Vous êtes sur la page 1sur 23

Triades chinoises

Pour les articles homonymes, voir Triade.

Triades Chinoises

Lieu
Chine

Ethnies présentes
Chinoise

modifier

Lointaines héritières des sociétés secrètes de la fin du XVIIe siècle, les triades
chinoises (sinogrammes simplifiés : 三合会 ; sinogrammes traditionnels : 三合會;
pinyin : Sānhéhuì) forment aujourd’hui une mafia puissante qui n'a plus aucun rapport avec la
Triade originelle. Ils sont aujourd'hui plus de 250 000 toutes familles confondues[réf. nécessaire].

Sommaire
[masquer]

• 1 Histoire
• 2 Organisation
• 3 Articles connexes
• 4 Notes et références
• 5 Annexes
o 5.1 Bibliographie

Histoire[modifier | modifier le code]


La Triade originelle était une société secrète née en opposition à la dynastie mandchoue
des Qing à la fin du XVIIe siècle. Ses fondateurs auraient été des moines du monastère Shaolin, où
le kung-fu a été inventé et enseigné. Société patriote, elle voulait restaurer l’ancienne dynastie
Ming. Pour ce faire, elle a soutenu pendant des siècles de nombreuses révoltes contre la dynastie
mandchoue. Ses membres possédaient un langage codé, des signes de reconnaissance et
pratiquaient des disciplines de combat tenues secrètes.
Au XIXe siècle, les sociétés secrètes chinoises étaient à la fois syndicats, sociétés d'entraide,
organisations politiques, groupes économiques, etc.
Les sociétés secrètes fonctionnaient comme des syndicats souvent contrôlés par des patrons.
Celui qui refusait de devenir membre ne pouvait guère espérer trouver un emploi dans les mines
d'étain du sud de la Thaïlande ou les moulins à riz de Bangkok.
Les ang-yi ou tua-hia faisaient également office de société d'assurance et d'entraide pour leurs
membres. Elles pouvaient honorer les frais d'un procès devant un tribunal, veillaient à ce que les
membres emprisonnés reçoivent un traitement décent, s'occupaient de leur personne en cas de
maladie et de leur dépouille en cas de décès.
Les triades auront aussi, très tôt, une dimension politique. Le premier président de la République
de Chine, Sun Yat-sen, était lui-même un « 426 », soit un responsable de la sécurité et de la
discipline, de la triade des Trois-Harmonies. Entre 1903 et 1908, il fit quatre séjours au Siam au
cours desquels il contacta les leaders de diverses sociétés secrètes. Les triades participèrent à
une révolte en 1911 qui déboucha sur la défaite des Qing et la proclamation de la République. Plus
tard, Tchang Kaï-chek utilisa ses appuis au sein de la bande Verte, une autre société secrète, pour
éliminer les communistes de Shanghai. Au Siam, la plupart des leaders de triades allaient devenir
des protégés des gouvernements européens et constituer ainsi une menace politique d'un autre
genre pour les dirigeants.
La dimension économique des sociétés secrètes connaissait des formes très diverses mais était
bien réelle. Les leaders des triades pourvoyaient aux besoins des travailleurs immigrés chinois,
tels que les jeux, les alcools, l'opium et les prostituées. Ces commerces étaient alors légaux mais
lourdement imposés.
Mais, dès le milieu du XIXe siècle, certains de ses membres avaient rompu avec l’idéal des origines
et pratiquaient une violence gratuite au service de leurs seuls intérêts. Des loges de la Triade
originelle sont ainsi devenues des gangs de voleurs et d’assassins.
En 1949, les communistes les déclarent hors-la-loi. Elles fuient alors la Chine Populaire pour
s’installer à Hong Kong, Macao ou Taïwan. Dès lors, ces sociétés ne sont plus qu’un pâle reflet de
leur glorieux passé. Toute leur activité se centre alors autour du crime organisé.
Les triades sont au cœur du trafic de drogue en provenance du Triangle d'or et du Sri Lanka. Cette
région, située à cheval sur le Laos, la Thaïlande et la Birmanie, produit chaque année la moitié du
volume mondial d’opium et de ses dérivés dont principalement l’héroïne. Les triades sont très
présentes dans l’économie mondiale. Elles constituent un grand péril financier. En effet, pour
donner un exemple, 1,1 % du PNB américain, soit 50 milliards d’euros, ont été produits par les
triades pendant les années 80.
Le rattachement de Hong Kong à la Chine en 1997 a soulevé quelques inquiétudes chez les
dirigeants mafieux. Cependant, le gouvernement chinois témoigne d’une étrange mansuétude à
l’égard des triades. Ces groupes très riches réinvestissent une large part de leur argent sale sous
forme d’investissements en Chine. Ainsi, le ministre de la Sécurité publique chinois d'alors, Tao
Siju, a déclaré en 1995 que « les membres des triades ne sont pas tous des gangsters. S’ils sont
de bons patriotes, s’ils assurent la prospérité de Hong Kong, nous devons les respecter. » Il a
même affirmé que « le gouvernement chinois est heureux de s’unir à eux. ». Le rattachement de
Hong Kong et de Macao et l'ouverture économique de la Chine, va ainsi permettre aux triades de
se réinstaller massivement sur le continent principalement la 14K, le gang des bambous unis et le
gang des Quatre mers1.

