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MÉDIATHÈQUE de CHÂTEAUNEUF

Journal
des lecteurs

Photo d’un tableau de Winslow Homer


« La lecture est un billet d'absence, une sortie du monde ».
Christian Bobin

Mars 2021 N° 43


Sommaire

Histoire du fils, de Marie-Hélène Lafon ........................................4


Un jour ce sera vide, d’Hugo Lindenberg.....................................5
Âme brisée, d’Akira Mizubayashi....................................................6
La forêt aux violons, de Cyril Gely ...............................................7
Chavirer, de Lola Lafon .................................................................8
Des diables et des saints, de Jean Baptiste Andrea.......................9
American Dirt, de Jeanine Cummins ..........................................10
La confidente, de Renée Knight ..................................................11
Les graciées, de Kiran Millwood Hargrave ..................................12
Le tailleur de Relizane, d’Olivia Elkaim ......................................13
Betty, de Tiffany McDaniel...........................................................14
Bison, de Patrick Grainville..........................................................15

Coups de cœur
C’est l’heure des contes, de Gérard Jugnot ..............................16
L’Arbre-Monde, de Richard Powers ...........................................16
Le prince à la petite tasse, d’Émilie de Turckheim..................16
La deuxième femme, de Louise Mey ........................................17
La race des orphelins, d’Oscar Lalo .........................................17
L’enfant parfaite, de Vanessa Bamberger ................................17

BD et romans graphiques
Beate et Serge Klarsfeld : Un combat contre l’oubli,
de Bresson et Dorange..............................................................18
Django, Main de feu, de Rubio et Efa ......................................19
Édito


Le journal des lecteurs, une belle idée germée dans l’esprit de
deux passionnées de lecture en 2006 : Mady Gérard et Marie-Anne
Rouan…
Depuis, ce Journal existe, au-delà des personnes et des événements.
Marie-Anne n’est plus là mais ce nouveau numéro va paraître et d’autres
le suivront car c’est un bel outil de communication, une sorte de pont
entre les lecteurs.
Marie-Anne serait fière de ce numéro qui fait la place à la diversité et aux
grandes questions soulevées par une société malmenée depuis un an :
Chavirer, La deuxième femme ou L’enfant parfaite. À vous de
découvrir…
Elle aimait les leçons de l’Histoire
« Un combat contre l’oubli » : celui de Beate et Serge Klarsfeld, des
orphelins nés dans les Lebensborn, ou des graciées du XVIIe siècle…
autant de livres qui nous éclairent sur notre passé pour éviter les écueils
du présent.
Et puis, est-ce un hasard, il y a beaucoup de musique dans cette
sélection : des violons d’abord et un morceau de piano qui traverse le
roman de Jean Baptiste Andrea…


« Tout est musique. Un tableau, un paysage, un livre, un voyage ne
valent que si l'on entend leur musique. » Jacques de Bourbon

