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Kasussyntax 

: das Schicksal des Genitivs

génitif

adnominal adverbal
(ex : der Hut der Lehrers) (ex : jdn einer Sache zeihen)

→ existe toujours dans la langue standard, → n'existe plus que de façon marginale
mais a quasiment disparu dans les dialectes

I) Le génitif dans la langue standard

– certains verbes admettent un objet au génitif


sie gedachten seiner (Fleischer, p. 83)
sie bezichtigen ihn der Lüge (Fleischer, p. 83)
– cet emploi adverbal est relativement rare dans la langue standard d'aujourd'hui
– en plus, en allemand moderne, on peut souvent, pour ces verbes, observer une concurrence
entre le génitif et l'accusatif
ich entbehre seines Rates / seinen Rat (p. 83)
– dans d'autres cas, il y a concurrence entre un objet au génitif et un objet prépositionnel
sich einer Sache / an eine Sache erinnern
– parfois, le génitif n'est plus possible que certaines expressions figées
er erfreut sich des Lebens vs. *er erfreut sich des Geschenks

II) Le génitif dans les dialectes

– disparition quasi-totale du génitif dans la plupart des dialectes, y compris dans son emploi
adnominal
– concernant le système casuel, on peut, en effet, noter que la langue standard est plus
conservatrice que les dialectes :

langue standard vs. dialectes du haut-allemand vs. dialectes du bas-allemand


système à 4 cas système tricasuel système bicasuel
(nominatif, accusatif, (accusatif, nominatif, datif) (accusatif, nominatif)
datif, génitif)

– dans les dialectes, le génitif a été remplacé par un certain nombre de périphrases, dont
notamment :
→ la périphrase avec von : der Hut vom Lehrer
→ le datif possessif : dem Lehrer sein Hut
– on pourrait y ajouter une variante que Fleischer ne mentionne pas, mais qui est assez
courante, du moins dans la région de Berlin : der Lehrer dem sein Hut
dat Dack vun den Schuppen (Niederdeutsch ; Fleischer, p. 85)
das Dach von dem Schuppen
'das Dach des Schuppens'

de Saadel vun miin Fooraad (Osthessisch ; Fleischer, p. 85)


der Sattel von meinem Fahrrad
'der Sattel meines Fahrrads'

s Haus von mein Vadda (Bairisch ; Fleischer, p. 85)


das Haus von meinem Vater
'das Haus meines Vaters'

→ ces trois dialectes, bien que très éloignés sur le plan géographique, ont tous éliminé le génitif
adnominal au profit du datif possessif ; il en va de même de la périphrase avec von

– cependant, on trouve des dialectes particulièrement conservateurs dans lesquels le génitif


adnominal s'est maintenu, par exemple certains dialectes alémaniques :

ts pfaraers jungfroiw (Fleischer, p. 86)


des Pfarres Haushälterin (litt. « Jungfrau »)
'die Haushälterin des Pfarrers'

diisch mansch bruder (Fleischer, p. 86)


dieses Mannes Bruder
'der Bruder dieses Mannes'

– ces exemples montrent que ce dialecte alémanique est même plus conservateur que la langue
standard, puisque l'attribut au génitif précède le nom
– ce conservatisme s'observe également dans les emplois adverbaux du génitif :

iaer bruixaed minaer nid ts wartae(n) (Fleischer, p. 86)


ihr braucht meiner nicht zu warten
'ihr braucht auf mich nicht zu waren'

gheb dich nöit deisch lebtagsch


beklage dich nicht deines Lebens
'beklage dich nicht über dein Leben'

=> en conclusion, on peut donc retenir que s'il existe des dialectes particulièrement conservateurs
tels que l'alémanique, le génitif a disparu dans la quasi-totalité des dialectes allemands, remplacés
tantôt par le datif possessif, tantôt par la périphrase avec von

III) Le recul du génitif adverbal

– en étudiant l'histoire de la langue allemande, on peut observer que le génitif adverbal va


progressivement reculer au profit d'autres constructions
– deux possibilités :
a) disparition pure et simple du verbe régissant le génitif
b) changement de rection
– le changement de rection a été progressif, c'est-à-dire que pendant un certain temps, il y a eu
concurrences entre différents cas avant que l'un d'entre deux ne finît par l'emporter
– cette concurrence est encore observable de nos jours pour un certain nombre de verbes :
sich einer Sache erinner / sich an eine Sache erinnern
– ces alternances casuelles ne datent donc pas d'aujourd'hui, mais sont plutôt anciennes
– au XVIe siècle, le verbe vergessen, par exemple, peut se construire soit avec le génitif, soit
avec l'accusatif :