Organisation[modifier | modifier le code]

Structure hiérarchique d'une triade

Les groupements mafieux se divisent en trois niveaux. Au sommet trône un chef nommé Tak
khunn, la « tête de dragon ». Il donne les grandes orientations à son groupe. Peu de membres
connaissent sa véritable identité. Sous ses ordres, il y a plusieurs responsables. Ils ont conservé
les noms traditionnels des officiers de loge.
• L’« Éventail de papier blanc » s’occupe des finances.
• Le « Bâton rouge », spécialiste en arts martiaux, se charge du respect de la loi interne.
• La « Sandale de paille » est délégué aux affaires extérieures du groupe.
• Le « Maître des encens » a la tâche de recruter les membres.
Enfin, les membres les plus nombreux sont les « soldats » qui constituent le bras armé de
l’organisation. À chaque fonction correspond un code chiffré que l’initié exprime par un simple
geste : 489 pour une « tête de dragon », 432 pour une « sandale de paille », ou 49 pour les
« soldats ».
L’intronisation d’un nouveau membre répond à une cérémonie particulière. On décapite
un coq dont le sang est mélangé à un breuvage alcoolisé. Le futur nouveau membre jure alors de
rester fidèle à la société. Puis, il s’entaille un doigt et verse quelques gouttes de son sang dans la
décoction préparée. Tous les membres présents trempent leurs lèvres dans la coupe afin de sceller
sa promesse2.
Les triades sont indépendantes les unes des autres. En 2016, on dénombre une dizaine de
grandes triades chinoises, parmi lesquelles :

• la Sun Yee On1, Hong Kong, née en 1919 à Canton, la plus importante des triades avec 50 000
membres répartis aux États-Unis, en Australie, à Macao, en Thaïlande, au Viêt Nam,
au Canada et en République dominicaine, en France1, au Benelux1,
en Allemagne ,en Espagne , en Tchéquie et en Russie ;
1 1 1 1

• la Fédération Wo1, Hong Kong née en 1908, 28 000 membres répartis au Canada, en Chine
populaire et aux États-Unis ;
• la 14K, Hong Kong, née en 1947 à Canton pour soutenir le Guomindang1, 20 000 membres
répartis en Chine populaire, à Macao, en Australie, au Canada, aux États-Unis, dans plusieurs
pays de l'Union européenne1, en Russie, à Taïwan, aux Philippines et au Japon ;
• le Groupe Luen, Hong Kong, compte 8 000 membres en Chine et à l'étranger, notamment
à Toronto ;
• le Bambou uni, né en 1956, 10 000 à 20 000 membres répartis au Canada, au Japon et aux
États-Unis ;
• la Bande des Quatre Mers, Taïwan, 2000 à 5000 membres, seconde triade de l'île. Peu
présente à l'étranger sauf en Autriche1.
• le Grand Cercle, fondée et basée en Chine populaire à la fin des années 1960 par
d'anciens gardes rouges1, présente en Russie, aux États-Unis et aux Philippines1.
Le renouveau des triades de Hong Kong
Par GEOFFREYMAENE dans Société le 11 Mai 2014 à 21:03

Les Triades de Hong Kong sont omniprésentes dans l'esprit des occidentaux. Ces
organisations sont pour nous, l'incarnation de la mafia en Asie, et le cinéma de Hong Kong
lui-même bien souvent financé par ces Triades, n'a fait que renforcer ce mythe.
J'ai cependant voulu en savoir plus sur la réalité de ces Triades : leur réel pouvoir, leur
influence et l'évolution de ces structures durant ces dernières décennies de grands
changements : ouverture économique de la Chine, rétrocession de Hong Kong, évolution
de Hong Kong comme hub financier en Asie, mais aussi les vagues successives de luttes
anti-mafias...
Je me suis pour cela fortement appuyé sur une étude menée par Roderic Broadhurst et
Lee King Wa : "The transformation of Triad 'Dark societes' in Hong Kong: The impact of Law Enforcement,
Socio-Economic and Political Change" (2009).

Définition des Triades de Hong Kong


Les Triades sont un concept assez flou pour commencer. Qui sont-ils? Quelles sont leurs
activités? En quoi se différencient-ils des groupes mafieux italiens ou américains?
Dans notre imaginaire, les Triades ne forment qu'un même grand groupe hiérarchisé bien
défini. Cependant, dès le début de leur analyse, Broadhurst et Lee, cassent cette idée
reçue. En effet, les Triades sont en réalité des petits groupes plus ou moins proches
composés à l'origine d'immigrés chinois poussés vers Hong Kong par les soubresauts de
l'Histoire chinoise (Guerres civiles, famine, communisme, Révolution Culturelle...). La
formation de ces groupes, loin d'obéir à une hiérarchisation globale, est donc davantage
liée à l'origine de ces immigrés qui se réunissaient selon leurs dialectes dans un soucis de
protéger leur communauté des "autres".
Les Triades peuvent être définies comme des sociétés secrètes (Sociétés de l'ombre
= HeiShiHui (黑社会) en chinois). Ce sont des groupes aux activités souterraines qui
agissent en dehors du cadre normal défini par la société civile. Le terme de Triadesdésigne
plus particulièrement les groupes mafieux de Hong Kong, comme les définit la police de
Hong Kong. Ce sont des sociétés secrètes qui agissent à différents niveau de la vie locale.
C'est en cela que les Triades doivent être distinguées des réseaux de crime organisé qui
s'apparentent plus à des entreprises capitalistes globales aux activités criminelles plus
étendues. Ces organisations sont plus comparables à nos grandes sociétés dans leur
organisation et leur "Business Model" (Plans de développement, nouveaux marchés...).
Ainsi, on peut voir les Triades comme des relais locaux éventuels aux grands réseaux de
crime organisé, mais le lien n'est pas si simple à établir.
Certains éléments peuvent laisser penser à un réseau mondial des Triades ultra-organisé.
Par exemple, les activités mafieuses de membres de la communauté chinoise aux Etats-
Unis et au Canada, en déclin d'ailleurs, ont-elles un lien avec les Triades de Hong Kong?
Rien n'est moins sûr. Ces groupes ressemblent davantage aux premières mafias de Hong
Kong et tendent plus à montrer un regroupement des individus par leur origine et leur
dialecte, plutôt qu'à appuyer la thèse d'un rayonnement des Triades de Hong Kong à
travers le monde.

