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Série « annales »

ANNALES 2018
DE LA BANQUE
D’ÉPREUVES
COMMUNES CCIR
SUJETS ET CORRIGÉS

HEC
ESSEC
ESCP EUROPE
EMLYON
EDHEC
IÉNA
BSB
LA ROCHELLE BS
EM STRASBOURG BS
SCBS

Avec le soutien de l’ISC Paris

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Le mot
ESPACE PRÉPAS
Préparationnaires, futurs candidats à l’intégration de l’une des vingt-quatre
Grandes Écoles de management qui recrutent via le concours BCE en 2019, ne
lâchez pas ce livre ! Vous avez entre les mains l’un des outils les plus précieux
pour accompagner votre préparation aux écrits qui se dérouleront en avril et
mai prochains. Vos professeurs prévoient certainement de vous faire travailler
sur des épreuves tombées l’an passé, voire lors de sessions précédentes du
concours, et ils ont raison… pour deux raisons : l’approche technique et la mise
en condition physique ! Comme le sportif s’entraîne pour réussir une compéti-
tion, le préparationnaire s’entraîne pour réussir les concours. Cela passe par la
connaissance la plus précise possible des consignes, la maîtrise des attendus
de chaque épreuve, et par une série de mises en situation pour vous confronter
à des sujets sur lesquels ont planché vos aînés, seuls ou sous la supervision
de vos professeurs.
Ils ne sont de toute façon jamais loin, et encore moins dans ce cas précis,
puisque ce sont eux les auteurs de l’ensemble des corrigés que vous trouverez
dans ces pages. Nous avons veillé à rassembler le panel de sujets le plus
représentatif possible de la diversité et de l’exigence du concours : toutes les
options (ECS, ECE, ECT), toutes les matières (maths, culture gé, éco, langues…)
et tous les concepteurs d’épreuves sont présents. À chaque fois qu’ils l’ont
jugé nécessaire, les professeurs ont agrémenté leurs corrigés de commentaires,
de réflexions, de conseils aux futurs candidats. Un grand merci à eux pour ce
travail précieux qu’Espace Prépas a le plaisir de vous adresser avec l’ISC Paris,
fidèle compagne de votre préparation au concours. La business school soutient
en effet la réalisation des annales BCE depuis plus de dix ans et rappelle cette
année d’une nouvelle manière son attachement aux enseignements des classes
préparatoires en intégrant de la philosophie au curriculum du programme
Grande École. Vous le savez déjà si vous consultez régulièrement le site Espace
Prépas (https://grandes-ecoles.studyrama.com/espace-prepas), ce que je ne
saurais trop vous conseiller ! Vous y trouverez toute l’année des informations
sur les concours et des actualités sur les écoles analysées par la rédaction
d’Espace Prépas en plus d’articles de géopolitique, de culture générale, d’éco-
nomie, de méthodologie… écrits par vos professeurs. Nous avons aussi des
rendez-vous « IRL » dans l’année, à l’occasion de la sortie des quatre numéros

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du magazine Espace Prépas. Vous les recevrez directement dans vos classes.
Avec tout cela, le concours, ce sera juste l’occasion de décrocher vos meilleures
notes de l’année !

Stéphanie Ouezman
Rédactrice en chef d’Espace Prépas

Le concours BCE 2019 évolue.

Toute l’information sur le site Espace Prépas, rubrique


« Concours »

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Sommaire
Le mot d’Espace Prépas 3
Coefficients et cooptation
les épreuves du concours ISC Paris 2019 7
Présentation de l’ISC Paris 9

Épreuves communes

CULTURE GÉNÉRALE
Épreuve HEC 14
Épreuve EDHEC 22
RÉSUMÉ DE TEXTE
Épreuve HEC 28
LANGUE VIVANTE 1
Anglais IENA 36
Anglais ELVi 40
Allemand IENA 46
Allemand ELVi 50
Espagnol IENA 56
Espagnol ELVi 61
Italien IENA 67
LANGUE VIVANTE 2
Anglais IENA 71
Anglais ELVi 74
Allemand IENA 79
Allemand ELVi 83
Espagnol IENA 88
Espagnol ELVi 92
Italien IENA 96

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Option scientifique

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


DU MONDE CONTEMPORAIN
Épreuve ESCP Europe 99
Épreuve ESSEC 117
MATHÉMATIQUES
Épreuve EMLYON 131
Épreuve ESSEC 154
Épreuve HEC 178
MATHÉMATIQUES II
Épreuve HEC/ESCP Europe 206

Option économique

ÉCONOMIE, SOCIOLOGIE ET HISTOIRE


DU MONDE CONTEMPORAIN
Épreuve ESSEC 221
Épreuve ESCP Europe 234
MATHÉMATIQUES
Épreuve EMLYON 249
Épreuve EDHEC 268

Option technologique

ÉCONOMIE
Épreuve SCBS 292
Épreuve ESSEC 308
DROIT
Épreuve SCBS 324
Épreuve ESSEC 333
MATHÉMATIQUES
Épreuve ESCP Europe 340
Épreuve BSB 359
RÉSUMÉ DE TEXTE
Épreuve EM Strasbourg 374

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iscparis.com

Préparez vos écrits et retrouvez gratuitement


toutes les annales depuis 2006 sur notre site internet.

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ÉPREUVES ÉCRITES ET COEFFICIENTS
ISC PARIS
AUX CONCOURS 2019
OPTION SCIENTIFIQUE Concepteur Coefficient Durée
Dissertation de culture générale EMLYON + HEC Paris 5 4h
Contraction de texte HEC Paris 3 3h
Mathématiques EM LYON 4 4h
Langue vivante I IÉNA 8 4h
Langue vivante II IÉNA 5 3h
Histoire, géographie et géopolitique du monde
ESCP Europe 5 4h
contemporain

OPTION ÉCONOMIQUE Concepteur Coefficient Durée


Dissertation de culture générale EMLYON + HEC Paris 4 4h
Contraction de texte HEC Paris 3 3h

ÉPREUVES ISC PARIS DU CONCOURS 2019


Mathématiques EMLYON 3 4h
Langue vivante I IÉNA 7 4h
Langue vivante II IÉNA 5 3h
Économie, sociologie et histoire du monde ESCP Europe +
8 4h
contemporain SKEMA

OPTION TECHNOLOGIQUE Concepteur Coefficient Durée


Dissertation de culture générale La Rochelle BS 3 4h
Résumé de texte EM Strasbourg BS 3 3h
Mathématiques BSB 3 4h
Langue vivante I IÉNA 4 4h
Langue vivante II IÉNA 3 3h
Économie/ Droit SCBS 5 4h
Management et sciences de gestion EM Strasbourg BS 9 4h

OPTION A/L Ulm et ENS Lyon Concepteur Coefficient Durée


Contraction de texte HEC Paris 3 3h
Langue vivante I IÉNA 7 4h
Langue vivante II IÉNA 5 3h
Moyenne concours ENS ENS 15

OPTION B/L Concepteur Coefficient Durée


Contraction de texte HEC Paris 3 3h
Dissertation littéraire ESSEC BS 5 4h
Dissertation philosophique HEC Paris 4 4h
Histoire ESCP Europe 4 4h
Langue vivante I IÉNA 5 4h
Langue vivante II IÉNA 3 3h
Épreuve à options ESSEC BS 6 4h

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ISC PARIS
22, boulevard du Fort de Vaux
75017 Paris
Tél. : 01 40 53 79 99
Fax. : 01 40 53 98 98
Internet : www.iscparis.com
E-mail : jmongodin@iscparis.com

I NTERLOCUTEURS
Président du groupe :  Yves Hinnekint
Directeur Général :  Henry Buzy-Cazaux
Directeur Général adjoint Académie et Programmes :  Thierry Delecolle
Directrice du Programme Grande École : Corinne Rougeau-Mauger
Directeur Entreprises Étudiantes :  Pierre Barreaud
Chargée promotion Classes Prépas : Jennifer Mongodin

I NFORMATIONS GÉNÉRALES
Principaux repères
Une formation académique, internationale et professionnelle sur 3 ans
• Création : 1963 (association loi 1901) ;
• Situation  : Paris, ville privilégiée pour l’emploi, les stages, les partenariats ;
• Reconnaissance par l’État : 1969, Diplôme visé à Bac+5 par le Ministère de
l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et conférant

PRÉSENTATION DE L’ISC PARIS


le Grade de Master ;
• Membre de la Conférence des Grandes Écoles ;
• Membre du Chapitre des Écoles de Management ;
• Accréditée AACSB ;
• Membre de l’EFMD (European Foundation for Management Development) ;
• Membre de l’UGEI (Union des Grandes Écoles Indépendantes) ;
• Membre de la FNEGE (Fondation Nationale pour l’Enseignement et la Gestion
des Entreprises) ;
• Membre de l’EAIE (European Association for International Education) ;
• Membre de la NAFSA (Association for International Educators) ;
• Membre de Campus France ;
• Labellisée EESPIG (établissement d’enseignement supérieur privé d’intérêt général).

Quelques chiffres
• 2 000 étudiants ;
• Un corps professoral composé de professeurs permanents, d’enseignants-
chercheurs et d’experts professionnels ;
• De nombreuses spécialisations et des doubles diplômes ;
• 17 Entreprises Étudiantes (culture & arts, sports & aventures, service aux
étudiants, humanitaire) ;
• 142 accords internationaux dans 47 pays ;
• Au minimum 14 mois de stage ;
• Des coopérations actives avec plus de 1 200 entreprises ;
• 41 253  € de salaire annuel au 1 er emploi ;
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• Plus de 18 000 anciens élèves.
Frais de scolarité : 11 300 € pour l’année scolaire 2017-2018 (frais réévalués
chaque année).
Financement des études : bourses d’État, bourses ISC Paris (de 500 à
1 600  €), prêts bancaires à taux préférentiels. Job service interne (ISC Network,
missions rémunérées 10 € de l’heure), alternance, emploi du temps aménagé
et contrat de professionnalisation possible.

D
REAM, DARE, DO

Dans un monde interpellé par la globalisation de l’économie, les multiples


changements du système économique et social, les évolutions technologiques
incessantes, la mission de l’ISC Paris est d’assurer aux élèves sélectionnés une
formation généraliste au management, de haut niveau académique assise sur
une activité de recherche diversifiée, réellement professionnalisante et condui-
sant à une insertion professionnelle de qualité.

Dans le cadre de cette formation, l’ISC Paris se donne aussi pour mission :

• d’accompagner les élèves à devenir acteurs responsables de leur forma-


tion et de l’acquisition de leurs connaissances, à construire leur identité
professionnelle et à développer leur capacité à donner du sens au travail.
• de développer les capacités décisionnelles des élèves par une pédagogie de
l’action stimulant l’esprit d’entreprise, par la mise en œuvre d’enseignements
transversaux et par l’acquisition d’une bonne pratique des réseaux.
• d e conduire des activités de recherche diversifiée : recherche à visée
managériale, à visées théoriques et à visée pédagogique.
PRÉSENTATION DE L’ISC PARIS

• d’encourager les élèves à la prise de risque en milieu complexe et incertain,


en leur donnant le goût de l’entrepreneuriat, et en développant leurs capacités
d’analyse et de synthèse, de créativité et d’innovation, de prise de décision.
• de construire des communautés apprenantes favorables à l’apprentissage
collaboratif, source d’intelligence collective et de création de valeur.
• de préparer les élèves à la conduite du changement par l’hybridation des
savoirs, par la capacité à l’approche globale des problématiques de l’entre-
prise, par l’ouverture d’esprit et la culture générale, par le développement du
leadership.
• de prédisposer les élèves à assurer des responsabilités professionnelles dans
un environnement international par une exposition aux réalités internationales
et une approche multiculturelle du management.
• d’amener les élèves à prendre conscience des exigences de l’éthique des
affaires, de la responsabilité sociale de l’entreprise et de créer les conditions
favorables d’une pratique de l’altérité, du respect de l’autre et de la solidarité.

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Devenir expert et trouver sa voie

Objectif : dispenser une formation académique de qualité et personnalisée.

Marketing, droit, communication, gestion… avec 44 matières à valider au cours


de vos deux premières années d’études, vous aurez la possibilité d’acquérir
les connaissances nécessaires pour mener à bien les principales missions d’un
manager : définir une stratégie marketing et commerciale, diriger une équipe,
gérer un budget…
Cette polyvalence et cette pluridisciplinarité, fortement appréciées des recru-
teurs, seront complétées par 5 pré-spécialisations au choix.
En 3e année, avec plus de 300 heures de spécialisation, vous maîtriserez parfai-
tement l’un de nos domaines d’expertise. De la finance au marketing, du luxe
aux nouvelles technologies, des ressources humaines à l’international, chacun
pourra trouver le domaine de compétence qui conviendra le plus à sa vocation.
Ces spécialisations construites comme de véritables Masters vous ouvriront
les portes des recruteurs les plus exigeants.

Les spécialisations et doubles diplômes de 3e année

POLE MARKETING / COMMUNICATION ET RELATIONS COMMERCIALES


– Management des relations commerciales
– Marketing digital e-business
– Marketing stratégie
– Management des études Marketing et d’opinions DD
– Marketing communication :
Option communication sectorielle : Luxe / Sport / Digital

POLE MANAGEMENT
– Entrepreneuriat

PRÉSENTATION DE L’ISC PARIS


– Innovation in European Business DD
– Management et modélisation des Technologies de l’information DD
– Management des Systèmes d’information
– Achats et Supply Chain Management
– International Business and Management
– Management des Ressources Humaines

POLE FINANCE ET AUDIT


– Expertise Juridique et Fiscale / Gestion de Patrimoine DD
– Finance
– Gestion des Risques Financiers DD
– Gestion des Instruments Financiers DD
– Expertise Audit et Contrôle

DD = Double diplôme

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Mettre le cap sur l’international pour s’ouvrir au monde

Objectif : vous ouvrir les portes de l’international.

Conscient du caractère primordial des langues sur le marché du travail, l’ISC


Paris vous offre la possibilité d’étudier jusqu’à trois langues étrangères.

C’est pour vous une triple opportunité :

• Perfectionner votre niveau en anglais, langue des affaires par excellence, et


valider une qualification officielle (TOEFL et/ou TOEIC). À l’ISC Paris, les meil-
leurs étudiants en anglais pourront suivre un cursus bilingue et International ;
• Renforcer vos compétences dans une 2e langue déjà étudiée ou en
découvrir une nouvelle ;
• S’ouvrir à des cultures plus originales, avec la possibilité de choisir une
3e langue (arabe, chinois, coréen, espagnol, italien, japonais, portugais,
russe…) afin de vous préparer à aborder les nouveaux marchés en pleine
effervescence !
Au-delà de votre niveau linguistique, ce sont vos expériences réelles à
l’international qui feront la différence aux yeux des recruteurs.
À l’ISC Paris, vous aurez la possibilité en 1re année de faire un stage de
4 mois à l’international ; en 2e ou 3e année de partir 1 ou 2 semestres
chez un de nos partenaires avec la possibilité d’un diplôme de l’université
d’accueil ; d’effectuer un stage de 6 à 8 mois à l’étranger.
Pour ceux dont l’objectif professionnel n’est pas orienté vers l’international,
il faudra néanmoins valider le « passeport international » en validant le
TOEIC avec un score minimum de 785 points et/ou son TOEFL à 90 points,
et vivre au moins une expérience à l’international : lors d’un stage de
16  semaines minimum et/ou lors d’un échange dans l’une de nos
PRÉSENTATION DE L’ISC PARIS

142 universités partenaires dans 47 pays.

S’immerger en entreprise et devenir professionnel

Objectif : faire de l’entreprise un lieu d’acquisition des compétences.

Lors de vos recherches de stages et d’emplois, les recruteurs seront particu-


lièrement attentifs à vos expériences professionnelles. En bref : à ce que vous
savez faire !
L’ISC Paris a donc développé sa pédagogie autour de l’acquisition d’ex-
périences, en proposant 12 à 26 mois de stage au cours des trois années.
Ces expériences de terrain vous permettront d’appréhender les missions
d’entreprises, de tester différents secteurs d’activité et d’acquérir des
compétences professionnelles. De plus, vous pourrez choisir de passer
12 mois en entreprise entre votre 2e et 3e année, c’est l’année d’expérience
professionnelle. Pour vous aider à aborder ces stages de façon efficace et
professionnelle, vous bénéficierez d’un coaching personnalisé.
Autre atout : vous profiterez à Paris, d’une situation géographique exception-
nelle, qui vous donnera accès à un important réseau d’entreprises dans des
domaines d’activité variés.

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Des moyens mis en place pour accompagner la recherche de stage

• L’Entreprise Étudiante Partner ISC propose à tous les étudiants de l’école des
offres de stage en France et à l’international. L’année dernière, ce sont près
de 4 000 offres de stages qui ont été proposées.
• MyISCstage permet aux recruteurs de déposer leurs offres de stage à partir de
notre site internet et à nos étudiants de les consulter en temps réel. Cet outil
permet aussi à nos étudiants d’être en contact avec les différents recruteurs
afin d’échanger avec eux sur les missions proposées.

Des outils pour trouver son 1er emploi :

• Les forums ISC Paris : permettent deux fois dans l’année à nos étudiants de
rencontrer les entreprises qui recrutent ;
• La semaine des métiers et la quinzaine des secteurs d’activité ;
• Les ateliers CV/emploi ;
• CV des jeunes diplômés en ligne, consultables par les entreprises ;
• La rédaction et la soutenance d’un projet professionnel pour chaque étudiant
de 3e année ;
• Un réseau actif de plus de 18 000 anciens ;
• Plus de 3 000 offres d’emploi déposées par an ;
• 20e Business School française au classement du Financial Times ;
• Une nouvelle plateforme exclusive en partenariat avec Job Teaser.

Un pédagogie par l’action : « Entreprendre pour Apprendre »

Objectif : créer un pont entre connaissances et expérience professionnelle grâce


à l’univers des Entreprises Étudiantes.

PRÉSENTATION DE L’ISC PARIS


Dès votre première année, et pendant toute votre scolarité, vous pourrez
allier formation académique et missions réalisées au sein de votre Entreprise
Étudiante. L’intérêt premier de cette « alternance » est de vous permettre
d’appliquer l’ensemble des connaissances enseignées en cours lors de missions
d’entreprises réelles.
Point d’orgue du parcours, les Entreprises Étudiantes vous obligeront à
gérer un emploi du temps chargé, à l’image des managers en activité. Des
expériences qui vous apprendront à vous organiser, à planifier, à déléguer,
à anticiper… des qualités attendues par les entreprises.

Depuis plus de 50 ans, l’ISC Paris accompagne


ses élèves sur le chemin de la réussite.

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S UJET

CULTURE GÉNÉRALE
Durée : 4 heures.

Il sera tenu compte des qualités de plan et d’exposition, ainsi que de


HEC la correction de la langue.
Aucun document n’est autorisé. L’utilisation de toute calculatrice et
de tout autre matériel électronique est interdite.

S
UJET

DISSERTATION

Mon corps et moi

C ORRIGÉ
Par Tony Brachet, agrégé de philosophie, correcteur aux concours des
S

Grandes Écoles de commerce.

Voilà un sujet qui, avec son caractère asyntaxique devenu habituel à HEC,
a de quoi effrayer. Le jury a-t‑il voulu interpeller Mon corps et moi de René
Crevel ? Nous l’avons reparcouru.
« Ce soir, mon souhait réalisé, je me trouve disponible à moi-même. Je n’ose
plus espérer que se trouve la solitude. "Bonjour, esprit habillé d’un corps."
Hélas ! le malheur veut que je sois tout juste en présence d’un corps qui se
croit habillé avec esprit. »
Eco. techno. Khâgne

Plus loin : « Mourir, c’est se désintéresser. La magnificence d’un corps débar-


rassé de la vie et que nos mains colorées, chaudes mais faibles, n’osent
toucher est déjà, semble-t‑il, d’un monde où commence le vrai et son règne
insensible, puisque le sensible auquel nous devons de nous renouveler,
c’est-à‑dire de nous nier et nous renier sans cesse, ne saurait tolérer rien
CULTURE GÉNÉRALE

de définitif ».

En inversant le titre, le jury a pu vouloir interroger, entre autres, l’inconscient


même du poète, esprit encombré d’un corps que des « ailes de géant »
empêchent de marcher. Nous commencerons par là. L’abstraction poétique
et/ou philosophique, assise sur le mythe de l’Âme, qui enfante, à partir de
l’expérience fictive de la mort, ainsi que l’a montré Durkheim, un second
corps, plus adéquat au Moi que le corps défaillant.
L’esprit peut se complaire à la « mise en scène » de cette dualité, bientôt
reprise dans une perspective religieuse, d’un corps « toujours-déjà » mourant
(soma-sèma) et d’un corps éternel, comme l’illustre le dogme catholique de
S cient.

la Transsubstantiation. Il peut aussi interpeller, au-delà du sien, rappelé à la


finitude ontologique, le corps du « non-Moi » – en particulier, le corps sexué.
Enfin, dépassant le « corps-à‑corps » d’un esprit divisé d’avec lui-même
et ne souhaitant plus, comme le dit Rousseau de la Profession de foi,

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qu’être « délivré des entraves du corps » afin de rester un « moi sans contra-
diction », le Moi peut consentir à n’être, au prix de la reconnaissance de sa
double finitude sexuelle et mortelle, qu’un « corps tranquille » au sens du HEC
titre de l’œuvre-fleuve de Jacques Laurent.

Une concurrence déloyale

C ORRIGÉ
Reprenons le texte de Crevel : ma chair devenait insensible – poursuit l’au-
teur de Mon corps et moi reconnaissant qu’il « n’a pas voulu se sentir vivre »
– Écrire, c’est vivre comme si l’on était déjà mort, souligne Rilke. Mais peut-
être la leçon s’étend-elle à tout vivant : on qualifie ainsi de syndrome du
gisant la difficulté de survivre à un deuil anticipé qui, dans le cas de l’« écri-
vant », pourrait être le deuil de soi-même :
« J’ai pincé ma peau devenue indifférente. Je me suis mordu la main, et je
n’ai pas reconnu le goût humain » poursuit le plus endolori, peut-être, des
surréalistes. Le mort-vivant – véritable zombie psychique – qu’est le gisant
de l’écriture se figure être déjà passé par les portes de la mort.
Telle est la problématique de Mon corps et moi : nous pourrions l’appeler,
avec Mélanie Klein, « dépressive », le Moi paraissant aussi clivé – radicale-
ment séparé – de son corps qu’il l’est, pour Freud, de lui-même en tant que
moi divisé. Notre corps ne nous est pas initialement « propre » comme le
voudra la Phénoménologie : il nous est au contraire parfaitement « étranger »,
au point que nous ne le reconnaissons comme notre qu’au terme d’une
expérience solipsiste.

Ontologie du gisant

« Je me considérois premièrement comme ayant un visage, des mains, des


bras, et toute cette machine composée d’os et de chair, telle qu’elle paroît
en un cadavre, laquelle je désignois par le nom de corps ». Le sentiment
premier déployé par Descartes dans sa seconde Méditation ne révèle pas,
Eco. techno. Khâgne

chez le philosophe, une attitude bien différente – elle est seulement plus
« platonicienne » – de celle de Crevel. Le déni du dernier – « animal raison-
nable, hélas » – se mue ici en dénégation :
« Je ne suis point cet assemblage de membres que l’on appelle le corps
humain ; je ne suis point un air délié et pénétrant répandu dans tous ces
membres ; je ne suis point un vent, un souffle, une vapeur, ni rien de tout ce
CULTURE GÉNÉRALE

que je puis feindre et m’imaginer, puisque j’ai supposé que tout cela n’étoit
rien, et que, sans changer cette supposition, je trouve que je ne laisse pas
d’être certain que je suis quelque chose. »
Moi, chose qui pense – âme, esprit – je ne suis point corps. La relation est ici
d’exclusion, d’égarement – celui d’un Ange incarné – voire d’erreur (il faudra
cinq autres Méditations pour établir l’union réelle de l’Âme et du Corps) ou
même de faute (l’âme est libre, les passions du corps la font errer). « Le mal,
c’est la matière », résume Hugo, avant que Valéry ne campe dans l’Ange
une créature trop humaine qui « ne trouve pas sa cause dans le ciel clair ».

La même « néantisation », la même angoisse émergent de la prose subite-


S cient.

ment moins poétique de Marcel Proust :


« Il fallait partir, en effet, de ceci que j’avais un corps, c’est-à‑dire que j’étais
perpétuellement menacé d’un double danger, extérieur, intérieur […]. Et avoir

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un corps c’est la grande menace pour l’esprit. La vie humaine et pensante
(dont il faut sans doute moins dire qu’elle est un miraculeux perfectionne-
HEC ment de la vie animale et physique, mais plutôt qu’elle est une imperfection
encore aussi rudimentaire qu’est l’existence commune des protozoaires en
polypiers, que le corps de la baleine, etc.), dans l’organisation de la vie spiri-
tuelle, est telle que le corps enferme l’esprit dans une forteresse ; bientôt la
forteresse est assiégée de toutes parts et il faut à la fin que l’esprit se rende. »
C ORRIGÉ

Ces mots du Temps retrouvé sont dans toutes les mémoires. La médecine,
« science – pourtant – extrêmement relative du peu que nous sommes » les
corrobore : tel généraliste d’« autrefois », annonçant à sa compagne sa fin
imminente par cardiopathie aigüe, dit seulement : je vais mourir, la mort
suivit. Un autre, physicien, calcula au tableau le temps qui lui restait à vivre
après avoir manipulé accidentellement une pile de plutonium.

« […] il m’était arrivé, dans les moments d’excitation intellectuelle où quelque


circonstance avait suspendu chez moi toute activité physique, par exemple
quand je quittais en voiture, à demi gris, le restaurant de Rivebelle pour aller
à quelque casino voisin, de sentir très nettement en moi l’objet présent de
ma pensée, et de comprendre qu’il dépendait d’un hasard, non seulement
que cet objet n’y fût pas encore entré, mais qu’il fût avec mon corps même
anéanti ».
Cette suite moins fréquentée du texte proustien institue une « interface »
commune au corps et à l’esprit. Conditionné par une semi-ébriété, l’instant
créatif de l’esprit, non encore couché sur le papier – pensée sans langage
comme l’est celle de Dieu – demeure évanescent et contingent, voire inter-
mittent comme les « égarements » du titre de Crébillon fils, et en ce sens
également affectif.
La lumière naturelle de Descartes en effet, l’instant du génie – même en
faisant abstraction de la mort puisque le corps n’est pas encore – ne suffit
pas à nous maintenir éternellement dans la clarté du cogito. Il y faudrait
l’esprit sans corps dont parle Joseph Joubert, le château de la pureté de
Eco. techno. Khâgne

l’Igitur de Mallarmé. Mais Igitur n’est qu’un fantôme, un double du corps


réel, projeté hors du temps comme de l’espace.

« Tout à l’heure – poursuit l’auteur de Jean Santeuil – quand je rentrerais


chez moi (nous admirerons le conditionnel) il suffirait d’un choc accidentel
pour que mon corps fût détruit, et que mon esprit, d’où la vie se retirerait, fût
CULTURE GÉNÉRALE

obligé de lâcher à jamais les idées qu’en ce moment il enserrait, protégeait


anxieusement de sa pulpe frémissante et qu’il n’avait pas eu le temps de
mettre en sûreté dans un livre. »
L’esprit est, par opposition au corps proprement dit, corps pour soi ou corps
métaphorique. « Soleil qui se noie dans son sang qui se fige », il est rappelé
par l’Ange de la mort qui recueille « du passé lumineux tout vestige ». Du
Baudelaire des Harmonies du soir au Tombeau d’Edgar Poe, tout poète
articule l’éternel changement par lequel le Moi tente de nier le changement
temporel jusqu’à rejoindre ce que le jeu World of Warcraft appelle l’Île du
temps figé, Rachmaninov l’Île des morts.
La densification, la matérialisation, l’ossification de l’esprit grandissent
S cient.

à mesure que s’achève la Recherche : « Avec ma mort eût disparu non seule-
ment le seul ouvrier mineur capable d’extraire les minerais, mais encore le
gisement lui-même. » L’en soi de l’esprit n’est pas un os, affirme, contre Gall,

16 l ANNALES CCIR 2018-2019

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Hegel. L’artiste pourtant, tel le Grand macabre de Michel de Ghelderode,
prend sa folie pour un ossuaire. Occupé à sa propre autopsie « anthume »,
à fusionner hallucinatoirement le Corps et le Moi, il est le phénoménologue HEC
de la mort.

Nécessité de la contingence

C ORRIGÉ
Sartre pointe dans l’Être et le Néant l’« aliénation » mortelle que constitue
l’être-corps en tant que tel : « dans la mesure où mon corps indique mes
possibilités dans le monde, le voir, le toucher, c’est transformer ces possi-
bilités qui sont les miennes en mortes-possibilités » (E.N., III, ch. 2). Ainsi
« il n’y a pas de différence de nature entre la perception visuelle que j’ai du
corps du médecin [qui m’opère] et celle que j’ai de ma propre jambe » – ce
qui signifie que mon corps m’est substantiellement lié sans être moi.
Le point d’aboutissement de Proust – le corps assiège, puis dépossède
l’esprit, comparé (en tant que cerveau puisqu’esprit et corps confluent peu
à peu vers la « monade dominante ») à « un thésauriseur dont le coffre-fort
crevé eût laissé fuir au fur et à mesure ses richesses » – est le point de départ
de Sartre. Affirmant que « l’esprit ne saurait être uni à un corps » puisque
« c’est tout entier que l’être-pour-soi doit être corps et tout entier qu’il doit
être conscience » l’auteur de La Nausée conclut que « le corps est tout entier
psychique ».
Sartre est ainsi proche de Spinoza. Fin kabbaliste, lecteur d’Henri Morus,
Spinoza considérait en effet dans l’Éthique (II, prop. 7 scolie) que le Corps et
l’Âme – l’idée du corps, avec sa réflexivité, « l’idée de l’idée », notre « Moi » –
sont une seule et même chose, ce que la Kabbale elle-même n’aurait perçu
« que comme dans un nuage ». Compris dans le Tout – Nature ou Dieu – le
Moi n’est que son corps, plus la représentation, dédoublée ou « répliquée »,
de ce dernier.

Il n’est pas besoin d’une décision spéciale de Dieu pour faire exister un Moi,
Eco. techno. Khâgne

une « idée de l’idée » seulement « possible », et il n’y a pas d’idée troisième :


le possible est le réel. Aussi Sartre, croisant l’illustre métaphysicien, définit-il
mon corps comme « la forme contingente que prend la nécessité de ma
contingence » (L’Être et le néant, III, ch. 2) – chez Spinoza, l’ignorance où je
suis, tant de l’état de mon propre corps, affecté qu’il est par tant d’autres
(Éthique, II, 19) que de mon « Moi », idée de l’idée de ces affections (ibid, 29).
CULTURE GÉNÉRALE

L’idée de l’idée, la conscience réflexive qui « existe son corps » – constituent


des faits d’expérience indépendants des expériences sensorielles auxquelles
un Hume, ou encore un Maine de Biran, réduisent le Moi ainsi que le Corps,
aboutissant à un « ni Moi ni corps » de continuité apparente jusque dans le
discontinu. Wittgenstein en fera l’hypothèse dans ses Investigations – « je
pourrais avoir mal aux dents d’un autre ».
La langue allemande ne s’embarrassant pas, quant à elle, de la distinction
du « Je » et du « Moi », est contrainte, pour penser le corps, à des distinctions
dites « transcendantales » – étrangères à l’expérience proprement dite – et
qu’alourdit encore la traduction. Ainsi Fichte, dans ses Fondements du droit
naturel, déduit-il le corps, au gré du traducteur, d’un « Je qui est un Moi »
S cient.

dans la mesure où ce serait la réflexivité qui le fait corps propre, de corps


quelconque qu’il était.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 17

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Les deux corps du Moi

HEC Ceci n’est pas mon corps


Autrui, « ce moi qui n’est pas moi » selon Sartre (préférons, en toute rigueur
et en français, un « je qui n’est pas moi ») – autrui est « ce médiateur indis-
pensable entre moi et moi-même » qui me permet de m’approprier mon
corps, fût-ce dans l’éminente expérience de la honte où l’œil de l’autre me
C ORRIGÉ

surprend dans une posture corporelle (épiant, par exemple, par un trou de
serrure) que mon « être-pour-soi » ne saurait s’assumer seul à seul.
Mais, par ailleurs, « l’âme ne perçoit aucun corps extérieur comme existant
en acte », du moins sans la médiation des affections du nôtre (Éthique, II,
26). Autrui n’est qu’« horizon » que nous n’appréhendons que par « accouple-
ment transcendantal » de l’opération analogique et mystérieuse inventée par
Husserl, et qui ne suggère que métaphoriquement celle, pourtant décisive,
du « corps-à‑corps » sexuel.
Le corps pour nous « transcendantal » – d’autrui est pourtant pour lui –
un corps empirique différencié, que nous nous approprions dans le
fantasme sadien « Ton corps est mien », voire « J’ai le droit de jouir de
ton corps ». Le « mon corps m’appartient » qui lui répond devient, dans la
doctrine de Kant, le fondement du mariage qui définit comme un contrat
d’usage physique réciproque par lequel des Moi sexués se prêtent leurs
corps sans s’en déposséder, ni les aliéner à l’autre.
Ainsi, le corps du non-Moi est le corps juridique – analogue au corps dont
je suis propriétaire et susceptible de permuter avec lui dans l’usage – mais
il n’est pas le corps personnel dont j’ai le droit, souligne Hegel, de me
défaire par le suicide, alors que pour les autres il est « Moi-corps » et à ce
titre inviolable. Toutefois l’auteur de la Philosophie du droit rejette avec
vigueur la position de son prédécesseur, insusceptible de rendre compte,
en aucun sens, de l’impératif biblique de ne faire qu’une seule chair dans
l’union des « Moi ».
Eco. techno. Khâgne

Le corps-à‑corps du Moi

« Le corps du Christ n’est pas le Christ » note abruptement Leibniz en marge
de Thomas White définissant la Transsubstantiation catholique comme
« conversio panis in corpus Christi […] id est in Christum » – les propres
mots du Concile de Trente.
CULTURE GÉNÉRALE

Descartes définit ainsi la transsubstantiation naturelle : « Lorsque nous


mangeons du pain et buvons du vin, les petites parties de ce pain et de ce
vin se transsubstantient naturellement » et deviennent des parties de nous-
mêmes (Quatrièmes Réponses, in. Méditations). Dans la « surnaturelle » au
contraire, « […] le Corps de Christ est […] contenu sous la même superficie
sous [laquelle] le pain serait contenu s’il était présent, quoique néanmoins il
ne soit pas là comme proprement dans un lieu, mais sacramentellement ».
La formulation, « pas catholique » si l’on peut dire – sans être pour autant
luthérienne ni calviniste – implique que la présence réelle de Christ n’a rien
de permanent. C’est une « fulgurance » liée au « miracle » du Sacrement
eucharistique dans l’instant cartésien. La substance corporelle, il le souligne,
S cient.

ne tient pas au lieu, en sorte que le pain – le corps du non-Moi – n’est pas
incorporé (ni, ironisera Voltaire, excorporé) au corps du Christ comme il l’est
à celui du prêtre ou même au notre lorsque nous le nourrissons.

18 l ANNALES CCIR 2018-2019

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Il n’y a rien de commun entre le « corps de Dieu » – être-pour-soi absolu – et
le nôtre au regard de la substance ou du réel, alors que tout l’est entre ce
dernier et le « monde extérieur » – également sous-ensembles du « corps HEC
cosmique » – dont même les animaux, selon Hegel « prouvent » l’inexistence
« en se précipitant sur lui pour le dévorer » (Phénoménologie de l’Esprit,
ch.1), leur Soi (Selbst) préfigurant le Moi, vrai « cannibale psychique » de la
« chair du monde » avant de l’être du corps sexué d’autrui.

C ORRIGÉ
Descartes est ainsi parvenu à « feinter » son correspondant, Arnaud, qui
vient de l’accuser (Quatrièmes objections, in fine) de servir de « magasin
d’armes » aux libertins, incapables de détachement à l’égard du pain, du
vin comme de la chair, qu’elle soit du monde, d’autrui, voire – dans les
perversions et les psychoses – réellement cannibalique.

Mais comment deux corps – deux substances – peuvent-elles coexister,


voire se changer en un même être ? La solution de Leibniz est désormais
bien connue. C’est en tant que corps vivants, unis par le lien substantiel qui
en fait des substances organiques que le pain et le vin eucharistiques sont
conservés avec toutes leurs « monades » lorsque la Transsubstantiation leur
substitue le corps du Christ, à savoir un autre vinculum substantiale créant
des mêmes éléments, un autre Corps, avec son Âme, la monade dominante.
Il en va de même de l’espérance gracieuse – la grâce est don de Dieu –
faute de laquelle nous serions alors, comme l’enseigne Loyola (« perinde
ac cadaver ») voués non à la passivité « stylisée » du gisant sculptural ou
littéraire, mais au Néant de la « Charogne » de Baudelaire – agrégat de
« monades nues » – ou de la Ballade des pendus. Faute d’une grâce qui,
moralement, nous « transsubstantie » nous serions des « Morts sans sépul-
ture », à l’image du frère maudit d’Antigone ou des martyrs de la pièce
éponyme de Sartre.

Le corps du non-Moi
Eco. techno. Khâgne

Encore Toi
En 2005, une publicité de Marithé et François Girbaud, parodiant la Cène,
représentait en femmes Jésus et les Apôtres. Pourquoi l’Incarnation, en
effet, ne serait-elle pas féminine ? Le Moi de la philosophie – celui de Fichte
par exemple – est « asexué » : luttant pied-à‑pied pour maintenir son identité
jusqu’au sein du non-Moi, il finit par s’unir à lui dans le « troisième principe »,
CULTURE GÉNÉRALE

où Moi et non-Moi coexistent au sein du Moi fondamental.


Ainsi, au terme du parcours, la négation du Moi par le non-Moi – par le
Corps, l’altérité ou le sexe – n’est rien. La philosophie transcendantale
anticipe ainsi la moderne « théorie du genre ». Le Corps du « non-Moi » n’est
pas encore le corps propre, indifféremment sexué, de la phénoménologie ;
ce n’est déjà plus le corps autre de la psychanalyse. Corps étranger dans
le « choc » qu’il inflige au Moi le corps du non-Moi devient corps fantôme
dans la synthèse spéculative finale qui le réintègre à l’ordre discursif et en
fait un corps introuvable, le « corps de l’Autre » de Lacan, le corps refoulé
par le Moi et qu’il lui faudra déduire.
S cient.

Dans le « réel », la sexualité est la véritable rencontre du « corps propre » et


du « corps autre », non moins – en témoigne l’adolescence – que du Moi
et du non-Moi. Elle fait du corps narcissique de l’auto-érotisme, du miroir

ANNALES CCIR 2018-2019 l 19

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ou de l’homosexualité, un corps-pour-l’autre où se perd le Moi. Marqué
de la différence mythique – la castration – qui en fait un corps « féminin »,
HEC le corps du non-Moi – « non-corps du Moi » – vient, par la dépendance
génitale, séparer le Moi de lui-même comme du Corps qui le définissait.
Dans le mythe biblique, une « côte » ou une « queue » – objets d’un long
débat talmudique – transforment par soustraction le corps propre, masculin,
par la métonymie d’une partie devenue corps étranger du Moi en un corps-
C ORRIGÉ

autre qui ne redouble pas le corps propre ni ne le symétrise. « Côte » et


« queue » constituent le « Phallus » lacanien – la représentation réellement
impossible, car symbolique, de la différence du « corps-à‑corps » d’un Moi
dédoublé par la parole, non moins que par l’anatomie, en masculin et
féminin.
Commentant Fénichel, Lacan relève : elle n’est pas sans l’être, lui n’est pas
sans l’avoir. Cette disjonction de l’être et de l’avoir signe l’inexistence, le
caractère lui-même mythique du rapport sexuel, où deux Moi – au contraire
d’une transsubstantiation où deux corps ne font qu’un Moi – sont supposés
ne faire qu’un corps, chair unique (ou, si l’on suit Rachi, engendrée) distincte
toutefois du « corps sans organes », intensité pure, que préfèrent, aux subti-
lités anatomiques, un Deleuze ou un Artaud.

Les corps tranquilles

Le Moi, sauf extrême narcissisme, est « condamné » à  la sexuation.


Rappelons la définition qu’en donne Freud dans Le Moi et le ça. Le Moi est
« non seulement une entité de surface – superficielle – mais encore la projec-
tion d’une surface » – celle de l’enveloppe corporelle ou du « Moi-peau ».
Par un jeu d’opérations complexes admirablement décrites par Mélanie
Klein, puis par Anzieu, le Moi se retire d’un Corps devenu étranger alors
qu’il n’était pas encore « propre », mais « disloqué » par la « perversité poly-
morphe » de l’enfant.
Comment ce Moi « réduit aux acquêts » et essentiellement défensif – pour
Eco. techno. Khâgne

ne pas dire, comme Lacan, « paranoiaque » – devient-il être sexué, c’est-


à‑dire corporel ? L’effort extrême du sport, ébat « enfantin » étranger à la
différenciation sexuelle, ne retient du corps que sa tension agonistique,
expression directe d’une « pulsion de mort », dont la fin tragique du coureur
de Marathon demeure l’emblème, nourrissant un Moi hypertrophié.
En imprimant au Corps – depuis l’Imaginaire – la continuité du Cogito,
CULTURE GÉNÉRALE

Descartes a supprimé ab ovo toute référence à la sexuation. Il prépare


ainsi la voie d’un Spinoza « matérialiste », mais tout aussi porté à identifier
Corps et Âme dans la méconnaissance, tant de la différence (le corps
sexué est corps quelconque) que de l’espèce, et compare notre libido
à celle du cheval.

Comme le « corps sans organes » deleuzien – un corps parfaitement continu,


dont le théoricien se reconnaît en Spinoza – se passe de Moi et revendique
la schize, sinon la schizophrénie, le « moi sans contradiction » rousseauiste,
« délivré des entraves du corps », aspire à jouir sans différence. Ce ne sont
là, ni le Moi, ni le Corps réels.
S cient.

Les « corps tranquilles » – le titre du roman-fleuve de Jacques Laurent – ne


sont ni les corps sans organes ni des « corps-obstacles » de l’égotisme

20 l ANNALES CCIR 2018-2019

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philosophique ou littéraire. Ce sont des corps tranquillement sexués, aussi
simples que le sont, dans l’introduction et la conclusion de l’oeuvre, ces
entités géométriques qu’eût affectionnées Spinoza – ambitionnant de HEC
décrire nos passions comme si elles fussent des cercles ou des carrés,
n’eussent-elles été réparties, dans le tourment du désir, entre Corps et
Âme par notre « haïssable » Moi.

C ORRIGÉ
Eco. techno. Khâgne

CULTURE GÉNÉRALE
S cient.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 21

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S UJET

CULTURE GÉNÉRALE
Durée : 4 heures.

Il sera tenu compte des qualités de plan et d’exposition, ainsi que de


EDHEC la correction de la langue.
Aucun document n’est autorisé. L’utilisation de toute calculatrice et
de tout autre matériel électronique est interdite.

S
UJET

DISSERTATION

Qu’est-ce qui fait qu’un corps est humain ?

C ORRIGÉ
Par Gilbert Guislain, professeur honoraire en classes préparatoires EC
à Versailles et à Paris, correcteur aux concours des Grandes Écoles de
commerce.

Resituons le sujet parmi tous ceux de la session 2018. Identique à celui


d’Ecricome (« Qu’est ce qui fait qu’un corps est humain ? »), il nous mène
vers une réflexion sur la spécificité, l’essence du corps humain. Corps et
humain ne se recoupent pas ainsi, un corps peut ne pas être humain, car
nous devons prendre en compte l’animalité ou la nature – et toute l’huma-
nité ne se résume pas en un corps. L’un des autres sujets de la session
Eco. techno. Khâgne

des concours 2019 était plus large (EM Lyon : que faire de notre corps ?).
Le dernier enfin invitait à réfléchir au langage du corps (ESC, voie techno-
logique). En contraction, était proposé un texte de Michel Jeanneret Eros
rebelle, littérature et dissidence à l’âge classique, et en synthèse, un corpus
constitué d’un texte de Régis Debray (Modeste contribution aux discours du
CULTURE GÉNÉRALE

dixième anniversaire, 1978) Emmanuel Todd (Où en sommes-nous ?, 2017)


et Bruno Latour (Où atterrir, comment s’orienter en politique ?, 2017). Sujets
et commentaires, rapports de jurys, figurent sur le site bce.com, à examiner
de près par tous, dès la première année, pour toutes matières et toutes
épreuves. Le site Studyrama-Espace prépas met également en ligne des
corrigés, peu après la fin des épreuves, en particulier ceux de Tony Brachet.

La dialectique des deux concepts

Un corps est un ensemble dont les parties sont solidaires, tenues par des
liens organiques, internes, ou mécaniques, mus par une énergie extérieure.
S cient.

Il forme souvent un système, chaque partie contribue au tout, et le tout est


présent dans chaque partie. Traditionnellement, pour l’Antiquité comme
pour la Renaissance néoplatonicienne, le corps humain a été synonyme de

22 l ANNALES CCIR 2018-2019

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proportions harmonieuses. L’Homme était vu comme un résumé du monde,
un microcosme, thèse reprise par Rabelais dans le Tiers Livre, un intermé-
diaire entre les Dieux et la nature. Mais tout corps matériel par exemple, EDHEC
n’est pas humain, il peut exister une relation extrinsèque entre humanité et
corporéité. Le corps peut être seulement un espace matériel étendu, et, si
le matérialisme conclut à cela, en définissant l’Homme comme une matière
perfectionnée douée de sensibilité (La Mettrie, L’Homme machine et surtout

C ORRIGÉ
Diderot, Le Rêve de d’Alembert, Lettre sur les aveugles). En revanche, les
spiritualistes s’opposent à cette dernière thèse. En effet, l’humain n’est pas
réductible alors à un seul corps. Le culte des morts rend hommage à notre
dimension spirituelle, même lorsque nous ne sommes plus. L’Âme serait
supérieure au corps, on le voit chez Platon comme dans le christianisme.
Il convient alors d’interroger la spécificité de l’humanité, en relation avec la
nature et l’animalité. La main, le visage, l’exercice de la technique et de l’art
définissent le corps humain.
Dépassant la matérialité, le corps de l’Homme devient humain, il est construit
par la société, comme le montrent les exemples de la masculinité et de la
féminité, l’éducation, la sociabilité, la civilité, la mise en ordre des corps ou
bien enfin la morale humaniste. L’inconscient, le désir, le sens du beau sont
aussi proprement humains.

Humanité, animalité

L’Homme se définit par opposition à l’animal – le corps humain étant spéci-


fique – ou bien alors il s’inclut dans l’animalité. La Fontaine (Fables) prête
aux animaux des corps humains et les caricaturistes politiques du xixe siècle,
confère à ces figures des traits animaux. Par notre corps, nous sommes
proches et distants des animaux, qui mènent l’Homme à se questionner
sur son orgueil spéciste.
Dans les religions, philosophies et mythologies traditionnelles, l’animal
n’était pas dévalorisé, il appartenait comme l’Homme à un grand corps,
Eco. techno. Khâgne

le cosmos, parcouru de vie, selon l’animisme, le vitalisme, le panthéisme.


Spinoza reprend au xviie siècle cette idée d’un grand tout. Le monde est
une continuité vivante, rien ne vient limiter et définir un corps humain spéci-
fique. Initialement, animaux, végétaux, humains sont en symbiose, avant
que les formes et les essences ne se séparent, ne soient rationnellement
distribuées. Dans le monde primordial, toutes les espèces communiquent,
CULTURE GÉNÉRALE

la vie est partout. Le divin, les esprits et le surnaturel sont dans la nature en
union avec les hommes qui peuvent agir sur ces forces par la magie, le
maraboutage, le masque pour communiquer avec l’au-delà. Par opposi-
tion, le judéo-christianisme refuse l’âme aux animaux, pourtant créatures
de Dieu. La Bible enjoint aux hommes de dominer la nature, entreprise
accomplie en particulier par les Anglo-saxons en Amérique. Au xviiie siècle,
la modernité cartésienne inaugure une impasse de la pensée, la théorie de
l’animal-machine ; la nature, l’« étendue » pour Descartes, serait mécanique
et distincte de l’esprit humain. La conscience, mais aussi la souffrance
ne seraient pas reconnues aux animaux. La philosophie mécaniste de
la nature dévalue donc l’animal. Inversement, si l’Homme appartient au
S cient.

grand Tout sensible, en permanente transformation, seulement distribué


en différences de sensibilité et non de nature, alors il n’y pas de corps
spécifiquement humain. La connaissance est alors affaire de sens relatif et

ANNALES CCIR 2018-2019 l 23

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non de vérités absolues. Au xviie siècle, le libertin Cyrano de Bergerac avait
postulé dans l’Autre Monde l’égalité de l’Homme et du chou. Il ne saurait
EDHEC y avoir de distance définitive entre l’animal et l’Homme. Le spécisme, l’an-
thropocentrisme sont donc contestés. Ainsi, l’intelligence pratique et les
ruses du chat de Montaigne révèlent les aptitudes des animaux et ainsi,
rabaisseraient la présomption, l’orgueil humain. Aujourd’hui des intellec-
tuels toujours plus nombreux, à la suite de Peter Singer, Florence Burgat,
C ORRIGÉ

Elisabeth de Fontenay, Luc Ferry, Matthieu Ricard, Michel Onfray, Corinne


Pelluchon, Franz-Olivier Giesbert et le christianisme d’inspiration francis-
caine (Laudato Si) défendent les intérêts des animaux, l’idée de nos devoirs
envers eux. L’animal est maintenant reconnu juridiquement comme être
vivant et non plus comme un objet, comme un meuble. L’opinion est alertée
sur les pratiques insupportables de certains abattoirs et élevages contraints
de l’agro-industriel, alors que les neurosciences montrent l’empathie entre
toutes les créatures, comme l’échange avec un chat loué par Lévi-Strauss
(Tristes tropiques). Dans Les Fleurs du mal, (LXVI) Baudelaire avait écrit trois
poèmes sur les chats, appréciés des « amoureux fervents et des savants
austères ». Pour achever avec l’idée de la défense de la nature, il faut ajouter
qu’amalgamer écologie radicale et nazisme est malveillant et simpliste. C’est
par la défense des animaux que l’Homme révèle son humanité. Les animaux
sont mes amis, je ne mange donc pas les animaux. L’Homme est frugivore
et l’alimentation carnée, habitude très récente dans l’histoire humaine, n’est
qu’une seconde nature.
Au terme de ce moment de réflexion, nous sommes en présence du concept
de corps naturel plus que de corps spéciquement, exclusivement humain.

