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Le

5$irtu
Kano ou
De l'origine dujudo

Katsuma Higashi
et Irving Hancock

Traduit de I'anglais par


SergeMairet et Thierry Plée

BUDoÉnruoxs
77123 Noisy-sur-École,
France
Merître Jigoro Kanô (1860-1938)
JrcoRoKANO,
L E J U J I T SEUTL E J U D O

Après avoir été coupé du monde pendant plus de deux sièclespar les shoguns
Tokugawa, leJapon sortit d"eson long isolement le 31- mars i'854 lors de Ia
signatuie du Traité de Kanagawa.
jusque-là
Le vieil ordre japonais s'effrira rapidement tandis que la narion,
isoléesur son archipel,s'ouvrait sur le monde. Ce fut une extraordinairepériode
se
de changement. L'intégralité du Paysagepolitique et économique du Japon
transforma en quelquesdécennieset c'esrprécisémentau début de cette nouvelle
ère,le 28 octobre 1860,que naquit à Mikage Jigoro Kano'

Faceà la baie paisibledosaka et adosséeà la chaînemajestueusedu mont Rokko,


-
Mikage - devenue aujourd hui un quarder de Kobe était llun des endroits les plus
agréablesduJapon occidental.t^arégion bénéficiedun climac tempéré et leau y est
pure. Cesd.euxfacteurs assurent une gralde qualité au saképroduit dans cette région
et qui eq est aujourd'hui encÔreI'une de sesindustries principales'
Du côté de son père, Mareshiba, Jigoro Kano descend d'une famille dont les
on
origines remontent au début de l'histoire du Japon. Parmi ses ancêtres
compce de nombreux prêrres shinro, des maîrres bouddhisres et des érudits
confucianistes. Sa mère, Sadako, esr issue de fune des principales familles de
brasseurs,celle qui produisait le célèbre saké Kikumasamune. Kano, encouré de
plus
deux Frèreset de deux sceurs plus âgés, grandit dans une des maisons les
importantes de la contrée-
Même s,il vécur son enfance dans un cadre privilégié, Kano fuc élevéselon une
discipline très stricte. À l'âge adulre, il se rappelait avec tendresse sa mère
bienveillante et attentive, mais qui n'admettait aucun éca:t de conduite.
Mareshiba se chargea personnellemenr de l'éducation de son dernier enfant et
il lui apporta les basesde sa culture. Il veilla à ce qu'il étudie les classiquesde la
lictérature chinoise ainsi que la calligraphie-
En 1g69, au débur de l,ère Meiji, décèdesa mère. c'est à cette époque que la
famille Kano déménage pour la nouvelle capitale: Tokyo. Mareshiba fut nommé
< ad.ministrateuf er fonctionnaire du gouvernemefit chargé de dynamiser le
processus de modernisation duJapon >t.

L E J U J U T S UK A N O t3
La première chose qui marqua le jeune Kano à son arrivé à Tokyo fur la vue de
cesrônins fanfaronnanr le long des rues en exhibant fièrement leurs deux sabres,
signe de leur statut.
Kano fur inscrit au lycée Seitatsu Shojuku, une école dirigée par Keido
Ubukata, un homme reconnu pour sa culture. Traditionnellement, les études,
privilège des hautes classesde la société, étaienr réservêesaux enfants
d'aristocrateset de samouraïs.Ce collègeétait donc unique en son genre car on
y comptait aussi parmi les étudiants des enfanrs de marchands, d'artisans, de
restaurateurs...Il n'était pas rare de trouver parmi eux de futurs lutteurs de
sumo, acteurs de Kabuki, ou geisha. Ubukata avait une hauce réputation
d'homme de lettres et de calligraphe aussi, rour en formant ses élèves aux
classiquesde la linérature chinoise et japonaise,il obligeait chacun d'enrre eux à
lui présenter quotidiennement trois carners de calligraphies. Le soir, après les
cours, Ubukata organisait souvent des discussionslibres porrant sur I'acrualité
japonaise..Lorsde ces encretiensil répétait souvenr à Kano gue, mëme si une
formation classiqueavait une valeur inestimable,les érudiancsjaponais'devaient
désormaisse familiariser avecla culrure occidenrale.
i
Suivant ce conseil,Kano commença à étudier l'anglais àI'Académie':ileShibei
Mitsukuri. En l873,il entra à l'Académied'Ikuei Gijuku où rous les couïs étaient
donnés en anglais ou en allemand par des professeursétrangers.Le rnanuel de
mathématiques était même rédigé en hollandais !
La vie de pensionnaire n'était pas de tout repos.Au dortoir ^ttenanr à l'école,
Kano, le jeune homme brillant, le jeune homme de bonne famille et quelque peu
snob, érair souvent en butte aux brimades de sescamaradesplus âgés er jaloux
contre lesquelsil était alors sansdéfense.C'est pendanr cette période agicéeque
Kano eut connaissancedu jujitsu, art martial qui o permettait de conrrôler avec
l'énergie de la douceur une attaque brurale >. S'il n'eut pas l'opportunité
d'apprendrele jujitsu avant un certain temps, il essayade renforcer s()n corPs en
pratiquant différents sports, dont le base-ballqui venair jusre d'être introduit
dans le pays.
F,n 1874, Kano entra à l'école des Langues Étrangères de Tokyo où il eut
)
malheureusementà reprendre tout son apprentissagede i'anglais. Sc'smaîtres
précédentsavaientété des Hollandais ou desAllemands et il s'était habitué à leur
prononciation. Faceà des enseignantsd'origine britannique ou anréricaine,il se
sentit complètement perdu. C'est avec une remârquable tér-racitétltre Kano
réapprit l'anglais. Les condirions d'étude étaient alors rrès difficiles: non
seulementles dictionnaires étaient raresà cetteépoque,mais encorc lcs érudiants
ne disposaient souvent que d'un livre pour deux qu'ils se parragcirient Par
roulement. Pour préparer sesexamens,son (<tour de livre r le nrainrcn;riréveillé

14 LE JUJUTsUKANO
Kano parvint a
de une heure à cinq heures du matin. Malgré de tels obstacles,
notamment son
maîtriser remarquablemenrla langue de shakespeareet rédigea
journal intime en anglais donr il poursuivit la rédaction durant la plus grande
notes cechniques
parciede sa vie d,adulte. Pius tard, Kano rédigeaégalementSes
Son expression
sllr le budôen anglais...probablement Pour les garder secrètes.
du Japon'
écrite anglaiseérair excellenteet considéréecomme la plus raffinée
Kanoentraensuiteàl'AcadémieKaisei,uneautreécolepatronnéeparle
Kano eut l'honneur
gouvernemenrqui deviendra en 1877I'Université de Tokyo.
d'éducation'
d,être un des membres de la plus haute institution nationale
et la
comme matièresprincipales,il choisit les sciencespolitiques, Ia philosophie
I'astronomie'
littérature mais son sujer de prédilecdon se révélaen fait être
frappeset à
À c"tte époque,Kano se trouva de nouveau confronté à des pedtes
et il devint plus
des voyous à i,intérieur comme à I'extérieur du campus
particulier de
déterminé que jamais à apprendre le jujicsu' Mais à ce moment
convenable'
l,histoire duJapon, il n'était pas facile de trouver un enseignant
Durantlapériod'eTokugawa(1600-1868)ilétaitnatureld'employerdans
hommes ou
chaquefief des instructeurs d'arts martiaux et tous les combattants,
dès la
femmes, recevaientun enseignementtrès complet en bujutsu.cependant
en faveur des
suppressiondu systèmeféodal en 1868, l'aide du goùvernement
Du fait de
centresd,arrsmartiaux cessa,er la plupart firrent conrraints de fermer.
se détournèrent
I'occidentalisation croissanredu pays, la plupart des Japonais
de chose n'a
des argsmartiaux traditionnels. <<Les temps ont changé et ce genre
et d'anciens
plus d'utilité >, voilà les paroles sans ménagement que son père
et
pratiquants d'arrs marriaux adressaient à Kano' Il persévéra Pourtant
personne de
finalement d,énicha en 1877 un instructeur compétent en la
HachinosukeFukuda.

fondée
'/ Fukuda (1S29-1880)appartenait au Tenshin Shin'yô Ryù' Cette école'
de jujirsu :
par Mataemon Iso (f 1862),représentaitun style relativementnouveau
sur les coups
l,accenr étair mis tour particulièrement sur les dtemi, c'est-à-dire
estime qu'il
portés aux points vitaux, er sur les techniques de saisies' On
connaissaircent vingt-quarre coups différents. Malaemon avait appris beaucoup
de sestactiques de combat dans la rue, en fePoussantles bandesde délinquants
er la loi
qui terrorisaient le petit peuple car depuis la fin du shogunat l'ordre
n'étaient plus guère respectés.
sa
Fukuda avait alors cinquante ans lorsque Kano devint son élève et gagnait
vie comme chiropracteur. Il possédait un petit dojo et peu d'éudiants réguliers'
Sous sa direction, Kano sejeta cêtebaisséedans l'étude du jujitsu et s'il n'y avait
personne pour s,exerceravec lui, il s'enrraînait seul en exécutant des séries de

