Profintern mais aussi et
surtout dans le Komintern. TOSSTORFF Reiner, Profin- Internationalisme militant,
tern, die Rote Gewerkschaftsinternationale 1920-1937, « internationalisme étatique » et intérêts
Paderborn, Ferdinand Schöningh, 2004, p. 683.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

transnationaux grève révolutionnaire et enfin en insurrection.


La grève devait suivre «  les masses  » selon L’objectif, même à ce stade était la “révolution
Losovsky et les “masses” être préparées aux mondiale” qui dictait tous les comportements. Or
combats. Or cette grève d’octobre 1931 fut symboliquement, le fait que cette grève eut écla-
mal préparée puisqu’elle n’éclata qu’en URSS. té en URSS pouvait laisser penser qu’elle allait
La principale raison de cet éclatement en s’étendre. Ce fut loin d’être le cas. La grève même
URSS fut l’appui des interclubs qui soutinrent si elle s’était jouée en URSS, était finalement spé-
et organisèrent les grèves avec le relais des cifiquement allemande. Elle reflétait la crise éco-
marins sur les bateaux. On ne peut parler dans nomique majeure et la radicalisation politique de
ces circonstances de mouvement de masse. l’Allemagne en 1931.
Si la grève n’a pas éclaté en Allemagne, c’est
que l’influence communiste dans la marine y Conclusion
était trop faible et divisée. Cet épisode historique met en exergue deux
Il y avait bien eu une menace pour baisser les conceptions de la lutte internationale syndicale
salaires des marins mais le gouvernement alle- et politique. La première conception de cette
mand était revenu sur sa décision dès le 11 lutte était celle d’un internationalisme clas-
octobre. Il était donc difficile d’organiser une sique et combattant. La deuxième conception
grève dans ces conditions, sans parler du fait qui émergea à ce moment-là, était un interna-
qu’une grève internationale ne pouvait éclater tionalisme étatique29.
à partir de revendications liées aux conditions Cette grève se situait entre ces deux poli-
socio-économiques allemandes. Il y avait donc tiques. Par sa forme, elle était internationale
de prime abord une limite nationale, voire ter- bien que seuls des marins allemands eussent
ritoriale à la grève même si les revendications été concernés. Son financement pris en
devaient toucher le “prolétariat international”. charge par l’Etat russe, marquait une limite
Grâce à la lecture de différentes archives, on à cet internationalisme militant. La puissance
sait que le syndicat ISH usa de violences et de l’URSS n’était pas telle que le pays eût pu
à tout le moins de menaces auprès de cer- imposer cette grève dans les autres ports du
tains marins récalcitrants à la grève. Dès lors, monde, si tant est que le gouvernement russe
quels étaient ses objectifs  ? Il s’agissait tout l’eût voulu.
d’abord de faire pression de manière directe Cette grève par sa dichotomie politique et
sur le gouvernement allemand en touchant par spatiale était donc vouée à l’échec. Il est re-
cette grève le bon fonctionnement du com- marquable que cet échec à un niveau local et
merce extérieur. Avec la défense des salaires, national à Hambourg et en Allemagne, ait em-
cette grève était ensuite, celle classique dans pêché finalement qu’elle aboutisse à l’échelle
le domaine syndical, d’un combat pour l’amé- supranationale, celui du mouvement commu-
lioration des conditions de travail. Sa particu- niste international. Cela montrait si cela était
larité était que les membres de l’ISH à Ham- nécessaire, que l’influence et l’efficacité d’un
bourg pensaient qu’elle allait s’étendre aux syndicat comme l’Internationale des gens de
ports allemands sinon étrangers à partir de la mer, dépendaient de la qualité de son enra-
ceux de l’URSS. Ces troubles pouvaient pro-
voquer une onde de choc et pourquoi pas des 29. DULLIN Sabine, Des Hommes d’influences. Les
ambassadeurs de Staline en Europe, 1930-1939,
insurrections en chaîne, une révolution. Ces Paris, Payot, 2001, p. 34  : «  (…) de nature étatique.
réactions en chaîne avaient été théorisées par Son ambition [celle de Staline] était d’abord de devenir
Lénine dans La maladie infantile du commu- le chef d’un Etat révolutionnaire qui, en se renforçant
économiquement et militairement, puisse inquiéter
nisme en 1920. Les grèves de masse devaient l’Occident capitaliste et exporter, en position de force,
se transformer en grève politique, puis en le modèle de révolution. »

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

cinement national et non d’intérêts politiques


transnationaux comme la défense de l’URSS
ou la révolution mondiale.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Forja de rebeldes : huelgas y segmentaban o su inserción en el seno de la


clase obrera y, en definitiva, a las dimensiones
conciencia públicas, políticas y sociales de su condición
de trabajadores sino también a la esfera priva-
da: a su autoestima, sus identidades, su vida
Rubén Vega
familiar, el reparto de tareas domésticas, las
relaciones entre hombres y mujeres, la educa-
Hace sesenta años, una película –La sal de ción de los hijos…
la tierra (Herbert Biberman, 1953)- realizada Ciertamente, La sal de la tierra es una obra de
desde la perspectiva militante de cineastas ficción y realizada además con un propósito
afectados por la lista negra de la caza de bru- político muy explícito, pero, al mismo tiem-
jas de Hollywood planteaba el relato de una po, su guión está basado en el conocimiento
huelga minera y las cuestiones de género en directo de una huelga reciente y el rodaje se
el seno de la clase obrera de acuerdo con una desarrolla en los escenarios reales y, en parte,
tesis subyacente que podría ser expresada de con actores no profesionales que no interpre-
forma sintética como “la acción transforma la tan un papel sino que rememoran sus pro-
conciencia” y no sólo, como se tiende a pen- pias vivencias. El contacto inmediato con una
sar, a la inversa es la conciencia la que deter- realidad vivida otorga a la película un carácter
mina la acción. Los protagonistas (y, sobre testimonial que la aleja, a este respecto, del
todo, las protagonistas, puesto que el film género de ficción. Siguiendo este mismo plan-
centra especialmente la atención en las mu- teamiento y tomando como fuente primordial
jeres) viven en el curso de la huelga una expe- los testimonios orales y las memorias escritas
riencia de tal intensidad y que involucra tantos de trabajadores, nos proponemos explorar las
aspectos de su vida que a la conclusión del huelgas como experiencia iniciática y poten-
conflicto son personas diferentes de las que cialmente transformadora de la conciencia
eran en el momento de su inicio. Estos cam- personal y política. La participación en conflic-
bios no afectan únicamente a su conciencia tos laborales que, por su inserción en momen-
política o su militancia sindical, a sus condi- tos vitales de formación de la personalidad (en
ciones de trabajo, la superación de diferen- el caso de jóvenes) o por la especial intensidad
cias previas (entre anglos e hispanos) que les que llevaron aparejada (en huelgas de larga

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

duración y dinámica asamblearia), han queda- control de las fábricas y posteriormente el de


do fijados en la memoria, puede convertirse de las calles hasta que, el 3 de marzo de 1976,
este modo en pieza clave en la construcción una criminal intervención policial se salda con
del relato autobiográfico, en punto crítico (o de un total de cinco trabajadores muertos y nu-
ruptura) en la maduración de la conciencia, así merosos heridos de bala. El crescendo que
como en fuente de formación de liderazgos en conduce a esta situación de control obrero de
la esfera sindical y política. la ciudad y que a los ojos de los gobernantes
Cuando tiene suficiente duración e intensidad, del momento se asemeja a los soviets de Pe-
una huelga es un banco de pruebas adecuado trogrado en 1917, parte de reuniones empren-
de este tipo de transformación porque implica didas apenas tres meses antes por reducidos
una puesta en tensión de energías habitual- grupos de militantes. Para la inmensa mayoría
mente reprimidas que rompen con la inercia de los trabajadores vitorianos, se trata de la
cotidiana, desafían al orden establecido y per- primera huelga en la que toman parte, ya que
siguen alterar los equilibrios preexistentes. Y la ciudad ha conocido una industrialización
todo ello sobre la base de la acción colectiva y reciente y su clase obrera, mayoritariamente
de la solidaridad entre iguales frente a fuerzas compuesta por inmigrados, apenas ha gene-
más poderosas a las que desafían. Es la agre- rado conflictos anteriores. Por el contrario, la
gación de voluntades individuales subsumidas paz social reinante en Vitoria había constituido
en un yo colectivo lo que proporciona fuerza uno de los atractivos que permiten explicar
y autoestima, altera identidades o deja huella la instalación de empresas que huían de la
persistente. Cabría explorar distintos caminos conflictividad reinante en las otras provincias
en estos itinerarios vitales marcados por la vascas. Quienes, en diciembre de 1975, par-
participación en una huelga: el desarrollo de ticipan en las primeras reuniones se plantean
conciencia de clase, definiendo con nitidez únicamente la tarea de elaborar una platafor-
un ellos y un nosotros que rige los antago- ma reivindicativa de cara a la negociación co-
nismos y las solidaridades; la emergencia de lectiva y ni siquiera mantienen sus encuentros
una conciencia feminista, cuando se trata de en los centros de trabajo o en locales dentro
conflictos sostenidos por mujeres; la interio- de la ciudad sino que han de hacerlo clandes-
rización de determinados códigos de valores tinamente en montes cercanos. De sus acuer-
y patrones de conducta; el aprendizaje como dos se derivarán, sin embargo, algunos plan-
proceso de maduración y construcción de teamientos que han de convertir las huelgas
identidad en los jóvenes, la forja de liderazgos en una espiral de radicalización: la exigencia
sindicales que eventualmente pueden trasla- de subidas salariales lineales, de igual cuantía
darse también a otros movimientos sociales o para todos los salarios, y no proporcionales;
a la esfera política... la existencia de un planteamiento común para
todas las empresas que, de algún modo, vin-
Una experiencia catárquica: Vitoria cula cada paro con el resto independiente-
1976 mente del sector y del tamaño y, sobre todo,
La transición hacia la democracia abierta en la negativa a aceptar otra forma de represen-
España tras la muerte del dictador, en no- tación que la emanada de las asambleas de
viembre de 1975, tiene como uno de sus mo- trabajadores. Las comisiones elegidas de for-
tores primordiales el estallido de una oleada de ma directa y de miembros revocables en todo
huelgas en los primeros meses de 1976. De momento, concebidas como meros porta-
todas ellas, la que dejará más profunda huella voces sin capacidad para adoptar decisiones
es la que paraliza la ciudad de Vitoria mediante que previamente no hayan sido aprobadas en
un proceso asambleario que toma primero el asamblea son rechazadas tajantemente por

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

los empresarios y se convierten en aliento de bajadores en huelga se ven reforzados por una
una dinámica de participación y democracia proliferación de movilizaciones impulsadas
de base que explica la acumulación de ener- por mujeres, estudiantes, vecinos de los bar-
gías que hace crecer la huelga hasta conver- rios populares e incluso obreros de empresas
tirse en un fenómeno que afecta a toda la que no están en huelga, adoptando todos un
sociedad y en la que, a medida que la repre- funcionamiento asambleario y convergiendo
sión de hace sentir, las peticiones económicas con los huelguistas en las asambleas conjun-
van perdiendo importancia frente a las cues- tas y en las manifestaciones callejeras. Las
tiones de solidaridad y de dignidad. “Ningún iglesias se convierten en el lugar preferente de
detenido, ningún despedido” se convirtió en reunión, dando cabida a asambleas masivas.
la consigna que, ratificada por las asambleas, Será precisamente en una iglesia, la de San
cerró toda posibilidad de acuerdo en tanto no Francisco, coincidiendo con una huelga gene-
cesaran las represalias.1 ral que ha paralizado por completo la ciudad,
A lo largo del mes de enero, en torno a una donde tenga lugar la última asamblea conjun-
decena de empresas se mantienen permanen- ta, que congrega a cerca de 5.000 personas
temente en huelga en tanto que otras oscilan en el interior y varios miles más se agolpan en
entre los paros y la reanudación del trabajo. el exterior ante la falta de espacio. El cordón
Dada la negativa patronal a reconocer como policial que cerca a esta multitud y abre fuego
interlocutores a los delegados de las asam- contra ella pone trágico fin a las asambleas y,
bleas, no existe espacio para la negociación con ellas, muy pronto a la huelga.
y ningún convenio se resuelve con acuerdo. Vitoria ejemplifica la transformación vertigino-
Pero, lejos de remitir, el conflicto va cobrando sa de los términos de un conflicto a partir de
una creciente amplitud hasta desembocar en la práctica. Las primeras reuniones tienen por
su generalización. La ausencia de cauces de objeto preparar la negociación de convenios
diálogo en un contexto político como el de la colectivos y no plantean más exigencias que
crisis final de la dictadura, que ha ampliado las económicas y laborales. El arranque de las
bruscamente la estructura de oportunidades huelgas carece de un discurso ideológico defi-
percibida por los obreros, da tiempo para la nido, que será introducido en el propio trans-
maduración del proceso asambleario. Hasta curso del conflicto por una exigua minoría con
un total de 241 asambleas celebradas fraguan experiencia previa que logra, sin embargo,
un fuerte sentimiento unitario y proporcionan extender planteamientos radicales asumidos
una extraordinaria sensación de fuerza a los colectivamente sobre la base del debate en
miles de participantes. A medida que se pro- asambleas masivas y la renuncia a imponer
longa y crece al mismo tiempo en intensidad, posturas que no obtengan amplias mayorías,
el conflicto va ocupando nuevos espacios fijando, por el contrario, como requisito el
urbanos e involucrando a sectores sociales consenso. Toda esta práctica se beneficia,
más amplios. Las movilizaciones y las asam- paradójicamente, de la extrema debilidad (o,
bleas se trasladan desde la periferia donde se en muchos casos, inexistencia previa) de las
concentran las fábricas y los barrios obreros organizaciones de clase, ya se tratara de sin-
hacia el centro de la ciudad. A su vez, los tra- dicatos o de partidos, de modo que la diná-
1. La huelga de Vitoria de 1976 supone un hito inelu- mica asamblearia y la representación elegida
dible de la Transición a la democracia y ha generado de forma directa carece de alternativas y ape-
una extensa bibliografía. Entre todo lo publicado, la nas es cuestionada. La situación será sustan-
obra más sólida desde el punto de vista de la investiga-
ción histórica se debe a Carlos Carnicero Herreros: La cialmente distinta al año siguiente, cuando la
ciudad donde nunca pasa nada. Vitoria, 3 de marzo de contradicción que sus métodos consejistas y
1976, Servicio de Publicaciones del Gobierno Vasco, asamblearios representan respecto a los de
Vitoria, 2007.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

las centrales sindicales escinde las lealtades fue un movimiento in crescendo, in crescendo
de muchos e impide repetir la fórmula. en la medida en que el régimen se oponía…
La huella de los acontecimientos de 1976 el milagro esencial fue el ensayo: todo el po-
será, no obstante, profunda en Vitoria. El eje der a la asamblea y democracia directa. (…)
de las conmemoraciones y del recuerdo se ha Y la lucha, que empezó por reivindicaciones
focalizado en las víctimas mortales, pero para laborales, al final, se extendía a toda la vida.
quienes participaron intensamente en la huel- A todos los apartados de nuestra vida. En fin,
ga hay otros motivos de reivindicación de la era una lucha vital. Por la defensa no sólo de
experiencia. Un núcleo relativamente extenso lo que estábamos pidiendo, de las reivindica-
de militantes ha permanecido durante toda su ciones, sino de la dignidad de los trabajadores.
vida anclado en una memoria que, más que Jesús Fernández Naves.- Nosotros teníamos
ser tributaria del recuerdo del mortal desen- controlada prácticamente la ciudad. Porque
lace, lo es de los principios que inspiraron la no hay que olvidar que en esa huelga, en un
huelga: democracia de base, centralidad de momento determinado, cuando podíamos,
la clase obrera, anticapitalismo, dignidad y llamamos a las mujeres. Las mujeres de los
ética de clase para transformar la sociedad trabajadores empezaron a protagonizar y a
y acabar con la explotación. El orgullo de la salir a la calle. Y después los estudiantes. Se
lucha sostenida en aquellos meses descansa fue incorporando todo el mundo. Yo diría que
sobre los métodos puestos en práctica, sobre el día de la huelga [general] aquella teníamos
la convicción de que los valores éticos fue- a toda la ciudad con nosotros. Y yo creo que
ron antepuestos a los intereses económicos y eso fue lo que le asustó al sistema. Aquello no
sobre la corta pero extraordinariamente inten- había Dios que lo controlara. Por eso tuvie-
sa vivencia que les hizo creer que la conquis- ron que liquidarla a tiros. Porque no se podía
ta de la utopía era posible y dependía de su aguantar que nosotros éramos los dueños
propia voluntad y determinación. El hecho de de las fábricas, los dueños de la ciudad y los
que esta perspectiva haya sido truncada de dueños de aquellos momentos.
forma violenta no ha borrado la intensidad de IO.- Yo creo que la asamblea dignificó a las
la conmoción que supuso en sus conciencias. personas. Porque las asambleas las hicimos al
Un vínculo difuso pero persistente ha mante- principio en las fábricas. Automáticamente en
nido en contacto a buena parte de los líderes el sitio de explotación, donde tú no contabas
de aquella huelga. El Ateneo de Vitoria ha ser- nada, que cuando te llamaba el jefe tenías que
vido de espacio de relación y nuevas causas mirar abajo, aceptar y volver, donde no tenías
militantes han realimentado lazos que se han ni voz ni voto. De repente ocupas un local
extendido a sus familias, incluidos los hijos na- en la fábrica, descubrimos que la unidad es
cidos con posterioridad, hasta el punto de que la fuerza que nos apoya. Viene el jefe de per-
algunos de ellos acariciaron la idea –no reali- sonal y nos dice: ‘esto es ilegal’. ‘Bueno, ¿y
zada- de iniciar la convivencia en una comuna. qué? Estamos aquí’. Y empezamos a discutir.
El relato de alguno de los líderes más significa- La gente por primera vez tenía la posibilidad
dos de la huelga, transcurridos más de treinta de opinar sobre las condiciones de su trabajo.
años, resulta expresivo: JFN.- Yo, a través de todos estos años, he ido
“Imanol Olabarría.- Aquel milagro que se pro- tomando conciencia de que aquella lucha fue
dujo de democracia directa, de participación espléndida. No sé ni cómo pudimos llegar a
de los ciudadanos, de no delegación para aquello y fue maravillosa. Yo tenía experiencias
nada que se ensayó ya en los meses de huel- de movimiento obrero en Argentina y otros si-
ga, que empezó el día siguiente de Reyes y tios ya, pero aquella lucha fue una lucha ejem-
terminó el tres de marzo con la matanza, que plar.

60
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

IO- Entonces, las fábricas, que eran lugares de que la gente opine y se hace lo que decida la
explotación, con nuestras asambleas hace- gente.
mos que la gente participe. Hacemos un oasis IO- Yo me acuerdo, lo repito en muchas partes
donde la gente… sus sueños, sus fracasos, a las que voy, en una asamblea general que
durante toda la dictadura. Cuando las fábri- se hizo de las fábricas en lucha, que solía ha-
cas se cerraron y nosotros no pudimos hacer- ber una o dos a la semana, pues una mujer
las, resulta que nosotros democratizamos la participó, cogió el micrófono, no sé si sería
calle. Porque el derecho a la manifestación, el compañera de alguno que estaba en la lucha
derecho a la libertad de expresión y reunión y veía flaquear a su compañero, qué se yo…
no estaba reconocido. Y nosotros salíamos a Entonces dijo que una sopa de ajo comida en
la calle. Al final tuvimos que recurrir a las igle- comunidad alimenta más que una chuleta co-
sias, otro centro de perversión: arriba y abajo, mida a escondidas. Yo creo que eso supone
habla Dios y sus representantes y la gente mucho. Que los valores de igualdad están por
muda. ¡Coño! abrimos las ventanas y oxige- encima de otra serie de valores que en este
namos ese espacio. La gente participaba. momento nosotros hemos interiorizado”.2
Todos. Y eso creó una identidad y un orgullo
y una autoestima que contra eso la patronal La gestación de un sindicalismo radical:
no podía. Entonces, yo creo que sin esos fac- el astillero Dique Duro Felguera en 1975
tores; la igualdad en la subida, lineal, después Como ha sucedido en muchos otros momen-
en las asambleas sentirse uno protagonista de tos y lugares, los trabajadores de astilleros se
su propia vida y de forma mancomunada, yo convirtieron en Gijón en un núcleo particular-
creo que es lo que explica que la patronal y el mente combativo que, a partir de los años
gobierno no tuvieran otra forma de hacer más setenta del siglo XX, protagonizó incontables
que disparar para matar aquello. movilizaciones y sostuvo a lo largo de déca-
JFN- Aquello te ayudaba a despertar, te ayu- das largos conflictos basados en formas radi-
daba a ver porque el debate era mucho. (…) cales. De los distintos centros de trabajo exis-
Había muchos emigrantes, que a mí me sor- tentes en 1975, el Dique Duro Felguera, que
prendía mucho, a los que estábamos más hasta entonces había mostrado menos dis-
metidos, de Andalucía, por ejemplo, de Extre- posición al conflicto, será el que durante los
madura, alguno de ellos que ya había vivido la siguientes 35 años protagonice los más duros
guerra. Gente mayor. Joder, cuando salían a enfrentamientos y acredite una mayor comba-
hablar aquellos tíos, no nosotros, los que más tividad. El punto de ruptura está en dos huel-
aparecíamos o teníamos más experiencia de gas consecutivas sostenidas en los primeros
otras luchas… yo tenía la experiencia de una meses de 1975. La situación previa incluía
ocupación de fábrica en Argentina, que para varios centenares de trabajadores fragmenta-
mí fue una experiencia muy importante… pero dos entre los de contrato fijo y los eventuales
gente que vivió la guerra y emigrantes incen- pertenecientes a diversas subcontratas y un
diaban la asamblea. Es decir, era una escuela régimen de relaciones laborales marcado por
de formación aquello. Esos eran los que saca- formas autoritarias en las que resulta frecuente
ban adelante realmente las asambleas cuando el maltrato verbal y se puede llegar incluso a
había algún debate. la agresión física por parte de los capataces.
IO.- Esos métodos de trabajo iban a contra- Cualquier actitud reivindicativa es castigada
pié de esas figuras, de esa concepción del
2. Testimonio de Jesús Fernández Naves e Imanol Ola-
poder… el secretario general arriba, ordena y barría, líderes de las comisiones representativas de la
manda y el resto obedece. Mientras que a eso huelga de 1976. Archivo de Fuentes Orales para la His-
nosotros decíamos: no. Mandar obedeciendo, toria Social de Asturias (AFOHSA), serie Disertaciones,
marzo 2011.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

de inmediato con el despido. el 14 de abril deciden reivindicar la memoria


Los trabajadores de subcontratas emprenden, republicana mediante un corte de tráfico y la
en enero de 1975, una huelga que subvierte el colocación de una bandera, el 27 de agosto
clima de las relaciones laborales y pone brus- hacen huelga contra las condenas a muerte
camente fin a los abusos, convirtiendo las gra- de cinco militantes antifranquistas que serán
das y talleres del astillero en espacios bajo el ejecutados un mes más tarde.
control de los obreros en donde los mandos En lo fundamental, los cambios experimenta-
intermedios son desafiados hasta el punto de dos en 1975 se revelarán tan rápidos como
su presencia se vuelve infrecuente. El princi- irreversibles. Las vivencias de ese momento
pio de autoridad anteriormente imperante ha crítico en el que el poder de los trabajadores
quedado roto. A partir de este momento, las se afirma en el seno de la empresa dentro de
asambleas de convierten en habituales, se un contexto general de crisis de la dictadura y
celebran a menudo de forma espontánea sin efervescencia del movimiento obrero dejarán
previa solicitud y cualquier cuestión importante huella duradera. Claudio Hermosilla, militante
pasa de forma obligada por ellas. Los trabaja- de la izquierda maoísta y activista sindical en
dores imponen condiciones de seguridad que aquellos momentos, hace balance del tiempo
reducen los accidentes, mayor higiene en los –relativamente corto- en que permaneció en
wáteres y el acondicionamiento de un come- el astillero más de treinta años después de
dor nuevo que pasan a autogestionar. Cuatro haberlo abandonado:
meses más tarde, una nueva huelga fuerza la “Era una especie de laboratorio. (…) Tú ibas
incorporación de todos los eventuales como allí con tu idea, pero luego te encontrabas con
fijos en la plantilla del astillero. La entrada re- una realidad que transformaba la idea que
pentina de varios centenares de trabajadores llevabas. (…) Y entonces, yo recuerdo que
jóvenes, con gran confianza en la eficacia todo aquello de la clase obrera como clase
de la movilización y que han sido capaces dirigente, no me encajaba bien. O sea, como
de alterar sustancialmente la correlación de doctrina daba sentido, daba identidad. Pero
fuerzas con la dirección de la empresa pro- luego, eso, cuando lo trasladabas a la reali-
voca la aparición de líderes apoyados en las dad, la realidad era más complicada. A mí en
asambleas y una intensa politización. Ambos concreto, las luchas de trabajo en Duro Fel-
rasgos se revelarán extremadamente persis- guera me aportaron más de lo que yo aporté a
tentes y resultarán clave para explicar el futuro las luchas. Me transformaron, ¿no? Me hicie-
de estos trabajadores en coyunturas muy dis- ron menos dogmático. Y, luego, te das cuenta
tintas tanto desde el punto de vista político del valor de las personas, ¿no? (…) En mi caso
como económico.3 En lo inmediato, el astillero concreto, fue también un aula de aprendizaje,
se convierte en un ámbito de constante dis- donde la gente me enseñó mucho. Tanto me
cusión política que también afecta a lo laboral: enseño que yo creo que me cambió.
En mi vida hay muchos hechos, ¿no? Pero
3. Acerca de los conflictos laborales en este astillero,
Rubén Vega: “La fuerza del pasado. Experiencia y ese es fundamental y no es mucho tiempo el
memoria en las movilizaciones de los trabajadores de que estoy allí. Son tres años, lo que pasa es
astilleros”, en Santiago Castillo y Roberto Fernández que es muy intenso. Pero sí, yo creo que es un
(coords.) Campesinos, artesanos, trabajadores, Mile-
nio, Lleida, 2001, pp. 703-715 y “Cerrando el círculo. tiempo que, quizás, en el propio tiempo no lo
Eventualidad, reconversión y defensa del empleo en el vivimos así, yo no lo vi así, porque en realidad
astillero Naval Gijón (1975-2009)”, en Antonio Simoès fue un tiempo de aprendizaje. Yo aprendí más
do Paço, Raquel Varela y Sjaak van der Velden (Eds.),
Strikes and social conflicts. Towards a global History, del trato con las personas, en ver la realidad,
International Asociation of Strikes and Social Conflicts / en contemplar lo complejo de las situaciones,
Instituto de Historia Contemporánea de la Universidade las dificultades que tienen a veces las perso-
Nova de Lisboa, Lisboa, 2012, pp. 352-359.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

nas para tomar decisiones y eso tomarlo en los protagonistas en el momento de los he-
consideración. Una serie de… no sé, huma- chos (Numax Presenta, Joaquim Jordá, 1979)
nizar un discurso a veces, yo creo, tremen- y con su mirada retrospectiva y su situación
damente frío y falto de emociones, que es el vital un cuarto de siglo después (Veinte años
discurso político. Introducir en el discurso polí- no es nada. Numax segunda parte, Joaquim
tico las emociones de las personas, las ambi- Jordá, 2004).
güedades… Todo eso allí lo aprendí yo porque La plantilla que inicia el conflicto no carece
fueron muchas acciones, de generosidad de de experiencia en la movilización ni están
la gente… El que quisiera aprender allí tenía ausentes en su seno los militantes políticos y
una ocasión”.4 sindicales. Como corresponde al clima social
En términos llamativamente similares se del momento, particularmente en una ciudad
expresa un trabajador joven incorporado como Barcelona, han participado ya en movi-
como eventual al mismo astillero veinte años lizaciones anteriores, están familiarizados con
después, quien rememora su tiempo –también los discursos obreristas y han sostenido inclu-
corto- como “un curso intensivo de economía so acciones políticas contra los fusilamientos
y de discusión política” y valora las frecuentes de Puig Antich (en 1974), de cinco militantes
asambleas como un medio de aprendizaje.5 de ETA y FRAP (en 1975) y por las muertes
Ocupación y autogestión: Numax 1977-1979 causadas por la policía en la huelga de Vitoria
En enero de 1977, los dos centenares y medio (1976). La fase inicial de la huelga les conduce
de trabajadores de Numax, una fábrica bar- a integrarse en una coordinadora de empresas
celonesa de pequeños electrodomésticos, en lucha y su posterior opción por el control de
emprenden una huelga que da lugar a des- la fábrica los lleva a formar parte de otra coor-
pidos. La firmeza de su protesta conduce rá- dinadora de empresas en crisis. La solidaridad
pidamente a la quiebra y el abandono de la de clase está presente a lo largo de todo el
empresa por parte de sus propietarios. Una proceso y les permite captar una considerable
parte de la plantilla decide entonces ocupar la corriente de solidaridad. Al mismo tiempo, su
fábrica y mantener la actividad gestionándola planteamiento asambleario y la participación
ellos mismos. La experiencia durará dos años, en coordinadoras les conduce a tensiones con
hasta que la asamblea decide poner fin a la las centrales sindicales, reacias en su mayoría
experiencia y cerrar. La consciencia de la sin- a esta dinámica de base. Pese a la experien-
gularidad de su historia y cierto orgullo como cia previa y las adscripciones militantes de la
obreros que se han enfrentado a la lógica del mayoría de los líderes, el empeño en aferrarse
capital les lleva a tomar una decisión insólita: a sus puestos de trabajo asumiendo el control
financiar con el dinero de su caja de resisten- de la empresa les obliga a plantearse cues-
cia un documental que relate lo sucedido. El tiones inéditas para ellos: la autogestión, las
final de la tentativa autogestionaria quedará contradicciones entre democracia y eficacia o
registrado de este modo en casi dos horas entre ética y rentabilidad. En palabras de uno
de película. Para añadir mayor originalidad, de los trabajadores, se formaron en el seno de
al cabo de veinticinco años el mismo direc- la plantilla dos tendencias, una, integrada prin-
tor realiza un nuevo documental que permite cipalmente por los de mayor edad, “que opi-
conocer el paradero de muchos de los tra- naba que la fábrica debería de funcionar con
bajadores y el balance que hacen al cabo del los sistemas capitalistas y los jóvenes eran
tiempo. Contamos, por tanto, con la visión de partidarios de que funcionase la fábrica de
4. Testimonio de Claudio Hermosilla Ortea, AFOHSA, una forma, digamos, socialista”. La persisten-
serie Culturas del Trabajo, 2010. cia de las jerarquías o el igualitarismo tanto en
5. Grupo de discusión de ex trabajadores eventuales, cuanto a salarios como a toma de decisiones
AFOHSA, serie Culturas del Trabajo, 2010.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

los divide de forma permanente.6 conocimiento de nuestra fuerza.”


Para evitar la burocratización y preservar la Una parte significativa de estos trabajadores
democracia, los comités llegan a dotarse de proseguirá diversas militancias: vecinales,
un funcionamiento que obliga a su renovación libertarias, sindicales, feministas, de aposto-
cada tres meses. Las asambleas, los encier- lado... Algunos crean una comuna y se apar-
ros y las movilizaciones se convierten en el tan del medio urbano para ser autosuficientes.
marco de intensas discusiones que extienden El destino de estos trabajadores 25 años
las inquietudes por los aspectos ideológicos y después muestra no pocos casos de perso-
de conciencia. Las mujeres, que son mayoría nas que han orientado sus vidas por caminos
entre quienes sostienen el conflicto, desarrol- guiados por la experiencia de Numax. Nadie
lan, además, preocupaciones relativas a los considera aquellos años como un episodio
roles de género que favorecen cierta concien- más sino como algo que les marcó. En sus
cia feminista. Se trata de procesos de madu- relatos, lo personal y lo político se entrecruzan
ración y reflexión directamente derivados de con notable facilidad. El tiempo transcurrido
las necesidades impuestas por la práctica y, ha supuesto un cambio radical de contexto:
para la parte del colectivo que carecía de an- clase, socialismo, revolución… son conceptos
tecedentes de militancia, a menudo se trata caídos en desuso. Pese a todo, una comida
del descubrimiento de una realidad nueva por que los reúne al cabo de tanto tiempo acaba
completo. con puños en alto a los acordes de la Interna-
El estado de opinión reinante en los momen- cional.
tos finales de la lucha muestra una intensa Las voces que se hacen oír en el segundo de
conciencia de la explotación y un acusado dis- los documentales realizan balances expresivos
curso anticapitalista que les lleva a interpretar de la huella que les ha dejado la experiencia:
su propia experiencia en términos de resisten- “-Aprender lo que era la lucha, lo que signifi-
cia contra el capital y a acariciar proyectos de caba la dictadura y lo que era la democracia.
futuro que les permitan escapar de esa lógica Eso me lo dio Numax. Antes no lo sabía.
y afirmar el control sobre sus propias vidas. -En Numax encontré el zapato a mi medida.
No volver a trabajar para un patrono o huir de Aquello, desde el primer día… Yo no había
la alienante producción en cadena aparecen visto en mi vida una asamblea. Cuando mata-
como anhelos conscientes. Un comunicado ron a Puig Antich recuerdo que vi el patio lleno
de la asamblea cuando el fin ya se ve cercano de hojas y una asamblea. Yo nada más tenía
hace balance en los siguientes términos: inquietudes porque yo no sabía de nada. No
“Hemos demostrado a todos, comenzando sabía de nada y aquello fue una escuela.
por nosotros mismos, que el trabajador es -Para mí ha sido un cambio muy grande. Me
algo más, mucho más que un mero robot en- ha servido mucho para entender lo que yo es-
cadenado a la máquina. Que es un ser capaz toy haciendo en la vida
de pensar, coordinar, planificar y dirigir. No -Numax me dio pautas. De entrada, fue un
ha sido fácil. Todos nos hemos visto obliga- proceso tanto a nivel trabajo como a nivel per-
dos a romper esquemas mentales que desde sonal. Se me revolvieron muchas cosas por
siempre, desde que nacimos, incluso antes dentro, a nivel político también. Fue un poco
de nacer, nos han inculcado: la obediencia, el como un cambio de vida.
respeto a la propiedad privada, la ignorancia, -Creíamos que había una forma de vida dife-
el servilismo, el egoísmo individualista, el des- rente, una forma de vida donde no existiera
6. Las posiciones encontradas que alientan estos de- la explotación. Yo creía que se podía hacer
bates están ampliamente reflejadas en el primero de la revolución, yo creía que se podía funcionar
los documentales de Joaquim Jordá: Numax Presenta, de otra manera. Yo me lo creía totalmente. De
1979.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

hecho pienso que a veces todavía me lo creo con nuestro trabajo no se juega. Y no sólo los
- Desde la Numax que no le aguanto a nadie. eventuales, Rico. Porque yo te he visto allí, a
–Que tenemos espíritu libre. mi lado. Y a Amador también, en la primera
- Aquella época fue muy bonita. Yo creo que línea, defendiendo lo nuestro, lo mío y lo de
fue en la que tuvimos más libertad. No oficial Jose, y lo de Lino, que también estaba allí. Y
sino que nos la hemos tomado. Por cualquier porque cuando nos encerramos, allí adentro
cosa se hacía una manifestación. La gente no éramos ochenta. Estábamos por lo menos
tenía muchas ganas de cambiar doscientos. Eventuales y fijos. Y si no pregún-
-La época de Numax nos cambió a todos. taselo a la policía, que ellos seguro que se
Para mí fue un rompimiento. Yo venía de la acuerdan.
parte política, de querer cambiar el mundo. -¿Y qué conseguisteis? No conseguisteis
-Hubo una unión entre todos nosotros de una nada.
manera que no se puede explicar como com- -Conseguimos que se enterara la gente
pañeros de trabajo y ya está. Aquello fue otra -Pues ya se les ha olvidado a todos
cosa”.7 -Y conseguimos estar juntos. Eso a mí no se
Alguna de estas reflexiones se aproxima a me ha olvidado. (…)
ciertos pasajes de la película Los lunes al sol -Y dejadme que os diga otra cosa. Si no les
(Fernando León de Aranoa, 2002), una obra podemos dejar nuestro trabajo, por lo menos,
que se ha convertido en referencia del cine so- por lo menos, vamos a dejarles nuestro or-
cial en la España de comienzos del siglo XXI. gullo. Nuestro orgullo de clase, joder. Que yo
Si bien se trata de un argumento de ficción, su al menos le pueda decir a mi hijo un día que
guión ha sido fruto de un estrecho contacto sí, que vale, que de acuerdo, muy bien, nos
con trabajadores de una empresa en lucha: ganaron. Pero no nos domaron”.8
Naval Gijón y la huelga de un mes sostenida
en febrero de 2000 contra el despido de los
eventuales. Es decir, aunque con otro nombre
que refleja cambios en su propiedad, el mismo
astillero del que hemos dado cuenta al reseñar
las huelgas del Dique de Duro Felguera en
1975 e incluso los mismos trabajadores que
sostuvieron aquellos conflictos y a quienes –al
igual que el director de la película- el autor de
estas líneas ha tenido ocasión de entrevistar,
cuyos discursos de dignidad e identidad de
clase son perfectamente reconocibles en el
monólogo que el protagonista de Los lunes
al sol recuerda el valor de permanecer juntos
durante la lucha y cómo la derrota consiste en
haberse dejado arrebatar esa unidad:
“-El problema es que te dicen: ‘Echamos a
ochenta. O tragáis o cerramos el astillero’.
Y en ese momento decimos que no, que el
astillero no se cierra porque es nuestro tra-
bajo, el trabajo de nuestros compañeros, y
8. Fernando León de Aranoa e Ignacio del Moral: Los
7. Joaquim Jordá: Veinte años no es nada. Numax se- lunes al sol. Guión cinematográfico, Ocho y Medio, Ma-
gunda parte, 2004. drid, 2002, pp. 119-120 y 123.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

The construction of social were put to trial and convicted by a martial


court. The so-called “olive oil strike”, egged on
protest in Franco’s regime. by the old communist, anarchist and socialist
From individual resistance militants who still worked in the dockyard af-
ter the Civil War, was the only collective action
to collective action in the taken by the shipyard work-force in the two
first decades of the dictatorship. Shortly after,
shipyard Bazán in Ferrol. 1946- in 1947, the shipyard passed into the hands of
1972 the National Institute of Industry to become a
part of the National Company Bazán of Military
Naval Constructions and its activity was going
José Gómez Alen* to be closely linked to the needs of the Ministry
of the Navy.
All the unions and political organizations of
Labour protest and reconstruction of the Second Republic were banned and work-
resources for social mobilization in the ers were forced to enlist in the Spanish State
first decades of the dictatorship. Union (Organización Sindical Española, OSE)
whose main aim was the control of the work-
On 27 June 1946 the workers of Naval Con- ing class, both in social and labour areas. In
structors in Ferrol, northwest of Spain, downed the political scene of the dictatorship, a series
tools and left the shipyard workshops and slip- of laws gave form to an individualized model
ways in protest against the reduction of the of labour relations, under strict control of the
monthly quota of olive oil they were entitled to. Government and following the principles of
After several days of a strike of fallen arms they hierarchy and discipline that prevented any
were ejected by the police and the factory was free and direct relation between workers and
closed. Later on, the more than 5,500 work- company managements. The Ministry of Work
ers were reinstated after individual pleas were fixed wages and work conditions were estab-
entered and a fine of two days wages was im- lished by means of rules and regulations for
posed, exception made of those in prison who each sector of production. Workers could elect
some union representatives who, together with
* Fundación de Investigaciones Marxistas. Madrid

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

the company directors, formed the Company they devoted all their efforts to implement its
Work Council which, defined like “entities of la- guidelines into everyday practice in order to
bour harmony”, were the ones in charge of giv- recover the capacity of collective mobilization
ing response to the individual demands of the in a shipyard whose workers still maintained a
workers taken before this organ of social rep- tradition of social struggle in memory. This first
resentation by their delegates. If the response core of Communist militants, aware of their
was negative they could appeal to an upper scarce possibilities began proselytizing to cre-
level in the State Union which would mediate ate a minimum organization that would allow
and look for the conciliation in “individual work them to provide resources for social mobiliza-
conflicts”, a previous and compulsory formal- tion. They encouraged the habits of solidarity,
ity to the intervention, in the last resort, of the raising the so-called Socorro Rojo, red relief,
Labour Courts. Therefore work councils and to help prisoners; they circulated clandestine
representatives became the state instruments press and, at the same time, egged on worker
to keep coexistence and social harmony in- discontent at appalling working conditions or
side the factories and were meant to surpass low salaries which did not allow them to face
in practice the fight of classes suppressed by up to their basic needs.
law. The coercive and penalizing sense of that This task, which was carried out in very small
model prevented any collective or class claim; circles, would allow some workers to under-
any alteration of work or social order was con- stand, in a slow process of social awareness,
sidered a crime of sedition and as such treated that the conditions of life and work were part
by martial courts, which in the case of com- of a “community of interests” that linked them
panies like Bazán had greater significance be- and would lead them to identify their individual
cause their work-force was militarized, aspirations with collective labour and political
In this political labour context the consequenc- objectives. The activity of those Communists
es of the above mentioned strike revived the would also find a certain echo in the discon-
memories of the repression suffered during the tent which, more or less spontaneously in the
Civil War and a strong feeling of social disarma- form of individual protest, reached the shipyard
ment toured the shipyard. Deprived of instru- Management through the Commission for the
ments to defend themselves against labour Distribution of Family Bonuses or the Health
exploitation and amidst the hardship they had and Safety Committee. Some of them were fi-
to endure in the first times of the dictatorship, nancial claims of family bonuses, danger and
the threat of repression hampered any attempt toxicity and others affecting various aspects of
of political or social reorganization and fright- working conditions1.
ened a work-force that now and then heard During the second half of the fifties, these in-
about workers that collaborated with the anti- dividual claims were slowly acquiring a collec-
francoist guerrilla being arrested. tive character, not only because the protests
In 1948 the direction of the Communist Party were related to work conditions but because
decided to put an end to the guerrilla and de- at times they were signed by small groups of
signed a new strategy of opposition that made workers, which implied the existence of an in-
the factories the new scenarios of struggle cipient underground organization and the first
against the dictatorship and the working class symptoms of social consciousness. Most fre-
its social protagonist. The broadcasts of Ra- quent complaints referred to the extension of
dio España Independiente and the propa-
ganda that entered the dockyard allowed the 1. Actas Comisión de Repartición del Plus de Cargas
Familiares, 1947- 1955 and Actas Comité de Seguri-
few Communists inside to know that strate- dad e Higiene, 1947-1955 of Bazán in Archivo del Co-
gic twist and therefore since the early fifties mité de Empresa Navantia. Ferrol, henceforth ACENF.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

changing rooms, lockers for clothes and hot lack of respect and rejection of the authority
water supply; heating, ventilation and extrac- of heads and managers despite the frequent
tion of gas in workshops; improvements in economic penalties that sort of behavior in-
medical services; renewal of ladders and scaf- volved5.
folding and lighting in slipways and dykes; At the end of the 1950s, the Spanish econ-
gloves, masks and welding goggles or helmets omy began a phase of liberalization with the
to work in places where they were necessary2. opening to the outside and its integration into
The response of the management to the de- international markets. The need for increased
mands was almost always negative and often industrial productivity had implied the rational-
delayed any solution for months, but that at- ization and modernization of production pro-
titude generated contradictions in some shop- cesses at its industrial unit and the introduction
stewards that understood the justice of the re- of elements of economic stimulation and wage
quests and even came to resign their posts “for incentives for workers, which in turn forced to
the thankless work they were forced to do”3. make labour market and labour relations more
The company would try to disarm the protests flexible. The new economic objectives also in-
with small paternalistic concessions, giving tensified exploitation of the work-force with the
salary advances for extraordinary expenses, changes experienced by working hours and
extending deadlines to return the plus paid ir- shift work, work organization and new rhythms
regularly or simply forgiving some debts, at the of production with a decline of real wages by
same time clarifying that it had no obligation to the decrease of supplementary remuneration,
meet the requests and making clear it was “by overtime, bonuses and premiums.
gracious concession of the company”. The law on collective agreements of 1958 in-
The Communist activists, in coincidence with stitutionalized collective bargaining for the first
the position of the members of the HOAC time in Spain, which opened up the possibility
(Fraternity of Workers of Catholic Action) and to negotiate wage tables, overtime, the work-
even some Falangists, rejected these samples ing day and other aspects of working condi-
of paternalism and defended the justice of the tions. The law did not liberalize labour relations
workers demands4. That form of protest was which would continue under the supervision of
creating a climate of social unrest that occa- the State and would be controlled by the State
sionally manifested itself in other ways: de- Union, also called Vertical Trade Union, which
ception in the statements of family situation to would grant the authorization to start agree-
collect the bonuses; intentional carelessness ment negotiations. In this new context the
with tools, small thefts, and sabotage; slow- workers, with no freedom of association and
ness and laziness in the performance of work no right to strike or demonstrate, had a limited
duties; long visits to the toilets; absenteeism, capacity to put pressure during the negotiating
process, which was in the hands of the shop
2. Ibidem. All the records between 1955 and 1960 re- stewards who on the whole maintained an at-
peat the same complaints and demands: Repair of ac-
cess platforms to ships on the slipways; handrails and
titude of accommodating to the interests and
scaffolding; lighting on dyke 2; acquisition of masks, the proposals of the company.
goggles and screens for welders... Complaints about
the high number of accidents of all kinds that occurred
Despite the limits that the labour stage pre-
as a result of the aforementioned deficiencies are also 5. The records of the Safety and Health Committee and
continuous. those of the Commission for the Distribution of Family
3. Acta Comisión de Repartición del Plus de Cargas Bonuses contain frequent references to fines for these
Familiares. September, 1954 in ACENF. attitudes. And the interviewed workers, Julio Aneiros
4. Ibidem. Between 1947 and 1956 the records collect and Francisco González Vidal, 1991, also refer to them;
frequent signs of the paternalism of the company. Inter- also Manuel Amor Deus in Archivo Historia del Trabajo-
view with Julio Aneiros, 1991. Fundación 1º de Mayo, Madrid, henceforth AHTF1M.

