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BAPTISÉ

ET
REMPLI DE L'ESPRIT
ALFRED KUEN

BAPTISE
ET
REMPLI DE L'ESPRIT

éditionC'Lemmaüs
Préface
de la 2' édition

- Avez-vous été baptisé de }'Esprit?


- Etes-vous rempli de }'Esprit?
Deux questions souvent posées en notre temps et auxquelles les deux frac­
tions les plus importantes du monde évangélique donnent des réponses diffé­
rentes.
Pour les uns, on est baptisé de }'Esprit au moment de la nouvelle naissance,
pour les autres, le baptême de }'Esprit est une expérience subséquente, mar­
quée par le parler en langues. Pour ces derniers, la plénitude de }'Esprit est
l'état dans lequel on est introduit par le baptême de }'Esprit. Pour les autres,
être«plein d'Esprit-Saint» est la caractéristique du croyant qui a remis toutes
les commandes de sa vie à }'Esprit de Dieu, c'est un état spirituel auquel cha­
que enfant de Dieu devrait aspirer: « Laissez-vous constamment remplir par
!'Esprit» (Ep 5.18).
Les deux grandes familles de chrétiens évangéliques, pentecôtistes et non­
pentecôtistes, regroupent chacune des millions de personnes. De part et
d'autre, l'expérience semble confirmer la doctrine. Qui a raison?
La divergence sur cette question est l'un des principaux obstacles à l'unité
et à la collaboration entre ces deux blocs. Est-elle sans issue? La division est­
elle irrémédiable? Certainement pas. Toutes les Eglises issues de la Réforme
s'accordent pour faire de !'Ecriture«l'autorité souveraine en matière de foi».
Ce principe est admis par les pentecôtistes aussi bien que par les autres évangé­
liques. C'est donc sur la base d'une étude sérieuse des déclarations de !'Ecri­
ture au sujet du baptême et de la plénitude de !'Esprit que la discussion entre
les deux fractions évangéliques pourrait avoir des chances de rapprocher les
points de vue et de créer une base doctrinale commune.
Est-il utopique de l'espérer? Je ne le pense pas. Il y a bien longtemps déjà,
certains leaders pentecôtistes (comme Leonhard Steiner) ont soulevé à la
Conférence pentecôtiste mondiale la question du fondement biblique de la
3
doctrine pentecôtiste du baptême de !'Esprit. Actuellement, le pentecôtisme
compte dans ses rangs des théologiens éminents et des conducteurs clair­
voyants, prêts à engager le dialogue avec leurs partenaires évangéliques.
J'en veux pour preuve une expérience personnelle qui a été pour moi une
confirmation de l'unité possible entre les deux familles - même sur le plan
doctrinal.
A la fin d'une journée d'entretiens fraternels avec des amis pentecôtistes,
le responsable des Eglises pentecôtistes et pentecôtisantes d'un pays m'a dit:
«Vous savez: nous ne sommes pas des théologiens. Nous avons fait emiines
� nous avons cherché à les...justifi�e». N'étiint
pas sûr que c'était bien là ce qu'il voulait dire, je lui ai demandé de le répéter.
«Oui, me dit-il, il en est bien ainsi». En rapportant plus tard cet entretien au
président d'une association théologique pentecôtiste de tout un continent, il
m'a simplement répondu: «Cela est vrai, frère, cela est vrai».
A côté des pentecôtistes, beaucoup de charismatiques ont également adopté
la théorie du baptême de!'Esprit, seconde expérience. Mais là aussi, les fronts
ne Will µas aüssi tranchés qu'il apparaîc à première vue et ia position doctri­
nale est loin d'être unanime. Les charismatiques catholiques ont, de tout
temps, été réticents devant l'appellation «baptême de !'Esprit» appliquée à
une expérience de renouvellement spirituel. li y a une quinzaine d'années, les
évangéliques charismatiques anglais (M. Harper, Fountain Trust) et le Conseil
évangélique de l'Eglise anglicane (J. Stott et autres) se sont retrouvés pour éla­
borer un document commun attestant un large consensus sur ces questions
doctrinales (voir Ichthus n° 75, mai 1978). En Suisse romande, des rencontres
analogues entre des conducteurs spirituels se situant dans les deux lignées ont
aussi abouti à une Déclaration commune (non publiée) qui disait entre autres:
«Nous refusons d'enfermer la vie chrétienne dans un schéma comportant
une ou deux ou trois expériences-types par lesquelles chaque chrétien devrait
obligatoirement passer... Selon /'Ecriture, nous croyons que l'expression
«baptisé dans /'Esprit» se rapporte à la nouvelle naissance, expérience initiale
de la vie chrétienne. Nous sommes unanimes à reconnaître aussi que, pour
des raisons diverses, ceux qui entrent dans la vie du Christ et de son Eglise
ne saisissent pas nécessairement et aussitôt tout ce qui nous y est donné. C'est
pourquoi nous croyons qu'au cours de sa croissance, le chrétien peut connaître
des expériences marquantes qui approfondissent sa vie spirituelle, renouvel­
lent son zèle, l'amènent à un service plus efficace. Par souci de clarté, nous
éviterons l'emploi de l'expression«baptême dans /'Esprit» pour ces expérien­
ces-là, tout en admettant la réalité d'un renouvellement constant dans la vie
de /'Esprit.
«La Parole de Dieu ne nous enjoint nullement d'avoir, sur tous les détails,
la même opinion pour rester en communion et pour marcher d'un même pas.
Elle nous fait espérer, au contraire, grâce à cette marche en commun, un
approfondissement de notre unité de pensées et de sentiments. Etant unis sur
les doctrines fondamentales de la foi, nous voulons rester en communion les
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uns avec les autres et co!!aborer là où le Seigneur nous y conviera et où nous
pourrons le faire en toute liberté intérieure. Nous voulons continuer à nous
considérer comme des serviteurs de Dieu, responsables devant notre Maître
à qui nous aurons à rendre compte de nos options. Nous voulons donc nous
abstenir de juger ou de mépriser notrefrère ou notre sœur et rechercher plutôt
ce qui contribue à la paix et à !'édification mutue!!e (Rm 14.4-12,19). Nous
reconnaissons qu'il n'est pas facile de vivre l'unité que Christ nous demande
de manifester devant le monde (ln 17.21,23), mais que nous devons nous effor­
cer de la conserver par le lien de la paix (Ep 4.3)
Avec de telles prémisses, les conditions d'un dialogue fructueux entre évan­
géliques et pentecôtistes sont réalisées - du moins chez nos amis pentecôtis­
tes. J'ai dit à ces frères: « li y a deux obstacles, du point de vue théologique,
à une entente entre les deux grands blocs du monde évangélique actuel: du
côté des évangéliques, c'est la théorie de la cessation de certains dons après
le premier siècle (théorie partagée par une partie seulement des évangéliques);
du côté pentecôtiste, c'est la théorie du baptême de l'Esprit, seconde expé­
rience, dont le signe - obligatoire ou normal - est le parler en langues. Si
les uns et les autres voulaient renoncer à ces théories non bibliques, l'évangéli­
sation du monde ferait un grand pas en avant: les uns apporteraient leur zèle,
inspiré par leur amour du Seigneur, les autres, leur connaissance de la Parole
de Dieu, inspirée par le même amour du Seigneur et de Sa Parole».
J'ai écrit le livre Dons pour le service en partie pour réfuter la théorie de
la cessation de certains dons et pour engager les chrétiens de notre temps à
ouvrir leurs cœurs à tous les cadeaux que le Seigneur veut nous faire. Ce livre­
ci désire apporter à tous ceux qui veulent fonder leur foi sur la Parole de Dieu
un exposé de ce que la Bible enseigne sur le baptême et la plénitude de !'Esprit.
La Révélation et l'expérience religieuse sont les deux pôles indispensables
d'une vie chrétienne authentique - comme les deux pôles d'une connexion
électrique. Sans l'expérience personnelle de la nouvelle naissance et de la vie
de communion avec le Seigneur, la Bible reste lettre morte. Mais l'expérience
- même partagée par des personnes nombreuses et d'une piété exemplaire -
ne peut jamais fonder ou justifier une doctrine ou devenir la norme de la vie
chrétienne. «Ta Parole (et elle seule) est la vérité» (Jn 17.17). li ne s'agit ni
de nier ni de dévaluer des expériences authentiques faites avec le Seigneur (le
ch. XI propose différentes interprétations positives possibles de la «seconde
expérience»), mais de leur donner une place et une signification conciliables
avec les données bibliques.
C'est le but de ce livre, paru en 1976 sous le titre Le Saint-Esprit: baptême
et plénitude et épuisé depuis bien des années. Sa réédition a été demandée de
divers côtés. li reparaît sous un titre mieux adapté aux données bibliques (voir
p. 118) et moins équivoque (le titre précédent pouvait faire penser à un exposé
général de la doctrine du Saint-Esprit, sujet déjà magistralement traité par
René Pache dans La Personne et !'œuvre du Saint-Esprit). Nous souhaitons
qu'il puisse servir à faire découvrir à chacun les richesses que Dieu a réservées

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à tous ses enfants dans une vie remplie de l'Esprit, à enseigner «plus exacte­
ment la voie de Dieu» (Ac 18.26) à ceux qui sont prêts à «examiner toutes
choses et retenir ce qui est bon» (1 Th 5.21) et à rapprocher entre eux des chré­
tiens qui servent le même Seigneur avec des compréhensions différentes.

A. Kuen
Saint-Légier, juin 1993

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Introduction

« La grâce de !'Esprit est vraiment nécessaire si


nous voulons nous occuper du Saint-Esprit; non
pour que nous en parlions d'une manière correcte
- car cela est impossible - mais pour que nous
puissions passer à travers ce sujet sans danger, en
ne disant que ce que les divines Ecritures contien­
nent. »
Cyrille de Jérusalem (IV• s.)
(Catéchèse XVI, 1)

• Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru? » (Ac. 19.


2). Pendant de longs siècles, les chrétiens auraient sans doute répondu
à cette question de l'apôtre Paul comme les disciples d'Ephèse : « Nous
n'avons même pas entendu dire qu'il y ait un Saint-Esprit. » L'Esprit
Saint était vraiment « la personne évincée de la Trinité » . Etait-ce
e arle pas de lui-même (Jn. 16. 3 que les chrétièns ont
oublié de le mentionner? usqu'au e siècle, nous dit Karl Barth,
la pneumatologie, c'est-à-dire la doctrine du Saint-Esprit, était le
domaine oublié de la théologie. On chercherait en vain, dans les
dogmatiques des siècles passés, un développement au sujet du baptê­
me du Saint-Esprit.
Il n'en est plus de même aujourd'hui : partout on parle du Saint­
Esprit, on vous demande si vous l'avez reçu, des centaines de livres
ont été écrits à son sujet (on m'en a signalé trois cent soixante en
anglais, une centaine en allemand). Comment expliquer ce revire­
ment?
Au cours du XIXe siècle, certains revivalistes américains ont com­
mencé à parler de la Personne et de la puissance du Saint-Esprit.
Le " mouvement de sainteté » prêchait 1� sanctification par !'Esprit.
Dans son sillage naissait, avec ce siècle, le « mouvement de Pente­
côte » dont la caractéristique essentielle est l'insistance sur le Saint-
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Esprit et ses dons. Ce mouvement se répandra rapidement à travers
le monde et y deviendra, en moins d'un demi-siècle, « la troisième
force du christianisme» (Van Dusen).
Durant ces deux dernières décennies, l'enseignement pentecôtiste
s'est répandu peu à peu dans les « Eglises historiques» (réformées,
luthériennes, anglicanes). Les « Jesus People» lui ont donné une
publicité et une diffusion inattendues. A partir de 1960, des groupes
de prière charismatiques se sont constitués dans les grandes Eglises
protestantes, puis, après 1967, dans l'Eglise catholique romaine. L'im­
portance donnée au Saint-Esprit et à ses dons est la caractéristique
commune de ces différents groupes plus ou moins informels.
Juste réhabilitation d'une Personne méconnue, revanche éclatante
d'une doctrine mise sous le boisseau, vogue passagère ou séduction
diabolique ? Une chose est certaine : dans la mesure où pente­
côtisme et néo-pentecôtisme ont rappelé aux chrétiens la nécessité
de compter davantage sur !'Esprit de Dieu, de rechercher les dons
spirit11els et d'aspirer à la plé!1ituè.e de !'Espri�. !'Eglise chrétienne
ne peut que leur en être reconnaissante.
Cependant, à côté de doctrines foncièrement bibliques, les diffé­
rents mouvements ont aussi apporté un certain nombre d'idées nou­
velles : Finney parlait d'un " baptême de puissance » que son collè­
gue Asa Mahan appellera « baptême du Saint-Esprit». L'évangéliste
R. Torrey a codifié cet enseignement et l'a répandu dans tout le monde
évangélique. Le " mouvement de sainteté» insistera sur la nécessité
d'une « seconde bénédiction» qui permet au Saint-Esprit de nous
sanctifier èt de se manifester au travers de nous.
On parlera de cette seconde expérience comme d'un «revêtement
de puissance», de l' « onction pour le service», de la « pleine béné­
diction de la Pentecôte», du secret d'une vie triomphante, de l'entrée
en Canaan, des fleuves d'eau vive, de la plénitude de !'Esprit... Etait
liée à cette deuxième expérience, pour les uns : notre sanctification,
pour les autres : la puissance pour le service. Le pentecôtisme com­
binera ces deux notions et y ajoutera, comme signe initial visible de
la venue de !'Esprit, le parler en langues. Il en fera sa doctrine spéci­
fique et constitutive, comme le précise un traité émanant de ce mou­
vement : " Les pentecôtistes croient - et ce sont là leurs seules
doctrines et pratiques distinctives - que le baptême de !'Esprit est
une expérience définie que les chrétiens font après leur conversion,
qu'elle est accompagnée de la " manifestation de l'Esprit» comme au
jour de la Pentecôte. Ils croient que, par la grâce de Dieu, cette expé­
rience peut encore être faite aujourd'hui dans l'Eglise. » 1
N. B. - Les nombres entre parenthèses qui suivent les titres d'ouvrages
rem·oient à la bibliographie en fin de volume.
1 (What is this Pentecostal Movement, Ed. British Pent. Fellowship, cité

par N. Bloch-Hoell: The Pentecostal Movement {18) p. 129.) A la conférence


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Les divers mouvements charismatiques ont plus ou moins repris
la doctrine pentecôtiste du baptême de l'Esprit - qu'ils appellent
parfois : effusion de l'Esprit. Pour certains pentecôtistes ou néo­
pentecôtistes (c'est-à-dire charismatiques), on ne reçoit l'Esprit qu'au
cours de cette seconde expérience. Pour d'autres, ce sont les dons
spirituels ou la puissance pour le service ou la pléPitude de l'Esprit
qui nous sont conférés à ce moment-là ; nous devenons alors mem­
bres du Corps de Christ - après avoir été « seulement sauvés » lors
de notre conversion.
Ces doctrines ont créé bien des difficultés dans l'Eglise. Beaucoup
de chrétiens sincères se demandent s'ils ont reçu le Saint-Esprit, s'il
ne leur manque pas une part importante des bénédictions divines
lorsqu'ils n'ont pas fait de « deuxième expérience », s'ils ont la puis­
sance pour résister au péché et servir le Seigneur lorsqu'ils n'ont pas
parlé en langues. Certains se demandent avec angoisse pourquoi Dieu
leur refuse cette faveur ; ils attendent, supplient, recherchent pendant
des mois, voire des années, et se sentent frustrés d'une grâce essen­
tielle.
L'Adversaire a deux moyens de nous priver des bénédictions d'une
vérité biblique: ou il nous la cache, ou il en fait une pomme de dis­
corde. Après être resté ignoré pendant de longs siècles, l'enseigne­
ment sur le Saint-Esprit est devenu un sujet de divisions entre chré­
tiens. L'apôtre Paul affirmait: « Il y a un seul Corps et un seul
Esprit. » Mais l'Adversaire s'est précisément servi des conceptions
différentes de l'Esprit pour scinder le Corps. « Nous avons tous été
baptisés dans un seul Esprit pour former un seul Corps » (1 Cor. 12.
13). Or, c'est la doctrine du baptême de l'Esprit qui cause actuelle­
ment le plus de difficultés et de divisions dans le Corps de l'Eglise.
« Parmi les grandes vérités concernant la personne et l'œuvre du

de 1955 à Stockholm, Donald Gee, le théologien sans doute le plus influent


du pentecôtisme mondial, demandait : « Quelle est la seule chose qui fasse du
mouvement pentecôtiste une entité séparée? C'est le baptême dans le Saint­
Esprit avec le signe initial du parler en d'autres langues selon que !'Esprit
donne de s'exprimer. Et, sur ce point, le mouvement de Pentecôte parle avec
une unanimité impressionnante.» (Pentecost No 34, déc. 1955, cité par Bruner
(30), p. 58.)
Leonhard Steiner, qui représente le pentecôtisme suisse, déclare : « Ce qui
distingue le mouvement de Pentecôte d'autres branches de l'Eglise, c'est la
doctrine du baptême de !'Esprit et des dons spirituels.» (Mit folgenden
Zeichen [175), p. 174.) Tous les leaders du mouvement (Barrat, L. Pethrus,
G. Jeffreys, etc...) ont fait des déclarations semblables. « Si l'on ne peut pas
parler d'une « doctrine pentecôtiste», il faut reconnaître cependant que tou­
tes les Eglises de Pentecôte enseignent la nécessité et la possibilité du bap­
tême du Saint-Esprit.» (L. Eisenloffel : Ein Feuer auf Erden (56), p. 50.) « La
doctrine du baptême du Saint-Esprit ne peut être abandonnée sans détruire
le caractère distinctif du mouvement.» (Nils Bloch-Hoell (18), p. 129.)
Trois traits caractérisent la doctrine pentecôtiste du « baptême de !'Es­
prit» : 1) le fait qu'il s'agit d'une expérience distincte de la conversion et
postérieure à elle; 2) qu'elle ait pour signe le parler en langues; 3) qu'elle
doit être sérieusement recherchée (F.D. Bruner ( 30), p. 61.)

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Saint-Esprit, nous dit le Dr J. D. Pentecost, il n'en est aucune sur
laquelle il y ait tant de confusions et de malentendus que sur celles
qui se rapportent au baptême dans l'Esprit. » 2 « A la place d'un seul
corps formé par un seul baptême spirituel, nous voyons surgir deux
corps : conséquence inévitable des deux baptêmes spirituels. » (Merrill
Unger). 3
Pendant un demi-siècle, la théorie des « deux corps • (sauvés et
baptisés de l'Esprit) restait confinée aux milieux pentecôtistes. Depuis
les années 60, cette conception du baptême de l'Esprit s'est répandue
dans les autres Eglises et y a gagné de nombreux adeptes. La ligne
de clivage entre les deux blocs passe donc à l'intérieur de toute la
chrétienté évangélique.
C'est pourquoi il est de la plus haute urgence d'examiner sérieu­
sement ce problème à la lumière de l'Ecriture et de voir quelle
réponse elle donne aux questions que se posent de plus en plus de
chrétiens
Tous les �oyants ont-ils re;u le Saint-Esprit ?
Est-il reçu en une ou en deux fois ?
Qu'est-ce que le baptême du Saint-Esprit ?
Qu'est-ce que la plénitude du Saint-Esprit ?
Comment être rempli de l'Esprit ?
Le parler en langues est-il le signe obligatoire - ou normal - du
baptême ou de la plénitude de !'Esprit ?
Le chrétien doit-il faire une deuxième expérience pour avoir tous
les privilèges et les dons que Dieu lui réserve ?
Y a-t-il deux sortes de chrétiens ?
Quelle est la signification et la valeur de cette seconde expérience
que tant de chrétiens ont faite ?
Les deux conceptions sont-elles absolument inconciliables ?
Ces questions se sont posées pour la première fois il y a quelque
trente-cinq ans à un groupe de jeunes chrétiens dont l'auteur faisait
partie. Certains membres du groupe avaient fait l'expérience souhai­
tée, d'autres l'ont recherchée en vain. Cela nous a obligés à sonder la
pensée du Seigneur dans sa Parole et à comparer sans cesse nos
découvertes à celles des autres chrétiens.
2 J Dwight Pentecost : The Divine Comforter (142), p. 136. C'est aussi
ce que dit Kurt Hutten, le grand spécialiste des mouvements chrétiens dissi­
dents : « Ce qui a créé la véritable séparation (entre le christianisme tradi­
tionnel et le pentecôtisme) , c'est l'enseignement donné dans les milieux pente­
côtistes au sujet du « baptême du Saint-Esprit ». Préface à Morton Kesley :
Zungenreden ( 101), p. 18. « Peu de doctrines bibliques ont causé autant de
divisions et d'amertume dans l'Eglise. L'Adversaire a insufflé aux chrétiens
la peur du Saint-Esprit. Il a fait adopter à des croyants sérieux des positions
extrêmes, de droite ou de gauche. » (0. Sanders : The Holy Spirit and His
Gifts ( 160), p. 7.) Voir aussi Bridge-Phypers : Spiritual Gifts and the Church
( 24), pp. JOl SS.
3 The Baptism and Gifts of the Holy Spirit ( 188), p. 36.

10
Tout au long de ces années, ce problème est resté posé. Le rebon­
dissement de la controverse lors de la naissance du néo-pentecôtisme
nous a amenés à re-étudier avec plus de soin tout ce qui concerne
la personne et l'œuvre du Saint-Esprit. Il fallait donc reprendre à la
fois l'étude de la Bible et celle de la littérature plus ou moins récente
consacrée à ce sujet.
Ce fut avec une entière ouverture au Seigneur et à sa Parole que
cette étude fut entreprise et poursuivie. Le Saint-Esprit lui-même
n'a-t-il pas implanté dans nos cœurs le désir de vivre une vie qui
soit vraiment à la gloire de Dieu et de servir le Seigneur au mieux
de ses intérêts ? N'est-il pas l' « Esprit de vérité » qui veut nous « con­
duire dans toute la vérité ? » Notre intérêt suprême, à tous, n'est-il
pas de bénéficier de toutes les richesses que Dieu voudrait nous accor­
der ?
Mais, dans cette recherche, ni la sincérité ni la spiritualité des
chrétiens ne sauraient nous servir de gages de la vérité. Seule la
Parole de Dieu pourra être notre guide. C'est pourquoi l'étude bibli­
que occupera une place primordiale dans ce livre. Nous espérons, qu'à
l'exemple des chrétiens de Bérée (Ac. 17. 1 1) , nos lecteurs vérifieront
toutes nos affirmations dans !'Ecriture.
Pouvons-nous simplement demander à ceux qui voient les choses
autrement que nous, d'examiner honnêtement et sans passion l'en­
semble de nos arguments avant de mettre ce livre de côté. En effet,
nous ne mettons en doute aucune expérience spirituelle authentique,
nous cherchons seulement à comprendre pourquoi des chrétiens tout
aussi sincères et consacrés arrivent à des positions diamétralement
opposées et nous nous demandons comment il serait possible de
rapprocher les points de vue sans sacrifier aucune affirmation bibli­
que.
Si, parfois, la controverse leur paraît dure et les arguments agres­
sifs, qu'ils veuillent se souvenir de la parole de Vinet : « Il n'y a pas
de charité pour les idées » . Nous ne voulons pas attaquer des per­
sonnes, mais des doctrines, car de fausses doctrines font, dans les
personnes, une œuvre de mort. Souvenez-vous avec quelle vigueur et
quelle apparente dureté le Seigneur et les apôtres contre-attaquaient
lorsque la vérité était en jeu (Mt. 23 ; Jn. 8. 30-47 ; 2 Cor. 1 1-12 ; Gal.
1. 6-10 ; Col. 2. 4-23 ; 1 Ti. 1. 6-7 2 Pi. 2 ; 1 Jn. 4. 1-6 ; 2 Jn. 10. .. )
Car, pour eux, amour et vérité n'étaient pas deux entités indé­
pendantes, elles étaient indissolublement liées l'une à l'autre (Ro. 12.
9 ; Eph. 4. 15 ; 1 Jn. 3. 18 ; 2 Jn. 1. 1-2) et l'on ne saurait mieux témoi­
gner son amour aux frères qu'en leur disant ce qui est vrai. D'ail­
leurs, si leur expérience est authentiquement d'origine divine, qu'ont­
ils à craindre ? Nul ne peut la leur ravir. Nous n'avons, en tout cas,
pas l'intention de leur démontrer qu'elle n'a aucun sens ou même
11
qu'elle relèverait d'un psychisme déréglé ou d'influences démonia­
ques. 4 Nous voudrions simplement lui redonner sa place normale
dans le plan de Dieu tel que nous le présente !'Ecriture.
Mais, d'un autre côté, notre propos ne se limite pas à rassurer
ceux qui ont peut-être été troublés dans leur quiétude par le témoi­
gnage de chrétiens qui ont fait une nouvelle expérience avec le Sei­
gneur et dont la vie a été bouleversée par la puissance de !'Esprit
libérateur. Il est parfois bon d'être secoué et troublé, car Dieu veut
pour nous davantage que cette vie spirituelle végétative et cette fai­
blesse de nos communautés dont nous nous contentons trop souvent.
Il nous a promis « des fleuves d'eau vive » , c'est-à-dire la plénitude
de son Esprit, et commande à tous les chrétiens d'être remplis de
!'Esprit (Ep. 5. 18). 5
L'enjeu est de taille : il y va, en fait, de l'unité de la fraction la
plus dynamique du christianisme actuel : la branche évangélique qui
connaît, en cette seconde moitié du XXe siècle, un essor sans précé­
dent, mais ciui �e trouve en même temps proforidément scindée sur
cette question du « baptême du Saint-Esprit».
Si ce livre peut contribuer à un rapprochement entre les deux
blocs et à une compréhension réciproque malgré les divergences d'opi­
nions, voire à une marche en commun en attendant que le Seigneur
donne une entière clarté sur tous les points (Phil. 3. 15), ni les efforts
de l'auteur, ni ceux du lecteur n'auront été inutiles et Dieu en serait
certainement glorifié. C'est là tout notre désir.

4 Voir chap. X I : Significations d e l a seconde expérience.


5 Voir chapitres VIII et IX.

12
CHAPITRE PREMIER

Saint-Esprit,
Ecriture et expérience

« Toute !'Ecriture est inspirée de Dieu... pour que


l'homme de Dieu soit pourvu de tout et préparé à
toute bonne œuvre. » (2 Tim. 3. 16-17. )

Quel est le rapport entre le Saint-Esprit, !'Ecriture et l'expérience


chrétienne ?

A. LE SAINT-ESPRIT A INSPIRÉ L'ECRITURE


La Bible affirme très clairement avoir été inspirée par le Saint­
Esprit : « Toute !'Ecriture est inspirée de Dieu» (2 Tim. 3. 16). « C'est
poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de
Dieu» (2 Pi. 1. 21).
L'Esprit de Dieu a inspiré aussi bien les auteurs de l'Ancien Testa­
ment (2 Sam. 23. 2 ; Ez. 1 1. 5 ; Mich. 3. 8 ; Mc. 12. 36 ; Ac. 1. 16 ; 4.
25 ; 28. 25 ; Héb. 3. 7 ; 9. 8 ... ) que ceux du Nouveau (Jn. 14. 26 ; 1 Cor.
2. 13 ; 14. 37 ; Eph. 3. 4-5 ; Apoc. 2. 7 ...). On ne peut donc pas opposer,
à la révélation biblique, une prétendue révélation immédiate du Saint­
Esprit qui contredirait la première. La voix authentique du Saint­
Esprit ne peut que confirmer ce que ce même Esprit a dit « officiel­
lement» dans !'Ecriture. On a prétendu que les évangéliques auraient
une nouvelle Trinité : « le Père, le Fils et la Bible». De telles affir­
mations sont dangereuses, car elles opposent à tort Bible et Saint­
Espri t. L'Esprit s'adresse à nous par !'Ecriture, il en éclaire les paroles
et le.s..re.nd. ivaµtes I?Our nous.

B. LA BIBLE SEULE RÉVÉLATION NORMATIVE


La Parole de Dieu contient la seule révélation normative de Dieu.
Elle est ennerement suffisante pour nous conduire dans toute la
Ybi!.t
13
Ce qu'en dit ! ' Ecriture
Dieu dit par Moïse : « Vous n'ajouterez rien à ce que je vous pres­
cris, et vous n'en retrancherez rien» (Deut. 4. 2 ; cf. 12. 32). L'auteur
des Proverbes nous avertit : « N'ajoute rien à ses paroles, de peur qu'il
ne te reprenne et que tu ne sois trouvé menteur» (Prov. 30. 6 ; cf.
Eccl. 3. 14). Jésus, le Fils de Dieu, nous a apporté la révélation défi­
nitive (Héb. 1. 1-3). Il est lui-même la vérité (Jn. 14. 6). Il a transmis
à ses disciples tout ce qu'il a entendu du Père (Jn. 15. 15). Avant de
quitter ce monde, il a rendu compte de sa tâche à son Père : « ]'ai
achevé l'œuvre... je leur ai donné les paroles que tu m'as données »
(Jn. 17. 4, 8). Les apôtres, sans doute, n'étaient pas capables de tout
comprendre ni de tout retenir, mais Jésus leur promit que, lorsque
l'Esprit viendrait, il leur rappellerait ce qu'ils ont entendu et les con­
duirait dans toute la vérité (Jn. 16. 13).
Les auteurs du Nouveau Testament sont conscients d'être déposi­
taires d'une révélation définitive, destinée à être la seule norme des
chrétiens de tous les temps : « Je vous rappelle, frères, l'Evangile que
je vous ai annoncé, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez
fermes, et par lequel vous êtes sauvés, si vous le retenez tel que je
vous l'ai annoncé ; autrement, vous auriez cru en vain» (1 Cor. 15.
1-2). « Si nous-mêmes, ou si un ange du ciel vous annonçait un évan­
gile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit ana­
thème !. .. Je vous déclare, frères, que l'Evangile qui a été annoncé
par moi n'est pas d'inspiration humaine ; car moi-même je ne l'ai
ni reçu, ni appris d'un homme, mais par une révélation de Jésus­
Christ» (Gal. 1. 8-9, 1 1-12 ; cf. Eph. 3. 3-5 ; 1 Cor. 1 1. 23 ; 15. 3 ; 2 Cor.
2. 17 ; 1 Th. 2. 13 ; 4. 15 ; Col. 1. 25).
Jude parle de • la foi transmise aux saints une fois pour toutes »
(Jude 3), et l'apôtre Jean demande constamment : « Que ce que vous
avez entendu dès le commencement, demeure en vous » (1 Jn. 2.24 ;
2 Jn. 3. 1 1). « Quiconque va plus loin et ne demeure point dans la
doctrine de Christ n'a point Dieu» (2 Jn. 9).
L'Apocalypse se ferme sur un sérieux avertissement qui pourrait
s'appliquer à l'ensemble des livres bibliques : « Je l'atteste à quicon­
que entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu'un y
ajoute quelque chose, Dieu ajoutera (à son sort) les plaies décrites
dans ce livre. Et si quelqu'un retranche des paroles du livre de cette
prophétie, Dieu retranchera sa part de l'arbre de vie et de la ville
sainte décrits dans ce livre» (Ap. 22. 18-19).

Révélation définitive et s uffisante


La révélation de Dieu donnée dans les livres bibliques est défini­
tive et suffisante. Elle contient tout ce que les chrétiens ont besoin
14
de connaître pour être conduits « dans toute la vérité ,, (Jn. 16. 13).
L'apôtre Paul dit que l'Ecriture a été inspirée par Dieu « pour que
l'homme de Dieu soit accompli (parfait, entièrement équipé, pourvu
de tout) et propre à toute bonne œuvre ,, (2 Tim. 3. 17). Aurait-il
besoin d'autre chose ?
La Parole de Dieu nous donne la vie (Mt. 4. 4 ; Jn. 20. 31 ; Ja. 1. 18 ;
1 Pi. 1. 23 ; Ro. 10. 5) ; l'assurance (1 Jn. 5. 13-14), la joie (1 Jn. 1. 1-
4) et l'espérance (Ro. 15. 4). Elle nous a été transmise pour nous ensei­
gner, nous convaincre, nous corriger et nous éduquer dans ce qui est
juste (2 Tim. 3. 16).
Si de telles affirmations sont valables pour les écrits de l'Ancien
Testament, elles le sont, à bien plus forte raison, pour ceux du Nou­
veau Testament qui constituent le dernier mot de la révélation divine.
Dans les épîtres, en particulier, les auteurs inspirés donnent aux chré­
tiens toutes les indications et tous les conseils nécessaires pour parve­
nir à une vie spirituelle conforme au plan de Dieu.
Les chrétiens du premier siècle avaient les mêmes problèmes et
les mêmes difficultés que nous. Pour répondre à des situations locales
très diverses, le Saint-Esprit a inspiré aux apôtres des écrits contenant
les principes directeurs capables de répondre aux besoins spirituels
des chrétiens de tous les temps et de tous les lieux. Ce qui nous est
essentiel est répété souvent dans ces lettres. Ce que ces lettres passent
sous silence, n'a certainement pas d'importance pour nous. 1 C'est
dans ces épîtres et dans l'enseignement de Jésus tel que nous le trou­
vons dans les évangiles - bien plus que dans l'histoire des débuts
du christianisme (les Actes) - que les Eglises chrétiennes de toujours
ont trouvé la source des doctrines qui ont guidé leur enseignement et
leur vie. 2
1 « Pour la présente économie, la Parole de Dieu ne saurait être considérée

que comme une œuvre absolument finale du Saint-Esprit. Celui-ci ne s'astrein­


dra donc jamais à nous apprendre par d'autres moyens ou sous une autre
forme ce qu'il nous a déjà enseigné une fois pour toutes dans !'Ecriture.
D'autre part, tout ce qu'il n'a pas « trouvé bon » de nous révéler dans le
domaine des expériences générales de la vie chrétienne, nous est totalement
inutile, sinon nuisible. Rechercher ailleurs de la lumière, sur des matières
qui ne se trouvent pas éclairées par ce divin flambeau, serait donc une vaine
présomption... Toute prétention à une illumination particulière doit donc
être l'objet de la plus attentive vigilance, et elle devra être inexorablement
rejetée si elle se montre contraire à l'analogie des Ecritures. » (R. Dubarry :
Les voies habituelles du Saint-Esprit. Pour faire connaissance avec un idéal
d'Eglise. Nîmes 1953, p. 149.)
2 « La révélation du dessein de Dieu dans !'Ecriture doit être cherchée
dans les parties didactiques plutôt que dans les sections historiques. Plus pré­
cisément, nous devrons le rechercher dans l'enseignement de Jésus, dans les
sermons et les écrits des apôtres, et non dans les sections purement narra­
tives des Actes. Ce que !'Ecriture nous décrit comme étant arrivé à d'autres,
n'est �as nécessairement pour nous, alors que nous devons nous approprier
ce qu elle nous promet et obéir à ce qu'elle nous commande. " J. Stott : The
Baptism and Fullness of the Ho/y Spirit (177) , p. 6.
Dans la réédition revue de son livre ( Baptism and Fullness ( 178), novcm-
15
Ce rôle unique, normatif et pleinement suffisant de la Parole de
Dieu a été souligné par les chrétiens de tous les temps. 3

C. LE SAINT-ESPRIT ET NOTRE EXP:ËRIENCE CHR:ËTIENNE


Jésus nous a dit que, lorsque le Consolateur serait venu, il convain­
crait « le monde en ce qui concerne le péché, la justice et le juge­
ment » (Jn. 16. 8) . L'action du Saint-Esprit en nous commence donc
dès avant notre conversion, quand nous faisons encore partie du
« monde » . Lorsque nous nous repentons de nos péchés et que nous
nous tournons vers Dieu, l'Esprit nous fait naître de nouveau (Jn. 3. 5 ;
cf. Tit. 3. 5-6) et vivre d'une vie nouvelle (Ga. 5. 25) . Au moment
même où nous croyons en Christ, nous recevons le Saint-Esprit (Jn.
7. 38-39 : Ro. 5. 5 ; Gal. 3. 13-14) , nous sommes scellés (Eph. 1. 13) et
oints (1 Jn. 2. 20, 27) par lui. Toutes ces images se rapportent à une
seule et même réalité spirituelle et en décrivent divers aspects. Désor­
mais, le Saint-Esprit habite dans le cœur du croyant (Jn. 14. 16-17 ;
16. 7 ; Ro. 9-11 ; 1 Co. 3. 16-17 ; 6. 19 ; 2 Co. 13. 5 ; Gal. 4. 6 ; 2 Ti.
1. 14 ; J a. 4. 5 ; 1 Jn. 2. 27 ; 3. 24) et y produit les fruits de l'Esprit (Ga.
5. 22 ; Ro. 8. 2-4) . Il nous donne la paix et la joie (Ro. 15. 13), nous
fortifie au moment des difficultés (Phm. 1. 19 ; 1 Pi. 4. 14) et nous
conduit dans le droit chemin (Ro. 8. 14 ; Ga. 5. 16, 18) . Il illumine les
yeux de notre cœur (Eph. 1. 18) lorsque nous lisons la Parole de Dieu

bre 1975 ) , J. Stott précise que « ce qui est descriptif n'est valable que dans
la mesure où c'est interprété par ce qui est didactique... la valeur de ces récits
ne réside pas simplement dans la description, elle est dans l 'explication. »
(pp. 15-16.)
s « Les Ecritures saintes et divinement inspirées suffisent à elles seules
pour faire connaître la vérité » (Athanase). « Nous sommes résolus de ne rien
écouter et de ne rien dire au-delà de ce qui est écrit » ( Id.) « Le Montanisme
fut officiellement rejeté parce qu'il se prévalait de révélations supplémen­
taires. Par cette décision, l'Eglise affirmait qu'elle ne croyait pas que le Saint­
Esprit donnerait de nouvelles révélations complétant celles des Ecritures. »
C.C. Ryrie : The Ho/y Spirit (157 ) , p. 1 12.
« Ce qui est écrit, crois-le, ce qui n'est pas écrit, ne Je recherche pas »
( Athanase).
« Tout ce qui n'a pas pour soi l'autorité des Ecritures, peut être méprisé
aussi facilement que prouvé > (Jérôme). • La sécurité de notre foi dépend du
témoignage des Ecritures divines (Cyrille de Jérusalem). «Tous les articles de
foi sont suffisamment établis dans la Sainte Ecriture pour qu'on n'en éta­
blisse aucun de plus » ( Luther). « Nous voulons suivre la seule Ecriture sans
y mêler aucune chose qui ait été controversée du sens des hommes sans la
Parole de Dieu » (Calvin). Voir les références exactes et d'autres citations dans
A. Kuen : Je bâtirai mon Eftlise, pp. 22-25, 33-35, 332-339, 348-349. • Sans !'Ecri­
ture, nous ne connaissons nen et ne voyons qu'obscurité et confusion • (Pas­
cal ) . « Ceux qui ont la Parole de Dieu et ceux qui ont reçu Jésus-Christ et la
révélation qu'il donne, possèdent toute la vérité que Dieu veut révéler aux
hommes. Ceux qui s'attendent à des révélations supplémentaires, par des
visions, des rêves ou dans des extases, disent en effet, que Dieu n'a pas donné
une révélation suffisante. » J. Dwight Pentecost. The Divine Comforter (142 ) ,
p. 30.

16
( 1 Co. 2. 9-10) . 4 Il nous accorde aussi ses dons ( 1 Co. 12 ; Eph. 4. 1 1 ;
Ro. 12. 6-8) pour servir Dieu auprès des autres (1 Co. 12. 7 ; 1 Pi. 4. 10) .
Par contre, puisque la Parole de Dieu est notre :ieyle_11orme lei­
nement suffisant mu; nous conduir,$'.....��_.!ouJ�. J?...- Yér�té �J...JlQ_us
rendre « accomplis__:, , l'Esprit ne nou�rde as de révé.1.à!ions_!_lou­
velles, différentes de celles que contient la Bible. Il n�_nous
!:��- non plus vers des expériences nouvelles. non R.révues dans !'Ecri-
ture. « Si nous n'avons as notre instru t"Q la Parole disait Cal- /
vîiî, notre course sera égarée ors du chemin )) eta n_c2,tre expérien�eL si
sublime qu'elle soit, « nous sera comme un labyrinthe pour nous en­ J
tortiller de tous côtés. »

D. QUELLE EST LA VALEUR D'EXPf:RIENCES


NON PRf:VUES PAR LA BIBLE ?
Tout au long de l'histoire de l'Eglise, des chrétiens ont cru, en toute
sincérité, recevoir des révélations nouvelles et ont fait des expériences
différentes de· celles des chrétiens de l'Eglise primitive. Ils se sont
généralement fourvoyés eux-mêmes dans des « labyrinthes )) inextri­
cables et ont égaré beaucoup d'âmes sincères. Pourtant, leur sincé­
rité ne saurait être mise en doute ; souvent ils ont souffert pour leurs
convictions, ou même subi le martyre ; mais, comme le disait déj à le
professeur Westphal : « Une foi démontre-t-elle la réalité de son objet
par le seul fait qu'elle est sincère ? L'histoire n'est-elle pas là pour
nous apprendre que l'erreur, que l'extravagance ont eu leurs confes­

-
seurs et leurs martyrs ? » 5 « La vérité solue ·liait E . Brnnoer, n'est
p�éJ"J� ���
de Dieu. )) 6

La t rad ition mystique


Il existe, au sein du christianisme historique, des traditions d'expé­
riences extra-scripturaires qui ont eu peut-être plus de disciples que
la vraie foi biblique. L'une de ces traditions est la chaîne mystique
qui a connu d'innombrables représentants depuis le IVe siècle. Les
« grands mystiques )) (sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse
d'Avila, saint Jean de la Croix ... ) ont défini tout un itinéraire spirituel
par lequel l'âme croyante doit passer pour arriver à la « vraie com­
munion avec Dieu )) : 1. Grâces mystiques diverses : visions, voix,

• « Il est nécessaire que le même Esprit qui a parlé par la bouche des
prophètes, entre en nos cœurs et les touche au vif pour les persuader ...» (Cal­
vin : Inst. I, VII, 4.)
5 A. Westphal : « Religion et Révélation» (Revue de Théologie et des
questions religieuses, 1897), p. 544.
e La Parole de Dieu et la Raison humaine, p. 99.

17
parler en langues, écriture automatique, stigmates, lévitations, exta­
ses ... 2. Nuit des sens : ces diverses grâces cessent. 3. Nuit de l'esprit :
doutes, sentiment d'être abandonné de Dieu, désir de mourir... 4. Etat
théopathique ou union transformante : communion avec Dieu. 7
Ce qui est troublant, c'est que tous ceux qui se sont engagés dans
ce chemin ont passé par cet itinéraire et fait les expériences dans
l'ordre décrit par les maîtres spirituels du mysticisme - bien que
rien, dans !'Ecriture, ne donne un appui quelconque à cette théolo­
gie. Ils ont eu des visions et des stigmates, entendu des voix, parlé
en langues, écrit sans avoir conscience de ce qu'ils notaient, etc...
Et, « dans les moments où ils réalisent leur expérience, ils éprouvent
une certitude qui exclut, à leurs yeux, toute possibilité d'illusion. » 8
Et cependant, leur certitude n'a aucune valeur objective. Comme
l'a montré A. Gaillard, qui s'est penché avec attention sur tous les
problèmes de la vie mystique : « l'irrésistible de la certitude (des mys­
tiques) a son origine dans l'élément affectif de l'expérience et les
certitudes les plus fortes correspondent aux émotions les plus pro­
fondes. » 9 Or, « une certitude religieuse offrant des garanties de sta­
bilité doit _chercher ses motifs au-delà de l'expérience individuelle. » 10
Il n'y a qu'une alternative : « ou l'autorité objective de Dieu, ou l'au­
torité subjective de l'expérience religieuse faisant reconnaître ici et
maintenant que Dieu parle. » 1 1

Valeu r c u m u lative de l 'expérience ?


Même ce que H. Bois appelait « la valeur cumulative de l'expé­
rience » 1 2 qui peut déceler « une unité et une finalité frappante •
n'a pas de valeur normative pour le chrétien : une erreur ne se trans­
forme pas en vérité parce qu'un grand nombre de gens la partagent.
« L'expérience doit toujours être éprouvée (tested) par !'Ecriture, et
non !'Ecriture par l'expérience. » (Hoekema.)
Des milliers de brahmanes, de yogis, de derviches font des expé­
riences religieuses extraordinaires semblables à celles des mystiques.
,Mgis ni le caractère extra-normal de ces expériences, ni le fait u'el-
1 � res&_Pmblent, 1;e pro�ve qu'elles viennent de Dieu. Dans la Bible,
,
ay contraire, la vénte se troû{a· généralemeiïf êlu côféa�s
(les trois cents de Gédéon, les sept mille du temps d'Elie, les trois
7 Voir pour plus de détails : R. Bastide, Les problèmes de la vie mystique

(Colin, Paris). James Leuba : Psychologie du mysticisme religieux (Alcan,


Paris, 1925).
8 De Montmorand : Psychologie des mystiques catholiques orthodoxes,
p. 32.
9 A. Gaillard : Expérience religieuse et révélation ( 62), p. 47.
10 Id. Ibid., p. 74.
11 Id. Ibid., p. 170.
1 2 La valeur de l'expérience religieuse, p. 191 .

18
hommes fidèles à Babylone, les disciples de Jésus, les " quelques­
uns • d'Athènes... ) Et, tout au long de l'histoire de l'Eglise, la vérité
n'a que rarement été défendue par la majorité de ceux qui se disaient
chrétiens.
Si donc au·ourd'hui, nous nous trouvons en présence d'une e�é­
rience partagée par un - rand nombre de chrétiënset reve-ndlqûee par
eux comme étant d'origine divine, nous n'avOns--as à noüs demander
�n prem1ër l s 1 s son smceres, ounombreijx,_sT_�ur_. experi�nce est
âùtheîi ue s -e�a... j!.u_d'heùreuses conséquences dans leur vie, si
des chrétiens éminents ont fait une expériencë semblable·:. . La seule
ues o it1me ur un chrétfen
ë
devrait être : cette expérience· êst-=
elle biblique, c'est-a- Ire es -= ëqüe es auteurs du Nouveau Testament
l'èmCëons@érée comme normale, voire meme nécessàfre-pour-tous les
- --- -
chréti ens, l'ont-ils recommandée comme tellë' ?
ans e cas e 'xp nence appelée « baptême du Saint­
Esprit », le nom est tiré de }'Ecriture, et que la doctrine de l'expérience
du baptême du Saint-Esprit s'appuie sur le Nouveau Testament, il
nous faut donc examiner ce que la Bible dit de la question. 18

1 s Ce recours à la Bible, comme seule norme de toute expérience chré­


tienne, est généralement admis, en principe, par tous les défenseurs de l'expé­
rience subséquente à la conversion et appelée « baptême du Saint-Esprit ».
Dans la pratique, toutefois, on sent que ces auteurs ont conscience de la
fragilité de leurs appuis scripturaires qui se limitent à quelques textes des
Actes ; c'est pour se conformer à une exigence chrétienne courante que l'on
invoque ces textes. Sigfrid Beck, par exemple, dit : " Il suffirait de considé­
rer les milliers de chrétiens qui ont été baptisés du Saint-Esprit dans les
dernières décennies, pour nous dispenser de vérifier si cette promesse se
trouve effectivement dans la Bible. Nous laisserons néanmoins le langage
clair et sans équivoque de !'Ecriture nous parler sur ce point. » Suit la cita­
tion de la parole de Jean-Baptiste dans les quatre évangiles et la répétition
de la promesse par Jésus (Ac. 1) ; puis l'auteur continue : « comment com­
prendre qu'on ait été chrétien pendant de nombreuses années, qu'on s'imagine
connaître sa Bible à la faveur d'une lecture quotidienne, et qu'on n'ait pour­
tant jamais vu cette glorieuse promesse dans !'Ecriture ? Mais qu'on puisse
avoir les yeux ouverts sur cette promesse de la Parole de Dieu, et qu'on
cherche néanmoins à l'esquiver, voilà qui est encore plus incompréhensible.
Telle une étoile lumineuse et éclatante, elle brille au ciel des promesses de
Dieu ... La question ne fait pas de doute. Nous nous trouvons à l'égard de
cette promesse sur un fondement sûr, scripturaire, néo-testamentaire, évangé­
lique et apostolique ». Le baptême du Saint-Esprit ( 7), pp. 10-12.
Affirmation et littérature n'égale pas preuve, hélas ! et il ne suffit pas
d'avoir lu la promesse dans la Bible, pour être accusé de mauvaise foi si on
ne la comprend pas dans le même sens que l'auteur.
Certains auteurs, comme Pearlman, reconnaissent la faiblesse des argu­
ments scripturaires en faveur des deux expériences distinctes : « Nous admet­
tons que ces deux opérations du Saint-Esprit ne sont pas différenciées dans
!'Ecriture avec une précision mathématique, mais, continue-t-il, il y a des
indications générales en faveur de cette distinction, et cette distinction a été
confirmée par l'expérience de chrétiens spirituels dans beaucoup d'Eglises qui
enseignent et témoignent que, complémentairement et subséquemment à la
régénération spirituelle, il y a un baptême de puissance pour les chrétiens »
The Heavenly Gift ( 139), p. 26. Même argument dans Williams, Systematic
Theology I, p. 39.
La doctrine du « baptême du Saint-Esprit comme seconde expérience est

19
Il nous faut, cependant, ajouter immédiatement que si des chré­
tiens authentiques témoignent avoir fait une expérience qui a renou­
velé leur vie spirituelle et leur témoignage, si depuis cette expé­
rience ils ont un plus grand amour pour le Seigneur et sa Parole,
une vie de prière plus fervente, une activité qui porte plus de fruits
réels, nous ne pouvons pas non plus écarter leur témoignage du
revers de la main. Peut-être leur vocabulaire est-il erroné, leur théo­
logie déficiente, mais leur vie apporte-t-elle la preuve qu'ils ont effec­
tivement été visités par l'Esprit de Dieu. Dans ce cas, leur expérience
est une interpellation à laquelle nous n'avons pas le droit de nous
soustraire et nous devrons nous demander si, abstraction faite du
« baptême du Saint-Esprit » , il n'y aurait pas, dans la Bible, certaines
réalités auxquelles nous n'aurions pas été attentifs et qui correspon­
draient précisément aux aspects positifs de l'expérience de ces frères
et sœurs.
C'est pourquoi nous ne nous contenterons pas, dans ce livre, d'exa­
miner ce que la Eible enseigne sur le baptême du Sai:::it-Esprit, mais
nous explorerons aussi ce qu'elle dit de la plénitude de l'Esprit qui,
dans le vocabulaire actuel, est souvent associée à la « seconde expé­
rience », puis nous essaierons de voir à quoi, bibliquement vu, pour­
rait correspondre une telle expérience. Notre désir est que, d'une part,
ceux qui ont fait certaines expériences les examinent d'un œil critique
à la lumière de la Parole et que, non seulement ils renoncent à une
terminologie non biblique qui les coupe des autres chrétiens évan­
géliques, mais qu'ils conforment toute leur vie et leur expérience à
cette Parole et s'ouvrent ainsi à de nouvelles bénédictions que Dieu
leur réserve. D'autre part, nous souhaitons que tous les chrétiens se
mettent au bénéfice de la plénitude de vie dont le Seigneur veut com­
bler tous ses enfants et que, s'il y a un renouvellement spirituel et un
équipement pour le service prévu pour eux, ils ne s'en laissent pas
priver parce que d'autres en parleraient d'une manière inadéquate ou
l'associeraient à des réalités ou des expériences auxquelles la Bible
n'associe pas nécessairement la vie remplie de l'Esprit après laquelle
nous soupirons tous.
donc basée autant - sinon davantage - sur une « théologie de l'expérience »
que sur une théologie biblique. ( Voir Nils Bloch-Hoell : The Pentecostal Move­
ment (18), pp. 97-109. ) Certains théologiens du mouvement charismatique le
disent sans ambage : « Ceux qui demandent une norme de la vérité qui soit
supérieure à l'expérience humaine demandent une idole » (Louis Dupré : The
Other Dimension cité par H. Lindsell, Christianity Today 8. 12. 72, p. 10.) Et
nous qui pensions que les idoles, c'était précisément tout ce qui est déifié
en opposition avec le Dieu de Jésus-Christ revélé dans les Ecritures !

20
CHAPITRE II

La promesse de l'Esprit
« L'Esprit n'était pas encore (donné) parce que
Jésus n'avait pas encore été glorifié. • (Jn. 7. 39)

Dans l'Ancien Testament


L'ère de !'Esprit sera inaugurée par la venue du Messie, c'est­
à-dire de l'Oint sur lequel !'Esprit reposera (Es. 1 1 . 1-2 ; 42. 1 ; 59.
2 1 ; 61. 1 ) . Elle sera caractérisée par l'effusion de !'Esprit " sur toute
chair ,. (Joë. 2. 28-29 ; cf. Es. 32. 15). 1 « Je mettrai mon Esprit en vous»
(Ez. 1 1 . 19 ; 36. 26 ; 37. 14) . Donc a) les Juifs ne seront plus les seuls
bénéficiaires de !'Esprit de Dieu, b) l'œuvre de cet Esprit sera inté­
rieure, c) il transformera le cœur et la vie des croyants (Jé. 3 1 . 33 ;
Ez. 36. 27) .
Dans les évangi les
Les mentions de l'Es rit dans les évangiles sont relative�t
a .S - ÇQU).parativement aux C es e ftës. Cêrait étonnant
est un excellent témoignagëaleur historicite ëtün démenti flagrant
à la théorie moderne qui en fait le reflet des préoccupations de
l'Eglise primitive. En effet, comme le dit M. Green : « Nous savons
que l'Eglise primitive était sursaturée de l'expérience de !'Esprit et le
silence relatif des évangiles à ce sujet nous prouve manifestement que
nous pouvons faire entièrement confiance à leur vérité historique
puisque leurs auteurs n'ont pas transposé les conditions de leur situa­
tion (après la résurrection) dans les j ours du ministère terrestre de
Jésus. ,. 2 « La raison de ce silence, poursuit-il, est évidente ; l'ESJ2Lit
était lié à la personne de Jesus. ,. Par conséquent, il ne pouvait être
1 Dans l'Ancien Testament, « !'Esprit est normalement réservé à certains
êtres choisis en vue de diriger le peuple ; cependant, sa présence en eux
s'avère comme une présence sporadique.» P. Reymond : Le Saint-Esprit (150),
p. 3 1. Voir R. Pache : La Personne et l'œuvre du Saint-Esprit (1 3 3),II, 1 : Le
Saint-Esprit dans l'Ancien Testament.
2 I believe in the Ho/y Spirit ( 72), p. 48.

21
répandu avant que le Messie eût achevé sa mission et qu'il fût
�té au ciel.
Relevons.dans les évangiles, toutes les mentions de l'Esprit qui se
rapportent aux disciples :
A. ANS LES "ÉVANGILES SYNOPTIQUES
�1 La p;ophétie e Jean-Baptiste qui résume en une phrase l'œuvre
du essie : « Il vous baptisera dans le Saint-Es rit » (Mt. 3. 1 1 et
pa èles). Nous l'etudierons au c ap1tre .
�2. « Quand on vous livrera (aux tribunaux) ... ce que vous aurez
à ire vous sera donné à l'heure même ; ce n'est pas vous qui parle­
rez, c'est l'Esprit de votre � qui J!.Et:l�rq f!_!!_ '!l!!.J:'S • (Mt. 10. 20 ; Mc.
13. 1 ; Lu. 12. 12) .
3 « Faites de toutes les nations des disciples, ba tisez-les a u nom
du ' re, du Fils et du Saint-Esprit • (Mt. 28. 19) .
4 « Combien plus le Père céleste donnera+il e ]'Esprit-Saint à
_ç�ux_q.uj le lui demandent ,. (Lu. 1 1 . 13) .
Faut-il donc prier pour recevoir le Saint-Esprit ? Certains inter­
prètes disent que cette recommandation ne s'adressait qu'aux dis­
ciples avant la Pentecôte, d'autres appliquent cette prière aux incon­
vertis qui demandent la venue initiale de l'Esprit dans leur cœur.
Ces explications ne sont guère satisfaisantes : si Luc nous a conservé
cette parole, c'est qu'elle est aussi pour nous. D'autre part, Jésus
évoque ici les relations de Père à enfants, il est donc plus normal
d'appliquer cette promesse à des enfants de Dieu.
F.F. Bruce fait observer qu'il n'y a pas d'article défini devant
Saint-Esprit, « ce qui fait penser qu'il ne s'agit pas de la personne
du Saint-Esprit, mais de ses dons 1► • Cette explication est d'autant plus
probable que, dans le passage parallèle de Mt. 7. 1 1 , Jésus dit : « Com­
bien plus votre Père céleste donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui
le lui demandent. ,. Les bonnes choses sont les dons du Saint-Esprit,
et l'ordre de les demander est valable encore aujourd'hui, aussi bien
qu'au moment où ces paroles furent prononcées (cf. l Co. 12. 31 ;
14. 1 ; Ja. 1 . 5 ss.) . D'ailleurs, l'un de nos plus anciens manuscrits -
le Papyrus 45 - porte : « un bon don ,. à la place de « Saint-Esprit •
dans Lu. 1 1 . 13. ,. 3
En demandant à Dieu une plus grande mesure de son Esprit, nous
sommes assurés de recevoir toutes les « bonnes choses • que le Père
a préparées pour nous.
B. DANS L'tVANGILE DE JEAN
C'est dans l'évangile de Jean que nous trouvons les promesses
les plus nombreuses et les plus précises au sujet du Saint-Esprit.
a F.F. Bruce : Answers to questions (29), p. 53.

22
1. Dans l'entretien avec N icodème
« Si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans
le royaume de Dieu... ce qui est né de !'Esprit est esprit. .. il en est
ainsi de tout homme qui est né de !'Esprit ,, (Jn. 3. 5, 6, 8). Jésus fai­
sait certainement allusion, pour ce « docteur d'Israël ", aux prophéties
de l'Ancien Testament qui associaient l'eau (qui parle de purification)
et !'Esprit (qui prédit le renouvellement intérieur). Il pensait sans
doute plus spécialement à Ez. 36. 25-27 : • Je répandrai sur vous une
eau pure et vous serez purifiés ; je vous purifierai de toutes vos souil­
lures et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur nouveau, et je
mettrai en vous un esprit nouveau ... Je mettrai mon esprit en vous. » •
L'Esprit joue donc le rôle essentiel dans la nouvelle naissance.

2. L' Esprit n'était pas encore


• Le dernier jour, le grand jour de la fête (des Tabernacles), Jésus
se tenant debout (alors qu'il enseignait généralement assis) s'écria :
« Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. Celui qui croit
en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit !'Ecri­
ture ,, (Jn. 7. 37-38).
Au cours de cette fête, tout le eu le descendait chaque jour à la
source e 1 oé où le rêt e rem lissa· crue e or. res être
remonte .au emp e, il montajt §JIT l'ante! des ho ocaus es et r�ean ait
·
l'eau au son des trom ettes et au milieu des accla s · o euses.
e c antait : « Vous uiserez de l'eau avec joie aux
e rite devait rappeler à ceux qm, pen­
ête, se souvenaient de la traversée du désert, les rochers
dont Dieu avait fait jaillir e eau x. est
à ce rite et ce rappel que Jésus raccroche, sans doute, son appel solen­
nel ; comme il est le vrai temple n. 2. 19), le vrai serpent d'airain
(3. 14), la vraie , a vraie nuée lumineuse 8. 12 ... il
est aussi le vrai rocher frappé qui etanc e a soi de ceux qui tra­
versent le désert de ce monde. Il est l'accomplissement de tous ces
signes. Jésus combine l'image de l'eau qui désaltère le voyageur
assoiffé à celle d'un fleuve qui répand la vie dans une terre aride.
A quel texte le Seigneur faisait-il allusion en ajoutant : « comme dit
!'Ecriture » ? Les prophètes emploient souvent cette image : « Des eaux
jailliront dans le désert, et des ruisseaux dans la solitude ... La terre
desséchée se changera en sources d'eau ... Tu seras comme un jardin
arrosé, comme une source dont les eaux ne tarissent pas » (Es. 35. 6-
7 ; 58. 1 1 ; cf. Jé. 31. 12).
L'explication de Jean (« il dit cela de !'Esprit ") nous fait pencher

• Voir R. Doulière : Naître d'eau et d'Esprit ICHTHUS No 19 (1.72), pp.


25-28.

23
vers Es. 44. 3 : « Je répandrai des eaux sur le sol altéré et des ruisseaux
sur la terre desséchée ; je répandrai mon esprit sur ta race et mes
bénédictions sur tes rejetons. »
La prophétie d'Esaïe est au futur. Elle le reste dans la bouche de
Jésus puisque son appel concerne le temps qui suivra son ministère
terrestre, « car l'Esprit n'était pas encore (donné) parce que Jésus
n'avait pas encore été glorifié» (v. 39).
Nous remarquons : a) Esaïe emploie la même expression que Joël
2. 28 cité par Pierre le jour de la Pentecôte : « Je répandrai mon
esprit». Cette constatation jointe à la remarque de Jean (v. 39) nous
fai) situer l'accomplissement de la promesse de Jésus à la Pentecôte.
b) La seule condition posée par Jésus à ceux qui désirent « recevoir
1
l'Esprit » est de croire en lui (v. 38).
c) ]. Stott fait remarquer que tous les verbes sont au présent :
Celui qui reste assoiffé, qu'il vienne constamment à moi, qu'il boive
(et continue de boire). Celui qui continue de croire en moi. « Le
chrétien est, sur le plan spirituei, un buveur invétéré (un dipsomane)
toujours assoiffé, toujours en train de boire. » 5 Il ne s'agit donc
pas uniquement de la réception initiale de l'Esprit, mais de la marche
constante par !'Esprit.
d) L'eau bue devient « fleuves d'eau vive». La plénitude de !'Esprit
découle du même acte de foi que sa réception. Cette plénitude est
destinée, d'après les prophéties de l'Ancien Testament citées par Jésus,
à se répandre en bénédictions sur les autres. Comme nous le voyons
� les Actes, la plénitude de !'Esprit mène à l'évangélis�.

3. Le Paraclet
« Je prierai le Père et il vous donnera un autre Consolateur» (Jn.
14. 16). Jésus appelle le Saint-Esprit " un paraclet " · Ce mot signifie
littéralement « celui qui est appelé auprès de quelqu'un ». Il a la
même étymologie que advocatus, avocat, terme par lequel le mot
paraclet est généralement traduit dans 1 Jn. 2. 1. On peut appeler
quelqu'un pour nous défendre, nous aider, nous soutenir, nous con­
seiller ; il peut nous consoler, nous reprendre, nous exhorter. Le
verbe parakaléô qui correspond au substantif paraklétos est habituel­
lement traduit par exhorter ou encourager. Le mot « consolateur»
n'évoque donc qu'un des aspects divers du paraclet.
Le Saint-Esprit est un autre paraclet, non pas différent (hétéros) de
Jésus, mais de la même essence (allas), du même genre que lui.
« Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai à vous » (Jn. 14.
18). « Rien de ce qui constitue la personnalité du Saint-Esprit incarnée
en Jésus ne sera perdu lorsque les disciples l'expérimenteront comme
5 Baptism and Fu/lness ( 178 ) . pp. 53-54.
24
le Paraclet. Jean piétine toutes les règles de la langue grecque lorsqu'il
emploie un pronom masculin pour parler de !'Esprit (neutre en grec) »
(M. Green) . 6 Le Saint-Esprit reprend le rôle de Jésus auprès des dis­
ciples. C'est un « autre Jésus » envoyé pour le « remplacer parmi les
disciples et faire pour eux ce que leur Maître a fait pour eux sur la
terre. Plus que cela : il les équipe pour leur mission, exactement
comme il a équipé Jésus pour la sienne » .7
Il sera reçu comme Jésus l'a été : « Comme le monde a refusé
d'accepter Jésus, ainsi il refusera d'accepter le Paraclet (1. 10, 1 1 ;
14. 7). Comme Jésus a rendu témoignage au milieu de l'hostilité des
hommes auxquels il disait la vérité (7. 7), ainsi en sera-t-il de
!'Esprit » (16. 8). s
« Afin qu'il demeure éternellement avec vous, !'Esprit de vérité
que le monde ne peut recevoir... il demeure auprès de vous, et il sera
en vous » Jn. 14. 16, 17). Comme le fait remarquer F. Horton, les trois
ré ositions employées ici (meth'humôn : au m1Iie us - par
humin : aupres e vous - en humin : en vous résument les éta _ s
success1 s u ra c eme e....Dieu d'avec son eu e. u milieu
e caractérise la re a�on de Dieu av� �u � e .�QYS---LÎ��e
.
ap1ance. Par ffi1I: ,E>re ét<rirpn� aue_res des siens ; dans 'e.re
de J'Esprjt encore future au moment où Jésus ëii par e, Esprit vien- -··•
d� : r e ux_. '
" ' " · 1 es
V01· 1 a pourquoi J esus d 1t a ses d 1sc1 • 1· 1 1eur est avantageux
u'il s'ên ail e ; (( car Sl '-n-va-is;:>a&,-le-Gonsolatenr D. :vlen xa
p_as vers vous : mais si ie m'en vaïs_je vous l'enverrai » (Jn. 16. 7.LJ,a
venue de !'Esprit e� do1Jç Ijée au départ de Jésus. Jésus ne donnera
par le Saint-Esprit à ses disciples avant !'Ascension, il le leur enverra
lorsqu'il aura été élevé dans la gloire (v. Ac. 2. 33) .

4. Le m i ni stère du Saint-Esprit auprès des d iscipl es


En plus des fonctions contenues dans le nom Paraclet, l'Esprit­
Saint sera pour les disciples :
a) " /'Esprit de vérité » (14. 17 ; 15. 26 ; 16. 13). Il les « conduira
dans toute la vérité (ou : vers la vérité tout entière) » (16. 13). Jésus
était Ia vérité (14. 16). En partant de cette terre, la vérité ne redevient
pas inaccessible : elle revient sous la forme de l'Esprit promis.
Jésus précise son rôle : Il « vous enseignera toutes choses et vous
rappellera ce que je vous ai dit » (14. 26) . Cette promesse concernait
donc, en premier lieu, les apôtres qui ont communiqué les vérités que
!'Esprit leur a révélées (1 Co. 2. 13) aux Eglises qu'ils ont fondées.
• I believe in the Ho/y Spirit (72), p. 43.
7 I believe in the Ho/y Spirit (72), p. 45.
a Id. Ibidem.
9 La promesse de /'Esprit (92), p. S.

25
Les livres du Nouveau Testament sont, pour nous, les dépositaires de
la vérité - celle qui s'était incarnée dans le Fils et qui a été commu­
niquée par le Saint-Esprit aux apôtres. Une expérience authentique­
ment inspirée par le Saint-Esprit ne saurait donc conduire à un mépris
de la vérité révélée dans les Ecritures ou à des contradictions avec
elle. 10 L'Esprit-Saint ne se contredit j amais.
b) " L' Esprit-Saint • (14. 26). C'est le nom le plus courant de
l'Esprit. C'est aussi tout un programme. « Puisque celui qui vous a
appelés est saint, vous aussi soyez saints, car je suis saint » (1 Pi. 1. 15-
16). La sa ctification est 1 L de )a ré,-l.emption (Ep. 1. 4 ; S. 27 ;
Col. 1. 22 ; Hé. 1 3. 12), elle est la volonté de Dieu our son euple
(1 Th. 4. 3, 7 ; Hé. 12. 14fEîre-• sancti ié, c'est être transformé pour
devenir de plus en plus semblable à Jésus-Christ (Ro. 8. 29 ; Ep. 5. 1-2 ;
Phil. 2. 5 ; 1 Pi. 2. 2 1 ; 1 Jn. 2. 6). Or « nous sommes transformés en
cette même image, de gloire en gloire, comme par l'Esprit du Sei­
gneur » (2 Co. 3. 18).
Le Seigneur habite en nous par son Esprit, « pour que la j ustice
de la loi fût accomplie en nous » (Ro. 8. 4) . « Vous vivez selon l'Esprit,
si !'Esprit de Dieu habite en vous » (v. 9) . « Si, par l'Esprit, vous
faites mourir les actions du corps, vous vivrez » (v. 13). Ce même
Esprit produit en nous les « fruits de l'Esprit : l'amour, la joie, la
10 Dans Signs of the Apostles (36) « An Examination of the New Pente­
costalism ", W.J. Chantry se plaint de ce que, dans le mouvement charismati­
que, les révélations en langues, les prophéties, les rêves, les visions relèguent
la Bible au second plan et la remplacent dans bien des cas (p. 27). La commu­
nication « immédiate " des messages divins fait paraître bien mortes des
paroles vieilles de dix-neuf siècles et plus. « Un aperçu général des réunions
« charismatiques » révèle une bien piètre estime de la Parole de Dieu. Les
paroles des prophètes du XX• siècle ravissent davantage les participants de
ces réunions que les paroles du Christ et de ses apôtres consignées dans les
Ecritures. C'est le message en langues qui les fait palpiter et leur donne la
conviction que Dieu leur a parlé dans leur réunion. Au fur et à mesure que
les « dons » augmentent, l'explication de la Parole de Dieu diminue. Les réu­
nions sont remplies de « partage d'expériences », mais on n'y fait qu'occasion­
nellement allusion à la sainte Parole de Dieu. Beaucoup de ceux qui ont été
entraînés dans ce mouvement font preuve d'une méconnaissance regrettable
des éléments rudimentaires de la foi, parce qu'ils négligent la Parole. Ils
vivent d'expériences visibles et émotionnelles, mais non de vérité » (p. 28).
Ces fruits amers ne sont pas nécessaires et, dans beaucoup de groupes charis­
matiques, la Parole de Dieu redécouverte tient une place bien plus grande
que les messages en langues. Cependant, Je danger est réel.
« La pratique pentecôtiste nie, en fait, la pleine suffisance de !'Ecriture »
( p. 30). Chantry rappelle que c'est par l 'abandon de l'autorité souveraine des
Ecritures que l'Eglise romaine a été conduite à élever au même rang que la
révélation biblique les visions des saints et les décrets de papes. De fait, les
milieux « cathohques pentecôtistes » insistent sur l'infaillibilité pontificale, la
médiation de la Vierge, l'Eglise catholique romaine seule Eglise authentique
( voir James W.L. Hills : The new Charismatics 1973, Eternity, 3. 1973.) D'au­
tres prétendent que, depuis qu'ils ont reçu le « baptême du Saint-Esprit »,
leur dévotion à la Vierge est plus vive, des messages en langues exaltent
Marie... On est en droit de se demander si ce sont là des manifestations de
«!'Esprit de vérité ».
26
paix ... » (Gal. 5. 22-23). Cette sanctification par !'Esprit est une œuvre
de longue haleine, mais elle reste constamment l'objectif n° 1 du
Seigneur pour ses enfants.
Si donc un baptême spirituel ne conduit pas à une sanctification
plus grande, si même il abaisse les exigences morales et ren d plus
perméable aux tentations de « la convoitise de la chair, la convoitise
des yeux et l'orgueil de la vie» ( 1 Jn. 2. 1 6), ce « baptême» ne vient
certainement pas de I'Esprit-Saint. 1 1
Beaucoup d e gens semblent davantage préoccupés par leur bon­
heur que par leur sainteté. Ils recherchent avant tout des expériences
exaltantes et joyeuses, mais comme le note Chantry, les premiers
fruits d'une nouvelle expérience du Saint-Esprit sont plutôt la tristesse
d'avoir péché, les pleurs et les regrets (Ez. 36. 31 ; Za. 12. 10). Là où
ces fruits manquent, on peut se demander si c'est bien I'Esprit-Saint
qui est à l'œuvre. 12
c) Une puissance pour rendre témoignage. « Quaml. sera venu le
Consolateur que je vous enverrai de la part du Père, !'Esprit de
vérité qui vient du Père, il rendra témoignage de moi, et vous aussi,
vous rendrez témoignage • (Jn. 15. 26-27). « j'enverrai sur vous ce que
mon Père a promis ; mais vous, restez dans la ville jusqu'à ce que
vous soyez revêtus de la puissance d'En-Haut » (Luc 24. 49). « Vous
recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous (ou : quand
le Saint-Esprit surviendra) et vous serez mes témoins... » (Ac. 1. 8).
Avec le Saint-Esprit, les disciples recevront aussi la puissance pour
rendre témoignage à Christ. Jusqu'à présent, ils étaient timides et
peureux (Jn. 20. 19), ils gardaient, dans leur for intérieur, un fond
d'incrédulité (Mc. 16. 14 ; Luc 24. 25, 38). Le Saint-Esprit les transfor­
mera en témoins pleins de foi et de hardiesse (Ac. 3. 12-16 ; 4. 8-13 ; 5.
29-32... ). Cette puissance pour le témoignage est, de même, donnée
immédiatement à la conversion à ceux qui sont régénérés après la
Pentecôte (Ac. 9. 20 ; 1 Th. 1. 8-10). Nulle part. dans les épîtres, les
apôtres n'exhortent les chrétiens à recher.chçr cette puissance pour
lCfemo1gna_ge : du moment _gu'il,s ont le �aint-Es rit, ils onl aussfTa
uissance il r suffit de le croire et de Ïa a1sser a 1 · 3. . ).
Beaucoup de chrétiens ressemblent à ces gens qui attendent l'arri­
vée du courant électrique pour faire marcher leurs machines. « Le
courant, leur dit l'ingénieur, mais il y a longtemps qu'il est là, il
vous suffit de tourner le bouton. » Manque d'information ou de foi ?
La présence du courant ne se manifeste pas nécessairement par des
11 Des observateurs ont noté une corrélation entre des expériences émo­
tionnelles appelées « baptême du Saint-Esprit • et une recrudescence de désor­
dres moraux dans certains milieux de type pentecôtiste ou néo-pentecôtiste,
en particulier un nombre impressionnant de relations sexuelles irrégulières
(voir H. Dallmeyer : Die Zungenbewegung (45) , p. 7 5.)
1 2 Voir Chantry ( 3 6), p. 72.

27
effets extraordinaires, mais par de la lumière et du travail après qu'on
ait tourné le bouton. Il en est de même de la puissance du Saint­
Esprit : nous nous en apercevons si, dans un acte de foi, nous comp­
tons sur elle dans les occasions qui se présentent à nous.
Mais combien de chrétiens authentiquement nés de nouveau ne
donnent guère, par leur vie et leur ministère, la démonstration de
la puissance du Saint-Esprit. Ils ont saisi, par la foi, le salut et le
pardon des péchés, mais ils en sont restés là. Or, les promesses de la
Parole ont une portée infiniment plus grande. Elles veulent entraîner
le nouveau-né dans une découverte progressive des charismes équi­
pant pour un service efficace.

5. Le m i nistère du Sai nt-Esprit envers le monde


" Quand il sera venu, il convaincra le monde en ce qui concerne
le péché, la justice et le jugement» (16. 8).
Il convaincra : « Ce mot signifie essentiellement : démontrer la
vérité à quelqu'un, de manière à lui faire voir que c'est une vérité,
afin qu'il soit persuadé, qu'il admette son erreur et qu'il accepte les
conséquences nouvelles qui découleront de son acceptation de la
vérité» (W. Barclay). 13 « Il s'agit d'un terme juridique dont le sens
est : apporter des témoignages évidents qui entraînent la preuve de
la faute» (J. O. Sanders). 14
Le monde : Jésus désigne par là l'humanité hostile à Dieu (il hait
Dieu, Jésus-Christ et les chrétiens Jn. 15. 18 ; 17. 14 ; il ne connaît ni
Dieu 17. 25, ni Jésus-Christ 1. 10). Il ne peut recevoir le Saint-Esprit
(14. 17), mais !'Esprit peut agir sur lui.
a) " en ce qui concerne le péché, parce qu'ils ne croient pas en
moi " (Jn. 16. 8-9) : pour le monde, le péché est un acte moralement
répréhensible (mensonge, vol, adultère .. ). Pour le Juif, le péché con­
sistait à violer la Loi. Le péché capital que Dieu reproche à l'homme
et dont le Saint-Esprit convainc celui qui le laisse parler, c'est de ne
pas croire en Jésus, le Sauveur. Aujourd'hui encore, personne ne sera
perdu pour avoir menti, volé ou même tué, mais pour avoir refusé
de croire en Jésus comme Sauveur. 1 5
L'incrédulité des hommes à l'égard du Fils de Dieu a trouvé son
13 The promise of the Spirit (5), p. 30 .
14 The Ho/y Spirit and His Gifts (160), p. 40.
15« Le péché, Je mot est au singulier. De quel péché? Meurtre? Adultère ?
Vol? Mensonge? Lorsqu'un homme commet de tels péchés, sa propre cons­
cience l'accusera, à moins qu'elle ne soit cautérisée. L'Esprit n'a pas besoin
de donner de conviction spéciale pour cela. Pour le monde, Je péché est un
acte extérieur. .. La définition de Christ diffère radicalement de celle de la
société ou même des formules théologiques habituelles. Il va droit au cœur
du péché et affirme que la première mission du Paraclet est de convaincre
l'homme irrégénéré que le seul péché pour lequel quelqu'un puisse être
damné, est Je fait de ne pas croire en Lui • (J.D. Sanders (160), p. 41.)

