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CENdREs dE LaRMEs

Mohamed-Chérif ZERGUINE
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A mes Enfants et mes petits Enfants,


Ilyés, Sofiane, Aya et Yassine.
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S O M M A I R E
Préface 7
Les Cendres de Larmes 11
La peur de l'inconnu 21
L'ombre d'un pouvoir occulte, alerte la dsT 35
L'intrigue de la rue Molière 43
La piste catholique 49
Mon histoire tronquée 55
Les larmes, il n'y en avait plus 65
La bataille légitime 75
Le déni d'un droit fondamental 85
L’Institution s’en mêle 89
La sensibilisation 105
Les Imams, l’Expérience Tunisienne et le Parlement Européen 115
Le Redoutable test adN et le Haut Conseil Islamique 149
Le Fils de l’Enfer sur Terre 157
La Filiation par le recours au test adN, l’arrêt 167
La Tunisie, l’Unicef et la Constitution de 2014 171
La Commission des droits de l’Homme algérienne 183
Les Etudiants prennent le flambeau 203
L’Enfant abandonné dans la Constitution algérienne 211
L’Heureux mutant 217
Postface 219
Bibliographie 223
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PRéFaCE

Au nom d'Allah clément et miséricordieux

Quand Mohamed-Chérif ZERGUINE m'a rendu visite pour


la première fois, j'ai fait sa connaissance et après une brève
entrevue il m'a présenté son ouvrage, et m'a également sollicité
pour une préface.

J'évoque à ce propos les droits de cette catégorie d'enfants


contenus dans la Charia Islamique où le saint Coran prescrit,

« Certes, Nous avons honoré les fils d'Adam. Nous les avons
transportés sur terre et sur mer, leur avons attribué de bonnes
choses comme nourriture, et Nous les avons nettement préférés
à plusieurs de Nos créatures. » (Sourate El-Isra verset 70)

Et encore,

« Dis : Chercherais-je un autre Seigneur que Dieu, alors


qu'Il est le Seigneur de toute chose ? Chacun n'acquiert [le mal]
qu'à son détriment : personne ne portera le fardeau
(responsabilité) d'autrui. Puis vers votre Seigneur sera votre
retour et Il vous informera de ce en quoi vous divergez. »
(Sourate El-An’âm verset 164)

Ceux-ci sont égaux, ils ont droit à la vie, à la considération


et à la protection par la société et l'Etat. L'Islam a aussi réservé
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à tout être naissant, un tuteur qui préserve ses droits et ses
aspirations jusqu'à l'âge adulte. Âge où il acquiert son
autonomie, et ce, conformément à la parole divine :

« Appelez-les du nom de leurs pères : c’est plus équitable


devant Allah. Mais si vous ne connaissez pas leurs pères, alors
considérez-les comme vos frères en religion ou vos alliés. Nul
blâme sur vous pour ce que vous faites par erreur, mais (vous
serez blâmés pour) ce que vos cœurs font délibérément. Allah,
cependant, est Pardonneur et Miséricordieux. » (Sourate Al-
Ahzab verset 5)

Pour celui qui est dépourvu de tuteur, le gouverneur en est le


sien, en application de la parole du Prophète (saw) :

« Le gouverneur est le tuteur de celui qui n'en a pas », il en


prend soin et le prend en charge matériellement sur le budget
de l'état.

La règle islamique prescrit donc que :

« Les origines de l'individu, ne peuvent pas affranchir ses


manquements à ses actes et ses devoirs ».

À ce propos, les savants musulmans de la Charia, se sont


penchés effectivement sur les prescriptions religieuses ayant
trait à cette catégorie d'enfants, et ce, depuis leurs découvertes
jusqu'à l'âge adulte.

Ces mêmes prescriptions ont été formulées d'une manière fort


explicite et sans ambiguïté, ouvrant ainsi la voie à un grand
nombre d'auteurs spécialisés en la matière, qui ont éloquemment
9
développé ce sujet avec force détail, tel que le droit à la
protection et à une vie saine et honorable au même titre que les
autres membres de la société.

Qu'Allah vous bénisse.

Pr Abdallah BOUKHELKHAL
(Recteur de l'Université des sciences Islamiques Emir abdelkader de Constantine)
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LEs CENdREs dE LaRMEs


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au début du commencement, mon esprit me faisait voyager


dans cette récurrente fresque provoquée par ce que nulle personne
ne pouvait comprendre. J’avais peur d’être humilié. Peur d’être la
risée de l’ensemble hostile dans lequel j’évoluais, donc, je ne me
racontais jamais.

L’angoisse de mes escapades nocturnes, restées cruellement


mon plus grand secret. Le seul témoin de mes insomnies, était sans
doute aucun mon oreiller, réconfortant parfois, humide et froid la
plupart de mes nuits d’autres fois. Il était pour mes tendres années
mon seul confident, l’unique rempart de la tyrannie cérébrale
injustement infligée.

La musique fût pour moi, la meilleure échappatoire de ces


années grises de braises traversées. Inquiets par mes silences et
mes retraits dans cet isoloir qui n’était autre que ma chambre
barricadée, mes parents m’offrirent une guitare sèche et un
magnifique clavier. Je découvrais alors de jours en jours, les notes
qui réchauffaient mon quotidien à travers leurs douces tonalités.
Curieusement, mon inspiration fût toujours éprise par le caractère
mélancolique du mineur, ô combien pour mon esprit inné.

Lorsque par moment, le bout de mes doigts sur le clavier de


mon existence, effleuré, une mélodie imbibée d’un agréable
sentiment, envahissait mon être tout entier. a ces instants précis,
les battements de mon cœur tellement fort raisonnaient, au point
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de ne plus entendre la raison qui pour l’arrêt du massacre
vociférée. Fatalement elle finissait par abandonner, laissant place
à cette foudroyante envie de faire bondir, ce qui était en moi
séquestré. Puis soudainement, rejaillissait le désir intense et
brûlant d’aspiration, d’enfin envelopper d’amour celle qui derrière
l’épais rideau de ma souffrance, était curieusement mon unique
salut réveillé. Je discernais en fait, que la musique m’avait toujours
parlé, ou plutôt murmuré, qu’un beau jour je la retrouverais.

Naquirent quelques mois plus tard des œuvres expressives


inavouées, qui par leurs douloureuses litanies, allaient me
permettre enfin de m’extérioriser. Le siège de ma raison tiraillé
par les sollicitudes affectueuses, émanant des profondeurs de mon
imagination, pétrifia pour de très longues années ma rationnelle
objectivité, me laissant par moment flâner à la recherche incertaine
de ce qui devait être l’exorde, du parchemin de mon existence
dissimulée.

dissimulée car durant mon adolescence pertinemment éclairée,


j'avais inventé puis menti comme j'ai pu. Je disais à mes camarades
qu'untel était mon oncle, qu'unetelle était ma tante et que mes
cousins étaient les autres. Inconsciemment, je devenais le
mystificateur de cette famille fictivement fabriquée, il fallait bien
protéger l'enfant fragilisé. Et puis, je ne faisais que rééditer l'image
du burlesque mensonge, mise en scène par ma famille de
substitution afin de me protéger. En fait, je m’érigeais en artiste
peintre des sentiments douloureux, et la toile de mon existence
altérée, devenait peu à peu ma pénible et triste réalité.

Je vous laisse découvrir ci-dessous l’une de mes œuvres


crayonnée, au milieu de mes nuits cauchemardesques et de mon
repos tourmenté :
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« Dans la matrice de la jeune-fille aux quatorze printemps,
semence déposée violemment.

Viol, au milieu des braises encore ardentes de l’euphorie


générale, de ce qui allait devenir ma Patrie destinée.

Cœur en proie à ce qui corrompt l’honneur et l’âme, vole son


sourire éternellement.

Innocente consumée lentement par les flammes d’antan, ondoie


dans les artères du temps meurtri.

Âme errante sur la ville de son châtiment, hurle ses souffrances


en silence abondamment.

Innocent dans le comble de l’abomination par l’adolescente


« mit bas », foudroyé à son tour par les meurtrissures subies.

Fruit de l’horreur mû par son douloureux enfantement, mutant


de la semence démoniaque vers la bonté de sa Mère
génétiquement.

Brute modification irréversible, maîtresse de ses émotions


effrayantes ensevelies.

Manichéen dédoublement malgré-lui subi, installe en son cœur


l’antipode patrimoine paradoxalement… ».

L’hiver, il fait sombre et froid et pour la plupart des êtres


évoluant dans cette vie et sur cette terre, les chaleureuses réunions
familiales sont de mises. Injustement, sur la passerelle érigée jadis
pour accéder à l’hôpital de Constantine facilement, ma mère
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victime et adolescente de quinze ans, subissait la réclusion forcée
en foulant dignement les méandres de nos destinées, difficilement.
s'imposera plus tard sans crier gars, la redoutable terreur de la
culpabilité.

Une mère culpabilisée par l’abandon, une mère adoptive


frustrée par la culpabilité de ne pas être ma vraie mère, et pour
finir, un enfant haletant tiraillé entre la possessive affection de
substitution, et le mystérieux épiphénomène psychophysiologique
de ce qui reste de sa mère naturelle dérobé.

au-delà des interrogations, le malaise d’un abandonné est


nourri par les regards, les mots et les comportements
compatissants qui viennent entretenir sans cesse sa blessure. après
l’injustice incarnée par le verdict du destin subi à la naissance, il
est confronté à l’humiliation provoquée par les différents
qualificatifs employés à son égard : adultérin, illégitime, bâtard
et j’en passe.

Tous ces mots finissent par le réduire à une chose humaine,


coupable d’être né !

Très tôt, un phénomène assez surprenant s’est installé en moi.


après avoir vécu une solitude extrêmement pénible durant mon
adolescence, le déclic s’était produit. Il était vital pour moi
d’affronter, de combattre, de m’imposer et de construire une
famille. J’en avais viscéralement besoin, espérant qu’elle serait
enfin mon tant convoité apaisement.

Faisant fi des conséquences dues en particulier à mon statut


d’abandonné, je bousculais mon paisible cheminement, pour
décider cette légitime revanche sur la vie. Plus tard, père de famille
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très jeune afin de combler ce vide, je m'embrigadais sans le
soupçon d'un doute dans ce qui allait devenir, l'horrible
incompatibilité tardivement réveillée. aveuglé par cette nécessité
vitalement absolue de fonder ma famille, j'en ignorais le chaotique
périple que je venais d'emprunter. Hâtivement, je décidais sans
recul aucun d'épouser la première jeune-femme que le hasard
m’avait présenté, le rêve n'aura pas duré longtemps, laissant place
à l'adversité quasi-permanente des deux adolescents que nous
étions après nous être mariés.

Telle une malédiction ancestrale entérinée, le pire s'installa dans


cette union qui devait être le refuge pour le jeune-homme de nulle
part que j'étais. après quelques mois, quelques scènes de ménages
nourries d'ambigüités et de malentendus, je devenais en finalité
pour celle avec qui j'avais fusionné, le simple petit bâtard sans
origine constatée. En fait, ils finissent tous par proférer cette
insulte réductrice et blessante. Parfois, même l'entourage aimant
le plus proche, n'échappait pas à cette duplicité culturellement
collective larvée à l'endroit des enfants abandonnés. Comme si,
l'ensemble de la race humaine était d'une lignée pure par
excellence avérée.

Loin d'être outrancièrement haineux à l'encontre de mes


semblables, écorché par une rage machinale quant à ce qualificatif
simpliste qui de surcroît nous insulte depuis l’aube de l’humanité,
j’avais lancé un jour : - Qui peut prétendre descendre d'une lignée
sans faille ?

Indépendamment de la beauté des fruits de mes entrailles pour


lesquelles j'avais développé un immense amour, je me devais
d'assumer, abandonner ma progéniture n'était en aucun cas
discutable. Mais l'épreuve devenait impossible et l'équilibre de
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mes enfants était en jeu. Je flanchais de jours en jours en ayant sur
la tête l'horrible réalité de l'approche de la rupture fatale.

Je ne concevais pas la séparation car je ne voulais pas qu'on


m'éloigne de mes enfants, et pour rien au monde les priver de leur
mère comme je l’avais été. d'ailleurs, après dix longues années,
je ne le conçois toujours pas. après tant d’effort vécu à tout faire
pour colmater les débris du fracas par cet échec occasionné, je me
réfugiais dans une solitude loin d’être inconnue, car tel a été le
verdict du début de mon sort programmé.

Cruellement terrassé par sa prédestinée ! Il déambule depuis,


prisonnier dans la brume des supplices à la recherche de ses
racines, éperdument. après l’échec fatal de cette relation maritale
qui a duré plus de vingt ans, il s’est retranché quelques années
derrière ses barricades afin de méditer profondément. Tel un
ermite, il approfondissait studieusement la compréhension
spirituelle de sa confusion, en se logeant dans une totale
abstinence. durant cette période, son ressenti s’était adouci, la
solitude lui avait inculqué des visions annonciatrices d’heureux
événements.

Il découvrait peu à peu l’essentiel rencontré, notre vie n’est en


fait qu’une réflexion de ce qui a été vécu, et ce moment déjà
commente ce qui avait été encore avant. Le présent lui-même est
une pensée qui désormais s’inscrit dans notre histoire à chaque
fraction de secondes consommées. L’existence du vivant dans
l’instant présent, n’est en fait que l’apparition furtive d’une vie
passée.

Immédiateté illusoire de notre vivant, savourons délicatement


les délices que nous offres l’instant présent, avant la momification
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inéluctable de ce qui deviendra une vie de cendre, obscurcie par
le sentiment de manque lié à la perte ou à la disparition de
l’essentiel chapardé.

C’est ainsi, qu’après avoir traversé tempêtes et marées, il


décidait de partir en vain, il lui fallut absolument s’éloigner de la
ville de souffrance où il venait de perdre l’essentiel de sa raison
d’être. Il prenait alors la route pour l’horizon d’autrefois connu,
en se laissant glisser dans la sinuosité du fleuve de son existence.

Fraîchement installé dans cette autre ville jadis de cruauté


rencontrée, il apercevait peu à peu le sentier perdu de sa destinée
tant désirée. Le besoin foudroyant de se blottir aux fins fonds des
entrailles de la terre patrie de ses ancêtres, pour comprendre
certaines choses que son subconscient quotidiennement lui
imposait.

Ces choses ou plutôt ces images qui torturaient son esprit


errant, et qui l’extirpèrent de la plénitude de son destin à l’aube
de son miraculeux périple injustement, devenait une absolue
vitalité incontestablement.

aujourd’hui à l’aube de son demi-siècle consommé, réservoir


de larmes épuisé, vidé par les images qui trop souvent bougeaient
impitoyablement dans ses nuits blanches péniblement traversées.

des braises refroidies provenant de ce châtiment subi, il revisite


son histoire et revit sur les cendres qui l’on jadis anéanti. C’est
ainsi que les Cendres de Larmes qui on fait de moi l’être
éternellement écorché, incite ma plume à se redresser.
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Mettre en évidence avec un style de ce côté-ci un peu osé, ce
récit souvent très dur et croyez-moi péniblement enfanté des
flammes de la torturante souffrance à quel prix étouffées.

dans le témoignage ci-après décrit par quelques épisodes de


mon existence d’impie, selon les autoproclamés détenteurs du
dogme céleste par excellence tronqué et réduit.

diktat de ceux qui s’autorisent à nous blasphémer depuis l’aube


de l’humanité dans une totale impunité, et qui de surcroît méprise
« Celui » qui de sa volonté la vie nous a été allouée. Je voudrais
juste un tant soit peu leur démontrer, dans cette oraison ressuscitée,
extirpée des cendres que jadis ma mère et des femmes par milliers
ainsi que moi et des milliers comme moi, ont été brisés.

a ces gens-là je voudrais dire aujourd’hui, que la vie est un


bien sacré, que nul n’a le droit de piétiner et encore moins de
sacrifier, comme ils l’ont fait depuis maintenant une éternité.
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La PEUR dE L’INCoNNU
22

1963, année de ma naissance, plus précisément au mois de


Novembre, mois de toutes mes questions paralysantes, qui suis-
je, qui est ma mère, qui est mon père, que s’est-il passé ? Chaque
année à l’approche de ce mois, l’angoisse s’installe, les images de
mes scénarios handicapants défilent. Mes nuits sont un calvaire,
provoquant ces matins fatigués, par trop de suppositions
viscéralement ancrées.

Nous sommes le 14 novembre, une jeune-femme musulmane


fût admise secrètement à l’hôpital civil de Constantine,
envisageant l’abandon forcé de son enfant. Âge apparent, 23 ans
d’après les documents, à peine 15 ans selon la vérité jadis
tronquée. onze jours se sont écoulés, l’heure de quitter la douceur
et l’obscurité du ventre de ma mère, où j’étais bercé par les
battements de son cœur, arriva, il est 16 heures 30 minutes, le 25
novembre 1963.

96 heures plus tard, la sentence était tombée, elle était lourde


et sans aucun recours, la peine capitale sans aucune circonstance
atténuante. après la douceur et l’obscurité, j’allais découvrir les
frayeurs des ténèbres de la vie. L’entourage et l’hostilité larvée,
impose à mon adolescente mère de m’abandonner, me laissant ce
qui allait plus tard me permettre d’effleurer du bout des doigts ma
vérité. Je m’incline aujourd’hui devant sa courageuse ténacité, car
dans sa torturante épreuve elle me laissa une identité. Elle me
donna le prénom de Mohamed-Chérif et son nom patronymique
allait devenir ma félicité.
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Et à moi de repenser à cette fille-mère fusionnelle. Qu'a-t-elle
vécu durant cette période ? Il m'arrive parfois d'imaginer son
séjour à la maternité, de ressentir ses peurs, puis, de revivre sa
solitude dans cet hôpital qui surplombe les gorges profondes du
Rhumel. À ces moments précis, une étrange sensation m'envahi,
comme si sa blessure était à fleur de chair.

Il a été reconnu par plusieurs spécialistes, qu'il se passait


quelque chose de paranormal entre l'enfant et la mère. Ces avis
d'éminents psychothérapeutes, m'ont confirmé cet état frôlant
parfois le délire, celui de revivre mon enfantement. Mon oreiller,
seul témoin confident, se souvient des lourdes nuits blanches
déduites de mon existence offertes au brasier. "La relation
mutuelle et profondément satisfaisante mère-enfant, prend racine
dans les profondeurs de la personnalité, là où le physiologique et
le psychologique sont mêlés. Tant pour l’enfant que pour la mère
naturelle, cette période fait partie d’une séquence biologique, et
on peut douter que la relation post-partum de l’enfant avec sa
mère, dans ses effets subtils, puisse être remplacée. Cette
observation de Florence Clothier date de cinquante ans ! Ce n’est
que vingt-cinq ou trente ans plus tard que Donald Winnicott et
Joseph Chilton Pearce ont commencé à dire qu’il se passait
quelque chose de spécial qui prépare la mère à la naissance de
son bébé, une suite d’événements qui commence à la conception
et qui ne peut pas être apprise ou acquise même par la meilleure
des mères de substitution". (Nancy Newton Verrier)

abandonné à l’âge de quatre jours, et après un séjour de trois


mois à la pouponnière de Notre dame des apôtres à Constantine,
j’ai rapidement été placé dans la chaleur d’une famille adoptive.
Ils étaient tous là, des grands-parents adorables, une mère
protectrice, et même cette petite sœur qui partagea avec moi son
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Ma famille adoptive ou plutôt le don du ciel

lait maternel. on me donna un autre prénom, je devenais Nordine,


et il n’était plus question d’afficher ma réelle identité, ce qui allait
plus tard tarauder l’esprit de l’enfant que j’étais, venait d’être pour
très longtemps entériné. Il faisait beau, c’était l’aube du printemps
1964.

Par amour, et sans vouloir me porter préjudice, on séquestra


immédiatement toutes les informations concernant ce qui venait
de se passer. Ensuite, mon enfance jusqu’à l’âge de 6 ans, se
résumait à quelques images, quelques souvenirs qui viennent de
temps à autres me figer l’esprit.

Ma main d’enfant à l’abri de celle de mon grand-père adoptif,


l’image d’un escalier interminable, ensuite un long couloir, pour
arriver enfin devant un bureau derrière lequel été installée une
sœur. on était au Centre des œuvres sociales de Notre dame des
apôtres, pour la consultation d’usage (contrôle et suivi de l’état
de santé de l’enfant placé).
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Ces allers-retours auprès de ces nobles sœurs, qui œuvraient
dans ce Centre, ont énormément marqué mon enfance. Leurs
gentillesses et leurs dévouements, ont largement contribué à
l'épanouissement de l'enfant que j'incarnais.

1970, départ pour la France. La douleur de la séparation de mes


grands-parents adoptifs a été impitoyable. Je ne voulais pas les
quitter, en aucun cas je n’admettais ce départ. avec du recul, je
me demande aujourd’hui, si ce n’est pas cette blessure originelle
qui a été réactivée, car pendant très longtemps, j’en ai voulu à tout
le monde. En fait, ce que cette famille de substitution aimante
n’avait pas présagée, était tout simplement la confusion dans ma
tête liée aux personnages qui la composait.

Je ne distinguais pas qui était qui, dans ce chaleureux foyer.


ouvrir les yeux dans les bras d’un adorable Monsieur
extrêmement affectueux, durant plusieurs années, et ensuite
découvrir une autre personne à des centaines de kilomètres qui
m’est présentée en qualité de père ? L’ensemble des éléments
destructeurs se réunissait et se préparait à foudroyer mon
adolescence.

Nouvellement installé à orléans (Loiret), dans cette magnifique


ville du Centre de la France, la vie reprenait son cours et j’allais
débuter ma scolarité très loin de Constantine, détentrice de ce qui
allait plus tard devenir mon redoutable secret. En cet hiver, le
temps était gris, et il faisait très froid dans cette grande cour
d’école. Ma hantise était celle d’entendre ce nom, quand ma
maîtresse me demandait quelque chose. À l’école, je vivais dans
la peau d’un autre enfant, à travers ce nom patronymique, inconnu
jusque-là.
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se déclencha ainsi, une angoisse extrêmement récurrente. À
l’âge de 7 ans, mes rêves d’enfants ont été fracassés par cette
machine du doute, laissant place à un état d’incertitude. Une
extrême vigilance se développa, me faisant fuir ma propre
filiation. a la maison et dans l’entourage familial, j’étais Nordine,
et dans ma vie d’écolier mon prénom était, Mohamed-Chérif.
Cette situation a développé très tôt en moi, un complexe
indescriptible.

Il était difficile pour l’enfant de comprendre, surtout lorsque la


seule réponse à mes questions était l’éternelle erreur dans les
documents d’état civil.

d’après plusieurs spécialistes. " L’enfant a manqué de la


sécurité et de la sérénité de l’union avec la personne qui lui a
donné naissance. C’est une relation profonde après laquelle
l’adopté languit pour toujours. C’est cette attente qui lui donne
souvent des sentiments de désespoir, d’impuissance, de vide et de
solitude. À ce moment l’enfant a besoin de la proximité de sa mère
pour trouver le monde sûr et bienveillant et non perturbant,
indifférent et hostile. À ce moment la mère représente le monde
entier pour l'enfant et la relation entre eux est essentielle au sens
du bien-être et de l’intégrité de l’enfant ". (N.N.Verrier)

Les années passent, l’enfant grandit, protégé contre vents et


marées par cette mère adoptive, don du ciel, et ce père adoptif
silencieux et effacé, mais toujours présent quand l’enfant avait
besoin de quoi que ce soit.

Mais la blessure était là, prête à renaître de ses cendres. C’est


en 1973, pendant les vacances à Constantine, que la vérité éclate
sourdement. Lors d’une visite familiale, j’appréhendais les
27
chuchotements de cette cousine de mon père adoptif, qui disait :
« Le pauvre il ne sait pas qu’il est orphelin ».

À 10 ans, j’avais commencé à comprendre pourquoi ma


maîtresse d’école utilisait ce nom et mon autre torture a été cette
gymnastique cérébrale imposée à un enfant, celle de comprendre
l’adoption seul dans sa chambre.

" Aucune différence entre le fait d’adopter et celui de donner


naissance. Ce souhait, qui est une dénégation volontaire de la
réalité, met en jeu beaucoup de réactions et de comportements,
de la part des parents adoptifs qui nuisent inéluctablement au
développement sain de leur enfant. Refuser de considérer
l’adoption comme telle, qui différencie une famille par rapport à
une famille naturelle est un tabou très fort, répandu dans les
familles elles-mêmes mais aussi dans la société toute entière ".
(N.N. Verrier)

Livré à moi-même, avec cette blessure réactivée et amplifiée,


j’avais besoin d’exprimer très fort ce qui était enfoui au plus
profond de moi. À partir de ce moment commence une aventure
assez extraordinaire, car elle m’a permis de traverser sagement
mon adolescence et d’expulser ce complexe douloureux. Je
m’investis dans la musique, j’écris, je compose et j’interprète.
Et naturellement, je choisissais des œuvres pour mes petits
spectacles qui criaient mon malaise. La musique et ma chambre
étaient devenues les seuls refuges de mon adolescence.

La chanson que j’ai longtemps interprétée sur scène, était « Fils


de Personne » du célèbre Johnny Hallyday, j’adorais crier ce texte
afin que l’ensemble de mon entourage puisse comprendre mon
châtiment, pour moi, cela a été une énorme thérapie.
28

" Je me trouve dans une impasse, mon cœur est froid comme de la glace, sur
mon visage je vois les traces, de tous ces rêves qui me dépassent " 1

1) Extrait de « C’est ma vie, c’est mon destin » composée en 1981


29
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La phrase sous la photo de cet article, -On le met à la porte, il
entre par la fenêtre-, confirme l'état d'esprit dans lequel je me
trouvais. Le plus drôle dans tout ça, c’est le nom d’artiste, j’avais
décidé de prendre le nom de mes parents adoptifs et le prénom
qu’ils m’avaient donné. Mais l’événement sans précédent dans ma
vie, était d’apposer mon vrai nom en tant qu’auteur-compositeur.

après la manipulation monumentale de sa destinée, l’adopté


exprime très tôt sous différentes formes sa souffrance. Ensuite,
cette blessure dévastatrice qu’incarne l’abandon, le fera crier toute
sa vie, qu’il a besoin d’être reconnu et non ignoré ou défié.

" La nécessité d’être bon, amène souvent les enfants adoptés,


(et j’en suis un exemple vivant), à être hyper vigilant, ce qui veut
dire qu’on est tout le temps entrain d’évaluer le climat de
l’environnement de façon à savoir comment se conduire. On a
l’impression que notre sécurité dans cet environnement l’exige.
Ce besoin d’être vigilant et d’essayer de découvrir ce qu’on attend
de nous, donne le sentiment de marcher sur une corde raide.
Cela entraîne parfois une telle anxiété qu’elle conduit à des
comportements excessifs ". (N.N.Verrier)

Le 15 septembre 1983, c’était prévisible mais je n’y croyais


pas. L’heure fatale avait sonné, mon grand-père décède à
Constantine. Chamboulement dans ma tête, culpabilité, retour en
puissance de mes scénarios. après avoir plongé dans un profond
désarroi, je décidais de rentrer.

Et c’est ainsi, que le 16 décembre de la même année,


accompagné de mon père adoptif, nous prenions la route vers
l’aéroport d’orly. arrivés devant le guichet des formalités
d’embarquement, nous constations que mon passeport était
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périmé. Je ne voulais rien savoir, c’était terminé, j’avais décidé de
rentrer chez-moi. L’agent des frontières interloqué par mon
entêtement, me laisse entendre que partir avec un passeport périmé
m’exposerait à des difficultés irréversibles quant à mon statut de
résident. J’acquiesçais d’un regard décidé, sourire légendaire
affiché.

À notre arrivée, la maison était vide, il n’y avait plus cette


chaleur, elle ne vivait plus. J’allais à la rencontre des personnes
âgées qui l’avaient connu, mais également vers mes sœurs de lait,
car je voulais connaître ses derniers souhaits. Et là, je découvrais
les sacrifices de ce grand-père. Il s’était investi à me construire un
petit appartement durant ces dernières années. soucieux de mon
avenir, il me laissait un acte de donation du tiers de ce qu’il
possédait. Extrêmement touché, je décidai de m’établir
définitivement dans cette maison, la faire revivre, fonder une
famille, exaucer sa dernière volonté.

À la découverte de ma ville natale, un phénomène assez curieux


s’installa, les regards croisés de ces femmes vêtues de noir, me
torturaient l’esprit. Et les questions paralysantes revenaient me
rendre visite, avec les éternelles suppositions : « J’ai peut-être
croisé le regard de ma mère ». À ce moment précis, je décidai de
partir à sa recherche.
32

C’est en 1984 dans cette ville perchée sur un rocher et entourée


de ponts suspendus, que la volonté de savoir a dominé l’hésitation.
Je voulais savoir qui étaient mes géniteurs.

Constantine, jadis l’antique Cirta capitale de l’empire Numide


aux multiples vertus, installée majestueusement sur le rocher
depuis plus de vingt-cinq siècles, m’a réveillé d’un long sommeil
en installant en moi l’irréductible soif de savoir. Et c’est Fouad,
un ami de longue date qui m’a recommandé à l’un de ses voisins
de quartier, employé à la clinique des apôtres. Celui-ci, me
présenta à son tour à une infirmière de cette structure, qui
m’installa dans le grenier de la clinique devant une pile de cahiers
de naissance, tenus par les sœurs en 1963.

Mais la fouille minutieuse que j’avais opérée avait été


infructueuse, car les naissances du mois de novembre 1963 n’y
figuraient pas. après un détour à l’orphelinat de sidi Mabrouk, en
33
compagnie d’abdelfattah, ce grand frère que la providence m'a
accordé, le directeur, me recommanda d’effectuer une démarche
auprès du chef de service de la protection sociale.

après m’avoir reçu, il m’exhiba deux documents, le procès-


verbal d’abandon et la demande d’adoption datée du mois de mars
1964. Le service de la protection sociale m’orienta vers le
procureur de la république près la cour de Constantine, qui
m’accorda de l’aide, mais quinze jours après, il me recevait encore
une fois et me disait : « Continue ton chemin mon fils, ça ne sert
à rien de chercher ».

Je ne pourrais pas expliquer aujourd’hui, la détermination qui


s’était développé chez-moi à cette époque. Tous ceux qui
représentaient l’état, avaient pour moi le devoir de m’assister. Il
me revient cette anecdote, au printemps 1984, quand je devais
trouver un emploi.

Mon ami, mon frère de toujours, abdelfattah, m’orienta vers


un poste à pourvoir à air France, tout en me disant : « Tu sais en
Algérie il faut être pistonné, pour un tel poste ». Et là, piston ou
pas, le Pupille avait décidé de s’imposer en tant que tel, et son
piston était " l’État ".

arrivant devant la Gendarmerie Nationale, j’apercevais une


affiche où était inscrit le slogan suivant, "La Gendarmerie est là
pour vous assister", alors, me vient spontanément l’idée d’aller
solliciter le responsable de ce corps. Je me souviens de cet
adjudant, devant cette audacieuse demande, qui était parti
immédiatement sans faire de commentaire m’annoncer à son
supérieur.
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Reçu, j’exposais rapidement ma situation. sans aucune
hésitation ce lieutenant a pris son téléphone et m’a ensuite
demandé de me présenter à l’agence. Le lendemain j’étais
opérationnel à l’aéroport de Constantine.

Ensuite, le jeune homme bourlingua entre plusieurs petits


boulots, puis décida de monter son affaire. À travers une modeste
entreprise d’électricité, il tisse un relationnel assez appréciable
dans les milieux de sa ville natale, mais ignore totalement ce que
le destin allait lui réserver. son histoire allait refaire surface d’une
manière assez spectaculaire. ayant abandonné les recherches
entreprises pour retrouver sa mère, une piste assez significative
s’ouvrait devant lui.
35

L'oMBRE d'UN PoUvoIR oCCULTE,


aLERTE La dsT 2

2) Direction de la Surveillance du territoire (DST) était un service de renseignements du ministère


de l'Intérieur, au sein de la direction générale de la Police nationale, chargé historiquement du
contre-espionnage en France.
36

été de l’année 1990, un de mes clients me présentait plusieurs


personnalités locales, pour lesquelles je réalisais quelques travaux.
après cette rencontre, une phrase prononcée par le fils de ce même
client a fait le tour de Constantine, qui disait qu’il connaissait mes
origines.

Un peu bouleversé par cette nouvelle, et les commentaires de


certaines personnes, j’ai essayé d’oublier et de me consacrer à mon
travail. Mais cela n’a pas été facile, surtout après avoir détecté
quelques réactions inhabituelles à mon encontre, de la part de
quelques connaissances.

