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L'HISTOIRE IMPÉRIALE À L'HEURE DE L'« HISTOIRE GLOBALE ».

Une perspective atlantique

Jean-Paul Zuniga

Belin | « Revue d’histoire moderne & contemporaine »

2007/5 n° 54-4bis | pages 54 à 68


ISSN 0048-8003
ISBN 9782701145730
Article disponible en ligne à l'adresse :
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contemporaine-2007-5-page-54.htm
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Histoire globale, histoires connectées

L’Histoire impériale à l’heure de l’« histoire globale ».


Une perspective atlantique

Jean-Paul ZUNIGA

Le développement des moyens rapides de communication, Internet tout


particulièrement, a donné l’impression à nos contemporains que le monde, pour
la première fois, battait à l’unisson. Cette idée reçue, dont il est impossible de
dire si elle est plus le constat grisé du décuplement des moyens de communica-
tion que nous avons vécu ces dernières décennies, que la transformation en « évi-
dence du sens commun » d’un slogan médiatique, se trouve à la base de
l’engouement corrélatif pour la notion de globalisation ou de mondialisation.
Ces notions ont reçu des « lettres de naturalité » dans les sciences sociales grâce
à la rapidité avec laquelle ces termes ont été adoptés dans la recherche, donnant
ainsi presque un contenu « andersonien » aux expressions journalistiques « village
global » ou « communauté virtuelle », devenues des « communautés imaginées »,
et donc possibles, par la vertu de la communication1. Or, comment ne pas voir
derrière cette rhétorique le désir quasi mystique d’une communauté retrouvée
(re-liée pourrait-on dire) ? Cet aspect est d’autant plus fort que dans le domaine
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des sciences sociales, l’appel aux thématiques « globalisées » sonne comme le
moyen de retrouver le sens total, et en ce sens « global », des phénomènes sociaux.
D’une certaine manière, cette table ronde elle-même, organisée le 9 juin 2007
par la SHMC, montre cette attente latente. En effet, son titre invite à réfléchir sur
les raisons qui ont amené à lier d’emblée deux problèmes, celui de l’usage des
échelles dans le travail de l’historien et la problématique plus générale de l’émer-
gence de ce que l’on appelle l’« histoire globale ». Il apparaît alors rapidement que
plusieurs facteurs unissent effectivement ces deux démarches qui, bien que voyant
le jour à différents moments, semblent toutes les deux répondre à une même
demande, celle de réintroduire dans le travail historique la possibilité d’analyses
autres que fragmentaires et parcellaires.

1. Ce sont les journalistes qui ont popularisé (et intronisé) l’expression de Marshal McLuhan, qui aimait
énoncer ses idées sous forme de slogans pour le grand public. Cf. Marshall MCLUHAN, La Galaxie Gutenberg.La
genèse de l’homme typographique [1962], Paris, Gallimard, 1977; et Benedict ANDERSON, Imagined Communities,
1991, trad. fr. L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 2002.

REVUE D’HISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE


54-4 bis, supplément 2007.
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D’UNE ANALYSE SEGMENTÉE À UN MONDE SANS BORNES ?

Les vertus heuristiques du jeu d’échelles2 n’ont plus à être démontrées à


une recherche française qui, amplement subjuguée par l’exemple donné voici
plus de vingt ans par la microstoria italienne3, a naturalisé et transformé cet
outil méthodologique qui apparaissait à bien des égards comme une réponse
technique à la crise des interprétations globales en histoire, cette fin d’une
autre histoire globale, l’histoire totale de nos aînés4. Car grâce à l’approche
micro-historique, l’étude d’objets extrêmement restreints a rendu accessible
pour un même chercheur l’analyse des multiples dimensions d’une même réa-
lité, rompant de la sorte les frontières qui s’étaient élevées entre histoire
sociale, culturelle, économique et politique. La biographie apparaissait en ce
sens comme le moyen d’étudier en même temps l’ensemble des contraintes
pesant sur un individu dans une société et un milieu socioculturel donné, et la
marge de manœuvre, de liberté, dont il disposait pour se construire et déve-
lopper un parcours individuel5.
En cela, le jeu d’échelles micro-historique se rapproche des préoccupa-
tions des approches « globales », car à la volonté de décloisonnement discipli-
naire de la microstoria correspond, dans les analyses « globales », le souci de
faire éclater le cloisonnement géographique ou « culturel ». Le maître mot des
approches globales est en ce sens la circulation dans l’espace des hommes, des
objets, des concepts ou des catégories6, circulation qui ne saurait s’accommo-
der des perspectives étroites de l’État-nation, horizon le plus commun, ne
serait-ce que comme cadre de réflexion, des études historiques. La prise en
compte de très vastes aires, s’étendant transversalement sur différentes unités
politiques et culturelles, serait ainsi le moyen de jouir d’un point d’observation
privilégié, tout en induisant un travail faisant appel a différentes compétences
disciplinaires. On voit ainsi clairement en quoi ces approches se séparent radi-
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calement de la vieille histoire universelle, fondée sur une vision « civilisation-
nelle » et ethnocentrique, et déclinée, dans sa version classique, comme la
succession de grandes civilisations, unités plus ou moins discrètes, analysées
de manière linéaire.
Cette quête, commune aux analyses micro et globales, d’approches
méthodologiques larges et de démarches « décloisonnées », n’implique pour-
tant nullement une convergence ; c’est ainsi que, dans le domaine français,
Serge Gruzinski a revendiqué explicitement la supériorité d’une approche
« mondialisée » – mondialisation étant la variante française de la globalization

2. Jacques REVEL (éd.), Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Gallimard/Seuil, 1996.
3. Giovanni LEVI, Le pouvoir au village. Histoire d’un exorciste dans le Piémont du XVIIe siècle [1985],
Paris, Gallimard, 1989.
4. Roger CHARTIER, Au bord de la falaise, Paris, Albin Michel, 1998.
5. G. LEVI, « Les usages de la biographie », Annales, ESC, 44-6, 1989, p. 1325-1336.
6. Claude MARKOVITS, Jacques POUCHEPADASS, Sanjay SUBRAHMANYAM (eds.), Society and
Circulation. Mobile People and Itinerant Cultures in South Asia 1750-1950, Delhi, Permanent Black, 2006.
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anglo-américaine – par rapport à la microstoria, qui aurait poussé selon lui à