L E J U J U T S UK A N O 15
Èr,

Son
lui avait donnée son maître'
ii

avec une lourde barre de fer que


mouvements I1 se soulageait en
rendait son corPs douloureux'
entraînement intensif avait préparé lui-
onguent rrès efficace conrre les douleurs qu'il
s,enduisant dun o Kano la
tellement odorant qu'on le surnomma rapidement
même, mais frères
était fier de montrer à ses
>. Chaque sorr' de retour à la maison' il
Senteur
et sceursce qu'il '""it 'pp'i' FndSnt 1"::î:Ï-"-:::::*, re bojutsu
Kano alt a
Il semble qu'à cette époque
Shingen'
un d'ojo de l'école Yagyu
(techniques a" Uato"; dans son maitre pour
passionné'ne cessait dimportuner
Pendant les leçons' Kano'
Il voulait que *t t:::::':t::
des explicacrons détaillées sur chaque point'
obtenir
< Viens voir "' et
leplacementexactdesmainsetdespieds'l'anglecorrectdattaque'laréparnnon
maître répondait Par un
du poids du corps' lnvariablement le
+
projetaitKanojusqu,àcequecetétudiantinsatiableaiccomprisparl'expérience
"it:::r. étair un
dentraînement de Kano
époque, le principal comPagnon * randori
r"tt"nn" qui le domin':'':t:ît::,:""t
solide poids-to"'a tpji ami qui pratiquait le
Kano demanda conseil à un
(combar d'".tt"î"t^"nt)'
permettraient ntrn:l]"'ttt
des techniques qui lui
sumo, espérant y trouver -s:^:
daucune utilité' aussr
Mais le sumo ne lui fut
performance'to"t'"'oiushima'
Kanoserenditàlabibliothèquepourvoircequelalutteoccidentalepouvaitlui
aPPorter.Ildécouvritdansunlivreune,".h.'iq'',.qu'ilbapdsapar|asuitehata
gururna'(roueautourdesépaules,voirtechnique3g,Pase86)etqu,iludlisa
effrcacrtê'
contre Fukushima avec partie d'un grouPe
furenr choisis pour faire
En mai 1g7g,Kano er Fukushima devant Ie
d'arts martiaux en vue d'exécuter une démonstration
de praciquants de sa visite au Japon' La
des États-Unis' le général Grant' à l'occasion
présidenc
démonstrationfutrèsappréciéeduGénéraletdeceuxquil'accompagnaientet
dans la presseaméricaine'
I'on en parla abondamment *"*l-,tt n'avait que
le maître de Kano' t*Y"'
Malheureusement
cinquante-deuxans.Kanotentademainteniriedojoenactivitémaisserendit
besoin de recevoirun enseignement'
vire compte qu'il avait encore

C'esravecMasamorolso(1g1g-18g1),lefilsdufonda r e u r d u Tconstitution
enshinShin'yô
poursuivit son étude du jujitsu' Masamoto avair'une
Ryù que Kano (sabre
un coup de bokhen
et était capable de résister' i"-ott' à
de fer
d,entrainementenbois).Commeilavaicalorslasoixantaine,ilnepratiquaitplus
enkata (enchaînement
considérécomme un maître
lerandori,maisérait toujours érudiants que
codifrées)' Kano raconterades '"::": nli:
de rechniques :ï1.,1"t
|eshatadeMasamotoétaientlespiusbeauxqu,ilaitjamaisvuexécutés.Soussa

LE JUJUTSU
tucelle,KanoappritdemanièretrèsapprofondiedifFérentshataetétendltSon
expérienceen randori' .
au dojo de Masamoto' et Kano tenalt a combartre
il y tuti, crente étudiancs
avecchacund'euxavantlafindelajournée'aussi'sonentraînementduraic
Souventjusqu'àonzeheuresdusoir,Iln,étaitalorspasrarequ,iltombâtde
fatiguesurlechemind.uretouretquandilavaitenfinréussiàrentrerchezlui,il
refaisaitsescombatsd'anssonlitpendantsonsommeil'enfonçantàcoupsde
de sa chambre'
poings et de pieds le papier des cloisons
Aufuretàmesureq,,"^".,odevenaitplusfortetplushabile,ilprenaitdeplus
e n p l u s c o n f r a n c e e n l u i . L o r s d , u n e d é m o n s t r a t i o n f a i t e à l , U n i v e r s i t é d e Tet
okyo
Ie Totsuka Ryù' Kano jaillit impétueusement du public
par une aure école,
s,imposapourparticiperaurand.ori,stupéfiantautantlesacteufsquel'assiscance
découvrit qu'un excèsde confiance Pouvalt
par sQn irruption inattendue' Kano
manquer de
de Masamoto il lui arriva de
aussi être dangereux car au dojo
sans
un débutant en eFfectuant
vigilance et de se laisser épinglé Par
concen[rationune Projection'

de maître'
Kano se rerrouva encore privé
En 1881, à la mort de Masamoto'
Cetrefois,ilintégral'entraînementdeTsunecoshilikubo(1835-1889)duKico
Ryù.
I-sorigineduKitÔRyùremonteaumilieuduxvn"siècleetbienquel'idencitédu
fondateurrestecontroversée,lamad'iciondecetteécoleamanifestemettêtê
2èn Takuan
les enseignements du maîcre
influencée par l'école Yagyu et par
que
une empreinte plus philosophique
(I573-1645),lesquels lui ont d'onné
pragmadque
Àl'époquedeKano,leKitoRyùseconcentraitsurtoutslr|enagewaza
était très
son contenu' son Programme
(projecdons). Tanr par son sryle que dans
une
Ryt et Kano avair plaisir à découvrir
différent de celui du Tenshin Shin'yô
autre vision du jujitsu'
le
pratiquait toujours avec intensicé
Bien qu'il eût la cinquantaine' Iikubo
ses jeunes
avec beaucoup d'efficacité à
randori et Pouvalt donc enseigner
étudiantscetasPectdel,art.IlfutprobablementlemeilleurexPertaveclequel
Kanos'entraina.Danssesmémoires'Kanoécrirad'ailleurs:<DeMaîtreFukuda'
j,ai appris la
vie, de Maître Masamoto,
j,ai appris ce que serait l,æuvre de ma
u.
j,ai appris la technique et la fluidité
nature subtile dlhauet de Maître Iikubo,

Ia
au jujitsu, il écair plongé toute
Si Kano passalr ses soirées à s,enrraîner
journéed.ansseslivres,travaillanttoujoursavecassiduitéetobtenantdexcellents
résultats à I'université de Tokyo'

L E J U J U T S UK A N O
17
k ,
Lun des professeursoccidentaux qui marqua le plus Kano fur Ernesr Fenellosa
(1853-1908). Bien que chargé d'une chaire de philosophie occidencale,Fenellosa
s'était passionné pour la culture orientale et encourageait inlassablemenr ses
élèves,aussi bien japonais qu'occidenraux, à l'érude des arrs de lâsie. Au début
de l'ère Meiji, on aurait pu craindre que, dans leur course effrênée vers la
modernisacion pour rivaliser avec l'occident, les Japonais ne se missent à
abandonnerleur propre culture. Fenellosasechargeade mettre tout le monde en
garde contre l'adoprion irréfléchie des habitudes occidenrales er réussir à
convaincre sesamis er sesétudianrs, dont Kano, que les arts ancestraux duJapon
étaient des traditions essentiellesqui valaient la peine d,être conservées.
un aurrredes professeursfavoris de Kano êtaitTanzan Hara (1g19-1931),un
prêcre zen excenrrique qui enseignair la philosophie indienne. Il avait peu de
gorit pour les subtilirés de la religion, position que Kano se mir aussi à parrager.
Il fut immortalisé dans la littérarure zen moderne sous les rairs du héros d.ecette
histoire rrèsfameuse:
Deux novices,Tanzanet Ekido, faisaient pèlerinage d'un monastère à un autre.
un orage survint tandis que nos deux compères arrivaient à une croisée
transformée en un rorrenr violent. Une ravissante jeune fille était échouée là.
Tanzan demanda: << Avez-vousbesoin qu'on vous aide I " À h reponse affirmative
de lajeune fille, il la prir dans sesbras, rraversala route inondée er la déposaen
sécuriré de l'aurre côté. Ils avaienr déjà repris leur chemin depuis longtemps
quand Ekido éclata soudain: <<commenr as-ru pu faire pareille chose?Tu sais
qu'il est sricremenr incerdir aux moines bouddhisres de roucher une femme ! >, Ie jeune et
concentratiol
Tanzan répliqua: < commenr? Tu es encoreen rrain de porter cette fille ? Moi, je Kano auait I
l'ai poséedepuis longremps >. Hacbinosuke
Sbtn'yô R1[t ,
etlrsi étudié I'
lutte et la t
Kano obtinr son diplôme de l'université de Tokyo en 1gg1 er y resraencoreune
ûpérience pr,
annéepour poursuivre sesérudes.En février l8ïz,lldéménagea pour Eisho-ji, un ctéa leJudô I

petit temple bouddhisre de la secreJodo sicuédans le quartier de Shimo-tani à


Tokyo. C'esr là, que ce rout jeune homme de vingr-deux ans fonda le Kôdôkan,
l'<<institur pour l'érude de la Voie ,.