Marie-Claude
Histoire du fils
Marie-Hélène Lafon
Buchet Chastel

Histoire du fils est une histoire de pays et de chair, celle de la terre des origines, des
hommes qui l'ont quittée, y retournent, et de ceux qui y découvrent la lignée à laquelle
ils appartiennent.
Le roman de la famille Lachalme traversant le 20e siècle, s'ouvre en 1908, dans l'esprit
d'un des principaux protagonistes, Paul Lachalme, l'un des descendants du domaine de
Chanterelle. On n'est pas paysan dans la famille, mais propriétaire d'un hôtel au cœur du
Cantal, dont le nom traverse la vie de Paul, même s'il le quitte dès l'adolescence. Paul et
son frère aîné, élèves brillants à Aurillac, n'y parlent jamais de leur origine montagnarde.
Précoce en désirs sexuels, il est mis « en état de tumescence » par l'infirmière, Gabrielle
Léoty, qu'il séduit. André, le fils, naîtra à Paris de cette union peu équilibrée.
La chronologie est habilement bousculée, mais avec clarté, permettant à l'auteure de
creuser la matière du temps et des lieux, et d'y ancrer les émotions. Elle nous glisse dans
l'esprit des personnages ; en 1950 dans celui d'André qui, se sachant de père inconnu,
apprend le jour de son mariage que ce père est un avocat parisien originaire du Cantal.
Que fera-t-il de ce choc ?
Le roman s'enrichit du personnage libre et fort de Gabrielle, une mère que son fils ne
qualifiera jamais d'indigne, bien qu'il ne la voie qu'un mois par an ; il appelle « maman » sa
tante de Figeac à qui sa mère l'a laissé, pour vivre libre à Paris, avec ses raisons. André est
pour tous « un trésor » lumineux, un enfant apte comme elle à affronter le destin, à géné-
rer le bonheur autour de lui, malgré une sorte de « raton laveur » qui lui ronge le cœur,
l'ignorance du père. Aimé de tous, il sait capter au passage l'amour en pointillé de sa
mère.
La beauté du roman, ce qui en fait un bonheur de lecture, réside en partie dans le tem-
pérament heureux du fils qui a toujours fait, envers et contre tout, « le choix de la joie ».
Chanterelle n'a jamais quitté l'esprit et le cœur de Paul, revenu de Paris pour l'enter-
rement de son père, « tout lui tenait au corps, sans nostalgie aucune, dans la joie brutale
de l'appartenance ».
Quant à la rencontre du père et du fils, a-t-elle été nécessaire pour que Chanterelle
que n'a pas connu André surgisse, et que son terreau s'ajoute pour lui et sa femme, à
l'autre terre de son enfance, à Figeac ?
L'Autre bonheur de lecture est indissociable de la plume inspirée de Marie-Hélène
Lafon qui accomplit l'exploit d'être à la fois économe et sensuelle, constitutive d'une
œuvre unique qui fait de ses lecteurs des amis fidèles.
Nicole
Marie-Hélène Lafon : née en 1962 dans le Cantal, dans une famille de paysans, professeure de
lettres à Paris. Son pays natal reste le creuset de son œuvre, dont une dizaine de courts romans :
L'annonce, Les pays. Joseph, Nos vies. Histoire du fils a reçu le prix Renaudot 2020.

4
Un jour ce sera vide
Hugo Lindenberg
Christian Bourgois

Le titre d'un roman aiguillonne toujours la lecture ; celui-ci peut créer une
angoisse, renforcée par sa dédicace : « Aux enfants seuls et aux aliénés ». Mais le
récit se révèle « plein » d'une intensité captivante. Recréée par l'adulte que l'auteur
est devenu, l'enfance y apparaît comme la période des sentiments extrêmes, des
attentes éperdues.
Le sujet est simple, banal même. Le narrateur est un petit garçon orphelin de
mère, à la sensibilité exacerbée, introverti et rêveur. L'année de ses dix ans, les
vacances habituellement solitaires sur une plage de Normandie, auprès d'une
grand-mère, que certes il adore, et d'une tante dont il déclare avec méchanceté
haïr la laideur et craindre la folie, sont illuminées par la rencontre avec Baptiste,
son double solaire. Et surtout Baptiste a une vraie famille, un cocon au cœur
duquel rayonne une mère qui a le pouvoir de l'éloigner de son obsession : respi-
rer le parfum des foulards de sa mère décédée. Avec Baptiste, l'ennui est vaincu ;
tout devient passionnant, jusqu'à la cruauté partagée. Auprès de sa mère, le passé
douloureux du petit orphelin juif, qui fait la toile de fond du roman, s'estompe.
Des chapitres courts et ciselés ont le don de déployer le kaléidoscope des sen-
timents de l'enfance, tous loin d'un fleuve tranquille qui conduirait à l'adolescen-
ce tourmentée ! On y poignarde des méduses, on y piège les fourmis ; mais une
nuit passée dans la magnifique maison de la famille de Baptiste, un baiser échan-
gé à l'arrière d'une voiture font monter au ciel ; on apprend aussi qu'il va falloir
se battre pour exister tel qu'on veut être, même à deux.
Une fin foudroyante suggère le prisme d'une nouvelle lecture et invite à une
relecture du titre...
Un livre petit par sa taille, grand par son écriture inspirée…
Nicole

Hugo Lindenberg est un auteur français, journaliste, né en 1978.


Un jour ce sera vide est son premier roman ; il a été nominé pour le prix « Femina des
lycéens » et a reçu la première édition du prix « Le Temps retrouvé » créé en hommage
à Marcel Proust. Parmi les membres du jury : Patrice Poivre d'Arvor, David Foenkinos…

5
Âme brisée
Akira Mizubayashi
Gallimard

Cette histoire débute à Tokyo en 1938 lors des conflits sino-japonais.