De plus, ces dernières décennies, les Triades de Hong Kong n'ont eu aucunement besoin
d'aller développer des activités si loin. En effet, l'ouverture économique de la Chine et la
rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, ont largement recentrés leurs activités sur
la Chine Continentale. En premier lieu, la province du Guangdong (limitrophe de Hong
Kong) et plus largement les provinces côtières de Chine, sont devenues les nouveaux
terrains de chasse des groupes mafieux. Hong Kong bénéficie ainsi de sa place centrale de
hub asiatique pour permettre aux Triades de connaître une croissance externe, et même
de pouvoir servir de tête de pont à des plus grands réseaux criminels internationaux
souhaitant profiter de l'essor de la Chine.
On peut donc remarquer que si les violences et crimes liés aux Triades, ont fortement
diminuées ces dernières décennies à Hong Kong, c'est peut-être juste que la problématique
s'est déplacée vers le Nord en Chine, notamment dans le Guangdong, et les chiffres le
prouvent...
Histoire des Triades à Hong Kong
L'origine des sociétés secrètes est toujours très romancée. Les Triades de Hong Kong
dériveraient ainsi de la "Société du Ciel et de la Terre" (天地会), une société secrète créée
au XVIIème Siècle pour lutter contre la prise de pouvoir des Qing (Ethnie Madchoue) sur
la dynastie jusqu'alors Han (Ethnie majoritaire en Chine) des Ming en 1644. Les premières
Triades organisaient donc une révolte politique contre une prise de pouvoir illégitime par
cette ethnie du Nord de la Chine.
Cependant, dès le XIXème Siècle, les sociétés secrètes s'organisent en groupes mafieux
grâce aux opportunités commerciales apportées par les invasions occidentales. Hong Kong
devient vite la plateforme du commerce de l'opium en Chine et les Triades s'insèrent dans
cette lucrative activité. A cette époque, elles ont également un rôle social reconnu
puisqu'elles organisent la vie des immigrants chinois dans les quartiers de la ville pour
pallier au déni complet des autorités britanniques focalisées sur le commerce.

C'est à la fin du XIXème Siècle qu'apparaît cette sous-culture de la violence longtemps


caractéristique des Triades, afin d'évincer la concurrence des docks de Hong Kong où sont
centrées les activités de commerce de la ville.
A partir du XXème Siècle, leurs activités illicites sont marginalisées et ils se concentrent
sur les activités rémunératrices de la rue laissées vacantes par le colon anglais : extorsion,
prostitution, trafic de drogue, prêts usuriers...
Durant le XXème Siècle, certains groupes useront même de discours patriotiques pour
justifier leurs activités illicites. Celles-ci sont même encouragées à des moments de
l'Histoire où la Chine doit faire front. C'est le cas pendant l'ère communiste en Chine
Continentale, où certaines Triades seront invitées à développer des activités afin de contrer
l'émergence de groupes mafieux de Taïwan anti-communistes.
Depuis quelques décennies, c'est à un changement d'activité mais aussi de culture auquel
nous assistons. Les Triades imitent maintenant les modes d'organisation des entreprises
en diminuant les codes et la hiérarchie, mais surtout en sachant se rendre moins visibles
dans la société et investir ainsi des champs plus légaux pour diluer leur présence dans des
activités plus propres. Les crimes ont donc beaucoup baissé depuis les années 1980 en
parallèle du renforcement des actions contre les Triades.
Enfin, depuis les années 1980, on peut observer un réel déclin du nombre de membres des
Triades à Hong Kong. Il y a 30 ans, la police de Hong Kong estimait ainsi les membres des
Triades à 300.000 contre 100.000 aujourd'hui (Chiffres approximatifs difficiles à évaluer).
Les efforts des autorités pour mettre à mal les Triades