28
expression ultime dans la crucifixion de Jésus. C'est pourquoi le Saint­
Esprit se sert si souvent de la prédication de la croix pour nous
convaincre de péché. « L'Esprit montre le Christ en croix et dit aux
athées que nous sommes : regardez et voyez ce que vous faites de
Dieu quand il tombe entre vos mains » (A. Greiner) . 1 6
b) en ce qui concerne la justice, parce que je m'en vais au Père
Jésus fait ici allusion à son ascension. Elle démontrera clairement
que Jésus était le Fils de Dieu, qu'il était sans péché, qu'il avait donc
été condamné injustement. Lorsqu'il fut crucifié et qu'il mourut, la
j ustice était apparemment du côté des Juifs et des Romains qui
l'avaient jugé. Sa résurrection a renversé la situation.
L'ascension manifestera publiquement que Jésus avait été juste
aux yeux de Dieu. Le jour de la Pentecôte, par la bouche de l'apôtre
Pierre, le Saint-Esprit rend témoignage à la j ustice de Jésus-Christ :
« Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage devant
vous par les miracles, les prodiges et les signes qu'il a opérés par
lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes ; cet homme. . .
vous l'avez crucifié. Dieu l ' a ressuscité » (Ac. 2. 22-24) . « C'est ce Jésus
que Dieu a ressuscité ; nous en sommes tous témoins. Elevé à la
droite de Dieu, il a reçu du Père le Saint-Esprit qui avait été promis ... »
(2. 32-33) . " Que toute la maison d'Israël sache donc avec certitude
que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié »
(v. 36) . « Le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu de nos
pères, a glorifié son serviteur Jésus que vous avez livré et renié
devant Pilate ... Vous avez renié le Saint et le Juste ... Vous avez fait
mourir le Prince de la vie, que Dieu a ressuscité des morts » (3. 13-15 ;
cf. 7. 5 1 ) .
Après avoir convaincu l'incroyant d e son péché, l e Saint-Esprit
le convainc de la justice de Jésus-Christ qui, de juste qu'il était,
devint injuste pour nous : sur la croix, il a porté nos injustices pour
nous donner, en échange, sa justice. Cette justice est « imputée » par
Dieu (Ro. 3. 21-22 ; voir 10. 3-4).
c) en ce qui concerne le jugement parce que le prince de ce monde
est déjà jugé.
Jusqu'à présent, le prince de ce monde ne s'est attaqué qu'à des
coupables et, dans une certaine mesure, les griefs portés contre eux
par " l'accusateur de nos frères » (Apoc. 12. 10 ; cf. Za. 3. 1) étaient
justifiés. En attentant à la vie du Saint et du Juste, il a, en fait, pro­
noncé son propre jugement : à cause de ce meurtre sans excuse, il est
définitivement destitué comme « prince de ce monde » . La victoire
appartient à Jésus-Christ. Bien que ces événements ne soient encore
1• « L'Esprit Saint dans Je Nouveau Testament » in Le mystère de l'Esprit
Saint ( 74), p. 57.
29
que futurs, Jésus les voit déjà accomplis, parce que la machinerie
infernale qui aboutira à sa crucifixion est irrévocablement en marche.
Le Saint-Esprit rend témoignage à la seigneurie de Christ et à sa
victoire sur l'Adversaire (1 Co. 12. 3). « L'Esprit montre le Ressuscité
et sa victoire sur les puissances mauvaises, et il nous dit: voyez ici
la défaite que Dieu a infligée au prince des ténèbres et participez
à cette victoire par la foi que je vous donne » (A. Greiner). 17
Ce rôle du Saint-Esprit dans l'évangélisation des incroyants est
capital et irremplaçable. Lui seul " peut éclairer, convaincre et opérer
ce changement d'avis bouleversant qu'est la repentance ; ne confon­
dons donc pas les rôles. N'essayons pas de nous arroger son travail,
de vouloir convaincre nos interlocuteurs. Gare au danger des techni­
ques psychologiques de persuasion ! A lui de convaincre ; à nous de
déclarer la Bonne Nouvelle, de témoigner dans un esprit d'humilité,
de dépendance, de prière, en comptant sur Lui pour rendre fructueux
nos pauvres balbutiements » (F. Horton). 18
Ce� différentes apérations du. Saint-Esprit dans le ..:œur ci.es in­
croyants préparent leur baptême spirituel: cette triple conviction les
rend prêts à mourir avec Christ.

6. I l me glorifiera
• Il me glorifiera, parce qu'il prendra de ce qui est à moi, et vous
l'annoncera » (16. 14).
Par cette parole, Jésus réfute d'avance toute glorification de l'Es­
prit aux dépens de Jésus. Tout au long de l'histoire de l'Eglise, des
hommes ont proclamé l'avènement d'une ère de l'Esprit après celle
du Père et celle du Fils. Ce règne de l'Esprit s'est, hélas, le plus sou­
vent avéré être celui de la chair. Car l'Esprit ne veut pas régner, il
veut faire régner Christ. Il ne désire pas être glorifié, mais glorifier
Jésus. Aussi le critère de l'inspiration de l'Esprit n'est-il pas à cher­
cher dans la proclamation d'une suprématie de l'Esprit, mais dans
la confession : « Jésus est le Seigneur » (1 Cor. 12. 3). L'Esprit ne veut
pas donner un enseignement autonome, supérieur à celui de Jésus­
Christ, il ne veut que rappeler ce que Jésus a dit (15. 26).
" L'un des meilleurs critères que nous puissions appliquer à toute
prétention au sujet du Saint-Esprit et à tout enseignement à son sujet
- de quelque côté qu'il vienne - est le suivant : est-ce qu'il glorifie
Christ ? • (Jn. 15. 26 ; 16. 13 ss.). (M. Green). 22

7. Quand viendra le Sai nt-Esprit ?


Lorsque Jésus parle du Saint-Esprit, il le fait toujours au futur :

11 Op cit. ( 74), p. 57.


1s Op. cil. (92), p. 12.
22 / be/ieve in the Ho/y Spirit (72), p. 53.

30
« le Père donnera le Saint-Esprit... il sera en vous ... quand sera venu
le Consolateur que je vous enverrai, il rendra témoignage ... il convain­
cra... il vous conduira... il vous annoncera ... »
Même après sa résurrection, et jusqu'à son ascension, il demande
aux disciples d'attendre la venue de l'Esprit : « Voici, j'enverrai sur
vous ce que mon Père a promis» (Luc 24. 48). « Vous recevrez une
puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous» (Ac. 1. 8).
Une seule parole semble faire exception : dans Jn. 20. 19-23, Jésus
« souffle sur les disciples et leur dit : Recevez le Saint-Esprit " · Com­
ment interpréter ce texte qui paraît contredire toutes les autres affir­
mations de Jésus renvoyant la venue de l'Esprit sur les disciples
au jour de la Pentecôte ?
Pour déblayer le terrain, faisons quelques constatations prélimi­
naires :
a) II ne peut pas s'agir de la venue de l'Esprit comme Consolateur,
Esprit de vérité, de sainteté... bref, de cette venue de !'Esprit de Christ
en nous sans laquelle nous ne lui appartenons pas (Ro. 8. 9), puisque
Jésus a lié cette venue à son départ de cette terre : « si je ne m'en
vais pas, le Consolateur ne viendra pas vers vous " (Jn. 16. 7).
b) Ailleurs, nous l'avons vu, Jean lie la venue de l'Esprit à la glo­
rification de Jésus : « !'Esprit n'était pas encore car Jésus n'avait pas
encore été glorifié " (7. 39).
Quand Jésus a-t-il été glorifié ? Le mot « glorifié " semble se rap­
porter tantôt à la mort de Christ (Jn. 12. 33 ss. ; 13. 31), tantôt à
l'ascension (17. 5) ou à la Pentecôte (12. 16 ; cf. 14. 26). Il en est de
même de : « être élevé " (3. 14 ; 8. 28 ; 12. 32, 34) qui désigne tour à
tour la croix et l'ascension, de : « l'heure» (2. 4 ; 7. 30 ; 8. 20 ; 12. 23,
27 ; 13. 1 ; 17. 1) ou de : « mon temps» (7. 6, 8). Toutes ces expressions
concernent l'acte rédempteur envisagé dans son entité. La rédemption
constitue un tout indivisible comprenant la croix, la résurrection,
l'ascension et l'effusion de l'Esprit - comme le couronnement d'un
roi ne se limite pas au moment où la couronne est posée sur sa tête,
mais comprend toute une série de cérémonies. Si donc on dit «après
le couronnement " • ce n'est pas après l'acte central, mais après l'en­
semble des manifestations qui l'accompagnent.
La parole de l'évangéliste (Jn. 7. 39) ne saurait donc se rapporter
à un maillon intermédiaire, elle voit l'étape finale (tout comme 12.
16). D'ailleurs, le jour de la Pentecôte, l'apôtre Pierre met l'effusion
de l'Esprit en relation avec la glorification de Jésus : « Elevé par la
droite de Dieu, il a reçu du Père l'Esprit-Saint qui avait été promis et
il l'a répandu, comme vous le voyez et l'entendez» (Ac. 2. 33).
c) J. Dunn fait remarquer que le verbe « souffler» est le même
que celui que la version des Septante utilise dans Genèse 2. 7 pour
décrire la création de l'homme et dans Ezéchiel 37. 9 pour la revivi-

31
fication des morts. Jean aurait donc suggéré par là que Jésus, auteur
de la première création (Jn. 1. 3) est aussi l'auteur de la nouvelle
re-création de l'homme. 23 La résurrection qui vient d'avoir lieu rend
cette nouvelle création possible. Elle est le gage et le moyen de la
régénération : « Il nous a régénérés... par la résurrection de Jésus­
Christ d'entre les morts » dira Pierre (1 Pi. 1. 3).
d) Jean omet l'article devant Esprit-Saint : « Recevez de l'Esprit­
Saint » . Faut-il, comme dans Luc 1 1. 13, voir plutôt un don de !'Esprit
que la personne du Saint-Esprit ? 24 Ce qui semble le confirmer, c'est
le verset suivant où Jésus donne à ses disciples le pouvoir de pardon­
ner les péchés ou de les retenir, expression qui est sans doute à rap­
procher de « lier et délier » , c'est-à-dire de définir ce qui est permis
et défendu. Il s'agit là d'un don essentiel à l'exercice du ministère
apostolique : définir une fois pour toutes la foi qui sera transmise aux
saints de tous les temps (Jud. 3).
Il est donc évident qu'il ne s'agit pas ici de la réception du Saint­
Esprit qui correspondrait, dans notre expérience, à la conversion P,t
qu'un « baptême de !'Esprit » devrait compléter plus tard. Jésus
accomplit un geste prophétique qui « confirme la promesse sans en­
core l'accomplir » (H. Blocher). 2s
Ces paroles ont certainement aussi une portée prophétique -
même si elles sont au présent. Nous pouvons les rapprocher d'autres
paroles où Jésus employait le présent ou même le passé pour parler de
l'avenir : « Lorsque Judas fut sorti, Jésus dit : Maintenant, le Fils de
l'homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui» (Jn. 13. 31). Rien
ne s'est encore passé ; mais dès l'instant où Judas quitte le cercle des
disciples pour aller trouver les prêtres, la machinerie infernale qui
aboutira à la crucifixion du Fils de Dieu s'est mise en route. Jésus
voit déjà l'aboutissement : la croix, la résurrection et l'ascension.
D'ailleurs, quelque temps après, Jésus prie : « Père, l'heure est
venue ! Glorifie ton Fils... » (Jn. 17. 1), ce qui prouve bien que le
passé du chap. 13 n'était que prophétique et que la glorification du
Fils n'était pas un fait accompli.
Même passé prophétique dans Jn. 16. 1 1 : « Le prince de ce monde
est jugé » . Parce qu'il a attenté à la vie du Saint de Dieu, son juge­
ment et sa condamnation sont à ce point certains, que Jésus emploie
le passé pour en parler. Les prophètes de !'Ancienne Alliance utili­
sent constamment le présent, ou même le passé, pour décrire un évé­
ment futur. Dans son Apocalypse, Jean agira de même (v. Apoc.
18. 2 ; 19. 1-2... )
23 J. Dunn : Baptism in the Ho/y Spirit ( 5 1), p. 180.
24 H. Blocher cite Mgr Cassien qui prétend que « Jean emploie l'article
quand il s'agit de la personne ; il l'omet quand il a en vue la manifestation,
le et les dons.» ICHTHUS No 14 ( 6 . 71), p. 30.
25 ICHTHUS No 14, p. 30.

32
Parfois, les prophètes soulignaient leur parole par des actions
prophétiques (v. Jé. 13 ; 19-20). L'institution de la Sainte Cène se situe
dans cette perspective. Lorsque Jésus dit : « Ceci est mon corps qui
est donné pour vous... mon sang qui est répandu pour vous » (Luc
22. 19-20), il est encore corporellement présent au milieu d'eux. Pour­
tant, son sacrifice est si imminent et si certain qu'au lieu du futur,
Jésus emploie le présent. « Jésus a l'habitude de voir un nouvel
événement imminent comme déjà présent, parce qu'il considère l'en­
semble de son itinéraire et de son acte rédempteur comme un tout
organique » (A. Brandenburg). 26
Parfois, le futur est si évident que les traducteurs, presque unani­
mement, ont renoncé à maintenir le présent de l'original. Par exem­
ple, dans Mt. 26. 2, nous lisons en grec : « Après deux jours, la Pâque
arrive et le Fils de l'homme est livré » , et en français : « sera livré » .
« L e présent pour renforcer l'affirmation. Mon immolation est virtuel­
lement réalisée, étant imminente » (R.P. Lavergne). 27
L'aoriste impératif labete (recevez) indique une action ponctuelle,
accomplie en une fois, mais il n'est pas lié au temps. Cette action
peut se situer aussi bien au futur qu'au présent. On pourrait donc,
d'aussi bon droit, traduire : « Ceci est mon corps qui sera donné pour
vous... mon sang qui sera répandu pour vous » , ainsi que : Jésus
« souffla sur les disciples et leur dit : Vous recevrez le Saint-Esprit » .
« La pensée de Jésus me paraît s e rapporter à l'avenir. Cette com­
munication préparatoire devra faire comprendre aux disciples, quand
le vent de !'Esprit soufflera, que ce vent n'est autre que le souffle
personnel de leur invisible Maître » (F. Godet). 28
« Jésus leur donna en quelque sorte les arrhes du vrai don qu'ils
ne devaient recevoir pleinement qu'à la Pentecôte » (R. Pache). 29
D'ailleurs, même si Jésus a réellement communiqué à ses disci­
ples « du Saint-Esprit » , cela ne signifie pas encore que nous devions,
nous aussi, le recevoir en deux étapes. Comme le dit J. Dunn, «la
suite chronologique des événements dans la vie des apôtres est unique
et ne peut être répétée » . Ils ont vécu la venue unique du Fils de
Dieu qui a constitué la ligne de partage des eaux entre !'Ancienne
et la Nouvelle Alliance (v. Jn. 1. 17). « Les disciples ont traversé cette
période transitoire, et leur expérience spirituelle, durant cette période,
était toujours limitée à ce qui convenait à chaque étape, à ce qui
était possible alors. » Ils ont vécu la venue du Messie, sa mort et sa
résurrection, son ascension et l'envoi du Consolateur. A chaque étape,
ils ont pénétré dans une expérience plus complète du salut, mais cette
28 /ch glaube an den Hl. Geist (23) , p. 32.
27 L'Expression biblique (Vrin, Paris 1947), p. 74.
2s Commentaire sur l'évangile de saint Jean ( Neuchâtel, 1902), tome I I I ,
p. 496.
�9 La Personne et l'œuvre du Saint-Esprit (133), p. 34.
33
expenence était chaque fois limitée à ce que la progression de l'his­
toire du salut permettait de s'approprier à un moment donné. Avant
la résurrection, il ne leur était pas possible de recevoir le souffle
re-créateur de Dieu. Avant la Pentecôte, ils ne pouvaient participer
à la plénitude de la promesse du Père. « Avec la Pentecôte, la phase
transitoire arrive à son terme. L'ancien stade de l'histoire du salut
est entièrement dépassé et le nouveau entièrement en vigueur. Par
conséquent, l'entrée dans les bénédictions de la nouvelle dispensation
est immédiate, alors qu'elle a été graduelle pour les apôtres... Il est
donc impossible de considérer l'expérience des apôtres durant cette
période comme un modèle éventuel, encore moins comme une norme,
pour l'expérience d'aujourd'hui... Une série d'expériences dont l'ordre
et la profondeur furent déterminés par une série d'événements uni­
ques qui ne peuvent se répéter (ceux qui ont eu lieu entre Bethléhem
et la Pentecôte), ne peut être le modèle de l'expérience normale de
la conversion et de la croissance chrétienne après la Pentecôte. Seul
si Jésus devait toujours à nouveau vivre, mourir. ressusciter et remon­
ter au ciel, l'expérience des apôtres pourrait être décrite comme nor­
mative pour le christianisme ultérieur, puisque cette expérience fut
déterminée par leur relation avec le ministère historique de Jésus.
Si nous désirons une norme pour le don de !'Esprit, nous ne la trou­
vons ni dans Jn. 20. 22, ni dans Ac. 2. 4, mais dans Ac. 2. 38» (J.
Dunn.) 3 0
Ainsi, « l'épisode de la chambre haute» n'est pas la venue de !'Es­
prit. Par ce geste prophétique, Jésus confère à ses disciples l'autorité
apostolique et « proclame que la résurrection inaugure la nouvelle créa­
tion et qu'elle entraînera le don général du Saint-Esprit. A cet égard,
c'est une figure anticipatrice» (H. Blocher), 31 un « gage de la fête
de Pentecôte» (Bengel).

Conclusions
Il était indispensable de nous arrêter assez longuement sur ce que
le Seigneur a dit du Saint-Esprit. Il est pour nous « la Vérité», cette
vérité d'origine céleste, unique, absolue, éternelle. Par conséquent,
« lorsqu'il parle, ses affirmations doivent être prises pour normatives,
déterminantes. Ce qu'il souligne doit être considéré comme impor­
tant ; ce à quoi il fait une allusion passagère ou qu'il passe sous silen­
ce, le sera moins» (F. Horton). 32
Les fonctions essentielles du Saint-Esprit sont contenues dans les
trois noms que Jésus lui donne : Paraclet, Esprit de vérité et Saint­
Esprit. Dans ses discours, Jésus n'a jamais mentionné les manifesta-
ao Baptism in the Ho/y Spirit (51 ) , pp. 178-182.
3 1 ICHTHUS No 14, p. 30.
32 Op. cit. (92 ) , p. 1 .

34
tions visibles qui accompagneront la venue de l'Esprit : les langues
de feu, le bruit d'un vent impétueux, les discours en langues étran­
gères, le « parler en langues » associé parfois à la venue de l'Esprit.
Si ces éléments étaient essentiels et si leur absence signifiait absence
du Saint-Esprit, il faudrait conclure que Jésus a oublié l'essentiel.

35
CHAPITRE III

La venue de l'Esprit
« Elevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père le
Saint-Esprit qui avait été promis, et il l'a répandu,
comme vous le voyez et l'entendez. • (Ac. 2. 33.)

A. UN l:VÉNEMENT UNIQUE
« Jean a baptisé d'eau, mais vous, dans peu de jours, vous serez
baptisés du Saint-Esprit» (Ac. 1. 5). Par le rappel de cette prophétie
de Jean-Baptiste, Jésus a identifié clairement le baptême de l'Esprit
et l'événement de la Pentecôte.
Cet événement unique dans le cours de l'histoire du salut nous
est raconté avec beaucoup de détails au début du livre des Actes,
puisqu'il inaugure une ère nouvelle dans l'histoire spirituelle de
l'humanité : l'ère du Saint-Esprit. Il se situe à un point précis de la
ligne du temps : après la mort, la résurrection et l'ascension de Jésus­
Christ. Dieu ne pouvait pas envoyer son Esprit auparavant « car Jésus
n'avait pas encore été glorifié » (Jn. 7. 39).
« Nous ne pouvons comprendre la venue du Saint-Esprit que si
nous gardons présente à l'esprit la succession des événements de
l'histoire du salut racontés dans la Bible» (H. Brandenburg) 1 . Ces
événements ont une valeur unique, mais pas forcément une valeur
normative pour les chrétiens de la nouvelle alliance. Les disciples
ont, en fait, vécu dans trois stades essentiels de l'histoire du salut :
avant leur rencontre avec Jésus : dans l'ancienne alliance - avec
Jésus : dans une ère intermédiaire particulière - à partir de la Pen­
tecôte : dans la nouvelle alliance. Depuis lors, aucun chrétien n'a
refait ce même chemin et passé par les mêmes expériences. Dans ce
que nous racontent les évangiles et les Actes, il nous faut donc claire­
ment distinguer entre ce qui est unique et ce qui est normatif.
B. LA PENTECOTE
« L'apogée et la fin du ministère de Jésus ne fut ni la croix, ni
1 /ch glaube an den Hl. Geist (23), p. 31.

37
la résurrection, mais l'ascension et la Pentecôte. Plus exactement,
comme l'ascension fut le point culminant du ministère de Jésus pour
Jésus lui-même, ainsi la Pentecôte le sera pour ses disciples. Alors
seulement, par le don de !'Esprit, les privilèges et les bénédictions que
Jésus leur a acquis par sa mort, sa résurrection et son ascension, leur
seront accessibles. » (J. Dunn) 2

1. Signification de l a Pentecôte j u ive


La Pentecôte était l'une des trois grandes fêtes juives:
a) Elle s'appelait « la fête des semaines », puisqu'elle était célébrée
sept semaines après l'offrande de la gerbe des prémices de l'orge
(Lé. 23. 15 : cinquante jours, d'où le nom grec pentecosté). Deux
pains étaient agités devant l'Eternel, le lendemain du sabbat (Lé. 23.
11, 17 ss.). Elle complétait donc la fête de la Pâque.
b) C'était aussi la fête des prémices (Nb. 28. 26 ; Lé. 23. 17) : les
deux pains et dix animaux (Lé. 23. 18-19) étaient offerts comme pré­
mices à Dieu.
c) C'était la fête de la moisson qui terminait le travail de l'année.
On y faisait des offrandes volontaires à l'Eternel en reconnaissance
pour les bénédictions reçues (De. 16. 9-10).
d) C'était un jour de réjouissance, où l'on se souvenait avec joie
de la délivrance accordée par l'Eternel lors de la sortie d'Egypte (De.
16. 11-12).
e) Les rabbins y avaient rattaché la fête anniversaire du don de
la Loi (Livre des Jubilés 1. 1 ; 6. 17), de l'alliance avec le peuple.

2. La Pentecôte c h rétienne
La Pentecôte chrétienne accomplit tous ces symboles : le don de
l'Esprit complète l'œuvre rédemptrice du Christ à Pâques, elle lui
apporte les prémices de l'humanité rachetée, la première moisson
d'âmes sauvées après le « travail » de Jésus (Es. 53. 1 1). C'est un jour
de joie pour les disciples après la tristesse de la séparation, un jour
de délivrance du joug du péché. Enfin, c'est le jour où le peuple de
la nouvelle alliance est né (1 Pi. 2. 9- 10).
" La Pentecôte, nous dit J. Stott, a différentes significations dis­
tinctes : c'est le dernier événement du ministère de Jésus, l'accom­
plissement de l'attente de l'Esprit qui parcourt tout l'Ancien Testa­
ment, mais aussi des promesses spéciales de Jésus faites dans la
Chambre haute : c'est aussi le premier réveil. Pour toutes ces raisons,
la Pentecôte ne peut pas être considérée comme une norme » 3 .
2 Baptism in the Holy Spirit (51) , p. 44.
3 Baptism and Fullness (178), p. 30.
38
3. Les éléments extraord i naires de l'événement de Pentecôte
a) Bruit de vent - feu - langues
Différents phénomènes exceptionnels ont marqué l'inauguration
de l'ère nouvelle : un bruit comme celui d'un vent impétueux (Ac.
2. 2), des langues semblables à des langues de feu se posant sur chacun
des disciples (v. 3), chaque assistant entendait parler des merveilles
de Dieu dans sa propre langue (v. 6, 8, 1 1).
Souvent dans l'Ancien Testament, le vent est associé à la présence
de Dieu (1 R. 19. 1 1 ; Job. 38. 1). Le mot que Luc emploie ici (pnoé)
est utilisé dans la traduction des Septante pour désigner le souffle
créateur de Dieu (v. 42. 5). L'Esprit se révèle ici créateur de vie nou­
velle (cf. Jn. 3. 8).
Le feu est aussi symbole de la présence de Dieu (Ex. 3. 2 ss. ; 19.
1 8), parfois associé au vent (Es. 29. 6 ; 30 : 27 ss.).
Les langues comprises par les Juifs de tout le monde antique pré­
sents à Jérusalem (v. 9-10) montrent que la tâche de l'Eglise dans
l'ère nouvelle qui commence, sera de renverser le cours de l'histoire
inauguré à Babel et de proclamer aux hommes « de toute langue »
la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ. A Babel, Dieu est des­
cendu et a confondu les langages « afin qu'ils n'entendent plus la
langue les uns des autres (Ge. 1 1. 7). A la Pentecôte, Dieu redescend
dans le Saint-Esprit pour que, malgré la diversité des langues qui
subsistera, les hommes se comprennent de nouveau, il crée l'unité
entre des hommes de langues différentes. C'est là une des signifi­
cations durables de l'événement de Pentecôte. « Toujours à nouveau,
il amène des hommes à vraiment entendre et comprendre la procla­
mation (de l'Evangile) et il les unit dans la fraternité de l'Eglise »
(W. de Boor) 4 . « Ce fut la première fois que Dieu s'adressait au
peuple juif, si exclusif, dans la langue des païens » (M. Griffiths) 5 •
« Ce groupe de frères louant Dieu dans les langues du monde entier
représentait le monde entier qui, un jour, louera Dieu dans ses diffé­
rentes langues» (Alexandre Maclaren).
La tradition juive prétendait que tous les peuples de la terre
étaient présents au Sinaï quand Dieu a donné la Loi ; la voix de Dieu
visible sous forme d'une flamme de feu, se serait divisée en 70 voix
différentes, faisant comprendre dans 70 langues les exigences de
Dieu. On comprend que les Juifs présents, familiers des symboles de
l'Ancien Testament, de la signification de la Pentecôte et des tradi­
tions rabbiniques aient dû être impressionnés par ces phénomènes
extraordinaires.
" D'une manière très réelle - mais non de la manière que les

' Die Apostelgeschichte (Brock.haus, 1971), p. 55.


5 Mit anderen Zungen (75), p. 21.

39
disciples attendaient - le Royaume est venu en puissance. Il est
venu dans la puissance du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, et cette
puissance n'a jamais été retirée, et ne le sera jamais. » (M. Green) 6
Ces faits ne se reproduiront jamais, ni dans le livre des Actes, ni
dans l'histoire de l'Eglise. Ils soulignent le caractère unique de l'évé­
nement de Pentecôte. Ils étaient destinés à attirer l'attention des dis­
ciples et des assistants sur la venue définitive de !'Esprit divin.
b) La prédication de Pierre relève le caractère unique de ce qui
se passe sous leurs yeux : les « derniers jours » prédits par Joël ont
commencé (v. 17). Jésus a reçu du Père le Saint-Esprit qui avait été
promis, et il l'a répandu comme vous le voyez et l'entendez » (v. 33).
La Pentecôte était « la première venue effective du Saint-Esprit dans
l'Eglise » (A. Kuyper) ï. Or, le don de !'Esprit est, d'après les prophé­
ties de l'Ancien Testament, la caractéristique distinctive de l'âge nou­
veau (Es. 32. 15 ; Ez. 1 1. 19 ; 36. 26 ss. ; 37. 3 ss.). C'est « le moment
décisif du passage de l'ancienne à la nouvelle dispensation » (M.
Desaede!eer) 8 , la réalisation de la promesse (Luc 24. 49 ; Ac. 1. 4 ;
33, 38).
Le miracle des langues n'avait encore convaincu personne (v. 12-
13). Seule la parole claire et intelligible du message inspiré amènera
les auditeurs à la foi. " Le don de !'Esprit dont l'Eglise a le plus
besoin, n'est pas la prière en langues, mais la prophétie. Car c'est
seulement la proclamation limpide de l'Evangile dans la puissance
de !'Esprit-Saint qui touchera les consciences, découvrira le véri­
table état de l'homme et conduira au salut et à la conversion. C'est
pourquoi, ce qu'il y a de spécifique dans l'effet de l'effusion de
!'Esprit le jour de la Pentecôte se révélera seulement dans la prédi­
cation de l'apôtre Pierre. » (W. de Boor) 9
A la fin de son message, l'apôtre indique à ses auditeurs à quelles
conditions ils pourront participer eux-mêmes à ce don du Saint­
Esprit : « Repentez-vous et que chacun de vous soit baptisé au nom de
Jésus-Christ pour le pardon des péchés ; et vous recevrez le don du
Saint-Esprit. ,, (v. 38). Et pour indiquer qu'il ne s'agit pas d'une « offre
exceptionnelle » comme celles qui marquent certaines inaugurations
actuelles, mais de l'ouverture d'une ère durable, il ajoute : " Car la
promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont
au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appel­
lera » (v. 39).
De quelle promesse s'agit-il ? Du « don du Saint-Esprit » que
Pierre vient de mentionner. Mais cette promesse que nous transmet

e I believe (72), p. 47.


1 The Work of the Holy Spirit (Funk and Wagnalls, New York, 1900), p. 1 15.
e Thèse (47) , p. 57.
9 Die Apostelgeschichte (voir note 4), p . 56.

40
Joël dans la prophétie que Pierre a citée plus haut, associe le don du
Saint-Esprit au salut : " Quiconque invoquera le nom du Seigneur
sera sauvé ,, (v. 2 1) et Joël continuait : " Le salut sera sur la montagne
de Sion et à Jérusalem u (2. 32). Le don de !'Esprit n'est donc pas un
supplément plus ou moins facultatif au salut, c'est le salut même.
Plus tard, l'apôtre Pierre appellera le don qu'ils ont reçu à la
Pentecôte : " baptême de !'Esprit u (Ac. 1 1. 16-17) ; il apparaît donc
clairement que toutes ces expressions (salut (v. 2 1), pardon des péchés
(v. 38), effusion de !'Esprit (v. 33), don du Saint-Esprit, baptême de
!'Esprit...) se rapportent à la mêrrie réalité spirituelle.
c) La Pentecôte des 3000
Trois faits marquent la réponse des auditeurs
1) Un certain nombre d'entre eux acceptent, par la foi, l'offre
proposée. Un tri s'opère donc parmi les assistants.
2) " Ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés. u
3) Ils constituent une communauté caractérisée par la perseve­
rance " dans l'enseignement des apôtres, dans la communion fra­
ternelle, dans la fraction du pain et dans les prières ,, (v. 42).
La venue de !'Esprit crée l'Eglise. La vie de cette Eglise telle
qu'elle nous est décrite dans les pages suivantes (Ac. 2. 43-44 ; 4.
32 ss.) n'était possible qu'à partir du moment où l'amour de Dieu
était répandu dans les cœurs par le Saint-Esprit (Ro. 5. 5).
Le Saint-Esprit donnera aussi, comme Jésus l'a précisé dix jours
auparavant, la puissance et le courage de rendre témoignage (cf. Ac.
2. 23 ; 3. 13-16 ; 4. 10-12, 33 ; 5. 2 1, 29 ; 7. 5 1-53 ; 8. 4 ... ) En parlant
plus tard de l'événement de la Pentecôte, Pierre dira que le Saint­
Esprit est descendu sur eux (Ac. 11. 15), qu'ils ont reçu le don du
Saint-Esprit en croyant (v. 17).

4. Quelle était la significati on de la Pentecôte dans la vie des


d isciples ?
Etaient-ils déjà convertis et nés de nouveau avant la Pentecôte ?
Jésus disait aux disciples : " Si vous ne vous convertissez et si
vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le
royaume des cieux u (Mt. 18. 3) et à Pierre, le jeudi saint : " Quand
tu seras converti, affermis tes frères u (Lu. 22. 32).
Si la conversion était encore future pour eux, ils ne pouvaient donc
pas être nés de nouveau puisqu'en parlant de Nicodème, Jésus emploie
presque la même formule en remplaçant simplement la conversion
par la nouvelle naissance : " Si un homme ne naît de nouveau ... d'eau
et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu u (Jn. 3. 5) .
a) L'œuvre du Saint-Esprit avant la nouvelle naissance
Rappelons-nous que, sous l'ancienne alliance, le Saint-Esprit

41
pouvait revêtir un homme ou même le remplir pour un temps donné,
en vue d'une mission spéciale. Le Seigneur prédit aussi une action
du Saint-Esprit dans le cœur des incroyants (Jn. 16. 8-11) ; cepen­
dant, les croyants de l'ancienne alliance qui étaient au bénéfice de
l'action du Saint-Esprit n'étaient pas nés de nouveau - pas plus que
ne le seront les incroyants en qui ce même Esprit produit la convic­
tion de péché. Les disciples étaient certainement au bénéfice de ce
ministère du Saint-Esprit pendant qu'ils suivaient Jésus. Mais le
Saint-Esprit n'habitait pas encore en eux en permanence (Jn. 14. 16 -
17. 20).
b) Pas de nouvelle naissance sans réception du Saint-Esprit
On ne peut pas être né de nouveau sans avoir reçu le Saint­
Esprit : c'est l'Esprit qui fait naître de nouveau (Jn. 3. 5-6, 8). " Si
quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas» (Ro.
8. 9). L'Esprit nous fait " connaître les choses que Dieu nous a données
dans sa g;:âce ;, ( 1 Co. 2. 12) ; il « habite en nous ,, ( 1 Co. 3. 1 6 ; 6. 19) .
Lorsque nous avons cru, nous avons été « scellés du Saint-Esprit»
(Ep. 1. 13). Baptême de régénération et renouvellement du Saint-Esprit
vont de pair (Tit. 3. 5).
Les disciples qui n'avaient donc pas encore reçu le Saint-Esprit -
sinon Jésus ne leur promettrait pas cette réception avant de les
quitter (Lu. 24. 4 ; Ac. 1. 4, 8) - n'étaient donc pas encore nés de
nouveau.
c) Le témoignage de l'apôtre Pierre
D'ailleurs, l'apôtre Pierre lui-même, en rappelant, quelques années
plus tard, le souvenir de cette journée, fait le parallèle entre l'expé­
rience de Corneille et la leur : " Lorsque je me fus mis à parler, le
Saint-Esprit descendit sur eux, comme sur nous au début. Et je me
souvins de cette parole du Seigneur : Jean a baptisé d'eau, mais vous,
vous serez baptisés du Saint-Esprit. Or, puisque Dieu leur a accordé
le même don qu'à nous qui (ou : lorsque nous) avons cru au Seigneur
Jésus-Christ... » (Ac. 1 1. 15-17). Pour Pierre, ils ont vraiment " cru au
Seigneur Jésus-Christ » . ils ont été « baptisés du Saint-Esprit » , ils ont
" reçu le don du Saint-Esprit » , !'Esprit est " descendu su-r eux " ... au
" début ,, , c'est-à-dire le jour de la Pentecôte. Ce jour a donc été, pour
eux. le moment de leur nouvelle naissance. 10
10 Pierre compare l'état spirituel des cent vingt disciples avant la Pente­
côte, donc leur propre état spirituel, à celui de Corneille avant sa réception
de !'Esprit. Quatre fois (Ac. 10 . 47 ; 1 1. 15, 17 ; 15. 8 ), il tire Je parallèle entre les
deux expériences. Il emploie, dans Ac. 11. 17, l'expression « croire en » (pisteusai
épi) à l'aoriste, qu'il utilise chaque fois pour parler de quelqu'un qui devient
chrétien (2. 44 ; 9. 42 ; 16. 31). « La Pentecôte ne peut j amais être répétée -
car le nouvel â�e a commencé et ne peut pas être introduit une nouvelle fois. »
J. Dunn, op. ctt. (51) , pp. 51-5 3 .

42
d) Les preuves de la nouvelle naissance
La meilleure preuve de la nouvelle naissance des disciples le jour
de la Pentecôte, c'est la transformation de leur vie à partir de ce
moment-là. Les fruits de !'Esprit se manifesteront immédiatement :
l'amour des frères (Ac. 2. 44-46 ; 4. 32 ; 6. 1...), la paix et la joie, même
dans les persécutions (5. 41 ; 7. 59-60), la bonté envers les malheu­
reux (3. 6 ; 5. 15), la fidélité à Christ (4. 19, 29, 31 ; 5. 29), la douceur
(6. 15), la maîtrise de soi (4. 8- 13). Il n'y a, pour ainsi dire, plus rien
de commun avec ce que ces mêmes disciples étaient avant la Pente­
côte. Il suffit de comparer Pierre avant (Luc 9. 46 ; Mt. 19. 27 ; 26. 33-
35, 56, 70, 74 ; Jn. 18. 10) et après la Pentecôte (Ac. 2. 14 ; 4. 10, 19 ... )

C. DE NOUVELLES PENTECOTES ?
Le jour de la Pentecôte, Pierre a ouvert la porte du Royaume
de Dieu (Mt. 16. 19), mais ceux qui sont entrés étaient tous des Juifs
(ou des prosélytes juifs, Ac. 2. 10). Or, le Seigneur, peu de jours
auparavant, avait demandé aux disciples d'être ses témoins « à Jéru­
salem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités
de la terre » (Ac. 1. 8). Il indiquait par là que l'évangélisation du
monde se ferait, en quelque sorte, en trois étapes : territoires juifs,
samaritains et païens.
En bon historien grec, Luc, après avoir annoncé son plan par cette
parole de Jésus, va décrire la percée de l'Evangile dans ces trois sphè­
res : Jérusalem et la Judée (ch. 2-6), la Samarie (ch. 8), les païens
(ch. 10). Ces deux derniers événements « peuvent être considérés
comme des renouvellements de la Pentecôte, comme Pierre le dira
lui-même explicitement dans le cas de Corneille » (10. 47 ; 1 1. 15). 11
L'événement unique de la Pentecôte, c'est-à-dire la descente de
l'Esprit sur l'humanité, peut donc être vu comme une entité frac­
tionnée dans le temps suivant les différents groupes religieux com­
posant cette humanité : Juifs, semi-païens (Samaritains), païens. Lors­
que ces différentes catégories religieuses ont été atteintes, on peut
considérer l'événement de Pentecôte comme achevé. Mais, bien
entendu, sur le plan personnel et communautaire, la Pentecôte se
continue et se répétera jusqu'au Retour du Christ : chaque fois qu'un
homme naît de nouveau, l'Esprit est répandu sur lui et le joint aux
frères pour le service du Seigneur.
Dans l'Eglise primitive, « le don du Saint-Esprit est chaque fois le
signe décisif du fait que l'expansion du Royaume de Dieu a atteint
l'étape suivante (Ac. 2. 8 ; 1 0) et, chaque fois, c'est en liaison immé­
diate avec les apôtres. » 12 L'apôtre Pierre joue un rôle décisif à cha-
11H. Berkhof : The doctrine of the Holy Spirit (10), pp. 87-8 8.
u Traugott Boker : Die Taufe im Heiligen Geist (19), p. 3 6 .

43
cune de ces trois étapes. « C'est lui à la Pentecôte ; c'est lui qu'on
doit attendre à Samarie ; c'est lui que Dieu fait chercher par les gens
de Corneille. Après cela, il ne sera plus guère question de lui dans
le livre des Actes. A la mémoire remonte alors une promesse de
Jésus : « Je te donnerai les clés du Royaume des cieux " (Mt. 16. 19).
Son privilège de « majordome II de la maison du Seigneur, Pierre
ne l'a-t-il pas exercé dans sa mission historique d'ouverture ? Oui,
il a ouvert la porte du Royaume : aux Juifs, puis aux Samaritains,
puis aux païens " (H. Blocher). 1 3
« A Samarie, Césarée et Ephèse, trois communautés avec des pro­
blèmes particuliers, qui constituaient un danger pour l'unité de l'Egli­
se, ont été intégrées d'une manière évidente dans l'Eglise " (Bridge­
Phypers). 14 Nous examinerons ces différents épisodes, ainsi que les
autres textes des Actes invoqués parfois pour appuyer la thèse d'une
réception de !'Esprit en deux étapes, après avoir dégagé l'enseigne­
ment des Ecritures des textes didactiques du Nouveau Testament.

13 «L'Esprit donné aux Samaritains» ICHTHUS n° 24 Uuin 1972) , p. 12.


14 Spiritual Gifts (24), p. 125.

44
CHAPITRE IV

Avez-vous reçu le Saint-Esprit


quand vous avez cru ?
« Si quelqu'un n'a pas !'Esprit de Christ, il ne lui
appartient pas. " (Rom. 8. 9.)

UNE QUESTION IMPORTANTE


Deux opinions s'affrontent au sujet de la réception du Saint-Esprit :
pour les uns, on le reçoit automatiquement au moment de la conver­
sion ou nouvelle naissance ; pour les autres, « on peut ne pas le
recevoir quand on croit » . 1
Beaucoup de chrétiens prétendent que la venue du Saint-Esprit ne
saurait passer inaperçue. Il y a des « signes » , disent-ils, qui nous
permettent de savoir si nous l'avons reçu : vagues de joie et de paix,
besoin de louer Dieu, plénitude intérieure qui déborde en un langage
inhabituel... N'ayant expérimenté aucune de ces manifestations sensi­
bles, bien des chrétiens sont perplexes et se demandent : Ai-je reçu
le Saint-Esprit ?
Cette question est très importante. En effet, de la réception du
Saint-Esprit dépend :
1 . notre appartenance à Christ : « Si quelqu'un n'a pas !'Esprit de
Christ, il ne lui appartient pas » (Ro. 8. 9) .
2. notre nouvelle naissance : « Si un homme ne naît d'eau et
d'Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu ... ce qui est né
de l'Esprit est esprit » (Jn. 3. 5-6 ; cf. Tite 3. 5-6) . « Nous vivons par
l'Esprit » (Gal. 5. 25) .
3 . notre assurance du salut : « Vous avez reçu un esprit d'adop­
tion, par lequel nous crions Abba ! Père ! L'Esprit lui-même rend
témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » (Ro.
8. 15-16 ; cf. Gal. 4. 4-6) .
4. notre connaissance de Dieu et de ses dons : « Personne ne
connaît les choses de Dieu, si ce n'est l'Esprit de Dieu. Or nous, nous
1 M. Harper : Une puissance pour le Corps de Christ (82), p. 34.
45
n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais /'Esprit de Dieu afin que
nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce»
(1 Co. 2. 1 1- 12). Or, la vie éternelle dépend de cette connaissance
(Jn. 17. 3).
5. notre vie de prière et notre adoration : « L'Esprit nous aide dans
notre faiblesse, car nous ne savons pas ce qu'il nous convient de
demander dans nos prières. Mais /'Esprit lui-même intercède ... » (Ro-
8. 26). « Nous avons accès auprès du Père dans un même Esprit » (Eph.
2. 18). « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en
esprit et en vérité» (Jn. 4. 24). « Faisons par /'Esprit toutes sortes de
prières et de supplications » (Ep. 6. 18).
6. notre victoire sur le péché : « Si, par l' Esprit, vous faites mourir
les actions du corps, vous vivrez» (Ro. 8. 13).
7. notre marche chrétienne : « Tous ceux qui sont conduits par
/'Esprit de Dieu, sont fils de Dieu» (Ro. 8. 14). « Si nous vivons par
l'Esprit, marchons aussi selon l' Esprit » (Ga. 5. 25). L'Esprit seul peut
produire dans nos vies « le fruit de !'Esprit " (Gal. 5. 22-23 ; Col. 1. 8).
8. notre appartenance au Corps de Christ : « Nous avons tous,
en effet, été baptisés dans un seul Esprit pour former un seul Corps»
(1 Co. 12. 13). « Il y a un seul corps et un seul Esprit» (Eph. 4. 4).
9. l'efficacité de notre témoignage : « Lorsque le Saint-Esprit sur­
viendra sur vous, vous recevrez une puissance et vous serez mes té­
moins» (Ac. 1. 8).
10. notre résurrection future : « Si l'Esprit de Celui qui a ressus­
cité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité
Christ d'entre les morts rendra aussi la vie à vos corps mortels par son
Esprit qui habite en vous » (Ro. 8. 1 1 ; cf. 2 Co. 1. 22 ; 5. 4-5).
Ainsi, tout ce qui constitue notre vie chrétienne est donc produit
par le Saint-Esprit en nous. Si nous n'avons pas reçu cet Esprit, nous
sommes dans la mort spirituelle, nous n'avons aucune relation vivante
avec Dieu, aucune promesse pour l'avenir. Nous sommes « étrangers
aux alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le
monde» (Eph. 2. 12).
C'est pourquoi il est de la plus haute importance de savoir, avec
certitude, si nous avons reçu le Saint-Esprit.
Seule la Parole de Dieu peut nous répondre.

QU'EST-CE QUE RECEVOIR LE SAINT-ESPRIT ?


1. Dans les évangi les et les Actes
Nous ne retiendrons pour l'instant, des écrits historiques, que trois
versets
1. Une remarque de l'apôtre Jean à propos d'une parole de Jésus :

46
" Il dit cela de !'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en
lui " (Jn. 7. 39).
2. Une parole de Jésus : « Le Père vous donnera un autre Conso­
lateur... !'Esprit de vérité que le rnonde ne peut recevoir .. mais il sera
en vous " (Jn. 14. 17). Le monde, dans le sens où Jésus l'emploie ici,
est constitué par ceux qui ne croient pas en lui (v. Jn. 16. 8 ; 17. 6, 9,
14, 23, 25).
3. La promesse générale transmise par Pierre le jour de la Pente­
côte à tous ses auditeurs : « Repentez-vous et que chacun de vous soit
baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de vos péchés et vous
recevrez le don du Saint-Esprit " (Ac. 2. 38). 2

2. Dans les épîtres


Quels sont, dans les épîtres, les passages où le verbe recevoir (lam­
banô) est associé au Saint-Esprit ?
Ra. 8. 1 5-16 : « Vous avez reçu un Esprit d'adoption par lequel
nous crions : Abba, Père. L'Esprit lui-même rend témoignage à notre
esprit que nous sommes en/ ants de Dieu. "
1 Cor. 2. 12 : « Or nous, nous n'avons pas reçu l'esprit du monde,
mais !'Esprit qui vient de Dieu u - " nous u, c'est " ceux qui ont été
sanctifiés en Jésus-Christ, appelés à être saints, et tous ceux qui invo­
quent en quelque lieu que ce soit, le nom de notre Seigneur Jésus­
Christ " (1. 2), qui ont été « lavés, sanctifiés, justifiés au nom du Sei­
gneur Jésus-Christ et par !'Esprit de notre Dieu » (6. 1 1).
2 Cor. 1 1 . 4 : • Si vous recevez un autre esprit que celui que vous
avez reçu ... vous le supportez bien » (l'apôtre fait allusion au même
fait que dans le passage précédent : cette réception est commune à
tous les Corinthiens).
Gal. 3. 2 : • Est-ce par les œuvres de la loi que vous avez reçu
!'Esprit ou par la prédication de la foi » ?
v. 1 4 : « Christ est devenu malédiction pour nous, afin que nous
reçussions par la foi !'Esprit qui avait été promis. »
Ces passages sont les seuls de tout le Nouveau Testament (à part
Jn. 20. 22 ; Ac. 2. 33 ; 8. 15, 17, 19 ; 10. 47 ; 19. 2 qui se rapportent à
des circonstances particulières que nous examinerons plus loin), qui
parlent de recevoir le Saint-Esprit. Dans tous ces passages, la réception
de !'Esprit est liée au fait de sortir du « monde » , à la repentance et
surtout à la foi, à l'adoption comme enfants de Dieu. Elle est le pri­
vilège de tous ceux qui ont été « lavés par le sang de Christ » .
2 • Dans tous les passages importants sur !'Esprit dans les Actes (1. 4 ;
2. 3 3, 38 ; 8. 20 ; 10. 45), le Saint-Esprit est appelé promesse ou don. Il n'est
jamais acquis ou obtenu, c'est toujours un présent » (Bruner ( 3 0) , p. 157).

47
3. Le don du Sai nt-Esprit
Dans d'autres passages, avec d'autres mots, les apôtres disent que
« Dieu a donné le Saint-Esprit à ceux qui lui obéissent» (Ac. 5. 32).
Or, « c'est ici son commandement: que nous croyions au nom de son
Fils Jésus-Christ et que nous nous aimions les uns les autres» (1 Jn.
3. 23 ; cf. Jn. 6. 29). Il s'agit de « l'obéissance de la foi» (Ro. 1. 5).
L'apôtre Paul dit qu' « étant justifiés par la foi, nous avons la paix
avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ» et que « l'amour de Dieu
est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné »
(Ro. 5. 1, 5). « Parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs
!'Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! » (Gal. 4. 6). « En lui,
après avoir entendu la Parole de la vérité, l'Evangile de votre salut,
en lui vous avez cru et vous avez été scellés du Saint-Esprit qui avait
été promis» (Eph. 1. 13 ; cf. Jn. 1. 12). « Dieu vous a aussi donné son
Saint-Esprit» (1 Th. 4. 8 ; voir aussi Tite 3. 6).
D'après toutes ces déclarations, nous recevons le Saint-Esprit dès
que nous croyons en Jésus-Christ et que nous devenons enfants de
Dieu. Il n'est pas possible d'appartenir à Christ sans avoir reçu son
Esprit (Ro. 8. 9). Nulle part, dans les épîtres, nous ne sommes exhortés
à demander le Saint-Esprit. Partout, la possession de !'Esprit est sup­
posée acquise chez tous les chrétiens nés de nouveau. L'attente de
!'Esprit faisait partie des étapes transitoires dans la réalisation de l'his­
toire du salut.
A la question que Paul a posée aux disciples de Jean à Ephèse :
« Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru ?», chaque
croyant peut donc répondre joyeusement : oui - par la grâce de Dieu.

4. Par la foi
La présence de !'Esprit en nous n'est pas une affaire d'expérience
ou de sensation, mais de foi. On peut ignorer cette présence. L'apôtre
Paul a demandé aux Corinthiens : « Ne savez-vous pas que ... !'Esprit
de Dieu habite en vous ?» (1 Cor. 3. 16). « Ne savez-vous pas que
votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous ?» (1 Cor.
6. 19). Pourtant ils avaient tous été baptisés du Saint-Esprit (12. 13).
Si un signe visible avait accompagné cette venue de !'Esprit, auraient­
ils pu ignorer sa présence en eux ?
Comme nous avons accepté par la foi que Jésus-Christ est mort
pour nous et que, par conséquent, nos péchés sont pardonnés, il nous
faut accepter, par la même foi, qu'il nous a donné son Saint-Esprit,
« car nous marchons par la foi et non par la vue» (2 Cor. 5. 7).
Il ne nous reste qu'à le remercier pour son don, à nous réjouir de
cette présence et à « marcher selon !'Esprit», en sorte que nous
soyons « remplis de toute la plénitude de Dieu» (Eph. 3. 19).

48
5. Recevo i r la personne du Sai nt-Esprit
Quand nous parlons de « recevoir le Saint-Esprit », il nous faut
toujours nous souvenir que le Saint-Esprit n'est ni un objet, ni une
puissance, mais une personne, la troisième personne de la Trinité. 3
Jésus avait promis qu'il viendrait demeurer dans le croyant avec
son Père (Jn. 6. 56 ; 14. 13-17, 20 ; 15. 4 ; 17. 26). Cette habitation se
fera, bien entendu, par !'Esprit.
L'apôtre Paul confirme cette promesse : « L'Esprit de Celui qui a
ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous » (Ro. 8. 1 1), « vous
êtes une habitation de Dieu en Esprit » (Eph. 2. 22), « Jésus-Christ
est en vous » (2 Cor. 13. 5), « il habite dans vos cœurs par la foi » (Eph.
3. 17), « le Saint-Esprit habite en nous » (2 Ti. 1. 14).
L'apôtre Jacques dit que « Dieu chérit !'Esprit qu'il fait habiter en
nous » (Ja. 4. 5).
L'apôtre Jean parle de « l'onction que vous avez reçue » (1 Jn.
2. 27), de « la semence de Dieu » (3. 9), de Dieu en nous (3. 24 ; 4. 4,
12), de son Esprit en nous (4. 13). Or, « celui qui confessera que Jésus
est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui » (4. 15).
« Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu » (1 Jn.
5. 1), il est « enfant de Dieu » (3. 1), « fils de Dieu » (Gal. 3. 26). Dieu
le Père, le Fils et le Saint-Esprit vient, à partir de ce moment, habiter
dans son cœur (Eph. 3. 17), dans son corps (1 Cor. 6. 19) 4 et son esprit
(Ro. 8. 16).
Lorsque je reçois une personne, je la reçois tout entière - non
pas une partie d'elle aujourd'hui, et une autre partie plus tard. Cette
personne vient loger chez moi, mais je peux lui laisser plus ou moins
d'emprise sur moi, lui donner un rôle plus ou moins grand dans ma
vie et ma maison.
Il en est de même du Saint-Esprit. Au moment de la nouvelle nais­
sance, quand mes péchés sont effacés, plus rien ne s'oppose à l'habi­
tation de Dieu en moi. Il vient demeurer en moi par son Esprit, mais
je peux attrister !'Esprit (Eph. 4. 30), lui résister (Ac. 7. 5 1) ou l'outra­
ger (Héb. 10. 29). Je peux aussi m'ouvrir pleinement à son influence
et le laisser diriger toute ma vie pour qu'elle soit « remplie de
!'Esprit » .
3 Voir dans R . Pache : La personne e t l'œuvre du Saint-Esprit (133) le
chapitre 1 sur « La personnalité du Saint-Esprit ,. où l'auteur démontre que,
d'après le N. T., le Saint-Esprit agit comme une personne, possède les attributs
essentiels de la personnalité, est traité comme une personne.
' D. Bennett, l'un des instigateurs du néo-pentecôtisme, prétend que Je
baptême du Saint-Esprit est « la minute où vous commencez à permettre à
la puissance de Dieu de déborder de votre esprit dans votre âme et votre
corps » (The Holy Spirit and you (9), p. 76). C'est pourquoi on Je remarque
dans Je corps par Je parler en langues. Mais l'apôtre Paul pense que les Corin­
thiens, tout en étant baptisés du Saint-Esprit (1 Cor. 12. 13) pouvaient ignorer
cette présence de l'Esprit dans leur corps (1 Cor. 6. 9).
49
6. Variété des expressions bibliques
D'après ces différents passages, nous constatons que les auteurs
bibliques emploient une très grande variété de termes pour parler de
la réception de !'Esprit de Dieu. Tantôt ils l'envisagent du point de
vue de Dieu qui donne l'Esprit (Ac. 5. 32 ; 8. 15, 18 ; Jn. 3. 34 ; 14. 16 ;
Ro. 5. 5 ; 2 Cor. 1. 22 ; 5. 5 ; 1 Th. 4. 8 ; 1 Jn. 4. 13), l'envoie (Gal. 4. 6).
le répand (Ac. 2. 17, 18, 33 ; 10. 45 ; Tite 3. 6), en revêt le croyant (Luc
24. 49), le scelle (2 Cor. 1. 22 ; Eph. 1. 13 ; 4. 30), l'oint ( 1 Jn. 2. 27) -
tantôt du point de vue du Saint-Esprit qui tombe sur le croyant (Ac.
10. 44 ; 1 1. 15), vient habiter en lui (Ro. 8. 9, 1 1 ; 1 Cor. 3. 16 ; 6. 19),
l'abreuver ( 1 Cor. 12. 13), reposer sur lui ( 1 Pi. 4. 14) - tantôt du point
de vue de l'homme qui reçoit !'Esprit (Ac. 1. 8 ; 2. 33, 38 ... ), naît de
!'Esprit (Jn. 3. 8), a !'Esprit (Ro. 8. 23 ; 1 Cor. 7. 40).
Dans le prochain chapitre, nous verrons que le baptême de /'Es­
prit est une expression supplémentaire pour parler de cette venue ini­
tiale de !'Esprit en nous.

Rl:CEPTION DU SAINT-ESPRIT EN DEUX :ÉTAPES ?


Quelques récits des Actes semblent contredire cet enseignement
des épîtres en laissant supposer que la réception de !'Esprit se ferait
normalement en deux étapes
1. l'épisode des Samaritains
2. l'expérience de Paul
3. les douze disciples d'Ephèse.

1. La Pentecôte des Samaritains (Ac. 8)


a) L'énigme de Samarie
L'apôtre Jean nous dit qu'au temps de Jésus, « les Juifs n'ont pas
de relations avec les Samaritains » (Jn. 4. 9). Ces derniers étaient consi­
dérés comme des « étrangers » (Luc 17. 18). C'étaient, en effet, des
descendants de ces colons babyloniens par lesquels !'Assyrien Sargon II,
qui avait conquis la Samarie en 723 av. Jésus-Christ, avait remplacé
les Juifs déportés (2 Rois 17. 24). Ils s'y étaient installés avec leurs
croyances et leurs coutumes idolâtres mêlées à quelques éléments de
la foi juive (2 Rois 17. 25-33). Aussi le nom de « Samaritain» était-il
l'une des plus graves injures que l'on pût faire à un Juif (Jn. 8. 48).
Jésus lui-même n'avait-il pas interdit à ses disciples d'aller dans les
villes de Samarie (Mt. 10. 5) ? On comprend que l'admission des
Samaritains dans la communauté chrétienne n'ait pas pu se faire,
comme « en passant », par un simple chrétien de passage en Sama­
rie parce qu'il fuyait la persécution. Il fallait que les Samaritains fus­
sent admis officiellement dans la communion de l'Eglise si on ne

50
voulait pas que le fossé séculaire se perpétuât dans le nouveau peu­
ple de Dieu.
Ces raisons peuvent faire comprendre l'anomalie, unique dans le
livre des Actes, du don du Saint-Esprit différé jusqu'à l'arrivée des
apôtres de Jérusalem. Il s'agit là d' « un épisode exceptionnel». « Quand
ils eurent cru à Philippe qui leur annonçait la bonne nouvelle du
Royaume de Dieu et du nom de Jésus-Christ, hommes et femmes se
firent baptiser» (Ac. 8. 12). Cependant, le Saint-Esprit " n'était pas
encore descendu sur aucun d'eux» (v. 16).
Pourquoi ces deux étapes ?
Luc lui-même semble en avoir conscience. « Le narrateur a lui­
même l'impression de raconter un fait exceptionnel et même anor­
mal» (F.J. Leenhardt). 5 « En effet, Luc glisse une parenthèse explica­
tive (au v. 16) pour expliquer que les apôtres demandent l'Esprit
pour les Samaritains déjà baptisés : il suppose clairement que ses
lecteurs seront surpris par cette prière, puisque les baptisés ont habi­
tuellement reçu l'Esprit» (H. Blocher). 6

b) Essais d'explication
On a essayé de donner différentes explications à l'" énigme de
Samarie», comme l'appelle J. Dunn.
1. L'Esprit n'est donné que par l'imposition des mains d'un apôtre. 7
C'est la thèse sacramentaliste réfutée par les textes des Actes eux­
mêmes : ni l'eunuque éthiopien, ni Paul n'ont reçu une imposition
des mains d'un apôtre. Dans la maison de Corneille, l'apôtre est pré­
sent, mais le Saint-Esprit tombe sur les assistants sans qu'il leur im­
posât les mains. « Nulle part la collation de l'Esprit n'est présentée
comme un privilège apostolique» (F.J. Leenhardt). 8
Si l'imposition des mains était nécessaire pour devenir chrétien,
remarque malicieusement M. Green, alors, selon le Nouveau Testa­
ment lui-même, il existerait vraiment peu de chrétiens. 9
Ce qui doit donner à réfléchir à ceux qui font de ce récit l'appui
principal de leur doctrine de la réception différée du Saint-Esprit, c'est
que ce même texte est considéré par les catholiques comme leur « pla­
ce forte» (Dunn) pour défendre bibliquement le sacrement de la
confirmation.
5 Le baptéme chrétien (11 3), p. 40 cité par H. Blocher ICHTHUS n° 24.
e « L'Esprit donné aux Samaritains » dans ICHTHUS n° 24 (juin 1972), p. 9.
7 Jean Chrysostome disait que « Philippe baptisait, mais ne donnait pas
!'Esprit à ceux qu'il baptisait : il n'en avait pas le pouvoir; c'était un don
réservé aux Douze» (In Acta. Hom. XVIII, n° 3 ). C'est l'opinion à laquelle se
rallie l'Eglise romaine (voir A. Boudou : Actes des apôtres (Verbum Salutis),
p. 169).
e Op. cit. (11 3), p. 39. Cf. Bruner ( 30), p. 175.
9 I believe (72), p. 1 36.

51
2. " Les Samaritains n'avaient pas la vraie foi avant la venue des
apôtres. " C'est la thèse de J. Dunn 10 qui compare la foi de tous les
Samaritains à celle de Simon (v. 13, 21, 23) trop attachés aux miracles
de Philippe (v. 6) qu'ils rapprochaient de ceux du magicien (v. 10).
W. de Boor pense que, dans le message de Philippe, l'appel à la repen­
tance faisait défaut. Il souligne, comme Dunn, dans le v. 12 qu'ils cru­
rent « à Philippe» (tô Philippô). « Ils ne croient pas en Jésus. Jésus
n'est pas au centre. On ne fait que passer d'un homme à un autre.» 1 1
Il y a là, effectivement, un certain nombre de notations troublan­
tes. Ce n'est sans doute pas sans intention que Luc utilise exactement
le même terme {proseichôn) pour caractériser l'attention que les Sama­
ritains prêtaient à Philippe (v. 6) et à Simon (v. 10), et qu'il emploie,
seulement ici, l'expression « croire en» avec le nom d'un homme
comme objet. « La foi se tourne uniquement vers Philippe (v. 12) .
Cette utilisation unique de pisteuein (croire) dans les Actes n'est sans
doute pas un hasard» (Desaedeleer). 12 D'autre part, l'alternance cons­
tante entre le cas de Si!non et celui des Samaritains et le pa::allè!e
entre la foi du magicien et celle de ses compatriotes attachés à Phi­
lippe à cause des miracles (cf. Jn. 2. 23-25) est assez éloquent.
Mais cette explication seule n'est pas suffisante. Le texte ne sou­
ligne pas de déficience dans le message de Philippe, et il se borne à
constater que " la Samarie avait reçu la Parole de Dieu» (v. 14) .
3. La réception du Saint-Esprit est une étape distincte de la conver­
sion. Les Samaritains sont nés de nouveau par le Saint-Esprit quand
ils ont cru. Ils ont « reçu le Saint-Esprit» - ou : « été baptisés du
Saint-Esprit» - lorsque les apôtres leur ont imposé les mains. C'est
la thèse pentecôtiste à laquelle notre texte fournit l'appui scripturaire
auquel on se réfère le plus volontiers. Cependant, le texte dit nette­
ment que « le Saint-Esprit n'était encore descendu sur aucun d'eux»
(v. 16). C'est pourquoi les apôtres prièrent « pour qu'ils reçussent le
Saint-Esprit» (v. 15) « et ils reçurent le Saint-Esprit (v. 17). Or, « si
quelqu'un n'a pas !'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas» (Ro.
8. 9) . Peut-on alors dire qu'ils étaient d'authentiques chrétiens, des
chrétiens « normaux» avant la venue des apôtres ?
Les défenseurs de la thèse pentecôtiste prétendent que les expres­
sions : « recevoir le Saint-Esprit» (v. 15, 17, 19), « le Saint-Esprit des­
cend sur» (v. 16) et « le don de !'Esprit » (v. 18, 20) sont des « termes
10Baptism in the Holy Spirit (51), p. SS.
11Die Apostelgeschichte (Wuppertaler Studienbibel, Brockhaus 1-970). Dans
Die Frage nach dem Hl. Geist (Brockhaus 1974), De Boor dit que ptùsqu'il
s'agissait d'une population mêlée qtù avait été sédtùte et placée pendant des
années sous une séduction démoniaque, l'autorité des apôtres devait y être
particulièrement soulignée ; pour cette raison, la réception de !'Esprit devait
être liée à leur intervention (p. 18).
u Thèse (47), p. 73.
52
techniques » réservés à la seconde réception, c'est-à-dire au " baptême
du Saint-Esprit ». Or, ces mêmes expressions sont employées dans Ac.
2. 38 ; 10. 47 ; Ga. 3. 2, 14 pour la venue initiale de !'Esprit dans le
cœur des croyants. Nulle part, dans notre récit, Luc ne parle d'une
première réception précédant celle qu'il mentionne en liaison avec
l'imposition des mains des apôtres.
4. Les dons spirituels sont conférés par l'imposition des mains. La
thèse charismatique s'apparente à la précédente : les apôtres auraient
imposé les mains pour que les Samaritains reçoivent les dons de
!'Esprit - entre autres le parler en langues, puisque Simon vit que
le Saint-Esprit était donné par l'imposition des mains des apôtres
(v. 18). Or, dit-on, la seule chose qu'il ait pu voir était le signe visible
du baptême du Saint-Esprit: le parler en langues.
Le texte ne dit rien d'un parler en langues, alors qu'il le mentionne
bien dans le cas de Corneille et des Ephésiens. Simon a vu les apô­
tres imposer les mains et il a entendu de leur bouche qu'ils le fai­
saient pour que les Samaritains reçussent le Saint-Esprit, cela suffit
à justifier le v. 18.
Par ailleurs, le texte est formel : avant l'arrivée des apôtres, " le
Saint-Esprit n'était encore descendu sur aucun d'eux » (v. 16). Il ne
saurait donc être question d'une descente " complémentaire ».

c) Un cas particulier
1. Un tournant important :
Il ne reste qu'une explication : comme le jour de la Pentecôte,
nous sommes là en présence d'un poste-frontière entre l'ancienne et
la nouvelle alliance. Comme le dit H. Blocher : en règle générale,
" dans la nouvelle alliance, celui qui croit en Jésus-Christ reçoit le
Saint-Esprit... mais, sommes-nous bien avec le récit d'Actes 8 dans la
nouvelle alliance ? Ne serions-nous pas plutôt, ce qui expliquerait
l'anomalie, dans le passage d'une " économie » à l'autre ? » 13 " L'évan­
gélisation de Samarie est un tournant dans l'histoire de l'Eglise » , puis­
que jusqu'à présent, comme nous l'avons vu, un fossé profond sépa­
rait les Juifs des Samaritains.

2. Maintenir l'unité de l'Eglise


La Samarie était le premier pas décisif de l'Eglise en dehors du
judaïsme. Ce n'était pas un événement fortuit. On ne peut lui com­
parer que l'admission des païens (ch. 10). La Samarie était à la fois
un pont à franchir et une base à occuper. Un pont, car la Samarie
représentait le fossé le plus profond : racial et religieux. Une base, car

u Op cit. (note 6), pp. 10-1 1 .

53
l'Eglise ne se cantonne plus à Jérusalem ou seulement parmi les Juifs.
elle devient une mission (F.D. Bruner). 1 4
Dans le cas présent, certaines preuves spéciales ont pu être néces­
saires " pour assurer aux Samaritains, habitués à être méprisés par les
gens de Jérusalem comme des outsiders, qu'ils étaient pleinement in­
corporés dans la nouvelle communauté du peuple de Dieu » (F.F.
Bruce). 1 5 " L'unité de l'Eglise primitive était en jeu. D'après le récit,
Dieu a suspendu le don de l'Esprit à l'intervention des deux grands
apôtres de Jérusalem pour garantir l'unité du peuple nouveau, pour
empêcher la création d'une communauté samaritaine dissidente » (H.
Blocher). Il fallait " établir la continuité avec Jérusalem avant que la
Samarie ne devienne le noyau d'une nouvelle expansion » (G.H. Lam­
pe). 1 6

3. Membres d'un même corps


" Dieu voulait qu'il soit établi san1; éq1üvo'}UP. po5sib!P, pour lP.s
apôtres, pour les Samaritains méprisés et pour l'Eglise tout entière,
présente et future, que, pour lui, aucune barrière n'existait au don de
son Esprit. Partout où il y a foi en l'Evangile, le Saint-Esprit est à
l'œuvre et, là aussi, Dieu veut accorder le don de son Esprit... Pour
enseigner ce fait important - l'essence même de l'Evangile - Dieu
a retenu son don jusqu'à ce que les apôtres puissent voir de leurs
propres yeux et même coopérer de leurs propres mains à la commu­
nication du don de Dieu » (F.D. Bruner) 1 7
Pierre et Jean ont été envoyés chez les Samaritains " pour confir­
mer leur baptême administré par Philippe, pour les incorporer par
un geste de solidarité, l'imposition des mains, dans la communauté
de !'Esprit de Pentecôte ; ainsi les convertis samaritains deviendront
une sorte d'extension de l'Eglise de Jérusalem » (G.W.H. Lampe). 18
" Le fait que le Saint-Esprit ne soit pas descendu sur les convertis
samaritains avant l'arrivée de Pierre et de Jean apparaît comme le
moyen par lequel Dieu a montré à la fois aux chrétiens juifs et aux
chrétiens samaritains que, bien qu'ils aient été jusqu'à présent séparés
par des haines raciales et religieuses tenaces, ils seraient à présent
membres d'un seul corps, du Corps de Christ. Les nouveaux convertis
de Samarie ont compris par là qu'ils avaient besoin de l'Eglise-mère
de Jérusalem. A leur tour, les conducteurs hésitants de Jérusalem ont
été forcés de reconnaître la réalité de la conversion des Samaritains.
Une fois de plus (comme lors de la Pentecôte), la situation est tout
1, Op cit. (30), p. 175.
15 The Book of Acts, :p. 182.
1 e The Seal of the Spirit (109), pp. 70-72.
11 Op cit. (30), p. 176.
1 s St. Luke and the Church of Jerusalem (Athlone Press), p. 22.

54
à fait anormale et une doctrine néo-testamentaire ne saurait être
construite sur des incidents isolés qui sortent de la norme » (D. Bridge­
D. Phypers). 19
« Le caractère schismatique de la religion samaritaine semble expli­
quer le mieux le retard (du don de !'Esprit) . Comme les Samaritains
avaient leur propre lieu de culte, rival de celui de Jérusalem, il fallait
leur prouver que leur nouvelle foi ne devait pas se constituer en rivale
de la nouvelle foi enracinée à Jérusalem. Or, le meilleur moyen pour
Dieu de montrer aux croyants samaritains qu'ils faisaient partie de la
même foi et du même groupe que les croyants de Jérusalem (et inver­
sément, le meilleur moyen de montrer aux conducteurs de Jérusalem
que les Samaritains étaient vraiment sauvés) était de différer le don
de !'Esprit j usqu'à ce que Pierre et Jean viennent de Jérusalem à
Samarie. Alors, il ne pourrait plus y avoir de doute qu'il s'agissait
d'une seule et même foi, et qu'ils faisaient tous ensemble partie du
Corps de Christ. Ce retard dans le don de !'Esprit a gardé l'Eglise
primitive de devenir une Eglise bicéphale depuis le commencement
avec une Eglise-mère à Jérusalem et une autre à Samarie » (Ch. C.
Ryrie.) 20 M. Green aussi croit que « la réponse est dans le fossé sécu­
laire qui séparait les Juifs des Samaritains. » 2 1 C'est aussi l'avis de J.
Stott : « Aucune autre explication de l'histoire des Samaritains n'arrive
à l'harmoniser avec l'enseignement général des apôtres et, en même
temps, ne la replace dans son contexte historique. » 22 On peut rappro­
cher cet épisode de l'envoi de Barnabas à Antioche pour s'assurer
que tout se passe selon les règles. 2 3
Criswell souligne le fait que c'est à Pierre que la promesse fut
donnée d'ouvrir l'accès du Royaume des cieux (Mt. 16. 18, 19) ainsi
qu'aux autres apôtres (Mt. 18. 18). C'est lui que Dieu a choisi (Ac.
15. 7). Ici en Samarie, comme à Jérusalem et à Césarée, Dieu tient sa
promesse.
La Samarie était une charnière importante dans l'histoire de l'ex­
pansion du christianisme. « Nous ne devons jamais oublier que le
livre des Actes est le livre des transitions. Il raconte la transition
du Judaïsme au christianisme, des Juifs aux païens, de la Loi à la
grâce, de Jérusalem à Antioche, de la Judée au monde entier. Actes
8 est une étape de cette expérience de transition. » 24
2. La conversion de l 'apôtre Paul
L'apôtre Paul, nous dit-on, a rencontré le Seigneur sur la route
u Spiritual Gifts and the Church (24), pp. 120-121 .
zoThe Holy Spirit (157), p. 71.
21I believe (7Z), p. 138.
22 Baptism and Fullrzess (178 ) , p. 33.
za Voir Griffith : op. cit. (75), p. 25.
2' W. A. Criswell : The Baptism (42), p. 37.
55
de Damas ; il n'a reçu le Saint-Esprit que trois jours plus tard par
l'imposition des mains d'Ananias. Comme preuves de la conversion
accomplie dès le premier jour, on donne deux faits : Paul s'adresse
à Jésus comme Seigneur (9. 5 ; cf. 1 Co. 12. 3) et Ananias l'appelle
" frère » (9. 17 ; 22. 13). Mais le mot " Seigneur " était également un
terme de respect devant tout supérieur, 25 et le titre de " frère» était
usuel entre Juifs. 26
L'expérience de Paul forme une unité. Ce qu'il a vécu sur la route
de Damas a été un rappel, une préparation, un éveil à la foi. On ne
peut pas en parler comme d'une conversion complète. " Est-ce que
l'image d'un homme rendu aveugle, jeûnant trois jours et trois nuits,
non pardonné et non baptisé, est pour nous l'image d'un homme né
de nouveau par l'Esprit de Dieu ? N'est-ce pas plutôt l'image de quel­
qu'un qui a été brisé, sur le plan physique et moral, et qui, dans
l'agonie, cherche à tâtons des réalités pour remplacer ,es illusions
brisées ? » 27
Le jour de la Pentecôte, PierrP élVéÜt c·té ce texte de _;oël : « Alo:-s
quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Ac. 2. 21 ;
Joë. 2. 32). Paul n'avait pas encore fait l'expérience du salut, il n'était
pas encore pardonné avant le troisième jour, sinon Ananias ne lui
aurait pas dit: " Et maintenant que tardes-tu ?... sois lavé de tes péchés
en invoquant le nom du Seigneur " (22. 16). Il a donc été en même
temps converti et rempli du Saint-Esprit dans la rue droite à Damas.
Son expérience suit les normes habituelles de l'expérience chrétienne
après la Pentecôte.

3. Les douze d isciples d'Ephèse (Ac. 19. 1-17)


a) Des disciples de Jean-Baptiste
Quand Paul arrive pour la deuxième fois à Ephèse (Ac. 18. 19-21),
il y trouve un groupe d'une douzaine de disciples de Jean-Baptiste.
Comme l'a montré Ch. Scobie 28 , la " secte de Jean-Baptiste» s'était
répandue, comme d'autres sectes juives, dans une grande partie du
25 Voir : Mt. 1 3 . 27 ; 21. 30; 25. 1 1, 20, 22, 24; Lu. 1 3 . 8; 19. 16 , 18, 20; Jn. 20. 15;
Ac. 10. 4; 16. 30; J. Dunn op. cit. (51), pp. 7 3-74. De plus, comme le fait remar­
quer M. Desaedeleer, « il ne sait pas qu'il s'agit de Jésus qu'il persécute.
Comme Paul ignore qui l'appelle, il faut y voir un titre de noblesse plutôt
qu'une confession de foi christologique. On peut comparer la réaction de
l'apôtre à celle de Corneille devant l'être angélique qu'il appelle aussi « Sei­
gneur» (Ac. 10. 4). Aucun élément ne permet donc d'affirmer que Paul s'est
converti sur le chemin de Damas» (Thèse (47 ), p. 78).
26 On a compté que sur cinquante-sept emplois de ce terme dans les Actes,
dix-neuf se rapportent aux relations entre Juifs. Dans la majorité des cas
où le terme est utilisé au vocatif (treize sur dix-huit), il signifie : frère juif.
L'expression « les frères» pour désigner les chrétiens ne se rencontre essentiel­
lement qu'après Ac. 9. 30 (J. Dunn ( 30), pp. 7 3-74).
21 Bridge - Phypers : op. cit. (24), p. 121.
28 Ch. Scobie : John the Baptist (SCM 1964).

56
monde antique au cours du I" siècle. Elle mettait l'accent sur la
repentance, le baptême et l'attente de Celui qui devait venir. Le texte
ne dit pas que ces disciples se réunissaient avec l'Eglise naissante
d'Ephèse (18. 26-27) ou qu'ils fréquentaient encore la synagogue (19.
8). Peut-être formaient-ils un petit conventicule séparé de tous les
autres groupes. Ils ne semblent même pas avoir eu les mêmes con­
naissances qu'Apollos : « . . . bien qu'il ne connût que le baptême de
Jean, il annonçait et enseignait avec exactitude ce qui concerne
Jésus » (18. 25). Or, Paul est obligé de préciser, avec eux, que " celui
qui venait après » Jean-Baptiste, et que le Précurseur avait annoncé,
c'était Jésus. Rien ne permet de supposer qu'ils aient été convertis par
Apollos, ou qu'ils aient rencontré Aquilas et Priscille ou quelque autre
des " frères» mentionnés dans 18. 27. Ephèse, la capitale de l'Asie
mineure, comptait plusieurs centaines de milliers d'habitants (le
théâtre à lui seul pouvait contenir entre 25 et 50 000 spectateurs)
et un petit groupe religieux d'une douzaine de personnes pouvait
facilement passer inaperçu. " Ils vivaient pour eux-mêmes, en cercle
fermé... Ils étaient restés un groupe de gens en attente » (O. Dibe­
lius) 29 . « Ils ne peuvent pas avoir vécu dans l'Eglise d'Ephèse, car là
Aquilas et Priscille les auraient mieux enseignés » (E. Haenchen). 30
" Ces disciples vivaient donc encore dans l'ère d'avant la Pentecôte "
(M. Unger). 3 1

b) " Avez-vous reçu le Saint-Esprit ? ,,


Pourquoi Paul leur a-t-il demandé : « Avez-vous reçu le Saint­
Esprit quand vous avez cru ?» ou mieux, comme le traduit M. Green :
" Avez-vous cru et reçu le Saint-Esprit ? »
Certains interprètent cette question ainsi : Paul pensait que l'on
pouvait recevoir le Saint-Esprit au moment de la conversion (quand
on a cru) ou plus tard. D'anciennes versions portaient même : « depuis
que vous avez cru». 32 Une telle interprétation est impossible puisque

tQ Die werdende Kirche (Furche, Berlin 1941), p. 259.


ao Die Apostelgeschichte (Gottingen 1959), p. 491.
a1 The Baptism (188), p. 90.
32 Lemaistre de Sacy et Lausanne, par exemple. Darby : « après avoir cru».
Dans la plupart des livres d'origine anglo-saxonne, on trouve un développement
au sujet de la forme exacte de cette question parce que la • version autori­
sée » (King James, 1611) portait : « depuis que vous avez cru ». Aucune version
récente (sauf la Pléiade), ne reprend cette forme qui a été reconnue fautive.
F. F. Bruce, dans son commentaire du texte grec dit que « le participe coïn­
cidant de l'aoriste souligne la simultanéité de l'événement» (The Acts of the
Apostles, p. 35 3). Voir aussi R. J. Knowling (Expositor's Greek N. T., p. 40 3)
et A.T. Robertson (Grammar of the Greek N.T. in the Light of Hist. Research,
pp. 860 et 111 3). « Le participe « en croyant » indique quelque chose qui se
passe au même moment que le fait de recevoir... Il est malheureux que beau­
coup d'écrits pentecôtistes fondent encore sur cette simple erreur de traduc­
tion du grec, leur enseignement d'une expérience en deux étapes. » (M. Green :
I believe (72), p. 1 3 5.
57
Paul écrit aux Romains : " Si quelqu'un n'a pas !'Esprit de Christ, il
ne lui appartient pas » (Ro. 8. 9) et que, ailleurs aussi, i l lie la récep·
tion de !'Esprit à la foi (Ro. 5. 1, 5 ; Ga. 3. 2, 14 ; Ep. 1. 13). Il fau1
donc chercher dans une autre voie. 33
Dans ses épîtres, Paul parle des fruits et des dons de !'Esprit (Ga
5. 22-23 ; 1 Co. 12 ; Ro. 5. 1-5). Est-ce que, manifestement, ni les um
ni les autres n'apparaissent dans la vie de ces croyants ? A-t-il ren­
contré des hommes qui ne reflétaient ni amour réciproque, ni joie, ni
paix, ni patience... ? N'a-t-il trouvé dans leur communauté aucune
manifestation d'un des charismes qu'il avait l'habitude de voir ani­
mer la vie des Eglises ?
D'autre part, !'Esprit conduit les croyants à former un seul corpf
(Ga. 3. 27-28 ; Ep. 4. 3-4). Pourquoi ce groupe restait-il en marge def
autres frères d'Ephèse ? Dans les récits de conversions qui précèdent
Luc note ces fruits de la vie nouvelle : la joie (16. 34, cf. 1 Th. 1. 6)
l'amour des frères et le désir de communion (16. 15 ; 33-34 ; 17. 5)
Paul a certainement dû co:ri.stater quelque si!uation ancrr.ia!e. « Ces
disciples semblaient n'avoir aucune des marques de l'habitation de
!'Esprit en eux » (M. Green). 34 Du moment qu'il ne voyait aucun des
effets ordinaires de l'action du Saint-Esprit, il était en droit de se
demander s'ils avaient reçu ce Saint-Esprit.

c) Le Saint-Esprit ? Connais pas.


