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Economie des risques environnementaux

 Introduction

 Le risque c’est tout événement dommageable possible susceptible de rompre le cours normal et
attendu d’une action, ou de modifier brutalement et de façon imprévue une situation.

On peut aborder le risque en distinguant le risque subi et le risque affronté.

Lorsqu’il est subi, on parle d’un danger éventuel plus ou moins prévisible lié à une activité.
Le risque affronté est plutôt lié à la possibilité hasardeuse que prend un individu avec l’espoir
d’obtenir un profit.

Une autre façon d’aborder le risque est qu’on peut considérer qu’il découle des actions humaines ou
de certains événements qui peuvent avoir des conséquences qui affectent ce qui a de l’importance
pour l’homme. Il faut réduire ce type de risque.

Le risque est à la fois un concept descriptif et normatif.

La plupart des définitions du risque ont un point commun : elles établissent une distinction entre la
réalité et la possibilité. Cependant, dès que les définitions sont un peu plus précises, on se rend
compte qu’elles sont essentiellement empruntées au domaine de l’assurance, au domaine
économique et au domaine statistique.

On peut définir le risque comme d’une part comme la probabilité d’un événement
dommageable ; comme l’amplitude d’un événement dommageable ; ou comme une fonction des
deux, probabilité et amplitude.

Le risque est un danger calculable. C’est la condition pour qu’il soit pris en compte par les pouvoirs
publics. La notion perd de sa pertinence si on ne peut pas évaluer le risque : risque vs incertitude.

Un phénomène qui se produit trop fréquemment n’est pas assurable (ex  : échec scolaire).

1.1 Un danger calculable :

Il y a deux approches du risque :

-  l’approche déterministe du risque : elle repose sur l’évaluation quantitative des conséquences
prévisibles d’un accident, d’une crise… Exemple  : quantifier le nombre de maisons qui risquent d’être
affectés en cas d’un accident d’usine.

-  l’approche probabiliste : elle est fondée sur l’évaluation quantitative des probabilités d’un
événement.

1.2 Les types de risques : les risques environnementaux :

Risques naturels : risques liés à un aléa physique. Cet aléa peut être d’origine lithosphérique (pluies,
ouragans…). L’intervention humaine est impossible. On ne peut qu’essayer de les prévoir (météo).
Cependant ces risques peuvent être aggravés par les activités humaines (désertification, incendies,
pollutions…)

1.3 Les risques technologiques majeurs :

On distingue la pollution chronique et la pollution accidentelle. Avec la pollution chronique, le


phénomène dangereux agit de manière récurrente, parfois de manière lente, diffuse. Avec la
pollution accidentelle, le processus accidentel est à l’origine d’un risque majeur.

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Les politiques environnementales de gestion de ces risques privilégient l’approche réglementaire.

Pour définir les risques technologiques majeurs, on se sert de dimensions techniques, spatiales,
temporelles, sociales et politiques. Un risque technologique majeur, c’est la probabilité d’un
événement hors du commun, temporellement inattendu, lié à un dysfonctionnement d’un système
technique où les conséquences humaines sont considérables et difficiles à délimiter dans le temps et
dans l’espace. Il peut affecter la collectivité et le pouvoir en place.

1.4 Les risques économiques, géopolitiques et sociaux :

1.5 Les futurs défis environnementaux :

1.5.1 Une société au seuil de l’autoextinction ? :

DIAMOND (le 3ème Chimpanzé, 2011 ; De l’inégalité parmi les sociétés, 2007 ; Effondrement, 2009)
montre comment les destructions de l’environnement de certaines civilisations contribuent à
l’effondrement de ces civilisations.

Il donne l’exemple de la civilisation Maya  : c’était une société très dynamique mais elle n’a pas
survécu en raison de la croissance de la population qui a exercé des contraintes environnementales.
Cette population agricole dépendait essentiellement du maïs local. Mais au 6ème siècle, la capacité
maximale des terres est atteinte alors que la population augmentait toujours. Les rendements ont
baissé en raison de la culture de terres moins fertiles et la production est devenue insuffisante. Au
milieu du 7ème siècle, au moment où la population atteignait son pic, la déforestation est devenue
courante et a provoqué l’érosion des sols. Ces facteurs ont provoqué l’effondrement de cette
civilisation. La croissance de la population menacerait la planète. Parfois les réactions adoptées par
les sociétés ne permettent pas de résoudre les problèmes, au contraire parfois elles ont tendance à
les aggraver.

DIAMOND met en évidence les liens entre le développement et le déclin des sociétés, et la gestion
des ressources naturelles.

1.5.2 Liens entre urbanisation, changement climatique et augmentation de la population


mondiale :

Il y a une interdépendance entre tous ces éléments. Par exemple, les démographes prédisent pour
2050 que 20 milliards de personnes habiteront sur la planète, soit une augmentation de 50% par
rapport à 1999. 8 habitants sur 10 (au lieu de 5/10 actuellement) vivront en ville. A cette date là, les
conséquences du dérèglement climat seront beaucoup plus visibles.

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Les experts du GIEC considèrent que sur la période 1990-2011 la montée du niveau des mers a été de
3,2mm par an contre 2mm par an auparavant.

1.5.3 Les réfugiés environnementaux :

En 2012, les Nations Unies ont publié un rapport sur les droits des migrants. Elles appellent la
communauté internationale à reconnaitre que la migration est une partie de la solution aux défis
mondiaux de l’environnement. Selon ce rapport, c’est l’augmentation des phénomènes
environnementaux extrêmes liés au réchauffement climatique qui constitue la principale explication
de ces mouvements de population.

 Réfugiés environnementaux : ceux qui sont forcés de quitter leur lieu de vie temporairement ou
de façon permanente à cause d’une rupture environnementale. Certains quittent leur habitat suite à
des catastrophes naturelles alors que d’autres le font à cause d’une dégradation de l’environnement
(manque d’eau…). Certains déplacements se font à l’intérieur d’un même pays.

Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), en 2050, il pourrait y avoir 200 millions
de réfugiés environnementaux.

1.5.4 Dégradation de l’environnement et sécurité :

Une biologiste Kenyane a eu un prix Nobel de la paix pour sa contribution à la préservation de


l’environnement.
Giec et Al Gore ont obtenu un prix Nobel pour leur film « Une vérité qui dérange ».

Il y a un lien entre le changement climatique et la sécurité d’après un rapport du PNUE : le


changement climatique peut dépasser les capacités d’adaptation de nombreuses sociétés et
conduire à leur déstabilisation et à des conflits.

D’après un rapport de Dixon, il y a des liens entre l’épuisement des ressources naturelles et la
violence.

D’autres auteurs soulignent le fait que certaines révoltes dans les pays en voie de développement
sont souvent corrélées avec la hausse du prix des denrées alimentaires.

 Chapitre 1 : Le défi climatique

2.1 L’enjeu climatique :

Les gaz à effet de serre sont classés dans la catégorie des polluants mondiaux. Ces gaz absorbent les
radiations ayant une grand longueur d’onde à la surface de la terre et dans l’atmosphère si bien que
ces gaz retiennent la chaleur qui aurait du se disperser dans l’espace. Le mélange de ces gaz joue un
rôle important dans le réchauffement climatique (ex  : dioxyde de carbone, méthane). Les inquiétudes
actuelles concernent les effets de ces polluants sur le réchauffement climatique. Leurs émissions
augmentent de plus en plus et leur concentration dans l’atmosphère se modifie. Aujourd’hui il est
démontré que la combustion des énergies fossiles, l’abattage des forêts tropicales et l’injection d’une
quantité importante de gaz à effet de serre créent un couvercle thermique capable de retenir une
quantité suffisante de chaleur susceptible de contribuer à l’augmentation de la température de la
Terre.

Dans leur rapport de 2015, Pascal CANFIN et Alain GRANDJEAN indiquent les évolutions du PIB et des
émissions de 1960 à 2010 et les prévisions de ces évolutions à l’horizon 2050 si on se donne comme

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objectif que l’augmentation de la température soit de 1,5°C à 2°C. Ils soulignent deux points :
- grâce au progrès technique, nous émettons moins de gaz à effet de serre par unité produite.
- pour atteindre l’objectif de la trajectoire retenue il faudrait baisser fortement le contenu de CO2
par unité de richesse créée (PIB). Il faudrait une forte modification de nos comportements dans un
laps de temps très court. Il faudrait mener des politiques d’atténuation, d’adaptation (exemple  :
mettre en place des réseaux d’alerte aux crues).
Une grande partie des émissions observées est de nature anthropique, liée aux activités humaines. La
Chine est le plus gros émetteur de CO2, l’Inde et les autres pays émergents suivent cette trajectoire.
Il y a des inégalités par pays en termes de performances environnementales. Les états ne font pas
d’efforts pour décarboner leurs industries, mais ils subventionnent aussi des centrales à charbon.
Le rapport de l’OCDE du 21/03/2015 montre que entre 141 et 177 milliards d’€ sont versés sous
formes de subventions pour les énergies fossiles (détaxes, réductions de TVA, crédits d’impôt…).

2.2Les raisons de l’inaction :

2.2.1Le problème du passager clandestin

Peu de monde est prêt à faire des efforts (renonciation à la voiture, au diesel, à l’avion, à la viande…)
mais souhaiterait que les autres en fassent.
Deux raisons :
- égoïsme vis-à-vis des générations futures
- problème du passager clandestin (free rider): les bénéfices liés au comportement d’atténuation
sont globaux, alors que les efforts et les coûts sont locaux. Chaque pays agit dans son propre intérêt
en espérant profiter des efforts des autres. Le climat est présenté comme un bien commun (rival et
non appropriable, comme les poissons). À long terme, la plupart des gens devraient tirer un bénéfice
d’une réduction massive des émissions globales. Cependant les incitations dans ce sens sont
négligeables. Les efforts faits par un pays vont profiter à un autre pays. Un pays qui supporte un coût
de 100% pour ses politiques vertes, il est possible qu’il ne reçoive finalement le fruit que d’1% de ses
efforts si sa population mondiale est égale à 1%. C’est comme si l’on avait le choix de consommer
100€ aujourd’hui où l’épargner en sachant qu’on ne récupèrerait qu’1 €. Les pays n’internalisent pas
les bénéfices de leurs politiques. Ce phénomène de passager clandestin aboutit à la tragédie des
communs.
Elinor ORSTROM a montré comment les petites communautés stables sont capables de gérer leurs
ressources locales communes de manière raisonnée.
Mais globalement il n’existe pas d’autorité supranationale qui pourrait faire respecter l’approche
classique de gestion des externalités.