Kano adorait le jujirsu er érait persuadéde la valeur inestimable de cer arr,


trésor de la culrure japonaise,qu'il fallait absolumenr conserveren l,ad.apranrà
I'époque moderne. Les principes de base du jujirsu devaient êrre selon lui
systématiséssous la forme du Judo Kôdôkan, discipline de I'esprit et du corps,
qur encouragerairà Ia sagesseer à une vie vertueuse.S'il comparair le jujitsu au
bouddhisme Hinayana,petit véhiculeà la vision limirée, il mettair en revanchele
Judo Kôdôkan au niveau du bouddhisme Mahayan4 grand véhicule qui porraic

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comme un tout I'individu et la société'n Si l'effort
d,'un homme ne proÊte pas à la société'déclarait-il'
son existencene sert à rien '.
Le mot ,, jtdo r, o Voie de la Douceur ", étaic déjà
utilisé depuis descentainesdannéeset on ffouve dans
plusieurs texcesanciensle mot " juàÔ' udlisé au sens
de o chemin qui suit le courant des choses>' Kano
interprétait, quant à lui, les termes duJùdô Kôdôkan
comme < I'usagele plus efficacede l'énergie>'
-
Kano et sa poignée d'étudiants au nombre de
-
neuf inscrits la premièreannée s'entraînèrentau
d.ébut dans un coin de la salle principale du
temple. Cependant,la dureté de I'entraînement fuc
très vite préjudiciable au bâtiment' Des éléments
du plancher furent Fracturés, des tablettes
commémoratives de I'autel s'écroulèrent et des
miles du toit se décrochèrent de telle sorte qu'on
décida d'installer un dojo d'une surface de douze
tatamis dans une Pièceadjacente'
À [a demande de Kano, son maître Iikubo venart
au dojo une ou deux fois par semaine Pour y
délivrer son enseignement.
Le Jeune et uigoureux Jigoro Kano en pleine En aoùt 1882, Kano qui avair êré engagéà plein
concentration à l'époque où il s'eniraînait au iuiitsu'
Kano auait trois professeurs principaurc de iuiitsu: temps à Gakushuin, l'école des Pairs,se lança dàns
Hacbinosuke Fukuda et Masamoto Iso du Tënsbin
une carrièrede Professeur.
Sbtn'yo R1'u et Tsunetosbi likubo du Kitô Ryu' Il a
aussi étudié les arts flartiaur occidentaux coffitne Ia À cecteépoque-là,pour rendre serviceà un desamis
lutte et la boxe. S'appuyant à la fois sur son
ercpérience pratique et sur une étude tbéorique, Kano de son père, Kano pric chez lui un certain Shirai'
créa leJùdô Kôdôkan en 1982. ancien militaire, plutôt gentil quand il étair à jeun,
mais violent et difficile à conrôler quand il avait bu
un velre de trop. Chaque fois que Shirai s'emportart,
qu'il se
Kano I'immobilisait <<doucement et gendmenr ) et attendait Patiemmenl
son alcoolisme,ce
calmât. Grâceà ce ffarremenr, shirai apprit peu à peu à dominer
du judo'
qui renforça Kano d.anssa convicdon de la valeur éducative
En1883,Kanodéménageadeuxfois'Ils'installad'abordàMinamiJimbo-cho
entrepôt attenant à sa
où il ouvrir une écoled'anglais.Il urilisa comme dojo un
des éudiants de
propriété. Comme c'était malcommode Pour la plupart
de 7 heures à
s,enrraînerpendant la semaine,le dojo était ouvert le dimanche
12heuresetde15heuresàlgheures.Kanomectaitunpointd'honneuràce
disponible' ec ce' quel
qu'en tant qu'instructeur, il soit constamment présent et

LE JUJUTSU KANO 19
ii:
Kano auec safemme et leurs sitt enfants en 19O2.

Le couple eut encore deux enfants, un garçon et une


firle, et re der-nier naquit arors que Kano
auait 52 ans.

que soit le temps. Aussi passair-illa journée dans un dojo glacial même si aucun
étudiant ne venair. Quelques mois plus rard, il déménageaà Kami Niban-cho, à
Koji-machi, er il construisir un pedr dojo sur le rerrain du domicile qu'il avair
loué. Le dojo écairouverr chaqueaprès-midi de 14 heuresà 23 heures er parfois
lusqu'à minuit. Kano érair prêr à enseignerà quiconque venair s'entraîner.
Iikubo conrinua à instruire Kano pendant la première moitié de l,année1gg3,
et I'emportait sur lui, comme d'habitude. Mais, un jour, Kano comprir le principe
qui devinr la clef du judo: <<
Si mon parrenairetire, je pousse;s'il pousse,je rire ,.
À partir de ce momenr, il f,t capablede combatrre tour adversairesur un pied
d'égalité.Kano rompait alors avecia tradirion marriale ancesrrale,qui artribue
toute découverre de principes à une révélation mysrique, en la considéranr
simplement comme le Frtritd'annéesde recherchearrenriveer comme le résultat
d'une approcherationnellede l,art.
Bien qu'Iikubo lui ocrroyâr une licence d'enseignemenr du Kirô Ryù en
automne 1883, Kano avair encoredes difficukés pour arrirer les élèvesdu fait de
sa jeunesse et du manqr-rede moyens matériels nécessairesà de bonnes
conditions d'entraînemenr.
En 1883,huit érudiants seulements'inscrivirenrvérirablemenr,er ils furenr dix
I'annéesuivante.En 1884, Kano pur consrruire un dojo plus grand mais qui

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n'excédaitpas toutefois une surfacede vingc tatamis. Il fixa aussi des dates pour
des compéricionsouvertesà tous. Un systèmede gradesse constitua peu à peu:
rrois niveaux pour les débutants (les kj'u) et trois pour les plus avancés(Lesdan).
Jojiro Tomita(1865-1937) et Shirô Saigô (1866-f,922) furent les deux premiers
élèvesà recevoirle shodan(ceinture noire). C'est à peu près à la même époqueque
sessionsspécialesd'entraînement de trente jours qui
Kano institua deskan-geiho,
se déroulaient de quatre à sept heures du matin et qui étaient particulièrement
péniblesen raison du froid extrême.
Le rythme de vie d'un parcicipanc au kan-geiko,dont Kano prenait à sa charge
I'intégralité des frais, érait aussi dur que celui auquel était soumis un moine.
Chacun se levait très tôt, nerroyait méticuleusement sa chambre et le reste des
bâriments,du sol au plafond. L'emploi du temps de la journée était stricr: lecrure
de texresphilosophiques, de sciencepolitique, d'économie et de psychologieet
entraînement au judo. Pendant le temps d'étude, les élèvesdevaient porter un
kimono, ttn haharna(pantalon-jupe traditionnel) et rester assis en seiza(posture
d'attente assis sur les talons). Quand il n'était plus temps d'apprendre, on
s'occupait des hôtes, on cuisinait les repas et on préparait le bain. Lajournée se
terminait à 21 heures30.
Toute l'année, Kano et ses étudiants se rencontraient une fois par semaine
pour prendre le thé, et chaque dimanche après-midi une longue promenade en
plein air était prévue.
Le mor dlordre de l'écolede Kano érait . faites-levous-même >, aussi tous les
écudiancs étaient responsablesdu nettoyage et de la réparation de leurs
costumes.
Le programme de Kano était à peu près le même que celui de sesélèvesmais en
plus, pour des raisons frnancières,il veillait souvenr route la nuit pour effectuer
des travaux de traduction commandés par le Miniscère de l'Éducation.
Kano ne cessait pas lui-même d'apprendre. Il fic, tout en continuant à étudier
les budojaponais, des recherchessur les sports de combat occidentaux, et plus
particulièrement sur la lutte et la boxe. À peine plus âgé que ses élèves,il
s'entraînait avecautant d'intensité qu'eux. Shirô Saigô, qui avant de sejoindre au
Kôdôkan avaic reçu un enseignement sur les techniques secrètes osbihi-uchidu
samourai Aizu, découvrit rapidement comment contrer les projections de son
maîcre. Cette situation obligeait Kano à constamment affiner les techniques du
Kôdôkan. Pour cela il se fondait aussi bien sur son expérienceprarique que slrr
sesétudes théoriques.
On peut caractérisercetre première époque du Kôdôkan par la primauré
accordée aux projections et par la suppression les techniques les plus
dan gereusesds randori.

