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L’ASSURANCE CORPS

L’assurance sur corps, qualifiant l’assurance du navire, présente la particularité d’être


principalement une assurance de dommages dite encore de chose (assurance financière) qui
couvre, à côté des contributions aux avaries communes, tout dommage, perte ou avarie éventuels
subies par le corps, le navire lui-même, et soit donc régie par le principe indemnitaire partant de
l’idée selon laquelle l’assuré ne doit pas s’enrichir à l’occasion du sinistre, ni être incité à en
spéculer l’éventualité, et dont la teneur consiste à ce que l’indemnité soit calculée sur la base du
prix du bien au jour même de sinistre déduction faite de la vétusté. Non seulement, mais
l’assurance corps est une assurance hybride en ce qu’elle est, accessoirement, une assurance de
responsabilité garantissant l’assuré, propriétaire du navire, contre certains risques de
responsabilité résultant de certains dommages causés par le navire aux tiers appelés « recours de
tiers », notamment en cas d’abordage ou accident assimilé (heurt avec tout autre bien ou
installation fixe ou flottante, etc.).

1) Intérêt assurable et Valeur assurée :


Dans l’assurance sur corps, l’intérêt assurable, qui est le navire, est indivis, en ce sens qu’il
couvre, non seulement la coque et les machines (dommages matériels), mais aussi tous les
accessoires du navire, agrès, moteurs et apparaux notamment, ainsi que les dépenses dans
lesquelles sont compris les frais d’armement, les mises dehors (approvisionnement de tout ordre),
les avaries frais incombant au navire càd frais et dépenses nécessaires pour permettre la réparation
du navire, le déplacement en cas d’abordage au quai d’attente. Elle couvre enfin la contribution du
navire en cas d’avaries communes (dépenses faites pour éviter un dommage)
C’est pour cela qu’on dit que l’assurance corps porte sur le navire au sens large du terme.

Dans l’assurance sur corps de navire, la valeur retenue est le plus souvent une valeur agréée,
càd librement négociée et discutée entre les parties (évaluation conventionnelle de la chose). Cette
valeur agréée qui lie les parties pendant toute la durée du contrat, puisqu’elles ne peuvent par la
suite retenir une autre estimation. En fait, les parties ont tout intérêt à retenir une valeur agréée
correspondant à la valeur du navire (estimation réelle), car en cas de surestimation du navire,
l’assuré paiera des primes élevées et l’assureur sera tenu à une indemnisation surévaluée, et en cas
de sous-estimation, en revanche, l’assuré sera insuffisamment indemnisé, de manière qu’il ne l’est
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qu’à hauteur de la valeur assurée et reste par-là son propre assureur pour la différence existant
entre valeur réelle et valeur agréée.

2) Garanties :
Pour ce qui est des types de garanties, l’assurance Corps est :

✓ soit du type « tous risques sauf » (police-type du marché français d’assurance maritime sur
corps de tous navires) couvrant ainsi tous les dommages et pertes matériels non exclus. En cas
de sinistre, l’assureur devra justifier l’absence de garantie (exclusion) s’il estime que la garantie
n’est pas acquise. L’assuré n’a donc rien à prouver et la charge de la preuve de l’exclusion de la
garantie pèse sur l’assureur.
A l’instar du marché français de l’assurance corps, le marché marocain est un marché tout
risques.
✓ soit du type « FAP sauf » (Franc d'Avaries Particulières Sauf... les risques figurant dans
l'énumération) (polices anglaises ou américaines sur corps de tous navires) garantissant toute
avarie particulière (dommages et pertes) dont le fait générateur est l’un des événements
expressément énumérées dans la police, qui sont notamment des évènements majeurs et
graves, et en tous cas, les plus caractéristiques, tels que l’abordage, l’échouement, le naufrage,
l’incendie, l’explosion, heurt ou collision, etc. Autrement dit, les périls sont énumérés. Il s'agit
donc d'une garantie restreinte.
La charge de la preuve que le dommage trouve sa cause dans l’un des cas prévus pèse sur
l’assuré. Il doit donc non seulement prouver le montant estimé du préjudice mais également
faire la preuve de la « cause » à l’origine du constat.
✓ Soit du type « FAP » couvrant, non pas les avaries particulières, mais uniquement les avaries
communes, càd les dommages causés aux marchandises ou leur perte totale, à la suite de
décisions prises pour sauver le navire. Les sommes concernées étant généralement très élevées,
il est donc vital de se protéger contre ce risque majeur.

3) Conclusion du contrat :
Dans la pratique, le schéma de la conclusion d’un contrat d’assurance corps est plus complexe que
ne le fait apparaître la simple confrontation entre assureur et assuré.

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En effet, eu égard à l’importance des sommes en jeu, l’assurance d’un navire est rarement le fait
d’un seul assureur. Elle met en présence un assuré et plusieurs co-assureurs, à ce que le risque sera
disséminé entre ceux-ci. A noter à cet égard que le marché international de l’assurance corps de
navires fonctionne sur une base de co-assurance. L’assurance corps est donc un marché mondial de
co-assurance, par essence, peut-être aussi par nécessité : les besoins de couverture en
responsabilité civile d’une compagnie maritime majeure avoisinent aujourd’hui un nombre très
important d’argent par événement, ce que le marché, si important soit-il, ne saurait garantir seul.
De surcroît, l’assuré ne traite pas, en général, directement avec l’assureur, mais passe souvent par
l’intermédiaire d’un courtier d’assurance maritime, professionnel qui se charge de placer auprès
d’assureurs maritimes les risques qui lui sont confiés par ses clients, et d’en négocier les
couvertures ; il négocie pour l'armateur la couverture de risques liés à la navigation, et pour le
chargeur la couverture des risques concernant le fret (les marchandises à transporter). Il joue donc,
juridiquement, le rôle d'un mandataire au service du client, l’assuré, pour le placement des risques
corps et des risques transport de marchandises. Ainsi, en tant que professionnel, il est tenu envers
son client assuré d’un incontestable devoir de conseil. Il peut arriver que le courtier agisse aussi
comme mandataire au service de l’assureur lui-même et, par exemple, recevoir les primes
d’assurance et verser les indemnités au nom et pour le compte de celui-ci, établir les certificats
d’assurance, et même gérer les recours.

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