La main et l’art

Néanmoins, des attributs humains soulignent notre spécificité, comme la


main ou le visage, le regard. Il faut éviter de faire une revue de détail de
ces attributs, il faut faire porter l’accent sur la question de l’humanité. Les
Eco. techno. Khâgne

philosophes antiques avaient établi un lien entre intelligence et usage des


mains. Pour Anaxagore, l’Homme est intelligent parce qu’il a des mains ;
pour Aristote, l’Homme a des mains parce qu’il est intelligent. Son âme est
intellective et il réalise sa finalité comme être politique au sein de la cité.
La main manifeste plusieurs rapports au monde, elle n’est pas qu’un outil.
On parle de la main du paysan, du chirurgien, du peintre, de l’artisan, dans
CULTURE GÉNÉRALE

le quotidien. On signe et l’on écrit. On lève la main, on s’engage, on prête


serment, on joint les mains pour la prière, dans une tension vers le divin. Il
existe une mystique comme une symbolique de la main. Dans la Création
d’Adam (1511) Michel-Ange, sur la voute de la chapelle Sixtine à Rome,
peint l’index de la main de Dieu tendu vers Adam.
La main et ses multiples usages permet à l’homme de saisir le monde, de
le domestiquer, de le transformer et aussi de s’en distancier, cette trans-
formation permet d’aborder les concepts antiques de techné, de praxis et
de poeisis. La technique humanise le monde et provient de l’usage du feu
donné par Prométhée aux hommes (Protagoras 320 d-321 d) plus démunis
que les animaux mais plus libres, même si ceux-ci ne peuvent changer leurs
S cient.

armes – et doivent « garder leurs chaussures ». L’Homme peut opposer


la culture à la nature, en se tournant vers l’art. Dans le Peintre de la vie

24 l ANNALES CCIR 2018-2019

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moderne, faisant l’éloge du maquillage, Baudelaire soutient que la nature
doit être réformée, corrigée, voire métamorphosée par cet art.
Le regard est aussi humain, direct ou détourné, dérobé, dubitatif, est défini EDHEC
souvent comme expression de l’âme, de l’esprit, comme le montrent les
statues des cathédrales. Profond, il rend sensible l’émoi. Sur la scène
sociale, dans le cadre de la comédie humaine, il se livre au jeu de la séduc-
tion et du pouvoir. Partie la plus visible et dénudée du corps, il nous oblige

C ORRIGÉ
à soutenir ce que l’on voit. Je suis vu et regardé, sous le regard de l’autre,
comme le montre Sartre. Pour Levinas, le visage d’autrui exerce un interdit :
« Tu ne tueras pas. » Le bras prêt à frapper est suspendu.
L’usage du masque signale également l’humanité. On revêt des apparences
multiples, on dissimule ses desseins, c’est l’inverse du nu ou tout est vu
jusqu’au point où le regard en sait où se poser. Le masque, lié à l’esthétique
baroque, à l’artifice devenu nature du courtisan, s’inscrit surtout dans une
dimension socio politique. Grâce au masque, on voit sans être vu, ce qui
est le principe de toute police efficace. Michel Foucault comme Balzac
l’ont montré chacun à leur façon. Les animaux se dissimulent certes par
intérêt, mais les hommes se travestissent par jeu, de manière gratuite et
désintéressée.

Corps, culture et morales

Le corps est humain parce qu’il est spécifiquement couvert. Le nu n’est pas
naturel. Le naturisme est souvent ascétique. Le nu revêt diverses valeurs et
connotations : dépouillement, innocence, humilité mais aussi dénuement,
déshumanisation, perte de l’individualité. De même, le vêtement fait sens :
se masquer, séduire, se distinguer, être conformiste, transgressif. Érotisme,
sexualité, dévoilement, séduction, entrent en jeu. La nudité chez le médecin
n’est pas la même qu’à Pigalle.
C’est l’empreinte de la société qui fait que le corps est humain. Foucault
a montré que la société moderne met les corps en ordre. Au moment de la
Eco. techno. Khâgne

Renaissance, naît une civilité ordonnée (Erasme, La Civilité puérile, Elias,


La Civilisation des mœurs). On suit des codes et des manières de se tenir.
Être humain face à autrui c’est suivre une morale, adopter une attitude
humaniste et ouverte. Nous pourrions réfléchir au triptyque suivant : humain,
humaniste, humanitaire. Mais derrière cette humanité de façade, ne se mani-
feste-t-il pas réellement la férocité des appétits, comme l’ont montré Balzac,
CULTURE GÉNÉRALE

Maupassant, Zola à la fin du xixe siècle, puis Jack London (Le Talon de Fer,
Iron Heel) et Céline (Voyage au bout de la nuit), où le réalisme pessimiste
sombre s’oppose à l’optimisme idéaliste humaniste issu des Lumières. Une
photographie montre des chiens à une table de banquet, costumés en aris-
tocrates servis par des hommes en livrée de laquais (Michel Onfray, L’Anti
Manuel de Philo, Bréal).
Mais ce qui fait aussi qu’un corps est humain, c’est sa possibilité de faire
des écarts, de transgresser les normes, de pratiquer l’excès physique
comme réalisation de la nature, comme chez Rabelais, avec l’ivresse, le
rire, la fête, l’amour, la danse, le jeu, la goinfrerie dans un climat bouffon et
grotesque. C’est homo demens, pour reprendre l’expression d’Edgar Morin
S cient.

(Le Paradygme perdu, La Nature humaine), celui de la culture populaire, qui


est alors en scène. La performance systématique contemporaine est tournée
aussi vers l’excès, mais elle gère et maximise les possibilités du corps, mais

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en suivant des processus établis, normalisés et en visant des résultats ; elle
diffère donc de la liberté du corps humain comme de la transgression. La
EDHEC performance et le dressage surtout, forment parfois des corps mécaniques
et grotesques.
Cette dernière, illustrée par exemple par le libertinage aristocratique, de
Don Juan ou de Sade au xviie siècle, montre que la nature de l’Homme
serait de se défaire des normes, de laisser faire cette propre nature, même
C ORRIGÉ

si la morale bourgeoise du travail vient réfréner la liberté dans le monde


industriel du xixe siècle.
Ce qui est humain est culturel, un corps est humain dans la mesure où il
est l’objet de choix culturels : pratiques de chirurgie, du visage ou du sexe,
attitudes face à la douleur, la santé, la mort, à l’alimentation, au choix des
sports, des vêtements, pour obtenir des apparences idéales : aristocrate à la
peau pâle, bourgeois obèse, ascétisme, androgynie, culte de la ligne, genre
auto-défini, au-delà de la détermination de naissance, peau bronzée, corps
des punks scarifié, tatoué, percé, opposé aux body-buildés californiens des
années 60. Les tatouages et les piercings constituent des signes identitaires,
tandis que les rapports sociaux à autrui sont distants ou expansifs, policés
ou decontractés… Les sociologues sont nombreux, qui ont été étudié ces
signes, ces métamorphoses, ces choix, comme Alain Corbin, Georges
Vigarello, Jean Jacques Courtine (Histoire du corps, Histoire de la virilité),
Anne Marie Sohn, le pionnier ayant été Roland Barthes dans Mythologies
(1957). Dans ce qu’il dit de certains signes et mythes des années 1950-
1960. L’histoire des générations, des goûts et des valeurs, des préférences
des jeunes, nous offrent de nombreux exemples en ce sens. Le corps est
humain dans son conformisme, mais aussi dans sa distinction et l’exercice
de sa liberté.
En allant plus loin, le transhumanisme prétend accroitre l’humanité du corps
non seulement par des prothèses, mais aussi par des exosquelettes, l’eu-
génisme, les biotechnologies, l’intelligence artificielle, les robots, les singes
« augmentés », les cyborgs, entre « quincaillerie » électronique, informatique,
Eco. techno. Khâgne

et organique, avec comme rêve la vie éternelle. C’est le messianisme des


penseurs californiens de la Silicon Valley, des gourous des nouvelles tech-
nologies comme Norbert Wiener, qui a imposé le rêve d’un monde meilleur
et pacifié, assorti en fait de normalité et de contrôle social. Contre ses
apôtres, comme Elon Musk ou Raymond Kurzweil, ont pris parti Jean Michel
Besnier ou Christian Godin, Mathieu Terence (Le Transhumanisme est un
CULTURE GÉNÉRALE

intégrisme). Libertaires, zadistes, technocritiques, défendent l’empathie et


l’intelligence sensible, le hasard et la différence contre la normalisation et
une lecture infantile du Progrès.

Pour aller plus loin

Vidéos sur les thèmes de culture générale


Vidéos de Gilbert Guislain – culture générale sur Youtube Espace Prépas

Thème 2018-2019 : la mémoire


S cient.

La Mémoire, F. Farago, E. Akamatsu, G. Guislain, Dunod


Dissertations sur la mémoire, V. Bonnet, Studyrama
Magazine Espace prépas, site grandes-écoles.studyrama.com

26 l ANNALES CCIR 2018-2019

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Bibliographie de culture générale

Cent Fiches de culture générale, collectif, D. Bourdin, Bréal EDHEC


Réussir son oral, 50 sujets de culture générale, Gilbert Guislain, Studyrama
Éléments de culture générale, collectif, Ellipses
L’Intégrale de la culture générale, collectif, Ellipses
Exercices de contraction et de synthèse de textes, G Guislain et Y. Terrades,

C ORRIGÉ
Ellipses
QCM commentés de culture générale, G. Guislain, Studyrama

Eco. techno. Khâgne

CULTURE GÉNÉRALE
S cient.

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S UJET

RÉSUMÉ DE TEXTE
Durée : 3 heures.

Résumez en QUATRE CENTS MOTS plus ou moins 5 % (soit


HEC 380-420 mots), le texte suivant, en vous attachant à mettre en valeur
les idées essentielles et les articulations de la pensée de l’auteur.
Mentionnez le décompte par 50 mots et, en fin de copie, reportez le
nombre de mots utilisés.

N.B. : Cet exercice doit rester impersonnel dans le fond comme dans
la forme, et respecter STRICTEMENT les limites imposées.
La copie doit être entièrement rédigée : la correction et la clarté de
la langue entrent pour une part dans l’appréciation du correcteur.
Il n’est fait usage d’aucun document ; l’utilisation de toute calcula-
trice et de tout matériel électronique est interdite.

S
UJET

Nous baignons aujourd’hui dans une culture molle et permissive, si libérée


des interdits (du moins en apparence) qu’on cherche laborieusement ce
qui pourrait encore surprendre ou choquer. Les conduites, les images, les
mots qui, autrefois, soulevaient les émotions, inspiraient de la honte ou de
l’indignation, sont banalisés à tel point que les médias s’essoufflent à la
recherche de scandales qui puissent, en dépit de la saturation, frapper
un public anesthésié. La rigueur de la règle et le défi de la transgression
Eco. techno. Khâgne

appartiennent à un passé qui s’éloigne. Il y a peu, la publication de Sade


soulevait une tempête et se réglait devant les tribunaux ; cinquante ans plus
tard, l’événement paraît si incongru qu’il relève de l’histoire ancienne. Dans
ces conditions, nous risquons d’oublier que l’érotisme a pu être un choix
philosophique hardi, une posture subversive et dangereuse. Plus générale-
ment, il faut un effort de mémoire pour se rappeler que la littérature a milité,
jadis et naguère, dans la dissidence, qu’elle a bravé les censures et qu’elle
a été souvent, contre les abus de pouvoir, le refuge de la liberté. (…)
RÉSUMÉ DE TEXTE

Pour déplacer les bornes de la routine et ouvrir le monde à son versant


caché, la littérature n’a pas besoin d’argumenter ni de polémiquer. Sa force
tient à l’évocation d’un univers ténébreux, qui est une part de nous­-mêmes
et pourtant nous échappe. Il suffit qu’à l’espace familier, surveillé, elle super-
pose un ordre de phénomènes normalement censurés pour que l’existence
prenne soudain une profondeur insolite et que les certitudes étroites de
la vie consciente se mettent à bouger. On connaît la théorie freudienne
du rêve éveillé : au même titre que les visions oniriques et les divagations
S cient.

diurnes de l’imagination, l’œuvre d’art dévoile le monde des fantasmes.


Parce qu’elle échappe aux contraintes du principe de réalité, elle offre une
compensation, imaginaire mais essentielle à notre équilibre, aux sacrifices

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S UJET
que nous impose l’ordre moral et social. Elle mime la liberté et, par cet
accomplissement hallucinatoire des contenus de l’inconscient, nous permet
de vivre, par procuration, une vie plus pleine, plus accueillante à nos désirs
et nos angoisses. Faisant entendre cette voix montée des profondeurs de la
psyché, la littérature est investie d’une fonction vitale : par elle, nous recon-
naissons les forces interdites et, au lieu d’en avoir honte, nous en jouissons.
HEC
Par elle encore, l’imaginaire prend consistance, le déraisonnable acquiert
une légitimité, les poussées de l’instinct se chargent d’une dignité nouvelle.
Le temps d’une fantasmagorie, nous voici amples et plus libres que dans
la vie ordinaire ; réconciliant les deux faces de notre être, nous atteignons
à une plénitude dangereuse sans doute, troublante et convulsive, mais qui
nous transporte loin des tiédeurs quotidiennes.
L’un des avatars de l’œuvre d’art se charge, mieux que tout autre, de cette
fonction compensatoire de rêve éveillé : l’érotisme. On pourrait même
soutenir que la littérature, quelle qu’elle soit, a toujours une composante
érotique et se demander si elle n’est pas, de nature, érotique, puisque,
souterrainement irriguée par le travail des pulsions, elle module, sous des
formes plus ou moins cryptées, les élans du désir. Éros serait la source
d’énergie qui anime l’écriture et il revêtirait une valeur emblématique, dans la
mesure où il dit tout haut ce que d’autres genres camouflent ou édulcorent.
Car l’érotisme expose l’objet par excellence que la loi oblige de cacher :
l’appétit sexuel. Il lève les inhibitions, donne forme aux images interdites et
en revendique la légitimité. Parlant du corps et de ses besoins, ramenant
à la surface l’animal refoulé qui repose en nous, il fait entendre une voix
– celle de l’organique et du biologique – que la culture officielle s’emploie
à assourdir. Il récuse les hypocrisies de l’angélisme et rappelle que l’homme
n’est pas fait d’esprit seulement. Des sources de plaisir qui semblaient
inavouables, frappées de vergogne, trouvent ainsi accès à la conscience et,
un instant, échappent à la peur de la faute. Le processus ne se limite d’ail-
leurs pas à une opération psychologique. La lecture affecte aussi le corps et
se manifeste en symptômes physiques. De tous les types de représentation,
Eco. techno. Khâgne

l’érotique est le seul qui touche la sphère sensuelle autant que l’intellectuelle,
et l’un des rares qui invitent à passer, sans retard, de la parole à l’acte.

L’érotisme fait plus que libérer des fantasmes personnels et réconcilier


le moi avec ses penchants secrets. Il balaie les censures culturelles pour
renouer aussi avec les forces archaïques qui, à l’aube mythique de la vie,
ont donné à la nature ses premières impulsions. Contempler la puissance
sauvage du désir, c’est découvrir que l’amour est le moteur par excellence,
RÉSUMÉ DE TEXTE

l’énergie vitale qui crée le monde, puis le transforme et le régénère au gré


de renaissances infinies. Le mythe grec fait d’Éros une divinité primordiale,
antérieure à tous les autres dieux. Aux quatre éléments qui, dans le magma
primitif, se font la guerre, il impose la paix ; entre les forces centrifuges et
stériles qui plongent l’univers dans le désordre, il introduit l’union ; il leur
imprime l’amour, leur apprend à marier leurs qualités et transforme ainsi le
chaos en cosmos. L’érotisme authentique nous fait donc rejouer le mystère
des origines : montrant les hommes qui s’accouplent, il reproduit le geste
créateur et rend témoignage à la pulsion qui, implantée au cœur des êtres
S cient.

animés, perpétue la vie. Cet Éros cosmique est l’inverse exact des grivoi-
series mesquines, des petitesses salaces auxquelles succombe le discours
sur le sexe lorsqu’il est coupé de ses racines mythiques.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 29

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S UJET

Mais il ne suffit pas d’invoquer la levée des inhibitions et le retour fantas-


matique aux ardeurs premières. Le processus est plus complexe, et c’est
la médiation par l’art, par la littérature, qui fait la différence. Car la pulsion
à l’état pur ne génère que la violence et conduit à la mort. Sans distance ni
contrôle, elle détruit l’individu et ruine l’ordre social ; les puissances animales
triomphent, la civilisation et ses sauvegardes sont livrées à l’anarchie. Le
HEC
relais par la forme change tout. Dès le moment où il est représenté comme
un objet au second degré, l’instinct sauvage ne menace plus. Cette force
qui risquait de m’anéantir, je peux la regarder en face, parce que je la mime,
je la reproduis, sans m’identifier à elle ni succomber à la fascination. C’est
la fonction cathartique telle que Freud l’a reprise d’Aristote : l’art purifie la
violence primitive ; il ne l’affaiblit pas, mais la dépasse en la sublimant. Au
lieu de subir la tyrannie des fantasmes, je peux alors en jouir intellectuelle-
ment. Grâce à la transmutation opérée par l’esthétique, les images refoulées
se donnent à voir, séduisantes et pourtant exorcisées ; le spectacle des
pulsions s’étale dans toute son énormité, mais, au lieu de conduire à la
passion ou la folie, il produit du plaisir.

Ainsi fonctionne l’érotisme : il exprime d’autant mieux l’intensité du désir qu’il


lui impose une bride – la prise en charge par une forme belle. La position
qu’il occupe est instable et dangereuse : il se situe à la limite de l’harmonie
et de l’infamie, de la volupté et de la ruine. Cette subtile négociation entre
la reconnaissance des puissances aveugles et le besoin de les contrôler
s’opère encore d’une autre manière, à travers une évidence que la littérature
amoureuse n’a jamais cessé d’illustrer : le désir a besoin de résistance, il se
nourrit d’obstacles. Plus il affronte de dangers et brave d’interdits, plus il
est vigoureux. Le plaisir comporte une part de souffrance, il ne peut jamais
se reposer.

L’épisode de Mai 68, l’explosion libertaire et la révolution sexuelle des


années 1970 ont bien montré, malgré eux, à quel point il était naïf de croire
Eco. techno. Khâgne

que le plaisir, exalté comme un absolu, pouvait s’affranchir de la règle et


s’épanouir en dehors des contraintes. Contre la pensée de Freud, dénoncée
pour son caractère répressif, Wilhelm Reich puis Herbert Marcuse avaient
plaidé pour une civilisation émancipée de l’ordre moral et de la norme
sexuelle. Ils avaient voulu instaurer un autre principe de réalité, qui favorise
l’expression de l’instinct et substitue la liberté, le rêve éveillé, l’épanouis-
sement libidinal aux contraintes mutilantes et à la sagesse timorée des
bien-pensants. Ainsi allait surgir une contre-culture, qui prônait l’idée d’un
RÉSUMÉ DE TEXTE

désir sans restriction, d’autant plus vif et jouissif qu’il se passerait des subli-
mations et des médiations traditionnelles. Débarrassée des vieux tabous, la
nouvelle société allait pouvoir s’abandonner aux voluptés de l’amour libre
et au dérèglement de tous les sens.

La contestation de 1968 a eu ses torts et ses mérites. À une société confor-
miste et hypocrite elle a brutalement montré son envers en refusant les
fausses pudeurs, en rendant leur dignité au corps et aux sensations. Elle
a su aussi défendre le parti de l’imagination, du plaisir, de la spontanéité
S cient.

et pousser jusqu’au bout la logique d’une liberté sans compromis. Mais


son aile radicale allait précipiter la défaite. Car la fin des tabous est une
illusion, la totale émancipation des mœurs est au mieux un leurre, au pire 1. L’e
littéra

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S UJET
une imposture : la voie ouverte à de sinistres dérives. Ce qui nous ramène
à l’érotisme. Sans distance ni résistance, il verse dans la provocation primaire,
il est aussi stérile et dangereux que l’instinct affranchi de tout contrôle. Pour
opérer une réelle libération et produire du plaisir, il doit trouver un difficile
équilibre entre le déchaînement et la maîtrise des forces ainsi dégagées. (…)

Mais de quoi, au juste, s’émancipe-t‑on ? Les interdits changent et les fron- HEC
tières de la tolérance varient selon de multiples paramètres – l’époque, le
milieu social, la religion… Les normes qui définissent l’érotisme, et à plus
forte raison les distinctions entre divers degrés de provocation – l’obs-
cène, le pornographique –, sont instables et appellent à chaque fois une
enquête particulière. Tel phénomène ou tel acte – la nudité, l’homosexualité,
les postures… –, ainsi que les mots pour le dire se déplacent sur l’échelle
des scandales. Tandis que les bornes de la décence et celles de la faute
bougent, les sanctions, elles aussi, fluctuent. Pour toutes ces raisons, les
gestes déviants, les discours subversifs changent de signification à travers
le temps et l’espace. S’en tenir à des termes généraux, c’est donc manquer
la portée singulière – la cible, l’impact, le risque – du défi d’Éros. Le livre que
voici1 repose sur les principes théoriques énoncés tout à l’heure, mais il tente
d’échapper à l’anachronisme, à l’indifférenciation, en situant la subversion
érotique dans une configuration précise – le xviie siècle français.

La montée de l’absolutisme et le raidissement de la Contre-Réforme : tel


est donc le terrain sur lequel nous allons voir des francs-tireurs affronter
une société d’ordre et de discipline, aussi différente que possible de la lati-
tude actuelle. Nous sommes alors à un âge où, au nom de la centralisation
politique et de la religion triomphante, les activités de l’esprit sont placées
sous haute surveillance. Qu’il s’agisse de la correction des mœurs ou de
la doxa théologique, de la langue ou de la création poétique, les pouvoirs
s’emploient à neutraliser les forces centrifuges. Après l’effervescence désor-
donnée et la succession de crises qui, dans tous les domaines, ont ébranlé
le xvie siècle, la tendance est au durcissement et à la normalisation. Or cette
Eco. techno. Khâgne

police intellectuelle rencontre des résistances. Des esprits libres déploient


toute sorte de ruses – des prodiges de courage et d’habileté – pour se
soustraire à la ligne officielle et au conformisme de la pensée unique. De la
Fronde à Fouquet, la machine d’État traverse des zones de turbulence ; de
Port-Royal à Fénelon, l’Église est secouée de multiples disputes ; et maints
auteurs, comme Molière et La Fontaine, dénoncent bravement les risques
de glaciation, qu’elle soit politique, morale ou littéraire. Le mythe d’un Grand
Siècle uni dans la conquête de l’ordre et dans un cheminement glorieux vers
RÉSUMÉ DE TEXTE

les lumières de la raison, l’image simpliste d’écrivains dociles récupérés


par le pouvoir du Trône et de l’Autel, ces clichés trahissent la complexité
des forces en présence. Si la notion même de littérature prend corps aux 
xviie et xviiie siècles, c’est que les intellectuels se mettent à exercer, de façon
plus ou moins visible, un contre-pouvoir, que l’autorité s’efforce de récupérer,
de contrôler ou de juguler, reconnaissant, du même coup, son efficacité.

Parmi ces foyers de résistance, il en est un que les spécialistes ont largement
ignoré : la voix des rebelles qui proclament les droits du corps et la force
S cient.

1. L’extrait ici reproduit constitue l’avant-propos d’un essai que M. Jeanneret consacre à l’érotisme dans la
littérature du xviie siècle.

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S UJET

du désir – le choix de Don Juan. Je voudrais replacer sur la carte les bribes
d’une littérature libre (aux deux sens du terme), une série de textes hardis,
parfois triviaux, qui prennent le risque de défendre les valeurs compromises.
Car la licence est liberté. Sous ses allures polémiques ou bouffonnes, elle
revendique courageusement le droit d’aimer et le droit de penser, souvent
délibérément confondus. L’enquête que je propose n’est ni exhaustive ni
HEC
systématique ; c’est une promenade dans quelques quartiers mal famés
du Grand Siècle.

Mais pourquoi Éros ? La discipline asphyxiante qui gagne alors la France


frappe, tout particulièrement, les mœurs sexuelles et le discours sur le sexe.
Une vague de pudibonderie contamine de larges cercles, un profond malaise
devant la chair, que les écrivains, inquiets du sectarisme et de la tartufferie,
se doivent de défier. Plus que jamais, dans l’histoire de la chrétienté, l’obses-
sion de l’impur et la peur de la faute, la honte du génital et la répression de
l’instinct pèsent sur les consciences. Une éthique de l’abstinence, doublée
par une civilité mondaine qui prétend exercer sur les appétits sensoriels
un contrôle rigoureux, s’emploie à proscrire, ou à camoufler, la part du
biologique. Une vaste opération de refoulement est en cours, qui censure le
pulsionnel et conduit à ce que Jean Delumeau a appelé une « névrose collec-
tive de culpabilité ». Telle est la menace que les esprits libres, plus ou moins
consciemment, entendent conjurer. Aux fidèles voués à l’ascèse, divisés et
mutilés, ils veulent suggérer la légitimité du désir. L’offensive érotique répond
donc par la provocation à une autre provocation : la tentation de l’angélisme
qui, dans un élan spontané vers le plaisir, ne voit que péché et opprobre.

L’équilibre du corps et de l’esprit, de même que l’unité psychosomatique


de la personne, subit encore, dans les premières décennies du xviie siècle,
une autre atteinte. La conception de la nature ainsi que les méthodes des
sciences de la vie connaissent alors un bouleversement profond. La philo-
sophie naturelle avait enseigné, à la Renaissance, que le monde est un
Eco. techno. Khâgne

animal, que la matière est vivante et habitée par l’esprit : mélange diffus
d’animisme et de magie que les novateurs – Galilée, Descartes… – allaient
durement critiquer. Ils vident la nature de sa vitalité, la séparent du règne de
l’esprit et la réduisent à une série de mécanismes mesurables. La conception
cartésienne des animaux-machines allait pousser cette logique à son point
extrême. Pour expliquer les phénomènes physiques, on substitue les obser-
vations de l’expérience, les raisonnements et les calculs aux croyances,
aux intuitions et aux spéculations occultes. Tandis qu’on s’achemine ainsi
RÉSUMÉ DE TEXTE

vers la maîtrise d’une matière désacralisée et déshumanisée, on s’oriente,


simultanément, vers la dissociation du corporel et de l’incorporel. Étrange et
redoutable coïncidence : à partir d’horizons totalement différents, l’Église et
la science moderne convergent en une représentation résolument dualiste
de l’être humain. Là encore, quelques penseurs à contre-courant se doivent
de rétablir un équilibre, de reconquérir une unité qui se perd.

Le choix de l’érotisme, dès le début du xviie siècle, se donne donc à lire


comme un acte d’insubordination, un geste de rébellion intellectuelle et
S cient.

politique, une bravade contre le pouvoir montant du Trône et de l’Autel. Pour


la première fois dans son histoire, Éros est mobilisé comme porte-drapeau
d’une idéologie ou, du moins, comme meneur d’une dissidence. Le message

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S UJET
sera d’ailleurs pleinement reçu : l’autorité ecclésiastique, bientôt relayée par
la juridiction civile, assimilera la littérature luxurieuse à une offense grave,
un délit souvent confondu avec la libre pensée et puni comme une hérésie.
Le mouvement qui, au xviiie siècle, mettra le libertinage philosophique et
son allié, le roman pornographique, au service du matérialisme et de la
déstabilisation politique s’amorce. Il est encore diffus, dispersé, intimidé
HEC
par les menaces, mais il se distingue vaillamment du conformisme ambiant.
L’érotisme de la Renaissance, partagé entre le naturisme des poètes et la
gaillardise des conteurs, s’était fondu, sans scandale, dans la culture envi-
ronnante. Un brutal changement de registre, autour de 1600, l’allure obscène
et le ton agressif qu’adoptent les histoires d’alcôve, semblent répondre, par
le durcissement de la provocation, au durcissement de la répression. Des
crispations et des tabous nouveaux sont apparus, qui appellent la riposte.
Les deux antagonistes, désormais, seront tour à tour agresseurs et agressés,
avec les écrivains qui bravent l’autorité et l’autorité qui, de son côté, se
durcit et suscite la résistance. De part et d’autre, on se guette, on se défie,
et les enchères montent. Au printemps 1968, le soulèvement a commencé,
à Nanterre, lorsqu’on a voulu défendre aux garçons d’accéder aux dortoirs
des filles. Tout le monde sait d’ailleurs que le désir se nourrit d’obstacles et
s’aiguise sous l’effet des interdits.

Effarouchés ou blasés, les historiens minimisent volontiers cette production :


de vulgaires et inoffensives plaisanteries de corps de garde ou des divertis-
sements confidentiels, réservés à quelques gentilshommes jaloux de leur
indépendance. Trois théories influentes circulent aujourd’hui, qui conduisent
à neutraliser le phénomène et appellent une réplique.

Mikhaïl Bakhtine a montré, à propos de Rabelais et de la fête populaire, que


l’explosion d’obscénités pouvait être l’expression sporadique, contrôlée et
codée, d’une liberté nécessaire au maintien de la stabilité sociale. C’est le
rire du Carnaval qui, loin de compromettre les institutions, les renforce. La
Eco. techno. Khâgne

prétendue subversion ne serait donc qu’un rite pacifique, une compensation


bienvenue, une respiration normale et même nécessaire au bon fonctionne-
ment du système. Mais, dans la culture puritaine qui s’installe, la fonction de
défoulement n’est plus tolérée. Bakhtine lui-même le dit : l’espace symbo-
lique du monde à l’envers et la représentation euphorique des plaisirs
interdits succombent au raidissement des mœurs. Le grotesque n’amuse
plus, il dissone ; la sexualité n’est plus jouissive, elle est devenue suspecte.
Simultanément, les bouffons, désormais intempestifs, sont chassés de la
RÉSUMÉ DE TEXTE

cour. Si l’autorité avait reconnu aux textes obscènes un rôle positif dans
l’équilibre de la société nouvelle, elle ne les aurait pas poursuivis et jugulés.

Dans le premier volume de son Histoire de la sexualité, Michel Foucault


défend une thèse séduisante, mais excessive. Le discours sur le sexe
à l’âge moderne, dit-il, bien loin d’être réprimé et rejeté dans les marges
de la société, se multiplie et répond à une large volonté de savoir. Les
supposés secrets d’Éros sont débusqués, investigués et livrés à la curiosité
publique avec l’accord des pouvoirs. Exhiber le sexe, c’est donc satisfaire
S cient.

une demande générale et, par là même, désamorcer le tabou. Foucault,


qui écrivait son livre au lendemain de mai 1968, avait sans doute raison de
dédramatiser une transgression complaisante, qui vulgarisait le sexe autant

ANNALES CCIR 2018-2019 l 33

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S UJET

ou plus qu’elle le libérait. Les révolutionnaires autoproclamés, un peu trop


enclins à accuser les autres de répression et à se décerner des brevets d’es-
prits affranchis, méritent d’être, à leur tour, démystifiés. Mais cette théorie,
C
extrapolée à une configuration comme celle qui nous intéresse, risque de
faire des interprètes d’Éros les complices du pouvoir, les propagateurs d’une
science quasi officielle, alors qu’ils affrontent au contraire des menaces qui
HEC
n’ont rien de chimérique.

Une même condescendance – nous sommes les modernes, affranchis


de la tyrannie puritaine, et nous regardons dédaigneusement le passé,
asservi à une morale rétrograde – a été dénoncée récemment par Jean­
Claude Guillebaud, et elle nous guette. Je sais bien que, pour dramatiser le
tableau, je cours le risque de démoniser le xviie siècle, de le forcer dans une
raideur ou une pudibonderie qui seraient des caricatures. Je reconnais aussi
que l’opposition d’un Bien hédoniste et d’un Mal répressif, d’un héroïsme
libertin et d’une infamie policière, simplifie une situation plus complexe et
nuancée. Guillebaud a raison : les sociétés traditionnelles observent souvent
une sévérité théorique et une tolérance pratique ; entre l’interdit et sa trans-
gression, elles appliquent une dialectique, un art de la transaction et du
compromis que nous avons oublié. Qui nierait par exemple que les nobles
du xviie siècle et leurs protégés, loin de succomber à la terreur des gardiens
de la morale, ont eu une sexualité débridée ? Tout cela est vrai, mais le
procès de Théophile et le scandale de L’École des filles1, la Querelle du
Cid et les campagnes contre Molière le sont aussi. Les condamnations, la
dissimulation, les ruses de l’équivoque prouvent que les accommodements
avaient leurs limites et ne profitaient pas à tous.

Si quelques-uns des auteurs réunis dans ce livre choisissent la confrontation


directe et outragent froidement les bonnes mœurs, la plupart, justement,
adoptent des stratégies prudentes, de la clandestinité à l’ambiguïté calculée,
en passant par tous les stades de la subordination simulée à la provocation
Eco. techno. Khâgne

voilée. Pour faire sa place, dans une société surveillée comme celle-là, il faut
tricher avec la censure et porter le masque. Alain Viala et Christian Jouhaud
ont montré que la marge d’indépendance dont dispose l’écrivain est alors
très réduite. Il ne peut pas ne pas composer avec le pouvoir – l’aristocratie,
l’Église ou l’État. Pour s’émanciper sur un front, il doit avoir fait acte de
soumission sur un autre. La part d’assujettissement et celle d’autonomie font
l’objet, à chaque coup, d’une pesée extrêmement subtile – une négociation
entre la nécessaire obéissance et la non moins nécessaire indépendance
RÉSUMÉ DE TEXTE

intellectuelle. Les uns nous étonnent par la brutalité de leur offensive, en


rupture avec toutes les règles, tandis que les autres nous captivent par
leurs feintes, leurs subterfuges et leur double jeu. Un xviie siècle discipliné
et docile, monumental et conformiste ?
C’est au contraire le théâtre de confrontations violentes, une scène tour-
mentée où se conquièrent, dangereusement, le droit de parler et celui de
publier, la liberté d’aimer et celle de fantasmer.
Michel Jeanneret, Éros rebelle, littérature et dissidence à l’âge classique,
Paris, Éd. du Seuil, 2003, « Introduction », p. 9-20.
S cient.

1. Ce livre érotique de 1655, à la paternité incertaine, est considéré comme un des premiers romans
libertins français.

34 l ANNALES CCIR 2018-2019

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C ORRIGÉ
Par Françoise Détharré, professeure agrégée de lettres modernes.
HEC

Notre société manifeste un tel esprit de tolérance que la/ provocation devient
un exercice difficile. Qui s’émouvrait encore de/ l’édition des œuvres de Sade

C ORRIGÉ
dont la dimension politique/ s’efface ? Pourtant, la littérature a longtemps
participé aux luttes/ émancipatrices par sa puissance créatrice. Ignorant
barrières et frustrations générées/(50) par les normes sociales, laissant
émerger pulsions et fantasmes, elle/ nous rend notre intégrité psychique.
Davantage qu’une voie de/ la littérature, l’érotisme en est donc un élément
constitutif./ Il réhabilite notre nature animale qui contribue au plaisir stimu-
lant/ de la lecture.
Il nous ramène également à la mythique/(100) cosmogonie grecque : Eros
ordonna et harmonisa le chaos, proposant l’/archétype de la sexualité
créatrice. Loin de libérer bestialement des/ instincts mortifères, cette sexua-
lité appelle une représentation cathartique ; reconnaissant mes/ pulsions
sur scène, non édulcorées mais magnifiées par le dramaturge/, je m’en
libère. L’essentielle composante esthétique de l’/(150)érotisme souligne
qu’affrontés à des contraintes, désir et plaisir/ se subliment. Les revendi-
cations de 1968 s’inspiraient des contempteurs/ de Freud : affranchie de
toute entrave, la jouissance atteindrait des/ paroxysmes. La pudibonderie
ambiante fut certes battue en brèche mais,/ comme tout érotisme débridé,
l’extrémisme iconoclaste s’avéra délétère./(200)
Chaque mouvement libérateur naît d’un contexte historique spécifique par/
sa morale, ses modes de transgression et de répression. Voulant/ rompre
avec l’instabilité du seizième siècle, Église et État,/ au dix-septième, régulent
et verrouillent la société. Des dissidences/ parviennent pourtant à s’ex-
primer, Don Juan incarne l’exigence de/(250) liberté spirituelle et sexuelle,
en opposition ouverte avec l’Église./ Paradoxalement, la science rationaliste,
développant une approche mécaniste de la/matière, appuie la doxa. Une
Eco. techno. Khâgne

spirale inflationniste s’instaure alors/ entre libertins provocateurs et institu-


tions répressives, spirale négligée par l’/Histoire.
Analyste de Rabelais, Mikhaïl Bakhtine a établi qu’au seizième/(300) siècle,
transgressions festives et carnavalesques constituaient un exutoire protec-
teur du/ système en place. Mais le dix-septième substitua la répression/
à  cette habile tolérance. Pour Michel Foucault, les temps modernes
affichent/ l’érotisme pour devancer la rébellion. Le philosophe mouchait
RÉSUMÉ DE TEXTE

ainsi/ la prétention émancipatrice de soixante-huitards à ne pas confondre/


(350) avec les valeureux libertins du dix-septième. Jean-Claude Guillebaud
relativise le/ poids du conformisme passé, rappelant pertinemment que la
noblesse s’/en affranchissait gaillardement. Une forte répression frappa
cependant nombre d’/auteurs, dont Molière. Cet ouvrage exposera la puis-
sance et la/ diversité des luttes contre le rigorisme du dix-septième, du/
(400) choc frontal au louvoiement entre allégeance apparente et audace
souterraine.
410 mots
S cient.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 35

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 35 24/10/2018 14:46


S UJET

LV1 – ANGLAIS
30
Durée : 4 heures.

Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix, effectué


IÉNA lors de l’inscription, de la première langue dans laquelle ils doivent
35
composer.
Les candidats ne doivent faire usage d’aucun document, dictionnaire
ou lexique ; l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel
électronique est interdite.
40
Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra en
expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené à prendre.
45

S UJET

Britain ignores social mobility at its peril


50
1 In 1845, as the Industrial Revolution gathered pace, Benjamin Disraeli,
a young politician on the make, published a novel, “Sybil”, which lamented
that Britain was dividing into “two nations between whom there is no inter-
course and no sympathy”. Today, as the information revolution gathers pace,
5 Britain suffers from the same problem. The country is more divided than it
has been for decades, with the rich consolidating their power and people 55
who are born in the wrong class or region seeing their chances of getting
ahead declining. Theresa May rightly put dealing with this problem at the
top of her agenda when she became prime minister. But on December 3rd
Eco. techno. Khâgne

10 all four members of Britain’s Social Mobility Commission resigned in protest


at the lack of progress. […] Social mobility is essential to the working of an 60
advanced capitalist society. For one thing, citizens will accept the inequal-
ities that capitalism generates only if they think they have a fair chance of
getting ahead. The notion that the system is rigged can be just as destabi-
15 lising as economic crises. Secondly, advanced economies can grow only
if they make a reasonable job of discovering the hidden Einsteins who
might be able to produce the next great invention if they were given
the chance. Britain is failing badly on both fronts. Its decision to leave the I. V
European Union was above all a revolt of the left-behind. The Social Mobility
20 Commission discovered that 62 of the 65 parts of the country that it identified
LV1 – ANGLAIS

as "social-mobility cold spots"– that is, those with the worst education and
employment prospects–voted to leave. […]
As social mobility has become more important it has become more difficult
to promote. The reason for this is the paradox of meritocracy. In the first
25 half of the 20th century, when the old establishment ruled the country, II. Q
opening up opportunities was relatively simple. You forced the establishment
S cient.

to abandon obvious prejudices, such as the fact that the best Oxbridge
colleges were reserved for men.

36 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 36 24/10/2018 14:46


S UJET
You also forced it to build a ladder of opportunity for the poor: the 1944
30 Education Act raised the school-leaving age to 15, then 16, and the expan-
sion of universities in the 1960s democratised higher education.
Today, opening up opportunities is much more difficult, precisely because
the meritocratic revolution has been so successful.
The meritocratic elite has proved remarkably good at hoarding opportunities.
IÉNA
35 Successful people tend to marry each other. Couples devote themselves
to giving their children the best education possible, starting in the nursery.
Private schools have also proved to be more successful than state schools
at adapting to the meritocratic spirit. […] To make matters worse, the knowl-
edge economy is a winner-takes-most economy. Superstar firms are pulling
40 ahead of run-of-the-mill ones. Superstar cities are pulling ahead of second-
tier ones. This problem is more pronounced in Britain than almost anywhere
else because London is so dominant. The London effect is obviously good
for London-based professionals who can provide their children with bed and
board as they get their feet on the career ladder (often as unpaid interns).
45 But it is also good for poorer people who are lucky enough to have subsi-
dised accommodation within the sound of Bow Bells. London’s state schools
are better than the national average, jobs are plentiful and you can get almost
anywhere, at a squeeze, by public transport.
The result is a calcified society. Seventy-one percent of senior judges, 62%
50 of senior officers in the armed forces and 55% of civil service department
heads attended private schools, which educate only 7% of the population.
[…] Only 6% of doctors, 12% of chief executives and 12% of journalists
come from working-class backgrounds. Reversing this calcification will take
a lot of innovative thinking.

55 […] But Britain’s two main parties are failing to give this growing problem
the energy it requires. The Conservatives are overwhelmed by Brexit. Labour
is devoting its intellectual resources, in so far as it still has any, to the
old problem of a closed establishment rather than the new problem of the
Eco. techno. Khâgne

marriage of meritocracy and plutocracy. Thanks to its commitment to intel-


60 ligent reform, Disraeli’s Britain became the most peaceful, as well as the
most successful, country in Europe. The political class may well be about
to demonstrate that what intelligence and reform can do, stupidity and
stasis can undo.
The Economist, Dec 9th 2017.

I. VERSION (sur 20 points)

Traduire à partir de « Today, opening up… » jusqu’à « …unpaid interns ».


LV1 – ANGLAIS

(de la ligne 32 à la ligne 44)

II. QUESTIONS (sur 40 points)


S cient.

1. Question de compréhension du texte


Explain what the following sentence means: ’Secondly, advanced econo-
mies can grow only if they make a reasonable job of discovering the hidden

ANNALES CCIR 2018-2019 l 37

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S UJET

Einsteins who might be able to produce the next great invention if they were
given the chance.’
(de la ligne 15 à la ligne 18)
C
(100 mots + ou –10 % * ; sur 10 points)

IÉNA 2. Question de compréhension du texte


Explain what the following sentence means: ’The political class may weil be
I. V
about to demonstrate that what intelligence and reform can do, stupidity
and stasis can undo.’
(de la ligne 61 à la ligne 63)
(100 mots + ou –10 % * ; sur 10 points)

3. Question d’expression personnelle


In your opinion, should governments get involved in promoting social
mobility?
(300 mots + ou –10 % * ; sur 20 points)

*Le non-respect de ces normes sera sanctionné.


(Indiquer le nombre de mots utilisés.)

III. THÈME (sur 20 points)

L’asphyxie est airrivée par surprise. Dans la nuit du 6 au 7 novembre, alors


que les températures chutaient à l’approche de l’hiver et que le vent s’est
arrêté de souffler, des milliards de milliards de particules fines ont été
prises au piège dans l’atmosphère de Delhi. […] La pollution atmosphé- III.
rique a entraîné 525 000 morts prématurées en Inde en 2015, soit le quart du
total mondial, selon une étude publiée par la revue The Lancet en octobre.
Eco. techno. Khâgne

A New Delhi, les premiers à avoir vu ou senti la couche de pollution sont les
sans-abri, endormis sur la banquette arrière de leur tricycle, ou les gardes
de sécurité postés devant les résidences des quartiers aisés de la capitale.
Les autres l’ont découverte le matin dans leur chambre, en se réveillant au
milieu d’une fumée blanchâtre. Depuis ce jour, l’air de Delhi pique les yeux
et irrite la gorge des habitants.
Julien Bouissou, Le Monde,
10 novembre 2017.
LV1 – ANGLAIS
S cient.

38 l ANNALES CCIR 2018-2019

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C ORRIGÉ
Par Alain Goudot, professeur de chaire supérieure d’anglais en CPGE écono-
IÉNA

mique et commerciale au lycée Bellepierre, à Saint-Denis de la Réunion.

C ORRIGÉ
I. VERSION

De nos jours, offrir un large éventail de possibilités est beaucoup plus diffi-
cile, précisément parce que la révolution méritocratique a été un grand
succès.
L’élite méritocratique s’est révélée d’une efficacité remarquable dans l’art
d’accumuler les opportunités. Ceux qui réussissent ont tendance à se
marier. Dès l’école maternelle, les couples se consacrent entièrement à la
meilleure éducation possible pour leurs enfants. Les écoles privées se sont
aussi révélées mieux adaptées à l’esprit de la méritocratie que les écoles
publiques. […] Pire encore, l’économie du savoir est une économie exclu-
sive où le gagnant rafle tout. Les grandes entreprises gagnent des parts
de marché par rapport aux entreprises de second rang. Les mégalopoles
distancent les villes de taille moyenne. Ce problème est plus sensible en
Grande-Bretagne que presque partout ailleurs parce que Londres domine
largement les autres villes. L’effet « Londres » est manifestement positif pour
les gens qui y résident et y travaillent car ils sont en mesure de procurer gîte
et couverts à leurs enfants qui débutent leur parcours de carrière (souvent
en tant que stagiaires non rémunérés).

III. THÈME

Suffocation occurred unexpectedly. During the night of the 6th to the


Eco. techno. Khâgne

7th November, while temperatures were falling down and winter was drawing
near, and while the wind stopped blowing/abated, billions and billions of fine
particles were trapped in Dehli’s air. […] Air pollution claimed 525 000 deaths,
that is to say one quarter of the world total, according to a survey published
by The Lancet last October. In New Dehli, the first ones to have seen or
felt the pollution layer were the homeless, sleeping on the rear seat of their
rickshaws, or the security guards keeping watch over the homes in the
well-off neighbourhoods of the capital. Others discovered it the morning
after in their bedrooms, waking up amidst whitish smoke. Since that day,
Dehli’s air has been stinging its dwellers’ eyes and irritating their throats.
LV1 – ANGLAIS
S cient.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 39

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S UJET

LV1 – ANGLAIS
Durée : 4 heures.

Les candidats ne doivent faire usage d’aucun document, dictionnaire


ELVi ou lexique ; l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec-
tronique est interdite. Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce
qui lui semble être une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie
et poursuivra sa composition en expliquant les raisons des initiatives
qu’il sera amené à prendre.

1. TRADUCTIONS

Durée de l’épreuve : 2 heures.

I. TRADUCTION DE FRANÇAIS EN ANGLAIS

Aucun objet ne lui parut original. Mais la vendeuse, qui la connaissait


bien, lui indiqua une nouveauté, une lampe simple, résolument ethnique
mais encombrante.
– Vous me la livreriez ?
– J’ai bien peur que non, madame, répondit la vendeuse, en tout cas
pas aujourd’hui. Elle ne pèse rien, vous savez, et une fois pliée… Vous êtes
à deux pas, n’est-ce-pas ?
Avant qu’elle ait pu répondre, un jeune homme, le seul autre client dans
la boutique, se proposa pour lui porter la lampe jusqu’à chez elle. Ce geste
de courtoisie inhabituel l’intrigua et elle enleva ses lunettes de soleil pour
Eco. techno. Khâgne

le regarder.
– Et pourquoi feriez-vous cela, monsieur ?
– Parce que cela ne se fait plus et que je suis à ma manière une sorte
de nostalgique.
L’explication lui plut. Elle paya et le laissa l’accompagner jusqu’à l’entrée
2
de son immeuble. En chemin, il risqua :
– Vous êtes Mme Launay, n’est-ce-pas ? Dur
– Qu’importe.
– Je ne disais pas cela par rapport à votre mari, mais par rapport à votre
fille. Nous étions très liés.
– Ma fille ? Laquelle ?
LV1 – ANGLAIS

– Bénédicte.
Faustine Launay s’arrêta au niveau d’une entrée latérale de l’église et
détailla le jeune homme avec plus d’attention.
Marc Dugain, L’Emprise, Gallimard, 2014.
S cient.

40 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
II. TRADUCTION DE L’ANGLAIS EN FRANÇAIS

At the age of five, Gustav Perle was certain of only one thing: he loved his
mother.

[…] Gustav called Emilie Perle ‘Mutti’. She would be ‘Mutti’ all his life, even
ELVi
when the name began to sound babyish to him: his Mutti, his alone, a thin
woman with a reedy voice and straggly hair and a hesitant way of moving
from room to room in the small apartment, as if afraid of discovering,
between one space and the next, objects – or even people – she had not
prepared herself to encounter. [… ]

On an oak sideboard in the living room, stood a photograph of Erich Perle,
Gustav’s father, who had died before Gustav was old enough to remember
him.

Every year, on August 1st, Swiss National Day, Emilie set posies of gentian
flowers round the photograph and made Gustav kneel down in front of it
and pray for his father’s soul. Gustav didn’t understand what a soul was. He
could see only that Erich was a good-looking man with a confident smile,
wearing a police uniform with shiny buttons. So Gustav decided to pray for
the buttons – that they would keep their shine, and that his father’s proud
smile wouldn’t fade as the years passed.

“He was a hero,” Emilie would remind her son every year. “I didn’t under-
stand it at first […]. He was a goodman in a rotten world. If anybody tells
you otherwise, they’re wrong.” Sometimes, with her eyes closed and her
hands pressed together, she would mumble other things she remembered
about Erich. One day, she said, “It was so unfair. Justice was never done.
And it never will be done.”
Rose Tremain, The Gustav Sonata, Penguin 2016.
Eco. techno. Khâgne

2 . EXPRESSION ÉCRITE

Durée de l’épreuve : 2 heures.

Last week, the editors of GQ* named the [National Football League] quarter-
back Colin Kaepernick its Citizen of the Year for his work protesting racial
injustice. Mr. Kaepernick has been heavily criticized by people like President
LV1 – ANGLAIS

Trump, who claims that an N.F.L. player who kneels during the playing of
the national anthem “disrespects our flag” and should be fired; others argue
that he is out of bounds as an activist who mixes sports with politics.

The problem is that Mr. Kaepemick’s critics, and most of America, don’t


really understand how protests work. Our textbooks and national mythology
S cient.

celebrate moments when single acts of civil disobedience, untainted by polit-


ical organizations, seemed to change the course of history. But the ideal of
the “good” protest – one that materialized from an individual’s epiphany – is

ANNALES CCIR 2018-2019 l 41

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S UJET

a fantasy. More often, effective protest is like Mr. Kaepernick’s: it’s collective


and contingent and all about long and difficult struggles.

Consider what most Americans would agree were two “good” protests:
Rosa Parks’s refusal to move to the back of a bus in Montgomery, Alabama,
and the student sit-ins at a Woolworth lunch counter in Greensboro, North
ELVi
Carolina. Parks, the story goes, was exhausted from a day’s work and
took a seat in the “whites only” section. To the astonishment of onlookers,
she refused to give up her seat when asked. In Greensboro, black college
students decided to eat at the local five-and-dime* and initiated the first sit-in
at a segregated Southem restaurant. They were idealistic and perhaps naïve.

These stories follow a set narrative. They are “firsts”: the first time a black
woman refused to give up her seat or the first time students staged a sit-in.
They seemed to arise spontaneously when someone fed up with unfair treat-
ment couldn’t take it anymore. Good protesters act as individual citizens,
untainted by associations with suspect political organizations.

The trouble is that these stories are historically inaccurate and obscure just
how protest in the 20th century forged a more democratic country. A narra-
tive with greater accuracy would allow us to better evaluate protests against
racial discrimination. Earlier protests, similar to the one that Mr. Kaepernick
started, sprang from protesters’ associations with activist organizations,
were deeply political rather than individual, and played out in unfamiliar
venues in new forms.

Protests that change history have their own long histories. They are almost
never the frrst of their kind. Successful protesters plan campaigns, rather
than respond to oppression in a single, spontaneous act. Protesters often
belong to organizations that lend theoretical, moral and logistical support.
Protests don’t reveal previously hidden wrongs to an unaware public.
Eco. techno. Khâgne

Instead, they cast those wrongs in a new light. They fail, time and time
again. When they succeed, they win only partial victories.

Rosa Parks, for example, was a trained civil rights activist. She built on
efforts that started in the 19th century to desegregate transportation and
gained speed in the 1930s. In 1940, for example, Pauli Murray, a black
woman, refused to give up her seat on a bus in Petersburg, Virginia.

Though most Americans today look back on the desegregation of public


transportation with pride, most white Southerners opposed it vehemently,
and many did so violently. During World War II, white passengers and bus
drivers beat uniformed black soldiers who tried to integrate buses. […]
LV1 – ANGLAIS

Throughout the war, the movement continued to train people who became
civil rights protesters in the 1950s, including Pauli Murray. This pressure
influenced the Supreme Court in 1946, which ordered desegregation on
interstate buses in Morgan v. Virginia. That case set a precedent that Parks
S cient.

strategically worked to extend to local and state laws in Montgomery.

42 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
Just as Parks had done, the students sitting-in at the Woolworth counter
drew from a long history of struggle. African-Americans had been “stool
sitting” since the early 1940s. Howard University students in Washington
staged some of the first sit-ins, which involved movement­trained protesters
led by Murray. Those sit-ins aimed at national chain stores that operated
outside the South, just as the Greensboro sit-ins purposefully did later. The
ELVi
Greensboro students knew all of this, because they were advised by the
legendary organizer Ella Baker.