LE JUJUTSU KANO 21
;r.
li,r-:.
la vie quoridienne: à ceme
Kano practquart auss;i inrensément le judo dans
mais il était un bien piètre
époque, il était souvent obligé de circuler à cheval,
avait appris à retomber sans
cavalier et, grâce à son enrraînement au judo, il
le jetait à terre'
dommage sur sespieds chaque fois que son cheval
LesuccèsduKôdôkanallaitgrandissantetversl8S5,lenombredesesélèves
et quelques étrangers
atteignit le chiffre inespéré de cinquante-quatre
commencèrentmême à sejoindre à eux'
8n1886'Kanod.éménageaunenouvellefoisetinstallaundojodequarante
s'inscrivirenr cette année-
raramis, à Fujimi-cho. Quarre-vingr-dix-neuf étudiants
fois, les érudiants Portèrent
là. c,est au dojo de Fujimi-cho que, pour la première
des ceintures noires en témoignage deleur dan'

Pendantlesquelquesannéesquisuivirent,d"esmembresduKôdôkanse
ces glorieusesvictoires
distinguèrenr lors des rournois de la Police Nationale.
judo, mais les récits qui les évoquent
font désormais partre de la mychologie du
ne sait pas vraiment où, quand
sont si divers et se contredisent tellement qu'on
etcontrequicescombatseurentlieu.Demême,oncélèbreSaigôpouravoir
(chute-dans-la-
remporré une victoire retentissante avecsa techniqueyama-arashi
montagne)malsonnesaitpasprécisémentenquoiconsistaitcettetechnique.
le sryle de Saigô, <(comme un
Certains disent queSama-arasbidécrivait en fait
>, plutôt qu'une projection
vent terrible et hurlant souFflant d.'une cime
particulière.
aux concurrents
Il semble que les règles de ces tournois aienc été favorables
anciennesécoles,suscePtibles
issus d.u Kôdôkan du fair que les techniques des
en effet advenu par le passéque
d,entraînerla morr, éraient inrerdites car il était
qu'il en soit, il est indiscuable
des combars eussenrdes issuesmortelles. Quoi
les membresdu Kôdôkan se
qu'à cette époqueet dùrant les annéesqui suivirent,
tournois'
distinguèrent particulièremenr dans ce genre de

très efficaces,ils n'en


Bien que les membres du KÔdôkan fussent d'ordinaire
étaientpasinvinciblespourautant.L'undesélèveslespluspuissantsdu
Kodokan,sanboToku(1886-1945),refusad'apprendreàchuterparceque'selon
lui,personneneseraitjamaiscapabledelerenverser'saconvicrionsevérifradans
Toku défia Zenmi Kunii
le cadre du Kôdôkan et des combats de rue mais quand
une crêpe>'
(11930) du Kajima Shin Ryù, il Fut ' ierourné comme
QuelquesmaitresrésistèrentavecbrioauxjudokasduKôdôkan.Cefutlecas
bravache du Yoshin
noEamment de Morikichi Omori (1853-1930)' le maître
Sorted,art martial
Totsuka Ryù qui bamait rout le monde avecSonkiai-jutsu,une
un homme mince et digne
hypnotisant, er de Mataemon Tanabe (1851-1928)'

JUJUTSU
qui avait appris à immobiliser ses adversairesen s'exerçant à attraper des
anguilles à mains nues et en regardant comment les serpents avalaient des
grenouilles.
Un cerrairr nombre d'écolesde jujitsu de sryle ancien, se liguèrent en Shindo
Rokugo Kai contre le Judo Kôdôkan, mais cette organisation ne Êt pas le poids
Faceau systèrnesoigneusementpenséet bien élaboréde Kano.

En avril 1988, avec le révérend T. Lindsay, Kano fit une conférence et


probablemcnt une démonstration de son jujitsu devant les membres de la
Société Asiatique du Japon. Dans leur exposé, les auceurs avançaient que le
jujirsu érair d'origine purement japonaise,même si cercainsarts martiaux
japonais avaient écéà l'évidenceinfluencés par le uushu (kung-fu) chinois. Kano
raconta des histoires de maîtres célèbresdont celle fameusedu maîrre qui' ayant
observéquc les branchesdu saulepliaient mais ne se rompaient Passous le poids
de la neige,eur l'idée du principe du <jù >. Il conra aussi I'histoire du maître de
jujitsu Juslrin Sekiguchi (1597' 1670) :
Un jour que Sekiguchi accompagnait son seigneur sur un Pont étroit' le
seigneur décida de metre à l'épreuve le maître de jujitsu en le poussant
brusquement, vers le bord. Sekiguchi.donna l'impression de céder mais, à Ia
dernière seconde,il Êt un mouvement tournant et dut empêcher le seigneur
d'être catapulté lui-même la têre la premièredans l'eau.

Vers 1889, lorsque Kano se réinstalla dans les environs de KamiNiban-cho, il


avair plus de 1500 étudiants fidèles et plusieurs sections du KôdÔkan s'étaient
ouverres dans différents quarliers de Tokyo. LeJudo Kôdôkan était en passede
prendre une place prépondérante dans le monde des arts martiaux du Japon
moderne et Kano donna sa démission du Gakushuin en août 1889.

À la demande du Bureau de la Maison Impériale, il prépara son départ pour


une longue Cournéed'inspection des systèmeséducatifs européens.Laissant le
Kôdôkan à la charge de ses plus anciens disciples, Saigô er Tomita, il partit de
Yokohama le 15 septembre 1889 accompagné d'un autre fonctionnaire du
Bureau de la Maison Impériale. Parmi les rares Personnesqui quittaienc leJapon
à cette époque pour traverserlesmers, Kano et son comPagnon se trouvèrent être
les seuls passagersjaponais.
Après une escale à Shanghai, ils arrivèrent à Marseille en octobre- Uannée
suivante, Kano visita Lyon, Paris, Bruxelles, Berlin, Vienne, Copenhague,
Stockholm, Amsterdam, LalHraye,Rotterdam et Londres, et, lors du voyage de
r€tour, frt une halte au Caire pour voir les pyramides.
; l

LE JUJUTSU KANO 23
par le nombre
fut prodigieusement surpris
Pendant son voyage' Kano
et il crut que la religion
,*;;";ri".tt rt d'égli'"' et de cathédrales gigantesques
Mais, après s'être
â".r, l" sociécé européenne.
avair une place prépondéranre
entretenuavecdesEuropéensetconstatantlamanièredontilssecomportaient'
rôle prépondérant par
avait' sans nul doute jouer un
il conclut que si la,"Ugàt'
aujourdhui'
le passé,ce n'était plus le cas
Kanofutégalementi.p,",.io,,.êpar|afrugalitédebeaucoupd,Européens
même à l'étranger'
En voyant cette vertu honorée
attendfs à ne rien gaspiller'
Kanofurconfortédat's1""'i"ersalitédel'uridesesprincipes:danslejudo'
commedanslaviequotid'ienne,chacundoitfairelemeilleurusagepossibledes
objets et de l'énergie'
à l'égard des
complexes immotivés des Japonais
II prit aussi conscience des
l a n g u e s é t r a n g è r e s . S e s c o n c i t o y e n s , e n e f f e r ' h é s i t a i e n t à P a r l e r o u à é c en
rireles
interlocuteurs
étrangères de peur de manquer de respect à leurs
langues
malmenaient
se rendit comPte que les Européens
faisant des fautes' Mais Kano truffant
d,une synEaxeimpropre et
: Sansvergogne leur langue maternelle, usant
leurslettresdefautesdorthographe.Leurattituden,avaitriend,idéalmaiselle
oublier leurs
monûer que les Japonais devaient
avait au moins le mérite de
c r a i n c e s e t s ' e f f o r c e r d e c o m m u n i q u e r a v e c l e s o c c i d ' e n t a u x d a n s l ecomme
urlangue.
ce premier voyage qui lui permettait d'envisager
Kano se réjouit de Kano (à droite) t
et Européens' Kynzo Mifune (l
possibleet positif un rapprochement'encreJaponais
Le Caire' Son
Européens que Kano visita éminent au sein
C'est accompagné de plusieurs phvsique La Projection J
lui l'occasion d:.vérifier sa.bïi:::1i:tt" Ilottante) qu'il e
passageen Égypte r"'po"' ses maiîts. SesF'
e L c , e s t a v e c f i e r t é q u e , d e r e t o u r a u J a p o n , i l r a c o n t a à s e s a m i s q u ' i l ése
taitleseul temps et auec u
au sommet d'une pyramide et en redescendresans faire opposef aucune
à pouvoir grimper tel niueau rejoin
pour boire une goutte d'eau'
assisterni sanss'arrêrerun instant Nncipe cornme
Kano discuta judo avecles autres Passagers
Pendant son long voyagede retour' russe' on
il y avait à bord un solide marin
et en d.émontraI'etEcacité' Comme
'organisaunerencontre,fautedemeilleured.isrraction.Mêmesilemarinréussit
à f a i r e u n e b o n n e p r i s e à K a n o ' l e m a î t r e d e j u d o i m p r o v i s a a v e c(projection
succèsune
la technique 19'page62' Nor]' moitié hoshi-nage
technique [peut-être
à pro;eter son
(projection d'épaule)' et réussit
de hanche), moitié seoi-nage
adversaire.Cen,estpaslepetithommeterrassantlegrandquiimpressionnala
fouledesp".,",.,,,^.,,aislecontrôledelachute:Kanorecinrlegrosmarinpour
oir il heurta le pont'
lui éviter touce blessureau moment
promenade à
quai à Saïgon' Kano Êt une pecite
Pendant que le navire était à
par des chiens
il fut brusquement encerclé
rraversla ville. Dans les faubourgs,
errants.SapremièreréactionfutdelesrePousserpuisildécidaderegagnerson
calme.Ilconstataqueleschienseuxaussis,étaientapaiséssousl,influencedeson