Pendant une longue période, jusqu'en 1945, le Royaume-Uni fit assez peu d'efforts pour
combattre les Triades, les considérant comme un problème local n'entravant en rien le
commerce de la colonie.
Dans la période post seconde Guerre Mondiale, Londres doit donc faire face au
mécontentement populaire et doit agir pour éviter de perdre le contrôle de Hong Kong. Les
autorités coloniales commencent donc par se préoccuper de la face visible et intolérable
du problème des Triades : la connivence entre les Triades et la police. Les commissions
anti-corruption se multiplient à Hong Kong : l'objectif est de casser cette alliance historique
des Triades et de la police, car pour combattre les Triades ils faut s'attaquer d'abord aux
"boucliers" dans les services publics.
Cette lutte s'accélère dans les années 1980. L'accord de 1984 entre la Chine et le Royaume-
Uni stipule en effet une rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, ce qui suppose une
promotion des "chinois" à tous les niveaux, y compris dans la police. Ainsi, pour éviter une
corruption généralisée de la ville après cette rétrocession, les anglais doivent intensifier
leurs efforts afin de minimiser l'influence des Triades.
La création de l'ICAC (Independent Commission Against Corruption) en 1974 marque un
pas décisif dans la lutte anti-corruption, et donc anti-Triades à Hong Kong. Cette
commission accorde des pouvoirs bien plus étendus à la police. Cette campagne anti-
triades intensive de 1974 à 1977, mènera à plus de 14.000 arrestations de membres des
Triades. Les arrestations sont depuis ce pic, en diminution continuelle.
En 1994, le Royaume-Uni, soucieux de frapper une fois de plus dans les réseaux mafieux,
crée l'OSCO (Organised and Serious Crimes Ordinance) afin d'engager une lutte encore
plus sévère contre les groupes mafieux. Il s'agit cette fois, de s'attaquer aux Triades "de
la tête aux pieds". Il ne s'agit plus que d'arrestations, mais également de s'emparer des
revenus des Triades par des saisies systématiques de leurs biens et des blocages de fonds
pour déstabiliser ces organisations à la base. Ces nouvelles lois garantissent également
une meilleure protection des témoins.
Une action de fonds est également menée depuis les années 1980 par la police en parallèle
dans les quartiers populaires afin de diminuer l'enrôlement des jeunes dans les Triades.
Les Triades s'appuient en effet beaucoup sur les gangs de jeunes qui sont leurs relais dans
les rues de Hong Kong. Cette action fonctionne bien puisque le nombre de membres de
Triades est en constante diminution à Hong Kong et leur âge tend à augmenter, pouvant
aussi laisser penser à une baisse d'intérêt des jeunes pour cette vie marginale.
Cependant, si les Triades sont moins visibles dans la société, elles n'ont pas disparues pour
autant. Les différentes campagnes organisées contre les sociétés criminelles sont en effet
inefficaces à moyen-terme puisqu'elles sont ponctuelles et que la réalité des Triades très
fragmentée, rend difficile la mise au pas de leurs activités.
La diversification des activités des Triades
Les activités violentes des Triades tendent à diminuer à Hong Kong. Les homicides en sont
un bon exemple. En effet, les homicides liés aux Triades (Parmi les plus connues : Sun Yee
On, Wo Shing Wo, 14K...) ont fortement diminuées depuis les années 1990. Les crimes
attribués aux Triades ci-dessus sont ainsi stables depuis 20 ans à 3 ou 4% des affaires
enregistrées par la police de Hong Kong.

Les dirigeants des Triades ont en effet compris l'impact médiatique des crimes liés aux
Triades et préfèrent désormais faire profil bas.
L'essor de Hong Kong comme plateforme financière d'Asie depuis les années 90, a poussé
les têtes de dragons des Triades à se tourner plus vers l'investissement et les activités
licites plutôt qu'à rester en marge de la société. Cette criminalité locale au niveau des rues,
reste cependant indispensable, pour se constituer un capital à investir.
Hong Kong est devenu un hub financier offrant aux Triades, un moyen de recycler leurs
liquidités dans des investissements lucratifs bien moins risqués que leurs activités passées.
Les sociétés secrètes patriotes, basées sur un code d'honneur strict, ont ainsi laissées place
à des entreprises mieux organisées, dirigées par des hommes d'affaires instruits : La
fiscalité très avantageuse de Hong Kong n'est pas non plus étrangère à ces évolutions de
stratégies.
Un inévitable déplacement des activités illégales vers le Nord
Les années 1980 puis la rétrocession de 1997, ont poussées les Triades de Hong Kong vers
la Chine Continentale, et notamment dans le Guangdong. Les investissements les plus
massifs ont évidemment été la ville frontalière de Shenzhen au nord de Hong Kong.

Shenzhen est en effet une ville assez spéciale. Berceau des réformes de la fin des années
1970, Shenzhen a vu sa population exploser d'un simple port de pêcheur en 1975 à une
métropole internationale de 15 Millions d'habitants aujourd'hui. Shenzhen s'est donc
imposée comme le centre de ce renouveau économique du Sud de la Chine, attirant chaque
année des centaines de milliers de migrants à la recherche d'une vie meilleure. La ville,
devenue une des plus riches de Chine, est ainsi désormais, un centre d'intérêt majeur des
investissements des Triades, car elle concentre à la fois de la main d'oeuvre pour les
groupes mafieux (LesMinggongs (Travailleurs migrants)) mais aussi un vivier de clients
énorme et de plus en plus fortuné.
Ce développement a d'ailleurs coïncidé logiquement avec une explosion de la criminalité à
Shenzhen. Pour illustrer ceci, les chiffres de la police de Shenzhen en 2003, faisaient état
de 100.000 crimes enregistrés, avec une augmentation des homicides de 30% et des
kidnappings de plus de 75%. Dans ce contexte, les Triades de Hong Kong apportent aux
nouveaux groupes mafieux, leur expérience et bien sûr un flux de capitaux nécessaires
aux investissements plus moins légaux sur place (Trafic de drogues, prostitution, jeux,
extorsion...).
Le travail de la police de Hong Kong est donc rendu compliqué par cette chasse "cross-
borders" et oblige à une coopération avec les polices de Chine Continentale pour atténuer
ce phénomène de "transplantation de crimes".

Les Triades sont donc de moins en moins visibles et paraissent se fondre dans la société
de Hong Kong. Cependant, si leur attrait tend à diminuer dans l'ancienne colonie
britannique, leur influence en Chine Continentale, et notamment dans la province du
Guangdong, tend à s'accélérer fortement. Les Triades après de nombreux investissements
illégaux mais aussi industriels sur place, commencent également à recycler ces nouveaux
flux d'argent sale, dans l'immobilier et multiplient les projets en Chine Continentale, diluant
de plus en plus leur présence sur le territoire. Cette répartition géographique et d'activités,
complique d'autant le travail des différentes polices contre ces organisations criminelles.
Partout à travers le monde, les États sont confrontés au crime organisé. En Chine, la situation
semble préoccupante. En effet, l'étendue des activités criminelles de la mafia chinoise ainsi que
les ressources qu'elle possède sont impressionnantes. Certains vont jusqu'à affirmer que cette
mafia est si puissante que ses activités sont étroitement liées à la croissance spectaculaire de
la Chine(1). D'autres soulignent également qu'elle gangrène l'économie licite chinoise(2).