White Americans’ deep investment in the myth that the civil rights movement
quickly succeeded based on individual protests has left the impression
that organizations such as Black Lives Matter are counterproductive, even
sinister. The same things were said of the N.A.A.C.P. [National Association
of Colored People].

Just as football players kneeling during the national anthem today must
repeatedly insist that they are not protesting the flag, Parks and the
Greensboro students had to fight against efforts to play down the stakes of
their protests. Parks’s action was not about a seat in the front of the bus. It
was about Jim Crow, a legal and social system of degradation. And as Baker
argued in her speech “Bigger Than a Hamburger”, the Greensboro sit-ins
marked the beginning of a fight for education, voting rights and economic
opportunity.

Rosa Parks was a hero. So were the students who sat in at the Woolworth
lunch counters. But they knew that their heroism was possible only because
of decades of what Baker called “spade work”. They knew that organizations
to which they belonged and that gave them strength were the most recent
manifestations of decades of struggle.
Glenda Elizabeth Gilmore, The New York Times, November 20, 2017.

* GQ: a monthly men’s magazine focusing upon fashion, style, and culture for men.
Eco. techno. Khâgne

* Five-and-dime: a type of store that was popular in the United States in the early to mid-20th century;
they sold many different items, most of which were worth five or ten cents.

Répondre en ANGLAIS aux questions suivantes :


(Environ 250 mots pour chaque réponse)

1. According to the author of the text, how does understanding Kaepernick’s


protest as an isolated incident misrepresent the history of protest move-
ments in the United States? Answer the question in your own words.

2. In your opinion, in what circumstances should citizens take things into


LV1 – ANGLAIS

their own hands to bring about social change? Illustrate your answer
with relevant examples from the English-speaking world.
S cient.

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ELVi
C
ORRIGÉ
Par Philippe Rayet, agrégé d’anglais, professeur honoraire en CPGE au lycée
Notre-Dame-du-Grandchamp, à Versailles.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS A L’ANGLAIS


C ORRIGÉ

There was no item (in the shop) that seemed original to her. However, the
shop assistant, who knew her quite well, pointed to something they had
just acquired, an ordinary lamp, which looked resolutely ethnic but (rather)
cumbersome.
“Could it be delivered to my flat, (please)?”
“I fear not [I’m afraid not], madam,” the shop assistant said [answered], “not
today, at any rate. It weighs nothing, you know, and once it’s been folded
up… You live just a few minutes from here, don’t you?”
Before she could say a word, a young man, who was the only other customer
in the shop, offered (his services) to carry the lamp for her up to where she
lived. She was intrigued by this unusual behaviour and (she) took off her
sunglasses [took her sunglasses off] to look at him (better).
“And why would you do that?”
“Because people no longer do it, and because in my way I feel somewhat
nostalgic for it.”
She liked the explanation. She paid and let him go with her up to the entrance
to her block of flats. On their way, he ventured,
“You’re Madame Launey, aren’t you?”
“What does it matter?”
“I didn’t say that in reference to your husband but to your daughter (in fact).
She and I used to be very close.”
“My daughter? Which one?”
“Bénédicte.”
Faustine Launey stopped outside a side entrance to the church and exam-
Eco. techno. Khâgne

ined the young man more carefully [closely].


Marc Dugain, L’Emprise, 2014.

II. TRADUCTION DE L’ANGLAIS AU FRANÇAIS

À (l’âge de) cinq ans, Gustav Perle n’avait qu’une seule certitude : il aimait sa
mère [s’il y a bien une chose dont Gustav Perle était sûr, c’est qu’il adorait
sa maman].
[…] Gustav appelait Emilie Perle « Mutti ». Et il allait (continuer à) l’appeler
« Mutti » pendant toute sa vie [toute sa vie durant], même lorsque ce (petit)
LV1 – ANGLAIS

nom commencerait à lui paraître puéril [enfantin] : c’était sa Mutti, la sienne


à lui tout seul, une femme maigre à la voix stridente [haut perchée/aiguë]
et aux cheveux en désordre [en bataille], qui se déplaçait d’un pas hésitant
d’une pièce à l’autre dans le(ur) petit appartement comme si elle avait peur
d’y découvrir, chemin faisant, des objets – ou même des personnes – qu’elle
ne s’attendait pas à (y) rencontrer. […]
S cient.

Il y avait dans la salle de séjour [dans le séjour/dans le salon], sur un buffet


en chêne, une photo d’Erich Perle, le père de Gustav, (qui était) mort avant
que ce dernier (ne) soit assez grand pour se souvenir de lui.

44 l ANNALES CCIR 2018-2019

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Chaque année au 1er août, jour de la fête nationale suisse, Emilie disposait
de(s) petits bouquets de gentianes autour de cette photo et obligeait Gustav
à s’agenouiller devant le portrait et à prier pour le salut de l’âme de son père. ELVi
Gustav ne comprenait pas le sens du mot « âme ». La seule chose qu’il voyait,
c’est qu’Erich était un bel homme au sourire confiant, qui portait un uniforme
de policier avec des boutons dorés [brillants]. Aussi Gustave décida-t‑il de
prier pour ces boutons – pour qu’ils gardent leur éclat, et pour que le fier

C ORRIGÉ
sourire de son père ne s’estompe pas au fil des ans.
« C’était un héros, redisait chaque année Emilie à son fils. Je ne l’ai pas
compris tout de suite. […] C’était un homme bon dans un monde pourri
[corrompu]. Si quelqu’un te dit le contraire, il se trompe [il est dans l’erreur]. »
Parfois, les yeux clos et les mains fortement jointes, elle marmonnait
[marmottait] d’autres choses dont elle se souvenait au sujet d’Erich. Un
jour, elle lâcha : « C’était tellement injuste ! On ne lui a jamais rendu justice.
Et on ne le fera jamais. »
Rose Tremain, The Gustav Sonata, 2016.

Eco. techno. Khâgne

LV1 – ANGLAIS
S cient.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 45

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S UJET

LV1 – ALLEMAND
Durée : 4 heures.
30
(La note sur 80 sera divisée par 4 pour obtenir la note sur 20, qui
IÉNA sera arrondie au dixième supérieur.)
Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix, effectué
lors de l’inscription, de la première langue dans laquelle ils doivent 35
composer.
Les candidats ne doivent faire usage d’aucun document, dictionnaire
ou lexique ; l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel
électronique est interdite. 40
Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra en
expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené à prendre.
45

S UJET

Zeit ist geld? 50

1 Schnell einen Kaffee getrunken, zum Bus gerannt, auf der Fahrt Mails
gelesen, völlig außer Atem von der Bibliothek auf den Sportplatz gelaufen,
kurz „hallo!“ bei meiner Oma gesagt und zum Abendessen die Reste vom
Vortag aufgewärmt. Zwischen all den Aufgaben, die ich mir selbst gesetzt 55
5 habe, habe ich kaum Zeit für das gefunden, was ich wirklich machen wollte:
In aller Ruhe die Hausarbeit erledigen oder einen neuen Roman lesen.
Komischerweise bin ich nicht die Einzige in dieser Lage. Will ich mich mit
Eco. techno. Khâgne

Freunden spontan auf einen Kaffee verabreden, hat nie jemand Zeit. Sind
wir alle einfach nur keine Organisationstalente oder steckt da ein gesell- 60
10 schaftliches Phänomen dahinter? Wo ist diese Zeit denn hin, die niemand
mehr hat, die aber alle so dringend brauchen?
Dass wir unser ganzes Leben nach der Uhr orientieren, ist eine ziemlich
neue Entwicklung. In älteren Kulturen bestimmten der Lauf der Sonne und
die Jahreszeiten das gemeinsame und individuelle Leben. 65
15 So lebten die alten Ägypter mit den Hochwasserzeiten des Nils und unsere
Vorfahren, die oft Bauern waren, mit den Erntezeiten. Gearbeitet wurde,
LV1 – ALLEMAND

wenn die Sonne und die Natur es erlaubten. Mit der Entwicklung der Uhr und
der Stechuhr während der lndustrialisierung, mit der Kommen und Gehen
der Arbeiter kontrolliert wurde, änderte sich der Umgang mit der Zeit. Zeit
20 wurde zu einer wirtschaftlichen Ressource. Zeit ist Geld, lautete nun das I. V
Credo. Unser Zeitverständnis wandelte sich von einem qualitativen hin zu
einem quantitativen. Das allein erzeugt aber noch keinen Zeitdruck.
Wie dieser Druck in unserer spätmodernen Gesellschaft entsteht, hat der
S cient.

Soziologe Hartmut Rosa analysiert. Er beobachtet mehrere Bereiche der


25 Beschleunigung1: die technische Beschleunigung, die Beschleunigung des
Lebenstempos und die Beschleunigung des sozialen Wandels.

46 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
Technische Beschleunigung bedeutet kurz gesagt: Ein Mercedes fährt
schneller als eine Pferdekutsche und die neue iPhone-Generation reagiert
schneller auf unsere Befehle als die ersten Smartphones. Mithilfe der tech-
30 nischen Entwicklungen können wir viel schneller reagieren und agieren.
Eigentlich müssten wir also mehr freie Zeit haben. Das klappt aber nur,
wenn die Zahl der Handlungen konstant bleibt. Faktisch machen wir aber
IÉNA
immer mehr und so sparen wir nicht nur keine Zeit ein, sondern sind auch
völlig gestresst.
35 Die soziale Beschleunigung lässt sich am besten im Vergleich zu dem
Leben unserer Großeltern zeigen. Viele Menschen der älteren Generation
leben seit jeher in derselben Stadt, sie lernten einen Job und blieben dabei,
entschieden sich für eine Partei und wählten diese bei allen Wahlen. Und
wie sieht es bei uns aus? Meist ganz anders. Arbeitsplätze, Wohnorte, Werte
40 und Familienstrukturen wechseln immer öfter. Unser gesamtes Leben wird
immer schneller.
Zum einen leben wir in einem kapitalistischen und leistungsorientierten
Wirtschaftssystem. Ob wir das möchten oder nicht, wir müssen uns diesem
System fügen, um darin zu arbeiten. In einem solchen Wirtschaftssystem ist
45 Zeit ein bestimmender Faktor. Möchte ich meine Leistung verbessern, muss
ich schneller arbeiten, schneller Informationen sammeln und flexibler sein.
Unsere Arbeit beschleunigt sich und wir akzeptieren das, denn Zeit ist Geld.
Zweitens leben wir in einer zu großen Teilen säkularisierten Gesellschaft,
in der viele nicht mehr an ein Leben nach dem Tod glauben. Also möchten
50 sie möglichst viel hier und sofort erleben, bevor es zu spät ist. Wir mögen
lieber viele Erlebnisse hintereinander haben, anstatt eines voll zu genießen.
Ein rasantes Leben erscheint uns länger und verspricht Zufriedenheit. So
reise ich lieber in zwei Wochen durch fünf Städte, statt mir zwei genauer
anzusehen, und übe nicht dieselbe Sportart allzu lange aus. Wir organisieren
55 unser eigenes Leben im Job und in der Freizeit also nach der Uhr und versu-
chen, wo immer möglich, Zeit einzusparen.
Unsere Gesellschaft ist strukturell gestresst und wir sollten uns dringend
Eco. techno. Khâgne

Gedanken über unser Zeitverständnis machen. Es ist schon ein Anfang zu


erkennen, dass unser Umgang mit der Zeit nicht natürlich gegeben ist und
60 sich ändern kann. Das heißt: Sich Zeit für ein gutes Gespräch nehmen,
Pausen machen, wenn man sie braucht, oder ein Wochenende mal nicht
auf die Uhr sehen und nach seinem inneren Zeitgefühl leben.
Aber vor allem verstehen, dass Pausen und Zeiten der Langsamkeit kein
Verlust sind. lm Gegenteil: Sie sind bereichernd und notwendig, denn Zeit
65 ist Leben.
Felicia Klinger, Nach einem Artikel, « ze.tt », 23. September 2017.
LV1 – ALLEMAND

1. Die Beschleunigung: 1’accélération.

I. VERSION (sur 20 points)

Traduire le titre et les 3 premiers paragraphes, depuis : « Schnell einen Kaffee


getrunken, zum Bus gerannt, auf der Fahrt Mails gelesen… » jusqu’à : « …In
S cient.

älteren Kulturen bestimmten der Lauf der Sonne und die Jahreszeiten das
gemeinsame und individuelle Leben. »
(de la ligne 1 à la ligne 14)

ANNALES CCIR 2018-2019 l 47

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S UJET

II. QUESTIONS (sur 40 points)


C
1. Question de compréhension du texte
Was unterscheidet unser Zeitgefühl von dem unserer Vorfahren?
IÉNA (100 mots + ou –10 % * ; sur 10 points)
I. V
2. Question de compréhension du texte
Aus welchen Gründen akzeptieren wir die Beschleunigung der Zeit?
(100 mots + ou –10 % * ; sur 10 points)

3. Question d’expression personnelle


„Seine Leistung verbessern, schneller arbeiten, schneller Informationen
sammeln, flexibler sein…“: ein Rezept für ein harmonisches und sinnvolles
Leben?
(300 mots + ou –10 % * ; sur 20 points)

* Le non-respect de ces normes sera sanctionné.


(Indiquer le nombre de mots sur la copie après chaque question.)

III. THÈME (sur 20 points)

E. Macron souhaite que la France respecte – enfin – ses engagements.


Si la France réduisait son déficit budgétaire, elle pourrait plus facilement
convaincre les Allemands de constituer un gouvernement économique de
la Zone euro.
III.
Macron a un autre objectif. Pour lui, l’Europe représente surtout les valeurs
Eco. techno. Khâgne

démocratiques. Il sait qu’A. Merkel partage ses convictions, mais qu’elle ne


veut pas mener seule ce combat. Avec le Brexit, Paris et Berlin savent que
la reconstruction du projet européen repose sur eux. Et Berlin a besoin de
Paris. La chancelière ne s’est pas fait que des amis dans le Sud de l’Europe
pendant la crise financière…

En novembre 2016, D. Trump a été élu ; Macron et Merkel ont compris que


cette élection allait tout changer. Jusque-là, les responsables américains
incarnaient les valeurs occidentales, ils les défendaient. Mais la situation est
LV1 – ALLEMAND

maintenant totalement différente. Plus personne, sur le vieux continent, ne


pense que Trump peut jouer le rôle de leader du monde libre.
Romain Guibert et Pascale Hugues, Le Point, 21 septembre 2017*.

* (Ces références ne sont pas à traduire.)


S cient.

48 l ANNALES CCIR 2018-2019

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C ORRIGÉ
Par Jean-Michel Hannequart, professeur en CPGE ECS au lycée François
IÉNA

1er du Havre.

C ORRIGÉ
I. VERSION

Le temps, c’est de l’argent ?

Avalé rapidement un café, couru jusqu’au bus, lu des mails pendant le trajet,
foncé complètement à bout de souffle de la biliothèque au terrain de sport,
dit un petit bonjour à ma grand-mère, et pour le dîner réchauffé les restes
de la veille. Entre toutes ces tâches que je me suis moi-même fixées, je n’ai
guère trouvé le temps de faire ce que je voulais vraiment faire : effectuer les
travaux domestiques en toute tranquillité ou lire un nouveau roman.
Bizarrement je ne suis pas la seule dans ce cas. Si je veux me retrouver
de façon improvisée avec des amis pour prendre un café, personne n’a le
temps. Sommes-nous tout simplement peu doués pour l’organisation ou
y a-t‑il derrière cela un phénomène de société ? Où est donc passé ce temps
dont plus personne ne dispose, mais dont tout le monde a tellement besoin ?
Le fait que nous organisions toute notre vie en fonction de l’heure, est une
évolution assez récente. Dans des civilisations plus anciennes, c’était le
cycle du soleil et les saisons qui déterminaient le rythme de la vie en commun
et celui de la vie individuelle.

III. THÈME Eco. techno. Khâgne

E. Macron wünscht, dass Frankreich – endlich – seinen Verpflichtungen


nachkommt (seine Verpflichtungen einhält). Würde Frankreich sein
Haushaltsdefizit senken (abbauen), könnte es die Deutschen leichter davon
überzeugen, eine Wirtschaftsregierung der Eurozone zu bilden.
Macron hat (verfolgt) ein anderes Ziel. Seiner Ansicht nach vertritt Europa
vor allem die demokratischen Werte (steht Europa vor allem für die demo-
kratischen Werte). Er weiß, dass A. Merkel seine Überzeugungen teilt, aber
dass sie diesen Kampf nicht allein führen will. Mit (nach) dem Brexit wissen
Paris und Berlin, dass der Wiederaufbau des europäischen Projekts auf ihren
Schultern liegt (lastet). Und Berlin braucht Paris (ist auf Paris angewiesen).
LV1 – ALLEMAND

Die Kanzlerin hat sich bei (während) der Finanzkrise nicht nur Freunde in
Südeuropa gemacht.
Im November 2016 ist D. Trump gewählt worden (wurde D. Trump gewählt).
Macron und Merkel haben verstanden, dass diese Wahl alles ändern würde.
Bis zu diesem Zeitpunkt verkörperten die amerikanischen Verantwortlichen
die westlichen Werte, sie verteidigten sie. Aber jetzt ist die Situation eine
völlig andere (nun hat sich die Situation völlig verändert). Niemand mehr
S cient.

auf dem alten Kontinent meint, Trump könne die Rolle des Anführers der
freien Welt spielen.

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S UJET

LV1 – ALLEMAND
Durée : 4 heures.

Les candidats ne doivent faire usage d’aucun document, dictionnaire


ELVi ou lexique ; l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec-
tronique est interdite. Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce
qui lui semble être une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie
et poursuivra sa composition en expliquant les raisons des initiatives
qu’il sera amené à prendre.
En matière d’orthographe, les graphies antérieure et postérieure à la
réforme sont acceptées.

1. TRADUCTIONS

Durée de l’épreuve : 2 heures.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS EN ALLEMAND

J’ai longtemps été persuadé que l’on ne pouvait faire de vraies rencontres
que dans la rue. Voilà pourquoi j’attendais la fille de Stioppa sur le trottoir,
en face de son immeuble, sans la connaître. « Je t’expliquerai tout », m’avait-
elle dit au téléphone. […]

Oui, si j’avais voulu la rencontrer, c’est que j’espérais qu’elle me donnerait


des « explications ». Peut-être m’aideraient-elles à mieux comprendre mon
père, un inconnu qui marchait en silence à mes côtés, le long des allées du
Eco. techno. Khâgne

bois de Boulogne. Elle, la fille de Stioppa, et moi, le fils de l’ami de Stioppa,


nous avions certainement des points communs. Et j’étais sûr qu’elle en
savait un peu plus long que moi. 2
À la même époque, derrière la porte entrouverte de son bureau, mon père Dur
parlait au téléphone. Quelques mots de lui m’avaient intrigué : « la bande
des Russes du marché noir ».
Près de quarante ans plus tard, je suis tombé sur une liste de noms russes,
ceux de gros trafiquants de marché noir à Paris pendant l’occupation alle-
LV1 – ALLEMAND

mande. […]
Stioppa se trouvait-il parmi eux ? Et mon père sous une fausse identité
russe ? Je me suis posé une dernière fois ces questions avant qu’elles ne
se perdent sans réponses dans la nuit des temps.
Patrick Modiano, Souvenirs dormants, Gallimard 2017.
S cient.

50 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
II. TRADUCTION DE L’ALLEMAND
AU FRANÇAIS

Es war kein Zufall, dass Fenia Xenopoulou just in dem Moment, als der
Rettungswagen auf den Platz einbog und die Sirene zu hören war, an
Rettung gedacht hatte. Sie hatte seit Tagen an nichts anderes gedacht, es ELVi
war ihr geradezu zur fixen Idee geworden, und darum dachte sie es auch
jetzt: Rettung! Er muss mich retten!
Sie saß beim Abendessen im Restaurant Menelas, das sich genau gegen-
über vom Hotel Atlas befand, zusammen mit Kai-Uwe Frigge, den sie, seit
einer kurzen Affäre vor zwei Jahren, privat Fridsch nannte. […] Frigge,
ein […] Mann Mitte vierzig, aus Hamburg stammend, seit zehn Jahren in
Brüssel, hatte […] einen beeindruckenden Karrieresprung gemacht: Nun war
er Kabinettschef in der Generaldirektion für Handel, damit der einflussreiche
Büroleiter von einem der mächtigsten Kommissare der Union.
Dass sich die beiden in dieser Stadt voll von erstklassigen Restaurants
ausgerechnet bei einem Griechen trafen, der sich dann als eher mittel-
mäßig erwies, war nicht der Wunsch von Fenia X. gewesen, sie hatte kein
Heimweh und keine Sehnsucht nach dem Geschmack und den Aromen der
heimatlichen Küche. Kai-Uwe Frigge hatte das vorgeschlagen: Er wollte
seiner griechischen Kollegin ein Zeichen von Solidarität geben, jetzt, da
nach dem Beinahe­Staatsbankrott Griechenlands und dem vierten teuren
EU-Rettungspaket, die „Griechen“ bei den Kollegen und in der Öffentlichkeit
völlig unten durch waren.
Er war sich eines Pluspunktes sicher, als er per Mail „Menelas?“ […] als
Treffpunkt vorschlug, und sie hatte „Okay“ geantwortet. Ihr war das egal
gewesen. Sie lebte und arbeitete schon zu lange in Brüssel, um sich noch
mit Patriotismus zu beschäftigen.
Was sie wollte, war: Rettung. Ihre eigene.
Robert Menasse, Die Hauptstadt, Suhrkamp 2017.
Eco. techno. Khâgne

2 . EXPRESSION ÉCRITE

Durée de l’épreuve : 2 heures.

Warum der Protest sich ausweiten könnte


LV1 – ALLEMAND

Seit der Bundestagswahl gilt Ostdeutschland wieder einmal als


Schmuddelecke der Republik. Doch das Unbehagen, das dort vorherrscht,
könnte sich noch weiter ausbreiten.

Immer wenn es ganz dick kommt, ist der Osten Deutschlands großes Thema.
Wie jetzt wieder nach der Wahl. Zwischen Fichtelberg und Kap Arkona hat
die AfD etwa doppelt so viele Stimmen wie im Westen geholt. Und weil
Meinungsforscher herausfanden, dass mehr als ein Viertel der Männer im
S cient.

Osten die Partei wählten, wird seit Tagen mit überwiegend hanebüchenem
Ausstoß am Ost-Mann herumpsychologisiert. Er ist jetzt der Problembär der
Republik, in deren Vorstellung er einsam und von allen Frauen verlassen in

ANNALES CCIR 2018-2019 l 51

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S UJET

seinem Plattenbau hockt und diesen nur verlässt, um Ausländer zu verprü-


geln, die Bundeskanzlerin anzubrüllen und falsche Parteien zu wählen. (…)

Zunächst zur Globalisierung. Als die Ostdeutschen die Mauer einrissen,


trafen sie auf eine nicht zuletzt im Wettstreit der Systeme zu einem
üppigen Sozialstaat ausgebaute Bundesrepublik mit Tariflöhnen, langem
ELVi
Arbeitslosengeld und guten Renten. Das ging noch etwa ein Jahrzehnt lang
gut, bis Deutschland zunehmend unter Druck geriet. Globale Warenströme
und entfesselte Finanzmärkte begannen, das Geschehen stärker zu
bestimmen als die Politik. Die hechelte, etwa mit der Agenda 2010, dem
enormen Tempo hinterher. Die Folgen sind in ganz Deutschland zu spüren,
doch werden diese im Westen bis heute von einer noch robusten Wirtschaft
mit vielen Altemativen sowie einer gefestigten Gesellschaftsordnung abge-
federt, während die Entwicklung im Osten auf eine instabile Gesellschaft
mitten im Umbruch traf sowie auf eine Wirtschaft, die nach der beispiellosen
Deindustrialisierung gerade erst wieder keimte. (…)

Der Aufruhr jetzt liegt auch daran, dass die Generation der zur Wende
Vierzigjährigen im Osten gerade ihre Rentenbescheide empfängt, die
auf Erwerbsbiographien aus ABM*, Minijobs und Zeitarbeit beruhen. Ihre
Kinder und Enkel wiederum sehen, dass sich das nicht ändert, vielmehr
geht es eiskalt weiter: Kürzlich feuerte ein Privatkonzern in Thüringen nach
der Übemahme einer Suchtklinik die Hälfte des Reinigungspersonals. Die
Patienten putzen seitdem selbst mit, was durchaus Teil der Therapie sein
kann; die über Beiträge aller Sozialversicherungspflichtigen finanzierten
Pflegesätze allerdings blieben gleich, den nun größeren Gewinn streicht
der Betreiber ein. Mit sozialer Marktwirtschaft hat das nichts mehr zu tun,
es regiert der nackte Kapitalismus – und zwar ziemlich genau so, wie es in
den Lehrbüchern im DDR-Staatsbürgerkunde-Unterricht geschrieben stand.

Zur Gängelung. Die DDR trat – es ist anzunehmen, bei Bewusstsein – der
Eco. techno. Khâgne

Bundesrepublik zu deren Bedingungen bei. Die Ost-Bürger handelten die


Regeln der neuen Gesellschaft nicht untereinander aus, sondem übernahmen
sie. Das trägt bis heute zu einem Gefühl der Fremdbestimmung bei. Denn
es bedeutete auch, dass ein über vierzig Jahre im Westen gewachsenes
System aus Vorschriften, Standards und Kontrollen im Osten vom ersten
Tag an ohne Wenn und Aber galt. Für ein am Boden liegendes Land und
seine Wirtschaft ist das ein enormes Hindernis, das der Aufbau-Boom nur
zeitweise überdeckte und das sich seit der Jahrtausendwende mit immer
neuen EU-Vorschriften auch noch potenziert. (…)
LV1 – ALLEMAND

Der Unmut ist offensichtlich so stark und die Antworten etablierter


Parteien so schwach, dass selbst radikales Vokabular und völlig
fehlender Anstand mancher AfD-Bewerber auch solide Mittelständler und
Kommunalpolitiker nicht davon abhielten, die Partei zu wählen. Traditionelle
Bindungen an Parteien oder auch nur an Kirchen und Vereine gibt es
im Osten ohnehin kaum. Dass zwischen Elbe und Oder immer wieder
Männer auffällig werden, liegt auch daran, dass sie in der Mehrheit sind.
S cient.

In manchen Ost-Landkreisen gibt es in der Altersgruppe der 18-bis 29-


Jährigen 25 Prozent Männerüberschuss. Gerade junge Frauen im Osten sind
mobil und ziehen der Arbeit hinterher. Männer dagegen sind eher sesshaft

52 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
und kommen, auf sich allein gestellt, auf merkwürdige Ideen. „Ich werde so
lange zu Pegida gehen, bis ich einen Job und eine Frau gefunden habe“,
hat ein junger Teilnehmer mal bei einer Diskussion in Dresden erzählt. Wer
bitte sagt ihm, dass es so wohl nichts werden wird?

Durch den Aderlass an Frauen und überhaupt jungen Leuten fehlt es im


ELVi
Osten gerade auf dem Land auch an einer temperierenden Mitte, die
Aggressionen bremsen könnte. In einer solchen Gemengelage war dann
die Ankunft von Asylbewerbern samt der als Doktrin aufgefassten Ansage
„Wir schaffen das“ nur noch der buchstäbliche Tropfen, der das Fass zum
Überlaufen brachte. „Sie immer mit Ihren Flüchtlingen!“, bekam Sachsens
Integrationsministerin Petra Köpping von ostdeutschen Bürgern zu hören.
„Integrieren Sie doch erst mal uns!“ Das war egoistisch, selbstbezogen und
äußerst unchristlich, aber es war wohl auch: ein Schrei nach Wahrnehmung.
(…)

Ostdeutschland spielt im gesamtdeutschen Diskurs nur als Problemfall


eine Rolle. Das nervt auch diejenigen, denen nach der Wiedervereinigung
der Neubeginn geglückt ist. Dabei ist das die Mehrheit der Ostdeutschen.
Sie haben Firmen gegründet, umgeschult, noch mal ganz von vorn ange-
fangen. Sie haben die Chance der neuen Zeit oft unter großen Entbehrungen
genutzt. Doch von ihnen und auch den Erfahrungen insbesondere der harten
Nachwendezeit war bisher kaum die Rede. Stattdessen guckt der Westen
immer nur dann genau hin, wenn im Osten etwas seinen Erwartungen zuwi-
derläuft. Dann folgen Vorwürfe und Belehrungen. Undankbar seien sie, die
Ossis, teuer, nicht in der Demokratie angekommen. (…)

Der Fehler ist dabei offensichtlich: Es ist kein Ost-Thema, sondern geht
ganz Deutschland an. Die Entwicklung im Osten wirkt, vor allem bei den
Globalisierungsfolgen, wie eine Blaupause für das, was auch auf den Westen
zukommt und was, siehe Wahlergebnis, bereits jetzt zu spüren ist. Die AfD
Eco. techno. Khâgne

fängt dieses Unbehagen ein, Lösungen hat sie nicht. Höchste Zeit, dass die
anderen Parteien sie entwickeln und dann danach handeln.
Stefan Locke, FAZ, 02.10.2017.

* ABM = Arbeitsbeschaffungsmaßnahmen.

Répondez en Allemand aux questions suivantes :


(250 mots environ pour chaque réponse)

1. Wie erklärt der Autor den Erfolg der AfD im Osten Deutschlands?
LV1 – ALLEMAND

2. Wie sollten Ihrer Meinung nach die traditionellen Parteien auf das
beschriebene Unbehagen in Deutschland und in Europa eingehen?
S cient.

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ELVi
C
ORRIGÉ
Par Jean-Michel Hannequart, professeur en CPGE ECS au lycée François
1er du Havre.

I. TRADUCTION DE L’ALLEMAND
C ORRIGÉ

EN FRANÇAIS

Ça n’était pas un hasard, si Fenia Xenopoulou avait pensé à un sauvetage


juste au moment où l’ambulance s’était engagée sur la place et la sirène
avait retenti. Depuis des jours, elle n’avait pensé à rien d’autre, c’était devenu
pour elle une idée fixe, et c’est pourquoi elle pensait encore maintenant :
sauvetage ! Il doit me sauver.
Elle était assise pour le dîner dans le restaurant Menelas, qui se trouvait juste
en face de l’hôtel Atlas, en compagnie de Kai-Uwwe Frigge, qu’elle appelait
en privé Fridsch depuis une brève aventure deux ans plus tôt. Frigge, un
homme d’environ quarante cinq ans originaire de Hamburg et vivant depuis
dix ans à Bruxelles, avait fait un bond impressionnant dans sa carrière : il
était maintenant chef de cabinet à la direction générale du commerce et ainsi
le chef de bureau influent d’un des plus puissants commissaires de l’Union.
Le fait que leur rencontre avait lieu précisément dans un restaurant grec, qui
s’avéra être plutôt médiocre, ne correspondait pas à un vœu de Fenia X.,
elle n’avait aucunement le mal du pays, pas plus que la nostalgie des goûts
et des arômes de la cuisine du terroir. Kai-Uwe Frigge l’avait proposé : il
voulait manifester sa solidarité avec sa collègue grecque, à un moment où
après la presque faillite de la Grèce et le quatrième plan de sauvetage très
coûteux supporté par l’Union européenne les « Grecs » n’avaient plus du
tout la côte auprès de ses collègues et de l’opinion publique.
Il était assuré de marquer un point en proposant par mail le « Menelas ? » (…)
comme point de rencontre et elle avait répondu « okay ». Ça lui était égal.
Eco. techno. Khâgne

Elle vivait et travaillait depuis trop longtemps à Bruxelles pour se préoccuper


encore de patriotisme.
Ce qu’elle voulait, c’était un sauvetage. Le sien propre.

II. TRADUCTION DE FRANCAIS


EN ALLEMAND

Lange war ich überzeugt, dass wirkliche Begegnungen nur auf der Straße
möglich waren (dass man Menschen nur auf der Straße wirklich kennen
LV1 – ALLEMAND

lernen konnte). Deswegen wartete ich auf Stioppas Tochter auf dem
Bürgersteig gegenüber von ihrem Wohngebäude, ohne sie zu kennen. „Ich
werde dir alles erklären“, hatte sie mir am Telefon gesagt.
Ja, wenn ich sie hatte treffen wollen, dann deshalb, weil ich hoffte (dann in
der Hoffung), dass sie mir Erklärungen geben würde. Vielleicht würden sie
mir helfen, meinen Vater besser zu verstehen, einen Fremden, der schwei-
gend an meiner Seite durch die Alleen des Bois de Boulogne ging. Sie, die
Tochter von Stioppa, und ich, der Sohn von Stioppas Freund, hatten sicher
S cient.

einiges gemeinsam. Und ich war sicher, sie wusste etwas mehr als ich.
Zur selben Zeit sprach mein Vater hinter der halb geöffneten Tür seinem
Arbeitszimmer am Telefon. Einige Wörter, die er sagte (benutzte), hatten

54 l ANNALES CCIR 2018-2019

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mich neugierig gemacht: „die Russenbande vom Schwarzmarkt“. Fast
vierzig Jahre später bin ich auf eine Liste mit russischen Namen gestoßen,
denjenigen von groBen Schwarzmarkthändlern in Paris während der deut- ELVi
schen Besatzung. (…) Gehörte Stioppa dazu? Und mein Vater unter falscher
russischer Identität? Ich habe mir ein letztes Mal diese Fragen gestellt, bevor
sie unbeantwortet auf ewig (für immer) verhallen (verschwinden).

C ORRIGÉ
Eco. techno. Khâgne

LV1 – ALLEMAND
S cient.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 55

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S UJET

LV1 – ESPAGNOL
Durée : 4 heures.

(La note sur 80 sera divisée par 4 pour obtenir la note sur 20, qui
IÉNA sera arrondie au dixième supérieur.)
Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix, effectué
lors de l’inscription, de la première langue dans laquelle ils doivent
composer.
Les candidats ne doivent faire usage d’aucun document, dictionnaire
ou lexique ; l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel
électronique est interdite.
Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra en
expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené à prendre.

S
UJET

La fuerza del presente

Todos los seres humanos y, por tanto, todas las generaciones, incluyendo
los llamados millennials, se definen por sus obras y no por sus palabras.
En ese sentido, esos jóvenes – corriendo el riesgo de generalizar como
ocurrió en mi caso – forman un amplio universo con innumerables perfiles,
personalidades y reacciones y se enfrentan a una serie de desafios, que
atañen incluso a su propia definición. Pero todo eso, las generalizaciones,
las diferencias y las culpas, incluso las malas interpretaciones, se acabaron,
Eco. techno. Khâgne

quedaron enterrados cuando la tierra se puso a temblar en México.

Frente a los fracasos y las hipocresías de la profunda crisis que sus ante-
cesores les hemos dejado, los millennials mexicanos demostraron ese 19
de septiembre, 12 días después del seísmo que golpeó Chiapas y Oaxaca y
32 años después de la tragedia de 1985, que han incorporado las lecciones
teóricas y prácticas para ser unos celosos defensores de las libertades I. V
individuales y del tiempo que les ha tocado vivir. Sin convocatorias, sin
llamamientos, sin consignas, los más jóvenes salieron a las calles y no lo
LV1 – ESPAGNOL

hicieron solo por las autopistas de la tecnología o por las alamedas de las
redes sociales, sino en persona, para reconquistar la condición humana y el
espíritu de toda una nación.

En este contexto, hay que recordar que, cuando en 2012 México se debatía II. Q
entre la necesidad de tener un Gobierno y la duda sobre lo que iba a hacer
el PRI en el poder, nació el movimiento #YoSoy132, que arrancó en una
S cient.

universidad contra un candidato, pero que, después fue absorbido por


el propio sistema político, hasta dejarlo como una explosión primaveral
bienintencionada de la parte más joven de la sociedad. En este momento, el
papel protagonista de los jóvenes no solo se basa en ir contra determinados

56 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 56 24/10/2018 14:46


S UJET
políticos o partidos, sino que ya se va definiendo en el entendimiento de
que nadie arreglará lo que ellos no hagan, asuman o arreglen.

Hoy los jóvenes de muchas partes del mundo nos han demostrado que
nuestros códigos, creencias, organización social y hasta incluso familiar
fueron los nuestros, pero no los suyos. Hoy con ejemplos como el de
IÉNA
México, los jóvenes se movilizan y lo hacen desde el principio de libertad
individual y de capacidad para elegir lo que quieren creer y defenderlo con
determinación y coraje. Hoy no solo los millennials, sino los jóvenes en
general, han sido capaces de acudir al grito de la solidaridad y ayudar a los
demás. Hoy han decidido tomar el pico y la pala para sacar de los escom-
bres a la sociedad que el viejo sistema enterró y han comprendido que los
Estados y las organizaciones han naufragado y han terminado por colapsar.

Ya no se trata de batallas en las redes sociales. Ahora es necesario salir a las


calles, tirar el cascajo y rescatar las sociedades. Los jóvenes deben seguir
siendo lo suficientemente maduros, como están demostrando, para ser
capaces de tener un mundo propio basado en el conocimiento y la comu-
nicación, con sus propios valores y sin necesidad de humillar, ni aniquilar
a los que representamos el viejo mundo.

En la parte que me toca, acepto y vivo con la responsabilidad alícuota de


ser uno de los autores de una catastrófica herencia. Para muchos, el mundo
que legamos a nuestros hijos es muy incierto, por ejemplo, el cambio climá-
tico, aunque en otros aspectos, sin estar bien, estamos mejor que antes,
por ejemplo en libertades democráticas consolidadas y en la conciencia
generalizada de la asignatura pendiente de un reparto más equitativo. Ahora
a los jóvenes les corresponde ejercer su derecho, su deber y el control de
este momento, que es el suyo, así como reconstruir las sociedades con la
convicción de que lograrán vivir en el mundo que siempre desearon. Un
mundo donde puedan disfrutar a plenitud de las virtudes de su ideología,
Eco. techno. Khâgne

su sexualidad, sus inclinaciones, el uso de su tiempo y la jerarquía de sus


valores. Ahora lo que les toca es hacer posible la transición y tomar defi-
nitivamente el poder.
Antonio Navalón, El Pais, 2/10/17.

I. VERSION (sur 20 points)

Traduire depuis « En la parte que me toca… » jusqu’à « …tomar definitiva-


LV1 – ESPAGNOL

mente el poder. »
(de la ligne 44 à la ligne 56)

II. QUESTIONS (sur 40 points)


S cient.

1. Question de compréhension du texte


Explicite en su contexto la afirmación siguiente del autor: "las generali-
zaciones, las diferencias y las culpas, incluso las malas interpretaciones,

ANNALES CCIR 2018-2019 l 57

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S UJET

se acabaron, quedaron enterrados cuando la tierra se puso a temblar en


México."
(de la ligne 6 à la ligne 8)
C
(100 mots + ou –10 % * ; sur 10 points)

IÉNA 2. Question de compréhension du texte


¿Cómo interpreta Antonio Navalón el nacimiento del movimiento
I. V
“#YoSoy132”, en 2012, en México?
(ligne 20)
(100 mots + ou –10 % * ; sur 10 points)

3. Question d’expression personnelle


¿En qué medida considera usted que se puede aplicar al mundo hispánico
la afirmación del autor según la cual los jóvenes “nos han demostrado que
nuestros códigos, creencias, organización social y hasta incluso familiar
fueron los nuestros, pero no los suyos?”
(de la ligne 28 à la ligne 30)
(300 mots + ou –10 % * ; sur 20 points)

* Le non-respect de ces normes sera sanctionné.


(Indiquer le nombre de mots sur la copie après chaque question.)

III. THÈME (sur 20 points)

L’oubli, mécanisme clé de la mémoire

C’est parce que les détails de nos souvenirs s’effacent que nous pouvons
agir, nous adapter au quotidien, acquérir de nouvelles connaissances.
Eco. techno. Khâgne

III.
Nous devrions bénir nos facultés d’oubli. Car une « bonne mémoire » doit
certes nous permettre de retenir durablement l’essentiel de nos savoirs et de
nos expériences. Mais elle doit aussi, et c’est primordial, parvenir à effacer
l’accessoire, le superflu. Les Grecs anciens, déjà, l’avaient pressenti. Cet
oubli « positif » rend notre mémoire performante, nous permet de forger des
concepts et d’adapter nos comportements aux situations nouvelles. Bref, il
nous rend plus intelligents !
À première vue, c’est paradoxal. Pourtant, plusieurs philosophes et psycho-
logues en ont eu l’intuition.
LV1 – ESPAGNOL

« L’oubli, sauf dans certains cas, n’est pas une maladie de la mémoire, mais
une condition de sa santé et de sa vie », écrivait Théodule Ribot, un des
pères de la psychologie en 1882. Publié dans Neuron le 21 *juin, un article
en offre une éclatante démonstration.
Florence Rosier, Le Monde, 21/08/17.

* en toutes lettres.
S cient.

58 l ANNALES CCIR 2018-2019

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C ORRIGÉ
Par Nicolas Léger, professeur en CPGE ECS et ECE à l’institution des
IÉNA

Chartreux, à Lyon.

C ORRIGÉ
I. VERSION

En ce qui me concerne, j’assume et je vis avec la responsabilité aliquote1


d’être l’un des auteurs d’un héritage catastrophique. Pour beaucoup, le
monde que nous léguons à nos enfants est très incertain, avec par exemple
le changement climatique, bien que, à d’autres égards, sans dire que tout va
bien, nous allions mieux qu’avant, avec, par exemple, des libertés démocra-
tiques renforcées et une prise de conscience générale du travail qu’il reste
à fournir2 pour une répartition plus équitable des richesses. Il revient3 main-
tenant aux jeunes d’exercer leur droit, leur devoir et le contrôle de cette
époque qui est la leur, ainsi que de reconstruire les sociétés, convaincus
qu’ils parviendront à vivre dans le monde dans lequel ils ont toujours
souhaité vivre. Un monde où ils pourront profiter pleinement des vertus de
leur idéologie, de leur sexualité, de leurs penchants4, de ce qu’ils font de
leur temps et de leur échelle de valeurs. C’est maintenant à eux de rendre
cette transition possible et de prendre définitivement le pouvoir.
1. Terme désuet signifiant « dans une certaine proportion ». Ici, « une part de la responsabilité » serait donc
une formulation plus claire.
2. L’expression « una asignatura pendiente » s’utilise pour des objectifs non atteints, des défaillances ou
lacunes.
3. On pourrait également penser à « il incombe aux jeunes » ou « c’est aux jeunes de… ».
4. Il s’agit ici de l’inclination, et non de l’inclinaison.
Eco. techno. Khâgne

III. THÈME

El olvido, mecanismo clave1 de la memoria

Porque los detalles2 de nuestros recuerdos se borran es por lo que podemos


actuar, adaptarnos a lo cotidiano, adquirir nuevos conocimientos.
Deberíamos alabar nuestras facultades de olvido. Porque una « buena
memoria » tiene, claro, que permitirnos recordar3 duraderamente lo esen-
LV1 – ESPAGNOL

cial de nuestros saberes y de nuestras experiencias. Pero también tiene,


y es primordial, que lograr4 borrar lo accesorio, lo superfluo. Ya lo habían
intuido los antiguos5 griegos. Este olvido « positivo » hace eficaz nuestra
memoria, nos permite forjar conceptos y adaptar nuestros comportamientos
a situaciones nuevas. Total, ¡ nos vuelve inteligentes !
A primera vista, es paradójico. Sin embargo, varios filósofos y psicólogos
lo intuyeron. « El olvido, salvo en algunos casos, no es una enfermedad
S cient.

de la memoria, sino una condición de la salud y la vida de uno », escribía


Théodule Ribot, uno de los padres de la psicología, en 1882. Publicado

ANNALES CCIR 2018-2019 l 59

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en Neuron el veintiuno de junio, un artículo ofrece una resplandeciente 6
demostración de ello.
IÉNA
1. En règle générale, una clave s’utilise dans un sens figuré, alors qu’una llave désigne l’objet.
2. Variante possible : los pormenores.
3. Il faut rappeler la construction transitive de recordar (algo), à ne pas confondre avec celle,
pronominale et prépositionnelle, d’acordarse de (algo).
4. Le verbe conseguir, lui aussi transitif, serait tout aussi valable.
C ORRIGÉ

5. Attention à la malheureuse confusion avec (un) anciano/a, nom commun signifiant
« une personne âgée ».
6. Variante possible : impactante.
Eco. techno. Khâgne
LV1 – ESPAGNOL
S cient.

60 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 60 24/10/2018 14:46


S UJET
LV1 – ESPAGNOL
Durée : 4 heures.

Les candidats ne doivent faire ussage d’aucun document, dictionnaire


ou lexique ; l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec- ELVi
tronique est interdite.
Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra sa
composition en expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené
à prendre.

1 . TRADUCTIONS

Durée de l’épreuve : 2 heures.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS EN ESPAGNOL

De retour à ton bureau, tu es convoqué par le conseiller. Les nouvelles


vont vite. Tu entres dans la pièce, prêt à remercier chaleureusement et
modestement l’homme qui t’a permis de rentrer aux services culturels et va
sans doute s’excuser de ne pouvoir t’offrir qu’un poste à contrat local – les
meilleurs, en réalité, même s’ils sont moins rémunérés et ne bénéficient pas
des avantages de l’expatriation, car leur durée n’est pas limitée : on peut les
renouveler indéfiniment. Sans attendre que tu t’asseyes, il t’annonce que tu
es congédié. Tes yeux s’écarquillent de stupeur.
« Quoi ? C’est un malentendu !
Eco. techno. Khâgne

– Au lieu de traduire ce que disait le ministre, monsieur Bulot, vous lui


avez coupé la parole et vous avez osé parler au nom de la France ! Vous
avez perdu tout sens de la hiérarchie. »
C’est irrévocable. Tu es prié de sortir à l’instant et de ne plus remettre
les pieds aux services culturels de l’ambassade de France. Le garde t’ac-
compagne, désolé : il t’aimait bien. Tu n’as même pas le temps de dire au
revoir à l’attachée audiovisuelle. Tu te retrouves sur la Cinquième Avenue,
sonné. Tu as toute liberté d’aller te promener dans le parc, maintenant.
Catherine Cusset, L’Autre qu’on adorait, Éditions Gallimard, 2016.
LV1 – ESPAGNOL

NB : On ne traduira pas le titre.

II. TRADUCTION DE L’ESPAGNOL


EN FRANÇAIS

– Soy la madre de Torres – dijo porque no se le ocurrió algo mejor.


S cient.

– Buenas tardes, señora. Aprovecho para agradecerle los dulces y las


frutas que nos ha enviado.
– Dejemos eso, no vine para cortesías. Vine a pedirle cuentas – dijo
Analía colocando la caja de sombreros sobre la mesa.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 61

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S UJET

– ¿Qué es esto?
Ella abrió la caja y sacó las cartas de amor que había guardado todo ese
tiempo. Por un largo instante él paseó la vista sobre aquel cerro de sobres.
– Usted me debe once años de mi vida – dijo Analía.
– ¿Cómo supo que yo las escribí? – balbuceó él cuando logró sacar la
voz que se le había atascado en alguna parte.
ELVi
– El mismo día de mi matrimonio descubrí que mi marido no podía
haberlas escrito y cuando mi hijo trajo a la casa sus primeras notas, reconocí
la caligrafía. Y ahora que lo estoy mirando no me cabe ni la menor duda,
porque yo a usted lo he visto en sueños desde que tengo dieciséis años.
¿Por qué lo hizo?
– Luis Torres era mi amigo y cuando me pidió que le escribiera una
carta para su prima no me pareció que hubiera nada de malo. Así fue con
la segunda y la tercera; después, cuando usted me contestó, ya no pude
retroceder. Esos dos años fueron los mejores de mi vida, los únicos en que
he esperado algo. Esperaba el correo.
– Ajá.
– ¿Puede perdonarme?
– De usted depende – dijo Analía pasándole las muletas.
El maestro se colocó la chaqueta y se levantó. Los dos salieron al bullicio
del patio, donde todavía no se había puesto el sol.
Isabel Allende "Cartas de amor traicionado" en Cuentos de Eva Luna,
Plaza y Janés Editores, 1990.

NB : On ne traduira pas le titre.

2 . EXPRESSION ÉCRITE

Durée de l’épreuve : 2 heures.


Eco. techno. Khâgne

Piñera, la lucha por el centro

Las elecciones que se celebrarán el próximo domingo dejan en evidencia


cómo Chile se ha plegado a un proceso muy extendido en Occidente. La
reconfiguración del sistema de partidos que había organizado el juego del
poder desde finales del siglo pasado. Como en Italia o en Brasil, como en
Francia o en la Argentina, las etiquetas conocidas no sirven para identificar
a los actores de la actual vida pública chilena.
LV1 – ESPAGNOL

La novedad sobresaliente se verifica en el oficialismo. Nueva Mayoría, here-


dera de la Concertación nacida en 1988, se fracturó. Sus socios principales,
el Socialismo y la Democracia Cristiana, compiten ahora con candidatos
diferentes. Los demócrata-cristianos postulan a la senadora Carolina Goic,
a quien los últimos soncleos de opinión prometen el 6% de los votos.
El Partido Socialista de Michelle Bachelet, la presidenta, ofrece a alguien
ajeno a sus filas. Es Alejandro Guillier, también senador. Quillier, un perio-
dista independiente, ocupa el segundo lugar en la carrera. Una encuesta
S cient.

de la consultora Cadem le asigna el 23% de los votos.


La propuesta oficialista expresa el estilo combativo del segundo período de
Bachelet. Un lejano eco de la consigna “Avanzar sin transar” de los tiempos

62 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
de Salvador Allende, que se proyectó en las reformas educativa y tributaria
de la administración actual. La génesis de la candidatura de Quillier corro-
bora esta orientación. Surgió en abril, de una votación secreta en la que el
Comité Central. frustró las aspiraciones del líder histórico, Ricardo Lagos.
Con la propuesta de Lagos quedó descartada también una estrategia: la de
preservar el centro a través de la negociación y el consenso.
ELVi
El problema de esta radicalización es que no consigue reabsorber las disi-
dencias que florecen a su izquierda. El domingo no sólo volverá a competir
el tenaz Marco Enriquez Ominami, un ex socialista que podría arañar el 5%
de la elección. El Frente Amplio postula a Beatriz Sánchez, también perio-
dista, quien podría obtener el 14% de los votos. El Frente representa una
opción estatista, que se sostiene en el movimiento estudiantil, decisivo en el
comportamiento de la izquierda durante la última década. Los líderes de esa
fuerza, Giorgio Jackson y Gabriel Boris, no pueden competir porque todavía
no tienen los 35 años de edad que se requieren para ejercer la presidencia.
Hacia la derecha también aparecen variantes ortodoxas. La principal es la de
José Antonio Kast. Abogado y militante católico, Kast abandonó en 2016 la
UDI pinochetista. Encarna una moral irreprochable, recostada sobre valores
ultra conservadores.
Es posible que Kast produzca un daño cuantitativo a Sebastián Piñera, que
es el favorito de esta competencia. Los sondeos le atribuyen 5% de las
preferencias. Piñera ronda el 45% de los votos. Se calcula que, si no llega a
50%, bastaría que supere a Guillier por 15 puntos para asegurarse el triunfo
en la segunda vuelta. Kast, sin embargo, colabora con Piñera: le facilita, por
comparación, su instalación en el centro del arco político.

La de Piñera es otra metamorfosis relevante del escenario chileno. El ex


presidente se empeña en aclarar que no pertenece a la derecha. La adver-
tencia solía justificarse en que nunca simpatizó con Augusto Pinochet. Pero
han aparecido nuevos motivos para este encuadramiento. El más notorio
Eco. techno. Khâgne

es la influencia de dos asesores que han migrado desde el marxismo hacia


un liberalismo progresista. Uno de ellos es Mauricio Rojas, economista al
que la dictadura obligó a exiliarse en Suecia, donde llegó a ser diputado
por el partido Popular Liberal. El otro es el escritor Roberto Ampuero, quien
pasó los años del exilio en la República Democrática Alemana y en Cuba,
donde rompió con el Partido Comunista. Ampuero fue ministro de Cultura
de Piñera.
La gravitación de estos conversos, como ellos rnismos se llaman, ha equi-
librado y, quizá, superado la de los Chicago boys que rodeaban a Piñera.
Un grupo liderado por Cristián Larroulet, del célebre Instituto de Libertad
LV1 – ESPAGNOL

y Desarrollo.
Este tránsito hacia el centra del candidato de Chile Vamos no se beneficia
sólo por la aparición de un tradicionalista como Kast. Piñera está realizando
un rescate subliminal. El de la política consensual de Lagos, a la que el
socialismo renunció. La campaña deja la sensación de que este Piñera es
heredero de Lagos más que de sí mismo.
La transfiguración, que resulta inexplicable sin el asesoramiento de Andrés
S cient.