Quatre musiciens amateurs, passionnés de musique, répètent
régulièrement au centre culturel. Des militaires font irruption dans la
salle. Le jeune Rei, 11 ans, caché dans une armoire, assiste à l'arrestation
de son père Yu, dont le violon est détruit devant ses yeux.
Ce violon brisé est le fil conducteur de ce roman.
On découvre le lien entre le jeune Rei des années 30 au Japon, et
Jacques, luthier en France qui redonne vie et âme aux violons blessés.
La littérature et la musique sont les pièces maîtresses de ce
magnifique roman. « Une mélodie simple, touchante, lancinante,
transparente comme un ruisseau de larmes, commença à couler sur les
cordes du premier violon ».
Il nous parle de résilience, d'amour filial, de transmission, d'une vie
qui se construit même sur des ruines.

Christine

Écrivain et universitaire japonais, Akira Mizubayashi, né en 1951, est l'auteur de


plusieurs livres écrits dans un français sensible et poétique.
Prix des Libraires 2020, ce roman a fait l’objet d’un coup de cœur de Marie-Claude dans
le numéro 42.

6
La forêt aux violons
Cyril Gely
Albin Michel

1677. Apprenti chez Nicolo Amati, célèbre luthier de Crémone, le


jeune Antonio est renvoyé, il gâche trop de bois car il casse quand il n’est
pas satisfait. Et pourtant, il est doué, Amati le sait et lui témoignera tou-
jours sa bienveillance.
Livré à lui-même et jeune marié, il s’installe à son compte. Il a besoin
de bois, sans un sou vaillant, il décide de partir vers les « montagnes
roses » bien au-delà du lac de Garde. Il fera le voyage cinq fois en dix ans,
honorant ainsi le marché conclu avec le bûcheron. À savoir, en paiement
de cinq magnifiques épicéas, il fabriquera à chaque fois un violon.
Dix années précieuses pour la beauté du bois coupé et pour Antonio
car il aura découvert « pourquoi il fabriquait des violons »...
Biographie romancée, vous l’aurez compris, d’Antonio Stradivarius,
nous tombons sous le charme du récit poétique et esthétique. On a dit
de ce récit qu’il se lisait comme un conte et c’est exactement cela.
Avec Antonio, vous redécouvrirez avec plaisir le rite de la montée vers
les montagnes roses, vous louerez le silence de la montagne et de ses
habitants, la beauté d’une femme, grande inspiratrice qui a libéré le don
extraordinaire d’Antonio.
Marie

Cyril Gely est un dramaturge, scénariste contemporain (Films : Diplomatie, l’Autre


Dumas, Chocolat).
Si vous n’avez pas lu « Le Prix » précipitez-vous ! L’affrontement à huis clos entre Otto
Hahn qui va recevoir le prix Nobel de chimie en 1946 et son ancienne collaboratrice
Lise Meitner. Récit percutant aux dialogues ciselés et qui nous interroge.