Je me souviens aujourd’hui des paroles d’un congénère et voisin


de quartier, qui à maintes reprises me disait : « Tu sais ma mère a
connu ta mère à la clinique, tu serais le fils d’un militaire ». Mais
c’était pour moi des paroles négligeables.

après quelques années, une histoire, un mariage, des enfants,


le destin me faisait reprendre le chemin de l’émigration, pour
finalement nous installer dans ma ville d’adoption, dans la région
Centre de la France.

Investi à plein temps dans les formalités administratives et


professionnelles pour installer ma famille, je m’étais éloigné des
recherches concernant mes origines. Mais je n’étais pas au bout
de mes peines. En automne 1995 j’ai été auditionné par quatre
37
fonctionnaires de la Police Nationale, pendant trois heures. Et la
question posée plusieurs fois était :

« Est-ce que vous avez des relations avec les autorités


algériennes ? »

Cette audition a été suivie une semaine après, par une


deuxième, opérée par les RG 3. Les pressions s’abattaient sur moi
incessamment de la part du chef de bureau des étrangers de la
préfecture : « Vous savez monsieur, il faut compter 15 ans pour
obtenir une carte de résident ». Il est vrai qu’à l’époque je n’avais
pas fait de lien entre ce harcèlement et mon histoire, j’avais mis
ça sur le dos du plan sécuritaire qu’imposait la conjoncture.

au printemps de l’année 1997, j’ai été convoqué par les


services du Commissariat de Police et à mon arrivée, ils étaient
deux à m’avoir reçu, monsieur durand, et une autre personne de
type méditerranéen. Leurs questions portaient essentiellement sur
mon activité commerciale et sur quelques personnes du quartier
où j’ai grandi. À la fin de l’entrevue, on m’a demandé de rester
disponible pendant quelques temps. dans la soirée, un des
fournisseurs de ma société me contacta et me dit :

« Hier, j’ai été entendu par le responsable de la DST, qui


m’a posé quelques questions sur toi ».

Je ne pourrais pas vous décrire l’angoisse qui s’était emparée de


moi, ainsi que les hypothèses qui minaient mon quotidien. N’ayant
rien à me reprocher, la supposition la plus plausible était ma filiation.

3) Direction centrale des Renseignements généraux (DCRG), souvent appelée Renseignements


généraux (RG), était un service de renseignement français dépendant de la direction générale de
la Police nationale (dGPN). Créés en 1907 sous cette appellation, les RG ont eu pour principal
objectif de renseigner le gouvernement sur tout mouvement pouvant porter atteinte à l'état.
38
Quelques jours plus tard, Monsieur durand, m’a demandé de
me présenter à son bureau, et les mêmes personnes me reposaient
encore quelques questions sur le contexte de l’époque.

À l’automne 1997, je venais d’apercevoir Monsieur durand et


toujours la personne de type méditerranéen. Ils étaient stationnés
juste en face de la grange que je venais d’acquérir et posaient des
questions au petit vieux qui demeurait en face de ma maison.

Il est quand même curieux de signaler que pendant cette


période, le comportement de quelques personnes avec lesquelles
j’ai eu des relations professionnelles, avait changé à mon égard,
frôlant souvent la méfiance. devant la quasi-permanence de cette
adversité, je devenais résilient, blindé comme je le disais souvent
à mon entourage.

Cette histoire que j’avais qualifiée de peur de l’inconnu, ne


m’effrayait plus. J’affrontais avec dignité les épreuves liées à ce
parcours.

Hiver 1999, les RG convoquaient mon épouse, je l’ai


accompagnée et ai demandé à voir le responsable. Un inspecteur
m’a reçu courtoisement, et devant ma colère que je n’arrivais plus
à contenir, il me rassurait et m’a posé la question suivante :

« Est-ce que vous vous sentez menacé ? ». Je lui répondais :


« Non », et il ajouta : « Par votre belle famille ? ». Je lui répétais
que non. agacé par cette mise en scène, je lui disais : « Monsieur
l’inspecteur, si c’est à cause de la relation professionnelle que j’ai
eu à Constantine avec différentes personnalités, vous êtes entrain
de perdre votre temps, et je commence à en avoir assez de subir
cette pression ».
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Mon épouse a été reçue par un autre inspecteur, qui d’après
elle, lui laissait entendre que les RG avaient des choses sur moi et
que si je l’ennuyais, il faudrait qu’elle téléphone au numéro qu’on
lui remettait.

Un hasard troublant me revient, lorsqu’un jour j’ai mis la main


sur le téléphone et appuyé sur la touche bis qui permet d’obtenir
le dernier numéro composé, et qu’une voix masculine se dégagea
du combiné me disant : « DGA, bonjour ». J’ai demandé à mon
interlocuteur ce que voulait dire l’expression dGa. Et il me
répondit : « Direction Générale des Armées ». À part le lien
évident avec le numéro remis par cet agent des RG à mon épouse,
je ne voyais absolument rien d’autre.

Filature par le responsable de la dsT, téléphone sur écoute,


convocation courtoise par les services spécialisés de la sécurité de
l’état. Tout ça avec un casier judiciaire vierge. Ce qui ne collait
pas c’était l’armée. Que vient faire la dGa dans cette histoire ?

Que représente ma personne ou plutôt mon nom ? Car après un


recul raisonnable, j’avais compris une chose. La préoccupation de ces
services n’était pas ma personne, car à aucun moment ils n’ont usé de
méthodes agressives à mon encontre. au printemps 2001, exactement
au mois de mars, mes enfants rencontraient des difficultés au sein de
leur collège, et il a suffi que je dénonce ces agissements par courrier
pour qu’une mobilisation des autorités locales se déclenche contre moi.

L’inspection académique et le recteur déposaient une plainte pour


diffamation. Le directeur de la police nationale convoquait le capitaine
Mautin qui avait reçu ma plainte transformée en main courante. Le
préfet de région demanda un rapport. Le parquet, le corps enseignant
et la presse écrite locale s’y alignèrent à leur tour.
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J’évoque ce problème pour démontrer qu’une surveillance
assez suivie avait été activée par les services français, et cela dès
mon arrivée en France, car pendant cette période, la dsT, par le
biais de monsieur durand, m’a convoqué pour une mise à jour de
mon dossier. voilà que j’étais catalogué par le contre-espionnage
français, maintenant.

d’ailleurs, à chaque fois que je me présentais, ceux-ci


revenaient à la charge et me posaient autant de questions que les
fois passées, et à ma question, « Monsieur Durand ! Vous savez,
je commence à en avoir marre de ces interrogatoires, et j’aimerais
savoir l’objet réel de ces convocations ! ».

Et eux de répondre : « Une note des RG, stipule que vous êtes
le fils d’une personnalité algérienne et que vous ennuyez votre
femme ».

Il est vrai que fin 1999, nous étions, mon ex-épouse et moi, en
instance de divorce et qu’elle aurait pu dire aux RG, que je
l’ennuyais. Mais indépendamment de mes soucis de couple, qui
à mon sens ne sont pas gérés par les services secrets, mon angoisse
a été réactivée par cette information.

Qui est mon père ? Qui est cette personnalité influente qui
provoque une mobilisation des services français ? Qui est cette
ombre qui me poursuit et qui hante mes nuits ?

La réponse de ce responsable venait enfin éclaircir mes


interrogations, elle libérait mon esprit d’une peur certaine, tout en
ressuscitant les anecdotes de mon parcours. J’avais fini par adhérer
à cette thèse provoquée par des rumeurs et qui a fini par être
consolidée par une note des RG. Ce qui est paradoxal dans cette
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histoire, c’est que généralement les pupilles partent à la recherche
de cette mère biologique. alors que moi, le destin, les rumeurs
m’avaient imposé, et cela malgré moi, la piste de mon père.

Il me revient à l’esprit cette période au printemps 1983, quand


j’évoluais gentiment en tant que chanteur compositeur. Le premier
responsable régional de l’amicale des algériens en Europe
m’invita à passer le voir. À mon arrivée j’étais reçu avec honneur,
et quelques jours plus tard, cette personne me demanda de lui
parler de ma situation vis-à-vis du service national. après lui avoir
relaté ma situation, il me demanda de lui préparer un dossier de
soutien de famille. Je lui fis part de la contradiction qu’imposait
ma situation, il répliqua :

« Ce n’est pas un problème ».

Je suis reçu quelques jours plus tard par la commission chargée


de traiter ces dossiers au consulat d’algérie. Ce même
responsable, était assis avec les membres de cette commission, la
seule et unique phrase dite par le président, était : « Bon courage
mon fils », tout en me demandant d’attendre devant la porte.
Quelques instants plus tard, une secrétaire me rejoint et me remis
une carte de dispense militaire ! avec du recul et après toutes ces
années et leurs lots de rebondissements, il est évident qu’il
s’agissait d’une instruction émanant d’une personnalité très
influente !

au printemps 2002, au cours d’une visite chez des amis, Porte


Bagnolet à Paris, saad, me présentait Rachid, son ancien
professeur à sidi aïssa (Algérie), une personne d’une soixantaine
d’années dotée d’une forte culture et d’une riche expérience dans
la vie. Notre relation n’a pas tardé à se fortifier, d’autant plus que
42
cette personne a été sensible aux difficultés rencontrées par mes
enfants. Quelques temps plus tard, je lui racontais mon histoire,
qui ne l’a d'ailleurs pas laissé indifférent, il décida alors de m’aider
à me débarrasser de ce bourbier, qui, à la mesure du temps prendra
des dimensions incommensurables.

À la veille de son départ pour l’algérie, il me demanda


l’autorisation d’effectuer quelques démarches à mon sujet, pour
lesquelles je n’hésitais pas à lui en donner mon aval, tout en le
remerciant. sa première étape était alger, où on lui apprenait que les
archives étaient restées à Constantine. Il s’y rendit et sa première
déconvenue était la réaction du secrétaire général de la commune qui
l’aurait immédiatement apostrophé : « Ça ne vous regarde pas ! ». Et
de retour à alger, il demanda alors à son vieux copain Boussaïd, âgé
de 87 ans, de l’aider.

À son arrivée à Paris, il me téléphona pour aller à sa rencontre, ce


que je fis illico presto. Une fois ensemble, il a émis le vœu que l’issue
de cette histoire soit positive, et moi de l’interrompre en lui disant
que j’étais toujours prêt à toute éventualité, même la pire. Il enchaîna
en me disant : « Ton histoire tourne autour de plusieurs personnalités
très influentes et peut-être d’autres ».Ces informations soufflées, et
qui d’ailleurs ne m’ont pas étonné, je me suis mis à fouiller sur
internet, puis dans les archives militaires de l'époque coloniale et dans
des ouvrages d’auteurs algériens, et là j’en découvrais encore d’autres.

L’une des découvertes, était celle d’un certain si Taieb (portant


mon nom), répertorié dans les archives de l’armée coloniale en qualité
de Caïd, décoré de la Légion d’honneur, et qui a reçu à dîner l’Etat-
major de l’armée coloniale fin 1836, à Ras-El-akba, (Guelma). À cet
instant, je n'aurai jamais pensé que cette découverte était le début
d'une aventure assez extraordinaire.
43

L'INTRIGUE dE La RUE MoLIèRE


44

Le samedi 11 mai 2002, Rachid recevait un coup de téléphone


d’alger, de la part de Boussaïd, qui lui communiquait l’adresse
d’un certain Mohamed, portant le même nom patronymique que
moi et demeurant à la Courneuve rue Molière, à quelques mètres
du Consulat d’algérie. on décida alors de s’y rendre.

Le lundi suivant, je me rendais à Paris et en arrivant, je décidais


de faire un détour par Montreuil pour solliciter l’avis de mon ami
saad, chez qui j’ai croisé plusieurs personnalités algériennes, me
disant qu’il pourrait peut-être m’apporter une solution. J’avais
pour lui une très grande considération, suite au soutien moral
inoubliable qu’il m’apporta en 1995, quand mon fils fût atteint
d’une leucémie. Pour lui, ma démarche était légitime, mais pouvait
réveiller de vieux démons et être dangereuse.

Je prenais alors ma tête entre mes mains et me dirigeais chez


Rachid, que je trouvais aussi angoissé que moi mais qui n’hésita
pas à m’accompagner. À notre arrivée, on découvrit effectivement
une petite résidence, la situation de l’entrée principale et des
fenêtres, faisaient état de la présence de quelqu’un à l’intérieur.
J’ai pris le soin de manipuler la sonnette de l’entrée et à ce
moment-là, j’ai vraiment senti une présence, car à notre arrivée,
la fenêtre était fermée et là elle était ouverte, chose que Rachid,
avait également constatée. Point de réponse à la sonnerie, dehors,
un véhicule sanitaire stationnait, la porte des voisins de palier
s’ouvrit et avec assurance, je m’approchais des deux personnes en
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demandant à la dame qui venait de quitter sa maison si elle
connaissait ses voisins. Elle nous répondait spontanément : « Bien
entendu, madame (portant le même nom que moi) doit être partie
faire quelques courses ».

suite à cela, on décida d’aller déjeuner et de revenir plus tard.


À notre retour, la première remarque de Rachid était à propos de
la fenêtre qui s’était refermée. Je sonnais plusieurs fois mais sans
succès. Rachid, me demanda de rentrer et d’essayer de contacter
cette personne par téléphone de chez moi. Une fois à la maison,
j’ai tenté vainement de joindre mon correspondant, car après
plusieurs sonneries suivies d’un transfert d’appel, on décrochait
le combiné sans pour autant y répondre. À partir de ce moment,
je déduisais spontanément que la personne qui se cachait derrière
la fenêtre entrouverte, était soit une personnalité algérienne
connue, où alors, une personne que je connaissais.

Le lendemain, j’ai recomposé le numéro de ce fameux


Mohamed, et au bout du fil une femme se présentant comme étant
sa belle-sœur me répondit. Hâtivement, elle essayait de m’orienter
vers d’autres pistes ! J’insistais sur une éventuelle rencontre et elle
accepta de me communiquer le numéro de son téléphone portable,
tout en me demandant de l’appeler dès mon arrivée. Je pris
immédiatement la route, et à mon arrivée, je rencontrais Rachid,
qui était à la Courneuve pour effectuer des formalités au consulat.
Il me fit part d’un fait nouveau, en début de matinée, il s’était
approché de la demeure de Mohamed, et avait aperçu une jeune
fille d’une vingtaine d’années qui l’avait regardé à plusieurs
reprises. Elle était entrain de faire les vitres de la seule fenêtre de
l’étage par temps de pluie ! J’ai proposé à Rachid, d’aller prendre
un café ensemble et ensuite de téléphoner à cette jeune femme.
aux alentours de 15 heures je l’ai appelée et elle me proposa de
46
l’attendre car elle n’était pas présente sur les lieux. J’ai stationné
mon véhicule devant le consulat, et quelques minutes plus tard,
de nature vigilant, j’ai remarqué le passage à deux reprises d’un
véhicule de marque Honda Civic coupé. Cette voiture roulait au
ralenti et à bord se trouvaient deux maghrébins !

J’en faisais part à Rachid et démarrais vite pour m’éloigner.


L’éternelle paranoïa, imposée par cette histoire qui prenait une
tournure digne d’un thriller, revenait au galop. Une heure s’était
écoulée et je commençais à perdre patience, je décidai de lui
téléphoner, elle me proposa alors de stationner devant la maison.
J’avais à peine eu le temps de m’y rendre qu’elle me téléphona, et
d’une voix impatiente me demanda de me dépêcher.

sur les lieux, je découvrais une Peugeot 205 immatriculée dans


le 94, garée devant la maison, et à côté d’elle, une femme d’une
quarantaine d’années. Je descendais de ma voiture, présentais mes
excuses et sans tarder abordais immédiatement le sujet, et là, elle
a été d’une spontanéité effarante. Elle s’est présentée à moi sous
le nom de Madame Rahmouni, tout en me précisant qu’il y avait
beaucoup de familles avec le même nom que moi, en France et en
algérie. À propos de son beau-frère, Mohamed, elle était
catégorique, celui-ci n’avait aucun lien avec moi.

Le fait troublant, c’est que quand elle a commencé à parler du


sujet relatif aux enfants abandonnés, elle avait l’air d’une
professionnelle en la matière, mieux, elle m’informa qu’elle était
sage-femme à alger, et mieux encore, qu’elle faisait partie d’une
association algérienne d’enfants abandonnés !
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Elle me raconta qu’au lendemain de l’indépendance, la mère
qui décidait d’abandonner son enfant lui octroyait un prénom et
que l’assistance publique lui attribuait n’importe quel nom
patronymique !

À ce sujet, il est clair que ni la loi française et encore moins


celle de l’algérie indépendante n’autorisent cette aberration. Il en
est de même pour les religions musulmane et catholique, lesquelles
interdisent ces pratiques. Et pour conclure, elle me proposa de me
faire créer une fiche à alger au sein de son association.

Je retournais à mon véhicule éberlué par ce que je venais de


vivre et en fis part à Rachid. Il m’informa aussitôt que la fenêtre
de l’étage s’était encore une fois ouverte. En même temps, nous
avons déduit que la proposition de Madame Rahmouni de me
placer devant la maison, était certainement une volonté de la
personne qui se cachait derrière la fenêtre afin de nous observer
durant l’entretien. Fatigués, on décida tous les deux de rentrer nous
reposer. En cours de route, Rachid après un long silence me dit
qu’il adhérait pleinement à ma thèse et que mon histoire était
entrain de prendre un aspect Hitchcockien. Comme vous venez de
le constater dans cette partie relatant l'intrigue de la rue Molière,
chaque nouvelle piste provoquait spontanément l'engouement.
Une rumeur, un soupçon ou même une parole en l'air, étaient pris
aux sérieux.

Rien ! absolument rien, ne pouvait être négligé. Je développais


un sens aigu de l'investigation. Et d'ailleurs, Rachid, n'a pas
manqué de me demander à plusieurs reprises, si j'arrivais à dormir.
Et à lui d'ajouter : « On a l'impression que tu prends un cheveu et
le découpe verticalement en quatre ».
48
49

La PIsTE CaTHoLIQUE
50

Mercredi 15 mai 2002, j’avais décidé de m’investir dans la piste


catholique, étant donné que la clinique de Notre dame des apôtres
de Constantine, était tenue par des sœurs. J’ai téléphoné à
l’Evêché, pour lui exposer mon cas. Il m’orienta vers l’Episcopat
de Paris, père stanislas, qui m’a demandé de me rapprocher du
diocèse de Paris, qui à son tour m’a renvoyé vers le responsable
des archives catholiques. Celui-ci m’informait que rien n’était
parti d’algérie et qu’il fallait écrire à Monsieur le secrétaire de
l’archevêché de Constantine.

Le lendemain, j’allais à la rencontre d’un ami qui connaissait


mon appartenance à l’assistance publique, et qui m’avait déjà
proposé de l’aide en me recommandant à l’une de ses
connaissances, un ancien sous-préfet de Constantine de l’époque
coloniale. Il m’a aussi suggéré d’essayer d’entrer en contact avec
un comédien, né lui aussi de parents inconnus. stationné sur un
parking, je remarquais la présence d’une Renault Mégane blanche,
à bord de laquelle un individu nous fixait d’un regard peu
ordinaire. Le préjudice certain que m’a causé cette histoire, était
la méfiance, j’avais l’impression d’être toujours observé.

Le samedi 18, j’avais eu recours à une autre piste, celle des


microfilms de l’église des Mormons4 . En 1948, donc peu après la
deuxième guerre mondiale, l'église des Mormons avait obtenu

4) L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, ou mormonisme, est une église
chrétienne restaurationniste née dans l'état de New York, aux états-Unis, en 1830 et dont le siège
mondial se trouve à salt Lake City dans l'Utah.
51
l'autorisation de microfilmer les registres et les répertoires d'actes
d'église et d'état civil, ainsi que les testaments et inventaires après
décès. Cette opération a été lancée en France en 1958 et l’algérie
figurait désormais sur la liste des pays microfilmés. L’accès à ces
documents était libre au public. En France il existe douze centres,
dont celui de Paris. Je décidai de m’y rendre à la première
occasion, pour dresser une liste des personnes portant le même
nom, ayant vécu à l’époque de ma conception.

après une nuit blanche, je prenais la direction de Paris. En


cours de route, Rachid me téléphona et on se donna rendez-vous
à Montreuil. À mon arrivée, j’ai aperçu le docteur achour en
compagnie d'un général algérien en retraite. J’avais rencontré cette
officier supérieur dix ans auparavant chez saad, l’idée m’était
venue de solliciter mon ami pour qu’il lui parle de mon histoire
avec l’espoir d’obtenir des informations m’éclairant davantage.
Peu de temps après, je croisai Rachid qui me demanda de
l’accompagner. En cours de route, il me fit part d’un appel
téléphonique d’alger. L’information relative à l’adresse de la
Courneuve, provenait du Parquet Général de la Cour suprême.

Le mardi 21, je me rendais à la médiathèque vers midi, ayant


réservé quelques heures aux recherches web. Je m’approchais de
la salle média, et là j’aperçus une personne avec un GsM qui avait
la même physionomie que celle qui avait stationné derrière moi
le jeudi. Ce qui me surprit, c’était son attitude vis-à-vis de moi.
En effet, lorsque je m’étais installé devant l’ordinateur que j’avais
réservé, cette personne était venue demander à un jeune internaute
de lui céder sa place qui était mitoyenne à la mienne ! Etait-ce
encore les RG, qui déliraient ?
52
J’ai continué à consulter divers sites, tels les archives
Nationales et l’église des Mormons. Je fis également une
recherche sur les personnes de même nom, résidant à la
Courneuve, et subitement, je découvris un autre détail tout aussi
surprenant que les autres ; il n’existait que deux personnes
répondant à ce nom. La première de sexe masculin et qui n’était
autre que ce fameux Mohamed, la seconde étant une dame portant
mon nom, demeurant à la même adresse avec un numéro de
téléphone différent du premier.

Je repartais sur le Net pour consulter la liste des disparus en


algérie depuis le début des événements de la tragédie nationale,
et je découvrais qu’un certain Hamid, né en 1955 (portant le même
nom), agent des services de sécurité, aurait disparu courant
décembre 1994 à Constantine. Je contactais Rachid qui lui aussi
avait au cours de ses recherches, pris connaissance de l’existence
d’une personne répondant à ce nom. (Peut-être que cela expliquait
les raisons des différentes investigations de la DST !).

Le vendredi 24 mai, ayant rendez-vous à 17 heures 30 avec


Maître Levantal, éminent avocat, envahi par une volonté
indescriptible, je me faisais accompagner par un ami. on fit un
détour par Montreuil pour récupérer Rachid, et avant de nous
rendre à mon rendez-vous nous fîmes une courte halte au Centre
des Mormons dans le 19éme arrondissement, où il n’y avait aucun
microfilm sur l’algérie après 1900.

À notre arrivée, rue de varenne dans le 7éme arrondissement


chez Maître Levantal, on a fait le point sur les procédures en cours,
et immédiatement, je décidai de lui parler de cette histoire
ancienne qui refaisait surface. devant ces bizarreries, il nous dit
que, peut-être, une équipe voulait rallumer l’affaire à l’approche
53
des législatives. Maître Levantal était une personnalité
extrêmement respectée en algérie pour son engagement en faveur
de la cause nationale et humaine.

après cette période mouvementée et pleine de soubresauts, je


décidais de souffler un tant soit peu et d’essayer de me reposer.

Mais, le jour même, je venais d’être informé du passage du


comédien né sous x dans notre ville. sans tarder, je pris
immédiatement la route pour aller à sa rencontre, muni d’un petit
brouillon de mon histoire, que j’avais décidé de lui remettre. La
chance a été de mon côté, puisque je venais d’apercevoir un agent
de sécurité qui était assis à côté de l’artiste que je connaissais. Je
lui fis signe, il s’approcha de moi, et je lui remis le document avec
mes coordonnées téléphoniques. Juste avant son départ, les agents
de sécurité me laissèrent m’approcher de lui, je lui serrai la main
et présentai mes excuses. Rapidement, il me chuchota à l’oreille :
« J’ai le document, je vais le lire et te faire part de mon avis par
téléphone ». Je le remerciais et m’éclipsais.

dimanche 02 juin, Rachid m’indiqua que Boussaïd lui avait


confirmé l’intervention du Parquet Général de la Cour suprême,
et qu’il lui avait également dit qu’il allait faire un tour à
Constantine en compagnie d’un ami magistrat, afin de faciliter
l’accès aux informations relatives à mon dossier. Le mercredi
suivant, après avoir été contacté par Rachid, je partais à sa
rencontre à Paris.

Celui-ci venait de passer trois semaines en algérie, il me


raconta ce qui suit : « Concernant ton nom, c’est celui de ta mère
et cet événement est connu de sa famille. Le parquet, nous a
promis un document officiel, à la rentrée judiciaire, qui attestera
la filiation de ta mère. En ce qui concerne la personnalité,
incarnant ton père, le parquet n’a pas voulu en discuter ».
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55

MoN HIsToIRE TRoNQUéE


56

Février 2005, enfin de retour dans mon pays, ma ville natale


que j’aime tant. Immédiatement, je partis à la rencontre de mes
amis, ou plutôt vers cette famille que j’ai inventée, fabriquée, car
elle a fini par "exister". après avoir menti comme j’ai pu, tant que
j’ai pu, durant mon adolescence, j’admettais enfin mon statut, ça
avait été mon premier secret mais c’était terminé, une force
intérieure m’encourageait à l’imposer.

Quelques jours après, je me suis rendu auprès de l’archevêché


de Constantine, où j’ai été reçu par une sœur qui découvrait que
j’étais né à l’hôpital de Constantine et non à la clinique de Notre
dame des apôtres, et me dit alors, que le nom que je portais notait
une contradiction totale et m’informait en sus, que les services de
la das ne donnaient jamais le document officiel comportant la
filiation de la mère.

Elle me remettait un numéro de téléphone d’une sœur assez


âgée, qui exerçait à Constantine à cette époque-là.

En début de soirée, je me suis rendu chez la nièce d’un ami qui


travaillait à l’hôpital pour lui demander si elle pouvait avoir accès
aux archives. Etonnée par mon nom, elle m’indiqua que celui-ci
était très connu, et que cela expliquait peut-être tous ces non-dits.

Le 22 février 2005, à 14h00, je me suis rendu aux services de


la das, de la wilaya de Constantine. Reçu par l’assistante sociale
57
et deux jeunes femmes qui m’ont permis de consulter mon dossier,
on m’autorisa à photocopier trois documents, à savoir l’admission
secrète, le Pv d’abandon et l’arrêté préfectoral. (Voir ci-dessous)

Hôpital civil de Constantine


58

L’admission secrète
59

Le P.v d’abandon
60

L’arrêté Préfectorale
61
Le contenu de ces documents m’a immédiatement interpellé.
on a tronqué mon histoire ! L’admission secrète de la jeune femme
musulmane constatée par le directeur de l’hôpital, l’abandon
entériné par le procès-verbal et l’arrêté préfectoral me qualifie
d’enfant "Trouvé" ? Bien entendu sans réquisitoire de police ! Est-
ce une erreur involontaire ou une malveillance ?

Le 24 février, j’ai partagé mon déjeuner avec un ami à qui


j’avais raconté par téléphone l’épreuve des services français.
Heureux de le retrouver enfin, nous avons évoqué différentes
anecdotes pour enfin aboutir à ce sujet qui me poursuivait toujours.
Il était serein, et en plus, il s’était montré très engagé dans mon
histoire m’ayant même conseillé de réclamer mon dossier complet
par voie officielle.

Eté 2005, après plusieurs investigations, confirmation du


passage d’une famille dont le nom était le mien, et qui aurait résidé
à souika (vieille cité constantinoise). Je partais immédiatement
avec mon ami Fouad, pour essayer de trouver une nouvelle piste.
on nous orienta vers la région de Guelma.
62

(Ras-El-akba)

août 2005, je décidai de me rendre à Ras-El-akba (Guelma).


après mon arrivée je demandai à quelques personnes s’ils
connaissaient ce nom. spontanément, ils m’indiquèrent que cette
famille était très connue dans la région et m’orientèrent vers
sellaoua announa, la commune voisine. En fait, il fallait
uniquement traverser la Nationale. Cette journée fût couronnée
par la découverte non seulement de l’existence d’une très grande
famille portant le même nom que moi, mais de plusieurs indices
assez révélateurs. Le propriétaire du petit restaurant d’aïn-amara,
commune limitrophe, avait spontanément reconnu à travers ma
physionomie mon appartenance à cette famille de sellaoua.

Quelques jours plus tard à annaba, en compagnie de salah,


vieil ami originaire d'oued-Zenati, j’avais fait la connaissance de
Tarek, première rencontre d’une personne portant mon nom.

Je lui exposais l’objet de ma visite, spontanément il répliqua :


« Tu ressembles parfaitement au fils de ma cousine, la fille de ma
tante paternelle ! Cette dernière a divorcé aux alentours de 1962
pour s’installer successivement à Souika, Makaad El Hout et
63
Daksi. Elle est décédée en 1995, elle avait cinq enfants, quatre
filles et un garçon ».

Ce qui était également troublant, c’était la proximité de la


résidence de cette personne qui incarnait peut-être ma mère, de
mon lieu de naissance. Tarek, m’invita à repasser le voir quand je
voudrai, et m’encouragea à persévérer dans mes recherches.
J’apprenais plus tard qu’il en avait parlé à sa famille avec virulence
et indignation. Il était outré de me voir tourner en rond.

Printemps 2006, en compagnie d’allaoua, cousin de mon père


adoptif, nous voilà encore une fois à sellaoua announa. dès notre
arrivée, on décida de commencer par le cimetière, mais en vain,
aucune trace, aucune personne appartenant à cette famille n’était
enterrée à sellaoua. on se dirigea alors vers la Mairie de sellaoua
et c’était un chef de bureau, sensibilisé par sa collègue qui
travaillait à l’état-civil, qui se mit à notre disposition. Il consulta
systématiquement tous les registres des naissances. Cela me
permit d’avoir une vaste idée sur cette famille qui peut-être était
la mienne. Un phénomène assez singulier s’installa, il est vrai que
j’étais quasiment tombé amoureux de cette région.

En remerciant les personnes du service de l’état-civil, l’une d’elle


me conseilla d’aller à Guelma, où, derrière la prison, il y avait un
Hammam appartenant à cette famille, et la dame qui le gérait
connaissait beaucoup de choses. on s’y rendit aussitôt, et
effectivement, une dame sexagénaire était bien là, elle nous reçut et
spontanément, j’avouais l’objet de notre visite qui d’abord l’étonna,
puis elle me confia que cette famille ne me dirait rien. Tout de suite
elle appela ses filles et leur demanda de bien me fixer : « Regardez
comme il ressemble à (…) », leur lança t'elle ! Elle me demandait
de lui laisser un peu de temps, pour qu’elle puisse prendre contact
64
avec une certaine Zohra (appartenant à la famille de Sellaoua).
Emu, je lui remis mon numéro de téléphone et repartais.

Le 31 mars 2006 à 21h00 mon téléphone sonna, au bout du fil


c’était Hacen un ami rencontré tout au début de la découverte de
ma ville natale. Il m’annonça qu’une dame d’environ 65 ans
recherchait son enfant qu’elle aurait abandonné en 1963 ! Je pris
immédiatement la route pour une éventuelle rencontre.
Effectivement, cette dame accompagnée de sa sœur me reçut, elle
était tremblante de joie à l’idée de retrouver peut-être son enfant,
d’ailleurs elle n’était pas la seule car moi aussi je n’arrivais plus à
construire correctement mes phrases. sa sœur me raconta son
histoire, et je découvris un autre aspect de l’abandon.

Cette dame avait été violée au mois de juin 1962, et son enfant
était né courant mars 1963. Elle m’indiqua que sa famille l’avait
obligée à l’abandonner et que c’était sa mère qui avait apposé son
empreinte digitale sur le P.v d’abandon ! Notre entrevue m’avait
écœuré, car je découvrais l’un des scénarios qu’avait peut-être
vécu ma propre mère. L’administration était restée totalement
indifférente à sa peine.

Le 9 avril, Zohra me téléphona, elle m’annonçait qu’elle avait


trouvé des choses sur mon histoire. Elle me demanda de passer à
annaba, car son oncle voulait s’entretenir avec moi. Je lui ai dit
alors que j’étais sur le point de partir pour la France. Elle insista
quand même et me passa son oncle qui me salua courtoisement et
me communiqua ses numéros de téléphone en France. Le 29 avril,
je lui téléphonais, il me confia qu’en 1963, il était en France et qu’il
était en mesure de me communiquer ce qui s’était passé à Guelma
cette année-là, mais qu’il ne pouvait le faire par téléphone, donc,
que dès mon retour, je devrais aller le rencontrer.
65

LEs LaRMEs, IL N’Y EN avaIT PLUs


66

août 2006, je rencontrais Brahim, une personne d’une


soixantaine d’année, proche par alliance de mes parents adoptifs.