Chadwick, el colaborador clave del ex presidente, no debería sorprender.


Piñera se integra a un modelo que ya tiene ejemplares de escala regional. El
más obvio es el colombiano Juan Manuel Santos, quien en vez de reflejarse

ANNALES CCIR 2018-2019 l 63

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S UJET

en su antecesor Álvaro Uribe, prefirió el espejo de Bill Clinton, Tony Blair,


Felipe González, Fernando Henrique Cardoso o el propio Lagos, a quienes
reunió en Bogotá en 2014, para relanzar la tercera vía. También el argentino
C
Mauricio Macri rechaza ser identificado como un líder de derecha. Sólo que,
en su caso, la tercera vía se llama gradualismo.
El identikit de Piñera se asemeja al de Macri, a quien el chileno visita varias
ELVi
veces al año. Ambos provienen del empresariado. Los dos tuvieron una
experiencia como dirigentes futbolísticos. Profesan un mismo desdén por
las burocracias partidarias. Son optimistas frente a la globalización. Aunque
la competitividad darwiniana ahora se compensa con el acompañamiento
de la mano del Estado.
Este nuevo orden, caracterizado por una representación atomizada y un
eclipse de las dogmáticas clásicas, no termina de comprenderse sin un
factor importantísimo. Cambia la política porque cambia el electorado.
Carlos Pagni, El país, 14 de noviembre de 2017.

Répondre en espagnol aux questions suivantes :


(250 mots environ pour chaque réponse)

1. Según el autor, ¿cuáles son las tendencias de reconfiguración del sistema


de partidos políticos chilenos?

2. ¿Cree usted que la tendencia ilustrada en el artículo da cuenta de un


movimiento generalizado en los países hispanohablantes? Justifique su
respuesta con dos ejemplos.
Eco. techno. Khâgne
LV1 – ESPAGNOL
S cient.

64 l ANNALES CCIR 2018-2019

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C ORRIGÉ
Par Frédérique Mabilais, professeure agrégée d’espagnol au lycée Jeanne-
ELVi

d’Arc, à Caen.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS EN ESPAGNOL

C ORRIGÉ
– Je suis la mère de Torres – dit-elle car il ne lui vint pas mieux à l’esprit.
– Bonjour Madame. J’en profite pour vous remercier pour les friandises
et les fruits que vous nous avez envoyés.
– Oublions cela, ce n’est pas une visite de politesse. Je suis venue pour
vous demander des comptes – dit Analía en posant la boîte à chapeaux sur
la table.
– Qu’est-ce que c’est ?
Elle ouvrit la boîte et en sortit les lettres d’amour qu’elle avait gardées
durant tout ce temps. Il promena un long moment son regard sur cette
montagne d’enveloppes.
– Vous me devez onze ans de ma vie – dit Analía.
– Comment avez-vous su que c’est moi qui les ai écrites? – balbutia-t‑il
quand enfin il parvint à retrouver sa voix qui était restée coincée quelque
part.
– Le jour même de mon mariage j’ai découvert que mon mari ne pouvait
pas les avoir écrites et quand mon fils a rapporté ses premières notes à la
maison, j’ai reconnu l’écriture. Et maintenant que je vous regarde, je n’ai pas
le moindre doute, parce que je vous ai vu en rêve depuis que j’ai seize ans.
Pourquoi avez-vous fait cela ?
Luis Torres était mon ami et quand il m’a demandé de lui écrire une
lettre pour sa cousine, je n’y ai rien vu de mal. Pareil pour la deuxième et la
troisième ; ensuite, quand vous m’avez répondu, je n’ai pas pu faire machine
arrière. Ces deux années ont été les meilleures de ma vie, les seules durant
lesquelles j’ai attendu quelque chose. J’attendais le courrier.
Eco. techno. Khâgne

– Ah.
– Vous pouvez me pardonner ?
– Cela dépend de vous – dit Analía en lui donnant ses béquilles.

Le maître mit sa veste et se leva. Ils sortirent tous les deux dans le
brouhaha de la cour où le soleil n’était pas encore couché.
Isabel Allende "Cartas de amor traicionado" en Cuentos de Eva Luna,
Plaza y Janés Editores, 1990.
LV1 – ESPAGNOL

II. TRADUCTION DE L’ESPAGNOL


EN FRANÇAIS

De vuelta a tu despacho, te convoca el consejero. Las noticias viajan


rápido. Entras en su despacho, listo para agradecer calurosa y modesta-
mente al hombre que te ha permitido ingresar los servicios culturales y que
probablemente va a disculparse por solo poder ofrecerte un puesto con
S cient.

contrato de trabajo en destino – en realidad los mejores, aunque pagan


menos y no se benefician de las ventajas de la expatriación, porque no se
limita su duración: se pueden renovar indefinidamente. Sin esperar que te

ANNALES CCIR 2018-2019 l 65

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sientes, él te anuncia que te despide. Tus ojos se abren de par en par por
el estupor.
ELVi « – ¿Qué ? ¡Es un malentendido!
– En vez de traducir lo que decía el ministro, el señor Bulot, ¡usted le
ha cortado la palabra y se ha atrevido a hablar en nombre de Francia! Ha
perdido usted el sentido de la jerarquía.»
Es irrevocable. Te ruega que salgas ahora mismo y que no vuelvas
C ORRIGÉ

más a poner los pies en los servicios culturales de la embajada de Francia.


El guardia te acompaña, afligido: le caías bien. Ni siquiera te da tiempo
para despedirte de la asesora audiovisual. Terminas en la Quinta Avenida,
sonado. Tienes completa libertad para dar un paseo por el parque, ahora.
Catherine Cusset, L’autre qu’on adorait, Éditions Gallimard, 2016.

NB : On ne traduira pas le titre.


Eco. techno. Khâgne
LV1 – ESPAGNOL
S cient.

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S UJET
LV1 – ITALIEN
Durée : 4 heures.

(La note sur 80 sera divisée par 4 pour obtenir la note sur 20, les
deux chiffres aprés la virgule arrondis au dixième supérieur.) IÉNA
Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix de la première
langue dans laquelle ils doivent composer. Tout manquement à la
règle sera assimilé à une tentative de fraude.
Ils ne doivent faire usage d’aucun document, dictionnaire ou lexique ;
sauf en latin pour lequel un dictionnaire Latin-Français est autorisé ;
l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel électronique
est interdite.

S UJET

Meglio in italiano!

Da “Jobs act” a “spending review”, da “mobbing” a “low cost”. Le parole


inglesi si insinuano sempre più nella nostra lingua senza adattamenti e senza
alternative. E il rischio di parlare l’itanglese è sempre più concreto.
Scegliendo l’itanglese, ci stiamo perdendo per strada molte parole italiane
utili a nominare concetti, oggetti e azioni della quotidianità (perché mai,
raccontando e promuovendo i prodotti del territorio, scriviamo sempre più
spesso food e wine invece di cibo e vino? Perché un pranzo leggero è un
light lunch? Perché dobbiamo compilare un form e non un modulo?)
L’inglese è svelto, comodo e cosmopolita. Allora dov’è il problema? E in
Eco. techno. Khâgne

che modo la questione dell’itanglese riguarda tutti noi?


Casi ed esempi dicono poco, se non vengono accostati ai dati. Sono questi
a dar conto dell’attuale pervasività dell’itanglese. Vi faccio una singola
anticipazione: la società di traduzioni aziendali Agostini Associati rileva un
aumento degli anglicismi del 773% tra il 2000 e il 2009, e ulteriori incrementi
del 223% nel 2010, del 343% nel 2011, del 440% nel 2014.
Ma proviamo ad accostare, a questo, un altro dato: secondo il Rapporto
EF EPI (English Proficiency Index) del 2016, l’Italia è solo ventunesima su
ventisei Paesi europei per conoscenza dell’inglese.
Ed eccoci a un punto rilevante: se ad alcuni, e forse a moiti, per pura incom-
petenza dell’inglese molte parole dell’itanglese risultano sfuocate, o del tutto
oscure e indecifrabili, vuol dire che, oltre a dimenticarci (o a non inven-
LV1 – ITALIEN

tare) utili parole italiane, scegliendo l’itanglese, ci perdiamo il vantaggio del


capirci bene quando comunichiamo. E questo è grave. È ancora il rapporto
EF EPI del 2016 a dirci che non solo in Italia ma in tutto il mondo il settore
dell’istruzione è ampiamente sotto media per conoscenza dell’inglese.
È assai probabile, dunque, che quando scrive soft skills, il nostro Ministero
S cient.

dell’Istruzione, dell’Università e della Ricerca scelga un termine che risulta


opaco a molti, ostacolando, e non promuovendo, la propensione dei docenti
a sviluppare le indispensabili competenze trasversali nei ragazzi.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 67

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S UJET

I due fenomeni (la pervasività dell’itanglese e la modesta conoscenza


della lingua inglese) sembrerebbero contrastanti, ma in realtà non lo sono.
“A chi conosce a fondo una lingua straniera non viene nemmeno in mente
di esibirla fuori luogo come fanno troppi ignoranti”, scrive Tullio De Mauro.
E aggiunge che “correggere il grave, persistente analfabetismo nazionale in
materia di lingue straniere, inglese compreso, è una via più lunga, ma forse
IÉNA
più produttiva”.
Preoccuparsi delle questioni della lingua con cui ci si parla non è un fatto
di purismo, di estetica o di nostalgia del passato. È una questione cruciale.
E non è un problema marginale, ma un tema che riguarda il presente e il
futuro, a livello sia individuale sia collettivo.
Il motivo è semplice: tra parole e potere esistono molti legami.
Parole e potere hanno un legame per gli individui: essere padroni delle parole
è una condizione per essere padroni del proprio pensiero e del proprio
destino. III.
Parole e potere hanno un legame forte anche per la collettività: è il nostro
Ministero degli affari esteri a ricordarci che la lingua italiana, che gli stranieri
giudicano tanto attraente da farne la quarta (o quinta) più studiata al mondo,
è uno straordinario strumento di soft power (a oggi non abbiamo una tradu-
zione accreditata per questo concetto, ma potremmo dire “potere morbido”).
Tutelare e promuovere la lingua italiana, già cosí desiderabile e seduttiva, puó
aiutare il nostro Paese a rafforzare il proprio prestigio nel mondo.
Ma non solo. Promuovere l’italiano (e usarlo per i marchi, i nomi dei prodotti,
la pubblicità…) può aiutare anche le nostre imprese a tutelare le esportazioni,
contrastando il fenomeno dei prodotti contraffatti: quelli che si fingono italiani
proprio dotandosi di nomi e marchi che “suonano” italiani.

È un fenomeno imponente, che vale 60 miliardi di euro e oltre 300.000 posti


di lavoro nel solo settore agroalimentare.
Dunque, quando si tratta di parlarci e capirci fra noi, che condividiamo l’ita-
liano come lingua madre, la scelta dovrebbe essere ovvia: meglio in italiano.
Eco. techno. Khâgne

Un’altra cosa importante: la nostra lingua è un bene comune. È un patrimonio


di cultura, di bellezza, di storia e di storie, di idee e di parole che appartiene
a tutti noi, che vale, che ci identifica e che ci aiuta a esprimerci pienamente
come individui, come cittadini e come Paese. Dovremmo averne cura.
Da Annamaria Testa, MicroMega online, 7 settembre 2017.

I. VERSION (sur 20 points)

Traduire en français depuis « I due fenomeni… » jusqu’à « …del proprio


destino ».
LV1 – ITALIEN

II. QUESTIONS (sur 40 points)

1. Question de compréhension du texte


S cient.

Spiegate: “Scegliendo l’itanglese ci perdiamo il vantaggio del capirci bene


quando comunichiamo”.
(100 mots + ou –10 % * ; sur 10 points)

68 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
2. Question de compréhension du texte
Spiegate: “Promuovere l’italiano può aiutare anche le nostre imprese”.
(100 mots + ou –10 % * ; sur JO points)

3. Question d’expression personnelle


In un mondo globalizzato, è sufficiente parlare inglese ? IÉNA
(300 mots + ou –10 % * ; sur 20 points)

* Le non respect de ces normes sera sanctionné.


(Indiquer le nombre de mots sur la copie après chaque question.)

III. THÈME (sur 20 points)

Finis les bains dans les fontaines de Rome

Pour les touristes de passage à Rome, c’est devenu un sport que de plonger
dans l’une des 40 fontaines du centre historique. « Et s’ils se contentaient
de plonger ! » dit un marchand de journaux, « mais ils oublient bouteilles
de bière et cartons de pizza ». Cela explique le décret de la maire Virginia
Raggi : interdit désormais de consommer des aliments, de se baigner, de
grimper sur les statues ou de s’asseoir sur les marches des fontaines. Mais
il ne suffit pas d’interdire, il faut faire appliquer les décrets. Il pourrait donc
y avoir quelque chose de spectaculaire mais d’inefficace dans ces mesures
annoncées par Virginia Raggi. Sans doute serait-il préférable de former les
touristes. L’afflux touristique en Italie est particulièrement préoccupant dans
certaines villes : c’est comme si les touristes de l’Europe du Nord, privés de
leurs vacances exotiques, s’étaient tous repliés sur la Péninsule, épargnée
jusqu’ici par le terrorisme.
Eco. techno. Khâgne

D’après Marcelle Padovani, L’Obs, 14 juin 2017.


LV1 – ITALIEN
S cient.

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IÉNA
C ORRIGÉ
Par Bernard-A. Chevalier, professeur d’italien.

I. VERSION
C ORRIGÉ

Les deux phénomènes (l’omniprésence de l’itanglais et la piètre connais-


sance de la langue anglaise) sembleraient contradictoires, mais en réalité
ils ne le sont pas. « Celui qui connaît parfaitement une langue étrangère
n’a même pas l’idée de l’exhiber à tout bout de champ comme le font trop
d’ignorants » écrit Tullio De Mauro. Et il ajoute que « corriger le sérieux et
persistant analphabétisme national en matière de connaissance des langues
étrangères, anglais compris, est une route plus longue, mais peut-être plus
productive ».
Se préoccuper de la langue que l’on parle n’est pas une affaire de purisme,
d’esthétique ou de nostalgie du passé. C’est une question fondamentale.
Et ce n’est pas un problème marginal mais un sujet qui concerne le présent
et le futur, tant au niveau individuel que collectif.
La raison est simple : il existe de nombreux liens entre les mots et le pouvoir.
Les mots et le pouvoir sont liés pour les individus : être maître des mots est
une condition pour être maître de sa pensée et de son destin.

III. THÈME

Finiti i bagni nelle fontane di Roma


Per i turisti di passaggio a Roma tuffarsi in una delle 40 fontane del centro
storico è diventato uno sport. « E se si accontentassero di tuffarsi ! » dice
un giornalaio « ma abbandonano lattine di birra e cartoni della pizza ». Il
Eco. techno. Khâgne

che spiega il decreto della sindaca* Virginia Raggi : vietato ormai consu-
mare alimenti, fare il bagno, arrampicarsi sulle statue o sedersi sui gradini
delle fontane. Ma vietare non basta : bisogna far applicare i decreti. Quindi,
nei provvedimenti annunciati da Virginia Raggi potrebbe esserci qualcosa
di spettacolare ma però inefficiente. Con ogni probabilità sarebbe meglio
formare i turisti. L’afflusso turistico in Italia è particolarmente preoccupante
in certe città : è come se i turisti dell’Europa Settentrionale, privi delle loro
vacanze esotiche, si fossero ripiegati tutti sulla Penisola, finora risparmiata
dal terrorismo.
Da Marcelle Padovani, l’Obs, 24 giugno 2017.

* On pouvait aussi écrire SINDACHESSA mais depuis que Rome et Turin ont des maires de sexe féminin,
la presse utilise plus volontiers SINDACA.
LV1 – ITALIEN
S cient.

70 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
LV2 – ANGLAIS
Durée : 3 heures.

Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix, effectué


lors de l’inscription, de la deuxième langue dans laquelle ils doivent IÉNA
composer.
Aucun document n’est autorisé. (sauf pour le latin ou le grec ancien);
l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel électronique
est interdite.
Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il/a signalera sur sa copie et poursuivra en
expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené à prendre.

S UJET

If it’s broken, you can’t fix it

As devices go, smartphones and tractors are on the opposite ends of the
spectrum. And an owner of a chain of mobile-device repair shops and
a farmer of corn and soyabeans do not usually have much in common. But
Jason DeWater and Guy Mills are upset for the same reason. “Even we can
no longer fix the home burton of an iPhone,” says Mr DeWater, a former
musician who has turned his hobby of tinkering into a business based in
Omaha, Nebraska. “If we had a problem with our John Deere, we could fix it
ourselves. No longer,” explains Mr Mills whose farm in Ansley, a three-hour
drive to the west, spreads over nearly 4,000 acres.
Eco. techno. Khâgne

Messrs DeWater and Mills have more and more company. It includes not
just fellow repairmen and farmers, but owners of all kinds of gear, including
washing machines, coffee makers and even toys. All are becoming exceed-
ingly difficult to fix–which has given rise to a movement fighting for a “right
to repair”. In America the movement has already managed to get relevant
bills on the agenda of legislatures in a dozen states, including Nebraska.
Across the Atlantic, the European Parliament recently passed a motion
calling for regulation to force manufacturers to make their products more
easily repairable.
Some types of gear, such as photocopiers and medical equipment, have
LV2 – ANGLAIS

always been hard to mend because of their internal complexity. But what
has been the exception is now becoming the rule.

[…] Even a John Deere tractor comes with millions of lines of software code,
controlling everything from the engine to the armrests. Mobile devices, for
their part, are getting ever more densely packed to make them smaller and
S cient.

able to accommodate new components. When iFixit, a website for repair


information, analysed Samsung’s Galaxy Note 8, which started shipping on
September 15th, it found that the device was mainly held together with glue.
This gets rid of fasteners, but makes repairs more difficult. […]

ANNALES CCIR 2018-2019 l 71

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 71 24/10/2018 14:46


S UJET

Firms also withhold technical information, proprietary repair tools and spare
parts. Mr DeWater has to rely on manuals from iFixit, on self-made tools
and on refurbished or copied parts. He can also tap into a global network of
C
repair shops which exchange information about how to fix the latest mobile
devices. “We sometimes even ship a device to China if we know that a shop
there can fix it,” he says.
IÉNA
In the future, repairability is likely to become even more of an issue.
I. V
The Economist, Sept 30th 2017.

I. VERSION (sur 20 points)

Traduire le titre, puis à partir de “Messrs DeWater and Mills…” jusqu’à “…


is now becoming the rule.”
(de la ligne 10 à la ligne 21)

II. QUESTIONS (sur 40 points)

1. Question de compréhension du texte


Explain why ‘repairability’ is now such a big issue.
(150 mots + ou –10 % * ; sur 20 points)

2. Question de compréhension du texte


Is today’s consumer society really becoming more responsible?
III.
(250 mots + ou –10 % * ; sur 20 points)

* Le non-respect de ces normes sera sanctionné.


Eco. techno. Khâgne

(Indiquer le nombre de mots sur la copie après chaque question)

III. THÈME (sur 20 points)

1. La télévision diffusait depuis une semaine des images de heurts entre


manifestants et policiers.
2. Tout le monde a appris la nouvelle ce matin. Pas toi ?
3. Ne devraient-ils pas renforcer les contrôles aux frontières ?
4. On reproche aux réseaux sociaux de diffuser de fausses informations.
5. La fusillade de dimanche dernier a relancé le débat sur le contrôle des
LV2 – ANGLAIS

antécédents.
6. Si tu ne leur dis rien, tu ne sauras pas ce qu’ils en pensent. Allez, un peu
de courage !
7. A peine avait-il compris la situation qu’il se tourna vers le responsable.
8. Ils lui ont demandé de sortir, ne supportant plus ses accès de colère.
S cient.

9. Quand le Premier Ministre réussira à convaincre les députés de son parti,


la question sera réglée.
10. Il a cessé de parler, car il ne pouvait pas se faire entendre.

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C ORRIGÉ
Par Alain Goudot, professeur de chaire supérieure d’anglais en CPGE écono-
IÉNA

mique et commerciale au lycée Bellepierre, à Saint-Denis de la Réunion.

C ORRIGÉ
I. VERSION

Si c’est cassé, vous ne pouvez pas réparer

Messieurs DeWater et Mills font de plus en plus d’émules. Pas seulement


des réparateurs à leur image et des exploitants agricoles, mais aussi des
propriétaires de toutes sortes d’équipement, dont des lave-linge, des
cafetières électriques et même des jouets. Tous ces produits deviennent
extrêmement difficiles à réparer – ce qui a donné naissance à un mouvement
qui lutte pour le « droit de réparer ». Dans une douzaine d’États en Amérique,
y compris au Nebraska, le mouvement a déjà réussi à obtenir l’inscription
de projets de loi appropriés à l’ordre du jour des assemblées législatives.
Outre-Atlantique, le Parlement européen a déjà adopté une motion obligeant
les fabricants à concevoir des produits réparables plus facilement.
Certaines catégories de machines telles que les photocopieurs et appareils
médicaux ont toujours été difficiles à réparer en raison de leur complexité
interne. Mais ce qui était l’exception hier devient la règle aujourd’hui.

III. THÈME

1. TV had been broadcasting pictures of clashes between rioters and the


police for one week.
Eco. techno. Khâgne

2. Everyone heard about the news this morning. Didn’t you?


3. Shouldn’t they strengthen/tighten border controls?
4. Social networks are blamed for spreading fake information.
5. Last Sunday’s mass-shooting revived/rekindled the debate about back-
ground checks.
6. If you say nothing to them, you won’t be able to know what they think
about that. Come on, be brave!
7. No sooner/Hardly had he understood the situation than/when he turned
to the workers’ union leader.
8. They asked/urged him to leave as they could not bear his fits of anger
any longer/as they could no longer bear his fits of anger.
LV2 – ANGLAIS

9. When the Prime Minister succeeds in convincing his own party’s MPs,
the question will be settled/dealt with.
10. He stopped talking for he couldn’t make himself heard.
S cient.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 73

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S UJET

LV2 – ANGLAIS
Durée : 3 heures.

Les candidats ne doivent faire usage d’aucun document, dictionnaire


ELVi ou lexique ; l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec-
tronique est interdite. Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce
qui lui semble être une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie
et poursuivra sa composition en expliquant les raisons des initiatives
qu’il sera amené à prendre.

1 . TRADUCTIONS

Durée de l’épreuve : 1 heure 30.


2
I. TRADUCTION DU FRANÇAIS A L’ANGLAIS Dur
Les jambes toujours croisées, Jérôme Vatrigan prend un air las et s’en-
fonce abondamment dans son fauteuil.

– Monsieur Vatrigan, comment faites-vous… pour être aussi agaçant ?


– J’ai une méthode : il suffit d’observer sérieusement et surtout de s’abs-
tenir de penser. Je comprends mieux.
– À mon tour de poser une question. Où avez-vous appris à parler aussi
bien le français ?
– Je suis diplômée de l’École normale. « Normale Sup’ », vous
connaissez ?
Eco. techno. Khâgne

– Dame ! évidemment. Voyez-vous, je fréquente un bar au coin de la rue


d’Ulm et de la rue Gay-Lussac… On y voit passer vos petites camarades de
promotion. Elles sont souvent moches, pâlichonnes, abrégées ; entre nous,
elles ne sont pas venues dans le monde pour le troubler !
– Nous n’avançons pas beaucoup, monsieur Vatrigan… L’heure tourne.
Venons-en à votre livre. Je vais commencer cet entretien par une question
théorique : pensez-vous que…
– Monsieur ! Signoréé, je prendrais bien une assiette de vos fagiolini, là.

Il désigna la table d’à côté, qui venait d’être servie.


LV2 – ANGLAIS

Words in italics do not need to be translated


Jean Le Gall, Les Lois de l’apogée, Robert Laffont, 2016.

II. TRADUCTION DE L’ANGLAIS AU FRANÇAIS

I knew with certainty that I would never be a doctor. I stretched out in the
S cient.

sun, relaxing on a desert plateau just above our house. My uncle, a doctor,
like so many of my relatives, had asked me earlier that day what I planned
on doing for a career, now that I was heading off to college, and the question

74 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
barely registered. If you had forced me to answer, I suppose I would have
said a writer, but frankly, thoughts of any career at this point seemed absurd.
I was leaving this small Arizona town in a few weeks, and I felt less like
someone preparing to climb a career ladder than a buzzing electron about
to achieve escape velocity, flinging out into a strange and sparkling universe.
ELVi
I lay there in the dirt, awash in sunlight and memory, feeling the shrinking
size of this town of fifteen thousand, six hundred miles from my new college
dormitory at Stanford and all its promise.

I knew medicine only by its absence – specifically, the absence of a father


growing up, one who went to work before dawn and returned in the dark to
a plate of reheated dinner.
Paul Kalanithi, When Breath Becomes Air, Vintage, 2017

2 . EXPRESSION ÉCRITE

Durée de l’épreuve : 1 heure 30

"This idea might be comical if it were not so dangerous," says Dr Cheryl


Hudson, a lecturer in US political history at the University of Liverpool, of
the higher education minister, Jo Johnson’s, recent demand that all British
universities guarantee free speech on campus or face fines.

Johnson’s move followed much-publicised attempts by student unions and


campaigners to ban high-profile speakers – including the feminist writer
Germaine Greer and the former Ukip leader Nigel Farage – from speaking
at universities because of their controversial opinions.
Eco. techno. Khâgne

A few days later came the revelation that Chris Heaton-Harris, a Tory MP
and whip, had written to all universities asking for details of what they were
teaching about Brexit.

As controversial as these developments are, they seem less alarming if


you compared them to America, where rightwing extremist provocateurs
are suing universities to be allowed to spout white supremacist rhetoric on
campus in the name of free speech.

Last month, the University of Florida spent $600,000 on security so that


a white nationalist, Richard Spencer, could safely give one of his speeches
LV2 – ANGLAIS

espousing the creation of a white "ethno-state", accompanied by supporters


sporting swastikas.

The university had tried to ban Spencer, but backed down when he
threatened a lawsuit based on the first amendment to the US constitution
protecting his right to free speech. […]
S cient.

In September, Spencer […] organised the Unite the Right rally, which
took white nationalist marchers carrying torches and chanting "Jews will

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S UJET

not replace us" on to the historic university campus of his alma mater, in
Charlottesville, Virginia, with the university authorities helpless to stop it. […]

In the US, highly offensive public speech with overtly racist, sexist or homo-
phobic content, or even hints of violence, is invariably protected by the first
amendment to the constitution. But some American academics believe you
ELVi have to draw a line somewhere – so now, ironically, it’s leftwingers trying
to keep rightwingers out.

"Some have this idea that the first amendment is like a sacred text and we
have to worship it… the university didn’t invite Nazis on to campus but they
went along with it, [saying] you just have to ignore them – but that’s exactly
how fascism got a grip in Germany in the thirties," says Thomas Auxter,
philosophy professor at the University of Florida and lead organiser of the
protest against Spencer’s visit.

Spencer had not been invited to speak by the university or any of it student
groups – he rented a hall on campus, which the university said it was obliged
to allow him to do as it has no restrictions on who can rent the facility. […]

Leigh Raiford, professor of African Arnerican studies at Berkeley, petitioned


to cancel classes as a way of boycotting Berkeley’s so-called Free Speech
Week, which was billed as featuring Yiannopoulos1; Steve Bannon, Donald
Trump’s former chief adviser; and Ann Coulter, an ultra-conservative social
and political commentator. Despite the university spending $1m on security,
the event, due to be held in September, fell apart before it even began.

Could there be similar ugly spectacles in Britain if Johnson has his way
on free speech in universities? Unlikely, says Matthew Williams, crimi-
nology professor at Cardiff University, who specialises in hate crime and
hate speech. While Williams does not favour speakers being barred from
campuses, neither does he want to end up with the kind of incendiary
Eco. techno. Khâgne

speeches and confrontational lawsuits causing chaos in America, if Johnson


pushes his agenda.

Williams is confident Britain can strike a balance, given its "strong and
sensible" laws against hate speech, which don’t exist in the US. These are
chiefly based on the Public Order Act of 1986, which made it an offence
to use threatening, abusive or insulting words or behaviour or display such
written material with the intent to stir up racial hatred, and which is deemed
likely to do so. […]

But Williams does say that Heaton-Harris’s letter to vice-chancellors struck


LV2 – ANGLAIS

him as "quite terrifying". […] He worries that routine teaching materials that
foster robust, open debate in class could appear overly-opinionated when
reviewed out of context by someone with a political motivation. Rather than
protecting students’ freedom of thought, it casts the shadow of "Big Brother"
over higher education, he says. […]
S cient.

Joanna Walters, The Guardian, November 7, 2017.

1. Milo Yiannopoulos is an "alt-right" agitator and former Breitbart senior editor.

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S UJET
Répondez en anglais aux questions suivantes :
(200 mots environ pour chaque réponse)

1. According to the author of the text, what are the challenges posed by
freedom of speech protection in the US and the UK? Answer the ques-
tion in your own words.
ELVi
2. "l’m not a free speech absolutist, I don’t believe all ideas deserve an
airing," says Leigh Raiford, professor of African American studies at
Berkeley. Do you agree? Illustrate your answer with relevant examples
from the English-speaking world.

Eco. techno. Khâgne

LV2 – ANGLAIS
S cient.

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ELVi
C
ORRIGÉ
Par Philippe Rayet, agrégé d’anglais, professeur honoraire en CPGE au Lycée
Notre-Dame-du-Grandchamp, à Versailles.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS A L’ANGLAIS


C ORRIGÉ

With his legs still crossed, Jérôme Vatrigan tried to look tired and sank back
deeper into his (arm)chair.
“Monsieur Vatrigan, how can you possibly be so… annoying?”
“I’ve got my own way for it: you only need to observe closely [conscien-
tiously] and above all to refrain from thinking.”
“I can understand better.”
“My turn [go] to ask a question. Where did you learn such good French?”
“I graduated from École normale. “Normale Sup’”. Heard of it?”
“Why yes [Indeed yes]! I’m a regular at a bar at [on] the corner of the rue
d’Ulm and the rue Gay-Lussac… Girls from your school patronize it regu-
larly. They’re often ugly pale little shrimps. Between you and me [Between
ourselves], they’ve (obviously) not come into this world to arouse anybody!”
“That doesn’t improve matters for us, monsieur Vatrigan… Time passes.
Let’s get to the point: your book. I’ll begin this interview with a theoretical
question: do you think that…”
“Sir! Signoréé, I’d really fancy some of your fagiolini, like those there.”
He pointed at [towards] the table next to them, where the people had just
been served.
Jean Le Gall, Les Lois de l’apogée, 2016.

II. TRADUCTION DE L’ANGLAIS AU FRANCAIS

J’avais la certitude que je ne serais jamais médecin. J’étais étendu au soleil,


lézardant sur un plateau aride qui surplombait directement notre maison.
Eco. techno. Khâgne

Mon oncle, qui était médecin comme [à l’instar de] tant d’autres membres
de ma famille, m’avait demandé, plus tôt dans la journée, comment j’envisa-
geais mon avenir professionnel [ce que je comptais faire plus tard sur le plan
professionnel] maintenant que j’allais partir à l’université, mais la question
m’avait à peine effleuré. Si j’avais été forcé d’y répondre [Si l’on m’avait forcé
à y répondre], j’aurais sans doute dit « écrivain », mais à ce moment-là, très
honnêtement, j’étais à mille lieues de penser à ce que je pourrais devenir.
J’allais quitter cette petite ville d’Arizona quelques semaines plus tard, et je
m’identifiais plus à un électron débordant d’énergie et sur le point [en passe]
d’atteindre sa vitesse de libération pour aller se précipiter dans un univers
étrange et éblouissant, qu’à un individu se préparant à gravir les échelons
LV2 – ANGLAIS

d’une vie professionnelle.


Allongé sur le sol poussiéreux, inondé de soleil et de souvenirs, j’avais
l’impression que cette ville de quinze mille habitants située à près de mille
kilomètres du dortoir de ma future université de Stanford et de toutes ses
promesses, était en train de rapetisser.
D’une vie de médecin, je ne connaissais que l’absence – tout particulière-
S cient.

ment celle d’un père qui, pendant mon enfance, partait au travail avant l’aube
pour ne rentrer qu’à la nuit tombée et dîner de plats réchauffés.
Paul Kalanithi, When Breath Becomes Air, 2017.

78 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
LV2 – ALLEMAND
Durée : 3 heures.

Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix, effectué


lors de l’inscription, de la deuxième langue dans laquelle ils doivent IÉNA
composer.
Aucun document n’est autorisé. (sauf pour le latin ou le grec ancien);
l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel électronique
est interdite.
Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il/a signalera sur sa copie et poursuivra en
expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené à prendre.

S UJET

Das ende einer welt

Das Sportgeschäft Sport Lang in München Schwabing steht vor der


Schlielßung. Viele Münchner, die heute schon erwachsen sind, haben dort
ihren ersten Fußball gekauft, ihre ersten Skier. In Schwabing war, lange
bevor man auch im Warenhaus Karstadt im Zentrum der Stadt Sportartikel
kaufen konnte, das Geschäft Sport Lang das beste Beispiel für eine gute,
individuelle Beratung. Man nahm sich viel Zeit für seine Kunden und wenn
jemand kein Bayerisch verstand, dann wurde auch Hochdeutsch gespro-
chen. Bald 61 Jahre lang. Nun macht der bekannte Münchner Laden der
Familie Lang zu.
Eco. techno. Khâgne

„Ja“, sagt Filialleiter Manfred Hofmann, „das tut wirklich weh. Es hat so
viele nette treue Kunden gegeben und man hat halb Schwabing gekannt.“
Zugleich grüßt er einen Kunden, der durch die Tür kommt und schnell noch
einmal nach Winteranoraks schauen möchte.

Seit Wochen hängen Plakate mit der Aufschrift « Total-Räumungsverkauf »


über Eingangstür und Schaufenstern. Alles, was die Lager noch zu bieten
haben, und sogar das, was vor einem Jahr schon für den Winter bestellt
LV2 – ALLEMAND

worden ist, kann man nun zu stark reduzierten Preisen kaufen. Und die
Kunden fragen immer wieder: „Warum hört ihr auf?“

Der 59-jährige Filialleiter erklärt es. Immer und immer wieder. Die Zeiten
hätten sich einfach geändert. Die kleinen, mittelständischen Geschäfte seien
früher Leader im Sport gewesen. Doch die Wünsche der Kunden hätten sich
stark geändert. „Die meisten Käufer“, sagt Hofmann, „bestellen online.“
Zumindest das, was nicht anprobiert werden müsse. Und: Heute erwarten
S cient.

die Kunden Erlebnis-Geschäfte auf mindestens 1 000  Quadratmetern


Verkaufsfläche mit Kletterwänden und anderen Attraktionen.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 79

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S UJET

Eines Tages, erinnert sich Hofmann, kam ein Kunde ins Geschäft. Sehr jung, III.
vielleicht Mitte 20. Lange habe Hofmann beraten, verschiedene Turnschuhe
angeboten. „Dann nahm der Mann sein Smartphone heraus, suchte die
Marke, die ihm gefiel, und wollte genau diesen Preis. Da können wir nicht
mithalten.“ In Süddeutschland machten aus diesem Grund, so Hofmann,
etwa 300 kleinere Sportgeschäfte zu.
IÉNA
„Wir haben keine Rolltreppe und der Laden ist nicht behindertengerecht“,
sagt Hofmann. Einige Gründe, die es schwer machen, konkurrenzfähig zu
bleiben. Dazu kommt, dass es in dem Viertel sehr schwierig ist, Parkplätze zu
finden. Die Folge: Die Umsätze gingen stark zurück. Alle sieben Mitarbeiter
wurden auf andere Sportgeschäfte verteilt.

Offiziell bis zum 30. Oktober läuft der Räumungsverkauf. Wann definitiv
Schluss ist, weiß man noch nicht. Doch eines ist sicher: Hofmann bleibt bis
zum letzten Tag. „Das habe ich meinem Chef versprochen.“
Nicole Graner, Nach einem Artikel, « Süddeutsche Zeitung », 11. Oktober 2017.

I. VERSION (sur 20 points)

Traduire le titre et les paragraphes 1 et 2, depuis : « Das Sportgeschäft Sport


Lang in München Schwabing steht vor der Schließung… » jusqu’à : « …der
durch die Tür kommt und schnell noch einmal nach Winteranoraks schauen
möchte. »
(de la ligne 1 à la ligne 13)

II. QUESTIONS (sur 40 points)


Eco. techno. Khâgne

1. Question de compréhension du texte


Aus welchen Gründen muss das Sportgeschäft « Sport Lang » schließen und
warum ist das schade?
(150 mots + ou –10 % * ; sur 20 points)

2. Question de compréhension du texte


Online-Käufe (Amazon, Zalando…), riesige Einkaufszentren: Ist das Ende
der kleinen Geschäfte im Stadtzentrum schon vorprogrammiert?
LV2 – ALLEMAND

(250 mots + ou –10 % * ; sur 20 points)

*Le non-respect de ces normes sera sanctionné.


(Indiquer le nombre de mots sur la copie après chaque question).
S cient.

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S UJET
III. THÈME (sur 20 points)

1. Asseyez-vous, s’il vous plaît. Notre directeur vous recevra dans quelques
minutes !
2. Malgré son jeune âge, le Président français est aujourd’hui respecté
dans le monde entier.
IÉNA
3. Mes parents ont acheté cette voiture électrique il y a un mois car son
prix a baissé.
4. Les populistes ont de plus en plus d’influence. Faut-il avoir peur d’eux ?
5. La plupart des jeunes veulent croire en l’Europe parce que c’est impor-
tant pour leur avenir.
6. Avant de chercher un emploi, elle a envie de découvrir d’autres pays.
7. Quand il était petit, il lisait beaucoup. Mais maintenant les livres l’inté-
ressent moins que son portable.
8. Tu n’as pas besoin de me remercier, je t’ai aidé volontiers.
9. Comme les conducteurs de bus font grève, nous pourrions aller en ville
à pied.
10. Depuis que je travaille dans cette entreprise internationale, je passe trois
jours par semaine en Autriche.

Eco. techno. Khâgne

LV2 – ALLEMAND
S cient.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 81

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IÉNA
C ORRIGÉ
Par Jean-Michel Hannequart, professeur en CPGE ECS au lycée François
1er du Havre.
C ORRIGÉ

I. VERSION

La fin d’un monde

La fermeture du magasin de sport Sport Lang situé à Munich dans le quartier


de Schwabing est imminente. De nombreux Munichois, qui sont aujourd’hui
adultes, y ont acheté leur premier ballon de football, leurs premiers skis. Bien
avant que l’on puisse acheter des articles de sport dans le grand-magasin
Karstadt au centre-ville, le magasin Sport Lang représentait à Schwabing le
meilleur exemple de conseil individualisé et de qualité. On prenait beaucoup
de temps pour chaque client et si quelqu’un ne comprenait pas le bavarois,
alors on parlait l’allemand classique. Pendant près de 61 ans. Et voilà que
le célèbre magasin munichois appartenant à la famille Lang ferme.
« Oui, cela fait vraiment mal », dit Manfred Hoffmann, le gérant de la filiale.
« Nous avions tellement de clients sympathiques et fidèles et on connaissait
la moitié de Schwabing ». En même temps il salue un client qui entre et qui
voudrait rapidement regarder encore une fois les anoraks d’hiver.

III. THÈME

1. Setzen Sie sich bitte! Unser Direktor wird Sie in wenigen Minuten (gleich)
empfangen.
Eco. techno. Khâgne

2. Trotz seines jungen Alters wird der französische Präsident heute in der
ganzen Welt geachtet (respektiert).
3. Meine Eltern haben dieses Elektroauto vor einem Monat gekauft, denn
es ist billiger geworden (denn sein Preis ist gesunken).
4. Die Populisten haben immer mehr Einfluss. Muss (soll) man sich vor
ihnen fürchten?
5. Die meisten Jugendlichen wollen an Europa glauben, weil es für ihre
Zukunft wichtig ist.
6. Bevor sie einen Arbeitsplatz sucht, hat sie Lust, andere Länder zu
LV2 – ALLEMAND

entdecken.
7. Als er klein war, las er viel. Aber (doch) jetzt interessieren ihn Bücher
weniger als sein Handy.
8. Du brauchst mir nicht zu danken, ich habe dir gern geholfen.
9. Da die Busfahrer streiken, könnten wir zu Fuß in die Stadt gehen.
10. Seit ich in diesem internationalen Unternehmen arbeite, verbringe ich
drei Tage pro Woche in Österreich.
S cient.

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S UJET
LV2 – ALLEMAND
Durée : 3 heures.

Les candidats ne doivent faire usage d’aucun document, dictionnaire


ou lexique ; l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec- ELVi
tronique est interdite.
Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra sa
composition en expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené
à prendre.

1 . TRADUCTIONS

Durée de l’épreuve : 1 heure 30.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS EN ALLEMAND

Marie aimait son prénom. Moins banal qu’on ne le croyait. Quand elle disait
qu’elle s’appelait Marie, cela produisait son effet. « Marie », répétait-on
charmé.

Le nom ne suffisait pas à expliquer le succès. Elle se savait jolie. Grande et


bien faite, […] elle ne laissait pas indifférent […]

Marie avait 19 ans, son heure était venue. Une existence formidable l’atten-
dait, elle le sentait. Elle étudiait le secrétariat – il fallait bien étudier quelque
Eco. techno. Khâgne

chose. On était en 1971. « Place aux jeunes », entendait-on partout.

Elle fréquentait les gens de son âge aux soirées de la ville, elle n’en manquait
pas une. Il y avait une fête presque chaque soir. Après une enfance calme
et une adolescence ennuyeuse, la vie commençait.
« Désormais c’est moi qui compte, c’est enfin mon histoire, ce n’est plus
celle de mes parents, ni de ma sœur. » Son aînée avait épousé un brave
garçon l’été d’avant, elle était déjà mère. (…)
Amélie Nothomb, Frappe-toi le cœur, Albin Michel, 2017.
LV2 – ALLEMAND

II. TRADUCTION DE L’ALLEMAND


EN FRANÇAIS

Das Wetter ist schön, fast ein wenig zu schön für diese Jahreszeit. Der
Himmel ist wolkenlos und träge. Der Sommer hat Einzug gehalten. Amina
ist im Kindergarten, Youssef wird sie später abholen.
S cient.

Amal steht auf der Sonnenallee vor einem syrischen Supermarkt und sucht
Tomaten aus, als sie von einem Mann auf Arabisch angesprochen wird:
„Kennen wir uns nicht von irgendwoher?“

ANNALES CCIR 2018-2019 l 83

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S UJET

Sie schaut vorsichtig hoch. Die Sonnenallee hat sich in den letzten Jahren
zu einem Anziehungspunkt für Syrer entwickelt, die diese Straße scherzend
als die „syrische Straße“ bezeichnen.

„Ein sehr schlechter Spruch“, erwidert Amal, während sie die Augen verdreht
und sich wieder dem Gemüse zuwendet. „Aber ich kenne dich wirklich“,
ELVi
sagt Hammoudi und lacht. Amal schaut ihn an und muss ebenfalls lachen.
Sie weiß zwar nicht, wer er ist, aber sein Gesicht kommt ihr tatsächlich
irgendwie bekannt vor.

„Wir haben uns in Damaskus kennengelernt. In einem anderen Leben. Ich


hatte mal einen Schlüssel von dir abgeholt“, sagt Hammoudi und kann sich
selbst nicht erklären, weshalb er sich plötzlich an diese Frau erinnert.

Amal schaut ihn aufmerksam an, und nach einer Weile lacht sie laut auf
und sagt: „Stimmt, ich habe dich noch für den einen Geheimdienstleiter
gehalten.“
Olga Grjasnowa, Gott ist nicht schüchtern, Aufbau Verlag, Berlin 2017.

2 . EXPRESSION ÉCRITE

Durée de l’épreuve : 1 heure 30.

"Europa ist eine große Erzählung" – Kultur als Gesellschaftskitt?

(…) Europa ist das vorherrschende Thema unserer Zeit, auch auf der
Frankfurter Buchmesse. Die Ausgangsdiagnose: Europa ist in einem ziemlich
schlechten Zustand. Es befindet sich im Dauerkrisenmodus – Bankenkrise,
Eco. techno. Khâgne

Eurokrise, Flüchtlingskrise, anhaltender Vertrauensverlust in die politische


Elite, Brexit, Rechtsnationalismus, Separatismus, Nationalismus.
Demgegenüber steht eine neue Europa-Euphorie, die von immer mehr
Menschen getragen wird und eine Bewegung wie "Pulse of Europe"
hervorgebracht hat. In seiner Eröffnungsrede in Frankfurt sprach der fran-
zösische Präsident Emmanuel Macron, dass Deutschland und Frankreich
– das Gastland der Frankfurter Buchmesse – ein wichtiger Motor für die
Erarbeitung von Lösungen sein sollen. Und er sagte auch: Ohne Kultur gibt
es kein Europa.
LV2 – ALLEMAND

"Kultur als Gesellschaftskitt" – auch für Europa?

Kann also Kultur dazu beitragen, nationalstaatliche Interessen und die Logik
europäischer Zusammenarbeit miteinander zu versöhnen? Um diese Frage
ging es in einer Diskussionsrunde, die das Institut für Auslandsbeziehungen
(…) auf der Buchmesse zusammengebracht hatte. "Kann Kultur Europa
S cient.

retten?’’ Chris Dercon (Intendant der Berliner Volksbühne), Asiem El Difraoui


(ägyptisch-deutscher Politologe), Ulrike Guérot (Professorin für Europapolitik)
und Andreas Görgen (Leiter der Abteilung Kultur und Kommunikation im
Auswärtigen Amt) sollten Antworten auf diese Frage finden.

84 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
Die Frage ist natürlich polemisch gestellt. So schlimm sei es um Europa gar
nicht bestellt, darauf weist Andreas Görgen entschieden hin, noch müsse
es nicht gerettet werden. "In Deutschland gibt es eine Riesentradition,
Kultur als Gesellschaftskitt zu begreifen, als könnte sie unsere Gesellschaft
zusammenhalten." Blicke man auf Deutschland, dann "war die größte kultu-
relle Leistung wahrscheinlich die Erfindung der kommunalen Freibäder in
ELVi
den Siebzigerjahren. Das waren und sind die Orte, an denen Gesellschaft
eingeübt wird, und an denen die Leute Gleiche sind." (…)

Das kulturelle Erbe Europas

Der ungeliebte Begriff der Leitkultur, möglicherweise einer europäischen


Leitkultur, drängt sich Moderator Sebastian Körber (…) auf. Ulrike Guérot
macht kurzen Prozess damit: Sie führt Theodor Adorno ins Feld, der schon
in den Fünfzigerjahren festgestellt habe, dass jeder Begriff von Leitkultur
protofaschistische Tendenzen habe, weil es immer darum ginge, ein Wir
gegen ein anderes Wir zu stellen. Die Aufgabe der Kultur in Europa sei, das
Erbe der Französischen Revolution zu bewahren.

"Der erste Weltkrieg war kein Krieg zwischen Nationen, sondern er war ein
Krieg zwischen Ungeist und Geist." Ulrike Guérot zitiert den expressionis-
tischen Maler Franz Marc, um auf die Parallele zur Jetztzeit hinzuweisen:
den Verrat, anfangs des 20. Jahrhunderts wie heute, an den Idealen
der Französischen Revolution, an Freiheit, Gleichheit, Brüderlichkeit.
Das verbindende kulturelle Erbe sei der erste Satz der europäischen
Menschenrechtserklärung: "Alle Menschen sind geboren frei und gleich in
ihren Rechten." Kultur, das sei die Fähigkeit, diese Solidarität von einer
Generation auf die andere zu übertragen. Gefordert sei jetzt die zivilisatori-
sche Leistung, das vereinte Europa als Antwort auf Auschwitz – nie wieder
Krieg, nie wieder Nationalismus – an eine Generation weiter zu vermitteln,
die nicht mehr mit Zeitzeugen sprechen könne.
Eco. techno. Khâgne

"Europa ist eine große Erzählung"

Zivilisation, Kultur – auch für Asiem El Difraoui geht es in erster Linie darum,
Freiräume zu erhalten. Europa und Kultur, das ist für ihn deckungsgleich.
"Europa ist nichts anderes als eine große Erzählung, die wir geschaffen
haben, und es ist wichtig, dass wir diese Erzählung offen halten", sagt der
Terrorismusforscher. lm südlichen Mittelmeerraum werde Europa als Kunst
– und Kultur-Großmacht wahrgenommen und als Freiraum, der auch die
LV2 – ALLEMAND

letzten Freiräume der Zivilgesellschaften in der arabischen Welt unterstützt


hat. Europa habe eine große Vorbildfunktion.

Immer neu zu hinterfragen: Heimat und ldentität

Eine kritische Existenzfrage ist für Europa die Einbindung der Nationalstaaten.
Heimat und Identität sind zentrale Begriffe in der Debatte um Europa,
S cient.

darauf weist Chris Dercon hin. Alle fünf bis zehn Jahre müssten sie neu
hinterfragt und mit Inhalten gefüllt werden. Das sei nicht abstrakt, philo-
sophisch, sondern kleinteilig wie ein Puzzle und konkret, im Gefühl des

ANNALES CCIR 2018-2019 l 85

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S UJET

Identitätsverlusts vieler einzelner Menschen, in ökonomischen Fragen. Eine


Zeitlang habe man geglaubt, die Zukunft sei in der Kombination von Europa
und Städten zu suchen, die die Bedeutung der Nationalstaaten schmälern
C
könnte. Das habe sich als falsch herausgestellt.
Sabine Peschel, Deutsche Welle, 12.10.2017.
ELVi
Répondre en ALLEMAND aux questions ci-dessous :
(Environ 200 mots pour chaque réponse)

1. Wie wird in dem Artikel die Rolle und Aufgabe der Kultur fur Europa
beschrieben?

2. Teilen Sie die Meinung des Joumalisten, dass die Kultur ein Bindemittel
fur die europäischen Gesellschaften sein kann? Argumentieren Sie mit
konkreten Beispielen.
Eco. techno. Khâgne
LV2 – ALLEMAND
S cient.

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C ORRIGÉ
Par Jean-Michel Hannequart, professeur en CPGE ECS au lycée François
ELVi

1er du Havre.

I. TRADUCTION D’ALLEMAND EN FRANCAIS

C ORRIGÉ
Marie mochte ihren Vornamen. Weniger banal, als man es glaubte. Wenn
sie sagte, dass sie Marie hieß, wirkte es (fiel sie auf). „Marie“, wiederholte
man entzückt.
Der Name genügte nicht, um den Erfolg zu erklären. Sie wusste, dass
sie hübsch, groß war und eine schöne Figur hatte, sie ließ niemanden
gleichgültig.
Marie war 19, ihre Stunde hatte geschlagen. Eine tolles Leben erwartete
sie, sie spürte es. Sie machte eine Ausbildung als Sekretärin, irgendeine
Ausbildung musste man wohl machen. Man schrieb das Jahr 1971. „Platz
machen für die Jugend“, war überall zu hören.
Sie verkehrte mit Gleichaltrigen bei den Abendparties in der Stadt, sie
versaümte keine (sie war stets dabei). Fast an jedem Abend fand ein Fest
statt. Nach einer ruhigen Kindheit und einer langweiligen Jugend fing das
Leben an. „Jetzt kommt es auf mich an, es ist endlich meine Geschichte,
nicht mehr die meiner Eltern oder meiner Schwester“. Ihre Schwester hatte
im vorhergehenden Sommer einen braven Kerl (Burschen) geheiratet, sie
war schon Mutter.