négliger le lointain au profit du local7.
Cette opposition entre local et global est par ailleurs trompeuse. En effet,
jusqu’ici nous avons préféré évoquer les approches globales au pluriel, tant il
est difficile de mettre au singulier toutes les démarches qui se réclament ou sont
rangées sous l’étiquette « globale ». En France – le titre de cette table ronde l’at-
teste clairement – on a tendance à utiliser le singulier, mêlant de la sorte diffé-
rentes prises de position théoriques, nommément, et pour utiliser la
nomenclature anglophone qui leur est inhérente (pour des raisons sur lesquelles
nous reviendrons), World History, Global History et Connected History8. Les dif-
férences considérables entre ces approches, et notamment l’affirmation d’un
système mondial d’interaction pour les uns (un monde sans bornes ?), là où
d’autres, attentifs aux connexions régionales, se heurtent justement au carac-
tère morcelé du pouvoir politique et des relations économiques9, apparaissent
ainsi gommées et témoignent par là même de la principale différence entre la
microstoria et « l’approche globale » vues depuis une perspective française : alors
que la première a été adoptée et intégrée, la seconde, à de rares exceptions près,
n’a pas encore été digérée.
Il reste que, naturalisées ou non, les thématiques et l’étiquette « global » ont
envahi depuis les années 1990 les sciences sociales, et exigent de ce fait que l’on
s’interroge sur leur sens, ne serait-ce que pour comprendre la lenteur de leur
inscription, fut-elle sous forme de référent, dans l’historiographie française.
Mon approche, celle d’un historien travaillant sur l’empire espagnol, et en
particulier sur les Indes de Castille et leur articulation avec le reste de la monar-
chie, me conduit à reconnaître le parallélisme entre les problématiques qui vien-
nent d’être évoquées et la constitution d’une autre démarche, elle aussi globale
à sa manière, celle de l’histoire atlantique. En ce sens, la comparaison entre les
caractéristiques de ces deux perspectives peut être heuristique, nous permet-
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tant de mieux comprendre les problèmes soulevés par les termes « atlantique »,
ou « global » dans le travail de l’historien.

HISTOIRE ATLANTIQUE ET HISTOIRES « GLOBALES »

S’inspirant dans une certaine mesure de la Méditerranée de Braudel (bien


que l’approche atlantique précède de beaucoup la Méditerranée)10, les études
atlantiques se définissent par la volonté d’embrasser large, en s’affranchissant

7. Serge GRUZINSKI, « Les mondes mêlés de la monarchie catholique et autres “connected” histories »,
Annales HSS, 56-1, 2001, p. 88.
8. Le dossier des Annales consacré à ces questions en janvier 2001 (56-1) titrait déjà « Une histoire à
l’échelle globale ». Souligné par nous.
9. Frederick COOPER, « Le concept de mondialisation sert-il à quelque chose ? Un point de vue d’his-
torien », Critique internationale, 10, janvier 2001, p. 101-124 (ici, p. 112).
10. Le journaliste Walter Lippmann n’a-t-il pas parlé d’une « communauté atlantique » dès 1917 ? Voir
William O’REILLY, « Genealogies of Atlantic History », Atlantic Studies, 1-1, 2004, p. 66.
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des frontières politiques, jugées peu pertinentes pour l’analyse, et en privilé-


giant au contraire l’étude d’un vaste espace relationnel, l’océan atlantique.
L’Amérique, l’Europe et l’Afrique seraient ainsi plus réunies que séparées par
cette étendue d’eau définie tantôt comme le cœur tantôt comme le moteur de
la « modernité »11.
On le voit, cette définition permet de souligner d’emblée un ensemble de
points communs entre l’Atlantic History et les fondements des histoires glo-
bales. Les deux approches cherchent en effet à abolir les frontières nationales
considérées comme un cadre trop contraignant pour la compréhension de phé-
nomènes qui nécessitent une approche plus large, ce qui explique leur com-
mune référence à la Méditerranée de Braudel12.
Par ailleurs, elles sont toutes deux intimement liées à des contextes histo-
riques précis qui permettent de mieux cerner leur genèse. La fin de la
Deuxième Guerre mondiale et le début de la Guerre froide sont des éléments
indissociables de l’essor des Atlantic Studies, et ce n’est pas un hasard si l’idée
de « révolutions atlantiques » mise en avant par Robert Palmer et Jacques
Godechot au congrès international des sciences historiques de Rome en
195513, sert de base pour avancer l’idée d’une « civilisation atlantique » et même
d’une « communauté atlantique » à l’heure où l’atlantisme politique en avait le
plus besoin14.
À leur tour, les « Global Studies » voient le jour, sous ce label, dans un
monde où la victoire de l’économie de marché comme cadre mondial régissant
les échanges après l’effondrement des économies dites socialistes d’une part, et
la diffusion d’Internet de l’autre, ont plus que jamais rendu plausible la méta-
phore (ou le fantasme) de la connexion généralisée, du « village global ». Il n’est
pas étonnant dès lors que les approches globales aient eu un succès particuliè-
rement notoire en premier lieu parmi les historiens de l’économie, intéressés à
la circulation des biens et à l’intégration des marchés15.
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11. Sur ce lieu commun, largement usité en sciences sociales, et comportant à lui seul une vision du
monde, voir Dean TIPPS, « Modernization theory and the comparative study of societies : a critical pers-
pective », Comparative Studies in Society and History,15, 1973, p. 199-226 ; F. COOPER, « Le concept de mon-
dialisation », art. cit., p. 107-108 ; Pierre BOURDIEU, Loïc WACQUANT, « Sur les ruses de la raison
impérialiste », Actes de la recherche en sciences sociales, 121-122, 1998, p. 109-118,
12. Sanjay SUBRAHMANYAM, « Notes on circulation and asymmetry in two “Mediterraneans”, 1400-
1800 », Claude GUILLOT, Denys LOMBARD, Roderich PTAK (eds), From the Mediterranean to the China Sea,
Wiesbaden, Harrassowitz, 1999, p. 21-43 ; S. GRUZINSKI, « Les mondes mêlés… », art. cit.
13. Jacques GODECHOT, Robert PALMER, « Le problème de l’Atlantique du XVIIIe au XXe siècle », Actes
du X congrès international de sciences historiques (Rome 4-11 septembre 1955), Florence, Comitato interna-
zionale di scienze storiche, 1955, p. 175-239.
14. Et c’était là tout le sens de cette notion pour le journaliste Walter Lippman, longtemps attaché
comme conseiller politique des présidences de Démocrates et Républicains avant et après la Deuxième
Guerre mondiale.
15. Et de fait, S. Subramahnyam est d’abord un historien de l’économie. Par ailleurs, la diffusion en
France de la thématique globale occupe en premier les économistes et les politistes. Voir Jean-Pierre
FAUGÈRE, Guy CAIRE, Bertrand BELLON (éd.), Convergence et diversité à l’heure de la mondialisation, Paris,
Economica, 1997 ; Groupement économie mondiale, Tiers-Monde, Développement, Mondialisation : les mots
et les choses, Paris, Karthala, 1999.
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Mais l’aspect le plus frappant – et le plus problématique – qui émerge de