Le hasard a fait qu’il me demanda de l’accompagner à la das


où il avait des documents à récupérer. À notre sortie, je lui parlai
de mon statut tout en y ajoutant quelques épisodes de mon
parcours à la recherche de ma mère. Il mit spontanément en branle
toute son énergie au service de cette cause, et commença très
rapidement toute une série de rencontres aussi importantes les unes
que les autres.

Il finit par m’introduire dans les entrailles de Constantine, et


j’allais de découverte en découverte. Je vivais en sa compagnie
d’intenses émotions, je revivais ma naissance et même la période
qui la précédait.

Ce monsieur, 43 ans plus tard, doté d’une époustouflante


mémoire et expérience de la vie, finit par me faire rencontrer la
majorité des acteurs de mon histoire, de la personne qui m’avait
déclaré à l’état-civil à celui qui avait signé mon P.v d’abandon.

Il décida un jour de me présenter plusieurs personnes d’un


certain âge, pour essayer de remonter le temps, de ne rien négliger.
Nous étions trop près du but. Un soir Brahim me téléphona et me
demanda d’aller le chercher pour partir à la rencontre d’une
personne native de Guelma, qui pourrait éventuellement nous
67
aider. En arrivant, il sollicita Mejahed, et lui demanda de me
présenter Messaoud. J’exposai rapidement et courtoisement mon
souhait, on échangea quelques mots, et Messaoud brandit son
téléphone et me demanda de noter un numéro, celui d’une
personnalité qui portait le même nom que moi.

J’avais pris connaissance de l’existence de cette personnalité à


travers la presse. Messaoud me demanda de le considérer comme
un grand frère, et me dit qu’il allait tout faire pour m’aider à
retrouver ma mère. Le jeudi 7 septembre 2006 à alger, la
personnalité amie de Messaoud, lui raconta tout ce que sa propre
mère lui aurait raconté. Lui, à son tour, dès son arrivée le
lendemain, demanda à Brahim de lui donner des garanties sur ma
personne, et finit par lui raconter ce qu’il avait appris :

« Elle a commis la bêtise avec une personne connue à l’Est.


Elle avait 21 ans et s’appelait Fatima, fille de Tahar et de
Yemouna. Ils étaient tellement furieux contre elle, qu’ils ont tenté
de l’empoisonner pendant son séjour à l’hôpital. C’était la Sœur
qui avait découvert le poison, dissimulé dans le fameux Zrir5 ».

Foudroyé par une énorme décharge émotionnelle, je pris la


route vers le domicile de mon ami Fouad. Les larmes, il n’y en
avait plus, la voix tremblante, je lui annonçais ce que je venais de
vivre. Une nuit indescriptible. d’ailleurs au petit matin, je me
souvins du rêve que j’avais fait : « j’observais cette mère tant
souhaitée qui faisait une sieste, et soudain surgissait ma mère
adoptive pour me demander de la laisser dormir encore un peu. »

5) appelé aussi Tamina, met incontournable lors d’une naissance, fait à base de farine de blé grillé,
de miel et de beurre fondus.
68
Je décidai immédiatement d’aller à sellaoua, à la Mairie, il
fallait impérativement que je vérifie l’existence de cette personne
pouvant être enfin ma mère. À mon arrivée, je sollicitai un acte
de naissance de la concernée. Et là, il n’y avait pas de doute, elle
existait, sa date de naissance confirma la proximité de son âge avec
celui indiqué dans mes documents. Mieux, elle se maria au mois
de février 1964, deux mois après que je fusse né !

Il est connu, qu’au lendemain d’un scandale de cette


importance, la famille se pressait de l’étouffer et quand la
concernée revenait, on la mariait sur le champ.

En compagnie de mon cousin abdelaziz et Mourad l’ami


d’enfance devenu éducateur d’enfants assistés, je pris
immédiatement la route vers Guelma. La dame du hammam m’en
dirait plus. À notre arrivée, elle nous reçut chaleureusement. Je lui
nommai la personne que je recherchais, elle m’en parla avec
désolation et me disait qu’elle ne l’a pas revue depuis très
longtemps. Elle nous recommanda de nous rendre à Bouchegouf
(Guelma), chez un certain Mehdi (Portant le même nom).

Ce qui est providentiel dans cette histoire c’est ce hasard à


répétition. En effet, à l’entrée de Bouchegouf, abdelaziz me
demanda comment j’allais deviner l’adresse de ce monsieur.
spontanément, je le rassurai en lui disant : « Ne t’inquiète pas on
va prendre un café et tu verras que la première personne à qui je
demanderai l’adresse de Mehdi, nous l’indiquera ».

a l’intervention divine de s’installer…

La première personne nous indiqua le lieu de résidence de


Mehdi, et en plus une jeune fille d’environ 12 ans, que j’avais
sollicitée pour savoir si elle connaissait cette famille, me répondit:
« C’est mon papa ».
69
Je lui demandai de l’appeler, et là, je découvris une autre
personne portant le même nom que moi, souriant et extrêmement
courtois. J’évitai, de lui parler d’emblée de Fatima, qui était peut-
être ma mère, par peur de perturber et de déstabiliser cette famille.
Je présentai la chose ainsi : « Voilà, je recherche ma mère depuis
très longtemps, et après avoir rencontré quelques personnes qui
portent mon nom, j’ai reçu un appel téléphonique, qui m’a indiqué
que Fatima connaissait mon histoire ».

Je n’oublierai jamais sa spontanéité et son hospitalité. Il me


parla de Fatima, me disant qu’elle habite un petit village à souk-
ahras, nous invita à dîner et à passer la nuit chez lui pour nous y
emmener le lendemain. on le remercia chaleureusement, tout en
nous excusant de ne pouvoir rester, et nous nous fixâmes rendez-
vous pour le lendemain.

Lundi 11 septembre, abdelaziz et Mourad m’accompagnèrent,


on récupéra Mehdi à Bouchegouf, et quelques minutes plus tard
nous voilà enfin à souk-ahras. Je ne saurais décrire l’émotion sur
tous les visages. Enfin, devant la maison de Fatima, Mehdi, appela
son mari, et lui présenta l’objet de notre visite, exactement comme
je le lui avais indiqué. son mari âgé d’environ soixante-dix ans,
nous invita courtoisement à nous rendre dans un petit café, et il
m’indiqua que son épouse était absente.

on échangea quelques récits, puis il insista pour nous faire


visiter le petit jardin de son domicile, et à l’occasion, goûter de
ses figues.

après cette merveilleuse journée, pleine d’émotions et de


découvertes, je remerciais ce monsieur qui est peut-être mon beau-
père, pour son hospitalité et sa compassion. Je ne savais pas
70
pourquoi, mais j’avais besoin de recul. Et l’idée de déstabiliser
une famille, m’envahissait. après tout, j’ai vécu ou survécu assez
longtemps, donc je pouvais encore patienter. Maintenant que
j’étais si proche d'elle, il n'y avait que le temps qui pourrait
s'exprimer, oui, le temps. Lui seul pourra faire jaillir la vérité et
m'apporter les réponses aux questions que je me suis tant posées.

Le lendemain, je recevais deux coups de téléphone. Le


premier de Zohra, cette dame appartenant à la famille qui portait
mon nom, et sœur de Mehdi, qui nous avait accompagnés à souk-
ahras. Elle était enragée, et me lança : « Pourquoi as-tu été à
Bouchegouf et à Souk-Ahras ? ». Le deuxième coup de téléphone
était de Mehdi, qui d’après ses dires s’était fait énergiquement
rappelé à l’ordre.

suite à cela, je décidai d’aller droit au but : éviter de


déstabiliser la petite famille de Fatima, mais les autres, et
notamment soltane de sellaoua l’un des plus anciens, pourquoi
me priver de lui demander directement l’information ?

vendredi 15 septembre, rencontre avec soltane. J’étais en


compagnie de Fouad. Que pouvais-je dire ? après pratiquement
trois heures de discussion, il finit par me raconter l’histoire de cette
famille, prenant soin de me relater le parcours des cinq frères et
de leur sœur arrivant de Tlemcen (Ouest algérien) au début du
18éme siècle. Et de conclure par : « Bienvenue chez toi, tu nous
appartiens et pour rien au monde nous ne te repousserons ».

après la prière du vendredi, on s’installa à une terrasse de


café à sellaoua, en compagnie de Tarek, fils de soltane. Nous
rejoint Mehdi de Bouchegouf, accompagné d’une personne qui
m’a été présentée comme un membre de la famille. Je n’en
71
revenais pas, je n’en croyais pas mes yeux et ce fût le cas pour
toute l’assistance, on se ressemblait comme deux gouttes d’eau !
Gênés par cette rencontre, et ne pouvant rien demander, on décida,
Fouad et moi de rentrer.

se succédaient après cette période, une série de visites


guidées par le fils de soltane. Ils me considéraient désormais
comme étant un membre de leur famille, mais ne pouvaient
dépasser cette limite. on me fit visiter la fameuse ferme située sur
leurs terres.

(La ferme)

Ensuite à quelques mètres de la ferme, je découvris un


tombeau, celui de si Taieb Ben Zerguine (1785-1868).
72

(Le tombeau de si Taieb Ben Zerguine)

Quelle destinée ! Pour atteindre mon premier objectif fixé en


1984 qui était de retrouver mes origines, j’avais par un hasard
assez troublant remonté le temps jusqu’à 1785.

En effet, lors de mes investigations, j’avais eu à lire plusieurs


documents d’archives qui relataient la vie d’un personnage que
j’allais découvrir plus tard et qui n’était autre que le patriarche de
ma famille maternelle. (Voir ci-dessous)

« Voie romaine du Nador. — Le 44 jours —

Après avoir longé la voie romaine, qui se dirige vers les ruines
de Khemissa et de Tiffèche, si riches en monuments funéraires, nous
atteignons de bonne heure un des sommets du Djebel Nador, il est
transformé en cimetière entouré de jeunes cyprès tordus par le vent.
Malgré l'air frais du matin, nous contemplons à notre aise le
spectacle grandiose que représente le bassin de Guelma, fermé à
l'ouest par les massifs de la Mahouna, du Djebel Debagh, qui se
confinent à l'horizon.
73
A nos pieds, et sur une plate-forme artificielle, s'élève le bordj
du caïd Si Taïeb Ben ZERGUINE, qui domine une immense étendue
de terres cultivées. Cette hospitalière et confortable demeure est
en grande partie entourée de jardins plantés d'arbres fruitiers qui
l'abritent contre la violence du vent. Des troupeaux de bœufs et de
chevaux gagnent les maquis, conduits par des bergers aux
vêtements relativement propres, dont les gourbis, couverts de diss,
n'ont pour entrée qu'une ouverture circulaire où le corps d'un
adulte a de la peine à s'engager. Le maître lui-même vient donner
des ordres. C'est un vieillard, à barbe blanche, dont la belle tête
indique une grande intelligence et une grande énergie. »6

assoiffé par un élan presque vital et suite à la découverte de


cet ascendant lointain mais si proche à la fois, dont j’étais
extrêmement fier, j’allais partir à la rencontre de la majorité des
descendants de ce grand Monsieur qui était désormais mon repère
biologique !

a quelques pas de la vérité que j’avais tant convoitée, celle de


me reposer enfin avec la reconquête de mon histoire terminée, je
ne me doutais pas un seul instant que l’énigme allait prendre une
autre tournure digne d’une odyssée rocambolesque.

Le 19 septembre 2006, Brahim, me téléphona et m’invita à


partir à la rencontre de la personne qui était présente lors de mon
abandon, le 29 novembre 1963. Je m’y rendis sans hésitation. En
arrivant chez ce monsieur, Brahim évoqua mon histoire et mon
nom. Et spontanément, cette personne se leva et me dit : « As-tu
du temps ? Je vais te présenter quelqu’un qui a le même nom que
toi, elle devrait pouvoir t’aider ».

6) Extrait du recueil des notices et mémoires de la société archéologique du département de


Constantine, page 15 du volume de la deuxième série dix-septième volume de la collection – 1875
74
après la rencontre avec cette personne extrêmement gentille,
s’est installée une colossale confusion, je dirais plutôt désolation.
En effet, cette dame, à qui je ressemble beaucoup, s’est
pratiquement sacrifiée pour moi, dans son comportement, qui
d’après sa propre famille a totalement changé depuis mon arrivée,
et même, dans les plus petits détails. « Est-ce ma Mère, ou deux
destins en souffrance qui se foudroient ? »

(Observez, nos regards !)


75

La BaTaILLE LéGITIME
76

déçu, ou peut-être tout simplement fatigué, je décidais de me


reposer un peu. Il me faudra du temps, le temps nécessaire pour
remettre en place la raison. sortir, impérativement de la passion,
c’était le mot d’ordre que je m’étais imposé.

après quelques mois, je rangeais toutes les nouvelles données


en mémoire morte, et je décidais d’aller vers le concret. Il me
fallait l’empreinte digitale de la jeune femme musulmane, qui
m’avait mis au monde. Et peut-être, qu’avec l’aide d’amis,
j’arriverais à obtenir les empreintes des deux personnes, afin de
les comparer. stop, j’étais fatigué c’était devenu très lourd à gérer.

Je retournais auprès de la das de Constantine, rencontrais


l’assistante sociale, et lui demandais de me permettre de scanner
l’empreinte de ma mère apposée sur l’original du P.v d’abandon.
Courtoisement elle me demanda de me rapprocher du directeur.

Pour la suite, je préfère vous laisser découvrir par vous-même,


le comportement de ce monsieur, désigné Tuteur délégué des
Pupilles de l’état, à travers la lettre de dénonciation, la
manipulation d’un journaliste, la divulgation d’informations
confidentielles, l’article paru dans la presse locale, l’ordonnance
du Président du Tribunal, et la saisie non conforme par l’Huissier
de Justice.
77

Lettre de dénonciation

Madame, Monsieur,
Des situations pour le moins absurdes dans leur fondement et
inacceptables dans leur principe ne peuvent être passées sous
silence et doivent être révélées au grand jour, afin d’éviter tous
les dérapages et bavures qui peuvent en découler. À cet égard,
sans abuser de votre temps, vous me permettrez de vous exposer
certains faits dont la chronologie remonte au dernier semestre et
qui ont eu pour théâtre la Direction de l’Action Sociale de
Constantine.

Pupille de l’État et fier du patrimoine génétique transmis par


mes parents biologiques et de l’éducation inculquée par mes
respectueux parents adoptifs, j’essaie de retrouver ma mère depuis
1984. Il y a environ trois mois, je me suis présenté auprès du
Directeur, pour lui demander de consulter mon dossier. Lui faisant
part que j’étais sur le point de retrouver les traces de la mère qui
m’a mis au monde. Il a constaté spontanément, que j’étais un père
de famille conscient des conséquences. Lui-même a reconnu en
moi, une maturité exemplaire. Courtoisement, il m’a invité à
repasser dès que j’aurai besoin de confirmer l’objectif souhaité.

La semaine dernière dans une euphorie incommensurable, je me


présentais à lui pour solliciter un rendez-vous, comme promis par
ce dernier. Ce jour-là, je rencontrai un homme complètement
métamorphosé. Il m’a reçu furtivement et m’a demandé un temps
de réflexion. Je lui formulai : « Très cher tuteur, est-ce que vous
pouvez imaginer ce que je ressens actuellement ? ». Et je conclus :
« Je patiente depuis 20 ans, et dois-je encore patienter par respect
pour votre personne ?».
78
Le (…) je reprenais le chemin de la DAS. J’étais invité à entrer
dans le bureau du Directeur. Et là, je découvrais un Monsieur
allongé sur son fauteuil, ne se donnant même pas la peine de dire
bonjour, à travers son regard une arrogance et un mépris
indescriptibles. Il ne m’invita même pas à m’asseoir, et me lança
à la figure : « Tu commences à m’embêter sérieusement ».

Je répliquais en lui rappelant que je m’adressais à lui en tant


que pupille, et que s’il n’était pas capable de prendre une décision,
je pourrais en référer à qui de droit. Il reprit : « À qui ? » Je lui
répondis : « Au Chef de l’exécutif, Tuteur au niveau de sa wilaya
des Pupilles de l’État ». Avec une ironie déplacée, il me disait :
« Le Wali ? Il n’a aucun pouvoir et d’ailleurs je vais en référer à
mon ministre ».

Devant ce comportement, je mis fin au débat en lui faisant part


de ma déception, tout en regrettant de l’avoir sollicité et en
l’informant que désormais, c’était l’homme décidé à atteindre son
objectif légitime, qui va dénoncer son comportement et en référer
à qui de droit. La dernière phrase de ce Tuteur des enfants assistés,
a été : « Sors de mon bureau ! ».

Par exaspération, je me rendis à la rédaction de (…) J’étais


reçu par le directeur de la rédaction qui m’écouta avec attention.
Ce journaliste finit par me calmer et me promit d’aller rencontrer
la DAS. Samedi (…) j’étais invité à me rendre à la rédaction,
monsieur (…) me reçut chaleureusement, et me dit qu’il venait de
s’entretenir avec la DAS.

Et dans une immense joie, il m’annonça que ma mère


biologique était vivante, qu’elle habitait Souk-Ahras et que la DAS
mettrait tous les moyens nécessaires pour organiser une rencontre.
79
Les larmes aux yeux, je me levai immédiatement pour
embrasser le monsieur (…), il m’indiqua que la DAS l’avait
informé qu’il faudrait une Ordonnance du tribunal. Je lui répondis
spontanément : « J’aurai ce document ! ». Je prenais rapidement
contact avec mon conseil Maître (...), afin qu’il me prépare une
demande. Le (…) je me rendis auprès du tribunal pour récupérer
l’ordonnance.

Je me permets de vous dire ici qu’au moment où j’ai eu


l’ordonnance entre les mains, une intense émotion m’envahit. Après
vingt longues années de recherche, le fameux jour béni était enfin
arrivé.

Je téléphonai à Monsieur (…), lui faisant part de la nouvelle,


sans aucune hésitation, il me rejoignit devant la DAS. On était reçus
par le Directeur. Monsieur (…) lui montra l’ordonnance. Et là,
devant le fait accompli, la DAS, perdit complètement ses moyens
intellectuels mais surtout humains. Animé par je ne sais quel
sentiment, il nous flanqua à la figure : « Il me faut un huissier ! ».

Monsieur (…) étonné, l’informa que cette visite était de


courtoisie. Il lui répondit : « Non, l’ordonnance mentionne un
huissier, je ne remettrai le dossier qu’en présence d’un huissier ! »
J’intervins pour lui demander s'il avait quelque chose sur ma mère
et cette histoire de Souk-Ahras. Déstabilisé il répliqua :
« C’est toi qui l’as dit ! ».

Je me levai, sortis de son bureau, Monsieur(…) me rejoignit en


me disant que ce qui venait de se passer été le summum de la
bêtise humaine.
80
Ensuite, il me demanda d’être encore une fois très fort me
disant qu’il était désolé de ce qui venait de se passer. Je rentrai
me reposer, et le lendemain, en compagnie d’un huissier de justice
je me rendis à la DAS. Tout avait été préparé. Le directeur ne reçut
pas l’huissier, nous fûmes orientés auprès de l’assistante sociale
qui nous remit un dossier qui ne mentionnait à aucun moment une
hypothétique piste de Souk-Ahras.

Ces faits, au-delà de leur caractère trivial, interpellent et nous


font nous poser un certain nombre de questions fondamentales qui
touchent aussi bien les concernés que la dignité de l’homme dans
ce qu’il possède de plus intime. Pourquoi, le plus haut responsable
de cette administration, censé être psychologue, avait-il agi de
cette manière ?

Pourquoi son prédécesseur remet-il le dossier confidentiel


complet à un autre pupille et cela devant un parterre de
journalistes locaux et même une télévision étrangère, sans aucune
décision de justice ? Pourquoi, ce directeur tenu par le secret, non
seulement professionnel mais aussi confidentiel, se permet de
divulguer l’histoire dramatique d’un pupille et d’essayer de
redorer son blason auprès d’un journal ?

La fonction première de ce tuteur, n’est-elle pas de comprendre


la portée et l’impact psychologique des pupilles à la recherche du
repos ? La fonction première de ce tuteur n’est-elle pas de faire
table rase de toutes sortes de discrimination et de manipulation
dans leur monde inconnu ?

Aujourd’hui, comme hier, la situation psychologique des


enfants assistés, traumatisés au moment de leur adolescence et
fragilisés à foison à l’âge adulte, a besoin et aura encore besoin
81
de l’attention particulière du Tuteur délégué par l’État.

Madame, Monsieur,

Je fais appel à votre bon sens, pour mettre un terme à un état


de fait qui ne peut perdurer. Restant à votre totale disposition, je
vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l’expression de ma
sincère et cordiale gratitude.

Mohamed-Chérif Zerguine

Pupille de l’État
82

article paru dans la presse locale


83

L’ordonnance
84
Le P.v d'exécution par l'huissier, de l'ordonnance sur pied
de requête rendue par le Présidentdu Tribunal de Constantine
85

LE déNI d’UN dRoIT FoNdaMENTaL


86

Tout pupille a droit à la consultation de son dossier détenu par


l’administration, mais en aucun cas à celui de sa mère. aucune
réglementation, et cela à l’échelle universelle, n’accorde au pupille
le droit de prendre connaissance du dossier de sa mère biologique.
Erreur, hasard, intervention divine ? dans tous les cas
l’ordonnance existe, elle a été entérinée au tribunal de Constantine
par un magistrat du siège. Et cela, avec l’injonction de remettre
une copie du dossier, concernant la mère du demandeur. Pour nous
permettre d'y voir un peu plus clair, survolons ensemble les siècles.
Nous sommes sous l’empire Romain, l’adopté acquiert les mêmes
droits que l'enfant naturel, mais perd toute relation avec ses parents
biologiques. Rapidement sous Justinien les textes sont modifiés,
pour maintenir un lien avec la famille d’origine. Et contrairement
au cafouillage d'aujourd'hui, au 6éme siècle, l'enfant abandonné
était sur le même pied d'égalité que celui issu d'une union légale.

En 1617 le prêtre Monsieur vincent, créa ce qui allait devenir


plus tard les bureaux d'admissions. Perçu comme un véritable
ministre de l'assistance, ce prêtre installa des cylindres de bois
pouvant accueillir les bébés abandonnés, devant chaque hospice.
on les appelait les tours. L'enfant placé dans « le tour »7 était
considéré comme abandonné, selon la réglementation de l'époque.
La première loi concernant l'enfance assistée fut proclamée
courant juin 1793, la Nation les prit totalement en charge. Le mois
suivant ils recevaient l'appellation, "Enfant de la Patrie".
7Le tour ou (tour d’abandon) est utilisé en France jusqu’à la fin du XIXe siècle, c’était le seul
moyen de lutter contre l’infanticide et les faiseuses d’ange sous l’ancien régime..
87
Mais ce qui constituera le code de référence pendant tout le
XIXe siècle, sera le décret du 19 janvier 1811. Il définira enfin,
les catégories d'enfants. En 1860, le bureau d'admission remplaça
« le tour ». Les mères nécessiteuses étaient encouragées à garder
leurs enfants. Mais les états d'esprits se modifièrent, et on vit déjà
s'opposer les partisans du secret et ceux du droit de l'enfant. La
base de la législation actuelle, entérinée par la loi du 27 juin 1904,
abrogea toutes les lois précédentes. Elle vint au secours des
familles pour réduire les abandons et facilita l'admission secrète,
pour éviter l'infanticide. désormais, les enfants seraient déclarés,
"Pupilles de l’Etat".

Revenons à la bêtise humaine. Le déroulement de la saisie du


dossier de ma mère, ordonné par le président du tribunal a été
chimérique. Fuite du directeur, dossier vide préparé à l’avance,
huissier de justice fuyant mes demandes et notamment le contenu
de l’ordonnance. Intervention du cabinet de l’administration
locale, la personne m’ayant sollicité avec courtoisie, était plus
préoccupée par ma profession que par mon statut de pupille.

Et à moi de lui rappeler la discrimination que je venais de subir


dans ma propre ville natale, en lui évoquant l’histoire médiatisée
sur une chaine publique étrangère, quand son administration avait
offert son dossier, à un pupille né à Constantine, devenu comédien.
Faut-il devenir comédien pour avoir accès à son dossier ? Enfin
pour conclure, débâcle, discrimination, le tout, couronné par le
déni d’un droit fondamental.

après cette longue bataille victorieuse pour moi, car elle m’a
permis d’éradiquer la culpabilité, je m’en remettais à dieu, car le
pire pour nous autres croyants est la rupture du lien sacré. En ce
qui concerne mes géniteurs, je pense que l'écho de mes démarches
88
les a atteints, à eux de se manifester maintenant. L’aventure a été
passionnante mais extrêmement éprouvante. La photo espérée…,
ou plutôt la trace de l’index de ma mère, restera à jamais avec moi.

L’empreinte de celle qui m’a mis au monde


89

L’INsTITUTIoN s’EN MêLE


90

Printemps 2008, une Commission Nationale est dépêchée en


urgence à Constantine. des faits d’une gravité inhumaine sont
reprochés à l’administration locale chargée du dossier de l’enfance
privée de famille. Une jeune fille, pupille de l’état, avait été abusée
neuf mois auparavant et venais de mettre au monde un enfant dans
une clinique à annaba (150 Kms à l’Est de Constantine). Le
drame, au-delà du viol et des conséquences désastreuses pour la
jeune victime, est que le présumé géniteur serait une personnalité
locale. Tout avait été mis en œuvre pour étouffer l’affaire et faire
disparaître le bébé !

durant le déroulement des investigations diligentées par les


membres de la Commission d’enquête, je reçois un coup de
téléphone d’un ami qui m’invite à me présenter à la direction de
l’action sociale. Effectivement à mon arrivée, il me présente à un
membre de cette Commission qui n’est autre que le conseiller du
ministre chargé du secteur. Le haut fonctionnaire converse
quelques instants avec moi et m’invite à l’accompagner afin de
me présenter à ses collègues.

a mon étonnement, je suis reçu avec honneur et compassion,


la présidente me demande de lui raconter mes péripéties avec
l’administration locale. Je lui étale mon périple et lui montre
l’ordonnance de justice que j’avais obtenue une année auparavant,
qui avait permis la saisie de mon dossier. séduite par l’audace de
mon combat, elle en fait part à son responsable hiérarchique et
91
m’invite à les rejoindre en soirée pour partager avec eux un dîner.
a partir de cette rencontre fructueuse, commençait une aventure
humaine sans précédent. Je venais sans m’en rendre compte,
d’intégrer la Commission Nationale d’enquête en qualité
d’observateur concerné.

avec un peu de recul, je comprenais mieux la réaction de ce


responsable de l’action sociale, quant à son comportement courant
mai 2007. En fait, il était dans un état d’anxiété soutenue car à
cette époque, il gérait la sale besogne machiavélique de l’affaire
du viol ! viol et naissance qu’il fallait impérativement effacer !
Quelques semaines plus tard, quatorze cadres à leurs têtes le
premier responsable étaient suspendues et une plainte en justice
avait été déposée par le ministère.

Rentré sur alger, la présidente de la Commission me téléphone


et m’informe du souhait de quelques hauts fonctionnaires de me
recevoir au ministère. Rendez-vous pris, je m’y rendais et suis
présenté à l’ensemble des directeurs centraux. a l’issu de ce
moment convivial, la Présidente m’accompagne à la rencontre
d’un haut fonctionnaire. après une longue conversation sur le sujet
et ses failles, on me demandait si j’avais identifié mes parents
biologiques en insistant sur l’identité de mon géniteur. Envahi par
une inexplicable appréhension, je leur raconte les tracasseries
subies en France, quant à la présumée personnalité puissante de
mon père et leurs révèle le contenu de la note des RG français qui
m’avait été lue par le responsable de la dsT courant 2001, (Votre
père est un puissant général !). Un silence de cathédrale s’installe
et au haut fonctionnaire de s’insurger avec les propos suivants :
- Qu’il soit Général ou même Président de la République, son acte
reste un acte criminel et justice doit être rendue !
92
Profondément touché par cette réaction qui venait alimenter et
de surcroît amplifier mes doutes et soupçons, j’affiche un sourire
effacé et me tais dans un très long silence. L’atmosphère fut
ensuite détendue par la Présidente de la Commission qui suggéra
à son supérieur la rédaction de mon histoire de recherche de mes
origines. Le haut fonctionnaire valida la proposition et
m’encouragea vivement à l’écrire en me laissant entendre que le
ministère éditerait mon récit.

Loin de tout soupçon et immensément ému par le projet de


contribution qui venait de m’être proposé pour une amélioration
de la prise en charge des enfants, j’acceptais et me mettais à la
disposition sans réserve de l’institution et de la cause que
désormais j’incarnais.

après être rentré à Constantine, je rassemblais toutes les


données que j’avais réunies dans mon journal intime et
commençais l’écriture de mon périple. Les questions les plus
troublantes accaparaient mon esprit, la peur que je croyais avoir
apprivoisée revenait au galop ! Ce qui a provoqué cet état d’esprit,
réside dans l’énigme de mon puissant et occulte géniteur. Je me
demandais si je pouvais divulguer toutes les rumeurs qui ont
empoisonné mon existence ?

aujourd’hui, après un recul considérable et loin de tout intérêt


moribond tel que constaté chez beaucoup d’humanistes
autoproclamés, je le fais et en assume toutes les conséquences.
L’enfance innocente que j’ai croisée depuis le début de cette
aventure humaine, mérite beaucoup plus que ma loyauté.

La première rumeur remonte à vingt ans, j’avais été étiqueté à


l’époque, être le fils biologique d’un puissant Général ! Ensuite,
93
la publication dans un ouvrage qui a fait scandale en Europe début
2001, venait révéler un viol commis sur une jeune fille
constantinoise à l’époque de ma conception par un ancien militaire
puissant devenu plus tard Chef d’Etat !8 Plus tard, je me suis
retrouvé fruit d’un viol commis par un médecin juif qui exerçait à
oued-Zenati (Guelma) ! Et pour la finalité de l’absurde par
excellence, je serais hypothétiquement aujourd’hui le présumé fils
de « Lucifer sur terre » (sic) telle que rapporté ! Personnage hyper
puissant à qui la rumeur m’a affilié dernièrement.

Ce qu’il faut retenir à travers ces rumeurs de mauvaises augures


à l’endroit des concernés privés de leurs parents et souffrant le
martyr durant toute leur vie demeure l’inexorable torture cérébrale,
infligée par la duplicité collective de l’hostile société à la
recherche du sensationnel au détriment de pauvres innocents. Ces
rumeurs une fois installées, provoquent indubitablement une
récurrence torturante durant les nuits cauchemardesque des
concernés. dans mon cas, et cela est démontré par la psychanalyse
des abandonnés, la représentation imaginaire liée à mes pulsions
provoquées par ces histoires à dormir debout, s’est exprimée un
jour dans le texte qui suit à l’endroit de ce géniteur puissant que
je vous laisse découvrir :

« Père,

Saviez-vous que lors de mes intenses recherches, je me suis


agenouillé aux chevets de ceux qui vous ont côtoyé, les implorant
de me dire ce qu’ils savaient sur nous, avant qu’ils comparaissent
devant l’Unique Seigneur des Mondes ? Rien n’a transpiré de
leurs souffles Père, pas même une infime expression du regard,
c’est dire à quel point ils vous craignent. Saviez-vous aussi que

8) Page 57 du livre « La Mafia des Généraux » de Hichem aboud aux éditions JC Lattès en 2002.
94
certains de vos plus proches m’ont recommandé de ne pas vous
évoquer, au risque de ne plus exister et même de ne plus avoir
existé ? Sur ce point, je vous avoue que rien ne peut m’effrayer,
pas même vous, Père.

Saviez-vous, cher Père, que l’un de vos amis de longue date


sursaute lorsqu’il me croise, et que l’un de vos disciples a failli
s’étouffer en mangeant lorsque, assis en face de lui à une bonne
table algéroise pas loin du sanctuaire des Martyrs, mon regard a
croisé le sien ? C’est à travers cela que j’ai compris votre terrible
emprise ici-bas Père, mais sachez que seul l’Unique Seigneur des
Temps me fait peur.

Je vous ai tendu à maintes reprises la main, surfant aux côtés


de la mort, jusqu’aux portes de votre empire et même plus, Père.
Mais vous n’avez même pas pris la peine de me rassurer, votre
mépris a laissé les autres va-nu-pieds venir vers moi, dans le seul
but de vous séduire en attirant votre redoutable attention.

L’initiative d’aujourd’hui, Père, n’est autre que l’ultime


tentative de vous persuader de prendre cette main qui est tendue
et demeurera tendue jusqu'à la fin, convoitant l’unique
bénédiction Divine, par le rétablissement du lien sacré du sang,
pour l’apaisement de mon âme et celles de votre descendance.