II. TRADUCTION DE FRANCAIS


EN ALLEMAND

Il fait beau, presque trop beau pour cette saison. Le ciel est sans nuage,
indolent. L’été s’est installé. Amina est au jardin d’enfants, Youssef ira la
Eco. techno. Khâgne

chercher plus tard.


Amal se trouve sur la Sonnenallee devant un supermarché syrien en train
de choisir des tomates, lorsqu’un homme l’aborde en arabe : « Nous nous
sommes déjà vus quelque part ? »
Elle lève les yeux prudemment. La Sonnenallee est devenue ces dernières
années un point de rencontre pour les Syriens qui par plaisanterie appellent
cette rue la « rue syrienne ».
« Une très mauvaise formule », réplique Amal en roulant des yeux et en se
retournant vers les légumes. « Mais je te connais vraiment », dit Hammoudi
LV2 – ALLEMAND

en riant. Amal le regarde et ne peut s’empêcher de rire elle aussi. Elle ne


sait certes pas qui il est, mais elle a l’impression d’avoir déjà vu ce visage.
« Nous nous sommes rencontrés à Damas. Dans une autre vie. J’étais venu
chercher une clé qui t’appartenait », dit Hammoudi sans pouvoir s’expliquer
à lui même, pourquoi il se souvient soudain de cette femme.
Anna le regarde avec attention, et après un moment elle éclate de rire et dit :
« C’est vrai, je t’ai pris pour l’un des chefs du service secret. »
S cient.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 87

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S UJET

LV2 – ESPAGNOL
Durée : 3 heures.

Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix, effectué


IÉNA lors de l’inscription, de la deuxième langue dans laquelle ils doivent
composer.
Aucun document n’est autorisé. (sauf pour le latin ou le grec ancien);
l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel électronique
est interdite.
Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il/a signalera sur sa copie et poursuivra en
expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené à prendre.
I. V

S
UJET

Machismo, continuidad y repetición

La afirmación del machismo pasa por la negación de la realidad que él


II. Q
mismo crea, ésa es la forma de hacerse invisible en una sociedad que lo
señala en cada uno de sus actos. Desde el piropo como halago y el maltrato
como un tema de pareja, hasta el homicidio por celos o alcohol, todo forma
parte de lo que el machismo presenta como verdad para así mantener su
mentira. Da igual que sean 70 las mujeres asesinadas cada año y 700.000
las maltratadas, al final, para el machismo cada uno de esos casos es un
accidente o una excusa, y todos juntos ninguno.
Eco. techno. Khâgne

El problema de la violencia de género no son esos 700.000 hombres que


maltratan ni los 70 que matan, el problema de la violencia de género es
el machismo que los alimenta a todos ellos y al resto de la sociedad. Un
machismo que lleva a que el 3% de la población de la UE manifieste que
la violencia de género esta justificada en algunas ocasiones, y que un 1%
afirme que lo esta en todas las ocasiones (Eurobarómetro, 2010).

A partir de esas referencias creadas por la cultura, cada agresor desarrolla


su estrategia de violencia de manera diferente, aunque todos persiguen lo
LV2 – ESPAGNOL

mismo: controlar a las mujeres para que no se salgan del guion estable-
cido, corregirlas cuando consideran que se han desviado de sus dictados,
y castigarlas cuando la desviación alcanza cierta gravedad. La propia diná-
III.
mica de la violencia muestra claramente que cada agresor reacciona ante
el comportamiento y actitud de las mujeres, y frente a las circunstancias
que envuelven los hechos.

Y cuando el machismo y los machistas ven que la sociedad está cambiando


S cient.

al incorporar y defender la lgualdad como derecho, al observar que las


mujeres y el feminismo rompen con la injusticia de la desigualdad de la que
nacen sus privilegios, y al comprobar que se incorporan con normalidad

88 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
a los espacios y funciones que les habían sido negados, interpretan que esa
nueva realidad es un ataque a sus posiciones y responden con su argumento
habitual, que es la violencia. [ . . ]

Los homicidios por violencia de género son la consecuencia de una historia


de violencia que los maltratadores van desarrollando en el tiempo, unas
IÉNA
veces de forma acelerada, otras más lenta. Se trata de un proceso en el
que van integrando elementos que refuerzan su decisión y aquellos otros
que de alguna manera la cuestionan, y la evolución final dependerá de la
mayor presencia de elementos a favor del homicidio o de factores críticos
con la idea de matar. Se trata, pues, de un proceso dinámico.
Miguel Lorente Acosta, El Mundo, 14/11/17.

I. VERSION (sur 20 points)

Traduire depuis : « aunque todos persiguen… » jusqu’à : « … que es la


violencia ».
(de la ligne 16 à la ligne 29)

II. QUESTIONS (sur 40 points)

1. Question de compréhension du texte


¿Cómo opera según el autor “la afirmación del machismo”?
(ligne 1)
(150 mots + ou –10 % * ; sur 20 points)

2. Question de compréhension du texte


Eco. techno. Khâgne

¿Qué comentario le sugiere a usted el fenómeno de la “violencia de género”


en el mundo hispánico?
(ligne 10)
(250 mots + ou –10 % * ; sur 20 points)

* Le non-respect de ces normes sera sanctionné.


(Indiquer le nombre de mots sur la copie après chaque question.)
LV2 – ESPAGNOL

III. THÈME (sur 20 points)

1. Si les entreprises n’avaient pas délocalisé leur siège social, la situation


serait plus claire.
2. Nous avons écouté les principaux protagonistes avant de prendre une
décision.
S cient.

3. Il est probable que les Français désapprouvent les mesures proposées


par le président.
4. C’est la première fois en trente ans que le gouvernement va avoir recours
à cet article.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 89

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S UJET

5. Les investisseurs empêchèrent que les négociations se déroulent


correctement.
6. Dès que ce sera possible, nous vous donnerons une réponse.
C
7. De plus en plus de personnes s’inquiètent du réchauffement climatique.
Je te le répète.
8. Ils souhaiteraient davantage de résolutions pour lutter contre la
IÉNA
corruption.
9. Les tremblements de terre au Mexique ont provoqué de nombreux I. V
dommages.
10. Il avait suffi que les ventes augmentent pour relancer les embauches.

III.
Eco. techno. Khâgne
LV2 – ESPAGNOL
S cient.

90 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 90 24/10/2018 14:46


C ORRIGÉ
Par Nicolas Léger, professeur en ECS et ECE a l’Institution des Chartreux,
IÉNA

à Lyon.

C ORRIGÉ
I. VERSION

(…) bien qu’ils poursuivent1 tous le même but : contrôler les femmes pour
qu’elles ne s’éloignent pas du scenario établi, les corriger lorsqu’ils consi-
dèrent qu’elles n’ont pas respecté les ordres, et les punir lorsque cet écart
atteint une certaine gravité. La dynamique de la violence en elle-même
montre clairement que chaque agresseur réagit au comportement et à l’at-
titude des femmes, face aux circonstances qui entourent les faits.
Et quand le machisme et les machistes voient que la société est en train de
changer en intégrant et en défendant l’égalité en tant que droit, lorsqu’ils se
rendent compte que les femmes et le féminisme mettent fin à2 l’injustice de
l’inégalité qui donne naissance à leurs privilèges, lorsqu’ils réalisent qu’en
toute normalité elles occupent des places et des fonctions dont elles avaient
été privées, ils en concluent que cette nouvelle réalité est une atteinte à leur
rang et ils y répondent par leur argument habituel, (c’est-à‑dire) la violence.
1. Aunque + indicatif correspond à bien que + subjonctif en français.
2. Variantes possibles : viennent à bout, mettent un terme.

III. THÈME

1. Si las empresas no hubieran deslocalizado su sede social, la situación


estaría más clara.
2. Hemos escuchado1 a los principales protagonistas antes de tomar una
Eco. techno. Khâgne

decisión.
3. Es probable que los franceses reprueben las medidas propuestas por
el presidente.
4. Es la primera vez en treinta años que el gobierno2 va a recurrir a este
artículo.
5. Los inversores impidieron que las negociaciones se desarrollaran3
correctamente.
6. En cuanto sea posible4, le(s) daremos una respuesta.
7. Cada vez más personas se preocupan por el calentamiento climático.
LV2 – ESPAGNOL

Te lo repito.
8. Desearían más resoluciones para luchar contra la corrupción.
9. Los terremotos en México causaron numerosos daños.
10. Había bastado con que las ventas aumentaran para reactivar 5 las
contrataciones.
1. Un prétérit simple (escuchamos) est évidemment possible.
2. Variante, plus idiomatique : por primera vez en treinta años, el gobierno…
3. Cette phrase présente un cas classique de concordance de temps. Variante : los inversionistas
S cient.

impidieron que se desarrollasen…


4. Le subjonctif présent est obligatoire dans cette subordonnée de temps avec sens futur.
5. Variante possible : (volver a) estimular.

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S UJET

LV2 – ESPAGNOL
Durée : 3 heures.

Les candidats ne doivent faire usage d’aucun document, dictionnaire


ELVi ou lexique ; l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec-
tronique est interdite. Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce
qui lui semble être une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie
et poursuivra sa composition en expliquant les raisons des initiatives
qu’il sera amené à prendre.
2
1. TRADUCTIONS Dur

Durée de l’épreuve : 1 heure 30.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS EN ESPAGNOL

À ceux qui me posent la question, j’explique donc, patiemment, que je suis


né au Liban, que j’y ai vécu jusqu’à l’âge de vingt-sept ans, que l’arabe
est ma langue maternelle, que c’est d’abord en traduction arabe que j’ai
découvert Dumas et Dickens et Les Voyages de Gulliver, et que c’est dans
mon village de la montagne, le village de mes ancêtres, que j’ai connu mes
premières joies d’enfant et entendu certaines histoires dont j’allais m’ins-
pirer plus tard dans mes romans. Comment pourrais-je l’oublier ? Comment
pourrais-je jamais m’en détacher ? Mais, d’un autre côté, je vis depuis vingt-
deux ans sur la terre de France, je bois son eau et son vin, mes mains
caressent chaque jour ses vieilles pierres, j’écris mes livres dans sa langue,
Eco. techno. Khâgne

jamais plus elle ne sera pour moi une terre étrangère.


Moitié français, donc, et moitié libanais ? Pas du tout ! L’identité ne se
compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitiés, ni par tiers, ni par
plages cloisonnées.
Amin Maalouf, Les Identités meurtrières, Éd. Bernard Grasset, 1998.

NB : On ne traduira pas le titre.

III. TRADUCTION DE L’ESPAGNOL


LV2 – ESPAGNOL

EN FRANÇAIS

Conecto el disco duro que me dio Mauro a mi ordenador portátil. Compruebo
que hay cientos de archivos colocados en distintas carpetas. Viruca sin duda
era metódica. Los tiene separados por cursos y luego por temas. Están los
exámenes, los trabajos: comentarios de texto y redacciones personales. Voy
directamente al curso que me interesa. A segundo B, del que soy tutora.
S cient.

Mauro tenia razón, todos los exámenes están escaneados. Y están llenos
de correcciones minuciosas, pero no con el bolígrafo rojo, sino azul o verde.
Supongo que el rojo le resultaba demasiado agresivo, demasiado opresor,
demasiado punitivo. Me fijo en la letra de Viruca. Es una caligirafía clara,

92 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
legible, de trazos firmes. No soy ninguna experta en ese tipo de análisis, así
que no voy a sacar ninguna conclusión sobre su personalidad. Pero sí que
siento que, poco a poco, día a día me voy acercando más a ella. Ya sé cómo
era su aspecto físico, cómo la veían alumnos y profesores, ya sé lo mucho
que la quería su exmarido, y también que tenían problemas económicos
graves. Y ahora sé cómo escribía y voy a empezar a ver cómo pensaba.
ELVi
Carlos Montera, El desorden que dejas, Éd. Espasa, 2016.

NB : On ne traduira pas le titre.

2 . EXPRESSION ÉCRITE

Durée de l’épreuve : 1 heure 30

El aparente reflujo populista en América Latina

La derrota del kirchnerismo en las presidenciales de Argentina de 2015, la


del chavismo en las legislativas en Venezuela ese mismo año y la de Evo
Morales en el referéndum de Bolivia empezaron a crear esa falsa sensación,
la de que el populismo se encontraba, y se encuentra, en decadencia y en
retirada en una región donde la mayoría de las elecciones están trayendo
derrotas de gobiernos cercanos o vinculados al “socialismo del siglo XXI”.
Las dificultades crecientes del Gobierno de Nicolás Maduro en Venezuela
desde 2016, o la ajustada victoria de Lenín Moreno en Ecuador en 2017, no
han hecho sino confirmar esta sensación, más allá de que se haya producido
la abrumadora reelección de Daniel Ortega en Nicaragua.

En realidad, lo que está aconteciendo en el panorama político latinoame-


ricano es la cuesta abajo de una “cierta” forma de gobernar. En 2015, la
Eco. techno. Khâgne

victoria de Mauricio Macri frente al peronista Daniel Scioli empezó a abrir


una nueva etapa en la región, marcada por el arribo de gobiernos de
centroderecha. Una tendencia que la victoria de Jimmy Morales frente a la
"socialdemócrata" Sandra Torres en Guatemala, y el triunfo en las legis-
lativas venezolanas de la Mesa de Unidad Democrática ante el Partido
Socialista Unido de Venezuela, PSUV, no hicieron sino reforzar esta idea.

Como apunta el politólogo Steven Levitsky: “(Este) retroceso… tiene dos


causas principales (siendo) el primero… el desgaste natural después de
LV2 – ESPAGNOL

haber gobernado por tres o cuatro periodos presidenciales (…). Después


de tres periodos, los gobiernos pierden los reflejos políticos; se distancian
de la gente, y muchas veces, crece la corrupción. Aun cuando no son muy
corruptos (como en el caso de la Concertación en Chile), la gente se cansa.
Tarde o temprano, el desgaste afecta a todos los gobiernos. Doce años
(Argentina) o trece años (Brasil) en el poder es mucho. Nada es permanente
en la democracia. Nadie gobierna para siempre”.
S cient.

El populismo, en su versión adscrita al “socialismo del siglo XXI”, está atra-


vesando un claro retroceso, mucho más marcado a partir de 2013 tras
haber experimentado indudables progresos desde 2005. Hugo Chávez

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S UJET

estuvo durante seis años (1999-2005) muy solo en América Latina, más
allá de su alianza con la Cuba de Fidel Castro. A mediados de la pasada
década, el proyecto chavista empezó a ganar aliados en la región: Evo
C
Morales en Bolivia en 2005, Daniel Ortega en Nicaragua en 2006 y Rafael
Correa en Ecuador en 2007. Hasta 2009 esa propuesta "antiimperialista"
y anti-neoliberal de Chávez (plasmada en el ALBA, en Petrocaribe etcétera)
ELVi
siguió expandiéndose con nuevos aliados como Manuel Zelaya en Honduras
o Fernando Lugo en Paraguay. Además, contaba con la comprensión de
Lula da Silva en Brasil y con l a cercanía de la Argentina kirchnerista.

Las últimas derrotas, o claros retrocesos, indican el inicio del declive de este
tipo de alternativas, frente al giro o predominio de los partidos, movimientos
y líderes de centroderecha y la emergencia de otra clase de liderazgos
demagógicos y populistas ahora ajenos a la tendencia adscrita al “socia-
lismo del siglo XXI”. Unos nuevos populistas que, como describe Flavia
Freidenberg en su estudio ya clásico, La tentación populista, reúnen una
serie de caracteristicas muy marcadas: “El populismo (es) un estilo de lide-
razgo que se caracteriza por la relación directa, personalista y paternalista
entre líder-seguidor, en la que el líder no reconoce mediaciones organizativas
o institucionales, habla en nombre del pueblo y potencia discursivamente la
oposición de éste con “los otros”; donde los seguidores están convencidos
de las cualidades extraordinarias del líder y creen que gracias a ellas y/o
al intercambio clientelar que tienen con él (tanto material como simbólico)
conseguirán mejorar su situación personal o la de su entorno”.

El populismo vinculado al “socialismo del siglo XXI” puede haber detenido


su expansión o estar en la actualidad en retroceso, pero el populismo en
general, el ahora emergente adscrito a posiciones más unidas a plantea-
mientos de la derecha del espectro político, tiene ante sí oportunidades
óptimas para desarrollarse, ya que las condiciones políticas y socio-eco-
nómicas que explicaron el anterior auge populista (el de la pasada década)
Eco. techno. Khâgne

se siguen dando, de una forma u otra, en la actual coyuntura.


Llorente y Cuenca, D + i desarrollando ideas, Madrid, 14 de septiembre de 2017.

Répondez en espagnol aux questions suivantes :


(200 mots environ pour chaque réponse)

1. Según el autor, ¿en qué medida el reflujo populista es ‘solo’ aparente?

2. Comente las frases “Nada es permanente en la democracia. Nadie


LV2 – ESPAGNOL

gobierna para siempre” (lineas 26 y 27). Justifique con dos ejemplos


relativos a los países de habla hispana.
S cient.

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C ORRIGÉ
Par Frédérique Mabilais, professeure agrégée d’espagnol au lycée Jeanne-
ELVi

d’Arc, à Caen.

I. TRADUCTION DU FRANÇAIS A L’ESPAGNOL

C ORRIGÉ
A la gente que me hace la pregunta, pues le explico con paciencia que nací
en el Líbano, que viví allí hasta los veintisiete años, que el árabe es mi lengua
materna, que primero fue traducidos al árabe como descubrí a Dumas
y Dikens y Los viajes de Gulliver, y que fue en mi pueblo de montaña, el
pueblo de mis antepasados, donde experimenté mis primeras alegrías de
niño y escuché ciertas historias que iban a inspirar más tarde mis novelas.
¿Cómo podría olvidarlo? ¿Cómo podría apartarme un día de ello? Pero, de
otro lado, llevo veintidós años en tierra francesa, bebo su agua y su vino,
cada día mis manos acarician sus piedras viejas, escribo mis libros en su
idioma, nunca más será para mí una tierra extranjera.
Entonces, ¿mitad francés y mitad libanés? ¡En absoluto! La identidad
no se divide, no se reparte, ni por mitades, ni por tercios, ni por zonas
compartimentadas.
Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Ed. Bernard Grasset, 1998.

II. TRADUCTION DE L’ESPAGNOL


AU FRANCAIS

Je branche le disque dur que m’a donné Mauro à mon ordinateur portable. Je
me rends compte qu’il y a des centaines d’archives rangées dans différents
dossiers. Viruca était méthodique, sans aucun doute. Elles sont classées par
cours, puis par thématiques. Il y a les examens, les travaux : des commen-
taires de texte et des rédactions personnelles. Je vais directement au cours
Eco. techno. Khâgne

qui m’intéresse. A celui de terminale B dont je suis la professeure principale.


Mauro avait raison, tous les examens sont scannés. Et sont couverts de
corrections minutieuses, mais pas au stylo rouge : au stylo bleu ou vert.
Je suppose que le rouge lui semblait trop agressif, trop oppresseur, trop
punitif. J’observe l’écriture de Viruca. C’est une calligraphie claire, lisible,
aux tracés fermes. Je ne suis pas du tout experte dans ce type d’analyse,
je ne vais donc en tirer aucune conclusion sur sa personnalité. Mais, en
revanche, je sens que, petit à petit, jour après jour, je m’approche un peu
plus d’elle. Je sais déjà comment elle était physiquement, comment élèves
LV2 – ESPAGNOL

et professeurs la voyaient, je sais déjà à quel point son ex mari l’aimait, et


aussi qu’ils avaient de graves soucis financiers. Et je sais à présent comment
elle écrivait et je vais commencer à voir comment elle pensait.
Carlos Montero, El desorden que dejas, Ed. Espasa, 2016.
S cient.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 95

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S UJET

LV2 – ITALIEN
Durée : 3 heures.

Les candidats ne sont pas autorisés à modifier le choix, effectué


IÉNA lors de l’inscription, de la deuxième langue dans laquelle ils doivent
composer.
Aucun document n’est autorisé. (sauf pour le latin ou le grec ancien);
l’utilisation de toute calculatrice ou de tout matériel électronique I. V
est interdite.
Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il/a signalera sur sa copie et poursuivra en
expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené à prendre.

S
UJET
II. Q

Tra i giovani è dialetto-mania

In una società in cui i giovani sono sempre più spesso e sempre prima
chiamati a staccarsi dalle proprie radici, per cercare fortuna in un altrove
spesso indefinito, il sapore di casa passa (anche) attraverso l’apprendimento
e l’uso del dialetto.
Se infatti la forza centrifuga messa in moto dal binomio crisi-globalizzazione
porta i giovani a viaggiare, a emigrare e a cercare formazione e lavoro
lontano da casa, il lessico famigliare diventa luogo d’incontro e scambio
con i propri simili.
L’Italia, patria di dialetti dal Medioevo, scopre oggi di aver fatto nascere una
Eco. techno. Khâgne

generazione di giovani che amano e usano i dialetti dei quali sono custodi
e cultori.
La tendenza è stata messa a fuoco da una recente ricerca condotta per
conto di Baci Perugina che sta per lanciare un’edizione in dialetto dei classici
III.
aforismi che si trovano nei cioccolatini.
Su un campione di 3.500 italiani di età compresa tra i 18 e i 65 anni, il 67%
di coloro che si sono definiti "Incuriositi dal dialetto" ha detto di volerlo
imparare "Per rafforzare il legame con la propria famiglia", mentre il 72% si
è detto "Incuriosito dai dialetti di altre regioni".
Una tendenza del tutto in linea con quello che sta accadendo in Rete negli
ultimi tempi. Youtuber, blogger, Pagine Facebook o Instagram centrate
sull’uso del dialetto, sulle tradizioni locali e sulle infinite declinazioni del
LV2 – ITALIEN

concetto di "Essere lontani da casa, ma fieri della propria cultura". Si tratta


di casi esemplari della capacità di brandizzare il dialetto.
Il dialetto così diventa luogo di comicità e occasione per scherzare su modi
e manie che differenziano l’Italia. C’è lo studente meridionale fuori sede che
si fa mandare i pacchi di viveri dal sud o il milanese stressato, ma anche il
S cient.

romano delle borgate o il napoletano fiero della sua cultura popolare.
Un’Italia caleidoscopica che, per fortuna, non si sta perdendo, ma che
anzi viene esportata nei luoghi nuovi d’insediamento del nostro popolo di

96 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
migranti. La "Little ltaly" di New York è stata maestra in questo, ma oggi di
"Little Italy" in giro per il mondo, ce ne sono tante, dall’Indonesia alle Canarie,
dalla Svizzera alla Repubblica Dominicana.
Un ritorno alle origini voluto e fruito da una generazione costretta a tagliare
il cordone ombelicale per essere competitiva con il resto del pianeta, ma
fiera di quell’italianità squisitamente municipale che ci rende unici al mondo.
IÉNA
Da Barbara Masaro, Panorama, 23 novembre 2017.

I. VERSION (sur 20 points)

Traduire en français depuis : « La tendenza è stata messa a fuoco… » jusqu’à :


« … ma fieri della propria cultura. »
(de la ligne 12 à la ligne 22)

II. QUESTIONS (sur 40 points)

1. Question de compréhension du texte


Spiegate : « Un’Italia caleidoscopica ».
(150 mots + ou –10 % * ; sur 20 points)

2. Question de compréhension du texte


Vivere all’estero rinforza il sentimento di appartenenza al Paese di origine ?
(250 mots + ou –10 % * ; sur 20 points)

*Le non-respect de ces normes sera sanctionné.


(Indiquer le nombre de mots sur la copie après chaque question.)
Eco. techno. Khâgne

III. THÈME (sur 20 points)

1. En hiver, il fait plus froid à Ferrare qu’à Paris.


2. S’il y avait moins d’emplois précaires, l’économie italienne serait plus
forte.
3. Madame la maire, présentez-nous vos mesures contre la pollution !
4. Pietro Ferrero a laissé son entreprise en 2011 à son fils.
5. L’art des pizzaiolos napolitains est entré au patrimoine mondial imma-
tériel de l’Unesco.
6. Il faut que la Calabre valorise ses sites archéologiques.
LV2 – ITALIEN

7. On lira des articles sur les élections italiennes en mars 2018.


8. Ce village, dont la population diminuait, revit grâce à des familles de
migrants.
9. Si l’exposition sur le Titien a lieu à Brescia, iras-tu la voir ?
S cient.

10. On n’imaginait pas que l’Italie serait éliminée de la Coupe du Monde de


football.

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IÉNA
C ORRIGÉ
Par Bernard-A. Chevalier, professeur d’italien.

I. VERSION
C ORRIGÉ

Grâce à une recherche récente menée pour le compte de Baci Perugina qui
va lancer une édition en dialecte des célèbres aphorismes que l’on trouve
dans ses chocolats, cette tendance s’est retrouvée sous les projecteurs.
Sur un échantillon de 3 500 italiens d’âge compris entre 18 et 65 ans, 67 %
de ceux qui se sont définis « Curieux du dialecte » ont dit vouloir l’apprendre
« Pour renforcer le lien avec leur famille », tandis que 72 % se sont déclarés
« Curieux des dialectes des autres régions ».
Cette tendance est parfaitement en accord avec ce qui se passe sur le Net
ces derniers temps. Youtuber, blogger, Pages Facebook ou Instagram axées
sur l’usage du dialecte, sur les traditions locales et sur les innombrables
déclinaisons du concept « Être loin de chez soi, mais fier de sa culture ». Il
s’agit là d’exemples significatifs de la capacité à commercialiser le dialecte.
Note : Brandizzare est un terme récent d’origine américaine : brand. Il s’agit de : La trasformazione
di qualcosa in un marchio commerciale.

III. THÈME

1. D’inverno fa più freddo a Ferrara che a Parigi.


2. Se ci fossero meno lavori precari, l’economia italiana sarebbe più forte.
3. Signora sindaca*, ci presenti i Suoi provvedimenti contro l’inquinamento !
4. Pietro Ferrero ha lasciato la sua azienda al figlio nel 2011.
5. L’arte dei pizzaioli napoletani è entrata nel patrimonio culturale mondiale
Eco. techno. Khâgne

immateriale dell’ Unesco.


6. Occorre che la Calabria promuova i suoi siti archeologici.
7. Si leggeranno articoli sulle elezioni del marzo 2018.
8. Quel paese, la cui popolazione diminuiva, rivive grazie alle famiglie di
migranti.
9. Se la mostra sul Tiziano si terrà a Brescia, andrai a vederla ?
10. Nessuno avrebbe pensato che l’Italia sarebbe stata eliminata dai mondiali
di calcio.
* Note : On pouvait aussi écrire SINDACHESSA mais depuis que Rome et Turin ont des maires de sexe
féminin, la presse utilise plus volontiers SINDACA.
LV2 – ITALIEN
S cient.

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S UJET
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE
DU MONDE CONTEMPORAIN
Durée : 4 heures.

Tout verbiage doit être évité et il est expressément recommandé de


ne pas dépasser huit pages. Il sera tenu compte des qualités de plan ESCP
Europe
et d’exposition, ainsi que de la correction de la langue. Il est rappelé
que la carte-réponse est à remplir (en collant l’étiquette code barre
supplémentaire). Les documents d’accompagnement ci-joints sont
essentiellement là pour aider le candidat dans sa réflexion sur le sujet
posé et sa représentation cartographique. Il n’est fait usage d’aucun
document ; l’utilisation de toute calculatrice et de tout matériel élec-
tronique est interdite.
Si au cours de l’épreuve un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra en
expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené à prendre.

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


S UJET

S
États-Unis-Chine : rivalités de pouvoir et d’influence

CARTE : En utilisant vos connaissances et si nécessaire les documents


ci-joints, construisez une carte appuyant et illustrant vos propos. La légende
ne devra pas faire plus d’une page. Il est rappelé que la carte est obligatoire.
Elle doit également comporter un titre.

Sommaire

Document 1. Caricature parue dans le journal autrichien Kleine Zeitung,


reprise dans Courrier international, février-mars 2011, p. 13.
Document 2. Classement des 10 principales banques mondiales en 2015.
Diplomatie, n° 29, octobre-novembre 2015, p. 21.
Document 3. Classement des 10 premières entreprises chinoises en fonc-
tion de leur chiffre d’affaires. Diplomatie, n° 29, octobre-novembre 2015,
p. 45.
Document 4. Classement des 10 premières entreprises américaines en
fonction de leur chiffre d’affaires. Diplomatie, octobre-novembre 2015, p. 36.
S cientifique

Document 5. Classement des 10 plus grandes entreprises au monde selon


leur capitalisation boursière (au 31 mars 2014), Diplomatie, octobre-no-
vembre 2015, p. 36.
Document 6. Le soft power des États-Unis au Moyen-Orient, revue CARTO,
janvier­-février 2016, n° 33, p. 44.
Document 7. Les dépenses mondiales d’armement (2005-2015), in Laurent
Carroué, Atlas de la mondialisation, Paris, 2018, p. 24.
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S UJET

D
OCUMENTS

Document 1. Caricature parue dans le journal autrichien Kleine Zeitung,


reprise dans Courrier international, février-mars 2011, p. 13.
ESCP
Europe
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

Document 2. Classement des 10 principales banques mondiales en 2015.


Diplomatie, n° 29, octobre-novembre 2015, p. 21.
S cientifique

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S UJET
Document 3. Classement des 10 premières entreprises chinoises
en fonction de leur chiffre d’affaires. Diplomatie, n° 29,
octobre-novembre 2015, p. 45.

ESCP
Europe

Document 4. Classement des 10 premières entreprises américaines


en fonction de leur chiffre d’affaires. Diplomatie,
octobre-novembre 2015, p. 36.

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

Document 5. Classement des 10 plus grandes entreprises au monde


selon leur capitalisation boursière (au 31 mars 2014), Diplomatie,
octobre-novembre 2015, p. 36.
S cientifique

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S UJET

Document 6. Le soft power des États-Unis au Moyen-Orient,


revue CARTO, janvier-­février 2016, n° 33, p. 44.

ESCP
Europe
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE
S cientifique

102 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
Document 7. Les dépenses mondiales d’armement (2005-2015),
in Laurent Carroué, Atlas de la mondialisation, Paris, 2018, p. 24.

ESCP
Europe

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


S cientifique

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ESCP
Europe
C
ORRIGÉ
Par Alain Nonjon, professeur de chaire supérieure.

Sujet rassurant
– Son cadre est bien fixé avec la liberté donnée par l’absence de chronologie
C ORRIGÉ

qui invite à saisir l’épaisseur de l’Histoire de relations particulières dès la fin


du xixe et l’appel californien.
– Son actualité est une évidence chaque jour renforcée car dès que la Chine
prétend affirmer son hégémonie, elle rencontre frontalement les États-Unis
de Donald Trump dont le « greater america » correspond de fait à restaurer
pour les États-Unis les capacités à être premiers au grand dam des Chinois.

Sujet délicat
– Car les caricatures abondent : la Chine maîtresse du monde sans point
d’interrogation afin de susciter voire d’amplifier des peurs et le déclin améri-
cain est une antienne psalmodiée depuis les années 60… une idée congelée
ressortie quand on n’a rien à dire.
– Car les concepts sont précis et nécessitent un rare sens de la nuance
« influence et rivalités ».
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

– Car les raccourcis sont hasardeux : le G2 ou le condominium États-Unis.


– Chine sont vite (trop) installés par les observateurs par souci de créer
artificiellement une chinamérique… chimérique.
– Car les rivalités sont constantes, alimentées par Donald Trump dans sa
diplomatie imprévisible sans boussole (nous intégrerons d’ailleurs dans
ce corrigé des événements postérieurs au concours, l’été 2018 ayant été
très meurtrier, pour donner un espace de réflexion supplémentaire aux
candidats).
– Car les interprétations sont faussées par des a priori : les États-Unis grande
puissance inexorable du xxie siècle comme il y a déjà eu un xxe américain ; et
la Chine conjuguant un nationalisme exacerbé et une volonté de puissance
démesurée dont l’exercice serait continu et triomphant.

Un rappel s’impose
« Rivalités » : terme qui évoque explicitement la compétition, la concurrence,
les conflits. L’étymologie confirme cette idée de conflictualité puisqu’il s’agit
de résoudre les différends fusse par la force entre deux pays qui accèdent
chacun à l’eau sur un même rivage.
« Influence » définit de plus en plus l’action multiforme de quelqu’un sur
quelque chose ou quelqu’un d’autre. S’ajoute parfois une connotation un
peu mystérieuse : influencer c’est tirer les ficelles, manipuler parfois quand
ce n’est pas instrumentaliser. Mais souvent influencer c’est faire adopter un
point de vue, orienter un choix un mode de vie. On rappellera le raccourci
subtil de M. Foucher dans son Atlas de l’influence française : « L’influence,
S cientifique

elle, a quelque chose de plus que la présence. Être influent, c’est venir avec
une valise pleine d’idées et laisser la valise sur place ! »
Cela renvoie à la capacité à s’organiser, à être persuasif pour convaincre…
sans vaincre par la force nécessairement. La complexité du mot influence
pour les candidats était de décrire les multiples facettes des capacités d’un
pays à séduire à une époque où l’american way of life et très contesté et le
rêve chinois appartient plus aux assemblées du PCC qu’au quotidien des
Chinois.

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Problématique : les rivalités de pouvoir Chine/États-Unis dépassant des
ESCP
rivalités de système désormais ne sont-elles pas que le produit de perfor-
Europe
mances statistiques concurrentes, d’ambitions territoriales conflictuelles
ou au travers des évolutions perçoit-on une course au leadership interna-
tional et à l’élaboration d’un nouvel ordre économique international ? La
Chine a-t‑elle réellement l’ambition et les moyens d’organiser le monde alors

C ORRIGÉ
que les États-Unis ne semblent pas avoir renoncé malgré leur repli à être la
« nation responsable » de son ordonnancement ?

Proposition de plan

I. États-Unis/Chine : une confrontation inexorable


aux origines multiples

A. Des héritages conflictuels


– Le communisme chinois s’est défini face aux États-Unis : dès la guerre
civile où les États-Unis ont soutenu le Guomindang, dans l’isolement de
la Chine face à la reconnaissance effective de Taïwan jusqu’en 1971 et
Mao n’a jamais manqué une occasion de stigmatiser le « tigre en papier de

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


l’impérialisme américain » et de désigner les apports occidentaux comme
contre révolutionnaires pendant la révolution culturelle.
– Ce n’est pas l’entrée de la Chine à l’ONU en 1971 qui fera oublier le
face-à‑face car à  chaque occasion (bombardement de l’ambassade
chinoise à Belgrade le 8 mai 1999 ou coopération américano taïwanaise
ou intervention en Irak 2003) le régime de Pékin sait trouver des mots forts
pour stigmatiser l’ennemi héréditaire (« néo impérialisme, unilatéralisme
belliqueux »). Le Japon est toujours là pour rappeler les différends sino
américains en Mer de Chine, dans les partenariats avec des pays de l’Asie
Pacifique, dans l’approche de la nucléarisation de la région.
– En arrière-plan, il y a pour la Chine la volonté de reprendre la main après
avoir dominé pendant deux millénaires et avoir raté le tournant de la révo-
lution industrielle du xixe siècle et subi un siècle d’humiliation. C’est dans
cette perspective que la Chine rejoint le concert international, s’active
au conseil de sécurité (8 % du budget de l’ONU) et surtout met l’accent
sur les nouvelles technologies susceptibles de forger les tendances de
demain (intelligence artificielle, big data, blockchain). La Chine a l’obses-
sion dans de nombreux domaines de passer du stade de copieur au statut
d’innovateur et de leader… Pour autant lorsqu’elle rêve de grande renais-
sance c’est avant tout dans la quête interne d’une société harmonieuse,
d’un environnement international équilibré et avec comme priorité du moins
affichée de faire de la coopération la base même de la sécurité… Pas sûr
que les Américains l’entendent de cette oreille, et que la place centrale
souhaitée par la Chine en Asie Pacifique ne soit pas au regard du passé
S cientifique

ressentie comme une provocation. Le contexte de « fin du rêve américain »


ne peut que radicaliser les tensions.
– Enfin de tout temps, accommodements n’a jamais voulu dire fin des affron-
tements. G. W. Bush en 2000 validait lui-même l’expression de « concurrence
stratégique » en des termes d’actualité puisque la Chine prétend de plus en
plus faire jeu égal avec la « superpuissance américaine » ne serait-ce que
dans ses performances commerciales et économiques. Pour C. Deblock,

ANNALES CCIR 2018-2019 l 105

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« Pékin veut apparaître non seulement comme un acteur incontournable
mais aussi comme un hégémon silencieux ». Il en a les moyens.
ESCP
Europe B. Des performances économiques sources d’affrontements
potentiels et ouverts
– Pour ceux qui lisent tout dans les statistiques : les performances de la
Chine relèvent des superlatifs. Depuis 2014 en termes de parité de pouvoir
C ORRIGÉ

d’achat la Chine devance les États-Unis et les Américains ont du mal


à accepter ce déclassement. Le MAGA « make great America again » est
un constat amer de Donald Trump face à une Chine qui pour lui, ne joue
pas le jeu. (Déjà la violence des taxes commerciales pour désormais près
de 150 mds de $ d’échanges et 200 mds de $ de déficit de moins). Le
rattrapage chinois a été d’une extrême rapidité (un quart de siècle) d’un
spectre très large au niveau sectoriel (des tonnes d’acier aux nanogrammes
des NTIC). La Chine peut ferrailler avec les États-Unis dans ses chasses
gardées (automobiles aux smartphones) et elle se positionne comme premier
marché quantitatif à l’importation comme à l’exportation. Sa capture des
marchés lui assure une première place d’exportateur justement au moment
où les États-Unis cumulent les déficits extérieurs, l’excédent chinois dégagé
avec les États-Unis a augmenté de 10 % en 2017, atteignant 276 milliards
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

de dollars (226,3 milliards d’euros), son plus haut niveau des dix dernières
années.
Le déclin relatif des États-Unis trouve dans la montée en puissance de la
Chine une explication naturelle commode et c’est dans l’excès mais assez
calé sur le ressenti de l’opinion publique américaine que Donald Trump
pourra évoquer que les emplois sidérurgiques perdus sont ceux que la Chine
a volés et il pourra accuser la responsabilité de la sous-évaluation du yuan
dans les déficits sans prendre en compte les responsabilités américaines
(déficit accru même quand le yuan se réévaluait).
– Pour ceux qui aiment les projections : l’affrontement paraît tout aussi inévi-
table. Quand les États-Unis ont su faire éclore les GAFA et multiplié les data
Center c’était pour eux une façon de « capturer les esprits « (Y Études). Or le
paysage des NTIC place désormais la Chine parmi le leaders. En termes de
croissance des investissements technologiques, la Chine occupe le 1er rang
de 2010 à 2016. Les Gafa et les NATX ont trouvé à qui parler avec les BATX
(Alibaba, Baidu, Tencent, Xiaomi), et les palmarès intègrent ces entreprises
profitant d’un protectionnisme sur le marché chinois (770 M de personnes
connectées à Internet dont 97 % via leur téléphone) de l’esprit conciliant des
autorités (déplafonnement des paiements mobiles peu de corsetage au nom
de la défense des données privées) et d’une diversification réussie. Jack
Mack cofondateur en 1999 du groupe Alibaba en prenant une semi-retraite
en 2018 à 54 ans annonce non pas la fin d’une ère, « mais le début d’une
ère », Le groupe est devenu un major de l’internet présent non seulement
dans le commerce en ligne, les services de paiement électronique Alibay
S cientifique

mais aussi dans l’informatique en nuage ainsi que dans les divertissements
et les médias, apparaissant aujourd’hui comme un mélange – et un concur-
rent – des géants technologiques américains Amazon, eBay et Google.
Huaewei concurrent de Apple et Samsung conquiert le marché africain et
refait son handicap initial.
– Pour les adeptes de la sinodépendance du monde : il suffit d’évoquer
le boom de l’acier, (127MT en 2000 et 808 en 2016 pour 78,5 pour les

106 l ANNALES CCIR 2018-2019

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États-Unis) de l’automobile (30 % de la production mondiale en ayant
supplanté les États-Unis dès 2009) ou l’irruption dans l’aéronautique
ESCP
(premier vol du C919 en 2017) pour annoncer des lendemains de tensions
Europe
sino-américaines. Encore plus spectaculaire et agressive, la vision d’une
Chine qui s’affirme face à la Nasa et à l’Agence spatiale européenne (ESA)
comme une grande puissance aérospatiale. Baidu en 2020 concurrencera
le GPS états-unien avec un support de 35 satellites et en 2016 la Chine

C ORRIGÉ
a confirmé ses nouvelles ambitions en lançant le premier satellite mondial
à communication quantique qui permet de transférer l’information instan-
tanément et de façon sécurisée épaulée par le premier supercalculateur du
monde. Les hiérarchies sont bousculées, les rivalités sont exaspérées car
la frontière technologique avait toujours été préservée par les Américains.
Le plan « made in China 2025 » entend faire de la Chine un centre mondial
des technologies. Leader en 2020, la Chine comptera 200 millions de cher-
cheurs soit autant que la population active américaine ! Le constat semble
sans appel !

C. La superposition de rivalités de toutes natures jusqu’à des luttes


d’influence par le recours à des soft power conquérants
Les rivalités se déploient sur de nombreux fronts. Le catalogue inventorié

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


par S. Collin est des plus évocateurs : « Au début des années 2010, la liste
des points de tension et de désaccord entre la Chine et les États-Unis était
longue : droits de l’homme, Tibet, déséquilibre commercial, propriété intel-
lectuelle, espionnage technologique, cyberattaques, liberté de circulation
maritime et aérienne dans les mers de Chine, ventes d’armes américaines
à Taïwan ou encore modernisation militaire de la Chine. À cela s’ajoutent
aujourd’hui quelques grands dossiers internationaux vis-à‑vis desquels les
deux pays affichent certaines divergences : la lutte contre le réchauffement
climatique, la question nucléaire nord-coréenne, ainsi que la situation en
Syrie et plus globalement la situation géopolitique dans le monde arabe.
(…) On distinguera donc :
– Des rivalités commerciales : Peter Navarro, l’auteur de Death by China
(« La Mort par la Chine », 2011, non traduit), mandaté par Washington le
4 mai 2018, a demandé une baisse de pas moins de 200 milliards de dollars
(environ 169 milliards d’euros) de l’excédent commercial chinois vis-à‑vis
des États-Unis d’ici à 2020… l’actualité a tranché : taxes appliquées par
Donald Trump sur l’acier importé à 25 % et l’aluminium à 10 % avec pour
motif la sécurité nationale soit 34 mds de $ impactés. La surenchère est
à la manœuvre puisque ce sont 250 milliards de produits chinois importés
aux États-Unis qui pourraient désormais être touchés, dès août 2018 et
plus de 400 dès septembre 2018. La Chine a dénoncé ces dérives parlant
de « comportement irrationnel et d’hégémonisme commercial » non sans
répliquer par des taxes de même ampleur sur des produits américains.
Façon donc de clore le discours de G. Bush qui en 2009 avait indiqué que
S cientifique

son pays « accueillait favorablement l’émergence d’une Chine forte pacifique


et prospère ». Il y a toujours eu au Congrès des majorités pour interpeller
le dumping social monétaire chinois, la mauvaise qualité des produits et
ignorer que le « lowerprice every day » de Walmart n’était possible que par
des importations massives en provenance de Chine.
– Des rivalités technologiques militaires : la destruction, le 11 janvier 2007,
d’un satellite météorologique par un missile chinois, est comprise

ANNALES CCIR 2018-2019 l 107

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à Washington comme une mise en garde au moment même où la Maison
Blanche est affaiblie. Elle est aussi interprétée comme le franchissement
ESCP
par l’armée chinoise d’un seuil important dans sa capacité à neutraliser
Europe
l’avantage technologique des États-Unis en cas de confrontation sur Taïwan.
– Des rivalités technologiques civiles : même si la Chine est toujours au
banc des accusés pour copie et contournement, les législations sur les
brevets, les achats de Hummer par Sichuan Tengzhong heavy industrial
C ORRIGÉ

machinery ou l’acquisition de personal computing de IBM en 2005 par


Lenovo donnent l’impression aux Américains que l’avenir industriel des
États-Unis se situait… à Pékin. La propriété intellectuelle devient facteur
d’affrontement : sur 36 États qui figurent dans le rapport pour le special 301
au banc des accusés 12 sont considérés comme des « États voyous » dont
la Chine.
– Des rivalités monétaires : paradoxalement le yuan est peu présent dans
les liquidités internationales (moins de 4 % car le dollar reste maître des
transactions et évaluations) mais il hante les autorités américaines par sa
sous-évaluation, par des accords de swaps que la Chine multiplie, par
les lignes de crédits en yuans que préfèrent des pays hostiles aux États-
Unis comme le Venezuela, par les facilités de prêts qui l’accompagnent en
Afrique… Quelles que soient les marques de bonne volonté de la Chine
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

pour normaliser la situation du yuan comme monnaie internationale moins


politique, les États-Unis regimbent. A fortiori, lorsqu’en juin 2018 le yuan se
déprécie de 3 % par rapport au dollar, certains y voient la « main invisible de
l’État chinois » qui indirectement compense les taxes américaines… avec
risque il et vrai de volatilité.
– Des rivalités dans le soft power car la voix de l’Amérique est moins
entendue face au instituts Confucius, (516 dans 142 pays en 2017). La Radio
chine international diffuse largement ou l’agence de presse Xinhua sur les
pays anglophones parvient à concurrencer la firme en pôle position CNN. On
va plus loin, d’une diplomatie des ursidés (dite du panda) qui avait conduit
en 1972 à offrir un couple de pandas à Richard Nixon pour officialiser la
normalisation des relations ou pour jeter un sort (tous les récipiendaires
comme Nixon Heath ou Tanaka ont perdu le pouvoir peu de temps après
réception des pandas !)
– Des rivalités tous azimuts jusque dans le domaine du réchauffement
climatique où le premier et le deuxième pollueur et émetteur de gaz à effet
de serre qui avaient traîné les pieds à Copenhague, anticipé ensemble la
Cop21, se trouvent frontalement opposés quand Donald Trump ne valide
pas l’accord de Paris et synthétise le problème du réchauffement climatique
comme un complot chinois alors que pour Liu Zhenmin, ministre chinois des
affaires étrangères chinois « En tant que plus grande économie développée
du monde, le soutien des États-Unis est essentiel ».
– Des rivalités indirectes : le problème de Taiwan fait surgir souvent des
rivalités indirectes comme lorsque la Chine exige des compagnies aériennes
S cientifique

privées, qu’elles cessent d’indiquer Taïwan comme un pays individuel sur


leurs billets sous peine d’un boycott des consommateurs chinois. Réponse
immédiate de l’administration Trump « une aberration orwellienne révélatrice
d’une propension croissante du Parti communiste chinois à imposer ses
vues politiques sur les citoyens américains et les compagnies p ­ rivées ». Sur
Weibo, le Twitter chinois, sous contrôle étroit de la censure, les internautes
chinois ont ­riposté en appelant à l’indépendance d’Hawaï ou de l’Alaska.

108 l ANNALES CCIR 2018-2019

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– Des Rivalités stratégiques : dans la nouvelle ère inaugurée par le président
chinois, Xi Jinping, en octobre 2017, Pékin compte bien récolter les fruits
ESCP
géopolitiques de sa position dominante dans le commerce mondial. À l’in-
Europe
verse, Donald Trump espère, lui, monnayer l’hyperpuissance militaire de
son pays – quitte à faire payer ceux qui hébergent des bases américaines.
Ces objectifs sont rarement convergents et difficile de ne pas voir dans la
guerre commerciale un affrontement plus large entre deux prétendants à un

C ORRIGÉ
leadership mondial.

II. Le face-à‑face devient de plus en plus un affrontement direct


sur des territoires, sur des richesses potentielles,
sur des enjeux d’un NOI (Nouvel Ordre International)

A. Des affrontements sur des territoires de proximité


En Asie la Chine essaie de rompre « l’encerclement stratégique » qu’elle
croit être la logique des interventions américaines et en Amérique Latine
– le backyard latino américain – elle déverrouille « la diplomatie du dollar ».
– Les Philippines deviennent un partenaire courtisé par la Chine : cette
ancienne colonie américaine a toujours été en Asie Pacifique une base

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


d’appui des EU. Désormais alliance rime avec prise de distance. Avec le
président Duterte la Chine est parvenue à avancer ses pions. Alors que les
États-Unis restitue 3 cloches volées à l’Église de Balangiga… et que – plus
significatif – des manœuvres militaires (Balikatan c’est-à‑dire « épaule contre
épaule ») se déroulent sur le sol philippin, depuis son élection en mai 2016
Rodrigo Duterte prend ses malgré un traité de défense mutuelle depuis
1951. C’est pour mieux se tourner vers Moscou et Pékin (avec qui Manille
entretient pourtant un contentieux territorial en mer de Chine méridionale). La
semi volte-face philippine n’est pas fortuite. M. Duterte n’a guère goûté les
critiques qu’il a essuyées il y a quelques mois de la part de Barack Obama
à propos de la guerre quotidienne livrée aux trafiquants de drogue (plus de
7 000 morts) et des droits de l’Homme.
– La Mer de Chine crispe les positions des deux puissances. Donald Trump
s’est proposé d’être médiateur dans le contentieux Vietnam/Chine mais
la Chine a donné une fin de non-recevoir. La Chine a affirmé haut et fort
devant James Mattis secrétaire d’État à la défense des États-Unis « qu’elle
n’abandonnerait pas un pouce de ses territoires historiques » et la liberté
de navigation que prétend défendre Donald Trump n’est pas un visa pour
des rééquilibrages territoriaux de la Chine avec des puissances riveraines.
Le détroit de Taïwan porte encore les stigmates des tensions america-
no-chinoises sur la 23e province chinoise : déjà en 1958-1959, Foster Dulles
avait parlé de « riposte massive » devant les visées chinoises… et en 2005 la
Chine avait édicté une loi antisécession prévoyant l’utilisation de « moyens
non pacifiques », doux euphémisme pour contraindre Taiwan à ne pas
S cientifique

emprunter les chemins de l’indépendance.