la mise en parallèle de ces deux approches, est le fait qu’elles argumentent
toutes deux par le moyen de postulats posés comme des évidences, mais sur
lesquels on est en droit d’exercer un regard critique.
L’histoire atlantique par exemple justifie son existence par le caractère cen-
tral de l’économie dont l’océan atlantique serait le cadre. La spécificité et la cen-
tralité de cette « économie atlantique » résideraient dans l’unité de l’espace
considéré, unité qui serait fondée sur un certain nombre de variables spéci-
fiques, dont le volume du commerce et des échanges (le commerce triangulaire
notamment), le dynamisme et l’innovation économiques (nommément l’essor
du capitalisme) seraient les principaux traits distinctifs, tout comme l’unité
créée par la circulation massive de populations migrantes. Or, tout historien des
empires est pour le moins en droit de se demander jusqu’à quel point cet
« espace atlantique » constituait une unité discrète à l’intérieur de constructions
impériales qui le contenaient tout en s’étendant bien au-delà. À tout le moins,
ces empires fournissaient des perspectives alternatives pour discerner d’autres
liens et d’autres logiques d’agencement des espaces, par-delà cette unité atlan-
tique assumée et proclamée. De surcroît, la recherche récente met également à
mal les fondements de cette spécificité. Ainsi, les travaux de Kenneth Pomeranz
montrent par exemple que le commerce, la circulation et le développement éco-
nomique de la Chine et de l’Europe, bien qu’au sein d’économies fort diffé-
rentes, étaient comparables en efficacité et en capacité d’investissement et
d’innovation – caractéristique du capitalisme atlantique – et ce jusqu’au début
du XIXe siècle au moins16.
Pour ce qui est des grandes migrations enfin, l’idée d’une spécificité atlan-
tique est également battue en brèche par des études montrant que la circulation
de populations en Asie et vers l’extérieur de l’Asie, entre 1840 et 1940, a été équi-
valente aux mouvements atlantiques entre 1830 et 193017, établissant ainsi une
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forte connexion « pacifique » qui relativise considérablement l’argument de la
forte connectivité atlantique comme fondement d’un « espace intégré ».
Les approches globales ne procèdent pas autrement. En effet, un principe
fondamental – postulé sans être démontré – qui caractérise une grande partie de
la production hétérogène qui est classée sous le label Global Studies, par-delà
d’énormes différences d’interprétation, est celui de la notion même de monde
« globalisé », qui suppose non seulement l’idée d’intégration plus grande à
l’échelle mondiale, mais de surcroît l’existence (explicite ou implicite) d’un pro-
cessus menant à cette situation18. La mondialisation apparaît ainsi comme une

16. Kenneth POMERANZ, The Great Divergence : China, Europe, and the Making of the Modern World
Economy, Princeton, Princeton University Press, 2000.
17. Travaux d’Adam MacKeown, cités par Donna GABACCIA « A long Atlantic in a wider world »,
Atlantic Studies, 1-1, 2004, p. 14.
18. S. GRUZINSKI « Les mondes mêlés… », art. cit., p. 89 affirmait ainsi « Le processus de globalisation
est en train de modifier inéluctablement les cadres de notre pensée » (souligné par nous).
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mise en relation des phénomènes à l’échelle planétaire, les rendant pour ainsi
dire interdépendants19 ; ou encore, elle est vue comme le résultat de toute une
série de processus qui ont intégré le monde dès le début de l’époque moderne,
ce dont témoigne par exemple le Mexique, étudié par Serge Gruzinski, centre
du monde brassant des hommes, des biens et des connaissances venus de tous
les recoins du monde connu, et dont les lettrés maniaient plusieurs chronologies
concomitantes et des références allant du Japon à Goa en passant par Madrid20.
Cette mise en relation aurait rendu les contemporains, pour la première fois,
capables de concevoir l’existence de processus à l’échelle globale21. Et concevoir
la globalité, cela veut dire, dans les termes de Frederick Cooper, avoir la capa-
cité de « penser la planète comme horizon d’une ambition ou d’une stratégie
politique et économique » 22. Or, ces assertions sont largement discutables.
Tout d’abord, la « conscience de la globalité »23 est une question relative par
définition. Si elle ne s’embarrasse pas, au XVIIe siècle, d’ignorer une bonne par-
tie de l’intérieur des continents effectivement « connus », de l’Australie et de
leurs habitants pour être qualifiée de « globale », cette conscience du « monde »,
orbis, n’a de sens que par rapport à la représentation que l’on s’en fait, le reste
n’existant pas, par définition. Les représentations cartographiques médiévales
sont là pour nous rappeler que, de tout temps, on s’est imaginé une totalité plus
grande que sa propre société à l’intérieur d’un monde fini, monde dont les
limites étaient plus ou moins concrètes, plus ou moins mythiques. Faut-il rap-
peler que cette composante fantasmatique liée aux dernières limites du « monde
connu » a perduré bien au-delà des circumnavigations du XVIe siècle24 ?
En ce qui concerne le fait que le monde ainsi défini ait pu être consciem-
ment le « cadre d’une stratégie », on peut également noter que la notion d’« uni-
versel » propre au message apostolique, devant être porté partout et à « toutes
les nations »25 à l’époque de la première dispersion du christianisme, ce « feu »
venu embraser le monde, est la même notion que celle déclinée sur le plafond
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de l’église Saint-Ignace à Rome au XVIIe siècle par le père Andrea Pozzo : le sens
du terme « universel » n’a pas changé du tout, bien que son contenu se soit
considérablement accru26. Enfin, la distance est grande, de la conscience à la

