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Université de la Manouba Année Universitaire 2020-2021

Ecole Supérieure de Commerce 3éme Année LA-BIF

Cours : SICAR et Fonds d’Investissement

Mme S. Kouki. B. Lakhal

Chapitre2 : Le capital Investissement

I- Le Concept du Capital-Investissement (Equity Private)

Le Capital-Investissement (CI) est une source de financement alternative au


financement classique. En effet, Le capital-investissement est une activité qui consiste
pour un investisseur à apporter des fonds propres à une société qui n'est pas encore
cotée, en échange d'une participation dans son capital.

Cette opération s'effectue en achetant soit des titres existants auprès d'anciens
actionnaires, soit des titres nouvellement émis lors d'une augmentation de capital. Cet
exercice financier permet aux entreprises, notamment les PME, de s’agrandir et aussi
d’accéder aux capitaux étrangers.

A la différence des autres modes de financement, l’investisseur en capital est un


actionnaire à part entière dans l’entreprise avec une vraie prise de risque et pas de
portage qui n’est qu’une forme d’endettement encore plus handicapante. Il finance les
plans d’investissement et participe activement tant à la direction qu’au développement
de l’entreprise afin d’augmenter sa valeur et ce pendant une période donnée.

A chaque stade d’investissement correspond un niveau de développement de


l’entreprise. Ainsi, le capital-investissement se présente sous plusieurs formes en
fonction de la situation de l'entreprise sur son marché et de sa santé financière.

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Graphique. Les différentes phases d’intervention du capital-investissement

Source Notes et analyses de l’ITCEQ (Mars 2016)

 Le capital d'amorçage : est le premier apport en capital d'une entreprise. Les


fonds sont parfois réunis avant la création même de l'entreprise. Ils sont
généralement utilisés pour financer tous les frais préalables à la mise sur
le marché du premier produit de la société (frais de recherche et
développement, prototype, business plan, conseils juridiques, loyers, etc). De
plus, les interventions des fonds de capital d'amorçage peuvent marquer une
étape importante dans la vie d'une jeune entreprise.

Remarque : Le capital d'amorçage a le grand avantage de permettre de conforter de


manière significative les fonds propres des jeunes entreprises de croissance et reste
souvent la seule alternative pour assurer le développement des start-up.

 Le capital-risque : Le capital-risque est un investissement, généralement sous


forme d'argent, apporté au profit d'une jeune entreprise par des
investisseurs. Ce financement prend la forme d'une prise de participation au
capital de l’entreprise. Pour les investisseurs, le capital-risque permet
d'apporter du capital, un réseau et de l'expérience au profit d'une entreprise
naissante, innovante et au futur prometteur.

Remarque : Au moment de sa création, une entreprise a besoin de capitaux pour


financer sa phase d'amorçage (réalisation de prototype, développement d'un service,
communication, publicité...). Le capital-risque permet de faire entrer des investisseurs
au capital de la société pour augmenter les capitaux de l'entreprise. Le principal risque
pour les investisseurs est de ne jamais trouver d’acquéreurs pour revendre leurs actions
si l'entreprise ne se développe pas, ou de tout perdre si la société est dissoute.
Néanmoins, les gains dont ils peuvent bénéficier sont susceptibles de dépasser leurs
espérances si l'entreprise connaît le succès escompté. Pour les entreprises, le capital-

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risque leur permet de bénéficier de fonds à un stade de développement où il est souvent
difficile d'obtenir des prêts bancaires.

 le capital-développement : Le capital-développement est une forme de capital-


investissement qui s'attache à financer les entreprises existantes en forte
croissance, dont la taille est devenue significative et qui réalisent déjà des
bénéfices depuis quelques années ou qui sont en voie d'être
bénéficiaires. L'investissement réalisé en fonds propres à vocation à financer le
développement de l'entreprise, en échange généralement d'une participation
minoritaire. Cet investissement peut concerner aussi bien le lancement d'un
nouveau produit, la conquête de nouveaux marchés, l'acquisition d'un concurrent ou
le simple renouvellement de l'appareil productif. Au travers du capital-
développement, les investisseurs cherchent à réaliser une plus-value à court ou
moyen terme via la cession des parts acquises ou une éventuelle introduction en
Bourse.

 Capital transmission : c’est une forme de capital-investissement spécialisée


dans la reprise d'une société (entreprise) à maturité dont les actionnaires ne
disposent pas au sein de leurs familles de successeurs ayant la capacité ou
l'envie de diriger l'entreprise. Il prend souvent la forme d'un Achat à Effet de
Levier (AEL) aussi appelé Levrage Buy-Out (LBO).

Remarque : * Un achat à effet de levier (AEL) est une acquisition par emprunt, rachat
d'entreprise par endettement ou encore prise de contrôle par emprunt est une
technique financière d'achat d'entreprise.
*Lorsque l'achat de l'entreprise est effectué par l'équipe de direction en place, on
parle de Leveraged Management Buy-Out (.LMBO)

 le capital-retournement : C’est un Fonds d'investissement spécialisé dans le


financement des entreprises en difficulté qu'il espère pouvoir aider
et accompagner dans le redressement et éviter la liquidation.