– En Amérique Latine, arrière-cour américaine, les Chinois sont de plus en
plus présents. Ils viennent d’installer une centrale électrique à Cochanbamba
en Bolivie, et sont aux aguets pour les ressources en lithium (la Chine produit
la moitié des véhicules électriques mondiaux). La Chine est maintenant
le principal partenaire commercial des trois des plus grandes économies
d’Amérique du Sud : le Brésil, le Chili et le Pérou. Ces pays exportent prin-
cipalement des matières premières vers la Chine telles que le cuivre, le

ANNALES CCIR 2018-2019 l 109

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minerai, le fer, l’huile et le soja. La Chine accorde également à ces pays
un crédit quasi illimité pour l’importation de marchandises chinoises, ce
ESCP
qui pour l’Argentine en temps de crise majeure est un atout risqué mais
Europe
immédiat. Quand l’Alliance Pacifique se met en place, le tropisme vis-à‑vis
de la Chine, du Chili ou de l’Équateur rompt avec la logique continentale
méridienne classique et rencontre les nostalgies de la « diplomatie du méri-
dien » des États-Unis.
C ORRIGÉ

B. Des confrontations potentielles sur des espaces riches


de promesses
– L’Afrique résume à elle seule les ambitions croisées des États-Unis et de la
Chine. Les États-Unis ont délégué à des pays européens comme la France
le soin d’être gendarmes dans cette partie du monde. Mais 3 facteurs ont
contribué à leur retour : le pactole pétrolier et plus généralement le coffre-
fort de matières premières que représente le continent africain. Pour se
dégager du Moyen-Orient quoi de plus naturel que d’investir dans le Golfe
de Guinée ou dans les riches potentiels miniers de l’Afrique australe. Pour
contrer le terrorisme naissant dans l’arc de crise du Sahel, l’intervention
américaine paraissait de rigueur du moins en déléguant à des pays alliés
comme la France mandatée au Mali ou en République centrafricaine comme
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

hier au Katanga. Enfin pour accompagner la renaissance africaine et en


tirer des dividendes, les États-Unis se sont rapprochés par des accords de
libre-échange (accords Agoa) ou même une aide (lutte conte le sida) autant
philanthropique que mercantile. Cette démarche rencontre frontalement une
tentation hégémonique plus que néocoloniale chinoise (pas d’administration
de territoire par la Chine). Les Chinois et leurs 10 000 entreprises en Afrique
affichent leurs ambitions. Ils participent à l’essor des NTIC via Huawei et ont
une influence décisive au Kenya et en Tanzanie sur les réseaux militaires.
Ils financent des lignes de crédit au risque d’un surendettement des pays
(6 pays africains sont surendettés en 2018) et 2 ont fait défaut (Mozambique
et Congo Brazzaville). La Chine veut se rapprocher des méthodes de club de
Paris, la conditionnalité démocratique en moins ! La Chine devient un fournis-
seur d’armements majeur en Angola, en Éthiopie et au Soudan. La diaspora
chinoise s’accroît (plus de 1 million de ressortissants) et la contrepartie
de cette intervention chinoise est des plus claires : seul un pays reconnaît
encore Taïwan au dernier forum sino-africain de 53 participants africains (le
Swaziland) preuve du recul de l’influence américaine.
– L’espace aérien devient aussi une zone de confrontation. Si Donald Trump
a réactivé le projet de G. W. Bush de se poser sur Mars, les Chinois ne sont
pas en reste en faisant de la maîtrise de la lune un objectif plus proche que
l’on ne l’imagine. La Chine y déploie un intérêt pour la face cachée lunaire,
en envoyant un robot fin 2018 dans le bassin Pôle sud aitken pour y collecter
des échantillons et les ramener sur Terre et « change 5 » en 2019. La Chine
investit des milliards d’euros dans son programme spatial, coordonné par
S cientifique

l’armée. Le pays espère avoir une station spatiale habitée d’ici à 2022, alunir
régulièrement et envoyer à terme des humains sur la Lune. La nouvelle
frontière spatiale est-elle désormais chinoise ?
– Le cyberespace n’échappe pas aux convoitises. Pour Foreign affaires
dans sa livraison de septembre-octobre 2018, le Net vit la fin de la domi-
nation américaine. C’est en Asie, « que [son] avenir est le plus susceptible
d’être écrit car les deux premiers marchés se trouvent en effet sur ce

110 l ANNALES CCIR 2018-2019

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continent : la Chine avec près de 780 millions d’internautes et l’Inde avec
plus de 480 millions ». C’est la Chine qui apparaît comme la cyberpuissance
ESCP
capable d’imposer sa loi. Non seulement la deuxième puissance écono-
Europe
mique mondiale conteste le monopole des géants américains de la Silicon
Valley, en favorisant des champions nationaux – comme Baidu moteur de
recherche national, Alibaba géant du e-commerce et Tencent créateur du
réseau social Wechat et Xiaomi fabricant de portables N° 1 sur le marché

C ORRIGÉ
indien –, mais elle revendique un autre modèle de gouvernance, moins
décentralisé, plus autoritaire, plus impérieux dans sa volonté de contrôler
le Net. L’utopie des pionniers, celle du World Wide Web, a laissé la place
au « World War Web » sino-américain. Si on analyse les budgets militaires
de la Chine, force est de constater que leurs prétentions dépassent le cadre
régional. Selon le Stockholm International Peace Research Institute (Sipri),
les dépenses militaires chinoises représenteraient plus de quatre fois celles
de l’ensemble des pays voisins de l’Association des nations de l’Asie du
Sud-Est (Association of Southeast Asian Nations – Asean). Elles seraient
même supérieures aux dépenses militaires combinées du Japon, de l’Inde
et de la Corée du Sud !

C. Des confrontations au niveau de l’influence culturelle

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


et du soft power
– Non que les États-Unis soient rétrogradés dans ce domaine, mais du
moins la Chine fait-elle son entrée. China daily livre des informations forma-
tées au même titre que le Quotidien du peuple qui ne se contente pas d’une
diffusion nationale. La Radio chine international offre à 160 pays et en 53
langues un « traitement » de l’information. La Chine a bien compris que les
discours valent les armes les plus sophistiquées. Depuis la remise en cause
par Donald Trump du traité de partenariat pacifique, la Chine offre une alter-
native « désintéressée », le RCEP partenariat économique régional global.
Le plaidoyer de Xi Jinping à Davos en janvier 2018 a valeur de message
fédérateur à l’heure où le protectionnisme de Donald Trump démantèle un
à un les acquis d’une gouvernance mondiale. La Chine devient un recours
surtout en mettant en place des programmes pharaoniques comme les
routes de la soie, qui vendent une mondialisation des biens sous couvert
de mondialiser les liens.
– Les routes de la soie combinent toute cette complexité des influences
recherchées par la Chine. Il n’est pas fortuit de voir que les Instituts Confucius
longeant les routes de la soie et complétant par la capture des esprits, la
captation des marchés, 135 Instituts Confucius établis dans 51 pays le long
de « la Ceinture et la Route ». L’échec de beaucoup de tentatives relève
autant de l’économique que du culturel c’est-à‑dire de la résistance des
pays d’accueil à voir le dragon chinois s’emparer de richesses fusse par
le deal infrastructures contre minerais ou énergie. Ainsi la suspension en
Malaisie d’un investissement chinois de 23 mds de $ au prétexte que ce
chantier aurait des liens avec le scandale financier du fonds IMDB (IMalaysia
S cientifique

development Berhad). D’après la société américaine de conseil RWR advi-


sory Group ce sont 234 projets chinois soit 14 % des chantiers recensés
qui feraient l’objet de polémiques, manque de transparence, fiabilité des
travaux, financement, contreparties et absence de prise en compte des
populations locales… ce réquisitoire est à la mesure de la clairvoyance de
certains acteurs dans la volonté de la Chine par les routes de la soie de
dicter de nouvelles règles économiques militaires et sécuritaires au monde.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 111

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– En matière de soft power la stratégie ne peut qu’être à long terme. Guo
Bai directeur du Digital Belt and road fait remarquer qu’elle s’inscrit dans le
ESCP
jeu de go (wei qi) populaire en Chine et explicité par H. Kissinger : composer
Europe
avec l’adversaire en se positionnant sur les places vacantes sans possibilité
de conflits ouverts. À la fin de la partie il est difficile de discerner le véritable
vainqueur… l’immense influence culturelle américaine à l’international n’est
pas remise en question par la Chine mais les investissements en capital dans
C ORRIGÉ

les BATX lui permette de relever le défi culturel et de préparer un hégémon…


(les NTIC représentent déjà 7 % du PIB chinois).
Ce maillage d’influences et de rivalités invite donc à s’interroger sur le sens
à donner à l’exercice de la puissance « des 2 Titans » (J. Mearsheimer) repré-
sentant près de 40 % de l’économie mondiale.

III. Deux tentations impériales à la croisée des chemins


et qui croisent le fer

A. La tentation est forte de vouloir acter un G2 ou un condominium


– Puissance responsable, la Chine attendrait son heure et se contenterait
de suppléer les États-Unis dans une complémentarité efficace. C’est ce que
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

croyaient les Américains à l’époque de G. Bush d’une multipolarité où les


États-Unis restaient seule puissance globale de l’avis même des experts
chinois. Ainsi pendant la crise asiatique de 1997 la Chine ne jouant pas
sur la dévaluation du yuan avait pondéré la crise ce que ne pouvait faire le
Japon et le yen englué dans une récession déflationniste depuis la fin des
années 80 et des rancœurs liées au boom Heisei. De même en appuyant
la création d’un G20 en 2009, la Chine met ses réserves au service d’une
recrédibilisation du système financier mondial. Enfin, en entrant dans les
processus de pacification en Afrique (devancée par l’Inde), de l’ONU ou,
dans la sécurisation de la zone de piraterie somalienne, la Chine devient
un élément pondérateur au chevet d’une gouvernance malade. En 2004,
elle va même jusqu’à proposer un moratoire en mer de Chine pour faire
du commerce le pacificateur des conflits potentiels territoriaux. On était
même en droit de se demander si en abandonnant son Tiers-mondisme
militant elle n’allait pas plutôt rejoindre le groupe du G8 plutôt que de rester
fidèle au groupe des 77 ! La complémentarité États-Unis/Chine n’est-elle
pas structurellement installée avec le financement de la dette américaine,
avec l’accélération de IDE chinois aux États-Unis (109 mds de $ cumulés
dont 45,6 la seule année 2016) avec les chaînes de production de Apple
à moindre coût en Chine… (un cinquième de son CA en Chine). Avec
B. Obama le réalisme de la politique étrangère a débouché sur un « smart
power », la claire reconnaissance du fait que les États-Unis avaient perdu
ou plutôt ne pouvaient assumer leur rôle de shérif du monde. Le « leading
from behind » ou la politique minimaliste étrangère de B. Obama traduisent
S cientifique

une inflexion par rapport à 1991 où la superpuissance américaine est à son


acmé. L’option partenariat s’est substituée à l’impératif d’hégémonie.
– Concomitamment la Chine de puissance régionale responsable a semblé
vouloir gravir les échelons qui la conduiraient à être une grande puis-
sance « forte de ses propres caractères » selon Xi Jinping. En 2035-2049
(centenaire de la proclamation de la République populaire de Chine) une
« Chine moderne prospère et forte » se sera hissée au « premier rang du
monde ». La feuille de route est assez simple : progresser dans la légitimité

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internationale par des réalisations concrètes fédératrices innovantes, un
engagement militaire mondial moins sélectif et relayer une gouvernance
ESCP
à l’américaine défaillante. Ainsi la BAII (banque asiatique d’investissement
Europe
dans les infrastructures) a été rapidement capitalisée, proposée et acceptée
à des partenaires comme la Grande-Bretagne et elle constitue clairement
une volonté politique de la Chine de contrebalancer les institutions du FMI
et de la banque mondiale. À l’exception des États-Unis, les grands pays

C ORRIGÉ
y ont adhéré et le maillage de la planète par des infrastructures maritimes et
terrestres connues sous le nom de OBOR one belt one road a pu se pour-
suivre pour quelque 100 mds de $ par an. Les États-Unis parlent d’« OPA
chinoise sur le monde » d’autant plus que même les Japonais n’ont pas
attaqué la BAII qui rentrerait dans une logique de coopération plus que de
concurrence avec la BAD (banque asiatique de développement) présidée
par le Japon.
– Le refus de dévaluer le yuan (qui n’empêche pas des corrections) est
recentré sur des objectifs internationaux pour faire de cette devise une
monnaie internationale comme les autres, crédible avec des accords de
swaps avec des pays peu enclins à utiliser le dollar (Venezuela par exemple
Argentine) ou même auprès de banques européennes. Moins politique, le
yuan suit plus les fluctuations des marchés comme la monnaie dominante

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


le dollar (encore plus de 65 % des transactions) et la Chine poursuit ses
acquisitions de bons du trésor américains au travers de ses 3 500 mds de $
de liquidités de réserve.
– La Chine peut donner des leçons de gouvernance en opposant au
consensus de Washington le consensus de Pékin échappant aux seules lois
du marché et plus proche des intérêts immédiats des PED. SI le consensus
libéral de Washington égraine des mesures drastiques (dix préceptes qui
résument ce paradigme : discipline budgétaire, bonnes priorités dans les
dépenses publiques (infrastructure, éducation), réformes fiscales, libérali-
sation financière, taux de changes compétitifs, libéralisation commerciale,
ouverture aux investissements étrangers, privatisation des entreprises
publiques, déréglementation, protection des droits de propriété) le consensus
de Pékin titre d’un ouvrage paru aux États-Unis d’ailleurs, et étalonnant la
progression du modèle chinois. Pour F. Lenglet « Exit la privatisation, la libé-
ralisation, la démocratie, valeurs que les États-Unis ont promues, non sans
morgue, pendant des décennies. Bienvenue à l’autoritarisme, à l’étatisme,
au protectionnisme, qui ont fait la fortune de la Chine, dont la trajectoire
éblouissante signe le divorce entre la croissance et la liberté. Il n’y a pas
que les écrans plats et les jouets qui sont "made in China", la doctrine l’est
tout autant : si les idées économiques ont une influence proportionnelle au
taux de croissance qu’elles délivrent, alors nous n’avons pas fini d’entendre
parler du modèle chinois ».
Toutefois deux lectures s’opposent : la Chine se contente-t‑elle de rénover
une gouvernance ou se substitue-t‑elle à une gouvernance néolibérale
S cientifique

imposée par les États-Unis ? Tout paraît installer un affrontement potentiel


États-Unis/Chine (ne parlons pas de 3e guerre mondiale éternelle rengaine
de géopoliticiens en mal de sensationnel).

B. Au-delà des influences et rivalités s’installe un face-à‑face tendu


« L’Amérique d’abord, la Chine première ». Ces deux slogans sont peu
conciliables.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 113

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– Pas de fauteuil pour 2 dans les combats internationaux. Lorsque la Chine
a anticipé la Cop21 et attaqué frontalement les gaz à effet de serre, elle avait
ESCP
trouvé les États-Unis pour partager des engagements… Depuis Donald
Europe
Trump les 2 discours sont irréconciliables. Donald Trump ayant d’ailleurs
fait du réchauffement climatique un complot chinois contre les emplois
américains. Désormais et ce n’est pas le moindre des paradoxes, la Chine
devient à la fois un acteur du « air apocalypse » (les gradiants de la pollution
C ORRIGÉ

franchissent allègrement tous les seuils en Chine, 50 % des rivières polluées,
Pékin avait 227 jours seulement d’air de bonne qualité en 2017) mais aussi
un porte parole des énergies renouvelables, des parcs éoliens des villes
écologiques (même si Dongtan est un échec). La Chine est un pays dont
l’autoritarisme peut être utilisé pour interdire la circulation voire la production
sidérurgique un certain temps s’il s’agit de préserver la qualité de l’air. De
même, difficile d’imaginer un consensus sur le numérique puisque Pékin fait
cavalier seul pour contrôler ses sites d’informations et créer une muraille
numérique. « La défense par la Chine de la notion de cybersouveraineté
– qui prône le respect de la souveraineté nationale dans le cyberespace et
va à l’encontre de la libre circulation de l’information – est sans doute l’une
des premières illustrations de la volonté chinoise d’influencer l’évolution de
l’ordre mondial. » S. Colin.
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

– Comment ne pas également dire que les priorités ne sont peut-être


porteuses d’un hypothétique partenariat pour les 2 pays. Les États-Unis
tournent le dos à une gouvernance mondiale et font cavaliers seuls en détri-
cotant la politique de B. Obama et les accords internationaux passés ; « Pour
Donald Trump le multilatéralisme ce sont des lilliputiens qui veulent ligoter
le Gulliver américain » (H. Védrine). Les Chinois ont également des priorités
différentes : s’ils s’attachent à corriger les excès du modèle quantitativiste
adopté et derrière « la société harmonieuse » et la disparition du hukou il
y a une volonté de planifier une marche un peu plus crédible vers « une
société développée et ses responsabilités ». La possibilité de Xi Jinping de
prétendre à un mandat à vie et sa pensée érigée au rang de slogans à valeur
constitutionnel le sont là pour sécuriser, stabiliser le régime et asseoir une
influence plus pérenne et singulière. Certes selon la formule de F. Godement
« la Chine veut s’approprier le monde mais ne pas l’administrer ». Donald
Trump pourrait dire la même chose mais il y a une tradition des États-Unis
gendarme du monde, nation responsable qui fixe le cap, « de nation qui
voit plus haut que les autres » (Madeleine Allbright) qui ne peut du jour au
lendemain être abandonnée. C’est ce qui fait dire que le post-américain est
encore devant nous, que le xxie peut être encore américain comme le xxe
l’avait été pour H. Luce, et que le soft power militant américain a encore de
beaux jours devant lui…
– Enfin la Chine ne surjoue-t‑elle pas sa puissance économique et géopo-
litique. À la lecture de Domenach la Chine inquiète depuis des années. En
parcourant Isabelle Attané elle est à bout de souffle avec des inégalités
S cientifique

paroxysmales, une démographie qui plombe ses évolutions (d’ici 2050 son
réservoir de main-d’œuvre perdrait 250 M d’actifs alors que dans le même
temps le nombre de personnes âgées va doubler surpassant à lui seul
la population européenne). Vieille avant d’être riche, le rêve de puissance
émergente peut être écornée. Dans le même temps les États-Unis même
si l’espérance de vie y baisse depuis 2 ans restent portés par une forte
croissance à crédit et les bombes à retardement des crédits étudiants sont
loin d’anticiper un retour à la case crise de 2008.

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C. Un partage du monde se dessine-t‑il au-delà des rivalités ?
– Même si États-Unis et la Chine cohabitent dans l’Apec, ils s’emploient ESCP
parfois à faire valoir de concert leurs thèses face au terrorisme. Il est peu Europe
probable que la situation actuelle milite en faveur d’un partage négocié de
responsabilités. La période de convergence des années Bush n’est qu’un
vague souvenir, chaque acteur voyant aujourd’hui l’influence de son homo-

C ORRIGÉ
logue comme une entrave à ses projets L’étonnante discrétion de la Chine
dans l’évolution du dossier coréen est là pour montrer que les Chinois
ont laissé faire, ont toléré la réinstallation de Kim Jong un dans une légiti-
mité internationale juste pour, par la suite en bénéficier, dans de nouveaux
accords avec la Corée, économiques et militaires et ainsi éviter ce que
craint la Chine par-dessus tout : la réunification de la péninsule coréenne. De
même, la discrétion de la Chine, le débat sur les sanctions à l’encontre de
l’Iran ne s’explique que par la volonté de Pékin de préserver des livraisons
de pétrole plus que de la volonté de proposer une alternative aux injonctions
américaines. La volonté de Donald Trump de mener une bataille contre
l’Union européenne dont il espère le démantèlement autant qu’un rôle d’allié
plus sincère n’a pas interdit l’exacerbation des tensions Chine/États-Unis
avec l’abandon du « pivot asiatique ». Le nombre de produits visés par des

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


sanctions ne cesse de progresser et de se diversifier dans leur contenu.
– N’oublions jamais que Xi Jinping veut faire accéder la Chine au statut de
grande puissance et désormais première puissance mondiale. Il ne s’agit pas
pour lui de se contenter de progrès quantitatifs pour partager un leadership
mais de s’affirmer pas ses propres moyens et avec une voie (x) différente.
Sans en être aux tensions extrêmes de 2004 dans le détroit de Taïwan on
ne peut nier que la mer de Chine cristallise toutes les rancœurs surtout
quand Donald Trump se fait le défenseur contre les Chinois de l’avis de
la Cour de Justice internationale sur les Rochers de Liancourt philippins.
On peut raisonnablement penser que les États-Unis et la Chine ne vivent
pas de la même façon les tentatives de Kabila de ne pas transmettre le
pouvoir à son vainqueur légitime car la Chine a des contrats sur le cobalt
et les matières premières qui peuvent difficilement lui faire défaut. Mais les
évolutions sont rapides et surprenantes. « L’asymétrie dans les rapports de
puissance et la prééminence des États-Unis restent dans un avenir prévi-
sible des facteurs de stabilité car elles maintiennent la relation avec ce pays
au sommet des préoccupations de politique étrangère et de sécurité de
la RPC et la forcent quoiqu’elle dise ou laisse dire à brûler ses tentations
belliqueuses en particulier face au Japon, à Taïwan ou en mer de Chine méri-
dionale »… cette conclusion de J.-P. Cabestan qui date de octobre 2015,
n’est-elle pas dépassée ?
– En effet l’actualité récente est marquée par une double évolution celle
des États-Unis qui sont « sans boussole », multiplient des prises de position
contradictoires conforme à ce que Donald Trump croit être une politique du
deal (comparable à celle qui lui a permis de devenir un milliardaire) dont il
S cientifique

sortirait toujours vainqueur. Les Chinois sont eux dans une phase critique
où il va falloir donner un sens à leur puissance. On ne peut être première
puissance exportatrice, en termes de PNB à Parité de Pouvoir d’achat,
sans avoir des finalités claires à cette ascension économique. Le PCC doit
se demander si la légitimité des résultats suffit par rapport à une légitimité
historique et politique de parti libérateur qui commence à être contestée.
Un nationalisme intransigeant et pointilleux comme celui de Xi Jinping peut

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ne pas être la meilleure réponse. Mais quelles que soient les prétentions
de la Chine et des États-Unis, on peut penser que les confrontations sont
ESCP
inévitables ; les rivalités sont et demeureront légions et les influences se
Europe
feront dans un face-à‑face plus qu’elles ne se combineront. L’attention
apportée dans les 2 camps à la modernisation des armées par des budgets
en expansion, des choix forts (marine pour la Chine pour se projeter, armée
de l’espace pour Donald Trump pour gagner face aux Russes et Chinois la
C ORRIGÉ

bataille du ciel) peuvent entraîner des affrontements. Le retour au système


tributaire Ming peut susciter des retours dans le giron américain (alliances
de revers) mais l’imprévisibilité de Donald Trump peut aussi jouer a contrario
(annonce d’un déploiement de défense antimissiles en Corée du Sud tout
en pactisant avec la Corée du Nord).

Conclusion

L’analyse des rivalités et des influences de l’hyperpuissance en déclin


américaine et de la superpuissance en devenir chinoise débouche sur une
question synthétisant les évolutions. Les États-Unis ne sont-ils pas engagés
dans une nouvelle politique de containment pour maintenir leur hégémonie
et brider la Chine comme jadis l’URSS ? Pour Long Guiqiang économiste
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

influent du conseil d’État : la « question d’une nouvelle guerre froide se pose ».


La recrudescence des rivalités n’est-elle pas liée à l’aboutissement du « rêve
chinois, “réjuvénation” de la nation selon la rhétorique officielle et de la
grande renaissance nationale » ? au fait qu’abandonnant la réserve de Deng
Xiao Ping (attendre son heure et dissimuler sa force), Xi Jinping a clairement
affirmé que l’ambition de la Chine était d’être au premier rang mondial. Se
découvrant, il exposait la Chine à ce nouveau discours américain. De toute
façon, la Chine ne peut se contenter « de rêver d’être le propriétaire du
monde sans avoir à l’administrer ? » F. Godement circonscrit les enjeux : la
Chine pourra-t‑elle longtemps refuser tout exercice d’une hégémonie en
intervenir militairement au-delà de ses frontières et se contenter dans un
monde chaotique d’une situation proche de celle des Royaumes combat-
tants (ve et iiie siècles avant J.-C.) où aucun ordre ne s’impose et où la Chine
peut tracer sa route sans chercher à imposer un système. Ce « rêve chinois »
est peut-être une façon zélée de se dérober mais jusqu’à quand ?
S cientifique

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S UJET
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE
DU MONDE CONTEMPORAIN
Durée : 4 heures.

Il sera tenu compte des qualités de plan et d’exposition, ainsi que de


la correction de la langue. ESSEC
Aucun document n’est autorisé. L’utilisation de toute calculatrice et
de tout matériel électronique est interdite.
Si au cours de l’épreuve un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra en
expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené à prendre.

S UJET

La construction européenne confrontée à la question de la nation


(1951-2018)

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


D OCUMENTS

Remarque importante : les documents et la carte sont destinés à aider à la


réflexion dans le cadre de la dissertation. Ils n’ont pas à faire l’objet d’un
commentaire spécifique.

Document 1. Chronologie indicative sommaire

1951 : le traité instituant la CECA crée une Haute Autorité pour le charbon
et l’acier
1965-1966 : De Gaulle pratique la « politique de la chaise vide » à Bruxelles
1973 : accords d’Helsinki
1979 : sommet européen de Dublin ; Margaret Thatcher affirme « I want my
money back »
1985 : premiers accords initiant la Convention de Schengen
1990 : réunification allemande
1991 : le Conseil de l’Europe adopte une « convention cadre pour la protec-
tion des minorités nationales »
1992 : le Conseil de l’Europe adopte la « Charte européenne des langues
régionales et minoritaires » (signée mais non ratifiée par la France)
S cientifique

1993 : les « critères de Copenhague » précisent les conditions selon lesquelles


les pays d’Europe centrale et Orientale pourront devenir membres de l’Union
européenne
1999 : l’Euro devient la monnaie unique de onze pays européens
2005 : « non » français et néerlandais au projet de Constitution européenne
2008 : le Kosovo déclare son indépendance ; l’UE lui reconnaît le statut de
« candidat potentiel » pour un futur élargissement de l’Union européenne

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S UJET

2013-2014 : crise ukrainienne et annexion de la Crimée par la Russie


2016 : référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne
2017 : le Parlement de Catalogne vote la proclamation de l’indépendance
de la « République catalane »

Document 2. Jürgen Habermas, Le Monde, 25.02.2014


ESSEC
Pour une démocratie supranationale demeurant ancrée dans des États-
nations, nous n’avons besoin d’aucun « peuple européen », mais d’individus
éclairés, ayant appris qu’ils sont à la fois, réunis en de mêmes personnes,
citoyens d’un État et citoyens européens. Ces citoyens peuvent tout à fait,
en participant à leurs vies publiques nationales respectives, participer à une
formation de la volonté politique à l’échelle de l’Europe entière.

Document 3. Michel Foucher, L’Obsession des frontières, Perrin, 2007

La réorganisation géopolitique du continent [européen] après l’effacement


de la méta-frontière stratégique et idéologique [le rideau de fer] a rendu
possible une reconfiguration en Europe (…). Après avoir provoqué l’éclate-
ment des ensembles fédéraux, la bifurcation de 1989 a été immédiatement
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

encadrée par l’aspiration d’un « retour en Europe » des nations émancipées.


La double adhésion à l’Union européenne et à l’Alliance atlantique imposait
une condition préalable impérative : la signature de traités bilatéraux assurant
la reconnaissance mutuelle des frontières héritées et garantissant les droits
démocratiques des minorités nationales.

Document n° 4. Alain Duhamel, « La montée des nationalismes »,


Libération, 19.02.2014

Nous voici de nouveau face à une montée des nationalismes. Après un


demi-siècle de construction d’une Europe démocratique, pacifique, acquise
à l’économie de marché, voici depuis une décennie un mouvement inverse
qui se produit. L’Europe est menacée de déconstruction. (…) Ses échecs
et ses déceptions ne doivent cependant pas faire perdre de vue l’essen-
tiel. Même si l’Europe a dissous son élan initial dans la crise, elle est par
nature, elle reste aujourd’hui le principal rempart face à des nationalismes
qui ont crucifié les peuples européens durant des siècles et qui effectuent
aujourd’hui leur éternel retour.

Document n° 5 (texte et carte). L. Davezies et Ph. Rekacewicz,


« Régions contre États-nations », Le Monde diplomatique, février 2004

« La montée en puissance de l’Europe contribue à affaiblir les États-nations


qui la constituent et à attiser revendications autonomistes et conflits régio-
S cientifique

naux. Ceux-ci, qui n’ont pas tous une expression violente, peuvent se
diviser entre les « conflits pré-nationaux » qui sont anciens et liés au non-
achèvement des nations européennes, et les « conflits post-nationaux, qui
anticipent un achèvement de l’Europe. »

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S UJET
ESSEC

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


S cientifique

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ESSEC
C
ORRIGÉ
Par Alain Nonjon, professeur de chaire supérieure.

Introduction
C ORRIGÉ

La construction européenne dans sa trajectoire depuis la création de la


CECA en 1951, la mise en place d’un marché commun à 6 au traité de
Rome, la création d’une communauté européenne en 1992, la dynamique
d’élargissement à l’Est (2004) jusqu’à l’apparition d’un risque de dislocation
en 2018 est hantée par la « question de la nation ». Existe-t‑il une nation euro-
péenne si on définit la nation comme une communauté d’hommes distincte
ayant conscience de leur unité, de leur identité collective et voulant vivre
ensemble, dans chaque pays respectif. Mais aussi y a-t‑il compatibilité
entre le projet initial européen fédéraliste et le respect des États-nations ?
C’est aux deux extrêmes de la période que la question a été la plus d’ac-
tualité : dans les années 1950-1960, quand avaient lieu les débats sur la
supranationalité de la CECA (et qu’on débattait du contenu minimal d’une
Europe politique – plan Fouchet 1961) et, dans la dernière décennie, quand
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

la construction post-nationale la plus aboutie, l’Union européenne, se heurte


au retour en force des nationalismes et des populismes qui instrumentalisent
les déficits de l’Union européenne (notamment démocratiques et redistri-
butifs) pour en faire la trame d’une dislocation programmée de l’Europe
(Brexit 2016).
Toute l’histoire de la construction européenne se résume-t‑elle à une ques-
tion : comment des nations souveraines pourraient envisager de déléguer
tout ou partie de leur prérogative pour exister sur le plan international,
à une institution d’un type nouveau qui représente une valeur et des valeurs
communes et une puissance ajoutée pour tous ? Question délicate qui reçoit
des réponses à géométrie variable en fonction des conjonctures, des événe-
ments extérieurs, des alternances politiques, et de leadership.

I. L’Europe jusqu’aux années 1970 paraît paradoxalement au chevet des


« États-nations » mais aussi perçue comme construction post-nationale

A. L’Union européenne est porteuse d’un projet de paix entre les nations
– La construction européenne n’a de cesse d’éloigner les guerres fratri-
cides  des États-nations (1914/1918, 1940/1945 = aboutissements de
23 guerres franco-allemandes) et de dépasser le souvenir traumatisant
d’une « Europe grand espace de l’État national socialiste » (Josef Goebbels).
« L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre » (Robert Schuman).
Elle est animée d’un désir de paix (Robert Cooper la définit comme « un
empire coopératif dédié à la démocratie, à la liberté… et à la paix »). Elle se
S cientifique

légitimise souvent jusqu’à aujourd’hui, du moins par la paix aux yeux des
Européens.
– L’Europe veut croire au « doux commerce » (Montesquieu « l’effet naturel
du commerce est de porter à la paix ») qui élimine le thumos avec son statut
de puissance commerciale : l’Europe est une puissance statistique plus
que militaire… La force de l’Europe est son marché de plus de 500 millions
de consommateurs et ses capacités commerciales (30 % du commerce

120 l ANNALES CCIR 2018-2019

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mondial). L’Europe veut croire à la générosité, au soft power : c’est un
« empire normatif » (Zaki Laïdi), une façon d’expurger le risque de guerre
entre nations. ESSEC
– Les guerres balkaniques n’ont pas empêché l’adhésion progressive de
certains États balkaniques avec de francs succès comme la Slovénie. Et
l’Union européenne a mis tout son poids dans le TPI (Slobodan Milošević).
Dans le même sens, l’adhésion des pays du CAEM s’est faite sans trauma

C ORRIGÉ
particulier pour ces États respectés dans leur identité, leur pluralisme, leur
convergence : avec l’Europe, l’Est retrouve un « occident kidnappé » pour
Vaclav Havel et l’Europe consolide la partition ou le divorce de velours entre
la République tchèque et la Slovaquie.

B. L’Union européenne peut apparaître initialement – surtout au regard


d’aujourd’hui – surtout comme un véritable « sauvetage européen »
de l’État-nation
– La construction européenne offre certaines garanties aux États-nations : un
label démocratique (conseil de l’Europe), un respect des différences (Europe
et langues régionales), des moyens de pression collectifs qui servent les
intérêts particuliers (approvisionnements énergétiques avec la Russie, avec
l’apparente garantie d’un partenariat oriental stratégique, NCM conduites

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


en respectant des spécificités nationales : ex des paysans français après la
renégociation de Blair House). Pour J. Monnet, le mouvement était garant
de plus d’intégration mais au bénéfice des États. Pour R. Schuman, « La
communauté européenne doit créer l’ambiance pour une compréhension
mutuelle, dans le respect des particularités de chacun ; elle sera la base
solide d’une coopération féconde et pacifique. Ainsi s’édifiera une Europe
nouvelle, prospère et indépendante » (1950).
– Les politiques structurelles adoptées renforcent au départ les membres de
la communauté européenne. La PAC permet de réformer les structures et de
spécialiser des agriculteurs dans un pays comme la France qui a toujours
privilégié une politique des prix. L’autosuffisance alimentaire de l’Europe
en 1972 est à cet égard un succès. L’Europe est vue comme un « multipli-
cateur de puissance », un accélérateur de concentrations dans l’industrie, de
coopérations fructueuses (Euréka, Erasmus). Ce, d’autant plus, que les États
membres gardent très longtemps leur pouvoir de décision, leurs domaines
réservés : ils sont les « seigneurs des traités », surtout avec la règle de l’una-
nimité dans certains domaines précis stratégiques.
– De toute façon, l’Union européenne n’est que le produit des décisions et
des volontés des États qui, à tout moment, ont pu exprimer leurs craintes
(la France et la règle de l’unanimité), leur originalité (la Grande-Bretagne
et le peak and choice avec les aménagements de Fontainebleau en 1984),
leur rythme (l’Europe à géométrie variable) au risque même de dénaturer la
finalité de la construction (Europe à la carte ou Europe auberge espagnole
où chacun trouve ce qu’il apporte). Il est pourtant vrai que les peuples ont
S cientifique

été de moins en moins consultés (depuis le premier élargissement et ce


alors que l’UE passait de 9 à 28 membres). Ni la Grèce (1981), ni l’Espagne
ou le Portugal (1986) n’ont organisé de référendum. Trois pays qui sortaient
d’une dictature il est vrai…

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C. Mais la construction européenne est arrimée à un projet
d’inspiration fédéraliste susceptible de dissoudre les États-nations
ESSEC
– Le projet européen est issu de quatre démarches a priori peu recevables
pour les chantres d’États-nations fort dans sa souveraineté et son identité :
1) une démarche américaine pour éviter la soviétisation du continent avec
mise sous tutelle plus ou moins directe (plan Marshall, UEO, OECE, UEP) ;
C ORRIGÉ

2) une démarche de J. Monnet pour créer les États unis d’Europe, un projet
collectif peu apte à conforter les puissances nationales ;
3) une démarche des pères fondateurs pour instaurer la paix via « le mariage
des peuples » selon l’expression de Ernst Jünger, créer une communauté
de destin entre les peuples de l’Ouest en utilisant l’économie comme pivot
pour contourner les obstacles politiques, mais avec pour objectif une Europe
fédérale ;
4) une identification des valeurs européennes progressivement matérialisée
par un hymne européen, un drapeau européen et très tard une monnaie
européenne !
5) La démarche de « construction d’ensemble » projetée par R. Schuman
apparaît certes effacer les conflits mais aussi marginaliser le rôle des États
– définis comme autorité unique et souveraine qui s’étend sur un territoire
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

délimité par des frontières. La création d’institutions non élues au suffrage


universel, et le transfert de pans de souveraineté malgré les règles de subsi-
diarité font rapidement craindre une dilution des États-nations (abandon de
fonctions régaliennes : impôts, monnaie, et après Maastricht une politique
étrangère et défense). La démarche fonctionnaliste initiée à partir de la décla-
ration Schuman prévaut : celle qui veut qu’une Europe politique et fédérale
ne peut résulter que d’une Europe économique. En créant des institutions
fonctionnelles dans des domaines économiques limités, on crée des soli-
darités, on élargit les domaines d’intervention et de coopération, et par un
effet d’entraînement (spill-over effect), les autorités intégrées se substituent
progressivement aux États et l’Europe fédérale est l’aboutissement de ce
processus. L’idée d’une Europe fédérale est au cœur du projet de CED,
en échec en 1954, dont l’article 38 prévoyait la constitution à terme d’une
Europe fédérale ou confédérale.
– Des rapports Tindemans (1975) et Spinelli (1984) parmi tant d’autres sont
clairement orientés vers une supranationalité :
1) le rapport Tindemans avec le renforcement du Parlement européen qu’il
espère élu au suffrage universel, l’extension du vote majoritaire au Conseil,
l’élargissement des compétences de la Communauté européenne dans les
domaines monétaires, énergétiques, sociaux et régionaux, et, en matière
de politique étrangère, l’obligation juridique des États membres de parvenir
à une position commune, éventuellement par recours au système majoritaire.
2) C’est le même esprit dans le rapport Spinelli, dont l’idée de base est la
création d’une assemblée constituante pour que l’Europe se dote d’une
vraie constitution. Le Parlement européen aurait joué un rôle majeur dans
S cientifique

l’élaboration de ce texte avec la volonté de court-circuiter l’influence des


États membres. Et en bout de ligne un gouvernement supranational. Cette
démarche fédéraliste s’appuie sur la conviction qu’il existe des valeurs euro-
péennes, une exception culturelle qui la protège. Pour Tzetan Todorov :
rationalité, justice, démocratie, liberté individuelle, laïcité, tolérance, pensée
critique, doute, vertus philosophiques qui rendent les Européens toujours
insatisfaits de l’état des choses à la différence des Américains. (NB : cette

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identité est cependant ouverte, mouvante, construite et renouvelée dans le
sens d’une bien plus grande diversité : nouveaux peuples, nouvelles langues,
passés différents.) ESSEC
L’Europe a parfois créé les conditions pour être vécue comme contraire
aux États-nations. Pour Béatrice Giblin (Le paradoxe français), l’Europe
a été l’aiguillon des nationalismes régionaux français « quand elle donnait
l’impression de favoriser les régions pour affaiblir les États-nations, plus

C ORRIGÉ
préoccupés de la défense de leurs intérêts nationaux que de faire avancer
l’Union européenne » (Maastricht crée même un comité des régions consul-
tatif et on parle de plus en plus de l’Europe des régions). La défense des
langues régionales va dans le même sens. De là, les oppositions précoces
du général de Gaulle à tout fédéralisme, à toute mutualisation de souve-
raineté dans le cadre d’une Europe politique. La France se veut favorable
à une simple coopération intergouvernementale (plans Fouchet 1961-1963),
dont l’objet principal soit avant tout la coopération en matière de défense,
d’affaires étrangères, de coopération scientifique et technique, alors que les
cinq autres pays membres de la CEE sont favorables à l’octroi de compé-
tences politiques. La France ne cesse de proclamer sa volonté de concevoir
la construction européenne comme un « levier d’Archimède de la France »
et de Gaulle précise : « J’entends une Europe formée d’hommes libres et

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


d’États indépendants, organisée en un tout susceptible de contenir toute
prétention éventuelle à l’hégémonie et d’établir entre les deux masses rivales
l’élément d’équilibre dont la paix ne se passera pas. » Le cadre limitatif d’une
Europe en tant que fédération d’États-nations est bel et bien fixé.

II. L’Europe, dès la décennie 1980, organise une somme de transferts


ou de pertes de souveraineté symboliques d’un dépérissement
potentiel des États-nations

A. Les fondamentaux européens libéraux et monétaristes interpellés


– Le grand marché libéral créé en 1993 est vécu comme porteur de dérégle-
mentations excessives, de dévaluation des frontières (Schengen), d’agression
contre des systèmes sociaux nationaux (amendement Bolkestein dit « du
plombier polonais » adopté en 2006 en faisant l’impasse sur les risques
de dumping social et ultérieurement des travailleurs détachés). Au travers
de la radicalité de certaines expériences libérales (Thatchérisme) et sans
prendre en compte une troisième voie possible entre libéralisme sauvage et
étatisme figé, les eurosceptiques font du grand marché l’acte de décès des
États-nations. Les trois piliers de Maastricht sont autant d’abandons partiels
de souveraineté provoquant d’ailleurs des votes d’adhésion très timides (le
oui français en 1993). L’Europe aurait été bâtie non pour les peuples, mais
pour les entreprises, et l’abolition des frontières se fait au service d’une
mondialisation débridée. Le procès en ultralibéralisme de l’Europe est vite
S cientifique

intenté : l’Europe, championne du libre-échange avec 90 % de marchés


publics ouverts à la concurrence contre 32 % aux États-Unis et 28 % au
Canada, est réduite à une UE incapable de contrer la déferlante chinoise
depuis l’adhésion de la Chine à l’OMC. Les négociations du TTIP et du CETA
sont l’occasion de critiques sur des intérêts nationaux environnementaux
bradés sur l’autel du profit.
– La monnaie unique est assimilée à l’installation d’une « Europe allemande »
(le IVe Reich), l’ordolibéralisme antinature pour certains États jacobins

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centralisateurs et interventionnistes est l’expression d’un mark fort et d’un
diktat allemand. Le pacte de stabilité et de croissance est vécu comme un
ESSEC carcan imposé (déficit public = 3 % du PIB, dette 80 % du PIB) et bloquant
toute marge de manœuvre de relance. Comme le souligne le sociologue
Wolfgang Streek, « l’Allemagne en est arrivée à tenir l’Union européenne
pour une extension d’elle-même, où ce qui est bon pour l’Allemagne est par
définition bon pour les autres (…). Proches en cela des États-Unis, les élites
C ORRIGÉ

allemandes projettent ce qu’elles estiment évident, naturel et raisonnable sur


leur monde extérieur, et s’étonnent que l’on puisse voir le monde autrement
qu’elles. »
– L’Atlantisme de l’Europe dans l’attente d’une Europe de la défense est
critiqué car il la positionne comme subdéléguée des États-Unis au grand
dam de ceux qui ont œuvré pour des choix de défense autonome (cf. le
nucléaire français). Les valeurs spécifiques de chaque État-nation – défini
comme un État-nation – est un État dont les frontières englobent une popu-
lation formant une même nation. Ne se diluent-elles pas dans un Occident
coalisé sous la houlette des États-Unis ? C’est une inquiétude récurrente
des souverainistes.
– Les « dérives » d’une Europe de plus en plus éloignée des citoyens servent
de réquisitoires anti européens contre un pouvoir lointain, apatride, tech-
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

nocratique : le « Moloch bureaucratique » de Bruxelles (Helmut Kohl), « la


commission hors sol » (Jean Quatremerr, L’Europe des salauds) vécue
comme une administration supranationale à défaut d’être un gouvernement,
33 000 eurocrates non élus, imposant leur loi à 500 millions de citoyens
de 28 États avec leurs injonctions absurdes et tatillonnes décalées, des
affaires dans un milieu où greed is good, des conflits d’intérêts potentiels
(José Manuel Barroso chez Goldman Sachs), des crises (démission de la
commission Santer où on confondait gestion administrative et innovation
dans les politiques structurelles et intérêts privés) ne peuvent que créer de
multiples crispations des États-nations. La chaise vide et le compromis du
Luxembourg sont les premiers actes de résistance d’États-nations face à la
supranationalité. Les votes négatifs à Maastricht, les votes négatifs au traité
constitutionnel (France en 2005 et à toute démarche d’approfondissement
du traité de Lisbonne, Irlande, Danemark) montrent que nombreux sont ceux
qui pensent que l’UE ne se détermine qu’en fonction de la mondialisation,
des Nations unies ou de l’Occident et donc doit être rejetée.

B. Les contours indéfinis du projet européen renforcent les suspicions


– L’Europe : « une formidable espérance, un destin partagé, une ambition
pour tous » (Pascal Lamy) difficile à borner. La question des frontières se
pose : jusqu’où ? De l’Atlantique à l’Oural ? Une question qui a permis de
croire un moment à une intégration de la Géorgie et de l’Ukraine au risque
de provoquer la Russie et de légitimer la guerre de 2008 en Ossétie et l’an-
nexion de la Crimée. La Turquie est de moins en moins européocompatible
par ses valeurs et sa gestion du « problème kurde » et ses dérives vers un
S cientifique

nouveau sultanat.
Quelle Europe ? Le débat n’est jamais clos entre les institutionnalistes,
soucieux d’aller le plus vite possible vers une Constitution, et les fonction-
nalistes, qui veulent une Europe des petits pas, progressive par secteurs
bien balisés.
– Quel objectif ? Une fédération ? Une confédération ? Une fédération
d’États-nations ? Quel degré de subsidiarité ? Les débats sur les transferts

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de souveraineté partiels sont permanents avec des crises comme l’appel de
Cochin (Jacques Chirac face à Valérie Giscard d’Estaing qu’il accuse d’être
« vendu au parti de l’étranger » pour des transferts monétaires à un FME). ESSEC
L’aménagement de représentations équilibrées (traités de Nice) donne lieu
à des bras de fer entre États (le couple franco-allemand et les petits États).
L’hétérogénéité des États-nations complexifie la possibilité de consensus.
La France est ainsi considérée comme l’un des plus anciens États-Nations.

C ORRIGÉ
Le peuple français est un et toute référence à un peuple corse ou guyanais
peut heurter ainsi le sentiment d’identité nationale. L’Espagne par contre
reconnaît trois autres nations : la Catalogne, le Pays basque et la Galice aux
côtés de la nation espagnole. La Grande-Bretagne rassemble de même
diverses nations (Angleterre, Écosse, Irlande du Nord, Pays de Galles…).
– « Objet juridique non identifié », l’Union est aussi, suivant la formule de
Jacques Delors, un « objet politique non identifié ». Le concept de commu-
nauté donc prévaut mais sans contenu balisé et, même s’il permet à l’Union
européenne d’exercer son rôle international de puissance douce normative,
il est loin de mettre fin au débat entre fédéralisme ou fédération d’États-
nations, ou simple marché libéral qui hante l’Union européenne. Jacques
Delors résumait le dilemme ainsi : « l’Union européenne est une Ferrari dotée
d’un moteur de 2CV » (et la voiture est conduite par 22 États qui ne sont pas

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


d’accord sur la destination et la vitesse rajoute Jean Quatremer). En 60 ans
donc et 7 traités proposés il n’y a toujours pas de construction d’ensemble
dégagée conformément aux vœux de R. Schuman en 1950.
– Pour Maxime Lefebvre (L’Europe et les nations), « Les formules du fédé-
ralisme initié avec l’euro (monnaie unique et pas commune), et la Cour de
Justice ne sont pas adaptées », car chaque État membre est attaché à sa
souveraineté, garante de la liberté collective et de l’identité particulière de
la nation qu’il incarne. « La formule confédérale est quant à elle trop faible »
pour créer une identité commune, sans être une transition vers la fédéra-
tion ou vers la désintégration, qui a été crainte sous les coups de boutoirs
de la Grande-Bretagne dès 1975 et réactivée par les réponses possibles
aux crises des dettes souveraines. Les débats sur la finalité de l’Europe
sont-ils vraiment nécessaires ? Pour Jürgen Habermas, même « aux yeux
du porte-parole de la Deutsche Bank, […] le débat entre les partisans de la
confédération d’États et de l’État fédéral est académique » et on rappellera
volontiers Winston Churchill « il faut se méfier de l’innovation inutile, surtout
si elle résulte d’un raisonnement dans l’abstrait ».

C. Des évolutions et des raccourcis qui crispent des néonationalismes


frileux
– L’Europe est-elle condamnée à une fuite en avant avec les élargissements,
donc à terme à une obésité qui l’empêche d’avancer ? Charles de Gaulle
réclamait en son temps (adhésion rejetée de la Grande-Bretagne) un ordre
strict « se consolider, s’approfondir avant que de s’élargir ». Une façon de
S cientifique

préserver une Europe à la française face aux Britanniques.


L’Europe à plusieurs vitesses, en cercles ou à la carte n’est-elle pas une
conséquence d’adhésions de confort plus que de convictions ? Et une façon
de faire prévaloir des intérêts nationaux ?
L’Europe, super-État intrusif, ne procède-t‑elle pas d’une volonté d’imposer
sa loi aux États et n’est-elle pas une Europe allemande ? Autant de questions
qui malmènent la réalité mais qui sont fréquemment posées.

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– Les stigmatisations de l’Europe se multiplient au rythme des progrès des
eurosceptiques. L’UE corsèterait les budgets dans les normes du pacte de
ESSEC stabilité même si cela n’a pas empêché la France d’enfreindre les normes
du déficit budgétaire sans discontinuer depuis 2002 (sauf en 2006 et 2007).
L’Europe impose un diktat fiscal même si les États gardent la main sur la
fiscalité directe, et l’harmonisation de la TVA est plus que difficile. La propor-
tion du droit communautaire envahit les droits nationaux (part comprise
C ORRIGÉ

entre 60 et 70 % des textes nouveaux dans tous les États membres et
elle est vécue comme une confiscation des responsabilités des parlements
nationaux). Pourtant, sur vingt ans, la proportion de lois venant de Bruxelles
s’établit à 20 % (12 % en France et 35 % en Espagne) avec une tendance
à une diminution en dépit des compétences nouvelles.
– Les clichés sur l’Union européenne et l’opacité du fonctionnement de
l’Union européenne nourrissent les rancœurs.
L’Union européenne, ce serait avant tout des règles de rang supranational,
c’est-à‑dire qui surplombent et encadrent l’action des États-membres et
qui ne seraient pas respectées, donc l’Union européenne n’existerait pas…
Un raisonnement qui exclue les effets de modernisation, de rationalisation,
de convergence des économies européennes depuis 1957.
L’Union européenne serait une zone de libre-échange sauvage ? Elle est
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

plutôt une zone de libre-échange organisée, rien de plus. Selon Jean-Louis


Bourlanges, 98 % des financements des politiques restent nationaux (éduca-
tion, aménagement du territoire, recherche, droit du travail…).
L’Union européenne dépouillerait les parlements nationaux de leurs préro-
gatives ? C’est oublier le rôle des COSAC depuis 1989, c’est-à‑dire la
réunion périodique des organes des parlements spécialisés dans les affaires
européennes.
L’Union européenne prendrait des mesures ridicules (affaire Findus) en fonc-
tion d’une pseudo-norme communautaire sur l’interdiction de la circulation
de carrioles tirées par des chevaux sur les routes nationales, ce qui auraient
conduit les équidés à l’abattoir (pur fantasme !).
L’Union européenne interdirait les aides nationales : en 2014, 101 milliards
d’euros ont été autorisés dont 15,5 pour la France et seul 1,8 milliard d’euros
a été jugé illégal.
L’Union européenne serait une passoire mais, depuis 2016 et après trois ans
de blocage, les États membres ont décidé d’augmenter fortement les droits
antidumping et antisubvention.
– Cependant, ces caricatures de l’Europe se sont installées car l’Union euro-
péenne n’est pas pédagogue, pas assez proche des citoyens, peu encline
à clarifier, expliquer ses dysfonctionnements comme ses fonctionnements.

III. L’Europe est de plus en plus bousculée par la question de la nation

Se peut-il que l’Union entrave les États sans leur apporter aucune puissance
S cientifique

collective ajoutée ?

A. Le réquisitoire des néonationalismes


– Les populismes, les néonationalismes effectuent leur retour. Pour Bertrand
Badie, « Le néonationalisme d’aujourd’hui, c’est la privation du droit des
autres, c’est le repli et l’enfermement » et il n’est pas étranger à la contes-
tation de la mondialisation. L’Europe est un bouc émissaire commode.