19. Voir notamment Christopher A. BAYLY, Naissance du monde moderne, 1780-1914. (2004), Paris,
Éditions ouvrières/Le monde diplomatique, 2007.
20. C’est ainsi que Serge GRUZINSKI caractérise l’époque de la monarchie catholique (1580-1640)
comme celle de la « première mondialisation ». Voir Les quatre parties du monde. Histoire d’une mondialisa-
tion, Paris, La Martinière, 2004.
21. S. SUBRAHMANYAM, Explorations in Connected History. From the Tagus to the Ganges, Delhi, Oxford
University Press, 2005, p. 103.
22. F. COOPER, art. cit., p. 112.
23. Roger CHARTIER, « La conscience de la globalité », Annales. HSS, 56-1, 2001, p. 119-123.
24. Sur la vision de l’Afrique aux XVIIIe et XIXe siècles voir Andrew CURRAN, « Imaginer l’Afrique au
siècle des Lumières», Cromohs, 10, 2005, p. 1-14.
25. Matthieu, 28,19, Lc, 12, 49 ; Lc, 24, 47.
26. Le père Pozzo (S.I.) glorifie ainsi la mission universelle de l’évangélisation en figurant une flamme
descendue du ciel et embrasant les quatre continents connus, par l’intermédiaire d’Ignace et ses disciples !
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capacité pratique d’embrasser la totalité du globe, ce qui incite à la plus grande


prudence.
Mais les réserves les plus solides résident ailleurs. L’historien états-unien
Frederick Cooper s’est élevé voici une dizaine d’années, dans un article fonda-
mental, contre cette « coquille vide » conceptuelle que serait selon lui la notion
de « mondialisation »27 : celle-ci ne saurait en aucun cas être considérée comme
un processus homogène (ce que son caractère unique supposerait) ; selon les
domaines considérés, nous nous trouvons face à des dynamiques fort diffé-
rentes, et l’intégration bancaire, par exemple, ne trouve pas d’équivalent dans
la culture, les sciences ou la circulation des personnes. Pire, la fluidité entre mar-
chés a été bien plus forte, c’est-à-dire que les économies ont été plus intégrées,
jusque dans les années 1950, que de nos jours, ce qui suppose des avancées et
des reculs dans ce prétendu processus linéaire d’intégration mondiale. Que dire
en ce sens de la circulation des personnes ? Peut-on sérieusement prétendre que
l’intégration mondiale vue à travers le prisme des migrations internationales
nous montre aujourd’hui un monde plus intégré, moins cloisonné que celui de
la première moitie du XXe siècle, où les empires coloniaux étaient encore en
place ? Pour le migrant sénégalais, le monde dans lequel il vit aujourd’hui est
certainement plus cloisonné que celui de ses grands-parents, et le « village glo-
bal » est une métaphore qui ne peut avoir de sens que pour les touristes fortu-
nés ou les internautes occidentaux…28
L’intégration mondiale est ainsi une notion qui ne peut être défendue,
comme catégorie d’analyse, qu’en fonction de chaque domaine spécifique, tan-
dis que sa pertinence comme processus postulé connaît pour le moins des
éclipses et des retours. À tout prendre, la thématique de la globalisation relève
pour l’heure davantage d’un discours que d’un processus à l’œuvre et, surtout,
inévitable. Cependant, ce discours semble pour l’instant trouver un écho limité
dans l’historiographie française.
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Il en va autrement pour les travaux de Sanjay Subrahmanyam, dont l’« his-
toire connectée » (traduction de connected history), qui s’inscrit dans les études glo-
bales, est mieux connue en France29. Grâce à la métaphore électrique de la
connexion, la connected history propose un outil présenté comme un moyen de

27. F. COOPER, art. cit., p. 101-124. L’argumentation qui suit reprend celle de Cooper dans cet
article.
28. On peut ajouter qu’à l’image des études sur les race relations, les black studies, les gender studies, le
succès même du terme de « globalisation » ou « mondialisation » renvoie à la force dans le champ des
sciences sociales de la recherche menée aux États-Unis plus qu’à une hypothétique uniformisation et inté-
gration du monde due aux flux d’échanges qui connecteraient les quatre coins du globe. Ce phénomène
se traduit également par l’accroissement exponentiel des anglicismes dans la production française dès que
l’on s’approche de terrains « nouveaux » – la nouveauté n’ayant pas laissé de temps à la traduction – ter-
rains dictés par les thèmes et les notions qui, pour des raisons spécifiques à leur contexte d’origine, se sont
imposés dans la recherche menée aux États-Unis. Voir Pierre BOURDIEU, Loïc WACQUANT, « Sur les
ruses… », art. cit. ; Roger CHARTIER, « La conscience de la globalité… », art. cit., p. 120.
29. Sanjay SUBRAHMANYAM, « Du Tage au Gange au XVIe siècle : une conjoncture millénariste à
l’échelle eurasiatique », Annales HSS, n° 1, 2001, p. 51-84, où l’auteur s’inscrit dans les « global studies ».
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sortir de l’impasse que constituerait l’histoire comparée30 qui, par sa méthode de


comparaison terme à terme, négligerait les contacts et les circulations de formes
culturelles ou d’imaginaires politiques. C’est ainsi que Sanjay Subrahmanyam
montre la présence, à une même époque et dans un vaste espace allant du Tage
au Gange, de la thématique millénariste dans la pensée politique, thématique ana-
lysée comme moyen de légitimer le pouvoir (selon les contextes) et où les paral-
lèles et ressemblances témoignent d’emprunts réciproques de concepts - telle la
figure de l’imam caché, le mahdi, qui trouve son équivalent dans la figure de Don
Sébastian, roi « caché » dont on attend le retour – concepts qui, tout en circulant,
se transforment au gré des contextes. Les formes cérémonielles de la puissance
royale en Inde empruntées par les Portugais de Goa au XVIe siècle, étudiées par
Catarina Madeira Santos, mettent également l’accent sur la circulation des sym-
boles – et sur la labilité des barrières censées séparer des « mondes culturels »31.
Bien que ces connexions connaissent une géométrie variable selon le contexte,
Subrahmanyam affirme l’importance de se détacher de l’échelle locale au profit
d’une échelle plus vaste, « et même globale »32.
Si l’on comprend tout l’intérêt d’adopter cette perspective large, le saut
entre celle-ci et une « échelle globale » repose bel et bien sur une démarche pre-
nant en compte l’ensemble des connexions possibles qui concourent à l’étude
d’un phénomène culturel ou politique : l’image explicite ou tacite de cette
démarche reste celle d’une connexion planétaire à l’image du web, avec tous les
problèmes qu’une telle assertion soulève.
Or, revenant au parallèle dressé plus haut entre histoire globale et histoire
atlantique, on constate que dans le domaine de l’histoire atlantique, les postulats
d’une hypothétique intégration trans-océanique n’ont pas résisté conceptuelle-
ment au-delà du discours. C’est pourquoi la production historiographique, dans
sa pratique même, atomise l’Atlantique non seulement en zones d’hégémonie poli-
tique impériale (Atlantique anglo-saxon, et Atlantique ibérique par exemple) mais
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encore en espaces « chromatiques » (Black Atlantic, White Atlantic, Red Atlantic)33,