Comme le dit Dunn, Paul n'allait pas de ci de là en demand,mt
aux chrétiens s'ils avaient reçu le Saint-Esprit. 35 Au contraire, « cette
question suppose que, quand on a cru, on a aussi reçu le Saint-Esprit
et l'apôtre s'étonne de n'en pas trouver les effets dans leurs entre­
tiens » (L. Bonnet). 3 6
Les disciples lui répondent : « Nous n'avons pas même entendu
dire qu'il y ait un Saint-Esprit (que le Saint-Esprit existait). » C'étaient
donc de mauvais disciples de Jean, très imparfaitement instruits de
l'enseignement de leur maître. Sinon, ils auraient dû savoir que Jean­
Baptiste avait prophétisé la venue de Celui qui baptiserait du Saint­
Esprit. A moins d'opter ici pour la variante du texte occidental des
Actes : « Nous n'avons même pas entendu dire que des gens étaient
en train de recevoir le Saint-Esprit » . Ce qu'ils auraient ignoré, dans
ce cas, c'était que la prophétie de leur maître était réalisée et que des
ss « Si Paul avait voulu parler d'une deuxième expérience ici, sa question
serait très mal posée, et, dans sa forme, contredirait totalement son ensei­
gnement sur la réception de !'Esprit à la conversion (cf. Gal. 3 . 2 ; Tit. 3 . 5) »
(M. Desaedeleer) Thèse (47), p. 87.
s, Op. cit. (72), p. 1 3 5.
s5 Op. cit. (51), p. 86.
38 N. T. expliqué (Lausanne, 188 5), T. II, p. 447.

58
hommes et des femmes étaient en train de recevoir ce baptême du
Saint-Esprit.
Quoi qu'il en soit, devant cette réponse, Paul est étonné. Des bapti­
sés qui ignorent tout du Saint-Esprit ? Pourtant le baptême chrétien
se fait au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il n'est que l'expres­
sion visible du baptême du Saint-Esprit. Comment est-ce possible ?
C'est pourquoi il leur demande : « De quel baptême avez-vous donc
été baptisés ?» Cette question est significative. Elle implique : a)
l'existence de différents baptêmes (Paul commençait-il à identifier ses
interlocuteurs ?), b) le fait qu'un baptisé devrait normalement avoir
le Saint-Esprit, c) s'il ne l'a pas, il ne faut pas chercher à combler la
lacune par un enseignement « supérieur» ou une autre cérémonie,
mais revenir, comme Paul, au commencement de la vie chrétienne.
Comme le fait remarquer Bruner, Paul ne leur demande pas quel
(faux) enseignement ils ont reçu, qui leur a imposé les mains, il ne
leur parle pas d'une « seconde bénédiction • qui serait à rechercher
après l'expérience initiale, ni des conditions pour la recevoir. Il revient
à ce qui marque normalement l'entrée dans la vie chrétienne, le bap­
tême : quand on a cru, quand on a été baptisé, on a aussi reçu le
Saint-Esprit.
d) De Jean-Baptiste à Jésus
A la question de Paul, les disciples éphésiens répondent : « du
baptême de Jean». Tout s'éclaire. Ces croyants qui s'étaient présentés
- ou que l'on avait présentés à Paul - comme des « baptisés»,
n'étaient pas du tout des chrétiens, c'étaient des disciples de Jean,
comme Jean et André avant leur rencontre avec Jésus (Jn. 1. 35 ss.).
Ils ont peut-être cru en Celui dont Jean annonçait la venue, comme
les disciples croyaient en Jésus pendant qu'ils étaient avec lui - et
pourtant au même moment où Jésus relève, par exemple, la foi de
Pierre, il parle de sa conversion au futur (Luc 22. 32). Ils étaient, en
somme, dans la situation des disciples avant la Pentecôte, puisqu'ils
n'avaient pas encore le Saint-Esprit.
Là-dessus, « Paul ne leur donne pas un enseignement plus élevé
ou plus complet ; il revient au commencement, à l'essence même de
l'évangile» (J. Stott) 37 : il leur parle de Jésus, celui qui devait
venir après Jean-Baptiste, il les baptise du baptême chrétien et leur
impose les mains : alors seulement, « le Saint-Esprit vint sur eux»,
leur accordant des preuves indéniables de sa venue : « ils parlaient
en langues et prophétisaient.»
Le fait que Paul les ait re-baptisés suffirait à lui seul à prouver
qu'auparavant, au moment de leur baptême précédent, ils n'avaient
pas été, à son avis, de vrais croyants.
37 Baptism and Fullness (178), p. 35.
59
e) La conversion des disciples d'Ephèse
Le cas de ces douze hommes ne saurait donc être invoqué à l'appui
d'une " seconde bénédiction» qui serait accordée aux chrétiens par
l'imposition des mains, et par laquelle ils recevraient la plénitude du
Saint-Esprit ainsi que des manifestations charismatiques. Car " ces dis­
ciples n'étaient absolument pas des chrétiens : ils n'avaient ni entendu
parler de Jésus, ni cru en lui, ni été baptisés au nom de Jésus, ils ne
savaient rien du Saint-Esprit» (M. Green).38 Ils ne peuvent donc « cer­
tainement pas être pris comme modèles du croyant normal d'aujour­
d'hui» (J. Stott). s9
Puisque ces hommes n'étaient pas de vrais chrétiens avant leur
rencontre avec Paul, ils n'avaient encore jamais reçu de " première
bénédiction», ni d'acompte du Saint-Esprit : ce qui nous est raconté
ici est leur conversion, leur nouvelle naissance ou leur baptême du
Saint-Esprit, c'est-à-dire leur entrée dans le Royaume de Dieu.4 0
Il se peut, comme le pense Hull, que Luc mentionne l'imposition
Jes mains ici et Jans Ac. 8 en relation avec la réception de !'Esprit
parce que, selon lui, c'étaient des cas exceptionnels.

CONCLUSIONS
Ainsi, même le livre des Actes, seul témoin biblique invoqué en
faveur de la théorie de la réception différée - ou en deux étapes -
du Saint-Esprit, s'avère contre cette théorie. Des trois seuls récits cités
pour appuyer la théorie, deux se révèlent indubitablement être des
récits de conversions accompagnées de la réception immédiate de
!'Esprit. Dans un seul cas, celui des Samaritains, l'explication ne
ressort pas du texte biblique. Celle que nous avons donnée paraît la
plus plausible. N'empêche qu'elle aussi relève du domaine de l'inter­
prétation, et nul n'a besoin de l'accepter comme parole d'évangile.
Cependant, comme le fait remarquer M. Green, " quelle que soit
l'interprétation que vous choisirez, elle vous laissera des problèmes
(irrésolus)». 4 1 Car, à supposer qu'Ac. 8 soit la norme, comment
expliquer tous les autres récits des Actes où n'apparaît jamais de
délai entre la conversion et la réception de !'Esprit ? Les trois mille
de la Pentecôte (2. 41), tous ceux qui ont cru dans les premiers jours
de l'Eglise (4. 4) et qui ont manifesté dans leur vie le fruit de !'Esprit :
l'amour (4. 32-35), l'eunuque éthiopien en qui !'Esprit se manifeste
par la joie (8. 36, 39), les gens de la maison de Corneille où il est

ss / believe (72), p. 135 cf. Stott (178), p. 36.


su The Baptism (177), p. 12.
•0 « Dans Ac. 19, le Saint-Esprit n'avait pas fait de « première entrée », il
n'était pas encore venu du tout (v. 2 ) . Il n'y a pas de seconde expérience du
Saint-Esprit dans Ac. 19. » ( F.D. Bruner, op. cit. (30) , p. 213.)
41 / believe (72), p. 136.

60
clairement précisé que le Saint-Esprit tomba sur eux au moment où
ils entendirent parler du pardon des péchés (10. 43-44), les convertis
d'Antioche de Pisidie ( 13. 43, 48) auxquels Luc rend expressément le
témoignage qu'ils « étaient remplis de joie et du Saint-Esprit» (13.
52), les croyants de Thessalonique (17. 4) dont Paul dira qu'ils ont
reçu la Parole « avec la joie du Saint-Esprit» ( 1 Th. 1. 6), ceux de
Corinthe (18. 4, 8) auxquels l'apôtre écrira : « Vous avez été comblés
de toutes les richesses de la Parole et de la connaissance, le témoi­
gnage de Christ ayant été solidement établi parmi vous, de sorte qu'il
ne vous manque aucun don» (1 Co. 1. 7), et dont nous savons qu'ils
ont tous été baptisés de !'Esprit (12. 13) : j amais nous ne lisons aucune
mention d'une réception de !'Esprit après la conversion, d'une attente,
d'une prière ou d'une imposition des mains pour recevoir !'Esprit.
Sans compter les nombreux autres récits de conversions (4. 4 ; 5. 14 ;
6. 7 ; 9. 42 ; 11. 21 ; 13. 12 ; 14. 1, 21 ; 16. 14, 34 ; 17. 1 1 , 12, 34 ... ) où
manque systématiquement la formule habituelle des comptes rendus
de réunions pentecôtistes ou charismatiques : tant de personnes qui
se sont converties, tant qui ont été baptisées du Saint-Esprit ou : ont
reçu l'effusion de !'Esprit.
Comment expliquer surtout l'enseignement si clair et unanime
des épîtres qui lie toujours la réception de !'Esprit à la foi, la justifi­
cation, l'adoption comme enfant de Dieu, au pardon des péchés c'est­
à-dire aux éléments initiaux de la vie chrétienne et qui exclut formel­
lement la possibilité d'appartenir à Christ sans avoir son Esprit ?
Faire d'une interprétation - parmi une dizaine - d'un récit -
parmi des dizaines - la norme d'un enseignement, ne correspond
guère aux lois d'une saine interprétation biblique. C'est se condamner
à une base scripturaire plus que fragile. Aussi ne faut-il pas s'étonner
s'il a fallu attendre le XXe siècle pour découvrir cette doctrine. En
effet, au cours de toute l'histoire du christianisme, aucun docteur de
l'Eglise, aucun réformateur, aucun théologien luthérien, réformé, an­
glican, piétiste ou évangélique n'a défendu cette théorie d'une récep­
tion différée du Saint-Esprit. Nous pouvons donc, à bon droit, la récu­
ser comme une innovation récente. « C'est pourquoi gardez soigneu­
sement dans vos cœurs l'enseignement que vous avez reçu dès le
début. Si ce que vous avez entendu dès l'origine demeure en vous,
vous resterez aussi en communion avec le Fils et avec le Père, et vous
serez au bénéfice de la promesse que Jésus lui-même nous a faite :
vous aurez la vie éternelle. Voilà ce que je tenais à vous écrire pour
vous mettre en garde contre ceux qui essaient de vous égarer. Rappe­
lez-vous que vous avez reçu (du Seigneur) la marque (de !'Esprit)
qui demeure en vous » (1 Jn. 2. 24-27 ; cf. 1 Co. 15. 1-2 ; Ga 1. 9 ;
Col. 1 . 23 ; 2 Ti. 1 . 13 ; 3. 14).

61
CHAPITRE V

Le baptême du Saint-Esprit

Tous ceux qui appartiennent à Christ ont reçu le Saint-Esprit (Ro.


8. 9), mais ont-ils tous été baptisés en lui ? Actuellement, une partie
des chrétiens répond négativement à cette question et fait du « baptê­
me du Saint-Esprit » mentionné dans la Bible une seconde étape dans
la vie chrétienne.
Qu'en dit !'Ecriture ? Dans quel sens emploie-t-elle cette expres­
sion ?

Une querelle de mots ?


Si nous voulons connaître le sens exact des expressions bibliques,
ce n'est pas pour le plaisir de chicaner sur des mots. L'enjeu est bien
plus important. « On admet d'emblée que ce qui importe, c'est la
bénédiction (désignée par les termes de « baptême de l'Esprit » ou de
" Pentecôte » ) ; mais si nous voulons savoir quelle est la nature de
cette bénédiction, nous ne trouverons la réponse qu'en suivant la
pensée de Dieu telle qu'elle nous est révélée par les paroles qu'il
utilise lui-même dans les Ecritures. Si nous croyons dans la pleine
inspiration de la Bible, il nous faut reconnaître que ses expressions
sont inspirées, qu'elles sont toujours employées avec discernement et
que la vérité sur un sujet quelconque sera trouvée par un examen
détaillé des expressions qui ont des nuances de sens différentes. Si
nos pensées s'expriment par les mots que nous employons, pourquoi
en serait-il autrement des paroles de Dieu » (G. Scroggie). 1
]. Stott dit de son côté que cette question de terminologie « a des
effets considérables sur notre compréhension de notre propre cherni-

1 The Baptism of the Spirit (166), pp. 7-8.


63
nement chrétien aussi bien que sur la manière dont nous conseille­
rons d'autres. .. 2
En effet, si le baptême du Saint-Esprit est une expérience diffé­
rente de la conversion, nous devrons la rechercher pour bénéficier
de tout ce que Dieu nous a réservé. Si l'expression se rapporte à notre
nouvelle naissance, nous sommes d'ores et déjà en possession de tou­
tes les bénédictions et qualifications requises pour mener une vie
de victoire et servir efficacement le Seigneur. A nous de mettre ces
dons latents en œuvre. Toute notre attitude pratique dépend donc de
cette question et nous ne saurions l'étudier avec assez d'attention.
L'histoire nous apprend quelles graves conséquences des confusions
de mots ont eues dans la chrétienté (repentez-vous, traduit par: faites
pénitence, presbytres (anciens) par : prêtres, mystère par sacrement,
l'évolution de sens des mots évêques, diacres, confesser, l'appellation
« baptême " accolée à une cérémonie qui n'a rien de commun avec le
baptême biblique... )
Il ne suffit pas d'apposer l'étiquette « baptême. du Saint-Esprit .. sur
une expérience faite par de nombreux chrétiens, il faut encore que les
auteurs inspirés aient employé cette expression dans le même sens et
qu'ils aient eu en vue la même réalité.
L'expression « baptême du Saint-Esprit " ne se rencontre nulle part
dans la Bible, mais, dans sept passages, il est question de « baptiser
dans le Saint-Esprit " . Six d'entre eux reproduisent ou rappellent la
prophétie de Jean-Baptiste: « Moi, je vous ai baptisé d'eau ; lui, il
vous baptisera du Saint-Esprit " (Mc. 1. 8).
Si nous voulons comprendre ce qu'est le baptême du Saint-Esprit
selon la Bible, il nous faut donc tout d'abord nous demander ce que
le Baptiste voulait dire par là.

A. LA PROPHETIE DE JEAN-BAPTISTE
Si nous rassemblons les éléments fournis par les quatre évangiles
où cette parole est citée, voici dans quel contexte cette parole se situe :
« Les sacrificateurs et les lévites demandèrent à Jean : Pourquoi
donc baptises-tu si tu n'es pas le Christ, ni Elie, ni le prophète ? Jean
leur répondit : Moi, je baptise d'eau, mais au milieu de vous il y a
quelqu'un que vous ne connaissez pas, qui vient après moi ; je ne
suis pas digne de délier la courroie de ses souliers " (Jn. 1. 25-27).
" Déjà la cognée est mise à la racine des arbres: tout arbre donc
qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Moi, je vous
baptise d'eau pour vous amener à la repentance, mais celui qui vient
après moi est plus puissant que moi et je ne suis pas digne de porter
ses souliers. " (Mt. 3. 10-1 1.)

t Baptism and Fullness (178), p. 21.


64
• Lui vous baptisera dans l'Esprit-Saint et par le feu. Il a le van à la
main pour nettoyer son aire et amasser le froment dans son grenier ;
quant à la balle, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas » (Luc
3. 16-17).
Nous constatons :
a) Que les Juifs semblaient s'attendre à ce que le Christ - ou
Elie ou le prophète - baptise.
b) Ils s'étonnent de voir Jean baptiser et lui demandent pourquoi
il le fait.
c) Jean semble minimiser son baptême : « Moi, je vous baptise,
en effet, mais (seulement) dans l'eau. »
d) Il pointe vers le Messie qui est déjà là et parle de sa supériorité.
e) Il fait un parallèle entre son ministère et le sien, entre son
baptême et celui que seul le Messie pourra accomplir « dans l'Esprit » .
f) I l poursuit en parlant d'une action de séparation entre les hom­
mes (froment-balle) aboutissant à deux destinations : le grenier du
Messie, le feu qui ne s'éteint point.
g) Cette dernière mention du feu - comme la première (Mt. 3.
10 ; Luc 3. 9) - se rapporte au jugement.
h) Bien que le Christ soit déjà là - et que Jean l'ait sans doute
déjà baptisé (cf. Jn. 1. 33) - le verbe est au futur : il vous baptisera.
i) Luc l'appelle un « baptême de repentance » (Luc 3. 3 ; Ac. 13. 24)
« en vue du (eis) pardon des péchés ». « Il ne le conférait pas, mais
en montrait la direction » (M. Green) . 3

Que signifiait le baptême de Jean ?


Si nous voulons comprendre la prophétie de Jean-Baptiste, nous
devrons tout d'abord nous demander ce que son baptême signifiait à
ses yeux - en nous gardant d'introduire dans sa pensée des notions
postérieures qui lui étaient étrangères, ou même des conceptions appa­
rues tardivement dans l'histoire de l'Eglise et qui auraient été étran­
gères même aux apôtres et aux premiers chrétiens. Nous devrons donc
essayer de nous replacer dans la situation de Jean-Baptiste et nous
demander d'une part quel sens il donnait à son geste symbolique,
d'autre part ce qu'il pouvait savoir de l'Esprit de Dieu et de l'œuvre
du Messie. En faisant le j oint entre ces deux éléments, nous ne ris­
quons pas de nous écarter trop loin du sens premier de cette parole
énigmatique. Pour répondre à ces deux questions, nous avons une
source sûre où le Baptiste puisait certainement son inspiration : ce
sont les écrits inspirés de l'ancienne alliance. Les traditions, usages
• I believe (12), p. 126.
65
et interprétations des divers mouvements juifs contemporains de Jean
peuvent constituer une source complémentaire à laquelle, cependant,
il nous faudra puiser avec circonspection.

1. Purification du péché
Le baptême de Jean se rattache à toute une lignée d'actes symbo­
liques accomplis depuis des siècles par les Juifs. La loi imposait des
bains rituels et des ablutions pour purifier de diverses souillures (Lé.
6. 22-28 ; 11. 25-28 ; 13. 6, 34 ; 14. 8 ; 15. 5, 13 ; 16. 6, 7 ; 17. 15 ; 22. 6 ;
No. 8. 6, 7 ; 19. 7, 8, 19, 2 1 ; 31. 24). Le lépreux devait être immergé le
premier et le septième jour de sa purification. Naaman fut guéri en
se plongeant sept fois dans le Jourdain (2 R. 5. 14).
Avant de revêtir les vêtements sacrés, le souverain sacrificateur
devait aussi se laver entièrement dans un bain de purification, le jour
des expiations (Ex. 29. 4 ; Lé. 16. 4, 24, 26). Les pharisiens ont multi­
plié les ablutions pour purifier les objets et les personnes (Mc. 7. 1-5 ;
Mt. 15. 1-2 ; i..uc i l. 37-41). Dans chaque maison, àe grands vases ser­
vaient à ces ablutions (Jn. 2. 6).
A l'époque de Jean-Baptiste, les Esséniens imposaient à leurs disci­
ples des ablutions fréquentes et un bain quotidien. 4
Il en était de même dans la « communauté de la Nouvelle Alliance
de Damas » 5 et dans la communauté de Chirbet Qumrân où ces diffé­
rents rites annonçaient la grande purification qui aurait lieu à la fin
des temps. L'eau de purification « nettoie de toute iniquité » et pré­
pare le royaume à venir. 6
Les prophètes s'appuient sur ces rites pour attirer l'attention sur la
purification intérieure dont ils étaient le symbole (Es. 1. 16). Le psal­
miste les met en rapport avec le pardon des péchés (Ps. 51. 4, 9).
Lorsque les Juifs voyaient donc Jean baptiser, la première idée
qui leur venait était celle d'une purification - non seulement des
mains ou d'une autre partie du corps, mais de l'homme tout entier,
puisque Jean pratiquait le baptême par immersion totale comme le
montrent aussi bien le terme baptizô 7 qui signifie plonger, immerger,
que certains détails significatifs : « Jean baptisait à Enon près de Salim
parce qu'il y avait là beaucoup d'eau» (Jn. 3. 23). « Dès qu'il eut été
baptisé, Jésus sortit de l'eau» (Mt. 3. 16). Le baptême chrétien repren­
dra cette forme en la chargeant de significations complémentaires
(cf. Ac. 8. 36-39).
4 Josèphe : Bell. 2. 8, 9-10, 12, 13.
5 Voir règle 33 de l'« écrit de Damas •·
e Manuel de Discipline III. 7-9. Voir : Joseph Thomas : Le mouvement
baptiste en Palestine et en Syrie (150 avant Jésus-Christ à 300 après Jésus­
Christ) . Gembloux ( Belgique) 1935. Beasley-Murray : • Jewish Baptizers and
the Qumrân Community » in : Baptism in the N.T., pp. 1 1-18.
7 Voir A. Kuen : Le baptême, pp. 131-142.

66
La repentance, c'est-à-dire le changement de l'attitude intérieure,
créait en eux les dispositions qui les préparaient au pardon des péchés
et à la purification que le Messie opérerait.
Lorsque Jean faisait donc le parallèle entre son baptême et celui
du Christ, les auditeurs comprenaient tout d'abord que, par le baptê­
me de !'Esprit, ils seraient lavés de leurs péchés. L'Esprit dont le
Messie disposera fera en eux ce que l'eau ne pouvait que représenter
symboliquement.
« L'homme ne peut que baptiser d'eau, administrer le signe, quant
à la grâce signifiée, !'Esprit-Saint et son œuvre, le Seigneur seul l'a
en sa puissance » (L. Bonnet). 8 « Revêtu de la puissance même de
Dieu, le Messie accomplira réellement le salut » (J.S. Javet). 9
« L'eau est le symbole de la purification objective par le pardon ;
!'Esprit opère la purification intérieure, réelle, par la sanctification »
(F. Godet). 10 « Le baptême d'eau a une signification essentiellement
négative : il purifie de... Mais le baptême de !'Esprit est une œuvre
positive: il confère une nouvelle vie en Dieu » (L. Morris). 1 1
C'est bien ce que les prophètes avaient annoncé : « En ce temps-là,
le germe de l'Eternel aura de la magnificence et de la gloire ... Et les
restes de Sion seront appelés saints... après que le Seigneur aura lavé
les ordures des filles de Sion et purifié Jérusalem du sang qui est au
milieu d'elle, par le souffle (ruach, généralement traduit par esprit)
de la justice (ou: du jugement) et par le souffle de la destruction » (un
souffle d'incendie, un esprit qui détruit par le feu) (Es. 4. 2, 4).
Dans ce verset, nous trouvons donc les principaux éléments de la
prophétie de Jean-Baptiste : l'action de laver, de purifier, l'esprit, le
jugement, le feu.
" Je répandrai sur vous une eau pure et vous serez purifiés : je
vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous
donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit nouveau...
Je mettrai mon esprit en vous » (Ez. 36. 25-27). C'est ce texte que
Jésus avait sans doute à l'esprit lorsqu'il parlait à Nicodème de
naître d'eau et d'esprit et qu'il reprochait à ce docteur d'Israël de ne
pas savoir ces choses (Jn. 3. 5). 12 Ce texte d'Ezéchiel constituerait
donc une référence commune aux deux images du baptême de !'Esprit
et de la nouvelle naissance.
« En ce jour-là, je répandrai sur la maison de David et sur les
habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication ... En ce
jour-là, une source sera ouverte pour la maison de David et les habi-

s Le N.T. expliqué : (Lausanne, 1880), T. 1., p. 18.


9 L'Evangile de la grâce (Labor, Genève, 1957), p. 54.
10 Commentaire sur l'évangile de St. Luc (Paris, 1888), T. I. p. 247.
1 1 Gospel of John (New Intern. Comm. N. T.), p. 153.
12 Voir R. F. Doulière : Naître d'eau et d 'esprit. ICHTHUS n• 19 (1-72),
pp. 25-28.

67
tants de Jérusalem, pour le péché et pour l'impureté» (Za. 12. 10-13, 1).
Et le texte classique de Joël 2. 28-32 que Pierre citera lors de la
Pentecôte met le salut (v. 32) en relation avec l'effusion de /'Esprit
(v. 28).
Ces textes étaient connus des Juifs et les aidaient à comprendre
à la fois la signification du baptême de Jean et sa prophétie. A
Qumrân, par exemple, on faisait le parallèle entre les ablutions et la
purification par l'Esprit de Dieu. Un texte parle d'une « purification
par l'esprit de vérité comme par de l'eau lustrale» (1 QS 4. 20 ss.).
Un autre passage emploie exactement les mêmes formules à propos
des rites baptismaux de la secte (1 QS 3. 6-1 1). 13 Il s'agit donc là
de pensées qui avaient cours au temps de Jean-Baptiste.
Le baptême du Saint-Esprit parle donc, en premier lieu, de puri­
fication, de pardon des péchés, de salut. C'est bien la signification que
les apôtres lui ont donnée, comme nous le verrons dans les épîtres.

2. Sig n ifications ccmplérr.entai res


D'autres éléments pouvaient s'y rattacher. Nous ne sommes pas
certains que les auditeurs de Jean-Baptiste ont fait le rapprochement
entre son baptême, celui du Messie et certains événements de l'histoire
du peuple d'Israël ou certains actes symboliques ordonnés aux Juifs.
Mais nous savons que les apôtres ont fait ces parallèles avec le baptê­
me chrétien. Nous nous contenterons donc de les évoquer ici, pour
les reprendre plus loin.
Le baptême de Jean pouvait rappeler aux Juifs
a) Le déluge qui a englouti le monde corrompu dans l'eau - mais
cette même eau a sauvé ceux qui ont obéi à l'ordre de Dieu. Jésus
dira qu'en appelant au baptême, Jean obéissait à un ordre divin (Mt.
21. 25) et que les pharisiens ont « rendu nul à leur égard le dessein
de Dieu» en le refusant (Luc 7. 30).
b) La traversée de la mer Rouge par laquelle les Israélites furent
sauvés de leurs poursuivants égyptiens.
c) La traversée du Jourdain qui leur permit d'entrer dans la Terre
Promise (cf. Ps. 66. 12 ; Es. 43. 2, 16).
d) Le revêtement à neuf : avant le bain, on dépose ses habits. Le
symbolisme du vêtement a été fréquemment utilisé dans l'Ancien
Testament en liaison avec le salut (Ge. 35. 2 ; No. 21. 23 ; Es. 61. 10).
e) La guérison par l'eau a été illustrée par l'histoire de Naaman
(2 R. 5. 14). L'immersion dans ce même Jourdain doit représenter la
guérison de la maladie du péché dont la lèpre était le symbole classi­
que. Les malades de la piscine de Béthesda attendaient aussi leur

13 Cités par M. A. Chevalier : Esprit de Dieu, paroles d'hommes (37), p. 87.


68
guérison de l'eau. Jésus recourra au même symbolisme en envoyant
l'aveugle-né se laver à la piscine de Siloé.
f) La m ort et la résurrection : l'ensevelissement dans les eaux du
Jourdain était un symbole parlant de cette mort à laquelle le péché
qu'ils venaient de confesser les condamnait. L'émergence hors de
l'eau était un signe de la grâce de Dieu qui les appelait à une nou­
velle vie. Jésus, en tout cas, parlera de sa mort comme d'un baptême
(Mc. 10. 38) avant que l'apôtre Paul ne développe cette signification
essentielle du baptême chrétien (Ro. 6) .
g) Le baptême des prosélytes juifs. Les spécialistes ne sont pas
certains que le baptême auquel les Juifs soumettaient les païens qui
voulaient adopter la religion juive existait déjà au temps de Jean.
En effet, aucun document ne l'atteste avant l'an 65 de notre ère. 14
Si c'était le cas, comme certains le pensent, (F.J. Leenhardt, H.H.
Rowley, F.F. Bruce), Jean aurait encore ajouté à sa prédication une
autre signification. 1 s
En appliquant « aux Israélites eux-mêmes ce baptême proprement
réservé aux impurs issus du paganisme ... Jean affirmait donc que tout
homme est impur aux yeux de Celui qui s'approche pour juger. Non
pas impur d'une souillure extérieure, mais d'une souillure plus pro­
fonde, que les fils d'Abraham eux-mêmes avaient contractée, la souil­
lure du péché qui ne se lave véritablement que dans le baptême de
la repentance. En sorte qu'il faut l'accepter pour être véritablement
compté parmi ceux qui seront ramassés dans les greniers célestes. Il
ne suffit pas d'avoir Abraham pour père ! Dieu prépare pour son Oint
une communauté nouvelle, purifiée par la repentance du cœur. Le
baptême est à la fois le signe de cette repentance et celui de l'agré­
gation à ce reste à qui le salut est promis » (F.]. Leenhardt) . 1 6
T.W. Manson pense que Jean invitait les Juifs à confesser que, par
leur péché, ils avaient perdu leur statut de fils d'Abraham et qu'ils
devaient prendre un nouveau départ, tout comme les prosélytes
païens. 1 6•
Les textes rabbiniques nous apprennent que le païen baptisé était
considéré comme ayant passé par une nouvelle naissance, il était
aussi pur qu'un nouveau-né. 1 7
14 Voir G. Millon : Préface a u baptême chrétien (16, rue des peintres,
F 68100 Mulhouse), pp. 18-20.
u « Les preuves semblent indiquer qu'il est probablement plus ancien
que le baptême chrétien » (H. H. Rowley). « Nous pouvons admettre comme
pratiquement certain que le rite était connu aux temps de notre Seigneur
et qu'il a constitué effectivement une partie de l'arrière-plan du baptême de
Jean » (F.F. Bruce : Answers to Questions (29), p. 67).
18 Le baptême chrétien (113), pp. 10- 1 1 .
1 6 • T . W. Manson : The Servant-Messiah (1953), pp. 44 ss., cité par Howley :
A N. T. Commentary (Pickering-lnglis, 1969), p. 213.
17 Voir Strack-Billerbeck : Kommentar zu den Evangelien aus Talmud und
Midrasch, in !oc. cit.
69
Ces notions de nouveau départ, nouvelle naissance, agrégation au
reste messianique ont donc pu être associées au baptême de Jean par
ses auditeurs. Elles seront, en tout cas, associées au baptême chrétien
par les apôtres.

3. L'œuvre essentielle du Messie


Toutes les significations relevées pointent dans la même direc­
tion: vers la purification, le pardon des péchés, le salut, l'entrée dans
le pays promis, la mort et la résurrection, la nouvelle naissance,
l'agrégation au peuple du Messie, c'est-à-dire vers l'œuvre initiale et
essentielle de renouvellement que le Christ opère en ceux qui croient
en lui.
J. Stott fait remarquer que, dans l'évangile de Jean, la prophétie
concernant le baptême dans !'Esprit est exprimée par un participe
présent: « Celui sur qui tu verras !'Esprit descendre, c'est le baptisant
d'Esprit (ho baptizon) » (Jn. 1. 33) : l'expression même que Marc em­
ploie pour caractériser Jean-Baptiste (Mc. 1. 4 ; 6. 14, 24). C'est donc
l'une des caractéristiques principales du ministère de Jésus que son
précurseur relève. 1 8 Comme le dit J. Huby: « C'est toute la mission
du Christ que symbolise cette image du baptême dans !'Esprit. » 19
C'est « la grande nouveauté messianique » (G. Millon).
Or, l'œuvre essentielle du Christ, les apôtres l'ont constamment
rappelé, c'est le salut, la régénération de l'homme, le pardon de ses
péchés et l'implantation d'une nouvelle nature en lui, c'est le don de
la vie éternelle. En effet, comme le fait remarquer M. Desaedeleer :
« Pourquoi Jean-Baptiste aurait-il donné une si grande importance
au baptême du Saint-Esprit dans le ministère de Jésus, si celui-ci
ne se rapportait pas à l'entrée dans le Royaume ? Jean-Baptiste aurait­
il considéré la deuxième bénédiction d'un baptême du Saint-Esprit
comme plus importante que l'entrée dans le Royaume ? » 20 - à sup­
poser qu'il y ait une deuxième bénédiction !
En entendant ces paroles du précurseur, aucun de ses auditeurs
n'a pu penser à un revêtement de puissance pour le service, une
expérience marquée par des phénomènes extraordinaires et qui nous
conférerait des dons spirituels. Accoler de telles notions à la pro­
phétie de Jean-Baptiste, c'est agir au mépris des règles les plus élé­
mentaires d'une saine interprétation qui veut que l'on prenne d'abord
les paroles bibliques dans le sens qu'elles avaient dans la bouche de
ceux qui les ont prononcées et dans l'esprit des premiers auditeurs.
18 J. Stott : Baptism and Fullness (178), pp. 22-27.
19 Evangile selon St. Marc (Verbum Salutis, Paris, 1927), p. 13.
to Le Baptême du Saint-Esprit est-il subséquent à la conversion ? (47), p . 36.

70
4. Baptême de feu
Matthieu et Luc ajoutent: " il vous baptisera dans l'Esprit et par
le feu » (Mt. 3. 11 ; Luc 3. 16). S'agit-il d'un autre baptême ou d'un
effet du baptême de l'Esprit ?
La parole de Jean-Baptiste est encadrée de deux images qui sou­
lignent l'action destructrice du feu : « tout arbre qui ne produit pas
de bon fruit sera coupé et jeté au feu » (Mt. 3. 10 ; Luc 3. 9) ; « il
brûlera la balle dans le feu qui ne s'éteint pas » (Mt. 3. 17 ; Luc 3.
12). Dans l'Ancien Testament, le feu est souvent associé au jugement
et à la destruction des impies (Es. 31. 9 ; Am. 7. 4 ; Mal 4. 1). Il se
pourrait donc que cette deuxième partie de l'expression se rapporte
à la fonction de Juge que le Messie exercera lors de son retour. 21
Ce serait pour cette raison que, « dans les autres passages du Nou­
veau Testament, il n'est plus question que d'un baptême de !'Esprit.
Jésus a éteint le feu de la colère divine de sorte que, pour entrer
dans le nouvel éon, il suffit de recevoir le baptême de l'Esprit. • 22
Cependant, comme le remarquent F. Godet et J. Dunn, le Saint­
Esprit et le feu sont étroitement associés « sous l'action de la même
préposition et du même article (en pneumati hagio kaï puri) donc,
conclut Godet, ils ne peuvent différer que par une nuance. » 23 Il n'y
a qu'un seul « baptême-de-l'Esprit-et-de-feu ». 24
La distinction serait, non au niveau du baptême, mais de ses effets
sur les personnes qui le reçoivent : « le feu désigne aussi l'Esprit,
mais au point de vue de son œuvre négative, la destruction, chez le
fidèle, de tout ce qui entraverait la consécration du nouvel homme,
de tout ce qui doit périr. Le feu représente donc bien un jugement,
mais le jugement bienfaisant qui accompagne la sanctification et com­
plète le salut. » 25
« Le feu est le symbole de l'Esprit en tant qu'il pénètre avec une
irrésistible puissance et purifie les métaux les plus durs » (L. Bon-

u Quand les incroyants seront anéantis par le souffle (pneuma = esprit)


de sa bouche (2 Th. 2. 8). Jésus s'était arrêté au milieu de la phrase d'Esaïe
61. 1-2 lorsqu'il l'a lue dans la synagogue de Nazareth (Lu. 4. 16-19), laissant
le « jour de vengeance de notre Dieu » pour un avenir plus lointain. La pro­
phétie de Joë. 2. 28-32 citée par Pierre à la Pentecôte n'a eu, elle aussi, qu'un
accomplissement partiel jusqu'à présent (v. Ac. 2. 20). Pour cette interpréta­
tion, voir M. Unger : Baptism and Gifts of the Ho/y Spirit (188), p. 48 ; J.F.
Walvoord : The Doctrine of the Ho/y Spirit ( 191), p. 165.
u M. Desaedeleer op. cit. (47), p. 39.
2s Op. cit. (note 10) , p. 247. Voir J. Dunn : Baptism (51), p. 11.
14 E. Bonnard : Evangile selon St. Matthieu (Delachaux, 1963), p. 38.
16 F. Godet op. cit. (note 10), p. 248, cf. F. F. Bruce op. cit. (29), p. 40.
« Il est certain que le feu est un signe de jugement (v. Es. 31. 9 ; Am. 7. 4 ;
Mal. 4. 1), mais dans l'eschatologie juive, le feu symbolise, non seulement la
destruction des impies, il parle aussi de la purification des justes (ce qui
est aussi jugement, mais non destruction : v. Es. 1. 25 ; Za. 13. 9 ; Mal. 3. 2 ss.).
Jean a parlé du feu comme purificateur et destructeur » (J. Dunn op. cit.
(51), p. 12).

71
net). 26 Il symbolise « la purification complète et définitive opérée par
la puissance même de Dieu » (J.S. J avet) . 27
Cette interprétation peut aussi s'appuyer sur des passages de l'An­
cien Testament où le feu purifiera les enfants de Dieu « comme on
purifie l'argent, comme on épure l'or » (Za. 13. 9 ; Mal. 3. 2-4) . Les
rabbins parlaient même d'un baptême de feu pour purifier l'homme
« car toute l'eau ne suffit pas pour un bain complet de Dieu. Es. 66.
15 : Voici l'Eternel arrive dans un feu. » Ils emploient les expressions :
« bain dans le feu » , « immersion dans le feu » , en s'appuyant sur No.
3 1 . 23 : « Tout objet qui peut aller au feu, vous le ferez passer par le
feu pour le rendre pur. Mais c'est par l'eau de purification que sera
purifié tout ce qui ne peut aller au feu. » 28
Peut-être est-il possible d'allier les deux sens : ceux qui acceptent
le baptême du Saint-Esprit seront purifiés de leurs péchés, ceux qui
refusent ce feu purificateur aujourd'hui doivent s'attendre au feu
du j ugement.

B. LE BAPTEME DU SAINT-ESPRIT DANS LES ACTES


1. Actes 1 . 4-8 : La promesse d u baptêm e dans ! ' Esprit
« Comme il se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas
s'éloigner de Jérusalem, mais d'attendre ce que le Père avait promis,
ce que je vous ai annoncé, leur dit-il, car Jean a baptisé d'eau, mais
vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit... Vous
recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous
serez mes témoins à Jérusalem. »
Avant son départ, Jésus rappelle la parole prophétique de Jean­
Baptiste, avec une légère variante significative : Jean avait prédit que
celui qui viendrait après lui, baptiserait du Saint-Esprit. Jésus assigne
cette fonction au Père en employant, comme tout bon Juif, la forme
passive ( « vous serez baptisés du Saint-Esprit ») dans laquelle on pou­
vait parler de Dieu sans le nommer. Preuve de la profonde unité
entre le Père et le Fils dans l'envoi du Saint-Esprit.
Par la précision : « dans peu de jours », le Seigneur met cette pré­
diction directement en relation avec l'événement de Pentecôte. Jésus
caractérise le baptême du Saint-Esprit qui devait avoir lieu à la Pen­
tecôte par trois traits :
a) " Ce que le Père a promis " : Cette expression peut couvrir tou­
tes les prophéties de l'ancienne alliance concernant la venue de l'Es­
prit - y compris celle de Jean-Baptiste. Or, dans ces prophéties, il
26 Le N.T. expliqué ( note 8) , T. I., p. 18.
27 Op. cit. (note 9), p. 54.
28 Sanh. 39 a cité par Strack-Billerbeck : Kommentar zu den Evange/ien
aus Talmud u. Midrasch T. I., pp. 12 1-122.
72
n'est jamais question de deux venues ou de deux opérations diffé­
rentes du Saint-Esprit.
b) " Ce que je vous ai annoncé " : Il nous faut relire les promesses
de !'Esprit contenues dans Jean 14 à 16 pour savoir à quoi Jésus faisait
allusion. Là encore, nous ne trouvons aucune trace d'une venue en
deux étapes ou d'une distinction entre une simple réception et un
revêtement de puissance.
c) « Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur
vous, et vous serez mes témoins.» Littéralement : « Vous recevrez
une puissance quand sera venu le Saint-Esprit sur vous. » L'aoriste
participe du verbe survenir (eperchomaï) a le sens d'une action anté­
rieure et simultanée : « quand sera venu» (à la venue du Saint-Esprit,
quand le Saint-Esprit sera descendu sur vous). Il ne s'agit pas, comme
la version Segond pourrait le laisser supposer, d'une action complé­
mentaire ou supplémentaire du Saint-Esprit, mais de l'un des effets
de la venue de cet Esprit : la puissance pour le témoignage.
Les disciples ont associé baptême du Saint-Esprit et venue du
Royaume de Dieu (v. 6). Effectivement, la Royauté de Dieu commen­
cera réellement quand des hommes seront morts à leurs ambitions
et leurs conceptions personnelles (première phase du baptême : mort
à soi) et qu'ils seront ressuscités à une nouvelle vie sur laquelle Dieu
peut régner. Jésus contredit la fausse conception judaïque et matéria­
liste de la venue de ce règne (v. 7) et lui oppose la vraie : l'extension
de ce règne par le témoignage des disciples « à Jérusalem, dans la
Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre» (v. 8).
Cette extension sera possible car, lorsque le Saint-Esprit viendra sur
les disciples, il les revêtira en même temps de la puissance nécessaire
à ce témoignage.
De même, plus tard, dès qu'un homme naît de nouveau, il reçoit
en même temps la puissance pour le témoignage (Jn. 15. 27 ; 1 Pi. 2.
9). C'est pourquoi les nouveaux convertis sont souvent les témoins les
plus zélés et les plus courageux de Jésus-Christ.

2. Actes 2. 1 -36 : La Pentecôte des cent vi ngt


Le terme de « baptême» n'est pas employé à propos du récit de la
Pentecôte mais, dans son discours, l'apôtre Pierre reprend l'une des
expressions que le Seigneur avait appliquées au baptême de !'Esprit :
« ce que le Père a promis» (1. 4) : « Elevé par la droite de Dieu, il
a reçu du Père !'Esprit-Saint qui avait été promis et il l'a répandu »
(2. 33). Par là, il identifie clairement l'événement de Pentecôte avec
la promesse du baptême de !'Esprit annoncé dix jours auparavant.
Nous ne reviendrons pas ici en détail sur cet événement. Rappe­
lons simplement : a) Le jour de la Pentecôte eut lieu la première effu-

73
sion du Saint-Esprit sur l'Eglise (Ac. 2. 33). C'est l'inauguration de la
nouvelle alliance.
b) Cet événement est unique dans l'histoire. Plusieurs phénomè­
nes extraordinaires ont marqué ce caractère exceptionnel (langues de
feu, bruit d'un vent impétueux, discours en langues étrangères).
c) La régénération des disciples eut lieu ce jour-là. Peut-être Jésus
leur avait-il déjà conféré des « arrhes » de )'Esprit le soir de Pâques,
mais de toute manière, comme les disciples ont vécu à cheval sur
l'ancienne et la nouvelle alliance, leur exemple ne saurait être nor­
matif pour nous. Les événements de la vie de Jésus qu'ils ont vécus
historiquement et auxquels ils ont participé spirituellement au fur et
à mesure de leur accomplissement sont, depuis Pentecôte, associés
pour les croyants en une même expérience : la mort, la résurrection
avec Christ et l'effusion de !'Esprit.

3. Actes 2. 37-42 : La Pentecôte des t rois m i l l e


On a fait remarquer que, pour beaucoup d e chrétiens, le verset
le plus important dans le récit de la Pentecôte est Ac. 2. 4: « Ils furent
tous remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en d'autres langues •
- oubliant qu'il s'agit là d'un phénomène exceptionnel sans doute
jamais répété dans les Actes (langues étrangères comprises) et d'un
groupe particulier (les disciples qui avaient accompagné Jésus). Ou­
bliant aussi que ce même jour, trois mille personnes ont fait une
expérience bien plus apte à nous servir d'exemple : ceux qui ont
répondu à l'appel de Pierre.
On peut se poser la question si, en demandant : « que chacun de
vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ » , l'apôtre Pierre pensait au
baptême du Saint-Esprit - ou du moins: pensait aussi au baptême
du Saint-Esprit. Ce qui pourrait le faire croire, c'est qu'il ajoute:
« pour le pardon de vos péchés » . Sauf dans la théologie sacramen­
taliste - et dans l'enseignement des « Eglises du Christ » 29 - le baptê­
me d'eau n'a pas la vertu d'effacer les péchés. Le baptême du Saint­
Esprit, par contre, en nous faisant mourir, supprime du même coup
le coupable et nous acquiert donc le pardon des péchés. so
De plus, Pierre dit, comme s'il s'agissait d'une conséquence de la
repentance et du baptême: « et vous recevrez le don du Saint-Esprit».
Il est plus logique de rattacher le don du Saint-Esprit à l'immersion
29 Une Eglise d'origine américaine enseigne, en s'appuyant essentiellement
sur ce verset, que le baptême d'eau est indispensable pour être sauvé. Dans
« Why I am a member of the Church of Christ », l'auteur cite plusieurs di­
zaines de versions anglaises de ce passage pour montrer que, partout, le bap•
tême est donné « en vue du » pardon des péchés.
30 Voir : « Le baptême du Saint-Esprit : une mort avec Christ. Les effets
de cette mort : le pardon et la justification ,. dans A. Kuen : JI faut que...
(106), pp. 104-107.

74
dans le Saint-Esprit plutôt qu'à l'immersion dans l'eau. L'Esprit pénè­
tre et imprègne celui qui y est plongé.
Il est cependant évident que les apôtres n'ont pas songé à disso­
cier les deux aspects du baptême : intérieur et extérieur. Loin de pen­
ser, comme certains chrétiens actuels, que le baptême de !'Esprit étant
l'essentiel, on peut se dispenser du baptême d'eau, ils ont, au contraire,
baptisé d'eau ceux qui avaient été baptisés du Saint-Esprit et parce
qu'ils l'avaient été.
Aussi, lorsqu'il est dit : « Ceux qui acceptèrent sa Parole furent
baptisés » (v. 41), si l'on peut sous-entendre : baptisés du Saint­
Esprit, il faut obligatoirement ajouter : et d'eau, puisque la fin du
verset parle d'un nombre d'environ trois mille âmes ajoutées à la
communauté. Dès que l'on compte, il faut pouvoir se référer à des
faits objectifs. Il est vrai que, dans beaucoup de rapports actuels, on
lit aussi que « tant de personnes se sont converties, et tant d'autres
ont été baptisées du Saint-Esprit » , parce qu'on se réfère au signe du
parler en langues qui dénoterait la venue du Saint-Esprit. Mais le rap­
port des Actes est muet sur ce point : aucune mention de parler en
langues en relation avec les trois mille. De toute manière, ils rentre­
raient difficilement dans le schéma pentecôtiste puisque, de toute évi­
dence, il s'est agi, pour eux, de l'expérience initiale du salut.
Le récit, par contre, est très cohérent si nous faisons du baptême
du Saint-Esprit l'entrée dans la vie chrétienne : pour les cent vingt
aussi bien que pour les trois mille, la Pentecôte a marqué l'inaugu­
ration d'une vie chrétienne dans le plein sens du terme, c'est-à-dire
avec l'habitation permanente du Saint-Esprit en eux, comme Jésus
l'avait promis (Jn. 14. 23) et comme les apôtres l'enseigneront plus
tard (Ro. 8. 9 ; Ga. 4. 6 ; 1 Co. 6. 19) .

4. Actes 1 0 : La Pentecôte des païens


A part Ac. 1. 5, le seul passage du livre des Actes qui parle de
baptême du Saint-Esprit est Ac. 1 1 . 16. 31 Il s'agit, une fois de plus,
d'un rappel de la prophétie de Jean-Baptiste, plus précisément de la
parole du Seigneur rapportée en Ac. 1. 5 .
Pierre est e n train d e défendre s a manière d'agir devant ceux qui
l'accusent d'être entré chez des païens ( 1 1 . 3). Il rappelle comment le
Seigneur a dû vaincre ses propres réticences avant qu'il ne se rende
chez Corneille (v. 5-14). « Lorsque je me mis à parler, le Saint-Esprit
descendit (tomba) sur eux comme (il l'avait fait) au commencement
sur nous aussi. Alors je me souvins de cette parole du Seigneur :
Jean a baptisé d'eau, mais vous, vous serez baptisés du Saint-Esprit.
31 « La phrase est employée seulement dans deux occasions dans les Actes :
pour promettre la première Pentecôte (l. 5) et pour rappeler la dernière ( 1 1 .
16). " F . D . Bruner : Theology (30), p. 194.

75
Or, puisque Dieu leur a accordé le même don qu'à nous qui (ou :
quand nous) avons cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je, moi,
pour avoir la puissance de faire obstacle à Dieu ? » (v. 15-17).
Que pouvons-nous conclure de ces versets ?
a) Baptême du Saint-Esprit et salut
Corneille n'était pas sauvé avant la venue de Pierre. Il a raconté
à Pierre que l'ange lui a dit : Fais venir Simon surnommé Pierre qui
te dira des paroles par lesquelles tu seras sauvé, toi et ta famille
( 1 1. 14 ; cf. 15. 7).
Il n'était pas né de nouveau (11. 18). Son cœur n'était pas purifié
par la foi (15. 9). Pour Corneille et les siens, le baptême du Saint­
Esprit n'était donc pas une expérience qui suit la conversion, elle
était du moins simultanée - pour ne pas dire identique - à la con­
version. 32
b) Baptême du Saint-Esprit et foi en Jésus
Le Saint-Esprit tomba sur les auditeurs au moment où Pierre
venait de dire : « Quiconque croit en lui reçoit, par son nom, le par­
don des péchés » (10. 43). C'est donc par la foi en Jésus que Corneille
et les siens furent baptisés du Saint-Esprit. Pierre le rappellera à
Jérusalem en faisant le parallèle avec leur propre expérience : « Dieu
leur a accordé le même don qu'à nous qui (ou : quand nous) avons
cru au Seigneur Jésus-Christ » (11. 17).
c) Baptême du Saint-Esprit et parler en langues
Les croyants juifs venus avec Pierre sont convaincus que le Saint­
Esprit est descendu sur les païens « car ils les entendaient parler en
langues et exalter Dieu » (10. 46). Leur réaction à ce qu'ils voient est
l'étonnement (v. 45). Lorsque Pierre explique ce qui s'est passé à
Césarée, il dit : « Le Saint-Esprit descendit sur eux comme (il l'avait
fait) au commencement sur nous aussi » ( 1 1. 15). « Cette remarque est
importante, nous dit Bruner. Pierre ne dit pas que le Saint-Esprit
descendit sur la maison de Corneille « comme il le fait toujours avec
chacun » . S'il avait dit cela, nous pourrions supposer que, dans l'Eglise
82 Cet épisode embarrasse considérablement les pentecôtistes. Après avoir
affirmé que « les deux expériences : nouvelle naissance et baptême de l'Esprit
ne sont pas confondues », Thomas-Brès fait de Corneille et des gens de sa
maison le « seul cas d'exception » qui ne supprime pas « la règle générale
fournie par tous les autres cas ». (Le baptême du Saint-Esprit (180), p. 9.)
Mais les seuls « autres cas » cités sont précisément des cas exceptionnels : les
apôtres, les Samaritains (Ac. 8) et les Ephésiens (Ac. 19).
E. J. Jarvis aussi affirme que « toujours le baptême du Saint-Esprit
venait après la conversion, car il s'agit d'une expérience distincte et séparée »
« This is That » Pentecostal Evange/. ( 49) ( 15 janv. 196 1 ) , p. 7 cité Bruner, p.
193. Il est malheureux que dans les deux seuls cas où les Actes emploient
l'expression « baptiser de !'Esprit », il s'agisse précisément d'exceptions à
cette « règle ».

76
primitive, le Saint-Esprit était touj ours - ou du moins normalement
- donné avec le parler en langues. Mais le seul parallèle que Pierre
puisse citer à ce qui s'est passé à Césarée est ce qui est arrivé « au
commencement». Cela renforce la probabilité qu'après la Pentecôte
les manifestations de Pentecôte n'étaient, non seulement pas normati­
ves, mais même pas connues. » 33 Quatre fois, en effet, Pierre tire le
parallèle avec la Pentecôte (10. 47 ; 1 1. 15, 17 ; 15. 8).
d) Un événement exceptionnel
« Alors je me souvins de cette parole du Seigneur... » Cette façon
d'introduire la citation de la parole relative au baptême du Saint­
Esprit montre également que les apôtres n'avaient pas l'habitude de
penser à ce baptême, ni d'en parler. Pour Pierre, la prophétie de
Jean-Baptiste semble se rapporter essentiellement à l'événement de
Pentecôte et à cette Pentecôte supplémentaire qu'il vient de vivre à
Césarée. 34
e) Différents aspects d'une même expérience
Les différentes expressions employées pour ce qui s'est passé dans
la maison de Corneille font ressortir leur équivalence : « le Saint­
Esprit descendit (tomba) sur» (10. 44 ; 1. 15), « le don du Saint-Esprit...
répandu sur» (10. 45), « ceux qui ont reçu le Saint-Esprit» (10. 47) ,
« tu seras sauvé » (11. 14) , " baptisés d'Esprit-Saint » ( 1 1. 16), « le mê­
me don qu'à nous qui avons cru» (11. 17). « Dieu a accordé la repen­
tance afin qu'ils aient la vie» (litt. : la transformation de l'être inté­
rieur en vue de la vie, 1 1. 18) . A la conférence de Jérusalem, Pierre
évoque les mêmes faits : « les païens croient» (15. 7), « Dieu leur a
donné le Saint-Esprit comme à nous » (15. 8), « il a purifié leurs
cœurs par la foi » (15. 9) , " sauvés » ( 15. 11), « des païens qui se
convertissent à Dieu » (15. 19).
Face à ces faits, il serait tout à fait artificiel de compartimenter ces
expressions et de les affecter à des expériences différentes.
L'événement de Césarée montre par conséquent clairement que
repentance, conversion, foi, salut, don et réception du Saint-Esprit
ainsi que baptême du Saint-Esprit sont absolument équivalents et se
rapportent à une seule et même expérience.
Ces passages sont les seuls du livre des Actes où le verbe baptiser
est employé en même temps que le mot Esprit. Ils nous montrent que

33 Theology (30), p. 194.


34 Certains auteurs restreignent même l'expression « baptême du Saint­
Esprit » à la Pentecôte des Juifs et à celle des païens. Ils voient « le baptême
du Saint-Esprit comme fait historique et unique, l'acte officiel accompli une
fois pour toutes, il y a deux mille ans. Le réclamer pour soi est contraire à
!'Ecriture et à ses loi� d'interprétation, se livrer à cette pensée signifie se
livrer à une séduction spirituelle » (H. E. Alexander : Pentecôtisme ou chris­
tianisme (2), p. 22.
77
l'expression • baptisés du Saint-Esprit » se rapporte à l'expérience ini­
tiale de la vie chrétienne (à la mort et la résurrection spirituelle avec
Christ). Elle est « l'une des descriptions, parmi beaucoup d'autres, du
changement que Dieu opère dans la vie de celui ou de celle qui
devient un véritable chrétien et se trouve ainsi incorporé au Corps
de Christ • (Bridge-Phypers). 35 « Le baptême du Saint-Esprit unit les
hommes à Christ, ceux qui le reçoivent lui appartiennent, c'est-à-dire
qu'ils deviennent des chrétiens » (Bruner). 36

C. LE BAPTÊME DU SAINT-ESPRIT DANS LES EPITRES


1. Baptisés en un seul Esprit pour former u n seul corps
Le seul passage des épîtres où le verbe baptiser se rencontre avec
le mot Esprit est 1 Co. 12. 13 qui dit littéralement : « Car dans un
seul Esprit, nous tous, en vue d'un seul corps, nous avons été baptisés,
soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et tous, un seul Esprit,
nous avons reçu à boire. » Comme il s'agit d'un texte didactique où
l'apôtre enseigne, inspiré par le Saint-Esprit, il mérite toute notre
attention. « Toute vue sur le baptême du Saint-Esprit dans les évan­
giles ou les Actes doit être harmonisée avec ce passage doctrinal
essentiel sur le sujet» (M. Unger) . 3 7
a) Tous les Corinthiens auxquels s'adresse cette lettre, ont été
baptisés du Saint-Esprit. Or l'épître nous dit, par ailleurs, « qu'ils ont
été sanctifiés en Jésus-Christ, appelés à être saints» et qu'ils " invo­
quent Jésus-Christ comme le Seigneur» (1. 2), ils sont inclus dans
" nous qui sommes sauvés» (1. 18). Paul leur dit : • Je vous ai engen­
drés en Jésus-Christ par l'Evangile» (4. 15), ils sont donc nés de nou­
veau. " Vous avez été lavés, sanctifiés, justifiés au nom du Seigneur
Jésus-Christ et par l'Esprit de notre Dieu » (6. 1 1). « Vous avez été
rachetés à un grand prix» (6. 20 ; 7. 23).
Deux fois, dans ce verset de 1 Co. 12. 13, l'apôtre répète le mot
" tous». Avant de parler de la diversité des dons spirituels, il veut
attirer l'attention des Corinthiens sur deux points : a) !'Esprit qui ac­
corde ces dons est un : « il y a diversité de dons, mais le même Esprit •
(v. 4) ... selon le même Esprit ... par le même Esprit ... par le même
Esprit ... un seul et même Esprit opère toutes ces choses» (v. 8-11),
" baptisés dans un seul Esprit ... abreuvés d'un seul Esprit» (v. 13).
b) Cet Esprit accorde des dons à tous : « A chacun la manifestation
de !'Esprit est donnée pour l'utilité commune» (v. 7). « Un seul et
même Esprit... les distribue à chacun en particulier comme il veut.
35 Spiritual Gifts (24) , p. 115.
31 Theology (30) , p. 160.
s7 Baptism and Gifts (188), p. 157.

78
Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous
les membres du corps, malgré leur nombre ne forment qu'un seul
corps - ainsi en est-il de Christ » (v. 1 1-12) - puis vient notre ver­
set.
Parce qu'il y a un seul Esprit qui accorde ses dons à tous les mem­
bres du corps, ce corps est un. L'unité de l'Eglise est un fruit du bap­
tême du Saint-Esprit accordé à tous les membres du corps. Quatorze
fois, dans ces quelques versets, l'apôtre emploie les mots « un » ,
« seul », « même », pour souligner l'unité du Corps d e Christ.
« Ainsi dans ce verset, le baptême du Saint-Esprit, loin d'être un
facteur de division (certains l'ont, d'autres ne l'ont pas), est le grand
facteur d'unité (une expérience que nous avons tous faite). » (J.
Stott). 3 8
b) Le baptême du Saint-Esprit est, pour tous les croyants, un évé­
nement du passé.
« Nous avons été baptisés » : l'apôtre emploie l'aoriste, le temps
de l'action accomplie une fois pour toutes.
Nulle part, dans les épîtres, le baptême du Saint-Esprit n'est pré­
senté comme une expérience que certains chrétiens devraient encore
rechercher. L'apôtre dit aux Corinthiens qu'ils sont « des hommes
charnels, des enfants en Christ » (3. 1-2), sa lettre reflète, dans cette
Eglise, un niveau spirituel et moral bien bas (1. 1 1 ; 3. 3 ; 5. 1, 6 ; 6. 1,
15 ; 15. 12...) Pourtant, il affirme clairement ici qu'ils ont tous été
baptisés du Saint-Esprit, et qu'ils ont tous été abreuvés de ce même
Esprit (les deux verbes sont à l'aoriste).
c) Le baptême du Saint-Esprit est lié à l'incorporation dans le
Corps de Christ : « pour former un seul corps ». La préposition eis
contient l'idée d'un mouvement : en vue d'un seul corps. Godet tra­
duit ainsi : « en étant baptisés en un seul Esprit, nous sommes tous
devenus un seul corps » .
Or, nous devenons membres d u Corps de Christ a u moment de
notre nouvelle naissance. Après avoir rappelé aux Ephésiens qu'ils ont
été ressuscités avec Christ (2. 6), sauvés par la grâce par le moyen de
la foi (2. 13), l'apôtre leur dit : « ainsi vous n'êtes plus des étrangers,
ni des gens du dehors, mais vous êtes concitoyens des saints, gens
de la maison de Dieu » (2. 19). Il n'y a pas deux corps, celui des sau-
38 The Baptism and the Fullness (177), p. 15. Ce verset a beaucoup embar­
rassé les auteurs pentecôtistes. Voici comment l'un d'eux l'interprète : « Ce
verset ne signifie pas que tous les chrétiens aient reçu le Saint-Esprit, mais
que tous les chrétiens qui l'ont reçu sont remplis de ce même Esprit... Le
verset en question, envisagé honnêtement dans son contexte, peut s'interpré­
ter comme suit : Si nous sommes baptisés dans !'Esprit, c'est dans un seul
et même Esprit que nous avons tous été baptisés » (Harold Horton : Les dons
de /'Esprit (93), p. 39). Que le lecteur relise le verset dans son contexte et
juge si c'est là l'interprétation « honnête ».

79
vés et celui des baptisés de l'Esprit 39, mais, comme le prec1se l'apô­
tre dans la même épître, « un seul corps et un seul Esprit » (4. 4).
Comme aux premiers jours, « le Seigneur ajoutait... à l'Eglise ceux
qui étaient sauvés » (Ac. 2. 47) .
Seuls ceux qui ont été baptisés du Saint-Esprit, mais aussi tous
ceux qui l'ont été, font partie du Corps de Christ qui comprend tous
les vrais chrétiens, tous les enfants de Dieu nés de nouveau par !'Es­
prit de Dieu.
d) " Nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit. •
Par le baptême du Saint-Esprit, nous sommes plongés, immergés,
dans !'Esprit pour mourir à nous-mêmes et vivre pour Dieu (Ro. 6.
3-5) . Comme l'eau pénètre une éponge qu'on y plonge, ainsi l'Esprit
pénètre celui qui y est immergé et « l'abreuve ». Le terme utilisé
signifie donner à boire ou faire pénétrer de l'eau dans quelque chose.
Par exemple, l'apôtre emploie trois fois la même expression pour dire
qu'Apollos avait « arrosé » ce que lui, Paul, avait planté (1 Co. 3. 6,
7, 8). « Cette pensée est la transition de l'idée de l'unité du corps à
celle de la diversité des dons. Après avoir été plongés dans la même
vie commune, ils en ressortent tous avec les dons différents que leur
communique !'Esprit » (F. Godet). 40
e) Baptême du Saint-Esprit = incorporation en Christ.
D'après ce verset, le baptême du Saint-Esprit est donc l'expérience
commune à tous les chrétiens : celle qui a fait d'eux des membres
du Corps de Christ, donc l'expérience initiale appelée ailleurs conver­
sion ou nouvelle naissance.
Quelquefois, on a voulu échapper à ces conclusions claires en pré­
tendant (d'après la version la plus répandue en Angleterre) que dans
les six autres versets où il est question de baptême du Saint-Esprit,
on emploie l'expression « baptiser dans l'Esprit », ici il serait dit que
« nous avons été baptisés par un seul Esprit » . Paul parlerait, dans
ce passage, d'un baptême initial opéré par !'Esprit et qui serait l'apa­
nage de tout croyant, mais devrait être suivi plus tard d'un baptême
dans l'Esprit. Cette subtilité d'argumentation ne résiste pas à un sim­
ple examen du texte grec : dans les sept cas, c'est la même préposition
« dans » (!'Esprit) qui est employée. 41

a9 Comme le prétendent certains auteurs pentecôtistes : « S'il est suffi.


sant d'être né de nouveau pour être sauvé, il est indispensable d'être baptisé
du Saint-Esprit pour faire partie du Corps de Christ ... Un enfant de Dieu
qui n'a pas fait l'expérience du baptême du Saint-Esprit, qui partage la Cène
avec ses frères, ne participera donc pas au Co112s de Christ, mais seulement
à la vie de son Sauveur. » A. Hofer : Eglise, ou es-tu ? pp. 17, 21.
°
4 Commentaire sur la première épître aux Corinthiens (Neuchâtel, 1887)
T. II, p. 220.
41 Voir la réfutation détaillée dans Hoekema (88), p. 21 ss. ; Stott : (177),
pp. 15-19 ; (178), pp. 38 ss. ; Bruner (30), pp. 60 et 293. Ryrie (157), p. 78 ; Unger
(188), pp. 16 SS.

80
D'autres dissocient les deux parties du verset : la première concer­
nerait tous les croyants au moment de la conversion, la seconde se
rapporterait à ce qui est généralement appelé « baptême du Saint­
Esprit » dans les milieux pentecôtistes. 42 Une telle conclusion fait
violence au texte. Il est évident que « nous tous» dans la seconde
partie du verset désigne les mêmes personnes que « nous tous» au
début du verset, et que les deux images (être immergé dans !'Esprit
et en être pénétré) se rapportent à deux aspects complémentaires d'une
seule et même expérience.
D. Bennett dit que le baptême dont il est question dans 1 Co. 12. 13
s e rapporte " a u baptême spirituel e n Christ qui a lieu lorsque Jésus
est reçu comme Sauveur. Ce baptême est suivi du « baptême par le
Saint-Esprit » dans lequel !'Esprit-Saint qui demeure à présent dans
le croyant, s'épanche pour manifester Jésus au monde par la vie du
croyant. Avant ou après le baptême par le Saint-Esprit a lieu le signe
extérieur du baptême d'eau. » 43 Il y aurait donc trois baptêmes dis­
tincts : le baptême spirituel en Christ, le baptême du Saint-Esprit et
le baptême d'eau.
De telles tentatives montrent simplement qu'il n'est pas facile
d'éluder les conclusions évidentes de ce seul verset sur le baptême du
Saint-Esprit dans les épîtres. Or, ces conclusions réfutent clairement
l'enseignement pentecôtiste et néo-pentecôtiste sur ce point.

2. Une opération d isti ncte de la régénération ?


Le baptême dans le Saint-Esprit, d'après ce verset, est bien, com­
me le dit M. Unger : « l'opération divine de !'Esprit de Dieu qui place
le croyant en Christ, dans son Corps, l'Eglise, et qui le rend un avec
tous les autres croyants en Christ. » 44 Le baptême du Saint-Esprit « a sa
fonction par rapport à l'Eglise, le Corps de Christ » (W.A. Criswell) . 45
Sur la base de ce verset, ces auteurs distinguent le baptême du
Saint-Esprit de la régénération : « Bien que, dans l'ère présente, la
régénération et le baptême du Saint-Esprit soient toujours simultanés
- de sorte que tous ceux qui sont régénérés sont en même temps
baptisés par !'Esprit dans le Corps de Christ - il s'agit de deux opé­
rations distinctes ... Le baptême de !'Esprit place les croyants en Christ
(Ro. 6. 3, 4 ; Ga. 3. 27 ; 1 Co. 12. 13 ; Col. 2. 12), alors que la régéné­
ration fait naître Christ en eux (Jn. 1 7. 23 ; Col. 1. 27 ; Ap. 3. 20). La
régénération donne la vie. Le baptême de !'Esprit unit celui qui a
la vie à Christ et à ceux qui ont la vie en Lui... « Vous en moi » et

u Howard M. Ervin : These Are not Drunken, as Ye Suppose (57), pp. 46-47.
43The Holy Spirit and you ( 9), p. 34. Voir ce qu'en dit M. Green (72) ,
pp. 14 3-144.
" Baptism and Gifts (188), p. 21.
45 The Baptism, Filling and Gifts of the Holy Spirit (42), p. 16.

81
" moi en vous » (Jn. 14. 20) ... Deux œuvres simultanées et complémen­
taires de Dieu - et cependant distinctes » (M. Unger). 46
Par ce même souci de précision, cet auteur distingue aussi le bap­
tême du Saint-Esprit de l'habitation de l'Esprit en nous, de l'onction
et du sceau du Saint-Esprit, opérations divines qui se passent toutes
au même moment, mais n'ont pas la même signification : " Par la
régénération, Dieu nous donne sa propre vie. Par le baptême de
l'Esprit, il nous unit indissolublement et d'une manière vitale à lui.
En habitant en nous, il nous accorde sa présence constante. Par le
sceau, il nous marque comme siens pour toute l'éternité. Par l'onc­
tion, il nous consacre à une vie sainte et au service. L'œuvre de Dieu
est toujours parfaite et complète. » 47
Mais peut-on systématiser à ce point un langage imagé ? On peut
dire comme Harnack : " Un synonyme remplace l'autre pour prouver
qu'aucun n'est obligatoire, précis et exhaustif. Les croyants sont " re­
nouvelés », " recréés » ou " nés de nouveau » ; ils sont " nés de Dieu •
ou " de l'Esprit ,, ; ils sont ,, spirituels ,, , " porteurs de l'Esprit de
Dieu, de Christ » , mais aussi " portés par Dieu, par l'Esprit » . . . tout est
jaillissement de vie et de réalité originelle qui cherche à s'exprimer
d'une manière multiforme. » 48 Ou, comme le dit E. Brunner : " T ou­
tes ces expressions sont des rayons d'un cercle qui conduisent vers un
centre identique sans jamais le toucher. » 49 Nous sommes en Christ,
dans l'Esprit ; Christ ou !'Esprit vit en nous. " Lorsque nos mains sont
jointes, demande M. Green, peut-on dire que la gauche est dans la
droite ou la droite dans la gauche ? » 5 0

3. Le baptême du Sai nt-Esprit dans les autres épîtres


Bien qu'aucun autre passage des épîtres n'associe les mots " bap­
tême » ou " baptiser » au Saint-Esprit, on peut supposer qu'en parlant
ailleurs du baptême, les auteurs de ces épîtres ont pu penser au
baptême de !'Esprit ou, du moins, à une réalité qui aurait compris le
baptême de l'Esprit et le baptême d'eau.
En effet, les apôtres n'ont jamais dissocié baptême de l'Esprit et
baptême d'eau. " L'immersion au nom du Seigneur et la réception du
Saint-Esprit forment un " couple » qu'il faut considérer. L'une et l'au­
tre portent le nom de baptême. Le plus souvent dans la pratique du

,e Baptism and Gifts (188), pp. 22-23.


,1 Unger op. cit. (188), p. 24.
,a A. Harnack : Die Terminologie der Wiedergeburt. Texte u. Untersu­
chungen zur Geschichte der altchristlichen Litteratur (Dritte Reihe - Band
XII Leipzig, Hinrich 1918), pp. 140-149.
49 E. Brunner : Der Mittler (Tübingen, 1930), p. 411. Voir A. Kuen : Il faut
que vous naissiez de nouveau: Equivalence des conditions d'accès au Royaume,
pp. 135-138.
so / believe... (72), p. 77.

82
Nouveau Testament, le mot baptême désigne l'ensemble» (G. Mil­
lon). 5 1
« Les deux forment un tout : l e baptême dans !'Esprit étant l 'œu­
vre intérieure de la grâce et le baptême d'eau le signe extérieur. . . Je
ne me demande pas si dans Gal. 3. 27 ; Ep. 4. 5 ; Col. 2. 12 et Ro. 6.
2-3, il est question du baptême d'eau ou du baptême de l'Esprit comme
si cela devait être l'un ou l'autre ... Les quatre passages mentionnés
impliquent certainement le baptême dans !'Esprit, même s'ils ne le
mentionnent pas explicitement» (F.F. Bruce). 52
Relevons donc tous les passages des épîtres où les mots baptême
et bain sont employés.
Ro. 6. 3-7 (relire tout ce passage) : L'apôtre parle d'une mort avec
Christ et d'une résurrection avec lui. C'est bien ce que représente le
baptême d'eau par immersion : une noyade suivie d'une naissance
hors de l'eau. Cependant, certaines expressions employées par l'apô­
tre montrent qu'il n'a pas dû penser seulement au rite, mais à l'évé­
nement spirituel dont le baptême extérieur n'est que la figuration visi­
ble: « nous avons été immergés en Jésus-Christ» (dans le baptême
d'eau nous sommes immergés dans l'eau) ... « nous sommes devenus
une même plante avec lui... notre vieil homme a été crucifié avec
lui... nous sommes morts avec Christ » : de tels effets spirituels ne
peuvent résulter d'un acte extérieur - à moins de lui attribuer une
vertu sacramentelle. L'apôtre fait donc ici allusion au baptême dans
!'Esprit par lequel tous les membres de l'Eglise de Rome ( « nous tous»
v. 3) ont passé. Or, nous mourons et nous ressuscitons avec Christ au
moment de notre nouvelle naissance, lorsque nous sommes justifiés
par la foi (Ro. 3. 24 ; S. 1, 10). ss
Le baptême de !'Esprit, en nous faisant mourir avec Christ, « dé­
connecte le croyant de sa position en Adam ,, où il est sous la condam­
nation, et « l'identifie à Christ » qui est juste. (M. Unger). s4
1 Co. 1 . 13-17 : « Serait-ce au nom de Paul que vous avez été bapti­
sés ? Je rends grâces de n'avoir baptisé aucun de vous, sauf Crispus
et Gaïus ... » : l 'apôtre parle évidemment du baptême d'eau au mo­
ment où « Crispus, le chef de la synagogue crut au Seigneur» (Ac.
18. 8).
1 Co. 6. 1 1 « Mais vous avez été lavés, mais vous avez été sancti­
fiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et
par l'Esprit de notre Dieu. » Si ce verset contient une allusion indi­
recte au baptême de !'Esprit - ce qui est probable : lavés... par l'Es-
61 Les actions symboliques (Etudes doctrinales Vb p. 14). Voir Stott
(178), p. 37.
61 Answers (29), p. 155.
� Voir A. Kuen : /1 faut que ... (106), pp. 104-107.
54 Baptism and Gifts (188), pp. 103-105.

83
prit de notre Dieu - il prouve que ce baptême de l'Esprit était mis
en parallèle avec notre justification.
Ananias avait employé la même formule en invitant Paul à se
faire baptiser : " Lève-toi et sois lavé de tes péchés » (Ac. 22. 16 ;
cf. Hé. 10. 22).
1 Co. 10. 2 : • Je ne veux pas, frères, que vous ignoriez que nos
pères ... ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer »
(ou : " en passant par la mer »).
Dans la tradition juive, les événements de l'Exode préfiguraient
les derniers temps et annonçaient ce qui se passera au moment où
viendra le salut éternel. La sortie d'Egypte a toujours été considérée
comme le prototype du salut. Le baptême dans la mer Rouge fut le
moment décisif de ce salut : c'est là que les Israélites ont été définiti­
vement séparés de leurs poursuivants. Beaucoup d'auteurs modernes
pensent que " si l'on baptisait les prosélytes, c'était donc vraisembla­
blement pour leur appliquer, à eux aussi, a posteriori, la traversée de
la mer R0uge » (Chr. Senft). 55
Mais pourquoi " baptisés en Moïse » ? " Moïse est ici nommé, com­
me dans le discours d'Etienne (Ac. 7. 35), à titre de " chef et rédemp­
teur». Il est un type du Sauveur, l'instrument établi par Dieu pour
diriger et délivrer son peuple ; et Israël fut sauvé, en effet, par la
foi qui l'unit à celui que Dieu avait mis à sa tête ; il fit corps avec lui,
il lia son sort au sien. C'est dans ce sens qu'on peut vraiment parler
d'un baptême des Israélites en Moïse. La situation des Israélites me­
nacés de destruction par l'eau n'était pas sans analogie avec la con­
damnation à mort que représente l'immersion baptismale. » (F.J. Leen­
hardt). 56 « Cette expression étrange, nous dit M. Green, est le parallèle
le plus proche de la description néo-testamentaire la plus courante du
chrétien comme quelqu'un qui a été baptisé en Christ. L'idée première
est celle d'un engagement (commitment : s'en remettre en toute con­
fiance à quelqu'un, s'engager envers lui) vis-à-vis de la personne
active dans le salut, Moïse dans l'un des cas, Jésus dans l'autre ; mais
pour Jésus une connotation supplémentaire vient s'ajouter, car il est
le chef d'une nouvelle humanité dans laquelle les croyants sont in­
corporés. » fiï Ainsi, comme Ro. 6, cette brève mention du baptême
parle de salut, d'incorporation en Christ.
1 Co. 1 5. 29 : " Que gagneraient ceux qui se font baptiser pour les
morts... » Quelle que soit l'interprétation de ce passage, il ne nous
apprend rien au sujet d'une seconde expérience.
Ga. 3. 26-27 : « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-

55 Vocabulaire biblique (Delachaux, 1954), p. 33.


M Le baptême chrétien (113), pp. 49-50.
57 M. Green : I believe ... (12), p. 129. Voir Unger ( 188), pp. 96-97.