Vnd hast vergessen Gottes/ der dich gemacht hat (Luther, Biblia 1545 ; d'après Fleischer, p. 87)

Da vergisst man Gott (Sarcerius, 1549 ; d'après Fleischer, p. 87)

– il en va de même du verbe sich freuen :

Frewe dich des Prophetischen orts (Witzel, Büchlein 1536 ; d'après Fischer 1987:281)

...und uns über die verheissung des zukünftigen Reichs unausprechlich freuen (Witzel, Büchlein
1536 ; d'après Fischer 1987 : 281)

→ il est intéressant de voir qu'il s'agit du même auteur et du même texte

– le recul du génitif adverbal peut être mesuré de façon quantitative ; selon une étude de
Rausch de 1897 (citée d'après Fleischer, p. 88-89), il y a, en vieux haut-allemand, environ
300 verbes susceptibles de se construire avec un génitif ; en moyen haut-allemand, on passe
de 300 à 260 verbes
→ si ce recul peut paraître des plus modérés, Fleischer ajoute cependant qu'il faut tenir
compte du fait que le vieux haut-allemand est beaucoup moins attesté que le moyen haut-
allemand et qu'il est donc possible que le nombre des verbes susceptibles d'un tel emploi en
vieux haut-allemand soit en réalité bien plus élevé
– quoi qu'il en soit, le véritable tournant semble avoir eu lieu aux XIVe et XVe siècles
→ effectivement, sur les 260 verbes pouvant encore se construire avec un génitif en moyen
haut-allemand, 120 vont perdre cette possibilité lors du passage du moyen haut-allemand au
haut-allemand précoce et avec les 140 verbes restants, le génitif va être de plus en plus rare

=> recul progressif du génitif adverbal

a) causes externes

– étant donné que le génitif adverbal a complètement disparu dans la quasi-totalité des
dialectes allemands, on peut supposer que le génitif adverbal a d'abord reculé dans les
variantes orales et dialectales de l'allemand tout en se maintenant pendant quelque temps
dans la langue écrite et soutenue
– en effet, en étudiant des textes historiques, on se rend compte qu'il y a très peu de génitifs
dans les lettres, les prêches, les chansons populaires, les pamphlets, les chroniques, etc., ces
textes étant généralement moins formels
– en se maintenant dans un certain nombre de textes formels ou solennels, le génitif va peu à
peu devenir un marqueur stylistique à connotation archaïque
– à cet égard, on peut, d'ailleurs, mentionner la position des grammairiens des XVIIe et
XVIIIe siècles, qui préconisent majoritairement l'emploi du génitif, jugé plus noble
– entre 1570 et 1730, le génitif adverbal apparaît surtout dans des textes religieux et juridiques
– vers la fin du Haut Moyen-Âge et durant le Moyen-Âge tardif, on peut même, selon
Fleischer, noter une « expansion » du génitif adverbal dans les textes juridiques
→ encore de nos jours, un certain nombre de verbes ressortissant à la langue juridique se
construisent avec le génitif : anklagen, bezichtigen, beschuldigen, überführen, zeihen
→ peut-être pourrait-on y voir une influence de la langue latine, car en latin classique, un
certain nombre de verbes comme accusare ou damnare se construisaient avec un génitif de
relation (cf. §78, Précis de grammaire des lettres latines) :

Furti accusatus est. (Il fut accusé de vol.)

b) causes internes

– la concurrence entre génitif et accusatif est présente dès le vieux haut-allemand


– pour la période du vieux haut-allemand, ce sont avant tout des facteurs sémantiques qui
entrent en ligne de compte
– distinction entre verbes bivalents et verbes trivalents

Verbes Objets Nombre de verbes

bivalents génitif 140 (incertain : 4)


génitif/accusatif 45 (incertain : 20)
génitif/datif 7 (incertain : 1)
trivalents génitif + accusatif 83 (incertain : 2)
génitif + datif 22 (incertain : 2)