2.2.2…aggravé par les « fuites de carbone »

- Lorsqu’un pays met en place une taxe sur les émissions de carbone, des coûts supplémentaires aux
industries non protégées (contre la concurrence internationale) sont appliqués. Si bien qu’une
taxation carbone élevée peut conduire les industries à se délocaliser dans des pays moins regardants.
Une politique unilatérale de taxation peut déplacer le problème sans qu’il n’y ait un bénéfice
écologique important.
- Quand un pays augmente le prix de certaines énergies, cela tend à faire baisser le cours mondial de
ces énergies car celles-ci sont moins demandées. Comme le cours mondial baisse, cette baisse
entraîne une augmentation de la demande d’énergies fossiles de la part d’autres pays non taxés.
- Le Mécanisme pour un Développement Propre (MDP) consiste à attribuer des crédits aux
entreprises des pays où les émissions de carbone sont supposées être pénalisées. Mais les efforts

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doivent être mesurables et rien ne dit que sans se mécanisme, l’entreprise n’aurait pas fait d’efforts
de dépollution.

2.2.3…aggravé par incitation à retarder les réformes

Plus un pays pollue aujourd’hui, plus il pourra exiger des compensations s’il rejoint un accord
demain, car il aura une grande marge de manœuvre.

2.2.4Quelques modestes actions positives

- Le mécanisme des droits d’émission négociables (cap and trade) donne la possibilité d’acheter ou
de vendre des droits d’émissions. La puissance publique fixe un plafond concernant la quantité
d’émissions qu’elle est prête à accepter puis donne des droits qui peuvent être vendus sur un
marché.
- La taxe carbone est un paiement pour toute émission de CO2. La Suède a mis en place une taxe de
100€ par tonne de CO2 émis dès 1991. En 2015, la France a mis en place une taxe similaire de 14,50€
la tonne. Mais beaucoup de professions sont exonérées de cette taxe notamment les transporteurs
routiers, les taxis, les exploitants agricoles, les pêcheurs…
- Pourquoi des actions unilatérales ? Même s’il y a un sacrifice, celui-ci peut paraître dérisoire. La
deuxième raison est que c’est un faux sacrifice par rapport aux bénéfices retirés. Lorsqu’on fait des
choix verts, on contribue à faire diminuer les polluants locaux. Les centrales à charbon émettent du
CO2 et du dioxyde de soufre… Or le CO2 et le dioxyde de soufre sont des polluants locaux. Ces
mesures sont appelées « zéro ambition » car le pays s’engage à régler des dommages uniquement
locaux.La Chine peut adopter des mesures pour apaiser l’opinion publique ou pour éviter des
pressions internationales.

2.2.5Les mesures unilatérales sont trop coûteuses au vu du résultat

Elles sont trop coûteuses au regard de leur efficacité pour limiter le réchauffement climatique. Elles
ne sont pas toujours cohérentes, si bien que les états dépensent parfois jusqu’à 1000€ par tonne de
carbone évité (Allemagne) alors que d’autres émissions pourraient être réduites à un coût de 10€ la
tonne.

2.3Des négociations qui ne sont pas à la hauteur des enjeux

2.3.1Du protocole de Kyoto

Il a été mis en vigueur en 2005. Les pays engagés se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à
effet de serre. L’Annexe B (pays riches) s’engage à diminuer ses émissions de 5% par rapport au
niveau de 1990.
Ce protocole prévoyait 3 mécanismes permettant l’échange de quota d’émissions :
- les Permis d’Émissions Négociables (PEN) est une politique qui consiste à plafonner les émissions
avec des engagements chiffrés pour les pays de l’Annexe B.
- La Mise en Œuvre Conjointe (MOC) permet aux pays de l’Annexe B d’obtenir des crédits de
réduction lorsqu’ils avaient participé au financement d’un projet qui vise à réduire les émissions dans
un autre pays de l’Annexe B.
- Le Mécanisme de Développement Propre (MDP) permet à un pays qui ne fait pas partie de l’Annexe
B peut bénéficier des crédits d’un pays de l’Annexe B.
Ce protocole a beaucoup de défauts. Les participants à ce protocole représentaient 65% des
émissions de gaz à effet de serre. En 2012 lors du bilan, ce protocole ne couvrait plus que 15% des
émissions totales en raison de la non-implication des États-Unis et du retrait du Canada, de la Russie

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et du Japon. Le Canada s’est rendu compte qu’il serait obligé d’acheter des droits d’émissions s’il
voulait rester. Les États-Unis voulaient que la Chine signe d’abord. Enfin il y a eu échec du marché
des droits à polluer européen. Le prix de la tonne de CO2 est passé de 30€ (max) pour se retrouver
seulement autour de 5€. Ce protocole a été un échec.

2.3.2Le manque d’ambitions volontaires

Lors de la conférence de Copenhague (2009), les états se sont engagés sans contrainte réelle dans
l’IntendedNationallyDetermined Contributions (INDC), engagements volontaires, ratifiés par la COP
21. Les pays s’engagent volontairement à faire des efforts de réduction de leurs émissions. L’INDC a
beaucoup de défauts :
- Il est difficile de mesurer l’ambition de l’INDC à cause de l’hétérogénéité des coûts de réduction des
émissions. Ce système tend à inciter les pays à  l’éco-blanchiment (green washing) : cela consiste
à faire apparaître quelque chose plus vert qu’il ne l’est. Les pays prennent souvent des années de
référence avantageuse (de haute pollution), pour dire qu’ils sont passés d’une année très polluée
pour arriver à un bon résultat : ils augmentent artificiellement les résultats.
- Les pays prennent des horizons temporels différents ou des objectifs de nature différente.
- Le Japon a mis en place un plan d’aide étranger pour l’énergie nucléaire, ce qui va dans le sens
contraire de l’environnement.
- De plus, l’INDC est uniquement soumis au volontariat. D’après STIGLITZ, le volontariat n’a jamais
résolu un problème économique. On peut faire un parallèle avec un avec un système d’impôt où le
revenu serait déterminé par le montant que chacun serait prêt à payer.
- Non crédibilité des promesses.

2.3.3Le bilan de la COP 21

L’accord devait être efficace, juste et crédible. Les négociations ont été difficiles les gouvernements
n’étaient pas prêts à s’engager. L’accord affiche beaucoup d’ambition : notamment l’objectif d’être
en dessous de 2°C pour l’horizon 2050. Les fonds donnés aux pays en développement seront
importants (100Mds€ par an) entre 2020 et 2050. Donc le bilan est plutôt bon sur le papier.
Cependant, la tarification du carbone a été rejetée en particulier par le Venezuela et l’Arabie
Saoudite.
Le don de 100Mds€ par an n’est pas précis : les donateurs ne sont pas précisés. De plus l’accord
repousse à une date ultérieure l’engagement des pays. On ne comprend pas pourquoi les pays du
sud ne sont pas soumis à un effort de réduction de leurs émissions.
Enfin, le protocole sera révisé tous les 5 ans mais il y a des  « effets de cliquet » : lorsqu’on
respecte les engagements pris, on a du mal à être en bonne position pour renégocier, on demande
toujours plus au bon élève.
L’accord a été un succès diplomatique car approuvé par 196 délégations, mais on a cédé beaucoup :
pas de prix du carbone et manque d’ambition.

2.4 Que faire ? Responsabiliser les acteurs

2.4.1 Mettre en place des politiques ambitieuses

Il y a 2 types de politiques pour cela :


- une politique de régulation dirigiste (command and control) : on met en place des règles et on
vérifie que les agents les respectent. Ces politiques créent de fortes disparités pour les différents
types d’émissions, par ailleurs ces politiques augmentent le coût de la politique écologique.
2 entreprises émettent 2 tonnes de carbone chacune. On veut diminuer la pollution de 4 tonnes à 2

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tonnes au total. Supposons que l’entreprise A a un coût de dépollution de 1000€ la tonne alors que
pour de l’entreprise B, c’est 10€ la tonne. Une politique juste voudrait que chacune réduise sa
pollution de moitié, soit un coût de 1000€ + 10€. Le coût total de dépollution d’une politique juste
serait de 1010€. Mais l’efficacité voudrait que l’entreprise B réduise ses émissions de 2 tonnes (et
l’autre rien du tout) ce qui ne coûterait que 20€ à la collectivité. Une société dirigiste est plus
gaspilleuse de ressources  : si B fait l’effort, la société économise 1010-20=990€.
- une approche économique : une tarification sur la tonne de CO2.
Ce type de politique dirigiste augmente considérablement de coût des politiques de l’environnement.
Un système de prix unique diminue le coût de dépollution.
Pour justifier le soutien aux énergies renouvelables, les économistes s’appuient sur la  courbe
d’apprentissage : les coûts baissent au fur et à mesure que les entreprises produisent. Cet effet
d’apprentissage est souvent difficile à prévoir et est mis en avant par des lobbies producteurs qui
veulent obtenir des subventions. La courbe d’apprentissage peut servir comme justification des
subventions. Si les coûts de production baissent les subventions devraient baisser aussi.
La contrainte écologique ne peut être respectée que si on tient aussi compte des coûts. Les
mécanismes de prix ne sont pas les ennemies de l’écologie.

2.4.2 L’approche économique

Elle consiste à appliquer le principe du pollueur-payeur avec 2 instruments :


- la taxe pigouvienne
- les droits d’émissions négociables
Les 2 stratégies dépendent d’un accord international suffisamment large et qui couvre la plupart des
émissions. L’accord consiste à dire « je le fais si vous le faîtes » (I will if youwill). Ces 2 mécanismes
nécessitent des politiques de mise en œuvre et de contrôle. Mais les économistes ne sont pas
d’accord sur quel instrument se baser.