30. C’est ainsi que le pose Sanjay SUBRAHMANYAM dans « Connected histories : notes towards a recon-
figuration of early modern Eurasia », Victor LIEBERMAN (ed.), Beyond Binary Histories. Re-imagining
Eurasia to c. 1830, Ann Arbor,The University of Michigan Press, 1997, p. 289-315, mais plus récemment
aussi dans le chapitre 5 (qui donne son titre à l’ouvrage) de Explorations in Connected History. From the
Tagus to the Ganges, Delhi, Oxford University Press, 2005, p. 103. Arrivant à des conclusions différentes,
voir la discussion proposée il y a dix ans par Jocelyne Dakhlia au sujet des écueils conceptuels des
approches comparatistes. Jocelyne Dakhlia, « La question des lieux communs. Des modèles de souverai-
neté dans l’Islam méditerranéen », in Bernard LEPETIT (éd.), Les formes de l’expérience, Paris, Albin Michel,
1997, p. 39-61.
31. Catarina MADEIRA SANTOS, « Goa e a chave de toda a India ». Perfil Político da Capital do Estada da
India (1505-1570), Lisbonne, CNCDP, 1999.
32. S. SUBRAHMANYAM, « Du Tage au Gange… », art. cit., p. 84.
33. Paul GILROY, L’Atlantique noir. Modernité et double conscience (1993), Lille-Paris, Kargo-Éditions
de l’Éclat, 2003 ; D. GABACCIA, « A long Atlantic », art. cit., p. 16 ; Markus REDIKER, “The Red Atlantic, or
‘a terrible blast swept over the heaving sea”, in Bernhard KLEIN, Gesa MACKENTHUM (eds), Sea Changes :
Historicizing the Ocean, Londres, Routledge, 2004. Pour la bibliographie sous cette étiquette : David
ARMITAGE, « The Red Atlantic », Reviews in American History, 29, 2001, p. 479-586.
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62 REVUE D’HISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

dont les noms, intraduisibles sérieusement en français, renvoient aux considérables


différences d’approches entre les historiographies anglo-saxonne et française.
Si les défaillances conceptuelles d’une intégration globale des espaces
atlantiques ont mené à l’impasse, imposant cependant des analyses plus atten-
tives aux « segments atlantiques », politiques, économiques, ou même géogra-
phiques, qui constituent non plus des métaphores mais des espaces sociaux
sujets à une approche historique, peut-on penser qu’il en va de même pour
l’histoire globale, dont on a souligné combien ses postulats avaient souvent un
caractère purement discursif ?
Il faut sans doute se garder de parler d’impasse, ce qui serait une fausse
manière de poser la question. On peut, en revanche, souligner la nécessité de
resituer chaque proposition à sa juste place. En ce sens, l’histoire connectée,
comme la microstoria, sont avant tout des approches méthodologiques (même si
des concepts forts les sous-tendent) et non des visions ou théories de l’histoire.

CONNECTED HISTORY ET ANALYSE SOCIALE

La connected history, en insistant sur les circulations, a montré à quel point


les méthodes induisent les résultats du travail historique, puisque grâce à la mise
en évidence de circulations, elle a permis de formuler une critique aiguë des
présupposés ethnocentriques d’autres approches, ainsi que du caractère réduc-
teur des oppositions mécaniques entre centre et périphérie. Par là même, en
relativisant et en complexifiant la notion de seuil ou de frontière – les
connexions ne se font-elles pas par-dessus les barrières couramment acceptées
comme des frontières ? –, elle a apporté une pierre de plus à la critique de l’uti-
lisation en sciences sociales de la catégorie d’aire culturelle comme cadre d’ana-
lyse cohérent ou probant.
La « connexion » cependant, à l’image du « on » foucaldien, soulève un très
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grand nombre de questions – ce qui est loin d’être négligeable – et montre les
limites, en l’état, que la connected history pose à l’analyse historienne.
Car un des problèmes qui surgit d’emblée est celui de savoir la manière dont
il convient de qualifier les différentes connexions. Tout lien est-il équivalent à un
autre ? Considérons par exemple diverses situations nous mettant de manière évi-
dente face à des « connexions ». Le paysan du Lauragais, pratiquant la culture du
maïs dès le début du XVIIe siècle selon une technique associant une rangée de maïs
et une rangée de haricots, reproduit ce faisant une technique mésoaméricaine plu-
riséculaire34. Le Zapotèque de la région d’Oaxaca, ou le Coca de Chapala
consommant des « poules de castille », du mouton, ou du porc dès le XVIe siècle, ont

34. En effet, dès le début du XVIIe siècle, le maïs devient une culture de plein champ dans le
Toulousain, où il remplace le pastel : les Toulousains mangent alors des galettes et des bouillies de maïs et
exportent leur blé. Voir Jean JACQUART, « Immobilismes et catastrophes », in Georges DUBY, Armand
WALLON (éd.), Histoire de la France rurale, Paris, Seuil, t. 2, 1975, p. 236.
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UNE PERSPECTIVE ATLANTIQUE 63