7
Chavirer
Lola Lafon
Actes Sud

« Mauvaise victime » ! Comment Cléo, jeune adolescente passionnée


de danse a-t-elle pu en arriver à se qualifier ainsi ?
Lola Lafon explore le chemin qu'elle a pris le jour où, croisant la belle,
riche et cultivée Cathy, elle a pensé que, grâce à elle, son rêve se réalise-
rait : obtenir une bourse délivrée par la pseudo Fondation Galatée pour
entrer dans une prestigieuse école de danse. Cléo vient d'être évincée de
la formation en danse classique et pratique désormais la danse moderne
dans la MJC de son quartier de banlieue. La déception a préparé le
terrain. Dans l'attente de la bourse espérée que pourra lui décerner un
jury de spécialistes, elle accepte, subjuguée, les cadeaux de Cathy,
parfum, place à l'opéra. Un monde pour elle inconnu. Un éblouissement.
Mais le piège se referme après plusieurs passages devant le pseudo jury,
dont on devine qu'un membre la viole après avoir annihilé sa méfiance et
ses défenses.
Mais au collège, elle est celle qui va réussir, un phare pour ses cama-
rades. Pourquoi pas elles ? Dans la mode, le cinéma... Toutes les portes
peuvent s'ouvrir à celles qui lui donnent leur numéro de téléphone à
transmettre à Cathy. Le chavirement a eu lieu.
Elle n'est pas sélectionnée. La vie continue. « Oubli ou pardon » c’est
l'alternative que lui insuffle un jeune juif amoureux d'elle. La danse est
toujours son monde, elle y fait carrière et nous la suivons dans les cou-
lisses peu glorieuses des cabarets parisiens et les petites tournées,
découvrant la réalité de l'exploitation des corps martyrisés.
Les messieurs en chapeau haut de forme, tapis dans les coulisses des
cours et des scènes où s'exhibent les petites danseuses en tutu blanc de
Degas, viennent à l'esprit... Mais notre époque offre des possibilités de
remplacer l'oubli par la rébellion, la dénonciation. La vérité peut éclater
pourvu qu'on le veuille, qu'on se considère simplement comme une
victime. Le voudra-t-elle ?
Nicole

Prix du Roman des étudiants 2021

8
Des diables et des saints
Jean Baptiste Andrea
L’iconoclaste

Un vieil homme joue du piano. Du Beethoven. Et seulement dans les


gares ou les aéroports. Qui est ce personnage qui semble attendre quel-
qu’un ?
Pour le savoir, il faut écouter le narrateur nous délivrer avec émotion
les confidences d'un petit garçon nommé Joe dont l'enfance s'est arrêtée
tragiquement à la mort brutale dans un accident d’avion de ses parents
et de sa sœur. Joe passe d’une vie confortable aux murs suintants de l'or-
phelinat des Confins perdu dans les Pyrénées.
Les coups, les privations, la perversité parfois… Le thème n’est pas
nouveau mais le ton employé par l’auteur, qui vacille entre la tragédie et
l’humour, est totalement prenant. Les personnages sont incarnés avec
force : l’abbé Sénac qui dirige l’orphelinat, son assistant sadique
Grenouille, les copains bien abîmés mais liés par une amitié qui résiste à
tous les sévices. Le piano aussi bien sûr comme fil conducteur : une éva-
sion virtuelle mais pas seulement…
« Tout sèche dans les prisons, le cœur, l’âme, tout sèche sauf la force,
qui, au contraire, grandit ».
Jean-Baptiste Andrea réussit à nous entraîner dans ce magnifique
roman rythmé par les rires et les larmes, entre les diables et les saints
(pas très nombreux à vrai dire). Sans oublier Beethoven bien sûr !
Une de ces découvertes qu’on a aussitôt envie de partager !

Marie-Claude

9
American Dirt
Jeanine Cummins
Philippe Rey

Chaque migrant a sa propre histoire, mais fait partie d'un grand cou-
rant de misère ou de peur. Lydia mène une vie aisée à Acapulco. Ce n'est
pas pour vivre mieux qu'elle quitte brusquement la ville avec Luca, son
fils de 10 ans, en direction des États-Unis ; elle part pour survivre. Elle a
des raisons de penser qu'elle n'a pas le choix. Elle et son fils ont échappé
par miracle à l'assassinat de Sébastien son mari et de 15 membres de leur
famille. Journaliste, il venait de dévoiler dans la presse, en gardant pour-
tant l'anonymat, le nom de Javier, chef d'un des nombreux cartels de la
drogue qui gangrènent une ville, cette ville mexicaine « où vous pouvez
être un docteur, un professeur, un prêtre, un officier de la police
fédérale et aussi un narco ».
Or elle même venait de découvrir avec effroi qu'elle connaissait Javier,
le commanditaire des assassinats, amateur de poésie, venu régulièrement
dans sa librairie et avec qui une connivence intellectuelle et sensible
s'était instaurée ! Gênante embardée sentimentale...
La folie de cet homme lui fait quitter la ville avec son fils ; cet homme
qui l'appelle « la reine de son cœur » mais considère mystérieusement
qu’« il y a du sang sur ses mains aussi », qu'elle aussi doit mourir.
« Personne n'ira la chercher sur la Bestia. Luca et elle auront peut-être,
comme n'importe qui, la chance de survivre à la Bestia ». C'est l'espoir
partagé par tous les migrants qui convergent vers le toit de ce fameux
train de marchandises roulant « al norte », vecteur mythique et souvent
mortel de l'immigration clandestine.
Pour Lydia toute rencontre est lestée de sentiments opposés : il peut
s'agir d'un « condor » payé par la mafia pour les tuer ; mais il se trouve
aussi des gens pour offrir leur soutien, religieux ou non. Des amitiés
cimentées par l'adversité se lient, comme celle avec deux jeunes hondu-
riennes. Désormais « ils sont quatre, soudés dans l'épreuve à chaque
danger surmonté, à éprouver cette sensation, fardeau qu'ils vont devoir
porter ensemble ».
L'écriture se fait haletante dans les périodes d'angoisse, et sensible
quand le récit devient intimiste, faisant de ce roman un thriller plein
d'humanité.
Nicole