Option 1 : fiscalité : la taxe carbone au niveau mondial. Les pays doivent se mettre d’accord sur ce
que serait cette taxe, chaque pays collecte les sommes correspondantes sur son territoire.
Cette approche pose des problèmes :
- la collecte : dans la mesure où la majorité des conséquences climatiques positives bénéficient aussi
à des pays tiers. Il y a un bénéfice mondial suite à un acte national. Cet outil se heurte donc au
problème du passager clandestin avec des coûts locaux et des bénéfices globaux. Il faudrait assortir
ce système à un contrôle international.
- le contournement d’un accord : la taxe peut devenir caduque : lorsqu’un pays met en place une
taxe et en même temps réduit les autres taxes. Il faut un taux de conversion pour valoriser les
politiques propres.

Option 2 : droits d’émissions négociables : on se fixe un objectif d’émissions global et on fixe un
volume correspondant de permis attribué (gratuitement ou aux enchères). Les acteurs qui polluent
plus que ce qui leur a été accordé doivent acheter la différence sur le marché. Les plus vertueux
peuvent revendre les quotas non utilisés. Le coût de la pollution est le prix des permis. Pour que ce
système fonctionne, il faut que les droits soient négociables/échangeables. Donc il y aurait un prix
unique dans le monde. Les ménages seraient affectés à travers le prix des biens et services. Un tel
système peut fonctionner même quand on ne donne pas les mêmes quotas à tous les pays. Les
acteurs économiques ne choisissent des équipements non polluants que s’ils anticipent un prix du
carbone plus élevé à l’avenir. Les pays ne font d’effort que s’ils y voient un intérêt économique. Il
faut que les entreprises soient contraintes d’échanger les droits négociables.

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2.5 Les inégalités et la tarification du carbone

Elles apparaissent tant au niveau national qu’au niveau international.

Au niveau national : une taxation du carbone coûte aux plus démunis : les ménages sont atteints
dans leur pouvoir d’achat. Or pour qu’une tarification soit juste, elle ne doit pas être forfaitaire mais
en fonction du revenu. Mais il est très difficile de définir une tarification adaptée à chacun. Mais on
ne peut pas rejeter la tarification sous prétexte qu’elle affecte les plus démunis. Par exemple, les
études montrent que les plus démunis fument davantage que les plus riches. Les affecter dans leur
pouvoir d’achat des cigarettes n’est pas un problème.

Au niveau international, les pays pauvres et émergents font remarquer que les pays riches ont
financé leur industrialisation en polluant la planète. Ils souhaiteraient accéder à un niveau de vie
comparable. Mais les études montrent qu’à l’avenir, les pays pauvres vont représenter une part très
importante des émissions. Le problème est qu’un prix élevé du carbone dans les pays développés
n’aurait qu’un effet limité du fait de la délocalisation de la production vers des pays à bas prix du
carbone. Dans 20 ans, la Chine aura émis autant de dioxyde de carbone que les États-Unis depuis la
Révolution Industrielle. Les pays émergents doivent aussi mettre en place une tarification du carbone
et bénéficier d’un fonds de soutien vert.

On peut se demander si on devrait taxer les produis venant de pays très polluants ?
- risque de représailles
- c’est le consommateur qui va pâtir d’une hausse des prix
- le pays pollueur augmente le prix de ses biens pour faire face à la taxation

 Chapitre 2 : Ressources naturelles renouvelables en propriété commune : les zones de pêche
et les espèces recherchées pour leur valeur commerciale

Historiquement, les économistes ont pris comme exemple les ressources halieutiques (liées à la mer).
Les économistes GORDON et SCHAEFER montrent que l’exploitation des zones de pêche en accès
libre va conduire à un profit nul à l’équilibre alors que la ressource aurait pu générer un profit positif
si l’effort de pêche était plus faible. SCOTT va introduire la dimension intertemporelle de la
ressource. Enfin CLARK va mettre en parallèle l’exploitation d’une ressource renouvelable avec la
théorie du capital. Il montre que les choix d’exploitation d’une ressource renouvelable sont de même
nature que la décision d’investissement. La ressource renouvelable a son propre rendement : le taux
de reproduction de l’espèce comparable au rendement d’un investissement. Le problème est que le
libre accès conduit à négliger la productivité de la ressource et finalement à une exploitation
excessive à court terme et à une perte des profits futurs.

Les espèces biologiques appartiennent à une catégorie de ressources renouvelables parfois appelées
ressources interactives. La quantité de ressources restante est calculée en fonction des paramètres
biologiques mais aussi en fonction des mesures prises par la société. Les actions des hommes ont un
rôle sur le flux de ces ressources dans le temps.

2.1 Pêche efficiente

Dans son modèle, SCHAEFER émet l’hypothèse selon laquelle il y aurait une relation particulière
entre le niveau de la population des poissons et la croissance de cette population. Cette relation est
une moyenne

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2.1.1 Dimension biologique

Dans son modèle, le volume de la population est représenté sur l’axe horizontal et sa croissance sur
l’axe vertical. Il existe un équilibre naturel qui correspond au niveau de population des poissons
qu’on obtient en l’absence d’influence extérieure. La mortalité provoquant la réduction du volume
est compensée par des migrations d’autres poissons dans la zone ou par des naissances. C’est un
équilibre naturel, stable et durable. Mais s’il y a trop de poissons, certains autres risquent de mourir.
Et le taux de mortalité va augmenter jusqu’à ce que l’équilibre naturel réapparaisse.
Dans son modèle, SCHAEFER montre que si le volume dépasse un certain niveau, la croissance de la
ressource sera plus faible du fait qu’il y a trop de poissons.
Il existe un seuil minimal de la population pour la survie de l’espèce. Si bien que si le niveau de la
population est en dessous de ce seuil, la croissance de la population sera négative. La mortalité et la
migration en dehors de cette zone seront supérieures aux naissances et aux migrations vers la zone.
Le niveau de pêche est sensé offrir un rendement soutenable tant qu’il est égal au taux de croissance
de la population (tant qu’elle est constante).

S* : niveau de population qui offre un rendement soutenable. C’est la quantité maximale de poissons
pouvant être pêchés de manière continue. Le rendement soutenable désigne la croissance de la
biomasse.

2.1.2Comment déterminer le rendement soutenable S*

On peut le définir comme étant le niveau de pêche qui, lorsqu’il est maintenu permet d’obtenir le
bénéfice net annuel le plus important.
3 hypothèses :
- le prix du poisson est constant et ne dépend pas de la quantité vendue
- le coût marginal de chaque unité d’effort est constant
- la quantité de poisson pêché est proportionnelle au niveau de la population de poissons

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E* est l’effort maximal (valeur débarquée)


de 0 à A, il y a une sous exploitation
de A à B il y a une surexploitation
C : régime en libre accès

a) effort de pêche et état des stocks : un suivi du stock de poisson est réalisé par les nations unies.
- la capture
- l’effort de pêche : l’ensemble des moyens mis en œuvre par les pêcheurs pour la capture qu’une
quantité donnée durant une période déterminée. On l’exprime en temps de pêche.
Les ressources de poissons surexploitées.

b) déterminer la surexploitation
- Le nombre de pêcheurs : on mesure l’effort de pêche. L’emploi dans ce secteur n’a cessé
d’augmenter dans de nombreux pays au cours des 30 dernières années. Les pêcheurs asiatiques
représentent 85% des pêcheurs totaux, les africains 7,5%. Le nombre de pêcheurs augmente en
moyenne de 2,2% chaque année. Mais ce nombre a chuté dans des pays développés comme la
France, au Japon, en Norvège.

- Les moyens et le temps passé en mer : on estime la flotte mondiale de pêche à 4,1 millions de
navires. Il y a une baisse du nombre de bateaux mais ils sont de plus en plus performants.

c) les revenus et les coûts : les pêcheurs sont preneurs de prix.Les coûts sont proportionnels à l’effort
de pêche. Il existe un régime d’exploitation qui maximise la valeur des débarquements.

2.2 Les mécanismes à l’origine de la surexploitation des pêches et l’importance du régime de


propriété

La surexploitation peut prendre deux formes non-exclusives :


- la surexploitation de recrutement qui correspond à un prélèvement excessif par rapport à l’état du
stock.
- la surexploitation de croissance qui concerne la capture des poissons immatures.
Le modèle de GORDON porte sur une ressource commune exploitable par n’importe qui. Le risque
est l’entrée de nouveaux pêcheurs tant que les bénéfices sont supérieurs aux coûts et que la pêche
n’est pas interdite.

2.3 L’influence du taux d’intérêt sur la taille de la population

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Si le taux d’intérêt augmente, cela se traduit par un renchérissement du coût pour les pêcheurs qui
voudraient investir. La surexploitation de la ressource baisse car la pêche est trop chère.
Inversement, avec des taux d’intérêt bas, la ressource est surexploitée.

2.4 Les politiques publiques concernant les zones de pêche

2.4.1 Aquaculture

L’aquaculture consiste à privatiser certaines zones de pêche pour qu’elles ne soient plus des biens
communs. Elle a été présentée comme une solution valable pour résoudre la surexploitation. C’est
une approche qui fonction lorsque les espèces concernées ne sont pas très mobiles (homards,
coquilles st jacques…) ou reviennent sur leur lieu de naissance pour se reproduire. Mais les avantages
de cette technique ne se limitent pas là. Cette approche incite les propriétaires des zones à investir
davantage dans la ressource et à mettre en place des mesures destinées à accroitre la productivité.
Le Japon est un leader dans l’aquaculture, car je Japon a accordé des droits de propriété privés pour
les eaux auparavant dans la catégorie de biens communs.
Cette approche privilégie l’élevage en milieu naturel (pacage) plutôt qu’en milieu artificiel. Selon le
rapport de l’OCDE de 2010, l’aquaculture a fait augmenter de 5% par an la production de poissons en
10 ans. En 2010, la part de l’aquaculture dans la production totale était de 38%. A l’horizon 2020,
cette part devrait être de 45%. La Chine produit 61% des poissons vendus dans le monde, c’est le 1 er
producteur mondial.