II- Rôle du capital investissement

Partenaire de long terme des entrepreneurs porteurs de projet de création de


développement ou de transmission, 2ème source de financement des entreprises, le
capital-investissement est un acteur socio-économique essentiel d’une économie
nationale, dont le rôle et l’impact se mesurent en termes de croissance, de création de
richesse et d’emploi. En d’autres termes, le capital-investissement permet de :

 subvenir aux besoins en fonds propres des entreprises ;


 allouer les ressources et les moyens les plus adaptés pour la croissance et la
performance ;
 participer à la définition d’une stratégie claire et à long terme pour l’entreprise ;
 préparer les relais de croissance interne ou externe à moyen et long terme ;
 développer l’innovation et préserver l’industrie ;
 orienter efficacement les fonds des institutions financières vers les entreprises ;

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 de créer de la richesse et des emplois au niveau des entreprises qu’il soutient
et au niveau de l’économie nationale.

Par conséquent, le CI est considéré un acteur économique à part entière assurant :

 L’accompagnement des projets des entreprises : Au premier rang de


l’écosystème du capital-investissement figurent les entreprises, les
entrepreneurs et leurs collaborateurs avec lesquels va s’engager un partenariat
de long terme (cinq ans en moyenne). Les entreprises sont ainsi au cœur même de
l’activité des capitaux-investisseurs auxquelles ils apportent à la fois les capitaux
et les compétences indispensables pour mener à bien leur projet de croissance :
création, développement ou transmission.

 La valorisation de l’épargne des citoyens : Les capitaux qui financent les


projets entrepreneuriaux soutenus par le capital-investissement proviennent
essentiellement de l’épargne publique à travers des placements réalisés par les
institutions financières – banques, assurances, dans les fonds des capitaux-
investisseurs. Les autres sources des capacités financières du capital-
investissement sont les investisseurs étrangers, les personnes physiques ou
morales, les caisses de retraite et les entités du secteur public. L’épargne des
citoyens devient ainsi un levier essentiel de financement de la croissance
économique des entreprises et donc du pays.

 L’échange pour s’adapter : Partie prenante de la vie socio-économique nationale


et internationale, le capital-investissement doit en permanence répondre aux
évolutions de son écosystème, aussi bien en termes économique, social, juridique,
fiscal que politique. Le capital-investissement met ainsi en place un dialogue
permanent avec les pouvoirs publics nationaux et régionaux, le gouvernement, les
assemblées, l’administration, le régulateur (AMF), comme avec les différents
syndicats, organisations patronales, associations, etc.

III- Le Capital Investissement en Tunisie

Le capital investissement joue un rôle important dans le financement


des entreprises, le développement économique des régions intérieures
et la création d’emplois. Il constitue, aujourd’hui, la seule source de capitaux stables
disponibles répondant aux besoins en fonds propres des start-up et PME tunisiennes.

Il accompagne à moyen terme les sociétés du portefeuille dans un processus


de création de valeur économique, dont la bonne gouvernance et la convergence des
efforts des investisseurs et des dirigeants vers un objectif commun restent les piliers
de ce processus. L’expertise des uns et l’ambition et la détermination des autres font
que les entreprises financées par le capital investissement affichent de
meilleures performances financières, payent plus d’impôts et recrutent plus que les
sociétés qui ne le sont pas.

Le capital investissement est plus risqué que l’investissement dans des sociétés
cotées et plus particulièrement pour les sociétés en création. Pourtant d’importantes

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synergies existent entre le capital investissement et le marché financier. L’un ne peut
s’épanouir sans le développement de l’autre, d’où l’importance de travailler conjointement
pour le développement des deux métiers.

En chiffres, les opérations de capital investissement réalisées courant l’année


2013 ont été de l’ordre de 260 millions de dinars (MDT), dont plus de la moitié dans des
zones de développement régional, permettant la création de plus de 200 entreprises
avec des levées de fonds estimées à 900 MDT. Ce qui a permis l’amélioration du taux de
pénétration du capital investissement en Tunisie à 0.33% du PIB, comparé à 0.1% pour le
Maroc et 1% pour les Etats-Unis et le Royaume Uni.

Par ailleurs, le capital investissement est considéré un des moteurs du financement


de l’économie réelle et du tissu entrepreneurial tunisien. Et pourtant, les sociétés du
capital investissement font face à des défis importants dans la gestion des sociétés en
portefeuille et l’exécution de nouveaux investissements dans le climat instable de
l’activité économique et d’accès limité au crédit.

L’Etat devrait donc penser à mettre en place un nouveau mécanisme pour combler
le déficit de financement des PME ou aussi chercher un moyen pour renforcer la
contribution du capital investissement dans le financement de l’économie. Les solutions
existent mais devraient s’inscrire dans une vision à long terme sur le devenir de
l’industrie du capital investissement qui reste la solution pour le financement et le
renforcement du tissu productif tunisien.