69
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

sented, the activists of the Communist Party a unitary candidacy around a programme of
perceived that the implementation of the men- wage claims against the economic measures
tioned law opened new ways to promote col- of the Government and “they suggested that
lective actions in those factories where they al- the company pay the salary they paid before
ready had a stable organization. And that was the Stabilization Plan, including premiums,
the case of Bazán when the union elections overtime and other bonuses on the eight-hour
of 1960 were convened. The work carried out workday”, together with other political and
during the second half of the 1950s helped to social demands: democratization of unions;
consolidate a small group of about 100 work- rights of assembly and strike; guarantees for
ers, some of whom were already prepared to delegates in the exercise of their function and
accept a certain prominence in the factory. So amnesty. The result was a remarkable success
the direction of the Communist Party, faced for the candidacy that received thousands of
with the possibilities of organizational growth votes and allowed several militants and Com-
both in the shipyard and in the city, sent a per- munist sympathizers enter the Company Work
son in order to coordinate, strengthen the pro- Council and the Health and Safety Commit-
paganda apparatus and ensure that the strat- tee8.
egy of political opposition and the lines of work The moment the new delegates joined the
to be developed in the factories were already Work Council, a tide of complaints emerged
internalized among their militants6. The labour from all sections and workshops. They were
leaders were also aware of the opportunity of- defended by the new shop stewards, who im-
fered by the collective bargaining for the devel- posed a new dynamic of operation and de-
opment of their strategy and they understood manded regular meetings so that the manage-
the importance that their representatives in ment response would be quicker than it used
the Work Council were going to have, as they to be. A large part of the protests came from
would be allowed time to improve the relation- boil and casting workshops, mechanics, ma-
ship with the workers, to give briefings, know chinery and mounts afloat, where there was
their aspirations, discuss their claims7. a greater number of discerning workers who
The agreements negotiation could become collectively presented those claims. Most of
an essential instrument to develop any collec- the demands would claim better working con-
tive action at the factory. With an eye on those ditions to reduce work accidents; the renewal
prospects for political action, they prepared of health services or the recognition of eco-
nomic bonuses for hazardous work, toxicity,
6. For the organization of the Communist Party in Ba-
premiums for production or recognition of oc-
zán see José Gómez Alén, As Comisións Obreiras de
Galicia e a conflictividade laboral durante o franquismo, cupational categories9.
Xerais, Vigo, 1995; Víctor Santidrián, Historia do PCE
Most often the company stretched the time
en Galicia, 1920-1968 E. do Castro, Sada, 2002 and
Francisco González, Paco Balón. Memorias de un co- for the answer to the limit, which caused a
munista ferrolano, E. do Castro, Sada, 1999. constant clash with the representatives. They
7. The means of propaganda of the Communist Party, used various forms of pressure, demanding
since the beginning of the 1950s, gathered the outlines
of its strategy of opposition to the dictatorship and em- at the same time the union rights that the law
phasized the need to combine the use of legal instru-
ments, delegates, shop-stewards and later on collective 8. Records of the Company Work Council, Actas Ju-
bargaining with clandestine and illegal action resources. rado Bazán Bazán, 7 December 1960 and Record of
See in this regard: Letter from the Central Committee to Safety and Health Committee, February 1961 in ACENF.
the party organizations and activists, July 1952 or texts For the strategy in political struggle and the election
in Mundo Obrero, La utilización de las posibilidades le- programme see Documentos y Programa del Partido
gales, June 1954; Las Comisiones Obreras, May, 1955 Comunista de España, VI Congreso, January 1960 and
and El enlace sindical y las Comisiones Obreras, Janu- Lucha Obrera, No. 10, August 1960.
ary 1956. 9. Actas Jurado Bazán 1959-1965 in ACENF.

70
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

granted them: a place to meet, trade union contrary to the proposals of the company. Al-
time within working hours, a mailbox to col- ready in 1962, coinciding with the movement
lect suggestions or complaints from workers; of solidarity with the mining strikes in Asturias,
above all, they defended the right to inform the dispute was developed within the frame-
the workers of all what was discussed inside work of collective bargaining, which would fi-
the Work Council, their decisions and their de- nally end up favouring workers without actu-
liberations. The company opposed this point ally reaching a signed agreement, because the
strongly and in general rejected claims or de- application of the so-called Rules of Forced
layed solutions to the problems posed. Compliance granted them the same wage lev-
Daily conflicts and the negative attitude of the els that the company was ready to accept10.
management accounted for its constant con- At this stage of confrontation, both the man-
frontation with shop stewards and for the in- agement and the workers put into operation
creasing unrest that settled in part of the labour their instruments of pressure. While the com-
force. Discontent, even though it was confined pany used the threat of disciplinary measures
to worker representative bodies and to the or the closure of workshops and resulting
shipyard facilities, was to become the basis of dismissals, the activists broadened their rep-
the process of social awareness upon which ertoire of collective action moving in many di-
new labour disputes and new modes of action rections: they held meetings with political and
would blossom at the beginning of the 1960s, labour authorities in the province and even with
at the time when the workers’ socio-political the Minister of Labour; meetings and briefings
objectives and activity met with the social un- with the rest of the work force in the shipyard;
rest and the necessary motivation for building worker committees; put their demands in writ-
collective action. It was then when, between ing and signed them; in the Work Council they
1961 and 1962, for various reasons there pressed the company with different threats
emerged three focuses of conflict that took the inside and with attacks on production in the
company and the city by surprise because of form of slow work, partial strikes or boycotting
their dimension, their collective meaning and the completion of overtime.
the diversity of the actions undertaken. The The small victories encouraged the activists to
first one originated in the company maintain- strengthen their strategy of political struggle to
ing a rating within the metallurgical industry improve their mobilization capacity to defend
that meant wage discrimination for the work- their occupational interests. The beginning of
ers in the shipyard since all metal workers had the new industrial unrest meant a qualitative
higher salaries than those in Bazán, including leap in the forms of social organization. The la-
those working in its auxiliary enterprises bour leaders proved that they had passed the
That discrimination triggered a dispute which period of learning the new rules of the game
included meetings, threats of resignation on in the employment relationship while show-
the part of the delegates, slow work, and par- ing the possibilities of the scope of mobiliza-
tial strikes during four months until the com- tion used, reinforcing at the same time their
pany agreed to the demands. The second organizational resources to advance the pro-
conflict originated in the workers rejecting the cess of consolidation of the Comisiones Ob-
restructuring of the workday and its effects on reras, workers commissions. This task occu-
the value of the working hour, which in practice pied most of their efforts in the following years
meant the elimination of overtime. Again their and allowed them to recruit new activists who
leaders activated social mobilization until the
10. In José Gómez Alén, 1995, op. cit.: 74-78; Actas
mediation of the Minister of Labour imposed Jurado Bazán, January 1961 to September 1962 and
an agreement favourable to the workers and interview with Julio Aneiros, 1991, op. cit.

71
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

could take the risks that clandestine militancy formed a political network devoted to increase
in the Communist Party entailed, especially their organizational resources to strengthen
actions of protest. In that sense their main task the Comisiones in the shipyard and to increase
was to meet the workers’ occupational aspira- its capacity of social mobilization.
tions and difficulties to tie them to the political The permanent activity of recruiting new ac-
fight against the dictatorship. tivists, the daily labour trouble that generated
Meanwhile the Government was also trying complaints of all sorts coming to the Work
to adapt to the new times and to the strikes Council and the collective disputes which
that swept through the big Spanish industrial arose in the second half of the 1960s, helped
centers in the early 1960s. Forced to acknowl- the workers commissions in Bazán to get such
edge the existence of collective dispute and magnitude and variety of resources that their
strikes, they amended some aspects of labour influence went beyond the shipyard walls and
legislation with the adoption of new rules for would be determinant in all labour disputes in
conciliation and arbitration in collective labour the region. Their leaders designed and decid-
relations; the reform of the Penal Code and ed the type of mobilization to use at every mo-
the establishment of the Tribunal of Public Or- ment in the conflict. They managed to make
derrder in 196311 mitigated the seriousness a coherent ideological and political movement
of the charge of sedition for participating in of industrial protest, to take it beyond labour
strikes. unrest and place the grievances and employ-
ment aspirations on a global framework that
1966-1972. Collective action. From facilitated the development of a socio-politi-
inside the shipyard to the city streets. cal anti-Franco conscience, following the trail
marked by the strategy of the Communist Par-
As a result of all the agitation work and previ-
ty in the fight against the dictatorship. During
ous social organization the candidacy of the
those years their resources grew considerably
Comisiones Obreras got most of the shop
in and out of the shipyard. They had a very
stewards in the union elections of 1966, sig-
basic propaganda apparatus to print flyers,
nificantly expanding their influence in the Work
bulletins, leaflets, handouts, to distribute in the
Council and in the Health and Safety Com-
shipyard, whereupon the slogans of mobiliza-
mittee. Backed by that broad support in the
tion came to all sections of the naval factory
shipyard they had an optimal scenario for
very quickly12. It was hidden in a place only
collective action and for the development of
known by those in charge of propaganda, who
their strategy of political struggle against the
also had a unit outside with duplicators where
dictatorship. They had a stable organization,
the underground press -Mundo Obrero, Nova
which was part of a movement already reach-
Galicia, A voz do Pobo- was printed. They cir-
ing the city and the rest of Spain, present in
culated in the shipyard together with quite a
all the workshops and sections. They had a
few Marxist books which formed the under-
consolidated leadership sufficiently known
ground library the leaders had arranged to en-
in the factory, who had the respect and trust
courage a politically militant social conscience.
of all the workers and a significant number
The distribution network was also used as a
of activists willing to assume the responsibil-
solidarity network when need forced them to
ity of leading any labour protests and face the
raise money for workers and their families.
risks involved, which often meant immediate
dismissal or imprisonment. On the whole, they In those years they managed to also extend
their influence to other social sectors that
11. BOE, December 1961 and Law of procedure of for-
malization, conciliation and arbitration in collective la- 12. Francisco González, 1999, op. cit. and Rafael Pil-
bour relations, November 1962. lado in AHTF1M.

72
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

helps strengthen friendship bonds to gradu-


ally lead them into the organization through
would collaborate in certain phases of the small contributions like delivery of leaflets or
conflicts as “influential allies”. They contact- the Communist paper Mundo Obrero, get
ed some journalists and newspaper editors them to read it and then pass it to others; bring
that were ready to face occupational hazards them to a meeting or encourage them to join
and disseminate worker claims, disputes and in small actions of propaganda. Once a certain
strikes so as to maintain social tension and en- level of commitment was achieved, participa-
courage citizen solidarity. Another sector that tion in collective action would vary depending
counted was formed by some priests in work- on individual incentives and prospects of per-
ing-class neighbourhoods, contributing signifi- sonal improvement and also on the level of risk
cant resources like parish rooms and church- each one was willing to take. From sporadic
es for clandestine meetings as well as help to supporters who would join a strike or a tem-
raise funds for the strikers13. Some lawyers porary stoppage at a certain moment, to those
formed a third group. They even had a law firm who fully cooperated and took an active role
in Ferrol whose owner was one of the Com- in launching strikes and other actions both
munist Party leaders in the city14. The contri- at the shipyard and in the streets of the city16.
bution of the lawyers went beyond the legal The mobility inside the shipyard and the bonds
defence of workers before labour courts when among the rank and file, as well as favouring
it came to dismissals or the Tribunal of Public the recruitment of human resources, helped
Order when they were accused of conspiracy, the distribution of instructions and the practice
demonstration and illegal propaganda. Those of the snake as a tactical way to launch any
offices became spaces of freedom where they action in the naval factory17.
could hold either legal or illegal meetings in or- At the time when economic or labour condi-
der to prepare strategies for negotiating col- tions in Bazán demanded it, all the accumu-
lective agreements on the advice of lawyers or lated resources and the already tested ac-
to devise modes of action or to circulate pro- tion repertoire worked in the same way as in
paganda and mobilization slogans 15. past conflicts. It was in the second half of the
Both the shipyard spatial structure and the 1960s, when the company was going through
mobility of workers across workshops, slip- a phase of economic difficulties due to the
ways and dykes facilitate personal relation- drop in its backlog and presented several em-
ships. Different tasks are performed in small ployment regulations records that meant the
groups and there is time to talk while in the dismissal of 62 trainees and the closure of the
changing rooms, at breaks, in the dining rooms civil works section, affecting 1,162 workers.
or during visits to the medical services or to The rejection of the labour leaders to accept
the toilets, which allows the workers to share the records was the spark that ignited two
concerns, labour troubles and interests and collective disputes which for months put the
to give shape to common objectives. The dis- direction of Bazán face to face with the shop
creet but permanent contact with coworkers floor, who jointly decided to fight against the
13. Pedro Lago, La construcción del movimiento sin- dismissals. The Comisiones Obreras used all
dical en sistemas políticos autoritarios. Las CCOO de their resources and its members contacted the
Galicia 1966-1975, La Catarata, Barcelona, 2011.
press to have their proposals published, held
14. José Gómez Alén, Rafael Bárez Vázquez. El derecho
como forma de compromiso ético con la democracia in 16. José Gómez Alén, Manuel Amor Deus, Unha bio-
José Gómez Alén and Rubén Vega García (Coords.) Ma- grafía da resistencia obreira ao franquismo, Fundación
teriales para el estudio de la abogacía antifranquista,Vl.I 10 de Marzo, Santiago, 2008.
Fundación Abogados de Atocha, Madrid, 2010:33-69 17. Rafael Pillado in AHTF1M and José M. Iglesias in
15. Ibidem, Vl. I y II. Pedro Lago’s personal archive

73
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

meetings with labour and political authorities ers. However, these measures did not prevent
of the province, sent a commission to Madrid the complete victory of their candidacy in the
to meet with the Minister of Labour, carried out union elections of 1971 where the activists of
strikes and brought the conflict to the street Comisiones occupied all posts for trade union
with concentrations and demonstrations of delegates19. At that time they had enough po-
thousands of workers, at the same time en- tential to replace their leaders with other young
gaging the solidarity of other factories in the people without weakening the direction of the
region and also that of citizens; they raised labour movement; they kept their resources
funds for the fired workers a task in which and instruments in one piece and controlled
the priests of working-class neighbourhoods all the associative fabric of the city as a sort of
played a significant part. Once again Comisio- counter-power against the political and social
nes Obreras would manage to avoid lay-offs. elite that had dominated the urban landscape
The weight of the Workers Commissions of ever since the Civil War.
Bazán was such that their support would be Very soon, in September 1971, the new del-
essential in the resolution of conflicts in other egates would prove their ability by preparing
factories such as PYSBE, Peninsular Maderera a protest programme, spreading it all over the
and MEGASA whose various labour problems yard and discussing it in assemblies. Once
had the whole region of Ferrol on edge be- approved, they assumed the task of defend-
tween 1969 and 1971. Activists from the naval ing it at the Works Council, discussed it at
factory, some of them already labour leaders in shop-floor meetings and planned the strategy
the area, supported their demands, designed of bargaining and struggle for the Collective
the strategy and rehearsed new actions by in- Agreement that they had decided, for tactical
corporating their own wives, who would par- reasons, would be just for the factory in Fer-
ticipate in the sit-ins in the cathedral, met with rol. The failure to reach an agreement with the
the authorities and the press, help extend eco- company led them to carry out a strategy of
nomic solidarity and perform different actions pressure that would grow steadily. With all their
to spread social unrest, as was the distribu- forces in operation they began by presenting
tion of leaflets at markets and in working-class briefings signed by more than 1,000 workers
neighbourhoods. The result was again positive demanding the return of the dismissed lead-
for the workers but some of the best known ers; they lodged an appeal before the General
leaders were punished, dismissed from their Secretary of the OSE in Madrid, they held gen-
trade union posts in the factory Work Coun- eral assemblies or sector meetings and rallies
cil, arrested and prosecuted in the Tribunal of in front of the Management offices. The nega-
Public Order for their involvement in the dem- tive attitude of the company was intensifying
onstrations18. the confrontation and the intensity of collective
The repression which the Government exerted actions. The delegates in charge of the con-
against the Comisiones Obreras since the Su- flict managed to get all the workers to boycott
preme Court banned them, was exploited by the 12-hour-day, despite the resulting eco-
Bazán Direction to keep the punished leaders nomic loss, and increased pressure with daily
away from the shipyard while transferring the stops in the first days of March. The company
rest of the leaders from their usual stations resorted to repression and punished six del-
so that they would not influence other work- egates by suspending their wages and their
jobs which provoked immediate reaction from
18. José Gómez Alén, 1995 op. cit.:131-142. Memo- workers who rallied before the Direction quar-
ries of these conflicts in Latidos de vida y de conciencia. ters and refused to leave the factory while they
Memorias colectivas de Rafael Pillado , Fuco Buxán,
Ferrol, 2012. 19. Acta Jurado Bazán, 24 August 1971 in ACENF.

74
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

were not given a positive response to their de-


mands and disciplinary measures were lifted.
At the escalation of tension within the shipyard
the management allowed the police to enter
the shipyard and the workers were dispersed
with extreme violence. That decision aggravat-
ed the situation and protest demonstrations
moved to the streets causing clashes with
the police. The company decided to close the
shipyard and on March 10 the workers, having
found the gates locked, marched towards the
neighbouring shipyards to call for the solidarity
of the other factories in the area. Intercepted
by a company of armed police they refused to
disperse and the confrontation was unavoid-
able. It ended up with two workers shot dead
by the police and more than 40 wounded. Out-
rage gripped a city in shock by the horror of re-
pression that would halt all activities in solidar-
ity with the workers. They buried their dead in
a mood of extreme strain for the uncertainty of
the situation and the possible risk of a military
intervention. Ten days later the factory opened
its doors and more than 6,000 workers had to
lodge individual appeals to be reinstated. More
than 100 had been laid off, among them all the
delegates and leaders of Comisiones Obreras,
who were imprisoned. Six of them would be
tried first by a martial court in Ferrol and again
in 1975 by the Tribunal of Public Order in Ma-
drid 20.
While repression decapitated and momen-
tarily paralyzed the Comisiones Obreras and
the collective action in Bazán, all previous
mobilizing work had developed a social and
democratic consciousness in its work-force
that remained intact in all sections of the ship-
yard and that in a very short time allowed their
workers to replace all the sacked activists and
regain their ability for collective mobilization
which would show in the following years in the
negotiation of new agreements and in the con-
tinuous struggle for amnesty and democratic
freedoms until the death of the dictator.

20. José Gómez Alén y Víctor Santidrián, O 10 de marzo.


Unha data na Historia, Noroeste, Santiago, 1997.

75
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

76
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

The Oil Workers’ Strike and Despite their importance, the Iranian oil strikes
of 1978-1979 have received little attention
the Iranian Revolution apart from few articles.2 These strikes, howev-
(1978 – 1979) er, deserve a more detailed historical scrutiny,
for at least two reasons. First, the oil strikes
are an important moment in the history of the
Peyman Jafari* Iranian working class, which has suffered from
a lack of interest on the part of historians and
social scientists. Second, as Ahmad Ashraf
and Ali Banuazizi pointed out back in 1985,
Introduction
the literature on the Iranian Revolution has
The strikes in the oil industry played a pivotal more often focused on “the long-term struc-
role during the Iranian Revolution of 1978- tural causes (…) the role of the Shi’ite Islam
1979. While mass demonstrations had started in providing the revolution with an indigenous,
in January 1978, the Shah’s regime had man- powerful and coherent ideology, or particular
aged to steer through the political crisis by a foreign and domestic factors that may have
combination of concession and repression. influenced the course and outcome of the
However, when strikes started to emerge in revolution.” Less attention has been given to
Iran’s major industries from September 1978 the “methods and resources for revolutionary
and reached their zenith in November and De- mobilization, the social composition of the po-
cember, the crisis of the state became exis- litical coalition at different stages of the revolu-
tential. The strikes in the oil industry disrupted
2. The best available source in English is There are a
and then paralyzed the normal functions of the number of articles in Persian, which are written by po-
state by squeezing its main source of revenue. litical activists who participated in the strikes. There is
As one Western ambassador noted at the time one book available in Persian, which, however, suffers
from the institutional and political goal of its publisher,
in Tehran, “Iran’s oil supplies are the regime’s namely the promotion of the idea that the revolution and
jugular vein. To cut these supplies is to cut the the strikes resulted from the leadership qualities of Aya-
Shah’s throat.”1 tollah Khomeini: Saeed Taeb, Az E’tesab-E Karkonan-E
San’at-E Naft Ta Piruziye Enqelab-E Eslami [from the Oil
1. Steven Strasser, Loren Jenkins, and Jeffrey Antevil,
Workers’ Strike until the Victory of the Islamic Revolu-
«Iran: At the Brink?,» Newsweek, 13 November 1978.
tion] (Tehran: Markaz-e Asnad-e Enqelab-e Eslami,
* PhD candidate, International Institute of Social History 1382/2003).

77
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

tion, and the manner in which many diverse zations, reports of SAVAK and the American
segments of Iranian society formed a united embassy in Tehran (Annual Labor Reports), in-
front against the Shah in the final phases of terviews with former oil workers and second-
the revolution.”3 Although social movement ary sources such as memoirs.
and revolution studies have made a shift in the
past two decades, paying more attention to Oil workers’ protests and organizations
the role of agency, its cultural, ideological, and before the revolution
organizational dimensions, few studies have
Protests and organizations have a long history
attempted to study the Iranian Revolution at
among oil workers, beginning just few years after
the level of micro-mobilization.4
the establishment of the oil industry in 1908, and
Addressing these gaps in the historiography
reaching highpoints in the mass strikes of 1929,5
of the Iranian labor movement and the 1979
1941-1946 and 1951-1953.6 In the two decades
revolution, this paper explores the dynamics of
following the 1953 coup d’état against Moham-
the oil strikes, and focuses on the informal and
mad Mossadeq and the repression of the Na-
formal organizations through which oil work-
ers were mobilized from September 1978 until tional Front, the communist Tudeh party and trade
the fall of the Pahlavi monarchy. The first sec- unions, there were only few instances of collective
tion provides an overview of oil workers’ pro- labor protests among oil workers. A slow-down
tests and organizations before the revolution, protest in the metal drum plant of Abadan Refin-
because historical experience and memory ery in October 1965 was quickly settled when the
is an important factor in understanding the Consortium of the major international oil compa-
emergence of new waves of labor activism. nies agreed to pay a “difficult work” allowance de-
The second sections looks into the changes manded by the workers. In March 1969 construc-
in the numbers and social composition of the tion workers at the Abadan Petrochemical Plant
workforce in the oil industry before the Iranian walked off the job in protest against limitation of
Revolution. The third section is an account of New Year bonus payments to new workers. They
the oil strikes and their demands from Sep- returned to their work after the measure was re-
tember 1978 until February 1979. The fourth scinded. While major collective actions like strikes
section explores the formal and informal or- were absent during this period, workers used oth-
ganizations and networks that emerged dur- er means to make their voice heard. Most impor-
ing the oil strikes. The fifth section evaluates tantly, oil workers wrote letters to the Complaint
the role of the oil workers’ organizations in the Commission of the Majles (the Iranian parliament),
emergence of dual power in late 1978 and the Senate, or even the Shah directly, often adopt-
early 1979. ing the Shah’s ideological discourse of “progress”
It should be noted that the latter two parts of and “modernization” in order to demand their fare
this article are far from being complete. They share.
present some of the results of my ongoing re-
5. Stephanie Cronin, «Popular Politics, the New State
search that hopefully in later stage can pro-
and the Birth of the Iranian Working Class: The 1929
vide a fuller account and analysis. The sources Abadan Oil Refinery Strike,» Middle Eastern Studies 46,
used for this article include newspapers, pub- no. 5 (2010). Jalil Mahmudi and Nasser Saeedi, Shoq-E
Yek Khize-E Boland. Nokhostin Ettehadiyeha-Ye Kargari
lications of oil workers and political organi-
Dar Iran [the Excitement of a Great Leap. The First Trade
3. Ali Ashraf and Ali Banuazizi, «The State, Classes and Unions in Iran] (Tehran: Qatreh, 1381/2002).
Modes of Mobilization in the Iranian Revolution,» State, 6. Ervand Abrahamian, Iran between Two Revolutions,
Culture, and Society 1, no. 3 (1985): 3. Princeton Studies on the near East (Princeton, N.J.:
4. Studies that do have this focus include: Charles Princeton University Press, 1982); Habib Ladjevardi,
Kurzman, The Unthinkable Revolution in Iran (Cam- Labor Unions and Autocracy in Iran (Syracuse, N.Y.:
bridge, Mass.: Harvard University Press, 2004). Syracuse University Press, 1985).

78
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

This low level of collective action should be placed yellow trade unions were organized in a way to de-
within the social and political context of the 1960s. liberately fragment the workforce, not only across
First, due to a constant economic growth and a one industry but also within a single workplace.
conscious policy to pacify oil workers through Third, following the defeat of the oil nationalization
the provision of relatively high wages, pensions movement of 1951-1953 in which oil workers had
schemes, insurances and health care, the social played an important role, the morale of oil work-
conditions of oil workers improved. ers dropped to low levels. This lack of confidence
Second, the state pursued a two-pronged in- was reinforced by the dismissal of thousands of oil
dustrial relations strategy. On the one hand it re- workers in the 1960s. The oil company had come
pressed any independent trade unions activism to view these workers as “superfluous” due to
and created a climate of fear among workers probably three reasons. After the repression of the
through SAVAK surveillance. In Abadan Refinery, National Front and Tudeh the oil company the ex-
for instance, the “industrial relations department” ternal pressure on the oil company to provide em-
worked closely with SAVAK. SAVAK reports reveal ployment eased, and with the introduction of new
that its informants observed the activities in and technologies it could increase production with less
around the refinery very closely.7 On the other hand workers. Moreover, the increasing international
the state created controlled channels for collective competition on the oil market created incentives to
bargaining. The Labour Law, which was drafted in raise productivity and lower costs. While this policy
consultation with the International Labour Organi- created resentment, in the short it intimidated oil
zation (ILO) and was ratified on 17 March 1959, workers and discarded those who had some ex-
allowed blue-collar workers to form trade unions. perience in activism, contributing to the disciplining
of the workforce.
When in 1964 the government started to encour-
age the formation of trade unions throughout Fourth, the state propagated an ideology of la-
the oil industry, only the Tehran Refinery Workers bor patriotism that while raising the social status
Union was in existence. In that year, the Consor- of workers subordinated them to the authori-
tium agreed to organize a series of training seminar tarian benevolence of the Shah. This approach
for its managers about collective bargaining and was clearly stated in publications like The Iranian
trade unions in anticipation of the wage negotia- worker in today’s Iran: “The Iranian worker has a
tions scheduled for March 1966. In 1965, fifteen high and respected status in today’s Iranian so-
syndicates had been formed in the oil industry, ciety…[because of] the attention for labor issues
including five in Abadan Refinery, but the Labor and all policies that place the Iranian worker on a
Ministry had delayed their official registration. In level… that he deserves… in the era of ‘the Great
August 1966, the government finally registered Civilization.’”10 The same view was expressed by
eleven of the fifteen oil syndicates so they could Labor Minister Moini at the Third Iranian Labor
partake in the biannual collective agreement ne- Congress of May 1976, attended by 2,350 work-
gotiations. By 1971 there were 397 yellow trade ers’ representatives: “workers would strive to work
unions, twenty-six of which belonged to blue-collar harder, improve their skills and raise productivity in
oil workers.8 In 1978, the number of official unions an effort to repay their debts to the Shahanshah.”11
had reportedly increased to 1,023 such.9 These The fifth factor was the pervasive division be-
7. The Abadan Institute of Technology and its Islamic tween kargars and karmands, which roughly
Association, and the official syndicate were SAVAK’s fa-
translate into blue-collar and white-collar
vourite targets.
8. Labor Legislation, Practice and Policy. Ilo Mission 10. N.N., Kargar-E Irani Dar Iran-E Emruz [the Iranian
Working Paper Ix, (Geneva: ILO, 1973). Worker in Today’s Iran] (Tehran: Markaz-e Tahqiqat
9. Fred Halliday, Iran : Dictatorship and Development, A 1977), 124-25.
Pelican Original (Harmondsworth: Penguin, 1979), 203. 11. Halliday, Iran : Dictatorship and Development, 206.

79
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

workers. This division involved inequalities that pro-worker rhetoric, including promises to in-
were institutionalized at every level of the oil crease wages. Most importantly, the fact that
industry and the social life of oil workers, from the Shah’s regime was oppressive and depen-
different wages to separate housing. These dent on American imperialism was an impor-
inequalities created resentment among blue- tant source of discontent among broad layers
collar workers, but they also undermined the of the population. In the oil industry, both as-
oil workers’ ability to take collective action. pects were represented by the presence of the
After 1970, the mood among the Iranian work- intelligence service SAVAK and foreign man-
ing class at large began to change and the agers.
number of strikes increased. During a meet- The trend of a growing number of collective
ing with industrialists on 22 October 1975, the actions was apparent in the oil industry as
Minister of Labor declared that the number of well. Based on leftist newspapers and the An-
strikes had increased from 2 in 1969-1970, to nual Labor Reports of the American Embassy
12 in 1970-1971, to 20 in 1971-1972, reach- in Iran, I have counted six strikes in 1970-
ing almost 50 in 1972-1973.12 According to 1977. On 24 March 1970, workers in Abadan
another report, the number of strikes rose Refinery and its port in Mahshahr went on
from a “handful in 1971-73 to as many as 20 strike in protest against the introduction of a
or 30 per year by 1975.” This trend is con- new job classification scheme. On 17 Septem-
firmed by a study of Ahmad Ashraf based on ber 1973, again a strike was organized in the
leftist publications, which shows the number Abadan Refinery, which inspired a strike in the
of workers’ collective actions, mainly strikes, Tehran Refinery ten days later. The strike end-
increased from a handful in 1970-1973 to ed with a significant wage rise for the work-
more than 40 in March 1976 to March 1977, ers. The strike in the Abadan Refinery was
before dropping in 1977-1978 as the revolu- organized by the central workshop workers
tionary process started to get momentum (Fig- and lasted three weeks. The main demands
ure 1). Factors that contributed to this trend included a five-day working week of 40 hours;
were escalating inflation, especially the cost collective agreements to be reached by genu-
of renting, and workers’ rising expectations ine representatives of the workers; increase of
fuelled by higher oil incomes and the Shah’s the food ration in goods and not cash. Eghbal,

Figure 1 - Number of workers’ collective actions, March 1971 – August 1978. Source: Ahmad Ashraf
(2010).

12. Quoted in Ghiyam-e Kargar: Organ-e kargari-ye


sazaman-e mojahedin-e khalgh-e Iran, No. 2. Esfand
1354/February 1976, 38.

80
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

the director of the National Iranian Oil Compa- portantly Abadan, Ahwaz and Tehran.14 As a
ny (NIOC) agreed to increase the wages, but result of both factors, the disruptive potential
the strike was repressed and its main leaders, of oil workers increased considerably. It is not
Babakhan Mohagheghzadeh, Majid Jasemi- unreasonable to assume that even in the ab-
yan and Hooshang Ramzi were exiled to Kho- sence of big collective struggles oil workers
rasan.13 were aware of this disruptive potential, given
In March 1974, the oil company’s announce- the policy of the government to provide rela-
ment that workers would only have three holi- tively high wages and social welfare programs
days for the Iranian New Year (20/21 March) in the oil industry. This was especially notice-
triggered a strike during which workers de- able as the government made concessions af-
manded better payment for overwork, regular ter every strike in the 1970s.
transport, and a wage increase for those who Third, the workforce didn’t change only in
worked at a height of five meters. In mid-June numbers but also in its composition as a
1974 another strike broke out in the Tehran young generation entered the oil industry in
Refinery, but the authorities intimidated the the 1970s. One part of this generation, mostly
workers back to work by threatening to fire the the blue-collar workers, was the sons of oil
strike leaders and the union representatives. workers. Unlike their fathers, however, their
On 13 January 1976 around 300 blue-collar mentality had not been shaped by the defeat
workers of the central workshop and over- of the oil strikes of 1951-1953. They were bet-
haul maintenance of Abadan Refinery went on ter educated – most of them were trained in
strike, partially to demand payment for tech- the Abadan Technical School – and expected
nical work, which they argued was done by much better lives. Another part of this gen-
them, while karmands were rewarded. eration were the young white-collar workers,
many of whom had come into contact with
Changes in the labor force radical political ideas during their education at
the Abadan Technical Institute or one of Iran’s
At this stage, it is important to consider three
universities.15 Not surprisingly, members from
aspects of the workforce in the oil industry,
both groups played a leading role in the oil
which can help us understand why a signifi-
strikes.
cant number of oil workers was receptive to
ideas that promoted a revolutionary transfor-
The oil strikes
mation in 1978-1979. First, after a decade of
decline the number of oil workers started
to increase rapidly in 1973 (Figure 2). This
sudden increase was probably due to the
government’s attempt to use the oil indus-
try as a means of employment policy. Sec-
ond, the concentration of oil workers had
increased in the 1960s due to the “satelli-
zation” of the ancillary activities (repair
and maintenance, transport etc.) of the oil
fields around the urban centers, most im-
Figure 2 : Number of oil workers, 1955 - 1976

13. Mohammad Mazra’ekar, «’Etesab-E Kargaran-E


Naft Dar Sal-E 57 Va Zamineha-Ye An. Bakhshe Avval 14. Alexander Melamid, «Satellization in Iranian Crude-
[the Oil Workers’ Strike in 1978-1979 and Its Causes. Oil Production,» Geographical Review 63, no. 1 (1973).
Part I],» Kargar-e Komonist, no. 78 (21 February 2008). 15. Author’s interviews with oil workers.

81
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

In early 1977, a relative relaxation of state repres- in Isfahan, Shiraz, Tabriz Abadan, Khark and the
sion allowed the opposition to organize protests, oil fields of Ahwaz, Gachsaran and Aqajari.17 This
and the impressive economic growth of the first prompted the SAVAK, the Shah’s secret police,
half of the 1970s turned abruptly into recession to report that the oil strikes “have no precedent
and high inflation (Figure 1), triggering a sense of in recent years; the strikes must have developed
“relative deprivation.” These factors made mass among workers in the national oil company very
mobilization against the Shah a real possibility, quickly.”18 In an addendum, SAVAK reported 21
which was realized by an activist network and a strikes in the oil industry in the second half of Sep-
growing sense of a “viable movement.”16 tember 1978, which it said involved around 11,000
From June 1977, a number of non-confrontational oil workers at this point.19 However, this first wave
protests such as petitions and meetings were or- of oil strikes ebbed away by early October 1978
ganized to demand civil and political liberties, but because of a combination of repression, govern-
mass protests started in January 1978 and rap- ment concessions, and a lack of organization on
idly spread to Iran’s major cities. The oil workers’ the part of the oil workers.
strikes developed from September 1978 and con- A new wave of oil strikes emerged after the white-
tinued with some intervals until February 1979. collar workers of the “materials department” and
At their zenith, the oil strikes involved tens of thou- the “laboratory department” in Abadan refinery
sands of workers in the oil fields of south-western staged a protest on October 16, 1978. The en-
Iran, and in the refineries, the distribution centres suing crackdown by government troops and the
and the offices of major cities. The first protests arrest of around 70 workers prompted solidarity
among oil workers during the revolution occurred strikes by other refinery workers.20 These events
in early September 1978 when workers at the Teh- led to a solid oil strike in Khuzestan and the re-
ran refinery demanded higher housing allowances fineries in the rest of the country, lasting more or
as compensation for the rent increases, which they less continuously for four weeks from October 18
claimed had quadrupled over the recent months. to November 14, 1978, when an estimated 60 per-
After the government ignored their protests, they cent of the striking oil workers returned to work.21
erected tents in front of the refinery on Septem- This second wave of oil strikes came to an end
ber 8. The following morning government troops 17. H. Movahed, Do sal-e akhar: reform ta enqelab [the
opened fire on demonstrators who had gathered Last Two Years: From Reform to Revolution] (Tehran:
on Jaleh Square, killing dozens. This massacre 1363/1984), 185.
18. SAVAK, “Report on workers’ strikes,” Mehr 4, 1357/
(Black Friday) was an important trigger for the fur- September 26, 1978, document 3562-‫پ‬, Archives of
ther spread and politicization of the oil strikes. The the Iranian Institute for Contemporary Historical Studies
next day, some 700 workers in the Tehran refinery (hereafter cited as IICHS Archives), Tehran.
19. SAVAK, “Report on workers’ strikes,” 1357/Sep-
went on strike demanding not only higher wages tember 26, 1978, document 2-3562-‫پ‬, IICHS Archives,
but also an end to the martial law. Tehran.
20. Ahmad Ashraf, «Kalbod shekafi-ye enqelab,”
On September 20, 1978, workers of the Con- Goftogu, no. 55 (2010). According to another report by
sumptive Cooperative Organization of the Oil In- leftist activists 140 people were arrested but this number
dustry, which operated a network of shops, started appears to be a gross exaggeration: Razmandegan-e
azadiye tabaqeh-ye kargar [Fighters for the Liberation
a strike that lasted for a number of weeks. They of the Working Class], “Gozareshi az ‘etesabat-e qahre-
demanded the same rights and benefits as the manane kargaran-e san’at-e naft-e jonub [A Report of
the Heroic Strikes of the Southern Oil Industry],” docu-
workers of the oil company. By the end of Sep-
ment 14274, Archives of the Centre of the Documents
tember the strikes had spread among oil workers of the Islamic Revolution (hereafter cited as CDIR Ar-
chives), Tehran.
16. Charles Kurzman, The Unthinkable Revolution in 21. Nicholas Gage, New York Times, 14 November
Iran (Cambridge, Mass.: 2004). 1978.

82
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

as the government threatened to arrest strikers, ed Iran in August 1980.


substituted strikers with technical personnel from A careful reading of the demands of oil workers
the navy, forced some workers back to work at the during this period, early September 1978 to early
point of the bayonet, and the emerging organiza- February 1979, shows that they were quite spe-
tion among oil workers was still too weak to react cific and fall into four categories: economic is-
effectively. sues, inclusion issues, workplace politics and
Having established a stronger organizational struc- general politics. Economic issues included higher
ture by late November, mainly through the involve- wages and non-payment of benefits and hous-
ment of experienced workers in Ahwaz, Abadan ing allowances,24 shortage of company houses,
and Tehran, the oil workers resumed their strikes in bonuses for technical work and weather condi-
early December with a walkout in the Abadan refin- tions, payment for lunch during work,”25 inequali-
ery. The recently established Common Syndicate ties in the National Iranian Oil Company between
of the Workers of the Iranian Oil Industry declared white-collar and blue-collar workers.26 Inclusion
on December 15, 1978: “Because we oil workers demands were related to equal employment rights
are witness to the savage pillage and robbery of in the oil industry. Issues related to workplace poli-
our national wealth by imperialism, we are deter- tics included the dismissal of a number of manag-
mined to stop the production and export of oil by ers who were accused of corruption, the dismissal
withdrawing our labor and by preventing [others to] of foreign staff in the oil industry,27 and the estab-
work so that the fifth column of the enemy is un- lishment of independent trade unions. Political de-
able to continue the destruction of our lives without mands transcending the workplace included: the
taking into account the rage of the Iranian nation.”22 fusion of NIOC and the Oil Services Company of
This time, the oil workers rejected any compromise Iran (OSCO) into a new company,28 end of curfew,
or negotiation and continued their strike until the release of all political prisoners, the dissolution of
fall of the Shah. In another statement the oil work- SAVAK, opposition against American and British
ers declared: “In unity with the fighting people of imperialism, and stopping the sale of oil to Israel
Iran, the purpose of our strike is to destroy des-
potism and eliminate the influence of foreigners in 24. «Kargaran-e sherkat-e naft dar Ahwaz emruz kar
nakardand [Oil Workers in Ahwaz Didn’t Work Today],»
our country, and create an independent, free and Ettela’at Mehr 1, 1357/September 23, 1978, 31.
progressive Iran. These goals are the indisputable 25. «E’teraz-e kargaran-e sherkat-e naft [Protest of Oil
rights of the people. The people shall utilize all the Company Workers],» Ettela’at Mehr 2, 1357/Septem-
ber 24, 1978].
means of self-sacrifice to achieve these goals.”23
26. «Moj-e ‘etesab dar chand shahr [Wave of Strikes in
This immediate period before and following the fall a Number of Cities],» Ettela’at Mehr 13, 1957/October
5, 1979.
of the Shah saw the emergence of trade unions
27. «’Etesab-e karkonan-e san’at-e naft dar khuzestan
and councils (shoras), which took partial control gostaresh yaft [The Strike of Oil Workers in Khuzestan
over the production and introduced democratic Grows],» Ettela’at Aban 2, 1357/October 24, 1978.
elections in the workplace. These organizations 28. «’Etesab dar sanaye’ naft gostaresh yaft
were, however, side-lined by a combination of re- [The Strikes in the Oil Industry Grow],» Ettela’at
pression and integration as the Islamic Republic 8 Aban 1957/30 October 1978. OSCO was
consolidated its power, especially after Iraq invad- owned by a consortium of international oil
companies that was responsible for the explo-
22. Communiqué of the United Syndicate of the Work- ration, development and production of crude
ers of the Iranian Oil Industry, 2 Dey 1357/23 December oil and natural gas; the processing of natural
1978, document 33408001, CDIR Archives, Tehran.
gas liquids, and transportation to and loading
23. Quoted in: Mansoor Moaddel, «Class Struggle in
Post-Revolutionary Iran,» International Journal of Middle at the several crude oil and product export ter-
East Studies 23, no. 03 (1991): 323. minals.
83
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

and South Africa due to their racist policies. As a result of political repression, judicial res-
trictions and strategic weaknesses, labor ac-
Organization of the strikes tivists were not able to create organizational
As the fragmented development of the strikes structures before the advent of the revolution
illustrates, there were no national organizatio- in 1978. It was only during the strike wave
nal structures in place when the strikes star- starting in September of that year, that strike
ted. Even in an industrial center like Ahwaz, committees and independent unions emer-
different groups took strike action separately, ged. Some of these built on existing formal and
and started to communicate and coordinate informal networks that were already in place.
only as the strikes developed. The coordina- Formal organizations were mainly the official
tion between different locations was even less trade unions and the Islamic Associations of
articulate. For instance, the staff employees in students, especially those in Tehran and Aba-
Ahwaz had heard about the strike in Abadan dan. Informal networks were mainly based on
on 15 October 1978 but they could not get workers and activists of various political cur-
confirmation.29 rents. These included Tudeh party members
The absence of a national organization was and sympathizers, activists of new communist
mainly caused by the government’s policy of organizations, and sympathizers of political Is-
controlling and fragmenting trade unions. As lam who were influenced by Ayatollah Khomei-
part of its authoritarian industrial relations, the ni or the lay intellectual ‘Ali Shariati.
Shah had allowed the establishment of trade Strike committees were the first forms of orga-
unions that functioned under the surveillance nizations that emerged during the oil strikes.
of SAVAK. There were 397 official trade unions On 14 October 1978 a strike committee was
in 1971, including 26 unions for blue-collar established in Abadan Refinery, and a week
workers in the oil industry (white-collar workers later another emerged in Ahwaz.31 For the first
didn’t have the right to join unions).30 This frag- time, white-collar workers (staff) were able to
mentation was even present at plant level. In organize their own union. In October 1978, the
Abadan Refinery, for instance, there were four management of the oil company and the go-
trade unions in 1978. The leadership of some vernment allowed the staff workers in Ahwaz
of these unions was infiltrated by SAVAK. The to found the Association of Oil Industry Staff
radical union of the “central workshop” of Aba- Employees. For every 50 employees, one
dan Refinery was repressed following a strike representative was elected, with a maximum
in 1973. The trade union of Tehran Refinery, number of three or four representatives in
however, was still very active and militant when departments with more than 200 employees.
the revolution started. The elections were organized by listing four or
In addition to repression, labor activism suf- more workers as candidates for every posi-
fered from the strategic orientation of the left tion. A founding member explained the pro-
in the 1960s and 1970s. Many students and cess: “The representatives were not elected
young workers who became politically active by secret ballot. The vote took place in front of
on the left, were attracted to the guerrilla- everyone. We put up a list on the wall. People
struggle. Hence their efforts were not directed came and signed their names next to the name
towards building workplace organizations and of their preferred candidate. There were usual-
networks, but towards secretly supporting the ly five or six candidates per position. The first
armed struggle against the Shah. duty of these representatives was to organize
29. Iranian oil worker, p.293. the association of professional and office wor-
30. Fred Halliday, «Iran: Trade Unions and the Working 31. «Shoraha Va Enqelab-E 57 [the Shoras and the
Class Opposition,» Middle East Research and Informa- 1979 Revolution],» Jahan-e Novin, no. 4 (Bahman
tion Project (MERIP), no. 71 (1978): 11. 1388/January-February 2010).