Cependant, l’élevage de poisson peut poser des problèmes environnementaux :


- Les poissons qui s’échappent des enclos représentent une menace pour les espèces indigènes.
- La pollution qui s’échappe des fermes d’élevage est à l’origine d’une externalité négative
importante.
- Les fermes d’élevage dégradent le paysage.
- La surpopulation des élevages favorise le développement et la prolifération de plusieurs maladies
(poux de mer).
- Les antibiotiques administrés aux poissons pour les maintenir en bonne santé sont considérés
dangereux pour l’homme.
- Il y a contamination des ressources en eau utilisées pour les bassins d’élevage. Les eaux usées
rejetées sont très polluées.

Plusieurs solutions sont possibles :


- L’aquaculture en haute mer
- La fermeture des fermes d’élevage, le contrôle de la qualité de l’eau

2.4.2 Augmenter le coût réel de la pêche

-Règlementation : Interdiction de la pose de barrages et de pièges sur les rivières. Mais ces
mesures se sont révélées insuffisantes car les techniques de pêche mobile
(filets…) constituent un moyen de surexploiter les poissons.
- Fermeture de certaines zones de pêche.
Ces mesures accroissent le coût réel de pêche. Elles ne sont pas efficaces car
les pêcheurs investissent en capital et en main d’œuvre pour pouvoir pêcher
les mêmes quantités de poissons. Or ces ressources dépensées ainsi sont
gaspillées.
- Limiter la période de pêche : ce type de mesure s’est traduit par une
surcapitalisation importante (investissement dans des bateaux beaucoup plus

11
Economie des risques environnementaux

grands). Cette mesure à l’effet inverse de l’objectif. Les pêcheurs exploitent le


plus possible cette période en recourant à des énormes bateaux.
- Les coûts représentent une facette importante du problème : lorsqu’on les
ignore, les revenus des pêcheurs en pâtissent. Or, lorsque les revenus de la
pêche sont touchés, les contrôles deviennent plus durs à mettre en place et
la tentation de ne pas respecter la règlementation devient plus grande.
- Les changements de technologie posent un problème de plus à la règlementation. Des innovations
techniques peuvent réduire le coût de la pêche et avoir des effets non désirés.
- Les taxes : il y a le coût de transfert et le coût des ressources. Dans le cas de la règlementation,
l’ensemble des coûts correspond au coût réel des ressources (liés à son exploitation). A l’inverse, les
coûts de transfert désignent le transfert des ressources d’une partie de la société vers une autre
partie de la société. Les coûts de transfert impactent négativement les contribuables mais
positivement ceux qui en bénéficient. Les ressources ne sont pas impactées mais juste transférées.
- Les quotas individuels transférables (QIT) : cette politique consiste à mettre
en œuvre des quotas biens définis sur la quantité ou sur le volume de
poissons que les pêcheurs peuvent prélever. Il existe différent types de
quotas. Un système de quota efficient se distingue par 3 caractéristiques :
- les quotas permettent à ceux qui en bénéficient des pêcher une quantité
prédéfinie en proportion du volume total de pêche.
- la quantité qui peut être pêchée doit être égale à la quantité efficiente des
prises sur la zone.
- ces quotas peuvent être transférés librement entre les pêcheurs et le prix
doit refléter la valeur de la zone de pêche.Un quota sur le nombre de navires
limite le nombre de navires mais pas la quantité de poissons pêchés par
chacun. Pour atteindre l’optimum, c’est la quantité de poisson qu’il faut
plafonner. Le quota favorise aussi le progrès technologique.

La rente dépend de la manière dont les quotas ont été attribués au départ. Il
existe plusieurs possibilités dans l’attribution des quotas : le gouvernement
peut vendre ces quotas aux enchères ; l’état peut donner des quotas
proportionnellement à la quantité historique de prise des pêcheurs ; l’état
peut les attribuer gratuitement ; premier arrivé, premier servi.

Exemple sur les quotas  : le gouvernement néo-zélandais a décidé de mettre


en place un système de quotas en 1986 pour limiter la pêche au chalut en
haute mer. Le programme en question protégeait 17 espèces côtières et en
2004, il a été étendu à 70 espèces, dont la langouste. Ce système a fait que la
zone géographique de pêche a été divisée grâce à des quotas individuels
transférables. Ces quotas ont été d’abord attribués aux pêcheurs déjà en
activité en fonction de la moyenne de leurs prises sur la période 1982-1984.
De plus, les droits de pêche ont été établis sur la quantité et les quotas ont
été accordés pour une période de 10 ans. Mais les problèmes sont apparus
très rapidement  : le gouvernement s’est rendu compte très vite que le
nombre d’espèces pêchées étaient trop important. Il a fallu trouver des
moyens pour pousser les pêcheurs à cesser leur activité ou à quitter le
secteur. Le gouvernement a donc décidé de racheter les quotas à ceux qui le
souhaitaient.
Mais fin 1987, un nouveau problème est apparu  : une nouvelle

12
Economie des risques environnementaux

surexploitation de certaines espèces. Cela a été très coûteux pour le


gouvernement qui a du dépenser 45 millions de $ pour racheter 15000 tonnes
de quotas attribués. Le gouvernement a donc décidé de donner des quotas en
tenant compte du pourcentage par espèce des prises autorisées.
Malgré cela, d’autres problèmes sont apparus  :
- les prises accessoires  : la plupart du temps, l’effort de pêche n’est pas très
bien ciblé  : des espèces autres que celles recherchées peuvent se retrouver
dans les filets (prises accessoires). Elles sont rejetées en mer. En conséquence,
il y a un double gaspillage  : diminution du stock de poisson, et, généralement,
le poisson rejeté en mer survit rarement.
- le problème du rejet sélectif  : lorsque les quotas spécifient le poids global
autorisé pour certaines espèces. Mais la valeur des prises peut dépendre de la
taille du poisson. Donc un pêcheur qui veut maximiser la valeur de son quota
va rejeter les poissons les plus petits.

Même si le système des quotas est loin d’être parfait, c’est un moyen de bien
gérer la zone de pêche.

Autre exemple  : Robert REPETTO (2001) a comparé la pêche américaine et


canadienne des coquilles st jacques. Les quotas des USA sont attribués en
fonction de la taille des coquilles, ceux du Canada en fonction de la quantité.
Les stocks aux États-Unis ont diminué mais sont restés stables au Canada. Sur
le plan économique, le revenu des pêcheurs canadiens a augmenté
significativement, mais a baissé aux États-Unis.

2.5 Les subventions et rachats

Le rachat des bateaux et le versement des subventions pour le déclassement des navires sont deux
outils de gestion possibles pour réduire la capacité de pêche.Les subventions peuvent être utiles car
elles permettent de réduire la surcapacité (surexploitation). Mais ces mesures ne sont pas aussi
efficaces que les autres mesures. Deux économistes ont montré que les pêcheurs peuvent anticiper
le rachat de leurs bateaux, et ainsi acheter plus de bateaux.

2.6 Aires marines protégées (AMP)

Il s’agit de zones océaniques spécifiques dans lesquelles les activités humaines sont strictement
encadrées. Lorsqu’une zone bénéficie d’une protection totale, on la qualifie d’aire marine. La pêche
est interdite et le niveau de protection est le plus élevé dans une aire marine. En France, les AMP ont
été crées en 2006 et sont considérées comme un outil très important. Ce sont des outils au service
d’une gestion durable du milieu marin et des espaces littoraux. Ces AMP peuvent remplir plusieurs
fonctions en lien avec l’entretien et la reconstitution des environnements :
- le fait que la pêche soit interdite dans ces zones-là facilite la protection des espèces qui y vivent.
- cela permet de limiter la dégradation de l’habitat.
- contrairement aux quotas, elles défendent l’équilibre des écosystèmes en les protégeant contre la
disparition des espèces.
Cela permet de protéger les stocks, l’habitat et l’écosystème. A court terme cela réduit la pêche pour
pouvoir l’augmenter à long terme.

13
Economie des risques environnementaux

Mais le délai requis impose certains coûts comme le remboursement si on a acheté son bateau à
crédit. Même si la banque accorde un délai supplémentaire au pêcheur, le total des versements va
augmenter.

2.7 La limite des 200 milles

Il y a des traités internationaux comme la restriction de la chasse à la baleine. Les pays côtiers ont
déclaré que leur droit de propriété s’établissait jusqu’à 200 milles marins.

2.8 Économie et principes des réglementations

Ces politiques sont conçues pour être totalement efficientes à condition que chacun les respecte de
son plein gré. Mais à cause des passagers clandestins elles peuvent ne pas être efficientes. Ces
politiques sont très difficiles à mettre en application car la plupart du temps le littoral est étendu si
bien qu’il est facile pour les pêcheurs d’éviter de se faire repérer. Cela implique deux choses :
- il faut tenir compte de la manière dont les politiques vont être appliquées
- ce qui peut sembler efficient peut se révéler inefficient dans les faits si on néglige la manière
d’application de la politique
L’élaboration de ces politique doit se faire en essayant de minimiser les coûts. En effet, les lois pour
lesquelles la mise en conformité coûte cher risquent de ne pas être respectées. La règlementation
doit prévoir les sanctions à appliquer.
Mais l’avantage de l’approche réglementaire de la pêche est lorsqu’elle est centrée sur la propriété
privée sur l’aquaculture. Ici, les pêcheurs n’ont aucun intérêt à s’écarter du cadre. Par contre, lorsque
les ressources constituent un bien commun, le non respect des lois peut accroître le profit des
pêcheurs.

2.9Prévenir le braconnage

 Braconnage : capture illégale des espèces.


La Commission Baleinière Internationale (CBI) a interdit la pêche commerciale de la baleine en 1986.
Mais malgré cette interdiction, la pêche à la baleine a continué notamment au Japon. On peut
augmenter le coût lié à ce type d’action (amendes…) pour baisser le braconnage. Comme pour la
pêche, la valeur commerciale de la plupart des espèces est difficile à préserver lorsque ces espèces
sont partagées par plusieurs populations locales. Le gros problème est le libre accès aux ressources. Il
faudrait plusieurs stratégies pour éviter la surexploitation du libre accès aux ressources.