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Les apôtres de la démondialisation, de l’anti-mondialisme ou d’un simple
patriotisme économique font de l’Europe une actrice condamnée à cause de
sa passivité (pas de préférence industrielle, pas assez de protection). Elles ESSEC
se nourrissent de la critique de l’Europe pour prospérer en Italie (mouve-
ment 5 étoiles) en Allemagne (Alternative à l’Europe), en Hongrie (Jobik),
en Grande-Bretagne (Ukip) ou contribuer au rassemblement national en
France. Ils désignent tous leur cible : l’UE est contraire aux intérêts natio-

C ORRIGÉ
naux. D’ailleurs, le non-respect des règles édictées par l’UE viendrait du
fait qu’elles sont inadaptées à des cas nationaux. Par exemple, l’Irlande et
le Luxembourg transgressent les règles de la concurrence non faussée en
pratiquant de longue date un dumping fiscal agressif ; les pays d’Europe du
Sud, victimes de la crise et d’une désindustrialisation accélérée transgressent
les règles du Pacte budgétaire ; l’Allemagne, qui doit faire face au défi du
vieillissement de sa population, dégage une épargne incompatible avec les
équilibres macroéconomiques de la zone euro et fait fi du ratio maximal
d’excédent courant autorisé par Bruxelles. Enfin, les pays d’Europe centrale,
qui ont dû faire face à l’afflux de centaines de milliers de migrants en 2015,
ont également transgressé de nombreuses règles sur la libre circulation des
personnes et l’accueil des réfugiés dans l’espace Schengen.
– Les agressions (caricaturées) contre les États-nations, relayées par l’Union

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


européenne, sont de plus en plus identifiées : immigration quand l’UE adopte
des clés de répartition calculées à partir de quatre critères (PIB, popula-
tion, taux de chômage et nombre d’asiles déjà accordés). L’adoption de
ce règlement à la majorité qualifiée heurte les pays de l’Est (la Hongrie va
jusqu’à un référendum en octobre 2016 où seule la participation insuffisante
ne permet pas une validation). Face à la « polycrise » de 2008 (économique,
institutionnelle et de projet), les failles de la solidarité sont légions et la polé-
mique sur le retour sur investissement des banques qui ont prêté à la Grèce
en faillite soulève l’insolence des intérêts particuliers et sonne le réveil des
égoïsmes nationaux. La mondialisation s’accélérant, il y a une accélération
des tribalismes et des replis : « Un peu d’internationalisme éloigne de la patrie,
beaucoup y ramènent » (Jean Jaurès).
– Le catalogue des impuissances de l’Europe sert de réquisitoire : face à la
finance (optimisation fiscale toujours possible malgré les menaces sur les
Gafa et les contradictions de la politique anti-paradis fiscaux, en oubliant
Londres), face au terrorisme (atermoiements du PNR dans le transport
aérien), face aux menaces de tous ordres (migrations économiques sahé-
liennes accrues et déstabilisation de la périphérie méditerranéenne en cours
à partir du trou noir libyen dans lequel l’Europe a quelques responsabilités).
Les nationalismes se ressourcent dans un euroscepticisme qui est de plus
en plus rythmé par les abstentions aux élections, les joutes au Parlement
européen, les menaces d’ostracisation de certains pays (Hongrie, Pologne,
Grèce pour des raisons soit de libertés fondamentales, soit d’inconséquences
économiques).
S cientifique

B. La dislocation de l’Union européenne, et le retour aux cloisonnements


des États-nations instrumentalisés par des populismes
– En 2016, le Brexit est plus qu’une énième incartade britannique. Il ouvre
une crise de légitimité de l’Union européenne : il coalise une nébuleuse d’in-
térêts acharnés à démontrer ce que coûte l’Union européenne : durant toute
la campagne, un argument majeur du camp du « Leave » était de promettre

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qu’en cas de « Brexit » les 350 millions de livres sterling (435 millions d’euros)
qui étaient envoyées chaque semaine pour le budget de l’Union européenne
ESSEC seraient utilisées pour financer la NHS, le système de santé publique du
Royaume-Uni. Ce retrait du Royaume-Uni se fait contre la City, contre l’avis
du Premier ministre en place qui pensait avoir négocié des conditions plus
favorables au maintien. En 1975, déjà, la Grande-Bretagne ne voulait pas
suivre le régime général et exigeait des dérogations qui pouvaient mettre
C ORRIGÉ

en péril la dynamique communautaire. Mais cette fois avec un coût de 50 à


100 milliards d’euros, d’ici à mars 2019, la sortie paraît quasi (malgré Tony
Blair) irréversible.
– L’effet domino menace : face à l’effet d’aubaine du Brexit et des aspirations
catalanes, combien de régionalismes vont prendre le relai ? Le Pays Basque
ramené dans le giron par la répression ? Les revendications padanes de la
ligue du Nord allant jusqu’à un sécessionnisme en Italie ? Et celles des iden-
titaires corses ou d’indépendance du Parti bavarois ?… À porter son regard
sur la carte des fractures européennes, on se demande où sont encore les
lignes de force des convergences ? La balkanisation est-elle programmée ?
Et que dire lorsque des régions peuvent bloquer des choix européens ? Par
exemple quand, à l’initiative du social-démocrate Paul Magnette, la Wallonie
paralyse pendant plusieurs jours la signature du traité CETA, l’accord de
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. (Les Wallons ont fini


par obtenir ce qu’ils attendaient de l’État fédéral belge.)
– Les nationalismes servent de prétexte. Certains pays européens y trouvent
un moyen de transgresser des évolutions européennes : remise en cause
de Schengen, frontières matérielles renforcées, dissidences…
– La Russie elle-même exploite les nationalismes pour défaire de l’exté-
rieur l’Europe. En réclamant un fédéralisme ukrainien plus respectueux des
droits des minorités et des spécificités de certains territoires (Donbass),
en accélérant le processus de réintégration de la Crimée, Vladimir Poutine
poursuit son rêve de déconstruction de l’Europe. Sans ambiguïté, Françoise
Thom (Comprendre le poutinisme, 2018) formule ce constat sans appel :
« À Moscou, on se prend à rêver de réintégrer autour de Moscou l’espace
ex-soviétique mais aussi de récupérer les États européens lorsque l’Union
européenne aura achevé de se défaire et lorsque les partis souverainistes
pro-russes en plein essor auront pris le pouvoir en Europe. On espère que
cette mainmise sur l’Europe occidentale dans le cadre du grand partenariat
eurasien résoudra les éternels problèmes d’intendance de la Russie. »

C. La construction européenne est-elle encore à l’heure des choix ?


– Il n’y a pas à être étonné des évolutions en cours. Dès le départ, les débats
sur la nature de l’Europe et le degré d’intégration ont divisé. Très tôt des
États membres, l’Allemagne depuis toujours, l’Allemagne depuis la réunifi-
cation (1990), ont semblé regarder bien au-delà de l’Union. Ils ne sont pas
au service de l’Europe, mais s’en sont servi comme outil marchand, comme
S cientifique

une zone de libre-échange. D’autres ont vu dans la générosité de l’Europe


une parade à leur gestion laxiste (Grèce). Les nouveaux membres ont été
certes attirés par la prospérité de l’Union, mais aussi et peut-être d’abord par
la prétendue garantie de sécurité que leur apportait l’OTAN. L’impuissance
militaire, l’inconsistance diplomatique de l’Union conviennent également
à ceux qui se contentent du supposé bouclier américain face aux grandes
peurs du passé et au retour de l’histoire : c’est le cas des Pays baltes qui

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voient la Russie de plus en plus comme une menace (russophones, livraisons
énergétiques, manœuvres militaires). « Les différences entre la latinité et la
germanité, entre le nord et le sud, entre l’est et l’ouest, entre les grands et les ESSEC
petits pays sont toujours bien présentes malgré l’approfondissement de la
construction européenne depuis plus d’un demi-siècle. » (Maxime Lefebvre,
op. cit.)
– La question des réformes des institutions et du fonctionnement de l’UE

C ORRIGÉ
se pose de plus en plus. Certains dans leur ivresse de changement et de
rupture rappellent un peu les propositions cyniques et dérisoires de Bertolt
Brecht au lendemain des émeutes de Berlin en 1953 : « ne serait-il pas plus
simple alors pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire
un autre ? » D’autres tentent de reconstruire une gouvernance européenne
capable de davantage prendre en compte la pluralité des intérêts en jeu
et de redonner confiance en l’Europe. Le président français, Emmanuel
Macron, a jeté les pistes d’une réflexion sur une relance de la construction
européenne. Renforcer l’axe franco-allemand, créer un budget de la zone
euro et des listes transnationales aux Européennes, harmoniser les fisca-
lités sur les sociétés pour éviter les dumping entre pays, élargir Erasmus
et construire une Europe de la défense. L’ampleur de la tâche, pas encore
validée par Angela Merkel, situe à elle seule les difficultés de l’Europe.

HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE


Seule certitude : l’Europe est la dernière utopie pacifiste du monde moderne
et pour cela l’aventure peut (ou doit) continuer. Pour Thomas Piketty, le
« T-Dem », pour un traité de démocratisation de l’Europe est une des solu-
tions. L’Union euroépenne et la zone euro ne peuvent fonctionner sans
véritable démocratie budgétaire. Un Parlement de la zone euro peut légitimer
démocratiquement la monnaie unique au lieu de concentrer tous les pouvoirs
sur le Conseil Ecofin, « une machine à fabriquer des oppositions identitaires »
selon l’économiste, car elle fonctionne comme une confrontation des intérêts
nationaux. Selon l’Alternative pour l’Allemagne (AFD), la radicalisation des
positions contre l’islam, les migrants et la politique d’abandon de Merkel
n’a pas d’autre issue que le départ de l’Europe. Refuser l’euro, Bruxelles,
Schengen et les oukases européens et allemands laisse-t‑il le choix à l’ex-
front national d’un maintien dans la construction européenne ?
– Réinventer l’Union européenne, c’est là un défi majeur d’autant plus que
l’extérieur regarde cyniquement et avec jubilation l’éclatement de l’Eu-
rope. « Les peuples, les gens, veulent leur propre identité et le Royaume-Uni
voulait sa propre identité. » « D’autres vont partir » car « les gens sont en
colère » déclarait Donald Trump, alors candidat à  la présidence des
États-Unis. Installé au pouvoir, il ne peut que par ses provocations anti euro-
péennes « sortir de sa torpeur l’Union européenne endormie et lui donner
l’envie d’exister par elle-même ». Poutine n’est guère plus amène en criti-
quant les indépendantistes (Kosovo et Catalogne) et se plaint du suivisme
d’une Europe aux ordres des États-Unis dans les sanctions émises. Partout,
l’Europe n’est plus le modèle de construction reconnu, avec pour l’ONU
S cientifique

sa « gestion criminelle » des migrants en Libye, ses renoncements dans les


promesses faites à la Turquie, ses atermoiements en Syrie, ses lenteurs
dans la constitution d’un pôle de défense et d’un ordre multilatéral en quête
de timonier… On en vient désormais à des comportements étranges : des
régions qui elles réclament le maintien de l’adhésion à l’UE (l’Écosse après
le Brexit) et croient à sa survie.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 129

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 129 24/10/2018 14:46


Conclusion

ESSEC L’Europe a des marges pour résister si on évalue correctement la nécessité


de l’Europe et si on est capable de trouver une nouvelle ambition euro-
péenne. La tâche est complexe si l’on se réfère à la prophétie de Edgar
Morin car « tout ce qui divise l’Europe la forme, tout ce qui la forme la divise ».
Mais, sans patriotisme de civilisation et transcendance des particularités,
C ORRIGÉ

sans frontière clairement définies, sans objet politique circonscrit, il n’y aura
pas de « commonwill » européen… autant dire que la « question de la nation »
reste entière dans une Europe qui tente de se réinventer.
HISTOIRE, GÉOGRAPHIE ET GÉOPOLITIQUE

S
S cientifique

130 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 130 24/10/2018 14:46


S UJET
MATHÉMATIQUES
Durée : 4 heures.

La présentation, la lisibilité, l’orthographe, la qualité de la rédaction,


la clarté et la précision des raisonnements entreront pour une part EMLYON
importante dans l’appréciation des copies.
Les candidats sont invités à encadrer dans la mesure du possible les
résultats de leurs calculs.
Ils ne doivent faire usage d’aucun document : l’utilisation de toute
calculatrice et de tout matériel électronique est interdite. Seule l’uti-
lisation d’une règle graduée est autorisée.
Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra sa
composition en expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené
à prendre.

S UJET

MATHÉMATIQUES
S cientifique

ANNALES CCIR 2018-2019 l 131

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S UJET

EMLYON

Tournez la page S.V.P.


MATHÉMATIQUES
S cientifique

132 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
EMLYON

MATHÉMATIQUES

Tournez la page S.V.P.


S cientifique

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S UJET

C
EMLYON
MATHÉMATIQUES
S cientifique

(*)

134 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 134 24/10/2018 14:46


C ORRIGÉ
Par Jean-Louis Roque, professeur au lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine, et
EMLYON

external lecturer à l’ESSEC Business School.

Problème 1

C ORRIGÉ
Partie 1

Notons, juste comme cela, que, pour tout k 2 N, la fonction u 7! (sin u)k est ouvertement
continue sur le segment [0, ⇡/2] et que, par conséquent, l’intégrale Wk existe bien et au
sens propre du terme. Le lecteur délicatement cultivé aura d’ailleurs ici reconnu les
intégrales de John Wallis.
1. On trouve sans peine et sans sédatif

W0 = et W1 = 1.
2

2.a. Nous décidons de partir de Wk+2 que nous découpons sous la forme
Z ⇡/2
Wk+2 = sin k+1 u sin u du,
0

pour permettre aux renards du by parts de considérer les deux fonctions

U : u 7! sin k+1 u et V : u 7! − cos u.

Ces deux applications sont assurément de classe C 1 sur notre segment et nous avons sans
surprise

8u 2 [0, ⇡/2], U 0 (u) = (k + 1) sin k u cos u et V 0 (u) = sin u,

à telle enseigne que, par intégration par parties, nous assénons que
Z ⇡/2
⇥ ⇤⇡/2
Wk+2 = U V 0 − U 0 (u)V (u) du.
0

Seulement voilà, comme



= sin 0 = 0,
cos
2
et parce que k + 1 est strictement positif(*), le crochet d’intégration est nul et nous en
sommes donc à Z ⇡/2
Wk+2 = (k + 1) sin k u cos 2 u du,
MATHÉMATIQUES

la sortie du scalaire k + 1 se passant, nanolinéairement, de tout commentaire.


C’est alors grâce à la plus pythagoricienne des formules de trigonométrie et à la linéarité
de l’intégration, que nous nous revendiquons
S cientifique

� �
Wk+2 = (k + 1) Wk − Wk+2 ,

ce qui n’est vraiment pas loin de nous déplaire.

(*) Il faut toujours se méfier comme de la peste des sournois 00 qui peuvent parfois polluer certains calculs !

ANNALES CCIR 2018-2019 l 135

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b. C’est très facile et surtout immensément nautique en procédant par induction sur b
EMLYON l’entier k après avoir déduit du a la relation de récurrence

2k + 1
8k 2 N, W2k+2 = ⇥W2k .
2k + 2 5.a
qua
C ORRIGÉ

 Nous revenons sur le côté bateau de ces fameuses intégrales de Wallis en précisant que
ces dernières étaient étudiées, en exercice, par tous les professeurs de terminale de France
et de Navarre, il n’y a finalement pas si longtemps ! nou
Partie 2

3. Soit k 2 N. L’application
et d
tk ,
t 7! p
1 − t2 à te
pro
est, sans l’ombre d’un doute, continue sur le semi-ouvert [0, 1[ et son intégrale est donc
impropre une fois. Oui mais voilà, la fonction u 7! sin u réalisant une genuine bijection
de classe C 1 , croissante de surcroît, de l’intervalle [0, ⇡/2[ sur son homologue [0, 1[, le la t
théorème de changement de variable assure que les deux intégrales s’éc
Z 1 Z ⇡/2
tk sin k u
p dt et p cos u du,
1 − t2 1 − sin 2 u
0 0
et il
sont de même nature et qu’elles sont carrément égales en cas de convergence. Remarquons b
alors et tout bêtement que l’on a tour à tour que

sin k u sin k u sin k u


8u 2 [0, ⇡/2[, p cos u = p cos u = cos u = sin k u,
1 − sin u2 2
cos u | cos u|
L’in
la positivité de cos u dans la zone ciblée… ouv
Il est alors temps de changer de question. de l

4.a. Soit x 2 R. La nouvelle fonction

ext + e−xt ,
t 7! p
1 − t2 pui
au t
étant également continue sur notre semi-ouvert, son intégrale est impropre une fois en 1 liné
et comme il semble bien que

ext + e−xt 1 ,
MATHÉMATIQUES

p ⇠ (ex + e−x ) · p
1 − t2 t!1
t<1
1 − t2
pui
tout cela dans une franche atmosphère de positivité, le test des équivalents et la précédente alor
question lorsque k = 0, assurent tranquillement l’existence de I(x). La parité de la
S cientifique

fonction I — vraiment paire de chez paire ! — se voit, quant à elle, comme le nez au
milieu de la figure.

136 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 136 24/10/2018 14:46


b. Toujours grâce à la précédente et aussi à la toute première, nous avons gentiment

I(0) = 2W0 = ⇡. EMLYON

5.a. Notons φ la fonction concernée, à savoir u 7! eu + e−u . Elle a largement toutes les
qualités requises pour le projet taylorlagrangien et comme

C ORRIGÉ
8k 2 N, 8u 2 R, φ(k) (u) = eu + (−1)k e−u ,

nous avons d’une part

8k 2 N, φ(k) (0) = 1 + (−1)k ,

et d’autre part
8u 2 [0, xt], φ(2n+1) (u) = eu − e−u ,
à telle enseigne que, due to the positivity of t and x, on a aisément et sans autre forme de
procès
8u 2 [0, xt], |φ(2n+1) (u)| = eu − e−u 6 eu 6 ext 6 ex ,
la toute dernière inégalité reposant sur t 6 1. Notre magique inégalité va donc devoir
s’écrire
� X2n
� (xt)k �� x2n+1 x
� xt
�e + e−xt − 1 + (−1)k ) �6 e ,
k! (2n + 1)!
k=0

et il ne reste plus qu’à procéder à une évidente séparation « pair-impair ».


b. Soit n 2 N. La récente question 3 et la linéarité de l’intégration font déjà de concert
que
Z 1⇣
2(xt)2k ⌘ dt .
Xn X n
2x2k
I(x) − W2k = ext + e−xt − p
(2k)! 0 (2k)! 1 − t2
k=0 k=0

L’intégrale située au right hand side est celle d’une combinaison linéaire de fonctions
ouvertement positives et, en conséquence, elle est absolument convergente ce qui permet
de la trianguler et de récupérer
� � Z 1�
2(xt)2k �� dt ,
Xn Xn
� 2x2k � � xt
�I(x) −
� W2k �� 6 �e + e−xt − �p
(2k)! 0 (2k)! 1 − t2
k=0 k=0

puisque les bornes d’intégration n’ont pas eu l’audace de nous contrarier. C’est maintenant
au tour de la précédente inégalité taylorienne de prendre le relais. Au prix d’une bénigne
linéarisation, elle révèle que
Z 1� Z
2(xt)2k �� dt
Xn
� xt x2n+1 x 1 dt ,
�e + e−xt − �p 6 e p
MATHÉMATIQUES

0 (2k)! 1 − t2 (2n + 1)! 0 1 − t2


k=0

puisque l’intégration est croissante vu que les bornes n’ont pas changé d’âne ! Il reste
alors plus qu’à ne pas avoir oublié que
S cientifique

Z 1
= W0 = .
dt ⇡
p
0 1−t 2 2

ANNALES CCIR 2018-2019 l 137

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 137 24/10/2018 14:46


c. Quelques lignes plus haut, nous avons vu passer la vraie valeur des intégrales W2k
EMLYON et après quelques légers aménagements, la précédente va aisément se métamorphoser en
� n
X �
�1 x2k �� x2n+1 ex
� I(x) −
�⇡ � 6 · .
2 k!
2k 2 (2n + 1)! 2
k=0
C ORRIGÉ

Il est officiellement acquis, en première année de prépa, que

xn
−−−−! 0,
n! n!+1
et comme sa sous-suite impaire se doit de l’imiter nous déduisons par squeeze que
n
X x2k 1
−−−−! I(x),
2 k!2 n!+1 ⇡
2k
k=0

ce qui, lorsque l’on connaît ses sérielles définitions, nous permet de changer de partie.

Partie 3

6. Soit x appartenant à R+ . Nous espérons ne blesser personne en affirmant que

e−xt 1 ,
8t 2 [0, 1[, 06 p 6p
1 − t2 1 − t2
et vu tout ce que nous savons, c’est par comparaison en signe positif que nous déduisons
déjà l’existence de l’intégrale située au cœur du débat. Comme l’intégration est croissante
quand les bornes le veulent bien, et puisque nous connaissons bien W0 , nous pouvons
hardiement envisager la suite.
7.a. C’est une simple formalité. On peut d’ailleurs s’amuser à vérifier que la partie gauche
est valable pour tout v appartenant au semi-ouvert [0, 1[, alors que sa voisine de droite est
correcte dès que v appartient au segment [0, −1 ], où est le nombre d’or de Phidias, et
comme il est bien connu que
1
6 −1 ...
2
b. Voici une nouvelle intégrale impropre en 1 dont l’existence peut, entre autres, être
facilement déduite du 4.a. Cela étant, la fonction u 7! 1 − u réalisant une bijection de
classe C 1 décroissante de l’intervalle ]0, 1] sur l’intervalle [0, 1[, la conclusion semble
inéluctable puisque, à bien y regarder

ex(1−u) e−xu .
8u 2]0, 1], p = ex p p
MATHÉMATIQUES

1 − (1 − u)2 u 2−u

c. Soit à nouveau x appartenant à R+ et annonçons également un réel u situé dans le (*)


semi-ouvert ]0, 1]. Étant donné que
S cientifique

u ⇥ ⇤
2 0, 1/2 ,
2

138 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 138 24/10/2018 14:46


notre récente formalité, très licitement radicalisée révèle que

1 EMLYON
61+ ,
u
16 r
u 2
1−
2

et il s’en déduit très positivement que

C ORRIGÉ
ex e−xu ex e−xu ex e−xu ex p
p · p 6p · r 6 p · p + p · e−xu u.
2 u 2 p u 2 u 2 2
u 1−
2

Nous laissons alors à notre dévoué lecteur le soin de justifier l’existence(*) de l’impropre
au point 0
Z 1 −xu
e
p du,
0 u
par exemple en évoquant l’équivalence

e−xu 1
p ⇠ p ,
u u!0
u>0
u

et le reste n’est que littérature, linéarité de l’intégration, croissance quand les bornes sont
bien disposées et un tout petit peu de la question précédente.
8.a. Si nous notons X une telle variable nous savons officiellement que l’une de ses
densités fX est définie sur R par

2
e−t
8t 2 R, fX (t) = p .

Nous sommes alors tenus de savoir que les deux intégrales


Z +1 2 Z +1 2
e−t e−t
p dt et t2 p dt,
−1 ⇡ −1 ⇡

existent et valent respectivement 1 et V(X), et comme tout cela survient dans une saine
parité des familles, nous n’avons aucun mal à certifier l’existence des deux intégrales que
mentionne le texte ainsi que les égalités
Z +1 p Z +1 p
⇡ ⇡,
et
2 2
e−t dt = t2 e−t dt =
0 2 0 4
MATHÉMATIQUES

puisqu’il est précisé que la variance de X est égale à 1/2.

(*) Il est vrai que, dans ses lignes, le texte a allègrement bombardé nombre d’impropres, sans franchement poser les bonnes
questions !
S cientifique

ANNALES CCIR 2018-2019 l 139

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b. Si nous savons bien compter, c’est la deuxième fois que le texte présente un �N
EMLYON changement de variable à l’envers, Dagobert ! Comme nous l’avons déjà fait plus haut, cho
nous le remettons à l’endroit, à savoir
Soi
t2
u= ,
x
C ORRIGÉ

ce qui nous amène à signaler que la fonction t 7! t2 /x réalise une bijection de classe C 1 ce
et croissante de ]0, x] sur ]0, 1] à telle enseigne qu’après quelques premiers agissements
Z Z
1
e−xu 2 x
t e−t p ,
2 dt
p du = p
0 u x 0 t2 la l

et comme pour les réels t 2 ]0, x], il se trouve que 9. S


nou
p
t2 = |t| = t,

nous pouvons, d’ores et déjà, revendiquer


Z 1
e−xu 2
Z x
2
pui
p du = p e−t dt. (1)
0 u x 0

Quant à la copine tou


Z 1 p
No
−xu
e u du,
0
B
on parvient mutatis mutandis à
Z Z
1 p 2 x
2
e−xu u du = p t2 e−t dt (2)
0 x x 0
B
le lecteur valeureux étant chargé de l’intendance. Nous rappelons alors l’évidente B
proposition reliant deux éminents concepts analytiques que voilà.
limite et équivalence
Soit ! un point de la droite achevée R et f une application numérique définie au voisinage
de !. On suppose que f a une limite finie non nulle λ au point !. On a alors l’équivalence Il n
B
f (x) ⇠ λ.
x!!
voi

Autre chose, si λ = 0, il est fortement conseillé de s’abstenir !


de
La récente a et notre lemme providentiel font que
MATHÉMATIQUES

Z x p Z x p
⇡ ⇡,
et
2 2
e−t dt ⇠ t2 e−t dt ⇠
0 x!+1 2 0 x!+1 4 ce q
que
parce que, comme aurait dit ma grand-mère, si ⇡ était nul, ça se saurait !
S cientifique

Tout ce qui précède devrait alors suffire à justifier les deux équivalences demandées.

140 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 140 24/10/2018 14:46


� Nous souhaitons revenir sur la formulation de cette question. Il y était écrit quelque
chose du genre. EMLYON
Soit x 2 R⇤+ . À l’aide du … montrer

... ⇠ ... et ... ⇠ ...


x!+1 x!+1

C ORRIGÉ
ce qui ne veut strictement rien dire, puisque dans la phrase

... ⇠ ... et ... ⇠ ...


x!+1 x!+1

la lettre x est muette, autant dire un vrai ghost !


9. Soit encore une fois un réel x positif ou nul. Histoire d’alléger un peu l’atmosphère,
nous procédons aux quatre baptêmes que voici
Z 1 Z 1
ext e−xt
J(x) = p dt et K(x) = p dt,
0 1 − t2 0 1 − t2

puis
Z 1 Z 1
ex e−xu ex p
r(x) = p p du et s(x) = p e−xu u du,
2 0 u 2 2 0

tous ces protagonistes étant depuis peu au cœur de notre activité.


Nous allons maintenant mettre en avant quelques points cruciaux, les uns après les autres.
B Grâce à la linéarité de l’intégration, nous pouvons sûrement écrire

I(x) = J(x) + K(x).

B Il a ensuite été établi à la question 6 que l’application K est bornée.


B Nous avons un peu plus tard découvert à la 7.c que

0 6 J(x) − r(x) 6 s(x). (3)

Il nous faut maintenant aborder les problématiques locales.


B On déduit très mentalement des équivalences de la précédente question qu’au
voisinage de +1
s(x) = o(r(x)),
de sorte que via le récent point (3) on peut déjà affirmer que
MATHÉMATIQUES

J(x) ⇠ r(x),
x!+1

ce qui, en ressortant la précédente et grâce à un chouia de transivité, révèle plus précisément


que r
S cientifique

⇡.
J(x) ⇠ ex
x!+1 2x

ANNALES CCIR 2018-2019 l 141

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 141 24/10/2018 14:46


B Comme nous n’avons pas égaré nos classiques prépondérances, la toute dernière
EMLYON information apporte le scoop
J(x) −−−−! +1,
x!+1

ce qui, au travers de la bornitude de K, nous apprend qu’au voisinage de +1


C ORRIGÉ

K(x) = o(J(x)),

à telle enseigne qu’in fine


r
x ⇡.
I(x) ⇠ J(x) ⇠ e
x!+1 x!+1 2x

Partie 4

10.a. Vu le rappel effectué par le texte — qui au passage n’est pas une simulation de loi
mais une simulation d’une variable aléatoire suivant une loi — on peut avoir le sentiment
que le concepteur attendait quelque chose du genre
function r = estime (lambda)
n = 105 ;
z = 0;
for k = 1 : n
X = grand (1, 1,0 poi 0 , lambda) ;
Y = grand (1, 1,0 poi 0 , lambda) ;
if (X == Y ) then z = z + 1 ;
end
r = z/n ;
endfunction

Cela étant, si le texte nous avait rappelé que l’instruction

grand (1, n,0 poi 0 , lambda)

simule une matrice ligne aléatoire dont les entrées sont n variables aléatoires suivant la
loi de Poisson de paramètre λ et si l’on ne déteste pas faire des sommes de booléens le
code suivant fait également l’affaire.
function r = estime (lambda)
n = 105 ;
X = grand (1, n,0 poi 0 , lambda) ;
Y = grand (1, n,0 poi 0 , lambda) ;
MATHÉMATIQUES

r = sum (X == Y )/n ;
endfunction

(*)
b. Après avoir utilisé à bon escient le Hawk-Eye, nous estimons à quelque millimètres
S cientifique

près que
1
p(X = Y ) ⇡ p .
2 λ⇡

142 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 142 24/10/2018 14:46


11. Commes les variables de Poisson prennent leurs valeurs dans N, nous pensons
n’effrayer personne en assénant que
EMLYON
+1
[ � �
[X = Y ] = [X = k] \ [Y = k] ,
k=0

et en faisant remarquer que les événements formant cette réunion sont deux à deux

C ORRIGÉ
disjoints. La σ-additivité de la probabilité couplée à l’indépendance des variables X
et Y nous amènent alors, like a flower et effectivement, à
+1 2k
X
p(X = Y ) = e−2λ
λ .
k!2
k=0

12.a. C’est sans la moindre aide extérieure, que l’on trouve grâce à la 5.c que
I(2λ) .
p(X = Y ) = e−2λ

b. L’équivalence trouvée à la question 9 est formelle. Elle implique quasi mentalement
que
1
p(X = Y ) ⇠ p ,
λ!+1 2 λ⇡

et nous devons reconnaître que le Hawk-Eye a plutôt bien fonctionné !

Problème 2

Partie 1

1.a. Une « application » dont on ne précise pas l’ensemble d’arrivée n’est pas vraiment
très sensée. Nous allons plus précisément commencer par établir que ' est une application
linéaire de R[X] dans lui-même, où, à la surprise générale, R[X] est l’espace vectoriel
formé de tous les polynômes réels et comme à notre habitude, nous y prenons en deux
temps.
B Soit P appartenant à R[X]. Nous permettons de rappeler que les polynômes réels
forment un espace vectoriel stable par la multiplication polynomiale et par la dérivation,
à telle enseigne que
1
X(1 − X)P 0 + XP 2 R[X],
n
et nous pouvons d’ores et déjà affirmer que ' applique bien R[X] dans lui-même.
B La linéarité de ' repose, quant à elle, essentiellement sur celle bien connue de la
dérivation et ainsi déjà � �
' 2 L R[X] .

b. Soit k 2 [[0, n]]. Après avoir respecté la polynomiale attitude(*), en respectant les
deux situations k = 0 et k > 1, qui par miracle se recollent, on trouve finalement
MATHÉMATIQUES

k ⇣ k ⌘ k+1
'(X k ) = X k + 1 − X ,
n n
(*) Nous parlons d’un comportement polynomial exemplaire consistant, par exemple, à ne pas écrire kX k−1 lorsque k=0…
S cientifique

ANNALES CCIR 2018-2019 l 143

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 143 24/10/2018 14:46


et nous décelons tout particulièrement que
EMLYON
'(X n ) = X n .

c. Comme B engendre le sous-espace E et qu’il semble impossible de ne pas avoir


constaté que
C ORRIGÉ

8k 2 [[0, n]], '(X k ) 2 E,


nous sommes censés en déduire que ' stabilise E, ce qui donne naissance au fameux
endomorphisme de E, généralement noté '˜ ou ', ¯ que ' induit sur le stable E et c’est
précisément cet induit que le texte veut désormais nous faire étudier. C’est donc lui que
nous noterons ' à partir de maintenant et nous oublirons définitivement l’ancien.
2.a. Tout a été dit quelques lignes plus haut et la matrice A ne demande plus qu’à éclore.
Here you are !
2 3
0
1
61 7
6 n
2
7
6 n−1
7
6 n n
7
6 .. 7
6 n−2 . 7
6 n
7
6 .. .. 7
A=6 . . 7
6 .. 7
6
6 . k
n
7
7
6 .. 7
6
6 n−k
n
. 7
7
6 .. 7
4 . n−1
n
5
1
n 1

C’est une matrice carrée d’ordre n + 1 et nous précisons que les éléments omis sont tous
égaux à zéro. Il s’agit donc d’une matrice trigonale inférieure. Ses n dernières colonnes
étant de visu de hauteurs différentes, en l’occurrence les hauteurs n, n − 1, . . . , 1, il faut
impérativement savoir qu’elles forment une famille libre et que, par conséquent, le rang
de A est supérieur ou égal à n. Seulement voilà, because le « 0 » sur sa diagonale, la
trigonale A est non inversible et il ressort de tout cela que

rg A = n.

3.a. La traduction vectorielle de la précédente égalité s’écrit bien sûr

rg ' = n
MATHÉMATIQUES

et le théorème du rang assure alors que

dim Ker ' = dim E − rg ' = (n + 1) − n = 1, (*)


S cientifique

à telle enseigne que


Ker ' 6= {0},

144 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 144 24/10/2018 14:46


chronique d’une non-injectivité de ' plus ou moins pressentie…
b. Il est écrit que ⇥ ⇤ EMLYON
X (1 − X)P 0 + nP = 0,
et comme X n’est pas le polynôme nul et que R[X] est presque notoirement intègre(*),
il devrait en résulter que

C ORRIGÉ
(1 − X)P 0 + nP = 0, (4)
et comme n n’est pas nul, il est inéluctable que P (1) = 0 et 1 est déjà une racine de P .
Notons alors m l’ordre de multiplicité de cette racine. Grâce à la formule de Leibniz, la
dérivation m fois de l’égalité (4) donne mentalement

(1 − X)P (m+1) + (n − m)P (m) = 0,

et l’évaluation en 1 de cette dernière donne m = n puisque, multiplicité oblige, nous


sommes censés savoir que
P (m) (1) 6= 0.
En bref, il existe un polynôme réel Q tel que

P = (X − 1)n Q,

et comme P est un polynôme non nul de E, le polynôme Q est fatalement constant et la


messe semble dite à jamais et C n’a rien à faire ici.
c. Vu ce que nous venons d’apprendre à l’instant c’est sans aucun état d’âme que nous
déclarons la micro famille � �
(X − 1)n ,
base du noyau de ' et nous faisons remarquer que cela donne une nouvelle démonstration
de ce que
dim Ker ' = 1.

4. Le côté trigonal de la matrice canonique de ' révèle que


nk o
Spec ' = | k 2 [[0, n]] ,
n

et l’endomorphisme ' possède dorénavant n + 1 valeurs propres différentes alors qu’il


opère sur un espace vectoriel dont la dimension est justement n + 1. Une importante
condition suffisante stipule alors que ' est non seulement diagonalisable mais aussi que
tous ses espaces propres sont des droites vectorielles même si cette dernière propriété ne
nous a pas été demandée…
5.a. Soit k appartenant à [[0, n]]. La polynomiale attitude dont nous avons parlé quelques
MATHÉMATIQUES

lignes plus haut oblige à une organisation en trois parties.

(*) Il est vrai que le vocabulaire n’est pas totalement officiel mais la propriété doit être connue. Lorsque le produit de deux polynômes
est nul, l’un des facteurs est obligatoirement nul.
S cientifique

ANNALES CCIR 2018-2019 l 145

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 145 24/10/2018 14:46


B Si 1 6 k 6 n − 1, nous avons dim
EMLYON que
Pk0 = kX k−1 (1 − X)n−k − (n − k)X k (1 − X)n−k−1 ,

et un calcul totalement inoffensif amène alors à


Par
k
C ORRIGÉ

'(Pk ) = Pk . 6.a
n
est
B Si k = 0, on trouve presque plus facilement que

'(P0 ) = 0,
Au
mais ça nous le savions déjà.
b
B Si enfin k = n, on trouve encore aisément que
sen
'(Pn ) = Pn ,

et comme cela arrive parfois les trois cas se recollent très sympathiquement car voilà qu’in
fine et à
k
8k 2 [[0, n]], '(Pk ) = Pk .
n

b. À bien y regarder, la précédente avancée nous apprend que la famille


don
(P0 , . . . , Pn ), cro

est formée de vecteurs propres de ' attachés aux valeurs propres, déjà signalées différentes,
qui constituent le spectre de '. D’après une superbe liberté, il s’agit d’une véritable famille
libre dans E qui, parce qu’elle est formée de n + 1 vecteurs est, selon la caractérisation
des bases en dimension finie, est une genuine base de E. À la suprise générale, la matrice et n
de ' dans cette base propre est diagonale et il s’agit très précisément de Cel
2 3 esp
0
6 1
7
6 n
7
6 2
7
6 n
7
6 .. 7
6 . 7
6 .. 7 Ens
D=6
6 . 7.
7 par
6 k 7
6 n 7
6 .. 7
6
6 . 7
7
4 5
MATHÉMATIQUES

n−1
n
1

ce q
� Il semble que nous venons de redémontrer la diagonalisabilité de '.
S cientifique

c. Nous avons signalé plus haut — et fort heureusement ! — que les sous-espaces
propres de ' sont tous des droites vectorielles, c’est-à-dire des sous-espaces vectoriels de

146 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 146 24/10/2018 14:46


dimension 1 et au vu et au su de ce que nous venons d’apprendre, il devient inexorable
que EMLYON
8k 2 [[0, n]], E k (') = Vect (Pk ).
n

Partie 2

C ORRIGÉ
6.a. L’événement [Z2 = 1] se réalise si, et seulement si, le numéro tiré au second tirage
est différent de celui obtenu au premier et l’on trouve en conséquence que

1.
p(Z2 = 1) = 1 −
n

Autant dire alors que Z2 suit la loi de Bernoulli de paramètre (n − 1)/n.


b. Soit j appartenant à [[1, k]]. Attention, pour que cette probabilité conditionnelle ait un
sens, nous devons nous assurer de ce que

p(Yk = j) 6= 0,

et à cet effet, nous remarquons, par exemple, que l’événement

E = {(1, 2, . . . , j, j, . . . , j )},
| {z }
k−uplet

dont la signification devrait sauter aux yeux, est inclus dans [Yk = j], ce qui, via la
croissance de la probabilité, entraîne

1
6 p(Yk = j),
nk
et ne peut que nous réconforter.
Cela étant dit, et comme la signification de l’événement [Yk = j] est limpide, nous
espérons ne blesser personne en écrivant que

n−j.
p[Y (Zk+1 = 1) =
k =j] n
Ensuite, d’après la formule des probabilités totales, le système complet étant à deviner
par l’impétrant, nous revendiquons

k
X
p(Zk+1 = 1) = p(Yk = j)p[Y (Zk+1 = 1),
MATHÉMATIQUES

k =j]
j=1

ce qui, depuis peu, doit également s’écrire

k ⇣
j⌘
S cientifique

X
p(Zk+1 = 1) = 1− p(Yk = j).
j=1
n

ANNALES CCIR 2018-2019 l 147

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 147 24/10/2018 14:46


Après une bénigne linéarisation sommatoire, voilà que rév
EMLYON
k
X k
1X
p(Zk+1 = 1) = p(Yk = j) − j p(Yk = j),
n j=1
Ce
j=1

et comme d’une part, nous avons complètement


C ORRIGÉ

k
X
p(Yk = j) = 1,
C
lors
j=1

et que, à côté de cela, le physio se réclame de e


k
X
j p(Yk = j) = E(Yk ),
à te
j=1

nous pouvons envisager la suite.


 Juste pour causer un petit peu, on peut noter que l’égalité que nous venons de prouver et s
est encore d’actualité lorsque k = 0. term
c. La question précédente et la linéarité de l’espérance amènent de concert à
c’es
k
1X
p(Zk+1 = 1) = 1 − E(Zj ),
n j=1
7. S
et personne n’a oublié que l’espérance d’une variable aléatoire de Bernoulli n’est autre gén
que la probabilité qu’elle prenne la valeur 1. So… va d
d. La récente question c a mis en place une belle relation de récurrence forte pour la a
suite � �
p(Zk = 1) k2N⇤ ,
et c’est naturellement par induction forte que nous allons procéder. la d
B Lorsque k = 1, nous le savons depuis une fort belle lurette.
B Supposons alors que, pour un entier k 2 N⇤ , la propriété soit établie du rang 1
jusqu’au rang k. La relation du c produit alors l’égalité
b
k ⇣ con
1 X 1 ⌘j−1
p(Zk+1 = 1) = 1 − 1− , B
n n
j=1 not
et nous devons reconnaître ici une somme de termes consécutifs d’une suite géométrique
MATHÉMATIQUES

de raison
1 don
1 − 6= 1,
n des
et la fameuse mnémotechnie
S cientifique

premier terme écrit − premier terme non écrit


1 − raison

148 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 148 24/10/2018 14:46


révèle alors que
k ⇣
X 1 ⌘j−1 ⇣ ⇣ 1 ⌘k ⌘ EMLYON
1− =n 1− 1− .
j=1
n n

Ce n’est alors plus qu’une formalité que d’atterrir providentiellement sur


⇣ 1 ⌘k

C ORRIGÉ
p(Zk+1 = 1) = 1 − .
n

 C’est encore une fois pour causer que nous signalons la validité de notre récente d
lorsque k = 0.
e. Soit k 2 N. Nous avons déjà fait valoir à l’issue de la dernière question b que
1
p(Zk+1 = 1) = 1 − E(Yk ),
n
à telle enseigne que � �
E(Yk ) = n 1 − p(Zk+1 = 1) ,
et si l’on en croit la terrible conclusion de notre dernière induction, l’histoire devrait se
terminer sur � �
E(Yk ) = n 1 − p(Zk+1 = 1) ,
c’est-à-dire sur ⇣ ⇣ 1 ⌘k ⌘
E(Yk ) = n 1 − 1 − .
n
7. Soit k 2 N. Le lecteur cultivé aura à coup sûr reconnu en Gk la très fameuse fonction
génératrice de Laplace et Van Dantzig de la variable aléatoire Yk . Nous rappelons, et cela
va d’ailleurs se confirmer rapidement, que c’est un très puissant outil.
a. Il suffit de demander. On trouve aisément que
X n−1 2
G0 = 1 ; G1 = X ; G2 = + X
n n
la dernière provenant de la question 6.a et de l’égalité

Y2 = 1 + Z2 .

b. Soit k appartenant à N et i appartenant à [[0, n]]. Comme la définition de Y0 est


conventionnelle, nous préférons nous organiser en deux temps.
B Si k et i sont supérieurs ou égaux à 1, nous ressortons le système complet qui a fait
notre bonheur à la récente question 6.b, à savoir la famille

[Yk = j]16j6k ,
MATHÉMATIQUES

dont on rappelle qu’elle est formée d’événements de probabilité non nulles. La formule
des probabilités totales est alors formelle. Nous avons
k
X
S cientifique

p(Yk+1 = i) = p(Yk = j)p[Y (Yk+1 = i),


k =j]
j=1

ANNALES CCIR 2018-2019 l 149

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 149 24/10/2018 14:46


ce qui peut également s’écrire
EMLYON
k
X
p(Yk+1 = i) = p(Yk = j)p[Y (Zk+1 = i − j),
k =j]
j=1

la raison essentielle étant l’égalité


C ORRIGÉ

Yk+1 = Yk + Zk+1 .

Pour des raisons typiquement bernouliennes, il va rester au maximum deux termes et de


façon plus précise et grâce surtout à la toute proche question conditionnelle 6.b, il ne
devrait subsister que
n−i+1 i
p(Yk+1 = i) = p(Yk = i − 1) + p(Yk = i),
n n
et ce, bien sûr si i − 1 > 1, alors que ne surnage que
1
p(Yk+1 = 1) = p(Yk = 1),
n
dans le cas contraire. Seulement voilà, comme nous avons pris, dans ce premier temps, la
précaution de supposer l’entier k non nul, il se trouve que

p(Yk = 0) = 0,

ce qui nous autorise finalement deux recollements selon lesquels on a déjà


n−i+1 i
8k 2 N⇤ , 8i 2 [[1, k]], p(Yk+1 = i) = p(Yk = i − 1) + p(Yk = i).
n n

B Il reste alors à gérer les cas k > 1 et i = 0, puis k = 0 et i = 0 qui, au vu et au su


des conventions faites, ne méritent pas un acharnement forcené !
c. Soit à nouveau k 2 N. Il ressort de la précédente avancée et de la linéarité de la
sommation que
n n
1X 1X
Gk+1 = i p(Yk = i)X i + (n − i + 1)p(Yk = i − 1)X i .
n i=0 n i=0

Le physio nous murmure déjà à l’oreille que


n
X
i p(Yk = i)X i = XG0k ,
MATHÉMATIQUES

i=0

c’est déjà une bonne chose, et quant à la seconde somme, après avoir subi un évident
changement d’indice, elle serait prête à devenir
n−1 (*)
S cientifique

X
(n − i)p(Yk = i)X i+1 ,
i=−1

150 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 150 24/10/2018 14:46


somme qui, pour des raisons qui crèvent l’écran et que notre dévoué lecteur aura bien
comprises, ne demande qu’ à évoluer vers
EMLYON
n
X
(n − i)p(Yk = i)X i+1 .
i=0

C ORRIGÉ
Le physio reprend alors du poil de la bête en assénant tout bêtement — mais un chouia
linéairement — que
n
X
(n − i)p(Yk = i)X i+1 = nXGk − X 2 G0k .
i=0

Toutes ces révélations, mises bout à bout, amènent en définive — et sans sourciller ! — à
ce qui nous est demandé et tout le monde est content.
d. En y regardant de plus près, nous venons d’apprendre que

8k 2 N, Gk+1 = '(Gk ),

en ayant tout de même précisé que toutes nos fonctions génératrices appartiennent, de
visu, à Rn [X], et une très nautique récurrence géométrique, que le lecteur a dû subir
maintes fois, stipule qu’effectivement

8k 2 N, Gk = 'k (G0 ),

et nous pouvons passer à la huitième !


8.a. Soit une nouvelle fois k 2 N. Comme les fonctions génératrices — surtout quand
les variables aléatoires concernées ne prennent qu’un nombre fini(*) de valeurs entières
naturelles — sont rencontrées fréquemment en classe prépa, nous nous contenterons de

Gk (1) = 1 et G0k (1) = E(Yk ).

b. On suppose que pour la 6174ième fois, nous allons annoncer k 2 N. Cela étant fait,
nous ressortons l’égalité polynomiale du très récent 7.c et nous décidons de la dériver une
fois. Nous obtenons sans surprise

1� �
G0k+1 = (1 − 2X)G0k + X(1 − X)G00k + Gk + XG0k ,
n

et l’évaluation au point 1 de cette dernière conduit, via les poncifs de la toute proche a à
l’espérée
1 ⇣ 1⌘
MATHÉMATIQUES

E(Yk+1 ) = − E(Yk ) + 1 + E(Yk ) = 1 − E(Yk ) + 1,


n n
la dernière égalité se passant de tout commentaire.

(*) Dans le cas contraire, on se confronte à de sérieux problèmes techniques !


S cientifique

ANNALES CCIR 2018-2019 l 151

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 151 24/10/2018 14:46


� �
EMLYON c. Nous venons d’apprendre que la suite E(Yk ) est arithmético-géométrique et c’est
très mentalement que l’on trouve que son point fixe est égal à n. Nous sommes alors
supposés savoir que
⇣ 1 ⌘k � �
8k 2 N, E(Yk ) − n = 1 − E(Y0 ) − n ,
n
C ORRIGÉ

et comme E(Y0 ) = 0, nous retrouvons — et c’est heureux ! — la même expression que


celle obtenue à la précédente 6.e.
9.a. Après avoir chaleureusement remercié Isaac Newton, nous clamons tous en chœur
que
Xn ✓ ◆
n
Pj = 1.
j=0
j

b. Encore un énorme merci à Isaac ainsi qu’à un inoffensif changement d’indice !


c. Soit pour une 6174ième fois, un entier naturel k. Comme G0 = 1, la linéarité de
l’opérateur 'k , et l’immédiate 9.a nous apprennent à l’unisson que

Xn ✓ ◆
n k
' (G0 ) =
k
' (Pj ).
j=0
j

Seulement voilà, il a été dit à la question 5 que

j
8j 2 [[0, n]], '(Pj ) = Pj ,
n
et comme il est impossible d’ignorer proprement que
⇣ j ⌘k
8j 2 [[0, n]], 'k (Pj ) = Pj ,
n
nous en sommes déjà à
n ✓ ◆⇣ ⌘k
X n j
'k (G0 ) = Pj .
j=0
j n

C’est maintenant à la récente question b de prendre le relais pour parvenir à

Xn ✓ ◆⇣ ⌘k Xn ✓ ◆
n j n−j
'k (G0 ) = (−1)i−j X i ,
j=0
j n i=j
n − i

et après avoir correctement réversé ces deux sommations, on arrive au nirvana, en


MATHÉMATIQUES

l’occurrence
✓ ◆✓ ◆ !
n − j ⇣ j ⌘k
Xn X i
i−j n
' (G0 ) = (−1) (*)
k
X i,

S cientifique

i=0 j=0
j n i n

ce qui nous permet d’aborder la toute dernière question.

152 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 152 24/10/2018 14:46


d. Les troisfactorialistes(*) savent parfaitement que lorsque 0 6 j 6 i 6 n, on a tout
bêtement ✓ ◆✓ ◆ ✓ ◆✓ ◆
n n−j n i EMLYON
= ,
j n−i i j
à telle enseigne que
✓ ◆⇣ ⌘ !

C ORRIGÉ
Xn ✓ ◆Xi
n i−j i j k
' (G0 ) =
k
(−1) X i,
i=0
i j=0
j n

et comme depuis peu,


n
X
'k (G0 ) = Gk = p(Yk = i)X i ,
i=0

une simple identification polynomiale certifie que


✓ ◆Xi ✓ ◆⇣ ⌘
n i j k
8i 2 [[0, n]], p(Yk = i) = (−1)i−j ,
i j=0 j n

ce qui confirme que parfois, la loi peut être dure…

MATHÉMATIQUES

(*) Nous parlons des adeptes de la formule dite des « trois factorielles » !
S cientifique

ANNALES CCIR 2018-2019 l 153

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 153 24/10/2018 14:46


S UJET

MATHÉMATIQUES Code sujet : 281

Durée : 4 heures.

La présentation, la lisibilité, l’orthographe, la qualité de la rédaction,


ESSEC la clarté et la précision des raisonnements entreront pour une part
importante dans l’appréciation des copies.
Les candidats sont invités à encadrer dans la mesure du possible les
résultats de leurs calculs.
Ils ne doivent faire usage d’aucun document. L’utilisation de toute
calculatrice et de tout matériel électronique est interdite. Seule l’uti-
lisation d’une règle graduée est autorisée.
Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra sa
composition en expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené
à prendre.

S
UJET
MATHÉMATIQUES
S cientifique

Tournez la page S.V.P.

154 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 154 24/10/2018 14:46


S UJET
ESSEC

MATHÉMATIQUES
S cientifique

ANNALES CCIR 2018-2019 l 155

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 155 24/10/2018 14:46


S UJET

ESSEC
MATHÉMATIQUES
S cientifique

Tournez la page S.V.P.

156 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 156 24/10/2018 14:46


S UJET
ESSEC

MATHÉMATIQUES
S cientifique

ANNALES CCIR 2018-2019 l 157

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 157 24/10/2018 14:46


S UJET

ESSEC
MATHÉMATIQUES
S cientifique

Tournez la page S.V.P.

158 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 158 24/10/2018 14:46


S UJET
ESSEC

MATHÉMATIQUES
S cientifique

ANNALES CCIR 2018-2019 l 159

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 159 24/10/2018 14:46


ESSEC
C ORRIGÉ
Par Jean-Louis Roque, professeur au lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine, et
le
sup

external lecturer à l’ESSEC Business School.

Partie 1 con
C ORRIGÉ

Nous nous permettons d’ajouter trois informations qui, le moment venu, seront bien plus pas
que providentielles ! gén

0.a. Nous rappelons une fois pour toutes que si (un ) est une suite réelle, on a l’équivalence 3. S
logique B
un −−−−! 0 , |un | −−−−! 0,
n!+1 n!+1

et nous le redirons plus !


B
0.b. Soit r > 0 et a 2 A(r). Alors, pour tout p 2 N, la suite
pas
n 7! np an , B
nat
appartient encore et mentalement à A(r).
0.c. Soit à nouveau r > 0 et a 2 A(r). Alors, pour tout p 2 N, la suite
✓ ◆ et c
n
n 7! an ,
p

appartient elle aussi à A(r), car selon une équivalence binomiale standard, nous avons
con
✓ ◆
n np+k
8k 2 N, nk |an | rn ⇠ |an | rn ,
p n!+1 p!

et que, lorsque les signes le veulent bien, il y a sur le marché un précieux test d’équivalence. et c
1. Soit x appartenant au segment [−r, r] et k un entier naturel. Comme il semble difficile sig
de s’opposer à En
8n 2 N, 0 6 nk |an ||x|n 6 nk |an |rn ,
�O
l’appartenance de a à A(r) et le test de comparaison en signe positif, confirment déjà la un
convergence de la série
X 4.a
nk |an ||x|n . stri
n>0
MATHÉMATIQUES

Soit maintenant r0 un réel supérieur ou égal à r et a une suite appartenant à A(r0 ). Il suffit
d’appliquer le début de la question à r0 en lieu et place de r pour se convaincre de
X d’o
8x 2 [−r0 , r0 ], 8k 2 N, nk |an ||x|n converge,
S cientifique

n>0

et quand on choisit légitimement x = r…


2. Soit r et r0 deux réels vérifiant 0 < r 6 r0 et soit a une suite appartenant à B(r0 ). Étant
donné qu’à l’évidence, nous avons très positivement

8n 2 N, 0 6 |an |rn 6 |an |r0 n ,

160 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 160 24/10/2018 14:46


le squeezing process affirme dans un premier temps que a appartient à B(r). Si l’on
suppose ensuite que a appartient à A(r) la série ESSEC
X
k n
n |an |r
n>0

converge pour chaque k 2 N et tout particulièrement lorsque k = 0. Il reste alors à ne

C ORRIGÉ
pas avoir oublié une certaine condition nécessaire de convergence affirmant que le terme
général d’une série convergente se doit de tendre vers 0.
3. Soit r appartenant à R⇤+ . Nous allons appliquer tout bêtement la méthode de plongement.
B Nous avons tout d’abord et par définition l’inclusion

A(r) ⇢ RN .