Père,

Je tenais à vous informer, si ce n’est déjà fait par vos disciples,


que durant les vingt dernières années j’ai eu à gérer malgré moi,
quatre rumeurs sur l’identité de mon géniteur dignes de la
mythologie grecque.
95
Durant mon existence, concernant mon hypothétique géniteur,
je n’ai à aucun moment pointé qui que ce soit du doigt. Le seul et
unique élan qui m’a embrigadé dans cette folle recherche, a été
l’amour inné que je porte à la Femme qui m’a enfanté.

Ce sont les autres dépourvus de foi et de loi, au faciès ténébreux


issus d’une lignée tronquée, qui ont colporté ces rumeurs
traumatisantes, fracassant le siège de ma raison pendant de très
longues années ! Mais grâce au Divin et à Son intervention
protectrice, je n’ai pas offensé mes convictions comme les autres
ténébreux le souhaitaient, Père.

Je sais Père, que d’après celui qui a tenté de m’enrôler dans


la secte ancestrale, vous avez missionné plus d’une quarantaine
de vos disciples afin de vous enquérir de ma situation durant ces
deux dernières décennies. Je sais aussi Père, que lorsque cette
personne a essayé de vous convaincre de me rencontrer, vous lui
avez lancé que j’étais peut-être à la solde des services de l’oncle
Sam ?

Et bien aujourd’hui Père, fatigué de voir vos disciples et leurs


larbins ondoyer autour de moi, assoiffés de récolter quelques
hypothétiques informations sur ce passé douloureux, traversé
dignement, je vous dis solennellement que rien n’a pu corrompre
mon âme, Père.

Harcelé des années durant par la DST et les RG français,


comme je l’ai relaté dans mon premier livre, à aucun moment je
n’ai failli à notre lignée. Je pense que l’ensemble des détails de
l’épisode français de ma pauvre vie, vous a été transmis à
l’époque par l’un des vôtres en poste à Paris, pour lequel j’avais
un énorme respect (Paix à son âme).
96
Donc, vous voyez Père, malgré cette longue et handicapante
épreuve, votre Fils n’a pas vendu son âme au diable pour satisfaire
son égo, bien au contraire vous avez de quoi en être fier.

J’ajouterais ici afin de me prémunir de certaines tentatives


indignes, telles que vécues dernièrement, qu’aucun intermédiaire
n’est souhaité. Vous êtes le seul, à devoir prendre contact avec
moi si vous le soupirez.

Père,

Aujourd’hui, j’aimerais vous faire ressentir à travers ces


quelques mots difficilement alignés, les très lourdes conséquences
assumées. En effet, mon rude chemin a imposé la première fois à
mon esprit, ô combien fragile, un Père inaccessible de par sa
puissante renommée. Cette personne, le destin a fini par me le
faire rencontrer, immédiatement, elle m’a accordé respect et
compassion. D’ailleurs, je n’oublierais jamais son énorme soutien
quant à la défense des enfants abandonnés.

En cette personne, Père, j’ai pendant plus de vingt ans rêvé à


l’ultime aveu tant attendu par mon âme aux meurtrissures
inguérissable. Bien plus tard, cette personnalité puissante par sa
grandeur humaine très loin d’être connue par le commun de nos
semblables, est devenue Père spirituel pour moi. Protecteur,
attentionné et même flatteur à l’endroit de mon combat acharné,
il a de tout temps répondu favorablement à mes préoccupations,
qu’Allah l’en récompense vivement.

Ensuite, Père, un de vos disciples exilé a relaté dans l’un de


ses ouvrages pamphlétaires, que feu l’ancien Chef d’Etat
(Qu’Allah ai pitié de son âme), aurait commis un viol à l’aube de
97
notre souveraineté tant désirée. Combien de nuits blanches ai-je
traversées dans l’indescriptible tourment ! Comprenez, Père, qu’il
n’a pas été facile pour moi de vivre avec tout ça… Ne dit-on pas
que le doute est la pire des choses car il laisse tout supposer ?

Et voilà qu’arrive maintenant l’incroyable information vous


concernant, cette fois, mise à part le mythe qui vous entoure, mon
esprit est dans de beaux draps ! Non seulement inaccessible, mais
ô combien redouté. Ce qui est foudroyant dans cette troisième
hypothèse, est la redoutable ressemblance ! Est-ce un signe Divin,
souhaitant faire éclater la vérité incontestable par l’empreinte
génétique ? Ou bien alors, est-ce encore une dégoutante
manipulation nauséabonde, colportée par les sans foi ni loi qui se
gargarisent du malheur des autres…

Père,

Combien de temps nous reste-t-il avant de nous rencontrer dans


l’au-delà ? Personne sur Terre et dans les Cieux ne peut le savoir,
mis à part notre Miséricordieux. Ne pensez-vous pas qu’il serait
intéressant de nous regarder les yeux dans les yeux et de nous
pardonner mutuellement ?

Avez-vous si ce n’est déjà fait, pensé que mon ADN classé


secret défense d’après le vénéré occulte, était dans les tiroirs de
vos pires ennemis d’hier ? Mesurez-vous l’importance du sacrifice
que je subis depuis des années par la faute de votre torturant
silence ? Vos disciples vous ont certainement relaté avec quelle
subtilité j’ai planté ceux qui ont tentés de vous nuire. Mon ADN,
Père, incarne malgré moi, la preuve irréfutable de ce qui peut
terrasser les fondations de votre éphémère empire.
98
Pouvez-vous imaginer un instant qu’un Jour, votre salut sera
entre mes mains ? Méditez un tant soit peu sur cela, vous
comprendrez certainement ce que je vous souhaite avant l’heure
fatidique. Savez-vous quel châtiment réserve le Créateur des Cieux
à celui qui brise le lien sacré ? Il paraît que même l’odeur du
paradis n’ondoiera pas à des milliers de kilomètres de lui et que
le regard du Seigneur des Mondes se détournera de l’ombre de
celui-ci. Alors avant qu’il ne soit trop tard, Père, sachez que votre
geste répandra pour l’éternité une semence aguerrie,
reconnaissante et de surcroît aimante à votre endroit. Le salut peut
venir de celui qui dans l’ombre, les pieds crucifiés sur les braises,
vous a pardonné Père.

Après ce long silence, je reviens vers vous avec le dernier acte


de cette pièce imaginaire qui en compte V, et qui sans doute aucun,
va vous interloquer profondément pour le restant de vos jours.

Et si je vous disais que le puissant géniteur supposé n’a jamais


existé, ou plutôt que vous l’aviez fabriqué de toutes pièces, afin
d’asseoir votre redoutable pouvoir qui s’est éternisé pendant plus
d’un demi-siècle. Au début de votre règne, la chaotique traversée
ne pouvait vous épargner, surgissait alors de votre redoutable
intelligence le machiavélique scénario. Vous avez momifié votre
ego démesuré au sein du laboratoire ténébreux occulte et le reste
des événements macabres de notre histoire l’a érigé en mythe qui
a fait trembler le plus tenace d’entre vous.

Vous avez toujours été présent, je vous l’accorde et le confirme,


jusqu’à défier l’ensemble de vos ennemis en étant debout là au
milieu de leur cercle, sans pour autant laisser fuir le moindre
soupçon d’un doute sur le puissant personnage que vous avez
toujours incarné.
99
Pour tout cela, je m’incline devant votre intelligence et
m’engage si Allah me prête une aussi longue vie que la vôtre,
d’écrire votre fabuleuse histoire un jour, Père.

Mes respects Père…Votre Fils. »

Ce réquisitoire à l’endroit de mon supposé géniteur que je viens


de partager avec vous, exprime une partie du redoutable délire
enfanté par l’imagination d’un concerné, que les rumeurs n’ont
pas épargné. Parfois, le discours est plus virulent, défiant
quelquefois la limite de l’anéantissement. Je vous prie de vous en
rendre compte par vous-même dans cette dernière lettre.

« Cher Père, Général Puissant,

Je sais et suis convaincu que vous allez vous dire que je suis
d’une audace inégalée, tant-pis, je me jette à l’eau !

N’ayant pas eu satisfaction, après vous avoir tendu la main


afin de vous pardonner, j’utilise l’unique moyen de m’entretenir
avec vous, sachant que dès que j’aurai publié cette lettre, le
contenu et l’analyse vous seront transmis en instantané.

Je ne vous cacherai pas que c’est votre état de santé qui a


interpellé mon esprit et je ne pouvais garder autant de choses en
moi et vous laisser partir là où personne ne vous craint, sans vous
soumettre mon ultime tentative. Saviez-vous que j’ai fini par vous
identifier en recollant minutieusement les débris d’images d’Antan
conservées dans les abîmes de ma mémoire ?

Je m’explique, au tout début de mon séjour en France au début


des années 1970, puissant que vous êtes, vous avez activé une
100
proximité jusqu’à l’intérieur du foyer dans lequel j’évoluais.
D’ailleurs pour vous démontrer mes capacités, il s’agissait d’un
membre de l’ancienne et puissante Amicale des Algériens en
Europe, qui venait de temps à autres prendre un café chez mes
parents aux fins que vous connaissez.

Ensuite à l’approche de ma vingtième année, vous avez


carrément instruit, de sorte à ce que toute une équipe à la tête de
la délégation départementale de la même institution monte un
dossier afin que je bénéficie de la fameuse dispense militaire qui
m’a été octroyée en un temps record ! (Les détails de cette histoire
figurent dans mon premier livre « Pupille de l’Etat-La Peur de
l’Inconnu » page 58 et 59).

Afin de vous prouver que je ne fabule pas, je vous soumets les


détails suivants : « L’élément officieux des années 70 évolue
depuis son retour au bercail à Sétif. Le second, celui de la période
1983 est actuellement sur Alger à la tête de l’ordre des (…), que
je ne dévoilerai pas. »

Voyez-vous, ces faits qui remontent à une quarantaine d’année,


je m’en souviens encore au détail près ! C’est dire que l’intensité
du désir de vous retrouver et de prendre un café avec vous m’est
chère. Je peux encore vous dire que j’ai côtoyé beaucoup de vos
proches ces dernières années, et vous ne me contredirez pas si je
vous dis que j’ai analysé leur comportement au microscope !
D’ailleurs certains d’entre eux perdent leurs moyens naturels
lorsque je suis avec eux et leurs silences bruyants et maladroits
sont perçus par le sens aiguisé que j’ai développé en partie grâce
à vous…
101
En conclusion et à l’approche de la journée qui marquera
la fin de ce mois béni, j’aimerais franchement que vous me fassiez
parvenir un message, fusse-t-il bref, afin de me laisser en paix et
de me permettre le restant de mes jours d’implorer en votre faveur,
Celui qui ne vous craint pas…

Du haut de la veille de mes cinquante printemps, je vous


transmets ma paradoxale affection.

Votre Fils. (Constantine, le 3 Aout 2013 - 26 Ramadhan 1434) »

Cette déroutant lettre, rédigée lors d’une insomnie à quatre


heures du matin, n’est ni plus ni moins qu’un cri lancé après une
douleur intense provoquée par les aléas de la vie ici-bas. Lorsque
le concerné souffre dans ses nuits et se sent profondément seul, il
refoule instantanément toute raison et son esprit l’installe dans un
état névrotique soutenu. selon Freud, la névrose obsessionnelle
résulte d’un conflit inconscient à tendances destructrices entre
amour et haine. Le refoulement de la destructivité est mis en
échec, et c’est ce mécanisme qui produit cette récurrente angoisse
qui se traduit, entre autres, par des conduites obsessionnelles.

Le névrosé obsessionnel s’accuse d’avoir commis quelque


chose, la culpabilité consciente, aggravée par le comportement
hostile de la société à son endroit semble totalement injustifiée, car
aucun acte réel ne semble correspondre à la violence du remord, en
fait à l’auto-agression. Le surmoi de l’obsessionnel se montre assez
puissant, il peut être archaïque tel que décrit dans les études
approfondies de psychanalyse. Mais cette culpabilité devient claire,
si elle est rapportée à des pensées que le névrosé ne connaît pas lui-
même, qu’il refoule. Il s’en veut pour un acte qu’il n’a pas commis,
mais que la toute-puissance pensée lui présente comme tel.
102
Une anecdote me revient qui vous permettra de mieux
comprendre, lorsque je parle de duplicité collective et de rumeur
colportée par des sans foi ni loi. Lors de la publication sur un réseau
social de la lettre à ce Général Puissant supposé être mon « Père »,
une personne que j’avais eu à solliciter professionnellement, réagit
sur ce même réseau et m’invita à partir à sa rencontre. Nous étions,
en algérie, automne 2013 en pleine campagne présidentielle.

Quelques jours après cette invitation, je me rendais au bureau de


cette personne. Un accueil des plus chaleureux, étoffé par une
multitude de compliments s’abattit sur ma personne quant à mon
action d’humaniste. Lors de notre entretien, ce monsieur me proposa
d’édifier une fondation, tout en me laissant entendre qu’il désirait
mettre à ma disposition des moyens colossaux afin d’ériger cette
institution en fer de lance de la cause que je défendais. séduit par la
proposition, j’acquiesçai immédiatement et me consacrai au
montage juridique de ce rêve.

Nos rencontres par la suite, se sont résumées à des déjeuners sans


fin dans l’hôtel d’un ami en banlieue constantinoise, épuisé par ces
rendez-vous infructueux, je commençai à montrer ma réticence
quant à ces rencontres. Loin de me douter du scénario que cette
personne dépourvue de scrupule allait mettre en scène,
l’appréhension innée en moi envahissait mon esprit de jours en
jours. C’est alors qu’un soir, je me vis sur une chaîne satellite de
l’opposition algérienne en compagnie de l’ancien Ministre de la
solidarité, du Président de la République et du Chef d’état-major
de l’armée, lors d’une actualité sur le projet de révision de la
Constitution.

Immédiatement après la découverte de cette actualité étonnante


à laquelle j’ai été associé par mon image, mon téléphone sonna à
103
une heure tardive. C’était la personne du projet de fondation, il
me mit en garde d’écrire sur mon présumé père et m’invita à le
rencontrer à l’endroit habituel le lendemain pour un autre déjeuner.
Ponctuel au rendez-vous, il m’avoua que suite à la publication sur
le réseau social de la fameuse lettre adressée à mon « Père puissant
imaginaire », il avait reçu un coup de téléphone d’un hypothétique
officier des services secret algérien de Béni-Messous (Alger).

Cet agent secret, lui aurait laissé entendre que mon histoire était
connue des services et que mon « Père Puissant » était sur le point
de me rencontrer, il fallait uniquement que je patiente quelques
temps et que je me tienne tranquille. Englouti dans un état dont
seul dieu peut attester, les insomnies se réinstallèrent, j’allais enfin
voir le bout du tunnel. Ensuite, accaparé par une ondoyante
sérénité paradoxale, je me laissais glisser de jours en jours dans
les profondeurs de cette histoire, afin de découvrir la vérité.

C’est au bout de quelques semaines indescriptibles que je


commençais à comprendre la duperie nauséeuse et abjecte. Ce
pauvre monsieur aux airs insoupçonnables, frustré par je ne sais
quelle obsession névrotique, était en fait entrain de se raconter des
histoires en utilisant mon désarroi à des fins que seul dieu
connaissait. Un matin, je décidais d’augmenter la pression, je
passais aux menaces courtoises. Je lui laissais entendre, qu’à
défaut de me remettre le numéro de téléphone du pseudo officier
qui lui aurait téléphoné, j’allais prendre ma voiture et me rendre à
Béni-Messous à la rencontre du responsable des services.

Lecture faite de son comportement et de la panique qui


s’ensuivit, je décidais sagement de me terrer dans mon légendaire
silence. au lendemain de cette aventure digne d’un polar répugnant,
j’annulais le lancement de la fondation et m’en remettais à dieu.
104
L’histoire retiendra une chose très significative, le pseudo
névrosé obsessionnel, de par son parcours éprouvant d’abandonné,
a quand même su gérer d’une manière remarquable et consciente,
la pulsion névrotique obsessionnelle d’un membre, d’une société
pathologiquement malade à foison.
105

La sENsIBILIsaTIoN
106

a l’issue de l’écriture de mon histoire à la recherche de mes


origines, une idée s’installa dans mon esprit. Il me fallait saisir et
exploiter au maximum l’occasion qui se présentait à moi. C’est
ainsi, que la réalisation d’un film court-métrage tiré de mon livre
me vint à l’esprit. L’envie de mettre en scène l’admission de ma
mère biologique, ma naissance, mon abandon et de surcroît le
questionnement torturant de la découverte de mon statut, harcelait
mon quotidien. Il n’était pas facile pour moi de faire revivre par
l’image et le son mon pire calvaire, mais la cause en valait la peine.

Je fis appel à une agence de production, écrivis le scénario tout


en choisissant les lieux du tournage, dont deux sont réels, et je me
lançais dans cette autre aventure non moins passionnante que le
reste. Une formidable équipe se mit en place et en un temps record,
« Mon nom hantait mes nuits » naquit. J’étais enfin prêt à lancer
ma campagne de sensibilisation à travers le territoire national. Plus
fort que jamais, je voulais faire ressentir à l’ensemble de la Nation
la douleur ressentie par ces innocents en utilisant ma propre
histoire.

J’avoue aujourd’hui que cette démarche avait aussi un autre


objectif, loin d’être celui que beaucoup de personnes ont cru
reconnaître, il s’agissait en fait de sensibiliser également mes
géniteurs en leur tendant la main du pardon. Le rêve pour moi
résidait uniquement en une espèce de reconnaissance, fusse-t-elle
tardive. J’en avais tellement besoin et d’ailleurs elle n’en demeure
pas moins convoitée.
107
Mon chantier achevé, je reprenais contact avec le ministère,
j’avais besoin d’une logistique et d’une couverture pour mes
quatre conférences régionales. Le haut-fonctionnaire de l’époque,
n’hésita pas une seconde et ordonna aux quatre directions de
l’action sociale de m’organiser cela, afin que cette sensibilisation
sur la question de l’enfance abandonnée soit une réussite pour
l’avenir des générations futures.

Il y eut aussi un énorme soutien d’une personnalité très


influente, qui de par sa notoriété et son influence, m’installa dans
une énorme confiance. Je ne peux oublier ce soutien. Ce grand
Monsieur, à qui je me suis identifié pendant de longues années
dans un silence respectueux, s’était impliqué dans mon combat en
fortifiant mon courage par ses conseils judicieux quant à l’élan sur
la corde raide que je venais d’emprunter.

J’avais tout ficelé jusqu’au plus petit détail, le programme était


enfin prêt, je devais impérativement marquer les esprits afin de
provoquer cette prise de conscience. au menu de mes conférences
régionales organisées aux quatre coins du pays, j’avais insisté pour
que le court-métrage soit diffusé avant mon intervention. Une fois
la salle imbibée par l’émotion intense que provoquait la réalité de
l’abandon, je venais me placer derrière le pupitre afin de lire mon
plaidoyer, ensuite l’intervention d’un spécialiste en religions
comparées de l’Université des sciences islamiques « Emir
Abdelkader » de Constantine, venait étayer mes propos. Ma
démarche avait besoin de crédibilité religieuse et le Recteur de
l’Université l’avait compris.

Ce fût un énorme succès pour la cause, la presse écrite n’hésita


pas à jeter le pavé dans la mare et pas moins d’une centaine
108
d’articles venait m’installer dans une étonnante notoriété publique
nationale en qualité de défenseur acharné des nés sous x. Je vous
laisse découvrir ma toute première communication à l’endroit de
l’enfance abandonnée vue par un concerné.

Au nom de Dieu clément est Miséricordieux

Mesdames et Messieurs,

Et si vous me le permettez,

Chères Sœurs, Chers Frères,

L’Histoire des enfants abandonnés est complexe et délicate et


cela depuis la nuit des temps, elle est jalonnée de périodes cruelles
et seule la foi en Dieu a réduit leurs calvaires.

C'est ainsi qu'en Perse ont nous enterrait vivant, qu’à


Carthagène nous étions immolés en offrande, nos pères grecs
signifiaient notre abandon d'un simple signe devant témoin, les
romains en quête de soldats pour élargir leurs conquêtes, nous
utilisaient comme boucliers humains.

Il a fallu attendre le VIe siècle et le Code Justinien, adopté par


un brillant soldat devenu empereur, pour que notre statut change.
N'oubliant pas son statut d'enfant privé de famille, Justinien,
empereur, éradiqua toutes discriminations entre les enfants
abandonnés et les enfants issus d'une union légale.

Quelques siècles plus tard, revenait au galop la bêtise humaine,


qu'on pourrait aujourd'hui qualifier de crime contre l'humanité.
On retrouvait dans la Russie de Catherine II, qui se laissait bercer
109
par le rêve de générer à partir de la table rase de l'abandon, une
nouvelle race, nous voilà devenus cobayes. De même Napoléon I
a voulu forger avec des enfants sans passé, une espèce neuve de
soldats dévoués et inexorables.

Utopie insensée, le triste dénuement physique et moral des


pupilles conduit à la faillite absolue.

Notre salut nous le devons à l'Islam, car au VIIe siècle il est


tout simplement venu interdire ces pratiques et a demandé à tous
les musulmans de considérer cette catégorie d'enfant, comme leurs
frères en religion. Le Saint Coran, respecte l'homme quelle que
soit sa race, la couleur de sa peau ou les conditions de sa
naissance, et ne fait aucune discrimination entre les enfants des
deux sexes, se démarquant ainsi des pratiques inhumaines et
préislamiques.

Après ce survol historique, permettez-moi de vous raconter


quelques épisodes de mon parcours d'enfant abandonné. Après
avoir vécu une solitude extrêmement douloureuse durant mon
adolescence, le déclic s’était produit. Il était vital pour moi
d’affronter, de combattre et de m’imposer. J’ai commencé à
exprimer ou plutôt crier mon supplice, grâce à une activité
artistique, d’ailleurs les textes écrits et interprétés, le relatent
parfaitement.

Père de famille très jeune, pour combler ce vide, en butte à


l’adversité de manière quasi-permanente au quotidien, et enfin
réalisant ce voyage spirituel qui m’a apporté un apaisement et
une détermination inébranlable, mon vrai nom ne me faisait plus
peur, au contraire je l’imposais à tout le monde.
110
Cet engrenage m’a permis d’atteindre la résilience. Lors d’une
rencontre avec une psychologue, et après lui avoir raconté un peu
mon parcours, elle a subitement évoqué le terme "résilient". Je ne
comprenais pas. La thérapeute, devant mon insistance, a fini par
quasiment me donner un cours sur le concept de la résilience.

« Frapper deux coups pour créer un traumatisme. Pour ce qui


concerne l’enfant abandonné : Le premier coup, dans le réel, est
la blessure, on a mal, on a froid, on est humilié. Le traumatisme
naît du second coup, porté par la représentation du réel. Je suis
né hors mariage et ont m’insulte, je souffre de ce qui m’est arrivé,
mais surtout de l’idée que l'on me renvoie ».

Au-delà des interrogations, le malaise d’un abandonné est


nourri par les regards, les mots et les comportements inhumains
qui viennent entretenir sans cesse sa blessure. La raison qui me
poussa à écrire, a été soutenue par l’odieuse bêtise humaine de
certains. Arrogances, indifférences, discriminations. Après
l’injustice incarnée par le verdict du destin subi à la naissance, le
pupille est confronté - et je pense à celui qui n’a pas eu ma force
où la chance de quelques-uns -, à l’humiliation provoquée par les
différents qualificatifs employés à son égard : Adultérin, illégitime,
et j’en passe. Tous ces mots finissent par le réduire à une chose
humaine, coupable d’être né !

Comme vous venez de le constater, l’abandon incarne le


manteau d’une incommensurable souffrance. Pour ma part, je
reconnais avoir longtemps porté ce manteau. Il a grandi avec moi,
de la période intra-utérine jusqu’à l’âge de ma renaissance, en
d’autres termes, jusqu’à mes 40 ans. De cette expérience
cauchemardesque, j’ai longtemps cultivé la culpabilité et le
manque de confiance en moi. Abandonné par cette mère
111
fusionnelle, j’ai de nouveau revécu vingt années plus tard, le même
sentiment, dans le décès de ce grand-père adoptif, père pour moi,
à travers l’amour intense qu’il a su me donner en très peu de
temps. Je n’oublie en aucun cas mes respectueux parents adoptifs,
tout en m’inclinant devant leurs dévouements et sacrifices. Se sont
succédées ainsi une série de séparations douloureuses, de façon
cyclique, jusqu’à ce que je m’abandonne enfin à l’appel de mon
âme. Grâce à des prises de conscience, j’ai pu exorciser mes maux
intérieurs et ouvrir mon cœur meurtri pour exister à travers mon
identité propre. Ces retrouvailles avec moi-même, ce face à face,
cette transparence se sont faits par l’abandon de mes scénarios
de vie handicapants et de mes peurs, pour atteindre cette
résilience, et finalement, atteindre un état de sérénité intérieure.

Chères sœurs, chers frères,

Dieu, exalté a dit :(Bismi llahi rahmani rahim), " Appelez-les


du nom de leurs pères : c’est plus équitable devant Dieu. Mais si
vous ne connaissez pas leurs pères, alors considérez-les comme
vos frères en religion…" (Sadak Allah al aadîm)

Appelez-les du nom de leurs pères. Considérez-les comme vos


frères. Quelles belles phrases !

Après un quart de siècle de recherche, de dépression, de peur,


d'anxiété et de doute, car ça suppose tout, j'ai fini par me résigner,
abandonner mes recherches personnelles, me reposer et offrir
cette modeste expérience de vie à tous les enfants privés de
l'affection d'une famille. Ma mère, que Dieu la bénisse, je lui
pardonne. Mon père, je l'ai rencontré… à travers mon
comportement, il est venu enrichir génétiquement les qualités
inculquées par mes respectueux parents adoptifs. Je lui pardonne
112
aussi. Avec du recul, si on me demande aujourd'hui quel est ton
rêve, je répondrais sans aucune hésitation : – porter le Nom de
mon Père.

Je profite de cette occasion historique pour moi. Tout en vous


remerciant, permettez-moi, au nom de tous les enfants qui
souffrent, de solliciter au puissant et incontestable tuteur, en
l'occurrence l'Etat, à travers ses institutions et ses
démembrements, de renforcer, protéger et promouvoir les droits
de ceux-ci.

Chères sœurs, cher frères

Faire sourire l'orphelin, redonner espoir à l'adolescent


évoluant dans les établissements pour enfants privés de famille,
déculpabiliser la jeune femme, le jeune homme à qui, on a
séquestré les informations concernant leurs origines. Voilà le rêve
de l'homme qui est devant vous. Ce rêve, amplifié et soutenu par
vous, permettra je l'espère de contribuer non seulement à
l'épanouissement de tout enfant installé sur les braises de la
souffrance, mais sans aucun doute à éduquer, former et inculquer
à ces êtres innocents, les valeurs nécessaires, pour qu'ils puissent
contribuer, et cela à part entière, à une réconciliation profonde
entre l'humain et ses semblables. En conclusion, permettez-moi de
lancer cet appel aux consciences vives, car après ce long périple,
j'ai compris une chose. Mon expérience d'abandonné et ensuite
d'adopté, m'a profondément convaincu, qu'il est impérativement
nécessaire voire urgent que toute la société investisse davantage
ses efforts, pour favoriser l'accueil rapide de l'enfant abandonné
et cela dès sa naissance, pour qu'il ait une famille. Peu importe
qu’elle soit biologique ou adoptive, le plus important est que la
transparence et l’amour y soient présents. (Communication lors
113
des conférences du 30 avril 2009 à Constantine, 07 mai 2009 à
Oran, 14 mai 2009 à Ouargla et du 1er juin 2009 à Alger)

a l’issue de ce périple humain, réconfortant et thérapeutique


pour moi, message lu et débattu, je décidais de me reposer un tant
soit peu afin de réfléchir à la promesse chuchotée à Monsieur le
Ministre de l’époque. ayant soumis un projet de loi courant 2006,
quant au recours au test adN pour établir la filiation de l’enfant
né hors mariage, il avait essuyé plusieurs levées de boucliers sur
le sujet et notamment celui des affaires religieuses.
114
115

LEs IMaMs, L’EXPéRIENCE TUNIsIENNE


ET LE PaRLEMENT EURoPéEN
116

automne 2009, loin d’être rassasié par l’immense paix


intérieure provoquée par l’extériorisation de ce que fût
l’indescriptible calvaire de mes tendres années, je repartais dans
le combat humain avec cette fois des adversaires, loin d’être
compatissant à l’endroit de la question des nés sous x. Je voulais
en fait, prendre la température réactionnelle des religieux
musulmans. avec l’aide du professeur en religions comparées qui
m’avait accompagné lors de mon périple de sensibilisation, nous
avons sollicité le directeur des affaires Religieuses de Constantine
afin d’organiser une conférence sur la question en présence de
l’ensemble des Imams et des Mourchidates9 de la ville.

sans aucune hésitation, le directeur des affaires Religieuses


nous proposa une date. Le mercredi 2 septembre 2009 à 9h00 en
plein Ramadhan, je me retrouvais assis à la tribune devant une
salle comble d’Imams et de Mourchidates.

Cette rencontre aussi symbolique fut-elle, avait été organisée


dans un endroit non moins symbolique, il s’agissait de dar el
Imam (Medersa d’El-Kettania) de Constantine. Ce lieu prestigieux
fût édifié par le Bey le plus populaire de l’époque ottomane. salah
Bey régna à Constantine de 1771 à 1791 et avait entrepris une série
de grands chantiers pour embellir la Cité. C’est ainsi qu’il fonda
sur les hauteurs de la Médina, la Medersa d’El-Kettania et
plusieurs autres ouvrages en 1775. Ce lieu était et demeure un

9) Femmes Imams
117
symbole avec un cachet particulier et témoigne d’un passé riche
et mouvementé de la Cité des aigles.

Fier et ému à la fois, j’abordais le sujet délicatement tout en


observant méticuleusement les regards posés sur moi. L’analyse,
après lecture faite de la moitié de ma communication, me révéla
une compassion inégalée de l’auditoire. a ce moment précis,
devant l’acquiescement constaté, je glissais devant moi un petit
texte cher à mon cœur qui abordait la question dans son aspect le
plus sensible et me laissait me transporter dans mon rêve. Je vous
laisse découvrir les quelques phrases de ce petit texte.

« Chères sœurs, chers frères, mon apaisement remonte au jour


où j’ai rencontré l’essentiel dans la religion de ma mère, je dis
religion de ma mère conformément à mon PV d’abandon du 29
novembre 1963, né d’une jeune-femme musulmane ! Ma raison
d’être se voyait métamorphosée de jour en jour, puisant sans limite
dans la parole Divine. Je voulais à tout prix comprendre. Pendant
très longtemps je n’osais même pas prononcer mon nom ! Devant
les polémiques universelles sur la question de l’adoption et de la
Kafala, je fuyais toutes discussions qui abordaient ce sujet.

Jusqu’au jour béni, où la lecture de quelques versets s’est


installée dans mon esprit ! Subitement, comme un rêve, dans mes
nuits elles venaient me parler, me déculpabiliser, m’apaiser ! Il
n’y avait plus d’ambiguïté, la solution pour éradiquer ce long
calvaire subi par des enfants innocents était là en moi. Car à mon
sens, nous disposons aujourd’hui de moyens scientifiques précis
et suffisants permettant l’application harmonieuse de la parole
Divine, contenue dans ces versets. Eradiquant définitivement pour
grand nombre, la problématique est épineuse question de la
filiation. »
118
Le débat qui a suivi mon intervention a été assez révélateur.
Compassions, interrogations mais surtout contradictions. Les
Imams présents, étaient dans leurs majorités émus, je dirais même,
désolés. C’est à ce moment précis, que l’idée d’écrire un
questionnement à l’endroit du spécialiste et de l’exégète m’est
venue à l’esprit. Je pris immédiatement contact avec le Recteur de
l’Université « Emir Abdelkader », qui spontanément mit à ma
disposition les ressources de son institution.

Coran et les deux sahihs10 en main, je m’investissais dans


l’écriture de ce deuxième petit ouvrage pamphlétaire intitulé « Nés
sous X dans le Monde arabo Musulman », que je vous invite à
lire.

Nés sous X dans le monde arabo musulman

La naissance d'un enfant, son évolution psychoaffective et


intellectuelle, se déroulent en principe au sein de la famille. La
société met en place cette institution et lui donne une conformité
avec ses idéaux. La filiation est le lien qui rattache l’individu à ses
parents. En droit musulman, la filiation n’existe que par la loi. Les
modes de preuves retenues sont : La preuve par le mariage, par
reconnaissance de paternité, de maternité ou enfin judiciaire :
filiation adoptive et pour conclure le cas de l’enfant trouvé.