– alternance casuelle uniquement pour les verbes bivalents


– différences sémantiques :
→ le génitif indique que l’objet n'est affecté que partiellement par le procès verbal
→ l'accusatif indique que l'objet est affecté entièrement par le procès verbal

er az daz brot un tranc dazu/eîns wazzers daz er hangende vant/ in eîne eîmber bi der want (Iwein,
v. 3310-3312 ; d'aprèa Fleischer, p. 92)

er aß das Brot und trank dazu eines Wassers, das er hängend fand in einem Eimer bei der Wand

'er aß des Brot und trank dazu Wasser, das er in einem Eimer hängend an der Wand fand'

→ genitivus partitivus (on parle parfois d'objet partitif)

– cette construction est rarissime en allemand moderne (on la trouve encore avec le génitif
adnominal : ein Glas guten Weins, bien que les locuteurs natifs préfèrent ein gutes Glas
Wein)
– en allemand moderne, cette différence est exprimée par la présence ou l'absence de l'article
défini :

ich trank Wasser vs. ich trank das Wasser


(j'ai bu de l'eau) (j'ai bu l'eau)

– à côté de cette différence, on peut également observer une différence aspectuelle en vieux
haut-allemand :
→ accusatif : résultatif / ponctuel
→ génitif : duratif / imperfectif
– exemple chez Otfrid
→ génitif (renforcé par l'adverbe iu forn « depuis longtemps ») :

Thie liuti rachun tho iro zorn thaes thahtun sie er iu filu forn (Otfrid IV, 17, 25 ; d'après Fleischer, p.
93)

die Leute rächten da ihren Zorn, dessen dachten sie früher schon sehr lange

'die Menschen rächten ihren Zorn, daran hatten sie zuvor schon sehr lange gedacht'

→ accusatif (renforcé par l'adverbe in gahi « soudainement »)

Er thahta imo ouh in gáhi thia managfaltun / ioh thia hohun uuirdi (Otfrid I, 8, 13 ; d'après
Fleischer, p. 93)

er dachte sich auch plötzlich die mannigfaltigen Weihen und die hohen Würden

'er dachte für sich auch plötzlich an die vielfältigen Weihen und an die hohen Würden'

opposition entre sens terminatif / sens non terminatif

→ on suppose effectivement qu'en vieux haut-allemand, l'aspect était encore une catégorie
grammaticale très importante, mais qu'au plus tard, en moyen haut-allemand, cette catégorie se perd

=> selon certains historiens de la langue, la disparition de l'alternance casuelle s'explique par la
perte de l'aspect : dépourvu d'une fonction grammaticale spécifique, le génitif recule
progressivement

=> or, cette hypothèse ne permet pas d'expliquer le recul du génitif avec les verbes trivalents, car
comme nous l'avons vu, ceux-ci ne connaissent pas d'alternance casuelle (et donc sans doute pas de
différence aspectuelle)

=> enfin, on peut noter que la connotation stylistique du génitif adverbal résulte de la perte de sa
fonction grammaticale spécifique ; c'est-à-dire que les causes internes sont ici primaires, même si
les causes externes ont, par la suite, pu favoriser le recul, déjà bien amorcé, du génitif adverbal

IV) Le recul du génitif adnominal

a) La périphrase avec von

– selon Kiefer (1910:52; d'après Fleischer, p. 94), le génitif pouvait être remplacé par une
périphrase avec von dès le XIIe siècle
– dans de nombreux, il est cependant possible que la préposition ait été choisie en raison de sa
spécificité sémantique et qu'il ne s'agisse donc pas d'un équivalent d'un objet au génitif
– l'un des exemples les plus anciens que l'on puisse citer selon Kiefer est le suivant :

Daz blut von abele./ daz rûfet in di hohe./Rach an sînem bruder (Ava, Leben Jesus, v. 1650-1651)

Das Blut von Abel, das rief in die Höhe Vergeltung an seinem Bruder

'das Blut Abels rief in die Höhe nach Vergeltungs an seinem Bruder'
→ or, on pourrait également considérer que la préposition indique la source : das Blut, das von
Abel stammt, et qu'elle a donc été choisie en raison de sa spécificité sémantique

– selon Fleischer, la périphrase avec von pourrait être le résultat d'une réanalyse syntaxique

da erging ein Gebot von Kaiser Augustus (Fleischer, p. 95)

– on peut supposer qu'à l'origine, le syntagme von Kaiser Augustus dépendait directement du
verbe :

da erging [ein Gebot] [von Kaiser Augustus]

'Kaiser Augustus hat ein Gebot erlassen'

da erging [ein Gebot [von Kaiser Augustus]]