intégré quant à eux des habitudes alimentaires propres à l’Europe du sud35, tout
comme les Indiens insoumis du Chili austral qui, outre le cheval et les armes à feu,
ont également adopté la nourriture carnée et la pratique de la friture des mets36.
Tous ces comportements se rapportent au domaine alimentaire et témoignent de
toute évidence de fortes connexions entre traditions culturelles éloignées : peut-on
cependant mettre toutes ces connexions, celle du tenancier du Languedoc
d’Ancien Régime, celle du paysan indien d’encomienda de Nouvelle-Espagne, celle
du guerrier insoumis de la région de La Imperial, sur le même registre ? Et que
dire de la circulation des techniques de l’écriture ? L’adoption, au XVIe siècle, de
l’écriture de la langue nahuatl en caractères latins par la noblesse mexica, élevée par
les missionnaires franciscains au sein du collège trilingue37 (nahuatl – castillan –
latin) de Santa Cruz à Tlatelolco – ce qui leur permet d’écrire au Souverain Pontife
en latin – est-elle équivalente à l’adoption de l’alphabet latin par les élites bakongo
et par les États indépendants Ndembu d’Angola38 ou par la fameuse reine Jinga
du Matamba, ce qui leur permet, eux aussi, de s’adresser épistolairement au
pape39 ? La réponse à toutes ces questions est évidemment négative.
Car il est clair que les modalités de ces connexions changent selon que l’on
a affaire à un pouvoir politique indépendant – c’est le cas du mani Kongo ou
de la reine Jinga du Matamba, qui choisissent de s’adresser directement au pape
afin de séparer l’évangélisation de la conquête territoriale portugaise – ou à des
vaincus à l’issue d’une violente conquête, et les vicissitudes du Collège de
Tlatelolco montrent bien la précarité de ces derniers40. Il en va de même pour
les emprunts alimentaires, qui changent de sens selon qu’ils représentent un
élément de plus dans une polyculture ouverte sur des innovations permettant
de faire face aux aléas politiques ou climatiques – c’est le cas du paysan tou-
lousain – ou qu’ils répondent à une économie de guerre et de razzia, comme
dans le cas des Indiens indépendants du Chili austral41. Ainsi, si le constat d’une
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35. Sur la consommation carnée : le livre polémique de John C. SUPER, Food, Conquest and
Colonization in Sixteenth-Century Spanish America, Albuquerque, University of New Mexico Press, 1988.
Sur la précocité de ces transferts vue à travers la ponction impositive : Thomas HILLERKUSS, « Tasaciones
y tributos de los pueblos de Indios de la provincia de Avalos », Historia Novohispana, 16, 1996, p. 15-32.
36. Voir à ce sujet le récit d’un captif parmi les « Araucan » en 1629 : Francisco Núñez DE PINEDA Y
BASCUÑÁN, Cautiverio Feliz, éd. par Mario Ferreccio Podestá et Raïssa Kordi Riquelme, Santiago, RIL
editores, 2001, p. 532-533 ; 555, 638 et passim.
37. Officieusement, puisque le castillan semble ne pas avoir été enseigné officiellement : Christian
DUVERGER, La conversion des Indiens de Nouvelle Espagne, Paris, Seuil, 1987, p. 220.
38. Ana Paula TAVARES, Catarina MADEIRA SANTOS (eds), Africae Monumenta. A apropriacão da Escrita
pelos Africanos – Arquivo Caculo Cacahenda, Lisbonne, Instituto de Investigação Científica Tropical, 2002.
39. Elikia M’BOKOLO, Afrique noire : Histoire et civilisations, Paris, Hatier, 1995, p. 330-331 ; Eduardo
A. MUACA, Breve História da Evangelização de Angola.1491-1991, Lisbonne, Secr. Nac. das Comemorações
dos 5 Séculos, 1991, p. 35.
40. En 1595, le collège était devenu une école élémentaire pour les enfants de Tlatelolco ! Voir Fray
Gerónimo DE MENDIETA, Historia eclesiastica indiana, édité par Joaquín García Icazbalceta, Mexico,
Antigua Librería, Portal de Agustinos n° 3, 1870, p. 148 ; Ch. DUVERGER, op. cit. p. 222.
41. Dans ce cas précis, les aliments et préparations de type espagnol ont été diffusés, aux dires de
Francisco de Pineda, grâce aux Indiennes libérées du joug espagnol et qui travaillaient auparavant dans les
cuisines de leurs maîtres, ainsi que par les captives espagnoles qui vivaient parmi les Indiens.Voir F. Núñez
DE PINEDA Y BASCUÑÁN, Cautiverio Feliz…, op. cit.
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64 REVUE D’HISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

connexion nous ouvre les yeux quant aux circulations qui se sont produites ou
sont en train de se produire, il est insuffisant pour appréhender les processus
qui la sous-tendent.
D’autant que le problème du statut de la connexion ne se pose pas unique-
ment en termes de différents types de connexions, mais aussi sur le sens à accor-
der à une même « connexion ». Sanjay Subramayam démontre de manière
probante les liens unissant l’exemple de don Sébastien, le « roi caché » et celui de
l’imam caché de la tradition musulmane, ainsi que l’utilité de ces images comme
moyen de légitimation des pouvoirs en place42. Cependant, si ces connexions
montrent effectivement des circulations de figures et de stratégies discursives,
voire de toute une série de conceptions et de logiques visant à légitimer le pou-
voir temporel en lui donnant un contenu transcendant, que nous disent-elles sur
les rapports entre les notions de pouvoir et de légitimité dans chaque contexte ?
Ces exemples renvoient-ils aux mêmes logiques et à un même imaginaire poli-
tique ? Et si c’est le cas, qu’implique pour les sociétés analysées le fait de parta-
ger « une » notion, des objets, voire « un » imaginaire ? N’est-on pas en train de
tomber dans le même travers dont on accusait l’histoire comparée, c’est-à-dire
celui de déclarer équivalents deux phénomènes comme prémisse de l’analyse43 ?
En revanche, ce que l’exemple de l’imaginaire politique développé ici montre
clairement, c’est que la manière de penser le pouvoir et de le légitimer en Europe
puise à différentes sources…, ce qui est le propre de tout phénomène culturel
dans n’importe quelle société. Car sans nier l’existence d’espaces culturels, il
serait en effet illusoire de les penser en termes d’unités discrètes, séparées nette-
ment par des barrières précises. Ce qui fait un ensemble culturel, c’est moins son
hypothétique homogénéité – toujours relative – que la manière spécifique dont se
trouvent déclinés dans un contexte donné un ensemble composite d’influences,
d’emprunts et d’expériences naturalisées comme propres, mais jamais achevés et
toujours en renouvellement, puisque issus en même temps de la tradition et de
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l’expérience. La notion de mélange culturel, que l’on a l’habitude de lier unique-
ment aux dynamiques se produisant entre expressions culturelles nées dans des
contextes géographiques extrêmement éloignés les uns des autres, n’est que la
nature même de la culture, en perpétuel remaniement par adjonction, élimina-
tion, adaptation, transformation, etc.44 La vertu de l’approche connectée est jus-
tement de venir nous rappeler une évidence : ces circulations existent partout et
non seulement dans les mondes coloniaux, où le caractère plus évident de la
confrontation, de la négociation et de l’échange (d’hommes, d’idées, d’objets)
pourrait nous faire croire à une spécificité.