Comment réagit le gouvernement chinois face aux triades? Est-ce une mafia en expansion?
Comment s'est-elle implantée dans la société chinoise? Ce texte s'attardera à toutes ces
questions. D'entrée de jeu, un retour dans le temps semble nécessaire afin de bien comprendre
la situation actuelle.

Des racines profondes

La mafia chinoise possède des liens directs avec d'anciennes sociétés secrètes formées par des
guerriers, et ce, dès le 15e siècle. D'ailleurs, le terme triade désigne de manière générique des
organisations secrètes chinoises(3), bien qu'il soit utilisé pour désigner la mafia chinoise. Jean
Baffi, directeur de l'Institut de recherche du sud-est asiatique, affirme que les triades se sont
développées en organisations multifonctionnelles(4), ajoutant que Marcel Mauss aurait dit d'elles
qu'elles représentent un phénomène social total(5).

Au 19e siècle, elles étaient à la fois agences pour l'emploi, syndicats, sociétés d'entraide,
organisations politiques, groupes économiques et phénomènes religieux(6). Ces triades ont
développé des activités criminelles au cours du dernier siècle, se répandant rapidement dans tout
l'empire chinois et se transformant en organisations pratiquant les trafics les plus divers(7).

Prise de pouvoir communiste et exil

Une fois arrivés au pouvoir en 1949, les communistes déclarent les triades hors-la-loi. Elles fuient
alors la Chine populaire pour s'installer à HongKong, Macao ou Taïwan. La première cause de
cet exil forcé demeure les liens qui unissaient les triades au Parti Guomindang de Tchiang Kai-
Chek(8). D'ailleurs, celui-ci aurait également été affilié à la Bande verte de Shanghai, une triade
reconnue pour ses élans de violence envers les communistes(9).

Au cours de cet exil, les triades se spécialisent dans la production et la distribution de stupéfiants,
la prostitution et le jeu. À Macao, les casinos génèrent quelque deux milliards de dollars et
constituent les premières ressources de l'enclave(10). L'arrivée de la mafia chinoise coïncide
avec l'explosion de la criminalité. D'ailleurs, Macao est régulièrement secouée par des crimes
crapuleux, des meurtres de chefs de gangs et des tentatives d'assassinats de divers
responsables de l'administration locale. Une violence due, notamment, au repli sur Macao de la
pègre de HongKong(11).

1997 : rapatriement de HongKong...et des triades

Rétrocédée par le Royaume-Unis à la Chine populaire communiste en 1997, HongKong fourmille


de gangsters. En 1993, la triade Sun Yee On y possédait plus de 45 000 membres et environs 1
700 cadres (12). Depuis le retour de HongKong sous l'égide chinoise, certains affirment que la
Sun Yee On s'étend désormais à toute la Chine du Sud, jusqu'à Canton, et que ses complicités
politiques touchent au sommet du pouvoir communiste pékinois. La brigade antitriades de la
Royal Hongkong Police estime alors qu'elle comptera 100 000 membres au tournant du
siècle(13).

Pourtant, le ministre de la Sécurité publique chinois d'alors, Tao Siju, déclare que : « les
membres des triades ne sont pas tous des gangsters. S'ils sont de bons patriotes, s'ils assurent
la prospérité de HongKong, nous devons les respecter (14).» Il affirme également que «
le gouvernement chinois est heureux de s'unir à eux(15). » Les triades n'étaient donc pas la
priorité du gouvernement chinois de l'époque.
Les triades au 21e siècle

La Chine d'aujourd'hui n'est pas la Chine de 1949 ayant exilé les triades. L'économie de
marché pénètre de nouvelles barrières et l'effervescence économique bat son plein. Pour He
Binsong, un éminent criminologue Chinois, l'apparition et l'accroissement de la criminalité
organisée en Chine résultent forcément de mutations politiques, économiques et culturelles
engendrées par le passage de la planification à l'économie de marché(16). Le criminologue
souligne l'importance de ce changement. Pour lui, la transition sociale signifie ici migration de
toute une société d'une structure vers une autre : il s'agit d'un changement structurel du système
social en entier(17).

Bingsong, qui est également directeur du Centre de recherche en droit pénal et directeur du
Centre de recherche sur le terrorisme et le crime organisé en Chine, affirme que ce changement
systématique modifie profondément l'échelle des revenus et les modes de pensée de toute la
société. Pour sa part, Alain Rodier, un ancien officier supérieur des services de renseignement
français, estime que cette volonté étatique d'établir une croissance économique permet de croire
que les triades seraient un instrument au service du développement économique de la Chine, qui
« y trouve son compte tant qu'elle touche une partie importante des revenus et que les acteurs
criminels aux commandes ne remettent pas en question l'ordre établi(18) ».

Mais Rodier va plus loin, affirmant que l'État chinois voit deux avantages à laisser les triades
tranquilles. Il s'agit de l'apport de capitaux et de la participation à la « régulation sociale (19)», en
organisant notamment l'immigration clandestine (donc la pression à la baisse sur les salaires)
dont se nourrit le formidable développement chinois. Le professeur He Bingsong abonde dans le
même sens et est catégorique : « La Chine a connu une véritable explosion criminelle depuis le
lancement de la politique d'ouverture du pays(20). »

Ainsi, les triades chinoises sont peu inquiétées par une quelconque surveillance de l'État. Leurs
avoirs financiers sont si importants pour l'économie chinoise que le gouvernement ne cherche
pas à les importuner. Rodier explique que, sur le plan financier, les triades chinoises auraient un
chiffre d'affaires mondial de 200 milliards de dollars, soit plus de 17,7 % du PNB chinois(21). Or,
comme une grande partie de cet argent est réinvesti dans l'économie légale, comme les
infrastructures par exemple, les autorités semblent moins enclines à les poursuivre.