L’accès illimité aux espèces commerciales se solde en générale par une surexploitation. Libre accès =
surexploitation. Cette surexploitation entraîne une surcapitalisation (investissement dans de gros
bateaux performant), la baisse du revenu des pêcheurs et enfin le déclin voire l’extinction de
certaines espèces. Lorsque les coûts de la capture sont élevés, les risques d’extinction sont plus
faibles même en cas d’accès illimité.

Les problèmes liés à la pêche sont régis par des accords internationaux (comme les quotas). L’intérêt
des quotas est que les pêcheurs comprennent la valeur des espèces.

 Chapitre 3 : La gouvernance des risques environnementaux industriels : prévention et


difficultés de perception du risque industriel

3.1 La caractérisation du risque industriel

Les risques industriels sont souvent associés à un accident. L’accident est surtout provoqué par une
défaillance technique dont les causes peuvent être multiples. Généralement les causes sont banales

14
Economie des risques environnementaux

mais à cause de la complexité des systèmes, les risques peuvent être démultipliés et les
conséquences démesurées. Un accident est imprévisible. Pour caractériser le risque, on peut
identifier 4 niveaux de connaissance. On peut classer le risque en fonction de 2 éléments qui sont la
probabilité d’occurrence de l’accident et les pertes occasionnées. On peut donc combiner l’ambigüité
et l’incertitude.
Pertes Connues Incertaines
Bien définies P, L P, UL
Probabilité
Ambigüité Ap, L Ap, UL
er
1 cas : p, L : Les pertes sont connues et les probabilités sont bien définies
2ème cas : Ap, L : Les pertes sont connues mais les probabilités sont ambigües
3ème cas : p, UL : Les probabilités sont connues mais les pertes sont incertaines
4ème cas : Ap, UL : Les probabilités sont mal définies et les pertes inconnues
Dans le 1e cas, le risque est parfaitement identifié, donc l’entrepreneur peut déterminer les mesures
de prévention adéquates et le législateur peut définir des réglementations efficaces.

Dans les 2ème et 3ème cas, le risque est imaginable mais il n’existe aucun support scientifique
permettant de le confirmer ou de le pondérer de manière précise. Se pose alors la question du
principe de précaution.Principe de précaution : idée selon laquelle l’absence de certitude compte
tenu des connaissances et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures
effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves.

Comment définir les seuils de produits chimiques acceptables ? (ex  : émissions de diesel non nuisibles
à l’homme) : augmenter la durée de test d’un nouveau produit, tester l’impact d’une nouvelle
technologie sur les écosystèmes.

Dans le 4ème cas, le risque est si peu imaginable que c’est l’incertitude radicale. C’est ce dernier cas
qui incite surtout au principe de précaution.

3.2 Régimes de responsabilité et principes de précaution

Dès lors que le risque est potentiel, il faut répartir entre les agents la responsabilité financière des
dommages potentiels. Le partage et le contrôle du risque industriel vont ensemble. Pour cela, il faut
des outils :
- la responsabilité civile de l’entreprise et de ses partenaires : la règlementation impose aux
individus ou aux entreprises de restaurer ou de compenser les dommages causés par leur négligence.
La responsabilité civile a deux objectifs : pouvoir contrôler le niveau du risque auquel les individus
sont exposés et assurer une indemnisation juste aux victimes. Il existe plusieurs régimes de
responsabilité civile : la responsabilité pour faute, la responsabilité sans faute, et la responsabilité
civile limitée.
- Responsabilité civile du fait des produits défectueux : il y a une jurisprudence française et
européenne qui concerne les produits défectueux pour protéger les consommateurs et indemniser
les victimes. Cette loi a 2 objectifs : établir un système de responsabilité objective sans faute à la
charge du fabricant d’un produit défectueux et pour laquelle la victime n’a pas à faire la preuve d’une
faute. Le problème est de supprimer la distinction entre la responsabilité contractuelle et la
responsabilité délictuelle. L’industriel peut s’exonérer en prouvant que l’état des connaissances
scientifiques et techniques ne permettait pas de déceler l’existence d’un défaut.
- Responsabilité civile des entreprises en matière d’accidents du travail et maladies
professionnelles : le cadre juridique est ancien (1898) et prévoit une réparation non intégrale,
forfaitaire et automatique dès lors qu’un accident du travail ou une maladie professionnelle est
reconnue. Il faut que la victime invoque l’existence d’une faute de la part de l’employeur pour

15
Economie des risques environnementaux

pouvoir être indemnisée. Le procès de l’amiante a conduit à remettre en cause ce système et a rendu
la responsabilité rétroactive.
- Responsabilité environnementale : il faut éviter d’affecter les ressources naturelles. Au
niveau européen, la responsabilité environnementale propose un système qui vise à mettre en
œuvre le principe pollueur-payeur. Lorsque le dommage survient, c’est à la partie qui exerce le
contrôle de l’activité (le pollueur) d’assumer le coût de la responsabilité. Le mécanisme européen
s’applique non seulement en cas d’atteinte aux personnes et aux biens, mais également lorsqu’il y a
des dommages touchant le milieu naturel. En France, la loi Barnier repose sur le principe pollueur-
payeur. Cependant, le fait de recourir à un régime de responsabilité sans faute de l’entreprise, c’est
l’incitation la plus efficace aujourd’hui.

En France comme en Europe, le contexte juridique de la responsabilité civile reste assez flou si bien
que très souvent, c’est la jurisprudence qui prend le pas sur la règlementation. Il existe beaucoup de
difficulté d’application de ces régimes de responsabilité notamment en ce qui concerne les risques
issus d’activités pour lesquelles la connaissance scientifique est imparfaite (comme les
nanotechnologies).

3.3 Incertitudes et comportement des agents

Comportements des individus par rapport aux risques

Selon la théorie de Von NeumanMorgerstern, les agents connaissent l’ensemble des choix possibles
et choisissent la meilleure décision possible en fonction de leurs préférences dans un univers risqué.
Mais comme le montrent les paradoxes d’Allais et celui d’Elsberg qui montrent que l’analyse de Von
NeumanMorgerstern était insuffisante notamment pour analyser la perception du risque compte
tenu de la complexité du réel. Depuis leurs études, l’économie comportementale montre que les
individus peuvent avoir des comportements irrationnels, ou une rationalité limitée (pas toutes les
informations nécessaires pour traiter toutes les situations) dans le sens d’Herbert Simon.

1. Les variables psychologiques : les individus ne sont pas rationnels

La théorie économique est peuplée d’une espèce particulière : l’homo oeconomicus. Ils sont toujours
rationnels. Les dirigeants d’entreprise maximisent les coûts, les consommateurs leur satisfaction.

En vérité, les individus sont beaucoup plus complexes (homo sapiens) : ils peuvent être négligents,
impulsifs, confus, émotifs, manquer de vigilance…

Simon est l’un des premiers à avoir travaillé sur la rationalité limitée et sur la frontière entre
l’économie et la psychologie. Il a démontré que les individus doivent être perçus comme des
adéquateurs et non des maximisateurs. Plutôt que de choisir la meilleure action possible, ils
prennent des décisions juste convenables. Les humains sont presque rationnels. La prise de décision
individuelle est souvent limitée par l’incapacité des agents à mobiliser toute l’information nécessaire
pour faire des choix éclairés. Ceci est notamment vrai pour les décisions d’épargne, de crédit, de
risques… la complexité du monde dans lequel on vit fait qu’on prend des décisions à peine
raisonnables. Cela favorise l’apparition de biais cognitifs (liés à la connaissance) qui peuvent nous
éloigner de la solution optimale.
Ils prennent plusieurs formes :
- Biais de disponibilité : la tendance à surestimer les faibles probabilités (théorie des perspectives).
- Biais de vraisemblance : les individus sont trop confiants entre eux. Face à des situations risquées,
les individus estiment la vraisemblance d’un événement à partir de l’occurrence d’un événement
passé.

16
Economie des risques environnementaux

- Biais de représentativité : les individus donnent un poids trop important à un petit nombre
d’informations frappantes.
- Les individus sont réticents à changer d’opinion. Les individus ont tendance à interpréter les faits
dans le sens de l’opinion qu’ils ont déjà.
- Les individus ont une tendance naturelle à chercher des exemples qui confirment leur point de vue
(empirisme naïf).
- Les individus sont attentifs à l’équité : jeu de l’ultimatum
- Les individus sont incohérents dans le temps : procrastination
- Le Gambler’sfallacy : les individus perçoivent le risque de perte comme étant d’autant plus probable
qu’il ne s’est pas encore produit dans le passé. Ils sont incités à plus de prudence. Inversement,
quand il y a un événement catastrophique récent, cela diminue la probabilité se produise à nouveau.

2. Les variables sociologiques traditionnelles

Il existe une différenciation dans l’appréhension du risque suivant le sexe et l’appartenance sociale.
Susan Cutter a prouvé qu’on retrouve une plus grande sensibilité au risque chez les noirs et chez les
femmes. Slovic estime aussi que :
- le genre et la race influencent la façon de percevoir les risques. Les femmes surestiment les risques
plus que les hommes.
- les femmes sont beaucoup plus vulnérables à la violence
- il y a une moindre familiarité des femmes avec les objets scientifiques et technologiques
- la religion et l’appartenance ethnique
- le positionnement social
Marie Douglas est une spécialiste de la théorie culturelle du risque. Sa théorie permet notamment
d’expliquer pourquoi on surestime ou sous-estime les risques en fonction de la culture. Pour elle, le
risque est culturel parce que la perception que nous en avons dépend de notre appartenance
culturelle. Elle identifie deux biais culturels :
- la connaissance
- la capacité à se projeter dans le futur
Le risque varie aussi selon qu’il est subi ou selon qu’il est pris, en particulier pour certaines classes
sociales. La tolérance des risques (aversion au risque) dépend du fait que l’on soit une victime
potentielle consentante ou involontaire.

3. Les facteurs territoriaux de différenciation du risque

Susan Cutter a montré que la distance a un rapport direct avec les risques objectifs auxquels sont
exposées les populations après un sinistre. Les individus utilisent beaucoup de mécanismes pour
éloigner le risque. Les riverains vivant proche d’une usine potentiellement dangereuse peuvent
s’efforcer de rendre vivable et appropriable leur lieu d’habitation, certains n’hésitant pas à minimiser
leur risque par rapport au lieu d’habitation de leurs voisins plus proches de l’usine.