En ce qui concerne la preuve par le mariage, elle envisage deux


possibilités : la naissance dans le mariage et celle, après
dissolution de ce dernier, mais celle de la conception ne peut se
placer dans celui-ci. Pour le premier cas, la filiation est établie de
plein droit à l’égard des deux époux, et cela même en cas de
mauvaise foi de ces derniers. Le mariage putatif n’est pas reconnu
10) Recueils des hadiths Boukhari et Muslim
119
dans la loi musulmane. Une présomption de paternité s’impose,
le mari conserve la possibilité de désavouer l’enfant et ce dans
trois cas :

- Lorsque la conception remonte à une époque antérieure au


mariage.
- Quand la coexistence entre les deux époux était impossible
(éloignement).
- En cas d’accusation d’adultère à l’encontre de la femme qui
nécessite impérativement d’être prouvé.

Le désaveu est impossible lorsque le mari a accepté la paternité


de l’enfant, implicitement ou explicitement en toute connaissance
de cause. dans tel cas, le mari de la mère est le père de l’enfant.

Concernant le deuxième cas de figure, celui de l’enfant né après


dissolution du mariage mais dont la conception se place dans le
mariage, l’enfant est rattaché à ce dernier, lorsque le temps écoulé
entre la dissolution et la naissance ne dépasse pas le maximum de
la durée de la grossesse. (Divergence soutenue entre les différents
rites quant à la durée). Le législateur musulman contemporain
ouvre la voie à certaines réformes, mais reste très frileux. (Article
15 du décret-loi égyptien du 10 mars 1929, ordonnance judiciaire
N 41 de 1935 au Soudan, article 129 du code de statut personnel
syrien de 1953, article 222 du code de la famille algérien).

La recevabilité de la reconnaissance de paternité, doit satisfaire


à trois conditions principales.

La première est liée à l’écart de l’âge entre l’auteur de la


reconnaissance et l’enfant reconnu, la seconde si l’enfant n’a pas
de père connu et enfin en cas de dissimulation de fraude (changer
120
l’ordre légal d’une succession ou autre).
La reconnaissance de maternité obéit aux mêmes règles.

dans les pays d’obédience malékite, les solutions divergent, la


Moudawana au Maroc n’admet que la reconnaissance par le père
(art. 89 et 92), le code du statut tunisien connaît la filiation
maternelle à condition que le père la ratifie (art. 70), le code de la
famille algérien consacre la reconnaissance de maternité (art. 44).

dans les pays de rite hanafite, il existe un dualisme du droit


classique : la reconnaissance de paternité ou de maternité (art.
134-35 code du statut personnel syrien, art. 521-53 code du statut
personnel irakien).

En droit musulman, seule une constatation judiciaire de la


qualité d’enfant légitime existe. La recherche de paternité et de
maternité naturelle est interdite. La reconnaissance judiciaire n’est
forcée que dans le cas d’une action en désaveu du mari que la mère
repousse. seulement dans ce cas la paternité est confirmée par
jugement.

a l’époque préislamique, la pratique de la filiation adoptive


était très répandue. La révélation divine contenue dans les versets
4,5 et 37 de la sourate 33 al-ahzab, est venue modifier cette
pratique :

« Il n’a point fait de vos enfants adoptifs vos propres enfants.


Ce sont des propos [qui sortent] de votre bouche. Mais Dieu dit la
vérité et c’est Lui qui met [l’homme] dans la bonne direction. »
(Verset 4 sourate 33 Al-Ahzab).

L’adopté conserve son ancienne filiation, comme il est


121
expressément exhorté par allah (exalté soit-Il) dans le verset 5 de
la même sourate :

« Appelez-les du nom de leurs pères, c’est plus équitable devant


Allah… »

L’article 46 du code de la famille algérien de 1984 stipule que


« L’adoption (tabbani) est interdite par la charia et la loi ». Un
seul pays s’est distingué en s’écartant de cette norme, la Tunisie,
dans la loi du 4 mars 1956 (articles 8 à 16).

L’enfant trouvé, est considéré comme le fils adoptif de la


communauté musulmane. Le tuteur (Kafil) équivalent de
l’adoptant, doit être de moralité musulmane.

Un hadith du Prophète (saw), confirme la place de l’enfant


trouvé, « Il n’est aucun enfant nouveau-né qui n’appartienne à la
religion musulmane… » (Sahih Muslim).

Le Prophète (saw) dit : « Chercher la science est une obligation


pour chaque musulman ».

Il dit aussi : « Les Anges étendent leurs ailes à celui qui cherche
la science : par satisfaction de ce qu’il fait ».

Et Il dit : « Certes, Allah, et Ses Anges, les habitants des cieux


et de la terre, jusqu’à la fourmi dans sa tanière et jusqu’au poisson
prient pour celui qui enseigne aux gens le bien ».
122

« Paradoxe entre la parole Divine et la tradition musulmane


ou manipulation monumentale de leur destinée ? »

au commencement, je me sentais profondément seul, retranché


derrière mes barricades, comme si, j’étais coupable d’un crime
odieux ! Comme si, je ne ressemblais pas à tout le monde !

avec le temps on découvre, on apprend, on se forge.

En découvrant une réalité peu reluisante, l’enfant enfoui en


moi, a fini par se réveiller. depuis, il hante mes nuits et me harcèle
l’esprit le jour. Il me pousse à m’exprimer, à venir vers vous, à
vous solliciter.

Je vous invite à survoler quelques fatwas à l’endroit des enfants


conçus hors mariage, et quelques interprétations de la tradition
musulmane, source de la législation en vigueur dans la majorité
des pays musulmans.

dans le sahih Muslim, il est très souvent fait référence à la


parole du Prophète d’allah (saw) :

« L’enfant appartient au lit et le fornicateur reçoit la pierre ».


(Rapporté par Muslim)

L’imam an-Nawawî (paix à son âme) dit de ce hadîth dans son


commentaire :
123
« Les savants disent que le terme « Al-Ahir » signifie «
fornicateur » et l’expression « le fornicateur reçoit la pierre »
signifie que pour lui ce sera l’échec, car il n’a aucun droit sur
l’enfant. Les arabes disent traditionnellement « un tel recevra la
pierre » c'est-à-dire qu’il sera banni, rejeté, voué à l’échec ».
(Charh An-Nawawî ‘ala sahih Muslim. 5/278-280)

dans cette approche à l’endroit du fornicateur, je ne vois pas


l’intérêt de l’enfant remis en cause. Il s’agit à mon sens et comme
le relate l’imam an-Nawawî de la mise en exergue de l’échec de
l’auteur mâle de l’acte illégitime.

dans la fatwa de la commission ad-dâîma, il est expliqué que


le point de vue le plus authentique selon les paroles des savants,
est que :

« L’enfant ne doit pas être affilié à son auteur, à moins que des
rapports intimes aient eu lieu dans le cadre d’un mariage
authentique ou touché de vice, ou comme un mariage suspect ou
avec une servante. Dans tel cas, l’enfant peut être affilié à
l’homme ayant commis la fornication, et ils peuvent hériter l’un
de l’autre. Mais s’il s’agit d’un cas de fornication, l’enfant ne peut
pas être affilié à son auteur. Et sur cette base, il ne peut hériter de
lui. » (Fatwa Al-Lajnah Ad-Dâima lil-bouhouth Al-‘Ilmiyah wal-
Iftâ. 20/387-22/25)

ainsi d’après cette fatwa la commission laisse entendre que


l’enfant doit être affilié à sa mère et non pas à l’homme selon le
dire le plus authentique des jurisconsultes.

En fait, comme il est relaté ci-dessus d’une manière implicite,


si un enfant né d’une relation non entérinée d’un mariage légal et
124
que les géniteurs sont célibataires, il est admis que l’enfant soit
affilié à son père. Contrairement à la naissance d’un enfant issu
d’un adultère…, on imagine les conséquences.

Cette fatwa à mon sens mérite beaucoup plus


d’éclaircissements au sujet des différentes catégories d’orphelins
d’une part, et l’intérêt de l’enfant innocent doit impérativement
faire l’objet de plus de considération d’autre part.

Car comme vous l’avez constaté plus haut, la commission


évoque les cas de relations viciées, suspects ou avec une servante
et laisse entendre que seulement dans ces cas, l’enfant bénéficie
de la filiation de son géniteur.

Il serait intéressant de développer davantage cet argument qui


porte un préjudice moral certain aux victimes et cela durant toutes
leurs existences. Car nous l’avons vu plus haut, il est uniquement
fait allusion aux auteurs de l’acte répréhensible, mais à aucun
moment on évoque l’impact traumatique de la non affiliation de
l’enfant. Et par voie de conséquence, un châtiment multiple à
l’endroit de l’enfant et de sa future descendance est entériné.

Une interrogation extrêmement délicate s’impose, et si vous


me le permettez, je pose la question à qui de droit. Que devons-
nous comprendre nous autres, à la lecture de ce verset ?

llah (Exalté soit-Il) ne dit-Il pas : « Appelez-les du nom de leurs


pères, c’est plus équitable devant Allah… » (Verset 5 Sourate 33
Al-Ahzab)

N’est-il pas clair que ce noble verset, exhorte la filiation de


l’enfant au géniteur mâle ?
125
d’autant plus que la même commission dit que l’enfant issu de
l’acte illégitime n’assume aucune responsabilité du fait de la
relation sexuelle illicite commis par ses géniteurs, parce qu’il n’y
est pour rien. Bien au contraire, ils sont seuls responsables de leurs
péchés. Et à la commission de rappeler la parole divine dans les
deux versets suivants :

« Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa


capacité. » (Verset 286 Sourate 2 Al-Baqara),

Et, « Nul ne portera le fardeau d’autrui. » (Verset 15 Sourate


17 Al’Isrâ).

Et d’ajouter : « Son sort dans l’au-delà est comme celui des


autres s’il obéit à Allah (exalté soit-il), accomplit de bonnes
œuvres et meurt musulman, il entrera au paradis. S’il désobéit à
Allah et meurt mécréant, il entrera en enfer. S’il mélange de
bonnes et mauvaises actions et meurt musulman, son sort dépend
d’Allah. Il peut soit lui pardonner, soit le châtier, mais il finira par
entrer au paradis par la grâce et la miséricorde d’Allah. » (Fatwa
Al-Lajnah Ad-Dâima lil-bouhouth Al-‘Ilmiyah wal-Iftâ. 20/395-
396)

selon le droit malékite, il est dit : « Le sperme du fornicateur


est vicié et il ne peut pas lui donner un droit sur l’enfant (issu de
ses œuvres) par reconnaissance ». (Extrait d’al-Mufassal fi
ahkam almar’a, p.381)

En lisant cette fatwa émise par le jurisconsulte malékite,


qualifiant la semence de viciée, je ne pense pas que ce dernier ait
mesuré les conséquences désastreuses de cette expression.
126
A-t-on le droit d’utiliser des mots aussi réducteurs à l’endroit
d’une semence ? Car dans une suite logique, si la semence est
viciée, l’adhérence, l’embryon, le fœtus et par voie de conséquence
le bébé est vicié ! Que reste-t-il donc à l’enfant, l’adolescent, le
jeune homme qui découvrira cette interprétation ?

Beaucoup d’entre nous en prenant connaissance de cette


exhortation malékite, n’osent même plus lever la tête et fuient
toutes discussions religieuses abordant ce sujet. Paradoxalement
et fort heureusement que la parole divine rétablit les choses.

Quand je lis le verset 5 de la sourate El-Hadj, un réconfort


s’installe en moi : « Ô hommes ! Si vous êtes dans le doute au sujet
de la Résurrection, sachez que c'est Nous qui vous avons tiré de
terre, puis d'une goutte de sperme, puis d'une adhérence, puis d'un
embryon dont une partie est déjà formée et une autre non encore
formée. C'est ainsi que Nous vous donnons une idée de Notre
puissance. Nous maintenons dans les matrices ce que Nous
voulons jusqu'au terme fixé, pour vous en faire ensuite sortir à
l'état de bébé, et vous atteindrez ainsi plus tard votre maturité. Il
en est parmi vous qui meurent encore jeunes, tandis que d'autres
arrivent jusqu'à l'âge de la décrépitude au point de ne plus se
souvenir de ce qu'ils savaient. Ne vois-tu pas aussi comment la
terre desséchée reprend vie, dès que Nous l'arrosons de pluie, pour
se gonfler et se couvrir de toutes sortes de couples de plantes
luxuriantes ? » (Verset 5 Sourate 22 El Hadj)

Le Prophète (saw) ne dit-il pas : « La création de tout homme


commence par l’agglomération du sang dans l’utérus de sa mère
pendant quarante jours pour former une adhérence qui, après
quarante autres jours, se transforme en embryon. Quarante jours
après, Allah lui envoie un Ange chargé de lui insuffler l’esprit… »
(Sahih Muslim n°46 le destin).
127
« Nous maintenons dans les matrices ce que Nous voulons
jusqu’au terme fixé… »

« Allah envoie un Ange chargé de lui insuffler l’esprit… ».

N’est-il pas blasphématoire de tronquer le cours d’une décision


Divine ? Si j’ai bien compris…, nous existons par la volonté
Divine !

Nôtre sort dans l’au-delà dépendra de nos actes et de notre


comportement !

Le droit hanafite dit :

« Quelqu’un a avoué avoir forniqué avec une femme de


condition libre et qu’un enfant en est né et il a été appuyé en cela
par la femme en question. Dans ce cas, la filiation de l’enfant ne
sera établie à aucun des intéressés, compte tenu des propos du
Prophète (saw), - l’enfant appartient au lit et le fornicateur reçoit
la pierre -, car le fornicateur n’a pas de lit. Le Messager d’Allah
(saw) a réservé au fornicateur la pierre, ce qui signifie qu’il n’a
aucun droit de paternité. L’enfant ne peut pas être affilié à son
auteur fornicateur par sa reconnaissance. Mais il sera affilié à sa
mère s’il s’avère que c’est celle qui l’a bien mis au monde ».
(Extrait d’Al-Mufassal fi Ahkam Almar’a, p. 381)

La contradiction relevée dans cette interprétation du hadith


chez les hanafites, impose une sérieuse interrogation. Nous lisons
au début de celle-ci « l’enfant ne sera établi à aucun des
intéressés… » Et plus bas, « Mais il sera affilié à sa mère… » ?
128
Je me permets si vous le voulez bien d’apporter quelques
précisions concernant le hadith, « L’enfant appartient au lit et le
fornicateur reçoit la pierre » et cela sur la base de différentes
recherches effectuées dans les sahihs, Boukhari et Muslim.

Il est dit : « L’enfant est pour le firash (lit) », la signification


du mot firash dans les propos du Prophète (saw) est la mère. « Et
pour le fornicateur (’Aahir) est la pierre (Al Hajar) ». L’enfant
appartient à la mère et le fornicateur pour lui sont la honte et le
regret ! Le Prophète (saw) a donné à la femme le nom de Firash
(lit). (Rapporté par Boukhari, livre des Testaments 2745).

« L’enfant appartient au lit… » (Donc à la Mère) !

dans le même élan, je vous propose maintenant de lire


attentivement le très répandu hadith, concernant l’histoire de cette
femme nommée « la Ghamidite ».

d’après Bourayda, Ma’iz Ibn Malik al-aslami se présenta au


Messager d’allah (bénédiction et salut soient sur Lui) et dit :

« Ô Messager d’Allah, je me suis fait du tort : j’ai forniqué et


je voudrais être purifié ». Le Messager le renvoya mais il revint
le lendemain et dit : « ô Messager d’Allah, j’ai effectivement
forniqué ». Le Messager le renvoya une deuxième fois et dépêcha
quelqu’un auprès de son peuple pour leur dire : « Lui connaissez-
vous un handicap mental à déplorer ? » Ils lui répondirent qu’ils
ne le savaient que correct et tout-à-fait sain d’esprit. Puis Ma’iz
se présenta au Messager une troisième fois et ce dernier envoya
encore quelqu’un pour interroger les gens au sujet de Ma’iz et ils
lui réaffirmèrent qu’il se portait bien. Quand Ma’iz se présenta
pour la quatrième fois, le Messager fit creuser un fossé, l’y plaça
129
et donna l’ordre de le lapider. ainsi fut-il exécuter.

Par la suite vint la Ghamidite qui dit : « Ô Messager d’Allah,


j’ai effectivement forniqué, purifie-moi. »

Mais le Messager la renvoya. Puis elle revint le lendemain dire :


« Ô Messager d’Allah, peut-être veux-tu me renvoyer encore
comme tu l’avais fait avec Ma’iz. Pourtant, je suis déjà enceinte
des suites d’une fornication. »

Le Messager d’allah (bénédiction et salut soient sur Lui) lui


dit : « S’il en est ainsi, va attendre ton accouchement. »

après l’accouchement, elle retourna avec le bébé enveloppé dans


un morceau de tissu et dit : « Le voilà, je l’ai mis au monde ! »

Le Messager lui dit :

« Vas lui assurer un allaitement complet. »

après le sevrage de l’enfant, elle le ramena au Prophète alors


que le petit tenait un fragment de pain à la main et elle dit :

« Ô Prophète d’Allah, le voilà je l’ai sevré et il a commencé à


se nourrir tout seul. »

Le Prophète (saw) confia l’enfant à un musulman, fit creuser


un fossé si profond que quand la femme y fit place, il l’engloutit
jusqu’à la poitrine.

Puis le Prophète donna alors aux gens l’ordre de la lapider.


130
Khalid Ibn al-Walid arriva porteur d’une pierre et l’en asséna un
coup à la tête de sorte que le sang éclaboussa le visage de Khalid
qui en plus lui lança une injure.

Quand le Prophète (bénédiction et salut soient sur Lui) entendit


l’injure, il dit :

« Doucement Khalid ! Au nom de Celui qui tient mon âme en


sa main, elle a effectué un repentir tellement important qu’il aurait
permis - même à un percepteur de taxes - d’obtenir le pardon
divin. Ensuite, il donna l’ordre de lui faire la prière des morts et
de l’enterrer. » (Rapporté par Muslim n° 1695).

La déduction faite de ce hadith, est que la mère jouit d’une


priorité absolue en ce qui concerne la garde de l’enfant naturel,
parce qu’elle est la personne la plus proche et parce qu’elle voue
une compassion naturelle pour son bébé. Ce qui est d’une évidence
incontestable !

Ne serait-il pas extraordinaire d’élever le débat et de légiférer


objectivement, permettant l’arrêt immédiat du massacre qui
perdure depuis l’aube de l’humanité ?

Et si on posait la question à ce Bébé, choisirait il d’être retiré


à sa Maman ?

Et si on posait la même question à ce bébé devenu adulte, après


avoir traversé tempêtes et marées ?

Eh bien en tant qu’adulte concerné, je réponds spontanément :

Oui, j’aurais tant aimé rester avec ma Mère !


131
Concernant les différentes lectures de ce hadith, beaucoup
s’arrêtent à la lapidation ! oubliant très souvent que c’est le choix
de cette courageuse femme de se purifier ici-bas, redoutant la
sentence divine dans l’au-delà.

Le Prophète (saw) n’ a t-il pas conclu par : « Au nom de celui


qui tient mon âme en sa main, elle a effectué un repentir tellement
important qu’il aurait permis – même à un percepteur de taxes –
d’obtenir le pardon divin… » .

Les rares cas de lapidation connus au temps du Prophète (saw)


étaient tous des aveux de la part des adultérins, qui souhaitaient
être punis pour s’expier de leurs péchés. Les compagnons partaient
du principe qu’il valait mieux mourir avec un cœur pur de tout
péché. aujourd’hui, très peu de gens ont ce courage et ce degré
de foi.

La lapidation existait aussi dans les rites et la Loi de l'ancien


Testament (voir Lévitique). Jésus (‘alih salem) pousse jusqu'au
bout cette logique : les Pharisiens, eux-mêmes pécheurs, devraient
donc s'appliquer aussi cette peine. Mis devant leurs
responsabilités, ils n'ont que la ressource de partir.

Jésus (as) nous invite à dépasser une compréhension rigide et


littérale de ces textes ; il nous invite à la conversion du cœur et au
pardon.

Ce que dit la bible :

« Et Jésus (as) gagna le mont des Oliviers. Dès le point du jour,


il revint au temple et, comme tout le peuple venait à lui, il s'assit
et se mit à enseigner.
132
Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu'on
avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe.
Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit
d'adultère.

Dans la Loi, Moïse (as) nous a prescrit de lapider ces femmes-


là. Et toi, qu'en dis-tu ? Ils parlaient ainsi dans l'intention de lui
tendre un piège, pour avoir de quoi l'accuser.

Mais Jésus (as), se baissant, se mit à tracer du doigt des traits


sur le sol. Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus
(as) se redressa et leur dit :

Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première
pierre.

Et s'inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le


sol. Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l'un après
l'autre, à commencer par les plus âgés, et Jésus resta seul. Comme
la femme était toujours là, au milieu du cercle, Jésus (as) se
redressa et lui dit :

Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t'a condamnée ?

Elle répondit : Personne, Maître,

Et Jésus (as) lui dit : Moi non plus, je ne te condamne pas : va,
et désormais ne pèche plus.

Jésus, à nouveau, leur adressa la parole : Je suis la lumière du


monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les
ténèbres ; il aura la lumière qui conduit à la vie. » (La Bible JEAN
8, 1-12)
133
allah (exalté soit-Il) Ne dit-Il pas :

« Le Messager a cru en ce qu'on a fait descendre vers lui venant


de son Seigneur, et aussi les croyants : tous ont cru en Dieu, en
Ses anges, à Ses livres et en Ses messagers… » (Verset 285 de la
Sourate 2 Al-Baqara)

dans le M’absout d’al-sarakhsi, il est écrit : « Si quelqu’un


avoue avoir forniqué avec une femme et prouve qu’un enfant en
est né et reçoit la confirmation des faits par sa partenaire, aucun
des deux intéressés n’obtiendra l’affiliation de l’enfant, compte
tenu des propos du Prophète (saw), « l’enfant appartient au lit et
le fornicateur reçoit la pierre ». Car le fornicateur n’a pas de lit.
Si l’accoucheuse atteste la naissance de l’enfant, l’affiliation est
établie par rapport à la femme, à l’exclusion de l’homme car
l’établissement de l’affiliation dépend de l’enfantement constaté
par l’accoucheuse ayant assisté physiquement à la délivrance ».

dans la fatwa indienne de droit hanafites, il est écrit : « Si


quelqu’un fornique avec une femme et que celle-ci tombe enceinte
et qu’il l’épouse ensuite avant qu’elle ne mette son enfant au
monde. Si l’accouchement a lieu dans les six mois ou plus, la
filiation est établie par rapport au père. Si l’accouchement a lieu
dans moins de six mois, la filiation ne sera établie par rapport au
père que s’il la réclame en se contentant d’affirmer qu’il est son
enfant sans préciser qu’il l’ait fait grâce à la fornication. Car s’il
va jusqu’à faire cette précision, il perd son droit à la paternité et
l’enfant n’héritera pas de lui ».

dans ces approches Hanafites, nous constatons qu’il est plutôt


question de preuve pour établir avec certitude la filiation de
l’enfant, et non pas d’une interdiction. N’est-il pas encouragé par
134
le saint Coran de réfléchir, raisonner et explorer le monde qui nous
entoure. Et par voie de conséquence, préserver l’individu de
l’ignorance ?

Réfléchissons ensemble en nous projetant au vIIème siècle. a


cette époque la filiation était établit par des pythonisses, habiles à
discerner les ressemblances par leur science et la physionomie.
Les pythonisses procédaient à des comparaisons entre les traits de
l’enfant et ceux de son présumé père, pour rendre des verdicts sur
la paternité.

Cette pratique très répandue parmi les peuples d’arabie est


reconnue par nombre de rites, dont le malékite et le chafiite, qui
se basaient sur un hadith relater par aïcha. Elle fut même utiliser
par omar Ibn al Khatab (Paix à leurs âmes).

En se référant aux pratiques des pythonisses, tant à l’époque


préislamique qu’islamique, nous pouvons aisément conclure que
les tests adN peuvent être considérés comme l’équivalent
contemporain et rien n’empêche dans ce cas, que leurs résultats
soient recevables comme preuve de paternité.

Ne serait-il pas JUSTICE et apaisant pour les concernés


d’évoluer enfin avec leurs réelles identités ?

dans al-Moughni d’Ibn Qudama, le hanbalite, on lit :

« L’enfant qui a fait l’objet d’un désaveu de paternité peut-être


affilié à son père sur la demande de ce dernier. Quant à l’enfant
naturel, il ne peut pas être affilié à son auteur par reconnaissance
de celui-ci, même s’il en fait la demande selon l’avis de la majorité
des ulémas. L’avis le plus juste est que l’enfant naturel ne peut
135
pas être affilié au fornicateur, que celui-ci épouse sa partenaire
pendant sa grossesse et qu’elle accouche moins de six mois après
la conclusion du mariage ou accouche sans mariage. Mais si le
père demande à ce que l’affiliation lui soit établie sans préciser
que l’enfant est illégitime, on le lui attribue par rapport aux
dispositions qui lui sont applicables ici-bas. Ce serait aussi le cas
s’il épousait sa partenaire pendant sa grossesse et que celle-ci
accouche après la durée minimale d’une grossesse et que l’homme
observe le silence ou réclame l’enfant sans préciser qu’il est
illégitime. Dans ce cas, lui est reconnue une affiliation impliquant
l’application des dispositions légales régissant les affaires d’ici-
bas ».

Le droit hanbalite à mon sens, rejoint à quelques divergences


près celui des hanafites.

on remarque uniquement un paradoxe extrêmement grave,


concernant l’octroi d’un droit implicite au fornicateur mâle. En
effet, on donne la possibilité à ce dernier d’affilier l’enfant à sa
personne, mais on lui laisse le droit de le renier ! En d’autres
termes, on accorde au fornicateur un pouvoir de décision sur le
devenir de l’enfant innocent…!

Je vous invite à mettre les quatre vérités sur la table. Combien


de jeunes filles ou femme se font leurrer par ces séducteurs
diaboliques qui n’ont pour seuls objectifs d’assouvir leurs désirs
bestiaux ?

Pire encore ! supposons que ce mâle habité par la démence de


satan, viole cette jeune-femme ? Et que cette dernière, traumatisée
à foison, étouffée par le poids de sa famille et de la société se terre
dans un mutisme largement justifié !
136
La réalité est catastrophique, regardons autour de nous, prenons
la peine d’aller nous enquérir de la situation. Eh bien je vous
apporte mon témoignage.

La majorité des filles mères que j’ai rencontrées ont moins de


dix-huit ans !

Et dire que certains qualifient ces adolescentes de « Fille de


joie ! ». Comment pourrions-nous alors qualifier cet homme qui
dépose sa semence à la première occasion, au nom des trente
secondes de plaisir démoniaque ?

Dieu ! Créateur de la vie, Seigneur des Mondes, Clément et


Miséricordieux nous donne la possibilité et cela durant toute une
vie pour nous repentir, et ensuite, Il (exalté soit-Il) dresse notre
bilan pour nous juger !

Alors pourquoi condamner le bébé dans le ventre de sa mère


avant même qu’il découvre la lumière du soleil ? N’est-il pas dit
par le Prophète (saw) rapporté par abu Hurayra : « Aucun enfant
naît que suivant l’état de la nature primordiale (l’islam) » ? (Sahih
Muslim)

Mais j’avais oublié que le gène barbare avait traversé les siècles
! Car à l’époque des ténèbres de la nuit des temps, la naissance de
la pauvre petite fille était une honte ! affiché même aujourd’hui
sur le visage de certains, oubliant le Jour. Le Jour du
Questionnement !

Le Jour où les versets les plus redoutables seront mis à


exécutions : « Ce Jour-là, les gens sortiront séparément pour que
leur soient montrées leurs œuvres. », « Quiconque fait un bien fût-
ce du poids d’un atome, le verra, », « Et quiconque fait un mal
137
fût-ce du poids d’un atome, le verra. » (Versets 6,7 et 8 de la
Sourate 99 Az-Zalzalah)

« Et qu’on demandera à la fillette enterrée vivante – pour quel


péché elle a été tuée. » (Versets 8 et 9 de la Sourate 81 At-Takwir)

Et l’infanticide ! N’est-il pas récurrent dans le saint Coran que


la vie est sacrée ? Que le meurtre d’un seul être humain équivaut
au meurtre de l’humanité toute entière ? (Verset 32 sourate 5 - Al
Maidah) N’est-il pas dit aussi que : « Quiconque sauve la vie d’un
seul être humain est considéré comme ayant sauvé la vie de
l’humanité toute entière… ». (Verset 32 sourate 5 - Al Maidah)

Quand l’orphelin pleure le Trône du Créateur frémit, alors allah


(gloire à Lui) dit : « Ô Mes anges quel est celui qui a fait pleurer
cet orphelin dont j’ai enseveli le père dans la poussière ? Alors
les anges répondirent : Ô Allah, Tu es l’Omniscient ! Allah leur
dit alors : Je vous prends à témoins, Ô mes anges, que celui qui le
consolera et le satisfera Je lui donnerai satisfaction le Jour du
Jugement Dernier. » (Rapporté par Al Kurtuby)

Quelle récompense pour les gens doués d’humanisme, de


sagesse et de savoir…

a la lecture de ce texte qui met en exergue une manipulation


entérinée par un monstrueux mépris à l’endroit des Nés sous X, le
Recteur de l’Université « Emir Abdelkader » n’hésita pas un
instant à me rédiger une contribution que je vous laisse découvrir.
138
Contribution

Du Professeur Abdallah BOUKHELKHAL

(Recteur de l'Université « Emir Abdelkader » des Sciences


Islamiques de Constantine)

au nom d'allah clément et miséricordieux

Quand Mohamed-Chérif ZERGUINE m'a rendu visite pour la


première fois, j'ai fait sa connaissance et après une brève entrevue
il m'a présenté son ouvrage, et m'a également sollicité pour une
contribution.

J'évoque à ce propos les droits de cette catégorie d'enfants


contenus dans la Charia Islamique où le Saint Coran prescrit, «
Certes, Nous avons honoré les fils d'Adam. Nous les avons
transportés sur terre et sur mer, leur avons attribué de bonnes
choses comme nourriture, et Nous les avons nettement préférés à
plusieurs de Nos créatures. » (Sourate El-Isra verset 70)

Et encore, « Dis : Chercherais-je un autre Seigneur que Dieu,


alors qu'Il est le Seigneur de toute chose ? Chacun n'acquiert [le
mal] qu'à son détriment : personne ne portera le fardeau
(responsabilité) d'autrui. Puis vers votre Seigneur sera votre
retour et Il vous informera de ce en quoi vous divergez. » (Sourate
El-An’âm verset 164)

Ceux-ci sont égaux, ils ont droit à la vie, à la considération et


à la protection par la société et l'Etat. L'Islam a aussi réservé à
tout être naissant, un tuteur qui préserve ses droits et ses
aspirations jusqu'à l'âge adulte. Âge où il acquiert son autonomie,
139
et ce, conformément à la parole divine : « Appelez-les du nom de
leurs pères : c’est plus équitable devant Allah. Mais si vous ne
connaissez pas leurs pères, alors considérez-les comme vos frères
en religion ou vos alliés. Nul blâme sur vous pour ce que vous
faites par erreur, mais (vous serez blâmés pour) ce que vos cœurs
font délibérément. Allah, cependant, est Pardonneur et
Miséricordieux. » (Sourate Al-Ahzab verset 5)

Pour celui qui est dépourvu de tuteur, le gouverneur en est le


sien, en application de la parole du Prophète (saw) : « Le
gouverneur est le tuteur de celui qui n'en a pas », il en prend soin
et le prend en charge matériellement sur le budget de l'État.

La règle islamique prescrit donc que : « Les origines de


l'individu, ne peuvent pas affranchir ses manquements à ses actes
et ses devoirs ». À ce propos, les savants musulmans de la Charia,
se sont penchés effectivement sur les prescriptions religieuses
ayant trait à cette catégorie d'enfants, et ce, depuis leurs
découvertes jusqu'à l'âge adulte.

Ces mêmes prescriptions ont été formulées d'une manière fort


explicite et sans ambiguïté, ouvrant ainsi la voie à un grand
nombre d'auteurs spécialisés en la matière, qui ont éloquemment
développé ce sujet avec force détail, tel que le droit à la protection
et à une vie saine et honorable au même titre que les autres
membres de la société.

Qu'Allah vous bénisse.

durant la période d’écriture de ce deuxième ouvrage


interpellant les spécialistes religieux, l’écho de mon action
franchissait la frontière algéro Tunisienne et je fus invité à me
140
rendre en Tunisie, pour une conférence organisée par sos village
d’Enfant akouda à sousse. sans me rendre compte de l’impact
atteint par mon élan à l’endroit de l’enfance orpheline, j’allais
découvrir l’expérience Tunisienne qui allait sans aucun doute
réveiller en moi la curiosité internationale et affiner mes
connaissances et mes idées sur le thème.