JUJUTSU
changement d'attitude, de teile sorte
qu'il put Passerau traversde Ia meute
sansdommage.

Kano fut de retour auJaPonà la mi-


janvier l89l- ll avait été absenr
pendant seize mois et entre-temPs,
Saigôavaireu desennuis'
Comme on I'a déjà dit, durant ces
premières années, des membres du
Kôdôkan continuaient à rendre visite
aux écoles rivales afin de tesrer leur
adresse.Saigô,qui en était toujours,
accompagné de camarades qui ne
faisaient pas partie du KÔdôkan, avait
pris I'habitude de traîner dans les
marchéspopuleux et de jeter des défis
à tous ceux qui s'approchaientde lui'
Un jour, SaigÔ et ses amis se
trouvèrent nez à r.ez avec un grouPe
de surnôtori(lutteur de sumo), mené
stable et forte' ^ssisté de
Katn (à droite) démontre la posture iigot^\
-rcytà'
itf"""- f t Ss3-I 965), incontestablement
le pratiquant I'e plus par un colosse du nom d'Araumi
émlnent au sein de l'éIite du KÔdôkan'
(projection
. Mer Démontée >. Araumi exPédia
In projection de Mifune était Kuki-nage
fhùorite
qu'il exécutait sans contact auec le corps' n'utilisant que rapidement les autres pratiquants de
\otu"i"l dans le
parfaitement
sesmairLt. Sesproiections étaient exécutées si jujitsu, laissant à SaigÔ le soin de
ne pouuaient
temps et arac^une tetle énergie que ses aduersayes
opposet aucane résistance: Ia tecttnique était < oide
o' Un judo d'un relever le défi; ce qui ne tarda Pas'
lui-ffiê'ne ce
tel nlueau reioint t2 principe de I'aikido' Kano désignait
du budô.
Bien qu'un Peu éméché Par le saké
frnciqe cornme I'idéal
qu'il venait de boire, Saigô réussit à
mettre son adversaire à terre' Mais,
ses dents dans la cuisse et que [e
quand le gros lutteur se mit à lui enfoncer
la confrontadon dégénéraet
minuscule jujitsuka commençaà le rouer de coups'
du sumo et du jujitsu' on appela Ia
il s,ensuivit un combar généraliséentfe gens
en prison' Pour compliquer l'affaire'
police ec toute la compagnie fut emmenée
pendant la mêlée' Les autres
Saigô avait de surcroit insulté plusieurs agents
membresduKôdôkanréussirentàfairesortirsaigÔ'mais'lorsqueKanofut
de bannir son élève' malgré son
informé de l'incid,enr, il n'eut d'autre choix que
KôdÔkan >' Saigô s'enfuit loin' à
excellence, Potlr < infraccions aux règles du
judo' Il se mic alors au kyudo' le tir à
Nagasaki, où il abandonna le jujitsu et le
bien qu'il l'avait fait pour le
l,arc japonais, er il maîtrisa cecte discipline aussi

L E J U J U T S UK A N O 25
jujitsu. À la mort de Saigô, en signe de pardon, Kano
décerna à son fantasque disciple de la première heure
le grade de < sixième dan duJudo Kôdôkan > à titre
posthume.

En 1891,à trente et un ans, Kano décida qu'il était


remps de se marier. Avec l'aide de connaissancesplus
âgées il chercha une compagne qui lui convînt, et
épousa Sumako Takezoe au mois d'août.
Malheureusement, le mois suivant, comme il devait
assumer la charge de directeur de la Cinquième
Grande École dans la lointaine ville de Kumamoto, il
fut obligé de laisser sa jeune femme à Tokyo.
Comme toujours dans les provinces, les
innovations en matière déducation traînaient, aussi
Kano considérait-il son travail dans la Cinquième
Grande École comme un défi à relever. Le budget
érait maigre, les installarions précaires et les maîtres
insuffisamment formés. Il n'y avait pas de dojo non
plus. N'ayant Pas assezd'argent Pour en construire
un, Kano et ses étudiants étaient obligés de
s'entraîner dehors. Quand, plus tard, l'école eut les
moyens d'avoir son dojo, un grouPe de disciples de Une calligraPbie de Jigoro Kano:
* Rien sous le Ciel n'est plus imponant que
Tokyo rejoignit Kano pour l'aider à développer le
l'éducation: I'enseignement d'un maître de valeur
judo dans le sud duJaPon. peut en influencer beaucoup et ce qui a été
appris coffectement par une génération pourra
L'un des nouveaux maîtres engagéspar l'école était être transmis à cent générations ,
Lafcadio Hearn (L850-DO\; on dit que ce fut sur la Les coups de pinceaux reJtètent Ia personnalité de
Kano: confance en soi, équilibre, audace.
demande personnelle de Kano. Hearn écrivit un essai
sur le jujitsu qui parut en 1892 dans son livte " Out of
theEast>. Cet essaiun Peu décousu ne parle que très
peu de Kano ou du judo mais il insisresur le fair que leJapon devait prendre Pour
modèle dans ses relations avec l'Occident I'esprit du judo: souple mais ferme'
Dans sesmémoires, Kano évoque la personnalité singulière de Hearn, fasciné par
la civilisation japonaisetraditionnelle: lors d'une cérémonieraffinée qui eut lieu
en ville et où tous les participants, Japonais y compris, étaient vêtus à
l'occidentale- redingotes,robes,uniformes militaires - une seulepersonneétait
vêtue tout à fair à la japonaise,Lafcadio Hearn'
En 1893, Kano retourna à Tokyo où il devint directeur de la PremièreHaute
École,puis, un peu plus tard, ii rinr la même fonction à la Haute ÉcoleNormale
fille
de Tokyo. Il retrouva sa femme Sumako, et à la fin de l'année leur première
naquit. Le couple eut en tout huit enfants, cinq filles et trois garçons'
à shimo
L'année suivante, un beau dojo de cent taramis fut construit
une pecite
Tomizaka-cho, et pour la première fois on demanda chaque mois
des
participacion financière pour les leçons.Du temps de Kano la contribution
grâce à
élèvesau financement du KÔdôkan Put rester tout à fait raisonnable,
l'aide de nombreux mécènes.

et que
En 1894 éclatala guerre sino-japonatse.La fièvreguerrièrequi en résulta
judo encore plus
Kano n'encouragea en aucune manière rendit la pratique du
>: plusieurs
populaire. Duranr cemepériode survint l'incident du < bandit affamé
des
nuits de suite, un intrus força l'entrée du KôdÔkan et déroba les provisions
quand ils
élèves résidents. Deux érudianrs furent placés comme gardes mais
ils furent
s,arraquèrent au bandir, déguisé en ninja (espion, nettoyeur) chinois,
ricana:
sérieusemenrbartus. Après les avoir rossés cous les deux, le bandit
<<Pauvres faiblards que vous êCes,n'avez-vous Pas de meilleur gardien? > Ayant
étaient
appris les événements angoissants de la nuit, les seniors du dojo
désemparés.S,ilfallaitquatreoucinqhommesduKôdôkanpourréduireunseul
à
bandit, leur judo aurair mauvaise répuation, c'est pourquoi ils demandèrent
Sakujiro Yokoyama (1862-IgL2) de défendre l'honneur du Kôdôkan. celui-là
était connu pour son tengt|-ndge dévastateur et on le surnommait Yokoyama < le
Démon >. Il avait une fois livré un combat contre un champion de jujicsu nommé
Nakamur4 qui dura cinquante-cinq minutes avant que le chef de la Police
Métropoliraine n'intervînt et ne déclarât le combat comme nul'
Cette nuit-|à, comme prévu, le bandit tomba du plafond et il s'ensuivit une
bataille épique entre le ninja et Yokoyama' On ne connut jamais l'identité du
bandit mais il esc cerrain qu'il connaissait la boxe chinoise. Yokoyama
connaissait la sienne aussi bien et aucun des deux ne PuEprétendre à la victoire'
Iæ bandit fuc néanmoins découragéde revenir défrerYokoyama ou qui que ce soir
du Kôdôkan.