B Comme la suite nulle est un membre éminent de A(r), ce dernier n’est assurément
pas vide.
B Soit a et b appartenant à A(r) et soit λ un nombre réel. Soit également k un entier
naturel quelconque. Si l’on en croit l’inégalité du triangle, nous devons avoir

8n 2 N, 0 6 nk |an + λbn |rn 6 nk |an |rn + |λ|nk |bn |rn ,

et comme il est dit que les deux séries


X X
nk |an |rn et nk |bn |rn
n>0 n>0

convergent, il en est de même de


X
nk |an + λbn |rn ,
n>0

et ce, grâce au théorème de linéarité de la théorie des séries et au test de comparaison en


signe positif.
En bref, a + λb appartient à A(r), et la boucle est bouclée.
� On peut également établir que B(r) est un sous-espace vectoriel de RN et c’est même
un petit peu plus simple…
4.a. Soit à nouveau r 2 R⇤+ et k 2 N. Pour chaque n entier naturel non nul, un (k) est
strictement positif et l’on a tranquillement

un+1 (k) r⇣ 1 ⌘k+1 ,


MATHÉMATIQUES

= 1+
un (k) n n

d’où il ressort immédiatement que


S cientifique

un+1 (k)
−−−−! 0.
un (k) n!+1

ANNALES CCIR 2018-2019 l 161

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 161 24/10/2018 14:46


La suite est assez standard. Du fait de cette limite nulle, il existe un entier n0 > 1, tel que B

ESSEC
Co
un+1 (k) 1 pas
8n > n0 , 6 ,
un (k) 2

et la très classique récurrence sous-géométrique nous amène sans surprise à


la p
C ORRIGÉ

8n > n0 , 0 6 un (k) 6
1
un0 (k), con
2n−n0
la positivité ambiante des uns et des autres ayant eu, plusieurs fois, son pesant d’arachide.
On doit avoir appris en classe de première scientifique que
pui
1
−−−−! 0,
2n−n0 n!+1

and by squeeze en
un (k) −−−−! 0. cou
n!+1

� Les idées que nous venons d’utiliser sont assez célèbres dans la littérature mathématique.
On les doit au français Jean Le Rond d’Alembert. 5. S
on
À bien y regarder, nous venons d’établir que
⇣1⌘
nk ↵n rn = o 2 , et l
n
la positivité de la suite ↵ lui ayant évité la valuation. La fin de l’histoire est assez nautique.
La série de Riemann de paramètre 2 est convergente et à terme positif, il existe sur le marché
un précieux test de prépondérance en signe positif et il résulte effectivement de tout cela Éta
que
↵ 2 A(r).
la s
b. Soit r > 0. Pour la première partie de la question, c’est encore une fois les souvenirs
de nos seize ans qui nous permettent d’affirmer que

1.
β(λ) 2 B(r) , r <
λ qui
La seconde partie va demander une petite organisation.
B Supposons que β(λ) appartienne à A(r). Il en résulte en particulier que la série
géométrique via
X
(λr)n
Pa
MATHÉMATIQUES

n>0

converge, la positivité de λ ayant encore une fois épargné une valuation, et c’est ici le Pou
passage en première année de prépa qui nous conduit à
S cientifique

1.
r<
λ 6. S

162 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 162 24/10/2018 14:47


B Supposons réciproquement que r < 1/λ et soit k un entier naturel quelconque.
Comme on ne change pas une équipe qui gagne, nous allons, comme à la précédente, ESSEC
passer par un n2 -shot. Après avoir observé que

8n 2 N, nk+2 (λr)n = nk+2 en ln(λr) ,

la providentielle stricte négativité du réel ln(λr) et une prépondérance classique bien

C ORRIGÉ
connue doivent gentiment nous amener tout d’abord à
⇣1⌘
nk (λr)n = o 2 ,
n
puis à la convergence de la série X
nk (λr)n
n>0

en suivant le même argument riemannien que celui développé supra. Le résultat des
courses est donc
1
β(λ) 2 A(r) , r < .
λ

5. Soit r appartenant à l’ouvert ]0, ⇢[ et k un entier naturel. Comme a appartient à B(⇢)


on sait que
|an |⇢n −−−−! 0,
n!+1

et la tricky écriture suggérée par le texte révèle que


⇣ ⇣ r ⌘n ⌘
nk |an |rn = o nk .

Étant donné que


r
0< < 1,

la seconde partie de la question précédente oblige la convergence de la série
X ⇣ r ⌘n
nk ,

n>0

qui induit celle de X


nk |an |rn
n>0

via le test de prépondérance en signe ouvertement positif.

Partie 2
MATHÉMATIQUES

Pour alléger un peu le système et si cela ne dérange personne, nous noterons désormais

I = ]−R , R[.
S cientifique

6. Soit x appartenant à I.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 163

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 163 24/10/2018 14:47


B Si x = 0, la convergence souhaitée ne mérite pas grand chose ! Au
ESSEC B Si x est non nul on a |x| 2 ]0, R[ et comme a est située dans B(R), la question 5 est
que
formelle. La suite a appartient à A(|x|) et voilà donc, en particulier, que la série
X
|an x|n
n>0 con
C ORRIGÉ

qu’
converge et comme nous savons que toute série absolument convergente est convergente…
7.a. Soit n appartenant à N. Il est plus que prudent de s’organiser un peu.
B Si n = 0, puisque r est donné strictement positif, r−1 est parfaitement sensé et Le
l’inégalité voulue est donc plus que lumineuse. dés
B Si n > 1, nous nous intéressons à la fonction monôme u : t 7! tn qui est évidemment
de classe C 1 sur R et qui satisfait à

8t 2 R, u0 (t) = ntn−1 .
c
Nous pouvons donc lui appliquer l’inégalité des accroissements finis entre x et x + h et L’in
comme l’on a l’inclusion
[x, x + h] ⇢ [−r, r],
il s’avère que
c’e
8t 2 [x, x + h], |u0 (t)| = n|t|n−1 6 nrn−1 ,
seg
et il ne fait plus aucun doute que
Fai
|(x + h) − x | 6 nr
n n n−1
|h|.

b. Il faut bien sûr conserver les dispositions de la question précédente et nous y ajoutons la f
un entier naturel m. Grâce à la linéarité de la sommation, nous avons Soi
m m m un
X X X
an (x + h)n − an xn =
� �
an (x + h)n − xn , l’ou
n=0 n=0 n=0 8.a
et après une légitime triangulation, voilà déjà que la s
�X � X
� m m
X � m
� �
� n�
|an |�(x + h)n − xn �.
(x + �6
n
� an h) − an x est
n=0 n=0 n=0

Le récent a permet maintenant d’aller plus loin, à savoir


�X � Ma
� m m
X � m
X
� n� me
(x + � 6 |h|
n
n|an |rn−1 ,
MATHÉMATIQUES

� a h) − a x
d’in
n n
n=0 n=0 n=0

inégalité qui, pour mieux se rapprocher du bout de la route, sera écrite b


clas
�X �
� m Xm
� |h| Xm
S cientifique

� an (x + h) −
n n�
an x � 6 n|an |rn . (⇤)
� r n=0
n=0 n=0

164 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 164 24/10/2018 14:47


Au vu et au su des positions géographiques des deux réels x et x + h et si l’on en croit la
question 6, les deux séries ESSEC
X X
an (x + h)n et an xn
n>0 n>0

convergent, alors que la position stratégique de r et la question 5 font que a 2 A(r), et

C ORRIGÉ
qu’en particulier X
n|an |rn converge également.
n>0

Le passage à la limite, quand m tend vers +1 dans la toute proche inégalité (⇤), est
désormais légitime et il donne effectivement
+1
X
� �
�fa (x + h) − fa (x)� 6 |h| n|an |rn .
r n=0

c. Soit x appartenant à [−r, r] et soit h un réel tel que x+h appartienne encore à [−r, r].
L’inégalité précédente et le squeezing process entraînant

fa (x + h) −−−−! fa (x),
h!0

c’est-à-dire la continuité de fa en x, et comme ce dernier est n’importe quel élément du


segment [−r, r], la continuité de fa sur [−r, r] est d’ores et déjà acquise.
Faisons le point. Nous venons en réalité d’établir que pour chaque réel r vérifiant

0 < r < R,

la fonction fa est continue sur [−r, r].


Soit maintenant x appartenant à l’ouvert I. Comme |x| < R, on peut facilement insérer
un réel r entre |x| et R, et comme fa est continue sur [−r, r], elle l’est a fortiori sur
l’ouvert ]−r, r[ et en particulier au point x puisqu’il appartient à cet ouvert.
8.a. Soit n appartenant à N. Toujours d’après la question 5 la suite a appartient à A(⇢) et
la série X
n|an |⇢n
n>0

est tout particulièrement convergente, ce qui, nécessairement se doit d’entraîner

(nan ) 2 B(⇢)

Maintenant que la suite (nan ) appartient à l’ensemble B(⇢) la question 7.c, convenable-
ment adaptée à qui de droit, assure la continuité de ga sur ]−⇢, ⇢[ et par la technique
MATHÉMATIQUES

d’insertion utilisée à la fin de la même question 7.c, elle l’est aussi sur I.


b. Soit n un entier naturel non nul. La fonction polynomiale Sn est indéniablement de
classe C 1 sur R et d’après la formule d’Isaac Barrow, nous avons tour à tour
Z x
S cientifique

h ix
8x 2 R, Sn0 (t)dt = S n (t) = Sn (x) − Sn (0) = Sn (x) − a0 ,
0 0

ANNALES CCIR 2018-2019 l 165

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 165 24/10/2018 14:47


et cela est même un petit peu plus que ce qui nous est demandé ! lors
ESSEC c. Soit n 2 N⇤ et x à nouveau situé dans [−r, r]. La question 8.a ayant révélée la
continuité de ga sur ] − R, R[ et celle des polynômes étant légendaire, l’intégrale
Z x� �
ga (t) − Sn0 (t) dt
dès
C ORRIGÉ

0
pui
est parfaitement légitime et vu les définitions des uns et des autres on devrait avoir
Z x� Z x +1
X

ga (t) − Sn0 (t) dt = kak tk−1 dt.
0 0 k=n+1
et c
La triangulation d’une intégrale exigeant un peu de prudence, nous nous organisons un
�S
peu.
liné
B Si x est positif ou nul, nous avons déjà obl
�Z x � Z x� X
+1 � d
� � � �
� g (t) − S 0
(t) dt�6 �


kak tk−1 �dt. rév
� a n �
0 0 k=n+1

B En revanche si x est négatif le triangle se transforme en


ce q
�Z x � Z 0� X
+1 �
� � � � � k−1 �
� g (t) − S 0
(t) dt�6 � ka t �dt.
� a n � k
0 x k=n+1

Mais, pour chaque t appartenant à [0, x], la série


No
X
k−1
kak t
k>n+1

est depuis longtemps absolument convergente, et nous pouvons donc la trianguler(*) à et q


son tour à telle enseigne que de
con
� X
+1 � +1
X +1
X
� � d
� kak tk−1 � 6 k|ak ||t|k−1 6 k|ak |rk−1 ,
k=n+1 k=n+1 k=n+1

la dernière inégalité ne devant casser aucune patte de palmipède. Étant donné que le
Il r
dernier majorant ne dépend plus de t, c’est grâce cette fois à la croissance de l’intégration,
quand les bornes le veulent bien, que nous nous réclamons de l’inégalité
MATHÉMATIQUES

�Z x � +1
X Z x
� � � �
� (t) 0
(t) � 6 k−1

0
ga − Sn dt� kak r
0
dt,
et v
k=n+1
S cientifique

(*) Il est évidemment hors de question de trianguler les semi-convergentes, et pour cause…

166 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 166 24/10/2018 14:47


lorsque le réel x est positif ou nul et de sa cousine
�Z x � +1 Z ESSEC
� � � � X 0
� g (t) − S 0
(t) dt� 6 ka r k−1
dt,
� a n � k
0 k=n+1 x

dès lors que x est négatif. Il se trouve que les deux cas peuvent gentiment se recoller

C ORRIGÉ
puisque, à bien y regarder, nous avons in fine
�Z x � +1
X
� � � �
8x 2 [−r, r], � g (t) − S 0
(t) dt� 6 |x| kak rk−1 ,
� a n �
0 k=n+1

et comme |x| 6 r…
� Signalons que, dans l’argumentation ci-dessus, il y a eu quelques nanos chouias de
linéarité — entrées et sorties de constantes — sur lesquels nous ne sommes pas sentis
obligés d’insister.
d. Soit à nouveau n 2 N⇤ et x 2 [−r, r]. En linéarisant un peu, la question précédente
révèle que
�Z x Z x � +1
X
� �
� g (t)dt − S 0
(t)dt�6 kak rk ,
� a n �
0 0 k=n+1

ce que la récente question b métamorphose en


�Z x � +1
X
� �
� ga (t)dt + a0 − Sn (x)�� 6 kak rk .

0 k=n+1

Nous permettons de rappeler que d’une part et depuis une belle lurette, nous savons que

Sn (x) −−−−! fa (x),


n!+1

et que, d’autre part, les restes de toutes les séries convergentes du monde, sont des suites
de limite nulle. Le passage à la limite quand n tend vers +1 dans l’inégalité précédente
conduit alors tanquillement à l’égalité espérée.
d. Soit x appartenant à l’ouvert I et soit — insertion, insertion !— un réel r vérifiant

|x| < r < R.

Il résulte de la question précédente appliquée à ce providentiel r que


Z x
MATHÉMATIQUES

fa (x) = a0 + ga (t)dt,
0

et voilà donc en définitive que


Z
S cientifique

x
8x 2 I, fa (x) = a0 + ga (t)dt.
0

ANNALES CCIR 2018-2019 l 167

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 167 24/10/2018 14:47


Depuis la question a ci dessus, la fonction ga est continue sur l’intervalle I et d’après le B

ESSEC théorème de Darboux, la fonction app


Z ma
x
x 7! ga (t)dt,
0

est l’une de ses primitives sur l’intervalle en question, tout comme d’ailleurs et constante
C ORRIGÉ

oblige, la copine Z not


x
fa : x 7! a0 + ga (t)dt.
0

Les primitives d’une fonction continue sont assurément de classe C 1 et la dérivation d’une
primitive est aussi désopilante que la quadrature du carré ! So…
et c
 L’hypothèse faite au début de cette deuxième partie est certes a 2 B(R). Mais à bien
y regarder, notre argumentation a uniquement reposé sur la propriété plus faible selon
laquelle
8r 2 ]0, R[, a 2 A(r).
il s
Nous aurons bientôt l’occasion de profiter de cet avantage !
c
9.a. Nous avons déjà répondu à cette question et nous l’avons même légérement dopée
lors de notre chapeau 0.c.
 À bien y regarder, en décalant l’affaire en ajoutant un entier naturel k dans la bagarre, et
en profitant de l’avantage dont nous venons de causer, les conclusions de cette huitième
question peuvent se reformuler de la façon suivante. Lorsqu’une suite b appartient à A(r) 10.
pour tout r 2 ]0, R[, la fonction

+1
X
ub : x 7! bn xn−k et i
n=k

est de classe C 1 sur I et


b
si, x
+1
X
8x 2 I, u (x) =
0
(n − k)bn x n−(k+1)
.
n=k+1

Cette remarque va nous servir lors de la prochaîne question. et q

b. Nous allons, par récurrence sur k 2 N, établir que


En
8k 2 N, f est de classe C k sur I, réu
MATHÉMATIQUES

et que
+1 ✓ ◆
X n et n
8k 2 N, 8x 2 I, fa(k) (x) = k! an xn−k .
k
n=k
S cientifique

B Si k = 0, il semble que ce soit fait depuis longtemps.

168 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 168 24/10/2018 14:47


B Supposons maintenant la propriété acquise pour un certain k 2 N. Comme a
appartient depuis longtemps à A(r) pour tout r 2 ]0, R[, et vu que nous avons suffisamment ESSEC
martelé qu’il en est de même de la suite
✓ ◆
n
n 7! an ,
k

C ORRIGÉ
notre récente reformulation assure que la fonction fa est de classe C 1 sur I et que
(k)

+1
X ✓ ◆
n
8x 2 I, (fa(k) )0 (x) = k! (n − k) an xn−(k+1) ,
k
n=k+1

et comme il est anodin de se convaincre de


✓ ◆ ✓ ◆
8n > k + 1, k!(n − k)
n
= (k + 1)!
n ,
k k+1

il semble bien que l’affaire soit bouclée.


c. Soit n 2 N. On trouve sans problème que
(n)
fa (0) .
an =
n!

10.a. La parfaite connaissance des séries exponentielles officielles nous révèle que

8x 2 R, f↵ (x) = ex ,

et il ne doit plus faire aucun doute que

8k 2 N, f↵(k) (1) = e.

P
b. Le serial geometer n’ignore pas que la série (λx)n ne converge que si, et seulement
si, x appartient à l’intervalle
i 1 1h
J= − , ,
λ λ
et que, par conséquent,
1 .
8x 2 J, fβ (x) =
1 − λx
En outre et si l’on en croit la question 4.b, toutes les conditions de la question 9.b sont
réunies si l’on choisit
MATHÉMATIQUES

1
R= ,
λ
et nous apprenons ainsi que
+1 ✓ ◆
X
S cientifique

n n n−k (k)
8x 2 J, 8k 2 N, k! λ x = fβ (x).
k
n=k

ANNALES CCIR 2018-2019 l 169

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 169 24/10/2018 14:47


Seulement voilà, une très classique récurrence de Cotonou met en lumière que c
ESSEC on
(k) k!λk ,
8x 2 J, 8k 2 N, fβ (x) =
(1 − λx)k+1

ce qui, à quelques aménagement près, ne peut que nous satisfaire.


C ORRIGÉ

� Le lecteur cultivé aura reconnu la fameuse formule du binôme négatif, malheureusement pui
disparue de nos programmes… vra
Partie 3 Il n

11. Nous signalons que l’hypothèse (H) a, entre autres, la vertu d’entraîner que 12.
pla
bn −−−−! 0, b
n!+1
laq
puisque, si ⇢ est un réel strictement supérieur à 1, on a

1 1 et a
8n 2 N, bn = (bn ⇢n )⇥ et −−−−! 0.
⇢n ⇢n n!+1

a. Soit N 2 N. Comme fa est depuis peu de classe C 1 sur ]−R, R[ et comme ici R est
strictement plus grand que 1, on peut largement lui appliquer le théorème de Taylor reste
intégral entre les bornes 1 et 0, à l’ordre N , ce qui s’écrit exactement ce q

N
X Z
(0 − 1)p 0
(0 − t)N (N +1)
fa (0) = fa(p) (1) + fa (t)dt,
p=0
p! 1 N!
et q
et qui, à bien y regarder, ressemble étrangement à notre projet !
c
b. Soit à nouveau N 2 N. Il y a une chose que nous n’avons pas eu encore l’occasion
d’utiliser, en l’occurrence la positivité de la suite a. Elle induit lumineusement la
croissance sur [0, R[ de la fonction fa ainsi que de toutes ses dérivées successives, à
telle enseigne que
À c
8t 2 [0, 1], 0 6 fa(N +1) (t) 6 fa(N +1) (1),

de telle manière que, après une sempiternelle histoire de croissance intégrale et de bornes
bien disposées,
Z (N +1) on
1
tN (N +1) fa (1)
06 f (t)dt 6 = bN +1 .
N! a (N + 1)!
MATHÉMATIQUES

Oui mais voilà, la fine remarque que nous avons faites dans le chapeau de la question 11
oblige ce q
bN +1 −−−−! 0,
S cientifique

N !+1

et par squeeze…

170 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 170 24/10/2018 14:47


c. Quand on fait la synthèse de ce qui s’est passé lors des deux précédentes questions,
on ne peut passer à côté de ESSEC
N
X
(−1)p bp −−−−! fa (0) = a0 ,
n!+1
p=0

C ORRIGÉ
puisqu’une suite ouvertement bornée, en l’occurrence N 7! (−1)N +1 , ne peut pas
vraiment changer le cours de l’histoire d’une tendance vers zéro…
Il ne reste plus qu’à ne pas avoir occulté ce que sont une série convergente et sa somme.
12.a. Il est infiniment possible d’appliquer la question 11.a à la fonction fa en lieu et
(s)

place de fa et nous n’avons plus rien à ajouter.


b. Soit N 2 N. Nous avons déjà signalé la croissance sur [0, R[ de fa grâce à
(N +s+1)

laquelle
8t 2 [0, 1], 0 6 fa(N +s+1) (t) 6 fa(N +s+1) (1),
et avec exactement la même argumentation qu’à la question 11.b, il semble bien que
Z (N +s+1)
1
tN (N +s+1) fa (1) ,
06 f (t)dt 6
0 N! a (N + 1)!

ce qui ne peut que nous séduire, puisqu’à la surprise générale,

⇢N +s+1 (N + s + 1)!
⇥ = 1,
(N + s + 1)! ⇢N +s+1

et qu’un nombre positif est égal à sa valeur absolue…


c. C’est déjà une conséquense de l’hypothèse (H) qui nous révèle que

(N +s+1)
fa (1) N +s+1
⇢ −−−−! 0. (1)
(N + s + 1)! n!+1

À côté de cela, comme

(N + s + 1)!
8N 2 N, = (N + 2) · · · (N + s + 1),
(N + 1)! | {z }
s facteurs

on déduit d’un classique équivalent polynomial que


MATHÉMATIQUES

(N + s + 1)! 1 1 Ns ,
· N +s+1 ⇠ ·
(N + 1)! ⇢ N !+1 ⇢s+1 ⇢N

ce qui peut également s’écrire


S cientifique

(N + s + 1)! 1 1 Ns .
· N +s+1 ⇠ ·
(N + 1)! ⇢ N !+1 ⇢s+1 eN ln ⇢

ANNALES CCIR 2018-2019 l 171

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 171 24/10/2018 14:47


Étant donné que ln ⇢ est un réel strictement positif, c’est encore via une de ces sacrées et c
prépondérances classiques que nous pouvons, in fine, revendiquer
ESSEC Par
(N + s + 1)! 1
· N +s+1 −−−−! 0. (2) 14.
(N + 1)! ⇢ N !+1
d’a
L’encadrement de la question précédente et la conjonction des limites (1) et (2)
C ORRIGÉ

déclenchent alors un énorme squeeze qui nous permet d’envisager la suite.


d. C’est exactement comme à la question 11. Nous clamons cette fois et sans autre
explication que la série b
X (p+s)
fa (1)
(−1)p 15.
p!
p>0

converge et que
+1
X (p+s)
fa (1)
(−1)p = fa(s) (0),
p=0
p! est
et comme d’une part et lumineusement et v

(p+s) (p+s)
fa (1) fa (1) (p + s)! (p + s)!
8p 2 N, = · = bp+s ,
p! (p + s)! p! p!
La
et que d’autre part et selon la question 9.c

fa(s) (0) = s!as ,

nous pouvons asséner sans autre forme de procès que b

+1
X ✓ ◆
p+s
as = (−1)p bp+s ,
p=0
s
et c
la célèbre formule des « trois factorielles » n’étant pas totalement étrangère à l’affaire. Le pas
changement d’indice p = n − s se charge alors du bouquet final. La
13.a. Il suffit d’ouvrir les yeux pour déclarer que fa est polynomiale de degré inférieur
ou égal à d.
b. Il résulte du récent a que

8n > d, bn = 0, la d
liné
et donc n’importe quel réel ⇢ > 1 peut faire le job et pourquoi pas la constante de Kaprekar
MATHÉMATIQUES

⇢ = 6174.

c. Soit s appartenant à [[0, d]]. D’après ce que nous venons d’apprendre et la toute proche à te
question 12.d, nous avons 16.
✓ ◆
S cientifique

+1
X n
as = (−1)n−s bn
n=s
s

172 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 172 24/10/2018 14:47


et comme pour n > d > s, nous savons que bn = 0…

Partie 4 ESSEC
P
14.a. Loi de probabilité discrète oblige, nous savons que la série an converge et a
d’ailleurs 1 pour somme. Une certaine condition nécessaire de convergence oblige alors

C ORRIGÉ
an −−−−! 0 i.e. a 2 B(1).
n!+1

b. Nous proposons tout bêtement R = 1 et la partie 2 se charge du reste.


15.a. Soit t 2 R. La série exponentielle officielle
X tn
n!
n>0

est convergente et a pour somme et . Il s’ensuit à quelque constante près que GX (t) existe
et vaut et−1 et si l’on résume, la fonction GX est déjà définie sur R tout entier et l’on a

8t 2 R, GX (t) = et−1 .

La classe C 1 de GX sur R s’impose alors exponentially et l’on a mentalement


(s)
8s 2 N, GX (1) = 1.

b. Il est officiellement reconnu que

⇢n
8⇢ 2 R, −−−−! 0,
n! n!+1

et comme l’hypothèse (H) exige un réel ⇢ strictement supérieur à 1, nous ne plaisantons


pas cette fois avec Kaprekar et nous proposons plus sérieusement ⇢ = 2. Soit alors n 2 N.
La formule de réciprocité rencontrée en 12.d stipule que
+1
X ✓ ◆ +1
k 1 1 X (−1)k−n ,
an = (−1)k−n =
n k! n! (k − n)!
k=n k=n

la dernière égalité procédant d’une légitime troisfactorialisation et d’un picochouia de


linéarité, et après un rapide changement d’indice, voilà que

e−1 ,
MATHÉMATIQUES

an =
n!
à telle enseigne que X suit la loi de Poisson de paramètre 1.
16.a. On trouve immédiatement que
S cientifique

8n 2 N, an = pq n .

ANNALES CCIR 2018-2019 l 173

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 173 24/10/2018 14:47


En outre, comme pour tout t réel, la série géométrique
ESSEC X
(qt)n
n>0

ne converge que si, et seulement si, |qt| < 1, la fonction GX est déjà définie sur l’ouvert
C ORRIGÉ

i 1 1h
− ,
q q

puisque l’appartenance de p à l’ouvert ]0, 1[ induit en particulier la stricte positivité de q.


Le serial geometer affirmant autoritairement que
i 1 1h
8t 2 − , ,
p ,
GX (t) =
q q 1 − qt

la classe C 1 de GX — fonction rationnelle — est au rendez-vous et c’est via une


récurrence de Cotonou que l’on parvient à
i 1 1h pq s s! .
8t 2 − , ,
(s)
8s 2 N, GX (t) =
q q (1 − qt)s+1

Il y a maintenant plusieurs raisons permettant de justifier que 1 appartient au domaine de


définition de la fonction GX . On peut le déduire manuellement de l’évidente 0 < q < 1,
mais on peut également s’appuyer sur la 14.b et cela étant, il apparaît simplement que
⇣ q ⌘s
(s)
8s 2 N, GX (1) = s! .
p

b. La vérification souhaitée repose, tout bêtement, sur égalité

q 2p − 1 .
1− =
p p

En ce qui concerne la réalisation de l’hypothèse (H) c’est ici un peu plus tricky que dans
l’exemple précédent. Maintenant que q/p est strictement inférieur à 1 et vu la positivité
ambiante nous avons également
p
> 1,
q
inégalité stricte qui permet, comme dans un trou de souris(*), de considérer un réel ⇢
vérifiant
1<⇢< .
p
q
MATHÉMATIQUES

Un tel choix réalisant la providentielle


⇢q
0< < 1,
p
(*)
S cientifique

(*) On parle parfois de stratégie d’insertion.

174 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 174 24/10/2018 14:47


nous avons bien
bn ⇢n −−−−! 0, ESSEC
n!+1

chronique d’une hypothèse (H) attendue. Soit encore une fois n 2 N. Comme l’on ne
change pas une équipe qui gagne, nous ressortons encore une fois la 12.d qui révèle cette
fois que

C ORRIGÉ
✓ ◆⇣ ⌘ +1 ✓ ◆
q k ⇣ q ⌘n X k ⇣ q ⌘k−n
+1
X k
an = (−1)k−n = − ,
n p p n p
k=n k=n

la dernière égalité reposant sur une habile mise en facteur. C’est alors que dans la sublime
formule du binôme négatif obtenue lors de l’exemple 10.b que nous choisissons λ = 1 et

x=− ,
q
p

et ce dernier étant assurément situé dans l’ouvert ]−1, 1[, nous récupérons immédiatement
⇣ q ⌘n ⇣ q ⌘−(n+1)
an = ⇥ 1+ = pq n ,
p p

le calcul final ne présentant pas vraiment d’obstacle. Autant dire maintenant que

X + 1 ,−! G(p).

17.a. Il est indéniable que

8s 2 [[0, d]], deg Hs = s.

La famille en question est donc intérieure à Pol d et formée de polynômes non nuls dont
les degrés sont deux à deux distincts(*). Il s’agit donc déjà d’une famille libre de Pol d .
Comme elle est en outre de longueur d + 1 et que ce dernier est précisément la dimension
de Pol d , la conclusion passe par le théorème de caractérisation des bases en dimension
finie.
 Le lecteur aware aura à coup sûr repéré les fameux polynômes de Gregory-Newton.
b. Bien sûr et as usual, nous opérons en deux temps.
B Soit P un polynôme de degré inférieur ou égal à d. La composition x 7! P (x + 1)
est également polynomiale de degré ouvertement inférieur ou égal à d et il en est donc de
même de la fonction
x 7! P (x + 1) − P (x).
MATHÉMATIQUES

Notre opérateur applique donc bien Pol d dans lui-même.


B Soit P et Q deux polynômes de degré inférieur ou égal à d et soit λ un nombre réel.

(*)
S cientifique

On fait outragement tout un foin de l’échelonnement en degrés ! Il est cependant indéniable que les familles échelonnées
représentent une infime part de la caste des familles de polynômes non nuls à degrés différents…

ANNALES CCIR 2018-2019 l 175

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 175 24/10/2018 14:47


Soit x 2 R. C’est tout bêtement les définitions des opérations sur les fonctions qui D
ESSEC légitiment l’égalité suivante
e
(P + λQ)(x + 1) − (P + λQ)(x) = P (x + 1) + λQ(x + 1) − P (x) − λQ(x), de
nat
qui sera mieux disposée en l’écrivant f
val
C ORRIGÉ

� �
(P + λQ)(x + 1) − (P + λQ)(x) = P (x + 1) − P (x) + λ Q(x + 1) − Q(x) ,

puisqu’elle s’écrit alors exactement


� �
(P + λQ)(x) = (P ) + λ (Q) (x),
la d
et comme cela est d’actualité pour tous les x 2 R… som
� Le lecteur cultivé aura sûrement reconnu le célèbre opérateur de Gregory-Newton.
c. Il n’y a aucune difficulté dans cette question et nous insistons à nouveau sur un point
important. Parmi les polyômes de Gregory-Newton, il n’y a qu’un, en l’occurence H0 ,
qui ne s’annule pas en 0.
et i
d. Nous commençons par doper, via une gentille récurrence finie, les conclusions de la tou
précédente. Nous laissons en effet au lecteur le soin de vérifier que
8
< Hk−s si s 6 k,
8s 2 [[0, d]], 8k 2 [[0, d]], s
(Hk ) =
:
0 si s > k. pui

Soit alors P un élément de Pol d . Base de Gregory-Newton oblige, il existe une famille
de scalaires
(↵0 , . . . , ↵d ),
telle que g
lors
d
X
P = ↵k Hk .
k=0

Soit alors s appartenant à [[0, d]]. Grâce à la linéarité de s


, nous revendiquons
d
X d
X d’o
s
(P ) = ↵k s
(Hk ) = ↵k Hk−s ,
k=0 k=s

le bout du bout reposant sur une subtile gestion de notre récent dopage. Il reste à évaluer
en 0, à tenir compte de la remarque que nous avons faite à la fin de la précédente, pour La
débarquer sur calc
MATHÉMATIQUES

s
(P )(0) = ↵s ,
et nous avons donc effectivement à te
d
X
S cientifique

P = s
(P )(0)Hs .
s=0

176 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 176 24/10/2018 14:47


 Dans la littérature, cette belle égalité s’appelle « formule de Gregory-Newton ».
e. Soit k appartenant à [[0, d]]. Il suffit, en toute légitimité, d’appliquer la belle formule ESSEC
de Gregory-Newton au monôme ek , qui est de degré k, puis d’évaluer en chaque entier
naturel n 2 N.
f. Soit une dernière fois k 2 [[0, d]]. La variable X k ne prenant qu’un nombre fini de
valeurs est tout à fait en droit d’espérer et nous avons

C ORRIGÉ
d
X d X
X d
E(X k ) = nk an = s
(ek )(0)Hs (n)an
n=0 n=0 s=0

la dernière égalité profitant tranquillement de la question précédente. Inversons alors les


sommations, ce qui nous permet de découvrir l’égalité
d
X d
X
E(X k ) = s
(ek )(0) Hs (n)an ,
s=0 n=0

et il suffit d’écarquiller un peu les mirettes pour accepter que, pour tout s 2 [[0, d]], on a
tour à tour
d
X Xd (s)
n(n − 1) · · · (n − s + 1) fa (1)
Hs (n)an = an =
n=0 n=s
s! s!

puisque, dans la présente situation polynomiale, nous avons


d
X
8x 2 R, fa (x) = an xn .
n=0

g. Grâce à la toute récente question f , et après avoir rapidement calculé les s


(ek )
lorsque (s, k) 2 [[0, 2]]2 , on parvient, sans paracétamol, à

3,
b0 = 1 ; b1 = 1 ; b1 + 2b2 =
2
d’où il ressort immédiatement que

1.
b0 = 1 ; b1 = 1 ; b2 =
4
La magique formule d’inversion de la question 13.c révèle alors, après quelques mièvres
calculs, que
MATHÉMATIQUES

1 1 1
a0 = ; a1 = ; a2 = ,
4 2 4
à telle enseigne que X suit la loi binomiale
S cientifique

B(2, 1/2).

ANNALES CCIR 2018-2019 l 177

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 177 24/10/2018 14:47


S UJET
Code sujet : 280
MATHÉMATIQUES
Durée : 4 heures.

La présentation, la lisibilité, l’orthographe, la qualité de la rédaction,


HEC la clarté et la précision des raisonnements entreront pour une part
importante dans l’appréciation des copies.
Les candidats sont invités à encadrer dans la mesure du possible les
résultats de leurs calculs.
Ils ne doivent faire usage d’aucun document : l’utilisation de toute
calculatrice et de tout matériel électronique est interdite. Seule l’uti-
lisation d’une règle graduée est autorisée.
Si au cours de l’épreuve, un candidat repère ce qui lui semble être
une erreur d’énoncé, il la signalera sur sa copie et poursuivra sa
composition en expliquant les raisons des initiatives qu’il sera amené
à prendre.

S
UJET
MATHÉMATIQUES
S cientifique

1/5 Tournez la page S.V.P.

178 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 178 24/10/2018 14:47


S UJET
HEC

MATHÉMATIQUES
S cientifique

2/5

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S UJET

HEC
MATHÉMATIQUES
S cientifique

3/5 Tournez la page S.V.P.

180 l ANNALES CCIR 2018-2019

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S UJET
HEC

MATHÉMATIQUES
S cientifique

4/5

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Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 181 24/10/2018 14:47


S UJET

C
HEC Pré

1.a
clas
ass

son
Vu
ici

et c

l’ex
b
àn
pas
deu
don

C’e
nég

grâ
MATHÉMATIQUES
S cientifique

5/5 2. S
con

La r
abs

182 l ANNALES CCIR 2018-2019

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C ORRIGÉ
Par Jean-Louis Roque, professeur au lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine, et
HEC

external lecturer à l’ESSEC Business School.

Préliminaire

C ORRIGÉ
p
1.a. Soit k 2 N. La fonction u 7! u réalisant ouvertement une bijection croissante de
classe C 1 de l’intervalle ]0, +1[ sur lui même, le théorème de changement de variable
assure que les deux intégrales
Z Z
+1
1 +1
tk e−t dt et
2
u(k−1)/2 e−u du, (1)
0 2 0

sont de même nature, la seconde ayant un indéniable parfum eulerien !


Vu que la fonction d’Euler est officiellement définie sur R⇤+ et puisque (k + 1)/2 est
ici strictement positif, nous déduisons l’existence de
⇣k + 1⌘
,
2
et comme Z +1 ⇣k + 1⌘
u(k−1)/2 e−u du = ,
0 2
l’existence souhaitée est in the pocket.
b. Il est curieux de séparer ici A0 des autres Ak et nous ne le ferons donc pas. Soit donc
à nouveau k 2 N. Le thèorème de changement de variable évoqué supra ne se contente
pas d’évoquer la même nature des intégrales de la ligne (1). Il raconte également que les
deux cousines ont la même valeur dès lors qu’elles ont décidé d’exister et il n’en faut
donc pas plus pour revendiquer

1 ⇣ k + 1 ⌘.
Ak =
2 2
C’est maintenant qu’il ne faut pas avoir oublié les dires du professeur qui ne peut avoir
négligé de mentionner les égalités
⇣1⌘ p
= ⇡ ; (1) = 1 ; 8x > 0, (x + 1) = x (x),
2
grâce auxquelles nous dévoilons aisément que
MATHÉMATIQUES

p p
⇡ 1 ⇡.
A0 = ; A1 = ; A2 =
2 2 4
S cientifique

2. Soit x 2 R. Les fonctions t 7! e−t cos (2xt) et t 7! te−t sin (2xt) sont assurément
2 2

continues sur [0, +1[ et il ne fait absolument aucun doute que

et 0 6 te−t | sin (2xt)| 6 te−t .


2 2 2 2
8x 2 [0, +1[, 0 6 e−t | cos (2xt)| 6 e−t

La récente question a, le test de comparaison en signe positif et le théorème de convergence


absolue devraient alors nous permettre de passer tranquillement à la partie suivante.

ANNALES CCIR 2018-2019 l 183

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 183 24/10/2018 14:47


Partie 1 nou
HEC L’in
3.a. La fonction sin est de classe C 1 sur R et l’on a sans sourciller

| sin 0 | = | cos | 6 1.

Soit alors u 2 R. Nous sommes en droit d’appliquer l’inégalité des accroissements finis éga
C ORRIGÉ

à la fonction sinus entre les réels 0 et u, ce qui, parce que sin 0 ne vaut pas grand chose,
se traduit exactement par
| sin u| 6 |u|.

� L’inégalité des accroissements finis n’est autre que celle de Taylor-Lagrange à l’ordre exp
zéro et par conséquent, même si cela peut paraître capillotracté, nous avons bien utilisé qu’
une formule de Taylor… fait
b. Soit u et v deux nombres réels. À l’heure à laquelle tout le monde se pose la question
de ce que devraient apprendre les élèves au collège et au lycée, on pourrait suggérer de
réapprendre par cœur les fondamentaux de la trigonométrie, parmi lesquels se trouvent
les quatre formules de Simpson
pui
u+v u − v, disp
cos u + cos v = 2 cos
2
cos
2 mir
u+v v − u,
cos u − cos v = 2 sin sin
2 2
u+v u − v,
sin u + sin v = 2 sin
et c
cos
2 2
u+v u − v. exis
sin u − sin v = 2 cos sin
2 2

Cela devrait peut-être nous éviter de devoir rappeler un jour à des post ados majeurs et
vaccinés que D’u
cos 2 u + sin 2 u = 1.

En ce qui concerne la justification demandée, il est officiellement conseillé de savoir que,


pour tout couple (a, b) de nombres réels, on a
chr
cos (a − b) = cos a cos b + sin a sin b et cos (a + b) = cos a cos b − sin a sin b, enti
�L
d’où il ressort mentalement que
l’ap
alor
2 sin a sin b = cos (a − b) − cos (a + b),
4.a
et il reste alors à faire les choix l’in
MATHÉMATIQUES

avo
u+v v − u.
a= et b =
2 2
la c
S cientifique

c. Quand on maîtrise les problématiques liées aux fonctions définies par des intégrales, b
on sait que cette continuité doit être abordée via la définition, et c’est la raison pour laquelle fera

184 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 184 24/10/2018 14:47


nous annonçons a et x dans R et que nous nous penchons sur la quantité F (x) − F (a).
L’intégration étant linéaire, nous avons déjà HEC
Z +1 � � 2
F (x) − F (a) = cos (2xt) − cos (2at) e−t dt,
0

égalité que la seconde formule de Simpson métamorphose en

C ORRIGÉ
Z +1
2
F (x) − F (a) = 2 sin ((x + a)t) · sin ((a − x)t)e−t dt,
0

expresssion faisant apparaître une intégrale dont la convergence absolue ne peut échapper
qu’à ceux — ou celles — qui souffrent de diplopie communicative ! On peut donc tout à
fait légitimement trianguler l’affaire et voilà donc maintenant que
Z +1
2
|F (x) − F (a)| 6 2 | sin ((x + a)t)| · | sin ((a − x)t)|e−t dt,
0

puisque les bornes en ont décidé ainsi et que les quantités déjà positives sont, as usual,
dispensées de valuation. L’inégalité taylorienne du récent a et une ouverture ciblée des
mirettes devraient alors nous amener sans ambages à
2 2
8t 2 [0, +1[, | sin ((x + a)t)| · | sin ((a − x)t)|e−t 6 |x − a|te−t ,

et comme l’intégration est linéaire, croissante quand les bornes le veulent bien, et que A1
existe et vaut 1/2, il ne devrait pas être insurmontable d’asséner que

|F (x) − F (a)| 6 |x − a|. (2)

D’un certain squeezing process nous déduisons que

F (x) −−−−! F (a),


x!a

chronique d’une continuité de F au point a, et donc d’une continuité de F sur R tout


entier, puisque a est, depuis la genèse, n’importe quel nombre réel.
� L’inégalité (2) étant étant d’actualité pour tous les couples (a, x) de nombres réels,
l’application F fait partie des fonctions dites « lipschitziennes » sur R et sa continuité est
alors très culturelle…
4.a. Soit u appartenant à R. La fonction sin étant de classe C 2 sur R, on peut lui appliquer
l’inégalité de Taylor-Lagrange à l’ordre 1 entre 0 et u, et comme sin 00 = − sin , nous
MATHÉMATIQUES

avons
| sin 00 | = | sin | 6 1,
la conclusion est limpide.
S cientifique

b. Qu’on se le dise, nous n’admettrons rien du tout. L’existence de la fameuse intégrale


fera partie intégrante de nos préoccupations !

ANNALES CCIR 2018-2019 l 185

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 185 24/10/2018 14:47


Soit x et h deux nombres réels. C’est la linéarité de l’intégration qui légitime, dans un
HEC
premier temps, l’égalité
Z +1
2
F (x + h) − F (x) + 2hG(x) = A(t)e−t dt. (3)
0

où, histoire d’alléger un peu la situation, nous nous sommes permis de noter A la fonction
C ORRIGÉ

t 7! cos (2(x + h)t) − cos (2xt) + 2ht sin (2xt).

Soit alors t appartenant à R. Étant officiellement entendu que

cos (2(x + h)t) = cos (2xt) cos (2ht) − sin (2xt) sin (2ht),

nous pouvons mentalement envisager l’égalité

A(t) = cos (2xt) · (cos (2ht) − 1) + sin (2xt) · (2ht − sin (2ht)),

grâce à laquelle

|A(t)| 6 (1 − cos (2ht))| cos (2xt)| + |(2ht − sin (2ht)) · sin (2xt)|,

l’évidente valuation
| cos (2ht) − 1| = 1 − cos (2ht)
et l’inégalité triangulaire standard n’étant sûrement pas étrangères à l’affaire. Toujours
fidèles à la politique de l’allégé « 0 % », nous décidons cette fois de

B(t) = (1 − cos (2ht))| cos (2xt)| + |(2ht − sin (2ht)) · sin (2xt)|,

et nous laissons à notre dévoué lecteur le soin de réutiliser la standard pour parvenir
tranquillement à
2 2 2
B(t)e−t 6 3e−t + 2|h|te−t ,
à telle enseigne qu’au bout du tunnel
2 2 2 2
0 6 |A(t)|e−t 6 B(t)e−t 6 3e−t + 2|h|te−t .

Les intégrales A0 et A1 du liminaire ayant, depuis longtemps, la bonne idée d’exister,


selon le théorème de linéarité, il en est de même de
Z +1
� −t2 2�
3e + 2|h|te−t dt,
0

ce qui permet au test de comparaison en signe positif de déclarer la convergence des deux
intégrales
MATHÉMATIQUES

Z +1 Z +1
B(t)e−t dt et
2 2
|A(t)|e−t dt.
0 0
(*)
L’existence de la seconde autorise enfin la triangulation(*) de l’intégrale de la ligne (3)
S cientifique

(*) Nous rappelons, au risque de radoter, qu’il est hors de question de trianguler les semi-convergentes…

186 l ANNALES CCIR 2018-2019

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 186 24/10/2018 14:47


et voilà donc maintenant que
Z +1 HEC
2
|F (x + h) − F (x) + 2hG(x)| 6 |A(t)|e−t dt,
0

puisque les bornes sont dans le sens du vent, et nous profitons de la bonne brise pour
déduire de la croissance de l’intégration que

C ORRIGÉ
Z +1 Z +1
2 2
|A(t)|e−t dt 6 B(t)e−t dt,
0 0

ce qui n’est pas vraiment pour nous déplaire…


c. Soit derechef x et h appartenant à R. On peut commencer par majorer gentiment la
fonction B en profitant au maximum des inégalités

| sin | 6 1 ; | cos | 6 1 ; 1 − cos > 0,

qui devraient rapidement nous convaincre de

8t 2 R+ , B(t) 6 |2ht − sin (2ht)| + 1 − cos (2ht).

Oui mais voilà, étant donné qu’il semble improbable de n’avoir jamais rencontré
l’inégalité(*)
u2 ,
8u 2 R, 1 − cos u 6
2
alors que selon la récente a

u2 ,
8u 2 R, |u − sin u| 6
2
il sera difficile de s’opposer à

8t 2 R+ , B(t) 6 4h2 t2 .
p
Comme l’intégrale A2 des prolégomènes existe et vaut ⇡/4, et comme nous avons
toujours le vent en poupe, nous sommes en mesure de déduire de ce qui précède que
p
|F (x + h) − F (x) + 2hG(x)| 6 ⇡ h2 ,

et il ne reste plus qu’à proposer p


C= ⇡
MATHÉMATIQUES

qui est bien un réel strictement positif, comme le savait déjà Archimède…

(*) Si, par le plus pur des hasards, ce n’était pas le cas, sachez que l’on peut la déduire de la question 3.a, modulo la formule
8a2 R, 1−cos 2a = 2 sin 2 a.
S cientifique

ANNALES CCIR 2018-2019 l 187

Annales-HEC-2018_P001-384_BAT.indd 187 24/10/2018 14:47


5.a. Soit une dernière fois x et h deux nombres réels. On déduit trèsmentalement de la la d
précédente que nou
HEC
F (x + h) − F (x) + 2hG(x) = o(h),
ce qui est une des façons — celle du développement limité à l’ordre 1 — de justifier la
dérivabilité de F au point x ainsi que l’égalité
il e
C ORRIGÉ

F 0 (x) = −2G(x).
N
Comme cela vaut pour n’importe quel réel x, la fonction F est bien dérivable sur R et à l’
l’on a l’égalité fonctionnelle pen
F 0 = −2G. exe

b. Soit x 2 R. Nous venons d’apprendre que


Z +1
2
F 0 (x) = −2 te−t sin (2xt)dt, est
0
dan
et nous nous intéressons alors fortement aux fonctions De

u : t 7! sin (2xt) et v : t 7! e−t .


2
Par

Att
Elles sont sans l’ombre d’un doute de classe C 1 sur R+ et l’on a d’une part
que
u0 (t) = 2x cos (2xt) et v 0 (t) = −2te−t ,
2
8t 2 R+ ,

alors que d’autre part


6. P
u(t)v(t) −−−−! 0 et u(0)v(0) = 0, pen
t!+1

a
le produit d’une fonction bornée par une fonction de limite nulle… Il résulte ainsi du
théorème d’intégration impropre par parties et d’un nanochouia de linéarité que
Z +1
2
F 0 (x) = −2x e−t cos (2xt)dt,
0 à te
clas
ce qui devrait amplement nous combler. l’éq
 Nous rappelons au docile lecteur qu’il n’a pas le droit de pratiquer l’intégration par
parties comme nous venons de le faire. Il devra officiellement partialiser, pratiquer la by
parts sur l’intégrale partielle — qui est une intégrale sur un segment — puis légitimer un nou
passage à la limite et nous lui confions la tâche ingrate…
c. À la lecture du projet, nous décidons de sortir de notre chapeau la fonction
MATHÉMATIQUES

2
x 7! ex F (x) chr
que nous baptisons φ. Elle est sans aucun doute dérivable sur R et l’on a sans surprise b
S cientifique

2 2
8x 2 R, φ0 (x) = 2xex F (x) + ex F 0 (x) = 0,

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la dernière égalité reposant sur la toute dernière question. Comme R est un intervalle,
nous déduisons que φ est une application constante et comme
HEC
p
⇡,
φ(0) = F (0) = A0 =
2

il est grand temps de changer de partie !

C ORRIGÉ
 Nous rebondissons sur l’argument « R est un intervalle » que nous venons de mentionner
à l’instant. Il est absolument crucial. En effet, contrairement à ce que d’aucuns pourraient
penser, une dérivée nulle sur une partie quelconque de R n’entraîne pas la constance. Par
exemple, la fonction µ de John Machin définie sur R⇤ par

1,
8x 2 R⇤ , µ(x) = arctan x + arctan
x

est dérivable à dérivée nulle, mais elle n’est pas constante. Citons, pour l’anecdote, que
dans les années 1980, à un concours parisien, 98% des candidats l’ont déclarée constante !
De quoi rêver n’est-il pas…

Partie 2

Attention, et pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, il nous semble préférable de préciser
que D est l’ensemble des réels qui ne sont pas des multiples entiers de 2⇡, c’est-à-dire

D = R r 2⇡Z.

6. Pour éviter de nous répéter, nous annonçons ici un entier n 2 N qui nous servira
pendant toute la deuxième partie.
a. Les aficionados de la fonction sin ne peuvent ignorer que l’on a l’équivalence logique

u
8u 2 R, sin 6= 0 , u 2 D,
2

à telle enseigne que selon les théorèmes généraux, la fonction 'n est carrément de
classe C 1 sur D et nous n’allons pas nous en plaindre. En outre, si l’on en croit
l’équivalence standard
sin ⇠ ⇠ ⇠,
⇠!0

nous devrions avoir rapidement

1
'n (u) −−−−! n + ,
MATHÉMATIQUES

u!0 2

chronique d’un prolongement par continuité en 0 annoncé.


b. Il est indéniable que l’on a l’équivalence logique
S cientifique

8u 2 R, u2D , u + 2⇡ 2 D, (a)

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et nous rappelons que que
HEC 8x 2 R, sin (x + ⇡) = − sin x,

de telle manière que, presque mentalement

8u 2 D, 'n (u + 2⇡) = 'n (u). (b)


C ORRIGÉ

Les deux propriétés (a) et (b) stipulent, par définition, que 'n est 2⇡-périodique sur D et L
comme, depuis peu, elle se prolonge par continuité en 0, elle va périodiquement le faire
également en tous les 2k⇡ où k appartient à Z et il se trouve que ce sont précisément les
points qui nous manquaient…
et n