84
Christ ; vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu
Christ. » • Baptisés en Christ » se rapporte évidemment au baptême
de !'Esprit. cc Vous avez revêtu Christ » : cc Nous sommes en Christ
comme nous sommes dans nos habits. Nous sommes habillés de
Christ. C'est l'effet du baptême de !'Esprit » (W.A. Criswell) . 58
L'apôtre emprunte son image aux mœurs de l'époque. Le jeune
Grec ou Romain qui passait de l'enfance à l'âge adulte échangeait la
tunique de garçon contre la toge virile, insigne de l'adulte. Ainsi le
baptême de !'Esprit nous confère le statut de fils de Dieu en nous
revêtant de la justice de Christ. Or, l'apôtre lie ici ce baptême à la
foi en Jésus-Christ (v. 26), à la justification par cette foi (v. 24) et à
l'unité de tous les membres du Corps de Christ (v. 28) .
Ep. 4. 4-5 : cc Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi
vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation ; il
y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu
et Père de tous ... »
Dans cette énumération de réalités spirituelles (foi, espérance,
vocation ... ), il semble plus normal de rapporter l'expression « un seul
baptême » au baptême spirituel, ou, du moins, de ne pas exclure cet
aspect du cc baptême total » (Esprit et eau) . Ce baptême est lié à la
foi en Christ le Seigneur, en Dieu le Père et en !'Esprit-Saint. Cette
foi nous incorpore dans le Corps de Christ, et nous fait vivre, à pré­
sent, dans l'espérance de la gloire à venir. Les sept points énumérés
ici sont les caractéristiques essentielles de tout enfant de Dieu, celles
qui créent l'unité entre eux (v. 3). Il ne saurait donc être question
d'un baptême qui diviserait le Corps de Christ en deux groupes, ceux
qui l'auraient reçu et les autres. Une telle pensée contredirait directe­
ment les affirmations de l'apôtre ici. « L'expression cc un seul baptê­
me » se rapporte évidemment au même groupe de personnes que cc un
seul Seigneur » et « une seule foi » , c'est-à-dire à tous les chrétiens »
(Ch. C. Ryrie). 59
Ep. 5. 25 : « Christ a aimé l'Eglise et s'est livré pour elle afin de la
sanctifier par le bain d'eau avec la parole. » Cette allusion indirecte
au baptême fait ressortir sa signification première relevée à propos
du baptême de Jean : la purification des péchés.
Col. 2. 12-13 : cc Ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous
êtes aussi ressuscités en lui et avec lui par la foi en la puissance de
Dieu qui l'a ressuscité des morts. Vous qui étiez morts par vos offen­
ses et par l'incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie
avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos offenses. » Dans ce
verset, Paul affirme les mêmes vérités que dans Ro. 6. Il lie notre
68 The Baptism (42), p. 14.
ae The Holy Spirit (157), p. 76.

85
baptême spirituel à la foi en la puissance de Dieu, à l'acte de grâce
qui a effacé nos offenses. Avant notre baptême de !'Esprit, nous étions
« morts par nos offenses » , donc spirituellement morts, notre baptême
dans !'Esprit nous a « rendus à la vie » , ressuscités avec Christ.
Tite 3. 5-7 : Dieu vous a sauvés ... par le bain de la régénération et
le renouveau (renouvellement) du Saint-Esprit : il l'a répandu sur
nous avec abondance par Jésus-Christ notre Sauveur, afin que, justi­
fiés par sa grâce, nous devenions héritiers dans l'espérance de la vie
éternelle. »
Si un baptême (litt. ici : bain) nous sauve, ce ne peut être que le
baptême de !'Esprit. Or, l'apôtre l'appelle explicitement « le bain de
la régénération " et, pour qu'il n'y ait aucune équivoque, il ajoute :
« le renouvellement du Saint-Esprit » : le Saint-Esprit crée en nous
quelque chose de neuf (anakaïnosis, de kaïnos, neuf) qui renouvelle
l'être de fond en comble (cf. 2 Co. 5. 17 : « Si quelqu'un est en Christ,
il est une nouvelle création » ) . Toutes ces expressions se rapportent
de toute évidence à l'eP..trée iP..itiale d�ne la vie ch:rétie:me, a!.l mo­
ment où nous avons été « justifiés par sa grâce » (v. 7).
Hé. 6. 2 : Parmi les « fondements », l'auteur énumère le renonce­
ment aux œuvres mortes, la foi en Dieu, la doctrine des baptêmes,
l'imposition des mains. On n'est pas certain de ce qu'il voulait dire
exactement par ces « baptêmes » . Voulait-il parler à ces chrétiens
issus du judaïsme de la différence entre le baptême chrétien et les
ablutions juives ou le baptême de Jean ? Ou bien pensait-il à la signi­
fication spirituelle du baptême d'eau et du lavement des pieds (Jn.
13. 10, 14) ? Ou évoquerait-il les deux aspects du baptême : baptême
de !'Esprit - baptême d'eau ? Même dans la dernière hypothèse, 60
cela ne justifierait pas une distinction entre nouvelle naissance et
baptême du Saint-Esprit, un temps qui les séparerait nécessairement.
De toute manière, cette brève allusion est trop laconique pour que l'on
puisse en dégager une doctrine.
1 Pi. 3. 21 : « Cette eau (du déluge) était une figure du baptême,
qui n'est pas la purification des souillures du corps, mais l'engage­
ment d'une bonne conscience envers Dieu, et qui maintenant vous
sauve, vous aussi, par la résurrection de Jésus-Christ.. . »
Si c'est le baptême qui nous sauve - ce qui semble le plus pro­
bable d'après la construction de la phrase grecque - il ne peut s'agir
que du baptême de !'Esprit, sinon nous attribuons à un rite une
valeur magique. Généralement d'ailleurs, les événements de l'an-
eo Hypothèse peu probable car, comme nous l'avons vu, le Nouveau Tes­
tament n'oppose ou ne juxtapose jamais ces deux baptêmes. Ils forment un
tout indissoluble : « il y a un seul baptême» (Ep. 4. 5). Lorsque le baptême
de !'Esprit est opposé à un baptême d'eau, c'est à celui de Jean qu'il est fait
allusion.

86
cienne alliance symbolisent des réalités spirituelles de la nouvelle
alliance. Le déluge était une figure du baptême du Saint-Esprit, puis­
qu'il représentait à la fois la fin du monde antédiluvien, condamné
pour sa corruption irréparable, et le passage à un monde nouveau
avec Noé et son arche. Ainsi le baptême spirituel, par lequel com­
mence notre vie chrétienne, est à la fois condamnation de l'état anté­
rieur et passage à une nouvelle création : « si quelqu'un est en Christ,
il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées ; voici
toutes choses sont devenues nouvelles» (2 Co. 5. 17). 6 1

4. Conclusions sur le baptême d u Sai nt-Esprit dans l es épîtres


a) Presque tous les passages des épitres qui parlent de baptême
ou de bain se rapportent au baptême de /'Esprit aussi bien qu'au bap­
tême d'eau. Le baptême qui nous sauve, nous lave de nos péchés,
nous associe à Christ, nous fait mourir et ressusciter avec lui, fait de
nous des fils de Dieu, nous introduit dans le Corps de Christ, ne peut
être que le baptême de !'Esprit.
b) Dans tous ces passages, ce baptême de /'Esprit est associé à la
foi, à la mort et à la résurrection spirituelles, au salut, au pardon des
péchés, au revêtement de Christ, à notre adoption comme fils de Dieu
et à notre entrée dans le Corps de Christ.
Or, dans notre histoire spirituelle, le seul événement qui ait ces
différents effets, c'est notre conversion, notre nouvelle naissance. On
peut même dire que la nouvelle naissance ne représente qu'un aspect
du baptême du Saint-Esprit, celui qui est figuré, dans le baptême
d'eau, par l'émergence hors de l'eau. Le baptême du Saint-Esprit est
l'acte total comprenant aussi bien la mort du vieil homme avec Christ
que la résurrection d'un homme nouveau avec lui.
c) Nulle part, les auteurs des épîtres n'exhortent des chrétiens à
rechercher, à attendre ou à demander le baptême de /'Esprit. Lors­
qu'ils en parlent, c'est toujours au passé, généralement à l'aoriste, le
temps de l'action accomplie une fois pour toutes. 62
d) Nulle part, dans les épîtres, le baptême de !'Esprit n'est associé
au parler en langues.

Le si lence des épîtres


Il s'agit là, non d'interprétations, mais de faits qu'il est impossible
de nier et que l'on peut difficilement contourner si l'on désire édifier
sa doctrine et sa foi sur !'Ecriture. Si les apôtres avaient partagé la
01 Voir A. Kuen : Le baptême (105) , pp. 55-66.
02 Les se p t textes où il est question du ba p tême de !'Esprit dans le Nou­
veau Testament sont à l'indicatif (aoriste, présent ou futur). Aucun passage
ne contient une exhortation à l'impératif » (J. Stott, op. cit. ( 177), p. 26).
87
conception pentecôtiste du baptême de !'Esprit, comment expliquer
qu'ils n'y aient jamais fait la moindre allusion dans leurs lettres, qu'ils
n'aient jamais exhorté les chrétiens à rechercher cette • seconde béné­
diction », ce revêtement de puissance pour le service ?

L'épître aux Romains


Une telle absence serait particulièrement incompréhensible dans
des épîtres comme les Romains ou les Ephésiens qui, sous deux angles
différents, développent tout le plan de Dieu. On peut dire que, dans
les autres épîtres, les apôtres répondaient à des problèmes locaux par­
ticuliers et qu'ils s'adressaient à des chrétiens qui connaissaient par­
faitement leur enseignement sur ce point ; une telle évocation était,
par conséquent, inutile. Mais l'épître aux Romains est adressée à des
chrétiens inconnus (1. 13, 15) auxquels l'apôtre veut rappeler l'ensem­
ble du message chrétien (15. 16). Or, dans cette épître, après la justifi­
cation, l'apôtre parle du baptême de !'Esprit, mais c'est pour dire que
tous les ch:étiens ont été ainsi baptisés (6. 3) et que ce baptêm::! ét&it
leur naissance à la vie nouvelle (6. 4).
Tous les chrétiens ont reçu le Saint-Esprit (8. 9) qui leur rend
témoignage qu'ils sont enfants de Dieu (8. 16). Dans toute l'épître, pas
la moindre allusion à une seconde expérience ni à un signe visible
qui la marquerait. Le parler en langues n'est même pas nommé : ni
en liaison avec le baptême de !'Esprit, ni parmi les dons spirituels
(12. 6-8), ni ailleurs dans l'épître.

L'épître aux Ephésiens


Mêmes constatations pour l'épître aux Ephésiens qui était, selon
toute probabilité, une lettre circulaire adressée à toutes les Eglises
d'Asie Mineure. 63 Paul ne connaissait pas la plupart des destinataires
de cette lettre (1. 15 ; 3. 1-12 ; 4. 2 1). Or, au sujet du Saint-Esprit, il
leur dit qu'ils ont été scellés du Saint-Esprit, quand ils ont cru (1. 13),
il leur rappelle qu'il y a « un seul baptême» (4. 5) - ce qui serait
inexplicable si baptême d'eau et baptême de !'Esprit ne se rapportaient
pas à la même réalité - et il les exh0rte à se laisser constamment
remplir par !'Esprit (5. 18). Aucune allusion ni à une expenence qui
suivrait la résurrection spirituelle avec Christ (2. 6-8), ni au parler
en langues.
On répond généralement à cet argument que Paul n'évoque pas le
baptême de !'Esprit dans cette lettre puisque les chrétiens d'Ephèse
ont déjà reçu ce baptême (Ac. 19). Mais
1. L'épître aux Ephésiens fut écrite bien des années après le pas­
sage de l'apôtre à Ephèse. L'Eglise de cette ville devait donc compren-
es Voir A. Kuen : Lettres pour notre temps, p. 208.
88
dre, à part les douze disciples mentionnés dans Ac. 19, beaucoup de
nouveaux chrétiens qui n'avaient pas nécessairement fait cette expé­
rience. Donc l'apôtre aurait dû les exhorter à la rechercher.
2. Il est généralement admis que cette épître n'était pas adressée
à la seule Eglise d'Ephèse, mais à toutes les Eglises de la région. Rai­
son de plus d'évoquer le baptême du Saint-Esprit s'il avait eu l'impor­
tance qui lui est attribuée aujourd'hui dans ces milieux.
3. Même si l'épître n'avait été adressée qu'aux douze anciens disci­
ples de Jean, comment s'expliquer que, dans les Actes, l'apôtre leur
ait demandé : « Avez-vous reçu le Saint-Esprit quand vous avez cru ? »
et qu'ici il leur affirme : « Vous avez cru et vous avez été scellés du
Saint-Esprit » ( 1 . 13). Pour Paul, croire implique recevoir le Saint­
Esprit ; donc ces douze hommes, qui ne l'avaient pas reçu, n'ont pas
vraiment « cru » en Jésus le Christ - puisqu'ils n'ont connu que l'en­
seignement du Précurseur.

Les autres épîtres


Même silence dans la prem1ere épître de Pierre et dans celle de
Jean qui sont aussi des lettres circulaires. Pourtant, Pierre et Jean
auraient dû être les protagonistes de cette expérience, puisque selon
les partisans de la « seconde expérience » , ils l'auraient vécue à la
Pentecôte et provoquée chez les Samaritains et dans la maison de
Corneille. Pas un mot d'une seconde expérience, ni du parler en lan­
gues. Jean parle de l' « onction » , mais, pour lui, tous les chrétiens l'ont
reçue (2. 20, 27).
L'épître a ux Hébreux est adressée à des chrétiens demeurés à un
stade infantile (5. 1 1 -14). Ils sont paresseux et découragés (12. 3, 12),
tentés par des doctrines étrangères (13. 9) et ils risquent d'abandonner
la foi (3. 12 ; 10. 26). Dans la perspective pentecôtiste, le remède serait
le baptême de l'Esprit qui conférerait un nouvel amour pour Christ
et pour sa Parole, un nouveau zèle et une ardeur renouvelée pour le
service. L'auteur des Hébreux semble ignorer ce remède. Il se con­
tente de donner à ses destinataires un enseignement solide sur Jésus­
Christ, il les exhorte à rechercher, non un baptême spirituel, mais la
sanctification (12. 14).
To utes ces épîtres sont adressées à des groupes plus ou moins
vastes de chrétiens pour leur enseigner les fondements de la foi. Leur
silence concerté sur cette seconde expérience nous trouble si nous
juxtaposons ces épîtres à des exposés de doctrines pentecôtistes ou
néo-pentecôtistes, où le « baptême du Saint-Esprit » et le parler en
langues occupent une place si importante. Un lecteur attentif des ou­
vrages pentecôtistes sur le « baptême du Saint-Esprit » est obligatoi­
rement frappé de l'absence de toute référence aux épîtres dans l'argu-

89
mentation biblique. A la conférence pentecôtiste européenne de 1939,
Léonhard Steiner a posé comme première question: « Est-il juste de
fonder notre conception du baptême du Saint-Esprit uniquement sur
le livre des Actes et l'expérience des douze apôtres ? Peut-on aussi la
déduire des épîtres apostoliques ? » En réponse, nous dit Hollenweger,
l'assemblée a simplement développé le point de vue pentecôtiste tradi­
tionnel. 64
A part un ou deux versets extraits de 1 Co. 14 sur le parler en lan­
gues (qui, de plus, selon les auteurs pentecôtistes serait différent du
« signe initial du baptême de l'Esprit » ) , on ne trouve cités, dans les
écrits pentecôtistes sur le baptême de !'Esprit, que quelques versets des
évangiles et surtout quatre textes des Actes. 65
Ce silence des écrits normatifs de l'enseignement chrétien devrait
inquiéter tous ceux qui ont à cœur de faire reposer toute leur doctrine
sur la Parole de Dieu.

QU'EST-CE QUE LE BAPTÊME DU SAINT-ESPRIT ?


L'examen minutieux de tous les passages où il en est question dans
!'Ecriture prouve que les auteurs inspirés y voyaient l'un des aspects
de l'œuvre messianique par excellence : la re-création de l'homme
sur le modèle du Fils de Dieu. C'est une image parmi d'autres, des­
tinée à nous faire comprendre le mystère de la régénération. Elle
relève la purification qui a lieu lorsque nous sommes justifiés, la
mort du vieil homme et la résurrection d'un homme nouveau, l'adop­
tion d'un nouvel habit, la coupure avec un monde condamné (déluge),
le monde de l'esclavage (mer Rouge).
Aucun texte ne présente le baptême de l'Esprit comme une seconde
expérience dont le but serait l'attribution de dons spirituels pour le
service de Dieu. Car, comme nous l'avons vu, la promesse d'Actes
1. 8 reste valable aujourd'hui encore pour l'effusion de l'Esprit au
moment de la nouvelle naissance : « Vous recevrez une puissance
quand le Saint-Esprit viendra sur vous». A nous de la saisir par la foi.
« L'expression « baptême de l'Esprit » désigne l'action divine régé­
nératrice qui s'empare de l'être tout entier pour le consacrer à Dieu. »
(J.-S. Javet). 66 C'est « la purification intérieure qui accompagne la
participation du croyant à la mort, à l'ensevelissement et à la résur-

u W. S. Hollenweger : Enthusiastisches Christentum (89), p. 379.


15 « Là seulement (c'est-à-dire dans les Actes), avoue le pentecôtiste C.
Brumback, nous pouvons trouver une description détaillée du baptême ou
de la plénitude de !'Esprit expérimentée par ces premiers chrétiens » (cité
par Bruner (30), p. 6 1). « La vérité de la doctrine du pentecôtisme repose
essentiellement sur l'exégèse des passages des Actes qui concernent le Saint­
Esprit» (p. 62).
11 L'Evangile de la grâce (note 9), p. 54.

90
rection de Christ par la foi en la puissance agissante de Dieu » et dont
le baptême d'eau est le signe extérieur et visible. (F.F. Bruce). 67 Il
n'est donc « pas possible d'être sauvé sans être baptisé de !'Esprit ! •
(R. Little). 68
Employer cette expression biblique dans un sens différent, nous
dit M. Green, « est une confusion qui mène à des conséquences fâcheu­
ses : 1. On néglige ou l'on tord ce que le Nouveau Testament nous
dit de !'Esprit et du baptême ... 2. On se trouve acculé immédiatement
à des difficultés théologiques considérables : il est clair, d'après des
textes comme Ro. 8. 9, que tous les chrétiens ont !'Esprit. Com­
ment se peut-il donc que, d'une part, ils aient !'Esprit, mais que, d'au­
tre part, ils n'aient pas été baptisés de !'Esprit ? ... 3. Cette vue qui con­
sidère le baptême du Saint-Esprit comme une expérience plus pro­
fonde de Dieu, marquée souvent par le parler en langues, crée des
divisions ... ceux qui ont reçu le baptême sont « dedans » - ceux qui
ne l'ont pas reçu sont « dehors ». D'où ce caractère divisif que prend
souvent le mouvement charismatique dans les Eglises... Beaucoup de
difficultés sont dues à l'emploi inadéquat de l'expression « baptisés
dans le Saint-Esprit». Car baptême signifie : commencement ; c'est le
rite d'initiation chrétien, et ce mot parle de l'expérience chrétienne
initiale. Si l'on dit à des chrétiens croyants qu'ils doivent être baptisés
de !'Esprit, on leur suggère inévitablement que ce baptême leur man­
que, qu'ils n'ont pas réellement commencé. Mais ils ont commencé !
Ils sont en Christ, justifiés, adoptés dans la famille de Dieu, ils ont
reçu son Esprit de grâce. L'orgueil involontaire de ceux qui divisent
les chrétiens en deux groupes : ceux qui ont été baptisés dans le
Saint-Esprit et ceux qui ne l'ont pas été - s'assagirait si les charisma­
tiques rejetaient l'utilisation non biblique de ce terme « baptême dans
le Saint-Esprit» pour décrire une seconde expérience faite par ceux
qui sont déjà chrétiens. Un tel usage est contraire au Nouveau Testa­
ment, il sème une confusion extrême et contribue à diviser le peuple
de !'Esprit qui est un. » 69

e7 Answers to questions (29) , p. 108.


os Here's your Answer (Moody Press, 1973) , p. 133.
eo I believe... (72) , pp. 143-145.

91
CHAPITRE VI

Le parler en langues est-il le


signe du baptême du Saint-Esprit ?

Les deux fois où l'expression " baptisé du Saint-Esprit " est em­
ployée dans les Actes (ch. 2 et 10) , il est aussi question de " parler en
langues " (2. 4 ; 10. 46) . D'autre part, à Ephèse, après que Paul eut
imposé les mains aux anciens disciples de Jean-Baptiste, « le Saint­
Esprit vint sur eux et ils parlaient en langues et prophétisaient " (19.
6) . A Samarie, comme Simon " vit que l'Esprit était donné par l'im­
position des mains des apôtres " (8. 18) , certains pensent qu'un signe
visible accompagnait cette réception et que ce signe était le parler en
langues. D'autre part, le parler en langues est cité à la fin de l'évan­
gile de Marc ainsi que dans 1 Co. 12 et 14.
Le parler en langues serait-il le signe du baptême du Saint-Esprit
- c'est-à-dire de la conversion ou d'une seconde expérience appelée
par erreur : baptême du Saint-Esprit ?

La doctrine distinctive des pentecôtismes


" La doctrine distinctive des Eglises pentecôtistes, écrit Donald
Gee, est le parler en langues comme " signe initial " du baptême du
Saint-Esprit. Pratiquement, toutes les dénominations pentecôtistes ont
actuellement incorporé cet article de foi à leurs déclarations doctri­
nales. " Il pense que c'est précisément la combinaison du baptême du
Saint-Esprit en tant qu'expérience distincte de la conversion et du
parler en langues qui a été le facteur déterminant dans la création
du pentecôtisme... " Les langues considérées comme un phénomène
isolé plutôt que le signe initial du baptême de l'Esprit, n'auraient pas
lancé un réveil de portée mondiale. " 1
1 Revue « Pentecost » n° 45 (sept. 1958), p. 17. Voir autres références dans
Bruner op. cit. (30), p. 76 , note 29. « Bien que les nombreux groupes à l'inté­
rieur même du réveil mondial de Pentecôte diffèrent sur des points secon-

93
Un autre théologien du mouvement, C. Brumback, écrit : « Tous
ceux qui veulent entrer dans le royaume de Dieu doivent faire une
expenence : la nouvelle naissance. De même, à tous les croyants, il
est ordonné de faire une expérience : le baptême ou la plénitude de
l'Esprit. Les réactions physiques, émotionnelles et intellectuelles sont
variées (comme pour la nouvelle naissance) mais une preuve accom­
pagne invariablement cette expérience : le témoignage de !'Esprit à
travers nous en d'autres langues. » 2 Sans cette preuve du parler en
langues, dit-il ailleurs, « nous croyons sincèrement qu'il ne peut y
avoir de véritable baptême biblique dans le Saint-Esprit». 3
Cette doctrine a été reprise grosso modo par le mouvement cha­
rismatique appelé - en grande partie pour cela - néo-pentecôtisme.
Dennis Bennett, le recteur épiscopalien qui mit « le feu aux poudres »
en introduisant le réveil charismatique dans les Eglises historiques,
demande si l'on peut recevoir le Saint-Esprit sans parler en langues.
La réponse est très claire : « C'est compris dans le lot (lt cames with
the package) . Parler en 1,:mgues n'est pas le baptême dans le S:iint­
Esprit, mais c'est ce qui arrive quand vous êtes baptisés dans l'Esprit
et au moment où vous l'êtes. » 4
En général, on ne parle pas de signe obligatoire, mais normal :
« Dans le Nouveau Testament, le signe normal (standard) ou la preu-

daires de doctrine, il y a une unanimité impressionnante parmi eux, sur le


fait que le « parler en langues » est la preuve initiale, l'évidence scripturaire
du baptême dans le Saint-Esprit. Il est aussi à remarquer que les Eglises
qui diffèrent sur ce point deviennent de moins en moins reconnaissables
comme Eglises de Pentecôte » (Glossolalia, p. 107).
2 What Meaneth This ? A Pentecostal Answer to a Pentecostal Question
(28), p. 248. C'est l'auteur qui souligne. A. A. Hoekema nous dit que ce livre
est l'un des deux meilleurs exposés de l'enseignement officiel des Assemblées
de Dieu ( Tongue - Speaking ( 87), p. 39, n° 10). D'ailleurs, l'auteur dit lui­
même qu'il n'avance que ce qui est généralement admis comme article de
foi dans tout le Mouvement (p. 32).
3 Op. cit. (28), p. 188. « Le parler en langues fait du baptême de !'Esprit
une expérience réelle et définie » (Donald Gee : Verheissung des Vaters 49. 1 1
( nov. 1956), p. 8). « Une expérience de Pentecôte sans manifestations physiques
ne correspond ni au modèle biblique, ni à une saine raison humaine. » Ibid.
50. 12 (déc. 1958), p. 15. « Quiconque a reçu le baptême dans le Saint-Esprit, a
parlé en langues, au moins une fois, au moment de son baptême. Il n'y a pas
d'autre signe du baptême de ! 'Esprit que celui-là • ( H. Horton : Glossolalia,
p. 62).
« La preuve du baptême de ! 'Esprit à Jérusalem, à Césarée et à Ephèse
n'était pas la foi, mais le parler en langues. Il en est de même aujourd'hui.
Etre baptisé seulement, sans une preuve, signifie ne pas être baptisé du
tout » (H. Horton : Baptism in the Holy Spirit (Ass. of God Pub!. House 1956,
pp. 13-14.)
Quelques groupements d'Eglises pentecôtistes, tout en affirmant que le
parler en langues est le signe normal du baptême de !'Esprit, ne sont pas
d'accord pour en faire le seul signe nécessaire et suffisant : le groupe de
Mülheim dans la Ruhr (Allemagne), la Mission pentecôtiste suisse allemande,
la « Elim Foursquare Gospel Alliance » d'Angleterre et les deux Eglises pen­
tecôtistes du Chili affiliées au Conseil œcuménique.
4 The Ho/y Spirit and you (9), p. 64. Voir aussi son témoignage dans Nine
o'clock ( 6 ) , chap. 3, pp. 16 ss.
94
ve du baptême du Saint-Esprit est celui du parler en d'autres langues
selon que l'Esprit donne de s'exprimer. L'intention évidente de Dieu
est que tous les croyants reçoivent le baptême du Saint-Esprit avec le
signe que le Nouveau Testament indique (c'est-à-dire le parler en
langues) » (E.B. Stube). 5 Le luthérien L. Christenson l'exprime ainsi :
• L'Ecriture ne dit pas que le parler en langues soit le seul signe. Mais
en nous donnant ce modèle, elle ne nous en suggère pas d'autre. » 6
S'il est « la preuve externe et indubitable » 7 du « baptême du Saint­
Esprit » , il n'en est pas le seul signe, ni celui qui est nécessairement
expérimenté au moment de ce « baptême ». « Dans l'Eglise primitive,
nous dit M. Harper, l'un des leaders du mouvement anglais, le don
des langues accompagnait normalement la réception de l'Esprit », mais
aujourd'hui, « il est possible de recevoir cette bénédiction sans parler
en langues à l'instant même » , à cause de l'ignorance, de la peur et
des préjugés au sujet de ce don. 8
Du côté catholique, on semble moins insister sur ce signe de l' « ef­
fusion de l'Esprit » . K. et D. Ranaghan citent dans leur Retour de
/'Esprit un certain nombre de témoignages où le don des langues n'est
pas mentionné. Mais eux aussi disent que « très souvent, quand quel­
qu'un est baptisé dans l'Esprit-Saint, il se sent poussé à prononcer cer­
tains sons ou syllabes inconnus » et ils en parlent comme d'une « ma­
nifestation de la présence de l'Esprit ». « Là où se produit une ren­
contre décisive et confiante avec l'Esprit du Seigneur, on voit sans
cesse apparaître le don des langues. » La glossolalie devrait être « l'ex­
périence normale de tous les chrétiens ». 9
En Allemagne, A. Bittlinger n'en fait pas un signe, mais il dit que
la glossolalie constitue « très fréquemment » l'accès à la dimension
charismatique. 10 En France, du côté protestant, le pasteur G. Ram­
seyer dit clairement : « Qu'on le veuille ou non, le parler en langues
est le signe normal du baptême dans le Saint-Esprit, à côté d'autres
signes visibles et perceptibles qui excluent que le baptême puisse
passer inaperçu. » 1 1
Ainsi, avec des nuances révélant l'extrême diversité des tendances
a « The Ministries of the Holy Spirit in the Church " Trinity 1 , 3, 1962,
p. 42 cité par Hoekema : Tongue - Speaking (87), p. 47 qui conclut : « La
position prédominante dans le néo-pentecôtisme est la même que celle des
pentecôtistes - avec des exceptions possibles : le parler en langues est la
preuve nécessaire de la réception du baptême de !'Esprit ,. (p. 48).
' Speaking in Tangues (Bethany, 1968), p. 54. Plus tard, il s'exprimera de
façon P.lus nuancée. Dans son Message to the Charismatic Movement (Bethany,
1972), il dira : « Il n'est pas possible, en se basant sur !'Ecriture ou l'expé­
rience, d'affirmer que chaque individu qui expérimente le baptême de !'Esprit
parlera en langues " (p. 69). Il lie le signe à la communauté (p. 71).
7 Howard M. Ervin : These are not drunken as ye suppose (57), p. 105.
8 Une puissance pour le Corps de Christ (82), pp. 41, 43.
' Le Retour de l'Esprit (149), pp. 27, 155, 167.
10 Und sie beten in andern Sprachen (15), p. 8.
11 Flashes sur la prière charismatique ( Charleville - Mézières, 1975) , p. 15.

95
représentées dans le Renouveau charismatique, on retrouve malgré
tout l'écho de la doctrine pentecôtiste du parler en langues, signe du
baptême de !'Esprit.

Que d it !'Ecriture ?
Le parler en langues est mentionné dans cinq passages de la Bible,
répartis dans trois livres du Nouveau Testament (Mc., Ac., 1 Co.). A
première vue, ce don semble donc avoir eu moins d'importance dans
l'Eglise primitive que dans les milieux pentecôtistes et néo-pentecô­
tistes actuels. Cependant, ces passages attestent clairement l'existence
du don des langues aux temps apostoliques et il nous faut examiner
ce qu'ils en disent. Nous nous limiterons ici à la question : le parler en
langues est-il le signe du baptême de !'Esprit ?

A. LES 1:VANGILES
Le seul passage des évangiles où les langues soient mentionnées
est un verset de la fin de l'évangile de Marc.
Mc. 1 6. 1 7-18 : « Voici les signes qui accompagneront ceux qui
auront cru : En mon nom, ils chasseront les démons ; ils parleront
de nouvelles langues ; ils saisiront des serpents ; s'ils boivent quel­
que breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les
mains aux malades et ceux-ci seront guéris. "
Quelques remarques s'imposent à propos de ce passage
1. Jésus 12 parle des signes qui accompagneraient « ceux qui au­
ront cru » (v. 17) - opposés à ceux qui seront condamnés (v. 16) . Il
ne s'agit donc pas d'une expérience après la conversion.
2. Il est question de parler de nouvelles langues (Kaïnaïs glossaïs).
Le sens habituel du mot glossa est : une langue servant à la commu­
nication entre les hommes, donc une langue compréhensible. Cette
prophétie a été réalisée à la Pentecôte, puisque les Parthes, les Mèdes,
les Elamites ... ont entendu les disciples proclamer dans leurs « langues
maternelles " les merveilles de Dieu (Ac. 2. 6, 1 1) . L'histoire de l'Eglise
et les annales missionnaires contemporaines rapportent quelques

Voir d'autres témoignages dans A. K. : Le Renouveau charismatique (104),


pp. 70-71 .
1 r Les versets 9-20 dont ces paroles font partie manquent dans les plus
anciens documents (Sinaïticus, Vaticanus). Ils ne se trouvent dans les manus­
crits qu'à partir du v• siècle. Ils contiennent des mots et des expressions que
Marc n'a pas l'habitude d'employer. D'ailleurs, le v. 9 semble ne pas se rat­
tacher au v. 8. Quelques manuscrits portent une fin différente. C'est pourquoi
certains spécialistes, même parmi les évangéliques les plus conservateurs,
estiment que ces versets ne sont pas de la plume de Marc. Même si Marc
n'avait pas rédigé lui-même cette fin, Jésus peut avoir prononcé ces paroles
et quelqu'un d'autre a pu les recueillir et les noter. Si les versets ne sont
pas authentiques, il sont, en tout cas, canoniques. S'ils ne sont pas de Marc,
ils émanent de l'Eglise primitive et constituent donc un témoignage à analyser.
96
autres cas où des serviteurs de Dieu ont pu annoncer l'Evangile dans
des langues qu'ils n'avaient pas apprises. Toutes les promesses, d'ail­
leurs, se situent dans un contexte missionnaire : ce sont des « signes»
destinés à attirer l'attention des incroyants ainsi qu'à accréditer le
messager et son message. C'est dans ce contexte que les premiers
chrétiens ont vécu l'accomplissement de ces promesses.
Autre chose est de parler une nouvelle langue pour évangéliser
des incroyants, autre chose de prononcer des paroles incompréhensi­
bles dans sa p rière.
3. Les nouvelles langues ne sont que l'un des cinq signes accom­
pagnant ceux qui auront cru. Les premiers chrétiens ont vu se réaliser
la plupart de ces prophéties : les démons chassés (Ac. 16. 18 ; 19. 22),
les nouvelles langues (Ac. 2. 4 ; 10. 46 ; 19. 6), les serpents saisis sans
dommage (Ac. 28. 3-6), les malades guéris (Ac. 5. 15-16 ; 19. 1 1-12)
et bien d'autres miracles (Ac. 5. 12 ; 6. 8 ; 8. 6, 13 ; 12. 6-10 ; 14. 3 ;
1 5. 12 ; Ro. 15. 19 ; 2 Co. 12. 12 ; Hé. 2. 3-4). Le Seigneur ne dit pas
que tous les chrétiens accompliraient tous ces miracles. L'ensemble
de ces signes est plutôt donné à l'ensemble des croyants, au corps de
l'Eglise dans lequel chacun a son don particulier : « à l'un est donné...
à un autre, le don des guérisons, à un autre, le don d'opérer des mira­
cles ... à un autre, la diversité des langues ... Tous ont-ils le don des
miracles ? Tous ont-ils le don des guérisons ? Tous parlent-ils en lan­
gues ?» (1 Co. 12. 1 0, 30).
« Il est clair que tous les chrétiens ne font pas ces différentes
expériences: c'est une liste d'effets dramatiques qui, en fait, accom­
pagnent parfois la prédication de l'Evangile et la foi en lui » (Bridge­
Phypers). 13 On ne peut donc pas se servir de ce verset pour appuyer
l'enseignement selon lequel tous les chrétiens devraient passer, après
leur conversion, par une expérience caractérisée par l'émission de
paroles incompréhensibles.
" Logiquement, nous dit M. Griffiths, ce verset pourrait aussi ser­
vir de preuve à ceux qui prétendraient que des chrétiens fidèles
devraient être des charmeurs de serpents et des buveurs de poison. » 14
Or, dit par ailleurs Hoekema, " les pentecôtistes ne sont pas particuliè­
rement empressés d'enseigner à leurs adeptes de commencer à saisir
des serpents ou à boire du poison pour prouver qu'ils sont de véritables
croyants. » 1 5

B. LE LIVRE DES ACTES


Le livre des Actes fournit le seul appui biblique à la doctrine
récente qui fait du parler en langues le signe du baptême dans !'Esprit.
13 Spiritual Gifts (24) , p. 130.
14 Mit anderen Zungen (75), p. 1 1 .
1s Tongue - Speaking ( 87 ) , p. 55.

97
Donald Gee l'avoue : « Notre information en ce qui concerne la
« manifestation » donnée aux croyants lorsqu'ils sont baptisés de
!'Esprit se limite strictement aux cas relevés dans les Actes. » 1 6
Trois exemples sont cités comme preuves : la Pentecôte, la maison
de Corneille et les disciples d'Ephèse. Généralement, on ajoute l'épi­
sode des Samaritains et la conversion de Paul, bien que, dans ces
deux cas, le livre des Actes ne mentionnât pas le parler en langues.

Ac. 2. 4-13 : La Pentecôte


« Ils furent tous remplis du Saint-Esprit et se mirent à parler en
d'autres langues selon que !'Esprit leur donnait de s'exprimer (v. 4)...
chacun les entendait parler dans sa propre langue (v. 6). « Comment
les entendons-nous dans notre propre langue à chacun, dans notre
langue maternelle ? Parthes, Mèdes... comment les entendons-nous
parler dans nos langues des merveilles de Dieu ? » (8. 1 1).
Il est généralement admis que le don des langues du jour de Pen­
tecôte fut différent de celui qui nous est mentionné dans 1 Co. 12-14.
Ces différences peuvent se résumer ainsi 17

A la Pentecôte Dans l'Eglise de Corinthe


(Actes) (1 Co.)
- tous les 120 parlaient en lan­ - tous ne parlaient pas (12. 30)
gues (2. 4)
- les langues étaient comprises - personne ne les comprenait
par tous les auditeurs (2. 6) (14. 2)
- les 120 parlaient aux hommes - on parlait à Dieu (14. 2, 9)
(2. 6)
- aucun interprète n'était né­ - Paul défend de parler sans
cessaire (2. 6, 8) interprète (14. 23, 28)
- les auditeurs s'émerveillaient - les étrangers risquent de les
(2. 7-8) déclarer fous (14. 23)
- tout se passe dans l'harmonie - les langues non contrôlées sè­
(2. 1) ment la confusion (14. 33)
- résultat final : le salut de - celui qui parlait en langues
beaucoup d'auditeurs (2. 40) sans interprète s'édifiait seul
(14. 4)
18 Glossolalia p. 10 1, Id. dans Pentecostal Evange/, 47, p. 2 3 . « Toute étude

sur ce point doit nécessairement se confiner dans ces limites, car le Nouveau
Testament ne contient nulle part aucune affirmation claire et catégorique en
ce qui concerne le signe (du baptême dans )'Esprit) » (Ibid. p. 3 , cité dans
Bruner ( 30), p. 78) .
17 D'après O. Sanders : The Roly Spirit and His Gifts ( 160), p. 125 et Grif­
fiths (75) , p. 16.

98
La différence essentielle entre les deux manifestations de !'Esprit
a été expliquée de deux manières
a) A la Pentecôte, Je Saint-Esprit aurait accordé aux disciples le
don de parler dans les langues des peuples représentés par les Juifs
présents. C'est ce que semble souligner, par cinq fois, le texte de Luc :
« dans d'autres langues » (heteraïs), • chacun dans sa propre langue»
(dialekto), « dans notre propre langue à chacun, dans notre langue
maternelle», « dans nos langues» (v. 4, 6, 8, 1 1). « A la Pentecôte,
Luc décrit le parler en langues comme une prédication adressée aux
hommes (apophthengesthaï : expliquer à haute voix, s'adresser de
façon enthousiaste à quelqu'un, Ac. 24. 14) pour leur prêcher l'Evan­
gile dans des langues étrangères» (H. Haarbeck). 18 F. Büchsel nous
dit que, pour Luc, glossa signifie toujours une langue existante. « Le
parler en langues n'est, en tout cas, jamais un balbutiement dénué
de sens», jamais un parler en état d'extase comme dans les religions
païennes. 1 9
b) D'autres font remarquer que le texte insiste sur le fait d'enten­
dre dans sa langue (à part dans le v. 4). Il s'agirait donc d'un « mi­
racle de l'audition ,, autant que d'un miracle des langues». A Corin­
the, Paul demandait que, dans la réunion publique, on ne parle pas
en langues sans que quelqu'un interprète (1 Co. 14. 13, 27, 28). Cette
interprétation ou traduction est aussi un don de !'Esprit ( 12. 10). « Le
jour de la Pentecôte, le Saint-Esprit en personne s'est chargé, sans
intermédiaire humain, de ce service de traduction... Ce ne sont pas
les disciples qui, individuellement, ont parlé dans des langues diffé­
rentes, mais chaque auditeur entendait tous les disciples (« nous les
entendons») dans sa propre langue» (W. de Boor). 20
18 Theo/. Begriffslexikon (Brockhaus 1971) Bd. III, p. 1409.
ig Der Geist Gottes im N. T. (1926, p. 240) cité par Bittlinger Glossolalia
(14), p. 46.
!O Die Apostelgeschichte (Brockhaus 1970), p. 53. Cette interprétation aurait
l'avantage d'harmoniser le parler en langues des Actes avec celui de 1 Cor. 14.
On peut rapprocher les remarques des différents auditeurs « Comment les
entendons-nous parler dans nos langues des merveilles de Dieu - Ils sont
pleins de vin doux » des réactions diverses à la voix venue du ciel : « Je l'ai
glorifié, je le glorifierai encore. La foule qui était là et qui avait entendu,
disait que c'était un tonnerre. D'autres disaient : un ange lui a parlé » (Jn. 12.
28-29). Peut-on confondre une voix qui prononce des paroles intelligibles avec
un coup de tonnerre - ou des louanges de Dieu dans des langues que l'on
comprend avec les élucubrations inarticulées d'un homme ivre ? Ne faut-il
pas voir les différences de perceptions dans les dispositions intérieures dif­
férentes des auditeurs ? Comme pour les paraboles (Mt. 13. 13-16), le Saint­
Esprit aurait fait un tri entre ceux qui « en entendant, n'entendent ni ne
comprennent » (v. 13) de peur de se convertir (v. 15) et ceux dont « les oreilles
entendent » (v. 16) parce qu'ils sont prêts à recevoir le message de Dieu.
D'autre part, on arriverait beaucoup plus facilement à s'expliquer comment
les choses ont pu se passer dans la perspective de cette seconde interprétation
que de la première. En effet, placez côte à côte deux ou trois personnes
qui parlent des langues différentes dont l'une au moins vous est connue,

99
Quelle que soit l'explication adoptée, le but du miracle est clair :
il devait rendre attentif à une intervention divine immédiate et pré­
parer les cœurs à écouter la Parole de Dieu. Le don des langues, tout
comme le bruit du vent et les langues de feu était donc, pour les non­
croyants, un signe de l'intervention et de la présence de Dieu, signe
nécessaire pour prouver que l'Esprit était venu, ouvrant la nouvelle
dispensation.

Ac. 8 : La conversion d es Samaritains


Luc ne mentionne pas de parler en langues. " Simon vit que le
Saint-Esprit était donné par l'imposition des mains des apôtres » (v.
18), mais rien ne nous permet de dire ce qu'il a vu. L'apôtre Paul
nous dit que le fruit de l'Esprit c'est l'amour, la joie, la paix ... Ces
sentiments aussi se manifestent visiblement et on peut comprendre
qu'il soit tentant de désirer pouvoir conférer à d'autres cette nouvelle
qualité de vie.
Comme le dit M. Desaedeleer, « voir, à propos d'un phénomène
oral, n'est pas une expression particulièrement bien choisie pour
étayer pareille affirmation. » 21
Marcher en nouveauté de vie " selon l'expression de Paul dans Ro.
6 . 4 est aussi manifeste... louer Dieu peut être aussi démonstratif de
la nouveauté de vie que parler dans une langue étrangère » (G. Mil­
lon). 22
" Si Luc - ou l'Eglise primitive - avait été convaincu que seuls
ceux qui ont parlé en langues ont reçu le Saint-Esprit, nous dit Bru­
ner, si ce signe avait eu l'importance qu'on lui attribue - à savoir :
sans le signe, on peut douter de la réalité du fait lui-même - pour­
quoi alors Luc aurait-il omis de mentionner cette condition sine qua

vous serez incapables de comprendre quoi que ce soit (ceux qui ont été à un
congrès international où se faisait la traduction simultanée par haut-parleurs
directionnels ont pu s'en rendre compte lorsqu'ils se plaçaient dans les
champs d'interférence de deux langues). Or, à la Pentecôte, on parlait au
moins dans une quinzaine de langues à la fois.
Un autre fait significatif rapporté par un ami me ferait pencher vers
cette interprétation : dans une réunion de type charismatique, un « parler
en langues » convainquit un Espagnol présent et l'amena à la conversion
parce qu'il s'entendait interpellé dans sa propre langue (des cas analogues
sont cités par M. Kelsey Zungenreden (101), p. 63, Bittlinger Glossolalia (14),
p. 37-38, Christenson Speaking ... ( note 6 ) , p. 9,Sherrill Ils parlent (168 ) , pp. 117-
131). Or, comme la réunion avait été prise sur bande, ce message fut sou­
mis à un professeur d'espagnol qui n'y entendit que du charabia.
Comme le dit L. Morris dans l'explication de 1 Cor. 14. 21 : « Peut-être
Paul veut-il dire qu'il en serait (dans l'Eglise) comme de ceux qui refusèrent
de prêter attention à ce que disait le prophète et qui furent punis en enten­
dant un langage inintelligible pour eux. Ainsi ceux qui ne croiraient pas
entendraient des « langues » et ne seraient pas capables de comprendre leur
sens merveilleux » (1 Corinthians, Tyndale Press, London 1969, p. 197) .
u Thèse (47), p. 135.
22
Les grâces de service (1 19), p. 79.

100
non ? Pourquoi ne le mentionne-t-il pas chaque fois, et surtout: pour­
quoi ne le mentionne-t-il pas ici où l'on sait que, pour un temps, le
Saint-Esprit n'avait pas été reçu ? ... La seule conclusion que nous puis­
sions tirer de ce silence est que Luc ne partageait pas ce point de vue.
Paul n'enseigne pas cette doctrine, et les évangiles n'en soufflent mot.
Elle ne peut être trouvée nulle part ailleurs dans le Nouveau Testa­
ment. » 23
Il n'est pas impossible que les Samaritains aient parlé en langues,
mais le fait est que Luc ne le mentionne pas, et ce silence est signi­
ficatif.
Mais, même si nous accordions ici aux défenseurs des langues le
bénéfice du doute, cela ne prouverait pas encore que le parler en lan­
gues soit le signe d'une « seconde expérience » appelée baptême du
Saint-Esprit, car dans cette « pentecôte samaritaine » où, pour la pre­
mière fois, un groupe de non-Juifs fut admis dans l'Eglise, le parler
en langues aurait joué le même rôle que dans la conversion des
païens de la maison de Corneille : signe de l'extension du royaume
de Dieu à un nouveau groupe ethnique, évocation du souvenir de la
Pentecôte (cf. Ac. 1 1. 16- 17).

Ac. 9 : La conversion de Paul


Comme Paul dit aux Corinthiens qu'il « parle en langues plus »
qu'eux tous (1 Co. 14. 18), on en conclut qu'il a bien dû commencer
une fois et qu'il a dû commencer comme tous les autres au moment
de son baptême du Saint-Esprit chez Ananias. Cette interprétation
sépare, comme nous l'avons vu, la conversion qu'elle situe sur la
route de Damas et le baptême de !'Esprit dans la maison de Judas.
Comme Ananias parle d'être rempli de !'Esprit (v. 17) et que l'on
accède à la plénitude par « le baptême du Saint-Esprit », et que ce
baptême est toujours marqué par le parler en langues, il est évident
que Paul a parlé en langues à Damas. C.Q.F.D.
Malheureusement, c'est ce que le texte ne démontre nullement et
pourtant Luc rapporte trois fois le récit de la conversion de l'apôtre,
qui joue le rôle principal dans son livre (ch. 3 ; 22 ; 26) ; dans aucun
de ces récits, il n'y a la moindre allusion à un parler en langues.
N'est-ce pas la preuve manifeste que Luc n'était pas un pentecôtiste
bon teint et qu'il ne croyait sans doute guère à la doctrine du « signe
obligatoire » ou « normal». « Peut-on raisonnablement penser que Luc
aurait manqué pareille occasion si telle avait été sa conviction: que
le parler en langues est le signe manifeste de la plénitude du Saint­
Esprit ? » (M. Desaedeleer).
Le seul fait que ce récit soit invoqué comme " preuve » de cette

2s Theology (30), p . 179.

101
doctrine ne démontre-t-il pas la fragilité des appuis scripturaires et
le caractère artificiel des raisonnements ?

Ac. 10 et 1 1 : La conversion de Corneille


« Comme Pierre prononçait encore ces mots, le Saint-Esprit des­
cendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Tous les fidèles circoncis
qui étaient venus avec Pierre furent étonnés de ce que le don du
Saint-Esprit était aussi répandu sur les païens. Car ils les entendaient
parler en langues et glorifier Dieu ,, (10. 44-46). « Lorsque je me fus
mis à parler, le Saint-Esprit descendit sur eux, comme sur nous au
commencement. Et je me souvins de cette parole du Seigneur : Jean
a baptisé d'eau, mais vous, vous serez baptisés du Saint-Esprit Or,
puisque Dieu leur a accordé le même don qu'à nous qui (ou : quand
nous) avons cru au Seigneur Jésus-Christ... ,, ( 1 1. 15-17).
Rappelons-nous tout d'abord qu'il s'agit de l'expérience initiale
de la conversion et non d'une ,, seconde expérience » . La référence
au baptême du Saint-Esprit ( 1 1. 16) confirme ce que le reste de !'Ecri­
ture enseigne à ce sujet : cette expression se rapporte à la nouvelle
naissance, à l'incorporation dans le Corps de Christ.
Ici, nous assistons à la première conversion de païens, à leur pre­
mière entrée dans le Corps de Christ. Cette conversion est marquée
par le parler en langues - après dix années de silence au sujet des
langues. De quelles langues s'agit-il ?
a) Des mêmes langues que le jour de la Pentecôte, répondent cer­
tains: Luc emploie le même mot (glossaïs), Pierre précise que le
Saint-Esprit descendit sur les païens « comme sur nous au commen­
cement ,, et que Dieu leur a accordé le « même don ,, qu'à eux (isèn
= égal. Le mot don peut se rapporter au Saint-Esprit, mais la des­
cente du Saint-Esprit a été reconnue, comme le jour de la Pentecôte,
par le parler en langues, c'est ce que dit le « car ,, du verset 46).
b) De langues différentes, disent d'autres, d'un parler extatique
comme à Corinthe et comme dans les assemblées pentecôtistes actuel­
les. Luc ne répète pas le mot « autres n (heteraïs) employé dans Ac.
2. 4. « Ils les entendaient parler en langues et glorifier Dieu n : il
s'agit de deux choses différentes.
Là encore, nous ne pouvons aboutir à une conclusion certaine sur
la nature du don : si, dans Ac. 2, il s'agissait d'une langue qui était
incompréhensible si Dieu n'accomplissait pas un miracle en faveur
des auditeurs, il a pu en être de même dans Ac. 10. Les disciples ont
pu entendre les païens glorifier Dieu en langues, car Dieu a pu leur
donner le don de l'interprétation. Dieu a aussi pu les faire parler dans
une langue étrangère inconnue pour eux, mais comprise par les Juifs
(en araméen, par exemple).
102
Plus important que la nature est, une fois de plus, le but du mira­
cle : les langues étaient, de nouveau, un signe de la descente du
Saint-Esprit.
« Sans le signe des langues, les croyants juifs n'auraient pas re­
connu, dans les païens, des chrétiens authentiques et de véritables
membres de l'Eglise » (Griffiths). 24 « Le parler en langues des païens
parlait plus fort que les prescriptions de la Loi ; ils furent dépassés
par cette expérience, et l'Eglise s'ouvrit pour eux» (M. Kelsey). 25
Peut-être pouvons-nous appliquer ici la mention énigmatique du
parler en langues comme signe (1 Co. 14. 2 1 -22 citant Es. 28. 1 1- 12)
pour la nation juive incrédule. Les langues inconnues parlées par des
étrangers sont, pour les Juifs, un signe de l'acceptation de ces païens
dans le peuple de Dieu et de leur rejet comme nation élue. 26
Mais, comme le fait remarquer Bruner, « les langues étaient un
signe, non parce qu'elles étaient attendues, mais précisément parce
qu'elles étaient inattendues, non demandées, inhabituelles - avec
comme seul parallèle : la Pentecôte - pour convaincre même les
Juifs les plus opposés, que Dieu voulait les païens aussi bien que les
Juifs parmi son peuple. » 27
« Le Saint-Esprit descendit sur eux» - non pas : comme d'habi­
tude, comme il le fait toujours, en accordant le don des langues com­
me signe de sa venue chaque fois qu'il « descend» sur quelqu'un ;
mais « comme sur nous au commencement» (1 1. 1 5). Puisque Pierre
indique comme seul parallèle : la Pentecôte, on peut en conclure qu'il
n'en connaît pas d'autre et que, pour lui, ce qui s'est passé à Césarée
était une sorte de nouvelle Pentecôte.
« Alors je me souvins de cette parole du Seigneur» (v. 1 6). « Cette
remarque n'a plus aucun sens si le parler en langues avait été l'expé­
rience habituelle et générale, si Ac. 2 avait été la règle et si la venue
du Saint-Esprit avait été marquée normalement par le parler en lan­
gues» (Griffiths). 28
« Puisque Dieu leur a accordé le même don qu'à nous qui avons
cru (ou: quand nous avons cru) au Seigneur Jésus-Christ» (v. 1 7).
Comme nous l'avons déjà dit, Pierre met le don du Saint-Esprit en
relation avec la foi en Christ, il est accordé au moment où l'on devient
croyant. Il sert de signe, à Pierre, pour accorder le baptême, c'est-à-

u Mit anderen Zungen (75), p. 27.


2s Zungenreden (101), p. 49.
H Voir Criswell : The Baptism (42), pp. 1 14-1 15.
21 Theology (30), pp. 191-192.
2a Mit anderen Zungen (75), p. 20, Bruner (30) dit de son côté : « Le seul
parallèle que Pierre puisse tirer à Césarée est ce qui s'est passé « au com­
mencement ». Cela renforce la probabilité qu'après la Pentecôte, les manifes­
tations de Pentecôte non seulement n'étaient pas normatives, mais sans
doute pas même connues... L'apparition des langues à Césarée n'était pas
l'expérience normale de l'Eglise » (pp. 194-195).
1 03
dire le symbole de la nouvelle naissance, de l'expérience initiale de
la vie chrétienne. Si nous pensons que, par le mot don, Pierre ait
voulu désigner le don des langues, nous pouvons souligner qu'il ne dit
pas : « le même don qu'à tous les croyants ,, ou : « tous ceux qui sont
baptisés du Saint-Esprit .. , mais : « le même don qu'à nous quand
nous avons cru au Seigneur Jésus-Christ .. . Là encore le seul parallèle
est l'expérience exceptionnelle de la Pentecôte.

Ac. 19 : La convers ion des Ephésiens


" Ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus. Lorsque Paul leur
eut imposé les mains, le Saint-Esprit vint sur eux, et ils parlaient en
langues et prophétisaient ,, (19. 5-6).
Rappelons que, là encore, il ne s'agit pas d'une expérience subsé­
quente à la conversion, mais de l'entrée de ces anciens disciples de
Jean-Baptiste dans le Corps de Christ.
Bruner signale qu'entre la Conférence de jérusalem et cet épi­
sode, Luc nous rapporte six conversions de Grecs : Lydie, le geôlier
de Philippes, des Thessaloniciens, des Béréens, quelques Athéniens
et des Corinthiens. Les seules manifestations signalées sont la foi
dans l'Evangile, le baptême et les fruits de la vie nouvelle : l'amour,
la joie, le désir de vie communautaire. « Rien d'autre ne semble inté­
resser Luc. » 29
Or, voilà qu'à Ephèse, ces disciples de Jean se mettent à parler en
langues et à prophétiser au moment de leur conversion. Pourquoi ?
Ici, comme ailleurs, nous en sommes réduits à des conjectures - les
pentecôtistes comme les autres d'ailleurs, car si le parler en langues
avait été la norme lors de la descente du Saint-Esprit, rien n'explique
pourquoi Luc le mentionne ici et non ailleurs.
Hoekema pense que « puisque ces disciples n'avaient même pas
entendu dire que !'Esprit-Saint était répandu, ils devaient être con­
vaincus, sans l'ombre d'un doute, que ce grand fait rédempteur avait
effectivement eu lieu ... le meilleur moyen de les convaincre était de
leur donner deux des dons particuliers que le Saint-Esprit avait accor­
dés aux disciples le jour de la Pentecôte : la glossolalie et la prophétie.
En d'autres termes, nous avons à faire ici à une sorte d'extension de
la Pentecôte à Ephèse ... ,, 3 0 Dans ce cas, le signe serait donc donné à
l'intention de ceux qui reçoivent le Saint-Esprit.
D'autres rappellent qu'avec cet exemple nous sommes, une fois
de plus, à un point de passage d'un groupe entier de l'ancienne dans
la nouvelle alliance. D'autres encore soulignent « la grande liberté

z9 Theology (30), p. 205.


30 What about tangue - speaking ( 87), p. 76.

104
qui régnait dans ces premiers temps dans la manière d'agir des ser­
viteurs de Dieu u et de l'Esprit de Dieu, car « il nous faut prendre
acte du fait que Dieu aime sa liberté. » 3 1
Cette remarque renvoie dos à dos partisans et adversaires des lan­
gues : il est clair que les langues ont été, à Ephèse, un signe de la
venue de !'Esprit, comme elles l'ont été à la Pentecôte et lors de la
conversion de Corneille ; i l ne l'est pas moins qu'elles ne sont men­
tionnées que dans ces trois cas de conversions et pas dans les nom­
breux autres.

Conclusions sur le livre des Actes


Le livre des Actes nous raconte une histoire unique : la fondation
et l'expansion de l'Eglise dans le monde j uif et païen. Cette histoire
ne peut jamais se répéter. Nous ne pouvons donc pas appliquer, sans
autre, à la situation contemporaine, les faits rapportés là. Certaines
étapes marquantes ont été signalées par des événements exceptionnels.
Rappelons-nous que « l'un des principes fondamentaux de l'interpré­
tation biblique est le suivant : des récits bibliques d'événements peu­
vent illustrer ou expliquer une doctrine biblique, ils ne peuvent jamais
en être le fondement » (M. Griffiths) . 32
Néanmoins, nous pouvons tirer de ce livre un certain nombre
de conclusions au sujet de la question qui nous occupe
1. Le livre des Actes ne nous rapporte que trois cas de parler en
langues. « Il ne faut pas oublier que les langues ne sont mentionnées
que trois fois en relation avec la réception de l'Esprit et chacun de
ces cas peut, en toute honnêteté, être considéré comme exceptionnel u
(L. Morris) . 33
2.Tous les trois se rapportent à la venue initiale de !'Esprit dans
des croyants, donc à leur conversion, et non à une seconde expérience.
3. Les Actes nous rapportent aussi beaucoup de cas de conversions
sans parler en langues. Même à supposer que ce livre soit la norme
du christianisme actuel, cela ne signifierait pas encore que la venue
de l'Esprit doit être nécessairement accompagnée d'un signe visible.
On cite toujours les trois cas exceptionnels où des groupes ont
parlé en langues au moment de leur conversion. On oublie les autres
qui n'ont été marqués par aucun signe particulier. Hoekema énu­
mère une vingtaine de passages relatant la conversion de milliers de
ai The Baptism (188), p. 91.
at Mit anderen Zun�en (75), p. 12.
aa Spirit of the Living God (124), p. 65. Voir Stott (178), p. 51.
u Ac. 3; 4. 4; 5. 14; 6. 7; 8. 36; 9. 42; 11. 21; 13. 12, 43; 14. 1 , 21; 16. 14, 34 ;
17. 4, 1 1 , 12, 34 ; 18. 4, 8 ; 28. 24. Tongue - Speaking (87), p. 80 (repris dans
Griffiths (75), pp. 24-25).
105
croyants. 34 Il conclut : « Il est donc clair que le témoignage du livre
des Actes n'appuie pas l'affirmation pentecôtiste selon laquelle le
parler en langues marquant une expérience appelée baptême du Saint­
Esprit serait le modèle néo-testamentaire normal pour tous les
croyants. »
4. « Dans aucun des cas, ceux qui ont reçu les langues ne les ont
recherchées, elles leur furent données souverainement » (O. San­
ders). 35
5. « Elles furent données, non à des individus choisis ou spéciale­
ment préparés pour cela, mais à des groupes entiers. Chaque fois,
tout s'est passé inopinément, dans une seule et même réunion, au
début de leur expérience chrétienne. Dans ces cas, le don des langues
a été accordé comme une preuve que le Saint-Esprit a été donné à
chaque groupe - et non comme un signe du baptême ou de la pléni­
tude de !'Esprit » (O. Sanders). 36
6. Une seule fois, dans les Actes, ta plénitude de l'Esprit et te pl4r­
ler en langues sont mentionnés ensemble (Ac. 2). Nous avons vu qu'il
est question neuf fois, dans ce livre, d'être rempli du Saint-Esprit.
Or, après la Pentecôte, aucune de ces expériences de la plénitude de
!'Esprit n'est marquée du signe des langues : ni Pierre devant le san­
hédrin (4. 8), ni les diacres (6. 5), ni les disciples qui ont prié ensem­
ble (4. 31), ni Etienne (7. 55), ni Barnabas (13. 9), ni Paul à son bap­
tême (9. 17), ni les disciples d'Antioche (13. 52) qui, tous, furent « rem­
plis de !'Esprit», n'ont parlé en langues.
On ne peut donc pas prétendre que le parler en langues soit le
signe normal - et encore moins obligatoire - du fait d'être rempli
de l'Esprit.
7. Dans tous les cas cités dans les Actes, le parler en langues est
un signe de !'Esprit, soit pour les assistants (Ac. 2 et 10), soit pour les
bénéficiaires (Ac. 19). Nous ne trouvons nulle part l'exercice du « don
des langues » dont parlera Paul dans 1 Co. 12. 14, ni pour l'édification
privée, ni dans le cours d'une réunion.
Une question reste ouverte :
S'agissait-il de langues étrangères existantes ou d'un parler incom­
préhensible dans un état d'extase ?

a5 The Holy Spirit (159), p. 132.


31 Ibid. : « Les événements des Actes se rapportent tous à un miracle carac­
térisant le début de quelque chose de nouveau et qui a saisi, de façon inat­
tendue et irrésistible, des groupes entiers " (M. Griffiths [75), p. 13). • Le
parler en langues n'apparaît jamais chez un individu, ni dans une masse
organisée. Il se manifeste seulement dans l'Eglise rassemblée... Jamais dans
le Nouveau Testament, des personnes isolées ne commencent à parler en
langues ... » O. Dibelius : Die werdende Kirche ( Furche Verlag, Berlin 1941),
p. 102.
106
C. LES EPITRES
La seule mention des langues dans les épîtres se trouve dans
1 Co. 12-14.
D'après ces chapitres, le don des langues était un don authenti­
que de !'Esprit de Dieu (12. 10, 30). Même s'il était inférieur aux autres
et inutile à l'Eglise s'il n'était accompagné de l'interprétation (14. 4-
5), il ne fallait pas en empêcher l'exercice (14. 39).
En ce qui concerne notre question (les langues sont-elles le signe
du baptême de l'Esprit ?), nous remarquons que
1. L'apôtre emploie le même mot que Luc dans les Actes (glos­
saïs), il n'y a donc pas de raison, malgré les différences signalées plus
haut, d'y voir un autre phénomène.
2. Le parler en langues n'est jamais mis en relation avec une se­
conde expérience qui serait appelée « baptême du Saint-Esprit» et à
laquelle il servirait de signe initial. Il est bien question de baptême
du Saint-Esprit dans ce passage, mais s'il est dit, d'une part, que tous
les Corinthiens l'ont reçu (12. 13), il est précisé, d'autre part, que tous
ne parlent pas en langues (12. 30). 37
3. Le parler en langues n'est pas, non plus, mis en relation avec la
plénitude du Saint-Esprit. 38

La plénitude de l'Esprit est marquée, dans les Actes et dans l'épître


aux Ephésiens, par une intime communion avec Dieu et par des rela­
tions nouvelles avec les hommes (cf. Ep. 3. 14-19 ; 5. 15-22). Rien de
cela n'apparaît dans l'Eglise de Corinthe où ce don était pratiqué.
L'apôtre, tout en reconnaissant qu'il ne leur manque aucun don (1. 7),
déplore leur infantilisme spirituel et leur christianisme charnel (3.
1-3). Le parler en langues n'est donc certainement pas le signe d'une
vie remplie de !'Esprit.
4. Paul dit bien que les langues sont un signe, mais pour l'in­
croyant (14. 22). D'après le contexte du passage d'Esaïe qu'il cite (28.
11), il s'agit d'un signe de condamnation. Aucune des significations
données à ce passage difficile ne convient aux langues considérées
comme signe de la venue de !'Esprit.
5. Les langues ne sont pas en elles-mêmes un signe de la présence
de !'Esprit de Dieu, elles doivent, au contraire, être soumises elles­
mêmes à un test de contrôle pour en vérifier l'origine. Le développe­
ment au sujet des dons spirituels commence par un avertissement :

37 Même les auteurs pentecôtistes admettent qu'en « tout cas, ce passage


de !'Ecriture ne traite pas de la question si les langues sont la preuve du
baptême dans le Saint-Esprit » (D. Gee : Glossolalia, p. HJO).
38 L'un des meilleurs théologiens du pentecôtisme, C. Brumback, le con­
cède : « Dans 1 Cor. 12 à 14, il n'y a pas le moindre indice que le don des
langues soit associé plus ou moins directement à la plénitude de !'Esprit »
(What Meaneth This ? (28) , p. 266) .
107
« Je vous déclare que nul, s'il parle par !'Esprit de Dieu, ne dit: Jésus
est anathème » (12. 3). Il est probable, pensent les commentateurs,
que des « prophéties » ou des messages en langues interprétés se
soient résumés à une telle affirmation blasphématoire et que les
Corinthiens désemparés aient demandé à l'apôtre ce qu'il fallait en
penser. Paul leur donne un critère pour éprouver les esprits : « Si
quelqu'un parle par !'Esprit de Dieu » , il ne peut que rendre hom­
mage à la seigneurie du Christ. La forme dubitative de l'expression
permet de conclure que l'on peut fort bien parler en prophétie
ou en langues - sous l'inspiration d'un autre esprit.
L'histoire nous apprend, en effet, que le parler en langues était
fréquent dans les religions païennes d'où ces Corinthiens venaient
(religions à mystères : Eleusis, Delphes). 39 D'ailleurs, le terme que
Paul emploie dans le verset 2 (vous vous laissez entraîner vers les
idoles muettes : apagô) a été reconnu comme le « terme technique »
utilisé pour le ravissement extatique dans les cultes dionysiaques.
« Toute activité charismatique reste ambiguë et a besoin d'exa­
men approfondi. .. I l n'y a, à mon sens, aucune raison de supposer
a priori que les personnes qui parlent en langues, parlent nécessai­
rement sous l'influence divine » (S. Tugwell). 40
L'expérience a prouvé que des personnes sincères sont tombées
sous l'influence de mauvais esprits en recherchant le don des langues.
Elles ont parlé en langues, mais leur vie a porté la marque d'une
emprise satanique et il leur a fallu un véritable exorcisme pour
retrouver leur état normal. Le parler en langues peut aussi être le
simple produit d'un psychi sme survolté. 4 1
S'il peut donc être d'origine satanique ou psychique aussi bien
que divine, le parler en langues ne saurait servir de critère valable.

CONCLUSIONS
Aucun des passages du Nouveau Testament n'enseigne que le par­
ler en langues doit marquer la réception initiale de !'Esprit, ni une
seconde expérience appelée « baptême dans le Saint-Esprit » ou « plé­
nitude de !'Esprit ». La seule mention des langues dans les évangiles
se trouve dans une liste de différents signes pouvant accompagner la
prédication de l'Evangile ; les trois textes des Actes se rapportent à
des cas spéciaux contrebalancés par une multitude de cas où des gens
recevaient le Saint-Esprit - ou en étaient remplis - sans parler en
3D Voir J. Weiss : Korintherbrief, pp. 3 3 5- 3 39 ; H. Lietzmann : Korinther,
pp. 68 ss.; J. Behrn, art. glossa dans Theo/. Worterb. N.T., T. l., pp. 722 ss. ;
Hoekerna : Tongue • Speaking (87), pp. 85-86 ; H. Berkhof : The doctrine of
the Holy Spirit (10), p. 95.
•0 Le don des langues d'après le N.T., Vie spirit. 1-2, 1974, p. 58.
" Voir A. K. : Le Renouveau Charismatique ( 104), pp. 75 ss.

108
langues ; le seul passage des épîtres consacré aux langues ne men­
tionne ni la réception, ni la plénitude de l'Esprit et, d'autre part, il
ne dit pas que les langues seraient le signe de l'une ou de l'autre de
ces grâces.
En dehors de ces six chapitres mentionnant les langues, 226 cha­
pitres du Nouveau Testament sont absolument muets sur ce point.
Ce silence contraste singulièrement avec les témoignages émanant des
milieux pentecôtistes ou charismatiques dans lesquels, presque sans
exception, les langues sont évoquées. Si elles avaient eu, pour les
apôtres, la valeur de signe et la même importance pour la vie spiri­
tuelle que dans ces milieux actuels, comment se ferait-il que l'apôtre
Paul n'en parle jamais dans ses épîtres d'enseignement adressées à
des chrétiens qu'il ne connaissait pas personnellement (Ro., Ep., Col.)
ou à des nouveaux convertis qu'il a dû quitter trop tôt (Th.) ? Pour­
quoi, ni l'auteur de l'épître aux Hébreux, ni Jacques, ni Pierre, ni
Jude, ni Jean n'y font-ils la moindre allusion alors qu'ils sont préci­
sément préoccupés de la vie spirituelle de leurs correspondants, de
leur communion avec Dieu, de leur prière, leur louange, leur inter­
cession, c'est-à-dire de ces aspects de la vie intérieure auxquels la
prière en langues donne, apparemment, une dimension toute nou­
velle, une profondeur et une intensité inconnues ? Il n'y a aucun
doute: la Bible met l'accent sur d'autres réalités spirituelles que les
auteurs pentecôtistes ou néo-pentecôtistes. Le centre de gravité est
ailleurs que chez ces auteurs, où nous sommes en présence d'une
piété plus émotionnelle, plus centrée sur ce que l'on voit et que l'on
ressent. C'est pourquoi le parler en langues joue un rôle différent
dans les deux sphères.
D'ailleurs, les pentecôtistes ne s'en cachent pas : leur doctrine n'est
pas basée sur la Bible elle-même, mais sur un raisonnement qui s'ap­
puie sur certaines prémisses dogmatiques au sujet du baptême de
!'Esprit. Le plus éminent théologien pentecôtiste, Donald Gee, l'expli­
que ainsi : « La conclusion qui nous amène à dire que « la preuve ini­
tiale » d'un baptême dans le Saint-Esprit c'est le parler en langues,
résulte de la conséquence logique du raisonnement suivant : le Nou­
veau Testament révèle que le baptême dans le Saint-Esprit est une
expérience personnelle bien définie. Elle est à la fois consciente pour
celui qui l'a faite, et elle est manifeste pour ceux qui peuvent être
présents à cette occasion... Il s'ensuit donc qu'il doit y avoir, au mo­
ment du baptême dans le Saint-Esprit, une manifestation personnelle
et consciente, d'une part, et une manifestation extérieure et patente,
d'autre part. C'est exactement ce que nous voyons se réaliser dans le
Nouveau Testament. Quelle est cette manifestation ? »
L'auteur cite alors les quatre cas classiques du livre des Actes,
puis il conclut : " La confirmation de cette vérité doctrinale est fournie

109
avec certitude, aujourd'hui encore, par l'expérience de milliers de
croyants de toutes dénominations et dans le monde entier » (D. Gee.) 42
Un peu plus loin : « Une expérience spirituelle si submergeante par
sa nature que la Bible l'appelle un « baptême » paraît impensable et
incontrôlable si elle n'est pas accompagnée de manifestations émoti­
ves extérieures. » 43
Donc : on part de l'expression biblique de : « baptême de l'Esprit ».
On définit ce baptême comme une expérience nécessairement cons­
ciente pour le bénéficiaire et manifeste pour les assistants, et l'on
aboutit, par voie de déduction ( « il doit y avoir » ) , au signe des lan­
gues. Du moment qu'il existe une expérience actuelle qui a les carac­
téristiques définies, c'est-à-dire que des gens parlent en langues lors
d'une expérience subséquente à la conversion, le raisonnement écha­
faudé doit donc être exact. Si, par contre, le « baptême de !'Esprit »
n'est pas, dans la perspective biblique, une expérience nécessairement
consciente pour le bénéficiaire et manifeste pour les assistants, s'il
n'est pas une seconde expérience et, si cette seconde expériencP.
n'existe même pas dans le cadre de la révélation biblique, tout le rai­
sonnement s'écroule.
Sans doute, l'expérience demeure, mais elle n'a certainement pas
la signification qui lui est attribuée dans la doctrine pentecôtiste ou
charismatique - même pas si, au lieu de l'appeler « baptême du
Saint-Esprit » , on parle d'être « rempli de l'Esprit » car, comme nous
le verrons dans un prochain chapitre, la plénitude de !'Esprit selon
la Bible, c'est autre chose.
u Glossolalia, p. 100.
,3 Ibid., p. 108.

1 10
CHAPITRE VII

Les signes du baptême


du Saint-Esprit

Si, comme nous l'avons vu, le baptême du Saint-Esprit est la nou­


velle naissance, existe-t-il un signe - ou plusieurs - qui nous per­
mette de reconnaître si quelqu'un a reçu ou non ce baptême spiri­
tuel ?
Jésus et les apôtres emploient souvent le verbe connaître, recon­
naître (ginôskô) pour introduire un signe qui permet de discerner la
véritable nature de celui qui est en face de nous : « à leurs fruits
vous les reconnaîtrez » (Mt. 7. 16, 20), comme « c'est au fruit qu'on
reconnaît l'arbre » (12. 33) . Dans sa première épître, l'apôtre Jean, en
particulier, donne aux chrétiens un certain nombre de critères qui
leur permettent de discerner si quelqu'un est « né de Dieu » , s'il est
un « enfant de Dieu » , s'il a reçu !'Esprit de Dieu.
Quels sont ces signes ou ces fruits de la vie nouvelle ?

A. CONFESSER CHRIST
La première fois qu'un homme a reconnu et confessé Jésus com­
me le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt. 16. 16), Jésus a discerné der­
rière cette confession l'action de !'Esprit de Dieu : « Tu es heureux,
Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont
révélé cela, mais c'est mon Père qui est dans les cieux » (Mt. 16. 17).
Sans cette révélation intérieure, personne ne peut confesser Jésus
comme le Christ, le Seigneur. L'apôtre Paul le déclare : « Nul ne peut
dire : Jésus est Seigneur, si ce n'est par le Saint-Esprit » (1 Co. 12. 3).
C'est pourquoi, au moment du baptême d'eau, c'est-à-dire au mo­
ment où l'Eglise reconnaît quelqu'un comme baptisé du Saint-Esprit
et incorporé au Corps de Christ, elle lui fait confesser : « Je crois que
Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » (Ac. 8. 37). 1
1 Sur l'authenticité de ce verset, voir A. K. : Le baptême, p. 25, note 3 .

111
Même si ce verset ne faisait pas partie du manuscrit primitif, « il
atteste l'emploi d'une confession baptismale à une époque très an­
cienne ... C'est l'une des confessions de foi les plus anciennes que nous
connaissions » (O. Cullmann). 2
Un jour, il faudra qu' « au nom de Jésus tout genou fléchisse -
dans les cieux, sur la terre et sous la terre - et que toute langue
confesse, à la gloire de Dieu le Père, que Jésus-Christ est Seigneur .,
(Ph. 2. 1 1). Le chrétien le confesse dès à présent, car il fait déjà
partie du monde à venir.
Parce qu'ils ont dit • Kyrios Christos » (Christ est le Seigneur) au
lieu de • Kyrios Kaisar » (l'empereur est Seigneur), les chrétiens ont
enduré la mort du martyre. « Qu'y a-t-il de si terrible à dire Kyrios
Kaisar et à sacrifier ? » demandait le fonctionnaire impérial à Poly­
carpe de Smyrne. 3 Mais, pour le chrétien, confesser que l'empereur
est Seigneur, c'est renier Christ comme seul Seigneur. « Si tu confesses
de ta bouche: Jésus est Seigneur, et si tu crois dans ton cœur que
Dieu ra ressuscité des morts, tu seras sauvé » (Ro. 10. 9).
L'apôtre Jean cite la confession de Christ parmi les critères distinc­
tifs de celui qui est né de Dieu: « Quiconque confesse le Fils a aussi
le Père " (Jn. 2. 23). « Reconnaissez à ceci !'Esprit de Dieu: tout
esprit qui confesse que Jésus est le Christ venu en chair, est de
Dieu » (4. 2-3). « Celui qui confessera que Jésus est le Fils de Dieu.
Dieu demeure en lui et lui en Dieu » (4. 15 ; cf. 5. 10).
Puisqu'au moment de son baptême le nouveau converti confes­
sait sa foi en Christ, Bruner peut dire que « le baptême d'eau devient
le medium exhibitirum (moyen de manifester extérieurement) du
baptême dans !'Esprit... Le baptême est la preuve visible, enseignée
dans les Actes, de la réception du pardon des péchés liée au don du
Saint-Esprit. » 4
« Le baptême du Saint-Esprit n'est pas une seconde expérience,
mais l'expérience initiale par laquelle quelqu'un devient un véritable
chrétien. Au temps du Nouveau Testament, cela était marqué, non
par le parler en langues, bien qu'il ait pu se produire parfois, mais
par le baptême d'eau par lequel le chrétien qui se joignait à l'Eglise
donnait un témoignage public de ce qui s'était déjà passé sur le plan
spirituel. Le signe nécessaire du baptême de !'Esprit était le baptême
d'eau " (Bridge-Phypers). 5
Calvin disait : « Le baptême sert à notre confession devant les
hommes en cette manière : c'est qu'il est une marque et enseigne

2 Les premières confessions de foi chrétiennes (P.U.F. Paris, 1943), p. 14.


s Martyr Polyc. 8, 2.
' Op. cit. (30), pp. 169-170.
5 Op. cit. (24), pp. 1 15-1 16.

1 12
par laquelle nous déclarons et assurons publiquement quelle est notre
foi. )) 6
Il est évident que cette confession « liturgique » de Christ-Seigneur
doit être accompagnée d'une confession pratique : que, par toute notre
vie, nous montrions que Jésus est vraiment notre Maître, que nous
lui obéissons à présent, au lieu de suivre les directives de notre an­
cien maître : le péché.
C'est pourquoi le deuxième critère du baptême du Saint-Esprit est :

B. MARCHER DANS LA LUMIERE


C'est à cela que le Seigneur pensait plus précisément lorsqu'il
parlait des fruits auxquels on reconnaît les vrais prophètes des faux.
En effet, il ajoute immédiatement : « Ceux qui me disent : Seigneur,
Seigneur, n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là
seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt.
7. 21). Il oppose ces derniers à ceux qui « commettent l'iniquité » (v.
23) et il illustre sa pensée par la parabole des deux maisons (v. 24-27),
d'après laquelle seul subsistera celui qui met ses paroles en pratique.
D'après tout l'enseignement de Jésus, l'obéissance à la volonté
de Dieu est l'une des marques essentielles du vrai disciple : « Celui
qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui qui m'aime ...
Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera ;
nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure chez lui » (Jn. 14.
21, 23). L'habitation de Dieu et de Christ en nous - par !'Esprit -
est liée à l'obéissance aux commandements que le Seigneur nous a
donnés.
Jésus fut, pour son Père, un fils obéissant (Luc 22. 42 ; Jn. 4. 34 ;
6. 38 ; 8. 29 ; Hé. 5. 8-9 ; 10. 7) ; or, « il nous a laissé un exemple pour
que nous suivions ses traces » (2 Pi. 2. 2 1). Les apôtres insistent aussi,
avec force, sur l'obéissance (Ro. 1. 5 ; 6. 17 ; 15. 18 ; 16. 26 ; 2 Co. 10.
5 ; 2 Th. 1. 7-8 ; Ja. 1. 22, 25 ; 1 Pi. 1. 14, 22) et la marche dans la
sanctification (Ro. 6. 19 ; 12. 1-2 ; 1 Th. 4. 3, 7, 8 ; Ep. 5. 25-27 ; 1 Pi.
3. 15 ; Hé. 12. 14 ... ). L'apôtre Jean en fait l'un des critères essentiels
de la vie nouvelle : « Si nous gardons ses commandements, par là
nous savons que nous l'avons connu» (1 Jn. 2. 3). « Celui qui garde
sa parole, l'amour de Dieu est véritablement parfait en lui : par là
nous savons que nous sommes en lui » (2. 5). « Celui qui garde ses
commandements demeure en Dieu et Dieu en lui : et nous connais­
sons qu'il demeure en nous par !'Esprit qu'il nous a donné » (3. 24 ;
cf. 2. 14, 17 ; 3. 22-23 ; 5. 2-3 ; 2 Jn. 5-6).
Cette obéissance prend différentes formes : Jean la traduit par les
expressions : marcher dans la lumière (1. 6-7 ; 2. 9-10) comme Christ

• Institution IV, 15, l.