84
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

kers. So, we called this body the Organizing Organizing Committee of the Association of Oil
Committee of Oil Industry Staff Employees.”32 Industry Staff Employees had around 60 mem-
After collective discussions, the Association bers. They started to coordinate the strikes by
of Oil Industry Staff Employees formulated the organizing meetings with representatives of
following list of demands33: the production workers (in Ahwaz).35
1. End martial law While in Abadan and Ahwaz workers orga-
2. Full solidarity and co-operation with nized their activities through strike commit-
striking teachers tees, the workers of the refineries in Tehran,
3. Unconditional release of all political Shiraz, Kermanshah and Tabriz established
prisoners the Common Syndicate of the Workers of the
4. Iranization of the oil industry Iranian Oil Industry in early December 1978.
5. All communications to be in the Persian In a statement, this syndicate declared on 15
language December 1978: “Because we oil workers are
6. All foreign employees to leave the witness to the savage pillage and robbery of
country our national wealth by imperialism, we are de-
7. An end to discrimination against wom- termined to stop the production and export of
en staff employees and workers oil by withdrawing our labor and by preventing
8. The implementation of a law recently [others to] work so that the fifth column of the
passed by both houses of parliament enemy is unable to continue the destruction
dealing with the housing of all workers of our lives without taking into account the
and staff employees rage of the Iranian nation.”36 In another sta-
9. Support for the demands of the pro- tement they added: “In unity with the fighting
duction workers, including the dissolu- people of Iran, the purpose of our strike is to
tion of destroy despotism and eliminate the influence
SAVAK of foreigners in our country, and create an in-
10. Punishment of corrupt high govern- dependent, free and progressive Iran. These
mental officials and ministers goals are the indisputable rights of the people.
11. Reduced manning schedule for off- The people shall utilize all the means of self-
shore drilling crews sacrifice to achieve these goals.”37
The rapid emergence of organizational struc-
Initially, the Association of Oil Industry Staff tures during the revolution raises an important
Employees was very loosely organized as the question: how is it possible that despite the
members were mainly engaged in organizing organizational weaknesses in the 1970s, oil
the strikes and the maintenance of the oil ins- workers managed to create their own organi-
tallations. Their energy was also consumed by zations in a relatively short period? There were
internal debates about whether to produce oil at least four factors that contributed to the
for domestic consumption, and whether faci- emergence of a network of labor activists and
lities such as hospitals, parts of telecommu- a certain level of coordination. First, the labor
nication, emergency repair teams (to avoid process in the refineries created the basis for
explosions) should be kept in operation.34 The solidarity among workers of different refineries.
32. Iranian Oil Worker, «How We Organized Strike That Oil Worker,» ibid., 294.
Paralyzed Shah’s Regime. Firsthand Account by Iranian 35. Ibid., 295.
Oil Worker,» in Oil and Class Struggle, ed. Petter Nore 36. Communiqué of the United Syndicate of the Work-
and Terisa Turner (London: Zed Press, 1980), 293. ers of the Iranian Oil Industry, 2 Dey 1357/23vDecember
33. Terisa Turner, «Iranian Oil Workers in the 1978-79 1978, document 33408001, CDIR Archives, Tehran.
Revolution,» ibid., 282. 37. Quoted in: Mansoor Moaddel, «Class Struggle in
34. Iranian Oil Worker, «How We Organized Strike That Post-Revolutionary Iran,» International Journal of Middle
Paralyzed Shah’s Regime. Firsthand Account by Iranian East Studies 23, no. 03 (1991): 323.

85
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Once a year, every refinery had to undergo a over oil production.


major maintenance procedure (overhaul). This However, oil workers’ control over production
required a large number of workers, which was politically limited and mediated by other
were brought in from the other refineries. This social forces. On 29 December, Ayatollah
process gave refinery workers the opportu- Khomeini ordered the establishment of a com-
nity to know each other and exchange infor- mittee headed by Mehdi Bazargan, the leader
mation. In a similar way, workers employed in of the Liberation Movement of Iran (an Islamic,
the maintenance departments, were sent to liberal and nationalist political organization),
various locations, and the opportunity to link to coordinate the oil strikes. By this move,
up with their colleagues. Second, the refineries Khomeini gave a sign that not the regime but
were connected through an internal communi- he was in charge of the developments and
cation system (telephones). Oil workers could that he held the key to the immediate future
use this communication channel, although this after the fall of the Shah. Bazargan referred to
was not always possible due to the watchful this step, as a measure to take “control of the
eye of the supervisors. However, as the control oil strikes.” According to Bazargan, the people
mechanisms within the workplace weakened of Khuzestan and the oil workers endorsed the
during the strikes, workers could use the inter- five-person’s committee under his leadership,
nal phone lines with greater ease. Third, the despite the sabotage of “leftist elements.”39
existence of collective bargaining, syndicates Khomeini’s move to take control over the oil
and political organizations prior to the revolu- strikes was indeed resisted by some wor-
tion had helped to create a modest network kers and leftist organizations. On 16 January
of labor activists.38 Fourth, due to migration 1979, the day that the Shah left Iran, oil wor-
some workers had retained their contacts with kers announced: “Oil workers are a part of the
colleagues in their previous workplace. This Iranian working class and the greatest ally of
was for instance the case with the some of the progressive, anti-despotic and anti-imperia-
leaders of the Tehran Refinery workers (e.g. list strata. (...) Considering the decisive role of
Yadollah Khosroshahi who before working in workers, especially workers in the oil indus-
Tehran had worked in Abadan). try, throughout the antidespotic struggles, the
future government is obliged to consider the
Oil workers and dual power interests of the working class.”40 The forma-
The strikes had transformed the oil indus- tion of this coordination committee was a very
try into an alternative source of political and significant moment that shaped the outcome
social power, controlled by the committees of the revolution. It could be argued that if
and unions of the oil workers. From December there had been a stronger national organiza-
1978, oil workers gradually took control over tion of oil workers in place by December 1978,
the oil production in the refineries. In various they could have taken a lead in influencing the
places the strike committees and the unions direction of the revolution by representing the
negotiated directly with the government au- workers’ organizations. These organizations,
thorities. This was probably the first time that shoras (councils), had emerged in dozens
in a developing country, workers took control of important workplaces.41 However, while
38. Auyb Rahmani, «Chera-I Va Mo’zalha-Ye Taghir-E
Sharayet-E Kar-E Naftgaran - Goftogu-Ye “Saman-E 39. Mehdi Bazargan, Enqelab-E Iran Dar Do Harekat
No” Ba Esmail E. Az Kargaran Ghadimi-Ye Sherkat-E [the Iranian Revolution in Two Moves] (Nehzat-e Azadi,
Melli-Ye Naft-E Iran [Reasons and Challenges of the 1363 [1984]), 68.
Changes in the Working Conditions of Oil Workers – 40. Kayhan, 16 January 1979.
Interview by Saman-E No with Esmail E. One of the 41. Asef Bayat, Workers and Revolution in Iran : A Third
Former Workers of the National Iranian Oil Company],» World Experience of Workers’ Control (London: Zed,
Saman-e no, no. 11-12 (1389 [2010]): 57-58. 1987).

86
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

workers were gaining more control over their ment that reminded the future of government
workplaces, no political expression of wor- of the crucial role played by the oil workers.
kers’ control developed in the national arena, They demanded the dissolution of yellow trade
giving Ayatollah Khomeini and his supporters unions, a new labor law that recognized wor-
the opportunity to develop their own political kers’ independent organizations, and the re-
power vis a vis the Pahlavi state. vision of the oil company regulations. These
Except the oil strikes coordination commit- steps, they argued, needed workers’ partici-
tee, Khomeini’s political power had two other pation.43
important institutions. As neighborhoods com- After the fall of the Shah, shoras developed in
mittees emerged all over the country, providing various places in the oil industry, most impor-
security and services, supporters of Khomeini tantly Abadan Refinery, giving expression to
increasingly managed to bring these under workers desire to participate in the decision
their control. On a national level, Khomeini for- making. However, as the new state consolida-
med the secret Revolutionary Council and 4 ted its power and appointed new managers in
February 1979 he appointed Mehdi Bazargan the oil industry, workers’ control was abolished.
as Prime Minister of the Provisional Govern- The state officials and management used
ment. Less than two weeks before the col- repression, social integration and ideological
lapse of the regime on 11 February 1979, a justification to take control over the oil industry
group of oil workers declared that a workers’ and weaken the workers’ organizations. The
representative should be included in the Revo- start of the Iran-Iraq war in late August 1980,
lutionary Council: and the physical destruction of Abadan Refi-
“Just as workers have played a crucial role in nery and the dispersion of its workforce, was a
the current revolutionary situation, they should crucial moment in this process.
participate the day after the revolution when it
is time for the genuine construction; this is only Bibliography
possible by workers’ participation in the politi-
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be taken by the participation of a workers’
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88
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

El conflicto como propuesta dicionalmente más activos en lo que a resis-


tencia se trata: los trabajadores manuales del
de negociación salarial sector industrial. Las luchas de base material
en la Argentina post- perdían espacio a manos de problemáticas
tan diversas como las de género, ambientales,
convertibilidad estudiantiles o indígenas. Así, se cuestionaba
el lugar de la organización de los trabajadores
como protagonista del conflicto, postulando la
Facundo Barrera* necesidad de estudiar estos nuevos actores
de la dinámica social (Villarreal, 1996, citado
en Iñigo Carrera, 2008; Offe, 1992).
1. Introducción En el orden interno, las políticas implementa-
das en los setenta -liberalización financiera,
Las transformaciones científico-técnicas ocur-
apertura comercial y avance por sobre los
ridas en el capitalismo global a partir de media-
derechos de los trabajadores-, profundizadas
dos de la década del setenta del siglo pasado
en la década de los noventa, consolidaron el
indujeron lecturas que cuestionaron la centra-
dominio del capital por sobre el conjunto de
lidad de la categoría trabajo, la clase obrera
los trabajadores. Las condiciones de valoriza-
se encontraba en franca desaparición (Gorz,
ción más favorables aparecen con la resolu-
1990; Habermas, 1971). La retracción de la
ción de la crisis económica de 2001, epílogo
cantidad de trabajadores manuales, el achi-
de la más profunda y trágica revancha clasista
camiento de las horas de trabajo poco califi-
que llevaron a cabo los sectores dominantes
cado de la mano de la incorporación de nueva
de nuestro país (Basualdo, 2008).
tecnología y el incremento de la participación
Las transformaciones en las condiciones de
del sector servicios, entre otros elementos, lle-
valorización del capital impusieron cambios en
vaba al confinamiento de los trabajadores tra-
la configuración de las relaciones asalariadas
de nuestro país. Aparecen de manera gene-
* Licenciado en Economía (UNLP) / Magister en Eco-
ralizada las formas de contratación por plazo
nomía Política con mención en Economía Argentina
(FLACSO) :: Becario del Centro de Estudios e Investi- determinado, sin aportes jubilatorios, obra
gaciones Laborales (CONICET) : e-mail: fbarrera@ceil- social ni derecho a sindicalizarse. El aumen-
conicet.gov.ar.

89
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

to de la precarización -fenómeno que en una acción (no sindical), como categorías comple-
de sus aristas ha sido estudiado a través del mentarias en el análisis de los conflictos labo-
concepto de informalidad-, impuso en nues- rales.
tro país que al menos una tercera parte de los Metodológicamente, se trabaja con la base
trabajadores no pudiera afiliarse a un sindicato de datos sobre conflictos laborales para el
desde principios de los años noventa del siglo período 2006-2010, elaborada por el Ministe-
pasado1 (Barrera, 2012). rio de Trabajo, Empleo y Seguridad Social de
En función de las nuevas características del ci- la Argentina (MTEySS). A través de inferencia
clo de valorización del capital en nuestro país, descriptiva se busca realizar una radiografía
se deduce un diagnóstico común: debido a del conflicto, estando interesados en parti-
los cambios en la estructura y la base socioe- cular, por aquel que involucra las demandas
conómica de las luchas, los sindicatos deben salariales, sean sindicales o no.
dejar de ser considerados articuladores princi- En la segunda sección, se presenta el marco
pales del conflicto. de análisis con el que se realiza la investiga-
El presente trabajo se enmarca en una inves- ción. Esto involucra marco teórico y conside-
tigación más amplia acerca de los determi- raciones metodológicas acerca del objeto de
nantes del poder de negociación de la clase estudio. En la tercera sección, se examina la
trabajadora, procurando examinar cuáles son evidencia empírica relevante destacando dis-
las lecciones generales que se desprenden de tintas aristas del conflicto laboral en la Argen-
los patrones del conflicto en nuestro país. En tina, para luego en una cuarta sección, pre-
primer lugar, se pretende poner en cuestión sentar las reflexiones finales del artículo.
la noción previamente señalada observando,
en el marco de la negociación salarial, la rele- 2. Marco analítico:
vancia de la organización sindical. En segundo La etapa económica actual está signada por
lugar, la dinámica de los sindicatos -particular- la crisis-recuperación por un lado, y la reacti-
mente lo referido al poder que detentan-, ha vación de las políticas públicas de administra-
sido estudiada a través de la tasa de sindica- ción de los salarios, por el otro. Luego de la
lización. Sin embargo, existen al menos dos salida de la crisis 2001-2002, las condiciones
motivos por los cuales buscar nuevas formas de rentabilidad del capital provistas por una
para dimensionar tal dinámica. Por un lado, devaluación real de alrededor del 40% (reduc-
existiría una tendencia a que se modifiquen las ción de costos unitarios de producción), y la
formas de participación de los trabajadores, fuerte demanda internacional de nuestros
lo que involucra el compromiso de afiliación. commodities (inflada por la especulación),
Por el otro, existe abundante bibliografía que permitieron un proceso de crecimiento soste-
señala distorsiones en las fuentes de informa- nido que se prolongó hasta nuestros días. En
ción y relevamientos puntuales e incompa- segundo lugar, las políticas de administración
rables entre sí, lo que impone problemas en salarial, fundamentalmente centrada en la fija-
la medición de la tasa. En consecuencia, un ción del salario mínimo y la reanudación de la
segundo objetivo del trabajo es elaborar una negociación salarial centralizada a nivel de ac-
proxi del poder de los trabajadores, a través tividad (ambas instituciones relegadas durante
de las dimensiones organización (sindical) y los noventa), han fortalecido el poder de nego-
ciación de los trabajadores (Marshall, 2010).
1. Las estimaciones de no-registro de los trabajadores
se han mantenido por encima del 30% desde principios En el marco de los procesos de formación de
de los años noventa, llegando a su valor máximo del clases, el conflicto asume un papel de deco-
50% luego de la salida de la crisis 2001-2002. Hacia dificador de los rasgos de gestación de fuerza
finales del año 2010, aún el 35,2% de los asalariados
se encontraba en la informalidad. social y política, donde opera un proceso que

90
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

va desde la fuerza de trabajo individual en un las decisiones de los sindicatos-, se han es-
mercado, a la constitución de un actor colec- tudiado los endógenos concluyendo que las
tivo en una escenario institucional y de rela- estrategias sindicales de afiliación para la pri-
ciones de fuerzas sociales y políticas (Gómez, mera década del 2000, no tuvieron impacto
2000). En este proceso se contribuye especí- en el incremento de la sindicalización (Mars-
ficamente a la consolidación del actor obrero hall & Perelman, 2008). Sin embargo, también
por medio de un efecto de cohesión, donde la se destaca el impacto positivo de la presencia
relativa homogeneidad en términos salariales de delegados gremiales en la empresa (Mars-
o profesionales, da lugar a un actor de clase. hall & Groisman, 2005; Senén González et al.,
De esta forma se le da relevancia a la toma de 2010; Trajtemberg et al., 2008)
conciencia, la cual importa en términos de la En distintos estudios que utilizan el mencio-
constitución de una acción colectiva que per- nado indicador, se señala que a pesar de los
mita el crecimiento y la consolidación de la or- duros reveses sufridos por las organizaciones
ganización de los trabajadores (Zapata, 1986). de trabajadores desde el Golpe Cívico-Mi-
La dimensión de la organización, ligada al litar en adelante, que impusieron estrategias
desarrollo sindical, es ineludible si se entiende defensivas, el avance no pudo ser definitivo.
como condición sine qua non para lograr una Mientras que desde los primeros años de la
acción colectiva a gran escala, lo que implica década pasada existe una recomposición del
aceptar que el conflicto no surge del estallido poder sindical (Basualdo, 2008; Etchemendy
de individuos encolerizados sino que es fruto & Collier, 2007; Marshall, 2006; Montuschi,
de un proceso colectivo (Shorter & Tilly, 1986). 2007; Senén & Medwid, 2007)4,19]]}}},{«id»:
En este sentido, Hobsbawn (1979) afirma que 313,»uris»:[«http://zotero.org/users/406519/
las “explosiones” en los movimientos sociales items/A7U6U4FU»],»uri»:[«http://zotero.
europeos coinciden con el surgimiento de org/users/406519/items/A7U6U4FU»
nuevas organizaciones y con la adopción de ],»itemData»:{«id»:313,»type»:»article-
nuevas ideas, direccionamientos políticos, journal»,»title»:»Golpeados pero de pie: Re-
tanto en las previamente existentes como en surgimiento sindical y neocorporativismo seg-
las nuevas. mentado en Argentina (2003-2007.
La tasa de sindicalización, construida a par- No obstante, a pesar de su importancia teóri-
tir de la cantidad de afiliados cotizantes a los ca, en lo que se refiere a la medición de la tasa
sindicatos sobre la cantidad de trabajadores existe bibliografía concluyente para señalar
en condiciones de sindicalizarse, ha sido utili- que tanto por ciertas distorsiones existentes en
zada como indicador de la organización de los las fuentes de información, como por los rele-
trabajadores y proxi del poder de clase. Sus vamientos puntuales e incomparables entre sí,
determinantes pueden buscarse priorizando deben realizarse con cautela las afirmaciones
explicaciones de carácter macroeconómico que involucren los movimientos intertempo-
como los cambios en la orientación de polí- rales de la cantidad de afiliados (Godio, 2000;
tica económica y laboral, el crecimiento del Marshall, 2001a; Torre, 1972).
empleo o el aumento del empleo asalariado Alternativamente es posible utilizar las dimen-
registrado (Senén González, Trajtemberg, & siones de organización (sindical) y acción,
Medwid, 2010; Trajtemberg, Senén González, como dimensiones complementarias. Esta
& Medwid, 2008), o bien a nivel de los indivi- línea argumental sigue los planteos realiza-
duos (Delfini, Erbes, & Roitter, 2011; Marshall dos por Wallerstein & Western (2000), quienes
& Groisman, 2005). sostienen que deben tomarse en cuenta va-
Sumado a los elementos de carácter exógeno riables que complementen la tasa de sindica-
-aquellos que no pueden ser controlados por lización a través de elementos vinculados con

91
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

la participación de los trabajadores. En este conoce el “el surgimiento de nuevas formas de


sentido, Prieto Rodríguez & Miguélez Lobo acciones reivindicativas y la necesidad de que
(1995) sostienen para el caso español que sean abarcadas por las normas estadísticas
existe una tendencia a que se modifiquen las nacionales e internacionales”. Siguiendo este
formas de participación de los trabajadores, lo criterio, las estadísticas oficiales del MTEySS
que involucra la pérdida de vínculo directo con incorporan a partir del año 2006 la construc-
el compromiso de afiliación. La conformación ción de una base de datos sobre conflictos la-
del poder de los trabajadores descansa en borales. La definición de una nueva unidad de
ambas, por lo que a priori interesa realizar un análisis, el conflicto laboral, intenta trascender
análisis que las contemple y contenga. En lo las limitaciones del concepto de huelga, las
que se refiere a la Argentina, un reciente estu- cuales tendrían su origen en la administración
dio de Delfini et al. (2011) ha incorporado al de los conflictos por parte de los organismo
análisis de los determinantes de la afiliación, de gobierno y su eficacia en establecer ins-
la participación de los trabajadores en activi- tancias de “prevención” de las interrupciones
dades sindicales, la participación en instan- de trabajo. Estos sistemas de canalización
cias de negociación colectiva y el grado de institucional invisibilizarían algunos conflictos
conocimiento del Convenio Colectivo de Tra- ya que los trabajadores recurrirían a ellos por
bajo (CCT). medio de un aviso o manifestación pública, y
En este marco indagaremos el conflicto laboral de esa manera, buscarían movilizar el aparato
en Argentina, interesados en echar luz sobre estatal de mediación para no llegar a la inter-
la disputa por los ingresos que allí se expresa. rupción del trabajo (Palomino, 2007).
Los trabajadores, en tanto fuerza social, pue- La elaboración de indicadores sobre conflictos
den ganar o perder capacidad de intervención laborales no es nueva en el MTEySS sino que
colectiva, lo cual repercutirá en la puja por los se remonta a comienzos del siglo XX, donde
salarios (Marshall, 2001a). Conocer las carac- se reunía información estadística sobre huelga
terísticas del conflicto actual, nos permitirá y otras formas de acción de los trabajadores
aportar elementos para repensar los actores en el ámbito de la Capital Federal. Sin embar-
principales del proceso y la propia dinámica go, el relevamiento ha presentado numerosas
vinculada con la determinación de los salarios. interrupciones, lo que no permite contar en la
Argentina con una serie oficial de mediano y
La medida del análisis largo plazo.
Las huelgas han representado un eje articu- La fuente de datos que se construye a partir
lador de los estudios sobre el conflicto so- de mediados de la década pasada, procesa
cial dado su papel de índice o expresión de información publicada en 125 medios de pren-
la lucha de clases (Edwards, 1993). El retiro sa de todo el país, a los que se agregan me-
de los trabajadores de sus puestos de tra- dios especializados en noticias gremiales2. La
bajo -significado último de la huelga-, consti- amplia cobertura, tanto numérica como geo-
tuía una herramienta primordial para expresar gráfica, permite pensar que tienden a resol-
sus reclamos, particularmente, en tiempos de verse problemáticas como la subestimación
escaso reconocimiento de las organizaciones de la magnitud global de conflictos y el menor
y representaciones obreras. Allí, los reclamos peso relativo asignado a los relevamientos de
se encontraban mayormente vinculados al conflictos sucedidos en el interior del país. Es-
conflicto industrial. tos problemas se encontraban presentes en
No obstante, a partir de la decimoquinta Confe- los relevamientos que, ante la ausencia de in-
rencia Internacional de Estadísticos del Trabajo
realizada en enero de 1993 (OIT, 1993), se re- 2. El análisis pormenorizado de esta fuente de informa-
ción puede leerse en Palomino (2007).

92
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

formación originada por el propio Estado, con incluso para la década del noventa (Iñigo Car-
enorme esfuerzo realizaban distintos grupos rera & Cotarelo, 2000), donde el mercado de
de investigación (Ghigliani, 2009)3. trabajo presentó altas tasas de desocupación
En nuestro análisis restringimos el período al y subocupación, y donde se produjo el mayor
que presenta la propia fuente de información retroceso de la actividad industrial, tradicional
(2006-2010). De todas maneras, a lo largo del escenario huelguístico.
trabajo no se organizarán los argumentos en En segundo lugar, una tendencia ascendente
función de los picos y los valles de la serie, lo del conflicto –más allá del valor porcentual
que requeriría un paneo más amplio, sino que exacto- debe ser destacada, dado que en
se tratara de divisar tendencias de los datos la década pasada países de la región como
agregados, y no guarismos absolutos. Brasil, Perú, Chile o Méjico, exhibieron una
tendencia inversa (IEFE, 2012).
3. Distintas caras, un mismo conflicto.
Durante los años 2006-2010 se registraron un
total de 10.377 conflictos laborales. El período
mostró una tendencia ascendente de los mis-
mos, aunque con una amplia variabilidad en
los registros anuales. Entre puntas, se eviden-
ció un crecimiento que superó el 25% (Gráfico
1).

Cuadro 1: Conflictos laborales según reclamo


principal. Años 2006-2010. Argentina. Fuente:
Elaboración propia en base a datos del MTEySS.

i. El carácter de las demandas salariales.


Dado nuestro interés en analizar los conflictos
vinculados con la negociación de los salarios,
buscamos precisar cuáles están directamente
Gráfico 1: Conflictos laborales, cantidad (eje prin- relacionados. Así, de las 10.377 observa-
cipal) y tasa de variación anual (eje secundario). ciones iniciales, los conflictos salariales –inte-
Años 2006-2010. Argentina. Fuente: Elaboración
grados por las categorías Demanda de mejo-
propia en base a datos del MTEySS.
ras salariales genéricas y específicas, pagos
Ciertamente, analizando los conflictos que adeudados y negociación o paritaria vinculada
provienen del ámbito laboral, no podemos con lo salarial- ascienden al 62% de la mues-
conocer la relevancia de las cifras menciona- tra, con un total de 6.439 observaciones (Ver
das para el conjunto del conflicto social. Sin Cuadro 1).
embargo, diversos estudios que han anali- ii. Acción y organización.
zado los rasgos del conflicto en la Argentina Al mismo tiempo, nos interesa conocer los
postulan la preeminencia de las acciones de conflictos vinculados con la estrategia de la or-
los asalariados (Etchemendy & Collier, 2007), ganización sindical (dimensión organización),
y aquellos que aunque no estén impulsados
3. A pesar de ello, el presente trabajo no pretende reali-
zar un análisis de los movimientos de la serie de conflic-
por sindicatos, puedan resultar relevantes
tos, lo cual evita tener que realizar el supuesto de que para el análisis del poder de los trabajadores
la posible subestimación que aún pudiera subsistir, se (dimensión acción). Dado que las acciones
mantenga contante.

93
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

que llevan por reclamo principal la cuestión Asimismo, existe un importante número de
salarial poseen distintos orígenes según el tipo registros que no posee referencia acerca del
de organización involucrada, nos es posible tipo de organización vinculada al conflicto
establecer estas categorías. (10.3%). Como ejercicio, podría pensarse que
Los trabajadores profesionales y no profesio- aquella fracción se distribuye de la misma for-
nales (técnicos, operativos y no calificados), ma que lo hace el 90% de las observaciones
han establecido un gran número de organi- restantes. Si así fuera, estaríamos mencio-
zaciones intermedias a través de las cuales nando que prácticamente 8 (77%) de cada 10
defender sus derechos laborales. La estruc- conflictos por reclamos salariales, han estado
tura sindical es compleja y muestra diversa vinculados con la categoría Sindicatos.
composición según cuáles sean los traba- En lo que exclusivamente se refiere al merca-
jadores representados, si corresponde al do laboral, debería sonar lógico que la gran
ámbito privado o estatal, o según se trate de mayoría de los conflictos laborales fueran im-
instituciones de primer grado (uniones/asocia- pulsados por los sindicatos. Sin embargo, tal
ciones), segundo (federaciones) o tercer grado como señalamos antes, tanto las condiciones
(confederaciones). A esta estructura hay que específicas del mercado de trabajo argentino
sumar las formas organizativas que no poseen que aún hoy mantienen al 35% de los traba-
inscripción gremial o personería y que aun así jadores en condición de no registro –es decir,
canalizan los reclamos: comisiones internas, sin derecho a sindicalizarse5-, como la pérdi-
autoconvocados, asambleas, Agrupaciones o da de peso de la industria o la reducción del
listas internas, Otras agrupaciones y trabaja- número de trabajadores manuales (entre otros
dores con organización “espontánea”. cambios que efectivamente ocurrieron), eran
señalados como las causas de la caída del
peso de los sindicatos6.
Lo cierto es que, hacia la segunda mitad de la
primera década del siglo XXI, el retroceso es-

Cuadro 2: Reclamos salariales según tipo de


organización. Años 2006-2010. Argentin Fuente:
Elaboración propia en base a datos del MTEySS.

En el Cuadro 2 observamos que 7 de cada 10


reclamos salariales son impulsados por Sindi-
catos, Uniones, Asociaciones, las que concen-
tran alrededor de 4500 conflictos registrados Gráfico 2: Conflictos salariales totales y sindicales
entre los años 2006 y 20104. Por otra parte, (eje principal), y tasa de variación del conflicto (eje
la magnitud de los reclamos asociados a las secund.) Entre 2006 y 2010. Argentina. Fuente:
Elaboración propia en base a datos del MTEySS.
categorías no sindicales -emparentados con
la acción-, asciende al 8% del total. 5. Según datos del MTEySS, el valor promedio de tra-
bajadores no registrado para el período 2006-2010,
4. Desde ya, existe intervención directa de los sindica- alcanzó el 38,3%.
tos en conflictos vinculados con Federaciones o Comi- 6. A estos factores, análisis más vinculados con la cien-
siones internas. A los efectos del presente trabajo nos cia política incorporaban razones adicionales como el
remitiremos exclusivamente a las organizaciones de desprestigio de las prácticas tradicionales del movi-
primer grado con personería o inscripción ante el Minis- miento sindical peronista (principal fuerza sindical) (Héc-
terio de Trabajo. tor Palomino & Suriano, 2005).

94
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

perado en la organización sindical no parece se registran la menor cantidad de conflictos,


ser tal. La participación de los conflictos sala- presenta una tercera parte de los conflictos
riales sindicales en el total, se instala en torno existentes en abril, mes más revulsivo. Allí en
al 70% y se mantiene en ese nivel (Gráfico 2). el inicio del año, la participación de la acción
El salto en la participación de los conflictos sindical llega a ser la más alta (75%), lo que
impulsados por sindicatos se observa en el evidencia una caída relativa mayor de los re-
crecimiento diferencial de estos últimos entre clamos no sindicales.
los años 2006 y 2010 (48%), por sobre los iii. El conflicto de los salarios. Una apertura
conflictos salariales totales (27%)7. según ámbito institucional.
Por otra parte, es sabido que el conflicto labo- Una característica distintiva del conflicto en
ral presenta cierta “estacionalidad”, es decir la Argentina tiene que ver con la dominancia
que se mantienen año a año meses en los que del ámbito estatal en los registros globales.
existe mayor conflicto –fundamentalmente El hecho de que sobre un total de 6439 re-
aquellos en los que se firma los acuerdos co- clamos salariales para el período bajo análi-
lectivos, sobre principio de año-, y meses en sis, dos de cada tres conflictos pertenezcan
los que el conflicto decae –vinculados al pe- al ámbito público, en buena medida sugiere
ríodo de vacaciones de los trabajadores-. Este que el conflicto salarial general está moldeado
ciclo anual se profundiza cuando nos limita- por la conflictividad de este sector. Asimismo,
mos a observar los conflictos salariales. En el al observar los que sucede con los conflictos
primer semestre, donde se concentra la mayor impulsados por los sindicatos, los registros se
cantidad de renegociaciones salariales junto muestran prácticamente invariables (Cuadro
con la firma de acuerdos, encontramos un rol 3).
más activo de los sindicatos. Es decir, mes a
mes los conflictos sindicales exhiben una par-
ticipación por encima de la media anual (69%)
(con la única excepción del mes de marzo).
Mientras que en el segundo semestre sucede
lo contrario: los conflictos salariales sindicales
aparecen por debajo de la media (Gráfico 3). Cuadro 3: Reclamos salariales totales y sindicales
según ámbito institucional. Años 2006-2010.
Argentina. Fuente: Elaboración propia en base a
datos del MTEySS.

Al desagrupar el ámbito estatal para el conjunto


del período, encontramos que en promedio la
mitad de los conflictos totales provienen de la
Administración pública, una cuarta parte se
originan en el sector Salud, mientras que del
sector Enseñanza provienen el 20%8.
Durante la etapa post-convertibilidad se ha
Gráfico 3: Conflictos salariales sindicales y no sin- dado un crecimiento diferencial de los sala-
dicales por mes. Años 2006-2010. Términos por- rios. Al dividir la evolución de los mismos entre
centuales. Argentina. Fuente: Elaboración propia
en base a datos del MTEySS. los trabajadores del sector privado (registrado
y no registrado), y del sector público, apare-
Por último, el mes de enero es por lejos donde cen fuertes diferencias, las cuales deben ser
7. Si evitásemos contabilizar el año 2006, nos encon- 8. Alrededor del 5% del total de los conflictos del perío-
tramos con un crecimiento idéntico de ambas series. do pertenece a más de un sector a la vez.

95
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

pensadas a la luz de los incrementos gene- una dinámica sustancialmente menor de los
ralizados de precios, lo que impacta sobre el salarios de los trabajadores del sector público,
poder de consumo de los trabajadores. presentan un retraso del 320% y 200%, res-
El año 2007 presenta un punto de inflexión pectivamente.
dentro de la etapa en dos niveles. En un primer La inflación incorpora un escenario más som-
nivel, vinculado con la economía real, si bien brío. Si se analiza a la luz del IPC-INDEC, los
los salarios de los trabajadores registrados del estatales han superado por poco la evolución
sector privado siempre tuvieron una dinámica de la inflación, mientras que bajo el IPC-BsAs-
superior, la evolución de los salarios no regis- City, la pérdida de poder de consumo ha sido
trados y los del sector público, llevaban un permanente y creciente desde el año 20069.
sendero común hasta el mencionado año, y En este sentido, Marshall (1978, 2001) sos-
las distancias no parecían ser tan amplias. Un tiene que en Argentina en períodos de creci-
dato no menor, es que la inflación hasta aquel miento sostenido de los precios, las tasas de
año siempre se mantuvo por encima del incre- inflación se constituyen en referente generali-
mento salarial de estas dos categorías sala- zado de los reclamos salariales. Como hipóte-
riales. En un segundo nivel, relacionado con lo sis de trabajo, el panorama reseñado permitiría
metodológico, se vuelve necesario mencionar plantear que el retraso en los salarios de los
que es el año de la intervención del Instituto trabajadores del ámbito estatal estaría funcio-
Nacional de Estadísticas y Censos (INDEC), nando como eje central del conflicto laboral en
por lo que dado el cuestionamiento generali- la etapa actual. Así, la importante participación
zado hacia las estadísticas de precios, a partir de los conflictos laborales del sector público,
de allí utilizamos el Índice de Precios al Consu- se debería a los salarios retrasados de los es-
midor (IPC) del INDEC, junto con un índice al- tatales, quienes buscan incrementarlos tanto
ternativo elaborado por la consultora Buenos para recuperar poder de consumo frente a la
Aires City (BsAsCity) (Gráfico 4). inflación, como para ganar posiciones perdi-
das frente al resto de los trabajadores.
iv. Dimensiones entreveradas.
Hasta aquí hemos considerado lo sindical y no
sindical como universos estancos, divisiones
fijas de lo real que se mantienen constantes
a lo largo del tiempo. Sin embargo, si asumi-
mos que el conflicto toma un papel de deco-
dificador de los rasgos de gestación de fue-
rza social y política, los saldos organizativos
se vuelven resultado del proceso. Es decir,
Gráfico 4: Índice de inflación y variación salarial. los actores que intervinieron en reclamos ori-
Diciembre de 2001=100, valores al último mes de
ginalmente impulsados por autoconvocados,
cada año. Fuente: Elaboración propia en base a
datos de INDEC y Bs.As. City. Agrupaciones o listas internas, o Trabajadores
con organización “espontánea”, podrían pasar
Luego, desde 2007 a esta parte, se presen- a engrosar las filas de la categoría sindical.
tan senderos claramente diferenciados. Por
un lado, una tendencia creciente –con pen- 9. Los salarios se han actualizado a razón del 18% pro-
diente más pronunciada- de los salarios de los medio anual desde el 2006 a 2011, con años de bajo
incremento como el 2009 y 2011 (11% y 10%, respecti-
trabajadores del sector privado. Aun así, los vamente). Más allá del indicador de inflación alternativo
registrados mantienen las diferencias con los utilizado (Bs. As. City, 7 Provincias –CENDA-, 9 Provin-
no registrados (mayor al 120%). Por el otro, cia –CIFRA-), todos coinciden en que la inflación pro-
medio 2006-2011 ha superado el 20% promedio anual.

96
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

La dinámica asociativa de los trabajadores tuales muestran el mismo ordenamiento (Grá-


puede observarse a partir de las característi- fico 5).
cas que revisten las nuevas inscripciones gre-
miales del período 2003-200810, lo que nos
permite observar los rasgos de las nuevas
representaciones sindicales. Sintéticamente,
según establece la Ley 23.551, las asocia-
ciones de trabajadores cuentan con el reco-
nocimiento de la autoridad laboral a través de
la inscripción gremial. Éstas están autorizadas
a: a) representar los intereses individuales
de sus afiliados; b) representar los intereses
colectivos cuando no existe en la misma
actividad o categoría una asociación con Gráfico 5: Conflictos salariales (2006-2008) e ins-
personería gremial; c) promover la formación cripciones gremiales (2003-2008). Términos por-
de sociedades cooperativas y mutuales, el centuales. Argentina. Fuente: Elaboración propia
en base a datos del MTEySS y Palomino & Gurrera
perfeccionamiento de la legislación laboral, (2009)
la educación y formación profesional de los
trabajadores; d) imponer cotizaciones a sus La evidencia pretende señalar que en aquel-
afiliados; y e) realizar reuniones y asambleas los sectores económicos donde el conflicto
sin necesidad de autorización previa. Luego, es más alto, es también donde más crece la
tal como lo señala la misma Ley, obtendrán organización sindical, particularmente obser-
la personería gremial las asociaciones que en vando que es allí donde se registra la mayor
su ámbito territorial y personal de actuación, cantidad de inscripciones gremiales.
sean las más representativas y cumplan con
los siguientes requisitos: a) estar inscriptas y 4. Reflexiones Finales
haber actuado durante un período no menor El estudio del conflicto laboral en nuestro país
de seis meses; y b) afiliar a más del 20% de para la etapa post-convertibilidad, parte de un
los trabajadores que intentan representar. objetivo más amplio como es el análisis de los
Es decir, un paso previo a la obtención de la determinantes del poder de negociación de la
personería es la inscripción, por lo cual nos clase trabajadora, ha permitido encontrar cier-
alcanza con observar las inscripciones como tos hallazgos que describimos a continuación.
primera aproximación al carácter asociativo En primer lugar, hemos de señalar que tanto
de los trabajadores. sustentándonos en estudios previos como al
Los conflictos salariales según los sectores observar a través del prisma regional, debe
económicos en los que se producen hasta destacarse que en la Argentina el conflicto
el año 2008, presentan una enorme corres- presenta una tendencia creciente durante la
pondencia con los sectores preponderantes segunda mitad de la década pasada.
en lo que a inscripciones gremiales se trata. En segundo lugar, a partir de la selección de
Según participación porcentual en el total, los reclamos de carácter salarial, buscamos
encontramos que los seis primeros sectores establecer las dimensiones de la organización
coinciden en uno y otro caso, e incluso con y la acción de los trabajadores a través de ca-
la excepción del sector de salud, los porcen- tegorías vinculadas con los reclamos salariales
10. Ante la imposibilidad de obtener información pú- sindicales y no sindicales, respectivamente. Al
blica que vuelva coincidente el período, se restringe la establecer las dimensiones mencionadas, se
base de conflictos al año 2008, lo que al menos permite
unificar el año de finalización de las observaciones. pretendió contemplar las respuestas que pue-

97
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

den aparecer más allá de las estrategias que mos evidencia acerca de la alta correlación
impulsan los sectores organizados, siempre existente entre los sectores económicos más
pensadas como categorías complementarias. dinámicos en el conflicto y las inscripciones
Ahora bien, en la indagación se encontró que gremiales que realiza el Ministerio de Trabajo
los reclamos salariales impulsados por los sin- de la Argentina.
dicatos representan una abrumadora mayoría. Finalmente, este trabajo no intenta llegar a
Tal es así, que sin considerar la acción sindical conclusiones cerradas ni proclamar juicios de-
en las organizaciones de segundo nivel o en finitorios, sino añadir algunos elementos que
las propias comisiones internas, los conflic- permitan continuar el relevante estudio de la
tos forman parte de las estrategias sindicales dinámica asociativa de los trabajadores y tra-
en 7 de cada 10 reclamos. Por otro lado, los bajadoras, en el marco del conflicto social.
conflictos no sindicales representan tan sólo
el 8% del total. Es decir, una vez propuesto Bibliografía
un criterio para establecer la magnitud de las Barrera, F. (2012). Informalidad y valorización
categorías, se ha encontrado que la dinámica del capital en la Argentina reciente. Un estu-
sindical es la que moldea el conflicto laboral en dio sobre su funcionalidad basado en la Matriz
nuestro país. Insumo-Producto. (Maestría). Facultad Latino-
En tercer lugar, una apertura por ámbito insti- americana de Ciencias Sociales, Buenos Ai-
tucional donde se origina el conflicto, permitió res.
conocer la participación mayoritaria del sec- Basualdo, E. (2008). La distribución del in-
tor público, particularmente la Administración greso en la Argentina y sus condicionantes es-
Pública. En este marco, presentamos como tructurales. Memoria Anual, 307–326.
hipótesis que la preponderancia del conflicto Delfini, M., Erbes, A., & Roitter, S. (2011).
estatal pueda estar explicada por la voluntad Participación sindical de los trabajadores en
de los trabajadores de recuperar poder de Argentina: principales determinantes y ten-
consumo y ganar posiciones perdidas frente dencias. Relations industrielles/Industrial Rela-
al resto de los trabajadores, ante un escenario tions, 66(3), 374–396.
sumamente desventajoso en lo que se refiere Edwards, P. K. (1993). El conflicto laboral:
a los ingresos salariales. Esta afirmación sería temas y debates en la investigación reciente.
acorde con la tesis de que en períodos de cre- Cuadernos de relaciones laborales, (3), 139–
cimiento sostenido de los precios, la inflación 192.
se constituye en el referente generalizado de Etchemendy, S., & Collier, R. (2007). Gol-
los reclamos salariales. peados pero de pie: Resurgimiento sindical y
Por último, si bien con objeto de dimensionar neocorporativismo segmentado en Argentina
las categorías se las estudia como comparti- (2003-2007). Politics and Society, 35(3).
mentos estanco, se entiende que el conflicto Ghigliani, P. (2009). Acerca de los estu-
favorece el paso de una suma de actores indi- dios cuantitativos sobre conflictos laborales
viduales, a la conformación de un actor colec- en Argentina (1973-2009): reflexiones sobre
tivo. Por tanto, aquellas acciones que pudien- sus premisas teórico-metodológicas. Revista
do ser originalmente pensadas por formas de Conflicto Social, 2(2), 76-97.
organización no sindicales (autoconvocados, Godio, J. (2000). Historia del movimiento ob-
asambleas, agrupaciones), luego, la dinámica rero argentino: 1870-2000 (Vol. 1). Ediciones
del conflicto puede llevar a que se conformen Corregidor.
líneas internas dentro de los sindicatos o di- Gómez, M. (2000). Conflictividad laboral y
rectamente nuevos gremios. En este sentido, comportamiento sindical en los 90: transfor-
y como aproximación al fenómeno, expusi- maciones de clase y cambios en las estrate-

98
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

gias políticas y reivindicativas. trabajo pre- bajo, ASET.


sentado en el seminario organizado por el Marshall, A., & Perelman, L. (2008). Es-
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99
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

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100
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Contentious unionism and not be victorious unless certain social and po-
litical preconditions are to be met. But what
economic crisis context: is union contentiousness in a crisis context is
An assessment on the post- also debatable, not to refer to the relevance of
the contentiousness notion. The key concepts
conflict situation at Greek of contentious unionism and its features are
drawn from union revitalization literature de-
Steel Company “Hellenic velopments and are presented briefly in order
Halyvourgia” (H.H.) to understand why HH Union is characterized
as a contentious union per se. Concerning the
effectiveness issue of such contentious collec-
Bithymitris Giorgos* tive action series we distinguish two levels of
effectiveness: at the first level our findings un-
derpin the impact of union politics on day-to-
Introduction day practices, while at the second level a more
complex set of explanatory factors is imple-
This paper explores the impacts of the lon- mented through the analysis of the structure
gest strike which took place in post-dictatorial of the Greek political context vis-à-vis the in-
Greece and yet within an extremely harsh eco- teraction context of the major actors involved
nomic context: the strike at Hellenic Halyvourg- in the H.H. strike.
ia (H.H.) started on the 1st of November 2011 Both qualitative (content analysis on interview
and ended on the 28th of July 2012, count- material) and quantitative methods (database
ing 272 strike days. The 353 steelworkers of of strike events) were applied to the empirical
H.H. went on strike against wage cuts and material. In particular, semi-structured inter-
mass dismissals. Although H.H. Union man- views were conducted with union represen-
aged to turn its strike into a cornerstone of the tatives and union employees. Observation
anti-austerity movement the net outcomes of of union assemblies and research on H.H.
this battle show that a strike of a single union Union’s archive provided supplementary ma-
however inventive, contentious and solid can- terial. Strike-events data were collected mainly
through the Press. Finally, for the construction
* Panteion University of Social and Political Science

101
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

of the time-series analysis of strike-events in grounding well beyond the aims and scope
H.H. We have collected articles from 6 daily of this paper. What we could however dis-
newspapers and 3 information portals, report- cuss are the preconditions and the effects of
ing strike and post-conflict events. a contentious union strategy which emerges
through a severe crisis juncture in branch and
national economy. Before doing so, a brief de-
Theoretical concerns: Features of a scription of the methodology of this research
contentious union strategy is necessary.