C’est ainsi que début décembre 2010, je pris la route vers la


Tunisie, emportant avec moi une centaine d’exemplaires de mon
premier livre « Pupille de l’Etat-La Peur de l’Inconnu » que je
voulais offrir aux organisateurs. déception au poste frontière
Tunisien de sakiet sidi Youcef, l’officier des douanes m’interdit
l’introduction de mes livres en Tunisie, et cela malgré l’explication
justifiée par mon invitation en qualité d’auteur-conférencier, je
réussis à en garder quelques exemplaires et m’inclinais devant
cette injonction. a mon arrivée à sousse, un accueil des plus
chaleureux me fût réservé par les organisateurs, des personnes
intéressées par la question firent même le déplacement de Tunis
et d’autres villes Tunisiennes. La conférence fût une réussite et
désormais mon action était adoptée par nos frères Tunisiens.

dans ce pays qui m’ouvrit les bras dans une spontanéité


inégalée, quelque chose en moi se déclencha. En effet, lors de mes
investigations à la recherche de mes origines, j’avais découvert
deux lieux peuplés de personnes portant mon nom patronymique.
Le premier lieu est à quelques kilomètres d’El-Ksour et se nomme
Makthar, le second est un petit hameau agricole nommé « Zerkine »,
qui se situe à une vingtaine de kilomètres au sud de Gabès.
dépourvu d’une famille portant mon nom pendant plus de
quarante ans, mes recherches me permirent d’élargir cette famille
tant convoitée, et en Tunisie je me sentais désormais en famille
aussi.
141

a l’issue de cette merveilleuse rencontre riche et rempli d’un


mélange de joie, d’amitié et d’émotion, je reprenais le chemin vers
Constantine. a mon arrivée, à peine reposé, je découvrais une
invitation afin de me rendre au Parlement Européen à strasbourg
(France). Une députée européenne sensibilisée par la question de
la Kafala, désirait me rencontrer pour une action commune sur une
faille en matière d’adoption internationale. En effet, à la lecture
de la Convention Internationale de La Haye de mai 1993, son
article premier écartait implicitement les enfants musulmans. Je
n’hésitais pas un instant à prendre un billet d’avion et m’organisais
pour me rendre rapidement au Parlement.

Notre échange de point de vue sur la question, fût


immédiatement fructueux et nous nous sommes engagés le jour
de notre rencontre pour sensibiliser chacun de notre côté les
cercles pouvant amender cet article. avant de rentrer, j’évoquais
avec elle le projet d’écriture sur le droit musulman en cours et
l’invitais à le préfacer. La députée européenne accepta volontiers
et quelques jours plus tard je recevais le texte de cette préface que
vous pouvez lire ci-dessous.

LA VIE : CE BIEN QUE RIEN NE CONTIENT

Ce livre de Mohamed-Chérif ZERGUINE est un ouvrage


courageux qui ouvre la question et le projet d'un pari sur la vie.

Je ne suis pas exégète et je ne me situerai pas dans le champ du


religieux.

Je suis une femme politique qui aimerais contribuer à imaginer


et construire un avenir décent et heureux à mes concitoyens et
142
concitoyennes qui ont démarré leur vie d'une façon difficile car
ils n'étaient, ne sont pas toujours, acceptés parce que nés sous X,
abandonné(es) à la naissance. Il s'agit de leur permettre de
renouer avec la vie, de sortir d'un passé mortifère.

C'est un enjeu, une responsabilité pour tous les Algériens : renouer


avec la vie, la mettre au centre du projet de la société.

Une guerre d'indépendance meurtrière qui a fait plus d'un million


de victimes algériennes. Une jeunesse qui survit sans pouvoir se
projeter dans un avenir souhaitable, prête à se jeter dans des
bateaux de fortune au risque de mourir par centaines voire par
milliers.

Une décennie 90 qui a fait tant de morts et qui laisse des familles
chagrinées ne pouvant faire leur deuil ni panser leurs blessures
car la justice ne leur a pas été rendue.

Les Algériens se doivent de reprendre la vie à bras le corps,


travailler à vivre et à construire une société viable, vivante où les
vivants, tous les vivants, sont au cœur du projet politique, social
et religieux.

Le degré de civilisation d'une société se jauge à la façon dont elle


s'occupe et protège les plus démunis d'entre ces membres : les
nouveau-nés, les enfants, abandonnés, séparés de leur mère, de
leur père.

Naître sous X dans le monde Arabe c'est risqué de mourir à un


taux très élevé.

Naître sous X dans le monde Arabe aujourd’hui c'est subir le


143
mépris ou l'évitement. C'est être nié dans son être, ne pas être
reconnu.
Ce livre offre une voie au monde Arabe pour leur permettre de
commencer à travailler à consolider une société des Vivants.

Car protéger les enfants abandonnés, leur permettre de vivre en


les protégeant c'est accepter que la vie humaine, quelle que soit
ses conditions, est à protéger comme un bien précieux.

Un bien que rien ne contient mais qui fait que nos existences à
tous ont un sens, un contenu.

Malika BENARAB-ATTOU
Députée au Parlement Européen
Franco-Algérienne
Africaine-Européenne

arrivé chez moi, je pris contact avec le Recteur de l’Université


« Emir Abdelkader », lui fis part de cette rencontre au Parlement
Européen et lui soumis l’idée d’ajouter une deuxième partie à mon
livre « Nés sous X dans le Monde Arabo Musulman » qui sera
consacrée à cette discrimination à l’endroit des enfants musulmans
orphelins. L’étude comparative dans laquelle je m’étais investi
avec une amie juriste, m’offusquait de jours en jours, je découvrais
en fait, que les juristes musulmans n’avaient jamais dénoncé ce
flagrant non droit contenu dans une Convention Internationale.
Pour mieux comprendre cette situation qui confirme la décrépitude
avancée chez nous autres musulmans, je vous laisse découvrir la
deuxième partie de mon pamphlet.
144

« Pour une conception consensuelle entre le droit


international et le droit musulman en matière d’adoption
internationale »

La déclaration de Genève de 1924 sur les droits de l’enfant, la


déclaration des droits de l’enfant adoptée par l’assemblée
Générale des Nations Unies en 1959, ainsi que, la Convention des
Nations Unies de novembre 1989, insistent sur la nécessité absolue
d’accorder une protection spéciale à l’Enfant.

« L’enfant, en raison de son manque de maturité physique et


intellectuelle, a besoin d’une protection spéciale et de soins
spéciaux, notamment d’une protection juridique appropriée, avant
comme après sa naissance ». (Droits de l’Enfant 1959)

« Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles


soient le fait des institutions publiques ou privées de protection
sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des
organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une
considération primordiale ». (Article 3 alinéa 1 de la Convention
des Nations Unies de 1989)

« L’enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le


droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité et, dans la mesure
du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevé par eux ».
(Article 7 alinéa 1 de la Convention des Nations Unies de 1989)
145
« Si un enfant est illégalement privé des éléments constitutifs
de son identité ou de certains d’entre eux, les Etats parties doivent
lui accorder une assistance et une protection appropriées, pour
que son identité soit rétablie aussi rapidement que possible ».
(Article 8 alinéa 2 de la Convention des Nations Unies de 1989)

Cela laisse penser que la privation de l’identité de l’enfant ne


peut être qu’illégale !

Par conséquent l’Etat doit prendre toutes les mesures


nécessaires afin de mettre en place une législation claire, ainsi que
des mécanismes fiables et stricts, afin d’établir la filiation de
l’enfant immédiatement après sa naissance.

Concernant la prise en charge, l’article 20 de la Convention des


Nations Unies de novembre 1989 stipule que :

« Tout enfant qui est temporairement ou définitivement privé


de son milieu familial,…, a droit à une protection et une aide
spéciale de l’Etat, les Etats parties prévoient pour cet enfant une
protection de remplacement conforme à leur législation nationale.
Cette protection de remplacement peut notamment avoir la forme
du placement dans une famille, de la « Kafala » de droit islamique,
de l’adoption ou, en cas de nécessité, du placement dans un
établissement pour enfants approprié. Dans le choix entre ces
solutions, il est dûment tenu compte de la nécessité d’une certaine
continuité dans l’éducation de l’enfant, ainsi que de son origine
ethnique, religieuse, culturelle et linguistique ».

Nous constatons dans cet article qu’il y a quatre modes de prise


en charge, ainsi que des critères énoncés, que le juge doit prendre
en considération lors de l’établissement du choix, concernant
146
l’avenir de l’enfant privé de famille, afin de garantir son
épanouissement et son bien-être.

on remarque que la priorité, est d’abord donnée aux protections


de remplacement conformément aux législations nationales, en
insistant sur la nécessité d’une continuité dans l’éducation de
l’enfant, ainsi que de son origine ethnique, religieuse, culturelle
et linguistique.

En matière d’adoption internationale dans la Convention de La


Haye de mai 1993, il est constaté une discrimination manifeste à
l’endroit de la communauté adoptante musulmane.

En effet, dans son article 2 alinéa 2, la Convention ne vise que


les adoptions établissant un lien de filiation. Ecartant
implicitement l’un des quatre modes de prise en charge retenue
par la Convention des Nations Unies de novembre 1989, en
l’occurrence la « Kafala » de droit musulman.

En tirant conséquence de ce qui précède, l’intérêt supérieur de


l’enfant et la continuité de son origine ethnique, religieuse,
culturelle et linguistique, est donc bafoué !

Le préambule de cette même Convention, stipule qu’il désire


établir à cet effet des dispositions communes qui tiennent compte
des principes reconnus par les instruments internationaux,
notamment par la Convention des Nations Unies sur les droits de
l’enfant.

Et paradoxalement ! Elle ne tient pas compte de l’article 20


de cette dernière ?
147
N’est-il pas contradictoire de garantir l’intérêt supérieur de
l’enfant et le respect de ses droits fondamentaux tout en privant
d’autres enfants d’adoption internationale ?

Concernant les enfants nés sous X dans les pays musulmans.

N’est-il pas frustrant à l’endroit de près d’un milliard trois


cents millions de citoyens du monde, et de surcroît à l’heure du
changement, de constater qu’en matière d’adoption internationale
ils sont exclus ?

« Consolider le droit de ces enfants et mettre fin au droit


d’exception dont ils sont victimes, puisque selon leur lieu de
naissance, ils pourront ou ne pourront pas être adoptés… »
(Robert Badinter)
148
149

LE REdoUTaBLE TEsT adN


ET LE HaUT CoNsEIL IsLaMIQUE
150

Mon livre sur la question de l’enfance orpheline dans le monde


arabo-musulman, vit le jour début avril 2011, souhaitant le
présenter à alger pour un impact de sensibilisation national,
j’invitais une juriste très connue par ses actions à me rejoindre.
Une Conférence de presse organisée à la rédaction de l’historique
quotidien « El-Moudjahid », allait provoquer un déluge d’articles
dans la Presse nationale. En fait, le législateur algérien a laissé une
ambiguïté sur la question du recours au test adN.

L’alinéa 2 de l’article 40 du code de la famille amendé en 2005,


stipule que le juge peut recourir au moyen scientifique pour établir
la filiation. La libre appréciation du juge a laissé voir sur le terrain,
beaucoup de requêtes rejetées par des magistrats conservateurs ou
frileux quant à la question religieuse, d’où cette initiative.

Mon vœu et celui des juristes qui ont activement contribué au


débat, est de revendiquer l’amendement de cet article en y
apportant une petite modification, celle de remplacer le verbe
pouvoir par devoir. Pour nous autres le juge « doit recourir au
moyen scientifique ».

La sensibilisation sur le recours au test adN pour établir la


filiation de l’enfant né hors mariage, s’amplifiait de jour en jour,
les chaînes de radios s’y mettaient à leurs tours et plusieurs voix
de la société civile s’élevaient en soutien au débat provoqué.
C’était l’apothéose, loin pour moi de baisser les bras devant cette
151
euphorie, je revenais rapidement à Constantine, afin de sensibiliser
le recteur de l’Université « Emir Abdelkader » pour une
conférence nationale sur la question.

Ce Monsieur sensible à mon engouement depuis le début de


notre rencontre, n’hésita pas à me sortir le calendrier pour me
laisser choisir la date du 1er juin 2011 (Journée Internationale de
l’Enfance). L’organisation de cette rencontre historique sous la
coupole de la Mosquée « Emir Abdelkader », venait d’être acquise.

En attendant cette date avec impatience, je me lançais dans une


forme de sensibilisation particulière, je multipliais les visites de
courtoisie auprès de personnalités influentes afin de plaider la
question et solliciter leur adhésion et soutien. La grande majorité
des personnes rencontrées, adhéraient spontanément et venaient
me soutenir sans réserve. Lorsque je rentrais chez moi pour me
reposer, vous ne pouvez imaginer le bonheur dans lequel m’avait
installé cette aventure. Une paradoxale revanche sur la vie, des
enfants piétinés dans leurs droits allaient désormais bénéficier de
l’élément essentiel, « Leur réelle Filiation ».

Le jour « J » approche, réunion de préparation au rectorat. Loin


de m’en rendre compte, une frange de conscience rétrograde tente
de s’ériger contre cette conférence, le recteur absent, je me rends
auprès du professeur devenu vice-recteur qui m’avait accompagné
lors de la sensibilisation de 2009. Il me reçoit dans son bureau et
très gêné m’informe qu’il ne peut rien faire et qu’il serait absent
de Constantine le 1er juin. Enragé devant cette situation qui venait
révéler l’animosité frileuse devant le dossier des nés sous x, je
décidais d’en informer mes relations, tout en sollicitant leurs
interventions.
152
J’étais pendant cette période décontenancé et mes nuits
studieuses sur la question, ressemblaient à un état-major en alerte
mettant en place de nouvelles stratégies pour la bataille du
lendemain. au petit matin, le recteur de retour, m’invita à passer
prendre un café avec lui au rectorat. Je constatais à mon arrivé la
présence de quelques vice-recteurs et entre autre celui qui m’avait
déçu la veille.

Le recteur était tout simplement entrain de donner des


instructions pour la réussite de cette rencontre, mieux encore, il
me laissa le choix d’organiser le programme avec son équipe
et chargea le professeur récalcitrant à présider les séances.

Il m’a été soufflé quelques temps plus tard que beaucoup


évitaient cette question de test adN, de peur de provoquer une
cascade de drames. La prolifération des naissances sous x chez les
religieux dans le monde arabo-musulmans, dû aux différentes
formes de concubinages légalisés pour quelques jours, venait
confirmer cette réticence. devant cette absurdité archaïque
constatée, mon plaidoyer devenait lors des débats de plus en plus
agressif, mais restait objectif et pertinent quant à la question du
recours au test adN pour l’établissement de la filiation des enfants
nés hors mariage.

L’autre peur de mes détracteurs occultes sur cette question, était


aussi la redoutable mise en lumière des innombrables viols
commis durant la période de ma conception. Tout le monde
chuchotait cela, mais personne n’eut le courage de l’exprimer
ouvertement.

La Conférence eu lieu, l’assistance avait adhéré aux différentes


interventions et lors d’un échange virulent, avec le directeur du
153
laboratoire de la jurisprudence islamique de l’université, le clash
qui explosa l’abcès eut raison de la bêtise inhumaine. devant son
comportement agité voire méprisant, ne prenant même pas la peine
de respecter les personnalités présentes et l’assistance, je lâchais
ma retenue pour l’interpeller énergiquement et lui posais la
question suivante :

« - Je me permets de m’adresser à vous Monsieur, vous qui


depuis tout à l’heure n’avez eu aucune retenue à l’endroit de
l’assistance et encore moins des concernés ! J’aimerais vous poser
une question tout en vous invitant à prendre le temps que vous
voudrez pour y répondre.

Vous avez en face de vous le fruit de l’horreur, vous avez en


face de vous le fruit d’un viol commis en 1963 sur une adolescente
de 14 ans !

Quelle est la faute que j’ai commise et quelle est la faute de la


mère qui m’a enfanté ? »

silence de religieux, suivi d’applaudissements nourris sous la


coupole de l’amphi de l’université des sciences islamiques
« Emir Abdelkader ». Le recteur se lève, se dirige vers le pupitre
et clôture la conférence avec une élégante gêne remarquée.

Les personnes présentes me félicitent et à moi de repenser à


cette mère tant désirée que je venais d’honorer dans le lieu le plus
symbolique des sciences islamiques en algérie.

au lendemain de cet événement majeur pour la cause et mon


apaisement, je prenais la route pour alger afin de rencontrer le
Président du Haut Conseil Islamique, il fallait monter plus haut afin
154
que le message soit perçu par les plus hautes sphères du pouvoir.
Je fus reçu courtoisement et la conversation, ô combien
réconfortante avec ce grand Monsieur d’une majestueuse sagesse,
venait me conforter dans ma lutte humaine. après m’avoir écouté
attentivement pendant plus d’une heure, il acquiesçait mes
convictions et me laissait entendre que tant que mon combat était
à l’endroit de l’innocence, j’avais tout son soutien.

avant de partir, je lui offris mes deux modestes livres et prenais


une photo souvenir avec lui, il me tendit sa carte de visite et
m’autorisa à passer le voir lorsque je serais de passage à alger.
Une semaine après cette rencontre, le Président de la Commission
des Fatwas du même Haut Conseil Islamique, publiait un
communiqué dans la presse nationale qui venait soutenir et
approuver l’ensemble du travail effectué pour le recours au test
adN.

Un pas de géant venait d’être franchi et une gifle foudroyante


venait assommer les récalcitrants. Je vous invite à lire un extrait
de ce communiqué :

«Vu l’ampleur que prend le phénomène des naissances hors


mariage, j’insiste pour dire que l’ijtihad sur la question de la
filiation est inéluctable.

Il est nécessaire également d’œuvrer à trouver un consensus


aux divergences qui divisent les hommes de religion.

Se référant au verset 5 de la sourate 33 Al Ahzab (les coalisés)


– «Appelez-les du nom de leurs pères, c’est plus équitable devant
Allah. Mais si vous ne connaissez pas leur père, alors considérez-
les comme vos frères en religion ou vos alliés» – la majorité des
155
hommes de religion s’accordent à nier le droit de l’enfant né hors
mariage au nom de son géniteur et à l’héritage, d’où le refus de
recourir au test ADN. »11

11) Communiqué du président de la commission des fatwas du HCI du 17 juin 2011 El Watan,
Ech-Chourouk.
156
157

LE FILs dE L’ENFER sUR TERRE


158

Pendant la période du débat sur le recours au test adN à alger,


une histoire traumatisante et digne d’un scénario perfide s’installa
encore autour de ma personne. Effectivement, approché quelques
semaines auparavant par une jolie jeune femme sur un réseau social
où se trouve la possibilité de télécharger mes ouvrages, cette
personne entra en contact avec moi et me laissa entendre qu’elle
pouvait m’aider à retrouver mon géniteur. Elle avait lu le chapitre
« L’ombre d’un pouvoir occulte alerte la DST » contenu dans mon
premier livre.

au début de nos conversations, elle était beaucoup plus dans un


jeu de séduction soutenue. Ensuite, devant mon implacable réserve
quant à toute relation éphémère, elle me parla de son mari beaucoup
plus âgé et me souffla qu’il fût Commandant de la dsT et qu’il était
en retraite. La proposition qu’elle me fit au téléphone, était assez
alléchante. Elle me demanda de patienter quelques jours afin que
son mari, disposé à m’aider dans mes recherches, lui apporte les
informations détenues par les services français sur mon histoire.

Le 21 mars 2011, elle vint m’annoncer des choses sur mon


histoire qu’elle me dirait de vive voix lors de notre rencontre à
alger, prévue au début du mois d’avril de la même année. devant
mon insistance, elle me relata que l’histoire de ma conception était
connue par beaucoup de personnalités des deux rives et que pour
ma santé morale, il valait mieux oublier tout cela. J’insistais à
nouveau tout en la persuadant de me raconter les grandes lignes sans
159
détails.
Et là, elle me laissa entendre que ce qu’avait vécu ma mère était
la pire des choses. Elle me raconta qu’elle avait quatorze ans quand
elle aurait été abusée par trois personnages connus. Elle conclut en
me disant que ma photo figurant dans mon premier ouvrage,
identifiait facilement la semence de mon géniteur par l’emprunte
génétique.

Lors de cet échange qui provoqua en moi la chair de poule, je


réitérais ma légitime question. Et là, d’une voix tremblante, elle
m’annonça que j’étais le « Fils de l’Enfer sur Terre », et que lorsque
son mari montra ma photo à ses contacts, une peur indescriptible
s’installa en eux. Elle finissait, à la fin de notre entretien
téléphonique, par m’avouer que mon père était très puissant et que
son mari allait tout faire pour m’organiser une rencontre.

Ebahi par ce que je venais d’écouter, je lui disais « pourquoi Fils


de l’Enfer sur Terre », elle répliqua en me laissant entendre que
c’était l’homme le plus redoutable et que son pouvoir s’étalé au delà
des frontières algériennes.

Mes nuits pendant cette période mouvementée, ne peuvent être


relatées. Entre le débat sur le test adN et le cloisonnement cérébral
provoqués par ce que je vivais à coté, aucun qualificatif ne pouvait
exprimer le bouillonnement magmatique en moi.

Ironie du sort et concours de circonstances constatés, le débat


pour le recours au test adN qui battait son plein, devenait par cette
histoire effrayante et de surcroît malgré moi, l’arme non moins
redoutable aux conséquences que je vous laisse imaginer.

Juste après la première partie du débat sur les ondes de la Chaîne


160
Une de la Radio nationale, où j’annonçais en direct que j’étais le
fruit d’un viol, je m’installais dans un petit hôtel en banlieue
algéroise. La jeune femme me téléphonait, m’informant qu’ils
étaient à Médéa (100 kms au sud d’Alger), et que son mari désirait
me rencontrer le lendemain à alger. Je répliquais en les invitant à
déjeuner dans un petit restaurant à la Pêcherie en convenant avec
eux du lieu de notre rencontre.

Je choisissais volontairement le lieu et leur ai demandé d’être à


11h00 devant la grande Poste d’alger. Insomnie durant ma nuit, je
me laissais aller dans cette terrifiante histoire, afin de découvrir les
tenants et les aboutissants de ce scandale miroité par un retraité des
services français. C’est ainsi, dans état frôlant l’irréversible délire,
que le 11 avril 2011 je me rendais au rendez-vous.

Je stationnais mon véhicule à proximité de la place « Emir


Abdelkader », pour me diriger vers la Grande Poste. J’apercevais
au bout de la rue, un couple accompagné de deux adolescents,
c’était eux. L’homme d’une soixantaine d’années aux cheveux
blancs et la jeune femme, séduisante aux cheveux très longs noir
corbeau. Un sourire s’installait en eux à mon arrivée, nous
échangeâmes quelques politesses et prîmes le chemin de la
Pêcherie.

a notre arrivée au restaurant, une conversation conviviale


s’installa. L’homme visiblement aguerri au regard d’un profiler,
baladait mon esprit en alerte dans les méandres de ses expériences
et me laissait entendre à chaque fois qu’il œuvrait aujourd’hui dans
l’humanitaire.

a la fin de ce déjeuner sans appétit pour moi, je pris la parole et


l’invitais à me parler de mon histoire. Il me relata ce que son épouse
161
m’avait déjà exprimé au téléphone et me mit en garde quant à la
divulgation de ces faits, me laissant entendre que mon géniteur était
tellement puissant, qu’à son insu l’étage inférieur de sa tour d’ivoire
pouvait prendre l’initiative fatale afin de protéger le Chef.

sueur froide, suivi d’un recul synthétique rapide, je répliquais


en lui laissant entendre à mon tour que ma démarche était légitime
et que rien ne pouvait m’arrêter. Il afficha un sourire exprimant un
faux-semblant, crayonna un nom sur un petit bout de papier pour
me le glisser dans la poche de ma chemise. suite à cette scène digne
d’un thriller d’espionnage, il me demanda de me renseigner sur la
personne nommée sur ce papier et de vérifier si elle était proche
d’une personnalité que je connaissais. En conclusion, il me promit
à l’issue de cette mission une rencontre avec mon géniteur.

La première interrogation qui m’avait interloqué, était, «


Comment savait-il que je connaissais la personnalité en question ?
». Ensuite, terreur installée en moi, je me devais d’être hyper
vigilant et commençais à redouter la situation dans laquelle je
m’étais retrouvé. Cet homme était tout simplement entrain de me
demander de rouler pour lui et par voie de conséquence, d’espionner
ma patrie ! C’était l’erreur qu’il n’aurait jamais dû faire. d’un regard
détendu, j’acquiesçais implicitement sa demande et lui de répliquer
en me disant « que mon ADN et celui de mon géniteur étaient bien
gardés au plus haut niveau des Services français ».

déjeuner terminé, nous repartons vers mon véhicule, les


quelques pas jusqu’à la place « Emir Abdelkader », m’avaient un
tant soit peu détendu. a notre arrivée, je leur offris mes deux
modestes livres en les saluant.

Immédiatement après cet épisode éprouvant de ma non moins


162
éprouvante existence, je repris le chemin vers mon hôtel, j’avais
impérativement besoin d’une bonne douche froide. a peine installé
dans la chambre, mon téléphone sonna de nouveau, c’était encore
elle. Je décrochais, elle me fit part d’une invitation de son mari à
un déjeuner à Médéa le lendemain. J’acceptais sans réfléchir, tout
en la remerciant vivement.

Quelques secondes plus tard, je réalisais avec un froid dans le


dos ce que je venais d’accepter et les pires scénarios torpillaient
mon esprit. douche froide ou bouillante, rien ne pouvait calmer mon
agitation cérébrale, couronnée par une indescriptible paranoïa qui
élisait son siège dans les profondeurs de ma psyché.

Mon sommeil fût tel que vous pouvez aisément le ressentir, au


petit matin, un scénario protecteur émergea de l’esprit de mon âme
innocente. L’idée pertinente de téléphoner à un ami de confiance et
de lui demander de m’accompagner s’installa.

sur la route à la rencontre de cet ami, frère de combat pour moi,


car il n’a pas hésité une seconde à accepter, je reprenais le dessus
sur cette dangereuse aventure et devenais rapidement le metteur en
scène du retournement de situation. J’expliquais à mon ami pendant
le trajet, que des personnes étrangères m’avaient invité à un
déjeuner et que le contenu de la conversation de la veille m’avait
inquiété. Ensuite, afin de préparer notre arrivée, je lui expliquais
que ces personnes m’attendraient à l’entrée de Médéa en face d’une
station-service et que son rôle consisterait à descendre de ma voiture
en se faisant remarquer par nos amis.

Je lui demandais par évidence, de me téléphoner de temps à


autres et qu’après ce déjeuner je le rejoindrais devant le foyer pour
enfants assistés de la ville.
163
a notre arrivée, la mise en scène se mit en place, le profiler et
son épouse observaient d’un air suspicieux mon ami descendre de
mon véhicule et l’échange de quelques phrases entres nous. Je
descendis à mon tour, traversais la nationale afin de les saluer, ils
m’invitaient à les suivre, et à l’aventure de commencer.

Ils me conduisirent d’abord au siège d’une association caritative,


me présentaient au président et son équipe et engageaient une
conversation autour des actions de cette dernière. Par la suite, le
Monsieur aux cheveux blanc, demanda à sa femme de monter dans
ma voiture et me demanda de le suivre afin de nous rendre au
restaurant.

Je n’avais pas saisi cette initiative, sur mes gardes, j’échangeais


quelques mots avec elle pour ensuite l’emmener sur le terrain de
mon investigation. Evasive et plutôt versée dans une démarche
séductrice, elle tenta de m’amadouer et me demanda de la
rencontrer rapidement sur alger. Le niet catégorique émis
courtoisement par mes soins, balaya toute entente cordiale à ce sujet.

agacé mais restant maître de mes pulsions dévastatrices,


séquestrées au fin fond des abîmes de mon être, je réitérais ma
torturante préoccupation. Frustrée par mon comportement, elle me
demanda d’en parler avec son mari et me laissa entendre que les
seules choses qu’elle savait, elle me les avait relatées au téléphone.
a notre arrivée au restaurant, mon attention fût alertée par la
présence de deux individus avec son mari, ils me sont présentés
étant des amis à eux de Médéa et que l’un des deux avait une société
de location de voiture qu’il mettait à leur disposition lors de leur
séjour en algérie. Un déjeuner houleux suivit, un des types s’installa
dans une conversation avec l’homme aux cheveux blanc et la
séductrice s’amusa à retourner les aliments dans son assiette. Etait-
164
ce la présence de mon ami dans la ville qui avait chamboulé leurs
aspirations ?
Repas terminé, mon téléphone sonna, ils avaient compris que je
devais prendre congé. Je les remerciais chaleureusement pour leur
invitation, sautais dans ma voiture et partis récupérer mon ami à
l’endroit prévu.

Plus tard dans la soirée, une conversation téléphonique avec


l’épouse de l’homme aux cheveux blanc, venait un tant soit peu
clarifier mon esprit, j’appréhendais une manipulation diabolique.
Le temps ne tarda pas à révéler mes appréhensions, immédiatement
au réveil le lendemain, je pris la route vers le lieu où je pouvais
rencontrer la personnalité qui intéressait le pseudo retraité des
services français.

Par chance, je fus reçu, et comme pour me libérer d’un énorme


poids qui a failli avoir raison de moi, je lui racontais l’ensemble des
détails de cette tentative maléfique, fraichement vécue. L’expérience
et la sagesse de mon interlocuteur à travers les mots qu’il a su
employer à mon encontre, ne tarda pas à me soulager. Plus tard, je
découvrais la diabolique réalité de cet épisode effroyable, l’homme
aux cheveux blanc, n’était autre que le vénéré maître d’une
organisation évoluant en France, et son adepte d’épouse, une
satanique séductrice aux cheveux très longs couleur noir corbeau,
que le maître utilisait aux fins de recruter des personnalités
algériennes connues.

Cette déduction, ne manqua pas d’être étayée et confortée par


une autre victime des ongles du Purgatoire occulte. En effet, ayant
dénoncé sur mon réseau social la machiavélique tromperie, un
chanteur vedette de Rai algérien, évoluant en France, entra en
contact avec moi et m’avoua ce qu’il avait vécu avec cette femme,
disciple de son satanique maître d’époux.
165

LE TEsT adN
ET L’aRRêT dE La CoUR dE aNNaBa
166

a l’issu du débat sur le recours au test adN pour


l’établissement de la filiation des enfants nés hors mariage, les
retombées médiatiques ont fait de moi l’incontournable appui des
concernés. Je recevais énormément de demandes d’aides, au point
que seul à gérer cette déferlante ruée, je commençais à être dépassé
par le poids de la responsabilité qui s’installa sur mes épaules.

C’est ainsi, que courant juin 2012, une adorable jeune fille
perdue dans le tourment identitaire, entra en contact avec moi afin
que je la soutienne et l’oriente pour une action en justice à annaba.
Je pris immédiatement contact avec une amie avocate humaniste
et lui demandais de prendre en charge cette jeune fille, la juriste
n’hésita pas un instant et la requête aux fins de désigné une
expertise adN fût enrôlée au Tribunal de annaba.

Lors de mes différentes conférences, des juristes, avocats,


Magistrats et même officiers de Police Judiciaire, n’ont pas
manqué de venir vers moi afin de me soutenir dans le combat et
de me remettre leur carte de visite tout en m’assurant de leurs
disponibilités en cas de besoin. Un réseau national d’humaniste
de tout horizon en soutien à la cause, prenait désormais forme et
l’histoire était en marche pour les marginalisés de la bêtise
humaine en algérie.

Le Tribunal d’annaba, après quelques audiences, rejeta la


requête formulée. Il est vrai que certains Juges conservateurs ne
167
voulant pas entendre parler de ce recours au test adN, usaient de
la libre appréciation consentie par l’alinéa 2 de l’article 40, « Le
juge peut recourir aux moyens scientifiques pour établir la
filiation… ». d’où la revendication acharnée, lors de nos
différentes sorties médiatiques interpellant le législateur afin
d’amender cet alinéa en remplaçant le verbe « pouvoir » par
« devoir ».

Pour nous autres, cette mesure éradiquera incontestablement


l’injustice entérinée. Mon amie avocate, convaincue et de surcroît
sensibilisée par cette jeune fille adorable ayant tout pour réussir,
introduisit immédiatement l’affaire près la Cour d’annaba.

Et pour le bonheur des concernés et plus particulièrement de la


jeune fille acharnée, le Juge avec l’appui impartial de la
Procureure Générale de la Cour qui demanda la stricte application
de la loi, entériné l’un des arrêts de justice historiques pour
l’algérie. Je n’exagère aucunement quant au qualificatif
« historique de l’Arrêt », nous gérions au même moment une
affaire similaire à Constantine, qui s’est vu non seulement rejetée
par le Tribunal mais également par la Cour, l’affaire a été
introduite près la Cour suprême à alger.