1 13
a marché (2. 6 ; 4. 17) - accomplir ce qui est juste: « quiconque pra­
tique la justice est né de lui » (2. 29 ; cf. 3. 7) - ne pas aimer le
monde (2. 15-17) - ne pas pratiquer le péché : « quiconque est né
de Dieu ne pratique pas le péché parce que la semence de Dieu de­
meure en lui ; et il ne peut pécher, parce qu'il est né de Dieu. C'est
par là que se font reconnaître les enfants de Dieu et les enfants du
diable. Quiconque ne pratique pas la justice n'est pas de Dieu»
(3. 9-10 ; cf. 5. 18).
Cette transformation du croyant sur le modèle de Christ est à
la fois l'œuvre de !'Esprit et la preuve de sa présence (2 Co. 3. 18 ;
Ro. 8. 9- 10 ; 13-14).
Un des aspects les plus significatifs de cette marche chrétienne
est l'amour.

C. AIMER LES FRERES


Jésus en a fait « le signe distinctif du chrétien ... la marque pour
le caractériser». 7 « A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disci­
ples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres � (Jn. 13. 35).
« Jésus donne un droit à ce monde. En vertu de son autorité, il
lui accorde le droit de juger si vous et moi nous sommes des chré­
tiens régénérés, en observant si notre amour pour tous les chrétiens
est manifeste ou non» (F. Schaeffer). 8 Pour l'apôtre Paul, l'amour
est « le fruit de !'Esprit» (Ga. 5. 22), les autres vertus : la joie, la paix,
la patience, etc ... ne sont que des manifestations diverses, des aspects
variés de cet amour. « Le fruit est unique, Paul parle du fruit, non
des fruits ... la foi agit par l'amour pour produire un caractère chré­
tien diversifié» (J.W. Sanderson). 9 En rapprochant cette parole de
Paul de celle de Jésus : « A leurs fruits vous les reconnaîtrez», on
retrouve l'affirmation rapportée dans Jn. 13. 35. « C'est à l'amour que
se reconnaissent les vrais disciples. Si quelqu'un porte comme fruit,
dans sa vie, l'amour et ses différentes manifestations, c'est la preuve
qu'il a !'Esprit de Dieu en lui. » « Celui qui aime les autres accomplit
la loi... l'amour est l'accomplissement de la loi » (Ro. 13. 8, 10 ; cf.
Mt. 22. 40). Dans 1 Co. 13, l'apôtre en fait le test suprême, supérieur
aux langues des hommes et des anges, aux dons de prophétie, de
connaissance et de foi portés à l'absolu ( « science de tous les mys­
tères, toute la connaissance, toute la foi jusqu'à transporter des mon­
tagnes), au renoncement total ( « quand je distribuerais tous mes biens
pour la nourriture des pauvres») et même au martyre ( « quand je
livrerais même mon corps pour être brûlé»).
7 F. Schaeffer : La marque du chrétien ( 0.M. France, 1973), pp. 7-8.

s Ibid., p. 15.
9 The fruit of the Spirit (161 ), p . 126.

114
Dans son épître, Jean met également l'accent essentiel sur ce
critère de la nouvelle naissance : « Nous savons que nous sommes
passés de la mort à la vie, parce que nous aimons les frères... par là
nous connaîtrons que nous sommes de la vérité et nous rassurerons
nos cœurs devant lui » (1 Jn. 3. 14, 19). « Quiconque aime est né de
Dieu et connaît Dieu. Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu... »
(4. 7). « Si quelqu'un dit : ]'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est
un menteur • (4. 20 ; cf. 2. 9, 10 ; 3. 10-1 1, 23 ; 4. 1 1, 12, 16, 21 ; 5. 1, 2 ;
2 Jn. 5).

TROIS CRITf:RES INDISSOLUBLES


Jésus et les apôtres nous proposent donc un triple signe du baptê­
me du Saint-Esprit, trois pierres de touche grâce auxquelles nous pou­
vons éprouver si nous sommes morts et ressuscités avec Christ
1. Un critère doctrinal : croyons-nous que Jésus est le Seigneur,
le Christ, le Fils de Dieu venu en chair dans le monde, mort pour
nos péchés selon les prophéties messianiques d'Esaïe 53 ?
2. Un critère moral : marchons-nous dans la lumière en gardant
les commandements de Dieu ?
3. Un critère relationnel : aimons-nous les frères, et par-delà :
tous les hommes ? Robert Law appelait ces trois critères les « tests
cardinaux » : théologique, moral et social. 1 0
« Ces trois tests sont inséparables car la foi, l'amour et la sain­
teté sont, tous trois, l'œuvre du Saint-Esprit. Si Dieu nous a donné
son Esprit, alors seulement nous sommes capables de croire, d'aimer
et d'obéir (1 Jn. 3. 24 ; 4. 13). Ainsi quiconque croit que Jésus est le
Christ, et aime et pratique la justice, donne par là la preuve qu'il est
né de Dieu » (J. Stott). 1 1
La même expression se retrouve trois fois dans l'épître, appliquée
aux trois critères : • Quiconque pratique la justice est né de lui » (2.
29). « Quiconque aime est né de Dieu » (4. 7). « Quiconque croit que
Jésus est le Christ est né de Dieu » (5. 1).
Toutefois, il ne s'agit pas de marques isolées dont on pourrait pos­
séder une ou deux séparément. L'apôtre Jean les unit indissoluble­
ment : « Quiconque croit que Jésus est le Christ, est né de Dieu, et
quiconque aime celui qui l'a engendré, aime aussi celui qui est né
de lui. Nous connaissons que nous aimons les enfants de Dieu lors­
que nous aimons Dieu et que nous pratiquons ses commandements »
(1 Jn. 5. 1-2).
Ces critères ont été donnés non seulement pour « que chacun
10 The Tests of Life (1885) cité par J. Stott : Epistles of John (London,
Tyndale Press, 1969), p. 53.
11 Ibid.

115
s'éprouve soi-même » (1 Co. 1 1. 28) mais, de façon évidente, pour
que l'Eglise puisse juger ceux qui désirent s'adjoindre à elle, en par­
ticulier lors du baptême ou de la Sainte Cène.
La déclaration unique des épîtres sur le problème du Saint-Esprit
(1 Co. 12. 13) parle à la fois du baptême et du Corps de Christ. L'Eglise
baptise ceux qui croient que Jésus est le Christ (Ac. 8. 37), qui s'en­
gagent à vivre dans la sainteté (1 Pi. 1 . 1 5, considéré par beaucoup
comme faisant partie des exhortations adressées aux néophytes lors
du baptême) et dans l'amour fraternel (1 Pi. 1. 22). Elle admet à la
Sainte Cène, symbole du Corps de Christ, ceux qui persévèrent dans
la doctrine des apôtres (Ro. 16. 17 ; Ga. 1. 7-9), qui vivent conformé­
ment à leur foi ( 1 Co. 5. 7 ; 2 Co. 6. 14-18 ; Ep. 5. 5-7)" et forment un
seul corps avec leurs frères (1 Co. 10. 1 7). Celui qui, sur l'un ou l'autre
de ces points, ne remplissait pas !es conditions, était exclu de la com­
munion (Mt. 1 8. 15- 1 7 ; 1 Co. 5. 1 1- 13 ; 2 Th. 3. 6, 14- 15 ; 2 Ti. 3. 6-9 ;
Tit. 3. 10- 1 1 ; 2 Jn. 7- 1 1).
Quelle que soit dor.c l'avenue par laquelle nous venions, nous
sommes toujours ramenés vers ces trois mêmes signes attestés à la
fois par le Seigneur et par les apôtres dans leurs écrits dogmatiques.
Cela n'a rien d'étonnant. La Bible nous apporte deux révélations fon­
damentales sur la nature de Dieu : il est saint ( 1 S. 2. 2 ; Ps. 22. 4 ;
Es. 6. 3 ; Os. 1 1 . 9... ) et il est amour (Ex. 34. 7 ; Ps. 86. 5 ; Es. 54. 10 ;
1 Jn. 4. 8... ). Or, nous sommes appelés à devenir " participants de la
nature divine » (2 Pi. 1 . 4), c'est-à-dire à être saints (Lé. 1 1. 44 ; Jn.
3. 9) et aimants (Lé. 19. 18 ; Mt. 19. 19 ; 22. 39... ) comme lui (1 Pi. 1.
15-16 ; Jn. 15. 12). Mais nous pouvons seulement entrer en commu­
nion avec lui par la foi en Jésus le Christ, unique médiateur entre
Dieu et les hommes (Jn. 14. 6 ; Ac. 4. 12 ; 1 Ti. 2. 5-6). Nous sommes
donc ici sur un terrain biblique autrement plus solide qu'en affir­
mant que le parler en langues est le signe du baptême du Saint-Esprit.
Tous ceux qui croient en Jésus mort pour eux sur la croix, qui l'ont
accepté comme Sauveur et Seigneur, c'est-à-dire qui s'efforcent de
suivre ses commandements et l'exemple de son amour, peuvent être
certains d'avoir été baptisés dans le Saint-Esprit pour mourir à leur
ancienne nature incrédule, pécheresse et égoïste et être abreuvés de
!'Esprit de foi, de sainteté et d'amour qui était en Jésus-Christ.
" Il est impossible de considérer comme chrétienne la doctrine qui
fait du parler en langues un signe indispensable de la vie dans !'Esprit
de Christ ; par contre, c'est indéniablement une vue chrétienne des
choses lorsqu'on dit que l'amour et la sainteté, si manifestes dans le
Fils incarné, sont des marques obligatoires de ceux qui prétendent
posséder son Esprit. En un mot, !'Esprit de Jésus nous renvoie à
Jésus» (M. Green). 12
1z I believe (72), p. 54.
1 16
CHAPITRE VIII

Rempli du Saint-Esprit
Qu'est-ce que la plén itude de ! ' Esprit
d'après le Nouveau Testament

• Il n'y a rien dont l'Eglise ait davantage besoin


que d'être remplie par !'Esprit de Dieu. Cette pléni­
tude est la clé la plus importante d'une vie chré­
tienne victorieuse et d'un témoignage chrétien
rayonnant. Dans la mesure où le Néo-Pentecôtisme
met l'accent, avec une nouvelle insistance, sur
l'importance de cette plénitude, nous lui en sommes
profondément reconnaissants. » (A. Hoekema) '

Pour beaucoup d'auteurs pentecôtistes et néo-pentecôtistes, les


expressions " baptisé du Saint-Esprit » et " rempli du Saint-Esprit »
sont équivalentes. 2 Bien des chrétiens évangéliques, convaincus par
la Bible que le baptême du Saint-Esprit est l'entrée dans la vie chré­
tienne, parlent de la plénitude de l'Esprit comme d'un deuxième stade
de cette vie. Pour les uns, il y a les chrétiens qui ne sont pas encore
baptisés du Saint-Esprit, et ceux qui le sont ; d'autres distinguent les
chrétiens " charnels » des chrétiens « spirituels » ou " remplis du Saint­
Esprit ". Etre « rempli de !'Esprit .. correspond, dans cette perspective,
à " être baptisé du Saint-Esprit » dans la terminologie pentecôtiste,
c·est-à-dire à une seconde expérience - marquée ou non par des
expériences sensibles extraordinaires - par laquelle on accède à
l'échelon supérieur de la vie chrétienne.
Dans ce cas, on comprend ceux qui ne voient, dans toute cette
controverse, qu'une querelle de mots. Bien que la seconde termino­
logie soit plus biblique, ces simples considérations de vocabulaires
ne justifieraient pas les oppositions tranchées entre les deux blocs
évangéliques.
Chaque chrétien digne de ce nom aspire à une vie de plénitude
1 Holy Spirit Baptism (88), p. 79.
2 « On ne peut pas être baptisé (du Saint-Esprit) sans être rempli de
!'Esprit � (C. Le Cossec : Le don de /'Esprit (112), p. 5).

117
qui soit davantage à la gloire de Dieu que celle qu'il mène actuelle­
ment. Nous désirons tous posséder l'ensemble des bénédictions spiri­
tuelles que Dieu tient en réserve pour nous. Mais nous croyons que
ces bénédictions supérieures, si elles sont authentiques, sont prévues
dans la Parole de Dieu et que, si la Bible seule est notre norme, nous
y trouverons ce que Dieu possède de meilleur pour nous.
" Si nous ne désirions pas une expérience plus intense et plus pro­
fonde, quelque chose ne serait pas en ordre chez nous. Mais il faut
que les bénédictions spirituelles ici-bas se cantonnent à l'intérieur des
frontières tracées par le Nouveau Testament » (M. Griffiths). 3
La Bible parle d'être " rempli de !'Esprit ». Que veut-elle dire
par là ?

Qu 'est-ce que la plénitude d u Sai nt-Esprit ?

A. QUELQUES CONSTATATIONS PRf:LIMINAIRES


1. La Bible n'emploie pas l'expression : • la plénitude du Saint­
Esprit ,, comme s'il s'agissait d'un état bien défini et catalogué ;
elle parle d'hommes et de femmes qui, à un moment donné, ont été
" remplis du Saint-Esprit » ou qui étaient « pleins d'Esprit-Saint » : il
s'agit d'une expérience, d'un devenir, d'une qualité de vie, plutôt que
d'un état.
2. Les formules : « rempli du Saint-Esprit » et « plein d'Esprit-Saint »
ne se trouvent que quinze fois dans le Nouveau Testament : quatorze
fois dans les écrits de Luc et une fois dans une épître de Paul. Pour
faire de cette doctrine « l'une des plus importantes de la foi chré­
tienne », il faut donc pouvoir l'appuyer encore sur d'autres textes.
3. Luc et Paul aiment bien les expressions : « plein de » et « rem­
pli de » accompagnées de compléments très divers : plein de lèpre,
de colère, de malice et de méchanceté, de bonnes œuvres et d'aumô­
nes, de sagesse, de foi, de grâce et de puissance ... rempli de joie, de
paix, de connaissance, de consolation, mais aussi : de fureur, de
crainte, de jalousie. Dans la même fonnule, Luc associe parfois l'Esprit­
Saint et la sagesse (Ac. 6. 3) ou la foi (6. 5 ; 1 1. 24). Sur une quaran­
taine d'emplois de cette tournure au sens figuré dans le Nouveau
Testament, deux seulement se rencontrent sous la plume d'un autre
auteur (Jn. 1. 14 ; 1 6. 6). " Sur vingt-quatre emplois de pimplesthaï
(être rempli de) dans le Nouveau Testament, vingt-deux se trouvent
chez Luc » (M. Green).
Cela nous montre à quel point le Saint-Esprit, qui a inspiré les
a Op. cit. (75), p. 89.

1 18
écrivains sacrés, respecte leurs structures mentales et leurs habitudes
littéraires. Mais cela nous avertit aussi qu'il faudrait se garder de
transformer en doctrine rigide une manière de s'exprimer de certains
auteurs bibliques.
4. Luc applique les expressions « rempli » ou « plein de Saint­
Esprit» à des personnes très diverses, vivant avant ou après l'effu­
sion de !'Esprit : Jean-Baptiste (Lu. 1. 15) , Elisabeth (1. 41), Zacharie
(1. 67), Jésus (4. 1), les disciples de l'Eglise primitive (Ac. 2. 4 ; 4. 8... ) ,
des apôtres (4. 8 ; 13. 9), des diacres (6. 5 ; 7 . S S ; 1 1. 24), d e simples
chrétiens (4. 31 ; 13. 52) sont dit « remplis » ou « pleins d'Esprit­
Saint ».
5. Plusieurs fois, des groupes entiers sont " remplis de Saint-Esprit »
(Ac. 2. 4 ; 4. 31 ; 13. 52).
6. Dans certains emplois de ces expressions, la part de Dieu sem­
ble prédominante et celle de l'homme insignifiante : Jean-Baptiste
était rempli de !'Esprit-Saint dès le sein de sa mère (Lu. 1. 15) ; plu­
sieurs fois, Luc parle de nouveaux convertis remplis du Saint-Esprit
(Ac. 2. 4 ; 4. 31 ; 9. 17 ; 13. 52).
7. D'un autre côté, ces expressions ne sont pas appliquées automa­
tiquement à tous les chrétiens. Au contraire, Luc s'en sert pour carac­
tériser certains hommes de Dieu (Ac. 6. 5, 8 ; 7. SS ; 1 1. 24 ... ), les apô­
tres demandent que l'on choisisse les diacres parmi des chrétiens
« pleins d'Esprit-Saint » (Ac. 6. 3) . Paul commande aux Ephésiens de
chercher à être remplis du Saint-Esprit (S. 18). Or, il leur dit par ail­
leurs qu'ils ont déjà été scellés du Saint-Esprit (1. 13 ; 4. 30). Il s'agit
donc d'une grâce qui ne nous est pas accordée ipso f acta. L'impératif
de Ep. S. 18 nous montre que, pour accéder à la plénitude, le chré­
tien a, lui aussi, un rôle à jouer.
Essayons de voir d'un peu plus près comment Luc et Paul em­
ploient ces expressions. Nous nous demanderons ensuite s'ils sont les
seuls auteurs inspirés qui nous aient transmis ce message et, finale­
ment, qu'est-ce que la plénitude du Saint-Esprit d'après l'ensemble
du Nouveau Testament.

B. LA PLÉNITUDE DE L'ESPRIT D'APRES LES ECRITS DE LUC

Des théologiens ont fait remarquer que Luc emploie, en fait, deux
expressions différentes pour parler de la plénitude de !'Esprit : rempli
de l'Esprit et plein d'Esprit. 4
4 Voir J. Cadier : « Plénitude du Saint-Esprit» dans Le Saint-Esprit (202),
pp. 73-102 ; H. Blocher : La plénitude du Saint-Esprit ICHTHUS n• 17 (nov.
7 1), pp. 2 1-24. R.T. Forster : Rempli de /'Esprit (Bois-Colombes s. d.).

1 19
Rempli du Sai nt-Esprit
Dans certains passages, Luc utilise le verbe pimplèmi. Dans tous
ces cas, la personne remplie de !'Esprit exerce un ministère de la
parole : Jean-Baptiste (Lu. 1. 15), Elisabeth (1. 41) et Zacharie (1. 67)
prophétisèrent. Les cent vingt disciples qui se réunissaient dans la
chambre haute (Ac. 1. 15) furent remplis du Saint-Esprit le jour de la
Pentecôte (2. 4) et proclamèrent, dans diverses langues étrangères, les
merveilles de Dieu (2. 1 1). Les auditeurs « eurent le cœur vivement
touché» et trois mille d'entre eux se convertirent (2. 41). Pierre, inter­
rogé par les sacrificateurs, est rempli du Saint-Esprit (4. 8) et rend
courageusement témoignage à Jésus (4. 1 0- 13). Il se trouve dans la
situation prévue par Jésus (Mc. 13. 1 1). Les disciples menacés par les
autorités juives (Ac. 4. 18, 21) osent, dans leur prière, s'opposer à
l'ordre des hommes, ils sont remplis du Saint-Esprit (4. 31) et se met­
tent à annoncer la Parole de Dieu avec assurance.
Paul sera rempli du Saint-Esprit (Ac. 9. 17) dès sa conversion, mais
devant Elymas le magicien qui s'oppose à sa parole (Ac. 13. 8), l'apô­
tre est, de nouveau, rempli du Saint-Esprit (13. 9) et prononce, contre
ce serviteur du diable, des paroles de condamnation (v. 1 0) qu'il
appuie d'un miracle (v. 1 1). Le proconsul se convertit (v. 12).
Comme le fait remarquer H. Blocher, dans tous ces textes, le
verbe remplir est à l'aoriste, le temps de l'action accomplie à un mo­
ment précis.
" Cette plénitude a surtout pour but de rendre efficace leur témoi­
gnage en faveur du Christ... Dans tous ces cas, nous voyons que !'Es­
prit, par sa plénitude, apportait à la parole et au témoignage des apô­
tres l'autorité de Dieu» (R. Shallis). 5
La plupart des cas se situent dans un contexte d'opposition : des
chrétiens sont remplis du Saint-Esprit pour faire face à des adversai­
res. " Dans tous ces cas, l'expression " rempli du Saint-Esprit» signi­
fie qu'une parole d'autorité a été prononcée, de la part de Dieu, par
des chrétiens : que ce soit une parole de prophétie, de proclamation
ou de jugement. Cela ne se passait que dans des circonstances bien
précises, sans qu'il soit question d'une répétition ou d'un état perma­
nent. Les situations ressemblaient aux événements de l'Ancien Testa­
ment où le Saint-Esprit venait avec puissance sur Saul, Samson ou
des prophètes» (M. Griffiths). 6
L'expression « nous fait songer à un torrent qui s'élance avec vio­
lence de la montagne, emportant tout sur son passage, à un vent
qui souffle avec impétuosité ... C'est la plénitude-acte » (J. Cadier). ï

6 « Si tu veux aller loin » (67), p. 35.


• Op. cit. (75), p. 73.
1 Op. cit. (202), p. 91 .

120
Plein d ' Esprit-Saint
Dans d'autres passages, Luc emploie le verbe plèroô ou l'adjectif
correspondant plèrès, que nos versions traduisent habituellement par
« plein».
Jésus, « plein d'Esprit-Saint», est conduit au désert où il sera tenté
par le diable (Lu. 6. 1). Pour être choisi pour le service des tables, il
fallait recevoir un bon témoignage et « être plein d'Esprit-Saint et de
sagesse» (Ac. 6. 3).
Certains des hommes qui avaient répondu à ces conditions nous
sont mieux connus : Etienne, « plein de foi et d'Esprit-Saint» (v. 5),
« de grâce et de puissance» (v. 8). Ces qualités se manifestent par
des prodiges et des miracles (v. 8), une sagesse irrésistible dans la
discussion (v. 10) et un discours inspiré par le Saint-Esprit (ch. 7) .
A la fin de son sermon, Etienne, « plein du Saint-Esprit», voit le
Christ (7. 55).
Philippe prêche le Christ avec succès (8. 5, 35-37, 40), il portera,
plus tard, le nom d' « évangéliste» (21. 8).
Barnabas, aussi, est un homme « plein d'Esprit-Saint et de foi •
(Ac. 1 1. 24) . Le livre des Actes nous donne de nombreuses indications
sur ce que Luc entend par là (Ac. 4. 36-37 ; 9. 27 ; 1 1. 22 ; 12. 25 ;
13. 1...).
A Antioche de Pisidie, les nouveaux convertis, face aux Juifs per­
sécuteurs, sont « pleins de joie et d'Esprit-Saint» (Ac. 13. 52). Dans
ce dernier cas, • le verbe grec est à l'imparfait, cela implique que
ces disciples ont continué à être remplis par l'Esprit » (A. Hoekema). 8
« Plérès (plein) nous fait songer à un réservoir lentement rempli
par une source tranquille et dont les eaux paisibles sont prêtes à
s'écouler. Il renferme une idée de force, de sécurité paisible, de plé­
nitude... Il désigne un état de communion forte et habituelle avec
!'Esprit» (J. Cadier) . 9 Rempli de !'Esprit se dit d'une personne « habi­
tuellement gouvernée et contrôlée par le Seigneur, !'Esprit, tout com­
me Jésus l'a été» (M. Green). 10 C'est ce que H. Blocher appelle la
« plénitude - saturation», une « imprégnation du caractère chrétien
par la présence du Saint-Esprit», et R.T. Forster « l'expérience inté­
rieure», « l'effusion paisible, continue, intérieure, cachée qui déter­
mine nos vies et le fruit que nous portons».
« On reçoit donc, une fois, le don du Saint-Esprit, lorsqu'on naît
à la vie d'En-Haut, mais l'on est ensuite à plusieurs reprises, rempli
du Saint-Esprit... En particulier, l'Esprit souverain nous revêtira de

s Holy Spirit Baptism (88), p. 83.


9 Op. cit. (202), pp. 90-91.
10Op. cit. (72), p . 149.
121
puissance à certaines heures de témoignage, d'activité, où cette puis­
sance est nécessaire pour le triomphe de Dieu ... » (J. Cadier) . 1 1

C. LA PLÉNITUDE DE L'ESPRIT D'APRÈS L'EPITRE


AUX EPHESIENS
Comme nous l'avons dit plus haut, le seul passage des livres dog­
matiques qui parle de la plénitude de !'Esprit, est Ep. 5. 18 : " Soyez
remplis de !'Esprit » .
A l a fin du chapitre 3 , l'apôtre semble évoquer l a même réalité
sans employer le mot « Esprit » : « en sorte que vous soyez remplis
jusqu'à toute la plénitude de Dieu » (3. 19) .
Que nous apprennent ces deux passages sur la nature de la plé­
nitude de !'Esprit ?

Ephésiens 3. 1 9
1 . L'apôtre mentionne cette plénitude, qu'il souhaite pour l�s
Ephésiens, dans la prière qu'il adresse au Père en leur faveur. La
plénitude est donc un don de Dieu qu'il peut accorder en réponse à
l'intercession.
Cette plénitude constitue la mention finale de la prière de Paul.
Elle est, en quelque sorte, le point culminant de toute une série de
requêtes. Elle est, en même temps, le dernier mot de toute la partie
dogmatique de l'épître aux Ephésiens.
Quelles sont les requêtes qui précèdent et qui, sans doute, prépa­
rent à cette plénitude ? L'apôtre demande
a) que ses correspondants soient « puissamment fortifiés par
!'Esprit de Dieu » (v. 16) . Cet Esprit, qui a déjà scellé le croyant (1. 13),
travaille dans son être intérieur et le fortifie spirituellement. La plé­
nitude est donc pour des croyants qui ont déjà reçu !'Esprit-Saint.
b) que Christ habite dans leurs cœurs par la foi. Le mot qu'il
utilise était employé pour parler d'une habitation permanente oppo­
sée au séjour passager des « étrangers et gens du dehors » (2. 19) .
Jésus faisait dépendre cette habitation de deux conditions liées l'une
à l'autre : l'aimer et garder sa parole (Jn. 14. 23) .
c) qu'ils soient « enracinés et fondés dans l'amour » : l'amour de
Dieu et du prochain doit devenir en eux aussi inébranlable qu'un
arbre plongeant ses racines profondément dans le sol ou une maison
aux fondations solides. L'Esprit dont il est question au v. 16 produit
nécessairement comme fruit l'amour (Ro. 5. 5 ; Ga. 5. 22) , en même
temps que toutes ses formes et ses manifestations : la joie, la paix,
la patience, la bonté ...
11 Op. cit. (202) , p. 91.
122
d) qu'ils puissent « comprendre avec tous les saints quelle est la
largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur » ... de quoi ? L'apô­
tre ne le dit pas. Selon les uns, il s'agit de l'amour du Seigneur 12
dont il va être question dans la phrase suivante ; selon d'autres, sen­
sibles à la présence de l'expression « avec tous les saints » , il s'agi­
rait de l'Eglise, la communion des saints. 1 3 Les deux explications
s'accordent avec le contexte : l'Esprit glorifie le Seigneur Jésus (Jn.
16. 14) et nous fait comprendre combien il nous a aimés. D'un autre
côté, il nous conduit aussi dans la communion des saints.
e) qu'ils puissent « connaître l'amour de Christ qui surpasse toute
connaissance » .
I l s'agit donc, essentiellement, dans cette plénitude que l'apôtre
demande pour les Ephésiens, d'une nouvelle dimension de la vie spi­
rituelle : forces de l'homme intérieur, foi, amour, compréhension,
connaissance de Christ. « Toute la plénitude de Dieu » dont le chré­
tien est appelé à être rempli, c'est le Père (v. 14, voir Jn. 14. 23) , le
Fils (v. 17) et le Saint-Esprit (v. 16) imprégnant et subjuguant tout
l'être intérieur du croyant, pour ne laisser aucune place à des pensées,
des sentiments ou une volonté opposés à Dieu.
Dans ce passage, il n'y a aucune allusion à une expérience définie,
à des dons spirituels ou au service chrétien. Comme dans toute cette
première partie de l'épître, nous sommes dans le domaine de la vie
intérieure, des réalités spirituelles, de ce que Dieu a fait pour nous -
et en nous - par sa grâce.

Ephésiens 5. 1 8
« Ne vous enivrez pas de vin, c'est de l a débauche. Soyez, au
contraire, remplis de !'Esprit » : La deuxième mention de la plénitude
de !'Esprit se trouve au milieu de la partie dite pratique de l'épître,
parmi des dizaines de conseils concernant la marche du chrétien dans
la vie de tous les jours.
a) Oeuvre divine ou humaine ?
Dans les trois premiers chapitres, l'apôtre a déployé devant les
yeux de ses lecteurs, toutes les grâces que Dieu nous a accordées
en Christ : il nous a élus ( 1 . 4), rachetés (1. 7), scellés de son Esprit
(1. 13), il nous a fait naître de nouveau (2. 1-10) et agrégés à son
Eglise (2. 1 1-22). Dans les trois derniers chapitres, Paul nous dit ce
que Dieu attend de la part de ceux qui ont accepté la grâce divine.
Aux privilèges correspondent des responsabilités.
12 Voir Ad. Monod : Explication de l'épître aux Ephésiens (Paris, 1867),
p. 202 SS.
13 Voir F. Rienecker : Der Brief des Paulus an die Epheser (Brockhaus,
1961), pp. 124-125.
123
Dans la première partie de l'épître, l'apôtre expose, en particulier,
ce que le Saint-Esprit fait pour nous et en nous. A chaque œuvre de
!'Esprit mentionnée dans la partie dogmatique correspond, dans la
partie pratique, une responsabilité du croyant envers cet Esprit.
Nous avons été scellés par !'Esprit comme propriété de Dieu ( 1 .
1 3 ) ; l'apôtre nous demande : « N'attristez pas l e Saint-Esprit de Dieu
par lequel vous avez été scellés » (4. 30) . L'Esprit nous donne accès
auprès du Père (2. 18) ; à nous de faire usage de ce privilège en fai­
sant « en tout temps, par !'Esprit, toutes sortes de prières et de suppli­
cations » (6. 18). L'Esprit a révélé aux apôtres et aux prophètes le
mystère de Christ (3. 5) ; notre devoir est de nous servir de « l'épée
de !'Esprit qui est la Parole de Dieu » (6. 17). Dieu nous " donne un
Esprit de sagesse et de révélation pour le connaître » ( 1 . 17) ; en nous
dépouillant du vieil homme, nous faisons ce que Dieu nous demande
pour être « renouvelés dans l'esprit de notre intelligence » (4. 23). Le
Saint-Esprit crée l'unité dans l'Eglise (2. 22 ; 4. 4) ; nous devons nous
efforcer de conserver cette ,, unité de !'Esprit » (4. 3). A la prière de
l'apôtre pour que Dieu fortifie les Ephésiens par son Esprit dans
l'homme intérieur, en sorte qu'ils soient " remplis jusqu'à toute la plé­
nitude de Dieu » , correspond l'impératif de 5. 18 : " Soyez remplis
de !'Esprit. »
Cette plénitude est donc, à la fois, cadeau de Dieu et conquête
humaine - comme d'ailleurs tous les dons de Dieu : l'amour (Ga.
5. 22 ; 1 Jn. 3. 1 1) , la joie (Ga. 5. 22 ; Ro. 15. 13 ; 1 Th. 5. 16), la paix
(Ro. 15. 13 ; 1 Th. 5. 13), la maîtrise de soi (Ga. 5. 23 ; 2 Pi. 1. 6), etc.
C'est le paradoxe de la logique divine : " Comme sa divine puissance
nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété ... à cause de
cela même, faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu.
à la vertu ... » (2 Pi. 1. 3, 5).
Dans le verset même que nous considérons (Ep. 5. 18) , ces deux
aspects apparaissent dans la forme verbale utilisée par l'apôtre : voix
passive et impératif.
b) Souveraineté de Dieu
La voix passive nous rend attentifs à l'œuvre de Dieu : " soyez
remplis » ou " laissez-vous remplir », « laissez le Saint-Esprit vous
remplir » (New English Bible). Cette forme nous rappelle la prière
de l'apôtre dans la première partie : " afin que vous soyez remplis
jusqu'à toute la plénitude de Dieu » .
« Le Saint-Esprit est u n Dieu souverain. I l a une volonté qui domine
infiniment toutes les volontés humaines. Son œuvre, c'est la grâce,
et la grâce est toujours en dernier ressort, un don que n'influence
aucune volonté ni aucun sentiment humain : « L'Esprit distribue à
chacun ses dons comme il le veut » ( 1 Co. 12. 1 1). La souveraineté
124
du Saint-Esprit définit la puissance spirituelle, non pas comme la
puissance du chrétien par le moyen du Saint-Esprit, mais comme la
puissance du Saint-Esprit par le moyen du chrétien. Dieu !'Esprit ne
peut jamais être employé, jamais être utilisé. On ne se sert jamais de
Dieu. On n'a jamais le Saint-Esprit, on ne possède j amais le Saint­
Esprit. C'est lui qui nous a, c'est lui qui nous possède pour des fins
connues de lui seul... Un chrétien n'a pas de la puissance, comme le
laisserait croire une locution fâcheusement répandue dans nos mi­
lieux religieux. Il est revêtu de la puissance d'En-Haut (Lu. 24. 49) ...
Cette puissance n'est j amais acquise une fois pour toutes ... Si quel­
que faute, si quelque incrédulité vient rompre en nous la commu­
nion avec le Saint-Esprit, cette puissance disparaît. Bien plus, s'il est
dans le plan de Dieu, après avoir utilisé tel de ses serviteurs et l'avoir
revêtu de puissance dans un but précis, de le laisser quelque temps
dans le repos, le silence et de le mettre, en quelque sorte, à l'écart,
Dieu est souverain et nous n'avons qu'à accepter sa volonté... La sou­
veraineté du Saint-Esprit nous empêche aussi de fixer les conditions
de sa manifestation en nous en lui traçant, en quelque sorte, son pro­
gramme et ses étapes dans notre vie... Nous avons, au contraire, à
nous mettre à sa disposition pour qu'il nous emploie dans le travail
qu'il a préparé pour nous et qu'il nous accorde aussi le don qui nous
permettra d'accomplir ce travail. » (J. Cadier). 1 4

c) Responsabilité humaine
Cependant, le verbe est à l'impératif. II s'agit donc d'un comman­
dement par lequel l'apôtre s'adresse à notre volonté. C'est un ordre du
Seigneur qu'il ne nous est pas loisible de respecter ou non. Si nous
sommes chrétiens, nous devons rechercher la plénitude de !'Esprit.
Nous avons donc aussi un rôle à jouer dans son acquisition.

d) Qu'est-ce que la plénitude de !'Esprit d'après ce passage ?


1. Elle est ce que Dieu veut pour nous.
Le commandement est précédé d'une exhortation : « Ne soyez pas
inconsidérés, mais comprenez quelle est la volonté du Seigneur. »
L'apôtre précise ce qu'il entend pas être « inconsidéré » : c'est, par
exemple, s'enivrer de vin. Comment comprendre la volonté du Sei­
gneur ? Comment la réaliser ? En étant rempli de !'Esprit.
2. Elle est le contraire de l'ivresse du vin.
Le commandement négatif qui précède celui qui concerne la plé­
nitude nous aide à comprendre, par opposition, ce que l'apôtre entend
par là.
a) Celui qui s'enivre fuit la réalité quotidienne, il agit en « insen-
1• Op. cit. (202) , pp. 74-77.

125
sé • (v. 15), de façon « inconsidérée » ou : inintelligente, stupide (v.
17) , car cette réalité, il la retrouve inchangée, alors qu'il sera lui­
même de plus en plus incapable de la maîtriser.
A cette attitude s'oppose celle de l'homme rempli de !'Esprit qui,
dans les différentes circonstances énumérées dans la suite (5. 19 -
6. 9), saura, avec l'aide du Seigneur, dans la force et la sagesse que
donne son Esprit, trouver l'attitude qui convient.
b) L'ivresse est appelée débauche, perdition. Dans le mot de l'ori­
ginal (asôtia) se trouve le mot sauver (sôzein) : quelque chose qu'on
ne peut pas sauver ou maîtriser. « Il décrit littéralement une condition
dans laquelle une personne ne peut plus se sauver, se contrôler elle­
même. L'apôtre écrit qu'il faut éviter l'ivresse parce qu'elle implique
la perte du contrôle de soi. La maîtrise de soi (egkrateia) est, par
contre, citée spécifiquement parmi les fruits de !'Esprit dans Ga. 5. 23.
Les conséquences de la plénitude de !'Esprit, telles que l'apôtre les
décrira, sont des relations intelligentes, contrôlées et saines avec Dieu
et le prochain » (J. Stott) . 15
c) Entre l'ivresse alcoolique et la plénitude de !'Esprit, on peut
aussi relever quelques traits communs : la personne ivre est dominée
par l'alcool, elle agit d'une manière qui ne lui est pas naturelle, sa
personnalité est comme supplantée par une autre. Celui qui est rem­
pli de !'Esprit agit, lui aussi, autrement qu'il en avait l'habitude. « Ce
n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi » (Ga. 2. 20), « sa
force agit puissamment en moi » (Col. 1 . 29), « notre capacité vient de
Dieu » (2 Co. 3. 5).
Ainsi, lorsque les apôtres, après avoir été remplis de l'Esprit, par­
laient des merveilles de Dieu, les gens disaient qu'ils étaient ivres
(Ac. 2. 13). Un homme rempli de !'Esprit fera, avec facilité, ce qui
le rebuterait normalement : rendre témoignage, se montrer aimable
envers ses ennemis, se soumettre aux autres (v. 21), obéir et aimer.
Comme l'ivresse donne des forces et une ardeur étonnantes, ainsi
!'Esprit remplit le chrétien d'une puissance et d'un enthousiasme nou­
veaux. Le vin, comme la plénitude de !'Esprit, fait chanter (5. 19) .
« Comme il y a, au fond de l'impureté, l'abus du besoin d'aimer, il y
a, au fond de l'ivrognerie, l'abus d'un certain besoin d'ardeur et d'en­
thousiasme ... la foi seule satisfait ce besoin purement, salutairement
et constamment par le don du Saint-Esprit » (Ad. Monod). 1 6
d) Les deux verbes sont au pluriel. Paul s'adresse, non au chré­
tien individuel, mais à l'Eglise. « L'occupation habituelle des esclaves
durant leurs rares moments de loisir, était la beuverie commune. Que
doivent faire les chrétiens entre eux durant leur temps libre ? Fes-
u Op. cit. (177), p. 29.
15 Op. cit. (note 12), pp. 346-347.
126
toyer avec de joyeux lurons ? Au contraire, leur dit Paul, allez retrou­
ver vos frères en la foi et là, devenez ensemble pleins d'Esprit-Saint.
Si vos réunions sont remplies de l'Esprit, alors vous vous entretiendrez
par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels ... » (M. Grif­
fiths). 1 7
L'Esprit n'est jamais donné pour une exaltation de la personnalité
individuelle, mais en vue de l'édification de la communauté (1 Co.
12. 7).
Le pluriel nous indique aussi que « cette plénitude de l'Esprit n'est
pas un privilège réservé à quelques-uns ; elle est pour tous les
croyants» (Hoekema). 18 Elle s'acquiert, se conserve et se développe
dans les échanges fraternels et par la vie en Eglise.
3. Elle transforme nos relations avec Dieu et les hommes.
Comment cette plénitude de !'Esprit se manifeste-t-elle dans notre
vie ?
A la suite du commandement (5. 18), l'apôtre mentionne quatre
traits qui, tous, se rapportent à la vie relationnelle. « La plénitude
de l'Esprit implique moins une expérience privée d'ordre mystique,
qu'une relation morale avec Dieu et nos prochains » (J. Stott). 1 9
a ) « vous entretenant par des psaumes, par des hymnes, par des
cantiques spirituels " : litt. « parlant les uns aux autres» (cf. le pas­
sage parallèle de Col. 3. 16 : « instruisez-vous et exhortez-vous ... » ).
« Il est très significatif que la première marque de la plénitude de
l'Esprit soit le fait de se parler les uns aux autres... Le premier signe
est la communion, une communion spirituelle : « par des psaumes,
des hymnes». La vraie communion s'exprime dans le culte en com­
mun » (J. Stott). 20
b) « chantant et célébrant les louanges du Seigneur. • Le Saint­
Esprit est un esprit de louange, il aime à glorifier le Seigneur Jésus.
On peut aussi traduire le deuxième verbe par « jouer " · « Que du
secret de vos cœurs, une musique s'élève sans cesse vers lui. »
c) « rendant continuellement grâces pour toutes choses à Dieu. •
Seul !'Esprit de Dieu remplissant nos cœurs peut nous donner cette
habitude de voir en toutes choses la main du Seigneur et de l'en
remercier.
d) « vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Christ. "
Dans les versets suivants, l'apôtre développe ce point en passant en
revue les différentes relations familiales et sociales.
« La deuxième et la troisième marques de la plénitude concernent

1, Op. cit. (75), p. 84.


1s Op . cit. ( 88 ) , p. 86.
1v Op. cit. (177), p. 30.
io Ibidem (177).
127
nos relations avec Dieu ; la prem1ere et la quatrième, celles avec les
autres... Les deux principales sphères dans lesquelles la plénitude
se manifeste sont l'adoration et la communion fraternelle. Le Saint­
Esprit nous place dans une relation normale avec Dieu et l'homme.
C'est dans ces qualités et ces activités spirituelles, et non pas dans
un phénomène surnaturel, qu'il nous faut chercher les signes de la
plénitude du Saint-Esprit " (J. Stott). 2 1

D. LA PLÉNITUDE DE L'ESPRIT D'APRÈS LUC ET PAUL


Comment pourrions-nous donc définir la plénitude du Saint-Esprit
d'après les passages étudiés ?

1 . Ce q u ' e l l e n'est pas


a) Elle 11' est pas une expérience liée à des manifestations surna­
turelles.
La seule fois dans le Nouveau Testament où la mention de la plé­
nitude du Saint-Esprit soit liée à des phénomènes extraordinaires est
le récit de la Pentecôte, et nous avons vu qu'à bien des égards, il
s'agissait d'un événement exceptionnel. Dans les quatorze autres
passages où nous trouvons les expressions « rempli " ou « plein du
Saint-Esprit ", il n'est question ni de parler en langues, ni d'extase ;
une seule fois, une vision y est associée : lorsque Etienne, en mourant,
vit le ciel ouvert (Ac. 7. 55). 22
b) Elle n'est pas une expérience faite une fois pour toutes.
Pierre fut rempli de !'Esprit avec les cent vingt disciples, le jour
de la Pentecôte (Ac. 2. 4). Or, lorsqu'il comparut devant le sanhé­
drin, il fut, de nouveau, « rempli " (4. 8 : verbe à l'aoriste, « plénitude­
afflux "). Paul, de même, fut « rempli de !'Esprit " le jour de sa con­
version (9. 17) et, plus tard, devant Elymas le magicien (13. 9).
On peut donc être plusieurs fois rempli du Saint-Esprit. Cela nous
est confirmé par le temps que Paul emploie dans Ephésiens 5. 18 :
" Soyez remplis de !'Esprit " · Littéralement : " soyez toujours à nou-
21 Op. cit. (177), pp. 31- 3 2.
22 Tel n'est pas l'enseignement pentecôtiste sur la plénitude : « Le don du
Saint-Esprit comprend toujours une manifestation visible et audible... Il
comprend deux phases bien distinctes : une manifestation intérieure suivie
d'une manifestation extérieure : a) Manifestation intérieure : « lis furent tous
remplis du Saint-Esprit » (Ac. 2. 4). Ce qu'il faut d'abord rechercher, c'est
cette Plénitude de !'Esprit, le parler en langues vient ensuite comme b)
Manifestation extérieure. Elle découle normalement de la plénitude de !'Es­
prit.. . Le parler en langues inconnues est la « manifestation» du Saint-Esprit,
normale et biblique, prouvant extérieurement une plénitude intérieure ... C'est
une expérience comparable à l'extase. Telle est, à des degrés plus ou moins
intenses, l'expérience de celui qui est rempli de !'Esprit. » C. Le Cossec
(112), p. S.

1 28
veau en train de vous laisser remplir par Je Saint-Esprit». Le mode
impératif grec a deux temps : l'aoriste qui commande une action faite
une fois pour toutes (ex. « Frappez (une fois) et l'on vous ouvrira»
Mt. 7. 7) et Je présent (l'ordre : « Frappez», à l'impératif présent, signi­
fierait : continuez à frapper, à coups répétés). L'apôtre Paul demande
donc au chrétien de se laisser toujours à nouveau remplir par !'Esprit.
c) Elle ne transforme pas les croyants en • surhommes chrétiens ,,
avec « des yeux rayonnants, une énergie inépuisable et une personna­
lité dynamique et fascinante». 2s
L'apôtre Paul, un homme rempli de !'Esprit, disait qu'il portait « ce
trésor dans des vases de terre... pressés de toute manière ... dans la
détresse... persécutés ... abattus ...» (2 Co. 4. 7-9). Ses adversaires di-
saient qu'il était « faible, et sa parole est méprisable ,. (10. 10). Il était
malade en Galatie (Ga. 4. 13), « dans un état de faiblesse, de crainte
et grand tremblement» à Corinthe (1 Co. 2. 3) . Ses collaborateurs
n'étaient pas mieux lotis : Timothée souffrait de « fréquentes indispo­
sitions» (1 Ti. 5. 23) ; Epaphrodite était gravement - et longtemps -
malade (Ph. 2. 26-27) ; Paul a dû laisser Trophime seul et malade
à Milet (2 Ti. 4. 20). « C'est pourquoi il est dangereux de comparer
un idéal néo-testamentaire présumé avec la réalité actuelle, et de lais­
ser supposer aux croyants des possibilités qui n'existaient même pas du
temps du Nouveau Testament » (Griffiths). 24
d) Elle n'a rien de commun avec le baptême du Saint-Esprit.
Criswell cite cinq différences essentielles entre le baptême et la
plénitude de !'Esprit : 1 . Il n'est jamais commandé aux chrétiens
d'être baptisés de !'Esprit, mais d'être remplis du Saint-Esprit. 2. Le
baptême est accompli une fois pour toutes. Etre rempli est un acte
qui se répète constamment. 3. Le baptême se rapporte à notre posi­
tion : c'est quelque chose que Dieu fait pour nous. La plénitude relève
de l'expérience. 4. Les résultats diffèrent : notre baptême spirituel nous
incorpore au Corps de Christ. La plénitude nous remplit de puissance.
5. Le baptême de !'Esprit ajoute des membres à l'Eglise, la plénitude
de !'Esprit y opère des miracles. 25

2. Qu'est-el l e donc ?
La Bible nous présente l'homme tel qu'il est. Elle ne mâche · pas
ses mots pour dénoncer les côtés négatifs. Jésus affirme : « C'est du
cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères,
les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies» (Mt.
15. 19) . L'apôtre Paul nous dit que les hommes qui « ne se sont pas
21 Griffiths op. cit. (112), p. 86.
2, Op. cit. (112), p. 89.
25 The Baptism (42), pp. 20-25.

129
souciés de connaître Dieu » sont " remplis de toute espèce d'injustice,
de méchanceté, de cupidité, de malice ; pleins d'envie, de meurtre, de
querelle, de ruse, de malignité ... » (Ro. 1. 29) .
Mais si le Saint-Esprit vient faire sa demeure en nous, il nous
purifie de tous ces péchés. Plus nous lui laisserons de place, plus les
fruits de !'Esprit remplaceront les œuvres de la chair, jusqu'au point
où !'Esprit occupera toute la place disponible. Comme avant la con­
version la fureur ou la jalousie, la crainte ou la tristesse peuvent
nous " remplir » (Lu. 5. 26 ; 6. 1 1 ; Jn. 16. 6 ; Ac. 5. 1 7 ; 1 3. 45 ; 19. 28) ,
c'est-à-dire que " ces émotions empoignent et dominent à tel point
le cœur et l'esprit que toute autre chose devient secondaire », ainsi
maintenant " dans le cœur du croyant rempli de !'Esprit, cet Esprit
règne souverainement sur la volonté, les émotions et l'intelligence,
mais avec le plein consentement et avec la collaboration du croyant »
(Sanders). 26
" Ce qui prend totalement possession de l'esprit d'un homme le
remplit ,, (Thayer). Un récipient est rempli quand il contient tout ce
qu'il peut contenir. Il est plein d'huile, par exemple, quand cette huile
occupe tout le volume disponible et qu'il n'y a rien d'autre dedans.
Dans un homme plein du Saint-Esprit, !'Esprit de Dieu occupe tout
l'espace intérieur disponible, ne laissant ni vide, ni place pour le
péché ou le Moi. Cette plénitude est marquée par une vie intérieure
d'intime communion avec Dieu : foi, amour, connaissance, compré­
hension des mystères divins (Ep. 3. 15-19) , par la vie en Eglise, la
louange, l'action de grâces et par des relations familiales et sociales
ayant comme caractéristiques essentielles : l'amour et la soumission
réciproques (Ep. 5. 1 9 - 6. 9). Enfin, elle donne au témoignage du
chrétien une autorité et une efficacité qu'il n'aurait pas sans cette
plénitude.

E. LA PLÉNIT UDE DU SAINT-ESPRIT DANS LE REST E


DU NOUVEAU T EST AMENT
Une vie telle que nous venons de la décrire est le but même vers
lequel les apôtres voulaient conduire tous les chrétiens. Il est donc
impossible qu'en dehors des deux écrits d'un seul auteur inspiré, la
plénitude de !'Esprit ne soit mentionnée que dans un ou deux versets
des épîtres, c'est-à-dire dans une recommandation parmi soixante­
douze autres de la lettre aux Ephésiens. T ous les auteurs du Nouveau
T estament ont dû en parler, mais sans doute l'ont-ils fait avec des
mots différents.
L'apôtre Jean rapporte les paroles de Jésus sur la source jaillis-
H The Holy Spirit and His Gifts (160), p. 139.

130
sant jusque dans la vie éternelle (4. 14). Celui qui croit en Jésus n'aura
jamais faim, jamais soif (6. 35). Des fleuves d'eau vive couleront de
son sein (7. 38), il aura la vie en abondance ( 10. 10), la joie parfaite
( 15. 1 1 ; 16. 24 ; 17. 23 ; 1 Jn. 1. 4). Qu'est-ce d'autre, sinon une vie
remplie de !'Esprit ?
Lorsque l'apôtre Paul parle de l'affranchissement du chrétien par
la loi de !'Esprit de vie en Jésus-Christ (Ro. 8. 2) et de la vie selon
!'Esprit (Ro. 8. 5, 13, 15, 26 ; Ga. 5. 16 ss.), lorsqu'il dit que « nous som­
mes plus que vainqueurs » (Ro. 8. 37), de quoi parle-t-il sinon de la
plénitude de !'Esprit ? Ceux qui sont « spirituels » - par opposition
à ceux qui sont « charnels » ( 1 Co. 3) - ceux qui « marchent selon .
!'Esprit » (Ro. 8. 4) et qui sont « conduits par l'Esprit )) ne seraient-ils
pas appelés par Luc des chrétiens « pleins d'Esprit-Saint )) ? Le pas­
sage de Ro. 12. 9-21 pourrait être considéré comme une définition pra­
tique de ces chrétiens.
Si nous voulons savoir comment vit un homme rempli du Saint­
Esprit, lisons la deuxième épître aux Corinthiens : « toujours plein de
confiance )) (5. 6), toujours triomphant en Christ (2. 14), ferme dans
les épreuves ( 1 1 . 23 ss.), combattant pour amener toute pensée captive
à l'obéissance de Christ ( 10. 45). Dans celui qui est plein du Saint­
Esprit, ce n'est plus son moi qui vit, c'est Christ qui vit en lui (Ga.
2. 20), il est « rempli en Christ » (trad. litt. de Col. 2. 10), « à la mesure
de la taille de la plénitude du Christ )) (trad. litt. de Ep. 4. 13).
Dans une vie remplie du Saint-Esprit, cet Esprit occupe toute la
place, c'est pourquoi les petits mots « tout )) et « toujours )) font allu­
sion à une telle vie. Jésus parlait de la plénitude de l'Esprit lorsqu'il
disait : « tu aimeras Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout
ton esprit et de toute ta force ,, (Mc. 12. 30). Celui qui est rempli de
l'Esprit fait « tout pour la gloire de Dieu » ( 1 Co. 10. 31), au nom du
Seigneur Jésus (Col. 3. 17), il peut tout par celui qui le fortifie (Ph.
4. 13), il marchera en toute humilité (Ac. 20. 19 ; Ep. 4. 2), toute bonne
conscience (Ac. 23. 1), toute joie (Ph. 2. 29), toute sagesse (Col. 1. 9,
28 ; 3. 16), toute piété (1 Ti. 2. 2), toute pureté (1 Ti. 4. 12), toute dou­
ceur (2 Ti. 4. 2), avec une pleine assurance (Ph. 1. 20), une entière
soumission (1 Ti. 2. 1 1), une parfaite constance (2 Co. 12. 12) et plein
de douceur (Tit. 3. 2), une entière persévérance (Ep. 6. 18) et une foi
entière ( 1 Ti. 1. 15). Il rend toujours grâces à Dieu ( 1 Co. 1. 4) pour
toutes choses (Ep . .5. 20 ; Col. 1. 3 ; 1 Th. 1. 2), il est toujours joyeux
( 1 Th. 5. 16) parce qu'il se réjouit toujours dans le Seigneur (Ph.
4. 4). Il a la paix en tout temps (2 Th. 3. 16) et poursuit toujours le
bien (1 Th. 5. 15). Le simple fait que le Nouveau Testament emploie
environ mille quatre cent fois ces mots « tout )) et « toujours )) nous
renseigne sur le caractère totalitaire de la vocation adressée au chré­
tien.

131
Lorsqu'il est question des • parfaits • , ou « hommes faits • . il s'agit
certainement aussi d'hommes remplis de l'Esprit (1 Co. 14. 20 ; Ph.
3. 15 ; Col. 1. 28 ; 4. 12 ; Hé. 5. 14). Il ne faut toutefois pas comprendre
le terme dans le sens d'une perfection morale définitive ou d'une
infaillibilité personnelle. Pierre et Barnabas étaient remplis de l'Esprit
à la Pentecôte - n'empêche qu'ils ont pris une attitude répréhensible
à Antioche (Ga. 2. 1 1-14). Paul fut rempli du Saint-Esprit dès sa con­
version, n'empêche qu'il s'est disputé avec Barnabas (Ac. 15. 39)- La
parole de 1 Jn. 1. 8 : « Si nous disons que nous n'avons pas de péché,
nous nous séduisons nous-mêmes » est aussi valable pour des chré­
tiens « parfaits » remplis de l'Esprit.
Pour parler d'une vie remplie de l'Esprit, l'apôtre Jean emploie les
expressions : marcher dans la lumière, demeurer en lui, l'amour de
Dieu est parfait en nous (1 Jn. 2. 5 ; 4. 12, 18). Dans !'Apocalypse, il
parle des « vainqueurs » .
L'apôtre Pi erre nous exhorte à être saints, comme Dieu est saint
( 1 . 16). Si Luc avait parlé du chrétien qui vit selon la volonté de Dieu
et témoigne de son espérance au milieu des païens hostiles (2. 12 ;
3. 15 ; 4. 2), il l'aurait certainement qualifié d' « homme plein du Saint­
Esprit » . Jacques l'appelle « l'homme parfait, irréprochable » (1. 4 ;
3. 2). Pour J ude, c'est celui qui se maintient dans l'amour de Dieu (v.
21) et que Dieu préserve de toute chute (v. 24).
Ainsi, par des mots et des expressions d'une très grande variété -
cette même variété qui caractérise tout ce qui sort de la main de Dieu
- les écrivains inspirés évoquent une qualité de vie chrétienne supé­
rieure. Impossible de le nier : tous les chrétiens ne possèdent pas cette
vie abondante, cette joie parfaite, ces fleuves d'eau vive dont parlait
Jésus. Ils ne sont pas toujours « plus que vainqueurs, toujours joyeux,
pleins d'assurance, marchant en toute humilité, toute pureté, toute
patience » , c'est-à-dire qu'ils ne sont pas tous « remplis du Saint­
Esprit » .
Mais ils peuvent l'être. Dieu veut qu'ils le soient, sinon il ne leur
en parlerait pas presque à chaque page du Nouveau Testament et ne
leur commanderait pas : « Soyez remplis de l'Esprit » .

132
CHAPITRE IX

Comment être rempli


de l'Esprit ?

Lorsqu'on lit certains livres sur la plénitude du Saint-Esprit, on a


parfois l'impression d'ouvrir un appareil électronique où des dizaines
de fils s'entrecroisent pour relier des connexions innombrables : le
non-spécialiste referme promptement l'un et l'autre, se disant qu'il
n'arrivera jamais à trouver la cause de la panne, le défaut qui empê­
che le courant de passer. Finney énumère vingt-neuf raisons s'oppo­
sant à la plénitude de l'Esprit ; d'autres indiquent sept conditions ;
certains, par contre, ont trouvé le secret, c'est-à-dire le bouton caché
sur lequel il suffit de presser pour que le miracle se réalise.
Généralement, ces livres disent de fort bonnes choses. Tout ce
qu'on peut leur reprocher, c'est de ne pas se rapporter à la plénitude
de !'Esprit telle que la Bible la définit.

A. FAUSSES PISTES
1 . La p l énitude ne vient pas automatiquement avec le tem ps.
Elle n'est pas un privilège réservé à ceux qui sont chrétiens depuis
de longues années. Nous avons vu que des nouveaux convertis étaient
remplis de l'Esprit (Ac. 2. 4 ; 4. 31 ; 9. 17 ; 13. 52). D'autre part, nous
lisons que les chrétiens de Corinthe, convertis depuis plusieurs années,
n'étaient pas encore « spirituels». Paul les traite de « charnels»,
d'« enfants en Christ» (1 Co. 3. 1-3) . Les Hébreux auraient dû " de­
puis longtemps être des maîtres », ils en étaient « venus à avoir besoin
de lait et non d'une nourriture solide» (Hé. 5. 12). Le temps seul ne
nous fait pas croître. Nous grandissons dans la mesure où nous appre­
nons à mieux connaître Dieu (Col. 1. 10) et la vérité (Ep. 4. 15), c'est­
à-dire dans la mesure où nous nous nourrissons du lait spirituel de la
Parole (1 Pi. 2. 2).

133
2. Elle n'est pas l i ée à une expérience particul ière.
Il n'y a ni « Sésame, ouvre-toi " ni bouton caché pour pénétrer
dans la plénitude de !'Esprit. La foi chrétienne n'a rien de commun
avec les religions à mystères de la Grèce antique. Il n'y a pas de secret
à trouver, ni de tradition ésotérique réservée aux seuls initiés. Jésus
et les apôtres ont parlé ouvertement (Jn. 1 8. 20 ; 2 Co. 1. 13). Puis­
que Dieu veut que tous ses enfants accèdent à cette vie abondante
(Jn. 10. 10), cette joie parfaite ( 1 5. 12), et cette plénitude de !'Esprit
(Ep. 5. 18), il en a certainement révélé le chemin à tous ses apôtres.
A leur tour, ils l'ont transmis à tous les chrétiens (2 Ti. 2. 2).
Nous devons donc trouver, dans toutes les épîtres, des indications
sur les moyens d'accéder à une vie remplie de !'Esprit. Or, nulle part,
il n'est question d'aspirer à une expérience particulière qui serait la
clé d'une vie supérieure. Dans aucune épître, nous ne trouvons une
seule exhortation à rechercher une effusion spéciale de !'Esprit qui
nous introduirait dans cette plénitude de vie. Nous ne sommes jamais
exhortés à demander des manifestations de !'Esprit laissées à sa libre
souveraineté (extases, visions, parler en langues). L'apôtre Paul nous
dit d'aspirer aux dons les meilleurs, en précisant, en long et en large,
pourquoi il ne classe pas le parler en langues dans cette catégorie
( 1 Co. 1 4. 1-25).

3. Elle ne dépend pas d'un facteur un ique.

Certains livres nous parlent de « la sanctification par la foi » , ou


de l' « entière sanctification " et en font des expressions synonymes de
la plénitude de !'Esprit. D'autres voient le secret d'une vie selon
!'Esprit dans la consécration, dans l'amour de Christ, dans la louange
ou, au contraire, dans la mise en règle de toute sa vie et la confession
de tous ses péchés - même de ceux de ses ancêtres. Pour d'autres
encore, la clé de la plénitude est dans l'attente devant Dieu, la prière
persévérante et insistante pour qu'il ouvre les écluses des cieux.
Tout cela est partiellement juste et, pour chaque thèse, on trouve
des versets bibliques qui l'appuient. Cependant, s'il suffisait de croire,
ou d'aimer ou de louer Dieu ou de confesser ses péchés ou de prier,
pourquoi Dieu se serait-il donné la peine d'inspirer un livre d'un mil­
lier de pages pour faire connaître sa volonté ? Pourquoi - pour ne
parler que du Nouveau Testament - y trouvons-nous plusieurs mil­
liers d'ordres, de conseils, d'exhortations et d'exemples divers qui,
tous, visent au même but : à une vie entièrement conforme au plan
de Dieu ?
Notre réponse à la question posée - comment être rempli de
!'Esprit - ne sera exacte que si elle concorde avec celle que les apô-

134
tres ont donnée dans leurs épîtres, si elle met l'accent sur les condi­
tions sur lesquelles les auteurs inspirés reviennent constamment, si
elle tient compte de l'infinie variété des exhortations et des facteurs
de croissance (vie intérieure, vie relationnelle, vie en Eglise) ainsi
que de la diversité des personnalités et des tempéraments religieux. 1

B. SUR LE CHEMIN VERS LA PLÉNITUDE :


Comme un seul passage des écrits dogmatiques du Nouveau Tes­
tament parle formellement d'être rempli du Saint-Esprit, nous ferons
certainement bien de prendre cette épître pour guide. Toute parole
se comprend dans son contexte général. Si nous voulons savoir à
quelles conditions Dieu nous remplit de son Esprit, il nous faut exa­
miner ce que l'apôtre dit aux Ephésiens avant de leur demander d'être
remplis du Saint-Esprit.

A q u i ce commandement s'adresse-t-i l ?
La première partie de l'épître répond en détail à cette question :
les destinataires sont des enfants de Dieu (1. 5) rachetés par le sang
de Christ (1. 7), ils ont cru en lui (1. 13). Ils ont été, alors, scellés du
Saint-Esprit (1. 3 ; 4. 30) et sont nés de nouveau (2. 5). Ils sont sauvés
(2. 8), réconciliés avec Dieu (2. 16) et devenus « gens de la maison
de Dieu " (2. 19).

1. Une condition pré l i m i na i re à toute bénéd i ction spi rituelle :


la désirer.
Jésus l'indique explicitement pour la plénitude de l'Esprit : « Si
quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. Celui qui croit en
moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit !'Ecri­
ture. Il dit cela de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient
en lui » (Jn. 7. 37-39). Les textes de l'Ecriture auxquels le Seigneur
fait allusion (Es. 55. 1 ; 58. 1 1) soulignent cette condition de la béné­
diction divine. Un célèbre pédagogue disait : « On ne peut pas faire
boire un âne qui n'a pas soif » . Dieu, de même, n'impose pas une
mesure plus grande de son Esprit à celui qui ne la désire pas.
Cette condition est implicite dans le texte d'Ep. 5. 18. Toute l'épî­
tre vise à susciter ce désir d'une vie remplie de l'Esprit de Dieu. L'apô­
tre prie pour que Dieu illumine les yeux de leur cœur afin qu'ils
voient toutes les richesses et bénédictions spirituelles que Dieu tient
1 Voir : « La sanctification d'après 1 Pierre » dans A. Kuen : Comment
étudier la Bible, pp. 29-34 ; « Nouvelle naissance et croissance dans la vie
nouvelle " dans Il faut que vous naissiez de nouveau, pp. 210-216.
135
en réserve pour eux ( 1 . 3, 8, 1 7-19) et qu'ils soient remplis jusqu'à
toute la plénitude de Dieu (3. 19) . Il leur demande de se laisser rem­
plir et leur énumère les situations dans lesquelles ils auront besoin
de cette plénitude pour vivre conformément à la volonté de Dieu (5.
18 - 6. 20) . Cependant, il ne peut pas créer la soif d'une vie remplie
de !'Esprit dans le cœur de ses destinataires. Or, cette soif est la condi­
tion sine qua non de la plénitude.
Nous faisons connaître notre désir à Dieu par la prière. Lorsque
Jésus dit que le Père donnerait volontiers son Esprit à « ceux qui le
lui demandent » (Lu. 1 1 . 13), nous avons vu qu'il pensait probable­
ment aux dons ou à la plénitude de son Esprit. 2 Dans Actes 4. 32, les
croyants furent remplis de !'Esprit après une prière de louanges. L'apô­
tre Paul prie Dieu pour que les Ephésiens soient « remplis jusqu'à
toute la plénitude de Dieu » et le contexte d'Ep . 5. 18 parle aussi de la
louange et de l'action de grâces en liaison avec la plénitude. Si donc
nous voulons connaître une vie remplie de !'Esprit, il nous faut la
Jésirer et la demander à Dieu « qui donne à tous simplement et sans
reproche » (Ja. 1. 5) - sans oublier de le louer et de lui rendre grâ­
ces pour tout ce qu'il nous a déjà donné.

2. La marche c h rétienne
La première exhortation que Paul adresse aux Ephésiens, après
leur avoir exposé tout ce que Dieu a fait pour eux, est de « marcher
d'une manière digne de la vocation » qui leur a été adressée (4. 1 ) .
Par plusieurs dizaines d e verbes, il précisera c e qu'il entend par une
telle marche.
La plénitude de !'Esprit, c'est Jésus demeurant en nous et y ayant
pleine liberté. Or, Jésus a dit : « Celui qui a mes commandements et
qui les garde, c'est celui qui m'aime ... Si quelqu'un m'aime, il gardera
ma parole et mon Père l'aimera, nous viendrons à lui et nous ferons
notre demeure chez lui » (Jn. 14. 21, 23) .
La plénitude, c'est la j oie parfaite : « Si vous gardez mes com­
mandements, vous demeurerez dans mon amour, de même que j 'ai
gardé les commandements de mon Père et que je demeure dans son
amour. Je vous ai dit ces choses afin que ma joie soit en vous et que
votre joie soit parfaite » (Jn. 15. 10-1 1 ) .
Dans son épître, Jean fait allusion à cette même plénitude quand
il écrit : « Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu et
Dieu en lui, et nous connaissons qu'il demeure en nous par !'Esprit
qu'il nous a donné » (1 Jn. 3. 24) .
La Bible ne connaît pas d'accès à la plénitude de !'Esprit qui court-
2 Voir p. 22.
136
circuite le chemin de l'obéissance aux commandements de Dieu. Les
raccourcis, qui nous dispenseraient de l'effort de volonté nécessaire
pour garder ces commandements, ne nous mènent pas au même but
que la voie tracée par Jésus et les apôtres - même s'ils nous font
passer par des paysages merveilleux et des expériences exaltantes.
« Dieu donne le Saint-Esprit à ceux qui lui obéissent » (Ac. 5. 32).
L'obéissance à Dieu prend deux formes
- négative : ne plus marcher comme les païens, se purifier de ses
péchés
- positive : marcher à l'exemple de Christ, se consacrer comme Lui
à Dieu, et accomplir, dans la foi, les actes concrets que Dieu nous
demande.
Pour faciliter l'analyse, nous pouvons distinguer trois aspects dans
la marche chrétienne : la purification, la consécration et la foi. Sou­
venons-nous toutefois que la vie spirituelle forme un tout - comme
notre vie et notre marche physiques - et que toutes ces opérations
s'accomplissent en même temps et réagissent l'une sur l'autre.

a) Puri/ication :
Avant de parler de la plénitude de !'Esprit, l'apôtre rappelle aux
Ephésiens qu'ils ne doivent plus marcher comme les païens (4. 17),
puis il nomme un certain nombre de péchés précis qu'ils doivent
abandonner (4. 25 à 5. 7) : mensonge (4. 25), violences commises dans
un état de colère et ressentiment durable (v. 26), vol (v. 28), calomnies
et propos inconvenants (v. 29), mauvaise humeur, rancune, injures
(v. 31), immoralité, relations sexuelles coupables, escroquerie (5. 3),
propos indécents (v. 4), avarice (v. 5), ivrognerie (v. 18).
Vous remarquerez qu'il ne s'agit pas, dans cette énumération, de
péchés de la vie intérieure (orgueil, manque d'amour, de joie, suscep­
tibilité ... ) c'est-à-dire de ces impondérables dont nous ne pourrons
jamais nous prétendre débarrassés tant que nous vivrons ici-bas.
L'apôtre nomme des péchés précis, catalogués, reconnus, des péchés­
actes sur lesquels il ne peut y avoir de doute.
Nous ne pouvons donc pas esquiver le commandement transmis
ici par l'apôtre en alléguant : nous sommes toujours pécheurs, nous le
resterons toute notre vie ; alors : un peu plus ou un peu moins... La
Parole de Dieu nous dit : c'est nous qui devons renoncer (dire non)
à ces péchés. Dieu s'adresse à notre volonté régénérée par son Esprit
pour refuser de commettre les péchés.
Dans l'épître aux Romains, avant de parler de la vie par !'Esprit,
l'apôtre transmet les mêmes ordres : « N'obéissez pas aux convoi­
tises du péché. Ne livrez pas vos membres au péché, comme des ins­
truments d'iniquité » (Ro. 6. 13). Nous ne pouvons pas prétendre être
chrétiens - encore moins aspirer à la plénitude du Saint-Esprit - et

137
continuer à mentir, à voler, à commettre des actes répréhensibles sous
l'effet de la colère, tenir des propos indécents, entretenir des relations
coupables, calomnier les autres, nous enivrer ... Tous ces péchés attris­
tent le Saint-Esprit (4. 30). Comment pourrions-nous, tout en conti­
nuant à l'attrister, lui demander de nous remplir ? Nous ne servons
pas une liqueur de grand prix dans un verre sale. Avant de nous
donner son Esprit en abondance, Dieu veut que nous soyons purifiés
du péché. " Dieu qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en
leur donnant son Esprit. .. ayant purifié leurs cœurs par la foi » (Ac.
15. 8-9).
Si nous demandons à Dieu de nous remplir de son Esprit, peut­
être commencera-t-il par mettre son doigt sur un péché précis de
notre passé, parce que ce péché constitue un interdit dans notre vie.
Ce fut le cas pour Jean Cadier : " Pour moi, l'expérience de la puis­
sance du Saint-Esprit est liée à une humiliation et à une conviction
de péché sur des fautes que j'avais crues depuis longtemps enfouies
dans le passé. Comme je demandais à Dieu de rece·,oir sen Sùir:t­
Esprit, il me fut révélé cet interdit à l'exaucement de ma prière. Après
m'en être humilié devant Dieu et avoir cru à son pardon et à sa puri­
fication par le sacrifice du Calvaire, je reçus la certitude que ma
prière était exaucée. » 3
A part le verset que nous considérons (Ep. 5. 18), il n'y a que trois
passages dans tout le Nouveau Testament dans lesquels la mention
du Saint-Esprit soit associée à un impératif : « N'attristez pas le Saint­
Esprit » (4. 30). " N'éteignez pas l'Esprit » (1 Th. 5. 19). " Marchez
selon !'Esprit (Ga. 5. 1 6). 4 Ce qui attriste l'Esprit, c'est le péché ; si
nous persévérons dans la rébellion contre Dieu, nous finirons par
éteindre l'Esprit ; nous marchons selon !'Esprit, si nous crucifions la
chair et ses désirs (Ga. 5. 17, 24). Dans l'épître aux Romains où l'apô­
tre expose aussi de façon systématique le plan de Dieu pour conduire
le chrétien à une vie conforme à sa volonté, il présente cet aspect de
la purification sous sa forme la plus radicale : une mort à son vieil
homme, mais une mort avec Christ (Ro. 6. 3-10) par la foi (v. 1 1) dont
la volonté doit tirer les conclusions qui s'imposent (v. 12-23).
Cependant, n'oublions pas que « Dieu est amour» (1 Jn. 4. 8). Il
connaît notre lutte souvent désespérée contre le péché et i l n'attend
pas, pour nous venir en aide, que nous ayons remporté la victoire
totale par nous-mêmes. Il est là, en nous, par son Esprit (Ep. 1. 1 3 ; 3.
16 ; 4. 30), prêt à nous seconder dans notre effort, pourvu que nous
voulions être purifiés. Ce qu'il nous demande, c'est de dire non (4.
25) à ces péchés, de vouloir, de tout cœur, les abandonner.
Dieu accepte la prière qu'il a inspirée à David : « Purifie-moi
s « Plénitude du Saint-Esprit » dans Le Saint-Esprit (202), p. 94.
• Voir R. Shallis : Si tu veux aller loin (167), pp. 50-71.

138
avec l'hysope et je serai pur ; lave-moi et je serai plus blanc que la
neige... Crée en moi un cœur pur ; renouvelle en moi un esprit bien
disposé... Ne me retire pas ton esprit saint... Qu'un esprit de bonne
volonté me soutienne » (Ps. 51. 10-14).
" Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous
les pardonner et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jn. 1. 9).
Nous n'attendons pas que nos enfants soient parfaits pour les aimer
et les aider. " Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez don­
ner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le
Père céleste donnera-t-il le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent »
(Lu. 1 1. 13).

b) Consécration
A chaque impératif négatif correspond un ordre positif : « renon­
cez au mensonge et que chacun de vous parle selon la vérité à son
prochain... que celui qui dérobait ne dérobe plus, mais plutôt qu'il
travaille ... pour avoir de quoi donner à celui qui est dans le besoin ... » ,
dire quelque bonne parole qui serve à l'édification, se pardonner réci­
proquement... L'apôtre résume cet aspect de son exhortation en disant:
" Devenez donc les imitateurs de Dieu, comme des enfants bien-aimés
et marchez dans la charité à l'exemple de Christ qui nous a aimés et
qui s'est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un
sacrifice de bonne odeur » (5. 2).
L'apôtre ne fait pas allusion à l'aspect expiatoire de la mort de
Christ, il en parle comme d'une offrande et d'un sacrifice de bonne
odeur. Dans le Lévitique, l'offrande (ch. 2 1) et les sacrifices de bonne
odeur (ch. 1 et 3) représentent symboliquement la consécration du
croyant à Dieu. 5
Dans l'épître aux Romains, immédiatement après la purification
des péchés par la mort avec Christ, l'apôtre évoque la consécration
à Dieu en faisant allusion aux mêmes sacrifices: " Ne livrez plus
vos membres au péché (aspect négatif), mais donnez-vous vous­
mêmes à Dieu (aspect positif) » (Ro. 6. 13). « Je vous exhorte ... à offrir
vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu » (Ro.
12. 1).
La nature a horreur du vide. Si notre maison intérieure est p\lri­
fiée, mais qu'elle reste vide, ses anciens occupants reviennent en
force pour en reprendre possession (Lu. 1 1. 24-26). L'Esprit de Dieu
occupera seulement l'espace que nous hli abandonnons volontaire­
ment. Si nous voulons qu'il nous remplisse, il nous faut lui livrer tout
notre être: esprit, âme et corps, lui donner notre temps, nos forces,
5 Voir A. Kuen : Comment lire la Bible, pp. 59-62.