A major contribution of growing union Method


revitalization literature during the last two de-
cades was the shift from an almost fatalist re- A multi-method approach was used to collect
gard about the inescapable decay of this form and analyse data. Except from the main focus
of representation towards an agency-focused on the 272 days of strike in H.H. we resorted
analysis sensitive enough in studying the com- to additional material indicative of the post-
plexities and asymmetries of contemporary conflict context (June 2012-April 2013). Both
unionism. Despite its analytical deficiencies, qualitative and quantitative tools were used to
union revitalization discussion has contributed explore the question of union contentiousness.
models of unionism which could constitute an Semi-structured interviews were conducted
alternative to the dominant partnership-ori- with union representatives and union employ-
ented unionism (Frege and Kelly: 2003, Lucio ees, as well as observation of union assem-
and Stuart, 2009). Political unionism, militant blies and research on the H.H. Union’s archive.
unionism, social movement unionism, organiz- Strike-events data were collected mainly from
ing model, are some of these alternatives that the Press.
are used to be treated as synonyms, although For the construction of the time-series analysis
there are a lot of differences among them. It of strike events in H.H. we collected articles
should be clear though that using a catch-all from 6 newspapers (Rizospastis, Kathimerini,
concept as “contentious strategy” is clearly Avgi, Ethnos, Ta Nea, Epohi) and 3 informa-
out of our intentions. tion portals (Proto Thema, Skai, Indymedia),
We choose this concept in order to signify the reporting events during and t the aftermath
key features of militancy that we consider as of the strike. About the interviews conducted
critical for a revitalizing union strategy. Thus, with H.H. workers, the main axes were: a) so-
we could assume that it is analytically and op- cio-demographic characteristics, b) percep-
erationally closer to the militant type of union tions of politics, c) perceptions of unionism in
policy that Kelly has outlined (Kelly, 1998, 61). Greece, d) perceptions of H.H. Union (former
Except from the five features of militancy (am- action, functions, leadership quality), e) evalu-
bitious demands, strong reliance on mobili- ation of the strike, and f) perceptions of soli-
zation of membership, exclusive reliance on darity. We conducted 14 interviews from 11
collective bargaining, frequent threat or use union members and 3 union representatives.
of industrial action, ideology of conflicting in-
terests), we would also add coalition building Context
with social movement orientation and interna- The 272 days strike of H.H. Union took place
tionalism as an embedded value-system. The at an extreme turbulent economic and social
question about the potential of a union con- environment. As the European Commission
tentious strategy and its efficacy during peri- has noted in 2012, “Greece is going through
ods of economic recession needs an empirical an economic and social crisis which is unprec-

102
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

edented in Europe in modern times” (COM pyrgos H.H. union was substantially different:
2012, 2). Dramatic rise of unemployment from the union called for a general assembly and
a 7.7% in 2008, to 24.3% in 2012 annual aver- proposed continuing strike action until the em-
age (Eurostat 2013) - coupled with severe cuts ployer withdraws his claims. A great majority
in wages, pensions, welfare benefits, health of steelworkers voted for strike, while they re-
and education expenditure, were the most evi- jected the management’s claim that the busi-
dent factors of social dismantling. The field of ness has been making a loss for the last three
industrial relations was also profoundly affect- years.
ed by Greek governments’ austerity measures During those nine months twenty general as-
among which have resulted in an abrupt de- semblies of the H.H. steelworkers voted for
regulation (Kretsos: 2011, 268). Due to these the continuation of the strike demanding from
dramatic deteriorations at the expense of la- the employer to recall the layoffs. On the 28th
bour, a broad sense of injustice was spread of June, after a week of intensive police coer-
especially among workers and unemployed. cion in front of the H.H. plant, the assembly of
The ballot for the H.H. strike occurred while a H.H. Union suspended the almost nine months
broader social unrest was already electrifying strike (Kathimerini, 2012). Except from the hos-
the Greek political system. This social unrest tile and anti-union stance of the employer, the
compelled the socialist government (PASOK post-conflict situation in H.H. plants (both in
was elected in 2009 with a great majority of Aspropyrgos and Volos) was characterized by
43.9%) to resort two years later to the vote of a culminating flexibilization and restructuring
ND and LAOS which participated with five ex- practices. The restructuring “hyper-activity” of
ecutives to a coalition government. The elec- the employer side is still apparent today.
tions of June 2012 resulted in a new coalition The strike of H.H. Union in Aspropyrgos (Attica
government consisting of conservatives, so- region) has been reported as the longest strike
cialists and Democratic Left. in the Greek industry at least since 1974 (the
Such was the social and political context year that democracy in Greece was restored)
on the 31st of October 2011, when the 353 and occurred during an unprecedented eco-
steelworkers of the main plant of H.H. -one nomic recession1. Except from the case par
of the three biggest exporting steel industries excellence of militant collective action in H.H.,
in Greece- voted for strike against the man- other intensive and lasting strikes had also
agement’s intention to impose wage cuts and emerged in small and medium sized Greek
mass dismissals. The employer side proposed firms at telecommunications (Phone market-
that workers in two plants (Aspropyrgos ing-114 strike days), the recycling industry
and Volos) should work for five hours a day (EPANA AE-118 strike days) etc. not unrelat-
through November and December, because ed to the H.H. strike’s influence (Rizospastis,
the production ‘could not be absorbed’ from 2012). Actually, crisis seems to change pat-
a full eight-hour shift in both plants (Kousta, terns of collective behavior, though not in a
2012). symmetrical or cohesive way. Thus we should
Changing of the employment contract and not underestimate that a great “silent” major-
deep cuts in workers’ wages were the plain ity of employees in the private sector and yet
outcomes of this proposal, which, according in the metal sector chose to adjust to wage
to the management, was safeguarding em- cuts without risking by taking industrial action.
ployment seats. The workers’ union in Volos
1. The previous longer strike in post-dictatorial Greece,
voted in favor of the proposal and the plant lasting six months, has been recorded in 1978-79 and
continued to operate. The stance of the Aspro- the agent was HH Union again. This former strike pro-
vided extra cultural resources to the present strikers.

103
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

These inconsistencies in strike-proneness the withdrawal of the police who was charged
which have been reported in Greece after with the plant surveillance. The numerous po-
2009 remind us that the activation of worker lice forces which were surrounding the H.H.
consciousness during economic hardship is a plant for more than a week, hitting the strikers’
complex and multi-factor issue, open to fur- picket lines and repulsing them away from their
ther examination. strategic and symbolic space of organizing,
withdrew only after the opening of the plant.
The bargaining outcomes of the H.H. The union’s primary aim of diminishing the dis-
strike: assessing the post-conflict missals was not accomplished, as the H.H.
situation management insisted on the need of downsiz-
ing due to the extremely reduced demand of
The employer’s hostility or state coerciveness
steel product in Greece and abroad. The bal-
was not the only obstacle in the union’s effort
ance of power has been shifted in favour of
to be united and win. Every day of strike for
employer side. Furthermore, a barrage of re-
these 353 people should be evaluated in a
structuring measures both in Attica and Volos
context of rising unemployment and taxation,
plants, reaffirmed the employer willingness to
where employees in public and private sector
take the advantage of the post-conflict situa-
are suffering from tremendous wage cuts. H.H.
tion. The HH downsizing in Attica during the
Union employed the means that are needed in
9 months strike was followed by working-time
order to deal with the huge daily pressures to-
deregulation, painful diminishing of labour’s in-
wards the strikers and their families for a very
come both in Attica and Volos, unilateral wage
long period. This day-to-day “victory” revealed
cuts up to 18% in Volos, collective agreement
union renewal pathways which link this strike
dislocation.
with findings of the social movement literature
in industrial relations about the meaning of a Along with the restructuring methods, work-
return to the roots of social movement union- place bullying2 was apparent at this post-
ism (Clawson: 2003, Moody: 1997, 4-5). conflict terrain. Few days after the end of the
strike, 6 strikers -among them 3 members of
Borrowing Hyman’s assumptions about union
the union’s administration- were dismissed, as
renewal in South Africa, Brazil, and Korea, we
the HH managers accused them of improper
could say that “such instances suggest that
behaviour during the strike. Other strikers were
unionism can still claim to constitute a popular
prosecuted for violent behaviour and their tri-
movement, by imaginative engagement in a
als will take place during the next months. Not
battle of ideas” (Hyman, 2004, 28). The critical
surprisingly, H.H. management aimed at the
issue which remains unanswered at the mo-
rigid discipline of the workforce by isolating
ment concerns the continuation of this battle
and stigmatizing the leaders of the strike as
of ideas after the end of the battle of the strike.
“troublemakers”. At the heart of the employ-
This poses a further question about the re-
er offensiveness was actually the very idea of
newal potential of unionism in times of relative
collectivity and unity; the oxygen of the nine
stability.
months labour upsurge.
Within the last weeks of the strike, H.H. Union
2. ERM Report (2012) “Workplace bullying may also
was actively seeking for a fair settlement. Hav- pose additional threats in restructured workplaces. By
ing ensured the employment relation status their nature, restructurings involve coercive change and
(40 working hours per week, no wage cuts) often reduced job security. Such circumstances– stress-
ful in themselves– may also provide opportunities for the
months ago, the aim was to minimize the misuse of organisational power, especially by managers
downsizing plan of 120 dismissals. A further over subordinates. An increased incidence of bullying
demand during the last week of the strike was or harassment could therefore be one possible second-
order effect of restructuring”.

104
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

On the other hand the HH union concen- preventing people to go to work and
trated its efforts on defending a) its member- pushing them into unemployment. We
ship and vis-à-vis its distinct presence within opened Hellenic Halyvourgia which was
the workplace, b) the unemployed who kept blocked for months! Such things -such
receiving solidarity and help for months after exclusions- are not happening anywhere
the end of the strike, and c) the meaning of in the world. From now on we stop them
the nine months struggle through a narrative in Greece too.
that would rescue the memory of the events A. Samaras, Prime Minister, Speech at
as a paramount moment of labour resurrec- Thessaloniki International Exhibition,
tion and yet in times of crisis. The narrative of 8/9/2012
HH union while recognized the losses of this
To sum up, under the prism of the post-conflict
strike, highlighted its contribution to the rising
situation, the net strike outcomes plus the de-
of consciousness of the Greek working class –
cline of the Greek anti-austerity mobilizations
a raw material for the future struggles:
after the general elections of June 2012, has
Eventually as our opponent failed to beat made the HH union leadership more skeptical
us, he was forced to take the mask off... about how it could avoid a negative shift of the
and he was presented what he really is balance of power at political and social level.
.... He was forced to leave aside the pre- There was clearly a reflective assessment on
tentious tricks and used the last weapon, the momentum that could turn a critical la-
repressive mechanisms, which today is bour struggle, to a victorious one and yet in
superior to our forces […] The result of the crisis context. Concerning our research,
a struggle is not measured only by how there are some interpretative keys within social
much do you get in your hand. There are movement literature that could be discussed
struggles that offer much more than that, here as fruitful insights as long as we attempt
because they prepare the next steps in to attach this post-conflict reflection to a theo-
the coming battles of the entire working retical discussion.
class. They produce general awakening,
they break terrorism, they become land- When may a union movement be
marks. Such is the strike of steelworkers, victorious? Discussion and concluding
with such criteria should be considered. remarks
G. Sifonios, president of the HH Union,
As Tarrow (1998, 25) emphasises: “[...] argu-
Speech at the last strike assembly,
ments about the interactions within a cycle of
28/7/2012
protest suggest that it will not be particularly
The challenging of the government’s narra- fruitful to examine the outcomes of single so-
tive is obvious. The conflict of H.H. has been cial movements on their own [...] We can begin
proved a crossroads but not just for the strik- to study social movements as isolated con-
ers. Their opponents conceived it in a similar frontations between single social actions and
vein. Less than two months after the end of the their opponents, -but particularly when we ex-
strike, Antonis Samaras, at his first important amine their outcomes- we quickly arrive at the
speech as a Prime Minister, was advertising more complex and less tractable network of
state’s capacity to impose social and industrial politics”.
peace by pointing to the HH strike:
Some scholars employ the political opportu-
We stopped the arbitrariness of certain nities structure (Gonzalez and Medwid: 2009)
guilds which in times of massive un- as a factor that we should take into account
employment persist in blocking plants, when assessing a movement’s mobilization

105
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

and success in order not to overestimate the to agency: the broader anti-austerity protest
mere practices of the collective actor. The an- cycle, the H.H. employer practices, and the
ticipation of many methodological pitfalls which state policies.
underlie the political opportunities discussion The victorious momentum of the steelwork-
led to further analytical distinctions such as ers’ struggle could not have occurred at the
the three analytical levels of Hans Peter Kriesi: flow of the Greek protest movement. However,
structure of political context, configuration of we should take into account that the elections
actors and interaction context. Core elements of May and June 2012 in Greece stood as a
of the first level of analysis are the institutional prospect “breaking elections” (Kriesi: 2004,
structures and cultural models (Kriesi: 2004, 75) which could mark the breakdown of the
70). The first setting explores the institutional old alignments by producing internal splits in
legacies deriving from certain properties of a political elites and new electorate realignment
specific context such as the degree of open- more sensitive to labour’s dissatisfaction and
ness of the political system (centralization and frustration. Whatever the strikers’ electoral ex-
separation of power), the electoral system (i.e. pectations were, the new alignments proved
proportionality issues), the party system, the to be disastrous for them.
public administration structure (i.e. internal
Another turning point for the final outcome of
coordination, professionalization). The cultural
the strike is employer strategy which at first
model refers to “the stable elements of the cul-
was focused on the downsizing or even clo-
tural repertoire in a given political system that
sure threat. As it is obvious today, this strat-
influence the elite’s and the public’s reaction to
egy characterized the post-conflict period too.
challengers” (Kriesi: 2004, 72).
However, the employer implemented a variety
Furthermore, institutional structure and cul- of means (layoffs against unionists, legal ac-
tural models are influenced by even more fun- tion, challenging with security guards) in order
damental structures such as country-specific to exercise pressure to the strikers and utilize
political cleavage structures and a country’s any potential or actual split among the strikers,
international context. All these components mainly among workers and clerks3.
of the structure of political context determine
Last but not least, state interference in the
partly the configuration of actors at any given
union-employer dispute was proved to be cru-
time which is of course a less stable element
cial: after months of “benevolent neutrality” the
(Kriesi: 2004, 74). Finally, the interaction con-
judicial power alongside with the government’s
text “is the level of the mechanisms linking
intention to break the strike, led to an extensive
structures and configurations to agency and
coercion within the workplace, a quite unusual
action, and it is at this level that the strategies
practice since the democratic restoration in
of the social movements and their opponents
1974. The employer-state alliance dealt with
come into view” (Kriesi: 2004, 77).
the “momentum problem” in a much more
The consideration of the above more stable el- realistic and cynical way than the strikers did
ements (first and second level of analysis) in the and shifted the equilibrium decisively in favour
Greek case goes far beyond the scope of this of the H.H. employer.
paper. Our attempt is to suggest a framework
A further elaboration on the structure of po-
for an initial examination of factors that had a
litical context during the Greek crisis could
profound impact on the H.H. strike outcome,
yield great payoffs in our understanding of the
open to further assessments in the context of
dynamics and limitations of the H.H. strike ef-
the contemporary crisis. What we could briefly
3. The opponents of the H.H. strike action who were
outline is the interaction context, emphasiz- most exposed to media were clerks, supervisors and
ing on three mechanisms that link structures only at a lesser extent steelworkers.

106
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

fects. For the purposes of the present paper, generalization to the Greek union movement
we assume that the balance of power between as a whole would require further examination,
the two main competing coalitions was criti- if it is not to result in wishful thinking.
cally shifted after the June elections with the
state involvement setting the limits of the H.H. References
strike outcome.
Clawson, D. (2003) The Next Upsurge: Labor
The renewal outcomes of strike and post-strike and the New Social Movements, Cornel Uni-
events in H.H. may have a broader importance versity Press.
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of labour struggle in the crisis context. Al- Greece’, Communication from the Commis-
though a crisis context seems to influence col- sion, Strasbourg, 18.04.2012, European
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that the H.H. Union’s 20 general assemblies, ec.europa.eu/economy_finance/articles/fi-
33 demonstrations, and the numerous mas- nancial_operations/pdf/2012-04-18-greece-
sive events organized by its constituents and comm_en.pdf
Committees represent the norm even in con-
ERM Report (2012) After restructuring: Labour
tentious types of Greek unionism. Many steel- markets, working conditions and life satisfaction,
workers admitted that they could not imagine European Foundation for the Improvement of Liv-
such a collectivist and solidarity outbreak af- ing and Working Conditions, Luxembourg: Publi-
ter so many years of individualism and isola- cations Office of the European Union.
tion. The fundamental renewal success of the Eurostat (2013) Unemployment rate by sex
H.H. strikers is that they managed to imagine and age groups - annual average, % [une_rt_a]
themselves as leading actors whose actions Last update: 01-07-2013
are not indifferent for them and others. H.H. http://appsso.eurostat.ec.europa.eu/nui/
Union re-invented the union’s role as a “Sword show.do?dataset=une_rt_a&lang=en
of Justice” (a formulation that Hyman (2005) Frege, C. and Kelly, J. (2003). ‘Union Revi-
borrowed from Flanders) and thus occupied talization Strategies in Comparative Perspec-
a pivotal status in the collective imaginary of tive’, European Journal of Industrial Relations,
Greek people. 9: 7-24.
To sum up, the balance of power between Gamson, W.A., and Meyer D.S. (1996)
strikers and the H.H. management would be ‘Framing Political Opportunity’. In McAdam,
different without the concrete context of Greek D., McCarthy, J.D. and Zald M.N. (eds.), Com-
economic crisis. However, a crisis context parative Perspectives on Social Movements:
does not mechanically produce revitalizing Political Opportunities, Mobilizing Structures,
prospects for union movement. As it is al- and Cultural Framings. Cambridge, Cam-
ready stressed, economic and social deterio- bridge University Press, pp. 275–90.
ration encourage contradictory individual and
Goodwin, J. and Jaspers, J.M. (1999)
collective behaviors. This argument reminds
‘Caught in a Winding, Snarling Vine: The
us Katz’s question towards union movement
Structural Bias of Political Process Theory’,
scholars: “If neither sharp economic contra-
Sociological Forum, 14: 27-54.
dictions nor a sustained economic boom spur
social movement unionism, what would?” Gonzalez, C. S. and Medwid, B. (2009).
(Katz 2001, 341). The H.H. case indicates that ‘The Revitalization of Trade Unions and the
certain collective identities accumulate high Re-emergence of Industrial Conflict in Argen-
collective mobilization potential with important tina: The Case of the Oil Industry’, The Journal
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107
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

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GSEE (2012) Archival material. Available at
http://www.gsee.gr/

Abbreviations:
H.H – Hellenic Halyvourgia
PASOK – Panhellenico Socialistiko Kinima
[Panhellenic Socialist Movement]
ND – Nea Democratia [New Democracy-con-
servative party]
LAOS – Laikos Orthodoxos Synagermos
[Popular Orthodox Alert-far right populist party]
EPANA AE – Elliniki Etaireia Anakyklwsis AE
[Hellenic Recycling Company S.A.]
E.C – European Committee
E.C.B – European Central Bank
I.M.F – International Monetary Fund

109
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

110
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Lucha contra el 1990 asumieron, entre otros, Carlos Salinas


de Gortari y Ernesto Zedillo en México, Violeta
neoliberalismo. Argentina Chamorro en Nicaragua, Carlos Andrés Pérez
1993-2001 y Rafael Caldera en Venezuela, Fernando Col-
lor de Melo y Fernando Enrique Cardoso en
Brasil, Luis Lacalle y Julio María Sanguinetti
María Celia Cotarelo* en Uruguay, Alberto Fujimori en Perú, Patricio
Aylwin y Eduardo Frei en Chile, César Gaviria,
Ernesto Samper y Andrés Pastrana en Colom-
Tras el triunfo de la fuerza del capital más bia, Gonzalo Sánchez de Losada y Hugo Ban-
concentrado a nivel mundial, el enorme de- zer en Bolivia, Sixto Durán y Abdalá Bucaram
sarme moral de los pueblos a que esa der- en Ecuador y Carlos Menem y Fernando de la
rota dio lugar y el fuerte disciplinamiento social Rúa en Argentina. Todos ellos fueron entusias-
resultante –en el caso latinoamericano, por tas paladines del libre mercado, o sea, de la
medio de dictaduras cívico-militares-, el capi- apertura indiscriminada al capital transnacio-
tal financiero superó las trabas a su desarrollo. nal y de la “flexibilización” laboral, dos de los
Su gran ofensiva en la década de 1990 en ejes de las políticas neoliberales consensua-
Nuestra América, expresada en las políticas das en Washington.
neoliberales implementadas por casi todos los
Como era de esperar, sus efectos sobre las
gobiernos de la región, se desarrolló en medio
condiciones de trabajo y de vida de las dis-
de un amplio consenso social, indicador de la
tintas fracciones y capas populares no tarda-
hegemonía alcanzada por la cúpula de la bur-
ron demasiado en hacerse sentir. La ofensiva
guesía. La llamada democracia pasó a ser la
del capital financiero fue resistida desde su
forma política de esa hegemonía, ya que en-
comienzo por diversos sectores del pueblo,
tonces el voto de los ciudadanos aseguraba
a los que, con el correr de los años, se fue-
la elección de gobiernos que instrumentaban
ron sumando otros al ir experimentando –y
las medidas afines a su interés. De esta ma-
sufriendo- las supuestas bondades del neoli-
nera, con legitimidad de origen, en los últimos
beralismo. Entre los numerosos hechos de re-
años de la década de 1980 y en la década de
sistencia y de lucha, recordemos el Caracazo
* Programa de Investigación sobre el Movimiento de la de 1989, el levantamiento zapatista en 1994,
Sociedad Argentina (PIMSA) – Buenos Aires, Argentina

111
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

las llamadas guerra del agua (2000) y guerra tario Internacional (FMI). En provincias con un
del gas (2003) en Bolivia, las masivas movili- alto número de empleados públicos –lo que
zaciones en Ecuador en 1997, 2000 y 2005, y encubría en buena medida superpoblación
la insurrección de 2001 en Argentina. Muchos relativa en su modalidad latente-, esas medi-
de los presidentes que aplicaron aquellas polí- das impactaban de lleno en la mayoría de los
ticas debieron renunciar o fueron sometidos a trabajadores a nivel local. En esos años, éstos
juicio político antes de terminar su mandato, resistieron la reducción salarial y los despidos
en medio de movilizaciones populares. Varios que implicaban las políticas neoliberales por
de estos procesos de movilización llevaron medio de numerosas huelgas y marchas, sin
a cambios de gobierno que expresaron en lograr revertir la situación. En este contexto,
mayor o menor medida los objetivos predomi- en diciembre de 1993 en la ciudad de San-
nantes de esas luchas populares. tiago del Estero, trabajadores estatales, do-
Si bien se trata de procesos generales que centes, jubilados, estudiantes y adolescentes
atravesaron la región en las últimas décadas, de los barrios pobres atacaron, incendiaron y
éstos presentan especificidades en cada país. saquearon la Casa de Gobierno, la Legislatura
En esta ponencia analizamos el proceso de y los Tribunales provinciales, así como las vi-
resistencia a las políticas neoliberales en Ar- viendas de los principales dirigentes políticos
gentina, desde el motín de 1993 en la ciudad locales. Se trató de un hecho espontáneo, sin
de Santiago del Estero –en que trabajadores objetivos explícitos, sin conducción, pero en
estatales y pobres destruyeron, incendiaron y el que el pueblo comenzó a delimitar un ene-
saquearon los edificios de los tres poderes del migo. La protesta sindical se transformó en
estado provincial y las casas de los políticos lucha política, aunque en su escalón más bajo.
locales- hasta la insurrección espontánea de Localmente, este hecho, que conceptualiza-
2001 -que llevó a la caída del gobierno nacio- mos como motín, se agotó en sí mismo, pero
nal. En ese ciclo de rebelión se fue formando constituyó un punto de inflexión a nivel nacio-
una fuerza social de carácter democrático, po- nal1. Desde entonces, aumentó la cantidad de
pular y nacional en confrontación con la fuerza protestas y los hechos dispersos tendieron a
social neoliberal, que detentaba el gobierno confluir y articularse.
del estado. Tras la crisis de 2001-02, aquella
fuerza social se realizó dentro del sistema ins- Rebelión en las provincias (1994-95)
titucional, con el cambio de alianza en el go- Las protestas de los trabajadores estatales se
bierno. El movimiento obrero –en sus distintas multiplicaron en casi todas las provincias en
fracciones y capas: trabajadores ocupados y 1994 y 1995. Salta, Jujuy, Tucumán, Mendo-
desocupados, y de empresas recuperadas- za, Córdoba, San Juan y Río Negro, principal-
fue el protagonista principal de ese proceso mente, fueron escenario no sólo de huelgas y
de rebelión, al que se fueron sumando otras marchas, sino también de ataques a edificios
fracciones y personificaciones sociales. públicos y fuertes choques callejeros con la
policía. Los primeros intentos de articulación
El motín (1993) de estas protestas fueron una marcha regio-
Desde comienzos de la década de 1990 los nal en el norte del país y la Marcha Federal
gobiernos provinciales implementaron diver- de 1994, convocada por la Central de Trabaja-
sas medidas de ajuste de las cuentas públi- dores de la Argentina (CTA), el Movimiento de
cas, respondiendo a los lineamientos marca- Trabajadores Argentinos (MTA) y la Corriente
dos desde el gobierno nacional –que, a la vez, 1. Cotarelo, María Celia; El motín de Santiago del Es-
respondía a las instrucciones del Fondo Mone- tero. Argentina, diciembre de 1993; Buenos Aires, PIM-
SA 1999.

112
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Clasista y Combativa (CCC), con la adhesión Mayor articulación de la rebelión a nivel


de la Federación Agraria Argentina (FAA), la nacional (1996)
Federación Universitaria de Buenos Aires, or-
ganizaciones de pequeños comerciantes e in- La tendencia a la articulación de las acciones
dustriales (la Federación de Cámaras y Centros de protesta continuó y alcanzó su mayor gra-
Comerciales- Fedecámaras y la Asamblea de do en esos años en las tres huelgas generales
Pequeños y Medianos Empresarios-APYME) y nacionales de 19962. Convocadas por todos
partidos de izquierda y otros partidos de opo- los agrupamientos sindicales (CGT, MTA, CTA
sición. Cuatro columnas partieron desde los y CCC) y con el acompañamiento de nume-
extremos del país en dirección a la Plaza de rosas organizaciones sociales, estudiantiles,
Mayo de Buenos Aires, en repudio a la polí- políticas y de pequeños y medianos empresa-
tica económica del gobierno nacional. Un mes rios, lograron una alta adhesión; su efecto más
después las mismas organizaciones convo- inmediato fue la suspensión de los esfuerzos
caron a una huelga general nacional con el oficiales por sancionar una ley de flexibilización
mismo objetivo. En ambos hechos, los pro- laboral, que habría legalizado y universalizado
tagonistas fueron los trabajadores estatales; los múltiples mecanismos que los empresa-
contaron con el acompañamiento de algunas rios utilizaban de hecho para abaratar el costo
fracciones de pequeña y mediana burguesía laboral. La protesta popular contra la política
personificadas en productores agropecuarios, económica y social del gobierno se entrelazó
pequeños comerciantes y estudiantes. con disputas dentro de sectores del régimen
social y político, uno de cuyos indicadores fue
A la vez, en la provincia de Tierra del Fuego se
la renuncia del ministro de Economía, Domin-
desarrolló un largo conflicto de trabajadores
go Cavallo.
metalúrgicos, afectados por el cierre de em-
presas y despidos, en el transcurso del cual Precisamente desde uno de esos sectores del
se produjo la primera muerte de un manifes- régimen comenzó a construirse otro espacio
tante durante el gobierno de Menem: el obrero de articulación de la protesta, a través de la
de la construcción Víctor Choque en abril de convocatoria a un apagón y cacerolazo en
1995. En repudio a la represión se llevó a cabo setiembre de 1996. Ése sería el primer paso
una nueva huelga general nacional, convoca- de una supuesta alternativa político electoral
da por las organizaciones sindicales ya men- al menemismo, presentada como la versión
cionadas y por la Confederación General del “prolija”, “no corrupta” y “seria” del modelo
Trabajo (CGT). De esta manera, comenzaron a neoliberal de los años ’90, que se traduciría
sumarse a la rebelión fracciones obreras hasta en la conformación de la Alianza Unión Cívica
entonces no movilizadas masivamente. Radical-Frente País Solidario (Alianza UCR-
Frepaso, o simplemente, la Alianza).
Sin embargo, la protesta no se tradujo en una
expresión político electoral alternativa al me- Rebelión de los desocupados y de la
nemismo con capacidad de imponerse en las pequeña burguesía (1997-1999)
elecciones presidenciales de 1995, y menos
aun en un movimiento político contrahegemó- A partir de los cortes de ruta de 1996-97
nico. El presidente Menem resultó reelecto y en Cutral Có-Plaza Huincul (provincia de
no se conformó ninguna alternativa política Neuquén)3 y de 1997 en Tartagal-General
con apoyo de masas contraria al neolibera- 2. Para éstas y otras huelgas generales, ver Iñigo Car-
lismo. rera, Nicolás; “Las huelgas generales. Argentina, 1983-
2001”; Buenos Aires, PIMSA, 2002.
3. Ver Klachko, Paula; “Cutral Có y Plaza Huincul: el
primer corte de ruta (del 20 al 26 de junio de 1996).
Cronología e hipótesis”; Buenos Aires, PIMSA, 1999;

113
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Mosconi (Salta), Cruz del Eje (Córdoba) y Ju- dientes del gobierno de Menem-, en medio de
juy4, irrumpieron en el terreno de la protesta movilizaciones de protesta de trabajadores y
capas de trabajadores desocupados y de denuncias de pago de sobornos en el Sena-
pequeña burguesía asalariada y no asalaria- do nacional. Desde entonces, se sucedieron
da; las demandas giraban principalmente en continuas medidas de ajuste por parte del
torno a la reactivación de las economías regio- gobierno nacional, a fin de tratar de soste-
nales, con la consiguiente creación de fuentes ner el modelo de la convertibilidad (un peso
de trabajo. Fracciones de pequeña burguesía igual a un dólar) instaurado en 1991, medidas
también protagonizaron hechos en demanda acordadas con el FMI, que, de hecho, deter-
de justicia –como las protestas a raíz del cri- minaba el conjunto de la política económica
men del reportero gráfico José Luis Cabezas, y social; apareció nuevamente en escena Do-
crimen vinculado con hechos de corrupción mingo Cavallo, quien volvió a asumir el cargo
empresaria y política- y en defensa de la edu- de ministro de Economía. La resistencia a
cación pública –fundamentalmente en torno estas políticas se extendió espacial y social-
a la llamada Carpa Blanca, instalada frente mente: trabajadores estatales y privados,
al Congreso Nacional durante más de 1.000 ocupados y desocupados, estudiantes y el
días. resto de la comunidad educativa, pequeños y
La expresión político electoral de estas pro- medianos comerciantes y productores agro-
testas fue la ya mencionada Alianza UCR-Fre- pecuarios e industriales, habitantes de las vil-
paso, que ganó las elecciones legislativas de las de emergencia, juntos o por separado, se
1997 y las presidenciales de 1999. movilizaron en todo el territorio nacional a lo
largo de los años 2000 y 2001. Se realizaron
Extensión e intensificación de la rebelión ocho huelgas generales a nivel nacional y tres
popular (2000-2001) Jornadas Piqueteras6, además de numerosos
cortes de calles, rutas, vías férreas y accesos
El gobierno de Fernando de la Rúa comenzó a ciudades, jornadas de protesta, marchas,
su gestión reprimiendo un corte del puente concentraciones, huelgas, piquetes de huel-
de acceso a la ciudad de Corrientes llevado ga, acampes, escraches, ataques a edificios
a cabo por trabajadores estatales, docentes, públicos, ocupaciones y otros. A nivel local –
estudiantes y jóvenes de barrios pobres en en las ciudades salteñas de Tartagal y Gene-
diciembre de 19995; esa represión causó ral Mosconi- se llegó a la toma de ciudades,
la muerte de dos manifestantes, Francisco incluyendo la toma de policías como rehenes,
Escobar y Mauro Ojeda, tras lo cual la CTA la liberación de presos de una comisaría y en-
convocó a una huelga general de repudio. La frentamientos con armas de fuego entre mani-
acción gubernamental continuó, a comien- festantes y la fuerza armada del gobierno, que
zos de 2000, con la sanción de una ley de dejaron como saldo cinco muertos.
flexibilización laboral –una de las tareas pen-
En las elecciones legislativas de octubre de
Sánchez, Pilar; “El Cutralcazo. La pueblada de Cutral 2001 el descontento con las políticas que se
Có y Plaza Huincul”; Buenos Aires, Editorial Ágora;
Cuaderno Nº 5, 1997.
estaban aplicando y el repudio a los partidos y
4. Ver Gómez, Elizabeth y Kindgard, Federico Mario; dirigentes políticos que las impulsaban o ava-
“Los cortes de ruta en la provincia de Jujuy. Mayo/junio
de 1997”; Buenos Aires, PIMSA, 1998; Gómez, Eliza- 6. Las Jornadas Piqueteras consistieron en cortes de
beth y Kindgard, Federico Mario; “Los cortes de ruta rutas y calles en numerosas ciudades del país, realiza-
en la escala de lucha de los obreros jujeños”; Buenos das por 24 horas (31 de julio de 2001), por 48 horas (7
Aires, PIMSA, 2003 y 8 de agosto) y por 72 horas (14,15 y 16 de agosto).
5. Ver Klachko, Paula; “El proceso de lucha social en Fueron convocadas por un conjunto de organizaciones
Corrientes, marzo a diciembre de 1999. Los ‘Autocon- de desocupados, sindicales y barriales reunidas en la
vocados’”; Buenos Aires, PIMSA, 2004. Asamblea Piquetera Nacional.

114
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

laban se manifestaron en una alta proporción de Mayo –“la insurrección popular”. Tras este
de votos nulos (el llamado voto bronca), votos combate en el corazón político del país –con
en blanco y abstención electoral. En algunos un saldo de cinco muertos y numerosos heri-
distritos, los votos nulos ocuparon el primer dos y detenidos-, el presidente De la Rúa pre-
lugar. sentó su renuncia y se retiró de la Casa de
Finalmente, en diciembre de 2001 el modelo Gobierno en helicóptero7. Culminó así, con
neoliberal desarrollado desde comienzos de esa insurrección popular espontánea, el ciclo
los años ’90 estalló en mil pedazos. Ante la de rebelión contra las políticas neoliberales y/o
acelerada fuga de dólares del sistema ban- sus efectos iniciado en el motín de 1993.
cario argentino hacia el exterior, el gobierno
nacional estableció el llamado “corralito” –o Objetivos de la rebelión
sea, fuertes limitaciones al retiro de dinero de Hasta aquí hemos recorrido brevemente los
las cuentas bancarias, incluyendo las cuentas principales hechos de rebelión de carácter
sueldo; casi todos los gobiernos provinciales político desarrollados entre 1993 y 2001, deli-
y el gobierno nacional emitían cuasimonedas; mitando distintos momentos según los rasgos
la deuda externa crecía exponencialmente; la centrales de los mismos. Detengámonos aho-
actividad económica se encontraba semipa- ra en los objetivos de esa rebelión, atendiendo
ralizada, llevando a un creciente aumento de tanto a lo que sus protagonistas dijeron como
la desocupación y la pobreza. A lo largo de a lo que hicieron.
nueve días, los distintos sectores que se fue-
Como dijimos, en el motín de Santiago del
ron activando desde 1993 se volcaron a las
Estero de 1993 no se formularon objetivos
calles simultáneamente. El día 13 se llevó a
explícitos. Comenzó como una protesta sindi-
cabo una huelga general nacional convocada
cal de trabajadores estatales en contra de una
por todas las centrales sindicales; a partir de
ley de ajuste fiscal, que se fue transformando
entonces, comenzaron a extenderse, a distin-
en un estallido de ira y venganza contra lo
tos puntos del país, marchas –en el transcur-
que visualizaban como una “traición” de sus
so de las varias de las cuales se produjeron
representantes políticos. Impugnaron en las
fuertes choques callejeros-, ataques a edificios
acciones mismas al conjunto del sistema insti-
públicos, cortes de calles y rutas, saqueos a
tucional político a nivel local, tal como lo indica
comercios, concentraciones, escraches y ollas
el ataque a los edificios de los tres poderes
populares, entre otros. Desde la mañana del
del estado provincial, y a los dirigentes polí-
día 19 se generalizaron los saqueos masivos a
ticos que impulsaban y avalaban una política
comercios en todo el país, protagonizados por
contraria a los intereses de los trabajadores y
los habitantes de los barrios pobres de ciu-
del conjunto del pueblo8. Se puso en cuestión
dades grandes y medianas –lo que concep-
el funcionamiento del sistema de representa-
tualizamos como la “insurrección de los ham-
brientos”. A la noche del mismo día, miles de 7. Para un mayor desarrollo de los hechos de diciembre
ciudadanos se desplazaron pacíficamente por de 2001, ver Iñigo Carrera, Nicolás y Cotarelo, María
Celia; La insurrección espontánea. Argentina diciembre
las calles de las grandes ciudades golpeando
2001. Descripción, periodización y conceptualización;
cacerolas –la “insurrección de la pequeña bur- Buenos Aires, PIMSA, 2003.
guesía”. En horas de la madrugada se anunció 8. Las casas de los políticos atacadas pertenecían tan-
la renuncia del ministro Cavallo. Finalmente, el to a dirigentes del Partido Justicialista como de la UCR.
Pocos meses antes, a nivel nacional, se había firmado
día 20 miles de manifestantes se enfrentaron lo que se conoce como el Pacto de Olivos entre ambos
durante horas con la policía federal en el cen- partidos políticos mayoritarios, poniéndose en eviden-
tro de la ciudad de Buenos Aires, levantando cia la unidad de los cuadros políticos del régimen en
torno al “modelo neoliberal”, profundizando el divorcio
barricadas y disputando el control de la Plaza de los mismos y sus representados.

115
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

ción política, y quedó en evidencia la contra- los más masivos en el período; los reclamos
posición entre una democracia formal y una centrales fueron la derogación de las leyes de
democracia real, así como la cuestión de la obediencia debida y punto final, sancionadas
legitimidad de un gobierno no sólo por su ori- durante el gobierno de Raúl Alfonsín (UCR), y
gen, sino también y fundamentalmente, por del indulto a los jefes militantes condenados
las políticas implementadas y los intereses en el Juicio a las Juntas (en 1985), decretado
expresados en ellas. Esto puede observarse por el presidente Menem. Por otro lado, cada
también, con un grado creciente de concien- hecho de represión a protestas sociales en los
cia, en los cortes de ruta de 1997-99 –toda- que se registraron manifestantes muertos fue
vía a nivel local- y, en su grado más alto en repudiado a través de la realización de huelgas
el período, en la insurrección espontánea de generales; y otros hechos de represión a ma-
2001, en que por primera vez en la historia nifestantes fueron respondidos con marchas
argentina un presidente debió renunciar en de repudio por parte de diversos sectores del
medio de una generalizada movilización popu- pueblo9.
lar por haber perdido su legitimidad a los ojos Finalmente, en las convocatorias a la Marcha
del pueblo. La contradicción régimen-pueblo Federal, a las huelgas generales, Jornadas
constituyó, pues, uno de los ejes centrales en Nacionales de Protesta y las Jornadas Pique-
torno a los cuales se desarrolló la rebelión. A teras, las organizaciones sindicales y de de-
diferencia de lo ocurrido en el motín, tanto en socupados formularon objetivos vinculados a
los cortes señalados como tras la insurrección la política económica en general y laboral en
de 2001 aparecieron formas de organización particular. Rechazaban el plan de convertibili-
para la lucha y de deliberación democrática de dad, la política económica y social, la flexibilidad
carácter popular que cuestionaban el sistema laboral, el pacto fiscal entre el estado nacional y
de democracia representativa formal. los estados provinciales y las consiguientes polí-
Un segundo eje, vinculado con el anterior, fue ticas de ajuste, la reducción en las asignaciones
la cuestión democrática en lo que hace a la familiares para los trabajadores, la reducción
relación entre los ciudadanos y el Estado; en salarial, la exclusión, la incorporación de la Ar-
numerosas protestas se planteó la búsqueda gentina al Área de Libre Comercio de las Amé-
de ampliación y/o respeto de derechos ciuda- ricas (ALCA), en síntesis, el “modelo económico
danos, en particular en aquellas desarrolladas y social neoliberal”. Por su parte, las propuestas
entre 1997 y 1999. Por ejemplo, entre los he- planteadas incluían la puesta en marcha de un
chos mencionados más arriba, la Carpa Blan- modelo productivo con creación de fuentes de
ca transformó un reclamo sindical –el pago de trabajo, una reforma impositiva que permitiera
un incentivo a los docentes- en un reclamo una distribución de la riqueza más equitativa,
más general, formulado en términos de de- facilidad de créditos para las pequeñas y me-
fensa de la educación pública y, por ende, el dianas empresas, la defensa de las economías
mantenimiento y ampliación del derecho ciu- regionales y de la industria nacional, subsidios
dadano a la educación. Asimismo, en varios para los jefes de hogar desocupados, aumento
de los cortes de ruta de esos años uno de los salarial y de las jubilaciones, un rol activo del Es-
reclamos centrales fue el derecho al trabajo y tado como garante de la salud, la educación,
a la inclusión social. la justicia y demás derechos constitucionales
Cabe señalar también otro aspecto, presente de todos los argentinos, la recuperación de
en los hechos de protesta del período, que la línea aérea de bandera y de otras empre-
remite al eje democracia-autoritarismo. Por un 9. Este aspecto estuvo también presente en los he-
chos de diciembre de 2001: el cacerolazo del día 19
lado, las marchas y actos en el aniversario del comenzó tras el anuncio del establecimiento del estado
golpe de estado de 1976 se encontraron entre de sitio por parte del gobierno de De la Rúa.