Je vous invite à prendre connaissance du contenu de l’arrêt de


la Cour d’annaba ci-dessous.
168
169
170
171

La TUNIsIE, L’UNICEF
ET La CoNsTITUTIoN dE 2014
172

En Tunisie, l’arsenal juridique et institutionnel quant à la


protection de l’enfance était de loin le plus avancé de l’ensemble
des pays arabo-musulmans. au lendemain du « Printemps Arabe »,
que nous connaissons tous et de la chute du régime en place, les
débats sur plusieurs thèmes battaient leur plein et notamment celui
de la protection de l’enfance que les militants des droits de l’enfant
voulaient constitutionnaliser.

C’est ainsi que le 7 novembre 2013, je recevais une invitation


à contribution pour un colloque international, organisé le 14 et 15
novembre par l’Institut de la Protection de l’Enfance et l’Unicef,
sur la question de l’accompagnement des familles de substitution,
adoption-Kafala, expériences comparées. N’hésitant pas une
minute, je répondais favorablement à cet honneur que m’a
consenti ma famille tunisienne.

a mon arrivée à Hammamet, lieu de la rencontre, un accueil


des plus chaleureux m’a encore été réservé et les retrouvailles des
personnes rencontrées lors de ma première expérience étaient un
pur bonheur. Le lendemain après la cérémonie d’ouverture, la
première séance fût consacrée à « L’adoption et Kafala entre droits
et pratiques ». Les intervenants lors de cette séance à laquelle j’ai
été associé, étaient le vice-président du Comité des droits de
l’Enfants des Nations Unis et le Président du Tribunal cantonal de
Tunis.
173
Mon intervention, fût consacrée à la Kafala de droit musulman,
ayant pour titre « La Valorisation des mécanismes de la Kafala »
que vous pouvez lire ci-dessous.

Monsieur le Ministre,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Un grand merci à vous tous présents aujourd'hui. Sachez que


je suis très sensible à votre invitation et à l'honneur que vous me
faites.

Mes plus vifs remerciements s'adressent à Madame Boulaares,


Directrice de l’Institut National de Protection de l’Enfance, que
j’ai eu la chance de rencontrer, il y a de cela quelques années déjà,
autour de ce même sujet qui nous tient à cœur.

Un grand merci à l’ensemble de son équipe, pour leur


merveilleux travail et leur soutien dans cette merveilleuse aventure
humaine. Merci pour votre énorme et chaleureux accueil.

Avant de commencer, j’aimerais dédier ce plaidoyer à celle qui


m’a mis au monde, et pour ce faire, elle a été admise à l’hôpital
civil de Constantine, il y a juste 50 ans, aujourd’hui.

Au nom de Dieu clément est Miséricordieux.

Mesdames et Messieurs,

Et si vous me le permettez, chères Sœurs, chers Frères,

Si on devait me poser la question du crime de l’humanité le


plus odieux, je répondrais sans aucune hésitation :
174
La cruauté infligée à l’Enfance abandonnée, depuis l’aube de
l’humanité !

Les Enfants abandonnés dans l’histoire de l’humanité, ont vécu


l’enfer sur terre ! En Occident, ils étaient mis à la rue, livrés aux
chiens errants, et c’était majoritairement des Filles. A l’époque
l’abandon était banal, ce n’était pas un crime.

Le calvaire des enfants abandonnés dans le monde arabo


musulman est complexe, délicat et très souvent dramatique. Il est
marqué de périodes barbares ! Sans la foi en Dieu pour certains
qui en réduit le supplice, il serait incontestablement, attisé de
haine et de volonté paradoxalement légitime de vengeance, le
cheminement vers l’obscurité des ténèbres.

Arraché au sein maternel à l’âge de quatre jours, par la


machiavélique duplicité collective inconsciente, j’allais découvrir
48 ans plus tard, que je n’étais en fait que le fruit de l’horreur.
Fruit d’un viol commis sur les braises de la souffrance, en 1963
sur une adolescente de 14 ans !

Je ne vous cacherais pas qu’à la découverte de cette


monstrueuse réalité, je me suis réfugié quelques temps dans mon
monde à moi, pour méditer longuement sur ma condition et sur
l’immensité de la bénédiction Divine, qui a inéluctablement
protégé l’enfant, l’adolescent et le jeune-homme, afin de laisser
l’homme aguerri qui est aujourd’hui debout devant vous, venir
plaider à l’endroit de ses frères et sœurs.

Chères Sœurs, chers Frères,

J’aborderais maintenant si vous me le permettez, les


175
mécanismes de la Kafala, et plus particulièrement la délicate
question de la place de l’enfant Mekfoul au sein de la famille du
Kafil.

Le régime de la Kafala en Algérie, comme dans la majorité du


mon arabo musulman, est fixé par quelques articles sommairement
édictés. Ils instituent et cadrent le recueil légal, mais restent très
insuffisants et loin d’être une garantie inviolable pour l’enfant.

D’ailleurs on s’aperçoit aisément à la lecture de ces articles,


de la très lourde absence de mécanismes protecteurs et la réalité
du terrain le confirme.

Le statut juridique des naissances sous X dans la majorité des


pays arabes, n'existe pas. Les services de l'enfance assistée,
fonctionnent avec des procédures improvisées héritées des
différentes civilisations passées par-là.

D’où le terrible destin torturant de cette catégorie vulnérable,


qui finissent pour la plupart du temps, embrigadés dans les
réseaux mafieux, exploités et vidés de leurs âmes !

Le décret de 1992 en Algérie, est venu timidement autoriser la


concordance des noms entre Kafil et enfants Mekfoul, mais n’a
pas cerné l’aspect psychologique de l’enfant dans sa globalité.

À notre sens, il est extrêmement important pour l’enfant,


d'évoluer avec un nom concordant à celui de la famille d’accueil,
mais il est aberrant de le laisser livré à lui-même quant à la
découverte de son réel statut !

Imaginez qu'on demande brusquement à un handicapé en


chaise roulante, de se mettre debout à l'âge adulte !
176
Nous avons également remarqué que certaines familles
d’accueils, avec la complicité de certaines administrations de
l’état civil sans scrupules, usaient de moyens peu orthodoxes afin
d’effacer le passé de l’enfant et de le transcrire sur leurs livrets
de famille.

Et par voie de conséquence, lui éradiquer tout lien biologique


et sacré !

Au-delà du caractère usurpateur de l’histoire de l’enfant,


inconscient et innocent, nous condamnons ces agissements avec
vigueur en notre qualité de musulmans concernés, tout en attirant
votre attention sur le danger de ces faits, qui nous transportent
vers une forme d’adoption occidentale, contraire aux lois de la
nature et strictement prohibée par l’islam !

L’enfant né sous x n’est pas un objet ! Il a une histoire et des


droits inaliénables d’un être humain à part entière ! Sur le terrain,
nos investigations nous ont permis de constater la malheureuse
réalité de cet innocent.

Il est non seulement culpabilisé à foison par une société


indifférente, mais en plus, une flagrante discrimination couronnée
par une indifférence totale du législateur arabe, est entérinée.

En d’autres termes, La Kafala telle que définie aujourd’hui par


la législation en vigueur, reste très archaïque et profondément
insuffisante à l’endroit de l’enfant.

Cette malencontreuse insuffisance a été et demeure toujours,


la source d’un nombre indéfini de drames et de vies brisées.
177
En réponse à ce déni caractérisé, pas seulement en Algérie,
l’ensemble du monde arabo musulman est concerné ! La majorité
des acteurs de ce dossier, nous ont fait part de leur frilosité quant
à l’aspect religieux.

Question délicate…, Eh bien si vous le permettez, j’aimerais


aujourd’hui apporter quelques précisions.

L’Islam n’a jamais, au grand jamais piétiné les droits de


l’enfant né hors mariage ! L’Islam est précurseur dans l’abolition
des infanticides et a condamné fermement ces pratiques !

La pureté de l’Islam n’a jamais exhorté les abominables


aberrations, entretenues et colportées par les prédateurs tétanisés
à l’idée de se faire démasquer ! Étant eux-mêmes entre autres les
géniteurs de ses enfants !

L’Islam a proclamé les droits de tous les enfants au 7éme siècle !


L’innocence n’a jamais eu de couleur !

S’agissant du débat en Algérie sur la filiation et l’ADN courant


2011, le Président de la Commission Nationale des Fatwas, du
Haut Conseil Islamique, avait déclaré qu’il était temps de pousser
la réflexion afin d’établir la filiation à l’enfant né hors mariage.

Les versets concernant cette question sont très clairs et


explicites. Allah (Exalté Soit-Il) ne dit-Il pas dans le verset 5 de
sourate Al-Ahzab :

« Appelez-les du nom de leurs pères, c’est plus équitable devant


Allah… »
178
N’est-il pas clair que ce noble verset, exhorte la filiation de
l’enfant au géniteur mâle ?

Ne serait-il pas extraordinaire d’élever le débat et de légiférer


objectivement, permettant l’arrêt immédiat du massacre ?

Dans plusieurs approches contenues dans les quatre doctrines,


nous constatons qu’il est plutôt question de preuves pour établir
avec certitude la filiation de l’enfant, et non pas d’une interdiction.

N’est-il pas encouragé par le Saint Coran de réfléchir,


raisonner et explorer le monde qui nous entoure ? Et par voie de
conséquence, de préserver l’individu de l’ignorance ?

Réfléchissons ensemble en nous projetant au VIIème siècle.

A cette époque la filiation était établie par des pythonisses,


habiles à discerner les ressemblances par leur science et la
physionomie. Les pythonisses procédaient à des comparaisons
entre les traits de l’enfant et ceux de son présumé père, pour
rendre des verdicts sur la paternité.

Cette pratique très répandue parmi les peuples d’Arabie est


reconnue par nombre de rites, basée sur un hadith relaté par
Aïcha. Elle fut même utilisée par Omar Ibn Al Khatab (Paix à
leurs âmes).

En se référant aux pratiques des pythonisses, tant à l’époque


préislamique qu’islamique, nous pouvons aisément conclure que
les tests ADN peuvent être considérés comme l’équivalent
contemporain et rien n’empêche dans ce cas, que leurs résultats
soient recevables comme preuve de paternité.
179
Ne serait-il pas JUSTICE apaisante et de surcroît
épanouissante pour les concernés, d’évoluer enfin avec leurs
réelles identités ?

Le Saint Coran, respecte l'homme quelles que soient sa race,


la couleur de sa peau ou les conditions de sa naissance, et ne fait
aucune discrimination entre les enfants des deux sexes, se
démarquant ainsi des pratiques inhumaines et préislamiques.

Mesdames et Messieurs, Chères sœurs, chers frères,

Nous vous invitons à nous rejoindre dans cet élan porteur


d’une incommensurable victoire humaine. Pour que tous ensemble
nous relevions le défi, dans l’édification d’un réel statut protecteur
et sacré de l’innocence, conforme à notre culture musulmane et
de surcroît protecteur et garant de ses droits.

Joyau imprescriptible, la Kafala doit être réaménagée,


renforcée et mise en valeur par des mécanismes protecteurs
humainement érigés, en conformité avec notre appartenance et de
surcroît vulgarisée, tenant compte en priorité absolue de l’intérêt
suprême du bien-être de l’enfant.

Je conclus ma modeste intervention, si vous me le permettez,


par quelques recommandations importantes à savoir :

- L’abolition du concept des naissances sous X, prohibé par


l’Islam, héritage de l’empire colonial et le fait de le remplacer
par l’organisation de l’abandon en tenant compte de l’état
psychologique de la mère biologique incitent humainement
celle-ci à garder son bébé.
180
- L’insertion d’une nouvelle page dans le livret de
famille,intitulé « Kafil-Mekfoul », afin d’y transcrire les noms
concordants des enfants en Kafala. L’institution de la Kafala
ne doit pas être provisoire, elle doit être définitive. Cette page
innovante, au-delà de son caractère administrativement
pratique et sécurisant, portera forcément ses fruits à travers la
reconnaissance et l’apaisement psychologique de l’enfant, lui
garantissant un statut protecteur et un minimum de droit, et
cela en conformité absolue avec la Chari’aa.

- L’établissement de la filiation de l’enfant né hors mariage par


le recours au test ADN. Filiation exhortée par le Divin dans le
verset 5 de sourate Al-Ahzab. Cette mesure rendra non
seulement justice à l’enfant, mais de surcroît imposera aux
détracteurs de réfléchir à deux fois, avant de commettre l’acte
illégitime et de s’évanouir dans la nature.

Et enfin,

- L’édification d’un statut protégeant la Mère,


incontestablement irremplaçable, à garder son enfant, tel que
souhaité par le prophète (saw) dans le très long hadith d’el-
Ghamidia.

Je vous remercie pour votre attention.

après cette intervention qui plongea l’auditoire dans une


intense émotion, les spécialistes des cinq pays participants à cette
rencontre, étalaient leurs expériences et ce fût un moment riche et
très convivial et de surcroît bénéfique pour les générations futures.
181
Emerveillé par ce séjour furtif, rempli de promesses pour
l’avenir, je reprenais la route pour Constantine riche des nouvelles
connaissances humaines que je venais d’acquérir. Effectivement,
lors de ce colloque, mon expérience fût enrichie par les
conversations que j’ai eues avec les participants et notamment,
celle concernant le projet italien d’adopter la Kafala en Italie.

Quelques jours plus tard, courant décembre 2013, je fus


contacté par le bureau de l’Unicef Tunis. Une agréable dame, me
proposa de revenir pour une autre rencontre à sousse, sous l’égide
cette fois du Bureau du délégué général à la protection de
l’enfance, qui aurait pour objectif une concertation entre les
délégués à la protection de l’enfance et les juges de la famille et
de l’enfance. Elle me fit part du fait que ma contribution au
colloque organisé par l’Institut de la protection de l’enfance de
Hammamet, avait reçu des échos positifs par les organisateurs
ainsi que par les participants, et que ça les avait incités à m’inscrire
au programme de cette réunion.

séduit et à la fois honoré une deuxième fois, je confirmais ma


participation. a mon arrivée à l’aéroport de Tunis le 11 décembre
2013 en fin de journée, j’étais attendu par deux personnes du
Bureau de l’Unicef Tunis. Lors de notre trajet pour sousse, lieu
de la réunion programmée pour le lendemain, une conversation
s’installa avec la dame chaleureuse que j’ai eu le plaisir de
connaître au téléphone. J’évoquais avec elle les différents aspects
quant au mode de prise en charge de l’enfant en Kafala et j’étais
curieux de connaître son avis, quant à la tendance des Juges et
délégués tunisiens. Elle me fit part de la réticence d’une minorité
à la question des nés sous x et que ma participation en tant que
concerné, pouvait avoir des conséquences favorables sur l’enjeu
en cours.
182
J’appréciais l’attention particulière, mais le doute persista quant
à l’enjeu en cours. C’est lors de notre arrivée à l’hôtel où était
organisée la rencontre, que je commençais à comprendre. En effet,
c’est après avoir retrouvé mes connaissances et notamment celles
de l’Institut de la Protection de l’Enfance que j’ai compris que le
débat tournait entre autres autour de la révision de la Constitution,
et que la grande majorité des militants des droits de l’enfant
œuvrait pour que l’intérêt suprême de tout enfant soit
constitutionnel.

au-delà de l’appréhension ressentie à mon arrivé à sousse, la


découverte de ce noble élan à l’endroit de l’enfance ne pouvait
que me rendre fier et très heureux d’y contribuer, ne serait-ce que
par mon infime et modeste participation.

C’est ainsi que courant janvier 2014, la Tunisie, fer de lance


dans le monde arabo-musulman quant aux droits de l’enfant, se
dota de l’article 4712 de la Constitution de 2014, qui venait
désormais garantir la protection de l’enfance par l’Etat.

12) art. 47 : Les droits de l'enfant sur ses parents et sur l'état sont la garantie de la dignité, de la
santé, des soins, de l’éducation et de l’enseignement. L’état se doit de fournir toutes les formes de
protection à tous les enfants sans discriminations et selon les intérêts supérieurs de l'enfant.
183

La CoMMIssIoN NaTIoNaLE
dEs dRoITs dE L’HoMME aLGéRIENNE
184

a mon retour de Tunisie, j’étais épuisé par le voyage et les


décharges d’adrénaline qui se déversent en moi, à chaque
intervention lorsque j’évoque mon statut et mes épreuves.

Je fus immédiatement contacté par un haut-fonctionnaire de la


Commission Nationale des droits de l’Homme algérienne. La
personne déjà rencontrée lors de son passage à Constantine, me
fit part de la volonté de la Commission de me faire participer à la
rédaction du rapport annuel destiné à son Excellence Monsieur le
Président de la République. Il me laissait entendre que l’écho de
mes actions en algérie et récemment en Tunisie avec l’Unicef, les
avaient incités à s’enquérir de mon expérience pour la rédaction
d’un projet de loi concernant l’enfance algérienne.

Nous convenons mutuellement d’un rendez-vous, et le 21


novembre 2013, je suis reçu au siège de la Commission Nationale.
Un échange fructueux et convivial autour d’un café avec ce
Monsieur, qui ne manque pas de me complimenter quant à
l’énergie consacrée sur le terrain, s’ensuit. Il évoque même la
possibilité prochaine de me nommer délégué Régional aux droits
de l’Homme à l’Est du Pays, avec du recul, il aurait dû faire
l’économie de cette dernière qui réveilla ma légendaire vigilance.
Ensuite, il m’invite à le suivre et nous allons à la rencontre du
secrétaire Général de la Commission. Pour être sincère et fidèle à
mon ressenti, je vous avoue que dès notre entrée dans ce bureau,
une vive appréhension s’empare de moi.
185
La conversation avec le secrétaire Général, tourna autour d’un
rapport sur la situation des enfants privés de famille, qu’il désirait
avoir rapidement. Je les remerciais pour l’intérêt qu’ils ont accordé
à ma modeste expérience et m’engage à leur rédiger ce rapport.
Ils me tendent leurs cartes de visites en me demandant de leur
transmettre par e-mail. Je les salue et prends la route pour
Constantine. Immédiatement arrivé chez-moi, je consacre le week-
end à la rédaction de ce rapport, et comme à mon habitude,
n’hésite pas à relater la dramatique réalité. Je vous invite à lire ce
rapport, dépourvu de toute animosité tendancieuse.

A Monsieur le Secrétaire Général


Et
Monsieur le Directeur de l’Administration et des Moyens
Commission Nationale Consultative de Promotion et Protection
des Droits de l’Homme
Palais du Peuple - Alger

Messieurs,
Faisant suite à notre entretien du jeudi 21 novembre 2013 au
siège de la Commission à Alger, qui s’est conclu par votre souhait
de me confier la rédaction d’un rapport sur la situation des
enfants privés de famille, j’ai l’honneur de revenir vers vous, en
vous remerciant pour votre confiance, afin de soumettre à votre
haute compétence un état des lieux et une synthèse incluant
quelques convictions quant à cette population vulnérable.

L’évaluation de la condition de l’enfance privée de famille en


Algérie, sans être animée par un quelconque élan passionnel de
par mon statut, est catastrophique et cela malgré les efforts et les
moyens déployés par l’Etat. A mon humble avis, il est urgent
d’assainir le secteur en profondeur. Depuis quelques années, on
186
a assisté à plusieurs pseudos réformes dans le secteur et on a vu
le dossier de l’enfance abandonnée bourlingué longuement avant
d’atterrir à la Solidarité Nationale.

En tant que Pupille de l’Etat, tant bien que mal aguerri, je me


permets de dire haut et fort au nom de l’ensemble de cette
population algérienne à part entière, qu’elle n’a nullement besoin
de charité ou de pitié, cette population innocente a sa dignité et
sa prise en charge incombe à l’Etat.

A ma très grande surprise, lorsque j’ai parcouru le territoire


national pour m’enquérir de la situation, j’ai amèrement constaté
les faits suivants :

- Incompétences avérées de la majorité du personnel des foyers


pour enfants privés de famille.
- Gestion improvisée voire tronquée quant au placement en
Kafala.
- Tutelle de surveillance et d’accompagnement inexistante.
- Prolifération des naissances sous x au sein même des
établissements (jeune-fille entre 12 et 16 ans enceintes, abusées
par une certaine catégorie du personnel même du secteur)
- Pédophilie dans les foyers pour garçons, encouragée parfois
par la duplicité criminelle d’une certaine hiérarchie. (Voir le
cas qui n’est pas isolé du foyer de Békaria (w) Tébessa)
- Absence de couverture sociale de prise en charge de santé.

Ce que je viens de vous décrire ci-dessus est loin d’être


exhaustif, ce n’est que dans le but de vous sensibiliser sur le drame
qu’endure cette frange de notre société que je l’ai rédigé.
187
Concernant les affaires de maltraitance, en l’occurrence sur
les enfants privés de famille, elles sont récurrentes et cela depuis
de très longues années. Le secteur en plus d’un clientélisme rodé,
souffre d’une pénurie larvée de moyens humains avec les
compétences nécessaires. Depuis l’initiative du projet de refonte
des mécanismes de prises en charges, initiés par l’ancien Ministre
de la Solidarité courant 2009, qui est d’ailleurs tombé dans les
oubliettes, rien de significatif n’est venu au secours de cette
population.

Nous assistons à chaque événement conjoncturel dans une


impuissance torturante, qu’à des agitations politiciennes faisant-
fi de la réalité quotidienne de cette catégorie vulnérable. Je vous
cite parmi les innombrables cas de maltraitance due à cette
duplicité inconsciente qui ne dit pas son nom, trois exemples
fulgurants. Le premier exemple remonte à l’automne 2010, une
dizaine de bébés nés sous x livrés à eux-mêmes décédés dans une
maternité de la Wilaya de Djelfa, le drame a été relaté dans les
colonnes d’El-Watan WE du 24 décembre 2010.

Le second, remonte au mois d’août 2011, une association locale


se rend au foyer pour enfants privés de famille (FEA), découvre
un établissement abandonné avec comme unique présence le
gardien. Le choc a été de voir à l’intérieur d’une chambre, un
enfant mains et pieds liés à son lit avec du fil électrique. La photo
publiée dans un quotidien Constantinois avait provoqué une
colossale indignation. (L’Index du 05/08/2011)

Et enfin le troisième drame inqualifiable, est celui de ce


directeur installé pendant plus de deux années à la tête du foyer
(FEA) de Békaria (w) Tébessa, qui a pendant de longs mois
exploité et agressé sexuellement ses pensionnaires adolescents.
(El-Watan WE 11/11/2011)
188
Ces événements ne sont pas isolés, ils remettent sévèrement en
questions les pseudos mécanismes archaïques et l’indifférence de
la Tutelle. Pour vous donner un exemple qui est celui d’un non
hypothétique acharnement, courant aout 2013 je me suis rendu à
la pouponnière de Constantine afin de m’enquérir de la situation
des bébés. J’ai amèrement constaté encore une fois ce laisser-aller
flagrant.

N’ayant plus de directrice (dernièrement limogée),


l’intérimaire n’a pas trouvé mieux que de laisser le peu de
personnel qualifié partir en congé en même temps. Les bébés
étaient livrés à des ouvrières professionnelles (OP), ne disposant
d’aucune formation médicale ou en puériculture.

La protection des enfants nés sous x et d’ailleurs la protection


de l’enfance en général, n’existe pas et nous l’avons sans cesse
démontré et répété. L’édification urgente de tribunaux pour Enfant
puissants avec des magistrats spécialisés, avec la mise en
parallèle d’une politique de sensibilisation implacable de
promotion de la protection de l’enfance à tous les niveaux,
demeure inéluctable pour l’intérêt de la Nation.

L’Etat débloque d’énormes budgets de prise en charge, mais


malheureusement et ce n’est pas propre à ce secteur, la moitié est
détournée à des fins que seul Dieu connaît. Cette politique de
loger et nourrir sans projet d’insertion efficace me laisse dubitatif
quant à l’épanouissement des générations futures de cette tranche
de la société.

L’autre drame qui n’a pas de nom, réside dans la très longue
liste d’attente des dossiers de familles d’accueils désirant prendre
ses bébés. Pour ces familles honorables de par leurs démarches,
189
l’amertume s’installe dès le premier contact avec les services en
questions, et ensuite c’est le parcours du combattant et/ou je dirais
plutôt, du plus offrant.

En ce qui concerne la prise en charge par le Ministère de la


Solidarité Nationale, mon expérience personnelle et mes
innombrables démarches, contacts et approches avec cette
institution et ses démembrements, m’ont convaincu qu’il était
urgent que l’Etat leur retire ce dossier sensible. J’ai modestement
vécu et assisté à l’arrivée de trois Ministres, aucun d’entre eux
n’a procédé à l’assainissement urgent de ce secteur.

Mon attention a également été attirée par la confrontation


qu’endure cette population avec l’administration, lorsqu’il s’agit
d’établir des documents d’identités. Il est souvent très difficile et
traumatisant pour les concernés d’obtenir leur acte de naissance
« S12 » et très souvent il est nécessaire de faire intervenir les
directeurs des Services de l’Etat Civil. Quant au certificat de
nationalité, les services des greffes des tribunaux imposent en plus
que l’acte de naissance intégral réunissant l’ensemble des
informations d’état civil du concerné, l’attestation de la DAS étant
la substitution à l’acte de naissance du père. Très souvent, devant
le renvoi au bureau de l’enfance des directions de l’Action Sociale,
le citoyen démissionne et reste des années durant sans documents
d’identités.

Dans les foyers d'enfants privés de famille, il faut soigner les


blessures de la vie. Le nombre d’enfants nés sous x, mais aussi
d’enfants retirés à leurs familles pour abandons et mauvais
traitements est en augmentation constante. Il convient de les
protéger et de les aider à se reconstruire. Il est grand temps de
mettre en place des mécanismes spécifiques, pour chaque
190
catégorie de cette population. Il est inconcevable de mélanger les
différentes populations. Cette pratique enfante au bout de
quelques jours une fabrique de délinquants, brisant ainsi le travail
et les efforts des éducateurs intègres et par voie de conséquence
augmentant considérablement le nombre de ces derniers. L'ajout
d'une population délinquante va à l'encontre du but recherché. Il
est urgent de faire la part des choses, à deux populations
différentes, il faut offrir deux solutions différentes.

Le travail ci-dessous est le fruit d'une initiative de


sensibilisation, suivi d’une série d’investigations et d’une
réflexion impliquant les sciences islamiques, autour de la
condition des enfants privés de familles. Après de nombreux
entretiens, des visites de terrain et une lecture consolidée des
législations en rapports avec la Kafala de droit islamique et dont
je n’ai pas hésité à m’inspirer, je souhaiterais vous soumettre les
convictions qui suivent la synthèse ci-dessous.

sYNTHEsE

L’objectif de ce rapport, réside dans l’amélioration et la


stabilité de la prise en charge de l’enfant en Kafala, lui
garantissant une protection inébranlable en conformité avec le
Droit Musulman et la Convention Internationale des Droits de
l’Enfant des Nations Unies. Les enfants vulnérables appartenant
à la culture arabo musulmane, en l’occurrence la population
privée de famille, doivent bénéficier d’une politique de protection
particulière érigée et consolidée par la Kafala.

La Kafala est un mode de recueil prévu par le Coran et reconnu


par l’article 20 de la Convention Internationale des Droits de
l’Enfant, comme une mesure pérenne de protection de l’enfant
191
sans famille. Les enfants en Kafala sont des enfants sans famille,
recueillis légalement pour la plupart d’entre eux par des familles
venues leurs apporter équilibre psychoaffectif et prise en charge
matérielle.

A l’époque préislamique, la pratique de la filiation adoptive


était très répandue. La révélation Divine contenue dans les versets
4,5 et 37 de la sourate 33 Al-Ahzab, est venue modifier cette
pratique : « Il n’a point fait de vos enfants adoptifs vos propres
enfants. Ce sont des propos [qui sortent] de votre bouche. Mais
Dieu dit la vérité et c’est Lui qui met [l’homme] dans la bonne
direction. » (Verset 4sourate 33 Al-Ahzab). L’adopté conserve son
ancienne filiation, comme il est expressément exhorté par Allah
(exalté soit-Il) dans le verset 5 de la même sourate : « Appelez-les
du nom de leurs pères, c’est plus équitable devant Allah… »

Le législateur musulman contemporain, ouvre la voie à


certaines réformes, mais reste très frileux. (Article 15 du décret-
loi égyptien du 10 mars 1929, ordonnance judiciaire N 41 de
1935au Soudan, article 129 du code de statut personnel syrien de
1953, article 222 du code de la famille algérien). La recevabilité
de la reconnaissance de paternité, doit satisfaire à trois conditions
principales. La première est liée à l’écart de l’âge entre l’auteur
de la reconnaissance et l’enfant reconnu. La seconde si l’enfant
n’a pas de père connu, et enfin en cas de dissimulation de fraude,
(changer l’ordre légal d’une succession ou autre). La
reconnaissance de maternité obéit aux mêmes règles.

Dans les pays d’obédience malékite, les solutions divergent,


la Moudawana au Maroc n’admet que la reconnaissance par le
père (art. 89 et 92), le code du statut tunisien connaît la filiation
192
maternelle à condition que le père la ratifie (art. 70), le code de
la famille algérien consacre la reconnaissance de maternité (art.
44). Dans les pays de rite hanafite, il existe un dualisme du droit
classique : la reconnaissance de paternité ou de maternité (art.
134-35code du statut personnel syrien, art.521-53 code du statut
personnel irakien).

En droit musulman, seule une constatation judiciaire de la


qualité d’enfant légitime existe. La recherche de paternité et de
maternité naturelle est interdite. La reconnaissance judiciaire
n’est forcée que dans le cas d’une action en désaveu du mari et
que la mère repousse. Seulement dans ce cas la paternité est
confirmée par jugement. L’article 46 du code de la famille
algérien de 1984 stipule que « L’adoption (tabbani) est interdite
par la charia et la loi ».

Un seul pays s’est distingué en s’écartant de cette norme, la


Tunisie, dans la loi du 4 mars 1956 (articles 8 à 16).L’enfant
trouvé, est considéré comme l’enfant adoptif de la communauté
musulmane. Le tuteur (Kafil) équivalent de l’adoptant, doit être
de moralité musulmane. Un hadith du Prophète (saw), confirme
la place de l’enfant trouvé, « Il n’est aucun enfant nouveau-né qui
n’appartienne à la religion musulmane… » (Sahih Muslim).

En 1979, lors de la première déclaration de l’Organisation de


la Conférence Islamique, il a été retenu que l’avortement et
l’infanticide sont absolument prohibés (art. 7), elle entérine
également dans un autre article que le fœtus est une personne et
que tout être humain a le droit, dès lors qu’il existe de voir
respecter sa personne juridique (art. 21). Ila été déclaré que la
vie est un don de Dieu, garantie à chaque être humain et qu’il
appartenait aux individus, aux sociétés et aux Etats de préserver
193
ce droit de toute violation. Elle a également ajouté dans un autre
article que, « La mère et le fœtus recevront protection et un
traitement spécial ».

La Déclaration de Genève de 1924 sur les droits de l’enfant,


la Déclaration des droits de l’enfant, adoptée par l’Assemblée
Générale des Nations Unies en 1959, ainsi que, la Convention des
Nations Unies de novembre 1989, insistent sur la nécessité
absolue d’accorder une protection spéciale à l’Enfant.

« L’enfant, en raison de son manque de maturité physique et


intellectuelle, a besoin d’une protection spéciale et de soins
spéciaux, notamment d’une protection juridique appropriée, avant
comme après sa naissance ». (Droits de l’Enfant 1959)

« Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles


soient le fait des institutions publiques ou privées de protection
sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des
organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une
considération primordiale ». (Article 3 alinéa 1 de la Convention
des Nations Unies de 1989)

« L’enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci


le droit à un nom, le droit d’acquérir une nationalité et, dans la
mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d’être élevé
par eux ». (Article 7 alinéa 1 de la Convention des Nations Unies
de 1989)

« Si un enfant est illégalement privé des éléments constitutifs


de son identité ou de certains d’entre eux, les Etats parties doivent
lui accorder une assistance et une protection appropriées, pour
que son identité soit rétablie aussi rapidement que possible ».
(Article 8 alinéa 2 de la Convention des Nations Unies de 1989)
194
Cela laisse penser que la privation de l’identité de l’enfant ne
peut être qu’illégale. Par conséquent l’Etat doit prendre toutes les
mesures nécessaires afin de mettre en place une législation claire,
ainsi que des mécanismes fiables et stricts, afin d’établir la
filiation de l’enfant immédiatement après sa naissance.