42. S. SUBRAHMANYAM, Explorations… op. cit. ; « Du Tage au Gange… », art. cit.


43. Voir l’analyse consacrée par Jocelyne DAKHLIA à la référence au roi Salomon comme modèle de
roi, commune à l’Europe latine, à Byzance et à l’Empire ottoman : « La question des lieux communs… »,
art. cit. in B. LEPETIT, op. cit., p. 50-54.
44. Voir en ce sens la lecture du célèbre article de March Bloch sur l’histoire comparée de l’Europe,
Revue de synthèse, 1928, proposée par J. DAKHLIA, art. cit. p. 49.
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UNE PERSPECTIVE ATLANTIQUE 65

Cette dernière remarque nous fait comprendre que pour répondre à la


question posée plus haut – comment qualifier les diverses situations où l’on
constate des connexions ? –, il est nécessaire d’interroger la notion de connexion
à la lumière des acquis de l’histoire culturelle et notamment des notions de
réception et d’appropriation, réception qui ne saurait être dégagée de son
contexte précis : rapports de force, équilibres démographiques, politiques,
négociations, adaptation, transformation…, autant d’éléments qui déterminent
l’importance et le sens des mises en relation45.
Il suffit de songer aux flux actuels de déplacement de population dans le
monde pour réaliser à quel point les circulations et les « connexions » qu’elles
entraînent, même si elles définissent effectivement, par le fait d’exister, des
espaces sociaux spécifiques, sont elles-mêmes déterminées par des logiques qui
sont loin d’être neutres. Si un fort courant migratoire lie les « pays du Sud » aux
« pays du Nord », c’est parce qu’à la base des rapports inégaux lient le Nord au
Sud ! Il serait par conséquent néfaste de négliger les rapports de force qui expli-
quent que les acteurs sociaux, les idées et les objets culturels ne se trouvent pas
sur un pied d’égalité en ce qui concerne leur capacité à « circuler ». Ces
contraintes fondamentales doivent être intégrées à l’image de la « connexion »,
comme les pôles d’une pile électrique, pour filer la même métaphore. Or, pour
l’historien, cette polarité n’est décelable qu’au travers de la contextualisation.
Ainsi, si la logique de la connexion est fondée sur le mirage du web, le réseau
interplanétaire, ou encore sur le modèle du réseau électrique46, prenons alors
au mot cette image et appliquons à cette démarche les éléments d’analyse que
nous utilisons pour les réseaux depuis les années 1950. Nous savons par
exemple qu’un réseau ne se résume pas à un ensemble de connexions : les
connexions n’en constituent que la trame. Elles sont un circuit, mais pas son
alimentation. Une trame ne devient réseau que s’il y a circulation réelle (d’in-
dividus, d’information, de biens matériels ou immatériels)47. Le type de trans-
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fert, la fréquence du lien déterminent ce que nous pourrions appeler sa densité.
Dans l’espace des connexions possibles et réelles, la quantité et la densité des
liens existants forment des « grumeaux », aires de forte interconnexion, dévoi-
lant l’existence d’espaces de négociation et d’échange.
Ce sont là, me semble-t-il, des étapes fondamentales pour passer de l’étude
d’un ensemble de « connexions » à la construction d’un espace relationnel pré-
cis (qu’il soit territorial, culturel, intellectuel, technique…).

45. Roger CHARTIER, Lectures et lecteurs dans la France d’Ancien Régime, Paris, Seuil, 1989, et « La
conscience de la globalité », Annales HSS, art. cit. ; Jacob LASSNER, Demonizing the Queen of Sheba.
Boundaries of Gender and Culture in Postbiblical Judaism and Medieval Islam, Chicago, The University of
Chicago Press, 1993, ch. 6 : « The transfer and absorption of cultural artifacts », cité par J. Dakhlia.
46. S. GRUZINSKI, « Les mondes mêlés de la Monarchie… », art. cit., p. 89.
47. Voir Jean-Pierre DEDIEU, Zacarias MOUTOUKIAS, « Approche de la théorie des réseaux sociaux »,
Juan Luis CASTELLANO, Jean-Pierre DEDIEU (éd.), Réseaux, familles et pouvoirs dans le monde ibérique à la
fin de l’Ancien Régime, Paris, CNRS Éditions, 1998, p. 7-30.
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66 REVUE D’HISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

L’HISTOIRE IMPÉRIALE : POUR UNE HISTOIRE SITUÉE DES CONNEXIONS

Considérant les paramètres développés plus haut, on comprend en quoi


l’histoire impériale - nom pompeux pour désigner un vaste terrain d’enquête -
permet d’étudier les modalités d’une construction territoriale, construction qui
n’est telle que parce que les connexions et les circulations en son sein ne sont
pas aléatoires, mais sont au contraire régies par des logiques donnant une cer-
taine unité à l’expérience, avec ses noyaux denses et ses trous noirs48. Ainsi,
l’étude de l’architecture de l’empire espagnol, dans sa diachronie, révèle toute
la contingence d’un processus qui se veut celui d’une intégration, mais dont les
résultats historiques montrent bien les diverses logiques (individuelles, collec-
tives) à l’œuvre dans toute expérience, ainsi que l’importance des formes pra-
tiques de leur mise en place dans chaque contexte social précis49.
Pour s’en tenir au cas de la circulation des personnes, nous constatons des
circulations différenciées, qui dessinent, selon les périodes, des espaces de forte
circulation des hommes par exemple, par opposition à d’autres, sortes de cul-
de-sac des mouvements de populations. La distribution de ces espaces n’est pas
homogène, ce qui se traduit, à l’intérieur des possessions espagnoles du conti-
nent américain au XVIIe siècle, par l’existence de frontières intérieures – la
Caraïbe, le Guatemala, ou mieux, ce no man’s land constitué par les marches
australes du Guatemala (Costa Rica actuel) ou la Terre Ferme – territoires
pourtant très fréquentés pendant la première moitié du XVIe siècle. D’autres
régions, en revanche, connaissent dès le XVIe siècle une centralité ininterrom-
pue dans la circulation des biens, des hommes et des idées. C’est le cas de la
Nouvelle-Espagne (centré autour de Mexico)50 ou des cœurs de la vice-royauté
du Pérou, Lima, Cuzco et Potosi51. Il est clair que ces variations des flux ne sont
pas le fait du hasard, et que dans le cas précis de la Caraïbe et des régions de
Terre Ferme les logiques économiques expliquent cette éclipse de près d’un
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siècle aux conséquences régionales durables.
Les circulations peuvent aussi être régies par des logiques politiques, ou par
la manière dont les profanes intègrent les cadres juridiques de la monarchie.
Ainsi, bien que les Indes, qui appartenaient en droit au royaume de Castille,
aient été ouvertes dès le XVIe siècle à l’immigration de tous les ressortissants de
Castille et d’Aragon, rares sont les Aragonais qui franchissent l’océan, pour ne
pas parler des Catalans qui, encore à la fin du XVIIIe siècle, continuent à être vus