116
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

sas privatizadas, e investigación de la deuda se constituyó.


externa, entre otras. Algunas de las consignas En síntesis, en el motín de Santiago del Es-
de esos hechos de protesta fueron “Una Ar- tero en 1993 -aunque espontáneo, sin obje-
gentina para Todos”, “Por la cultura del trabajo tivos explícitos, sin conducción política-, el
y la producción”, “Trabajo ya” y “No al ALCA”. conjunto del sistema institucional fue puesto
En cuanto a los “enemigos” delimitados, éstos en cuestión en los hechos mismos. A partir de
fueron, principalmente, el gobierno nacional, los entonces, cobró nuevo impulso la rebelión po-
gobiernos provinciales, los políticos en general, pular, tanto dentro como fuera del sistema ins-
y en grado creciente a lo largo del ciclo, el FMI, titucional. La ofensiva del capital más concen-
del cual los anteriores eran considerados meros trado comenzaba a encontrar obstáculos para
instrumentos. seguir desplegándose en este territorio. Desde
Por lo tanto, un cuarto eje de la rebelión giró entonces se libraron distintos enfrentamientos
en torno a la “recuperación de la independencia en los que se fue constituyendo una fuerza
económica” nacional con respecto a los centros social que buscaba frenar primero y revertir
financieros mundiales, la vuelta a un modelo ba- después los efectos de las políticas neolibe-
sado en la actividad productiva industrial, con rales dentro del régimen vigente. Esa fuerza
una fuerte intervención del Estado en función no lograba construir una expresión política
de la distribución de la riqueza, el respeto de los propia, por lo que buscaba espacios en el sis-
derechos de los trabajadores, la protección del tema de partidos existentes, con poco éxito.
capital nacional y la fijación de límites al capital La grieta abierta en 1993 se amplió aún más a
transnacional. Esto puede ser considerado en partir de la insurrección espontánea de 2001.
términos de la contradicción nación-imperia- Sin conducción política, al igual que el motín,
lismo, aunque también ha sido formulado como pero a diferencia de éste, en todo el territorio
la oposición entre modelo productivo y modelo nacional y en particular en su corazón político;
especulativo. involucró a todas las fracciones y capas de la
sociedad; los blancos de las acciones no fue-
Formación de una fuerza social ron sólo las distintas expresiones del sistema
institucional político, sino también del capital
Toda fuerza social se constituye en la lucha,
transnacional. Este enfrentamiento social im-
por lo que se nos hace evidente en los enfren-
pulsó el desarrollo de aquella fuerza social en
tamientos sociales. El hecho de confronta-
formación dentro del régimen vigente, hasta
ción de mayor envergadura en el período que
encontrar, buena parte de ella, los espacios
consideramos aquí –medido por su extensión
que buscaba en el sistema institucional y
espacial, por las fracciones sociales involucra-
una expresión política mayoritaria, aunque no
das, los instrumentos de lucha utilizados, el
única, en el llamado kirchnerismo, a partir de
grado de delimitación de un enemigo, por los
2003. No se formó ninguna fuerza antisisté-
objetivos perseguidos y por su impacto polí-
mica en este proceso de luchas; sin embar-
tico- fue la insurrección espontánea de 2001.
go, algunos de los elementos contenidos en
Este hecho constituyó un punto de inflexión,
hechos como el motín de 1993, los derivados
dado que tuvo la capacidad de producir un
de los cortes de ruta en General Mosconi y la
cambio en la relación de fuerzas política. En
insurrección espontánea de 2001 podrían lle-
él emergió una fuerza social, que caracteriza-
gar a constituir embriones de la misma. Hasta
mos como popular, democrática y nacional;
el momento esos posibles embriones fueron
en esta ponencia señalamos los principales
decisivos para impulsar el desarrollo de la fue-
hechos en los que ésta se fue formando y los
rza reformista, lo que muestra tanto la capa-
objetivos predominantes en torno a los cuales
cidad del régimen vigente para albergar una

117
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

parcialidad de los intereses de las fracciones


que forman parte del pueblo, como el limitado
alcance de las metas de la mayoría, formula-
das como un capitalismo serio, con inclusión
social y redistribución de la riqueza, y fuerte
intervención del estado fijando reglas de jue-
go al gran capital. Quienes pensaban que en
2001 se abría un período revolucionario sólo
ven hoy la recomposición del régimen a través
de la salida electoral de 2003 y la institucio-
nalización de las luchas. Pero éste es sólo un
aspecto del proceso. La insurrección de 2001
constituyó el primer triunfo general del campo
del pueblo en este período; la meta mayori-
taria comenzó a realizarse desde 2003; y la
realización de esa meta mayoritaria es posible
porque se hallan latentes las metas que apun-
taban a trascender el orden vigente.

118
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Greves e conflitos sociais  : qual não tenha somente sido abolido o


antagonismo de classes, mas que tam-
há lugar, na luta de classes, bém esse antagonismo tenha sido afas-
tado das práticas da vida. (ENGELS.
para a crença em valores
Anti-Duhring. 1877).
em si, prévios e superiores na Foi o sentido fundamental da citação que abre
o presente artigo o que veio a ser resgatado
forma jurídica ?
pela tradição que interpretou e defendeu um
trato marxista aos negócios concernentes à
Enoque Feitosa* ação humana, tanto no âmbito do enquadra-
Lorena Freitas** mento do problema teórico da moral quanto
Taciana Cahú Beltrão*** pelo seu aspecto prático.
Ou seja, ao enfatizar, por um lado, que tanto o
direito quanto a moral são formas de práticas
1. Ética, cidadania e luta de classes: sociais, na medida em que é a própria dialé-
O marxismo e o exame das escolhas tica dessas relações que engendra e transfor-
morais pelo foco da práxis social. ma as concepções morais e jurídicas1 quanto,
por outro, na própria preocupação em aclarar
Para se chegar à conquista de uma mo-
conceitualmente tais práticas enquanto (tam-
ral realmente humana, subtraída de todo
bém) categorias filosóficas. 2
antagonismo de classe teremos, antes,
que alcançar um tipo de sociedade na Como se chamou atenção, desde o resumo,
pensar no problema das opções morais e jurí-
* Doutor em direito e em Filosofia; Professor dos Pro- dicas, isto é, das escolhas do agir, pelo foco
gramas de Pós-Graduação em Direito em Filosofia da da prática não pode significar o entendimento
Universidade Federal da Paraíba, Brasil. E-mail: enoque.
feitosa@uol.com.br 1. BESSE, Guy. Práctica social y teoria. México: Gri-
** Doutora em direito; professora do Programa de Pós- jalbo, 1969, p. 31.
Graduação em Direito / Universidade Federal da Paraí- 2. BARATA-MOURA, José. Prática: Para uma aclaração
ba, Brasil.lorenamfreitas@hotmail.com do seu sentido como categoria filosófica. Lisboa: Co-
*** Mestrado em Direito (UFPE, Brasil), Professora uni- libri, 1994, p. 25-26, 91, 92, 94. VIEIRA, Antonio Rufino.
versitária (UFPE. ASCES, Brasil), atualmente cursa dou- Marxismo e libertação. João Pessoa: UFPB, 2000, p.
torado em direito. tacianabeltrao@gmail.com 101.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

do marxismo como uma variante de pragma- demonstrar que os desenvolvimentos teóricos


tismo, visto que esse termo (a prática) aqui é e as reflexões acerca das questões ligadas à
referido como atividade reflexiva e não mera- moralidade, especialmente nos textos pós-
mente reiterativa, o que a confundiria com 1845, do que se convencionou chamar de
uma forma de poiesis, daí resultando em ser, Marx “maduro” 5, deram-se norteados por um
como a enxerga Marx e os marxistas, referida ceticismo esclarecido ou ceticismo metódico
como práxis. em relação às crenças majoritariamente esta-
Para os gregos, práxis era ação livre e, conse- belecidas de que valores morais eram dados
quentemente, nobre. Nela, o homem não prévios e encontráveis pela razão.
transforma a natureza, mas unicamente a si Não custa salientar que, para Marx, a produ-
mesmo. Já a poiesis era típica dos servos, ção das ideias e representações da consciên-
ligada ao esforço físico e à produção de obje- cia está, antes de tudo, diretamente ligada à
tos exteriores. Mas, ao considerar o trabalho atividade material dos seres humanos. Dessa
constitutivo do ser humano e ao denunciar a forma, as representações (nela inclusa as re-
alienação, Marx não apenas inverte a priori- presentações acerca da moral, da religião, do
dade como funda teoricamente a necessidade direito etc., como se verá adiante), o pensa-
de também a produção objetiva ser reflexiva e mento e o intercâmbio intelectual dos homens
se libertar de suas amarras. Nesse aspecto, surgem como emanação de seu comporta-
ele promove uma revolução na filosofia ao mento material.
alterar o status que, desde os gregos, se atri- E o mesmo acontece com a elaboração inte-
buía a poiesis. lectual quando esta manifesta na linguagem
O novo trato que deram ao problema se das leis, da política, da moral, da religião, me-
expressa não apenas pela argumentação tafísica etc., de um povo. São os homens que
desenvolvida, que desce a moral “do céu para produzem suas representações, suas ideias,
a terra”, como também por uma operação de mas esses homens reais tais como condicio-
inversão - pelo que aparece, ainda que não nados por um dado desenvolvimento das for-
explicitada, a oposição contra todas as for- cas produtivas e das relações que lhes cor-
mas de idealismo - no sentido de tratar de respondem, incluindo as formas mais amplas
forma material as questões concernentes à que estas possam vir a tomar. 6
ética, aqui também concorrendo para a supe- Essa cautela metódica quanto a entender
ração da dialética hegeliana que, conforme o o caráter das representações ideais da vida
célebre topos argumentativo, de cabeça para material é compreensível numa pessoa que
cima ou, mais exatamente, recolocada sobre elegeu como sua máxima predileta a famosa
seus pés. 3 sentença de Terêncio: duvidar de tudo7, em-
É na concepção marxista sobre o direito e a bora afastasse - como notou West - o ceti-
moral - nem sempre explícitas4, mas quando cismo epistemológico ou outras formas de
abordada, vista como expressão prática da
5. A divisão da produção de Marx em duas fases –
ação humana - que serão focadas as formu- obras de juventude e da maturidade – será aqui usa-
lações desenvolvidas por essa corrente de da tão só para fins metodológicos. Ver: ALTHUSSER,
pensamento. E essa abordagem visa Louis. A favor de Marx. Rio de Janeiro: Zahar, 1979, p.
22-30.
3. ENGELS, Friedrich. Ludwig Fuerbach e o fim da fi- 6. MARX, Karl; ENGELS, Friedrich. A ideologia Alemã.
losofia clássica alemã. [1886] In: Marx e Engels. v. 1. São Paulo: Boitempo, 2007, p. 93-94.
São Paulo: Edições Sociais, 1987, p. 104. 7. Esta máxima - que, num questionário respondido
4. “Não há, em Marx, propriamente, uma moral, no para suas filhas, Marx assume como a sua predileta
sentido do estabelecimento de princípios normativos - foi cunhada por Publius Terentius (+185 a.C. – 159
para a ação”. OLIVEIRA, Manfredo. Ética e sociabili- a.C.), dramaturgo e poeta romano, sendo atribuída, in-
dade. São Paulo: Loyola, 1997, p. 285. corretamente, ao pensador Alemão.

120
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

agnosticismo e niilismo8. numa hipóstase, adquire independência e in-


Com esse foco se opta em seguir, desde já, dividualidade. Assim, o que ocorre é que, por
uma direção oposta à maioria das análises esse processo de inversão, as pessoas são
correntes acerca da obra de Marx e por um dependentes e destituídas de qualquer indivi-
afastamento de uma atitude rigidamente de- dualidade, e cuja gênese apontou-se magis-
terminista.9 tralmente no “Manifesto Comunista”. Nesse
texto, eles explicitam a antítese, apontando
Nas formulações de Adam Smith um dos
que, ao contrário da vivência burguesa, numa
teóricos mais citados dentre os clássicos da
sociedade sem classes, o presente é quem
economia política que se debruçaram acerca
domina o passado, opostamente ao mundo
do funcionamento da sociedade capitalista, as
cindido, onde o capital é independente como
questões morais não são produtos da razão,
se fosse uma individualidade. 11
sendo, portanto, vãs as tentativas de com-
É evidente que, apesar da afirmação de Smith
preendê-las racionalmente, visto só serem
de que valores morais não são compreen-
inteligíveis pela ótica dos sentimentos10. Com
síveis pela razão e sim pelos sentimentos, não
essa visão da moral, aquilo que seria um as-
se pode atribuir a essa formulação a pecha
pecto fundamental no exame desse elemento
de “irracional”. Ela tem, como qualquer teoria,
específico da sociabilidade, isto é, os meca-
uma racionalidade, no caso, a razão do mer-
nismos de alienação e de exploração, muitos
cado, o que se evidencia por sua mais famosa
dos quais justificados exatamente pelas mes-
obra e que é uma consequência de sua teoria
mas teorias morais e seus correspondentes
moral (por pretender explicar o funcionamen-
jurídicos, eram claramente ocultados em sua
to da economia através de uma concepção
inversão (ou, mais provavelmente, não perce-
moral, ao invés de Marx, que explica as ideias
bidos pelo fato de que não se pode apartar a
pela vida social).
compreensão do real de uma forma científica,
dos interesses de classe que tal compreensão Na “Riqueza das nações”, Smith nos permite
envolve). perceber (ainda que não fosse esse seu obje-
tivo) que uma teoria econômica resultante de
E a inversão mencionada acontece porque,
uma concepção moral não seria, só por isso,
em tais formações, isto é, na sociedade bur-
mais comprometida como o ser humano, ao
guesa, como vista na formulação desenvol-
contrário, ela serve para justificar a vida social
vida pelos teóricos fundadores do chamado
pelo viés do frio interesse. Ali, ele lembra que
socialismo científico, o passado domina o pre-
não é da benevolência do açougueiro, do cer-
sente na medida em que nelas o capital, como
vejeiro ou do dono da padaria que podemos
8. WEST, Cornel. The ethical dimensions of marxist esperar o nosso jantar, mas das suas preocu-
thought. New York: Monthly Review Press, 1992, p. pações com os próprios interesses. E com-
xxi-xxii.
pleta: “dirigimo-nos, portanto, não aos seus
9. Esse ponto de vista aqui defendido, da inexistência
de um determinismo rígido em Marx é compartilhado espíritos humanísticos, mas aos seus inte-
por: MOURA, Mauro Castelo Branco de. Marx e o ceti- resses pessoais, jamais lhes falamos de nos-
cismo. In: Ensaios sobre o ceticismo. Plínio Junqueira
sas necessidades, mas das vantagens que
Smith e Waldomiro Silva Filho (orgs.). São Paulo: Ala-
meda, 2007, p. 173-194. eles auferirão” 12.
10. Na “Teoria dos sentimentos morais”, de Adam A questão é, portanto, situar o ponto de parti-
Smith, a escolha moral é justificada por preferências
puramente intuitivas. SMITH, Adam. Teoria de los sen- 11. MARX, Karl; ENGELS, Friedrich. Manifesto of the
timientos Morales. Mexico: FCE, 2004, p. 115-116. Tal Communist Party. In: Great Books of the Western World.
afirmação não nos deve levar a uma associação dessa London: Encyclopaedia Britannica, 1978, p. 426.
teoria com o que veio a se constituir no “emotivismo”, 12. SMITH, Adam. A riqueza das nações: Investigação
visto ser esta uma teoria meta-ética que aborda a lin- sobre sua natureza e suas causas. São Paulo: Nova
guagem moral e que se opõe às éticas normativas. Cultural, 1985, volume I, p. 50.

121
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

da da análise marxista da chamada vida espi- 2. O ponto de partida da abordagem


ritual da sociedade, aqui incluso a experiência marxista do direito e da luta de classes
moral e como se dá a concretização de uma em seu interior.
parte dela na chamada “forma jurídica”.
Portanto, o ponto de partida para o exame
Isso porque, no âmbito da filosofia, falar do
que se faz consiste em conceber a aborda-
caráter «ético» do direito tornou-se um topos
gem do marxismo, priorizando o seu aspecto
extremamente eficaz. Depois do decreto do
de filosofia da práxis, isto é, filosofia da ação
“fim da história”, das “grandes narrativas” e
humana, ética e política, mas vista como uma
da “globalização”, descobriu-se que a “ética”
perspectiva classista.
virou um tema da moda, levando à paradoxos
tais como se decretar que alguém não é ético, Diga-se, ainda, que se deva ter cautela com a
em ampla degeneração de toda uma con- amplitude do termo “marxismo”, problemático
strução filosófica, histórica e social em torno na medida em que os próprios fundadores
do termo. dessa corrente em mais de uma ocasião cui-
daram de lembrar, com algum sarcasmo (mas
Tal visão contaminou o direito (que em algum
também para evitar o autoelogio e o caboti-
momento se pretendeu substitutivo das de-
nismo típicos de um jacobinismo vulgar), que
mandas sociais) e da mesma forma que se
“não eram marxistas” 13 e que guardavam
propagou a “ética na política” - sem mesmo
cautela tanto com as deformações de sua
se explicitar de a sua abordagem é de caráter
elaboração devido a uma leitura vulgar de sua
formal ou material - passou-se a falar em ética
teoria, notadamente no campo das relações
como se fosse sinônimo do bem.
entre fenômenos estruturais e seus desdobra-
Por uma via ou outra de compreensão – isto mentos no campo da vida espiritual.
é, como sinônimo de “correção, do bom, do Acentue-se que, para Marx, a convergência
certo e do justo” - tal termo é algo deslocado rígida entre aparência e essência tornaria, por
no âmbito jurídico, que se guia por razão ins- um lado, a ciência, enquanto atividade expli-
trumental / estratégica e cuja eficácia se mede cativa / compreensiva do mundo, desprovida
pelos resultados e não pelos métodos (desde de qualquer papel14 e, por outro lado, desne-
– óbvio - que eles não firam ao ordenamento cessário qualquer esforço na busca de trans-
no qual o conflito é subsumido). formações sociais visto que, se inevitáveis,
O dilema dos moralistas que pretendem re- dispensariam qualquer ação humana.
formar não apenas as práticas dos que ope- Como tal mudança não ocorre deterministica-
ram no âmbito jurídico, mas o próprio caráter mente, o projeto de transformação do mundo
retórico-estratégico do direito tem as mesmas (explicitado na 11ª tese sobre Feuerbach) im-
bases daquele que conflitava a mentalidade põe, enquanto necessidade radical, a reflexão
moralista com a da crua economia política, acerca dos pressupostos filosóficos em que
conforme Marx assinalara nos “Manuscritos se assentam o tratamento dos problemas
de 1844”. de escolha moral no pensamento de Marx
É o que se verá a seguir, quando se discute e na produção filosófica de alguns dos seus
os elementos da abordagem marxista da mo- comentadores.
ral, com suas consequências no compêndio Diga-se desde logo que aqui se entende “ne-
de ilusões que formam as crenças quanto ao 13. Carta de Marx a Engels em 11 de novembro de
1882; também o mesmo comentário numa carta de En-
caráter supostamente justo do direito.
gels dirigida a Paul Lafargue em 27 de agosto de 1890.
Disponível em <www.marxists.org/letters>. Acesso:
26/08/2005.
14. MARX, Karl. O Capital. Livro III, 2º Tomo. São Paulo:
Abril Cultural, 1983, p. 271.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

cessidades radicais” enquanto aquelas que perceber questões subjetivas, o que servia tão
encarnam deveres coletivos que, por sua na- só para abrir caminho e justificar uma concep-
tureza, transcendem o capitalismo e, mesmo ção total da sociedade e de seus fenômenos18.
geradas em seu interior, não podem ser satis- A limitação de tais críticas é que a ideia de
feitas em tal regime social. Neste sentido, en- causalidade, nas formulações de Marx, não
tendemos de situar uma moralidade verdadei- era estrita e muito menos mecânica, mas
ramente humana como necessidade radical15 plena de uma série de pressupostos e condi-
e, do mesmo modo é necessidade radical de cionamentos. Como chamou atenção Engels,
uma sociedade verdadeiramente humana, a numa carta enviada a Bloch, a produção
superação de suas esferas parciais, notada- das ideias e valores (incluindo aqui a moral,
mente aquelas que se expressam pela ilusão a consciência jurídica) não pode ser tomado
jurídica. como reflexo mecânico da base econômica,
Tal forma de refletir acerca do problema da pois como deixa claro uma visão materialista
escolha moral e de suas determinações no da história, o elemento determinante final na
que concerne a forma jurídica, vista de uma história se situa na produção e na reprodução
maneira mais ampla, rompe o cerco da crí- da vida real.
tica que considera o pensamento de Marx Por isso ele afirma, em complemento: “se al-
uma forma de determinismo vulgar, esquema guém deforma isso dizendo que o elemento
teórico que corta e simplifica a realidade e que econômico é o único determinante, transfor-
só teria validade para explicar as sociedades ma aquela proposição numa frase abstrata e
pretéritas, e que hoje – no que se convencio- sem sentido”. 19
nou chamar, de forma vaga e acrítica, de pós- Para ele, a situação econômica é a base, mas
modernidade, conceituação que também se os vários elementos da superestrutura – for-
critica enquanto forma de enquadramento da mas políticas da luta de classes, formas jurí-
realidade social – não seria dotado de nenhum dicas e até os reflexos de todas essas lutas
interesse, a não ser meramente histórico16. na consciência dos participantes exercem
Assim, muitos dos que criticam tal visão dita influência sobre o curso das lutas históricas e
reducionista, do marxismo, acusam-no de do- em muitos casos preponderam, determinan-
minado pela ideia de uma causalidade restrita do-lhes a forma.
ao invés de trabalhar com o conceito de pos- Ora, visto dessa forma, a tese marxista pela
sibilidade.17 Do mesmo modo, e no mesmo qual a existência social dos humanos deter-
âmbito dessa crítica, o pensamento de Marx mina, em última instância, sua consciência é
seria nada mais que uma visão de mundo mo- válida, mas não num sentido mecanicamente
vida por um determinismo tacanho e inapto a determinista. O que o marxismo não postula é
15. HELLER, Agnes. Teoría de las necesidades em que a ética caracterizadora de uma sociedade
Marx. Barcelona: Península, 1986, p. 87, 102. baseada num modo de produção excludente
16. No fundamental, ainda que - pela época em que foi
da maioria seja transformada unicamente pelo
escrita sua tese de doutorado - não fosse possível para
Kamenka contextualizar e categorizar o que se chama esforço moral de indivíduos, ainda que bem
“pós-modernidade”, o seu diagnóstico da filosofia de intencionados e no restrito âmbito de suas
Marx vai na mesma direção exposta no parágrafo su-
pra. Ver: KAMENKA, Eugene. Los fundamentos eticos
del marxismo. Buenos Aires: Paidos, 1969, p. 29s. O 18. Como exemplo mais característico dessa interpre-
ponto de vista de Kamenka, construído a partir dos ref- tação temos POPPER, Karl. A sociedade aberta e seus
erenciais da filosofia analítica, é examinado em: WILDE, inimigos. Belo Horizonte: Itatiaia, 1974, p. 88-95 e p.
Lawrence. Marxism’s ethical thinkers. New York: Pal- 124-140, ambas as citações no 2º volume.
grave, 1988, p. 7-11. 19. ENGELS, Friedrich. Carta a Joseph Bloch, em 22
17. BOBBIO, Norberto. Qual socialismo?. In: O Marx- de setembro de 1890. Disponível em <http://www.
ismo e o Estado. Rio de Janeiro: Graal, 1979, p. 233- marxists.org/espanol/marx-engels/cartas/e.htm>.
251. Acesso em 23/12/2008.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

relações pessoais.20 filosofia marxista, seu conteúdo e papel nas


O argumento, geralmente utilizado, de que as sociedades contemporâneas.
ideias de Marx só seriam dotadas de valor his- O marxismo é, de fato, e isto já se encontra
tórico não apenas embute certo preconceito, claramente demarcado neste trabalho, uma fi-
como significa um fechamento às possibili- losofia voltada para a prática, mas aqui trata de
dades e contribuições que o conjunto de tal fixá-lo como percepção da filosofia não como
formulação pode dar às ciências humanas em atividade contemplativa, mas caminhando da
geral e ao pensamento filosófico em particu- abstração para a realidade, ou seja, para so-
lar. Tal argumento, além de algo simplificado, lucionar e enfrentar os problemas centrais do
pode ser tomado como cientificamente ques- agir do indivíduo perante o mundo da vida. E é
tionável, visto que – especialmente nas huma- a partir do marxismo, entendido como uma fi-
nidades – o pensamento sempre progrediu losofia posicionada socialmente e comprome-
ao levar em conta os acúmulos anteriores, tida com a transformação do estado de coisas
independente do espaço cronológico que nos existente, que fica claro o fim prático que a
separa de tal ou qual formulação. filosofia deve ter. 22
E ainda que os atos concernentes a tais es-
O materialismo dialético, como filosofia do
colhas resultem de opções políticas e de uma
comunismo, se põe exatamente como teo-
visão de mundo que já é - ela mesma - uma
ria dialética da realidade e também se coloca
escolha, a aplicabilidade de tais formulações
contra qualquer interpretação contemplativa
ao campo específico da filosofia e, ainda mais
da filosofia. Sua principal característica é a
da filosofia moral, torna-se questão de monta
de se reivindicar como uma filosofia da ação
na medida em que se constituem também em
humana.
formas de justificar o direito e a ação política.
O afastamento de um moralismo rígido pode ser Quando se localiza o marxismo a partir deste
compreendido na medida em que, se olhado viés, não se quer dizer com isso que apenas
em sua origem, os fundadores de tal corrente esta corrente teve isoladamente esta inquie-
de pensamento já lembravam que no âmbito tação epistemológica e social. Apenas vis-
de uma atividade verdadeiramente científica e lumbra-se nela um maior grau de coesão de
na compreensão do funcionamento da socie- foco nela em detrimento de pensadores, que
dade, bem como os meios necessários à sua apesar de toda contribuição dada, estavam
transformação, deve o cientista se abster de mais preocupados com a filosofia em seu ele-
usar termos rigidamente dogmáticos como os mento contemplativo, se assim se pode dizer,
de verdade e erro21. Esses conceitos, como num momento histórico do desenvolvimento
se sabe, aplicam-se em campos restritos da da filosofia, como se verá na terceira e última
atividade humana, visto que não podem ser parte deste artigo.
tratados como antíteses estáticas e sim como
limites determinados no interior dos quais os 22. Alguns comentadores, embora apontando autores
que prefiguram o que viria a ser uma “filosofia da práx-
fenômenos enquanto tais, e em sua concre- is”, reconhecem que sua verdadeira descoberta se dá
tude, se manifestam. Dito de outra forma tra- com Marx. Por todos, ver: MAGALHÃES, Fernando. A
ta-se de analisar filosoficamente os fenôme- linguagem da transformação: Maquiavel, Marx e a poe-
sia do futuro. Recife: [sem indicação], [sem data]. Mas
nos sociais, fazendo-o sob o foco da relação note-se que o termo tem sua primeira referência não
entre moralidade e práxis individual e/ou so- em Marx e sim um jovem hegeliano, August von Ciezs-
cial, discutindo-se qual o papel e o caráter da kowski, discípulo de Michelet, ortodoxo hegeliano. Para
ele a práxis era a síntese de pensamento e ação. Ver,
20. ASH, William. Marxismo e moral. Rio de Janeiro: sobre Ciezskowski: MACLELLAN, David. Marx y los jo-
Zahar, 1965, p. 138. venes hegelianos. Barcelona: Martinez Roca, 1969, p.
21. ENGELS, Friedrich. Anti-Dühring. [1877-1878].Rio 23; SCHAFF, Adam. O marxismo e o indivíduo. Rio de
de Janeiro: Paz e Terra, 1976, p. 75-77. Janeiro: Civilização Brasileira, 1967, p. 77.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

3. Moralidade implícita e a negação de belece uma concepção própria e original de


valores em si, prévios e superiores da se interpretar a ação humana, exatamente
moral, da forma jurídica e da luta de porque se propõe como condição prévia não
classes. se limitar à interpretação24.
Note-se, no entanto, em Marx, uma crítica
Assim, e munido de uma visão histórica da
explícita, veemente e radical da moral vigente,
moral, da ética e do direito, Marx intentou o
isto é, da moral positiva, constituindo-se numa
enfrentamento de problemas concernentes
negação dialética da moral posta e enquanto
ao agir humano tanto em textos da juventude
forma de conduta descrita e examinada na
como em sua fase madura, embora quanto
condição de um dado prévio, o que não si-
mais longe de seu amadurecimento intelectual
gnifica como resultante em prescrição de um
mais esses textos se aproximam das concep-
sistema moral alternativo à moralidade bur-
ções que viria a criticar na maturidade que se
guesa25. O que não quer dizer que eles não
podem colocar sobre a rubrica de um idealis-
percebessem um dado comum à vida social,
mo filosófico. Para alguns, só nos escritos de
percebido com extrema clareza por Gramsci:
juventude de Marx se explícita uma crença
não pode existir associação humana que se
na ética e que a moralidade pode se valer de
pretenda permanente e com capacidade de
regras efetivas para transformar mundo, sen-
desenvolvimento que não se sustente em de-
do sua teoria da revolução de então, fundada
terminados princípios éticos26. A questão que
sobre uma teoria ética.23
diferencia um tipo de sociedade de outra é
Desses textos de juventude, dedicaram-se, exatamente quais são esses princípios.
Marx e Engels, a esse empreendimento, de
Por isso, as indicações, ainda que esparsas
forma mais concentrada, entre outros escritos,
e não sistemáticas, da realização de um reino
na Critica da Filosofia do Direito de Hegel; nos
da liberdade não é senão uma consequência
Manuscritos econômico-filosóficos, no Mani-
ética de sua análise econômica, sendo a nova
festo Comunista, em passagens de O Capital,
sociedade em que reina a liberdade comunista
na Miséria da Filosofia, Sagrada família e Ideo-
compreendida como forma ética de ultrapas-
logia Alemã. Engels aborda-as mais especifi-
sagem da opressão27.
camente no “Anti-Dühring”(1877-1878) e no
“Sobre a autoridade”(1873), dentre outros. Por outro lado - e isso permite distinguir as
A concepção marxista acerca de tal questão críticas de Marx feitas ao padrão moral posi-
começou a delinear-se já em textos de juven- tivo, daquelas observações que ele faz e que
tude, tais como a “Carta ao pai”, escrita em
24. MARX, Karl. Teses contra Feuerbach [1845]. São
1837 – e que, junto com outros textos da fase Paulo: Abril Cultural, 1978, p. 49-53, XI Tese.
até 1845, foi objeto de nossa dissertação de 25. “A ideia de uma vocação moral do proletariado, a
mestrado, versando sobre o direito no jovem idéia de que a luta do proletariado se identifica à luta
pela libertação plena do ser humano, é solidamente en-
Marx. Mas, o conjunto da formulação de am- raizada no pensamento marxista”. Ver: GORZ, André.
bos só atingiu plenitude numa das obras de La morale de l’histoire. Paris: Éditions du seuil, 1997, p.
transição entre o que se chama jovem Marx 147. Já para outros autores, “a rejeição dos marxistas à
moralidade começa com o próprio Marx”. Ver: WOOD,
e o Marx maduro, a supracitada “Ideologia Allen. Marx against morality. In: A companion to ethics.
Alemã”, escrita em parceria com Engels, em (Edited by: Peter Singer). Massachusetts: Blackwell,
1845, e a partir da qual não apenas uma visão 1991, p. 511.
do caráter parcial da moralidade classista se 26. GRAMSCI, Antonio. Quaderni del carcere. (volume
secondo, q. 6-II: 1930-1933). Torino: Einaudi, 2007, p.
consolida, mas fundamentalmente se esta- 750.
27. É esse o sentido que VIEIRA aponta na leitura de
23. KAIN, Philip J. Marx and ethics. Oxford University Marx por Dussel. Ver: VIEIRA, Antonio Rufino. Marxismo
Press: New York, 1991, p. 12. e libertação. João Pessoa: UFPB, 2000, p. 102 e 104.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

constitui uma ética normativa - há que se dife- samento fundamentalmente descritivo e inter-
renciarem numa sociedade duas moralidades: pretativo e não uma filosofia ingenuamente
uma, comum e difusa, resultante do sistema prescritiva – pode levar a uma recepção
econômico e de relações historicamente exis- contemporânea de tal pensador, no sentido
tentes e outra na forma de incipiente ética muito mais do aproveitamento desse campo
superior e que é projeção de um mundo em teórico no estudo dos problemas de nosso
gestação nas entranhas da própria sociedade tempo.
atual e que poderá vir a ser, a depender dos Os problemas da relação entre escolha moral
esforços individuais e coletivos, o sistema que e o caráter científico da teoria podem ser vis-
poderá vir a se instaurar como nova morali- tos em Marx sob um duplo aspecto:
dade de um agrupamento dado.28
Em primeiro lugar deve-se assinalar que a
Veja-se que, por isso mesmo, que em Marx a questão da moralidade, em Marx, situa-se no
moral é relativa dado sua intersecção com a campo da crítica ao caráter parcial da moral
história e a consciência de classe (óbvio que burguesa e não da crítica a toda e qualquer
aqui se refere a uma consciência para si), o moral, o que seria um contrassenso, se se
que não o impede de, ainda que com uma percebe que o apelo pela transformação do
base científica, adentrar em considerações, mundo tem também forte teor ético. Desse
no fundo, morais, acerca dos fenômenos da viés ético é exemplo o trato da mediação feita
sociedade de classes, por exemplo, quando pelo dinheiro, entre a necessidade e objeto.
afirma que, do ponto de vista de uma socie- Para Marx, o dinheiro é o proxeneta entre as
dade superior, a propriedade privada da terra necessidades humanas e os meios de subsis-
é tão absurda quanto a propriedade privada tência. 30
de um ser humano por outro. Para ele, as pes-
Por isso, se neste trabalho comparece a tese
soas são “apenas possuidoras, usufrutuárias
pela qual há, no continente teórico fundado
da terra e, como bons pais de família, devem
por Marx, uma ampla teoria descritiva do mo-
legá-la, melhorada, às gerações posteriores”
vimento de realização do capital, também nela
29
.
comparece, ainda que em nível menor, não
O que Marx não se preocupa é com a síntese, sistematizada e nem sempre explicitada, um
com a negação da negação, isto é, com a for- conjunto de prescrições acerca de como as
mulação de um sistema ou de como a moral pessoas e o mundo devem ser, isto é, asser-
deveria ser, o que implicaria numa moral nor- ções de caráter prescritivo.
mativa ou moral de segunda ordem, enten-
No ponto de vista que aqui se defende, é ple-
dida esta como um discurso prescritivo sobre
namente possível advogar uma visão unitária
uma moral a ser constituída.
da primeira questão, isto é, da descrição do
Por isso a crítica mais recorrente ao marxismo real, por se tratar, em Marx, de ciência e por
– embora, chame atenção que tal crítica, em essa comportar a exclusão das teorias erra-
geral, não se estende a Marx – situa-se acerca das e sua substituição por outra, mais coe-
de um reducionismo explicativo e interpreta- rente com os fatos que pretende explicar e
tivo do mundo, de um determinismo finalista uma pluralidade de prescrições, pois aqui se
pelo qual seu ponto de chegada já estaria trata de escolhas com base em valores, ou
contido no próprio início da formulação. seja, de como sistemas morais os mais di-
Situar Marx em tal perspectiva – de um pen- versos podem ser propostos a depender da
28. PENATI, Eugenio. L’etica e il marxismo. Firenze: la perspectiva social na qual cada indivíduo se
Nuova Italia, 1948, p. 160. 30. MARX, Karl. Manuscritos econômico-filosóficos. In:
29. MARX, Karl. O capital. (Livro III, 2º volume). São FROMM, Erich. Conceito marxista do homem. Rio de
Paulo: Abril, 1983, p. 239. Janeiro: Zahar, 1983, p. 145.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

coloca. própria escolha moral, a partir da consciên-


A questão então é perceber que essa diferen- cia de classe, dado que, se somos parte de
ciação de visão acerca do problema da dis- um mundo objetivo, isto também significa que
tinção entre descrição do real e como o ser agimos objetivamente ou, nos termos do pró-
humano deve agir diante dele, ocorre por al- prio Marx:
gum fator e a hipótese desta tese aponta para O ser que é objetivo age objetivamente, e não
a questão da chamada consciência de classe agiria objetivamente se o objetivo não fosse
acerca dos problemas, o que não exclui, em parte da natureza mesma de seu ser. Ele cria
não sendo determinista, a questão das escol- e estabelece objetos porque é estabelecido
has, fator que Marx nunca subestimou, embo- pelos mesmos – porque no fundo é natureza.
ra não fosse centro de seus estudos. 31 No ato de estabelecer este ser objetivo não
Em segundo lugar, suas formulações, espe- desce de uma “atividade pura” para a criação
cialmente as que – mesmo de forma indireta do objeto. Ao contrário, seu produto objetivo é
– dizem respeito aos problemas do agir, cho- apenas a confirmação de sua atividade obje-
cam-se tanto com as visões idealistas quanto tiva. 32
com aquelas tendentes a eliminara hipótese O ser humano se expressa, conforme sua na-
de que a moralidade tem uma inserção na tureza social, no esforço - que é também so-
consciência de cada grupo social, dado que cial - de produção das condições de reprodu-
para estas concepções (de teor também ção da vida. Se ele produz socialmente, mas
idealista) a moral e o direito seriam resultantes não se apropria do mesmo modo é porque
da evolução geral do espírito humano e não ainda não descobriu, em todos os terrenos,
fenômenos socialmente constituídos. Res- inclusive no que concerne ao âmbito moral,
salve-se que, no tocante às visões idealistas, que outra forma de sociabilidade é possível.
a moral e o direito são dados prévios e fora da Isso gera um conflito entre as diversas formas
história, algo que uma teoria materialista do de justificação do existente (políticas, morais,
direito e da moral devem rejeitar, na medida jurídicas) e as escolhas (políticas, morais, jurí-
em que relações sociais (bem como a moral dicas) em favor de outra forma de vivência
e o direito estruturados por tais relações) não que, em tendo se tornado classe para si, e não
podem ser compreendidas por si mesmas. apenas classe em si, torna-se possível pelo
A postura aqui defendida interdita uma análise fato de que, para Marx, o desenvolvimento
superficial que enquadre a concepção de das contradições de uma forma de produção
Marx tanto como uma rendição a um sensua- histórica é a única via que conduz, ao mesmo
lismo/empirismo estreito bem como se afasta tempo, à sua dissolução e à estruturação de
de uma atitude idealista que coloca em últi- uma nova configuração. 33
ma instância a moral como um dado prévio a Assim, ainda que não sistemática e não explí-
qualquer fator social. Por isso não se trata de cita, a sua concepção de moral, ética e direito
uma contradição lógica se ter um Marx advo- era concreta e afastada de qualquer idealis-
gando que as relações sociais – e, por conse- mo. E por isso sua recusa a fundar sua visão
quência, a própria moralidade – evoluem e de mundo numa concepção de moral como
transformam-se, e esse mesmo pensador, ao fez Smith, que partiu de uma teoria moral para
mesmo tempo, advogar o caráter científico constituir uma explicação da vida econômica.
de sua teoria que, ao ver dessa tese, também
32. MARX, Karl. Manuscritos econômico-filosóficos.
pode oferecer um modelo explicativo para a
São Paulo: Boitempo, 2005, p. 126-127.
31. Veja-se, por exemplo, sua constante preocupação 33. MARX, Karl. O capital: crítica da economia política.
com o papel e funções da ideologia, notadamente na [1867]. São Paulo: Abril Cultural, 1983. Volume I, Livro
Ideologia Alemã e em A sagrada família. 1°, Tomo 2, p. 90.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Sua opção está em explicar a moral pela in- pretensão em se abordar uma “história natural
fraestrutura, na medida em que os sistemas do bem e do mal”. Ele chama atenção para
morais resultam de relações sociais fundadas o fato de que aquilo que os filósofos enten-
em interesses concretos, boa parte dos quais dem como fundamento da moral nada mais
têm expressão econômica em negócios e re- era que uma forma da moral dominante. Em
lações mercantis. outras palavras, os filósofos, desejando esta-
Note-se que em Marx esses interesses são belecer os fundamentos da moral, acabam
tratados como fenômenos concretos na me- por tratá-la como algo dado e previamente
dida em que eles não constituem uma cate- determinado. Como ele criticou com extrema
goria filosófico-social de caráter geral (o que precisão: nas chamadas ciências morais fal-
reduziria o marxismo a uma variante do utili- tam os próprios problemas morais. 36.
tarismo), além do que, como observa Agnes O outro, Habermas, alerta que a ética obtém
Heller, a generalização filosófica do primado seu conhecimento num diverso enquadra-
do interesse nada mais do que refletir o ponto mento metodológico não nos cabendo enco-
de vista espiritual da sociedade capitalista. 34 brir que as racionalizações acerca da mesma
O problema, conforme ele mesmo aponta, é servem, muitas vezes, para mascarar com
que as mercadorias não têm vida autônoma pretextos legitimadores os motivos reais de
e não podem por si mesmas ir ao mercado e nossas ações.37
se trocarem. Sendo assim, lembra que nos- Como Marx (e os marxistas, em geral) sempre
so olhar deve se voltar para os seus possui- criticaram veementemente os sistemas morais
dores: as mercadorias são coisas, e para que que ignoravam (ou procuravam justificar) as
se refiram umas às outras é preciso que seus divisões de classe na sociedade, os movimen-
proprietários se relacionem entre si como pes- tos e ativistas que incorporaram esse projeto
soas e, portanto, reconheçam-se reciproca- de transformação radical da sociedade foram
mente como proprietários privados35. E isto se frequentemente acusados, como notou um
dá porque a ética, cuja matéria central é o va- estudioso do problema, de não terem princí-
lor e a escolha, não é susceptível dos mesmos pios éticos38. Ocorre que quando ele e Engels
métodos de confirmação científica de outros afirmam que os comunistas não pregam nen-
ramos científicos. huma moral e nem impõem mandamentos
A afirmação do caráter de classe da moral e morais do tipo ‘amai-vos uns aos outros’ ou
do direito não pode ser refutada como uma não centram sua atividade em apregoar que
fixação dos marxistas é demarcar tudo com o as pessoas não devem ser egoístas é porque
selo da luta de classes. Pensadores que não tinham claro que “em certas condições,
podem ser acusados sequer de afinidade com egoísmo ou abnegação são tão somente
o campo de reflexão fundado por Marx ou formas pessoais e necessárias à luta pela
mesmo outros que já não se colocam como sobrevivência”39.
marxistas, chegam, por outros caminhos, a Com tal crítica não se está, parece óbvio, criti-
conclusões semelhantes. E, neste final do tra- 36. NIETZSCHE, Friedrich W. Para além do bem e do
balho, nos limitaremos a dois: mal ou prelúdio de uma filosofia do futuro (Tradução:
Marcio Pugliesi). São Paulo: Hemus: 2001, p. 98-99.
Nietzsche, ao tratar do problema em uma de 37. HABERMAS, Jürgen. Técnica e ciência como
suas obras, discorre duramente acerca da “ideologia”. Lisboa: Edições 70, 1997, p. 138-140;
HABERMAS, Jürgen. Conhecimento e interesse. Rio
34. HELLER, Agnes. Teoría de las necesidades en de Janeiro: Guanabara, 1987, p. 344-345.
Marx. Barcelona: Península, 1986, p. 66. 38. ASH, William. Marxismo e moral. Rio de Janeiro:
35. MARX, Karl. O capital: crítica da economia política. Zahar, 1965, p. 159.
[1867]. São Paulo: Abril Cultural, 1983. Volume I, Livro 39. MARX, Karl; ENGELS, Friedrich. A ideologia Alemã.
1°, Tomo 2, p. 79. São Paulo: Boitempo, 2007, p. 241-242.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

cando toda e qualquer forma de moralidade e pela negativa da questão. A moral relativista -
sim sua forma hipócrita, visto que não se trata assim entendida como a concepção pela qual
de julgar pessoas por agirem da forma a qual toda atitude, qualquer que seja, é válida, pelo
estão socialmente condicionadas e sim de cri- que nada tem em comum com a posição que
ticar e superar as condições mesmas que as defende que a moral é relativa historicamente,
fazem agir de um e não de outro modo. ou seja, que cada sociedade constrói sua
Por não ser uma escatologia em que o fim já moral - já foi apropriada pela cultura burguesa
esteja pré-fixado, a concepção fundada por onde se instaurou o vale-tudo.
Marx, ainda que seja uma interpretação cientí- E é disso que se trata quando se examina o
fica do real, depende da ação humana (por- contexto contemporâneo e o relativismo moral
tanto, de escolhas de como agir), pois, como dele resultante e se há uma aptidão, descritiva
ele mesmo adverte, examinando a experiên- e prescritiva, do continente teórico fundado
cia de humanização, da mesma forma que o por Marx, para responder aos problemas éti-
selvagem, o ser humano socializado também cos enquanto reflexos do estranhamento pro-
deve lutar com a natureza para que obtenha duzido pela separação do produtor do pro-
satisfação de suas necessidades, para que duto de sua criação.
mantenha e reproduza a própria vida, em to- Por isso é que a tradição marxista adotou uma
das as formações sociais e em todos os mo- atitude de reserva em relação ao trato ideali-
dos de produção. zado tanto da moralidade quanto do direito,
Com o seu desenvolvimento, esse reino das em razão do caráter centralmente instrumen-
necessidades se expande em consequên- tal – e não como valor fundante – de ambos.
cia de seus desejos, mas, ao mesmo tempo, E, embora focando seus esforços no desnu-
as forças produtivas que satisfazem a esses damento do caráter de classe (e – também –
desejos também se desenvolvem. A liber- por essa razão, instrumental) do direito, bem
dade, nesse âmbito, só pode consistir do ho- como mantendo reserva nos projetos de uma
mem socializado, dos produtores associados moral universal, construída por cima e por
regulando racionalmente seu intercâmbio com fora dos antagonismos sociais, a concepção
a natureza. marxista, ainda que de forma nem sempre ex-
Isso se dá, prossegue Marx, com o desgaste plícita, não tem posição rigidamente de princí-
mínimo de energia e sob condições mais fa- pio contra toda e qualquer moral.
voráveis e dignas de sua natureza humana. O que a formulação dos fundadores dessa
Mas tal reino continua, apesar disso, um re- corrente sempre chamou atenção é que a
ino da necessidade. Além dele começa o de- abstração da moral conduziria a modelos de
senvolvimento da energia humana que em si fusão, por exemplo, entre as concepções
um fim, o verdadeiro reino da liberdade que, materialistas e históricas da moral com éti-
no entanto, só pode florescer tendo por base cas de matriz não materialista (a de Kant, por
esse reino da necessidade40. exemplo) que tendem a substituir a luta aberta
Esse quadro de produção e reprodução de va- pela transformação da sociedade pela crença
lores a partir de uma referência social e de for- segundo a qual a emancipação seria alcança-
ma imanente poderia instaurar um relativismo da pela via da reforma moral e de imperativos
moral pelo qual qualquer moralidade - mesmo éticos pelos quais o que deve ser necessaria-
a mais antissocial - estaria justificada? Desde mente seria / será.
já antecipamos que nosso entendimento é Tal modelo de um imperativo ético em favor
do socialismo nubla a questão que a teoria de
40. MARX, Karl. O capital. São Paulo: Abril, 1983, Livro Marx é uma práxis de transformação em torno
III, 2º volume, p. 273.