Un changement de philosophie vis-à-vis des triades?

Xi Jinping, nouveau numéro un du Parti communiste, a déjà reconnu que sa nouvelle équipe fait
face à d'«énormes responsabilités(22)» et à de «graves défis(23)»; au premier rang figure la
corruption galopante dans ses rangs. Celle-ci, a-t-il dit, menace de «tuer le Parti(24)» et donc le
régime. Cette corruption est souvent l'affaire des triades et il reste à savoir si le Parti
communiste tient vraiment à s'attaquer à un tel morceau. Selon un journaliste du The Sun de
HongKong, les nouveaux chefs pensent peut-être à utiliser la ville de Chongqing comme un point
de départ pour expérimenter de nouvelles approches anti-corruption et des moyens de réformes.

Un élément demeure : les triades chinoises sont bien ancrées dans le sud-est asiatique et même
dans le monde. Les actions ou inactions futures du gouvernement chinois pourraient avoir des
répercussions importantes sur la société chinoise et peut-être même la criminalité internationale.
La mafia chinoise est composée de Triades.
Zoom dessus !
Plusieurs Triades pour un seul groupe : ainsi se compose la mafia chinoise. Ces
Triades sont aujourd’hui une cinquantaine. Sept grandes Triades parmi elles
profitent de la mondialisation pour s’internationaliser, en témoigne la plus
puissante : Sun Yee On. Comptant 50 000 membres, ils sont répartis dans les
quatre coins du monde. Les frontières ne sont plus une limite à leurs pratiques, les
Triades s’étendent bien au-delà de la Chine ! Cette puissance les caractérise, ainsi
qu’une histoire originelle commune.

Ces origines remontent au Moyen-Âge. Les Triades ont longtemps été des groupes
nationalistes et secrets. Nés sous la dynastie Mandchous, elles voulaient la
restauration de Ming au pouvoir. Celles qu’on connaît aujourd’hui en sont héritières
mais les objectifs ont changé. C’est au siècle dernier, à l’arrivée des communistes
dans le pays, qu’elles sont déclarés hors-la-loi. Lors de cette période, les Triades
commencent à s’installer à Hong Kong, Macao ou Taïwan, pour quitter leurs valeurs
patriotiques et poursuivre une vocation criminelle.
A la tête de ces Triades, on retrouve un chef qui se surnomme la « tête de
dragon ». Plusieurs grades se retrouvent en dessous de lui. L’ensemble peut se
dessiner en trianglequ’on voit ci-dessous. En bas, on retrouve les soldats qui
exécutent les ordres et les transactions douteuses. Leur rôle est le plus risqué, ils
forment le bras armé de l’organisation. Les officiers les gèrent. Des noms plus
spécifiques sont donnés à ceux qui possèdent certaines compétences. Par
exemple, les membres sont recrutés par le « Maître des encens », tandis que la
« Sandale de paille » est chargés des affaires extérieures de la mafia. Quant à
l’« Éventail de papier blanc », il s’occupe des finances. Ceux qui ne respecteraient
par le code des Triades se verraient rectifier le tir par le « Bâton rouge » qui pratique
les arts martiaux. Les sentences sont formelles.

Au sein de cette organisation bien cadrée, chaque membre porte des numéros
commençant par le chiffre 4. Ceci n’est pas un hasard quand on sait qu’il porte
malheur en Chine. Le code chiffré est exprimé par l’initié par un simple geste afin
qu’il soit reconnu. On peut ainsi retrouver 489 pour une « tête de dragon », 432 pour
une « sandale de paille », ou 49 pour les « soldats ».

L’appellation de « Triades » peut se traduire par « Ciel et de la Terre ». Elles


génèrent plusieurs milliards d’euros grâce à une bonne connaissance du « Triangle
d’or » de l’opium, situé entre la Birmanie, le Laos et la Thaïlande, ainsi que par leurs
activités criminelles. Ce fort pouvoir économique est entretenu par la mise en
place d’assurances, de syndicats et de mécanismes d’entraide entre membres.
Comme pour beaucoup de mafias, les Triades sont solidaires et loyales entre
elles, à moins de sanctions que personne ne rêve d’avoir…
La mafia chinoise, entre « tradition » et
« conformisme mafieux »
décembre 17, 2013 solene Chine, Criminalité organisée 3

Introduction

La mafia chinoise est constituée de deux groupes très séparés. D’un côté, ce sont les triades, c’est-à-
dire des organisations à l’origine nationalistes, des organisations secrètes, qui remontent au Moyen-
âge. Elles sont une cinquantaine, elles sont basées principalement en Chine mais En 1949,
les communistes les déclarent hors-la-loi. Elles fuient alors la Chine populaire pour s’installer
à Hong Kong, Macao ou Taïwan. Dès lors, ces sociétés ne sont plus qu’un pâle reflet de leur illustre
passé. Toute leur activité se centre alors autour du crime organisé. Il faut savoir que parmi ces
cinquante, il y en a sept qui ressortent et qui ont une vocation internationale. Et puis, de l’autre côté
des triades, ce sont les gangs nouveaux de la Chine continentale, la mafia.