139
notre argent, notre avenir, nos affections, bref : tout ce qui fait notre
vie. Car tout ce que nous préférons à Christ est un obstacle sur Je
chemin de la plénitude (Lu. 14. 26, 33).
• Tu seras rempli dans la mesure où tu feras de l'espace (à !'Esprit).
La consécration est la collaboration du croyant à sa plénitude. Pour
devenir un chrétien rempli de !'Esprit, il faut que les pleins pouvoirs
soient arrachés au « vieil homme » et remis entre les mains du Sei­
gneur Jésus (Ro. 6. 16, 19) » (Ruth Paxson). 6
Nous avons accepté que Christ meure à notre place, il nous faut
accepter, de même, la deuxième clause du contrat : « Si un seul est
mort pour tous, tous sont donc morts, et il est mort pour tous afin que
ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui
est mort et ressuscité pour eux » (2 Co. 5. 14-15). Donc « vous ne
vous appartenez plus à vous-mêmes, votre corps et votre esprit appar­
tiennent à Dieu » ( 1 Co. 6. 19-20).
Nous consacrer à Dieu n'est rien d'autre que tirer la conclusion
logique de notre justification, c'est remettre à Dieu ce qui lui appar­
tient déjà de plein droit.
Là encore, il ne s'agit pas de buts inaccessibles, mais de simples
actes d'obéissance que chaque chrétien est capable d'accomplir avec
la force que Dieu lui donne. L'apôtre nous exhorte à marcher d'une
manière digne de notre vocation. Marcher, c'est faire un pas après
l'autre dans une certaine direction : je porte mon corps en avant dans
cette direction et, pour éviter la chute, un pied quitte sa place et se
pose devant l'autre. Prenant appui sur cette nouvelle base, l'autre pied
quitte aussi sa position et va en occuper une autre plus proche du
but. La marche chrétienne n'est rien d'autre : porter tout son être
en avant dans la direction indiquée, éviter la chute en quittant, l'une
après l'autre, les anciennes positions pour en occuper de nouvelles
qui nous rapprochent du but - un pas à la fois.
Parmi ces actes concrets d'obéissance, les quatre énumérés Ep. 5.
19-21 sont mis en relation directe avec la plénitude de !'Esprit : nous
entretenir par des psaumes ... louer Dieu, rendre grâces pour toutes
choses et nous soumettre les uns aux autres. En effet, comme le fait
remarquer H. Bruns, le traducteur de l'une des Bibles récentes les
plus répandues dans les pays germanophones, « en grec, le participe
présent joue le même rôle qu'un double point : nous recevons une plus
grande mesure de l'Esprit en apprenant à rendre toujours grâces pour
toutes choses au nom de Jésus-Christ, à chanter les louanges de Dieu
et à nous soumettre les uns aux autres. » 7
6 Das Leben im Geist (138), p. 420.
1 Kleine Entdeckungsreisen im Neuen Testament ( Gladbeck, 1958), p. 58.
140
c) Foi
La foi n'est pas mentionnée explicitement ici parce qu'elle est le
principe même de toute bénédiction spirituelle : nos cœurs sont puri­
fiés par la foi (Ac. 15. 9), par elle, nous recevons !'Esprit de Dieu (Ga.
3. 4). Notre mort avec Christ devient effective lorsque nous y croyons
(Ro. 6. 1 1). Christ habite dans nos cœurs par la foi (Ep. 3. 17) et il a
promis des « fleuves d'eau vive • à ceux qui croiraient (Jn. 7. 38-39).
Nous croyons que nos péchés confessés ont été pardonnés et que
nous sommes purifiés de toute iniquité (1 Jn. 1. 7) ; nous croyons que
Dieu accepte notre consécration, puisqu'il l'a lui-même commandée
dans sa Parole (Ro. 6. 13 ; 12. 1). Pourquoi ne croirions-nous pas de
même qu'il nous remplit de son Esprit comme il l'a promis?
Jésus a promis : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez
que vous l'avez reçu et vous le verrez s'accomplir ,, (Mc. 11. 24) et
l'apôtre Jean a précisé : « Si nous demandons quelque chose selon sa
volonté, Il nous écoute et si nous savons qu'Il nous écoute, nous savons
que nous possédons la chose que nous lui avons demandée ,, (1 Jn.
5. 14-15).
Une vie de plénitude est-elle selon la volonté de Dieu? Oui : « Je
suis venu afin que les brebis aient la vie et qu'elles soient dans l'abon­
dance ,, (Jn. 10. 10). Il l'a commandée : « Soyez remplis de !'Esprit ».
Si donc je demande cette plénitude, si je dis non au péché et que
je me donne à Dieu, alors je peux aussi saisir, par la foi, le don de
Dieu - sans m'attarder aux sentiments, sans attendre de manifesta­
tions particulières. « Nous marchons par la foi et non par la vue ,,
(2 Co. 5. 7). Si l'Adversaire veut semer le doute dans votre cœur, pre­
nez le « bouclier de la foi par lequel vous pourrez éteindre tous les
traits enflammés du Malin ,, (Ep. 6. 16).
« De même que tu as saisi le pardon de la main du Christ mourant,
nous dit F.B. Meyer, saisis le Saint-Esprit de la main du Christ vivant
et reconnais ce don pour tien avec une foi entièrement indifférente à
la présence ou à l'absence de joie. Il te sera fait selon ta foi. ,, Et il
raconte comment il fit l'expérience de la plénitude de l'Esprit : « Je
ne sentis pas de main posée sur ma tête, il n'y avait pas de flammes
ardentes, il n'y avait pas de bruit venant du ciel : mais par la foi,
sans émotion, sans excitation, je saisis et je saisis pour la première
fois, et depuis ce temps, j'ai persévéré à saisir. Je m'en retournai et
je quittai les flancs de la montagne ; comme je descendais, le Tenta­
teur me dit que je n'avais rien, que c'était pure imagination, mais je
répondis : Quoique je ne le sente pas, je sais que Dieu est fidèle. ,,
Il se coucha sans ressentir la moindre joie, mais le lendemain, voici,
tout était paix. 8
8 Cité dans Le Saint-Esprit (202), pp. 97-98.

141
C. PLENITUDE DE L'ESPRIT ET VIE EN EGLISE
« Chaque fois que le Nouveau Testament parle de la plénitude, il
le fait, non pas dans un sens individualiste, mais en relation avec
l'Eglise» (M. Green). 9
Au début du chapitre 4 de l'épître aux Ephésiens, l'apôtre exhorte
les chrétiens à « marcher d'une manière digne de la vocation» qui
leur a été adressée. Mais avant de leur dire en détail ce qu'il entend
par là, il leur parle de la vie en Eglise (4. 4-16). Il évoque les diffé­
rents dons que le Christ a accordés à cette Eglise « pour le perfec­
tionnement des saints»: apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs,
docteurs (v. 1 1). Tous ces ministères visent un but commun : faire
parvenir les chrétiens « à l'état d'homme fait (dans la force de l'âge).
à la mesure de la stature (littéralement: de la plénitude) de Christ»
(v. 13).
Si nous voulons accéder à cette maturité spirituelle, à cette plé­
nitude (de !'Esprit) de Chri st, nous avons besoin de tous les min is­
tères accordés par le Seigneur à son Eglise. « La Bible ne sait rien
d'une religion solitaire» disait John Wesley.
Elle ne connaît pas une perfection d'anachorète (litt. : quelqu'un
qui se retire à l'écart). Le « perfectionnement des saints» se fait dans
« la communion des saints» auxquels le Seigneur a accordé des dons
pour l'édification de son Corps. Chacun a reçu un don (v. 7 ; cf. 1 Co.
12. 7 ; 1 Pi. 4. 1 0) pour aider tous les autres à croître « à tous égards
en celui qui est le chef : Christ» (v. 15).
Aussi n'est-ce pas par hasard que la première manifestation de la
plénitude de !'Esprit concerne précisément cette vie dans le corps :
s'entretenir par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels,
louer Dieu, rendre grâces et avoir des relations mutuelles dans un
esprit nouveau. Or, comme nous l'avons vu, ces actes communau­
taires sont en même temps le moyen d'être rempli de !'Esprit comme
l'indique le participe présent de ces verbes : « Laissez-vous remplir
par le Saint-Esprit et cherchez en lui votre plénitude. Comment ?
Que votre joie déborde dans vos entretiens fraternels, qu'elle s'expri­
me par le chant de psaumes, d'hymnes et de cantiques inspirés. De
tout votre être, chantez et jouez pour Dieu et que, du secret de votre
cœur, une musique s'élève sans cesse vers lui.
« Où que ce soit, à tout moment et pour toute chose, apportez à
Dieu le Père l'hommage de votre reconnaissance au nom de notre Sei­
gneur Jésus-Christ. Par respect pour Christ, prenez chacun votre place
dans l'ordre établi, vous soumettant les uns aux autres» (5. 1 8-21).
Dans les autres livres du Nouveau Testament où il est question.
sous des termes divers, de la plénitude de !'Esprit, c'est toujours dans
9 / believe (72), p. 157.
142
cette dimension communautaire que les écrivains sacrés l'envisagent.
Dans les Actes, c'est dans la communion des frères et sœurs que
les chrétiens sont remplis de !'Esprit (Ac. 2. 4 ; 4. 8, 31 ; 13. 52). Dans
l'épître aux Romains, le chapitre 12 pourrait s'intituler aussi bien :
« la vie dans la plénitude » que: " la vie en Eglise», puisqu'il y est
question des deux.
Dans les épîtres aux Corinthiens, aux Galates, etc... il est toujours
question, au pluriel, des chrétiens spirituels, de ceux qui marchent
selon !'Esprit, qui sont parfaits ... et ils nous apparaissent vivant en
Eglise. Cet aspect communautaire a certainement échappé à la plu­
part de ceux qui ont parlé de la plénitude de !'Esprit. Trop souvent,
on voyait le chrétien plein du Saint-Esprit comme un homme de Dieu
« puissant et solitaire» - sans se rendre compte que l'on confondait
la vision biblique avec l'idéal romantique. Pour être remplis de
!'Esprit, nous avons besoin des frères et sœurs qui nous enseignent,
nous exhortent, nous encouragent, nous avertissent, mais aussi de
ceux qui exercent notre patience, notre amour, notre bonté et notre
longanimité ... Pour mûrir, le fruit de !'Esprit n'a pas seulement besoin
du soleil de l'amour divin. Il lui faut aussi les ondées, certes moins
agréables, des déceptions causées par ceux que l'on aime.
L'objectif divin n'est jamais un individu particulièrement sancti­
fié, c'est toujours « tout le Corps, bien coordonné et formant un
solide assemblage » (v. 16). Chaque membre de ce corps reçoit de son
Chef « la force qui convient à chacune de ses parties », c'est-à-dire
les dons qu'Il estime nécessaires à l'accomplissement de sa tâche
spécifique « pour l'utilité commune » (1 Co. 12. 7, 1 1 ; cf. Col. 2. 19).
" Nous avons tous reçu de sa plénitude » (Jn. 1. 16) dans la commu­
nion avec son Corps et pour l'édification de ce Corps qui est lui­
même « la plénitude de celui qui remplit tout en tous » (Ep. 1. 23).

D. COMMENT SE MAINTENIR ET CROITRE


DANS LA PLBNITUDE ?
L'Ecriture nous parle de nouveaux convertis remplis de !'Esprit
(Ac. 4. 31 ; 9. 17 ; 13. 52). Cette plénitude de !'Esprit ne leur est cepen­
dant pas maintenue automatiquement, quoi qu'ils fassent.
Si nous cédons au péché, nous attristons le Saint-Esprit (Ep. 4. 30).
Nous ne retrouvons la plénitude qu'en confessant immédiatement le
péché pour en obtenir le pardon (1 Jn. 1. 9). Si, dès que nous pre­
nons conscience d'un péché nous nous en repentons, rien ne vient
interrompre notre marche dans la plénitude de !'Esprit.
D'autre part, « même dans des cas où rien n'indique que la pléni­
tude aurait été perdue par suite du péché, il est question de gens qui
sont de nouveau remplis: une nouvelle difficulté, un nouveau défi

143
demandent un nouveau revêtement de puissance par l'Esprit » (J.
Stott). 10
Comme le croyant est appelé à croître, l'Esprit doit occuper tou­
jours davantage de place pour continuer à remplir tout l'être. J. Stott
illustre cette vérité en comparant un nouveau-né et un adulte. " Tous
deux sont en bonne santé et respirent normalement ; on peut dire
qu'ils sont • remplis d'air » . Quelle est la différence entre eux ? Elle
tient dans la capacité de leurs poumons. Tous deux sont cc remplis » ,
mais l'un est plus rempli que l'autre, puisque son volume est beau­
coup plus grand. » 1 1
Godet dit que • l'homme est u n vase destiné à recevoir Dieu : un
vase qui doit s'agrandir à mesure qu'il se remplit et se remplit à me­
sure qu'il s'agrandit. » 12
Rappelons-nous également que le verbe est à l'impératif moyen,
c'est-à-dire au temps qui implique la répétition constante : laissez­
vous toujours à nouveau remplir par le Saint-Esprit. Nous sommes
loin d'une expérience que l'on ferait une fois pour toutes. Comme
disait R. Shallis : La plénitude de l'Esprit n'est pas une bouteille
remplie que l'on boucherait et sur laquelle on collerait une étiquette,
puis que l'on mettrait dans une armoire pour pouvoir dire cc Je l'ai » .
Jésus parle de la plénitude comme d'un fleuve : cc Pour être plein
d'eau, le fleuve doit être rempli à chaque instant. Après avoir reçu
l'eau de la source, celle-ci doit pouvoir s'écouler normalement pour
éviter la stagnation. Nous ne pouvons être remplis du Saint-Esprit
que si nous recevons, à chaque instant, l'apport de la source et si
nous le déversons sur les autres » (M. Desaedeleer). 18
Marcher selon l'Esprit, c'est marcher cc de progrès en progrès » .
Notre plénitude se manifestera toujours davantage par une vie inté­
rieure renouvelée, caractérisée par les fruits de l'Esprit (Ga. 5. 22-23)
et la louange de Dieu (Ep. 5. 19-20), par une marche transformée (Ep.
4. 17) et un témoignage efficace (Mt. 12. 34 ; Ac. 1. 8).
10Baptism and Fullness (178), p. 48.
11The Baptism ... (177), p. 34.
u Cité par R. Pache (133), p. 124.
u Thèse (47), p. 108.

144
CHAPITRE X

Une ou deux expériences ?

Une ou deux étapes ?


Dans les chapitres précédents, nous avons vu que, d'après la Bible,
tout croyant reçoit le Saint-Esprit au moment de sa conversion, de sa
nouvelle naissance ou, ce qui revient au même : de son baptême du
Saint-Esprit. La plénitude du Saint-Esprit est une qualité de vie spiri­
tuelle qui ne s'acquiert pas au cours d'une expérience définie et uni­
que : le chrétien est appelé à se laisser, sans cesse, remplir par le
Saint-Esprit.
Pourtant, de nombreux chrétiens parlent d'une seconde étape dans
leur évolution spirituelle, inaugurée par une expérience tout aussi pré­
cise et définie que la conversion. Certains l'appellent baptême ou
revêtement de puissance, onction pour le service, d'autres disent qu'ils
ont reçu le baptême du Saint-Esprit ou simplement la « seconde béné­
diction » (second blessing). La doctrine des deux étapes caractérise,
entre autres, l'enseignement pentecôtiste. Elle est même, d'après le
meilleur spécialiste du pentecôtisme, W. Hollenweger, le seul déno­
minateur commun et la marque distinctive des quelque deux cents
dénominations, mouvements et groupements d'Eglises rattachés au
pentecôtisme. Bien que « la plupart des pentecôtistes disent que l'expé­
rience du baptême de !'Esprit avec le signe initial du parler en langues
est la caractéristique du pentecôtisme », Hollenweger pense que ce
critère exclurait des minorités importantes qui se comptent parmi les
pentecôtistes. C'est pourquoi il compte comme pentecôtistes tous ceux
qui « distinguent au moins deux expériences religieuses essentielle­
ment et temporellement séparées (1. conversion ou nouvelle nais­
sance ; 2. baptême de !'Esprit) dont la deuxième est généralement -
mais pas toujours - liée au parler en langues. » 1
1 W. Hollenweger : Enthusiastisches Christentum (89) , p. 22. Kurt Hutten,
145
Mais, au-delà du pentecôtisme, beaucoup d'évangéliques de la
lignée des revivalistes (Finney, Moody, Torrey) et des hommes du
mouvement de sanctification (Keswick) voient, dans l'évolution nor­
male du chrétien, deux jalons marquants : l'entrée dans la vie spi­
rituelle et l'initiation à la « vie sur un plan supérieur » marquée par
une communion plus intense avec Dieu, la victoire sur le péché et
un service plus efficace pour le Seigneur.
Abstraction faite du nom donné à cette expérience, plusieurs ques-
tions se posent à nous
1 . La Bible connaît-elle cette doctrine des deux étapes ?
2. Si non : où et comment est-elle née ?
3. Quelle est la valeur de cette « seconde expérience • faite effec­
tivement par de nombreux chrétiens ?

A. QU'EN DIT L':ËCRITURE ?


Expérience ?
Le mot expérience est, certes, un terme ambigu, chargé d'une foule
de significations étrangères à la théologie biblique. Il fait penser à
des émotions, des sensations et des manifestations qui n' accompa­
gnent pas nécessairement l'appropriation du salut ou d'une vérité
nouvelle par la foi.
Nous le conserverons néanmoins, n'en voyant pas d'autre qui
exprime mieux « le fait d'éprouver (c'est-à-dire de mettre à l'épreuve)
quelque chose, considéré comme un élargissement ou un enrichisse­
ment de la connaissance, du savoir, des aptitudes ... » (Robert) . Par
l'expérience, une vérité biblique (notre salut, la plénitude de !'Esprit)
devient réalité personnelle.

1 . L'expérience du salut
Le Nouveau Testament utilise une grande variété de termes pour
parler de l'appropriation du salut accompli en Jésus-Christ : repen­
tance, conversion, foi, régénération, nouvelle naissance, justification,
réconciliation, baptême, sceau ou onction du Saint-Esprit... Tantôt les
auteurs inspirés considèrent l'événement sous l'angle humain, tantôt
sous celui de l'œuvre de Dieu. Chaque expression met l'accent sur un
aspect particulier du changement radical de notre relation avec Dieu. 2
un autre spécialiste des mouvements para-ecclésiastiques, est du même avis :
Le signe distinctif commun des diverses communautés regroupées sous le
terme générique de « mouvement de Pentecôte • est la nostalgie d'une expé­
rience extraordinaire du Saint-Esprit culminant dans le « baptême de !'Esprit ».
K. Hutten : Seher, Grübler, Enthusiasten (96), p. 366.
! Voir A. Kuen : li faut que ... (106), pp. 135 ss.

146
Dans les évangiles et les Actes, Jésus et les apôtres appellent les
hommes à faire l'expérience personnelle de ce salut. Dans les épî­
tres adressées à des chrétiens, toutes les références à cette expérience
sont au passé : cc Vous êtes devenus esclaves de Dieu» (Ro. 6. 17-18),
« je vous ai engendrés en Jésus-Christ» (1 Co. 4. 15), " nous avons
tous été baptisés dans un seul Esprit ,, (12. 13), " vous avez cru et vous
avez été scellés du Saint-Esprit ,, (Ep. 1. 13). cc Dieu vous a rendus à la
vie» (Col. 2. 13), " vous vous êtes convertis à Dieu ,, (1 Th. 1. 9), " il
nous a sauvés» (Tit. 3. 5), cc vous avez été régénérés» (1 Pi. 1. 23),
« nous sommes passés de la mort à la vie ,, (1 Jn. 3. 14) ... 3
Le salut est uhe réalité présente : " vous êtes en Jésus-Christ... !'Es­
prit de Dieu habite en vous» (1 Co. 1. 30 ; 3. 16). cc Vous êtes tous fils
de Dieu par la foi en Jésus-Christ» (Gal. 3. 26). cc Vous êtes sauvés ,,
(Ep. 2. 5, 8). " Je vous écris, petits enfants, parce que vos péchés sont
pardonnés ,, (1 Jn. 2. 12).

2. Et après ?
Celui qui a passé par l'expérience initiale du salut, n'a fait que
franchir la porte d'entrée de la vie chrétienne, il n'est pas arrivé. Il
lui reste tout le chemin à parcourir. Que demandaient les apôtres à
ceux qui avaient fait la cc première expérience ,, ? Les quelques milliers
d'impératifs, de conseils, d'exhortations ... se répartissent en trois grou­
pes à peu près équivalents : vie spirituelle, vie morale et relations
nouvelles avec les autres. C'est dans le premier groupe, c'est-à-dire
dans les conseils relatifs à la vie spirituelle, que nous devrons trouver
des indications relatives à notre sujet. Analysons donc systématique­
ment, dans les épîtres, l'ensemble des exhortations relatives à la vie
chrétienne et à nos relations avec Dieu. Nous y trouvons plus de deux
cents impératifs et près de mille indications sous des formes diverses
(exemples, conseils, éloge de certaines attitudes, avertissements ... )
Ces exhortations se répartissent en trois sous-groupes d'importance
numérique à peu près égale : un premier tiers se rapporte à nos rela­
tions avec Dieu : prier, rendre grâces, louer, glorifier, adorer Dieu,
l'aimer, le servir, lui obéir, lui offrir nos membres...
Dans un deuxième tiers, nous pouvons ranger nos attitudes inté­
rieures devant Dieu : foi, espérance, assurance, conviction ferme. La
foi, à elle seule, est mentionnée plusieurs centaines de fois.
Le dernier tiers comprend des exhortations variées : nous sommes
appelés à croître dans la connaissance, la sagesse et la sanctification :
demeurez fermes, persévérez, veillez, renoncez au péché, résistez au
diable, soyez transformés, supportez les épreuves, marchez de progrès
s Voir A. Kuen : Je bâtirai mon Eglise (Ed. Emmaüs) , pp. 138-144.

147
en progrès, n'attristez pas le Saint-Esprit, ne l'éteignez pas, soyez rem­
plis de l'Esprit.
Toutes ces indications sont données à l'ensemble de ceux qui ont
fait l'expérience initiale, sans distinction aucune. Nulle part, nous ne
trouvons deux catégories : les baptisés et les non-baptisés de l'Esprit.
Dans la première épître aux Corinthiens, il est vrai, l'apôtre parle de
chrétiens charnels et d'autres qui sont spirituels mais, pour lui, les
chrétiens corinthiens sont charnels (3. 3), pourtant, il leur écrit qu'ils
ont tous été baptisés du Saint-Esprit. On ne peut donc pas dire : bap­
tisé du Saint-Esprit = chrétien spirituel. D'ailleurs, comme l'a montré
J. Sanderson : « le chrétien qui serait en permanence charnel est une
fiction de l'imagination inventée pour appuyer certains points de vue
doctrinaux. Chacun de nous peut avoir des moments où il est char­
nel. » 4
Ailleurs, l'apôtre parle d'enfants et d'hommes faits (1 Co. 3. 1 ;
14. 20 ; Ep. 4. 14 ; cf. Hé. S. 13-14). Cette image fait davantage ressortir
la nécessité d'une croissance organique pour parvenir d'un état à l'au­
tre. « Paul ne parle jamais de cette œuvre de !'Esprit comme d'un
second acte qui peut venir après un intervalle. Pour lui, ce troisième
don (revêtement de puissance, en plus de la justification et de la
sanctification) fait partie des autres et forme une unité avec eux »
(H. Berkhof). 5
L'apôtre Jean distingue trois stades dans la croissance chrétienne :
petits enfants, jeunes gens, pères (1 Jn. 2. 12-14). Ces étapes sont carac­
térisées par des expériences variées de la grâce. L'enfant se réjouit
de ce que ses péchés soient pardonnés et de ce qu'il puisse rencon­
trer Dieu comme un Père. Il vit de sentiments joyeux et stimulants.
Les jeunes gens, c'est-à-dire les adolescents de la vie spirituelle, sont
engagés dans la lutte contre le malin. Ils apprennent à remporter la
victoire sur le péché et sur le diable par la Parole demeurant en eux
(la Parole écrite, mais aussi - et surtout - la Parole vivante : Christ
en nous). A ces deux étapes essentiellement égocentriques succède
l'âge adulte caractérisé par la paternité. Lorsque le chrétien prend
conscience qu'il n'a pas seulement à recevoir, mais que sa vocation
est de transmettre la vie qu'il a reçue et de prendre des responsa­
bilités vis-à-vis des autres, il devient père. Cette étape est caractérisée
par la connaissance de " Celui qui est dès le commencement». Les
chrétiens majeurs connaissent Christ comme Seigneur, Dominateur,
Fils éternel du Père, comme celui qui a reçu les pleins pouvoirs dans
le ciel et sur la terre (Mt. 28. 18 ; Hé. 1. 3).
Dans l'épître aux Romains, l'apôtre semble distinguer ces trois
mêmes étapes dans l'évolution du chrétien : 1. La justification (ch.

' The Fruit of the Spirit (161), p. 10.


5 Berk.hof : The Doctrine of the Holy Spirit (10), p. 87.

148
3-5) qui nous donne la connaissance du pardon et de la paix avec
Dieu notre Père ; 2. La lutte contre le péché et le secret de la victoire:
Christ demeurant en nous par son Esprit (ch. 6-8) ; 3. Nos responsa­
bilités envers les autres, c'est-à-dire les problèmes liés à notre pater­
nité spirituelle (ch. 9-15). 6

3. Les apôtres ne connaissent-ils pas la « seconde bénéd i ction » ?


Si nous ne trouvons pas de référence claire à deux stades nette­
ment différenciés dans la vie chrétienne, nous ne trouvons pas davan­
tage d'appel à passer par une expérience définie qui nous ferait passer
d'un stade à l'autre - quel que soit le nom que l'on donne à une
telle expérience (baptême du Saint-Esprit, effusion, action de !'Esprit,
revêtement de puissance, seconde bénédiction, entière sanctification,
etc ... )
Si une telle expérience apportait au chrétien tous les fruits spiri­
tuels dont parlent ses protagonistes (communion plus intime avec
Dieu, esprit de louange et d'adoration, victoire sur le péché, puissance
pour le service, amour des âmes, goût pour la lecture de la Parole... ),
comment se ferait-il que les apôtres ne la recommandent pas à leurs
correspondants ? On nous répond que, probablement, tous les chré­
tiens des Eglises primitives auxquelles ces lettres étaient adressées,
avaient déjà fait cette expérience. Comment comprendre alors que
les apôtres les exhortent à rechercher précisément ce que cette expé­
rience est censée nous apporter ? Pourquoi font-ils appel à la volonté
du chrétien, à son intelligence, à son sens de la dignité... pour que
sa vie porte ces fruits spirituels que le Saint-Esprit pourrait produire
d'un seul coup par une expérience ?
A toutes ces questions troublantes, il n'y a qu'une réponse satisfai­
sante : les écrivains du Nouveau Testament ignoraient cette seconde
expérience.
L'histoire nous apprend, en effet, qu'elle n'a été découverte et
définie qu'au XXe siècle après que, depuis le XVIIIe siècle, une lente
évolution doctrinale et les expériences de quelques hommes de Dieu
éminents lui aient préparé le chemin.

B. QU'EN DIT L'HISTOIRE ?

1 . P rem iers jalons


L'idée de deux étapes dans l'expérience du salut est rattachée par
certains auteurs à la tradition du baptême des enfants : selon la
8 Voir A. Kuen : Il faut que... (106) : Nouvelle naissance et croissance
dans la vie nouvelle, pp. 210-216.
149
théologie catholique, l'enfant est régénéré par le sacrement du bap­
tême, mais le Saint-Esprit vient seulement habiter en lui par le sacre­
ment de la confirmation. Cette théologie a été plus ou moins reprise
par certaines Eglises de la Réforme: dans la perspective luthérienne,
l'enfant est aussi régénéré par le baptême, mais il devra confirmer
plus tard sa volonté d'appartenir à Christ. ].Ph. Spener, le fondateur
du piétisme, tout en acceptant l'efficacité du baptême des enfants,
insistait sur la nécessité d'une expérience personnelle de la grâce
qu'il appelait la nouvelle naissance.
Le puritanisme aussi voyait l'expérience du salut en deux étapes :
la conversion et, plus tard, l'assurance, la confirmation de l'adoption. 7
Certains puritains appelaient l'expérience de « l'assurance » : un
« baptême dans !'Esprit » .
C'est John Wesley qui semble avoir été l e premier à distinguer
méthodiquement deux expériences : le pardon des péchés et la purifi­
cation du cœur : « Nous ne pouvons pas extirper les œuvres de la
chair, m.1lgré toute la grâce qui nous a été donnée dans la justifica­
tion. Nous ne le pouvons certainement pas jusqu'à ce qu'il plaise à
Dieu de dire une deuxième fois : sois pur. Alors seulement la lèpre
est purifiée, la mauvaise racine et le sens charnel sont détruits. » 8
« Nous ne connaissons nulle part un seul exemple où une personne
ait reçu, dans un seul et même moment, la rémission des péchés, le
témoignage permanent de !'Esprit et un cœur pur et nouveau. » 9 Pour
lui, l'expérience de la sanctification, comme celle de la justification,
est instantanée « après une conviction graduelle et progressive, vous
serez sanctifiés en un instant » . 10 « Je crois que la justification est
totalement distincte de la purification et, nécessairement, antérieure
à elle. » 1 1 « Comme cette « entière sanctification » ou « perfection »
est acquise simplement par la foi, elle est par conséquent instanta­
née. » 12 « Après avoir été pleinement convaincu du péché en lui,
par une conviction bien plus profonde et plus claire que celle qui
précédait la justification, après avoir expérimenté une mort graduelle
au péché, le chrétien expérimente une mort totale et un renouvelle­
ment entier dans l'amour et à l'image de Dieu. » 13
Les premiers méthodistes ont souvent insisté sur la nécessité, pour
le chrétiens ayant accepté le salut par la foi en Jésus-Christ, de faire
une seconde expérience qu'ils ont parfois appelée " entière sanctifi-

1 Voir G. Brunk : Encounter with the Ho/y Spirit (31), p. 26.


s Wes/ey's Standard Sermons (Edited by E. H. Sugden, Lon.don, 1921),
T. I l , pp. 390-391 .
9 A Plain Account o f Christian Perfection (réédité par Epworth Press,

London, 1952, p. 24, cité Bruner, p. 38).


10 Lettres (Rééd. Epworth Press, London, 1931, p. 222, Bruner (30) , p. 38).
11 Journal II (13. 9. 1739).
12 Journal IV (1. 1 1 . 1762).
13 Plain Account, p. 52. Voir Bruner (30), pp. 323-332.

1 50
cation " , ou • la grâce d'un cœur pur ,, , ou • le plein salut ,, , ou
" l'amour parfait ,,. (S- Samouélian). 1 3 •
Avant Wesley, personne n'avait développé une doctrine aussi défi­
nie d'une seconde œuvre de la grâce. " Le Méthodisme a exercé une
influence essentielle sur le pentecôtisme en concentrant les désirs
spirituels sur l'expérience et plus particulièrement sur une expérience
instantanée faisant suite à la conversion » (F.D. Bruner). 14
Le prédicateur méthodiste John Fletcher appelle la réception sou­
daine de l'entière sanctification, un " baptême du Saint-Esprit». 15
William Bramwell parle fréquemment des baptêmes de !'Esprit
qu'il a reçus. Il écrit par exemple de Newcastle : " Il y a trois semai­
nes, j'ai reçu un baptême de !'Esprit plus abondant que tous ceux que
j'avais reçus j usque-là. » L'année suivante, il écrit encore : " Je me
suis livré à Dieu pour recevoir un baptême de son Esprit plus abondant
et plus puissant que jamais. » 15 •

2. Les revival i stes


Le revivalisme américain a repris le terme en insistant sur le
caractère individuel et émotionnel de l'expérience. " Les pères de la
" doctrine du baptême du Saint-Esprit» sont Finney, Asa Mahan et
Upham» (E. von Eicken). 16
Ch. Finney (1792-1876) a exercé une profonde influence sur les
évangéliques, même au-delà des pays anglo-saxons. L'émotivité a joué
un grand rôle dans sa conversion, 1 7 dans ses méthodes 18 et dans
toute sa conception de la vie chrétienne. Pour lui, le " baptême du
Saint-Esprit» ou " baptême de puissance » est une expérience qui fait
suite à la conversion et qui équipe le chrétien pour le service de Dieu.
Ce baptême du Saint-Esprit est " indispensable au succès d'un servi­
teur de Dieu ... pour avoir la puissance de convertir les âmes, dans la
chaire et dans la société » . 19
1 3 • L'Evangéliste, 1-2.1976, p. 247.
1 , Op. cit. (30), p. 38.
u J. Dunn (51). Introduction.
15 • L. Parker : Portraits méthodistes ( p. 36), cité par S. Samouélian
(note l3 •).
1 e Hl. Geist, Menschengeist, Schwarmgeist (55), p. 17.
1 7 Voir son témoignage dans A. Kuen : Il faut que ... (106), pp. 177-179 et
dans : Ils ont trouvé le secret (54), pp. 59-70.
1 s II disait par exemple : « Il y a tant de choses qui détournent leur

esprit de la religion et qui s'opposent à l'influence de l'évan�ile qu'il est néces­


saire de recourir à une certaine excitation parmi eux Jusqu'à ce que le
flux monte si haut qu'il balaie tous les obstacles», cité par W. G. Mc Loughlin :
Modern Revivalism : Ch. Finney to B. Graham, New York, Ronald, 1959, pp.
86-87. M. Unger dit que « l'enseignement de Finney concernant un baptême
spirituel qui suivrait la conversion et le degré émotionnel élevé dans la métho­
dologie du réveil sont devenus des traits distinctifs du christianisme amé­
ricain» (Baptism (188), pp. 8-9).
u Memoirs (New York, Revell, 190 3), p. SS.

151
Dans un écrit intitulé « Baptême de puissance • , il déplore que
l' « on en restât à la conversion, sans chercher, jusqu'à ce qu'on l'ob­
tienne, ce baptême qui seul nous revêt de la puissance d'En-Haut.
De là vient que tant de gens qui font profession d'être chrétiens n'ont
aucun pouvoir ni sur Dieu, ni sur les hommes. » 20 Mais, pour Finney,
ce baptême n'était pas une « seconde expérience • unique et défini­
tive. Vers la fin de sa vie, il écrira : « Le Seigneur opéra une révision
vraiment complète de ma propre âme et un nouveau baptême de Son
Esprit... » 2 1 Converti en 182 1 , il refit trois fois (en 1834, 1838 et 1843)
une expérience de revêtement de puissance.
Asa Mahan ( 1 799-1889), son collègue et président de l'Ecole bibli­
que d'Oberlin, dit que « le Saint-Esprit conduit tout d'abord le pécheur
à la repentance envers Dieu et à la foi en notre Seigneur Jésus-Christ ;
puis après qu'il ait cru, c'est-à-dire après la conversion, « le Saint­
Esprit vient sur lui », • tombe sur lui » , • est répandu sur lui » et le
« revêt de la puissance d'En-Haut • pour le rendre capable d'accom­
plir la missicn que Dieu lui assigr:e ... En fait, la promesse du Sair.t­
Esprit ne s'accomplit ordinairement qu'un temps plus ou moins long
après la conversion... Des milliers de gens, dans les églises, ont été
convertis, mais n'ont jamais reçu le baptême du Saint-Esprit. » 22 Par­
mi les effets de ce baptême, Asa Mahan cite le courage et l'efficacité
dans le témoignage, l'assurance du salut, la paix, la j oie, la maîtrise
de soi, la présence d'esprit, mais j amais il ne fait mention du parler
en langues. Il s'appuie sur les écrits des frères Wesley et T ennent,
de Mme Guyon, du président Edwards, de P.B. T aylor... et l'expérience
de beaucoup de chrétiens (pp. 39-61). Les seuls passages bibliques
qu'il invoque sont Ac. 1. 8 ; 8 ; 1 0 ; 19.
Upham, un autre professeur de l'Ecole biblique, se joignit à Finney
et Asa Mahan pour définir et prêcher la « doctrine d'Oberlin •, qui
distinguait le baptême du Saint-Esprit de la régénération. • Il y aura
donc à partir de là, remarque E. von Eicken, des régénérés avec ou
sans baptême de !'Esprit. Dieu peut, certes, accorder à chacun des
communications extraordinaires de son Esprit où et quand il veut,
mais en les généralisant et en en faisant une doctrine, on a jeté en
terre une semence dont le développement s'avéra fatal en l'espace
d'une génération. » 2s
Dans la théologie de Finney, la technique, c'est-à-dire les moyens
humains, jouait un grand rôle. « Finney affirmait que si quelqu'un
appliquait une technique donnée, il provoquerait un réveil quand il
le voudrait... Il a oublié que seule la souveraineté de Dieu provoque
to Asa Mahan - Finney : Baptême de /'Esprit - Baptême de puissance
(116), p. 87.
ei C ité par R. Edman : Ils ont trouvé le secret (54), p. 69.
22 Baptême de /'Esprit (116), pp. 8-10.
n Hl. Geist ... (55), p. 18.
152
le réveil » (Martin Lloyd-Jones). 24 C'est pourquoi les conversions obte­
nues en partie par des moyens psychologiques n'étaient pas durables.
Asa Mahan constatait : • tous ceux qui furent touchés par les réveils
de Finney se sont relâchés ; les gens étaient comme du « charbon
mort " impossible à rallumer ; les pasteurs ont perdu leur puissance ... •
(cité par M. Lloyd-Jones, p. 27). Finney lui-même avouait : « Les
convertis de mes réveils sont un déshonneur pour le christianisme. •
Cette même technique était employée pour produire la « seconde
expérience "• le « baptême du Saint-Esprit » . Confession des péchés
et consécration devaient l'amener plus ou moins automatiquement.
Malheureusement, ce ne fut pas toujours le cas.
Les exemples les plus saisissants de cette faillite de la « techni­
que " furent les étudiants même de Finney. « Ces étudiants, nous rap­
porte Asa Mahan, confessèrent de nouveau leurs péchés, renouvelè­
rent leur consécration et, avec toute l'intensité et la détermination
dont étaient capables leurs natures, ils promirent une obéissance abso­
lue. Chaque fois, le résultat fut le même : ce n'étaient pas la vie nou­
velle, la joie, la paix et la puissance attendues, mais des gémissements
provoqués par la loi implacable du péché et de la mort. Dès le début
et au fur et à mesure que se déroulaient ces réunions, ces étudiants
confessèrent leurs péchés, se consacraient solennellement en renou­
velant leurs vœux d'obéissance, et chaque fois avec plus de détermi­
nation. A la sortie, ce furent chaque fois des gémissements qui deve­
naient de plus en plus effroyables à entendre. " 25
La théologie et la méthodologie de Finney ont profondément in­
fluencé le Pentecôtisme. Sa Théologie systématique reste, paraît-il,
le seul ouvrage de théologie utilisé par les pasteurs et évangélistes
du mouvement, le seul diffusé par les éditeurs et les libraires pente­
côtistes. 26

3. Irving et l ' Eg l ise catholique apostolique


A peu près à la même époque eurent lieu, en Angleterre, des évé­
nements qui n'ont pas dû manquer d'influencer l'évolution de la doc­
trine du « baptême du Saint-Esprit » . Edward Irving ( 1792-1834) fut
l'un des prédicateurs les plus célèbres de Londres. Ses talents excep­
tionnels et sa profonde piété le rendirent si populaire qu'on dut
construire une nouvelle église pour contenir tous ses auditeurs. En
voyant le triste état de la chrétienté et en étudiant !'Apocalypse, il se
convainquit de la nécessité, puis de l'imminence d'une nouvelle effu­
sion du Saint-Esprit. Il se mit à enseigner que les dons spirituels mira-
u Conversion, Psychological and Spiritual, p. 31.
u Asa Mahan : Autobiography, p. 245 ; cité par M. Standford : Lettres
de feu (174), p. 38.
tt H. A. Fischer cité par Bruner ( 30), p. 40.

153
culeux avaient disparu de l'Eglise à cause de l'incrédulité des chrétiens
et il établit des groupes de prière dans différentes maisons pour
demander à Dieu de restaurer ces dons dans son Eglise. Un an après,
en juillet 1831, il put écrire à un ami que deux de ses paroissiennes
avaient reçu le don des langues et de prophétie. Un certain nombre
de membres de sa congrégation, surtout des femmes, eurent des
extases et des mouvements convulsifs, accompagnés de parlers en
langues. Irving était convaincu qu'il s'agissait de langues étrangères
existantes et qu'elles étaient d'origine divine - d'autant plus que des
guérisons miraculeuses les accompagnaient souvent - bien qu'un
ami, Robert Baxter, qui avait pris une part active dans le mouvement,
l'ait averti en constatant que les prophéties données ne s'accomplis­
saient pas : « Nous avons tous parlé par des esprits mensongers, et
non par !'Esprit du Seigneur. » 21
A la suite de manifestations irrégulières et désordonnées pendant
le culte, il fut suspendu de ses fonctions par l'Eglise d'Ecosse et se
joignit à l'Eglise catholique apostolique (dont la fondation lui a é té
souvent attribuée à tort). C'était un petit groupe dissident qui avait
rétabli les charges d'apôtres, de prophètes, d'anges, de docteurs men­
tionnés dans le Nouveau Testament.
En 1832, on trouve, dans les écrits d'Irving, la mention du « bap­
tême du Saint-Esprit en vue du parler en langues et de la prophé­
tie ,, . 2s
Le théologien du mouvement, J .B. Cardale, dit qu' « il y a un don
du Saint-Esprit que le Christ envoie d'En-Haut et qu'il confère après
le baptême (d'eau) » 29 et il emploie pour cela les expressions de
" recevoir le Saint-Esprit, baptême du Saint-Esprit, don du Saint­
Esprit », mais dans l'Eglise apostolique, c'est le terme de " sceau du
Saint-Esprit » ou « saint-scellé » (sealing) qui deviendra le terme con­
sacré. Le " rite du saint-scellé » y occupera une place importante. Il
ne peut être conféré que par l'imposition des mains d'un " apôtre » .
Cardale écrit : " Il n'y a aucun exemple dans !'Ecriture o ù le don du
Saint-Esprit aurait été conféré par une autre ordonnance que par l'im­
position des mains des apôtres. » 3 ° Ce baptême ou sceau du Saint­
Esprit donne la capacité de servir dans le Corps de Christ. Beaucoup
de ces doctrines ont été reprises - à la suite de cheminements encore
mystérieux pour les historiens - par les mouvements pentecôtistes et
charismatiques (baptême du Saint-Esprit lié au parler en langues et
!7 Robert Baxter : Narrative of Facts Charaterizing the Superrzatural
Manifestations in Members of Mr. lrving's Congregation (London, 1 8 3 3), cité
par Warfield : Miracles Yesterday and Today (Eerdmans, 195 3 ), pp. 142-14 3 .
!B Cité par A. L. Drummond : E. Irving and His Circle (S. Clarke, London,
19 34), p. 164.
!e J . B. Cardale : Readings upon the Liturgy (London, 1878). Vol. 2, p. 291.
so Op. cit., p. 424.
154
à d'autres phénomènes physiques, conféré par l'imposition des mains,
donnant la capacité de servir dans le Corps de Christ, prophéties, gué­
risons, extases... ). Irving est célébré comme un « pionnier presbyté­
rien » du christianisme charismatique. L. Christenson a consacré son
" Message au mouvement charismatique » à l'évocation de l'Eglise
catholique apostolique. 3 1 Dans le chapitre 2 intitulé « Précurseurs
oubliés du mouvement charismatique », il dit que « l'histoire, l'ensei­
gnement, la position théologique et les préoccupations de l'Eglise
catholique apostolique, en un mot, son message considéré comme un
tout organique, porte des ressemblances frappantes avec le mouve­
ment charismatique » (p. 15). « Elle offre une perspective historique
pour évaluer le mouvement charismatique » (p. 1 6). On peut être
étonné du choix de ce parrainage lorsqu'on connaît l'évolution de
cette Eglise qui fut, en son temps, « rejetée par l'Eglise entière » 32 et
qui a donné naissance à la « Communauté néo-apostolique ». Celle-ci
a conservé les doctrines essentielles de l'Eglise apostolique et se consi­
dère comme la seule Eglise chrétienne. 33

4. Le mouvement de sanctification
Le " mouvement de sanctification » (Holiness Movement) consti­
tue un dernier maillon entre le méthodisme et le pentecôtisme. Né
d'une saine réaction contre le relâchement moral qui a suivi la Guerre
de Sécession, ce mouvement est un fruit direct de " la doctrine d'Ober­
lin » . Il a insisté sur la nécessité de la sanctification, ou, comme on
l'appelait, du " parfait amour ». On parle de sainteté " instantanée,
parfaite, pleine, certaine » , de " baptême du Saint-Esprit », " seconde
bénédiction », " expérience de la sanctification » ... W.E. Boardman, qui
fut le théologien du mouvement, écrit dans son « Higher Christian
Life » : " Il existe une seconde expérience distincte de la première -
venant parfois plusieurs années après la première, une seconde con­
version, comme elle est appelée. » 34 Pourtant, il affirmait qu'il ne
fallait pas insister sur l'attente d'un baptême spécial de !'Esprit, " car
l'Eglise possède !'Esprit depuis qu'il a été donné à la Pentecôte, chaque
croyant peut le recevoir par la foi ». 35
Ses collaborateurs : Robert Pearsall Smith, la femme de ce der­
nier : Hannah Whithall Smith (connue sous les initiales H.W.S. par

3 1 A Message to the Charismatic Movement (38), 119 p. Dédié à « ce Corps


de Chrétiens peu connu des hommes, mais connu de Dieu dont le message
nous parle par-delà les ans ».
st G. Dagon : Petites E�lises de France (vol. 2), p. 67.
33 Voir G. Dagon op. cit. Vol. 3, pp. 49-62.
34 The Higher Christian Life (Boston, Henry Hoyt, 18 59), p. 47 cité par
Bruner (30), p. 43.
ss Cité par J. Besson : Le Réveil d'Oxford ou le Mouvement de sanctifi­
cation (11).
155
son livre : • Le secret d'une vie heureuse » ) , Blackwood, Lord Radstock,
H. Varley propagèrent le mouvement en Angleterre. Il y fut connu
sous le nom de « Réveil d'Oxford » , car la conférence d'Oxford ( 1874)
a joué un rôle de premier plan dans cette propagation. Avant la fin
de 1874, T héodore Monod, Arnold Bovet, T h. Rivier, O. Stockmayer,
C.H. Rappard, T h. Jellinghaus apportent l'enseignement d'Oxford en
France, en Suisse et en Allemagne. Des • réunions de consécration »
ont lieu partout. On insiste sur la « sanctification par la foi ». En
Angleterre, la Convention de Keswick est, depuis 1875, le centre de
rayonnement de l'enseignement sur la « seconde bénédiction •. Si d'in­
nombrables chrétiens ont connu, par les prédications du mouvement
de sanctification, un approfondissement de leur foi et de leur piété,
les égarements moraux de Pearsall Smith ont attiré l'attention sur les
dangers de la doctrine. Lui-même a confessé plus tard : « j'ai insisté
trop exclusivement sur la confiance en Dieu, tandis que je n'ai pas
suffisamment accentué la nécessité de la vigilance. Dans mes écrits,
je discerne une tendance contre laquelle il faut nous garde!" avec
soin : celle de ne présenter qu'une seule face de la vérité. » 36
Il était, avant tout, orateur et homme d'action (c'était un directeur
d'usine) . Il n'a jamais voulu définir une doctrine du salut en deux
étapes. Ayant expérimenté la « seconde bénédiction », il prêchait avec
éloquence à des foules immenses. Pourtant, pratiquement, nous dit
F. Rienecker, • il a dévalué la justification reçue lors de la nouvelle
naissance par rapport à l'étape • supérieure » de sanctification reçue
par la foi et qui doit s'y ajouter. De cette manière, Smith, sans en
avoir réellement conscience, échafaude une doctrine (du salut) en
deux étapes. » 37

5. L'évangél isme anglo-saxon


Dans les pays anglo-saxons, beaucoup de serviteurs de Dieu in­
fluents firent une « seconde expérience » qui, d'après leur témoignage,
transforma leur vie intérieure et leur ministère.
D.L. Moody ( 1837-1899) parle de « l'onction du Saint-Esprit », de
la « puissance pour le service », d'un « nouveau baptême » : « Le Saint­
Esprit venant sur nous avec puissance se distingue de la conversion. •
Converti en 1855, le célèbre évangéliste expérimenta le « baptême
de !'Esprit » en 1871. A son enterrement, le Dr Scofield indiquait les
trois secrets de sa puissance : « 1. Il avait fait l'expérience de la grâce
du salut en Christ. Il était passé de la mort à la vie et il le savait.
2. Il croyait à l'autorité divine des Ecritures ... 3. Il était baptisé du
3& Cité par J. Besson : (11), pp. 284-285.
37 F. Rienecker : Biblische Kritik am Pietismus alter u. neuer Zeit (Gna­
dauer Verlag, 1952), p. 60.

156
Saint-Esprit et il le savait aussi. C'était pour lui une expérience aussi
précise que la conversion. » 38
Samuel L. Brengle, l'auteur salutiste de « Vers la sainteté » (1860-
1936), avait crié à Dieu pendant des semaines, nuit et jour, pour rece­
voir un cœur pur et le baptême du Saint-Esprit. Il fit l'expérience
le 9 janvier 1885 après avoir lu 1 Jn. 1. 9 : « Si nous confessons nos
péchés ... » et il en parle dans une brochure qu'il intitula Quand vint le
Saint-Esprit.
Oswald Chambers (1874- 1917), connu surtout par son livre « Tout
pour qu'Il règne • , fut frappé par la promesse de Jésus au sujet du
don de !'Esprit : « Je réclamai le don du Saint-Esprit en m'appuyant
fermement sur Luc 1 1 . 13. » Il indique comme conditions de récep­
tion : l'obéissance inconditionnelle, l'abandon total au Seigneur Jésus
et à sa volonté et la foi.
A.]. Gordon (1863-1895) pense qu' « il existe une réception du
Saint-Esprit qui nous qualifie pour le service » , mais il ne veut pas
l'appeler « baptême du Saint-Esprit " • la grande promesse « Vous
serez baptisés dans le Saint-Esprit » a été accomplie le jour de la
Pentecôte une fois pour toutes. » 39 Dans The ministry of the Spirit
(p. 68), il dit : « Nous devons accepter le Saint-Esprit pour son mi­
nistère spécial (c'est-à-dire la sanctification), comme nous avons
accepté le Seigneur Jésus pour son ministère spécial (la j ustification) . »
Une telle spécialisation dans les ministères des différentes personnes
de la Trinité manque absolument de base biblique. Dans Ro. 8, par
exemple, Christ, !'Esprit de Christ et l'Esprit de Dieu sont absolu­
ment équivalents et interchangeables ; l'apôtre emploie l'un pour
l'autre.
Andrew Murray, né en 1828 en Afrique du Sud, mort en 1917.
A la conférence de Keswick de 1895, il rendit témoignage de son
" baptême du Saint-Esprit » . Il fait une nette distinction entre la
nouvelle naissance et « l'habitation intérieure du Saint-Esprit • qui
débute en nous par le « baptême du Saint-Esprit » . Dans La bénédic­
tion de la Pentecôte dans sa plénitude, il dit qu'il y a deux sortes
de vies chrétiennes : « Tandis que les uns ne connaissent, par exemple.
que peu de chose de l'action du Saint-Esprit, à peu près ce qu'on en
pouvait connaître sous l'ancienne alliance, les autres le reçoivent com­
me !'Hôte divin habitant personnellement dans leur cœur, où il
répand une vie puissante, une plénitude de joie et d'amour. L'Eglise
ne retrouvera pas sa puissance primitive d'expansion tant qu'elle
n'aura pas saisi l'importance de cette différence ... Le Saint-Esprit agit
en nous de deux manières. Dans une première opération préparatoire,

sa Pourtant, dans la « Bible Scofield » (édition originale et éd. révisée), il


est dit (Ac. 2. 4) que « chaque croyant est baptisé par le Saint-Esprit».
39 Citations extraites de R. Edman (54), pp. 21, 5 3-55, 76, 105-106, 108.

157
il agit sur nous pour nous amener à la conversion. Puis vient une
seconde phase : nous le recevons alors comme un don permanent, un
Hôte divin, qui se charge de vivifier l'homme intérieur, créant en
nous le vouloir et le faire. » 4 0
Les livres d'Andrew Murray ont répandu l' « enseignement de Kes­
wick» dans de nombreux pays. Une dizaine d'entre eux furent aussi
traduits en français. Dans " Le secret de la puissance d'En-Haut» 41,
il demande d'« attendre !'Esprit» : " Vous qui êtes croyants, vous
devez attendre la manifestation de la puissance de !'Esprit qui est
déjà en vous. Comme enfants de Dieu, vous avez déjà le Saint-Esprit 11
(p. 163).
A.B. Simpson, le fondateur de l'Alliance chrétienne et mission­
naire, enseignait la même doctrine : " Nés de !'Esprit comme Christ,
nous devons être baptisés dans !'Esprit, puis aller de l'avant, vivant
comme il a vécu et faisant les œuvres qu'il a faites» (A.B. Simpson). 4 2
F.B. Meyer, Amy Carmichael, R.C. Halverson, l'évêque Moule et
bien d'autres passèrent par une telle ,. crise d'abandon de tout leur être
au Sauveur» (R. Edman). 4 3
Markus Hauser (1849-1900), l'évangéliste suisse bien connu par
ses livres, enseignait aussi que le baptême de !'Esprit était une expé­
rience réservée à ceux qui sont déjà nés de nouveau, elle est mar­
quée par des signes évidents. Lors de son baptême spirituel, dit-il,
" une vague de feu pénétra lentement dans mon esprit, mon âme et
mon corps. Vague après vague, le Saint-Esprit me traversa et prit
possession de moi. » 44
Celui qui a défini le plus clairement la doctrine du « baptême du
Saint-Esprit» comme seconde expérience fut l'évangéliste R.A. Tor­
rey, président de l'Institut biblique Moody, de Chicago. En 1904, il
entreprit une tournée mondiale d'évangélisation avec Ch. Alexander
et diffusa, dans tous les milieux évangéliques, l'enseignement de
l'expérience du Saint-Esprit après la conversion. Les pentecôtistes le
considèrent un peu comme le Jean-Baptiste de leur mouvement.
Dans sa dogmatique, Ce que la Bible enseigne, il consacre un cha­
pitre entier (ch. VII) au baptême et à la plénitude du Saint-Esprit.
Il dit : " Baptisé ou rempli du Saint-Esprit. le Saint-Esprit descendit,
vint sur eux, le don ou les dons du Saint-Esprit, recevoir le Saint­
Esprit, être revêtu de la puissance d'En-Haut» sont des expressions

•o La bénédiction de la Pentecôte dans sa plénitude (128), pp. 14-15.


• 1 ( 129).
n The Ho/y Spirit or Power on High, vol. II ( 169), p. 21.
" Op. cit. (54), p. 9. Dans : « Deeper Experiences of Famous Christians »
(Springfield, 191 1), J. Gilchrist Lawson collationnait un bon nombre de témoi­
gnages glanés dans les biographies d'hommes de Dieu du XVIII• au XX•
siècle. Il en conclut qu'« il y a un accord pratique entre ceux qui croient en
une expérience chrétienne plus profonde que la conversion » (p. 9).
" Am Gnadenthrone 1897, p. 144 cité Hollenweger (89), p. 25 3.

158
équivalentes « pour décrire la même expenence », une « expenence
définie dont on peut et on doit savoir si on l'a faite ou non ... Le
baptême du Saint-Esprit est une opération de !'Esprit qu'il faut distin­
guer de son œuvre de régénération, antérieure au baptême et à la­
quelle elle vient s'ajouter. Un homme peut être régénéré par le Saint­
Esprit, sans en avoir encore été baptisé. Dans la régénération, la vie
est infusée et celui qui la reçoit est sauvé. Dans le baptême, il y a
la communication de puissance et ce1ui qui la reçoit est équipé pour
le service. Chaque croyant véritable a le Saint-Esprit, mais chaque
croyant n'a pas reçu le baptême du Saint-Esprit. » Lui aussi, cepen­
dant, n'en a pas fait une expérience unique. « Nous avons besoin d'un
nouveau baptême, chaque fois qu'un besoin urgent se présente dans
notre service chrétien.» 4 s
Jessie Penn-Lewis, la collaboratrice d'Evan Roberts, l'initiateur du
Réveil du Pays de Galles, parle aussi du baptême du Saint-Esprit
comme d'une expérience qui « se produit dans un esprit déjà régé­
néré et né du Saint-Esprit... déjà occupé par lui». 46 « De la même
manière qu'ils ont reçu Jésus, les chrétiens doivent aussi recevoir le
Saint-Esprit. Jésus étant un don de Dieu, le Saint-Esprit est celui du
Seigneur Jésus. Jésus vous sauve, le Saint-Esprit vous identifie à
Jésus. » 47
Ainsi, au moment où le pentecôtisme apparaîtra, il trouvera, déjà
fortement ancrée et répandue dans les milieux évangéliques, la pré­
dication d'une seconde expérience appelée « baptême du Saint-Esprit»,
« baptême de puissance», « onction pour le service» ou « plénitude
de !'Esprit».
Le pentecôtisme ne sera qu'un prolongement, « une extension du
mouvement de sanctification» comme l'appelle Charles Conn, l'his­
torien du pentecôtisme, en précisant que « la plupart de ceux qui reçu­
rent le baptême du Saint-Esprit au cours des premières années étaient
ou bien des personnes liées au réveil de sanctification, ou bien des
chrétiens qui avaient adopté ses vues sur la sanctification. ,. 48
« Particulièrement significatif pour la puissance du pentecôtisme
fut le déplacement d'accent, à l'intérieur du mouvement de sanctifi­
cation, au cours des dernières décennies du XIXe siècle, vers une
identification de l' « entière sanctification» avec le « baptême du
Saint-Esprit. • 49
46 Ce que la Bible enseigne (La Mission belge évangélique, Bruxelles, s. d.),
pp. 270-281. Dans « The Baptism with the Holy Spirit » (18 3), Torrey a déve­
loppé ce sujet en détail.
48 The Overcomer, 1912, pp. 8 2-84.
47 Ibid., p. 29. Cité par Miles Stanford : Lettres de feu (174), p. 4.
,a Charles Conn: Pillars of Pentecost (Cleveland, Tenn., Pathway, 1956), p. 27.
4e Dr. H. Kuhn : The Holy Spirit in the Charismatic Life and Renewal
of the Church Today (107). Voir J. Rodman Williams : The Pentecostal
Reality, pp. 46 ss.
159
6. Le mouvement de Pentecôte
Quelle est alors l'originalité du pentecôtisme par rapport à ses pré­
curseurs ? Qu'est-ce qui a donné son impulsion et sa caractéristique
au mouvement ? Ce fut la combinaison de la doctrine du baptême
du Saint-Esprit, telle qu'elle avait été élaborée par Finney, Boardman,
Torrey, avec le signe de sa réception : le parler en langues.
Le parler en langues avait déjà fait son apparition quelques années
auparavant aux Etats-Unis.
En 1886 est né, sous l'instigation de deux prédicateurs baptistes,
R.G. Spurling père et fils, le " mouvement de la dernière pluie », qui
ambitionnait la " dernière effusion du Saint-Esprit • (Joë. 3). En 1892,
dans une réunion à Liberty (Tennessee), des assistants se mirent à
parler en langues. Après avoir été exclus de leur Eglise baptiste, ils
fondèrent « l'Eglise de sainteté » (Holiness Church) à Camp Creek.
En 1907, elle prit le nom d' « Eglise de Dieu » . Certains la considèrent
comme l'Eglise-mère du mouvement de Pentecôte. La veille du jour
de l'an 1900 à Topeka (Kansas), Ch. Parham imposa les mains à une
jeune étudiante, Agnès Oznam, pour qu'elle reçût le baptême du Saint­
Esprit avec le parler en langues. « Pour la première fois, depuis l'épo­
que de l'Eglise primitive, nous dit J. Sherrill, on s'était attendu au
parler en langues comme marque initiale du baptême du Saint­
Esprit. » 50
Dans son école biblique, douze étudiants arrivèrent, en 1901, à la
conclusion que • la preuve biblique du baptême du Saint-Esprit était
le parler en langues » . « Cette affirmation est devenue le fondement
du mouvement de Pentecôte au XXe siècle » (E. von Eicken) . 51
Le mouvement, cependant, ne débuta vraiment que six ans plus
tard à Los Angeles. Un étudiant noir, W. Seymour, qui avait été
formé à l'école biblique de Parham, commença à prêcher la doctrine
du baptême du Saint-Esprit avec son signe : le parler en langues. Le
9 avril 1906, plusieurs personnes se mirent à crier, à chanter, à rire
et à parler en langues. On loua une salle plus grande au 312, Azuza
Street, ce local est considéré depuis lors comme le lieu de naissance
officiel du pentecôtisme- Le « réveil » d'Azuza Street dura trois ans.
On vint de tous les coins du monde pour voir ce qui se passait.
Thomas Ball Barrait, un prédicateur méthodiste norvégien qui
avait été fortement impressionné par la vie et les écrits de Finney,
attendait depuis longtemps un " baptême complet de l'Esprit ». Il était
venu faire une tournée de collectes aux Etats-Unis quand il entendit
parler des choses extraordinaires qui st passaient en Californie. Il s'y
rendit. Il pria pendant trente-neuf jours - parfois douze heures par
so Ils parlent en d'autres langues (168), p. 50.
61 Op. cit. (55), p. 30.

160
j our - pour le don des langues. Quand il l'eut reçu, il rentra en
Norvège pour y propager la nouvelle doctrine. D'Oslo, le mouvement
rayonna vers la Finlande, la Norvège, la Suède, l'Allemagne, la Suisse
et l'Angleterre.

En Al lemagne
En 1907, quelques pasteurs allemands se rendirent à Oslo. Eux
aussi cherchaient, depuis des années, l'expérience qui leur permettrait
de vivre leur vie chrétienne " sur un plan plus élevé » . Les écrits de
Finney, Asa Mahan, Boardman avaient suscité en eux la soif d'une
telle expérience. Les enseignements d'Oberlin et de Keswick les
avaient préparés à accueillir favorablement la doctrine pentecôtiste.
La même année, deux Norvégiennes importèrent le mouvement pente­
côtiste à Hambourg d'où il gagna Kassel et les principales villes d'Al­
lemagne.
Au début, le mouvement fut très bien accueilli par les leaders du
monde évangélique allemand. Depuis plusieurs années, on attendait
un grand réveil semblable à celui du Pays de Galles. " Aux environs
de 1 904, nous dit P. Fleisch, l'historien du pentecôtisme en Allema­
gne, l'attente d'un réveil a été " chauffée jusqu'au point d'ébullition » .
O n avait prêché " la plénitude d e la Pentecôte » , l a " plénitude de
l'Esprit », le • baptême de l'Esprit ». L'Eglise croyante, disait-on, pou­
vait l'expérimenter, si seulement elle le voulait sérieusement. » 5 2
Torrey, le • nouveau Moody » , avait entre autres tenu des réunions
qui avaient profondément marqué les milieux piétistes. La conférence
de l'Alliance évangélique à Blankenburg rassemblait chaque année
deux à trois mille croyants pour entendre des messages d'édification
donnés par les personnalités les plus marquantes du monde évangé­
lique (Dr Baedecker, général Von Viebahn, O. Stockmayer, E. Schrenk,
Jellinghaus, F.B. Meyer, Modersohn ... ) 58 Torrey y fut invité en 1905
et prêcha la nécessité du baptême du Saint-Esprit. " Après avoir exposé
les conditions bibliques du baptême du Saint-Esprit, il fit se lever ceux
qui seraient prêts à donner ce qu'ils avaient de plus cher pour que
Dieu leur accordât cette bénédiction. Des centaines d'enfants de Dieu
se levèrent, et Torrey se mit à prier pour que le Saint-Esprit tombe
sur tous ceux qui le désiraient. » 54 Le critère biblique de tout ensei­
gnement (Ac. 17. 1 1) fut mis de côté. Dans la revue Auf der Warte
du 22 octobre 1905 (p. 6-7) , on pouvait lire : " Nous n'avons pas
besoin d'examiner si c'est biblique de parler d'un baptême de !'Esprit
s2 P. Fleisch : Die moderne Gemeinschaftsbewegung (Leipzig, 1914), T. 1.,
p . 447.
53 Voir E. Beyreuther : Der Weg der Evang. Allianz in Deutschland
(Brockhaus, 1969), pp. 6 1-84.
54 P. Fleisch : Die moderne Gemeinschaftsbewegung in Deutschland, T. 1.,
p . 464 .

161
ou d'une nouvelle expenence de Pentecôte, puisque nous voyons
autour de nous des hommes et des femmes en grand nombre qui
peuvent témoigner : oui, cela existe, parce qu'ils en ont fait l'expé­
rience bénie. » 55 On organisa, dans différentes villes d'Allemagne,
des réunions au cours desquelles il y eut des messages en langues, des
prophéties, des guérisons, mais aussi toutes sortes de désordres psychi­
ques et moraux : au moment où les gens recevaient le « baptême de
!'Esprit » , ils tombaient par terre, s'agitaient convulsivement ou se
roulaient sur le sol, criaient, écumaient. .. Des prophéties annonçaient
des guérisons miraculeuses et des résurrections de morts - qui n'eu­
rent jamais lieu. Il y eut des désordres et des scandales, la plupart
des Eglises touchées par le mouvement furent divisées. Le discrédit
public tomba sur tout le peuple de Dieu. 56
Des serviteurs de Dieu expérimentés et connus furent entraînés
dans le mouvement. L'évangéliste H. Dallmeyer, par exemple, le suivit
pendant plusieurs années avant d'y reconnaître une séduction démo­
niaque. Il raconta son itinéraire spirituel d'abord dans une brochure
« Expérience dans le mouvement de Pentecôte », diffusée largement
en Allemagne, au Canada et aux Etats-Unis, puis dans un livre : « Die
Zungenbewegung » (45) (mouvement du parler en langues). Dans ce
livre, il cite en premier lieu, parmi les doctrines responsables des
déviations pentecôtistes dans son pays, « la séparation entre la justifi­
cation et la sanctification... La justification par la foi comprend le
don de l'Esprit et les arrhes de la rédemption totale. » Comme cause
immédiate de sa séduction, il indique la lecture des écrits de Torrey et
de Murray.
« Peu avant d'être entraîné dans le mouvement, j'avais lu La béné­
diction de la Pentecôte dans sa plénitude, de Murray. « Sois convaincu
de ce qui te manque, était-il dit, désire de tout ton cœur ce que Dieu
t'offre et sois prêt à tout sacrifier pour l'obtenir. Alors tu peux être
certain que le miracle de Jérusalem, de Samarie, de Césarée et d'Ephè­
se se renouvellera pour toi : tu seras rempli du Saint-Esprit. » j'ai fait
tout ce que Murray demandait, mais je n'ai rien obtenu. Le faux
enseignement sur le baptême de l'Esprit m'est devenu fatal. » 5 7
Th. Jellinghaus, le théologien de la « Gemeinschaftsbewegung •,
voit la source de tout le mal dans l'enseignement de Keswick qu'il a
lui-même répandu pendant des décennies. « C'est pourquoi il se sent
personnellement responsable du succès du mouvement de Pentecôte...
Il détruit de sa propre main l'œuvre de sa vie et prend sur lui la
déviation de la Gemeinschaftsbewegung » (Th. Sippel). 58
55 Cité par W. Hollenweger Enthusiastisches Christentum (89), pp. 66 et 207.
se Voir J. Besson : L'histoire du Mouvement de Pentecôte en Allemagne
de 1907 à 1912, (12).
n Dallmeyer : Die Zungenbewegung (45), p. 10.
58 Christi. Welt cité par W. Hollenweger (89), p. 211.

162
L'une des figures les plus marquantes du piétisme allemand, le
pasteur Jonathan Paul, se mit à prêcher le perfectionnisme dans les
grands rassemblements évangéliques. La base de départ vers le pente­
côtisme fut souvent un enseignement particulier sur la sanctification,
une doctrine dépassant les données bibliques et les lois que Dieu a
fixées pour ses relations avec les hommes. " Par la foi dans la mort
expiatoire de Jésus-Christ, je reçois le pardon des péchés. Par un
autre acte de foi, je reçois la sainteté, le " cœur pur» et je me retrouve
dans l'innocence d'Adam et d'Eve avant la chute. » 59
Au fond, l'enseignement pentecôtiste se situe sur la ligne de l'illu­
minisme. Au moment où le mouvement de Pentecôte faisait son
entrée en Allemagne, le pasteur Buddeberg définissait l'illun1inisme
(Schwiirmertum) comme un effort de l'homme pour " dépasser les
lois que Dieu a fixées une fois pour toutes pour ses relations avec les
hommes. Ces lois sont les suivantes : a) Dieu veut se révéler à nous
par sa Parole. L'illuminé cherche par-delà une parole " intérieure»
de Dieu et érige un nouveau prophétisme en lui conférant une valeur
d'autorité. b) Dieu entre en relations avec nous par son Fils. L'illu­
minisme détache !'Esprit de la personne de Christ. c) Dieu nous lie
à la création et à ses lois. L'illuminisme veut dépasser l'ordre de la
création et n'être que pur esprit... Il voudrait sortir de la voie de la
foi et marcher par la vue : visions et apparitions. Il survalorise la
piété extatique. Dieu lie le développement de notre foi aux lois natu­
relles de la croissance. L'illuminisme voudrait, d'un coup d'aile,
atteindre les sommets de la vie chrétienne. » 60
En décembre 1908, le " mouvement de Pentecôte allemand» se
sépara des cercles des " Gemeinschaften» (communautés évangéli­
ques). En septembre 1909, soixante serviteurs de Dieu de toute l'Alle­
magne se retrouvèrent pour prendre position contre le pentecôtisme.
Par la fameuse Déclaration de Berlin, ils affirmaient que le mouve­
ment de Pentecôte n'était " pas d'En-Haut, mais d'en-bas», qu'il a
beaucoup de points communs avec le spiritisme, que des esprits démo­
niaques y étaient à l'œuvre, des possessions démoniaques ayant été
constatées à la suite d'impositions des mains. " Nous n'attendons pas
une nouvelle Pentecôte, est-il dit, nous attendons le Seigneur qui
revient. » Cette déclaration, signée par les hommes les plus mar­
quants du monde évangélique allemand, consomma la rupture défi­
nitive entre le pentecôtisme et la chrétienté évangélique dans les pays
germanophones et slaves. Elle reste la norme de la majorité des évan­
géliques <l'outre-Rhin. Le Gnadauer Verband a réaffirmé, en 1972,
son attachement à cette déclaration. 81

61 Cité par R. Ising : Kriiftige Irrtümer (98), p. 39.


•0 D'après P. Fleisch : Die Pfingstbewegung in Deutschland (61), p. 170.
81 W. F. Hubner : Zungenreden, Weissagung, umkiimpfte Geistesgaben (95).

163
7. L'évolution d u pentecôtisme
Dans l'évolution du pentecôtisme jusqu'au lendemain de la secon­
de guerre mondiale, trois faits sont à noter : l'évolution doctrinale
vers un certain raidissement du schéma de salut en deux étapes,
l'éclatement du mouvement en plus de deux cents dénominations sou­
vent opposées entre elles et le développement numérique considérable
dans beaucoup de pays.

a) Evolution doctrinale :
Le mouvement issu de l'Eglise d'Azuza Street, le « Apostolic Faith
Movement "• voyait l'œuvre de Dieu sur l'homme en trois étapes.
Dans sa confession de foi, il est dit : « Première œuvre : la justifi­
cation. Deuxième œuvre : la sanctification, l'acte de la libre grâce
de Dieu qui nous rend saints. Le baptême du Saint-Esprit est un don
de puissance accordé à la vie sanctifiée. Lorsque nous le recevons,
il se manifeste de la même manière que pour les disciples le jour de
la Pentecôte : par le parler en langues " (Apostolic Faith). 62
Le baptême du Saint-Esprit est donc bien la troisième expérience,
la sanctification étant une seconde œuvre instantanée de la grâce.
Ce schéma du salut complet en trois étapes a été maintenu jusqu'en
1908. C'est W.H. Durham qui l'a ramené à deux étapes en combinant
la « seconde bénédiction " du mouvement de sanctification avec le
baptême de puissance caractérisé par le parler en langues du pente­
côtisme primitif. La controverse entre partisans du schéma des deux
étapes et défenseurs de celui des trois étapes continue entre les déno­
minations des deux tendances.
Parmi les deux cents dénominations pentecôtistes, les plus i m­
portantes sont les « Assemblées de Dieu " qui jalonnent le chemin
du salut de deux expériences marquantes (conversion et baptême du
Saint-Esprit) et l'« Eglise de Dieu " qui distingue trois étapes : conver­
sion, sanctification et baptême du Saint-Esprit. Dans les statistiques
d'une Eglise de ce type, la « Pentecostal Holiness Church " • on peut
lire, par exemple, qu'ils ont 12 937 membres répartis en trois catégo­
ries de : 8034 sauvés, 3179 sanctifiés et 1724 baptisés de l'Esprit.
Dans l'une et dans l'autre branche, le parler en langues devient le
signe initial obligatoire du baptême du Saint-Esprit. A partir de 1918,
celui qui n'adhérait pas à cette doctrine ne pouvait plus devenir pré­
dicateur dans les Assemblées de Dieu.
« Le point décisif de leur système doctrinal, nous dit E. von Eicken,
est le baptême du Saint-Esprit, c'est-à-dire une expérience unique au
cours de laquelle le Saint-Esprit vous inonde et vous remplit, de sorte

et Cité dans R. Crayne : Barly 20th century Pentecost (Morristown, Tenn.,


1960), pp. 51-52.
164
que vous êtes, d'un bond, transférés dans une vie sur un plan supé­
rieur caractérisée : 1 . par la libération par rapport au péché ; 2. la
réception des dons spirituels, surtout les dons des langues, de pro­
phétie et de guérison ; 3. la puissance pour un service fructueux. Ce
baptême spirituel est l'apogée de la piété pentecôtiste. Il occupe dans
le système doctrinal du mouvement la même place essentielle que la
justification dans la Réformation de Luther. » 63 Cette doctrine a été
maintenue pratiquement dans toutes les Eglises pentecôtistes - sauf
dans la branche de Mülheim en Allemagne qui, non seulement récuse
le parler en langues comme signe obligatoire du baptême de !'Esprit,
mais répudie même la doctrine du salut en deux étapes telle que le
mouvement de sanctification l'enseignait. Son théologien, Christian
Krust, affirme que « l'essai de séparer le baptême de !'Esprit de la
nouvelle naissance et d'en faire une seconde expérience est dénué de
fondement scripturaire». 64

b) Divisions
Le ferment de division introduit par le mouvement pentecôtiste
dans les Eglises évangéliques continua à se développer au sein des
Eglises de Pentecôte et à les scinder en plus de deux cents dénomina­
tions différentes et souvent antagonistes.
« Le mouvement pentecôtiste s'est développé d'une manière telle
que de nouvelles divisions se produisent sans cesse dans les groupes. »
(P. Essen). 65
Rien qu'en France, où le mouvement ne prit pied qu'en 1930 avec
!'Anglais Douglas Scott, on pouvait compter, trente ans plus tard,
vingt-quatre dénominations pentecôtistes.
Un numéro de la revue catholique « Fêtes et saisons» ( 1 . 1960) ,
consacré aux « sectes » en France, présente sur deux pages un tableau
synoptique de ce que les catholiques appelaient alors sectes (Eglises
luthérienne, anglicane, baptiste, etc... ) Les pentecôtistes occupent, à
eux seuls, une page entière : Assemblée de Dieu, Eglise évangélique
du Réveil, Union pour le Réveil, Amis du Réveil, Missionnaires du
Réveil, Evangéliques réveillés, Eglise apostolique, Pentecôtistes indé­
pendants, libres, libérés, des Eaux-Vives, de « la dernière pluie», etc.
Ces divisions ne sont certainement pas des fruits de !'Esprit de
Dieu qui nous habite en vue de former un seul Corps.
ea E. von Eicken : Hl. Geist ... (55), p. 37.
M Chr. Krust : Was wir glauben, lehren und bekennen (Altdorf, 1963),
p. 74. En France, le pasteur S. Dubois a fait connaître cette branche du
pentecôtisme allemand dans sa revue Foi et Réveil.
ea Cité dans Flugfeuer (200), p. 46. • Toujours à nouveau, on peut observer
comment l'introduction du mouvement pentecôtiste dans une Eglise ou une
communauté produit des querelles et des divisions » (Harding Meyer : Wieder­
entdeckung des Hl. Geistes, (203), p. 13).
165
c) Développement numérique
Dans tous les pays où le pentecôtisme a pénétré, il s'est révélé
comme un mouvement d'évangélisation de première force. Des Eglises
vivantes et nombreuses ont grandi rapidement dans un contexte sou­
vent hostile. « Le mouvement pentecôtiste, nous dit W. Hollenweger,
s'est répandu comme un ouragan à travers le monde entier. Les indi­
cations statistiques sont, à mon avis, en dessous de la vérité parce
que... les pentecôtistes eux-mêmes ignorent des corporations entières
du mouvement. » 66
En Amérique latine, le pentecôtisme est la plus grande Eglise non
catholique. Au Chili, il touche quatorze pour cent de la population
(41 1 000 personnes), alors que le reste du protestantisme n'en atteint
que un pour cent. Au Brésil, les quatre millions de pentecôtistes repré­
sentent soixante-dix pour cent du protestantisme brésilien qui est lui­
même le protestantisme le plus fort des pays latins.
En France, on compte entre 40 000 et 50 000 pentecôtistes, répartis
sur i'ensemble du territoire (âans 93 sur 95 départements). Dans le
monde entier, on estime le nombre des adeptes des différents mou­
vements de Pentecôte à plus de quinze millions (vingt d'après cer­
taines statistiques).
Cette croissance extraordinaire peut s'expliquer de différentes
manières. Les pentecôtistes eux-mêmes l'attribuent au baptême du
Saint-Esprit avec parler en langues, redécouvert au début de ce siè­
cle. C'est, pour eux, le secret du dynamisme de l'Eglise primitive,
perdu pendant dix-huit siècles et retrouvé fortuitement la veille du
jour de l'an 1900, à 7 heures du soir, par Parham et ses étudiants à
Topeka. 67
Peut-être l'explication est-elle un peu trop simple. Si cette expé­
rience était la clé et la condition sine qua non de tout ministère
fructueux et de tout réveil religieux, on ne s'expliquerait pas com­
ment des hommes de Dieu ont pu porter des fruits, comment des
réveils ont pu éclater avant le XXe siècle et sans cette expérience ni,
a fortiori, comment, après cette découverte, le Saint-Esprit continue à
bénir le ministère d'évangélistes qui nient cette expérience.
D'autres facteurs ont certainement joué un rôle. H. Kuhn signale
la froideur des Eglises du début de ce siècle et leur tendance bour­
geoise qui éloignaient d'elles les chrétiens vivants des classes labo­
rieuses. 68 R. Mehl parle de leur abstraction, leur hyperorganisation,
leur ritualisme et leur intellectualisme. 69 Ceux qui cherchaient un

e8 Op. cit. (89), p. 6 5.


87 Voir Sherrill : Ils parlent ... (168), pp. 49 ss.
98 The Holy Spirit in the Charismatic Life (107).
89 Approche sociologique des mouvements charismatiques (Conf. 1974,
Strasbourg).

166
christianisme vivant, joyeux, où toute la personne humaine soit valo­
risée et intégrée dans le culte - y compris le côté émotionnel - l'ont
trouvé dans les assemblées pentecôtistes. On a dit aussi que le parler
en langues a donné la parole à ceux qui, jusque-là, étaient sans voix :
ils peuvent parler librement dans un culte sans avoir à rougir de leur
manque de culture, leur message a un sens puisqu'il peut être inter­
prété. Ils peuvent même opposer ces communications immédiates de
!'Esprit en langues aux sermons préparés par des hommes à l'aide de
leurs connaissances intellectuelles et théologiques.
Aux cultes stéréotypés des grandes Eglises, où une liturgie inva­
riable a réglé avec minutie tout le déroulement du service, s'oppo­
sent les rencontres pleines de spontanéité des assemblées pentecôtistes
où, à chaque moment, !'Esprit peut intervenir de façon immédiate
par une langue ou une prophétie. Comme on l'a dit, chaque réunion
est un happening.
Les chants joyeux rythmés de battements de mains, accompagnés
parfois de toutes sortes d'instruments, attirent certes davantage que le
plain-chant ou les psaumes huguenots. D'autre part, des éléments
franchement bibliques, repris par ces Eglises, ont certainement joué
un grand rôle dans leur croissance : proclamation du salut par la
foi, autorité de !'Ecriture, prise au sérieux du sacerdoce universel et
des dons accordés au Corps de Christ (beaucoup de pasteurs ont un
métier et sont secondés dans leur tâche par de nombreux cc laïcs » ) ,
guérisons par l a foi, engagement personnel d e chaque converti par
le baptême des croyants, sollicitude pour les déshérités, dîme, com­
munion fraternelle, discipline stricte (allant jusqu'au légalisme), pré­
dication simple, accessible à tous, orientée vers la vie de tous les
jours, appel à la conversion et à une vie morale transformée, valori­
sation de tous les charismes ... Ces différents facteurs bibliques, psy­
chologiques et sociologiques sont largement suffisants pour expliquer
la croissance numérique de la " troisième force du christianisme »
(Van Dusen), sans qu'il soit nécessaire de l'attribuer au « baptême
de !'Esprit » pentecôtiste que nous avons identifié comme une doctrine
extra-biblique élaborée relativement récemment. 70

Les nouvelles vag ues


Après la deuxième guerre mondiale, le pentecôtisme, confiné géné­
ralement jusque-là dans les Eglises du mouvement, fit une première
70 Dans Look out ! The Pentecostals are coming ( 190), Peter Wagner analyse

de manière plus nuancée et certainement plus juste les raisons de la crois­


sance extraordinaire des Eglises pentecôtistes en Amérique latine : le style
populaire de l'évangélisation, le sol fertile, les réunions de partage mutuel
dans l'Eglise, le caractère joyeux des rassemblements, les méthodes nouvelles
de formation des pasteurs et de reproduction des Eglises expliquent selon
lui, en grande partie, le succès des pentecôtistes.