129
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

de sujeitos coletivos os quais, ainda que movi- MARX, Karl. Teses contra Feuerbach [1845]. São
das por escolhas de contra quem e a favor de Paulo: Abril Cultural, 1978.
quem pugnar (portanto, em um dado aspecto, _____. «Manuscritos econômico-filosóficos». In:
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escolhas morais) o fazem em razão do lugar de Janeiro: Zahar, 1983.
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130
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Les grèves de mineurs de mettent un terme à l’agitation sociale et poli-


tique qui entoure le conflit algérien. L’économie
1963 dans les Lorraine(s) du française ensuite, profondément impactée par
fer et du charbon : Autopsies les conséquences de la guerre d’Algérie d’une
part et du plan d’austérité Pinay-Rueff d’autre
croisées de deux sorties de part, affiche des indicateurs qui invitent à l’op-
timisme. Sur un plan politique enfin, le régime
conflits de la Cinquième République apparaît désor-
mais comme stabilisé. Ainsi, les résultats du
Sylvain Cothias* référendum du 28 octobre 1962 et la confor-
table victoire acquise par l’UNR-UDT lors
des élections législatives de novembre 1962
En mars 1963, la corporation minière impose témoignent de l’ancrage du pouvoir gaulliste.
un intense rapport de force au pouvoir gaul- C’est dans ce climat euphorique que la nou-
liste. En Lorraine en particulier, ce conflit dont velle majorité promet une année «  sociale  ».
on célèbre le cinquantenaire marque la mé- La régie Renault, entreprise publique, montre
moire. Rappelons que ce territoire dispose du alors l’exemple en accordant une quatrième
plus important gisement de fer français, et du semaine de congés payés à ses salariés. Très
second s’agissant de la houille. Les grèves rapidement cependant, le gouvernement tente
de 1963, les plus longues que la région ait de freiner la généralisation de telles avancées
connues, impactent donc profondément sa sociales, par crainte d’une reprise de l’inflation.
vie économique et sociale. Si elles témoignent C’est ce contexte qui nourrit le net rebond des
du déclin des branches industrielles les plus conflits du travail qui jalonnent l’année 19631,
anciennes dont fait partie le secteur minier, un phénomène que l’on observe en France,
elles surgissent néanmoins de façon inatten- mais également dans l’ensemble de l’Europe
due dans un climat social et politique a priori Occidentale2. En France en particulier, les
serein. 1. De 2 millions de journées de travail perdues en 1962,
En effet, les accords d’Evian de mars 1962 l’on passe à 5,9 millions en 1963. Les mineurs y contri-
buent à hauteur de 3,6 millions (cf. Liaisons sociales,
* Doctorant en Histoire contemporaine, EA ARCHE n° 114, a. 64, Paris, 20 oct. 1964).
(Arts, civilisation et histoire de l’Europe) - Université de 2. Grève générale de l’hiver 1960-61 en Belgique, grève
Strasbourg des mineurs italiens de février-mars 1963, grèves de

131
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

grèves de mineurs constituent le symbole de c’est la solidarité envers les mineurs de houille
cette année de conflits sociaux, en raison de qui motive leur engagement, les syndicalistes
leur durée, de leur caractère unitaire, et de leur locaux saisissent cette opportunité pour faire
impact médiatique. avancer leurs propres revendications. Mais les
En effet, les mineurs se positionnent alors en refus obstinés et réitérés du patronat sidérur-
première ligne. Il faut dire que loin de coller gique devant toute perspective de négociation
au modèle de prospérité que nous venons de radicalisent le conflit. Ce dernier qui devait ini-
décrire, la corporation minière fait figure d’ex- tialement durer quarante-huit heures, s’enlise
ception. Les effectifs sont en baisse depuis et se mue en grève illimitée.
1958, l’avantage salarial accordé à la profes- Notons aussi que les conflits étudiés ici dé-
sion minière tend à s’éroder ; quant au temps bouchent tous deux sur des victoires. Les mi-
de travail hebdomadaire effectif, proche des neurs de charbon obtiennent ainsi une hausse
44 heures, il est le plus élevé de la CECA. de salaire de dix pour cent sur un an, la qua-
Enfin, l’ensemble des mineurs s’inquiète au trième semaine de congés payés ainsi qu’une
cours de l’année 1962 des projets gouverne- prime forfaitaire de vingt francs. Par ailleurs,
mentaux visant à réformer la sécurité sociale ces nouveaux acquis sont garantis par un ac-
minière et à remettre en cause la gratuité des cord national, paraphé avant même la reprise
soins. Ainsi, lorsque le conflit éclate en 1963, du travail, ce qui constitue dans la profession
c’est d’abord et en grande partie parce que une première depuis 1936. Quant aux mineurs
« les premiers ouvriers de France » se sentent de fer, s’ils acquièrent également la quatrième
laissés pour compte d’une économie dont ils semaine de congés, ils imposent surtout une
avaient pourtant assuré le redémarrage à la suspension du vaste plan de licenciements
Libération. Quant aux mineurs lorrains, ils ne qui les frappe au début de l’année 1963. Ils
sont pas en reste, et prennent une part active contraignent alors les exploitants privés à
et stratégique dans ces grèves3. négocier le contenu de ce plan dans le cadre
Ainsi, ceux du bassin houiller participent acti- d’une table ronde placée sous la tutelle des
vement à la grève nationale du rendement de services de l’État. Une « première »5 qui établit
quinze jours, appelée par la CGT et FO le 14 une genèse des plans sociaux tels que nous
janvier. Ils se joignent aussi à la grève unitaire les connaissons aujourd’hui.
et générale des mines de charbon du 1er mars Si nous souhaitons revenir sur ces conflits, l’un
au 4 avril. Enfin et surtout, c’est aux mineurs des épisodes les plus glorieux de la corpora-
lorrains qu’il revient d’affronter en premier, et tion, c’est moins pour questionner les conflits
avec succès, les décrets de réquisition signés eux-mêmes que leurs conclusions et carac-
par le général de Gaulle, décret qui frappe tères victorieux. S’ils débouchent sur des vic-
cette grève d’illégalité, à compter du 4 mars4. toires politiques et symboliques certaines sur
Les mineurs de fer quant à eux, sont en grève le pouvoir gaulliste, témoignent d’un renouvel-
du 1er au 20 mars. Si dans un premier temps, lement de l’action syndicale, une analyse fine
1962-63 en Espagne, grève de la métallurgie badoise de ceux-ci nous amène à pondérer ce constat.
(RFA) en mai 1963 pour ne citer que celles-ci. Ainsi, les processus de sortie de ces grèves en
3. COTHIAS S., La grande grève des mineurs de 1963
général, et la reprise du travail en particulier ne
dans le bassin houiller lorrain, Université de Strasbourg,
mémoire de master, 2011. 5. Si cette concertation d’un plan social collectif consti-
4. Le décret est signé le 2 mars en vertu de la loi du 11 tue un affront pour le patronat minier et une première
juillet 1938 sur l’organisation de la Nation en temps de aux yeux des organisations syndicales en général, et de
guerre. Elle est fréquemment invoquée — 1953, 1959... la CGT en particulier, elle ne constitue pas une première
— pour briser les grèves. Ce lundi 4 mars 1963, premier à proprement parler. Un plan social collectif portant sur
jour de réquisition, le bassin lorrain, bastion électoral plusieurs centaines d’ouvriers est ainsi négocié dès
gaulliste, est le seul bassin d’exploitation important où 1951-52 au sein de la SAEM Pechelbronn qui exploite
l’on travaille. le pétrole alsacien.

132
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

se sont pas déroulés sans contestation, bien que peuvent prendre ces sorties de conflits
au contraire. Il faut également rappeler les pra- en Lorraine. Pour ce faire, nous nous appuie-
tiques constantes des exploitants miniers qui rons sur la littérature existante autour de ces
visent sitôt la grève terminée à limiter les pertes événements, mais surtout sur les nombreux
comptables et symboliques occasionnées par matériaux générés par ce conflit social. Parmi
la grève, mais aussi les acquis sociaux dont ceux-ci, on trouve les presses régionales et
cette dernière est porteuse. syndicales, mais pas seulement. Il nous faut
Mais force est de constater que les travaux souligner l’importance des fonds issus de la
existants sur ce conflit ne permettent pas d’ap- direction des Houillères du Bassin de Lorraine,
porter de réponses satisfaisantes à cet égard. de la direction du service des mines de Metz,
Le plus souvent, elles éludent la question ou ainsi que ceux issus de la mission préfecto-
tendent à remettre en cause le bien-fondé rale extraordinaire mise sur pied par l’État pour
même d’un mouvement social qui marque le faire face à la crise qui secoue le bassin ferri-
début d’une récession minière inexorable et fère10. Outre les informations factuelles liées à
incomprise des mineurs et syndicalistes de ces grèves, l’intérêt majeur de ces fonds réside
l’époque (Conlonjou H., 1990 ; Noé J-B, 2010). dans les retranscriptions souvent complètes
Ainsi, seules les publications de Michel Pige- des multiples réunions paritaires, de concerta-
net6 et d’Achille Blondeau7 abordent les sor- tion et de négociation jalonnant le conflit, mais
ties des grèves de 1963. Le premier rappelle surtout l’après-conflit.
les difficultés rencontrées lors de la reprise du Néanmoins, ce n’est qu’après avoir préalable-
travail sous des considérations nationales. Le ment relevé les similitudes et dissemblances
second, acteur des négociations nationales de deux espaces sociaux du fer et du charbon
de 19638, évoque également et avec fran- que nous questionnerons les décisions moti-
chise ces difficultés, les formes et motivations vant la sortie de conflit, ainsi que leurs récep-
qu’elles épousent à la CGT, de la reprise du tions par la base. On saisira ensuite l’action
travail du 5 avril, jusqu’au congrès de sa fédé- réactionnaire des exploitants miniers, et la ré-
ration qui se tient à Liévin du 21 au 25 octobre plique ouvrière devant celle-ci.
19639. Néanmoins, ces deux publications ne
permettent pas de saisir pleinement les enjeux Les grèves de 1963 en Lorraine  :
soulevés par ces sorties de conflits, en parti- éléments contextuels.
culier s’agissant de leur implication concrète Avant d’aborder ces sorties de conflits, il
sur l’espace social, l’entreprise et ses agents convient d’apporter quelques éléments
locaux. contextuels propres aux univers sociaux du
Toujours est-il que c’est par une approche fer et du charbon lorrain, ainsi qu’aux spécifi-
comparative, et la mobilisation d’invariants que cités locales des grèves étudiées. Rappelons
nous comptons relever les différentes formes d’abord que le bassin houiller lorrain s’inscrit
6. PIGENET M., « La grève des mineurs de 1963 » in dans l’est du département de la Moselle ; tan-
Histoire des mouvements sociaux, Paris, La décou- dis que le Pays-haut lorrain se situe à cheval
verte, 2012, pp. 461-62 ;
7. BLONDEAU A., 1963, Quand toute la mine se lève,
sur l’ouest de la Moselle, et l’est de la Meurthe-
Paris, Messidor, 1990, pp. 129-32. et-Moselle, sur un axe allant de Luxembourg
8. Ce dernier est alors l’un des secrétaires nationaux jusqu’à Nancy. Si la famille de Wendel a long-
de la Fédération du sous-sol CGT. Il est aussi l’un des temps été propriétaire d’exploitations dans les
membres de la délégation CGT qui négociera l’accord
syndicats-charbonnages qui mettra un terme à la grève. deux espaces, ces derniers présentent des
Son ouvrage témoignage constitue ainsi une source
très intéressante pour comprendre ce conflit social. 10. L’ensemble de ces fonds est consultable aux ar-
9. cf. Le droit minier, Paris, FNTSS-CGT, nov. 1963 [le chives départementales de la Moselle, sur les sites de
compte-rendu du Congrès y est reporté]. Saint-Julien-les-Metz et de Saint-Avold.

133
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

historicités économiques et syndicales bien de 90 % des voix lors des élections de délé-
distinctes. Le constat reste similaire s’agissant gués-mineurs de 1961 —, le bassin houiller
des grèves de 1963. se distingue par une représentation syndicale
Les houillères du bassin de Lorraine, nationali- composite et équilibrée. Ainsi, chacune des
sées en 1946, constituent un vaste conglomé- organisations ouvrières compte des sièges
rat intégré qui mêle les métiers de l’extraction ou usines qui constituent pour elles des bas-
et de la valorisation de la houille. Ainsi, le terrain tions. La CGT, fait rarissime, n’est majoritaire
du rapport de force permettant d’obtenir des que chez les seuls ouvriers du fond ; toutes les
acquis s’en trouve modifié depuis la Libération autres catégories de personnels — à l’excep-
et doit être national. À ce titre, l’engagement tion des ingénieurs ralliés à la CGC — portent
en 1963 du bassin lorrain qui n’est pas connu majoritairement leurs suffrages sur le syndicat
pour être le plus vindicatif est indispensable à chrétien CFTC.
tout rapport de force. Par ailleurs, ce rapport En dernier lieu, s’agissant des revendications
est essentiellement dirigé contre l’État dont les portant ces deux conflits, on doit consta-
rôles sont multiples en matière d’affaires char- ter qu’en dépit des nombreuses similitudes
bonnières. Outre ses fonctions régaliennes de contextuelles, la réification revendicative ne
maintien de l’ordre, il est aussi et à la fois ex- s’opère pas sur les mêmes points. Notons
ploitant minier, grand organisateur du marché d’abord que l’économie française voit une
charbonnier français et de son exploitation, et partie de ses branches — mines, sidérur-
garant de la législation sociale minière et du gie, textile — décliner. Pour ce qui concerne
statut l’encadrant11. le secteur minier en particulier, ce dernier est
L’industrie du fer n’ayant quant à elle pas été de plus en plus concurrencé par les minerais
nationalisée, c’est toujours face à une myriade importés. Enfin, les deux industries sont tou-
d’exploitants privés issus des grandes familles chées par une diminution des débouchés et le
patronales et sidérurgiques que les mineurs vieillissement de certains gisements.
doivent lutter pour obtenir de nouveaux ac- Ainsi, dès 1959, le Plan Jeanneney acte la ré-
quis, et ce, malgré le statut national du mineur gression de la production française de houille,
dont jouissent également les mineurs de fer. et sa stagnation dans le bassin lorrain. Par
En conséquence, le succès de 1963 réside ailleurs, une politique de déflation des effec-
alors dans la capacité des syndicats à mobili- tifs entamée en 1958 provoque une baisse
ser l’ensemble des mineurs, en dépit d’exploi- de 10 % du personnel des HBL entre 1958 et
tations privées particulièrement morcelées, et 1963, jetant l’incertitude sur l’avenir de la pro-
d’un patronat puissant et organisé au sein de fession. Les gueules noires subissent égale-
l’ASSIMILOR12, dépositaire locale de l’UIMM ment les conséquences de la politique d’aus-
et de l’ancien Comité des Forges. térité salariale engagée par le plan Piney-Rueff
Par ailleurs, la représentativité syndicale pré- de 1958. C’est autour de cette question des
sente aussi de fortes disparités dans les deux salaires qui accusent un retard de 11 % sur le
espaces. Si la CGT dispose d’une position salaire ouvrier moyen que se cristallise d’ail-
monopolistique dans le Pays-haut — plus leurs le conflit des mines de charbon. Et c’est
la conclusion d’un accord national sur ce point
11. Notons que le statut du mineur ne constitue pas
une convention collective négociée entre partenaires en particulier, le 3 avril qui motive la reprise du
sociaux. Ce statut qui encadre la législation sociale mi- travail de mineurs qui viennent d’obtenir une
nière est adopté en février 1946 par l’Assemblée natio-
hausse de salaire immédiate de 8 %.
nale et a donc force de loi.
12. L’Association de la Sidérurgie et des Mines de Fer Les mines de fer de leur côté perdent éga-
de Lorraine réunit l’ensemble du patronat de l’industrie lement 10 % de leurs personnels entre 1959
lorraine du fer. Son secrétaire général et représentant et 1962 tandis que les ouvriers mineurs sont
lors des négociations est M. Roland LABBE.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

régulièrement touchés depuis 1961 par des exploitants privés qui n’y étaient pas habitués.
pertes de salaires induites par une baisse très Le préfet exige aussi de ces derniers la sus-
importante de l’activité et donc du temps de pension des licenciements, ce qu’il obtient le
travail. Ce dernier passe ainsi de 44 heures 17 mars, et des syndicats une reprise du travail
à 40 heures, voire 32 heures dans certaines qu’ils consentent le 18 mars, ce qu’accepte
mines. Devant ces difficultés économiques, difficilement la CGT, et davantage encore la
plusieurs mines sont menacées de ferme- CFTC. Si les deux organisations ouvrières
ture en 1961 dont celle d’Aubrives. En 1963, cautionnent la concertation qui doit s’ouvrir le
les projets de restructuration redoublent13 et 25 mars, c’est d’abord en raison de la supervi-
touchent la plupart des petites exploitations sion administrative de celle-ci dictée au patro-
minières qui ne sont pas adossées à une ins- nat local ; mais également pour préserver une
tallation sidérurgique locale. C’est donc en capacité de mobilisation substantielle en cas
premier lieu l’arrêt des licenciements collec- d’échec des pourparlers.
tifs projetés qui mobilise les mineurs de fer, À l’inverse, dans un contexte de réquisition,
ce qu’ils obtiennent le 18 mars. En effet, sous les mineurs lorrains s’investissent dans un
la pression des pouvoirs publics, le patronat conflit total et maximaliste qui engage tous
consent une suspension de ce plan social, le les syndicats et l’ensemble des catégories de
temps d’une concertation avec les organisa- personnels, ingénieurs compris. De plus, il est
tions syndicales. rapidement entendu pour les organisations
Si les contextes économiques auxquels sont ouvrières que seule la conclusion d’un accord
confrontés ces deux univers présentent des national est susceptible d’autoriser une reprise
points communs, les traductions revendica- du travail. Il faut dire que les pouvoirs publics
tives autour desquelles se cristallisent les deux ignorent les revendications minières depuis
conflits sont différentes, et expliquent alors 1958 déjà, et que cette attitude se maintient
pour partie les motivations entourant la sortie au cours du conflit. C’est en effet après vingt-
de ces grèves. trois jours de grève seulement que la première
négociation sérieuse est convoquée. Et c’est
Motivations, légitimations et réceptions lorsque l’accord national est validé le 3 avril
de la reprise du travail. au soir que les syndicats appellent à la reprise
Ce sont les mineurs de fer qui sont les pre- pour le 5 avril. Ajoutons aussi que la conclu-
miers à reprendre le travail le 21 mars, après sion de ces négociations s’explique pour par-
que leurs syndicats décident de « suspendre » tie par une dégradation de la situation sociale
le mouvement. Il faut dire qu’après douze jours du bassin lorrain. Ainsi, Achille Blondeau nous
de grèves, et la très médiatique marche du 13 indique que si « Les piquets sont plus présents
mars des gueules jaunes sur la capitale, le pour assurer la sécurité des installations de
gouvernement reste particulièrement soucieux surface que pour empêcher une minorité de
de circonscrire l’agitation sociale aux seuls travailler, ce n’est pas le cas en Lorraine »14.
charbonnages. C’est à cette fin qu’il confie au Outre les motifs différents qui entourent les dé-
préfet de Metz, M. Jean Laporte, une mission cisions syndicales de reprise du travail, il faut
administrative extraordinaire visant à résoudre caractériser les médias utilisés par les orga-
la crise des mines de fer. C’est au fonction- nisations pour légitimer celles-ci auprès de la
naire que revient la charge de renouer le dia- base ainsi que les réactions et réceptions de
logue et de superviser les négociations à venir, cette dernière devant ces décisions. Or là en-
imposant par la même une tutelle publique aux core, la situation diffère dans les deux régions.

13. cf. BIARD R., Les mines de fer de Lorraine. Une 14. BLONDEAU A., Opus cité, Paris, Messidor, 1990,
richesse nationale en péril, Paris, éd. sociales, 1966. p. 113.

135
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Dans le Pays-haut, consécutivement à vementé. Le Comité […] voulait que ce soit le


l›acceptation par les syndicats d›une éventuelle meeting de la victoire. Ce fut surtout l’occa-
suspension du mouvement, on s›attelle le 20 sion d’une explication passionnée »18. En dépit
mars à l›organisation de réunions et de réfé- d›un vote à main levée autorisant la reprise,
rendums visant à expliquer et valider les déci- les syndicalistes et négociateurs nationaux
sions syndicales. Ces rencontres, convoquées présents qui expliquent la teneur des accords
dans chaque localité et cité du bassin ferrifère, sont copieusement sifflés trois heures durant,
sont particulièrement bien organisées. Les ré- en particulier ceux issus de la CGT. Quant à
sultats des référendums sont quant à eux cen- la reprise du travail du 5 avril, elle s›avère diffi-
tralisés à Piennes (54) où se situe le siège de la cile ; les archives des houillères en témoignent.
fédération régionale des mineurs de fer et de Au siège Simon à Forbach, le délégué CGT
sel de l›Est, et dans lequel se tient la majorité est ostensiblement ignoré. À Marienau, il «  a
des réunions intersyndicales contemporaine été sifflé par les ouvriers qui l’ont prié de dis-
du conflit. Si les débats sont vifs en général, paraître sinon ils lui feraient un mauvais sort ».
particulièrement houleux dans certaines loca- Dans certaines localités enfin, l›agitation dé-
lités minières — en particulier à La Mourière15 borde des carreaux. Ainsi, à Behren-les-For-
où l’on s’y reprend à deux reprises pour le vote bach, le 4 avril au soir, les services de rensei-
—, la suspension de la grève est acceptée gnement des houillères rapportent le contenu
dans l’ensemble des bureaux de vote et ava- d›une réunion d›information de la CGT : « 600
lisée par 90 % des mineurs16. Par ailleurs, les ouvriers [...] s’étaient réunis [...]. Wallisch et
syndicats veillent à la publicité des résultats en Maurer E19. ont voulu prendre la parole. Ils
les diffusant dans la presse locale et syndicale. ont été hués par les ouvriers qui déchiraient
En conséquence, la reprise du travail du 21 leurs cartes syndicales et menaçaient les deux
mars se déroule sans aucun enthousiasme, dirigeants syndicaux, qui ont filé à l’anglaise.
mais dans le calme, à l’exception du siège de Lorsque Maurer était sur le point de partir [...],
La Mourière dans lequel un mouvement caté- un groupe d’ouvriers tentait de renverser la
goriel de bowetteurs17 entraîne un lock-out voiture, mais les gendarmes les ont refoulés.
général de quarante-huit heures. Les deux points essentiels du mécontente-
À contrario, dans le bassin houiller, le pro- ment des ouvriers sont  : inutilité de la grève
cessus de légitimation de la reprise du travail des dix derniers jours, injustice commise dans
s›effectue dans un sens inverse, et dans un la répartition du fonds  ». Il faut dire que les
contexte bien plus agité. En effet, fort d›un concessions arrachées au cours des derniers
accord préalablement paraphé par les fédé- jours de grève s’avèrent maigres et que les
rations nationales, les syndicats des houillères acquis salariaux des mineurs ne couvrent que
lorraines entendent entériner le plus rapide- partiellement les pertes de salaires consenties
ment possible ce dernier. À cette fin, ils mobi- durant le conflit. On relève donc un dualisme
lisent le 4 avril un unique meeting à Merlebach. de pensée s’agissant du caractère victorieux
Or, l›affluence y est manifestement faible  — du conflit dont la dimension symbolique est
3000 personnes, soit nettement moins que indéniable, mais la dimension matérielle plus
l›affluence observée au cours de la grève —, discutable pour les ouvriers. Achille Blondeau
et le Républicain lorrain note « qu’il a été mou-
18. cf. Le Républicain Lorrain, éd. de Forbach, 5 avril
15. La Mourière est un des sièges spécifiquement visé 1963.
par un plan de licenciement. 19. Erwin Maurer est alors le secrétaire général de la
16. cf. Le Lorrain, du 21 mars 1963. fédération régionale des mineurs CGT « charbon » de la
17. Les bowetteurs ou traceurs (dans le bassin houiller Moselle. Absent du bassin au cours des grèves, c’est
lorrain) désignent les ouvriers chargés du creusement Kurt Wallisch qui supplée ce dernier au cours de celles-
des galeries principales. ci.

136
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

nous rappelle aussi que «  pour les mineurs, profession autant que les enjeux économiques
ce qui sautait aux yeux, c’est que les 11  % et sociaux qui ne manqueront pas de toucher
n’étaient pas dans le protocole. Ils ne voyaient la région à moyen terme. Au sein de celles-ci,
que cela »20. on trouve les représentants syndicaux et patro-
Ainsi, les médias de légitimation utilisés par naux, mais aussi les services déconcentrés de
les syndicats du fer et du charbon sont-ils l’État ainsi que les élus locaux. À leur issue, le
différents, probablement en raison des consi- 12 juin, les syndicats — soutenus en cela par
dérations — régionales dans le premier cas, les mineurs qui maintiennent la pression par
nationales dans le second — qui entourent des journées d’action les jours de négociation,
ces décisions de reprise du travail ainsi que les épouses qui sont 450 à se rendre à Paris le
leurs légitimations. Quant aux réactions de la 29 mai — limitent les conséquences sociales
base devant ces dernières, elles le sont tout du plan de licenciement. Trois fermetures de
autant pour les mêmes raisons. En effet, tan- mines — Aachen, Langenberg et Micheville —
dis que les mineurs de charbon arrachent un et une restructuration — à La Mourière — sont
accord qui révèle en creux les revendications actées pour l’été. Si les syndicats dénoncent
non acquises, les mineurs de fer obtiennent publiquement ces décisions, en réunion, ils
l›essentiel, et l›espoir de nouvelles avancées cherchent surtout à réduire l’impact de ces
avant l›engagement de négociations qui ne restructurations. Le plan du 12 juin prévoit
s›ouvriront réellement que le 25 mars. alors le reclassement de 300 ouvriers environ
et la mise en place d’un plan de 800 départs
L’action syndicale au devant de la en retraite anticipée. Ce scénario laisse-t-il ain-
réaction patronale. si à penser aux syndicats qu’aucun mineur ne
La reprise du travail désormais passée, les syn- devra quitter sa profession. Par ailleurs, les or-
dicats doivent défendre leurs récents acquis ganisations veillent particulièrement à défendre
et combattre l’action réactionnaire des exploi- les mineurs de toutes mesures de rétorsion
tants privés comme publics qui visent à limiter susceptibles de s’apparenter à des sanctions
les pertes comptables des grèves. Ainsi, l’ana- pour fait de grève ce qui est acquis dès le 25
lyse de ces sorties de conflit doit-elle déborder mars. Enfin, il est utile de préciser que si le
du cadre temporel strict de la grève, et abor- contenu des débats est strictement retranscrit
der la période postérieure à celle-ci qui couvre dans les archives de la préfecture, ces « tables
les phases successives de la négociation, de rondes » ne débouchent sur aucun protocole
la réaction patronale, et de l’action syndicale d’accord en bonne et due forme engageant
face à cette dernière. Cette action syndicale les parties, ce qui renforce l’inquiétude des
de défense des acquis débute alors et pour syndicats. Néanmoins, le préfet veille à réunir
une bonne part dans l’ombre des réunions de régulièrement les différents acteurs pour faire
négociations. Elles sont alors l’occasion pour le point sur les reclassements en cours.
les différentes parties, syndicale et patronale Dans le bassin houiller, le processus s’effec-
de défendre ou de conforter leurs positions. tue toujours dans un sens descendant. Il s’agit
Dans le pays du fer, des tables rondes21 en effet de transcrire les modalités de l’accord
abordent les problèmes immédiats frappant la national aux cas des houillères de Lorraine.
Mais il est à noter que les organisations syn-
20. BLONDEAU A., Opus cité, p 129. dicales abordent les négociations du 18 avril
21. cf. Archives de la préfecture IGAME, 276W1-3 en position de faiblesse22. En effet, les cinq
[AD57]. Ces tables rondes qui se déroulent les 25 mars
et le 12 juin réunissent les administrations, les élus lo- semaines de grève ont alors drastiquement
caux, les exploitants et les syndicats ; trois commissions
de travail techniques se réunissent par ailleurs entre ces 22. Archives de la direction du personnel des HBL
deux dates. [DRH2104, CAITM]

137
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

réduit leurs capacités de mobilisation. Aussi, la ne conteste pas le gouvernement, mais qui
réunion vise-t-elle essentiellement à limiter les provoque le courroux syndical.
pertes matérielles des ouvriers occasionnées De leur côté, les exploitants des mines de fer
par la grève. En conséquence, la direction pro- réduisent les droits aux congés de 1963 —
pose l’octroi d’une seconde prime contre des calculés sur l’assiette des jours effectivement
postes supplémentaires de travail, une offre travaillés — au titre des journées de travail
repoussée par les syndicats qui ne souhaitent perdues pour fait de grève. Si les syndicats
pas pénaliser ainsi des catégories particulières dénoncent ces mesures qu’ils considèrent
de l’entreprise23. Néanmoins, les syndicats comme des sanctions, le préfet Laporte valide
acceptent que ces journées supplémentaires les décisions de l’ingénieur-chef des mines de
se substituent aux congés et jours fériés, une Metz25, M.  Horgnies qui par une lettre datée
option avalisée par la direction générale. Nous du 4 juillet lui confirme la légalité du procédé.
ajoutons enfin que ce type d’accord avait été S’agissant de la restriction des congés d’an-
exclu, mais pas refusé dans son principe par cienneté qui induit une révision du statut du
les fédérations minières au cours des négocia- mineur, l’ASSIMILOR et les syndicats décla-
tions nationales. En effet, ces dernières crai- rent le 11 juillet ne pas vouloir appliquer cette
gnaient alors les réactions d’une base échau- disposition26. Il faut dire que la situation sociale
dée par cinq semaines de grèves qui aurait du bassin se tend au début de l’été et que le
vu dans cette proposition une provocation24. patronat tente de calmer le jeu. En effet, au
Deux semaines après la fin du conflit, les im- gré des réunions préfectorales, les syndicats
pératifs de la base évoluant, et l’impératif de constatent une augmentation des projets de
subsistance primant, les positions syndicales licenciements et de fermetures de mines. Ils
se modifient. D’ailleurs, les rapports des houil- remarquent aussi le non-respect des pro-
lères ne font état d’aucun débordement sur les messes relatives aux reclassements. En outre,
carreaux suite à cette annonce. ceux-ci ne portent jamais sur des postes dans
Néanmoins, les mineurs lorrains doivent rapi- les mines de fer, alors qu’on y compterait cent
dement faire face à une série d’annonces qui embauches mensuelles. Les exploitants privi-
constitue autant d’entorses aux accords pas- légient ainsi des reclassements dans la sidé-
sés et une reprise en main énergique des ex- rurgie et les charbonnages, dont les métiers
ploitants miniers qu’ils soient publics et privés. sont moins rémunérateurs et plus pénibles.
Dans le bassin houiller, 48 heures après un Certains établissements sidérurgiques de la
défilé du 1er mai unitaire et historique à For- compagnie Wendel vont jusqu’à refuser, début
bach, s’ouvre à Paris un cycle de tables septembre, l’embauche de mineurs licenciés.
rondes prévu par l’accord du 3 avril. Or, cette Enfin, l’envoi des premières lettres de licencie-
première session douche l’espoir des mineurs ment fin juin, la multiplication des mutations
qui voient les négociations sur la quatrième forcées dans les mines de Jarny courant juil-
semaine de congés se bloquer indéfiniment. let, et l’approche des premières fermetures de
En effet, les représentants gouvernementaux mines prévues pour le mois d’août nourrissent
sont absents. Par ailleurs, les Charbonnages un contexte qui ne peut que relancer l’activité
de France déclarent unilatéralement et au revendicative dans les cités.
même moment une restriction préalable des
congés d’ancienneté à la faveur de l’obtention Or, devant toutes ces tentatives patronales vi-
de cette quatrième semaine ; une position que sant à réduire la portée des accords, les orga-
23. En effet, les cokeries et centrales électriques qui
fonctionnent en service continu ne peuvent offrir des 25. Ce dernier est chargé par le préfet de veiller au res-
heures supplémentaires à leurs travailleurs. pect des accords.
24. BLONDEAU A., Opus cité, pp. 122-25. 26. cf. Le sous-sol lorrain, n° 237, août 1963.

138
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

nisations syndicales ne restent pas de marbre. la fermeture du siège le 1er août est mainte-
Au contraire, elles essaient de relancer une nue. Cependant, des occupations plus spec-
mobilisation sociale énergique dont les réus- taculaires encore se déroulent sur les carreaux
sites sont diverses, mais qui ne débouche pas qui n’étaient pas préalablement concernés par
sur le succès escompté. le plan social. Ainsi, l’annonce, le 10 octobre,
Ainsi, dans le bassin houiller où la colère est d’un plan de 258 licenciements au siège de
grande après l’annonce polémique sur les Trieux provoque un nouveau mouvement so-
congés d’ancienneté, les syndicats déve- cial d’ampleur. C’est alors une grève de pro-
loppent l’activité revendicative. Des pétitions curation qui se développe. Sur le modèle des
circulent sur les carreaux et dans les cités mineurs de Decazeville, de Bure28 et du Lan-
tandis que des journées d’action tentent de genberg, ceux de Trieux décident d’occuper
prendre l’opinion à témoin. Organisées les 10 le fond le 14 octobre, tandis que leurs collè-
et 23 mai, elles ne permettent pas néanmoins gues prennent en charge la solidarité29. Le 21
d’inverser le rapport de force. Le 9 juillet, novembre, c’est à la mine Ida que l’annonce
c’est la visite officielle du ministre de l’Indus- de 25 licenciements provoque une nouvelle
trie, M. Bokanowski, qui motive l’organisation occupation du fond d’une semaine qui se
d’une ultime journée de protestation. Mais le solde par un nouvel échec. Il faut dire que la
ministre qui avait préalablement promis une direction, inflexible, tente par tous les moyens
annonce sur ces congés d’ancienneté déclare de gêner le ravitaillement et la relève des occu-
à cette occasion soutenir et confirmer la po- pants. Quant à la grève de Trieux, en dépit de
sition des charbonnages. Pour les organisa- grèves et de marches de soutien — telle celle
tions syndicales, la conclusion de cette mobi- du 6 novembre qui réunit 4000 mineurs à Metz
lisation porte un goût d’amertume. En même —, d’un authentique soutien populaire, d’une
temps, les mineurs de houille, ruinés par cinq occupation de 79 jours, et d’un réveillon de
semaines de grève, ne disposent plus des Noël souterrain, elle se solde par une énième
capacités suffisantes pour s’opposer résolu- défaite. Là encore, le patronat se refuse à
ment aux décisions des charbonnages. Il n’en toute négociation. En novembre, il convoque
est pas de même pour les mineurs de fer qui individuellement les mineurs licenciés. Gêné
avaient pris soin de suspendre leur grève pour par l’écho médiatique, c’est avec cynisme
préserver les énergies. qu’il propose mi-décembre une ouverture de
Or, la combativité est particulièrement vive dans négociation conditionnée par une poursuite de
le Pays-haut et s’étire jusqu’à la fin de l’année la grève... au jour ; une proposition repoussée
1963. Le 8 juillet, les mineurs marchent à nou- par les grévistes. Quant au préfet Laporte, dé-
veau, vers la préfecture de Thionville cette fois, passé par la situation, il n’est plus tenu informé
où une délégation est reçue. Le 27 juillet, on des projets patronaux... Ainsi, l’échec de la
croise le fer dans les commissions paritaires grève exemplaire de Trieux marque-t-il le dé-
interlocales dans lesquelles les syndicalistes clin inéluctable des mines lorraines de fer qui
tentent en vain de mettre en pièce les licen- perdront 11000 ouvriers entre 1963 et 1973.
ciements27. Le 17 et le 23 juillet, ce sont des
grèves sur le tas qui touchent la région. Enfin, Conclusion.
les premières restructurations et fermetures Ainsi, derrière le vocable des «  grèves de
des mines sont l’occasion pour les mineurs
28. La grève au « fond » de Decazeville de l’hiver 1961-
licenciés et leurs syndicats de lancer une série
62 avait duré 66 jours. Néanmoins, cette forme d’action
de conflits « au fond ». Ceux de Langenberg dans le Pays-Haut avait été initié en 1953 à la faveur de
occupent leurs galeries du 27 au 3 août. Mais, la grève de Bure.
29. JEANDIN J., 79 jours au fond pour la Lorraine, Pa-
27. cf. archives de la DRIRE Lorraine [1403W-AD57] ris, éd. sociales, 1977, pp. 236-46.

139
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

1963 » se cachent en réalité des conflits aux Julien-les Metz].


enjeux et physionomies différentes, ce qui n’est
pas sans conditionner les formes toutes aussi Bibliographie 
différentes que peuvent revêtir les sorties de BLONDEAU Achille, 1963 : Quand la mine se
ces grèves. Par ailleurs, l’analyse fine de ces lève, Paris, Messidor, 1991
sorties de conflit tend à nuancer la dimension CHELINI Michel-Pierre, « les salaires des mi-
mémorielle victorieuse accolée le plus généra- neurs en France de 1938 à 1965 », in Travail-
lement aux grèves de 1963, mais pas seule- ler à la mine, une veine inépuisée, Lille, PUA,
ment. Ce constat ne doit pourtant rien retirer 2003.
à la qualité, à la combativité et à l’imagination CONLONJOU Hélène, « 1963 : la grève des
de l’action syndicale déployée alors, bien au mineurs », L›histoire, n° 102, 1987, pp 80-85.
contraire. Il doit surtout nous rappeler l’impor- COTHIAS Sylvain, La Grande grève des mi-
tance que revêt l’étude des réactions patro- neurs de 1963 dans le bassin houiller lorrain :
nales et ouvrières postérieures à ces conflits une analyse des attitudes et stratégies syndi-
du travail, et ce, d’autant plus dans les cas où cales ,[mémoire de Master d’Histoire], 2010,
la postérité qualifie ces derniers de victorieux. Strasbourg, UDS.
Il invite aussi la recherche à mieux considérer JEANDIN, Jacques. Trieux  : soixante-dix-
les espaces et temporalités des conflits du tra- neuf jours au fond pour la Lorraine. Paris, Éd.
vail de l’après-guerre. À ce titre, les archives sociales, 1977.
des services déconcentrés de l’État d’une MOURER Robert, Mineurs de charbon lorrains
part, et les archives des entreprises concer- dans l’Histoire d’une région frontalière, 1856-
nées d’autre part, constituent des matériaux 2004, l’empreinte du syndicalisme chrétien,
particulièrement riches et précieux. Elles per- Nancy, Éditions Faïencité, 2005.
mettent ainsi de saisir un point de vue intéres- NOÉ Jean-Baptiste, L’homme politique
sant et inédit sur ces événements, mais auto- face à l’épreuve du changement. Le général
rise surtout la saisie complexe des accords de Gaulle et la grève des mineurs, mars avril
et acquis sociaux, de leurs constructions, de 1963, Paris, éd. univ. européennes, 2010.
leurs applications effectives ou non sur les BIARD Roger, Les mines de fer de Lorraine.
lieux de travail, ainsi que de leurs réceptions Une richesse nationale en péril, Paris, éd. so-
par les travailleurs eux-mêmes. ciales, 1966.
PIGENET M., « La grève des mineurs de 1963 »
Sources : in Histoire des mouvements sociaux, Paris, La
Presse locale et syndicale : Le Républicain découverte, 2012.
lorrain, Le Lorrain, Le sous-sol lorrain [CGT-fer PIGENET M., «  La grève des mineurs de
et sel], Der Kumpel [CGT-charbon], La voix du 1963 » in Dictionnaire De Gaulle, Paris, Robert
mineur [CFTC des mineurs de l’Est]. Laffont, 2006.
Archives des directions générale et du
personnel des HBL [DG 199-200, DRH 2014,
CAITM, AD57, Saint-Avold].
Archives de la préfecture IGAME (Ins-
pection Générale de l’Administration en
Mission Extraordinaire) — « Crise dans les
mines de fer » [276W, AD57, Saint-Julien-les-
Metz].
Archives de la direction des Mines et de
la sidérurgie de Metz [1403W, AD57, Saint-

140
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Un conflit précurseur arbitré avons séduit des présidents, nous les avons
mis de notre côté. C’est fini, encore une fois,
c’est fini. Ensuite, nous nous sommes figuré
par l’État  : les grèves du que c’était la faute du gouvernement. Nous
nous demandions si un bon despote, un roi,
Creusot et les premiers un empereur, un Boulanger, solide, à poigne,
n’aurait pas vite fait de remettre tous ces
délégués d’atelier (1898- gens à la raison et toutes les vieilles choses
en leur ancien état. Ca n’est pas vrai non
plus. Tout cela ne valait rien.
1900) Devenons donc enfin sages et philosophes !
Un flot menace de nous submerger  ; n’es-
sayons pas de l’empêcher d’avancer, c’est
René-Pierre Parize impossible. Canalisons-le ; endiguons, endi-
guons ! De temps en temps, une marée plus
forte fera déborder un peu le flot à droite et à
gauche de la digue, sur nos jardins, dans nos
«  Le jour où un très grand nombre de sa- plates-bandes : eh bien ! nous regarderons
lariés seront groupés dans les syndicats… passer l’accident, bien sûrs que les choses
le patronat ne pourra refuser longtemps de reprendront bientôt leur cours normal, car la
discuter et de négocier avec les représen- loi des choses le veut ainsi.»
tants d’une puissance aussi considérable.
Que la classe ouvrière ne l’oublie pas. Pour Nicolas Savon, entrepreneur de manutention
être traité comme une Force, il faut, avant marseillais
tout, être une Force ». Jules Huret, Les Grèves, 1901
Jean Jaurès, La Petite République, 12
octobre 1899

«  Il faut s’en rendre compte une fois pour


toutes, le temps de l’arbitraire patronal est
passé, malheureusement. Jusqu’à ces der-
nières années, nous faisions ce que nous
voulions de l’ouvrier ou à peu près. Cela
n’allait pas plus mal, d’ailleurs. Mais quoi,
c’est fini, archi-fini, cela crève les yeux. Il n’y
a plus moyen d’en douter. L’ouvrier a ouvert
les yeux, ou du moins, des gens se sont
chargés de les lui ouvrir. Il a conscience à Jules ADLER
présent de ce qu’il est, de sa force, de sa (1865-1952) .
toute-puissance. Il faut compter avec lui dé-
sormais. Longtemps, nous avons pu espérer Peintre dreyfu-
qu’on viendrait à bout de ces syndicats qui sard auteur de «
s’élevaient en face de notre autorité. Nous La Grève »

141
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

ADLER est représenté en « semeur » d’un cortège


conduit par Louise MICHEL

Comment lire le tableau d’ADLER réalisé à


partir du 9 octobre 1899, 20ème et dernière
journée de la plus importante des « grèves de
1900 », au Creusot ?
Qu’apporte à l’histoire ouvrière une recherche
sur quatre grèves survenues il y a plus d’un
siècle ?
Pourquoi surtout, ADLER, peintre parisien, a-t-
il choisi de venir particulièrement au Creusot?
Y a-t-il été attiré par le projet de marche sur
Paris organisé, début octobre, à l’imitation de
celui de mars 1871, et s’est-il inspiré, plus tard,
pour son travail de création de la manifestation
socialiste du 19 novembre 1899 place de la
Nation ?
On peut observer que c’est en 1899 et 1900
Œuvre de DALOU, artiste communard, «  Le
que les jours de grève furent les plus nom-
Triomphe de la République » inauguré ce jour-
breux, le patronat étant obligé de passer par
là est une représentation vraisemblable de
les conditions des ouvriers s’il voulait livrer
Louise MICHEL, comme les deux lions des
ses commandes. Par exemple, la pavillon
armoiries DEMAHIS qui y figurent le prouvent.
SCHNEIDER à l’Exposition universelle de 1900
Avec la porteuse de drapeau en robe noire eut trois mois de retard parce que la direction
barrée d’une écharpe rouge, ADLER a sans de l’entreprise refusa longtemps de négocier.
doute voulu, lui aussi, montrer celle qui est, à Le point culminant du mouvement atteint, en
l’époque, la légende vivante de la Commune, 1906, n’a été dépassé qu’en 1936 avec les
dans un autre style que celui de l’allégorie, et grèves du Front populaire.
notamment dans le costume que lui connais-
saient ses contemporains de la fin du 19ème « Y a-t-il lieu d’exiger la reconnaissance
siècle. du syndicat par l’Administration du
Dans quel contexte historique précis ces Creusot ? »
œuvres apparaissent-elles sur le devant de la
Pour invraisemblable qu’une telle question pa-
scène ?