– ensuite, il y a eu réanalyse et le syntagme von Kaiser Augustus a été analysé comme


complément du nom Gebot
– ensuite, il y a eu extension à des contextes non ambigus → grammaticalisation

[ein Gebot [von Kaiser Augustus]] erging da

– le problème est que la plupart des occurrences plus anciennes sont souvent ambiguës

Tho quam bóto fona góte (Otfrid I 5, 3 ; d'après Fleischer, p. 95)

da kam Bote von Gott

'da kam ein Bote von Gott'

→ la phrase est ambiguë, parce que fona góte pourrait également indiquer la provenance

b) Le datif possessif

– selon Fleischer, il s'agit là encore d'un cas de réanalyse

ich habe dem Mann seinen Hut genommen

→ dem Mann => datif libre (datif qui n'est pas nécessaire, mais qui dépend du verbe)

ich habe [dem Mann] [seinen Hut] genommen

→ dem Mann => datif possessif

ich habe [[dem Mann] seinen Hut] genommen

– ensuite, il y a eu grammaticalisation, c'est-à-dire extension à des contextes non ambigus :

die Kinder spielen mit dem Mann seinem Hut


→ ici, il ne peut s'agit que d'un datif possessif, parce que le verbe spielen n'admet pas de datif libre :

*dem Mann spielen die Kinder mit seinem Hut

– les états plus anciens de la langue fournissent très tôt des constructions ambiguës

→ exemple en vieux haut-allemand

du uuart demobalderes sinuuoz birenkict (2. Merseburger Zauberspruch ; d'après Fleischer, p. 97)

da wurde dem Balders Fohlen sein Fuß berenkt

'da wurde dem Fohlen Balders sein Bein von Verrenkung betroffen'

→ exemple en moyen haut-allemand

Phariens wip besach yren man sin wunden (Prosalancelot 83, 17 ; d'après Fleischer, p. 97)

Phariens Frau besah ihrem Mann seine Wunden

→ exemple en haut-allemand précoce

off der stat hait men sent Kahtijnen yer heyligs heufft aeff geslagen (Die Pilgerfahrt des Ritters
Arnold von Harff ; d'après Fritze 1976 : 420)

auf der Stätte hat man Sankt Katharina ihr heiliges Haupt abgeschlagen

'an dieser Stelle wurde der heiligen Katharina ihr Haupt abgeschlagen'

→ dans les trois cas, les deux analyses sont possibles : datif possessif ou datif dépendant du verbe

=> il est malaisé de trouver des exemples qui ne soient pas ambigus

– selon Fleischer, les premières attestations non équivoques du datif possessif remonent au
XVIe siècle :

Die pauren namen dem appt von kempten sein kloster ein (Chronica newer geschichten 1512-1527 ;
d'après Fritze 1976 : 429)

die Bauern nahmen dem Abt von Kempten sein Kloster ein

'die Bauern nahmen das Kloster des Abtes von Kempten ein'

Die .LXV. History sagt wie Ulenspiegel zu Pariß ein pferdkeufer ward/ und eine(m) Frantzosen
seinem pferd den schwantz uß zoch) (Ulenspiegel, 91r ; d'arpès Fleischer, p. 98)

Die 65. Geschichte sagt, wie Eulenspiegel in Paris ein Pferdehändler wurde und einem Franzosen
seinem Pferd den Schwanz auszug (= ausriss)
=> peu d'attestations écrites, le datif possessif apparaît essentiellement dans des textes populaires

c) Le génitif possessif

– contamination

Der Vater suche desKindes seinen Nutzen (1713, Christian Thomasius, Höchstnötige Cautelen ;
d'après Fritze 1976 : 443)

– le génitif possessif résulte selon Fleischer d'une interférence entre le datif possessif et le
génitif adnominal, c'est-à-dire d'une interférence entre les dialectes et la langue standard
– ce qui a pu favoriser l'émergence du génitif possessif, ce sont les constructions avec un
substantif féminin au singulier, puisque dans ce cas, le datif et le génitif sont homonymes :

meiner Mutter ihr Bruder

V) Conclusion

– recul progressif du génitif


– pas d'explication générale
– réduction des syllabes post-toniques :
ahd boten (gén/datif) boton (acc)
mhd boten boten
→ cette explication n'est toutefois pas suffisante, puisque de nombreux noms communs ont
conservé une différence formelle entre le génitif et l'accusatif : des Tages/den Tag