167
percée dans le public par de grandes campagnes d'évangélisation et
de guérisons menées par des hommes tels que William Branham,
Tommy Hicks, Oral Roberts, Hermann Zaiss. Parallèlement, David
Duplessis prit contact avec les dirigeants du Mouvement œcuméni­
que et fit connaître l'enseignement et les Eglises pentecôtistes aux
leaders des " grandes Eglises». 7 1 Par une association d'hommes d'af­
faires chrétiens, la Full Gospel Business Men's Fellowship Internatio­
nal, le « baptême du Saint-Esprit» et le parler en langues s'introdui­
sirent dans les milieux bourgeois américains. L'évangélisation des
drogués et des gitans attira l'attention du public sur l'efficience du
message transmis par les pentecôtistes.

Le néo-pentecôtisme

Vers 1960, quelques journalistes découvrent le n baptême du Saint­


Esprit» accompagné du parler en langues et en parlent dans leurs
périodiques. John Sherrill publie son enquête : « Ils parlent en d'au­
tres langues», à la demande de son directeur de presse. Le Révérend
Dennis Bennett, de l'Eglise épiscopale de Van Nuys (Californie) an­
nonce, dans un sermon, qu'il parle en langues. Les journaux, les
revues à grand tirage (Time, Newsweek}, la télévision s'emparent de
l'événement et en font des manchettes à sensation. Des groupes de
prière " charismatiques » se constituent dans toutes les Eglises pro­
testantes historiques : épiscopales (anglicanes), presbytériennes (réfor­
mées), luthériennes... En 1967, grâce aux livres de Sherrill et de D.
Wilkerson, le mouvement gagne l'Eglise catholique. Les ]esus People
reprennent partiellement, de leur côté, l'enseignement pentecôtiste.
L'ensemble de ces différents courants a été appelé le néo-pentecôtisme
ou mouvement charismatique. Les « pentecôtistes catholiques • consti­
tuent une des branches du mouvement. 72
Le néo-pentecôtisme a repris, en gros, la théologie des deux expé­
riences. Par le baptême du Saint-Esprit, les dons spirituels sont confé­
rés au croyant, le cc plus petit » de ces dons est le parler en langues.
« C'est pourquoi Dieu commence par nous donner celui-là. » Le don
des langues n'est pas le signe obligatoire, mais normal, de ce baptême.
Dans les pays catholiques, on préfère, pour des raisons théologiques,
parler de " l'effusion de l'Esprit » comme d'une actualisation des
grâces du baptême et de la confirmation. Cette doctrine de la seconde
expérience est le talon d'Achille d'un mouvement qui, par ailleurs,
a beaucoup de côtés sympathiques.

1, Voir D. Duplessis : Commando de /'Esprit (53), pp. 19-45.


11 Pour plus de détails sur l'historique du néo-pentecôtisme, voir A.
Kuen : Le Renouveau charismatique (104), chap. II.
1 68
Conclusion
L'Ecriture ignore une seconde expenence définie qui nous accor­
derait le Saint-Esprit ou « l'habitation personnelle du Saint-Esprit dans
nos cœurs ,, ou la sanctification, la plénitude du Saint-Esprit ou les
dons spirituels ou le revêtement de puissance pour le service. Toutes
ces notions sont bibliques mais, dans la Bible, elles ne sont pas liées
à une expérience définie qui suivrait la conversion. Ce lien entre ces
différentes notions et une expérience spéciale ne date, en fait, que du
siècle dernier et la doctrine du « baptême-du-Saint-Esprit-marqué-par­
le-signe-du-parler-en-langues ,, est née avec notre siècle. Nous pouvons
donc, à bon droit, signaler cette doctrine comme une innovation con­
tredite par ce qui a été annoncé « dès le commencement ,, et que
nous trouvons dans !'Ecriture. Chacun de ses articles s'est avéré
inexact comparé à l'enseignement des apôtres : nous recevons le
Saint-Esprit au moment de notre nouvelle naissance et non au cours
d'une expérience subséquente appelée à tort « baptême du Saint­
Esprit " • le parler en langues n'est le signe ni de la conversion, ni
d'une seconde expérience que la Bible ne connaît même pas. Si nous
voulons rester conséquent avec les principes posés au premier cha­
pitre (Sola Scriptura), nous devrons refuser cette doctrine. Mais alors
se pose à nous un grave problème : plusieurs millions de chrétiens
qui ont suivi cet enseignement ont fait une expérience qui correspond
en tous points à la doctrine. Vous mêmes, peut-être, vous avez fait
cette expérience et vous en avez retiré de grandes bénédictions. Com­
ment comprendre qu'une « hérésie ,, soit la source d'une vie spirituelle
plus fervente et d'un témoignage plus efficace pour Christ ? C'est ce
que nous voulons examiner dans notre dernier chapitre.

169
CHAPITRE XI

Signification de la seconde
expérience

Plusieurs millions de chrétiens à travers le monde ont fait, après


leur conversion, une seconde expérience, marquée souvent par une
explosion involontaire de paroles inintelligibles. Ils disent avoir
trouvé, par cette expérience, accès à une vie spirituelle plus riche,
à une communion plus profonde avec le Seigneur, une louange plus
libre et un témoignage plus efficace. Nous n'avons aucune raison de
mettre leurs affirmations en doute, surtout si des fruits visibles confir­
ment leur témoignage. Comme le dit H. Blocher, contester l'inter­
prétation pentecôtiste du baptême de !'Esprit « ce n'est, en aucun cas,
mépriser et condamner tout ce que des frères ont appelé de ce nom». 1
Une expérience est authentiquement spirituelle si elle porte des
fruits spirituels durables en nous et autour de nous. En énumérant
aux Galates les œuvres de la chair et les fruits de !'Esprit (5. 19-23),
l'apôtre entendait leur donner un moyen de distinguer les uns des
autres. Là où une expérience suscite l'orgueil et « les inimitiés, les
querelles, les j alousies, les animosités, les disputes, les divisions» (v.
20), elle porte visiblement la marque de la chair. Si elle épanouit
« l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la
fidélité, la douceur, la maîtrise de soi » (v. 22-23), elle s'authentifie
comme fruit de l'Esprit.
Quelle peut donc être la signification de ces expériences appelées,
à tort, « baptêmes du Saint-Esprit » ?

1 . Nouve l l e naissance
Nous avons vu que, d'après la Bible, le baptême du Saint-Esprit
était l'entrée dans la vie chrétienne, la conversion ou la nouvelle
1 ICHTHUS, 1972, n• 19, p. 9.
171
naissance. Pour beaucoup de chrétiens, ce qu'ils appellent leur « bap­
tême du Saint-Esprit» est effectivement ce que les auteurs bibliques
appellent ainsi: cette expérience est leur véritable naissance à la vie
spirituelle. Peut-être ont-ils eu auparavant une certaine connaissance
plus ou moins intellectuelle de Christ, ou même fait quelques expé­
riences préliminaires avec lui, ils ont répondu à un appel, levé la
main dans une réunion d'évangélisation, ressenti quelque émotion
heureuse, peut-être prié, lu la Bible et essayé pendant quelque temps
de marcher d'une manière conforme à la volonté de Dieu. Mais, en
fait, ils ne se sont jamais " donnés au Seigneur» (2 Co. 8. 5), " con­
vertis à Dieu en abandonnant les idoles pour servir le Dieu vivant
et vrai» ( 1 Th. 1 . 9). Maintenant seulement, ils ont accepté Jésus
comme Sauveur et Seigneur, ils ont trouvé l'assurance et la joie du
salut, et cette joie a peut-être débordé de leur bouche en un langage
nouveau, ils ont loué le Seigneur " en langues» et chanté les mer­
veilles de Dieu. L'évêque anglican ].C. Ryle a fait la même consta­
tation : « J'ai souvent pensé, en lisant ces dernières années ce q 1.1e
beaucoup disent de leur " consécration», que ceux qui utilisent ce
terme ont dû avoir auparavant une vue singulièrement minime et
inadéquate de la " conversion» - si vraiment ils savent même quel­
que chose de la conversion. Bref, je soupçonne que, lorsqu'ils ont été
consacrés ils ont, en fait, été convertis pour la première fois. • 2
Cela est vrai, en particulier, pour beaucoup de protestants et de
catholiques engagés dans le Renouveau charismatique. Ils connais­
saient intellectuellement beaucoup de vérités bibliques ; ils avaient
eu, dans leur enfance ou leur jeunesse, une période de ferveur reli­
gieuse, ils ont même rêvé de devenir missionnaire ou d'entrer dans
les ordres mais, maintenant seulement, ils ont accepté, par la foi, la
mort de Jésus pour eux et ils lui ont remis totalement leur vie. L' " ef­
fusion de !'Esprit» est venue témoigner que leur offrande a été accep­
tée et que, maintenant, Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit est
venu habiter en eux.
Les témoignages émanant des milieux pentecôtistes et charisma­
tiques font état de différents effets positifs de cette expérience aux
noms divers : " un surcroît de vie divine, la découverte de l'Hôte
intérieur, une prière vivante et joyeuse, l'amour de !'Ecriture sainte,
l'attachement à l'Eglise, l'élan missionnaire, parfois une expérience
de délivrance ... » 3 , " un sens plus aigu de la proximité de Dieu... un
goût plus vif pour la prière et la méditation de !'Ecriture sainte, un
zèle accru pour l'apostolat, une plus grande aptitude à faire face aux
exigences de la vie chrétienne qu'antérieurement on jugeait trop diffi-

r Holiness (156), p. 15.


s H. Caffarel : Faut-il parler d'un pentec6tisme catholique ? (34) , pp. 62-
70. V. Le Renouveau Charismatique (104), ch. III.
1 72
cile voire impossible à atisfaire. Il s'agit, en quelque sorte, d'une
force nouvelle que l'on reconnaît devoir à l'Esprit-Saint. » 4
Il ne s'agit donc pas d'une seconde, mais d'une première expé­
rience, car ces caractéristiques sont bien les marques d'une véritable
nouvelle naissance.
2. Assurance du salut
L'assurance du salut est normalement l'un des premiers résultats
d'une véritable conversion. Jésus donne l'assurance que les péchés
sont pardonnés (Lu. 5. 20 ; 7. 48), que la foi nous a sauvés (7. 50).
« Celui qui croit au Fils a la vie éternelle » (Jn. 3. 36 ; 5. 24 ; 6. 47) .
• L'Esprit rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants
de Dieu » (Ro. 8. 10) . « Nous sœoons que nous sommes passés de la
mort à la vie » (1 Jn. 3. 14).
Mais là encore, par suite d'un enseignement partiel, cette assu­
rance ne vient pas nécessairement au moment de la conversion.
Wesley pouvait écrire à J. Smith : « Quand un homme est pardonné,
il en est aussitôt averti par le Saint-Esprit... par une notification que
l'on peut aisément distinguer soit d'un raisonnement, soit d'une illu­
sion » 5, mais tout le monde ne passe pas par une conversion aussi
nette que lui ! 6
Les auteurs bibliques eux-mêmes semblent admettre l'absence ou
la perte de l'assurance chez des chrétiens authentiques. L'apôtre Jean
dit à ceux qu'il appelle enfants de Dieu (1 Jn. 3. 1) et qui ont « reçu
l'onction » du Saint-Esprit (2. 20, 27) : « Je vous ai écrit ces choses
afin que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez
au nom du Fils de Dieu » (5. 13). Et l'apôtre Paul se sent obligé de
rappeler aux Romains qu'ils n'ont « pas reçu un esprit de servitude
pour être dans la crainte ; mais un Esprit d'adoption par lequel nous
crions : Abba, Père » (Ro. 8. 16) .
L'acceptation de cette certitude peut constituer une étape déci­
sive dans le cheminement chrétien - au point que certaines cartes
de décisions portent comme options : conversion à Jésus-Christ -
assurance du salut. Pour des chrétiens qui ont évolué peu à peu vers
la foi en Christ dans des Eglises où « présumer de son salut est un
péché » ou une marque d'orgueil, la découverte soudaine de l'assu­
rance en Christ constitue, en fait, une expérience plus marquante
que la conversion.
3. C rise de croissance
Notre croissance spirituelle, tout comme notre croissance physi-
' F. A. Sullivan : The Pentecostal Movement, Gregorianum 53. 2, Rome,
1972, p. 248.
5 Works XII, p. 59.
6 Lire son témoignage . dans A. Kuen (106), pp. 194-195.

173
que, ne suit pas une ligne rectiligne, elle se fait par crises suivies de
paliers. Lorsque nous découvrons une nouvelle vérité et que nous réa­
lisons tout ce qu'elle implique pour notre vie spirituelle, cela peut
nous amener à faire un bond en avant.
Cette progression par bonds est due, tout d'abord, aux lois de la
croissance. La Parole de Dieu parle d' « enfants en Christ» et d' « hom­
mes spirituels» (1 Co. 3. 1) parvenus « à la mesure de la stature par­
faite de Christ» (Ep. 4. 13 ; cf. Hé. 5. 13-1 4 ; 1 Pi. 2. 2-3). Comme nous
l'avons vu, l'apôtre Jean distingue trois étapes dans la croissance
chrétienne : petits enfants, jeunes gens, pères (1 Jn. 2. 12-14). Or, nous
savons que, par exemple, le passage de l'enfance à l'adolescence se
fait généralement de façon assez brusque. De même, le passage de
l'enfance spirituelle - caractérisée par la joie d'être pardonné (1 Jn.
2. 12) et d'avoir trouvé en Dieu un Père (v. 13) - à l'état de « jeunes
gens» - capables de vaincre le malin (v. 14) - se fait généralement
par la découverte du secret de la victoire sur le péché et le diable.
Nous répéterons simplement ..:e que nous avons dit ailleurs : « L'ap­
propriation d'une vérité nouvelle se fait généralement de façon sou­
daine: par une lecture, un message, une expérience bouleversante ;
elle devient nôtre par une sorte de révélation intérieure (Ep. 1. 17-
1 8) qui nous permet de saisir intuitivement et subjectivement un
aspect de l'œuvre ou de la personne de Christ qui, auparavant, nous
avait échappé ou était resté jusque-là connaissance purement intellec­
tuelle.
Ainsi, pour beaucoup de chrétiens, découvrir en Christ leur Sei­
gneur, après l'avoir connu comme Sauveur, est une étape presque
aussi importante que la conversion. Jusque-là, ils avaient vécu dans la
jouissance égocentrique de leurs privilèges d'enfants de Dieu par­
donnés et sauvés. La découverte des droits de Christ sur leur vie
(1 Co. 6. 19 ; 2 Co. 5. 15) change toute leur conception de l'existence.
Ce bouleversement intérieur peut même se traduire par des émotions
ou des expériences affectant l'être physique.» 7 « Quand les profondeurs
obscures de l'âme sont remuées, ce qui monte à la surface et arrive
à la conscience y prend, si l'intensité est suffisante, la forme d'une
image ou d'une émotion» (Bergson).
Il peut en être de même de la découverte de tout ce qu'implique
l'habitation de Christ en nous. « Pour la plupart d'entre nous, cette
révélation plus profonde de l'union (avec Christ) doit venir comme
une seconde expérience. Nous voyons rarement d'un seul coup d'œil
notre péché extérieur et notre moi intérieur. La meilleure preuve
en est que l'exposition plus profonde de Ro. 6 à 8 nous est donnée
à part, et après les chapitres 1 à 5. Cela ne veut pas dire qu'il existe
deux saluts séparés.
7 A. Kuen : Il faut que ... (106), p. 214.
174
Il n'y a qu'un seul Sauveur, un seul processus de restauration à
travers sa mort, sa résurrection et son ascension, un seul Esprit-Saint.
La dualité n'est pas de son côté. Mais nous avons besoin - la plu­
part d'entre nous du moins - de deux étapes pour nous approprier
les deux grandes délivrances qui découlent de l'unique Calvaire : la
délivrance du péché et de la colère divine (ch. 1-5), la délivrance du
péché et du Moi indépendant (ch. 6-8). On pourrait concevoir qu'on
puisse les expérimenter ensemble, car toutes deux ne demandent qu'à
être saisies ; cependant, une appropriation conduisant à une expé­
rience réelle des deux délivrances - et non à une simple compréhen­
sion intellectuelle - est rare. Dans ce sens, il existe une « seconde
bénédiction 11, une entière sanctification faisant suite à la justifica­
tion, une union intérieure selon Ga. 2. 20 11 (Norman Grubb). 8
Cette appropriation des vérités par étapes peut aussi être due à
un enseignement incomplet : dans les séries d'évangélisation, dans
certains mouvements spécialisés et dans certaines Eglises, on ne parle
que du salut et de la conversion, pourvu qu'une « âme II de plus soit
sauvée ! Il est évident qu'il faut commencer par là. Mais si, par la
suite, ces chrétiens entendent parler de la mort et de la résurrection
avec Christ (Ro. 6. 1-11 ; 2 Co. 5. 14-15), de la consécration à Dieu
(Ro. 6. 13 ; 12. 1-2), de l'habitation du Saint-Esprit dans notre corps et
de ce que cela implique pour nous (1 Co. 3. 16-17), cette découverte
peut à tel point bouleverser leur vie qu'elle produit effectivement un
changement plus important que leur conversion. Cela expliquerait
pourquoi la seconde expérience se produit essentiellement dans cer­
tains milieux touchant des personnes issues d'Eglises où ces vérités
ne sont guère annoncées, alors que, dans d'autres communautés, les
chrétiens arrivent au même degré de maturité plus graduellement,
en s'assimilant progressivement la totalité des vérités bibliques ensei­
gnées. 9
Il faut cependant préciser que ces étapes ne sont nullement confor­
mes au plan normal de Dieu. Par exemple, la découverte de Jésus
comme Seigneur après l'avoir accepté comme Sauveur ne peut s'expli­
quer que par une carence manifeste de l'enseignement. K. Prior fait
remarquer le caractère antibiblique d'une telle vue: " Où trouvons­
nous dans le Nouveau Testament un auteur qui demande à ses lec­
teurs d'accepter Christ comme Seigneur ? Cela est impliqué dans la
conversion (Col. 2. 6-7). Les premiers chrétiens auraient certaine­
ment été très surpris d'entendre que « Jésus est Seigneur » correspon­
dait à une seconde expérience. Pour eux, c'est la confession baptis­
male. 11 1 0

8 The Liberating Secret (Lutterworth Press, London, 1955), p. 74.


• c Certes, la plupart d'entre nous n'ont expérimenté la plénitude de
l'Esprit qu'après la conversion, mais cela tient au fait que, dans nos Eglises
175
C'est pourquoi cette « seconde expenence » a plus souvent lieu
dans des milieux où l'enseignement est unilatéral. On peut faire, à
ce sujet, un parallèle avec la conversion : ceux qui viennent de mi­
lieux religieux où la conversion est rarement prêchée passent souvent
par des conversions brusques ; les enfants de parents chrétiens, élevés
dans une Eglise qui insiste sur cette vérité, connaissent généralement
des conversions plus lentes : au lieu d'un demi-tour, c'est un tournant
à angles nombreux. De même, là où l'on prêche régulièrement la
sanctification et la plénitude de l'Esprit, les chrétiens saisissent ces
vérités graduellement et les réalisent plus ou moins en même temps
dans leurs vies, c'est-à-dire qu'ils mettent chaque vérité à dix pour
cent, vingt, trente pour cent en pratique au fur et à mesure de leur
croissance spirituelle. Celui qui les entend ou les saisit pour la pre­
mière fois peut en être si bouleversé qu'il a l'impression de se recon­
vertir pour de bon - ou de vivre une seconde expérience si impor­
tante qu'il faut lui donner une signification et un nom particuliers.
Cette tentative d'explicâtion n'ôte rien à la valeur spirituelle réelle
de ces expériences, elle essaie simplement de rendre compte pourquoi
les Eglises apostoliques, où un enseignement complet était donné,
ainsi que les Eglises évangéliques où ces mêmes vérités sont prêchées,
ignorent une seconde expérience définie marquant l'entrée dans une
étape nouvelle de la vie chrétienne.
4. Acte de consécration
Cette croissance dépend essentiellement, après la grâce de Dieu,
de notre obéissance. Cette obéissance elle-même est fonction de notre
attitude intérieure à l'égard de Dieu. Dans nos relations humaines,
l'obéissance peut être motivée par la crainte, le respect ou l'amour.
Beaucoup de gens obéissent aux lois par peur du gendarme. Si nous
obéissons à nos supérieurs, c'est moins par crainte des sanctions que
par respect de leur autorité et de leur personne. Dans l'obéissance
aux parents, dans la soumission de l'épouse chrétienne à son mari,
le respect fait place à l'amour. L'enfant qui aime son père lui obéit
volontiers, car il sait : tout ce qu'il me commande est pour mon bien.
D'autre part, s'il l'aime vraiment, il cherche à lui faire plaisir, il évite
de le peiner par sa désobéissance.
Telles étaient les relations de Jésus avec son Père : • Je fais tou-
10 The way of Holiness (147), p. 87.
ou nos communautés, la préparation à la conversion fut incomplète. Ac. 2.
37 ss. reste valable pour nous. Cependant, à l'inverse des Juifs d'alors, nous
n'attendions que le pardon des péchés et la paix avec Dieu, mais non - ou
à peine - la puissance de !'Esprit et son équipement (pour le service), voilà
pourquoi nous ne l 'avons pas vraiment expérimenté lors de notre conversion.
Toutefois, il ne faut pas faire de cette déficience une vertu, encore moins
une doctrine, car cela ne serait pas biblique. » R. Ruegg : Zur Kritik an den
Geistesgaben (155), parag. 21 .
176
jours ce qui lui est agréable • (Jn. 8. 29 ; cf. 5. 30). Telle est aussi la
conséquence normale de notre amour pour lui : • Si vous m'aimez,
gardez mes commandements. Celui qui a mes commandements et qui
les garde, c'est celui qui m'aime... Si quelqu'un m'aime, il gardera ma
parole » (Jn. 14. 15, 21, 23).
Nous pouvons, tout en étant sauvés, obéir à Dieu par crainte des
sanctions. Nous essayons de sauvegarder au maximum la vie de notre
Moi, nous nous permettons tout ce que la Parole de Dieu n'interdit
pas explicitement. Puis, un jour, nous comprenons combien notre
attitude est inconséquente et irrespectueuse. Nous avons accepté qu'un
seul soit mort pour nous, mais non sa conséquence : « tous sont donc
morts, et il est mort pour tous afin que ceux qui vivent, ne vivent plus
pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux»
(2 Co. 5. 14- 15).
Cette conclusion, c'est à nous de la tirer. C'est ce qu'indique le
« donc» que l'apôtre Paul emploie si souvent dans ses exhortations,
en s'appuyant sur l'œuvre de Dieu et de Christ. « Que le péché ne
règne donc pas dans vos corps mortels et n'obéissez pas à ses convoi­
tises... donnez-vous vous-mêmes à Dieu ... et offrez à Dieu vos mem­
bres» (Ro. 6. 12- 13 ; cf. v. 1 6, 19). « Je vous exhorte donc, frères, par
la compassion de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant,
saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable
(litt. : un service de Dieu logique)» (Ro. 12. 1). « Vous ne vous appar­
tenez point à vous-mêmes» (1 Co. 6. 19). « Si nous vivons, nous
vivons pour le Seigneur» (Ro. 14. 8). C'est dans la mesure où nous
acceptons pratiquement ce droit de propriété de Dieu sur nous, c'est­
à-dire où nous nous livrons pleinement à lui, que son Esprit peut
prendre possession de notre être entier. Jésus a souligné ce lien entre
l'amour-obéissance et le don de !'Esprit : « Si vous m'aimez, gardez
mes commandements. Et moi, je prierai le Père et il vous donnera
un autre Consolateur ... Celui qui a mes commandements et qui les
garde, c'est celui qui m'aime ; et celui qui m'aime sera aimé de mon
Père, je l'aimerai et je me ferai connaître à lui... Si quelqu'un m'ai­
me, il gardera ma parole et mon Père l'aimera ; nous viendrons à lui,
et nous ferons notre demeure chez lui» (Jn. 1 4. 1 5, 16, 21, 23).
« L'abandon total est le point culminant de l'amour, c'est quand on
aime que l'on s'abandonne... On ne se rappellera jamais trop que le
Saint-Esprit est, en effet, « saint»... Il est un Esprit qui ne se livre
véritablement qu'à celui qui se met « à la disposition exclusive» de
Dieu, de Jésus-Christ. Il est un Esprit qui, certes, se réserve quand
l'homme se réserve, mais qui s'abandonne à qui renonce à disposer
de soi-même ... Nous sommes donc toujours ramenés à l'abandon total,
qui est « le mot de l'énigme. » 1 1
11 W . Lachat : La réception e t l'action d u Saint-Esprit (108), pp. 24-25.

177
« L'expérience charismatique, nous dit ].P. Dietlé, n'est rien d'au­
tre, nous semble-t-il, que cette « mise à la disposition » de sa vie
entre les mains du Christ-Esprit. Le chrétien, par son obéissance, son
abandon, vit ce que nous pouvons aussi appeler la plénitude de l'Es­
prit. » 12 L'apôtre Pierre disait que Dieu « donne le Saint-Esprit à ceux
qui lui obéissent » (Ac. 5. 32). Plus nous lui obéirons, plus grande sera
la mesure de son Esprit en nous. L'apôtre semble aussi faire allusion
à ce lien entre notre consécration à Dieu et l'habitation de l'Esprit
en nous, quand il dit : « Vous vivez selon l'Esprit, si du moins l'Esprit
de Dieu habite en vous. Si quelqu'un n'a pas !'Esprit de Christ, il ne
lui appartient pas » (Ro. 8. 9). Dans la mesure où nous n'acceptons
que l'une des clauses du contrat (Il s'est donné pour nous - nous
nous donnons à lui) et où nous continuons à vouloir nous apparte­
nir à nous-mêmes, !'Esprit de Dieu n'a guère plus de place dans nos
vies qu'en ceux qui sont encore dans le monde (Jn. 16. 8), il ne
« demeure » pas véritalement en nous. On comprend que le jour où
le croyant prend cette vérité au sérieux et se donI1e entièrement à
Dieu, !'Esprit de Dieu vienne inonder l'être entier et que l'on puisse
parler d'une « immersion dans !'Esprit » . Cette identification de ce qui
est appelé - improprement - « baptême du Saint-Esprit » avec la
consécration à Christ est d'autant plus probable que cette consécra­
tion est généralement prêchée comme la condition essentielle pour
être « baptisé de !'Esprit » . Celui qui veut recevoir le « baptême du
Saint-Esprit » est appelé à examiner sa vie, à juger et à abandonner
tout péché connu et à se donner à Dieu. S'il le fait sincèrement,
!'Esprit de Dieu viendra occuper une plus grande place dans sa vie,
et son irruption massive peut se faire de manière telle que l'expé­
rience s'en gravera pour toujours dans la mémoire du croyant.
Mais il ne s'agit pas d'une « seconde expérience » prévue par la
Bible car, normalement, cette consécration devrait accompagner notre
conversion. « Selon les Ecritures, nous dit J. Philip, la conversion et
la consécration sont simultanées dans ce sens qu'il n'y a pas de con­
version réelle qui n'implique une vraie consécration à Christ. On ne
se donne pas en partie à Christ au moment de la conversion et, plus
tard, entièrement dans une expérience appelée consécration. On
n'entre dans le Royaume que par une capitulation incondition­
nelle. » 13 Toutefois, continue-t-il, « on peut déchoir de cette attitude
de don total qui marque l'entrée dans le Royaume de Dieu et avoir
besoin d'une re-consécration qui peut être alors nette, décisive et
soudaine comme une conversion. »
Il se peut aussi qu'il ne se passe rien d'extraordinaire, mais que
nous réalisions peu à peu tout ce qui était impliqué dans notre consé-

u Op. cit. (48), p. 260.


11 J . Philip : Christian Maturity (144) , p. 56.

178
cration initiale. L'essentiel n'est pas l'expérience, mais le but: être
entièrement disponible entre les mains de Dieu.

5. Retour à Dieu
Beaucoup de convertis ont adopté le schéma d'évolution de ces
chrétiens d'Extrême-Orient dont nous parlions plus haut : après une
« lune de miel » suivant leur conversion, leur vie spirituelle se refroi­
dit peu à peu ; ils négligent la prière et la lecture de la Bible, se reti­
rent des activités chrétiennes qu'ils avaient entreprises avec zèle, se
laissent de nouveau gagner par certains attraits du monde... Bref :
après être sortis de l'Egypte et s'être, durant quelque temps, réjouis de
cette délivrance, ils traversent le désert. Leur vie intérieure est ma­
lade.
La prise de conscience de leur état peut se faire de façon drama­
tique, et le retour à Dieu peut débuter par une véritable crise : repen­
tance, re-conversion à Christ. La réponse divine : pardon, renouvelle­
ment de l'alliance, restitution de la joie du salut... peut submerger
l'être intérieur d'un tel sentiment de bonheur qu'il déborde en
louanges irrésistibles. Il s'agit là, effectivement, d'une « seconde béné­
diction», d'une sorte de re-conversion à Dieu ; cependant, cette secon­
de expérience était nécessaire, non parce que l'itinéraire spirituel nor­
mal la prévoyait comme une étape inéluctable du chemin normal,
mais parce qu'on a abandonné la voie droite, parce qu'on est devenu
rétrograde et que Dieu, dans sa grâce, nous permet de revenir à lui.
Les quarante années de désert étaient imputables non au plan original
de Dieu, mais au péché d'incrédulité du peuple d'Israël. Il y a, certes,
une grande joie lorsque le fils prodigue revient auprès de son Père
- pour le Père et pour lui - mais il serait faux de penser que le
Père désire que tous ses fils partent de la maison pour avoir la joie
d'y être de nouveau accueillis après leur fugue - tout aussi faux que
de prétendre, puisqu'on a expérimenté soi-même un regain de santé
après une appendicite, « que chacun doit se faire enlever l'appendice
avant de pouvoir jouir d'une bonne santé». 14
Une autre conclusion erronée serait de dire que nous ne pouvons
revenir qu'une seule fois à Dieu - un peu comme le pasteur d'Her­
mas annonçait à l'Eglise romaine, au début du second siècle, la pos­
sibilité d'une repentance exceptionnelle après la conversion. La grâce
de Dieu est si merveilleuse qu'elle nous permet sans cesse de revenir
et de trouver le pardon pour nos péchés. Ainsi, il est possible de
faire, plus d'une fois, cette expérience d'une effusion particulière de
!'Esprit en réponse à notre repentance et à notre retour à Dieu.

H J. Philip : op. cit. (144), p. 59.

179
6. Revêtement de pu issance
Nous avons vu que dans les Actes, les disciples furent plusieurs
fois « remplis de l'Esprit » dans des circonstances particulières: Pierre
devant les sacrificateurs (4. 8), les disciples menacés par les autorités
juives (4. 31), Paul devant Elymas le magicien (13. 9) : devant une
tâche précise et difficile, l'Esprit revêt ses serviteurs de la puissance
nécessaire pour l'accomplir. Bien que nous ne sachions pas si cette
expression se référait à une expérience particulière (il est difficile de
penser, par exemple, que dans les trois circonstances citées plus haut,
les disciples se soient mis à parler en langues), on peut penser qu'à
ces moments-là, ces chrétiens avaient une conscience particulièrement
aiguë de la présence divine en eux.
Nous pouvons rapprocher de ces expériences bibliques celles que
certains serviteurs de Dieu ont faites avant une période particulière­
ment bénie de leur ministère (G. Whitefield, Wesley, Finney, Moody,
Boardman, Pearsall Smith, Brengle, Gordon, A.B. Simpson, F.B. Meyer,
B. Graham... )
Il faudrait cependant se garder de toute généralisation dans ce
domaine. L'Esprit de Dieu est souverain. Ses voies envers Pierre ou
Paul sont différentes de celles envers Epaphrodite ou Eraste. Si Pierre
a été amené, par une vision, à évangéliser les païens, si Paul fut ravi
en extase jusque dans le troisième ciel, cela ne veut pas dire que tous
les croyants doivent s'attendre à des expériences semblables. « Lors­
qu'on veut encourager des chrétiens à progresser dans l'expérience
chrétienne et à s'engager davantage dans le service pour Christ, il
est très dangereux de citer le cas (de tels serviteurs de Dieu) comme
exemples des fruits que porte une consécration renouvelée car, de
toute évidence, des résultats aussi étonnants ne se voient que rare­
ment. Si tous les croyants sont encouragés à croire que ces mêmes
fruits résulteront de leur expérience, beaucoup d'entre eux seront fort
probablement découragés et déçus lorsqu'ils ne verront pas les fruits
promis, et certains rejetteront du même coup toute vie chrétienne »
(Bridge-Phypers). 1 5
« Une nouvelle plénitude peut précéder une nouvelle responsa­
bilité et être donnée pour équiper en vue d'une tâche nouvelle et exi­
geante. Ou bien elle peut suivre une période de désobéissance, de
déclin ou de sécheresse et le croyant repentant peut se trouver so_u­
dain élevé sur un plan nouveau de conscience et de réalité spiri­
tuelles » (J. Stott). 1 6
Ces expériences peuvent donc avoir des significations très diverses.
Elles varient, de plus, suivant nos tempéraments. « Le Saint-Esprit,

u Spiritual Gifts (24), p. 143.


18 Baptism and Fullness (178), p. 68.

180
continue J. Stott, nous respecte en tant qu'êtres humdins et il n'ef­
face pas, par la nouvelle création, ce que nous sommes déjà par
création. Il œuvre en nous par des voies appropriées à nous-mêmes,
nous rendant libres d'être nous-mêmes selon toutes les potentialités
de notre être créé. Mais notre tempérament de base demeure inchangé
et il est l'une des causes essentielles de la variété infinie des expé­
riences spirituelles. »
Mais toute expérience religieuse extraordinaire n'est pas forcé­
ment d'origine divine. C'est pourquoi nous devons signaler aussi deux
autres significations possibles d'expériences appelées « baptême du
Saint-Esprit ».

7. Expérience rel i g ieuse d 'o r i g i ne psychique ou démon iaque


Des millions d'hommes vivant des moments exaltants, reçoivent
des révélations, éprouvent le sentiment de la présence divine... au
sein de nombreuses religions non chrétiennes. L'expérience religieuse
a été analysée par les psychologues et les sociologues. La chaîne
mystique s'étend depuis les religions mystériques de l' Antiquité, à
travers l'Islam, le bouddhisme, le catholicisme et même le paganisme.
Partout, on retrouve les mêmes phénomènes : visions, extases, com­
munication de messages divins, langues incompréhensibles...
Le parler en langues, en particulier, n'est pas un apanage du chris­
tianisme : il était pratiqué dans les temples d'Eleusis et de Delphes.
C'était « un phénomène très répandu dans le monde antique » (H.
Berkhof) . 1 7 Il faisait partie des grâces mystiques recherchées par les
spiritualistes du Moyen Age, avec les voix célestes, les stigmates, les
lévitations, l'écriture automatique, etc... Des missionnaires l'ont ren­
contré parmi les Zoulous, les Bantous, les Indiens du Paraguay, les
Hindous, les indigènes de Bornéo et d'Afrique orientale, les prêtres
bouddhistes et shintoïstes, les soufis musulmans ... Les médiums spi­
rites parlent en langues étrangères et en donnent l'interprétation, les
Mormons connaissent ce don depuis le début de leur histoire, des
possédés exorcisés aux Philippines parlaient en langues avant leur
délivrance. Il ne suffit donc pas qu'une expérience sorte de l'ordinaire
et qu'elle ait un contenu religieux pour qu'elle vienne automatique­
ment de Dieu. Le diable aime à contrefaire l'action du Saint-Esprit.

a) Origine psychique
D'autre part, le simple j eu du psychisme humain peut produire
bien des phénomènes étonnants. Des psychologues et des linguistes
comme T h. Floumoy, E. Lombard, C.G. Jung, M. Kelsey et, plus
récemment, W.J. Samarin, E. Nida et ].P. Kildahl ont analysé le par-
11 The doctrine of the Holy Spirit (10), p. 95.

181
Ier en langues du point de vue de leurs sciences respectives. 18 Ils
arrivent à la conclusion qu'il s'agit souvent d'un phénomène naturel
et normal - donc pas nécessairement surnaturel ou anormal - d'un
pseudo-langage qui peut avoir la même fonction libératoire et théra­
peutique que le rêve, le rire, l'improvisation musicale ou la création
artistique spontanée. Le néo-pentecôtiste A. Bittlinger l'interprète dans
le même sens. 1 9
Une expérience religieuse extraordinaire ne porte donc pas en elle­
même sa marque d'origine. Elle peut venir aussi bien d'en-bas que
d'En-Haut, ou même des ressources insoupçonnées de l'âme humai­
ne. Seule la Parole de Dieu et les fruits durables peuvent servir de
critère valable.

b) Miracles trompeurs
Les miracles ne sont pas nécessairement, dans la Bible, le doigt
de Dieu : les magiciens de Pharaon reproduisaient certains des signes
accomplis par Moïse ; Simon le magicien faisait des guérisons et des
prodiges que les Samaritains attribuaient à la puissance de Dieu (Ac.
8. 10). Parfois, les démons eux-mêmes parlent par des bouches humai­
nes (Es. 8. 19 ; Mc. 5. 1-19 ; Lu. 4. 33-35 ; Ac. 16. 17).
Le Seigneur nous a avertis : de grands prodiges et des miracles
accompagneront l'apparition des faux Christ et des faux prophètes
« au point de séduire, s'il était possible, même les élus» (Mt. 24. 24).
« Satan lui-même se déguise en ange de lumière» (2 Co. 1 1. 14). L'ap­
parition de l'Anti-Christ « se fera, par la puissance de Satan, avec
toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers» (2 Th.
2. 9). Les « derniers temps» doivent être marqués par une recrudes­
cence d'activité des esprits séducteurs (1 Ti. 4. 1-2 ; 2 Ti. 3. 1-8), « des
esprits de démons qui font des prodiges» (Ap. 16. 14).
La Parole de Dieu ne nous avertirait pas avec tant d'insistance
s'il n'y avait aucun danger de séduction pour les chrétiens.
Des enfants de Dieu ont effectivement été séduits par des miracles
prétendus d'origine divine, dans lesquels ils ont reconnu, par la suite,
des artifices du Tentateur.
Johannes Seitz nous dit que, dans son ministère d'évangéliste, il
a rencontré durant les cinquante dernières années, dans toute l'Alle­
magne, des hommes et des femmes nés de nouveau qui se sont laissé
séduire par de fausses visions, des révélations, des apparitions d'an­
ges ou de Jésus-Christ. Beaucoup d'entre eux ont fini dans l'illumi-
1s Th. Flournoy : Des Indes à la planète Mars (Analyse du parler « mar­
tien » d'une glossolale « laïque » de Genève ; E. Lombard : De la Glossolalie
chez les premiers chrétiens et des phénomènes similaires. M. Kelsey : Tongue­
Speaking (101), Zungenreden (101). W. S. Samarin : Tangues of Men and Angels
(158) ; J. Kildahl : The Psychology of Speaking in Tangues (102).
19 Und Sie beten in anderen Sprachen (15), pp. 15 ss.

182
nisme, dans la folie des grandeurs ou même en psychiatrie. Il dit
qu'il a lui-même passé par une période où il a connu de telles appa­
ritions: « Il y a bien des années, j'avais l'habitude de me retrouver
chaque mois pour prier pendant une semaine avec des amis. Nous
demandions la puissance d'En-Haut, une nouvelle Pentecôte et les
dons de !'Esprit. Nous avons reçu alors des révélations et des visions
si merveilleuses que nous aurions tous été séduits, si Dieu n'avait eu
pitié de nous et si nous n'avions pas obéi au commandement d'éprou­
ver les esprits. Tout cela, conclut-il, était des feux d'artifice du dia­
ble. » 20
Un autre évangéliste allemand, qui fait aussi le bilan d'un demi­
siècle de ministère, le Dr W. Michaëlis, nous dit : « Lorsque des mala­
des sont guéris, lorsqu'on parle en langues ou que des prophéties
dévoilent des péchés cachés, beaucoup de chrétiens voient dans ces
miracles la preuve indubitable de l'action divine. Si, de plus, il se
produit des conversions, alors le mouvement est dûment accrédité à
leurs yeux. Cependant, si nous jugeons une cause d'après son succès,
nous nous engageons sur un faux chemin. Le Seigneur nous a avertis
en vain lorsqu'il a parlé des faux Christ et des faux prophètes qui
feraient de grands prodiges et des miracles (Mt. 24. 24), qui diraient :
« Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en ton nom, chassé des
démons en ton nom ? » (Mt. 7. 22). Ces expériences merveilleuses,
que beaucoup acceptent sans contrôle, ferment leur cœur pour les
influences d'En-Haut. ,. 2 1
Même J. Penn Lewis, qui pourtant croit à la nécessité d'une crise
spirituelle, qu'elle appelle, comme Torrey, « baptême du Saint-Esprit »,
en reconnaît les dangers. « Lors de cette crise, dit-elle, l'homme sent
le besoin de s'abandonner entièrement au Saint-Esprit. Il s'ouvre
ainsi à toutes les puissances surnaturelles du monde invisible... Peu
de croyants traversent cette crise sans tomber victimes des ruses de
!'Ennemi. Beaucoup de chrétiens sincères ont été trompés et ont abouti
à un fiasco total. » 22
H. Dallmeyer, un évangéliste allemand très connu qui avait passé
plusieurs années dans le pentecôtisme, répond à la question : Que
pensez-vous aujourd'hui du baptême de !'Esprit dans ce mouvement ?
« D'après les observations que j 'ai faites, je distingue trois étapes :
1. L'étape de l'obnubilation (Umnebelung). Les gens saisis par
l'esprit de ce mouvement reçoivent, comme premier don, un juge­
ment obnubilé, plusieurs ont des visions séductrices ...
2. L'étape de la pénétration (Durchstromung) . On remarque que
20 Flugfeuer (200), p. 56.
21 Erkenntnisse u. Erfahrungen aus fünfzigjiihrigem Dienst am Evange­
Iium, cité dans Flugfeuer ( 200) , pp. 59-61.
22 The Overcomer, 1912, p. 98 cité par M. J. Stanford : Lettres de feu ( 174),

pp. 15-24.

183
Je corps est traversé par certaines forces. Des guensons ont parfois
lieu. C'est à cette étape que la plupart reçoivent le don des langues...
3. L'étape de la possession (prophéties, dons de double vue, lévi­
tations). » 23
" Cewc qui ont été séduits par de fausses révélations, nous dit
l'évangéliste Joh. Seitz, en arrivent généralement, sans le savoir ni le
vouloir, à séduire d'autres. Ils deviennent ainsi des instruments entre
les mains des mauvais esprits. Ces esprits, que nous avons démasqués
comme étant d'origine satanique. ont fait des choses si merveilleuses 1
Ils nous ont dit, par exemple, que nous recevrions le Saint-Esprit, que
nous annoncerions l'Evangile dans toute l'Allemagne, que nous gué­
ririons des malades, que nous chasserions les esprits et que nous
construirions des hôpitaux. Ces anges de Satan voulaient nous placer
sous leur influence et nous conduire sur de fawc chemins. Cela nous
a appris à refuser tout ce qui ne concorde pas strictement avec la
Parole de Dieu. » 24
Avant de conclure à l'origine di.-ine de r..otre eApérier..ce, il se,a
bon d'en passer les fruits au crible des sept tests établis par A.W.
Tozer pour « éprouver les esprits» : de quelle manière cette nouvelle
expérience a-t-elle modifié mon attitude et ma relation envers Dieu,
Jésus-Christ, à l'égard de !'Ecriture, de moi-même, des autres chré­
tiens, du monde et du péché ? 25
« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. » Ce critère que Jésus a
donné à ses disciples pour leur permettre de distinguer les vrais pro­
phètes des faux peut aussi nous servir pour discerner quelles expé­
riences viennent de Dieu.
Cependant, même si nous sommes convaincus que nos expériences
sont d'origine divine, soyons aussi persuadés que, comparativement
à l'événement spirituel de notre nouvelle naissance, « elles n'ont
qu · une importance secondaire et sont, toutes, incomplètes» (J. Stott) .
C'est pourquoi nous nous permettons de terminer ce chapitre par
deux brèves exhortations.

SI VOUS AVEZ FAIT UNE DEUXIÈME EXP:f:RIENCE


Si donc vous avez fait une expérience merveilleuse, si elle a pro­
duit en vous un approfondissement de votre vie spirituelle : prières
plus ferventes, esprit de louange, amour de la Parole de Dieu, zèle
pour le service... ne la reniez pas : « un mauvais arbre ne peut porter
23 H. Dallmeyer : Erfahrungen in der Pfingstbewegung ( Neumünster s. d.).
pp. 18-19.
u Flugfeuer (200), pp. 56-57.
t5 A. W. Tozer : How to try the Spirits dans : « Man, the Dwelling Place
of God (Harrisburgh, 1966), pp. 1 19-132. Publié en français par J. P. Burgat :
Comment éprouver les esprits, S. r. des Amorteaux, F 78730 St Arnoult en Y.
1 84
de bons fruits » (Mt . 7. 18) . Si les fruits sont bons, l'arbre est bon, le
Saint-Esprit était à l'œuvre . Vous avez reçu le don des langues qui
vous permet de louer Dieu avec une plus grande liberté ? Utilisez ce
don pour Sa gloire, sans le sous-estimer ni le surestimer. Vous avez
appelé cette expérience votre « baptême du Saint-Esprit » parce que
vous aviez le sentiment d'être, pour la première fois de votre vie,
plongé dans !'Esprit de Dieu, que vous en étiez comme submergé.
L'image se défend, mais il vaut mieux utiliser les expressions bibli­
que dans le sens où les auteurs inspirés les emploient.
En effet, votre expérience était peut-être le jalon marquant d'une
crise de croissance, d'un retour à Dieu, d'une consécration ou d'un
revêtement de puissance pour le service . En faire une expérience uni­
que et définie, assimilée au baptême du Saint-Esprit dont parle le
Nouveau Testament, peut créer des confusions regrettables :
1 . Toutes les promesses liées, par la Bible, au baptême du Saint­
Esprit, c'est-à-dire à la nouvelle naissance, sont renvoyées à cette
seconde expérience. Donc, tous les croyants qui ne l'ont pas faite se
croient privés de ces bénédictions - alors qu'elles sont à leur dispo­
sition depuis leur conversion.
2. Si vous avez fait la « seconde expérience » , vous vous croyez
« arrivés » , vous pensez avoir reçu tout ce que Dieu vous a destiné.
Mais Dieu a infiniment plus de grâces et d'expériences à votre dispo­
sition. Sans compter le risque d'orgueil, vous vous privez, en insis­
tant trop sur la seconde expérience, de la troisième, la quatrième, la
dixième, la vingtième. Ne réduisons pas Dieu à un fonctionnaire
d'un service de rationnement : « Untel a eu son attribution de la pre­
mière et de la deuxième expérience. Réglé. Plus rien à percevoir. »
Dieu est le Tout-autre, infiniment plus riche, qui veut nous combler
de ses bénédictions renouvelées pour que nous puissions dire, nous
aussi : « Nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce »
(Jn. 1 . 16).
« Appelez cette expérience « seconde bénédiction » si vous voulez,
mais n'en restez pas là ... Cherchons la troisième et la dixième à me­
sure que nous progressons sur le chemin montant » (M. Green) . 26
« Si je crois à la seconde bénédiction ? demande Criswell. Bien
sûr ! - Est-ce que !'Ecriture l'enseigne ? Certainement ! Et la Bible
enseigne également qu'il y a une troisième, une quatrième et une cen­
tième et une millième bénédiction. Dans la mesure où nous restons
dans l'attitude de consécration et d'abandon à Dieu, le Saint-Esprit
continue à nous bénir toujours à nouveau. » 27
3. Si vous croyez que le baptême du Saint-Esprit est une seconde
étape obligatoire dans le cheminement chrétien, vous chercherez évi-
ze I believe (72) , P.· 153.
n The Baptism (42) , p. 39.
185
demment à la faire partager à tout croyant. Peut-être serez-vous, pour
certains d'entre eux, un instrument de Dieu pour les amener à un
examen salutaire de leur vie spirituelle, à une plus grande consécra­
tion et à un service plus fécond pour le Maître. Mais, à d'autres,
vous risquez de causer de graves torts, si vous leur prônez une expé­
rience qui n'est pas pour eux. Du moment que la Bible ne la définit
pas comme normale pour tous les chrétiens, il ne faut pas l'imposer.
Certains tempéraments religieux sont très accessibles à ce genre d'ex­
périences, d'autres y sont délibérément rebelles. Dieu accepte l'un
comme l'autre et l'utilise à son service. Les tempéraments mystiques
se sentiront attirés par les visions, les extases, le parler en langues,
l'extériorisation des sentiments par le chant, le geste ... Mais il serait
dommage qu'une communauté ne comprenne que des chrétiens de
ce type. 28 Dieu a aussi créé le tempérament intellectualiste et le tem­
pérament actif ou volontaire 29 ; il les valorise tous à son service. Si
les chrétiens de ce type suivent un autre itinéraire pour arriver à la
maturité spirituelle, cela regarde leur Maître. Ils ne feront peut-être
pas les expériences exaltantes que vous avez connues, mais ils seront
plus stables, plus fidèles aux principes adoptés, plus soucieux d'effi­
cience réelle et de fruits qui demeurent.
D'autre part, Dieu n'opère jamais de manière stéréotypée. Toutes
ses œuvres, dans la création, sont caractérisées par une extrême diver­
sité. Son Fils n'a pas agi autrement. Peter Guilchrist rapporte la savou­
reuse suite imaginaire d'un récit biblique : deux aveugles guéris se
rencontrent : « Comment Jésus a-t-il fait pour te rendre la vue ? - Je
le lui ai demandé et, instantanément, j'ai vu clair. - Minute, dit le
second, cela n'a pas pu se passer si vite. Il a dû d'abord te mettre
de la boue sur les yeux et t'envoyer te laver ... » « Et voilà, conclut
malicieusement Guilchrist, comment sont nées les deux premières
dénominations : les boueux et les anti-boueux. » 30
L'Eglise est un corps dont les membres ont des dons et des fonc­
tions variés : « Il y a diversité de dons, mais le même Esprit ; diver­
sité de ministères, mais le même Seigneur ; diversité d'opérations,
mais le même Dieu qui opère tout en tous » (1 Co. 12. 6) .
« En un mot, nous dit J. Stott, que votre expérience vous amène
28 William W. Wood a soumis un certain nombre de membres d'Eglises
pentecôtistes et non pentecôtistes au test de Rohrschach. Etant donné que
« le pentecôtisme prétend qu'une personne doit passer par des expériences
spirituelles émotionnelles intenses pour arriver à la nouvelle orientation de la
personnalité appelée sainteté » (p. 105), il constate que Je pentecôtisme n'attire
que certains types de personnalités : ceux qui précisément ressentent le
besoin d'expériences intenses et qu'il repousse les autres tempéraments. Cul­
ture and Personnality Aspects of the Pentecostal Holiness Religion (Mouton
et Cie, La Haye - Paris, 1965).
29 V. G. Berguer : Traité de psychologie de la religion (Fayot, Lausanne,
1946), pp. 187-318.
so Let's Quit Fighting About the Ho/y Spirit (148), p. 108.

186
à louer et à adorer, mais que votre exhortation des autres soit fondée,
non sur vos expériences, mais sur !'Ecriture. » 3 1

S I VOUS N E L'AVEZ PAS FAITE


Si vous n'avez pas fait de seconde expenence, vous serez peut­
être tenté, après avoir lu attentivement ce livre, de refuser toute vali­
dité à des expériences extraordinaires faites par d'autres. Il nous faut
cependant rester « humblement prêts à reconnaître les opérations in­
habituelles du Saint-Esprit dans les autres et à dire au moins comme
Gamaliel : « Si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle
se détruira ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire.
Ne courez pas le risque d'avoir combattu contre Dieu» (Ac. S. 38-39).
Nous avons toujours besoin, en ces jours où le Saint-Esprit semble
si actif, d'être sensibles à ce qu'il peut vouloir dire et faire parmi nous.
Nous devons veiller avec soin de ne pas blasphémer contre le Saint­
Esprit en attribuant son œuvre au diable, ni de l'éteindre en décidant
de le maintenir dans les limites de nos propres schémas sûrs et tra­
ditionnels» (J. Stott). 32
D'un autre côté, nous n'avons pas non plus à nous sentir frustrés.
L'essentiel n'est pas dans l'expérience, mais dans l'attitude envers
Dieu: marchez-vous dans la lumière en confessant tout péché connu,
vous êtes-vous donnés à Dieu pour qu'il vous remplisse de son Esprit ?
Alors croyez qu'il l'a fait, même si vous n'avez rien ressenti. G. Ver­
wer nous dit que parmi les grands serviteurs de Dieu du passé, cer­
tains croyaient à une seconde bénédiction, d'autres à un renouveau
continuel de !'Esprit : « la vie de ces deux groupes avait une même
puissance spirituelle... Je pourrais citer, nom après nom, des hommes
qui n'ont jamais expérimenté Je baptême de l'Esprit, qui n'ont jamais
prétendu avoir reçu une « seconde bénédiction», et dont la vie fut
cependant remplie de la puissance du Saint-Esprit, car ils ont cher­
ché, jour après jour, à vivre sous Sa direction, à s'abandonner à Lui.
Je pourrais également en citer beaucoup d'autres qui affirmèrent
avoir fait l'expérience du baptême du Saint-Esprit... Le plus important
n'est pas d'avoir eu une expérience bouleversante ou une expérience
sans aucune manifestation ... Ce qui importe, c'est de savoir où vous
en êtes aujourd'hui à l'égard de la sainteté. Quelques-uns des chré­
tiens les plus dynamiques, les plus forts, les plus charitables et rem­
plis de !'Esprit que j'aie jamais rencontrés n'ont jamais eu une expé­
rience marquante. Qui sommes-nous, pour dire qu'un tel doit avoir
un certain type d'expérience ?... Dieu a dit : « Soyez remplis de !'Es­
prit. » Et, au fur et à mesure que nous nous abandonnerons à Lui, Il

s1 B aptism and Fullness (17 8), p. 74.


s2 Baptism and Fullness ( 17 8), pp. 7 3-74.

187
nous remplira, soit par une grande expenence émotive, soit par une
action paisible et quotidienne. » 33 Ni pour la sanctification, ni pour
la puissance spirituelle dans le service, une « deuxième expérience »
n'est indispensable. Ce qui importe, c'est de marcher « en Christ »
de progrès en progrès, dans l'obéissance et la foi.

33 Extrémismes, p. 5.

1 88
CHAPITRE XII

En conclusion

A. BILAN
Nous avons essayé d'établir que
1 . L'Ecriture inspirée par le Saint-Esprit doit être notre seule nor­
me, elle est souveraine et pleinement suffisante pour j uger toute doc­
trine et toute expérience religieuse.
2. D'après la Bible, nous recevons le Saint-Esprit au moment où
nous acceptons, par la foi, Jésus-Christ comme notre Sauveur et Sei­
gneur pour lui appartenir. « Si quelqu'un n'a pas !'Esprit de Christ, il
ne lui appartient pas » (Ro. 8. 9) .
3. Dans. les évangiles et les Actes, nous trouvons, à côté du cas
général (réception de l'Esprit au moment de la conversion), deux cas
particuliers liés au passage de l'ancienne à la nouvelle alliance : celui
des disciples de Jésus qui ont reçu un « acompte » de l'Esprit par le
Seigneur ressuscité (Jn. 20. 23) et celui des Samaritains qui ont dû
attendre la venue de deux apôtres pour recevoir !'Esprit (Ac. 8. 14-17),
probablement pour éviter une scission dans l'Eglise primitive. Dans
tous les autres cas - y compris ceux des païens dans la maison de
Corneille (Ac. 10) et des disciples de Jean-Baptiste à Ephèse (Ac. 19)
- la réception de !'Esprit a coïncidé avec le jour de la conversion.
4. Dans le Nouveau Testament, l'expression « baptisé dans !'Es­
prit » s'applique à l'entrée dans la vie chrétienne, elle est synonyme
de nouvelle naissance. Le baptême dans !'Esprit nous fait mourir et
renaître avec Christ. Il est lié à la foi, au pardon des péchés, à l'adop­
tion comme enfant de Dieu, au sceau de !'Esprit...
5. Les signes bibliques du baptême dans !'Esprit sont la confes­
sion de Christ comme Seigneur, la marche dans la lumière et l'amour
des frères.
189
6. Dans trois cas rapportés dans les Actes, la conversion de tout
un groupe a été accompagnée du parler en langues (Ac. 2 ; 10 ; 19).
Dans les autres cas, rien ne permet de supposer que les nouveaux
convertis aient parlé en langues. Le parler en langues n'est donc pas
un signe obligatoire ou normal d'une conversion - pas plus qu'il
n'est le signe d'un revêtement de puissance qui aurait lieu au cours
de la vie chrétienne.
7. Etre rempli de l'Esprit n'est pas une seconde expérience après la
conversion, c'est une qualité de vie spirituelle à laquelle tous les chré­
tiens doivent aspirer. C'est à cette vie remplie de l'Esprit que les apô­
tres voulaient conduire tous les membres des Eglises primitives. Ils
leur en indiquent les moyens dans les épîtres : renoncement à tout
péché connu, consécration à Dieu, obéissance à ses commandements,
foi, prière, louange, relations fraternelles...
8. La Bible ne définit aucune seconde étape ou expérience définie.
La doctrine de lé: " seconde bénédiction ,, a été élaborée i partir de
l'expérience de quelques grands hommes de Dieu. Elle n'est donc pas
normative pour tous les chrétiens.
9. Un développement récent de cet enseignement des deux expé­
riences est la doctrine du « baptême du Saint-Esprit » , seconde expé­
rience qui nous conférerait les dons spirituels et la puissance pour le
service et qui serait marquée obligatoirement - ou normalement -
par le parler en langues. Cette doctrine est née avec le X.Xe siècle,
on ne la trouve chez aucun auteur chrétien antérieur. Elle ne saurait
donc être présentée comme une doctrine biblique et imposée à tous
les chrétiens.
10. Cette seconde expérience, faite effectivement par beaucoup de
chrétiens à travers le monde, peut avoir des significations très diver­
ses : elle peut être l'authentique nouvelle naissance de quelqu'un qui
n'a été chrétien que de nom ou d'illusion, elle peut constituer une
étape décisive dans le développement spirituel : assurance du salut,
crise de croissance ou retour à Dieu, acte de consécration, revêtement
de puissance pour un service particulier... Mais elle peut aussi n'être
rien de plus qu'une « expérience religieuse », comme en font des mil­
lions d'hommes dans les religions non chrétiennes. A ce titre, elle ne
serait que le produit du simple jeu de facultés humaines souvent mal
connues.
La recherche d'une telle expérience, si elle peut amener certains
chrétiens à une plus entière consécration, peut aussi conduire d'au­
tres à un déséquilibre dangereux pour leur vie psychique et spiri­
tuelle, elle peut même ouvrir la porte à des séductions démoniaques
qu'il n'est pas toujours facile de détecter.

190
1 . Une d octrine dangereuse
La doctrine du baptême du Saint-Esprit telle qu'elle a été définie
dans le mouvement de Pentecôte et reprise par une grande partie du
mouvement charismatique est dangereuse à plus d'un titre.
a) Elle dissocie l'œuvre de Jésus-Christ et celle du Saint-Esprit.
« Par la doctrine du baptême du Saint-Esprit, !'Adversaire a réussi
en grande partie à séparer l'œuvre de Jésus-Christ et celle du Saint­
Esprit et à diviser l'Eglise. Jésus, paraît-il, ne donne que la justifi­
cation, c'est-à-dire le pardon des péchés, alors que le Saint-Esprit
accorde le don plus important de l'entière sanctification " (E. von
Eicken) . 1 Dans la Bible, le Saint-Esprit est souvent appelé !'Esprit du
Christ pour marquer leur unité profonde. L'apôtre Paul emploie indiffé ­
remment un terme pour l'autre (v. Ro. 8. 9-10) et « c'est la plus grave
des hérésies de faire une distinction entre l'expérience de Christ et
l'œuvre du Saint-Esprit» . 2
b) Elle dissocie également vie et puissance, fruits et dons.
D'un côté, l'Esprit de Christ donnerait la vie et produirait les
fruits de !'Esprit, d'un autre côté, le baptême du Saint-Esprit accorde­
rait les dons spirituels et la puissance pour le service, de sorte que
l'on pourrait fort bien avoir l'un sans l'autre et, ce qui est plus grave
l'autre sans l'un, c'est-à-dire la puissance sans les fruits.
C'est du moins ce qu'enseigne le théologien du pentecôtisme D.
Gee : « Le but du baptême du Saint-Esprit n'est pas de donner la vie,
mais la puissance... Les manifestations particulières ne sont pas les
fruits ... Il est possible aux croyants ayant reçu le Saint-Esprit comme
Esprit de Christ demeurant en eux, de manifester beaucoup de fruits
sans avoir connu l'expérience définie du baptême du Saint-Esprit. Et
d'un autre côté, certains chrétiens peuvent exercer les dons spirituels
reçus par ce baptême sans manifester le fruit de !'Esprit, s'ils négli­
gent de maintenir la plénitude de la vie de Christ en eux. » 3
Une telle spécialisation des fonctions relève davantage des idées
modernes sur la division du travail que de la conception biblique.
Pour Jésus et les apôtres, le Saint-Esprit est aussi bien « !'Esprit de
Dieu » que « !'Esprit de Christ » (Ro. 8. 9-10) , le Père et le Fils vien­
nent habiter - par !'Esprit - en celui qui garde les commandements
de Christ (Jn. 14. 23) . La puissance pour convaincre des incrédules
n'est pas, dans le Nouveau Testament, une sorte de pouvoir magique
- comme celui de Simon le Magicien (Ac. 8. 10) - elle est inti-
1 Op. cit. (55), p. 40.
z Beasley - Murray : The Holy Spirit Baptism and the Body of Christ.
Review and Expositor 63 (Spring 66), p. 182.
3 Le fruit de l'Esprit (65), pp. 12-13.

191
mement liée à la manifestation des fruits de l'Esprit : « qu'ils remar­
quent vos bonnes œuvres et glorifient Dieu au jour où il les visi­
tera», • qu'ils soient gagnés sans paroles par la conduite ... • (1 Pi. 2.
12 ; 3. 1 ; cf. 3. 15).
L'apôtre Paul donnait comme signes de sa « puissance pour le ser­
vice», c'est-à-dire de son ministère comme serviteur de Dieu : « beau­
coup de patience... la pureté, la longanimité, un esprit saint, une
charité sincère, la parole de vérité, la puissance de Dieu par les
armes offensives et défensives de la justice » (2 Co. 6. 4-7 ; cf. 12. 2 ;
1 Th. 2. 7). La marque des faux serviteurs est précisément l'absence
de ces fruits du Saint-Esprit (Mt. 7. 22-23 ; 2 Co. 1 1. 12-13, 15 ; 2 Pi.
2. 1-3, 10 SS. ; Jud. 1 1-13, 16- 19).
c) Elle crée une discrimination arbitraire et antibiblique entre les dons
de Dieu.
Les premiers dons accordés par Christ au moment de la conversion
seraient le pardon des péchés, la justification, la réconciliation avec
Dieu, la vie éternelle ... rien que des dons « spirituels», c'est-à-dire
invisibles. Le Saint-Esprit, au moment où il nous baptise, nous don­
nerait les dons « supérieurs» : la joie qui déborde dans l'âme et le
corps, le parler en langues, des « manifestations de l'Esprit» comme
le don de guérison, d'interprétation des langues, la puissance pour le
service... Donc des grâces sensibles et visibles. Les auteurs néo-pen­
tecôtistes nous disent que le baptême du Saint-Esprit est le moment
où l'Esprit de Dieu, confiné jusque-là dans l'esprit de l'homme, débor­
derait dans son corps et son âme.
Cette théorie amène les chrétiens à valoriser davantage les grâces
sensibles et à mesurer les dons de Dieu d'après « ce qui frappe les
yeux» (1 S. 16. 7) au lieu de marcher « par la foi et non par la vue»
(2 Co. 5. 7).
Pour beaucoup de chrétiens, l'expérience qu'ils ont appelée leur
« baptême du Saint-Esprit » a été effectivement le début d'une recher­
che de signes, de visions, de manifestations physiques, de sorte que
leur vie spirituelle en a été désaxée. Dans la Bible, au contraire, nous
voyons que Dieu apprend à son peuple à se détacher de plus en plus
des dons visibles et à rechercher les bénédictions spirituelles sans
s'appuyer sur les données des sens.
La doctrine des deux expériences amène les chrétiens à sous-esti­
mer la nouvelle naissance - puisque celle-ci devrait être complétée
par une autre expérience qui nous ferait enfin accéder aux bénédic­
tions supérieures. Elle déprécie les dons que Dieu nous accorde au
moment de notre régénératoin puisque seul le « baptême du Saint­
Esprit» ferait de nous un chrétien victorieux, rempli de l'Esprit et
équipé pour le service.

192
Comme le dit M. Unger, cette doctrine " obscurcit l'Evangile de la
grâce», c'est pourquoi on a vu beaucoup de chrétiens ayant adopté
ces vues " mettre en doute leur salut, être privés de toute sécurité,
tout repos, toute joie dans l'union avec Christ». 4
Dans la Parole de Dieu, nous ne trouvons pas trace d'une telle
doctrine : toutes les bénédictions spirituelles sont à nous dès notre
conversion, nous en prenons conscience graduellement, et nous nous
en emparons progressivement.
d) Elle crée une division arbitraire entre les chrétiens.
" Ceux qui reçoivent ce baptême, nous dit J .E. Stiles, sont auto­
matiquement promus dans une catégorie supérieure de chrétiens, alors
que ceux qui ne l'ont pas reçu font figure de chrétiens de deuxième
choix. C'est ce qui explique l'orgueil si fréquent des baptisés de !'Es­
prit.» 5
Morton Kelsey, qui valorise positivement le don des langues, en
reconnaît aussi les aspects négatifs : ceux qui l'ont reçu se croient
" arrivés» et négligent souvent la sanctification, ils relâchent le con­
trôle de la raison sur le comportement et recherchent les émotions
et les expériences. Les " dons spirituels miraculeux risquent de sup­
planter Jésus-Christ». 6
Effectivement, la doctrine du " baptême de l'Esprit» divise les
Eglises partout où elle pénètre en creusant un fossé entre ceux qui
ont " reçu le Saint-Esprit» et ceux qui " ne l'ont pas encore reçu».
Elle crée donc entre les premiers un lien fondé sur une expérience
alors que, d'après la Bible, l'unité des enfants de Dieu repose sur la
confession de Christ comme Seigneur, la marche dans la lumière et
l'amour des frères. En fait, cette théorie crée une unité entre des
chrétiens réceptifs au genre d'expérience considéré comme signe de
la réception du Saint-Esprit, 7 c'est-à-dire des hommes et des fem­
mes de tempérament émotionnel. Dieu voudrait que, dans le Corps
de Christ, tous les types de tempéraments soient représentés et col­
laborent harmonieusement à son œuvre.
De plus, dans les Eglises existantes, l'introduction de cette doctrine
crée une division supplémentaire entre ceux qui l'acceptent et ceux
qui la rejettent comme non biblique. S'il est notoire que le pente­
côtisme suscite partout des divisions, c'est à sa doctrine distinctive,
c'est-à-dire à son enseignement sur le " baptême du Saint-Esprit»
qu'il doit cette triste réputation.
4 The Baptism ( 188), pp. 36- 37.
5 The Gift of the Roly Spirit. California, 196 3 , cité Hollenweger (89), p. 15.
8 M. Kelsey : Zungenreden ( 10 1) , p. 245.
7 Cf. ce qui a été dit au chapitre précédent sur les expériences de W.
Wood qui a soumis les membres de diverses Eglises au test de Rohrschach
et découvert que ceux qui s'étaient rattachés à une Eglise de Pentecôte appar­
tenaient tous à un certain type psychologique (note 28, p. 186).

193
e) Elle suscite des recherches malsaines et entretient des sentiments
de frustration non justifiés.
Si, effectivement, tant de bénédictions dépendaient de cette deuxiè­
me expérience, serait-il concevable qu'un chrétien ne fasse pas tout
pour l'obtenir: examens de conscience, prières, jeûnes, recherches
répétées de l'imposition des mains, participation à des réunions d'at­
tente. Si, pour certains types de chrétiens, ces pratiques peuvent avoir
d'heureux effets en " brisant» une résistance charnelle à !'Esprit de
Dieu, elles sont proprement catastrophiques pour des tempéraments
scrupuleux et peuvent ruiner toute leur personnalité.
Le danger des « réunions d'attente» a été souligné même par des
conducteurs pentecôtistes. Lorsque, durant des semaines, parfois des
mois ou même des années, des chrétiens assistent à des réunions orga­
nisées en vue de la réception du " baptême du Saint-Esprit», qu'ils se
font régulièrement imposer les mains, crient à Dieu, s'examinent pour
découvrir l'obstacle caché, essaient de se " vider» d'eux-mêmes, lais­
sent aller leur langue pour qu'elle balbutie un langage incompréhen­
sible et n'arrivent toujours pas à parler en langues, c'est-à-dire à
obtenir le signe qui leur permettrait de conclure qu'ils ont enfin reçu
la bénédiction désirée, on comprend que toute leur vie spirituelle soit
désaxée par une telle attente. On comprend même que des âmes sin­
cères en arrivent au bord de la dépression - si ce n'est en psychiatrie
ou au suicide - lorsqu'elles ne reçoivent pas le don promis.
Dans toutes les Eglises pentecôtistes, les statistiques font apparaî­
tre une assez forte proportion de membres n'ayant pas été " baptisés
du Saint-Esprit». Dans les églises du Chili, plus de la moitié des pas­
teurs pentecôtistes ne parlent pas en langues, donc n'ont pas « reçu
le Saint-Esprit» d'après la théorie de l'Eglise qu'ils servent et dont
ils acceptent et diffusent l'enseignement. Peut-on imaginer les dra­
mes secrets qu'une telle situation engendre en d'innombrables âmes
sincères ? 8 Elles s'appuient sur la promesse de Jésus: " Si donc mé­
chants comme vous l'êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos
enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le
Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent» (Lu. 1 1. 13). Elles le deman­
dent avec insistance, sincérité et foi. Et pourtant, elles ne peuvent
8 Dans I once spoke in longues (Autrefois, je parlais en langues) (152),
Wayne A. Robinson, fils de pasteur pentecôtiste et élève d'une école biblique
pentecôtiste, nous fait part, avec une sincérité touchante, de sa recherche
désespérée de ce signe pendant des années et de son enthousiasme après
l'avoir enfin reçu. Quelques années plus tard, il analyse très lucidement ce
que le parler en langues lui a apporté dans sa vie personnelle et dans son
ministère et constate que cette préoccupation a tourné ses intérêts vers lui­
même au lieu de les tourner vers les autres, il voulait « faire partie d'une
aristocratie spirituelle. Je voulais impressionner les autres. Je leur disais
en effet : Voyez, je suis un chrétien qui parle en langues et je petL"< le prou­
ver » (p. 59).

194
s'appuyer sur cette autre promesse : « Tout ce que vous demanderez
en priant, croyez que vous l'avez reçu et vous le verrez s'accomplir»
(Mc. 1 1. 24), car pour croire qu'elles ont reçu le Saint-Esprit, elles doi­
vent avoir parlé en langues. Seuls des serviteurs de Dieu qui ont eu à
s'occuper de personnes ayant vécu pendant des mois ou des années
dans cette tension intérieure et qui ont souffert de ces sentiments de
frustration peuvent mesurer tout le mal que cette théorie non biblique
peut causer aux âmes les plus sincères.

f) Elle ouvre la porte à l'activité des mauvais esprits.


Evan Roberts et J. Penn-Lewis ont montré que la passivité était la
condition nécessaire et suffisante permettant aux mauvais esprits
d'exercer une influence néfaste sur la vie intérieure de chrétiens sin­
cères.
L'histoire du pentecôtisme abonde en témoignages d'activités
démoniaques dans les rangs d'enfants de Dieu (fausses prophéties,
blasphèmes, convulsions, hurlements ... ). Des serviteurs de Dieu dignes
de foi signalent des cas fréquents d'oppression satanique à la suite
de l'attente du « baptême dans l'Esprit» dans les milieux charismati­
ques. Le Rév. Ian McDonnel, directeur de l'Ecole biblique d'Epping
Australie, N.S.W.), relate un certain nombre de séances d'exorcisme
au cours desquelles les esprits chassés ont avoué être entrés dans les
chrétiens au moment où un leader charismatique leur a imposé les
mains pour la réception du « baptême du Saint-Esprit» 9 « Nous vou­
lions semer la confusion, affirment les mauvais esprits, arrêter son
témoignage pour Christ. » L'un des démons avoue que sa mission était
de tromper la chrétienne sur la véritable nature des langues.
Des récits analogues nous parviennent de toutes les parties du
monde. ]'ai moi-même entendu l'enregistrement d'une séance d'exor­
cisme. Une chrétienne parle en langues en présence d'un serviteur
de Dieu. Celui-ci conjure l'esprit qui parle en elle de s'exprimer en
anglais. Au milieu d'un flot de plus en plus rapide de glossolalie,
l'esprit donne son nom, il prétend être venu parce que cette chré­
tienne avait appelé : « Viens ! » Il lui avait accordé le don de parler
en langues, elle ne l'avait pas refusé mais en avait remercié Dieu.
C'est pourquoi il prétendait avoir le droit de rester en p lace. A la fin
de la séance, on entend un grand cri et le parler en langues cesse.
Si l'on ajoute foi aux statistiques alarmantes de ceux qui ont
éprouvé les esprits chez des chrétiens glossolales - entre un et dix
pour cent de dons authentiques - on peut se demander combien
d'enfants de Dieu sincères vivent, sans le savoir, sous des influences
démoniaques qui minent leur vie spirituelle et leur témoignage. Dès
lors, on s'étonne moins de ce que les milieux qui attachent un grand

195
prix à ces manifestations visibles soient aussi parmi ceux où les
péchés relevés à Corinthe soient les plus répandus.
Cela ne veut pas dire, bien entendu, que tous les chrétiens qui
adhèrent à cette doctrine soient nécessairement séduits ou qu'ils subis­
sent obligatoirement l'une ou l'autre conséquence fâcheuse signalée
plus haut. La grâce de Dieu est plus forte que nos erreurs. Mais si,
malgré les éclaircissements que nous donne !'Ecriture, nous persévé­
rons dans une doctrine qu'elle n'enseigne pas, nous portons seuls la
responsabilité des fruits amers que cette erreur peut porter en nous
et dans les autres.
Peut-être sommes-nous suffisamment fondés en Christ et dans sa
Parole pour contrebalancer les effets nocifs qu'une vue erronée pour­
rait produire en nous, mais alors notre spiritualité et notre notoriété
risquent fort d'être exploitées par !'Adversaire pour accréditer une
doctrine dont il espère tirer profit dans des âmes moins affermies
que nous.

2. U n e doctri ne très répandue


Pourquoi cette doctrine, qui n'a que des appuis très précaires dans
la Bible, a-t-elle conquis en peu de temps une si grande fraction du
monde chrétien ?
Rappelons-nous, tout d'abord, que « le succès ne prouve rien, en
tous cas, il ne prouve pas la justice ; Je succès n'est pas le doigt de
Dieu» (A. de Gasparin). 10 La vérité a généralement été du côté des
minorités et, comme le dit M. Green, « il n'était pas dans les habitudes
du Saint-Esprit, aux temps bibliques, de s'identifier aux vues de la
majorité». 1 1

Plusieurs raisons expliquent sans doute ce succès.


a) On peut alléguer d'abord une certaine immaturité psychique et
spirituelle des milieux où cette doctrine s'est répandue. On a relevé
le climat émotionnel des Eglises noires dans lesquelles Je pentecô­
tisme a pris pied, l'atmosphère spirite et syncrétiste de Los Angeles
où les sectes les plus extravagantes sont nées.
On a souligné le caractère primitif des populations sud-américai­
nes qu'un christianisme ritualiste et superficiel avait à peine tirées
du paganisme. C'est parmi ces masses superficiellement christianisées,
socialement déclassées et ignorantes de !'Ecriture que Je pentecôtisme
a remporté ses plus éclatants succès. Comme l'a dit le professeur R.
Mehl, il a donné une voix à ceux qui n'avaient jusque-là rien à dire,
9 Feuilles polycopiées publiées par l'Ecole biblique d'Epping.
10 Les droits du Cœur. Voir A. Kuen : Je bâtirai mon Eglise, pp. 61-62, 20 3 ,
282, 284-285, 287, 29 3-294, 342-34 3 .
1 1 I believe (72), p. 13.