142
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

le Pas-de-Calais et le Nord. En plus des 11


sections existantes, 34 nouvelles s’y créent,
dont 16 au Creusot et à Montceau-les-Mines
qui regroupent, à eux seuls, environ 80% d’un
effectif total passé de 870 membres fin 1898,
à 26 287 en 1899.
Pour 740 grèves recensées en France en 1899
et 7 843 depuis 1870, celle de septembre -
octobre 1899 au Creusot est la seule qui fasse
l’objet d’une négociation à Paris, à l’initiative
du pouvoir central, ce qui prouve l’impor-
tance qu’y ont attaché aussi bien la Société
SCHNEIDER que l’Etat, en raison des enjeux
diplomatiques que représentait le marché des
armements en particulier en Extrême-Orient et
en Afrique du Sud.
Les conflits d’Extrême-Orient y trouvent une
résonance particulière, avec notamment la
présence en résidence d’un officier d’artille-
rie japonais en septembre 18941, deux jours
avant la destruction de la flotte chinoise en
Corée, sur le Yalou, le 17.
La visite en 1896 de LI-HUNG-TCHANG, Pre-
mier ministre2 de fait de l’Empire chinois, se
situe dans un tour du monde des grands états
industriels, visiblement destiné à redresser son
pays à l’image de la modernisation réussie,
raisse en 1899, elle est cependant posée par trente ans plus tôt, par le Japon du MEIJI.
WALDECK-ROUSSEAU et par écrit à Eugène D’autres moments, comme le retard d’exécu-
SCHNEIDER le 6 octobre. Elle donne la me- tion des commandes passées par ce même
sure de l’urgence à laquelle l’arbitrage gouver- Japon, dû à la grève de mai – juin 1899, la réfé-
nemental du lendemain doit répondre. rence à l’Extrême-Orient utilisée par SCHNEI-
En 1899-1900, un mouvement de grève na- DER, après l’arbitrage de WALDECK-ROUS-
tional, d’une soudaineté et d’une ampleur SEAU, et le retard décidé dans les renvois de
exceptionnelles, semble en effet, ouvrir une juillet 1900 à cause de la visite d’un général
ère de véritable puissance pour l’ensemble du japonais mettent en évidence le changement
syndicalisme français. d’échelle et de destination des activités de
Comment Le Creusot parvient-il alors à s’im- l’entreprise.
poser comme épicentre d’un débat «  an- L’appariement du Creusot avec l’Etat républi-
nonciateur  » au sujet des droits nouveaux à cain prend de ce fait une tournure diplomatique
conquérir à l’intérieur de l’entreprise ? qui vise clairement à ouvrir une brèche dans
Le conflit qui s’y déroule joue incontestable- 1. Catalogue Hôtel Dieu, édité à l’occasion de l’inaugu-
ment aussi un rôle moteur en Saône-et-Loire : ration - 1896
celle-ci arrive en 1899 au 4ème rang des effec- 2. E. LOUSSE et J. de LAUNAY, Dictionnaire des grands
contemporains de 1776 à nos jours – Marabout Univer-
tifs syndicaux par département, après la Seine,
sité – 1970 – p. 284

143
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

l’isolement international, organisé autour de la Les armements constituent l’essentiel des


France par la politique de BISMARCK après matériels que celle-ci présente à l’Exposition
1871. C’est une mission militaire française Universelle de 1900 et font figure de marché
dirigée par Emile BERTIN, ingénieur du Génie du siècle.
maritime, qui est chargée de créer la marine 114 types de canons sont par ailleurs présen-
de guerre du Japon, en décembre 1885, par tés dans un ouvrage en langue anglaise rédigé
le gouvernement BRISSON, en la personne pour SCHNEIDER à Londres, visiblement en
de Charles de FREYCINET, son ministre des vue de l’Exposition Universelle de Paris en
Affaires étrangères. 19007.
Preuve que le « japonisme » souvent considé-
ré comme un mouvement surtout littéraire et I. DU CREUSOT A PARIS ou La création
artistique, a eu, d’abord, une forte dimension d’un syndicat par les grèves de 1899
militaire. Les succès de Claude FARRERE,
prix Goncourt en 1905 et élu à l’Académie Présentation de l’usine
Française contre CLAUDEL en 1935, en té-
moignent. Qui sont les ouvriers du Creusot et com-
En 18873, BERTIN obtient l’envoi à l’arsenal de
bien sont-ils ?
Kobé, d’un ingénieur de la Société SCHNEI- 1er mai 1898 8950
DER, à laquelle le gouvernement japonais
30 octobre 1898 9517
vient de commander 17 torpilleurs4. 70 sont
commandés par la Marine nationale de 1889 29 mai 1899 9261
à 1900. 9juillet 1899 9215
Le 17 octobre 19025, le ministre japonais de 13 juillet 1900 8958
la Marine estime que «  selon toute vraisem- 80% d’entre eux résident au Creusot en sep-
blance, une guerre avec la Russie aura lieu ». tembre 1899 d’après les rapports de Gendar-
Un mois plus tard, le 14 novembre, Le Creusot merie.
reçoit la visite de MOTONO, envoyé extraor-
Leur répartition par catégorie d’âge serait la
dinaire et ministre plénipotentiaire du gouver-
suivante par rapport à celle de l’ensemble
nement impérial japon ais. Les victoires
du personnel soumis aux lois sur le travail en
japonaises de 1904-1905 seront à l’origine de
France :
la première Révolution russe.
Le 14 novembre 1899, GIROD de l’AIN6, pré-
sident du Conseil de Surveillance de la Société
SCHNEIDER, précise que le chiffre d’affaires
de 1898-1899, 68 291 485 Francs, en aug-
mentation de près de 10 millions sur celui de
l’exercice précédent, est le total le plus élevé
jamais atteint dans l’entreprise.

3. Christian DEDET, Les Fleurs d’acier du Mikado, Flam-


marion, 1993 – p. 291
4. Les Ets de MM. Schneider et Cie d’après James
DREDGE, 1902 Nevers – p. 113
5. 1905 – Extrait de l’ouvrage Autour de Tsouhima, Ed.
Omnibus 2005 – p. XVIII 7. Publication Française : « Les Etablissements de MM
6. CARAN (Archives Nationales) Fonds SCHNEIDER – SCHNEIDER et Cie » d’après l’ouvrage de James DRE-
AQ12 DGE – Nevers – Imprimerie MAZERON 1902

144
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

LI-HUNG-TCHANG (1823-1901) Géné-


ral et homme d’Etat chinois, l’un des
vainqueurs de la révolte paysanne TAI-
PING (1850-1864) en visite au Creusot
en 1896.

Défaite navale chinoise


sur le Yalou en Corée
contre le Japon le 17 sep-
tembre 1894.

Motono Ichiro (1862-1918)


Ministre plénipotentiaire 1896-1901 ; Ambassadeur du Japon
en Russie : 1906-1916 ; Ministre japonais des Affaires étran-
gères : 1916-1918 ; En visite au Creusot le 14 novembre 1902.

« Long tom » (canon SCHNEIDER livré à la


République du Transvaal pendant la guerre
des Boers 1899-1902)

145
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Effectifs par service ponsables patronaux constatent un peu tard


que, depuis des années, les coopératives pré-
sidées par des ouvriers sont un lieu de for-
mation des militants.
Le fonctionnement de ces associations
constitue donc une mise en réseau sou-
terraine du travail militant et des revendi-
cations qui échappe à la fois au contrôle
prévu par la loi de 1884 et à la surveillance
patronale.
En 1899, ce réseau a la réalité d’une
instance, semi-clandestine mais parti-
Les deux grandes unités de Fabrication, Ate- culièrement étendue et efficace, qui n’a pas
liers de construction et Artillerie, représentent à craindre de sanctions contre ses respon-
ensemble 29,41% du personnel le 29 mai sables, puisque ceux-ci et l’ensemble de leurs
1899 et 31,79% le 13 juillet 1900. activités font partie du paysage familier à la
Pour environ 45 000 F de salaires distribués direction de l’entreprise.
par jour en septembre - octobre 1899, la La stratégie d’action directe
moyenne serait de 4,85 F si l’on prend comme
base l’effectif de 9 261 indiqué par l’entreprise Globalement, on peut considérer que, dans
le 29 mai 1899. une première phase qui précède l’arbitrage
Du côté patronal, la prise de pouvoir du 4ème de WALDECK-ROUSSEAU, la stratégie, alors
SCHNEIDER est fragilisée par une nouvelle la seule possible, consiste à imposer le droit
répartition familiale des actions après le décès syndical par l’action unitaire et le poids du
de son père en 1898. Il ne détient en effet, nombre.
personnellement, que 2,64% des titres de sa La période d’action directe qui préside à la
société en 1899 et 4% en 1900. création puis à la défense du syndicalisme de
1898 à octobre 1899 reçoit à l’époque plu-
Comment les ouvriers du Creusot ont- sieurs noms  : «  La Révolution du Creusot  »
ils conduit leurs luttes ? selon l’expression de Léon XIII fin septembre
1899, Invidia democratica pour le premier avo-
Les coopératives, organisations pré-syndi- cat sollicité par SCHNEIDER pour défendre
cales ses intérêts au cours de la réunion d’arbitrage.
Sans entrer dans le détail des faits, comme
A la fin des années 1890, Le Creusot fournit
pour la phase qui suit et clôt les événements,
l’exemple original d’une institution patronale
l’important est de mettre en valeur les lignes de
retournée à leur profit par les ouvriers  : les
force qui s’y expriment en soulignant, lorsqu’il
coopératives de consommation. Elles sont, au
y a lieu, la portée générale qu’elles revêtent.
moment des grèves, au nombre de 25, com-
prenant près de 3 800 membres ou familles. Que retenir de la période d’action directe ? De
mai à octobre 1899, les ouvriers du Creusot
Plus de 43% des familles du Creusot s’y
soutiennent trois grèves de plus en plus spec-
trouvent impliquées. Elles fournissent les vête-
taculaires par l’effectif engagé, la durée et les
ments et les produits alimentaires à des prix
objectifs affirmés.
plus bas que ceux du petit commerce. Au
moment où les grèves commencent, les res- Ces grèves ont en commun :

146
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

- L’ampleur, la spontanéité et la durée d’un bauche plus rapides, l’insuffisance d’effectifs


mouvement qui doit atteindre en même temps conduit à :
trois objectifs: CREATION, DEFENSE et RE- - embaucher des mineurs de Montchanin, des
CONNAISSANCE du SYNDICAT sur le terrain ouvriers de la Forge, des femmes, en infrac-
de l’entreprise. tion avec la loi de 1892 qui interdit leur travail
- Elles sont conduites par de jeunes ouvriers et de nuit et des ouvriers bretons venus d’Indret,
des responsables syndicaux qui, pour la plu- - instituer d’octobre 1898 à mai 1899 un chro-
part, n’ont pas été impliqués dans les évène- nométrage destiné à élever la norme des ca-
ments de 1870-1871. dences de charge de manière à obtenir avec 4
- Le nombre élevé des participants dans une hauts-fourneaux le même rendement qu’avec
conjoncture marquée par la révision du procès 5 au cours de la période précédente.
de DREYFUS et la préparation de l’Exposition Soit par homme et par jour un effort supplé-
Universelle de 1900.
A ce stade, l’intervention socialiste, surtout
allemaniste et blanquiste, ne fait qu’accompa-
gner le mouvement. Sa participation se limite
alors à le protéger contre ses tentations de dé- mentaire de 25% sans augmentation sensible
rive violente et les risques d’une répression : le de salaire.
souvenir de Fourmies est encore très présent Le 16 mai 1899, les 140 ouvriers de la pla-
chez les ouvriers creusotins qui l’évoquent teforme, soit 1,51% de l’effectif de l’usine,
avec force le 29 mai. occupent les chantiers et obtiennent le retour
A partir du 3 octobre, la tendance s’inverse. à la norme habituelle de 4 charges et une aug-
Par le canal ministériel, c’est l’action du cou- mentation de salaire. Ils se gardent toutefois,
rant socialiste indépendant qui infléchit l’orien- malgré leur succès, de constituer un syndicat :
tation du mouvement dans un sens réformiste la tactique occulte des coopératives se pour-
en direction de l’arbitrage. suit.

Les étapes de la lutte ouvrière au Creusot La création du Syndicat des ouvriers mé-
(mai - octobre 1899) tallurgistes par la grève générale des 29
mai au 2 juin 1899
La grève sans syndicat des Hauts-four-
neaux des 16 et 17 mai 1899 met en évi- Après deux journées de heurts avec la troupe
dence le surmenage imposé en liaison avec la au cours desquelles l’intervention des militants
pénurie d’effectifs qui sévit dans toute l’usine. socialistes parisiens permet d’éviter des inci-
Au premier trimestre 1898-1899, 233 emplois dents graves, un « Syndicat des Ouvriers Mé-
sont offerts par le service en moyenne pour tallurgistes  » (SOM) est constitué avec l’aide
une demande mensuelle d’embauche de 139. de responsables de la Bourse du travail de Di-
Édouard SALADIN, entré chez SCHNEIDER jon et de la Fédération des métaux ; la baisse
en décembre 1898 (Académie BOURDON, des actions SCHNEIDER à la Bourse de Lyon
Dossier 1895) est ingénieur principal (section et les pressions du gouvernement DUPUY
Aciéries – Hauts Fourneaux) après un séjour amènent la direction à accorder les augmen-
de plusieurs années aux Etats-Unis. A l’imi- tations de salaires demandées.
tation de TAYLOR, a-t-il inspiré le chronomé- La grève des 20 septembre - 10 octobre
trage qui a déclenché la première grève ? 1899 tente d’imposer la reconnaissance du
Malgré des enquêtes préliminaires d’em- Syndicat à la Direction

147
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

148
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Chargement d’un haut-fourneau

Chronométrage des cadences de


charge (octobre 1898 - mai 1899)

Résultats du chronométrage

149
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Le 9 juillet, Eugène SCHNEIDER informe WAL- Son refus de reconnaître la représentativité du


DECK-ROUSSEAU de son intention de fermer syndicat entraîne un nouveau conflit qui abou-
son entreprise en cas de nouveaux troubles. tit à une impasse. Après l’abandon par les gré-

150
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

utilement employé si toutes deux y consen-


tent ; il ne peut être imposé ».
Rien n’est dit des sanctions proposées par le
projet BOVIER-LAPIERRE en cas d’atteinte au
droit syndical, voté par la Chambre en 1889,
1890 et 1892 et, chaque fois ajourné ou rejeté
par le Sénat. WALDECK-ROUSSEAU admet
le 11 octobre le principe des renvois au cours
d’un entretien avec LICHTENBERGER, re-
présentant de SCHNEIDER à Paris. Résultat
immédiat  : 19 licenciements que suivront de
nombreux autres.
vistes du pro- L’arbitrage referme donc la porte ouverte au
jet de marche syndicalisme par les grèves de 1899 et génère
sur Paris et un nouveau type de verrouillage patronal pour-
au terme de vu de deux armes inédites : syndicat jaune et
tractations délégués d’atelier.
complexes, La présence du syndicat jaune à l’usine rend
WALDECK- désormais impossible le déclenchement d’une
ROUSSEAU nouvelle grève générale et réduit le SOM à une
obtient du Co- position défensive. Le licenciement de deux
mité de grève jeunes ouvriers avait suffi à provoquer la grève
et d’Eugène de septembre. Les renvois de CHARLEUX,
SCHNEIDER MONTEL, RENAUD, président, trésorier et
l’acceptation secrétaire adjoint du syndicat, n’ont aucune
d’un arbitrage conséquence.
gouvernemen-
La seconde arme issue de l’arbitrage est l’ins-
tal.
titution des délégués d’atelier.
II. DE PARIS AU CREUSOT ou Vers un L’usine veut avant tout les utiliser pour prévenir
droit sans syndicat : fin 1899-1900 tout mouvement de grève. Ils doivent d’abord
faire comprendre aux ouvriers le « bien-fondé »
BEAUVAU 1899 et l’arbitrage de WAL- des mesures adoptées par la Direction.
DECK-ROUSSEAU : une délégation de Rendue avant tout pour mettre fin aux grèves,
pouvoir qui tourne mal la sentence n’est finalement qu’une « solution-
soupape » qui laisse intacte l’autorité patronale
L’arbitrage rendu par WALDECK-ROUSSEAU dans l’entreprise :
porte en germe « l’endiguement » du mouve-
- L’arbitrage dénie toute représentativité légale
ment syndical et la fin de l’unité ouvrière qui
au syndicat.
avait, dans une large mesure, empêché les
renvois au cours des trois grèves victorieuses - Il n’a donné lieu à aucun débat.
de 1899. - Il entraîne surtout la destruction complète du
Par sa sentence du 7 octobre, qui institue des syndicat qui l’avait accepté.
délégués d’atelier élus, WALDECK-ROUS- L’échec de la dernière grève et les renvois de
SEAU précise que « l’intermédiaire du syndicat juillet 1900, sont le dénouement logique d’un
auquel appartient l’une des parties peut être conflit ramené à l’échelle de l’entreprise.

151
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

L’arbitrage de BEAUVAU : 7 octobre 1899

Pierre Waldeck-Rousseau
(1846-1904)
Ministre de l’Intérieur (1881-1882, puis 1883-
1885, sénateur de la Loire 1894, président du
Conseil 1899-1902)

Académie BOURDON SS 0199

DELEGATION OUVRIERE DU CREUSOT

Au premier plan, deux militants de formation


allemaniste entourent VIVIANI : Maxence
ROLDES et Victor RENOU, ancien combat-
tant de la Commune et député de la Seine
(1845-1904)
DELEGATION SCHNEIDE

152
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

L’arbitrage de BEAUVAU : 7 octobre 1899 plus près, «  l’arbitrage n’est qu’un palliatif,
un remède empirique et non une solution  ».
Extraits de la sentence WALDECK- Sans exagération, il est vrai que la formulation
ROUSSEAU : «  prendre pour juge  », employée par WAL-
DECK-ROUSSEAU, change radicalement le
Nomination de délégués par ateliers et par terrain du conflit. Les grévistes du Creusot
corporations : n’ont jamais demandé à SCHNEIDER de faire
juger leurs revendications par leur propre syn-
Pour que les ouvriers puissent faire valoir leurs
dicat, mais de traiter avec leur organisation.
réclamations auprès du gérant et de ses repré-
sentants, « des délégués seront nommés par Même en ayant habilement manœuvré pour
atelier à raison d’un délégué par corporation. mettre fin au conflit, le président du Conseil
Sauf cas d’urgence, ils conféreront tous les n’a pas fait avancer d’un pas la question de
deux mois avec les représentants et au besoin principe qui était en jeu : la reconnaissance du
avec la direction de la société ». syndicat par le chef d’entreprise.
Par ailleurs, l’arbitrage du 7 octobre porte en
Au sujet de la reconnaissance du syndicat germe deux éléments qui vont modifier le rap-
par l’usine port des forces au Creusot après la grève  :
WALDECK-ROUSSEAU rappelle qu’il est re- l’institution des délégués ouvriers et la créa-
connu par la loi, mais que le patronat n’a « ni tion d’un contre-syndicat, qui seront utilisés
à le reconnaître ni à le méconnaître »… Nul ne par l’usine comme des moyens de riposte à la
peut être contraint d’accepter un intermédiaire. création du syndicat CGT en juin 1899.
De même « qu’un patron ne saurait exiger des Les élections des délégués ont eu lieu le 20
ouvriers qu’ils portent leurs réclamations au décembre 1899. Le tableau suivant en donne
syndicat patronal dont ils feraient partie », de les résultats. Les mineurs de Montchanin n’ont
même les ouvriers ne sauraient davantage lui pas voulu prendre part au vote.
imposer de prendre pour juge des difficultés
pendantes entre eux et lui, le syndicat ouvrier
auquel ils appartiennent ». SCHNEIDER extrapole en ces termes le
La sentence décide finalement que « l’intermé- contenu de la sentence :
diaire du syndicat auquel appartient l’une des « Les délégués sont, en même temps que les
parties peut être employé utilement si toutes représentants de tous les ouvriers, les inter-
deux y consentent ; il ne peut être imposé ». médiaires désignés pour faire comprendre à
Le syndicat ouvrier du Creusot ne reçoit donc leurs camarades de travail la nécessité et le
pas la garantie qu’il recherchait et n’est pas bien fondé des mesures adoptées dans les
parvenu à se faire reconnaître par l’administra- ateliers ».
tion des usines comme l’unique représentant Contrairement aux évènements d’Anzin en
des ouvriers. 1884, aucune commission d’enquête parle-
Duplicité du Président du Conseil ou limites mentaire ne sera constituée en 1900 malgré
d’un mode de pensée libéral étranger à toute les centaines de licenciements décidés par la
forme d’intervention gouvernementale directe direction.
à l’intérieur de l’entreprise ? Le Creusot comptait 32 034 habitants en
Sous le titre «  Piqûre de morphine  », le jour- 1896. Au recensement de 1901, il n’en a plus
nal « Le Pain »8 «constate qu’à y regarder de que 30 584.
8. 11 octobre 1899 – Académie François Bourdon – SS L’entreprise elle-même indique le chiffre de 8
0201 599 ouvriers en 1901, soit une diminution de
153
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

7,14% par rapport à mai 1899. Elle ne retrou- pour président un autre communard, Louis
vera qu’en 1906 un effectif supérieur à celui du LUCIPIA. Plusieurs hommages avaient déjà
début des grèves avec 9 696 personnes. été rendus à Louise MICHEL, notamment par
Au terme de ce conflit, on peut relever que les Victor HUGO dans son poème « Plus grande
figures guerrières de «  La Grève  » n’ont pas qu’un homme  » («  Viro Major  ») de 1872 et
été les seules à célébrer, du Creusot à Paris, VERLAINE («  Ballade en l’honneur de Louise
l’histoire immédiate des luttes et le souvenir de Michel ») en 1886. Ceux des peintres, ADLER
la Commune. (« La Grève ») et STEINLEN (« Louise Michel »)
Le 19 novembre 1899, à l’occasion de l’inau- en 1900 allaient suivre.
guration du «  Triomphe de la République  » On peut considérer qu’avec l’œuvre de DA-
de DALOU, un cortège d’environ 300 000 LOU, à partir de 1899, « L’esprit de la Com-
personnes s’était rendu à la Nation. De nom- mune  » a désormais son monument et son
breuses municipalités socialistes, Lyon, Mar- visage. ALLEMANE dit clairement ce qu’ils
seille, Lille, Dijon, Toulouse, Nîmes, entre signifient pour les militants de son époque,
autres, y étaient représentées. dans les dernières lignes de ses « Mémoires »
Une délégation de cette manifestation avait publiés en 1906 :
été reçue à la Bourse du Travail. Jean-Baptiste «  Si la République vit en ce pays, c’est à la
DUMAY, ancien maire du Creusot en 1870- Commune, c’est à ceux qui combattirent
1871, communard et député du 20ème arron- contre toutes les forces du passé coalisées
dissement de 1889 à 1893 (1ère circonscrip- contre elle qu’on le doit. Cela valait qu’on af-
tion : quartiers de Belleville et St-Fargeau), en frontât la mort ou le bagne, car la Sociale ne
était le régisseur depuis 1896. En cette même peut être enfantée que par sa mère naturelle :
année 1899, le Conseil municipal de Paris avait la République qui, de simplement démocra-

154
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

mière, au moins en France, en matière d’ac-


quis dus aux grèves  : les premières femmes
élues comme déléguées d’atelier l’ont été en
1899 aux hauts-fourneaux et aux houillères du
Creusot, à raison, il est vrai, de deux seule-
ment sur l’ensemble de l’entreprise, pour 214
délégués hommes.
Dans le même ordre d’idées, il convient de rap-
peler qu’en 1892, à Paris, le second congrès
de la métallurgie avait adopté la motion sui-
vante : « A travail égal, il sera alloué un salaire
égal aux femmes comme aux hommes ».
Jules DALOU (1838- Concernant le sens profond des grèves, on
1902) peut constater qu’il ne se réduit pas à la seule
Militant de la Com-
mune, auteur du « dimension du syndicalisme. La lutte menée en
Triomphe de la Ré- 1899-1900 contre l’autorité des SCHNEIDER
publique » avait d’abord pour but d’ouvrir un ESPACE
PUBLIC dans une grande propriété industrielle
ou usine et ville ne faisaient qu’un. Conqué-
rir un droit de cité pour les libertés syndi-
cales nécessitait d’abord de conquérir une
« CITE » elle-même. A cet égard et l’exemple
du Creusot le prouve, libérer la vie municipale
de l’empreinte du patronat et obliger celui-
ci à s’en tenir à sa fonction industrielle a été
tique, deviendra forcément égalitaire et nous
historiquement plus difficile à réussir dans les
paiera magnifiquement de tout ce qu’o aura
localités dirigées par la grande métallurgie que
souffert pour la garder de ses ennemis mas-
dans celles où dominaient les compagnies mi-
qués comme de ceux luttant contre elle à vi-
nières. Ainsi, en mai 1900, en Saône-et-Loire,
sage découvert ».9
les personnels d’encadrement constitués en
CONCLUSION : Beauvau 1899 : Quelle véritables petits partis patronaux, ont-ils été
descendance ? mis en échec à Montceau-les-Mines, Blanzy,
Sanvignes et même à Montchanin, dont les
Les luttes menées au Creusot en 1899-1900, houillères appartenaient cependant à la même
même si elles se sont localement terminées entreprise que les usines du Creusot. Le Creu-
par un échec relatif, ont incontestablement sot, lui, a du attendre la victoire de la SFIO en
eu un rôle d’étape. Après tout, la république, 1925 pour connaître l’alternance municipale.
la laïcité, le droit d’égal accès des femmes L’histoire de la période montre également que,
aux métiers dits «  masculins  » et au suffrage dès le début du 20ème siècle, de nouvelles
universel, comme la plupart des lois sociales avancées syndicales se sont dessinées. Ainsi,
ne se sont jamais imposés du premier coup. le 4 février 1902, 14 députés socialistes, parmi
Pour passer des codes napoléoniens et des lesquels Jean BOUVERI, Edouard VAILLANT
lois favorables au patronat au Code du travail, et Marcel SEMBAT, ont déposé à la Chambre
il a fallu plus d’un siècle. Exemple d’une pre- une proposition de loi tendant à étendre à tous
9. Jean ALLEMANE «  Mémoire d’un Communard  » - les salariés le bénéfice de la loi sur les syndi-
1906, réédition Maspero 1981

155
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

cats professionnels. Marie BOVIER-LAPIERRE (1837-1899) a été


L’article unique du texte spécifiait : « La loi sur député de l’Isère de 1881 à 1899 et conseiller
les syndicats professionnels est applicable à général du canton de Pont-de-Beauvoisin de-
tous les salariés sans aucune distinction » (JO puis 1871. Il présidait à l’Assemblée le groupe
Documents parlementaires – Chambre des de la gauche radicale. Une rue de Bourgoin-
députés 1902 – pp 131-131 – Séance du 4 Jallieu porte aujourd’hui son nom.
février 1902 – Annexe n° 2954). La proposition Il avait fait partie de la municipalité de Grenoble
de loi a été renvoyée sans suite à la commis- dissoute par MAC-MAHON le 17 février 1874
sion du travail. pour avoir exprimé en mai 1871, son soutien à
Plus tard, comme l’avait souhaité JAURES, la Commune de Paris. Il dépose, dès 1886, la
la loi du 24 juin 1936 a généralisé l’institution proposition de loi suivante :
des délégués élus à l’ensemble des établisse- « Article premier
ments industriels français, à condition qu’ils Quiconque sera convaincu d’avoir par me-
occupent plus de dix personnes. naces de perte d’emploi ou de privation de
travail, refus motivé d’embauchage, renvoi
Votée après les évènements de mai, la loi du
collectif d’ouvriers ou employés syndiqués,
27 décembre 1968 a permis de légaliser aussi
violences ou voies de fait, dons, offres ou pro-
bien l’expression que l’action syndicale sur le
messes de travail, entravé ou troublé la liberté
lieu de travail.
des associations syndicales professionnelles
La réflexion qui a conduit aux deux ordon- ou empêché l’exercice des droits déterminés
nances et aux quatre lois issues du rapport par la loi du 21 mars 1884, sera puni d’un em-
AUROUX de 1982 s’était donné pour but de prisonnement d’un mois à trois mois et d’une
créer de nouvelles conditions de négociation amende de 100 à 2000 francs.
collective et de citoyenneté dans l’entreprise. Article deux
Comme l’ensemble du Tout individu condamné par l’application de la
droit du travail, tous ces disposition ci-dessus sera en outre privé, pen-
textes-étapes doivent, à dant deux années, du droit de prendre part
l’évidence, beaucoup aux aux adjudications de fournitures ou travaux de
luttes de centralité menées l’Etat, des départements, des communes ou
par les premiers syndicats d’établissements publics ».
et à celles, moins connues,
Ce projet a été voté à trois reprises par la
d’hommes comme BO-
Chambre des députés en 1889, 1890 et
VIER-LAPIERRE à la fin du
1 9è m e
siècle.

ANNEXE 1 : LA PROPO-
SITION DE LOI BOVIER-
LAPIERRE : 1886-1898
Avocat du barreau de Gre-
noble et principal auteur
de la loi10 de 1884, Pierre-

10. Documentation fournie par M. François BOVIER-


LAPIERRE de Grenoble et sa famille, Dictionnaire de
biographie française, tome 7, page 90, Fascicule XXX-
VII, librairie LETOUZEY et ANE, 87 bd Raspail, 1954

156
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

1892. Sa discussion a même représenté un de navette parlementaire que la loi du 21 mars


plus grand nombre de séances et d’années 1884.

Mairie de Versailles (le modèle)


Le

Les trois adoptions du texte BOVIER-LAPIERRE

Mairie actuelle du Creusot construite après


1900 par SCHNEIDER à la place du square
où se tenaient les meetings pendant les
grèves.
La devise républicaine n’y a été apposée
qu’en 1982.

Sénat a, chaque fois, ajourné ou rejeté le texte.


BOVIER-LAPIERRE est décédé en 1899 sans

Paule MINK (1839-1901), ALLEMANE et


DUMAY, trois créateurs au Creusot et à Paris
du syndicalisme issu de la Commune

157
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Jean-Baptiste DUMAY (1841-


1926)
Maire du Creusot de 1870 à 1871.
Fondateur d’une section de la
Première Internationale, exilé en
Suisse de 1871 à 1879, député du
20ème arrondissement (Belleville,
Saint-Fargeau) de 1889 à 1893,
Régisseur de la Bourse du Travail
de Paris de 1896 à 1905

avoir réussi à le faire adopter par l’ensemble


du Parlement.
ANNEXE 2

ANNEXE 3
ANNEXE 4

158
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

ANNEXE 5

CHRONOLOGIE & CENTRALITE DES EVENEMENTS AU CREUSOT

TACTIQUE PATRONALE &


DATE LUTTES OUVRIERES ACTIONS AU NIVEAU DE L’ETAT
REPRESSION
Grève partielle de 24h
contre la mise en
marche d’un haut- Le haut-fourneau est éteint. Les
Sept
fourneau manœuvres obtiennent une
1898
supplémentaire sans augmentation de 0,25 F / jour
augmentation
d’effectifs.
Octobr Début du chronométrage
e Objet : 5 charges / homme / jour
Mécontentement
Mars contre la hausse des Prime accordée aux aides-
1899 cadences de charges chargeurs
aux hauts-fourneaux.
Mise à pied de deux manœuvres
13 mai
des hauts-fourneaux
Hausse de salaire de 0,25 F pour
16-17 Grève partielle de 24h les manœuvres. Retour à la
mai aux hauts-fourneaux. cadence de 4 charges / homme /
jour
Rumeurs de grèves et
Fin mouvements de La direction annonce des hausses
mai revendications à la de salaires à la Forge et à la Mine
Forge
Grève générale
commencée aux Rejet de toutes les revendications
29 mai Ateliers de salariales. Demande d’une reprise
construction et à la du travail sans conditions.
Grande Forge
9000 ouvriers en
30 mai grève. Heurts avec la
troupe.
Formation du Occupation militaire du Creusot
Syndicat des ouvriers 3 télégrammes du Président du
métallurgistes (6000 conseil Charles DUPUY demandent
31 mai
adhésions). Nouveaux au préfet de Saône-et-Loire
heurts grévistes / d’intervenir auprès de la direction
cavalerie de l’Entreprise SCHNEIDER sans
recourir à la procédure d’arbitrage
par l’intermédiaire du juge de paix.
Il est indispensable que la Cie
Appel du SOM « Appel de confiance » d’Eugène envisage, dans un but de
1er juin invitant à poursuivre SCHNEIDER invitant les ouvriers à conciliation, les conséquences
la grève reprendre le travail sans conditions. nationales autant qu’industrielles
de la grève et fasse au plus tôt
toutes les concessions possibles.
L’ingénieur en chef de l’Exposition

159
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Universelle déclare que la grève du


Creusot pourrait, si elle continuait,
obliger à retarder les travaux et
l’inauguration qui doit avoir lieu en
juillet 1900.
Echec de la réouverture des
usines. Baisse d’environ 8% du
cours des actions de la Société
Grève des mineurs et
SCHNEIDER & Cie à la Bourse de
2 juin ouvriers de la Tuilerie
Lyon. Eugène SCHNEIDER
de Montchanin
accorde satisfaction à toutes les
revendications, mais refuse de
reconnaître le SOM.
A la Chambre, le député socialiste
(PSR) de Paris, COUTANT,
interpelle le ministre de la Guerre
KRANTZ au sujet de l’hébergement
au château de la Verrerie du
général GOSSE-DUBOIS,
9 juin
commandant les troupes
stationnées au Creusot pendant la
grève du 29 mai au 2 juin. Le
ministre répond que les officiers ont
évacué sur son ordre La Verrerie le
2 juin.
Chute du gouvernement de
Charles DUPUY, mis en minorité
après l’interpellation de VAILLANT
au sujet des incidents survenus à
12 juin
l’occasion de la manifestation
républicaine de la veille (ordre du
jour RUAU adopté par 366 voix
contre 177).
Investiture du Gt WALDECK-
26 juin
ROUSSEAU
Entrevue E. SCHNEIDER
WALDECK-ROUSSEAU
E. SCHNEIDER déclare « qu’en
présence de la situation et après
avoir fait tout ce qu’il avait pu pour
ramener le calme et continuer une
9 exploitation normale malgré la
Juillet grande difficulté que leur infériorité
géographique créait à ses
établissements, il allait se voir forcé
de les fermer et d’en confier la
garde aux pouvoirs publics que
cette grave détermination
conduirait à des conséquences
qu’on ne pouvait prévoir ».
Manifestation
14
socialiste de 7000
juillet
personnes
18 Renvoi de trois ouvriers qui ont

160
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

juillet chanté « La Carmagnole » et « La


Marseillaise ». La direction ne verse
pas les augmentations de salaires
prévues par l’accord du 2 juin.
18 Mise à pied de trois ouvriers dans
sept. le service de l’Elecrricité
Grève générale
20 déclenchée par les
sept. ouvriers de l’Artillerie
et de l’Elecrricité
Nouvelle occupation militaire du
21 Manifestation de 20 Creusot ; envoi de 4 000 hommes
sept. 000 personnes (infanterie, cavalerie, gendarmerie,
génie)
Entrevue grévistes / direction :
Visite au Creusot des
22 Eugène SCHNEIDER refuse de
mineurs grévistes de
sept. rencontrer ADAM, secrétaire
Montchanin
permanent du SOM
ROLDES propose
une marche des
grévistes sur Paris en
25
réponse aux rumeurs
sept.
de fermeture de
l’usine pendant 40
jours
Echec des négociations. E.
SCHNEIDER rejette toutes les
27
revendications ouvrières,
sept.
notamment l’institution de
délégués ouvriers.
Rumeurs de transfert à Sète des
hauts-fourneaux de la forge.
28
sept. Second appel de SCHNEIDER à
une reprise du travail sans
conditions.
Echec de la réunion de conciliation
convoquée à 13 H par le Juge de
Paix conformément à la loi du 27
décembre 1892. Arrivés à 19 H,
29
les représentants de SCHNEIDER
sept.
déclarent s’en tenir à l’appel à la
reprise du travail de la veille et
refusent d’engager toute nouvelle
négociation.
Manifestation des
30 Visite du nouveau préfet au siège
grévistes à la Marolle
sept. du syndicat CGT.
au nord du Creusot.
Intervention du préfet auprès de
1er Echec d’une SCHNEIDER maintient sa volonté SCHNEIDER. En substance : « si
octobr deuxième réouverture de renvoyer certains membres du vous ne cédez pas, je vous rends
e de l’usine. comité de grève. responsable des malheurs qui
pourraient arriver ».
Pressions du gouvernement pour
2-4 Organisation des trois

161
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

octobr premières étapes de


e la marche sur Paris. faire accepter un arbitrage par
Le comité de grève Eugène SCHNEIDER, et le comité
4 de grève (interventions de
demande l’arbitrage
octobr MILLERAND, VIVIANI et TUROT).
de WALDECK-
e
ROUSSEAU
Sentence arbitrale prescrivant :
- le respect des hausses de salaire
accordées le 02/06
- l’égalité de traitement entre
7 syndiqués et non-syndiqués
octobr
- aucun renvoi pour fait de grève
e
- un roulement du chômage
- l’institution de délégués ouvriers
- le droit pour la direction de créer
un contre-syndicat
Entrevue MILLERAND-GENY. Le
8 représentant de SCHNEIDER
octobr regrette que la sentence n’ait pas
e consacré le droit de renvoyer les
ouvriers indisciplinés.
SCHNEIDER reçoit les
contremaîtres et les marqueurs des
divers services et les exhorte à la
10 fermeté au moment de la reprise
octobr du travail.
e Aucune allusion n’est faite à
l’égalité de traitement entre
syndiqués et non-syndiqués (2ème
clause de la sentence)
Entrevue WALDECK-ROUSSEAU -
LICHTENBERGER, représentant
désigné de l’Entreprise
SCHNEIDER à Paris. Le président
du Conseil reconnaît le droit
patronal de renvoi en cas de
nouveaux incidents ou d’actes
11 d’indiscipline.
octobr « Il y a toujours intérêt à sévir
e immédiatement ». Texte de
SCHNEIDER à destination de
l’Assemblée générale des
actionnaires et de la Chambre des
députés. « La Chambre n’a aucune
qualité pour apprécier et pour juger
les rapports entre patrons et
ouvriers ».
29 Fondation du syndicat jaune ou
octobr « Syndicat des corporations
e ouvrières ».
28 Renvoi de vingt syndiqués du SOM
nov. et de CHARLEUX, son président

162
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Statuts provisoires
17 d’une Fédération des
déc. syndicats ouvriers de
Saône-et-Loire
Premières élections de délégués
20 ouvriers, privés du droit d’intervenir
déc. collectivement auprès de la
direction.
La direction supprime le roulement
de chômage prescrit par l’arbitrage
29
et réserve ses versements à la
déc.
Caisse des retraites aux adhérents
du SCO
Le SOM fonde une
coopérative de
production,
4 mars
« l’Association
1900
ouvrière de
métallurgie du
Creusot »
29 JAURES inaugure les
avril travaux à Chanliau.
Victoire d’Eugène
6 mai SCHNEIDER aux
élections municipales.
Renvoi de treize ouvriers dont deux
9 mai
membres de la liste républicaine.
Alexandre MILLERAND, ministre de
l’Industrie et du commerce,
inaugure le pavillon SCHNEIDER à
1er l’Exposition universelle et se félicité
juillet de ce que la sentence arbitrale du
7 octobre 1899 ait permis
l’institution au Creusot de délégués
ouvriers.
Grève à la Forge à la La direction ferme la Forge et invite
13 suite d’une rixe entre les ouvriers à demander
juillet ouvriers du SOM et individuellement leur
du SCO. réembauchage.
L’usine arme les gardes et les
portiers de révolvers. Nouveau
règlement d’atelier permettant le
15 renvoi immédiat et la suppression
juillet du service médical et
pharmaceutique. 752 ouvriers de la
Forge se font inscrire sur 2455
employés avant le 13 juillet.
Le SOM décide la
grève et l’occupation
18 de l’usine si Eugène
juillet SCHNEIDER ne
répond pas à un
ultimatum exigeant le

163
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

respect de la
sentence arbitrale.
Arrestation d’ADAM.
20-21 2900 grévistes dont Echec de l’occupation en raison de
juillet 1770 pour la Forge. la résistance du SCO. 3ème occupation militaire au
Creusot.
CHARLEUX invite les
syndiqués à
24 55 condamnations par le Tribunal
reprendre le travail. 1200 départs,
juillet correctionnel d’Autun.
Début des départs
massifs du Creusot.
14
Arrestation de CHARLEUX
août
22 WALDECK-ROUSSEAU fait libérer
août ADAM et CHARLEUX.
Départ définitif de
6 sept. CHARLEUX pour
Paris
LOUBET gracie les condamnés à
25
l’occasion du banquet des maires
sept.
à l’Exposition universelle.
Dépôt à la Chambre du projet de
loi111 WALDECK-ROUSSEAU -
15
MILLERAND « sur le règlement
nov.
amiable des différends relatifs aux
conditions de travail ».

111
Comité des Forges de France – Bulletin n° 1692 du 29 novembre 1900. Les principales modalités
retenues sont les suivantes :
- Election au scrutin secret par les ouvriers et ouvrières délégués d’usine permanents (à raison de 2 pour
50 ouvriers) qui seraient chargés d’exposer devant le patron les revendications de leurs camarades.
- Tentative de conciliation entre arbitres désignés par les patrons et les ouvriers, avant la déclaration de
grève qui ne peut être faite qu’après un délai de six jours.
- Vote de la grève à la majorité, mais avec la participation minimum d’un tiers du total des ouvriers
intéressés.
- Arbitrage obligatoire du conflit par les Conseils du Travail de la région, composés des délégués élus des
syndicats patronaux et ouvriers, dans un délai maximum de quinze jours.
- Sanctions en cas de pression électorale ou d’obstacles mis à l’accomplissement des fonctions de
délégué ou d’arbitre (articles 26 à 29).
Héritage à la fois des grèves de 1899-1900, de l’arbitrage WALDECK-ROUSSEAU et de la proposition de
loi BOVIER-LAPIERRE et de la législation de Nouvelle-Zélande, le projet sera repris par la loi du 21
décembre 1936. Celle-ci rendra obligatoire en cas de grève le recours à une procédure de conciliation et
d’arbitrage. Toute grève n’ayant pas utilisé ce recours sera alors considérée comme illicite. Ce dernier
texte ne recevra toutefois dans l’immédiat aucune application.