I. Les triades et leurs origines : Des organisations de traditions anciennes

1) Histoire et apparition des triades

La Triade originelle était une société secrète née de l’opposition à la dynastie Mandchoue des Qing à
la fin du XVIIe siècle. Ses fondateurs auraient été des moines du monastère de Shaolin, où le kung-
fu a été inventé et enseigné. Société patriote, elle voulait restaurer l’ancienne dynastie Ming. Pour ce
faire, elle a soutenu pendant des siècles de nombreuses révoltes contre les usurpateurs mandchous.
Ces membres possédaient un langage codé, des signes de reconnaissance et pratiquaient des
disciplines de combat tenues secrètes.

D’où vient le mot Triade ?


En Chine, Triade signifie société du Ciel et de la Terre (Tiandihui) ou encore, société des Trois Unions
(Sanhehui) représentées par un triangle symbolisant l’homme qui assure la liaison entre le ciel et la
Terre.
La première triade remonterait à 1644, à l’époque où la dynastie des Ming s’efface devant la dynastie
Mandchoue. Un groupe de 108 moines bouddhistes dirige alors une révolte anti mandchoue dans le
sud-est du pays. Ce que l’on appelle aujourd’hui les « triades chinoises », seraient donc les héritières
de ces sociétés secrètes, groupes de guerriers constitués à l’origine pour résister aux Mandchous.
Au XIXe siècle, les sociétés secrètes chinoises étaient à la fois syndicats, sociétés d’entraide,
organisations politiques, groupes économiques, etc.
Les sociétés secrètes fonctionnaient donc comme des syndicats souvent contrôlés par des patrons.
Celui qui refusait de devenir membre ne pouvait guère espérer trouver un emploi dans les mines
d’étain du sud de la Thaïlande ou les moulins à riz de Bangkok. Elles faisaient également office de
société d’assurance et d’entraide pour leurs membres. Elles pouvaient honorer les frais d’un procès
devant un tribunal, veillaient à ce que les membres emprisonnés reçoivent un traitement décent,
s’occupaient d’eux en cas de maladie et de leur dépouille en cas de décès.
Les triades auront aussi, très tôt, une dimension politique. Le premier président de la République de
Chine, Sun Yat-sen, était lui-même un responsable de la sécurité et de la discipline, de la triade des
Trois-Harmonies.
La dimension économique des sociétés secrètes connaissait des formes très diverses mais était bien
réelle. Les leaders des triades subvenaient aux besoins des travailleurs immigrés chinois, tels que les
jeux, les alcools, l’opium et les prostituées… Ces commerces étaient alors légaux mais lourdement
imposés.
Pour conclure sur le point historique des triades, il faut bien préciser que Les Triades ne sont pas
organisées de la même manière que les familles historiques comme la mafia. Elles agissent au travers
de groupes individuels qui opèrent indépendamment mais ils sont capables de collaborer entre eux.
Elles sont surtout présentes dans le trafic de drogue, la prostitution, le racket, les piratages audio ou
vidéo, la contrebande d’armes et l’immigration clandestine. Loin d’être des organisations criminelles,
les triades sont d’abord des sociétés secrètes qui utilisent de façon symbolique drapeaux et
emblèmes triangulaires. C’est seulement à la fin du XIXème siècle que l’orientation criminelle de ces
sociétés s’amorce.

2) Les triades et leur organisation

a) Organisation traditionnelle des triades

L’organisation traditionnelle d’une triade prend la forme d’un triangle, d’une hiérarchie pyramidale :
– A la base se trouvent les soldats. Leur rôle est d’exécuter les ordres. Ils s’occupent de l’aspect
criminel.
– Ensuite on trouve le comité d’officiers qui forme le niveau supérieur et coordonne les activités.
– Au sommet, trône le chef « tête de dragon ».

Il faut savoir que tous ces grades portent des numéros et que ces derniers commencent tous par le
chiffre 4. (Ce chiffre étant porte bonheur en Chine, c’est un fort symbole numéraire pour eux).
La triade est une organisation qui tient une place importante en chine car elle a pu subsister jusqu’à
présent. Elle survit dans la clandestinité grâce à des traditions rituelles qui se transmettent de siècle
en siècle :
Les chiffres ne sont pas seuls à cacher les mystères des triades. Leurs membres usent d’un langage
codé de reconnaissance mutuelle, au sein du groupe comme à l’extérieur.
Les gestes de la vie quotidienne donnent aussi des indications : la façon de tenir une ombrelle, des
baguettes pour manger, de fumer, permet de reconnaître, selon un code visuel préétabli s’il on
appartient à une triade ou non.
Ainsi, offrir une pipe en la tenant entre le pouce et l’index, des deux mains, les pouces tournés vers le
haut, indique l’appartenance à la Triade. De même que refuser un bol de riz, si votre hôte vous l’offre,
en posant les baguettes sur la paume des mains, les doigts étendus. Est un signe d’appartenance. Les
triades ont également un proverbe intéressant : « C’est dans le danger qu’on reconnaît ses amis ».
Le langage parlé est aussi codé : “naître”, tout comme dans la franc-maçonnerie occidentale, signifie
entrer en loge, c’est-à-dire prendre part à « l’association ». “Ouvrir une colline” revient à organiser
une réunion. De plus, les archives internes de la Triade s’appellent le livre du fonds des mers.
Le “courant d’air” est la police. Les “balayeurs” sont des tuteurs. Ils sont chargés de “laver les oreilles”
à des indiscrets ou des frères félons, c’est à dire de les tuer.
Ce vocabulaire spécial est passé dans l’argot des gangs de Hong Kong, d’Amsterdam, de San Francisco
ou de Paris. Leur signification a évolué mais il reste encore très présent, c’est une marque non
seulement de puissance du fait de son étendu mais également d’organisation pointilleuse qui vise à
maintenir le secret, la discrétion et la confidentialité des triades à travers le monde.
Ainsi, “manger des canards” faisait référence au pillage des bateaux depuis les temps où les bandits
chinois se faisaient pirates. Mais aujourd’hui, la même phrase signifie “attaquer une banque”. Les
codes de langages évoluent donc avec le temps, la façon d’entreprendre et les enjeux changeant à
travers le monde.
Certains signes de reconnaissances sont graphiques, tels les tatouages, sans être toutefois généralisés
comme chez les Yakuza japonais.
Ces signes sont directement reliés au rituel d’intronisation qui a été préservé dans de nombreuses
triades rayonnant à partir de Hongkong. Les frères initiés prononcent un serment qui se décline en
trente six promesses, dans la loge de la Cité des Saules.
Ne pas respectez ces serments expose aux pires tourments : “Votre corps sera découpé en
morceaux”; “puissiez vous mourir par la morsure du tigre ou du serpent”; “le dieu tonnerre vous
exterminera”.
Un serment en particulier donne la tonalité de l’œuvre de la Triade, même si elle se livre à des actions
criminelles au regard des lois impériales : “Jurez de ne pas opprimer les faibles par la force, ni les
pauvres par la fortune, ni le petit nombre par la multitude”.