4. Les variables sociologiques traditionnelles

Pourquoi les populations dans les pays nordiques sont beaucoup plus sensibles aux problèmes
environnementaux que dans les pays latins ? C’est la notion de capital social qui est parfois
annoncée comme explication. Cette notion renvoie à la capacité de travailler ensemble mais aussi à
la disposition des individus à subordonner leurs intérêts à ceux des groupes plus larges, à être
beaucoup plus ouverts aux autres.

17
Economie des risques environnementaux

3.4 La territorialisation de la prévention des risques industriels en France

L’approche des risques industriels en France est une approche réglementaire du type command and
control. Cette approche consiste :
- A définir des dispositions réglementaires qui visent à contraindre le comportement des pollueurs
dans un sens favorable à l’environnement
- A mettre en place un régime de contrôle pour surveiller le respect de ces réglementations

Depuis 2003, le système français s’est doté de deux nouveaux dispositifs qui sont :
- Les Comités Locaux d’Information et de Concertation (CLIC)
- Les Plans de Prévention des Risques Technologiques (PPRT)
En créant ces deux dispositifs, il y a deux idées maîtresses : la démocratisation et la
responsabilisation.
 La démocratisation c’est le fait d’impliquer au niveau local les acteurs impliqués dans le risque
industriel (riverains, communes, entreprises, associations) avec l’idée d’une participation plus active
au niveau local de ces acteurs.
 La responsabilisation c’est la volonté de faire du risque une préoccupation collective.

Nous verrons que ces outils ne sont pas suffisamment efficaces en matière de prévention des risques
environnementaux pour 3 raisons :
- leur inefficacité provient d’abord des difficultés d’appréhension et de représentation des risques
industriels pour les riverains (voir les biais plus haut).
- le faible niveau de capital social pour les problèmes environnementaux
- les stratégies des entreprises concernées par ces plans de prévention permettent de contourner le
dispositif

3.5 La réglementation en vigueur concernant les risques industriels

1. Au niveau européen

En Europe, il y a 3 principaux textes :


- les directives SEVESO
- le règlement REACH
- le règlement CLP

SEVESO : catastrophe en Italie à Seveso qui a fait que l’Europe a voulu se prémunir des risques
technologiques. Cela a donné à plusieurs directives (SEVESO 1, 2 et 3) qui encadrent les installations
à risque (études de danger, élaboration de plans d’intervention). En 2015 en France, il y avait 656
établissements SEVESO seuil haut et 515 de niveau seuil bas. Ils sont cassés suivant leur risque.

REACH (Registration Evaluation Authorization Restriction of Chemicals) : concerne essentiellement


les substances chimiques. Ce règlement vise à protéger la santé humaine et l’environnement contre
les risqué lies aux substances chimiques avec l’idée de protéger la compétitivité des entreprises. La
prise en charge est du ressort des entreprises, elles doivent prendre toutes les dispositions qui
s’imposent. Pour cela, les entreprises doivent réaliser des études sur les risques pour la santé
humaine et l’environnement avant la mise sur le marché.

Le règlement CLP (Classification Labelling Packaging) : communication aux travailleur et aux


consommateurs de l’UE concernant la dangerosité des substances chimiques.

2. Au niveau national

18
Economie des risques environnementaux

On transpose les dispositifs européens au niveau national.

- Etablissements classés SEVESO


- les ICPE (Installations Classées pour la Protection de l’Environnement)
- le code de l’environnement
- la loi Bachelot

Ce classement dépend du seuil indiqué dans la nomenclature des ICPE. Il y a plusieurs régimes de
classement :

- D : déclaration : le risque est acceptable moyennant des prescriptions standard


- E : enregistrement : au-delà d’un certain seuil d’activité, il faut se faire enregistrer auprès du préfet
- A : autorisation : demande d’autorisation au préfet
- AS : autorisation avec servitude : cela concerne les installations qui présentent des risques
technologiques, interdiction d’habiter à proximité

En France, il existe la TGAP (taxe générale sur les activités polluantes) qui concerne entre autre les
ICPE, en particulier des établissements qui présentent des risques pour l’environnement.

La loi Bachelot a été mise en place suite à l’accident d’AZF. Le constat a été fait qu’il y avait des
disfonctionnements majeurs en termes de proximité avec des zones urbaines de certaines
installations. Elle vise à mieux gérer l’urbanisation autour des sites à risque. Cette loi est à l’origine
des PPRT (plans de prévention des risques technologiques).

PPRT : pour réduire les risques à la source et mener des études de danger. Il y a des phases
d’instruction techniques et de concertation entre la population, les associations, l’état, les
exploitants... Lorsqu’un PPRT est adopté, plusieurs mesures sont mises en place : foncières, de
réduction du risque à la source, travaux de renforcement à faire sur les constructions voisines,
restrictions sur l’urbanisme futur.

3.6 Le risque lié à un accident de transport de matières dangereuses

Certaines substances peuvent être considérées comme dangereuses pour le transport. Il y a 4 types
d’effets :
- effets thermiques (brûlures)
- effets mécaniques (lésions aux tympans, aux poumons…)
- effets toxiques (atteinte du système nerveux…)
- effets dus aux substances radioactives

Législation :

- le règlement ADR (accord européen relatif au transport international de marchandises par route)


- le règlement RID (règlement relatif au transport international ferroviaire des marchandises
dangereuses)
- l’accord européen ADN (concerne les marchandises par voies de navigation intérieure)

3.7 Le risque nucléaire

Ces accidents se traduisent généralement par le rejet d’éléments radioactifs à l’extérieur. Cela peut
aussi se produire lors d’un accident de transport de déchets nucléaires.

1. Au niveau européen

19
Economie des risques environnementaux

- le principal dispositif au niveau européen est le traité Euratom, sur l’énergie atomique. L’objectif de
ce traité est de mettre en commun des connaissances des pays européen sur l’énergie nucléaire.

- la directive sur la gestion des déchets radioactifs : les états membres de l’Europe doivent s’occuper
de la bonne gestion des déchets radioactifs.

- la directive radioprotection : elle fixe des normes relatives à la protection sanitaire contre les
dangers liés à l’exposition aux rayonnements ionisants.

2. Au niveau national

- loi TSN (transparence et sécurité en matière nucléaire) : elle donne à l’autorité de sûreté nucléaire
(ASN) un poids administratif important. Elle met en œuvre des principes environnementaux comme
le principe de précaution. Elle contribue aussi à l’information du public sur les activités nucléaires.

 Chapitre 4 : Economie des risques naturels d’inondations et côtiers

4.1 Caractérisation, manifestations et nature des impacts des inondations

 Inondation : phénomène naturel qui se matérialise par la submersion temporaire de surfaces non
habituellement submergées.

Il y a deux principaux phénomènes naturels à l’origine des inondations :


- invasion marine à l’intérieur des plaines maritimes
- précipitations continues ou torrentielles liées à des événements climatiques exceptionnels

Selon PARKER, il y a 4 types d’inondations :


- les invasions marines (tidal flooding)
- les inondations fluviales (fluvial flooding)
- les inondations liées aux pluies orageuses (thunderstormflooding)
- les inondations suite à la saturation des réseaux d’assainissement et d’évacuation des eaux
(sewerflooding)

Cependant, au niveau institutionnel, on peut en distinguer 6 :


- les inondations par crue
- par ruissellement
- par coulée de boue
- par lave torrentielle
- par remontée de nappe naturelle
- la submersion marine

La principale caractéristique de l’inondation est donc la submersion.

L’intérêt pour les économistes de s’y intéresser est que les inondations impliquent un impact sur le
bien-être social. La gravité du phénomène se mesure par le désordre au niveau humain.

L’activité humaine implique aussi des conséquences directes sur le risque d’inondation. Et cela à
différents niveaux :au niveau des enjeux, des aléas et des ressources disponibles pour réduire l’aléa.
On exprime le risque d’inondation sous la forme d’une probabilité de dommages suite à l’occurrence

20
Economie des risques environnementaux

d’un événement de type inondation. L’inondation a toujours un événement déclencheur (aléa). Mais
le concept de risque ne fournit aucune mesure de l’intensité des dommages probables. On a plutôt
une mesure qualitative : la vulnérabilité.
Cette vulnérabilité dépend de 3 éléments :
- la fréquence de retour de l’aléa (la hauteur, la durée, le débit…)
- l’intensité des enjeux (tissus urbain, rural…)
- les moyens mis en œuvre pour limiter les paramètres de submersion (les systèmes d’annonce, les
mesures de protection…)
L’activité humaine est responsable de beaucoup d’inondations. On peut donc parler d’une
production sociale de la vulnérabilité.

1. Causes et manifestations

A la base, le risque d’inondation est réputé être naturel. Cependant, le facteur anthropique peut être
aggravant du fait notamment des infrastructures exposées. Il y a donc deux causes majeures :
naturelles et humaines.

2. La croissance des enjeux

Les  enjeux sont la valeur des biens exposés à l’aléa. Si bien que l’urbanisation croissante
représente un facteur aggravant de la vulnérabilité de nos sociétés actuelles. Plusieurs éléments
peuvent favoriser l’amplification des enjeux. Parmi ceux-là, on peut notamment citer l’absence de
mémoire. Il existe un outillage réglementaire et technique mais ces outils ne sont efficaces que si les
individus assimilent le risque dans leur comportement.
La mémoire peut baisser pour plusieurs raisons :
- une mobilité croissante des populations
- une mauvaise gestion de l’information
- une mauvaise lecture de l’architecture et de l’urbanisme
- des comportements stratégiques liés aux enjeux financiers, immobiliers…
- une volonté délibérée des pouvoirs publics d’effacer toute trace de calamité passée

Il y a aussi les risques de pression de la part des promoteurs immobiliers.

Il n’y a pas que l’urbanisation qui est à incriminer mais aussi le tourisme de proximité. Cette demande
peut se traduire par la construction de bâtiments à usage temporaire.

D’autre part, les décideurs locaux motivés pour le développement de leur région sont beaucoup plus
souples pour prescrire des normes de construction.