En 1895, la première version du gohlô flo trasd,les cinq Parties de f instruction,


fut officiellemenr adoprêe par le Kôdôkan. chaque Parde comPrenait huit
techniques représentatives des projections du judo: balayages, projections
autour d.u corps, suteni (<<sacrifice >, projecCionen sejetant au sol en premier)-
En 1896, on instirua officiellementle shochu-geiko, c'est-à-dire < l'entraînement

i , d'été >, la contreparrie humide er chaude de . l'entraînement d'hiver >>,pratique


ii,, déjàbieninsallée.
#:i,i',',' n"rrdrrrt cetceannée,Kano donna régulièrementdesconférencessur les Trois
;i.

LE JUJUTSU KANO 27
Piliers duJudo que I'on peut résumer comme suit:

1. < Le judo comme éducation physique. ,,


Kano enseignair que le but de l'éducation physique est de rendfe le corps o fort,
utile et sain >. De plus, l'éducation physique doic dévelopPer tous les muscles du
corps de façon harmonieuse. Il esr lamenrable, expliquait Kano, que la plupart
des sports ne développent que certains grouPes musculaires en négligeant les
aurres. Il en résulte un déséquilibre physique. Kano inventa pour les adeptes du
judo une série spéciale d'exercices d'échauffement qui fait travailler le corps
entier. Par ailleurs, l'entraînement courant rePoseaussi sur la praCique des hata
et du rand.oi. L'étude des kata fait travailler le côté droit aucant que le côté
gauche tout en inculquant les principes fondamentaux de l'attaque et de la
défense. Le randori est un entraînement libre. Dans les deux cas, cous les
mouvements doivenr être exécutésselon le principe de seiryohuZen'jto,<<l'wsagede
la force au maximum de son efficacité >.

2. <<Lejudo comme sport. >>


Le randori est la base du judo de compétirion, c'est l'élémenr sportif dans le
syscèmede Kano. Tous les mouvements Pouvant Provoquer la morr y sont
interdits. Les deux adversairesne doivenr chercher à obtenir une victoire nette
que par une technique efficace, par l'usage de leur énergie au maximum de son
efficacité et par un bon synchronisme.Le randori Permec,en outfe, de tester les
progrès réaliséscar il donne à l'étudiant des élémenrsobjecdfs pour juger de son
niveau dans la confronracion avec un partenaire. Même sr le randori est
imporranr, il est clair pour Kano que la compérition n'est qu'un asPect du
systèmeduJudo Kôdôkan et qu'il ne faut pas la surévaluer.

3. < Le judo comme apprentissagede I'éthique. >


Kano était persuadéque la pratique du judo rendrait plus vif, plus sûr de soi,
,) plus résolu er plus concentré. Le judo est aussi considéré comme un cadre
d'apprentissagede cer aurre principe essentielde Kano: jitaklôei, u I'aide et la
coopérarion mutuelles r. Si I'on appliquait dans la sociétéles principes du judo
- l'assiduité, la souplesse,l'économie, les bonnes manières et une conduice
morale - tour le monde en tirerair un grand profit.

Dans sesconférences,Kano insistait aussi sur la mise en pratique dans la vie


quotidienne des Cinq PrincipesduJudo:
1. . Observation attentive de soi-mêmeet de sa situation, observationartenrive
des autres et de l'environnement dans son ensemble.t

JUJUTSU
2. < Prendre l'initiative dans tout ce que l'on enrreprend.

3. < Examiner tout et agir résolument.>

4. " Savoirquand s'arrêler.,

5. < Garder le juste milieu enrre I'exaharioner la dépression,l'épuisement et la


paresse,la rémériréet la lâcheté."

Le judo continua à se développer à grands pas duranr les trois décennies


suivantestant auJapon qu'à l'érranger.Pendantcesannées,I'emploi du temps de
Kano fut bien rempli: il érair chef du Kôdôkan, d.irecreurde l'École Normale
supérieure de Tokyo, membre d'importanrs comirés consultatifs du
gouvernement et, à parcir de 1909, il Fur le premier et le principal délégué du
Japon au comiré olympique Inrernarional. Reconnaissancesuprême, Kano fur
élu à la Chambre des Pairsen L922.Bien qu'il conrinuât roure sa vie à donner des
conférencessur le judo et d'en faire des démonstrations, il cessaquasimenr d.e
s'entraîner à l'approche de la quarantaine.
En L902, Kano parcourur la chine à I'occasion d'une visite officielle
d'inspection du systèmeéducarif. La dynasciech'ing s'effrirair er les conditions
de vie en chine étaienr loin d'être idéales.À son .erour, Kano décida d,ouvrir
l'académie qu'il avair fondée quelques annéesauparavanr à d.eséchangesavecdes
étudiants chinois: il espérait que ces étudianrs pourraienr recevoir .. une bouffée
d'air frais > avant de s'en retourner pour contribuer à moderniser leur parrie.
sans que ce fût une obligation, plusieurs étudianrs chinois se mirent au judo au
Kôdôkan duranr leur séjour à Tokyo.
Ce devint monnaie courante de voir au Kôdôkan des visiteurs étrangers er, en
1903,un indusrriel américain, samuel Hill, invira yoshiaki yamashira (1g55-1935)
à venir enseigner aux Étars-unis le judo à son fils. yamashira étair répuré au
Kôdôkan pour avoir éré le premier à renrer d'aligner i0000 combars en une seule
année. Yamashira accepral'offre de samuel Hilt. Mais comme l,industriel n'ava-ir
Pas su présenrer son projer à son épouse,I'afFaireavorra à l'arrivée de yamashita
aux États-unis du fait du refus radical de la mère: . Le judo est violenr er brural >.
Hill fournir à Yamashita d'aurres opportunirés d'enseigner. Il organisa même
une rencontre avecle président Roosevelt à la Maison-Blanche. Suite à la lecture
de < Busbido,l'Âme duJapon >>de rnazo Nirobe (LB6z-r933), Roosevelcconçur un
vif intérêr pour les arrs marrieu.x japonais et demanda que soit organisée une
démonstration d.ejudo. Yamashita, qui mesurait 1,63 m et pesair 6g kg fut à

L E J U J U T S UK A N O 29
grand que
américain Presque deux fois plus
certe occasion opposé à un lutteur
lui.Yamashitaprojetaàplusieursrepriseslelutteuretconclutenl,immobilisant.
Roosevelt,trèstmpressionné,luifournituneplaced'enseignantdejudoàl'U.S.
dollars' La
princier pour l'époque de 5 000
Naval Academy avec un salaire
charmantefemmedeYamashita,elle-nrêmeexcellentejudoka,devintprofesseur
complètes
Le couple passa ainsi deux années
pour les dames de la haute société'
aux États-Unis.
à la Maison-
de Mirsuyo Maeda (1880-1941)
La visite de Jojiro Tomita er
Le Président
fut beaucoup moins réussie'
Blanche en 1904, l'année suivante'
pour
de judo résidât dans ia capitale
Roosevek désirart qu'un instrucreur
I'aîné
ailieurs' Kano recommanda Tomita'
remplacer Yamashica qui enseignait
d.esesdisciples.-I'omicaétaitunhommefortdigne,cultivé,avecquelques
SaigÔ' de
judo n'écait pas au niveau de ceiui de
notions d'anglais, mais son
YokoyamaoudeYamashira'Depius'quelquesannéesauParavantlils'était
sérieusementblesséàl,épaule.Kanoétaitconscientdeslimitesphysiquesde
considéré à
de l'accompagner' Maeda était
Tomita puisqu'il chargea Maeda
l'époquecommel'hommelepiusfortdesjeunesélèvesduKôdôkan'Maeda
seraittoutdésrgnépourfairelescombatscandisqueTomitaexpliqueraitla
théoriedujtrdo.Ceplanfonctionnaassezbienlorsd,unedémonstrationàWesr
PointoùMaedaaffrontalesattaquesd,unfootbaileuraméricainetd'unboxeur.
Mais,lorsd,uneréceptionàlaMaisonBlanche,leschosessegâtèrent.Aprèsune