10
La confidente
Emmanuel Carrère
Fleuves Éditions

Ce roman anglais, que je ne considère pas vraiment comme un policier,


mais plutôt comme un thriller, narre l’histoire d’une secrétaire attachée à
sa patronne. Actuellement on parlerait plutôt d’Assistante que de
secrétaire.
Cette femme, Christine, entrée comme intérimaire pour six mois en tant
que secrétaire du président d’une chaîne de magasins, se voit ensuite
confier le poste définitif de secrétaire de Mina sa nouvelle patronne qui
succède à son père au poste de PDG.
Christine se dévoue corps et âme à Mina sans se rendre compte qu’elle
est manipulée par cette dernière.
Christine a l’impression d’être la confidente et peut-être même l’amie de
Mina, plus qu’une simple secrétaire. Christine consacre plus de temps à
son employeur qu’à sa famille. Elle souhaite tellement que Mina réussisse
qu’elle est prête à beaucoup de sacrifices. Son travail est une obsession et
elle se sent indispensable à Mina.
L’engrenage est tel que Christine se compromet pour Mina, jusqu’à
mentir au tribunal.
Mais Mina désavoue Christine et devient blessante.
La fin de ce thriller vous montrera comment une personne effacée, polie
et dévouée peut se comporter !
Le récit fait état des dix-huit ans de collaboration entre Mina et Christine
et la période actuelle où Christine est dans un endroit qui s’appelle Les
Lauriers. On se demande s’il s’agit d’un asile, une clinique…
Ce livre tient en haleine au fil des pages et on a envie de savoir comment
cela va se terminer !

Marie-Laure

Renée Knight est anglaise. Elle est réalisatrice, productrice et auteur de documentaires.
Elle a travaillé pour la BBC et Channel Four.

11
Les Graciées
Kiran Millwood Hargrave
Robert Laffont

Un roman qui se situe en 1617 aux confins de la Norvège, inspiré de


faits réels, voilà qui pourrait faire hésiter… mais la curiosité l’a emporté et
j’ai été happée dès les premières pages.
Le décor : Une île mordue par le froid et quasiment coupée du monde.
Le contexte historique : une terrible tempête, à quelques jours de Noël
1617, a emporté la quasi-totalité des hommes du village de Vardø, près du
cercle polaire. Après s’être lamentées, les femmes de ce village vont devoir
prendre leur destin en main. À la même époque, le roi Christian II intro-
duit en Norvège des lois contre la sorcellerie visant particulièrement les
Lapons et le peuple autochtone des Samis. Dans ce contexte de répression
Absalom Cornet, le terrifiant « délégué » est envoyé à Vardø pour purifier
la région de ces forces maléfiques. Il est accompagné de sa jeune épouse,
Ursa, aucunement préparée à ce qui l’attend.
L’intrigue est passionnante de bout en bout : nous nous attachons au
destin de deux femmes en particulier que tout devrait opposer : la jeune
Maren qui a perdu son père, son frère et son fiancé dans la tempête, éprise
de liberté et la femme du délégué, Ursa, peu à peu consciente des agisse-
ments de son « cher mari » et entraînée par le désir d’émancipation.
La prédominance de la religion et du fanatisme, la domination des
hommes sur les femmes et sur les peuples ayant l'audace de revendiquer
leur différence, les jalousies des femmes entre elles, autant de thèmes qui
rendent cette lecture d’une actualité brûlante !
Ce premier roman pour adultes de Kiran Millwood Hargrave, « Les
graciées », se passe il y a quatre cents ans. Un roman captivant et glaçant
qu’on lit d’une traite aujourd’hui !
Marie-Claude

Née à Londres en 1990, Kiran Millwood Hargrave n’est âgée que de dix-neuf ans quand
elle se lance dans l’écriture avec passion. Avec Les Graciées, elle signe son premier roman
destiné aux adultes, mais aussi sa première œuvre traduite en France.