Quand des logements s’installent, ils s’accompagnent d’infrastructures publiques.

L’urbanisation dans ces zones inondables est favorisée par les prix fonciers.

Ils utilisent des matériaux en rapport avec leurs moyens financiers.

Risques agricoles : conversions de zones de pâturage en zones de culture intensive, sans toujours
être adaptées au climat.

En résumé, les activités humaines (urbanisation, nouvelles infrastructures, l’agriculture) contribuent


à aggraver les enjeux.

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Economie des risques environnementaux

3. Aspects juridiques et institutionnels de la gestion des inondations

La gestion des inondations peut prendre deux formes : des mesures structurelles ou non
structurelles.

Les mesures structurelles de lutte contre les inondations : ce sont des mesures qui visent à modifier
les caractéristiques physiques des crues. Ces mesures ont été très utilisées jusqu’au milieu du 20 ème
siècle, avec l’objectif de protéger les habitations des risques naturels.
- barrages et réservoirs
- digues, canalisations
- reforestation
Ces mesures posent la question de la profitabilité économique car ce sont des investissements très
lourds : inconvénients : coûts prohibitifs, impacts sur le milieu naturel. Spirale de l’aménagement : la
protection engendre l’urbanisation et l’urbanisation engendre le risque.

Les mesures non structurelles de lutte contre les inondations : 3 catégories :


- renforcer les constructions et les travaux de prévention, interdiction de construire des caves,
prévoir un étage
- définir le degré de dangerosité des zones
- surveillance des phénomènes, systèmes d’alerte

4. La législation française et européenne

Au niveau européen, il y a la DCE (Directive Cadre sur l’Eau) : elle établit un cadre pour une politique
globale communautaire dans le domaine de l’eau. Les deux objectifs sont :
- prévenir et réduire la pollution de l’eau et promouvoir son utilisation durable
- améliorer l’état des écosystèmes aquatiques et atténuer les effets des inondations
En 2007, l’UE a adopté la DI (Directive Inondation) : elle encadre la gestion des risques d’inondations.
Avec cette directive, l’UE demande aux états membres d’établir une cartographie des endroits à
risque et des plans de gestion des risques d’inondations. Cette réglementation est traduite au niveau
national.

Au niveau national, la prévention des risques s’articule essentiellement à travers :


- le code de l’environnement
- la loi du Grenelle 1 et 2
- l’application de la DCE

Les SDAGE et les SAGE :


SDAGE (Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux) : ils sont des documents de
référence de planification et de gestion des grands bassins. Ils sont complétés par des PDM
(programmes de mesure) qui permettent d’identifier quelles sont les actions à mener pour avoir un
bon état des masses d’eau. Elles sont pilotées par la DDT (direction départementale des territoires).
Objectifs :
- protection et restauration du fonctionnement naturel de tous les milieux aquatiques
- diminuer la pollution
- être capable de résorber les déficits en eau
SAGE (Schéma d’aménagement et de gestion des eaux au niveau local) : il a une valeur
réglementaire, il fait l’objet d’un arrêté préfectoral valable 10 ans et il fixe les objectifs et les règles
de gestion locale de l’eau. Le but est de limiter les crues dans les zones à risque, notamment la
protection des personnes et des biens dans les zones exposées. On essaie aussi de réduire l’aléa

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Economie des risques environnementaux

inondation en maintenant un fonctionnement hydraulique dans les plaines inondables. Améliorer la


préparation, l’alerte et la gestion de crise en renforçant la prévention des crues.

La compétence GELAPI (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) : compétence
qui vise à redéfinir la compétence de chaque collectivité.

La traduction de la DI au niveau national : cette directive européenne a donné naissance à la SNGRI


(Stratégie nationale de gestion des risques d’inondation). 3 objectifs :
- augmenter la sécurité des populations exposées
- stabiliser à court terme et réduire à moyen terme les couts des dommages liés aux inondations
- réduire les délais de retour à la normale des territoires sinistrés

Au niveau zonal, la directive DI va être traduite. Elle prévoit que chaque district hydrographique doit
réaliser une étude de prévention des risques inondation et sélectionne des territoires à risque
inondation et met en place un programme de gestion de risque inondation. L’étude permet
d’identifier les territoires prioritaires sur lesquels l’effort public doit être concentré pour réduire les
conséquences négatives des inondations. Pour cela, l’étude fait un état des lieux de l’exposition des
enjeux aux inondations, c’est-à-dire la santé humaine, les activités économiques, le patrimoine
culturel, l’environnement… Elle s’appuie sur les inondations passées et les risques actuels.

Au niveau local, il y a une grande variété de plans et d’outils législatifs. Le plus important est le Plan
de Prévention des Risques Inondation (PPRI). Ce plan permet notamment de maîtriser l’urbanisation
en zone inondable et de limiter l’urbanisation en zone inondable. C’est un document réglementaire
qui se fait en plusieurs étapes :
- le préfet le prescrit
- le plan est soumis à une concertation avec les élus et le public
- une enquête publique est menée
- les avis sont synthétisés dans un document avant d’être approuvés par le préfet.
Ce PPRI est un document opposable et il est annexé au plan local d’urbanisme
Ses objectifs est d’établir une cartographie des zones à risque et de les réglementer : interdiction de
nouvelles implantations humaines, prescrire des mesures pour réduire la vulnérabilité des
installations et des constructions.
Il existe 3 types de zones dans un PPRI :
- les zones rouges : le risque est élevé et les constructions sont impossibles même par dérogation
- les zones bleues : le risque est moyen et les constructions sont possibles sous conditions
- les zones blanches : le risque est inexistant
Le schéma de cohérence territoriale (SCOT) : document stratégique de conception et de mise en
œuvre d’une planification stratégique intercommunale dans le cadre d’un projet d’aménagement et
de développement durable.
Le plan local d’urbanisme (PLU) : document d’urbanisme qui, à l’échelle d’un groupement de
communes, établit un projet global d’urbanisme et d’aménagement.
Le programme local d’habitat (PLH) : c’est un document stratégique de programme qui comprend
l’ensemble de la politique locale de l’habitat pour créer une ville responsable, mixte, agréable et
durable en limitant le risque inondation.
Le plan communal de sauvegarde (PCS) : établit en lien avec le dossier départemental du risque
majeur mis en place par le préfet pour planifier les actions des acteurs communaux publics et privés.
Le DDRM est associé au DICRIM (document d’information communal sur les risques majeurs)

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Economie des risques environnementaux

Les stratégies locales de gestion des risques d’inondation (SLGRI) : c’est la déclinaison au niveau
local de la DI.

Les plans de prévention :


- les plans de submersion rapide (PSR) : national et interministériel
4 axes : maîtrise de l’urbanisation et l’adaptation du bâtit existant, améliorer la connaissance de
l’aléa, la fiabilité des ouvrages et des systèmes de protection, améliorer la résilience des populations.
- les plans fleuve : (5 en France)
- les programmes d’action et de prévention contre les inondations (PAPI) 

 Chapitre 5 : Etude de cas : économie des risques liés aux pollutions accidentelles : le cas des
marées noires

5.1 Le contexte

1. Le risque de marée noire :

Amoco Cadiz, Erika, Prestige, Exxon Valdez…


 Une marée noire est une pollution majeure de l’environnement littoral et marin à la suite de
rejets massifs d’hydrocarbures à partir de navires pétroliers.
Généralement, les volumes déversés sont énormes. Leur étendue est considérable. Les produits
pétroliers forment une nappe plus ou moins grande qui va dériver selon les courants et les vents.
Comme elles se dispersent, elles peuvent causer des perturbations importantes. Leurs conséquences
écologiques et économiques sont nombreuses et complexes et peuvent affecter différents acteurs.
Conséquences :
- dégâts causés aux biens (navires échoués, marchandise)
- dégâts sur les ressources naturelles (halieutiques)
- activités qui dépendent de la qualité du littoral (secteur du tourisme)
- le secteur de la pêche
- activités de nettoyage qui nécessitent des moyens humains et matériels sur de longues périodes.
Ces moyens auraient pu être affectés à d’autres fins
- altération de l’environnement, dégradation du cadre de vie
Les préjudices peuvent être considérables (milliards de $).

Même si les statistiques semblent montrer une diminution de ce type d’accident, les marées noires
sont de moins en moins acceptées socialement. L’émotion et l’intransigeance des populations
littorales augmentent à chaque nouvelle marée, les populations sont de plus en plus sensibles à la
défense de la nature.

Même si la fréquence des marrées noires diminue, quand il y a un accident, les dommages sont
considérables du fait que se développe l’usage du littoral pour des activités industrielles,
commerciales, récréatives, résidentielles…

2. Les marées noires sont le fruit d’une logique économique des acteurs du transport maritime

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Economie des risques environnementaux

D’emblée, la plupart des marées noires sont dues à un ensemble de déficiences techniques et
humaines qui auraient pu être évitées. Une grande partie de la sécurité du transport maritime
s’explique par des modifications qui sont intervenues depuis les années 50 dans ce secteur.

Dans les années 50-60, une grande partie de la flotte pétrolière mondiale était contrôlée par les
principales compagnies pétrolières mondiales dans le cadre d’une logistique intégrée. Leur politique
consistait à détenir suffisamment de navires pour assurer elles-mêmes entre 1/3 et 2/3 de leurs
besoins de transport de pétrole. Elles utilisaient essentiellement l’affrètement à long terme. Dans ce
type d’affrètement, le propriétaire du navire (l’armateur) met à la disposition du propriétaire de la
cargaison (l’affréteur) un navire pour une durée définie. L’armateur ne conserve que la gestion
nautique (entretien), alors que la gestion commerciale est transférée à l’affréteur. Dans ce cas, le prix
du service payé par l’affréteur à l’armateur dépend du nombre de jours durant lesquels le navire est
mis à disposition (location).
En revanche, l’affrètement au voyage représentait une part très faible de la flotte pétrolière. Dans ce
cas, l’armateur met à la disposition de l’affréteur un navire, mais il en conserve la gestion nautique et
la gestion commerciale.Le prix est fixé à la tonne de marchandise. La part de ce type d’affrètement
représentait seulement 5% du transport maritime.