L E J U J U T S UK A N O
démonstration de judo faite dans les règles par Tomira et Maeda, un footballeur
américain qui étair dans le public jeta un défi de façon imprompcue. Cette fois-
là, ce Fut Tomita qui s'avança au lieu de Maeda. Le résultat fut un échec: Tomita
rata une projection et fut immobiiisé, impuissant sous la masse du footballeur.
Le Président Roosevelt, diplomatiquement, décida de renoncer à d'autres
combats, ajoutant que Tomita était certainement indisposé, et toute la
compagnie quitta la salie d'entraînemenc pour ailer dlner.
Tomita retourna au Japon peu de temps après cet incident, mais Maeda resta.
Il avait été déconcerré par la pauvre prestation de Tomita et voulait
frénétiquement réaffirmer la supériorité du judo. Ii persuada quelques hommes
d'affairejaponais de lui fournir 1000 dollars comme prix et commençâ un long
programme de défis à travers toute I'Amérique du Nord ec du Sud. On raconte
que Maeda qui ne mesurait que 1,64 m et pesait 70 kg aurait livré 1000 combats,
en n'en perdant aucun dans ies compétitions de judo et en n'étant battu qu'une
ou deux fois dans des combats contre des lucteurs proFessionnels. Au Brésil où il
se fixa définitivement, on le célébrair sous le nom de <<Conte Cornte >>(le comte
Combats). C'est son style sauvage de combat qui inspira le Grarie jiujitsu et qur
perdure à l'heure actuelle dans les combacs professionnels appelés ,, no ho6s
barred r>,c'est-à-dire litréraiement ,. sans prises interdites ,.
À l'époq,.e où Maeda faisait sa tournée de combats, un Américain faisait à peu
près de même: son nom étaic Ed Sanceru. <<Santeru )>est son nom de famille rei

L E J U J U T S UK A N o 31
de premier plan
japonaisehamk'a'na'Combatcant
qu'il est transcrit dans l'écriture et du judo à
les techniques du jujitsu
en lutre occidentale,il saisit "p'l"t""' KÔdÔkan
Acôtêdes représentantsdu
rraverssesrenconcresavecdespratiquants.
qui prariquaient le jujitsu d'autres
que l'on a cités, il y avait aussi desJaponais
à i'expérience du
Écats-Unis en 1880' Grâce
écoles.Ils parcouraient déjà les
qu'ils renconcrèren!
artistes rnartiaux japonais
combat que possédaitSanteru'les
réguiièrementou au
et Santeru se mis à battre
furent privés de l'effet de surprise
moinsfaisaitmatchnulaveclesjudokasduKôdôkan.Onracontequ,ilsedéclara
japonaises'Le
de judo 2 auPrès des autoricés
plus ard o champton du monde 1924 contre
eut lieu à Los Angelesen
dernier de sescombars qui fut enregistré
un nul'
en rrois n rounds ,r,finir par
un cerrain ota du Kodôkan. Le march,
D è s l e d é b u t , K a n o d é p l o r a c e g e n r e d e c o m b a t s s a n s l e s f o r m e s - n ' a v?a-i t et
-ilpas
de promesses' Saigô' pour avoir violé la règle
exclu son disciple favori plein
étant
cet usage' le dénonçant comme
en plusreurs occaslonsil tutit condamné direction de
>' A aucun moment sous la
< contraire à l'esprit duJùdô Kôdôkan
I'essentielet la finalité uldme'
ia victoire ne représenta
Jigoro Kano au Kôdôkan,
qui soulevason indignadon' Il
Kano, à un âge dé.1à avancé'assistaà un tournoi
batcuscomme de
de colère: <tVous vous êtes
tint aux ParticlPantscesmots pleins dans vos
Il n.ï.aviit:: o"ï'.:::.1]*"
jeunes raureaux, cornes contre cornes'
qui vous intéresse
un pareil judo' Si tout ce
rechniques.Je n'ai lamais enseigné Kôdôkan >'
le
brutalc' vous ferez mourir Jtdô
c'est de glgner,mêmepar la force
I l a m a i n t e s f o i s é t é p r o u v é q u e l a s e t r l e m a î t r i s e d . e s t e c h n i q u e s n e sen
uffisair
uittoite' fn S)g'le ch-rb de judo de l'Université de Waseda
pas à assurer la
club de lume de
la vrctoire, fencontra le
visite aux États-unis, fier et sûr de du
reprise qui se fit seion les règles
I'Universiré de washington. La premièrc
10 à 0' on adopta les règlesde la
Kôdôkan vir la victoire desJaponaispar
Jùdô tous simplemenr
matrche et le résultat fut
lutte occidenrale pour la deuxième
à pile ou face'
la prrrie décisivefurenc tirées
inversé.Les règlesapplicablespour
fut tout autre'
au sort' le résultat de l'épreuve
Si lesJaponarsgagnèrentle tirage
le prévoir' ils
facile comme on Pouvait
Au lieu de s'assurerune victoire
p e r d i r e n t o u f i r e n t o m a t c h n u l ' à t t l t t s l e s c o m b a t s à l ' e x c e p t i o nde
d ' leurs
unseul
Alors que les judokas furent déconcerréspar le sryle
qu'ils gagnèrent'
adversaires,leslutteursaméricainsavlrientenrevancheapprisàconnaîtreles
au judo' Ils battirent les Japonais
judokas et avaren!adapté leurs techniqLres
avecleurs ProPresarmes' r, -
le judo prenait solidemencpied sur le vieux contlnent'
atrssr
A la même époque'
faceà un grand Européen piqua
La victorre emportéePar un minuscult'Jalonals
a u v i f l a c u r i o s t t é d u p . , b l i c m a i s l e j t r c - l o p e r d i t v i t e s o n c a r a c t è r e s e n s a ttrès
ionnel
en tant que pratitlrrc martiale' Il devinr une discipline
pour s'imposer ici

L E J U J U T S UK A N O
populaire parmi les suffragerres briranniques qui constiruèrenr une garde
rapprochéepour protéger leurs orateurs feminins contre d'éventuelsagresseurs.

Malgré les victoires nippones de Ia guerre russo-japonaisede 1904 et 1905,


beaucoup d'anciensmembres du Kôdôkan périrenr au combat dont, parmi eux,
le génêralHirose ecl'amiral Asano. Faceà la fierté narionaliste de sesconcitoyens,
Kano réagit en les enjoignant de ne pas suresrimerleurs bellesvicroiresconrre la
Chine et la Russie.La chine étair accabléepar le poids de la cour impériale et
minée par une corruption généraliséequi rendair I'armée inefficace.Ce Furentlà
Ies causesplus ou moins directesde sa déFaire.Les Russes,quant à eux, avaienr
été incapablesde ravitailler correctementleurs rroupes en hommes er en matériel
sur un front orienral trop éloigné. si la guerre avair êté livrée plus près de
Moscou, le résultar aurait été bien different. Er à ce sujet, Kano écrivir: < La
guerre n'est jamais une bonne choseet des barailles continuelles sont aurant d,e
risquesde défaice>.
En 1906, le Kôdôkan s'agrandit de nouveau. Le nouveau dojo de Shimo-
Tomisaka-chocomprait mainrenant deux-cenrsepr catamis.
C'est à cette époque quere judogi (nom correcc du . kimono >) reçut sa forme
défrnitive, celle que nous connaissonsaujourd'hui. Aucrefois, les panralons étaient
parfois très courts er les vesresfaçonnéesà parrir de mgdèles très différenrs.
En 1908, la Dièce (Assembléejaponaise)japonaise vora une loi inscrivanr la
pratique du kendo ou du judo dans le cursus des élèvesdes écolessecondaires.
En 1909, Kano fut nommé pour êrre le premier membre japonais du Comité
olympique International. Il plaida en faveur de Tokyo comme ville d'accueil des
Jeux Olympiques de 1940, mais fur pris de scrupules àL'idéed'y inclure le Jùdô
Kôdôkan en tânt que discipline olympique. En effer, Kano érair très uoublé par
l'importance grandissanre accordéeà la vicroire dans le sporr, et ne voulait pas
que le judo devînr à cette occasion l'insrrument du narionalisme. Il était
favorable à I'existence de tournois internationaux ouverts à cous, mais ne
souhaitait pas voir des nations s'opposer et érablir ainsi une supériorité raciale.
Le judo n'entra donc pas dans lesJeux avant Lg64, c'esr-à-dire bien après la mort
de Kano. on peut affirmer sansconresrarionpossibleque le judo prariqué depuis
son inrroduction dans les Jeux olympiques a peu de chose en commun avec les
idéaux originels duJùdô Kôdôkan.
Kano voyageaet enseigna à un rythme d'enfer de 1910 à l9zo. À soixanceans,
il quitta son posre de directeur de l'École Normale de Tokyo et se mic en roure