164
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

BIBLIOGRAPHIE (Institut d’histoire sociale CGT de la Métallur-


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René-Pierre PARIZE « Les grèves de 1899- proche historique », Ed. Bruylant Bruxelles
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165
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Michelle PERROT « Les Ouvriers en grève


France, 1870-1890 », Paris, Mouton, 1974 – 2
vol
Pierre SORLIN, « WALDECK-ROUSSEAU »,
Ed. A. Colin 1966
Edith THOMAS, « Louise MICHEL » 1971 -
Gallimard
Rolande TREMPE, « Les mineurs de Carmaux
: 1848-1914 », Ed. Ouvrières 1971, 2 vol
Patrick VERLEY, « La Révolution Industrielle »
Folio histoire Gallimard 2008
E. LOUSSE et J. de LAUNAY, « Dictionnaire
des grands contemporains de 1776 à nos
jours », Marabout Université, 1970
Christian DEDET, « Les Fleurs d’acier du Mi-
kado », Flammarion 1993
« 1905 Autour de Tsoushima », Ed. Omnibus
2005
Comité des Forges de France, Bulletin
1900
Dictionnaire de Biographie Française,
tome 7, Librairie Letouzey et Ane, 87 bd Ras-
pail, 1954

166
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

De la protesta urbana a la movimiento social conocido como vecinal


o ciudadano. Las asociaciones de vecinos,
demanda ciudadana  : el aprovechando el escaso margen dejado por
movimiento vecinal durante la restrictiva legislación franquista, tuvieron un
papel muy significativo tanto en la mejora de
el tardofranquismo (1964- las condiciones de vida de la población, como
en el conjunto de la actividad social que dio
1975) soporte a la oposición al régimen de Franco.
En comparación con los otros dos grandes
movimientos sociales del antifranquismo, el
Maria Valls Gandia*
obrero y el estudiantil, el asociacionismo veci-
Ignasi Escandell Garcia**
nal se caracterizó por su carácter popular e
interclasista lo que le posibilitó una importante
penetración y arraigo social.
A modo de introducción
Lo que nos proponemos en este trabajo es
Los años 70 son años de cambio en el Estado aproximarnos a los orígenes del movimiento
español. El gran salto económico que expe- vecinal analizando los factores que favorecie-
rimentó España supuso también un extraor- ron su aparición, las fases de su desarrollo y
dinario cambio social que se manifestó, entre la evolución de sus demandas. Según nues-
muchas otras cosas, en una transformación tra opinión, son las particularidades de los
radical de las ciudades. El crecimiento desor- orígenes del movimiento vecinal lo que mar-
denado y especulativo de las mismas durante carán su diferencia respecto al movimiento
la época del desarrollismo franquista dio lugar obrero y estudiantil, ya que lo sitúan en un ni-
a grandes carencias de equipamientos y servi- vel de la historia social al que el estudio de los
cios en los barrios. Desde finales de la década otros dos movimientos no podría llegar. Consi-
de los 60, sectores de las clases trabajado- deramos que, mientras que obreros y estu-
ras comenzaron a asociarse para hacer frente diantes presentan unos límites sociales muy
a estas deficiencias configurando un nuevo marcados, el movimiento vecinal logra traspa-
sarlos para conformarse por un mosaico de
* mariavallsgandia@gmail.com, Universitat de València
** natxoescandell@gmail.com , Universitat de València identidades sociales y políticas que aglutinará

167
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

intereses y demandas que concernirán a to- miento desordenado de los núcleos urbanos que
das las capas sociales. Con ello logrará crear se tradujo, en un primer momento, en el hacina-
un auténtico antifranquismo que se mostrará miento de miles de personas en barracas (e inclu-
eficaz no solo para lograr objetivos materiales, so en cuevas) y la autoconstrucción de viviendas.
sino para involucrar a toda la población en la Posteriormente, se crearán nuevos barrios en los
lucha por la ciudadanía democrática. que la baja calidad de los materiales y la ausen-
cia casi total de equipamientos y servicios será su
1.- Habitar las ciudades del franquismo. característica más notable.
Bases del movimiento vecinal. Resulta especialmente interesante la reacción
El periodo conocido como tardofranquismo del régimen ante el nuevo proceso de urbaniza-
(término aplicado a la última fase del franquis- ción que se estaba produciendo, reacción que, en
mo) representa años de cambio y evolución nuestra opinión, es clave para entender las prime-
tanto fuera como dentro del régimen. El cam- ras motivaciones del movimiento vecinal. Las auto-
bio dentro del sistema empezó a desarrollarse ridades franquistas, en la línea del carácter repre-
durante la década de los sesenta con la apa- sivo del régimen, trataron de minimizar al máximo
rición de nuevas mentalidades políticas refor- los efectos del proceso migratorio, bien anulando
mistas, que explican el carácter indeciso y y arrasando los suburbios, bien obstaculizando
confuso de algunas de las últimas decisiones la creación de nuevos barrios, destruyéndolos y
del gobierno de Franco. Sin embargo, lo que castigando a todos aquellos que participaban en
nos interesa a nosotros son toda la serie de su construcción. Esto provocaba la aniquilación
factores de cambio social y económico que se del espacio urbano ya comentado, pero al mismo
producen al margen del Régimen y que altera- tiempo suponía también una desaparición de la
ron profundamente la sociedad española du- ciudad como ámbito de referencia para los nuevos
rante la década de los sesenta. Estos agentes habitantes.
de cambio se encuentran en las bases del La importancia de este hecho radica en que las
nuevo movimiento vecinal. A continuación va- ciudades del franquismo se sustentan sobre redes
mos a analizar en qué consisten dichas bases sociales de nueva creación derivadas del proceso
y cómo afectan a la consolidación y desarrollo migratorio. Éstas pretendían reconstruir los víncu-
de este fenómeno. los sociales (e incluso familiares), que se tenían en
el lugar de origen por tanto, la búsqueda y crea-
1.1.- Base social o la creación de nuevos ción de nuevos ámbitos de socialización y apoyo
vecinos. se convierte casi en una cuestión de superviven-
Uno de los elementos fundamentales en la confor- cia. De este modo, se fueron creando canales de
mación de las ciudades bajo el franquismo viene información entre aquellos que estaban ya asenta-
dado por el extraordinario proceso migratorio que dos en las ciudades y los que pretendían inmigrar.
experimentaron las zonas urbanas. En poco más Una vez llegaban a las ciudades, se conformaban
de treinta años, cerca de seis millones de perso- tejidos de solidaridad y apoyo mutuo que se tra-
nas abandonaron las áreas rurales para instalarse ducían en ayuda para encontrar trabajo, facilitar el
en las zonas industriales, consolidando sus áreas acceso a una vivienda o acondicionarla para poder
metropolitanas y llegando a duplicar la población vivir. Igualmente, como veremos, de estas redes
en ciudades como Madrid o Bilbao1. La llegada también surge la iniciativa de los vecinos de pro-
masiva de nuevos habitantes provocó un creci- veerse ellos mismos de ciertas infraestructuras y
servicios urbanos como alcantarillado, fosas sépti-
1. Joseba DE LA TORRE y Gloria SANZ DE LA FUEN- cas o lugares de reunión y ocio.
TE (eds.): Migraciones y coyuntura económica del fran-
quismo a la democracia, Zaragoza, Prensas Universi- Resultado de la configuración de nuevos vínculos
tarias de Zaragoza, 2008, pp. 19-20.

168
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

entre los vecinos emerge un sentimiento de identi- una fuerte actividad especulativa por parte de
dad colectiva derivada de la homogeneidad social las élites franquistas. Esta política se refería
que caracterizaba estas áreas urbanas. Estamos, únicamente a la construcción de viviendas sin
como afirma Bordetas, ante la construcción de tener en cuenta los servicios y equipamien-
una “conciencia primaria” que no estaría exenta tos necesarios derivados de la ocupación de
de contenido político al estar ligada a la identidad un nuevo espacio. Por otra parte, el segundo
obrera, que era la hegemónica entre la población eje es la política dirigida a la eliminación de
de los nuevos barrios2. Los trabajadores, como los suburbios por parte del Ministerio, que ya
vecinos de las nuevas zonas habitadas, trasla- hemos citado anteriormente. Conviene desta-
daron al movimiento vecinal las contradicciones car que las zonas a desalojar y eliminar eran
sociales que había introducido la política econó- aquellas donde, según el gobierno franquista,
mica de desarrollo capitalista. En este sentido, los no era posible hallar los valores culturales,
trabajadores como vecinos y los vecinos como políticos y sociales que el régimen pretendía6.
trabajadores terminaron por fundir sus reivindica- Otro aspecto a tener en cuenta dentro de la de-
ciones criticando abiertamente las carencias y dé- nominada base material son las duras condi-
ficits que les estaba imponiendo el Régimen3. No ciones de vida a las que se vieron expuestos
obstante, la unión entre obreros y vecinos iba más los habitantes de los nuevos barrios periféri-
allá de las peticiones comunes. Según Domènech, cos en las grandes ciudades y zonas metro-
ambos compartían un sentimiento de exclusión a politanas. Las viviendas de nueva construc-
todos los niveles, cultural, social y político, que se ción eran de mala calidad, las calles que las
hacía visible en el ámbito urbano y en el lugar que rodeaban estaban en su mayoría sin asfaltar,
ocupaban ellos en él. Este sentimiento de exclu- sin luz, sin alcantarillado y sin señalizar, lo que
sión marcaría su autorepresentación como grupo4. suponía un peligro para el desarrollo de la vida
1.2.- Base material o en tránsito a la gran cotidiana. Además, estas zonas carecían de
ciudad. servicios básicos como escuelas o centros
de salud, por no hablar de espacios verdes
El desplazamiento masivo de población a las u otras instalaciones culturales. Los barrios
ciudades y la intensificación del ritmo construc- tradicionales no quedaron fuera de esta diná-
tivo condicionó la política del Ministerio de Vi- mica ya que también sufrieron las carencias
vienda alrededor de dos ejes. Por una parte, de servicios y desatención por parte de la
en la promoción, subvención y construcción administración franquista y su inadaptación al
del mayor número de viviendas posible. Se tiempo, puesto que las políticas de conserva-
debe tener en cuenta que los nuevos barrios ción de patrimonio histórico y urbano, brillaron
se creaban en zonas periféricas, producién- por su ausencia7. Por otra parte, la despreo-
dose grandes plusvalías económicas sobre un cupación del régimen por el mantenimiento de
suelo con bajo coste inicial5, lo que acarreaba los parajes naturales fue evidente, sobre todo
si nos centramos en las zonas próximas a la
2. Ivan BORDETAS: “El movimiento vecinal en el trán- costa mediterránea, donde la fiebre construc-
sito de la resistencia a la construcción de alternativas”,
Historia del Presente, 16 (2011), pp. 43-61. tiva alteró para siempre el paisaje8.
3. Teresa Mª ORTEGA LÓPEZ: “Obreros y vecinos en 6. Ivan BORDETAS: “El movimiento vecinal...” Historia
el tardofranquismo y la transición política (1966-1977). del Presente, 16 (2011), pp. 43-61.
Una ‘lucha’ conjunta para un mismo fin”, Espacio, 7. Xavier DOMÉNECH: “La reconstrucció de la raó
Tiempo y Forma, 16 (2004), pp. 351-369. democrática. Del suburbi a la ciutat”, en Carme MOLI-
4. Xavier DOMÉNECH: “Orígenes. En la protohistoria NERO y Pere YSÀS (coords.): Construïnt la ciutat demo-
del movimiento vecinal bajo el franquismo”, Historia del cràtica. El moviment veïnal durant el tardofranquisme i
Presente, 16 (2010), pp. 27-41. la transició, Barcelona, Icaria-UAB, 2010, pp. 127-130.
5. Ivan BORDETAS: “El movimiento vecinal...” Historia 8. Maria VALLS y Ignasi ESCANDELL: “De la protesta
del Presente, 16 (2011), pp. 43-61. urbana a la demanda ciudadana. Movilización vecinal

169
Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

1.3.- Base política o nuevos aires asocia- ciativo que existía dentro del régimen. En esta
tivos. línea, como afirma Pérez-Díaz, pensamos que
tenía que existir una cultura democrática más
El factor asociativo fue un elemento clave a la amplia de lo que las élites podían imaginar11 y
hora de vertebrar el estado franquista desde que permitió instaurar en estas asociaciones
sus bases. Las primeras asociaciones, las comportamientos democráticos (asambleas,
Asociaciones de Cabezas de Familia, centra- debates, elecciones internas…) que consti-
das en la familia y en la Iglesia, tenían en la tuirían las bases de su proyecto de construc-
práctica poca actividad por ser ramificaciones ción ciudadana. Según esta teoría, tradiciones
del órgano franquista. Se trataba de asocia- democráticas como la tolerancia mutua, la ne-
ciones que se caracterizaban por su paterna- gociación colectiva y la multiplicidad de voces
lismo y una organización clientelar, cuya apa- están en la base del acto asociativo aunque
rición estaba vinculada al mantenimiento de la sus actores no sean conscientes de ello.
estructura vertical de la sociedad9. Desde el
La Ley de Asociaciones de 1964 supuso,
Régimen se pensaba que permitir asociarse
como defiende Pamela Radcliff, un marco
era una buena demostración del nuevo aper-
legal que abrió un espacio “desde arriba”
turismo por el que se estaban decantando y
para el renacimiento del asociacionismo no
que la mejor manera de hacerlo era a partir de
ideológico12. La Ley, aunque su preámbulo
la familia, uno de los pilares de la Dictadura.
establecía que las asociaciones debían ser un
Por ello, se posibilitó que los residentes de un
“instrumento de los fines estatales” con unos
barrio se agruparan en una asociación en la
principios “de acuerdo con las normas inspi-
que estuvieran los jefes de familia - hombres
radoras del Movimiento nacional”, favoreció la
mayores de edad y eventualmente mujeres
aparición de numerosas asociaciones en todo
casadas-que debían actuar como represen-
el estado13 con una tipología más abierta de
tantes de sus barrios. Las primeras asocia-
lo que se establecía en el plan de las Asocia-
ciones de vecinos tienen este origen10 aunque
ciones de Cabezas de Familia. Ciertamente, la
muchas de ellas iniciarán después a un largo
ley dejaba sin definir los objetivos, el alcance y
proceso para poder cambiar su naturaleza y
participación de las asociaciones, salvo en lo
legalizarse al amparo de la Ley de 1964.
referente a impedir que “elementos subversi-
Como veremos, será a partir de la Ley de vos” utilizaran las asociaciones con fines ilíci-
Asociaciones de 1964, cuando podemos es- tos. Este marco legal más flexible fue la opción
tablecer un punto de inflexión en el proceso por la que se decantaron la multitud de aso-
asociativo español. Tradicionalmente se ha ciaciones locales que empezaron a surgir en
querido ver en este cambio legislativo el factor esta época para tratar de dar solución a los
clave que dio lugar al movimiento vecinal. Sin problemas que se les estaban planteando en
negar la relevancia de este hecho, para noso- sus nuevas zonas de residencia. Pero no solo
tros es importante destacar el sustrato aso- fue solo el momento de los vecinos, asocia-
en la génesis de la oposición al franquismo en la ciudad
de València, 1974-1975”, en VV.AA.: IV Congreso Inter- 11. Víctor PÉREZ-DÍAZ: La primacía de la sociedad
disciplinar de la Asociación de Jóvenes Historiadores civil, Madrid, Alianza, 1994, p. 7.
(AJHIS), Salamanca, 2013, (unpubl.). 12. Pamela RADCLIFF: “Las asociaciones y los orígenes
9. Pedro COBO PULIDO: “Las asociaciones de cabe- sociales de la Transición en el segundo franquismo”, en
zas de familia como cauces de representación: un fal- TOWNSON, N. (ed.): España en cambio. El segundo
lido intento de apertura del régimen”, Espacio, tiempo y franquismo, 1959-1975, Madrid, Siglo XXI, 2009, p.
forma, Serie V, núm. 14, 2001, pp. 437-488. 148.
10. Constantino GONZALO MORELL: “Una visión glo- 13. Jose Daniel PELAYO: “El derecho de asociación en
bal del movimiento asociativo vecinal regional durante la historia constitucional española, con particular refe-
la Transición: 1970-1986”. A: Estudios humanísticos. rencia a las leyes de 1887 y 1964”, Revista Electrónica
Historia, núm. 9, 2010, pp. 195-220. de Historia Constitucional, 8 (2007).

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

ciones de padres, de consumidores, de amas los funcionarios del régimen para conseguir
de casa o de empleadas del hogar también se licencias de construcción, marcaron el inicio
crearon al amparo de la ley de 1964. de las protestas vecinales. Posteriormente,
será la provisión en los barrios de servicios
2.- De la protesta a la propuesta. básicos y equipamientos colectivos lo que les
Evolución y consolidación del ayudará en su desarrollo y consolidación.
movimiento vecinal
Una vez vistos cuáles son los elementos que Es importante aclarar que, pese a que el
favorecieron la aparición y consolidación del fenómeno tiene unas características comunes
movimiento vecinal, vamos a analizar cuál fue que se repiten a lo largo del estado, dista
exactamente el papel que desempeñaron en mucho de ser un movimiento homogéneo y
la caída de la dictadura franquista. Para ello es unitario, como tampoco lo es su evolución
fundamental analizar sus demandas y como y extensión. Aún así, García Fernández
éstas van pasando de estar centradas en su y González Ruíz15 señalan que, en líneas
entorno más inmediato a unas exigencias más generales, en el movimiento vecinal se
maximalistas que sobrepasan el ámbito del desarrollan paulatinamente cuatro etapas que
barrio. Todo esto, cabe recordar, rodeadas de vamos a exponer a lo largo de este apartado. La
un ambiente de antifranquismo que les llevará primera, a la que denominan “defensiva”, está
a convertirse en uno de los elementos clave destinada a dar a conocer a las autoridades
de desestabilización del régimen. la existencia de un problema y las formas de
movilización que realizan se limitan a cartas,
2.1.- Orígenes del movimiento vecinal y
recogida de firmas o visitas a los responsables
evolución de sus demandas políticos para exponerles sus demandas. Una
El movimiento ciudadano o vecinal nació vez agotada esta vía, los vecinos pasan a una
como respuesta improvisada a las pésimas fase “ofensiva” con formas de acción más
condiciones de vida que caracterizaban contundentes como denuncias con pintadas,
las nuevas áreas metropolitanas de los ocupaciones, marchas, manifestaciones o
años sesenta. Las primeras demandas y boicots. Estas dos fases forman parte de un
reivindicaciones iban muy en la línea de mismo planteamiento puramente reivindicativo
este carácter espontáneo y se sostenían en y al que se asociarían el tipo de demandas que
las complejas redes de solidaridad y apoyo hemos visto hasta el momento.
mutuo que el proceso migratorio había tejido Referente al tipo de demandas, una de las
en los barrios. Se trataba, mayoritariamente, peculiaridades del movimiento vecinal y signo
de una tarea asistencial y de gestión del de su evolución es el cambio que se realiza
espacio urbano en el que vivían, no solo en en las mismas. A las primeras demandas
beneficio propio sino de toda la comunidad. asociadas a reclamar servicios y mejoras en
La autoconstrucción de viviendas era una los barrios como luz o transporte público, se
de las principales actividades conjuntas que añadirán pronto otras más ambiciosas como
se realizaban, viviendo con el miedo a que infraestructuras sanitarias o educativas. Las
fueran derruidas por las autoridades14. Este reivindicaciones manifestadas por los barrios
miedo y la extorsión que sufrían por parte de en las diferentes fases del movimiento vecinal
abarcan una amplia gama de cuestiones que
14. Félix LÓPEZ: “Las protestas por el pan en los co-
mienzos de la transición y el movimiento ciudadano”,
en Vicente PÉREZ y Pablo SÁNCHEZ (eds.): Memoria 15. Javier GARCÍA y Maria Dolores GONZÁLEZ: Pre-
ciudadana y movimiento vecinal. Madrid, 1968-2008, sente y futuro de las asociaciones de vecinos, Madrid,
Madrid, Catarata, 2008, p. 127. Pecosa Editorial, 1976, p. 67.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Manuel Castells16 engloba en: La actitud del régimen llevará a un paulatino


a) Demandas basadas en consumo colectivo, desencantamiento con las autoridades locales
es decir, reclamar bienes y servicios que que se traducirá en una deslegitimación total
deberían estar ofrecidos directamente por el del aparato franquista17.
Estado, como viviendas públicas de buena 2.2.- Extensión y consolidación del movi-
calidad, instalaciones educativas y sanitarias
miento vecinal
en condiciones, un transporte público que
llegue a todas las zonas, mayor seguridad en el Volviendo a las etapas del movimiento vecinal
tránsito, más espacios verdes o conservación enunciadas por García Fernández y González
del patrimonio. Ruíz y enlazándolas con la evolución de
b) Demandas relacionadas con la defensa de la las demandas de Castells, llegaríamos a
identidad cultural, vinculada tanto a la defensa una tercera fase de desarrollo que vendría
del patrimonio material como inmaterial, como dada por el punto de inflexión que supone
serían las tradiciones u otras manifestaciones el inicio de la década de los setenta. Se
folclóricas. abre entonces un contexto de una creciente
conflictividad social y política que posibilita
c) Movilización política relacionada con el
experimentar un salto cualitativo en cuanto a
gobierno local. En un primer momento este
formas de participación y madurez ideológica.
tipo de demandas fueron encaminadas a
Como señala Bordetas, fue a partir de ese
exigir el derecho de los barrios a organizarse
momento, cuando el movimiento vecinal
en asociaciones de vecinos, pero las
estaba ya constituido, consolidado y definido,
reivindicaciones fueron adquiriendo mayor
cuando se puede hablar de un movimiento
complejidad y derivaron en la petición de
interclasista con la incorporación de nuevos
mayor libertad política, amnistía de los presos
actores a la lucha urbana ya que el fenómeno
políticos o estatutos de autonomía. También
se extendió a barrios de clase media y se
fue muy frecuente la solicitud desde los
incorporaron activamente al movimiento
barrios de ser incorporados a los órganos
pequeños propietarios, comerciantes y otras
representativos locales o de otras entidades
profesiones liberales18. Precisamente, será
de carácter institucional.
en este carácter interclasista donde radicará
Precisamente, relacionado con el último grupo el éxito del movimiento vecinal ya que sus
de demandas, Castells analiza el proceso a objetivos ahora concernían y movilizaban al
través del cual se pasaría de la defensa de resto de la población19.
una cuestión más tangible a aspectos más
Como hemos visto anteriormente, el cambio
políticos. La progresión de los objetivos, cada
en la legislación posibilitó la creación de
vez más ambiciosos y con un mayor grado
numerosas asociaciones de vecinos.
de implicación por parte de los vecinos,
Según los datos del Registro Nacional de
resulta fundamental a nuestro parecer para
Asociaciones, entre 1964 y 1974 se crearon
entender cómo se pasa de la protesta urbana
anualmente 1.000 asociaciones de todo
a la reivindicación política. El cambio se
tipo. Entre 1975 y 1977 el número anual de
produciría como respuesta a la inoperancia y
nuevas asociaciones subió a 2.283 y durante
desidia de las autoridades que, además de no
los últimos años de la transición llegó a ser de
asumir su representatividad de las voluntades
y necesidades populares, reprendían 17. Manuel CASTELLS: La ciudad..., p. 317.
duramente cualquier intento de demanda. 18. Ivan BORDETAS: “El movimiento vecinal...” Historia
del Presente, 16 (2011), pp. 43-61.
16. Manuel CASTELLS: La ciudad y las masas, Madrid, 19. Manuel CASTELLS: Ciudad, democracia y social-
Alianza, 1986, pp. 313-314. ismo, Madrid, Siglo XXI, 1977, p. 28.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

7.639 al año20. Los vecinos pronto se dieron total libertad23.


cuenta de la eficacia de la acción colectiva a Estamos ante una expansión cuantitativa del
la hora de defender los intereses generales movimiento vecinal que lo llevó a hacerse
alcanzando victorias tangibles en su barrio, más visible. Pero también ante una expansión
como la conquista de espacios públicos o la cualitativa ya que, durante este periodo, se creó
mejora de las instalaciones comunes. Esto les una conciencia cívica, se fortaleció la cohesión
dio fuerzas para enfrentarse a las autoridades social del movimiento y se insertaron en su
y exigir nuevas demandas con un doble discurso teórico y práctico una serie de valores
efecto: hacer crecer la conflictividad urbana en basados en la necesidad de la consecución
una tendencia clara de desafío al régimen y, democrática24. La capacidad de impacto más
además, multiplicar y extender el movimiento la autoconciencia por parte del movimiento de
vecinal. la necesidad de un cambio político le otorgó al
Parte del crecimiento imparable de las ámbito vecinal una posición de centralidad en
asociaciones de vecinos se debe a la la lucha contra la dictadura. De este modo, el
incorporación de sectores sociales que hasta movimiento vecinal se acabaría estableciendo
el momento habían quedado al margen. Este como el nodo central de una sociedad
sería el caso de las mujeres, cuya implicación altamente movilizada en contra del régimen y
fue esencial para la organización de la como el gran espacio donde se pusieron en
solidaridad material o para la demanda de práctica formas democráticas y asamblearias
equipamientos colectivos, pero también en de participación y acción política.
cuestiones tan importantes como la amnistía Todo este crecimiento nos llevaría a la última
de los presos políticos, la lucha por la carestía etapa del desarrollo vecinal señalada por
de la vida y, por supuesto, la introducción de García Fernández y González Ruíz que supone
la concienciación por la igualdad de género21. la creación de estructuras de coordinación
Los jóvenes también fueron un componente entre los diferentes movimientos (federaciones
clave del movimiento vecinal. Su marco de de asociaciones de vecinos, coordinadoras…)
actuación se centró en la creación de espacios para conseguir fines más elevados. La voluntad
de producción y reproducción de una nueva de unión, según nuestra opinión, vendría dada
cultura de la protesta, en la acumulación de por la necesidad de los vecinos de ofrecer
recursos disponibles para la acción en los una respuesta contundente al régimen en sus
barrios y en la creación de una nueva militancia últimos años pero también de su deseo de
para las propias organizaciones vecinales22. constituirse como un factor a tener en cuenta
Por último conviene también destacar el durante el proceso de transición. Hoy por hoy
papel de los partidos políticos dentro del resulta incuestionable que su primer objetivo
movimiento vecinal, donde las nuevas formas llegó a cumplirse: los vecinos llegaron a crear
de actuación y participación les ofrecieron un una nueva cultura de la protesta que fue básica
espacio abierto para poder desarrollarse en en la erosión y desaparición de la dictadura.

20. El análisis de datos procede de Fabiola MOTA: La 3.- Conclusiones:


realidad asociativa en España, Madrid, Fundación En-
cuentro, 1999, pp. 44-45. A lo largo de estas líneas hemos analizado
21. Pamela RADCLIFF: “Ciudadanas: las mujeres en las
asociaciones de vecinos y la identidad de género en 23. Cristina PALOMARES: “Nuevas mentalidades polí-
los setenta”, en Vicente QUINTANA y Pablo SÁNCHEZ: ticas en el tardofranquismo”, en Nigel TOWNSON (ed.):
Memoria ciudadana…, Madrid, Catarata, 2008, pp. 54- España en cambio. El segundo franquismo 1959-1975,
78. Madrid, Siglo XXI, 2009, pp. 108-109.
22. Xavier DOMÈNECH: “La reconstrucció de la raó…” 24. Manuel CASTELLS: Ciudad, democracia…, pp. 30-
p. 136. 32.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

el proceso de configuración del movimiento


vecinal prestando atención a los factores que
favorecieron su aparición, las características
de su desarrollo y cómo evolucionan y
maduran sus demandas. De este modo,
hemos visto como el movimiento vecinal
es un fenómeno social que surge desde las
mismas contradicciones que presenta el
régimen franquista. Por una parte, por la mala
gestión que realiza de la cuestión migratoria y
de la vivienda, lo que creó el caldo de cultivo
para futuras reivindicaciones. Y, por otra,
con la creación de la Ley de Asociaciones
de 1964 que supuso el empuje definitivo del
movimiento vecinal al permitírsele un marco
de actuación dentro de la legalidad franquista.
Con esto se da salida a un fenómeno cuyo
germen es la clase obrera pero que, con sus
demandas, llegará a involucrar a otros sectores
sociales configurando así un elemento de
desestabilización del régimen que tendrá en
su heterogeneidad social su mayor potencial.
Asimismo, las asociaciones de vecinos
actuaron como “escuelas de democracia”
al introducir en la ciudadanía valores de
participación y actuación democrática que
les eran totalmente desconocidos. Con
esta tarea, no solo se creaban ciudadanos,
sino que estaban configurando el tipo de
democracia que ellos esperaban que llegaría
con la transición: una democracia horizontal,
participativa e igualitaria. El valorar si se llegó a
alcanzar o no este tipo de democracia es otra
historia.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

Violence and conflict around mayor independencia del poder legislativo


frente al ejecutivo e inicio de una política des-
the strikes of 1917. The case centralizadora que caminase hacia una mayor
of A Coruña autonomía regional. Finalmente, a ella acu-
dieron menos parlamentarios de los que se
esperaba en un principio (regionalistas, repu-
Rosalia Regueiro Mendez blicanos y reformistas) y fue disuelta sin dema-
siados problemas por las fuerzas del orden.
b) Militar: A través de las “Juntas de Defensa”,
1. Introducción los suboficiales del arma de Infantería se orga-
nizaron en una especie de “sindicato” en Bar-
En el año 1917, Europa estaba envuelta en celona. Pretendían defender sus intereses en
el convulso contexto de lo que conocemos contra de las supuestas prácticas “favoritistas”
como “la Gran Guerra”. A primera vista, po- por parte de la oficialidad. Sin embargo, este
dríamos caer en la tentación de pensar que intento de sindicación suponía una violación
España, por su condición de no beligerante, de la disciplina militar, por lo que finalmente
quedaba al margen de las convulsiones. Nada fueron detenidos y encarcelados. Su mensaje,
más lejos de la realidad, ya que también co- que en el fondo no perseguía más que fines
noce en propias carnes el ciclo revolucionario “profesionales”, fue entendido por algunas
que sacude la Europa de finales de la Primera fuerzas de la oposición como el posiciona-
Guerra Mundial. A la altura de 1917 el sistema miento de parte del espectro militar a favor de
político vigente en España, la Restauración, se un cambio político y social.
vio desafiado desde una triple dimensión:
c) Sindical: Una vez desactivados el movimien-
a) Política (republicanismo y nacionalismo to juntista y la asamblea de parlamentarios,
catalán): Ante el malestar existente, Cambó el movimiento obrero permanece en soledad
convoca una Asamblea de Parlamentarios ante la triple amenaza planteada al gobierno
desde la que canalizar los intereses de la opo- aquel verano, lo que no impide que se embar-
sición política al sistema para abrir el espacio quen en la huelga de agosto1.
político a otros sectores. Entre sus demandas,
la concesión de la soberanía nacional plena, 1. BARRIO, Á., La modernización de España (1917-
1939). Política y sociedad, Síntesis, Madrid, 2004, p.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

2. LA HUELGA. gobierno municipal, ya de por sí enredado en


sus disputas internas, ve abrirse un nuevo ele-
La problemática que desemboca en la huelga mento de desencuentro en el conflicto munici-
(que acabará siendo revolucionaria) de agosto pal. Finalmente, el alcalde Manuel María Puga
de 1917, hunde sus raíces en el conflicto fer- y Parga, “Picadillo”, opta por trasladar de cen-
roviario de Valencia casi un mes antes. Ferro- tro al enfermero (en lo que algunos ven como
viarios y tranviarios se declaran en huelga a una rendición por parte del consistorio ante
mediados de julio2. A partir de ahí, los ferrovia- los obreros5) mientras una comisión depura
rios de toda España acuerdan ir a la huelga en lo sucedido. Uno de los aspectos más intere-
solidaridad con sus compañeros despedidos. santes de todo esto nos lo aclara el propio Pi-
A su vez, en Coruña, tenemos noticias, ya cadillo en Mi vida política al decir que, pese a
desde los primeros días de agosto, de las que él pretendió sancionar el acto de violencia
quejas de los ferroviarios. Una de las protestas como a su juicio le parecía, “de arriba se me
principales es el malestar por la continua pre- dijo que debía transigir”6. Esta supuesta “tran-
sencia de militares tanto en las vías como en sigencia” contrasta con la visión aceptada por
las estaciones. Esta presencia, no se limita a la gran parte de la historiografía según la cual,
ciudad herculina, sino al conjunto del Estado. la brutal represión de la huelga de julio estaba
Lo que genera este malestar entre los obreros directamente relacionada con una estrategia
es que la actuación militar no se limita a hacer premeditada del Gobierno que buscaría pro-
prácticas, sino que la Compañía les encomien- vocar al movimiento obrero para que iniciara
da las suplencias. Es decir, en un contexto de la movilización estando todavía en un estado
escasez de puestos de trabajo, los militares inmaduro7.
constituyen una importante competencia para Maduro o no, lo cierto es que la huelga fue
los obreros que no están dispuestos a pasar fechada para el 10 de agosto. La convoca-
por alto3. toria se hace pública días antes8 y, a partir de
Mas no sólo son estos los conflictos que coin- ahí, la prensa muestra una especie de “mara-
ciden en esas fechas en A Coruña. Comienza tón” gubernamental para intentar evitarla. Las
el verano con un mitin anticlerical (que desem- gestiones llevadas a cabo así como las reu-
boca en una manifestación no autorizada) niones entre las diferentes partes implicadas
organizado por sociedades obreras y republi- (Compañía y delegados obreros, principal-
canos que, en el mes de junio, se salda con mente), se suceden a lo largo de las páginas
cargas policiales y heridos de bala y sable de la prensa. El Gobierno insiste en que de no
(entre ellos, el futuro presidente del gobierno, declararse la huelga en esa jornada, quedarán
Santiago Casares Quiroga). La cosa se com- invalidadas las autorizaciones dadas por parte
plica al declararse en huelga los obreros mu- de los Gobernadores Civiles, por lo que habría
nicipales poco después. El desencadenante, que volver a iniciar un nuevo proceso buro-
la destitución de un enfermero en el Hospital
municipal. Así, en señal de protesta, comien- roeste, A Coruña, 06/08/1917, p. 1
5. “Un mal paso. El municipio y los obreros”, La Voz de
zan la huelga de brazos caídos los barrende- Galicia, A Coruña, 07/08/1917, p. 1.
ros, los encargados del matadero municipal, 6. PUGA Y PARGA, M.M., Mi vida política, Tipográfica
los jardineros, los enterradores, etcétera4. El Obrera, A Coruña, 1917, p. 135.
7. CASANOVA, J., GIL, C., op. cit., p. 63.
13. 8. Algunos investigadores han visto en esta publicación
2. CASANOVA, J., GIL, C., Historia Contemporánea de uno de los motivos del fracaso de la huelga, ya que
España en el siglo XX, Ariel, Barcelona, 2009, p. 63. se dio tiempo a las autoridades para reaccionar: CAL-
3. “Los ferroviarios”, El Noroeste, A Coruña, 02/08/1917, LEJA, E., La razón de la fuerza. Orden público, subver-
p. 1. sión y violencia política en la España de la Restauración
4. “Los obreros municipales. El plante de ayer”, El No- (1875- 1917), CSIC, Madrid, 1998, p. 530.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

crático para una fecha diferente. A esto, los pese a que algunos obreros trabajaron con
delegados obreros responden manteniendo la más o menos normalidad, sastres o barberos12
convocatoria en curso para “adelantar traba- por ejemplo, lo cierto es que aquellos sectores
jo”: continuarán con las negociaciones, mas la más relevantes para la ciudad, quedarían pa-
convocatoria sigue en pie por si no se alcanza ralizados de no ser por la intervención militar:
un acuerdo que no llegará. En la fecha seña- tranvías, trenes, fábrica de petróleo, panadería
lada, los ferroviarios abandonan el trabajo. de la Cooperativa Militar y Civil, puerto, fábrica
Por el camino, han quedado propuestas no de gas, etc. se mantienen en funcionamiento
aceptadas por los sindicatos como la crea- porque los soldados pasan a desempeñar las
ción de un tribunal formado por 3 obreros, 3 tareas de los huelguistas.
representantes de la Compañía y un miembro Así, vemos como a pesar de que la prensa
designado por el Gobierno que actuaría como más conservadora se empeña en dar la huel-
árbitro. Estas soluciones a “medias tintas” no ga como fracasada, esto sería bastante discu-
satisfacen las expectativas de los ferrovia- tible, al menos en su aspecto de huelga labo-
rios, desconfiados ante el incumplimiento de ral. Por un lado, el hecho de la unidad en la
las promesas hechas por Compañía y autori- acción de las dos grandes centrales sindicales
dades para la resolución de la huelga de 1916: Unión General de Trabajadores (socialista) y la
habían aprendido la lección. Confederación Nacional del Trabajo (anarco-
En el caso de la línea A Coruña- Monforte, la sindicalista) hace que la huelga aglutine, ya no
decisión de ir a la huelga se toma por unanimi- sólo a la mayoría de obreros, sino a aquéllos
dad: 244 votos a favor y 5 en contra9. A partir encargados de sectores esenciales para el
de ahí, los ferroviarios abandonan el trabajo correcto funcionamiento de la ciudad. Por otro
y desde la media noche, son sustituidos por (y a pesar de la oposición de los socialistas,
militares. En estos primeros días, la versión que buscaban un cambio democrático y pací-
varía en función de la prensa que consulte- fico, como probarían sus intentos de aproxi-
mos: mientras para el republicano El Noroeste mación al elemento republicano13) en seguida
“en La Coruña huelgan pudiéramos decir que pasa a ser un movimiento revolucionario, que
todos los obreros ferroviarios”10, para el ca- pretende ir más allá de las iniciales reivindica-
tólico El Ideal Gallego “la mayor parte de los ciones de tipo laboral para intentar conseguir
trenes son atendidos por fogoneros y maqui- un cambio profundo en el sistema. Como ha
nistas de la empresa”11. Sin embargo, si se señalado Pamela B. Radcliff, esto nos hablaría
lee entre líneas, se verá que la huelga fue se- de “una especie de territorio intermedio” entre
cundada por la mayoría de los ferroviarios y una UGT desplazada hacia la acción directa
poco después, por un importante número de y una CNT exigiendo la democratización del
sociedades obreras, algunas de ellas tan im- sistema14.
portantes como las de la Fábrica de Tabacos Ante este panorama, las autoridades no tar-
(Unión Tabacalera, vinculada a la UGT y La dan en reaccionar. Así, el día 13 se proclama
Nueva Aurora, anarcosindicalista) o la de esti- el Estado de Guerra, cuyas restricciones se
badores del puerto, lo que obliga a voluntarios verán ampliadas dos días después. Las socie-
y soldados a realizar las cargas y descargas. dades obreras son clausuradas desde el pri-
Lo anterior llevaría a otra reflexión, y es que, mer momento, por lo que no debe extrañarnos
9. “La huelga de los ferroviarios”, en La Voz de Galicia, 12. “Una semana de paro”, en La Voz de Galicia, A Co-
A Coruña, 08/08/1917, p. 1. ruña, 21/08/1917, p. 1
10. “El conflicto actual. La huelga de ferroviarios”, en El 13. G. CALLEJA, E., op. cit., pp. 523- 527.
Noroeste, A Coruña, 12/08/1917, p. 1. 14. RADCLIFF, P., De la movilización a la Guerra Civil.
11. “Situación de la huelga ferroviaria”, en El Ideal Gal- Historia política y social de Gijón (1900- 1937), Debate,
lego, A Coruña, 12/08/1917, p. 1. Barcelona, 2004, p. 190.

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Approches croisées de la conflictualité - XVIIIe siècle à nos jours

que se intensifique la vigilancia, por ejemplo, junio, el mitin anticlerical organizado mano a
de bares y tabernas en las proximidades del mano entre las sociedades obreras y los gru-
puerto, algunas de las cuales se saldan con pos republicanos con mayoría en el ayunta-
detenciones de obreros15. miento (interesante elemento éste de la unidad
Y es que desde muy pronto se procede a la de acción entre obreros y burgueses puesto
detención, ya no sólo de individuos pertene- que a lo largo de la historia coruñesa se puede
cientes a las sociedades obreras de la ciudad, calificar como una “relación de amor y odio”),
sino de aquéllos elementos considerados así como la manifestación, por cierto no auto-
como peligrosos. Entre estos, nos encontra- rizada por el gobierno civil, que se organiza a
mos a varios miembros del la corporación mu- la salida del mismo, empieza con lanzamien-
nicipal, acusados de formar la “junta revolu- tos de piedras a los locales del diario católico
cionaria” encargada de organizar la huelga en El Ideal Gallego así como al de la Juventud
A Coruña. Contra a lo que podríamos esperar, Católica y se salda con cargas policiales a
esta supuesta junta revolucionaria non estaría caballo que acaban con varios heridos de bala
formada, en su mayoría, por obreros sino que y de sable. Cierto lo es también que los lla-
estos comparten protagonismo casi a partes mamientos a este mitin utilizaban un discurso
iguales con destacados miembros del repu- excitado en el que tanto abogan por “agotar
blicanismo local. Así, nos encontramos con 5 los medios legales para que se vayan” los Je-
obreros procesados (dos de ellos líderes del suítas como por “aplastarles la cabeza”17. Mas
socialismo y anarcosindicalismo en la ciudad) no menos cierto es que durante la huelga de
y 6 miembros de la corporación municipal. agosto que aquí analizamos, no encontramos
Estos, junto con otros, pasarían a ocupar las demasiadas noticias sobre sucesos violen-
diferentes celdas de las prisiones locales. El tos (más allá de los boicots ya mencionados
número de detenidos, si bien varía según las y las detenciones). Es más, el propio alcalde,
diversas fuentes16, fue elevado en todo caso. el conservador M. M. Puga y Parga, Picadillo,
reconoce que en Coruña, “ese motín callejero
Todo lo anterior no resulta descabellado si te-
o esa revolución, aquí no se vió (sic.)”18. En
nemos en cuenta algunas de las acciones lle-
esta misma línea se pronuncia el Directorio del
vadas a cabo por los huelguistas, que no sólo
Partido Republicano Autónomo, en una hoja
abandonan el trabajo, sino que intentan llevar
suelta a los ciudadanos en la que elogia su
a cabo diversos actos de boicot: el hilo tele-
comportamiento cívico por “no haberse pro-
fónico fue cortado, fueron colocados diversos
ducido, durante los pasados sucesos, ni el
obstáculos en las vías, se queman pajares y
menor desorden”19.
plantaciones, etc. Sin embargo, sí que llama
la atención cuando no tenemos demasiadas No pocos investigadores ha señalado como
noticias de episodios violentos durante el en ciudades como Madrid, Barcelona o Bilbao
desarrollo de la huelga. Cierto es que poco se deja la protesta pacífica para adquirir “un
tiempo antes, concretamente en el mes de talante violento”20. Así pues, ¿cómo es posible
que en una ciudad como A Coruña, con una
15. Archivo Intermedio Militar Noroeste, ES. 15402.
mayoría republicana en el Ayuntamiento, un
AIMNO. 05. 01621. 010 y 01598. 007.
16. La prensa arroja diversas cifras que irían desde
los 202 detenidos de El Noroeste hasta los 172 de El 17. “Un buen consejo”, en La Voz del Obrero suple-
Ideal Gallego. El Ayuntamiento habla de 205 (ARCHIVO mento al número 244, Arquivo da Real Academia Gale-
MUNICIPAL, Expedientes disciplinarios de personal, ga, RG 17/61.
C- 2684, “Relación de los detenidos con motivo de los 18. PUGA Y PARGA, op. cit., p. 137.
sucesos desarrollados en esta ciudad durante el mes 19. DIRECTORIO DEL PARTIDO REPUBLCIANO AU-
de agosto del año 1917” y “Relación de las mujeres TÓNOMO, “Ciudadanos”, Tipográfica Obrera, A Co-
detenidas con motivo de los sucesos desarrollados ruña, 09/11/1917.
durante el mes de agosto del año 1917”). 20. G. CALLEJA, E., op. cit., p. 528.

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