A partir de 1973 (choc pétrolier), le prix du pétrole à fortement augmenté, ce qui s’est répercuté sur
le volume et la valeur des marchandises. Par conséquent, l’activité de transport maritime
d’hydrocarbures est devenue financièrement très risquée pour les affréteurs, et les compagnies
pétrolières ont cherché à minimiser ce risque en se désengageant du transport maritime et en
recourant de moins en moins à l’affrètement à long terme. Elles ont préféré de plus en plus sous-
traiter le transport des marchandises à plein de petites sociétés de transport.
Ce marché qui était auparavant très concentré, est devenu très concurrentiel, notamment avec une
offre atomisée (plein de petites sociétés), et très juteux. Aujourd’hui, l’affrètement au voyage est
devenu la règle.

Cela a eu comme conséquences :


- d’empêcher les compagnies pétrolières d’exiger et de procéder à un véritable suivi de la
maintenance des navires
- de limiter la capacité des propriétaires de navire à engager des investissements pour renouveler
leur flotte. La qualité des navires n’est que très faiblement prise en compte, certains propriétaires de
navires sont amenés à baisser leurs coûts d’exploitation pour réaliser des profits (limitation de
l’entretien des navires, équipage bon marché et moins bien formé) risque d’accident pétrolier
plus important.

3. La prévention des marées noires et le débat autour de la responsabilisation des acteurs maritimes

A partir des années 60, il y a eu des mesures pour éviter les marées noires. Etant donné que le
transport maritime est une activité de dimension internationale, les questions de sécurité maritime
et de protection de l’environnement ont été traitées à l’échelle internationale en adoptant des règles
communes de sécurité :
- élaboration de normes techniques de construction et d’équipement des navires pétroliers
- instauration de contrôles obligatoires pour apprécier la navigabilité des navires et le respect des
normes internationales
- définition de plusieurs dispositifs de séparation du trafic maritime, notamment pour réduire les
risques de collision

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Economie des risques environnementaux

- prise de mesures pour interdire l’utilisation de certaines catégories de navires pétroliers


(notamment les pétroliers simple-coque)

Législation internationale :
UE : interdiction depuis 2003 des pétroliers simple-coque transportant du pétrole lourd dans les
ports européens
Au niveau des pays, des plans d’intervention ont été définis, notamment pour mobiliser et
coordonner des moyens de lutte contre ces pollutions accidentelles.
En France, il y a 2 types de plans : POLMAR (pollution marine) et POLMAR-Mer (intervention en mer
pour prévenir les pollutions marine)
Des dispositifs de contrôle et de surveillance ont été mis en place pour l’intervention en cas de
marée noire.

Il y a eu des régimes de responsabilité et d’indemnisation mis en place.


Au niveau international, la convention de 1969 sur la responsabilité civile des propriétaires des
navires pétroliers (CLC) ; la convention FIPOL (fonds international d’indemnisation des pollutions)
En 2000, l’UE a proposé le paquet Erika 2. Il y a aussi un fonds d’indemnisation en Europe.

5.2 Les instruments de prévention de type « command and control » et leurs limites

Les relations entre acteurs publics et privés de la sécurité maritime dans le régime international :

L’agent le plus important est le propriétaire car il a la responsabilité du bon déroulement de


l’expédition maritime, il doit veiller à la navigabilité du navire et à la qualification de l’équipage.
Le deuxième agent important est le gestionnaire qui est mandaté par le propriétaire pour veiller à
l’exploitation du navire.
Puis il y a le capitaine qui est le maître à bord qui détermine l’allure du navire.
Puis il y a le chargeur : le propriétaire de la cargaison. Le chargeur est généralement une compagnie
pétrolière.
La société de classification donne une note à la qualité des navires. Elle a des relations commerciales
avec le gestionnaire du navire et le propriétaire, ce qui peut être une source de conflit d’intérêt.

1. De nombreuses conventions internationales

2 conventions importantes :
- La CLC de 1969

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Economie des risques environnementaux

- FIPOL de 1971
- COLREG,Convention sur le règlement international, qui régit les abordages
- SOLAS, Convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer

2. Mais dont le contrôle reste limité

L’OMI est une organisation essentiellement technique. Elle n’a pas la compétence de vérifier le
respect des dispositions qui se trouvent dans la réglementation qu’elle produit. Le contrôle est
réalisé par des états publics et privés à la fois. Ces deux types d’acteurs agissent de manière
indépendante les uns des autres, ce qui est à l’origine de déficiences dans la sécurité et le contrôle
maritime.

a) Le contrôle des navires par les états du pavillon


Les états ont l’obligation de s’assurer que les navires battant leur pavillon respectent bien les règles
et les normes internationales. Ils doivent s’assurer que les navires soient munis de certificats
réglementaires correspondant à leur état réel. Les états ont également l’obligation d’empêcher les
navires non conformes d’appareiller. Il est plus logique que les états travaillent ensemble, mais
depuis une 50aine d’années, de nouveaux pays moins avancés arrivent sur la scène maritime. Ces
états sont appelés « états de complaisance ». Ils sont très intéressés par les revenus que génère le
paiement des droits annuels d’enregistrement. Ils proposent aux armateurs d’enregistrer leurs
navires à des conditions très intéressantes. Les propriétaires de navires peuvent obtenir des
avantages en matière de fiscalité, de législation du travail et d’un contrôle laxiste du navire.
L’opportunisme des états ne favorise pas la sécurité maritime. Le nombre de navires qui sont inscrits
dans des états de complaisance et qui est impliqué dans des sinistres est plus élevé.

b) Le contrôle des navires par les sociétés de classement


Ces sociétés jouent un rôle important, elles ont pour mission d’examiner les navires à plusieurs
reprises pour pouvoir apprécier et certifier leur conformité par rapport à des exigences qui ont été
définies. Elles font des visites pour vérifier l’état des navires. Toutes les sociétés de classification ne
font pas preuve du même sérieux dans le contrôle des navires si bien que les plus importantes ont
décidé de se regrouper au sein d’une association internationale de classification (IACS). Etant donné
que ces sociétés de classification ont des relations commerciales avec les propriétaires et les
gestionnaires des navires, la crainte existe de voir ces sociétés pratiquer des contrôles plus laxistes,
de peur que le propriétaire du navire ne souscrive aux services d’une autre société.

c) Le contrôle des navires par les états du port


19 pays européens ont adopté le mémorandum de Paris de 1982. Il a pour objectif la sauvegarde de
la vie humaine en mer mais aussi la prévention des pollutions maritimes par les navires et le respect
des normes de vie et de travail à bord des navires. Cet accord impose à chaque pays d’inspecter 25%
des navires étrangers qui fréquentent leurs ports. En cas de non-respect de la règlementation, les
autorités portuaires peuvent retenir les navires déficients ou conditionner leur départ à un
engagement de mise en conformité. D’autre part, les navires en infraction sont interdits d’escale
dans l’ensemble des ports signataires. Ils se partagent leurs données dans une base de données
appelée EQUASIS. Mais tous les pays signataires ne respectent pas les quotas d’inspection de 25%.
Les états ne font pas tous leurs contrôles de peur d’un détournement du trafic vers d’autres ports.
Enfin, les sanctions infligées aux navires non conformes ne semblent pas être suffisamment
incitatives. Et les sanctions sont inférieures aux économies liées au non-respect de la réglementation.

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Economie des risques environnementaux

Depuis 2002, l’Europe a décidé de mettre en place de nouveaux instruments pilotés par l’AESM
(Association Européenne de Sécurité Maritime). Elle est chargée :
- du suivi du trafic (Safeseanet) : c’est grâce à un système automatisé d’identification qui doit être
monté à bord des navires, des informations concernant l’identité du navire, sa cargaison, sa position,
sa destination, sa vitesse… sont transmises par ondes radio. Ce système était utilisé par 20 états
côtiers de l’Union + la Norvège et l’Islande en 2014. Ce système marche aussi grâce aux satellites.
- de la localisation des navires battant un pavillon européen (LRIT) : ce système prévoit depuis 2009
que tous les navires doivent avoir aussi un système d’envoi automatisé d’informations concernant
leur identité. Toutes les 6 heures, ces informations doivent être transmises par satellite aux
administrations de l’état du pavillon.
- de l’observation par satellite des déversements illicites en mer (Cleanseenet) : depuis 2006, ce
système permet de surveiller plus d’un million de kilomètres carrés de zone maritime de l’espace
Européen. Cela a diminué le nombre de déversements.

d) Le contrôle par d’autres acteurs du secteur du transport maritime


Les compagnies pétrolières procèdent aussi à des inspections de navires dans le cadre de leurs
activités d’affrètement pour sélectionner les bons navires. Si bien que les principales compagnies ont
mis en place une procédure commune d’inspection des navires. Ces compagnies partagent aussi des
données recueillies sur l’état des navires.
Enfin, il y a aussi des assureurs qui contrôlent les navires.

e) La performance des navires aux contrôles de l’Etat du port Thetis (the hybridEuropeantargeting
and inspection system)

Avant 2011, les états membres de l’union étaient libres de sélectionner un quart des navires
étrangers accostant dans leurs ports pour les inspecter. Depuis 2011, le régime a changé. 95% des
inspections concernent les navires qui ont un profil de risque le plus élevé.

f) La mise à jour d’une base de données

Ni les états côtiers, ni les sociétés de classification, ni les états du pavillon ne réussissent à identifier
les causes des accidents. Il y avait un décalage entre les dommages et les risques potentiels. Il y a
désormais une méthodologie commune en matière d’enquête après accident. Il ne faut qu’une seule
enquête européenne.

5.3 L’efficacité limitée de la réglementation internationale

Les dispositions internationales ont une efficacité qui dépend du contrôle de leur application. Cette
efficacité est limitée. Les navires sont inspectés par un ensemble d’acteurs dont les intérêts peuvent
aller à l’encontre de la bonne application des normes. La nature des contrôles diffère d’un acteur à
l’autre. Toutes les inspections ne sont pas systématiques. Chaque contrôleur n’a qu’une vision
limitée des informations. D’autres moyens ont été explorés pour éviter les accidents maritimes.

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