12
Le tailleur de Relizane
Olivia Elkaim
Stock

La scène inaugurale, sobre et dense, donne le ton de ce roman : en


1958, à Relizane, petite ville de la plaine aride de l'Algérie profonde,
Marcel, tailleur juif berbère, est enlevé par un commando FLN dirigé par
un ami d'enfance, jeté dans un camion, cagoule sur la tête, au grand
désespoir de sa femme Viviane, qui le voit déjà mort. Mais, contre toute
attente, il rentre chez lui trois jours plus tard. Tous ses proches veulent
savoir ce qui a permis sa libération. Pour les protéger, il ne parle pas,
créant la défiance autour de lui. Quatre ans plus tard, la famille doit
quitter l'Algérie pour la France, où ils reçoivent un très mauvais accueil et
doivent se battre pour repartir de zéro.
Au nom de ses grands-parents paternels et de son père, Olivia Elkaim
raconte et imagine l'histoire qu'elle refusait de s'approprier. Comme elle
l'explique immédiatement après la scène de l'enlèvement, lors de la perte
d'identité ressentie au moment de son divorce, « ça s'est mis à parler là
où ça souffrait ». Elle reconstitue les faits à partir des documents rangés
dans une valise et des souvenirs de son père, mais surtout, ayant échoué
à avoir un visa pour l'Algérie, il lui faut « investir, par l'imaginaire, ce
territoire intime, et pourtant inconnu ».
Olivia Elkaim manie une structure temporelle très fluide et très habile,
qui alterne retours en arrière et au présent. Elle intervient dans le récit
en nous montrant son propre rapport aux faits, entrelaçant les points de
vue et les sentiments de trois générations. De manière pudique,
touchante et précise, elle montre la complexité de la situation en Algérie
française, les identités multiples de ses aïeux, à la fois juifs arabophones,
algériens et français, décrit sans pathos les humiliations à l'arrivée en
France, leur courage et leur honnêteté face aux aléas de la grande
Histoire, mais aussi leurs faiblesses et leur déchéance à la vieillesse.
L'auteur nous fait vivre cette histoire de l'intérieur avec une grande
humanité, et nous donne l'impression que ses personnages sont de notre
propre famille, même quand, comme moi, on n'a rien à voir avec les
« pieds noirs ».
Françoise

13
Betty
Tiffany McDaniel
Gallmeister

Inspiré de l’histoire de la mère de l’auteure, ce roman nous plonge


dans la vie quotidienne d’une famille mixte de l’Ohio dans les années 60.
Le père de Betty est Cherokee et elle est la seule de ses cinq frères et
sœurs à en être le portrait. Elle est « la petite indienne » de son papa mais
ce n’est pas la même histoire à l’école et à la ville !
Cette famille est stigmatisée par ses origines, son étrangeté mise en
évidence par les particularités de caractère de chacun. C’est dans cette
atmosphère que Betty va forger sa personnalité.
L’âme Cherokee du père donne au récit toute sa poésie et sa magie,
toujours en contact direct avec la nature, ses dons, sa beauté. Cela lui per-
met d’expliquer la vie à sa façon à ses enfants.
Les secrets de famille et les événements, eux, sont violents et souvent
relayés par la mère, blessée par sa vie d’avant. « Quand elle ne parlait
pas, le silence pouvait être écrasant. Quand elle parlait, c'était pour
raconter des choses qui me frappaient par surprise, comme un coup de
poing dans l’estomac » et le lecteur aussi !
À neuf ans, Betty a déjà vu et entendu trop de choses. Cette violence,
elle l’exprime dans des mots qu’elle enferme dans des bocaux sous terre,
afin qu’un jour, quand elle en sera capable, elle puisse s’en affranchir et
en faire une histoire.
Betty va trouver son chemin grâce à l’amour sans faille, inaltérable de
son père. Sur le cercueil de ce dernier, elle a des mots magnifiques « tout
ce temps où j’avais cru être seule, mon père avait été toujours là pour
moi. Pour me soutenir. Pour m’aider à garder mon équilibre. Pour me
protéger du mieux qu’il pouvait ».
Betty a compris qu’elle devait vivre sa vie sans craindre aucune malé-
diction !
Bouleversant, violent et poétique. Ce livre peut engendrer amour ou
détestation ! Pour ma part vous avez compris !
Marie