196
au lieu d'être les ouailles silencieuses d'un pasteur, ils pouvaient par­
ticiper librement au culte, sans avoir besoin de rougir de leur manque
de culture ; s'ils parlent une langue que personne ne comprend, ils
n'en communiquent pas moins un message qui a un sens, puisque leur
parler en langues peut être interprété. 1 2
Dans les autres continents, les Eglises pentecôtistes s'adressent
généralement aussi à des gens très simples, élevés dans des Eglises
où la connaissance biblique n'occupe guère de place. Le néo-pentecô­
tisme, de son côté, touche principalement les Eglises historiques où
les membres moyens n'ont guère l'habitude d'étudier les Ecritures.
Les milieux évangéliques, par contre, où un enseignement biblique
solide est dispensé, semblent plus réfractaires au mouvement charis­
matique, du moins là où il insiste sur la nécessité de cette seconde
expérience.
Les premiers chrétiens étaient exposés aux mêmes dangers. Dans
la plupart de leurs lettres, les apôtres les mettent en garde contre les
fausses doctrines. Les Eglises restées dans un certain infantilisme
spirituel (1 Co. 3. 1 ; Ga. 4. 1 - 1 1 ; Hé. 5. 1 1 -14) étaient accessibles
plus que d'autres à la séduction des faux enseignements (2 Co. 1 1. 3 :
Ga. 3. 1 ; Hé. 13. 9). Les apôtres leur demandent d'utiliser tous les
moyens que Dieu met à leur disposition pour croître : « afin que vous
ne soyez plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctri­
ne » (Ep. 4. 1 4).
L'immaturité spirituelle explique donc pourquoi une doctrine non
biblique a pu avoir prise sur des chrétiens qui, par ailleurs, n'avaient
souvent pas la préparation intellectuelle nécessaire pour examiner
« chaque jour les Ecritures pour voir si ce qu'on leur disait était
exact» (Ac. 1 7. 1 1).
b) L'importance de l'enseignement a souvent été sous-estimée. La
doctrine entraîne, parfois même crée l'expérience - surtout si cette
doctrine est fondée sur une expérience. Cette loi s'est vérifiée maintes
fois dans l'histoire de l'Eglise.
Certains fondateurs du piétisme allemand ont passé par des luttes
spirituelles marquées par de profondes humiliations au sujet de leur
passé et par des semaines de prière pour obtenir le pardon. Ils ont
décrété que ce Buss- und Betkampf (combat de repentance et de
prière) était indispensable pour parvenir à l'assurance du salut - et
des milliers de chrétiens ont passé par ces luttes avant de saisir le
salut par la foi.
En Extrême-Orient, certains missionnaires ont fait l'expérience
d'une période de sécheresse de quelques mois ou quelques années

u Approche sociologique des mouvements charismatiques. Conférence


donnée à l'Université de Strasbourg, en janvier 1974.
197
après la joie initiale du salut ; ils ont trouvé dans l'histoire du peuple
d'Israël une justification biblique de leur évolution religieuse : avant
de pénétrer dans le « Canaan» d'une vie spirituelle épanouie, il faut
passer à travers le désert ; ils ont érigé leur expérience en dogme et
tous leurs convertis repassaient par le même cheminement.
Comme nous l'avons vu, 13 les « grands mystiques» catholiques
ont défini un itinéraire spirituel (grâces mystiques, nuit des sens, nuit
de l'esprit, état théopathique) que les autres mystiques ont fidèlement
suivi.
Dans les pays animistes ou fétichistes, les missionnaires ont cons­
taté que les païens passaient généralement par une conversion en deux
étapes : conversion à la notion d'un Dieu unique puis, quelques
années plus tard, conversion à Jésus-Christ. Bien que cette évolution
puisse se justifier bibliquement, il serait certainement abusif d'en
faire une doctrine et d'obliger tout le monde à passer par ces deux
étapes séparées par un certain laps de temps.
L'enseignemenê a donc une importance primordiale pour l'évolu­
tion spirituelle des enseignés. Si, dans une Eglise, on prêche la néces­
sité d'une seconde expérience après la conversion, si on insiste sur
les bénédictions qui en résultent (victoire sur le péché, puissance pour
le témoignage, dons spirituels}, pourquoi les chrétiens ne la recher­
cheraient-ils pas ? N'ont-ils pas expérimenté effectivement la joie du
salut en obéissant au message de la conversion apporté par les mêmes
prédicateurs ? Ils doivent parler en langues pour être sûrs d'avoir
reçu cette seconde bénédiction ? Ils essaieront de le faire, puisqu'en
même temps on leur enseigne une « technique» pour obtenir ce don :
laissez aller votre langue, dites n'importe quoi, prononcez les syllabes
qui vous viennent à l'esprit, répétez-les, débranchez votre intelli­
gence. 14

u Voir chap. 1 , pp. 17-18.


14 Même dans le mouvement charismatique, on prône cette technique :
Le chapitre « Comment recevoir le baptême du Saint-Esprit ? » dans « The
Ho/y Spirit and you » (9) de D. et R. Bennet, est presque entièrement con­
sacré à la question : Comment arriver à parler en langues ? « Il se peut que
vous commenciez à parler et que vous n'arriviez qu'à sortir quelques sons
hésitants. C'est merveilleux ! Vous avez franchi le « mur du son ». Continuez
à émettre ces sons. Offrez-les à Dieu. Dites à Jésus que vous l'aimez dans ce
« bruit joyeux », au cours des jours ou des semaines qui suivent, ils peuvent
se développer et devenir un langage ... Même si vous n'avez émis qu'un seul
de ces sons, ne dites plus : « Je n'ai pas encore parlé en langues » mais : « Je
commence à parler en langues » (p. 72). Cf. L. Christenson : « Die Gabe des
Zungenredens in der Luth. Kirche (39), pp. 15 ss. A. Bittlinger : Glossolalia
(14), pp. 50 SS.
Wayne A. Robinson raconte comment l'un de ses collègues, un pasteur
pentecôtiste, amenait les chrétiens qui voulaient recevoir le « baptême du
Saint-Esprit » à parler en langues : « Vous vous rappelez du temps où vous
étiez petit ? Vous aviez certainement l'habitude de répéter : Peter Piper
picked ... (nous dirions : Un chasseur sachant chasser sans son chien est un
bon chasseur). - Oui, mais j'avais toujours de la peine à les répéter. Je

198
Par conséquent, lorsqu'un certain enseignement est donné à des
gens qui n'ont pas la maturité spirituelle et biblique nécessaires pour
le réfuter, il n'est pas étonnant qu'il produise un certain type d'expé­
rience. Il ne faut cependant pas croire que cette expérience soit faite
par l'ensemble des chrétiens qui acceptent cette doctrine. Lorsque
certaines Eglises vont jusqu'à publier des statistiques sur le nombre
de « sauvés » et de « baptisés dans !'Esprit » , cette dernière catégorie
est toujours nettement inférieure à la première. Malgré toutes les
techniques, certains tempéraments semblent réfractaires à ce genre
d'expériences. D'autre part, il est peut-être vrai, comme le dit J.E.
Stiles, que « les chrétiens les plus sincères ne reçoivent j amais le bap­
tême du Saint-Esprit, parce qu'ils se connaissent trop pour se croire
suffisamment purifiés » 1 5 et dignes de recevoir la bénédiction pro­
mise.
c) L'aspiration des chrétiens à une vie plus sanctifiée, plus utile
à leur Maître explique le succès d'un enseignement qui semble répon­
dre à ce désir. Une telle aspiration est certainement produite par
!'Esprit de Dieu en nous : chaque chrétien authentique souffre de ses
défaillances, de sa tiédeur spirituelle, de son manque de zèle pour le
service. Un enseignement qui prétend remédier d'un coup à toutes
ces insuffisances fait obligatoirement vibrer une corde sensible en
chacun de nous. Qui ne voudrait connaître une vie toujours triom­
phante, un amour renouvelé pour le Maître et un témoignage effi­
cace ?
Bien des mouvements d'évangélisation et des Eglises ne répondent
à cette aspiration légitime par aucun enseignement biblique solide .
. L'édification des chrétiens est négligée au profit de la prédication
du salut - si ce n'est d'autre chose. Ainsi, le premier enseignement
qui réponde à une nostalgie que !'Esprit a lui-même implantée dans
ces nouveaux convertis leur est souvent apporté par ceux qui prê­
chent une « seconde bénédiction » sous la forme d'une expérience
définie. Cet enseignement présente apparemment de grands avan­
tages : il est simple, net et précis, il paraît biblique à ceux qui se
contentent de trois citations isolées de leur contexte et, surtout, il
correspond à un désir qui sommeille en chaque homme : trouver le
secret pour avoir instantanément la plénitude de la bénédiction.
Ce désir a trouvé son expression dans bien des légendes anciennes.
mélangeais tout. - Exactement. Maintenant, je vais vous dire quelques mots
analogues. Vous les répéterez. Vous les mélangerez aussi, mais ne vous en
inquiétez pas. Continuez à les répéter plusieurs dizaines de fois et bientôt
vous parlerez en langues. Okay ? ». Et voici la formule-miracle : Blessed
Jesus, suffering Savior, save the sin-sick soul of sinful sinners. We wait
willingly, wonderfully, wistfully right now! I once spoke in tangues (152), p. 79.
1 5 The Gift of the Holy Spirit (California, 1963), cité par Hollenweger
(89), p. 15.
199
L'histoire de la lampe d'Aladin, nous dit A.R. Hay, illustre la con­
ception païenne de Dieu et de nos relations avec lui : il faut connaître
la bonne manière de frotter la lampe pour que le génie apparaisse
et fasse notre volonté. C'est l'homme qui a l'initiative, qui agit et fait
agir l'esprit en sa faveur. Le Dieu de la Bible, par contre, est un sou­
verain qui se manifeste « comme il veut » (1 Co. 12. 1 1, 18). 16
« Il y a beaucoup de chrétiens, nous dit Hal Lindsay, spécialement
de jeunes chrétiens actuellement, qui veulent tout, tout de suite. Cer­
tains recherchent une expérience par laquelle ils aient instantanément
la victoire totale sur la chair : plus de tentations. Ils voudraient pos­
séder une grande puissance et une grande sagesse, de sorte qu'ils
sachent en un instant plus que ceux qui enseignent la Bible, plus
que leurs pasteurs. » 1 7
L e célèbre professeur Tobias Beck, d e Tübingen, disait déjà à c e
propos : " On veut l a perfection alors que l'on n e commence même
pas sérieusement à accomplir les devoirs quotidiens les plus immé­
diats, ni ceux qu'exige la véracité ou la lutte contre les péchés de tous
les jours. On exige un peu hâtivement de la grâce qu'elle fasse des
miracles, alors qu'elle demande de notre part, comme dans l'agricul­
ture, le travail et la patience, ainsi que le respect des lois divines de
la croissance et de la fructification. » Et Rienecker d'ajouter : " On
veut le but sans le chemin. » 1 s
Cette tendance, encore plus vraie pour l'homme du XXe siècle
que pour celui du XIXe, explique, en bonne part, le succès d'une pré­
dication qui présente une expérience comme la clé des problèmes
essentiels du chrétien.
" Un des plus puissants mensonges qui attire un croyant dans le
domaine de cette « sainteté » , nous dit Miles Stanford, a été la pré­
tendue « possibilité » merveilleuse d'un exaucement « instantané » en
réponse à la prière pour ses problèmes personnels. Ajoutons à cela
une bénédiction " sensationnelle » dans l'existence, plus une puissance
quasi miraculeuse pour le service de Dieu. Sur le moment, cela prend
le visage du Christ, mais c'est antibiblique et irréalisable. Pendant
mes vingt années de cure d'âme auprès de croyants troublés, je n'ai
pas connu un seul chrétien qui soit parvenu à une maturité spiri­
tuelle authentique par le moyen de cette soi-disant expérience. » 19
H. Lindsey prétend même qu'" un esprit séducteur peut s'emparer
d'une personne quand elle commence à croire en une expérience qui
lui assurerait une maturité instantanée. » 20 L'Adversaire profite tou­
jours des aspirations spirituelles des chrétiens jointes à leur ignorance,

n A. R. Hay : What is wrong in the Church (81), Il, p. 73.


11 Satan is alive and well on Planet Earth (Zondervan, 1973), p. 1 3 5.
tB F. Rienecker : Biblische Kritik am Pietismus (Offenbach, 1952), p. 64.
1v Lettres de feu (174), p. 44.
20 Satan is a/ive... (note 17), p. 1 34.
200
pour s'introduire dans la place. Il se sert d'erreurs doctrinales pour
les entraîner sur son propre terrain. L'Eglise de Corinthe nous en
donne la preuve.
Les Corinthiens ont été « sanctifiés en Jésus-Christ» ( 1 . 2), ils ont
reçu « la grâce de Dieu en Jésus-Christ» ( 1 . 4) et ont « été comblés de
toutes les richesses qui concernent la Parole et la connaissance» ( 1 . 5),
l'apôtre dit qu'il ne leur « manque aucun don» ( 1 . 7). La seule expé­
rience future qu'ils doivent attendre, c'est « la manifestation de notre
Seigneur Jésus-Christ» ( 1 . 7). Leurs aspirations, toutefois, vont « au­
delà ». Ce terme « au-delà», ou « au-dessus» (hyper = super) revient
souvent dans ces deux épîtres, seul ou en préfixe à d'autres mots. 21
Ils veulent une sagesse supérieure ( 1 . 17 - 2. 16), une voie plus spiri­
tuelle que le mariage (ch. 7), une éthique plus large (10. 23), des super­
apôtres (2 Co. 1 1. 5-15). Ils se glorifient de leurs réalisations (2 Co.
10. 8-18). 22 C'est ainsi qu'ils apprécient aussi par-dessus tous les
autres, les dons spectaculaires (guérison, langues, interprétation des
langues) .
D'après une interprétation récente fort plausible, c'étaient ces
dons-là seuls qu'ils appelaient " spirituels» {pneumatikos) « Aspirez
aux dons spirituels» ( = à ces dons-là) semble avoir été un slogan
dans l'Eglise de Corinthe. Aussi l'apôtre rectifie-t-il leur optique en
précisant que ce sont des dons parmi d'autres, il les place même en
queue de liste et chaque fois qu'il emploie le terme de « aspirer �
(zêloô : 1 Co. 12. 3 1 ; 14. 1, 12, 39), il le tempère en juxtaposant à l'as­
piration des Corinthiens une autre voie plus excellente. 23
Pour séduire les chrétiens à la recherche d'un hyper, " Satan lui­
même se déguise en ange de lumière» (2 Co. 1 1. 14), il envoie des
" super-apôtres» (11. 5), « déguisés en apôtres de Christ» ( 1 1. 13) et
apportant un " autre Jésus que celui que nous avons prêché ... un
autre Esprit que celui que vous avez reçu» ( 1 1. 4). A la marche par
la vue et la recherche de la puissance, Paul oppose la marche par la
foi (2 Co. 5. 7) et dans la faiblesse (12. 9) . La grâce de Dieu suffit. Sa
puissance s'accomplit dans la faiblesse. « Tout hyper (super, au-des­
sus) doit devenir hypo (sous, en dessous) » (Bruner). 24
La doctrine du " baptême de !'Esprit», " baptême de puissance»,
qui transformerait instantanément le chrétien charnel en chrétien spi-

u A. Schlatter trouvai t la clé de la fausse théologie des Corinthiens dans


ce mot hyper, spécialement dans la tendance à aller « au-delà » des Ecritures
( 1 Co. 4. 6 où Paul emploie deux fois Je mot). (Die Korinthische Theo/. Güters­
loh, 1914, pp. 7-8, cité par Bruner ( 30), p. 285). Voir aussi 2 Co. 10. 5, 14-16 ;
1 1 . 5, 23 ; 12. 6, 7, 11.
2! Voir F. D. Bruner (30), pp. 285-31 9 : Huper : The relevant spiritual
Problems in Corinth.
t3 V. D. L. Baker : « The interpretation of 1 Cor. 12-14 » in Evangelical
Quarter/y, octobre-décembre 1974, pp. 224-234.
24 Op. cit. (30) , p. 306.

201
rituel et en témoin pour le Seigneur, répond donc admirablement à
l'aspiration de tout homme, mais le désir d'éviter l'épreuve « qui pro­
duit la patience» relève de notre nature charnelle. Or, « il faut que
la patience accomplisse parfaitement son œuvre, afin que vous soyez
parfaits et accomplis, sans faillir en rien» (Ja. 1. 4). Et là encore le
mot de Fayolles se vérifie : « Le temps n'épargne pas ce qu'on a fait
sans lui. »

3. Une doctrine i n utile


Le « baptême du Saint-Esprit» est censé nous donner « une piété
plus pleine, plus riche de certitudes et de victoires» 25 et un revête­
ment de puissance pour le service. Les pentecôtistes attribuent à cette
doctrine l'expansion extraordinaire de leur mouvement dans le mon­
de. Or, nous constatons que les auteurs pentecôtistes eux-mêmes
soulignent l'absence de ces vertus chez leurs membres baptisés de
!'Esprit et reconnaissent que d'autres chrétiens qui n'ont pas reçu ce
baptême les possèdent. « Nous reconnaissons, écrit Th. Brès, que des
chrétiens se déclarant eux-mêmes baptisés de !'Esprit sont parfois bien
loin d'avoir la conduite qu'on est en droit d'attendre d'eux. Le fait
est malheureusement trop certain. » 26
D. Gee, de son côté, déplore que les pentecôtistes qui ont parlé
en langues ne manifestent guère de sainteté dans leur vie : « Il y a
quelque chose de radicalement faux dans une expérience qui vous
donne des dons, mais pas la sainteté. » Il reconnaît, d'autre part, que
des chrétiens qui n'ont jamais parlé en langues, qui n'ont donc j amais
reçu ce « baptême du Saint-Esprit», témoignent par leur vie sainte,
que Christ vit dans leur cœur et il les donne en exemple aux pente­
côtistes, affirmant qu'ils mènent une meilleure vie chrétienne que
ceux qui ont reçu ce baptême. 27 Et H. Lindsell qui le cite de con­
clure : « Pourquoi alors un baptême du Saint-Esprit, si tout ce que ce
baptême de !'Esprit avec parler en langues est censé produire peut
être obtenu et même dépassé dans les vies de chrétiens qui ne l'ont
jamais reçu.» 28
Il faudrait, en effet, être d'un fanatisme aveugle pour prétendre
que le christianisme non pentecôtiste du passé et du présent, n'ayant
pas le baptême du Saint-Esprit, n'a pas réussi à produire des person­
nalités chrétiennes saintes et équilibrées, ou que les Eglises de type
pentecôtiste se distinguent particulièrement par ces qualités dues à ce
baptême spirituel.
Th. Brès incrimine comme causes de la déficience des baptisés de
25 Thomas-Brès : Le baptême du Saint-Esprit (180), p. 3 .
21 Ibid., p . 21 .
27 Now that you've been baptized in the Spirit (63) , pp. 28, 30.
28 Tests for the Tongues Movement Christianity Today 8. 12. 1972, p. 10 .

202
!'Esprit l'enseignement insuffisant, le manque de vigilance, l'orgueil,
le défaut de soumission aux conducteurs et aux règles de la Parole. 29
Si tout cela est nécessaire en plus du " baptême de !'Esprit», on peut
honnêtement se demander ce qu'il apporte de spécifique.
Quant à la puissance pour le service, un coup d'œil rapide sur
l'histoire de l'Eglise permet de souscrire pleinement à l'assertion de
G. Verwer disant que les serviteurs de Dieu qui croyaient à un renou­
veau continuel de la vie de !'Esprit avaient la même puissance spiri­
tuelle que ceux qui croyaient à la seconde bénédiction. 30 A plus forte
raison peut-on affirmer que l'évangélisation du monde doit bien plus
à des hommes de Dieu qui n'ont jamais parlé en langues - qui,
d'après la doctrine pentecôtiste, n'auraient donc jamais reçu ce bap­
tême de puissance - qu'à ceux qui ont reçu ce signe ou ce don. Qui
oserait prétendre, en effet, qu'un Luther, un Calvin, un Menno Si­
mon ou un Schwenckfeld, n'aient pas prêché dans la puissance du
Saint-Esprit ? Ou que Whitefield, Spurgeon, C.T. Studd ou B. Graham
ne connaissent rien de cette puissance parce qu'ils n'ont ni fait de
" seconde expérience» ni parlé en langues ?
Si donc la sainteté aussi bien que la puissance dans le service
sont acquis indépendamment de cette expérience, l'enseignement sur
le baptême du Saint-Esprit est une doctrine inutile, elle n'apporte rien
qui ne soit obtenu par les voies bibliques habituelles.
Je connais un serviteur de Dieu qui passe dans beaucoup d'Eglises
dont les unes croient à l'expérience du « baptême du Saint-Esprit »
de type pentecôtiste et les autres refusent cet enseignement. Il m'a dit
qu'en voyant de près la vie, la consécration, le témoignage et les fruits
de ces deux sortes d'Eglises, il est arrivé à la conclusion que les
secondes n'avaient rien à envier aux premières. Par contre, celles qui
ne prêchent pas de seconde expérience manifestent une stabilité et
une continuité qui fait souvent défaut aux autres.
Cette doctrine de la seconde expérience n'est même pas un élé­
ment indispensable de la vue pentecôtiste ou charismatique puisque,
comme nous l'avons vu, l'une des branches du pentecôtisme alle­
mand, celle de Mülheim, ainsi que le mouvement charismatique alle­
mand et le pentecôtisme catholique répudient cet enseignement. 31
Contrairement à ce que les pentecôtistes croient et affirment, on
peut donc dire que l'élément dynamisant de la « troisième force» du
christianisme n'est pas sa doctrine non biblique, dangereuse et inutile
du « baptême du Saint-Esprit», mais sa proclamation biblique du salut

tt Thomas-Brès : Le baptême du Saint-Esprit (180), p. 22.


so Extrémismes, p. S.
3 1 Voir chap. X, p. 165 et Le Renouveau charismatique (104), pp. 2 3 -24.

203
par la foi, de l'autorité des Ecritures, de la puissance actuelle du Saint­
Esprit et de l'Eglise, communauté des croyants.

B. LE VRAI PROBLÈME
La doctrine du cc baptême du Saint-Esprit » divise la chrétienté
évangélique en deux blocs : les uns affirment que tous les vrais chré­
tiens ont été baptisés du Saint-Esprit et que toutes les bénédictions
spirituelles comme toute la puissance pour le service sont d'ores et
déjà à leur disposition. Les autres prétendent que seule une seconde
expérience, marquée par des signes visibles, nous fera accéder à la
plénitude de !'Esprit et nous revêtira de la force ainsi que des dons
nécessaires à un témoignage efficace. Les uns se fondent sur la Bible,
les autres s'appuient sur leurs expériences et interprètent la Bible à
la lumière de leur cheminement spirituel.
D'où vient le problème ? Si vous avez suivi attentivement notre
examen de la Parole de Dieu, vous aurez pu constater que la doctrine
des premiers est foncièrement biblique : nous avons tous été
baptisés dans un seul Esprit, nous n'avons pas à attendre de seconde
expérience, et la plénitude de l'Esprit n'a rien de commun avec
l'ivresse momentanée d'une euphorie intérieure. Cependant, parmi les
tenants de cet enseignement orthodoxe, nous trouvons souvent une
vie spirituelle languissante, un zèle bien modéré pour l'évangélisation,
des Eglises figées, froides et peu attirantes. Alors que, de l'autre côté,
un enseignement qui ne résiste pas à un examen biblique approfondi
s'accompagne fréquemment d'une vie spirituelle intense, d'un amour
réel pour le Seigneur, d'un zèle manifeste pour le témoignage et d'une
croissance impressionnante d'Eglises vivantes.
Comme l'a dit J. Stott, le principal argument contre l'interprétation
évangélique du baptême du Saint-Esprit « n'est pas d'ordre biblique,
mais empirique, pas théorique mais pratique. Il peut se résumer en
deux phrases : 1. Si tous les chrétiens ont été baptisés dans l'Esprit,
la majorité d'entre eux n'en ont pas l'air. 2. Certains chrétiens pré­
tendent avoir passé par une expérience supplémentaire et distincte
du Saint-Esprit et leur prétention paraît vraie. » 32
Il ne faudrait pas oublier cependant que, vu depuis l'autre côté
de la barricade, le problème est tout aussi inextricable : on a reçu
un baptême spirituel qui est censé nous conférer la plénitude de
!'Esprit, l'amour pour le Seigneur et la haine pour le péché, et on se
retrouve au même point que ceux qui n'ont pas reçu ce baptême,
c'est-à-dire obligé de lutter chaque jour pour se maintenir en commu­
nion avec Dieu et pour résister aux tentations, on voit à côté de soi
tant de frères et sœurs qui, malgré leur baptême du Saint-Esprit, tom-
sz Op. cit. (177), p. 23.

204
bent dans des péchés grossiers auxquels ceux qui n'ont pas joui de ce
privilège semblent résister plus victorieusement. Ce baptême, paraît-il,
vous équipe pour le service, mais ceux qui ne l'ont pas reçu témoi­
gnent souvent avec autant d'efficacité et de fruits.
Quelle est alors la valeur véritable de cette expérience ?
Il en est un peu comme de l'engagement au service de Dieu. Les
uns pensent qu'il faut un « appel » . Ils peuvent s'appuyer sur de nom­
breux précédents bibliques (Ge. 12. 1 ; Ex. 3. 4 ; No. 27. 18 ; Jg. 6. 1 1 ;
1 Sa. 3. 8 ; Am. 7. 14 ; Es. 6 ; Mt. 4. 19 ; Ro. 1 . 1 ) ainsi que sur les
expériences de serviteurs de Dieu : certains d'entre eux ont eu des
visions, ont entendu le nom du pays où ils devaient aller ou ils ont
reçu des indications précises surnaturelles sur le genre de travail
auquel Dieu les appelait. D'autres estiment que tous les chrétiens sont
appelés à servir le Seigneur selon les dons qu'il ont reçus et qu'ils
ne doivent pas attendre d'expérience spéciale. Ils se sont mis au tra­
vail et ont réalisé une œuvre féconde. Ainsi nous trouvons des chré­
tiens engagés dans la vigne du Seigneur avec ou sans expérience
d' « appel » , d'autres qui ont eu leur « appel » et ne font rien et fina­
lement d'autres encore qui attendent vainement une expérience parti­
culière avant de se mettre au travail.
Si nous comparions notre problème à un problème de physique,
nous dirions que les uns affirment qu'un facteur A est nécessaire et
suffisant pour obtenir un résultat R, les autres prétendent qu'il faut
conjuguer A et B pour obtenir ce résultat. Or, les uns constatent que,
bien qu'étant en possession du facteur A, le résultat R n'est pas tou­
j ours là, les autres ont la surprise de voir que, dans de nombreux cas,
B est absent mais R est présent ou, inversément : ayant A + B, ils
n'ont pas R. En physique, on conclurait que la proposition A + B = R
est fausse, aussi bien que A = R. La vérité serait probablement à cher­
cher dans la formule : A + X = R, c'est-à-dire : le résultat dépend,
pour les uns comme pour les autres, d'un troisième facteur, qui n'est
ni la nouvelle naissance, ni une seconde expérience.
Qu'est-ce que X ?

C. VERS UNE SOLUTION


Des impératifs bibliques
Toute erreur vit de la part de vérité qu'elle contient. Ceux qui
prêchent la nécessité d'une seconde expérience posent à la réception
du « baptême du Saint-Esprit » un certain nombre de conditions :
renoncement à tout péché connu, désir d'une communion plus intime
avec le Seigneur, consécration, prière, foi. .. Il s'agit là d'exigences
rigoureusement bibliques. Ceux qui essaient d'y satisfaire ne sauraient
faire fausse route. Ces vérités soulignées constamment dans les écrits
205
du Nouveau T estament sont malheureusement trop souvent passées
sous silence dans certaines Eglises.
Celui qui obéit à ces impératifs scripturaires donne au Saint-Esprit
toute liberté de le transformer, il voit sa vie spirituelle s'épanouir,
il se sent près du Seigneur, porté à la louange et à l'action de grâces.
S'il vit dans un milieu qui parle d'une « seconde bénédiction » , il
appellera un de ces moments de plénitude son « baptême du Saint­
Esprit ». Si nous analysons les récits détaillés de cette expérience, nous
y découvrons simplement ce que la plupart des chrétiens ont vécu
à diverses reprises dans leur vie ; un sentiment d'euphorie, une proxi­
mité de la présence divine, une joie, une « paix qui surpasse toute
intelligence » , l'amour de Dieu devenant presque tangible, un cœur
débordant de louanges inexprimables, une certitude que rien ne sau­
rait ébranler.
Si nous ne vivons pas plus souvent cette qualité de vie c'est, d'une
part, parce que la vie spirituelle a ses phases et ses saisons, comme
la vie du corps ou celle de la nature. Le printemps éternel n'est p as
pour ici-bas. D'autre part, il faut avouer avec J. Stott : « bien que tous
les chrétiens aient effectivement été baptisés du Saint-Esprit, beau­
coup d'entre nous vivent sur un plan inférieur à celui auquel notre
baptême de l'Esprit nous donne accès, parce que nous ne restons pas
remplis de l'Esprit. » s 2
Nous savons que, dès notre nouvelle naissance, nous avons « tout
pleinement en Lui » (Col. 2. 10), pourtant nous nous contentons d'un
petit minimum vital qui assure tout j uste notre survie spirituelle. Au
lieu de compter sur l'Esprit de Dieu habitant en nous, nous essayons
de nous en tirer avec nos propres ressources. Est-il étonnant que nous
aboutissions, comme l'apôtre Paul, à la conclusion : « Ainsi donc, par
mon intelligence, je suis esclave de la loi de Dieu tandis que, par ma
chair, je suis esclave de la loi du péché » (Ro. 7. 25). Dans ce chapitre,
l'apôtre fait allusion trente fois au Moi et vingt-huit fois à la loi :
c'est l'image du chrétien qui veut, par ses propres forces, satisfaire
aux exigences de la loi de Dieu. Le verset suivant (8. 1) est un cri de
victoire. Pourquoi ? Parce que « la loi de l'Esprit de vie en Jésus-Christ
m'a affranchi de la loi du péché et de la mort » (Ro. 8. 2). Dans ce
chapitre 8, l'apôtre évoque l'action du Saint-Esprit dans la vie du
croyant : vingt-huit fois il y fait allusion - alors qu'il ne l'a jamais
nommé au chapitre 7.

Marcher par la cha i r ou par l'Esprit ?


Pour illustrer la différence de perspective entre ces deux chapitres
- c'est-à-dire entre une vie chrétienne menée par ses propres forces
u Op. cit. ( ln), p. 23.

206
et une vie dirigée par l'Esprit - Ruth Paxson prend l'image d'un
alpiniste qui voudrait escalader un sommet de 4000 mètres en se
confiant dans ses propres capacités. Après des heures d'effort, il s'ef­
fondre désespéré, perdu sans force au milieu des masses de neige et
de glace. Il lance un S. O.S. : « Qui me délivrera ? » (Ro. 7. 24). Un
guide invisible a entendu le cri de détresse. Il ne voulait pas s'impo­
ser, mais se tenait prêt à intervenir au moment où il serait appelé.
Ce guide est le Saint-Esprit. La montagne est la même, le sentier reste
difficile. Quelle est la différence ? Un guide qui connaît le chemin
conduit le croyant et le fortifie. 33
La vie de !'Esprit ne se réalise pas automatiquement dans le
croyant par le seul fait de l'habitation du Saint-Esprit en lui. Nous
pouvons « vivre selon la chair » ou « vivre selon l'Esprit» (Ro. 8. 5, 9,
12-13). Il ne suffit pas d'avoir reçu !'Esprit, il faut encore « s'affec­
tionner aux choses de !'Esprit» (v. 5), « marcher selon !'Esprit» (Ga.
5. 16), ou « par !'Esprit» (vers. Darby), c'est-à-dire en faisant confiance
au pouvoir de l'Esprit qui habite en nous.
" Si, par l' Esprit, vous faites mouri r les actions du corps, vous vi­
vrez. » (Ro. 8. 13). Le croyant ressemble souvent à un homme qui ferait
tourner, à la manivelle, une machine qui marcherait toute seule si on
la branchait sur l'électricité. Elle est faite pour cela - comme le chré­
tien a été régénéré pour marcher par !'Esprit.
Dieu veut vous remplir « de toute joie et de toute paix dans la foi,
pour que vous abondiez en espérance, par la puissance du Saint­
Esprit» (Ro. 15. 13). Il désire que vous soyez « puissamment fortifiés
par son Esprit dans l'homme intérieur en sorte que Christ habite dans
vos coeurs par la foi. .. » Or, « il peut faire, par la puissance qui agit en
nous, infiniment au-delà de ce que nous demandons ou pensons» (Ep.
3. 17-20). C'est pourquoi « Fortifiez-vous dans le Seigneur et par sa
force toute puissante » (Ep. 6. 10).

Notre part dans la sancti fication


Tous ces versets, qui nous parlent de la puissance du Saint-Esprit
en nous, font appel aussi à notre volonté et à notre foi. « Notre trans­
formation ne s'opère pas d'elle-même, nous dit O. Sanders, mais elle
comporte une activité soutenue... Ce changement n'est pas le résultat
de rêveries passives au sujet de Christ. Il implique une action définie
et une volonté renouvelée. » 3 4
L'ensemble des épîtres du Nouveau Testament nous présentent la
sanctification et le service efficace, non comme le produit d'une expé­
rience unique qui agirait de façon plus ou moins magique, mais
aa R. Paxson : Das Leben im Geist (138), pp. 353 ss.
s. Devenir adulte par le Christ (Ed. Je sème, 1971), p. 212.

207
comme la résultante d'une collaboration quotidienne de !'Esprit de
Dieu et du croyant, comme une croissance constante pour arriver à
une pleine maturité, comme une obéissance persévérante aux impéra­
tifs divers que les apôtres nous transmettent. Rien n'est acquis passi­
vement ou définitivement. « Dans le domaine spirituel, rien n'est fait
qui ne doive se refaire incessamment. Ce qui ne se refait pas aujour­
d'hui commencera dès demain à se défaire» (F. Godet). 35
« Il n'y a pas une expérience dans la vie du chrétien qui l'intro­
duirait dans une fidélité immuable, dans une marche sans faux pas
selon !'Esprit. S'il existait un tel événement, l'apôtre Paul ne serait
pas obligé de rappeler à plusieurs reprises à ceux qui sont tombés
dans l'impureté que !'Esprit habite en eux » (1 Co. 3. 16 ; 2 Co. 12. 20,
21 ; 13. 5 ; Ep. 4. 17, 30). Le Nouveau Testament ne comporterait pas
non plus ces nombreux appels à la persévérance (Hé. 12. 1 ; Ac. 14.
23... ), ces invitations répétées à demeurer (Jn. 8. 31 ; 15. 4) » (J.P.
Dietlé). 3 6
Ces exhortations de la Parole s'adressent aux uns comme aü.x
autres : avec ou sans seconde expérience, nous sommes appelés à veil­
ler, à lutter, à demeurer en Christ, nous sommes invités à nous revê­
tir de toutes les armes de Dieu, à bénéficier des ministères de l'Eglise
et de l'exhortation fraternelle.
« Nous avons tous été baptisés en un seul Esprit. » C'est un
fait : pour tous les vrais chrétiens, ce baptême spirituel est un événe­
ment du passé. Mais tirons-nous aussi, pratiquement, de ce fait la
même conséquence que l'apôtre : « pour former un seul corps» ?
Vivons-nous notre vie <l'Eglise dans la perspective du « corps » , dans
une véritable communion fraternelle les uns avec les autres ? En
profitant de toutes les contributions des ministères et de l'exhortation
mutuelle à notre édification ?

Commun ion q uotid ienne


L'apôtre continue : « et nous avons tous été abreuvés d'un seul
Esprit». D'après le symbolisme développé au chapitre 10 (v. 2-4),
l'apôtre fait allusion à deu.x épisodes de la sortie d'Egypte : le passage
de la mer Rouge et le rocher frappé donnant de l'eau. Selon une tra­
dition rabbinique à laquelle l'apôtre semble se référer, ce rocher sui­
vait les Hébreux pour les abreuver tout au long de leur pèlerinage
à travers le désert, « et ce rocher était Christ». Le passage par la mer
Rouge correspondant au baptême était unique - comme notre bap­
tême de !'Esprit. S'abreuver au « rocher spirituel » était quotidien.
Si nous avons tous été baptisés une fois pour toutes, dans un seul
s5 Commentaire sur l'épître aux Romains, T. II, p. 144.
se Réveil pentecôtiste dans les Eglises historiques (48), p. 259.

208
Esprit, nous devons venir tous les jours nous abreuver de ce même
Esprit pour maintenir en nous la vie que le passage par la mer Rouge
a sauvée de l'Egypte.
Nous avons été « prédestinés à être semblables à l'image de son
Fils » (Ro. 8. 29). Mais nous ne sommes pas changés instantanément
pour ressembler à Christ. Notre sanctification s'accomplit par un pro­
cessus graduel qui se poursuit durant toute notre vie chrétienne et qui
fait appel à toutes nos facultés spirituelles et psychiques : foi, connais­
sance, volonté, sentiments, relations avec les autres... 37

Nous sommes transformés


Dans la deuxième épître aux Corinthiens, l'apôtre évoque, en une
seule phrase, les différents éléments qui interviennent dans notre
transformation. C'est aux chrétiens de Corinthe, si assoiffés d'hyper
et de sensationnel, qu'il précise que différents facteurs collaborent
pour nous rendre conformes à l'image de Christ : « Nous tous qui, le
visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du
Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en
gloire, comme par le Seigneur, !'Esprit » (2 Co. 3. 18) .
Ce verset nous dit quels sont :
1. Les bénéficiaires de cette transformation : « nous tous qui » c'est­
à-dire Paul et Timothée et tous les Corinthiens (cf. 1 Co. 12. 13). C'est
tous ensemble, dans la vie communautaire les uns avec les autres, que
nous sommes transformés.
2. Le privilège des chrétiens par rapport aux croyants de l'ancienne
alliance : « nous contemplons le visage découvert la gloire du Sei­
gneur » (cf. v. 13). De plus, nous avons en nous !'Esprit, c'est-à-dire
le Seigneur. (L'apôtre emploie ici une expression qui établit une équi­
valence parfaite entre le Seigneur et !'Esprit.)
3. Le moyen de cette transformation : par la contemplation de
Christ. Les chrétiens ne sont pas transformés automatiquement par
!'Esprit, mais seulement ceux qui contemplent la gloire du Seigneur.
La contemplation est un acte qui implique toute la personnalité
humaine : volonté, raison et sentiment. Le présent du verbe indique
un acte constant, permanent.
4. L'instrument de la transformation : Nous contemplons cette
gloire du Seigneur comme dans un miroir : dans sa Parole (cf. Jn. S.
39 ; Ja. 1. 23-25). Aussi longtemps que nous sommes dans ce corps,
« nous voyons au moyen d'un miroir, d'une manière obscure » ( 1 Co.
13. 12). Le « face à face » est réservé au retour du Seigneur. C'est pour­
quoi la transformation ne sera achevée qu'alors : « nous lui serons

37 Cf. La sanctification d'après 1 Pierre dans A. Kuen : « Comment étudier


la Bible », pp. 29-34.
209
semblables, parce que nous le verrons tel qu'il est» (Jn. 3. 2). Cette
contemplation se fait par la foi : " quiconque voit le Fils et croit en
lui» (Jn. 6. 40).
5. Le modèle : " transformés en la même image •. " Tout disciple
accompli sera comme le Maître» (Lu. 6. 40).
6. L'agent de la transformation : " nous sommes transformés...
comme par le Seigneur, !'Esprit» (ou : par !'Esprit du Seigneur). Le
verbe est au passif : ce n'est pas notre contemplation de Christ qui
nous transforme, mais !'Esprit du Seigneur. « L'idée n'est pas celle
d'un modèle extérieur à nous auquel nous essaierions de nous confor­
mer : le sens est que nous devons subir une transformation par laquelle
l'image en question devient notre propre nature, notre propre être
moral» (G. Godet). 38
7. Le mode de transformation : " nous sommes transformés de
gloire en gloire». Le présent du verbe indique déjà ce caractère gra­
duel de l'action transformante, " de gloire en gloire» souligne cette
progression par étapes. « C'est un processus graduel et non une trans­
figuration subite et magique (comme sera celle du corps au moment
de la Parousie). Cette transformation a lieu par la contemplation : à
mesure que nous contemplons, il se fait une communication de vie
de Christ à nous ... il s'agit d'une contemplation intérieure, spirituelle,
donc permanente, habituelle, qui a pour effet non un simple reflet
extérieur, mais un renouvellement réel, provenant du dedans et em­
brassant finalement toute la personne... cette transformation est pro­
gressive : elle va et elle conduit de splendeur en splendeur» (G.
Godet.) 39
Ce verset n'est, au fond, qu'une autre manière de parler d'une vie
remplie de !'Esprit.

D. UN DOUBLE APPEL
Nous avons vu que la doctrine du baptême du Saint-Esprit était
comme une sorte de roc contre lequel le courant évangélique bute
et se divise. Dans le monde entier, il n'y a ni collaboration, ni véri­
table communion entre ceux qui croient que tous les vrais chrétiens
ont été baptisés de !'Esprit et ceux qui voient dans le baptême du
Saint-Esprit une seconde expérience. Pendant une cinquantaine d'an­
nées, la frontière passait entre les Eglises pentecôtistes et l'ensemble
des autres Eglises. Par suite du développement extraordinaire du
récent mouvement charismatique, la ligne de démarcation se retrouve
aujourd'hui dans toutes les Eglises historiques et évangéliques. Le
38La seconde épître aux Corinthiens (Neuchâtel, 1914), p. 125.
n Ibidem, pp. 125-127.

210
clivage entre les deux camps risque d'affecter l'ensemble des chré­
tiens, divisant les esprits et les cœurs.
N'est-il pas tragique de constater que c'est autour d'une doctrine
définissant les conditions de l'unité chrétienne (baptisés en un seul
Esprit pour former un seul corps) que l'Adversaire a réussi à cristal­
liser la scission la plus profonde entre chrétiens évangéliques ?
Les uns comme les autres reconnaissent l'autorité souveraine des
Ecritures et veulent accomplir la volonté de leur Maître. Or cette
volonté clairement exprimée dans sa Parole est l'unité de tous les
vrais enfants de Dieu: « que tous soient un... un en nous... comme
nous sommes un... parfaitement un » (Jn. 17. 21-23) .
L'apôtre Paul, de son côté, a souligné constamment cet appel à
l'unité. Ce fut sa première exhortation aux Romains (12. 3-4), aux
Corinthiens ( 1 Co. 1. 10), aux Ephésiens (4. 1-6), aux Philippiens (2.
1-1 1) et il y reviendra souvent.
Quelles que soient nos divergences d'opinions, nous sommes appe­
lés à marcher d'un même pas (Ph. 3. 15). Il nous faut donc trouver
un pont pour franchir ce fossé que constitue actuellement la doctrine
du baptême du Saint-Esprit. Pour nous rapprocher les uns des autres,
il faudra que, dans chaque camp, nous soyons prêts à faire un pas
dans la direction de l'autre, en suivant les indications de la Parole de
Dieu.
C'est à un tel pas concret que nous aimerions appeler les chrétiens
des deux bords.
Aux pentecôtistes et aux charismatiques qui croient à une seconde
expérience marquée par le parler en langues, nous voudrions deman­
der d'examiner loyalement, comme les chrétiens de Bérée (Ac. 17), si
l'enseignement donné dans ce livre concorde avec celui de la Parole
de Dieu. S'ils trouvaient nos affirmations contredites par !'Ecriture,
qu'ils veuillent bien nous le signaler. Nous croyons pouvoir dire que
c'est sans parti pris que nous avons commencé cette étude, sans pré­
vention que nous avons examiné et soupesé les arguments de part et
d'autre et que nous restons ouverts - comme Apollos - à quiconque
nous enseignerait « plus exactement la voie du Seigneur » (Ac. 18. 26).
Si, par contre, ils estimaient la démonstration irréfutable - du
moins pour l'essentiel - qu'ils aient le courage d'abandonner une
doctrine non biblique, dangereuse et inutile, comme l'ont déjà fait les
pentecôtistes de la branche de Mülheim et certaines fractions du
Renouveau charismatique. L'enseignement biblique sur les dons spi­
rituels remis en lumière par le pentecôtisme n'est pas lié à la doctrine
de la seconde expérience. Cet enseignement n'aura de chance de diffu­
sion dans les milieux évangéliques que s'il est dissocié d'une doctrine
non biblique à laquelle il est généralement lié.
Toutes les découvertes authentiquement bibliques « peuvent être

211
exprimées, comme disait déjà Cummings, dans un langage auquel il
n'y ait rien à objecter » . 4 0
Que ceux qui prétendent être baptisés de l'Esprit démontrent que,
par ce baptême, ils sont réellement morts avec Christ à leur désir
charnel d'avoir raison et d'amener les autres à partager leur point de
vue. Qu'ils manifestent que l'Esprit qui baptise « en vue de former
un seul corps » les imprègne et les pénètre de la douceur, de l'humilité
et de l'amour de Christ.
Aux chrétiens opposés à la doctrine pentecôtiste du baptême de
/'Esprit, nous demanderons de méditer attentivement ce que la Parole
de Dieu nous dit au sujet de la plénitude de l'Esprit, de la vie abon­
dante et de la sanctification, au lieu de se contenter d'une médio­
crité spirituelle. Si nous sommes convaincus que nous n'avons pas
besoin d'une seconde expérience pour accéder à la plénitude et pour
nous approprier toutes les bénédictions spirituelles, notre meilleure
réponse à ceux qui sont d'un autre avis ne sera pas une argumentation
exégétique péremptoire, mais avec les fruits d'une vie remplie de
l'Esprit, « une démonstration d'Esprit et de puissance » ( 1 Co. 2. 4) et
« les dons du Saint-Esprit distribués selon sa volonté » (Hé. 2. 4) .
Les agriculteurs partisans de la « culture biologique » n'apportent
la preuve de l'inutilité des engrais chimiques que si leurs produits
sont aussi beaux - et même meilleurs - que ceux de leurs voisins.
Si leurs cultures végètent, ils ne convaincront personne. Il en va de
même pour nous : si nous affirmons que Dieu peut nous remplir de
son Esprit, sans que nous ayons ressenti quelque émotion particulière
ou parlé en langues, notre témoignage, pour être crédible, devra être
appuyé d'une vie pleine d'Esprit-Saint, de sagesse et de foi.
Dans la mesure où nous nous ouvrirons à l'action du Saint-Esprit
pour qu'il reproduise en nous la vie de Jésus-Christ dans sa plénitude,
nous ferons, de notre côté, le pas le plus convaincant en vue d'un
rapprochement des deux fractions du monde évangélique. Nous au­
rons, du même coup, découvert le secret d'une vie de plénitude cons­
tante et d'un témoignage fructueux pour le Seigneur.
Il faudra peut-être aussi que nous révisions certaines positions tra­
ditionnelles reposant - comme la doctrine pentecôtiste du baptême
de l'Esprit - sur des raisonnements et des extrapolations, mais non
sur des affirmations explicites de la Parole de Dieu. La théorie de la
cessation des dons miraculeux est un exemple d'une telle déduction :
en passant de l'épître aux Corinthiens par celle aux Romains aux épî­
tres de la captivité et aux Pastorales, on constate que les dons extra­
ordinaires sont moins abondants. On en déduit qu'ils devaient cesser

,o J. Cummings : Through the Eternal Spirit. A biblical Study on the


Holy Ghost (Revell, N. Y., 1896).

212
avec la disparition des apôtres. Est-ce plus sérieux que d'affirmer, sur
la base des trois parler en langues des Actes, que tous les chrétiens
recevant le Saint-Esprit doivent manifester ce don ? On sort de son
contexte : " les langues cesseront » - comme d'autres isolent : " je
voudrais que vous parliez en langues » - avec le même résultat,
c'est-à-dire en ne convainquant que les convaincus.
Si nous voulons connaître la vérité, il nous faut être loyalement
prêts à la suivre quand nous l'aurons trouvée (Jn. 7. 37) et employer
des procédés honnêtes pour la découvrir. « Cessons de nous battre au
sujet du Saint-Esprit », nous lance Guilchrist. 41 Cessons surtout de
lutter contre lui en élevant, contre son irruption imprévisible dans nos
vies, les barrières de nos exégèses bancales et de nos théories pleines
de sophismes.
N'ayons pas peur de lui : il ne veut que notre bien, notre plein
épanouissement spirituel individuel et collectif.
Ce qui nous empêche de faire ce pas, ce n'est pas la Parole de
Dieu, ni même notre interprétation biblique, c'est parce que nous ne
sommes pas conséquents avec ce que nous croyons au sujet du bap­
tême de !'Esprit. Nous affirmons qu'à notre conversion nous avons
tous été plongés dans la mort de Christ, que nous sommes donc morts
à nous-mêmes, à notre orgueil et notre Moi et que !'Esprit nous im­
prègne et nous remplit.
« Certainement, nous dit A.B. Simpson, !'Esprit de Pentecôte est
!'Esprit de paix, d'amour et de sainte unité, et si nous recevons plei­
nement son baptême, nous serons semblables aux premiers disciples :
un cœur et une âme. » 42
•1 Let's Quit Fighting about the Holy Spirit ( 148).
41 Rapport annuel du président de l'Alliance chrétienne et missionnaire
(1907-1908). Republié dans Alliance Witness, 1. 5. 1963.

213
Bibliographie

Références complètes des livres sur le Saint-Esprit cités dans cet ouvrage.
La date d'édition ne se réfère pas toujours à l 'édition originale, mais à celle
dont la citation est extraite.
La mention de l'ouvrage est précédée de quelques lettres indiquant grosso-
modo la tendance de l'ouvrage.

ap anti-pentecôtiste
C charismatique
Cc charismatique catholique
E : évangélique
Eé : évangélique, ouvrage d'édification
H : étude historique
MS : tendance : mouvement de sanctification (voir chap. X)
P : pentecôtiste
T : étude théologique

Si plusieurs sigles sont combinés, le premier indique la tendance prédo­


minante. Les ouvrages généraux (dictionnaires, encyclopédies, commen­
taires ... ), les revues, ainsi que les livres qui ne traitent que partiellement les
sujets abordés dans cet ouvrage ou qui ne sont cités qu'une ou deux fois
sont seulement mentionnés dans les notes au bas des pages. Les numéros
des livres ci-dessous sont reproduits dans les références infra-paginales.

E H. E. Alexander : La mission temporaire du Saint-Esprit pendant


la dispensation de la grâce. Maison de la Bible, Paris, s. d.
2 E ap Id. : Pentecôtisme ou christianisme ? Maison de la Bible, Genève,
S. d.
3 E ap R. Anderson : Spirit Manifestations and the Gift of Tangues.
Loiseaux, Neptune, N. J. s. d.
4 Eé A. Arnal : Vers la plénitude de la vie. Ed. Lanra, 1938.
5 E T W. Barclay : The Promise of the Spirit. Westminster, 1960.
6 p T. B. Barratt : In the days of the Latter Rain. Elim Pub!.
London, 1928.
215
7 p S. Beck : Le baptême du Saint-Esprit. Ed. Foi et Victoire,
Neuchâtel, s. d.
8 C D. Bennett : Nine o'clock in the morning. Logos, Plainfield, N. J.,
1970 .
9 C Dennis and Rita Bennett : The Holy Spirit and you. Logos Intern.
Plainfield, N. J., 1971.
10 T H. Berkhof : The Doctrine of the Holy Spirit. Knox Press,
Richmond, 1964.
11 H MS J. Besson: Le Réveil d'Oxford ou le Mouvement de sanctification.
Delachaux, Neuchâtel, 1915.
12 H ap Id. : L'histoire du mouvement de Pentecôte en Allemagne. La
Neuveville, 1921.
13 C A. Bittlinger : lm Kraftfeld des Hl. Geistes. Oek. Ver!. Ede!,
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14 C Id. : G/ossolalia. R. Kühne, Schloss Craheim, 1969.
15 C Id. : Und sie beten in anderen Sprachen. Schloss Craheim, 1972.
16 C Id. : Gifts and Ministries. Eerdmans, 197 3.
17 C Id. : Gifts and graces. Eer dmans, 1974.
18 T H Nils Bloch-Hoell : The Pentecostal Movement. Oslo, 1964.
19 E T Traugott Bëker : Die Taufe im Hl. Geist. Thèse d'examen de la
Freie Evang. Theo!. Akademie, Bâle, 197 3 .
20 E W . d e Boor : Die Frage nach dem Hl. Geist. Brockhaus, 1974.
21 MS W. Booth - Clibbom : Le baptême dans le Saint-Esprit, témoi­
gnage personnel. N. Demode, Vevey, 1936.
22 MS E. Boy : Filled with the Spirit. J. Nisbet, London, 188 3.
23 E T H. Brandenburg : lch glaube an den Hl. Geist. Freizeiten-Verlag,
Gladbeck, s. d., 2• éd.
24 E D. Bridge - P. Phypers : Spiritual Gifts and the Church. lnter­
Varsity Press, London, 197 3.
25 MS B. Bright : Comment être rempli du Saint-Esprit ? Campus pour
Christ, Villeurbanne.
26 MS Id. : Comment marcher selon / 'Esprit ? Ibid.
27 T U. Brockhaus : Charisma u. Amt. Brockhaus, 1972.
28 p C. Brurnback : What Meaneth This ? A Pentecostal Answer to a
Pentecostal Question, Springfield, Mo., Gospel Publ. House, 1947.
29 E T F. F. Bruce : Answers to Questions. Zondervan, 1974.
30 T ap Fred. Dale Bruner : A Theology of the Holy Spirit. Hodder and
Stoughton, London, 1970 .
31 T G. Brunk : Encounter with the Holy Spirit. Herald Press, Penn­
sylvania, 1972.
32 E J. Buchanan : The office and work of the Holy Spirit. Banner
of Truth Trust, London, 1966, l'• éd. : 184 3 .
3 3 E ap D. W. Burdick : Tangues - t o speak o r not t o speak. Moody
Press, Chicago, 1972.
34 Cc H. Caffarel : Faut-il parler d'un pentecôtisme catholique ? Feu
Nouveau, Paris, 197 3 .
35 E L . S. Chafer : L'homme spirituel. Bruxelles, s . d.

216
3 6 E ap W. J. Chantry : Signs of the Apostles. An examination of the
New Pentecostalism. The Banner of Truth Trust, 197 3 .
37 T M. A . Chevallier : Esprit d e Dieu, Paroles d'hommes. Delachaux,
Neuchâtel, 1966.
38 C L. Christenson : A message to the Charismatic Movement. Dimen­
sion Books, Bethany, Minneapolis, 1972.
39 C L. Christenson : Die Gabe des Zungenredens in der Luth. Kirche.
Oek. Texte u. Studien, Heft 27, Marburg, 196 3.
40 E Th. Cook : La sainteté dans le Nouv. Test. Vennes-Lausanne, 1928.
41 H R. Crayne : Early 20th Century Pentecost. Morristown, Tenn.,
1960.
42 E W. A. Criswell : The Baptism, Filling and Gifts of the Holy Spirit.
Zondervan, 1974.
4 3 Eé J. H. Mc Conkey : Le triple secret du Saint-Esprit. Le Bon Livre,
1962.
44 T H G. B. Cutten : Speaking with Tangues. New-Haven, Yale Univ.
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45 E ap H. Dallrneyer : Die Zungenbewegung. Pflugverlag, Langenthal.
46 Eé J. N. Darby : Sur le sceau du Saint-Esprit, 188 2. Les opérations
de /'Esprit, 1950. F. Guignard, Vevey.
47 E T M. Desaedeleer : Le baptême du Saint-Esprit est-il subséquent
à la conversion ? Le parler en langues est-il son signe initial ?
Thèse présentée à la Fac. Théo!. évang. de Vaux sur Seine en
1974.
48 T J. P. Dietlé : « Réveil pentecôtiste dans les Eglises historiques »
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49 E R. Dubarry : « Les voies habituelles du Saint-Esprit» ds. Pour
faire connaissance avec un idéal d'Eglise. Nîmes, 195 3.
50 E J. J. Dubois : Baptême et plénitude du Saint-Esprit. Maison de
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51 T James D. G. Dunn : Baptism in the Holy Spirit. SCM Press,
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52 p D. Duplessis : Glosso/alia. Colombes, s. d.
53 p Id. : Commando de /'Esprit. Ed. Jura-Réveil, Evreux-Bevaix, 1972.
54 E MS R. Edman : Ils ont trouvé le secret. Ligue pr lect. Bible, 1969.
55 E H E. von Eicken : Heiliger Geist, Menschengeist, Schwarmgeist.
Brockhaus, 1964.
56 p L. Eisenlêiffel : Ein Feuer auf Erden. Leuchter-Verlag, 1965.
57 p Howard M. Ervin : These are not Drunken as Ye Suppose. Plain­
field, Logos Intern., 1968.
58 T P. Evdokimov : L'Esprit-Saint dans la tradition orthodoxe. Cerf,
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59 MS C. Finney : Discours sur les réveils religieux. 3• éd. : M. Weber,
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60 H ap P. Fleisch : Die Zungenbewegung in Deutschland. Leipzig, Wall­
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6 1 H ap Id. : Die Pfingstbewegung in Deutschland, Hannover, 1957.
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217
63 P D. Gee : Now that you've been baptized in the Spirit. Gospel
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64 p Id. : Les dons spirituels. Ed. A. Nicolle, Chatenay-Malabry,
1956.
65 p Id. : Le fruit de /'Esprit. Ibid.
66 E ap W. Geppert : Die Pfingstbewegung. Sonnen-Verlag, Neuffen, s. d.
67 MS J. Goforth : Par mon Esprit. Inst. bibl. Nogent, s. d.
68 Eé M. Goodmann : The Comforter. Paternoster Press, 1938.
69 MS A. J. Gordon : Simples entretiens sur la puissance spirituelle.
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71 T Louis Goumaz : Les conquêtes de /'Esprit. Roth, Lausanne, 1947.
72 E T M. Green : I believe in the Holy Spirit. Hodder and Stoughton,
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73 T A. Greiner : L� Saint-Esprit, ce mécor.nu. Ed. Luth. Paris, 1965.
74 T Id. : « L'Esprit-Saint dans le N. T. » dans : Le mystère de l'Esprit­
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75 E Michaël Griffiths : Mit anderen Zungen. Brunnen-Verlag, Giessen,
1970.
76 E E. Guers : Le Saint-Esprit. Toulouse. Genève, 1865.
77 E ap W. H. Guiton : Le « Mouvement de Pentecôte » et la Bible, Bons
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78 MS Reader Harris : The Gospel of the Comforter. Partridge, London,
1906.
79 E N. B. Harrison : His Indwelling Presence. Moody-Press, 1928.
80 MS Markus Hauser : Kraft aus der Hi::ihe. Zeugnisse für den Empfang
des Hl. Geistes. Brunnen, Giessen, 1965.
81 E ap A. R. Hay : What is wrong in the Church ? Vol. I I : Counterfeit
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82 C M. Harper : Une puissance pour le Corps de Christ, Maison­
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83 Eé R. Hession : Be filled now. C. L. C., London, 1970.
84 Eé Id. : Lasst euch jetzt erfüllen. Brockhaus, 1968.
85 Eé Roy Hession et autres : Réveil aujourd'hui. Ed. Télos, O. M.
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86 E K. Hipp : Die Geistestaufe. Brunnen, Base!, 1948.
87 E ap Hoekema : What about Tongue-Speaking ? Paternoster-Press,
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88 E ap Id. : Holy Spirit Baptism, Paternoster Press. Exeter, 1972.
89 H T W. J. Hollenweger : Enthusiastisches Christentum. Brockhaus u.
Zwingli Verlag, 1969.
90 MS E. Hopkins : La vie sanctifiée. Lausanne, 1876.
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91 E F. Horton : « Le Saint-Esprit et son action dans l'Eglise • ds.
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92 E Id. : La promesse de l'Esprit. Cours ronéographié, Institut
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93 p Harold Horton : Les dons de l'Esprit. lmpr. Cornaz, Yverdon,
1947.
94 p Id. : A quoi bon parler en langues. Ed. Combat de la Foi, Leval­
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95 E ap W. F. Hubner : Zungenden, Weissagung, umkii.mpfte Geistesgaben.
Gnadauer-Verlag, Denkendorf, 1972.
96 H T Kurt Hutten : Seher, Grübler, Enthusiasten. Quell-Verlag, Stutt­
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97 E H. A. Ironside : Holiness : the false and the true. Loiseaux, N. Y.,
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98 E ap R. Ising : Krii.ftige lrrtümer. Luth. Gemeinschaftsdienst, Berlin,
1965.
99 E ap Ising - Markmann : Gnadengaben ? Vg. Ising, Berlin, 1970.
100 Eé H. H. Janzen : Von der Herrschaft des Geistes. Brunnen, Giessen,
1968.
101 T M. Kelsey : Zungenreden. Christi. Verlagsanstalt. Konstanz, 1970.
102 T J. Kildahl : The Psychology of Speaking in Tongues. Hodder -
Stoughton, London, 1972.
103 T E. Kinder : Zur Lehre vom Hl. Geist nach den Luth. Bekenntnis­
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104 E A. Kuen : Le renouveau charismatique. Ed. Emmaüs, 1975.
105 E Id. : Le baptéme S.P.B. 48, rue de Lille, F. 75007 Paris.
106 E Id. : Il faut que vous naissiez de nouveau. Ligue pour la lecture
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107 E T H . Kuhn : The Holy Spirit in the Charismatic Life and Renewal
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Lausanne, 1974.
108 EP W. Lachat : La réception et l'action du Saint Esprit dans la vie
personnelle et communautaire. Delachaux, Neuchatel, 1959.
109 T G. H. Lampe : The Seal of the Spirit. Longmans.
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1971. (Trad. franç. ds. Murray : La Bénédiction de la Pentecôte.)
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Ed. Combat de la Foi, s. d.
ll2 p C. Le Cossec : Le don du Saint Esprit. Série : Vérités à connaître,
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1 13 T F. J. Leenhardt : Le baptéme chrétien. Delachaux, 1944.
1 14 T F. Leenhardt - P. Reymond - Fraenkel : Le Saint-Esprit. Labor,
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1 15 Eé A. Lüscher : Der Triumph des Hl. Geistes über das Selbst. Pflug­
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1 16 MS Asa Mahan - C. Finney : Baptéme de l'Esprit - Baptéme de
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1 17 Eé J. McNeil : Le Saint Esprit en nous. Delachaux, 1897.

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118 Ms J. C. Metcalfe : The Bible and the Spirit-filled Life. The Over­
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119 E T G. Millon : Les grâces de service. Centre de cult. chrét., 9, rue
des Charpentiers, F. 68 Mulhouse, 1976.
120 E T Id. : La vie spirituelle et la grâce dans : Etudes doctrinales VI -
Centre de cult. chrét., 68 Mulhouse.
121 Cc D. Mollat : L'expérience de /'Esprit-Saint selon le Nouv. Test.
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122 E G . Campbell Morgan : The Spirit o f Cod. Wesminster City. Publ.
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1 23 E Id. : L'Esprit de Dieu. C.L.C., 1957.
124 E T L. Morris : Spirit of the Living Cod. Inter-Varsity Press, London,
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125 MS C. G. Moule : Veni Creator. Pickering and lnglis, London, s. d.
126 MS G. H. Mundell : The Ministry of the Holy Spirit. Maranatha Publ.
Darby Pa. (U.S.A.)
127 MS A. Murray : L'Esprit de Christ. Genève, 1890.
i28 MS Id. : La bénédiction de la Pentecôte dans sa plénitude. Privas,
193 3 .
129 MS Id. : Le secret de la puissance d'En-Haut. Ed. Rose France, Saint­
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130 MS W. Nee : La vie chrétienne normale. Paris, 1962.
131 MS Id. : L'homme spirituel. Ed. de l'imprimerie Nlle L. A. Monnier,
Neuchâtel, 1972.
132 MS Id. : La libération de l'Esprit. Télos, France, 1974.
133 E R. Pache : La personne et l'œuvre du Saint Esprit. Ed. Emmaüs,
1940, réédité, 1976 .
134 P Percy G. Parker : The baptism of the Holy Spirit. Elim Publ.,
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135 P J. Paul : 1hr werdet die Kraft des Hl. Ceistes empfangen. Zelt­
mission, Berlin, 192 3 .
136 MS R . Paxson : Fleuves d'eau vive. Inst. bibl. Nogent, 1948 .
137 MS Id. : Life on the Highest Plane, Moody Press, 1945.
138 MS Id. : Das Leben im Ceist. Beatenberg, 1954.
139 P Pearlman : The Heavenly Cift : Studies in the Work of the Holy
Spirit. Springfield, 19 3 5.
140 MS J. Penn-Lewis : L'âme et l'esprit. Valence, 1948.
141 MS J. Penn-Lewis - Evan Roberts : La guerre aux saints. Nîmes, s. d.
142 Eé J. D. Pentecost : The Divine Comforter. Revell, N. Y., 196 3 .
14 3 MS B. d e Perrot : L e baptême du Saint-Esprit. Faut-il l'attendre ?
Imp. Corbière, Alençon, s. d.
144 E J. Philip : Christian Maturity. Inter-Varsity Press, London, 1964.
145 T Th. Preiss : Le témoignage intérieur du Saint-Esprit. Delachaux,
1946.
146 T R. Prenter : Le Saint-Esprit et le renouveau de l'Eglise. Delachaux,
1949.

220
147 E K. Prior : The way of Holiness. lnter-Varsity Press, London, 1974.
148 E P. Guilchrist : Quit Fighting about the Holy Spirit. Zondervan,
1974.
149 Cc K. et D. Ranaghan : Le Retour de !'Esprit. Cerf, Paris, 1973.
150 E P. Reymond : Le Saint-Esprit. Labor et Fides, Genève, 1963.
151 C Th. Roberts : Aperçus du Réveil charismatique.
152 E ap Wayne A. Robinson : I once spoke in Tangues. Forum Hous·e,
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153 MS Chr. Rëclùe : Le baptême de !'Esprit. Philadelphia, D 7250 Leon­
berg, 1976.
154 E R. Rüegg : Dons et services spirituels.
155 E Id. : Zur Kritik an den Geistesgaben. CH 7200 Schiers, 1973.
156 E J. C. Ryle : Holiness. J. Clarke, 1952.
157 E Ch. C. Ryrie : The Holy Spirit. Moody-Press, Chicago, 1972.
158 T W. J. Samarin : Tangues of Men and Angels : The Religious Lan­
guage of Pentecostalism. Mc Millan, London, N. Y., 1972.
159 E O. Sanders : The Holy Spirit of Promise. Marshall, Morgan and
Scott, London, 1%2.
160 C O. Sanders : The Holy Spirit and His Gifts. Zondervan, 1973.
161 Eé J. W. Sanderson : The fruit of the Spirit. Zondervan, 1973.
162 E F. Schaeffer : True Spirituality. Hodder and Stoughton, 1972.
163 E Id. : The New Super-Spirituality. Hodder and Stoughton, 1973.
164 E C B. Schlink : Quand souffle ['Esprit. Labor, Genève, 1968.
165 E C Id. : Komm, Heiliger Geist. Darmstadt - Eberstadt, s. d.
166 E W. Graham Scroggie : The Baptism of the Spirit and Speaking
of Tangues. London, Pickering and lnglis, s. d.
167 E R. Shallis : Si tu veux aller loin. Télos, O. M. France, 1973.
168 C S. Sherrill : Ils parlent en d'autres langues. Jura-Réveil, Evreux­
Bevaix, 1970.
169 MS A. B. Simpson : The Holy Spirit or Power on High. Christian AIL
Pub!. Comp., 1924.
170 E G. Smeaton : The Doctrine of the Holy Spirit. Banner of Truth,
London, 1958.
171 MS H. W. Smith : Le secret d'une vie heureuse. Ed. Jeheber, Genève,
1954.
172 Cc P. Soubeyrand : Je crois en !'Esprit aujourd'hui. Ed. Oberlin,
Strasbourg, 1974.
173 E E. Stahl : Habt ihr den Hl. Geist empfangen ? Worms, 1936.
174 E H M. J. Stanford : Lettres de feu. Ed. Vendetti, Cannes.
175 p L. Steiner : Mit folgenden Zeichen. Bâle, 1954.
176 E T A. M. Stibbs - J. J. Packer : The Spirit within you. Hodder and
Stoughton, London, 1957.
177 E T J. Stott : The Baptism and Fullness of the Holy Spirit. Inter­
Varsity Press, London, 1972.
178 E T Id. : Baptism and Fullness. lnter-Varsity Press, London, 1975.
221
179 Cc J. Suenens : Une nouvelle Pentec6te ? Desclée de Brouwer, 1974.
180 p Thomas-Brès : Le baptême du Saint-Esprit. Nice, 1952.
181 Eé G. Tophel : L'œuvre du Saint-Esprit dans l'homme. Lausanne, 1879.
182 Eé Id. : Le Saint-Esprit. G. M., Vevey, 1965. (Autres études que le
livre précédent.)
183 MS R. Torrey : The Baptism with the Holy Spirit.
184 MS é A. W. Tozer : La vie plus profonde. Carnets de Croire et Servir,
Paris, 1973.
185 MS é Id. : Ten Sermons on the Ministry of the Holy Spirit. Christ.
Publ. Harrisburg, 1968 .
186 E E. Trachsel - Paul i : In andern Zungen. M.S.D. - CH 3714 Fru­
tigen, 1972.
187 Cc S. Tugwell : Did you receive the Holy Spirit ? London, 1972.
188 E ap M. Unger : The Baptism and Gifts of the Ho/y Spirit. Moody
Press, Chicago, 1974.
189 E ap Id. : New Testament Teaching on Tangues. Kregel Publ. , Grand
Rapids, 1973.
190 P H C. P. Wagner : Look out : The Pentecostals are coming. Creation
House, Carol Stream, Illinois, 1973.
191 E J. F. Walvoord : The Doctrine of the Ho/y Spirit. Theol. Semi­
nary, Dallas, 1945.
192 E Id. : The Ho/y Spirit at Work Today. Moody, Chicago, 1973.
193 E ap B. B. Warfield : Miracles Y esterday and Today. Eerdmans, 1953.
194 E T P. Watson : One in the Spirit. Hodder and Stoughton, London,
1973.
195 MS Th. Waugh : The Power of Pentecost. Champness, London, s. d.
196 P C R. Douglas Wead : Catholic Charismatics. Are they for real?
Creation House, Carol Stream Ill., 1972.
197 Eé Octavius Winslow : The Work of the Holy Spirit. Banner of
Truth, 1961 (1'• éd., 1 843).
198 Eé K. Wuest : La plénitude du Saint Esprit. Edit. de litt. bibl.
B 1420, Braine-l'Alleud, 1967.
199 E H J. W. van Zeijl : Wenn Gattes Winde wehen. Sonne u. Schild,
Wuppertal, 1955.

OUVRAGES COLLECTIFS

200 E ap Flugfeuer fremden Geistes. Gnadauer Verlag, Offenbach a/Main,


1958.
201 T ap Les Mouvements de Pentec6te. Lettres past. du Synode gén. de
l'Eglise réformée des Pays-Bas, Delachaux, 1964.
202 Eé Le Saint-Esprit. Messages donnés à la Convention de Dieulefit,
1932, Brigade miss. de la Drôme.
203 Cc Wiederentdeckung des Hl. Geistes (H. Meyer, K. McDonnel,
V. Vatja, A. M. Aagaard) Otto Lembeek - J. Knecht, Frankfurt,
1974.

222 Imprimé en Suisse


7

Chap. I 13

Chap. II 21

Chap. III 37

vez-V01f reç le Saint-Esprit


quand v{Jus a ez cru ? . . . . 45
Qu'est-ce t que recevoir le Saint-Esprit ? (46) Réception
du Saint-Esp;it en deux étapes ? La Pentecôte des Sa­
maritains (50) La conversion de l'apôtre Paul (55) Les
douze disciples d'Ephèse (56).

Chap. V L�-du--S ain-t-Esprit 63


Le prophétie de Jean-Baptiste (64) Le bàptême du Saint­
Esprit dans les Actes (72) dans les épîtres (78) Qu'est-ce
que le baptême du Saint-Ésprit ? (90).
/

Chap. VI Le parler en langues est-il le signe du baptême


du Saint-Esprit ? 93
Le témoignage des évangiles (96) du livre des Actes (97)
des épîtres (107).
Chap. VII Les signes du baptême du Saint-Esprit . 111
Confesser Christ (111) Marcher dans la lumière (11 3)
Aimer les frères (114) Trois critères indissolubles (115).

Cha p. VIII Rempli de l' Esprit . 1 17


Constatations préliminaires (118) La plénitude de !'Es-
prit d'après les écrits de Luc (119) d'après l'épître aux
Ephésiens (122) d'après Luc et Paul (128) dans le reste
du Nouveau Testament (1 30).

Chap. IX Comment être rempli de l' Esprit ? . 133


Fausses pistes (1 3 3) Sur le chemin vers la plénitude (1 3 5)
Plénitude de !'Esprit et vie en Eglise (142) Comment se
maintenir et croître dans la plénitude? (14 3).

Chap. X Une ou deux expériences ? 145


Qu'en dit !'Ecriture? (146) Qu'en dit l'histoire? (149) :
Premiers jalons : Wesley (149) Les revivalistes (151) Ir­
ving et l'Eglise catholique apostolique (15 3) Le mouve­
ment de sanctification (155) L'évan�élisme angle-saxon
(156) Le mouvement de Pentecôte (160) L'évolution du
pentecôtisme (164) Les nouvelles vagues (167).

Chap. XI Signification de la deuxième expérience . 171


Nouvelle naissance (171) Assurance du salut (17 3) Crise
de croissance (17 3) Acte de consécration (17 6) Retour à
Dieu (17 9) Revêtement de puissance (180) Expérience re­
ligieuse d'origine psychique ou démoniaque (181) Si
vous avez fait une deuxième expérience (184) Si vous ne
l'avez pas faite (187).

En conclusion . 189
Bilan (189) : une doctrine dangereuse (191) très répandue
(196) inutile (202) Le vrai problème (204) Vers une solu­
tion (205) Un double appel (210).

Bibliographie 215
Livres publiés par les Editions Emmaüs
Dictionnaire et introductions à l a Bible Renouveler le culte A. Kuen
Nouveau Dictionnaire biblique Le baptême hier et aujourd'hui A. Kuen
(révisé et augmenté) Divers auteurs Se faire baptiser A. Kuen
Introduction à l'Ancien Testament G.L. Archer Le repas du Seigneur A. Kuen
I ntroduction aux Evangiles et Actes F. Bassin, " Si ton frère a péché "
F. Horton et A. Kuen (La discipline dans l'Église) A. Kuen
Introduction aux Epîtres de Paul A. Kuen " Laissez-vous transformer " A. Kuen
Introduction aux Epîtres générales A. Kuen Vie nouvelle : nouvelle vie A. Kuen
Introduction à !'Apocalypse A. Kuen Le Christ revient A. Kuen
66 en 1 (Introduction aux 66 livres Le labyrinthe du millénium A. Kuen
de la Bible) A. Kuen Le labyrinthe des origines A. Kuen
Une Bible . . . et tant de versions A. Kuen Le sens de la vie A. Kuen
s bibli " Que tous soient un " A. Kuen
1 .) A. Kuen Le Retour de Jésus-Christ R. Pache

) v'
L'Au-delà R. Pache
Croire et vivre (catéchisme) J. Dubois
Nouveau Comme Divers auteurs Les Adventistes du 7' Jour
Le Nouveau Test e pliqu1 ont-ils raison ? J.-M. Nicole
(4 volumes) / Divers auteurs Les Témoins de Jéhovah
Les trésors de la G Ch. Rochedieu ont-ils raison ? J . - M . Nicole
Le livre des Juge
ces mystérie héros de la foi D. Arnold Témoignages
Ruth, à la crois e des chemins D. Arnold Le Sadhou Sundar Singh A. van Berchem
Elie : entre le ju ement et la grâce Georges Müller - L'Audace de la Foi A. Kuen
(1 Rois 1 7-2 ois 2) D. Arnold . . . et Dieu m'a consolée A.-L. Risch
Elisée : précurse de Jésus-Christ
(2 Rois 2-9) D. Arnold Divers
Esther: Survivre dan un monde hostile D. Arnold Bâtissez votre Bibliothèque L. de Benoit
Jonas : Bras de fer ave uo Dieu Comment étudier (Méthodes de
de grâce D. Arnold travail intellectuel) A. Kuen
La joie de Dieu (Comment. de Luc) H. Gollwitzer Jésus, Paul et nous : formateurs A. Kuen
Sur les routes d'une sagesse nouvelle Les uns les autres A. Kuen
(Le livre de Job) F. de Coninck Histoire de la Bible française D. Lortsch
L'Art de vivre - selon Dieu (Proverbes) A. Kuen Le responsable : qualifications
Trésors des Prophètes P de Benoit et fonctions A. Kuen
Amos : le rugissement de Dieu J.A. Motyer Comment prêcher A. Kuen
Le prophète Daniel (Canevas d'étude) R. Pache Qui sont les évangéliques? A. Kuen
Survol des épîtres de Paul F. Godet Théâtre pour Noël D. Arnold
Appelé à la liberté (Commentaire de " Nous voudrions voir Jésus " A. Kuen
l 'épître aux Galates) J. Stott Paul, un apôtre au cœur de berger Ph. Decorvet
2• épître de Pierre, épître de Jude Les défis de la postmodernité A. Kuen
(Canevas d'étude) M. Ray Ce que j'aurais aimé apprendre plus tôt R. Parson
« Nous t'attendons ! " R . Parson
Doctrine Un temps pour perdre A. Kuen
L'inspiration et l 'Autorité de la Bible R. Pache Souvenirs et lettres R. de Benoit
Comment interpréter la Bible A. Kuen Femmes à la recherche de leur identité N. Decorvet
Le Dieu souverain J.M. Boice A l'écoute du Réveil G. Mützenberg
Le Dieu qui libère J.M. Boice L'homme qui s'appelle Jésus A. Kuen
Guide compact de la foi chrétienne J. Schwartz Adoration et louange dans l'Eglise M. Redman
La Personne et l'Œuvre du Saint-Esprit R. Pache
L'évangile du royaume G.E. Ladd Série « M ission »
Baptisé et rempli de l ' Esprit A. Kuen L'implantation d'Eglises dans le
Je bâtirai mon Eglise A. Kuen monde musulman G. Livingstone
Pourquoi l ' Eglise? A. Kuen Et les religions non-chrétiennes? M. Goldsmith
Ministères dans l'Eglise A. Kuen Un enfant - deux cultures K. Schmid
L'organisation de l ' Eglise A. Kuen Mission et culture P.G. Hiebert
Dons pour le Service A. Kuen L'essor des missions protestantes
La femme dans l' Eglise A. Kuen (Vol. 2) J. Blandenier
Le culte dans la Bible et dans l'histoire A. Kuen Réveil dans !'Himalaya B. Jackson
Achevé d'imprimer
en juin deux mille six
sur les presses de l'imprimerie Comaz SA
à Yverdon-les-Bains (Suisse)
ALFRED KUEN

- Avez-vous été baptisé de l ' Esprit ?


- Etes-vous rempli de l ' Esprit ?
Deux questions souvent posées en notre temps
et auxquelles les deux fractions les plus importantes
du monde évangélique donnent des réponses
différentes.

Ce livre désire apporter à tous ceux qui veulent


fonder leur foi sur la Parole de Dieu un exposé de ce
que la Bible enseigne sur le baptême et la plénitude
de l ' Esprit. Qu ' i l puisse servir à faire découvrir à
chacun les richesses que Dieu a réservées à tous ses
enfants dans une vie remplie de l ' Esprit, à enseigner
"plus exactement la voie de Dieu" (Ac 1 8.26) à ceux
qui sont prêts à "examiner toutes choses et retenir ce
qui est bon" (1 Th 5.21 ) et à rapprocher entre eux des
chrétiens qui servent le même Seigneur avec des
compréhensions d ifférentes.

EDITIONS EMMAÜS
Route de Fenil 40, 1 806 Saint-Légier - Suisse
ISBN : 2-8287-0048-8

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