48. En ce sens, je nuancerai l’idée selon laquelle la circulation ou les « régimes de circulation » (circu-
latory regime) modèlent la société. Il me semble au contraire que ce sont les forces travaillant une société
donnée qui déterminent et modèlent des types spécifiques de circulation. Sur ces circulatory regimes, voir
C. MARKOVITS, J. POUCHEPADASS, S. SUBRAHMANYAM (ed.), Society and Circulation, op. cit., Introduction.
49. Voir à ce sujet les remarques exprimées par la rédaction des Annales dans le commentaire préli-
minaire introduisant le dossier « Une histoire à l’échelle globale » (56-1, 2001).
50. Voir S. GRUZINSKI, Les quatre parties du monde, op. cit. ; Oscar MAZIN, (ed.), México en el mundo
hispánico, Zamora, El colegio de Michoacán, 2000.
51. Voir Margarita SUÁREZ, Desafíos transatlánticos. Mercaderes, banqueros y el estado en el Perú virrei-
nal, 1600-1700, Lima, Fondo de cultura económica/IFEA, 2001.
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UNE PERSPECTIVE ATLANTIQUE 67

comme des étrangers aux Indes52. Si la fréquence du contact tend à révéler la


construction d’un espace, cet espace est avant tout castillano-américain, bien
plus qu’hispano-américain. Cette union, qui est celle de la langue dominante
mais aussi du droit partagé – le droit castillan s’applique aux Indes53, contrai-
rement à ce qui se passe pour les autres royaumes de la monarchie (Aragon,
royaume de Naples, Milanais, Flandres…) – se trouve également déclinée dans
les statuts de la confrérie de la nation espagnole de Rome, datant de 1555.
Fondée pour aider « les jeunes filles pauvres et orphelines de la nation », pour
les doter notamment, la confrérie établit en effet vers 1600 que les confrères
doivent secourir les membres de la confrérie dans une hiérarchie précise :
d’abord les Castillanes (en incluant explicitement sous ce terme la Castille et
les Indes de Castille), puis les Valenciennes, les Aragonaises, les Navarraises, les
Catalanes, les Portugaises et enfin les Bourguignonnes, […] les Flamandes, les
Siennoises, les Napolitaines et Sardes… et dans cet ordre54 ! La visée politique
explicite de ces statuts (la confrérie de la « nation espagnole » se superposait,
sans les annuler, aux anciennes confréries de Portugais, de Castillans et
d’Aragonais qui existaient dans la ville éternelle) ne change rien à l’argument :
ce projet politique n’en dessine pas moins un empire idéal, dont le noyau (le
premier membre dans l’ordre hiérarchique) se trouve à cheval entre la Castille
et les Indes, noyau autour duquel graviteraient toutes les autres parties de l’em-
pire, aussi bien en Espagne que dans le reste de Europe55. Cet édifice politique
explique la densité des « connexions » entre la Castille et « ses » Indes, et confirme
en même temps le caractère à bien des égards infructueux d’une analyse de cet
ensemble en termes de « métropole » et de « colonies », autrement dit en termes
de « centre » et « périphérie »56.
Il est tout aussi clair que l’espace ainsi défini n’est qu’un des multiples
espaces qui forment et traversent l’empire, lui donnant une cohérence politique
et un ancrage culturel. Car d’autres relations, tout aussi denses, déterminent des
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espaces sociaux fondés sur l’origine (« Espagnols », « Indiens », « Noirs »,
basques, marranes…), voire sur le lignage (noblesses castillanes, noblesses
autochtones, « purs » et « impurs »)… mettant au jour la circulation de notions et
concepts sur le sang et l’« hérédité », déclinés de manière spécifique dans chaque
contexte57. Et si l’on considérait l’imaginaire politique, et notamment l’idée

52. Peter BOYD-BOWMAN, « Patterns of spanish emigration to the Indies until 1600 », Hispanic
American Historical Review, 56, 1976, p. 580-604 ; Antonio EIRAS ROEL (ed.), La emigración española a
Ultramar, 1492-1914, Madrid, Tabapress, 1991.
53. Juridiquement les Indes sont la Castille.
54.Thomas DANDELET, « Spanish conquest and colonization at the center of the old world : the spa-
nish nation in Rome, 1555-1625 », The Journal of Modern History, 69-3, sept. 1997, p. 506.
55.Voir Jean-Paul ZUNIGA, « Le voyage d’Espagne. Mobilité géographique et construction impériale
en Amérique hispanique », Cahiers du CRH (EHESS), à paraître.
56. Pour une autre approche de la même question, voir S. GRUZINSKI, « Les mondes mêlés », art. cit.,
p. 114. note 140.
57. J’ai abordé cette question dans J.-P. ZUNIGA, « La voix du sang. Du métis à l’idée de métissage en
Amérique espagnole », Annales HSS, 54-2, 1999, p. 425-452.
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68 REVUE D’HISTOIRE MODERNE & CONTEMPORAINE

d’une monarchie de droit divin, ou encore la dimension confessionnelle de la


monarchie hispanique, on se trouverait face à des espaces – mouvants – tra-
versant l’empire, et le rattachant à d’autres réalités culturelles non « hispa-
niques » (l’ensemble des sociétés justifiant le pouvoir politique par la volonté
divine dans un cas, la catholicité dans l’autre).
Ce type d’enquête située permet ainsi de mettre l’accent sur des dyna-
miques culturelles ou économiques, de mettre en place des notions comme celle
de créolisation par exemple, plus attentive aux mécanismes de l’interaction des
connexions in situ, quels que soient par ailleurs les mécanismes continentaux,
impériaux ou « globaux » traduits sur place par cette interaction.

***
Si l’on retient des histoires globales la notion de connexion, force est de
constater qu’il s’agit là d’un outil de premier ordre qui vient enrichir l’outillage
des historiens. Ajoutée en particulier aux acquis de l’histoire sociale des pra-
tiques culturelles, elle ne peut que fertiliser le travail de l’historien, et elle montre
avec acuité le besoin constant de réexaminer les catégories avec lesquelles nous
travaillons.
Mais un outil, aussi performant fût-il, n’a pas vocation à se substituer à une
démarche théorique. Le problème n’est donc pas tant de savoir quelle échelle,
locale ou « globale », il faut adopter pour étudier les sociétés humaines, que de
choisir les outils les plus adaptés pour répondre à un questionnement spéci-
fique. En ce sens, le « global », niveau de plus mis à la disposition de l’historien,
ne saurait être une manière de nier le poids des forces qui déterminent la qua-
lité, la direction et la densité des connexions formant un espace social.
Jean-Paul ZUNIGA
Centre de Recherches Historiques
EHESS
© Belin | Téléchargé le 05/02/2021 sur www.cairn.info (IP: 190.123.43.57)

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