14
Bison
Patrick Grainville
Seuil

Avec ce roman, Patrick Grainville nous fait voyager dans les Grandes
Plaines d'Amérique du nord à la découverte des tribus qui y vivent juste
avant la conquête de l'Ouest. La culture des Indiens des Plaines est alors
à son apogée, mais leur temps est compté, car ils vivent leurs derniers
moments de liberté. Conscient de leur disparition prochaine, George
Catlin quitte son confort et sa famille et décide de saisir par la peinture
les représentants de ces nations et leurs coutumes.
L'auteur nous raconte le séjour de Catlin chez les Sioux ; il va
participer à leur quotidien en assistant à leurs cérémonies et à la chasse
au bison, mais aussi s'impliquer dans leur vie de tous les jours. Il note
dans ses cahiers, tel un ethnologue amateur, leur vie et cherche à
collecter de nombreux objets et vêtements pour son projet de galerie
indienne.
C'est un récit envoûtant. L'écriture est visuelle, et donne envie de
découvrir les tableaux de Georges Catlin. Superbe !
« Tout est bon dans le bison. Les sioux sont un peuple bison ».
« Le village est le corps éclaté des bisons ».
« Les sioux vénéraient trois vertus : la bravoure, la force d'âme et la
générosité ».
Christine

Patrick Grainville est né en 1947 à Villers (Normandie). En 1976 il a obtenu le prix


Goncourt pour les « Flamboyants ». Il est élu à l'Académie française, au fauteuil d'Alain
Decaux.

15
Nos coups
C’est l’heure des contes - Gérard Jugnot - Seuil

Pour Noël, j'ai reçu un bonbon littéraire en cadeau : le recueil des contes
réécrit par Gérard Jugnot.
Lorsque ce comédien revisite Perrault, Grimm ou La Fontaine, son humour
décalé et politiquement incorrect fond dans la bouche, c'est un bonheur !
Jean-Michel

L’Arbre - Monde - Richard Powers - Le Cherche-Midi

« Ce monde n’est pas notre monde avec des arbres dedans ; C’est un monde
d’arbres où les humains viennent juste d’arriver ».
La prise de conscience est-elle trop tardive ? Comprendre que nous sommes
liés génétiquement aux arbres du monde ?
La résistance est-elle vouée à l’échec pour stopper l’abattage massif de nos
forêts ? Beaucoup s’engagent au risque de leur vie ; la plupart s’envolent dans
des paradis virtuels.
Ce livre d’une grande poésie est une symphonie de l’Arborescence, aux rami-
fications multiples…Chaque chapitre est une nouvelle présentant neuf per-
sonnages qui forment à eux tous un arbre de vie.
Maeva

Le prince à la petite tasse - Émilie de Turckheim - Calmann-Levy

Ancienne visiteuse de prison, Émilie de Turckheim ne s'est pas contentée


d'éprouver de l'empathie pour les immigrés entassés qu'elle croisait dans Paris
début 2017, mais elle a décidé, avec l'accord de son mari et de ses deux jeunes
fils, d'en héberger un pendant une année dans son appartement de 72 m2.
Ils accueillent donc Reza, jeune réfugié afghan de 21 ans, qui a fui son pays
en guerre à l'âge de 12 ans. C'est le récit sincère, émouvant, parfois drôle de
cette belle aventure-découverte qui les a enrichis tous, et nous autres lecteurs
avec.
Anne

16
de cœur
La deuxième femme - Louise Meyn - Le Masque

Si vous avez envie de lire un roman à suspense qui traite d’un véritable sujet de
société – la violence faite aux femmes – et qui vous prend aux tripes… Commencez
ce thriller, vous ne le lâcherez pas avant d’en connaître le dénouement.
Les personnages sont forts, les rebondissements déroutants et l’atmosphère,
étouffante… Bref, une lecture en apnée !
Marie-Claude