Concernant la prise en charge, l’article 20 de la Convention


des Nations Unies de novembre 1989 stipule que : « Tout enfant
qui est temporairement ou définitivement privé de son milieu
familial,…, a droit à une protection et une aide spéciale de l’Etat,
les Etats parties prévoient pour cet enfant une protection de
remplacement conforme à leur législation nationale. Cette
protection de remplacement peut notamment avoir la forme du
placement dans une famille, de la « Kafala » de droit islamique,
de l’adoption ou, en cas de nécessité, du placement dans un
établissement pour enfants approprié. Dans le choix entre ces
solutions, il est dûment tenu compte de la nécessité d’une certaine
continuité dans l’éducation de l’enfant, ainsi que de son origine
ethnique, religieuse, culturelle et linguistique ».

Nous constatons dans cet article qu’il y a quatre modes de prise


en charge, ainsi que des critères énoncés, que le juge doit prendre
en considération lors de l’établissement du choix, concernant
l’avenir de l’enfant privé de famille, afin de garantir son
épanouissement et son bien-être.

On remarque que la priorité, est d’abord donnée aux


protections de remplacement conformément aux législations
nationales, en insistant sur la nécessité d’une continuité dans
l’éducation de l’enfant, ainsi que de son origine ethnique,
religieuse, culturelle et linguistique.
195
En matière de protection des enfants et de coopération en
matière d’adoption internationale dans la Convention de La Haye
du 29 mai 1993, il est constaté une discrimination manifeste à
l’endroit de l’enfant de culture arabo musulmane.

En effet, dans son article 2 alinéa 2, la Convention ne vise que


les adoptions établissant un lien de filiation, écartant
implicitement l’un des quatre modes de prise en charge retenue
par la Convention des Nations Unies de novembre 1989, en
l’occurrence la « Kafala » de droit islamique.

N’est-il pas contradictoire de garantir l’intérêt supérieur de


l’enfant et le respect de ses droits fondamentaux tout en privant
d’autres enfants d’adoption internationale ?

Le régime de la Kafala en Algérie, est fixé par quelques articles


sommairement édictés dans le code de la famille de 1984. Il
institue et cadre le recueil légal, mais reste très insuffisant et est
loin d’être une garantie inviolable pour l’enfant. Par ailleurs, on
s’aperçoit aisément à la lecture de ce texte, de la très lourde
absence de mécanismes protecteurs et la réalité du terrain nous
le confirme.

Le statut juridique des naissances sous X en Algérie, n'existe


pas. Les services de l'enfance assistée, fonctionnent avec des
procédures improvisées héritées de la France. La loi 85-05 du 16
février 1985 relative à la protection et à la promotion de la santé
dans son article 73, dispose que l'abandon d'enfant sera pris en
charge par voie réglementaire. « 27 ans après…, ces voies
réglementaires n'existent toujours pas ».
196
Le décret de 1992 quant à lui, est venu timidement autoriser la
concordance du nom entre Kafil et enfant Mekfoul, mais n’a pas
cerné l’aspect psychologique de l’enfant dans sa globalité. Il est
extrêmement important pour l’enfant d'évoluer avec un nom
concordant à celui de la famille d’accueil, mais à notre sens, il est
traumatisant de le laisser livré à lui-même quant à la découverte
de son réel statut. « Imaginez qu'on demande brusquement à un
handicapé en chaise roulante, de se mettre debout à l'âge adulte. »

Nous avons également remarqué que certaines familles


d’accueils, en complicité avec certains agents de l’état civil,
usaient de moyens peu orthodoxes afin d’effacer le passé de
l’enfant et de transcrire son nom sur leurs livrets de famille, et par
voies de conséquences, lui éradiquer tout lien biologique et sacré.
Au-delà du caractère usurpateur de l’histoire de l’enfant innocent
et inconscient, nous attirons votre attention sur le danger de ces
faits, qui nous transportent vers une forme d’adoption, contraire
aux lois de la nature et strictement prohibée par l’islam. L’enfant
né sous x n’est pas un objet, il a une histoire et des droits
inaliénables d’un être humain à part entière.

Nos investigations nous ont permis de constater la malheureuse


réalité de cette population vulnérable. Elle est non seulement
culpabilisée à foison par une société indifférente, mais en plus,
une indifférence soutenue au niveau de la législation est entérinée,
même après l'amendement apporté par l'ordonnance modifiant et
complétant le code de la famille du 27 février 2005. En d’autres
termes, la Kafala telle que définie aujourd’hui par la législation
en vigueur, reste très archaïque et profondément insuffisante à
l’endroit de l’enfant. Cette malencontreuse insuffisance a été et
demeure toujours, la source d’un nombre indéfini de drames et de
vies brisées.
197
En réponse à ce déni caractérisé qui n’est pas singulier à
l’Algérie mais à l’ensemble du monde arabo musulman, la
majorité des acteurs de ce dossier, nous ont fait part de leur
frilosité quant à l’aspect religieux. L’Islam n’a jamais occulté les
droits de l’enfant privé de famille, bien au contraire, il est le
précurseur dans l’abolition des infanticides et a condamné
fermement ces pratiques. L’Islam a proclamé les droits de tous les
enfants au 7éme siècle. Les versets et hadiths concernant cette
question sont très clairs, soutenus et très explicites.

La décision de recueillir un enfant devrait être irréversible, elle


ne doit pas être l’affaire d’une personne, c’est l’affaire d’une
famille tout entière. La place de l’enfant doit-être préservée
lorsque le Kafil décède, lui garantissant une famille et un toit. La
démarche de recueillir un enfant ne doit pas être prise à la légère.
La Kafala doit incarner une garantie inviolable à l’endroit de
l’enfant Mekfoul.

Devant les nombreuses voix qui se sont élevées ces dernières


années pour dénoncer la discrimination que subissent ces enfants,
et au lendemain de la conférence nationale ayant pour thème «
La place de l’enfant en Islam », organisée le 1er juin 2011 à
l’Université des Sciences Islamiques « Emir Abdelkader » de
Constantine, le Haut Conseil Islamique, par le biais du Président
de la Commission Nationale des Fatwas est sorti de sa réserve en
déclarant à la presse ce qui suit :

«Vu l’ampleur que prend le phénomène des naissances hors


mariage, j’insiste pour dire que l’ijtihad sur la question de la
filiation est inéluctable. Il est nécessaire également d’œuvrer à
trouver un consensus aux divergences qui divisent les hommes de
religion. Se référant au verset 5 de la sourate 33 Al Ahzab (les
198
coalisés) – «Appelez-les du nom de leurs pères, c’est plus
équitable devant Allah. Mais si vous ne connaissez pas leur père,
alors considérez-les comme vos frères en religion ou vos alliés» –
la majorité des hommes de religion s’accordent à nier le droit de
l’enfant né hors mariage au nom de son géniteur et à l’héritage,
d’où le refus de recourir au test ADN.

En revanche, d’autres préconisent de revoir ce sujet épineux,


car l’enfant n’a pas choisi de venir au monde ni d’avoir un sort
aussi tragique. L’Etat doit donc prendre en charge ces enfants et
mettre en place toutes les conditions afin de leur assurer un avenir
comme tout individu algérien. Pour éviter ces drames, la
prévention est de mise. En plus clair, l’Etat algérien a le devoir
de procurer à ses citoyens un travail et un logement pour réduire
ces erreurs pour lesquelles seul l’enfant paie. » (El-Watan 17 juin
2011)

Il est grand temps d’ouvrir ce dossier en souffrance, qualifié


d’épineux par une duplicité de détracteurs. Il est de notre devoir
à tous en notre qualité de citoyens musulmans intègres, de
travailler sur un consensus, qui indépendamment de l’aspect
matériel, permettrait la protection des droits de l’enfant né hors
mariage au même titre que tout autre enfant.

Ce texte rappelle les importantes inégalités de traitement subies


par ces enfants qui apparaissent contraires à l’exhortation Divine
et à la Convention des droits de l’enfant. L’effort d’offrir ces
mesures, permettrait une résolution partielle mais très
significative et unique en son genre des problèmes évoqués, tout
en réduisant certainement le nombre des naissances sous x. Joyau
imprescriptible, la Kafala doit être réaménagée, renforcée et mise
en valeur par des mécanismes protecteurs humainement érigés en
199
conformité avec notre appartenance et notre époque, tenant
compte en priorité absolue de l’intérêt suprême du bien-être de
l’enfant.

CoNvICTIoNs

1) abolition du concept des naissances sous X, prohibé par


l’Islam, héritage de l’empire colonial et remplacement par
l’organisation de l’abandon en tenant compte de l’état
psychologique de la mère biologique et incitation humaine à
lui faire garder son bébé.

2) Institution d’un office National de la Kafala.

Il a été constaté que malgré les efforts et les moyens


colossaux déployés par l’Etat, les secteurs successifs chargés
de la prise en charge de l’enfance privée de famille, ont essuyé
ces dernières décennies un nombre considérable d’échec. Les
Directions de l’Action Sociale souffrent aujourd’hui du poids
des dossiers qui leur incombe de traiter et par voies de
conséquence, la charge de tuteur délégué de cette population
n’est pas convenablement assumée. Afin de remédier à ces
carences et édifier les mesures préconisées dans ce manifeste,
il serait très intéressant de créer un Office National de la
Kafala. Cet organisme public, serait pourvu d’une personnalité
morale et d’une autonomie financière pour accomplir cette
tâche, et celle de tuteur délégué par l’Etat de l’enfance privée
de famille.

L’idée serait de définir deux missions principales, l’une


consacrée à la gestion d’un fichier national et à la prise en
charge de l’enfant jusqu’à l’âge adulte et l’autre, serait d’ordre
200
scientifique afin de pousser la réflexion pour une Kafala
harmonisée, fiable et garantissant une pérennité de la
protection et du bien-être de l’enfant où qu’il se trouve.
Accordant un accompagnement thérapeutique spécifique pour
les enfants victimes de la blessure originelle, la thérapie
psychanalytique d’un né sous x ne peut être similaire à celui
d’un orphelin ayant connu ses parents. Le deuil du premier cas,
rarement accessible, laisse la blessure profonde à fleur de chair
durant toute son existence.

3) Amendement de l’article 125 du code de la famille,


il est réducteur et pénalisant de transmettre aux héritiers du
Kafil décédé, le sort et le destin de l’enfant.

4) Insertion d’une nouvelle page dans le livret de


famille, intitulée « Kafil-Mekfoul », afin d’y transcrire les noms
concordants des enfants en Kafala. L’institution de la Kafala
ne doit pas être provisoire, elle doit être définitive. Cette page
innovante, au-delà de son caractère administrativement
pratique et sécurisant, portera forcément ses fruits à travers la
reconnaissance et l’apaisement psychologique de l’enfant, lui
garantissant un statut protecteur et un minimum de droits, et
cela en conformité absolue avec la Chari’aa.

5) Suppression de l’Attestation de naissance délivrée


par les DAS (Direction de l’Action Sociale), pour les enfants
recueillis en Kafala.

6) Etablissement de la filiation de l’enfant né hors


mariage par le recours au test ADN. Filiation exhortée par le
Divin dans le verset 5 de sourate Al-Ahzab. Cette mesure
rendra non seulement justice à l’enfant, mais de surcroît
201
imposera aux détracteurs de réfléchir à deux fois, avant de
commettre l’acte illégitime et de s’évanouir dans la nature. A
défaut du géniteur mâle, la filiation de la mère est attribuée à
l’enfant, préservant ainsi le lien du sang sacré.

7) Création d’une allocation afin d’encourager la


mère, incontestablement irremplaçable, à garder son enfant,
tel que souhaité par le prophète (saw) dans le très long hadith
d’el-Ghamidia.

En vous remerciant d’avance pour l’intérêt que vous


accorderez à ce rapport, je vous prie de croire, Messieurs, à
l’expression de mon profond respect.

Constantine, le Lundi 25 Novembre 2013

Quelques jours après l’envoi de ce rapport, je tenais à


m’enquérir de l’opinion des destinataires, la personne m’ayant
contacté la première fois ne répondait plus au téléphone et à mes
e-mails demeurés sans réponse à ce jour. Cette interrogation étayée
par l’appréhension ressentie violement lors du rendez-vous à
alger, confirmait une attitude méprisante. C’est ainsi, que je
décidais devant cet acte trompeur, d’envoyer le rapport à une amie
haut placée ayant des relations à très haut niveau, afin qu’elle le
dépose sur le bureau du Président de la Commission, du Premier
Ministre de l’époque et à la Présidence de la République.
L’agence Presse service (APS), l’organe de presse officiel
algérien, fût aussi destinataire d’une copie.
202
203

LEs éTUdIaNTs PRENNENT LE FLaMBEaU


204

au cours de mon périple acharné, quelques étudiants


sensibilisés par la démarche dans un pays où règne le tabou sur le
tabou, décidaient de faire de leur sujet de Mémoire de fin d’étude,
la relève de mon combat humain à l’endroit de l’enfance
abandonnée. Que dire, sinon que la semence répandue de mes
idées et parfois même de mes coups de gueules ont bourgeonné
positivement dans une société hostile à l’égard de ses propres
victimes. C’était l’un des plus beaux cadeaux qu’on pouvait
m’offrir. Parmi ces étudiants, que je salue au passage, deux d’entre
eux se sont érigés par une pertinence audacieusement positive
quant à la cause.

C’est ainsi que lors de la conférence du 1er juin 2011 à


l’Université « Emir Abdelkader » de Constantine, une jeune
étudiante de la Faculté des sciences politique et de l’information
de Ben aknoun (Alger) se présenta à moi en m’informant qu’elle
se trouvait là, afin d’élaborer son mémoire de fin d’étude. Elle
assista studieusement à la rencontre, filma mes interventions et
me proposa de tourner un petit film reportage avec un entretien
qui intégrera sa soutenance prévue début juillet prochain.

Une idée me vint à l’esprit, devant me rendre à alger, je lui


proposais de la ramener chez elle et sur la route elle aurait tout le
loisir de poser les questions désirées. Le lendemain, nous prîmes
la route vers alger et l’entretien fût consacré aux réponses de cette
future journaliste qui après avoir obtenue une excellente note pour
205
son travail, m’interviewa lors d’une conférence au Hilton à alger
pour une chaîne de télévision privée. Ci-dessous, vous trouverez
la page de garde de son Mémoire.
206

Mohamed-Chérif Zerguine enfanté par Cirta, actuel


Constantine plus connue sous le nom de « la ville des ponts
suspendu », est cette personne qui a brisée tous les tabous et les
murs qui barricadent le dossier sensible des enfants Nés sous X.
Lui-même fait partie de cette catégorie.
207
Mohamed-Chérif, abandonné à l’âge de quatre jours a vécu
les trois premiers mois de son existence dans une pouponnière à
sidi-Mabrouk (Constantine), ensuite il a été adopté par une famille
aimante constantinoise. Les sept premières années cette famille
adoptive le surnomma Nordine, il découvre son vrai nom à l’école
et son statut d’enfant abandonné l’installe dans une indescriptible
tourmente psychologique.

adolescent, il se repli sur lui-même. a la veille de ses vingt


ans, le déclic légitime le pousse à partir à la recherche de sa mère
biologique. Commence alors une terrible quête, il multiplie les
investigations et sa foi le conduit à découvrir l’ensemble de sa
famille maternelle après vingt-cinq années d’embuches et de
souffrances.

Marié très jeune pour combler un vide, comme il se plaît


à le répéter, il est aujourd’hui père de six enfants et cinq petits
enfants. En algérie, il est considéré comme l’idole des enfants
privés de famille. Il écrit des livres-témoignages et sensibilise par
le biais de conférence la société à chaque occasion. Il se bat pour
que toute enfant soi respecté dans ses droits, est incarne l’exemple
de réussite pour des milliers de Nés sous X afin de les
déculpabiliser.

C’est cet exploit humain qui nous a conduits à choisir ce thème.


sabrina Refine
208
La pertinence du deuxième étudiant qui m’a séduit tant par son
travail acharné que par sa sensibilité au sujet, était cette fois-ci un
travail en profondeur qui venait décortiquer les marques
autobiographiques de mon premier livre « Pupille de l’Etat-La
Peur de l’Inconnu ». Cet étudiant de la Faculté des Lettres et des
Langues de l’Université de Constantine, a choisi l’analyse de mon
discours littéraire pour l’obtention de son Master.

Contacté par ses soins courant avril 2014, il me demanda de lire


son Mémoire et de lui émettre mes commentaires. a la découverte
du travail de ce jeune homme rempli d’humanisme, l’unique
commentaire que je pouvais faire a été de le féliciter vivement. Il
s’était tellement imprégné de mon histoire, qu’il arrivait même à
me balader dans les méandres de ce que fût mon passé douloureux.

Le 29 mai 2014 à l’Université de Constantine, dans une salle


bondée d’étudiants, il soutint avec succès son Mémoire et décrocha
son diplôme de Master en Langue française. La victoire fût d’abord
pour cet étudiant dynamique, qui sans doute aucun, exprimée
l’espoir d’une jeunesse algérienne pleine de vitalité et
d’humanisme, mais aussi pour cette noble cause qui désormais
s’incrustait de jours en jours, dans le quotidien d’une jeune algérie
consciente qui n’espérait qu’un avenir meilleur.

Pour conclure cet épisode extrêmement prometteur, je vous


laisse découvrir l’introduction du Mémoire de ce jeune-homme :

« J’ai souffert uniquement du regard des autres, je découvre que


je suis un enfant de l’amour. Je n’ai commis aucun crime, j’ai eu
tort d’avoir honte, et j’ai même compris que les enfants de nazis et
de prostituées sont aussi innocents que moi.13 ».

13) Boris Cyrulnik - Ed. odile Jacob, Paris, 2008 p. 21


209
Nous avons choisi de commencer par cette citation de Boris
Cyrulnik, puisque cet état d’esprit est le point de départ qu’a
poussé Mohamed-Chérif Zerguine, un écrivain algérien
d’expression française à prendre la plume et nous écrire son œuvre
Pupille de l’Etat, la peur de l’inconnu en 2009. Ce livre qui est
notre corpus, est la mise en forme de son moi, étant donné que
c’est un enfant abandonné qui a décidé de s’inscrire dans une
démarche autobiographique pour expliquer les conditions vécues
par l’enfant né de parents inconnus mais, le fait de raconter sa vie,
n'est pas l'élément essentiel pour construire une autobiographie.

depuis la naissance du genre autobiographique, au XvIIIe


siècle, avec "Les confessions" de Jean Jacques Rousseau comme
modèle original, plusieurs auteurs du monde ont publié le récit de
leurs vies. Philippe Lejeune (cofondateur de l'association pour
l'autobiographie et le patrimoine autobiographique, créée en
1992) a consacré toute sa vie à distinguer l’autobiographie entre
les autres genres de la littérature intime, dans son œuvre
l’autobiographie en France14, il a appliqué ses réflexions sur un
répertoire de 175 auteurs, pour enfin, les classifier et cerner la
notion d’autobiographie.

dans ce mémoire, nous allons nous intéresser sur le contenu


du livre comme objet d’étude, en laissant de côté l’état
psychologique de l’auteur, nous allons essayer de relever toutes
les marques autobiographiques dans le roman pour, enfin le classer
ou non dans le répertoire de l’autobiographie. Le choix de notre
corpus a été motivé par l’originalité de notre travail, étant donné
que c’est un écrit récent qui n’a fait l’objet d’aucune recherche
dans les universités de l’Est algérien.

14) Philippe Lejeune - l’autobiographie en France - Ed. armand Colin - 2010.


210
211

L’ENFaNT aBaNdoNNé
daNs La CoNsTITUTIoN aLGéRIENNE
212

Lorsque le débat sur le projet de révision de la Constitution fût


ouvert, je me suis procuré une copie de ce dernier, afin de
m’enquérir des mesures préconisées. Je découvrais avec une
immense joie pleine d’émotion, la constitutionnalisation de la
protection de « L’Enfance Abandonnée ». Ce fût tout d’abord pour
moi en tant que concerné et de surcroît militant des droits de
l’enfant, une énorme victoire. Le début incontestable d’une future
législation qui éradiquera sans aucun doute la discrimination
torturante à l’endroit des nés sous x. Le message avait fait son
chemin et les voix des militants avaient été reçues et acceptées par
les plus hautes sphères du pouvoir.

après un recul de quelques jours, toutes passions atténuées, je


prenais conscience quant à l’implicite stigmatisation de cette
population, dans cette loi fondamentale qui risquait de provoquer
un effet boumerang quant aux autres catégories vulnérables. de
là, m’est venue l’idée de contribuer en tant que citoyen
consciencieux à ce débat. Je rédige immédiatement ma
contribution et la fais parvenir au directeur de Cabinet de la
Présidence de la République, le 17 juin 2014. voici le texte intégral
de cette dernière.

Monsieur le Ministre d’Etat,


directeur de Cabinet
Présidence de la République algérienne
213
Monsieur le Ministre,

Par la présente, j’ai l’honneur ainsi que l’ensemble des enfants


privés de famille, de me joindre avec cette modeste contribution
à l’élan édificateur, initié par son Excellence Monsieur le Président
de la République, quant à la concertation sur la révision de la
Constitution.

après lecture du projet d’amendement, nous avons été


interpellés par deux points qui à notre sens méritent réflexions.
Nous commencerons par le premier qui est historique, tout en nous
inclinant avec une grande émotion quant à la constitutionnalisation
de la protection de l’enfance abandonnée, contenue dans l’article
16 du projet, amendant l’article 58 ci-dessous, qui confirme
remarquablement l’intérêt accordé à cette catégorie vulnérable de
la population.

Art.16. L’article 58 de la Constitution est amendé et reformulé


comme suit : « art.58. La famille bénéficie de la protection de
l’Etat et de la société.

L’Etat protège les enfants abandonnés et assiste les handicapés


et les personnes âgées sans ressources. Les conditions et modalités
d’application des présentes dispositions sont fixées par la loi.»

Cependant, notre opinion en tant que concernés, serait


d’introduire « l’intérêt suprême de l’enfant », et non pas le
qualificatif stigmatisant d’une catégorie déjà en souffrance depuis
des siècles. La Constitution doit garantir la protection de tous les
enfants et une loi organique devra rapidement ériger une
Institution pour la Protection de l’Enfance. Cette dernière
consacrera entre autres un volet spécifique à l’enfance abandonnée
214
et aux autres catégories, éliminant ainsi toute discrimination
implicite.

Cette mesure protectrice à l’endroit de l’ensemble de la


population infantile algérienne, portera infailliblement ses fruits
à l’endroit de toutes les catégories en danger, mais aussi garantira
le bien-être des générations futures. La reconnaissance inestimable
de cette frange de la société occultée, mise sur le même pied
d’égalité que tout enfant, leur apportera sans aucun doute un
incommensurable apaisement déculpabilisant, garantissant le
respect de leurs droits qui permettra, nous en sommes convaincus,
leurs implications sans réserves dans l’édification d’une algérie
forte, digne et puissante par la cohésion de tous ses enfants.

La Constitution doit ériger une approche novatrice à l’égard de


l’intérêt supérieur de l’enfant. Elle se doit d’adopter cette notion
en principe applicable à l’ensemble du texte. Le principe doit être
entendu comme déterminant l’exigence procédurale et de surcroît
l’obligation pour les décideurs d’accorder l’attention nécessaire
avant toute décision ayant des effets sur un enfant, en vérifiant en
amont la compatibilité de la solution proposée avec l’intérêt
supérieur de l’enfant.

L’évaluation de ce qui est meilleur pour l’enfant, doit imposer


son opinion qui doit être dûment prise en considération. Cette
dernière permettra une analyse concrète, conciliant les divers
intérêts en jeu des effets qu’auront les décisions sur les enfants.
En d’autres termes, ce processus incitera les décideurs à tenir
compte de manière systématique de la perspective de l’enfant. Cet
ensemble de démarches sera considéré inéluctablement
obligatoire, découlant de la Constitution. Le deuxième point,
contenu dans l’article 19 qui propose d’amender et de reformuler
215
l’article 73, nous a légèrement heurtés. En effet, et loin d’une
quelconque audacieuse ambition, l’alinéa premier de ce dernier
stipule que pour être éligible à la magistrature suprême, il est
impératif d’attester de la nationalité algérienne d’origine du père
et de la mère. (voir ci-dessous)

Art.19. L’article 73 de la Constitution est amendé et reformulé


comme suit : «art.73.Pour être éligible à la Présidence de la
République, le candidat doit : Jouir uniquement de la nationalité
algérienne d’origine et attester de la nationalité algérienne
d’origine du père et de la mère…»

au-delà des considérations qui sans doute nous échappent, cela


ratifie inéluctablement la mise à l’écart de l’ensemble des
algériens nés de parents inconnus et par voie de conséquence
entérine une forme implicite ségrégationniste, ouvrant ainsi la
perspective d’un débat qui risque à court terme de ternir l’élan
équitable d’une loi fondamentale. a notre sens, cette condition,
approchée sous cet angle, impose une contradiction criante avec
l’article 1er qui amende et reformule le paragraphe 10 du
préambule de cette dernière. (voir ci-dessous)

Paragraphe 10 : « La Constitution est au-dessus de tous, elle


est la loi fondamentale qui garantit les droits et libertés individuels
et collectifs, protège la règle du libre choix du peuple, confère la
légitimité à l’exercice des pouvoirs et consacre l’alternance
démocratique. Elle permet d’assurer la protection juridique et le
contrôle de l’action des pouvoirs publics dans une société où
règnent la légalité et l’épanouissement de l’homme dans toutes ses
dimensions.»
216
En espérant que ces différentes informations vous permettront
d’avoir un bon aperçu de notre préoccupation citoyenne et de la
légitimité de notre implication, nous restons bien évidemment à
votre disposition pour un éventuel rendez-vous, afin de soumettre
à votre haute compétence notre plate forme à l’endroit de l’enfant
privé de famille.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à notre


cordiale gratitude.

Quelques jours après l’envoi de cette contribution, je publie


dans un quotidien national15, l’intégralité de cette dernière.

15) El-Watan 19 juin 2014


217

L’HEUREUX MUTaNT
218

dans les profondeurs pures de son âme et après dix longues


années de solitude, fouinant dans les aspects les plus délicats afin
d’éclairer l’obscurité, il soupire désormais vivre après son fardeau
ontologique exorcisé. Mais lorsqu’il remonte au siège de sa raison
éprouvée, il se pose la délicate question qui provoque en lui une
terrible affliction. La douleur de son calvaire le replonge dans les
feintes de sa triste vie et comme un mendiant de l’amour destiné,
il revoit les images d’antan qui bougent et qui resurgissent de son
passé.

Châtié violemment par l’incompatibilité réveillée tardivement


à l’âge de la pensée existentialiste, il baigne dans la substantifique
moelle de l’utopique personnage qu’il incarne désormais !
Toujours présente en toile de fond, sa vive conscience pourtant est
imbibée d’un énorme capital de vie et d’un immense affect positif
inné. Parfois, la paume de la main sur la joue, il replonge
profondément dans les méandres chaotiques du siège de son
affectivité et se pose l’éternelle question. suis-je encore capable
d’aimer, le suis-je vraiment ?

Beaucoup diront et l’envieront, mais sans savoir qu’au fond,


son quotidien gris, rouge et noir s’expose à sa vue au lointain de
son horizon. Le temps s’en va, le temps l’entraîne et son cœur
emmuré à l’intérieur de sa demoiselle fiancée solitude, vocifère
en silence pour ne laisser que sa fidèle plume s’exprimer et relater
sur le parchemin humide de son histoire sa triste réalité occultée.
219
Parfois triste, parfois heureux, il ressent les prémices de la
beauté par excellence. Tel est l’état d’esprit d’un être
profondément imprégné par la privation de l’amour originel. Il est
triste à la fête, triste car un manque indescriptible l’envahit à
chaque vision de ce qui paraît ordinaire.

a t-il réellement éprouvé la sensation que ressent tout être


normalement constitué ? Est-il en harmonie avec cette immense
sensation affectueuse qui l’enveloppe ?

Telle est la question torturante d’un être à qui on a imposé le


doute. Troubadour improvisé des temps modernes, il traîne son
profond chagrin à travers le temps présent, en ondoyant
mélancoliquement sur la ville de son châtiment d’antan.

saura-t-il s’extirper de ce tourbillon imposé ? saura-t-il


continuer son chemin en compagnie de la félicité tant souhaitée ?
Telle est la question torturante et récurrente, de l’être conçu sur
les braises ardentes d’un lointain printemps de l’euphorie
éclatante, d’une patrie tant aimée.

Le sursaut d’effort est vivement ambitionné pour que l’amour


triomphe et ne laisse place à aucun regret, faisant place à
l’embellissement de son bonheur convoité.

Trouble de la personnalité double maitrisé, tant au conscient


qu’à l’inconscient éradiqué, je vous ai narré dans ce dernier
épisode au style bref et brouillonné, l’issue de mon ultime réalité
tant désirée. dans les dernières Cendres de mes Larmes qui jadis
mon cœur on saigné, il s’en va se double en me souhaitant du plus
profond de son âme orpheline à jamais :
220
« Longue vie pleine de succès et de bonheur, de la part de ton
Frère qui ondoie désormais dans la brume des supplices des
condamnés… »
221
PosTFaCE

Tout un chacun a peur de l’inconnu, c’est tout à fait vrai, car


en chacun de nous, êtres humains, ce sentiment frustrant hante nos
esprits de manière permanente et rien ne nous délivre de cette
angoisse, que la vérité et rien que la vérité. La vérité blesse dit-on
dans les milieux sages de la société, mais ses blessures, aussi
profondes soient-elles peuvent être d’un grand secours à nombreux
d’entre nous, et peuvent ainsi rétablir la quiétude si longtemps
recherchée.

Echouer donc, dans l’entreprise de recherche de la vérité,


prend souvent les contours d’un drame, que seul son auteur en
subit les contre-courants démoralisateurs et déstabilisateurs. Il est
de vieille notoriété qu’un individu coupé de ses racines n’est plus
à l’abri d’une opinion nihiliste qui affiche un inflexible mépris
pour lui. Et même dans le cas contraire, cet individu ne se sentirait
plus libre moralement, dès lors que l’élément identitaire de sa
personnalité lui a échappé dés sa naissance, et lui échappe
toujours. Nos racines, nos origines, sont des repères dont on ne
peut en aucun cas se départir, car faisant partie intégrante de notre
personnalité, de notre égo. Plus encore, elles sont considérées par
le commun des mortels comme le fondement de tout être humain
auprès de ses pairs et par lesquelles l’affirmation de son existence
en tant que tel, se réalise. Le puissant et l’incontestable tuteur des
Pupilles, en l’occurrence l’Etat, reste et devra rester en
permanence à travers ses institutions et ses démembrements, le
protecteur et le promoteur des droits de ceux-ci.
222
À travers ce récit, il y a matière à réfléchir pour nos
gouvernants, pour nos législateurs et pour les exécuteurs des lois
et des règlements. L’auteur du récit, qui est le personnage réel des
faits narrés est une vieille connaissance à moi. Je l’ai connu depuis
ses premiers balbutiements jusqu’à ce jour. Et à tout moment, j’ai
senti en lui l’homme équilibré et sûr de lui, car la victoire a été
toujours de son côté grâce à ses qualités humaines et
intellectuelles. autodidacte qu’il soit, ses réflexions et surtout ses
démarches sont dignes d’un homme académiquement formé et
professionnellement forgé. son statut de Pupille l’a érigé contre
toute attente à un niveau très appréciable et honorable. ses
démarches, comme vous l’avez certainement constaté, ont été
toutes couronnées de succès et le bout du tunnel est à quelques
petites distances seulement. Il est là, face à sa destinée, et c’est à
son honneur.

abdelfettah TEBBaL
223

BIBLIOGRAPHIE
Boris Cyrulnik, " Un Merveilleux Malheur "
(Ed. odile Jacob 2002)

Nancy Newton verrier, " L’enfant adopté "


(Ed. de Boeck 2004)

Pierre duclos, " Les Enfants de l’oubli, du temps des orphelins à


celui des ddass "
(Ed. France Loisirs 1989)

Convention Européenne des droits de l’Homme (1950)

Convention Internationale des droits de l’Enfant (1989)

Convention Internationale de la Haye


(Protection et coopération en matière d’adoption, 1993)

Loi n°84-11 du 9 juin 1984


(portant code de la famille, RadP)

Loi n° 85-05 du 16 février 1985


(relative à la protection et à la promotion de la santé, RadP)

décret n° 92-24 du 13 janvier 1992


(relatif au changement de Nom, RadP)

ordonnance n° 05-02 du 27 février 2005


(modifiant et complétant la loi 84-11 du 9 juin 1984 portant code
de la famille, RadP)
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dépôt légal - IsBN : 978-9938-846-44-7


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du même auteur :
Pupille de l’Etat-La Peur de l’Inconnu - IsBN : 978-9947-0-2538-3
Nés sous X-dans le Monde arabo Musulman - IsBN : 978-9947-0-3135-3