Pour un long voyagequi le mena en Europe et aux Érats-unis. Le Kôdôkan n'eur


Pas ffop à souffrir du grand rremblement de rerre de Kanro de 1923 er Kano
n'eut pas à interrompre sa tournée de conférences.
n
:i;

L E J U J U T S UK A N O 33
En!926,unesectionféminineseniorfutofficiellementinauguréeau
encouragé les femmes à pratiquer le
Kôdôkan. Kano avair roujours vivemenr
< Si vous voulez vraiment
judo er il avait l'habirud'e de faire cecte remarque:
comprendrelejud.o,regardezlesfemmess,entraîner>.Lemeilleurdisciple
féminindeKanofutvraisemblablementKeikoFukuda.Néeen191'4,elleétairla
Hachinosuke Fukuda' et fut l'aureur du
pedte-fiIle du premier maîffe de Kano'
livre < Bornfor themat >>(Née pour le tacami)'
l'île dOkinawa où il frt des recherches
En 1927,Kano eut la chancede visiter
karaté' Là' il fur le témoin dun combat
sur sa culture et évid'emment sur le
une mangouste et une vipère' Comme
organisé pour les touristes entre
vipère Parce que' comme I'observa Kano'
dordinaire, la mangouste tua la
l'animalfaisaitdujudo:oElleesquivaitlecoupdelavipèreetcontre-artaquait
o'
immédiarement dans une parfaite synchronisation
LorsdesonséjouràOkinawa,ondemandaàKanocommentunprariquantde
judochevronnésecomportaicfaceàunanimalsauvage'Ilrépondir:<Uanimal
auJapon est l'ours' Lesours sont
le plus dangereuxque nous Pouvonsrencontrer
féroceslorsqu,ilssontacculésmaisdétalentdèsqu,ilsentendentdegrandsbruits
oudèsqu,ilssontéblouispardeforteslumières.Lameilleureatrirudedejudoest
doncdegarderl,oursàdistanceparlesmoyensquejeviensdeciteretdejouerla
confrontation très dangereuse''
prud"enceplutôt que de risquer une
du prix Nobel' Rabindranath Tagore
En 1929,le philosophe indien et lauréar
et demanda à Kano d'envoyer un
(1861-1941),rendit visite au KôdÔkan
que
faisait construire à Bombay.C,estainsi
instructeur de judo à l,universitéqu,il
en Inde où il est encore pratiqué avec
le judo, voie de la douceur, prit racine
enthousiasme.
de sa vie à voyager solt au JaPon'
Kano passales vingt-cinq dernièresannées
soitàl,étrangeretfirentouttreizevoyages,visitantlesquarrecoinsdumonde.
Kano ne se plaignit jamais et
Malgré ces incessantsvoyagesfort éprouvants'
deshita(vous devezêtre fatigué !)'
n,aimair pas du rout la formule: otsukaretama
Ilsedétournairavecméprisdeceuxqui,àsonretour,luiadressaientcegenrede
politesse.
et les boissons de tous les pays' Il
Kano adorait la vie. I1 appréciait la cuisine
détestaitlafuméeetrefusairdeparticiperàdesbanquetsoirfumerétaitaucorisé.
Ilavaitunepassionpourlacalligraphieetjouaitdushahubacbl(flutejaponaise).
Ilencouragealesartsjaponaistraditionnels,toutspécialementlamusiqueetla
danse.Ilaimaitdébattred'esujetssérieuxconcernantlesaffairesnationaleset
qui se tenaient dans son bureau
internationales et, bien souvent' les discussions
minuit'
du Kôdôkan se prolongeaiencaprès
Comité Olympique au Caire pendant
En 1.938,il partrcipa à une rencontre du

LE JUJUTSUKANO
laquelle il ceuvra Pour que les Jeux de 1940 aient lieu à Tokyo' Les délégués
suggéra
européensdésiraient que la dare fûr fixée au mois d'août, mais Kano
est très
plutôt le mois de septembreen déclarant: < Au Japon, le temps en août
chaud et humide. Les parricipanrs japonais habitués à ce climat alanguissanr
auraient un avantagecertain sur les athlètesvenus d'autres Pays>'
Étant donné sespérégrinacionsincessantes,il n'est pas surPrenant que Kano
en
dêcédàtlors d'un de sesvoyageset c'est pendant le voyagedu retour du Caire
1938,à bord du Hikawamaru, que Kano tomba malade' Il mourut paisiblement
le 4 mai 1938, à l'âge de soixante-dix-huit ans.

La vie et l'enseignementde Kano se tfouvent résumésdans le texte Fondateur


du Iùdô Kôdôkan:

. I_'enseignementd,une personne de valeur Peut en influencer beaucoup; ce


cent
qui a été bien appris par une génération peut alors être transmis à
générations>.

L E J U J U T s UK A N O 35
RECLES
COUVERNANT
LESJOUTES
DEJr{lTsuAUJAPON

(1) Chacun des lutreurs


devraporter une vesreet une
celnture.
(2) un des deux rurreurs
sera décraréperdanr dès rors
que ses deux épaureser
hanchesàuronrrouchére
sol, à condirion que le dir rutreur
air arrerrisur re
sol suire à une projecr ron.(Voir
modifcattonrègleS)
(3) un des deux lu*eurs
sera reconnu perdanr si, une
fois au sol, ir se rerrouve
rmmobilisépar son adversaire
pendant au morns vrngr secondes.
(a) un des deux lurreurs
seradécraréperdanr si, suice
à une causequerconque,il
devait sombrer dans r'inconscience.
Mais il esr incongru d,uciliser
techniquesquand ' s'agit joures de reiles
de amicaresentre amis, comme
par exemple
de délivrerdescoups de pieds
ou de briserresbras,resjambes
(5) Un des deux lur ou resverrèbres.

d,abandonne.,.".i,'ol,':i,ïtï"",|i.::î:,i::':ïïJ',Hï::,:ï
appliquéespar son adversaire.
(6) Quand un des deux
lurteurs senr qu'' va êrre obligé
d,abandonneq ' doir
Frappersur le sol ou le corps
de son ad,
qu'itjugenécessaire,
dela main"" o"'ï;;.".ir:ïi"ï::ffi:t:1î
considéréecomme un gesre
de soumission.
(7) Quand un des deux rurteurs
frappe le sor ou a'reurs de ra
main en gesrede
soumtssion,le vainqueur
doit immédiatemenr rplÀeho."^_^*_
(8)euandun desdeuxrurreurs
aura,",,ru;.i*:;n:îî"tiîn.".n",
roucher le sol mais dans
l,intenrion de rnettre cette tactique à profit
pour
Pro,ererson adver:
(e)Quand
onjou,eJ' :; i,:,ïîîï:,
'
laisser alier au sor de la
;ï:m:: " :ï:ï;. ".,"
Façon qui lui convrenr mars
en général, ir esr
préférablede se laisserromber
sur le dos.
(10) Quand un des deux
rurreursqui se rrouvairsur
re dos à des hns déFensives
est relevépour être ramené
par terre à nouv
er ses hanches couchanr
re sol, .,.r, ,*lilt::"ti1î*aire,sesépautes
quesrionnemenr.
euandun non '."r,;Ji,'lirïr,rï',:::::ï.'îi
prariquanr, il esr r
régremen,ari""
"" ;;:i;::,:::,::,iffiï;.*$":,*:ïassimilé ra

LE JUJUTSU KANO
37
sera
combatteun boxeurou un lutteur'
(11) Il doit êtreclair que Ieju;itsuka,qu'il
autoriséPour.sadéfenseàseservirdetoureslestechniquesdontildispose
dans son art-
compris' que le jujisuka
(12) Il doit être plus clair encore et parfaitement
au cours
endossetoute resPonsabilité pour n'importe quelieblessuresubie
tenu Pour innocent de queiqueblessure
de ia joute et que ledit jujitsuka sera
infligéepar lui.
représenrerchaque Partle' c,est_à_dire
(13) Deux rémoins compétentsdevront
bon respecrdu règlementafin qu'aucun
quatre en tout' IIs devrontveillerau
excusepour avoir écéresponsable
desparticipanrsà la joute n'ait la moindre
d'une blessureou d'un décès'

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