La race des orphelins - Oscar Lalo - Belfond

Que savez-vous des « Lebensborn », les pouponnières nazies : une grande


entreprise de naissances programmées selon les normes fixées par les SS
durant le troisième Reich ?
C’est sous la forme d’un journal écrit par un « scribe » qu’Hildegard Müller,
conçue dans une de ces « maternités » nous conte son histoire : des bribes de
vie, des morceaux épars d’une vie brisée dès le départ pour essayer de com-
prendre…
Un récit court, percutant et… glaçant !
Marie-Claude

L’enfant parfaite - Vanessa Bamberger - Liana Lévi

Deux hommes, amis depuis l’enfance, deux familles. François, médecin car-
diologue, marié, un fils Romain. Cyril musicien, divorcé, une fille Roxane 15
ans, en 1re S dans un très bon lycée.
Roxane répond à l’exigence d’excellence de ses parents et professeurs. Nous
la suivons dans son quotidien, en proie aux doutes, à ses complexes d’ado,
ses amitiés et la crainte de décevoir sa mère, puis sa lente dépression.
Jusqu’au drame final imputé à la prise abusive d’un médicament anti
acnéique. François, le cardio est condamné pour avoir, sur demande pres-
sante du père, fourni une ordonnance de complaisance…
Ce livre nous interroge tous, parents et éducateurs : rester à l’écoute, encou-
rager le dialogue, donner confiance, ne pas mettre la pression…
L’analyse de Vanessa Gamberger est fine, incisive. Un très beau roman !
Maeva

17
Beate et Serge Klarsfeld :
Un combat contre l’oubli

One Shot.
Scénario : Bresson, P.
Dessin : Dorange, S.

Genre : Roman graphique basé sur la vie


et les combats de ce couple hors du com-
mun.

La BD, tirée du livre biographique


« Mémoires de Beate et Serge Klarsfeld »,
met en avant des événements déjà connus
pour donner des repères au lecteur
(Procès Barbie, la gifle au chancelier
Kiesinger, le rôle de Vichy, Papon etc…).
Les Klarsfeld ont marqué les esprits par
leurs actions spectaculaires.
Ce couple a mené sa vie à la recherche
d’anciens nazis et à la reconnaissance des Graphisme très net, pré-
victimes de la Shoah. cis et sobre. Les traits
sont simples et la couleur
Tout ceci est scrupuleusement repris dans varie selon les époques.
ce récit par les auteurs, qui sont restés Oeuvre exceptionnelle,
très fidèles à la réalité. qui force l’admiration pour
les personnes concer-
nées.
Une bande dessinée qui
ne vous laissera pas indif-
férent, c’est un vrai
monument de mémoire.

18
Django, Main de feu

One shot
Scénario : Rubio, S.
Dessin : Efa

Django Reinhardt naît en Belgique en


1910 dans une famille de nomades.
À 18 ans il est grièvement brûlé et
mutilé dans l’incendie de sa roulotte, il
gardera des séquelles à la main et devra
trouver de nouveaux moyens tech-
niques pour pouvoir jouer de ce style si
particulier qui a fait sa gloire.
Créateur du jazz manouche, Django est
un miraculé…

Le graphisme est très réussi, les couleurs


chaudes nous mettent en adéquation avec l’am-
biance de l’univers des gens du voyage.
Le scénario retrace très bien le cheminement
musical et technique de ce miraculé, de cette
destinée qui lui brûlait dans l’âme.
Très agréable moment de lecture.

Martine

19
Médiathèque Municipale
de Châteauneuf
1, rue du Baou
Tel. : 04 93 42 41 71
mediatheque@ville-chateauneuf.fr

Journal des Lecteurs


écrit par et pour les lecteurs

Mise en page :
L’esp@ce Multimédi@
Rédacteur en Chef :
Marie-Claude LAMBERT

Impression :
Zimmermann - Villeneuve-Loubet

Ils ont participé à ce numéro :


Jean-Michel Carton Marie-Claude Lambert
Martine Deprez Nicole Leroy
Maeva Dupont Françoise Monasse
Marie-Élise Gutton Christine Ringelstein
Anne Hannan Marie-Laure Rue