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MINISTERE PUBLIC

c/
HAMIDOU DIAO

DETOURNEMENT DE DERNIERS PUBLICS-MANDAT DE DEPOT- MAIN LEVEE


– CONDITIONS – ETAT DE SANTE INCOMPATIBLE AVEC LA DETENTION,
MEME EN MILIEU HOSPITALIER

Viole les dispositions de l’article 140 du code de procédure pénale la chambre


d’accusation qui a ordonné la mainlevée de mandat de dépôt d’un inculpé de
détournement de derniers publics alors qu’il n’est pas établi que son état de santé
est incompatible avec la détention, même en milieu hospitalier.
La Cour suprême,
Après en avoir délibéré conformément à la loi ;
Attendu que, par l’arrêt infirmatif attaqué, la chambre d’accusation de la cour
d’Appel de Dakar a ordonné la mise en liberté provisoire de Hamidou Diao, inculpé
d’escroquerie portant sur des derniers publics ;
Sur la déchéance :
Attendu que, le défendeur, dans son mémoire produit le 24 avril 2014, a soulevé la
déchéance, au motif que, d’une part, la requête du 12 mars lui a été signifiée le 18
mars, soit au-delà du délai de trois jours prévu par l’article 63 alinéa 1 er de la loi
organique sur la Cour suprême, d’autre part, l’acte de signification n’a pas reproduit
les dispositions de l’article 39 ;
Mais attendu que le défaut de notification du pourvoi au défendeur dans le délai de
trois jours n’est pas sanctionné et le défendeur a reçu signification du recours et
présenté ses moyens de défense dans le délai prescrit ;
Qu’il s’ensuit que la déchéance n’est pas encourue ;
Sur le moyen unique tiré de la violation de l’article 140 du code de procédure
pénale, en ce que pour l’infirmer l’ordonnance de refus de mise ne liberté provisoire,
l’arrêt attaqué retient que l’expert commis a répondu à toutes les questions qui lui ont
été posées par le magistrat instructeur et indiqué de manière non équivoque que les
pathologies présentées par Hamidou Diao sont incompatibles avec le maintien en
milieu carcéral pendant la durée du traitement, alors qu’en matière de détournement
de derniers publics l’alinéa 3 de l’article susvisé ne préconise la levée du mandant de
dépôt que si la santé du détenu est incompatible avec la détention, même en milieu
hospitalier ;
Vu l’article 140 du code de procédure pénale ;
Attendu que, selon les dispositions de cet article, en matière de détournement de
derniers publics, le juge d’instruction n’ordonne la mainlevée du mandat de dépôt
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que s’il résulte du rapport d’un médecin commis en qualité d’expert, que l’état de
santé du détenu est incompatible avec le maintien en détention, même dans un
centre hospitalier ;
Attendu que, pour ordonner la mainlevée du mandat de dépôt, l’arrêt attaqué relève
que « le juge d’instruction, en fondant son refus sur le fait que le médecin commis en
qualité d’expert n’a pas indiqué en quoi la prise en charge de la pathologie révélée
chez l’inculpé n’est pas possible en milieu carcéral, a ajouté à la loi, alors et surtout
que la question n’a pas été posée à l’expert » ;
Qu’en statuant ainsi, alors qu’il n’a pas été établi que l’état de santé actuel de
l’inculpé était incompatible avec la détention, même en milieu hospitalier, la chambre
d’accusation a violé les dispositions susvisées ;
D’où il suit que la cassation est encourue ;
Par ces motifs :
Casse et annule l’arrêt n° 41 rendu le 20 février 2014 par la chambre d’accusation
de la cour d’Appel de Dakar ;
Renvoie devant le juge d’instruction saisi ;
Met les dépens à la charge du Trésor public ;
Dit que le présent arrêt sera imprimé, qu’il sera transcrit sur les registres de la cour
d’Appel de Dakar ;
Ordonne l’exécution du présent arrêt à la diligence du Procureur général près la
Cour suprême.
Ainsi fait, jugé et prononcé par la Cour suprême, chambre criminelle, en son
audience publique ordinaire tenue les jours, mois et an ci-dessus et à) laquelle
siégeaient Madame et Messieurs :

PRESIDENT : Cheikh Ahmed Tidiane Coulibaly ; CONSEILLERS :El Hadji


MalickSow, Adama Ndiaye, Mouhamadou BachirouSèye, HabibatouBabou et Jean
AloïseNdaiye ; AVOCAT GENERAL :Ndiaga Yade, représentant le ministère :
public ; GREFFIERE : Awa Diaw