b) L’implantation des triades à travers le monde

Voici les différentes institutions qui se répandent à travers le monde, où elles se répandent en
particulier, et quelles actions elles entreprennent.

– Sun Tee On (” Vertu Nouvelle et Paix “)

La plus connue et sans doute l’organisation destructrice la mieux organisée du monde. On estime ses
effectifs à 60 000 membres dans le monde et 45 000 à Hong Kong, où elle est sans doute la Triade la
plus importante.
Elle est implantée en Australie, à Macao, en Thaïlande, au Vietnam, au Canada, en République
Dominicaine et aux USA (Atlantic City, Boston, Los Angeles, Miami, New York, Philadelphie, Portland
et San Francisco)

– Le 14K :

Elle résulte de l’unification des Triades du Sud-est de la Chine en 1947 par le chef du Service de
Renseignements militaire nationaliste, le général Kot Siu Wong. Elle s’installe à Canton, au siège de la
Triade Hung Mun, 14 route Po Wah. Le 14 devient ainsi la désignation de la nouvelle Triade. Dès
1949 elle s’établit à Hong Kong où elle est l’une des plus importantes Triades.
Elle est implantée en Australie, au Canada, en Chine Populaire, aux Etats-Unis (Boston, Chicago,
Houston, Los Angeles, New York), en Grande-Bretagne, à Macao, aux Pays-Bas, à Taiwan, aux
Philippines, au Japon.

– Fédération Wo :

Triade créée en 1908 à Hong Kong elle y est essentiellement présente à Kowloon et dans les New
Territories. Ses effectifs se monteraient à 28 000 membres.
Elle est implantée au Canada, en Chine Populaire, aux Etats-Unis (Boston, Los Angeles, Portland, San
Francisco) et à Taïwan.

– Bambou Uni (Chuk Luen Bong) :

Triade créée en 1956 à Taiwan. Elle est composée de 13 clans, chacun spécialisé dans une forme de
criminalité. Elle compterait entre 10 000 et 20 000 membres. Elle est active dans les secteurs de la
construction, du recouvrement de dettes, de l’usure, des services de gardiennage et des ” salons de
massage “.
Elle est implantée au Canada, au Japon, aux Etats-Unis (Atlantic City, Chicago, Denver, Honolulu, Los
Angeles, Miami, New York, Phœnix, San Francisco).
– Bande des 4 Mers :

Triade implantée à Taiwan, qui compterait entre 2 000 et 5 000 membres. Elle est active dans les
mêmes domaines que la Bambou Uni, mais s’axe, elle, plus particulièrement sur le recouvrement de
dettes.

– Tian Dao Man

Triade implantée à Taïwan. Elle compte quelques centaines de membres et est spécialisée dans le
secteur de la construction principalement mais dans une moindre mesure que ces concurrentes du
fait de sa taille.

– Grand Cercle

Triade basée en Chine Populaire, spécialisée dans de trafic de l’immigration illégale, elle a des
ramifications au Canada et aux Etats-Unis.

Comme on a pu le voir à travers ces quelques exemples, les triades sont des organisations
importantes qui peuvent compter jusqu’à plus de 50.000 personnes et qui ont par conséquent une
influence importante et surtout un pouvoir « gigantesque » à travers le monde entier et pas
seulement en Chine, c’est ce qui en fait sa principale « force » s’il on peut dire. En effet, la loi sur
l’immigration et la naturalisation des exilés chinois adoptée par les Etats-Unis en 1965 stimule
l’afflux en provenance de Hong Kong et de Taïwan et permettra aux Triades de s’implanter
solidement sur le continent américain.
Cependant, en 1949 les communistes les déclarent hors-la-loi. Elles fuient alors la Chine populaire
pour s’installer à Hong Kong, Macao ou Taiwan. Dès lors, ces sociétés ne sont plus qu’un pâle reflet
de leur glorieux passé. Toute leur activité se centre alors autourdu crime organisé.

C’est donc au cours du siècle dernier qu’elles ont développé des activités criminelles, se répandant
rapidement dans tout l’empire et se transformant en organisations pratiquant les trafics les plus
divers.

II. La mafia Chinoise de nos jours : une puissance exercée différemment des triades originelles
mais toujours très importante

1) Evolution des sociétés secrètes à partir du XIXème siècle

Au fil des ans, la plupart des activités auparavant prises en charge par la société secrète se
dissocièrent de cette organisation totalisante pour s’autonomiser en autant d’organisations séparées.
Une analyse approfondie de l’histoire de certaines institutions (sociétés d’entraide, hôpitaux, clubs,
partis politiques, sectes, etc.) montre qu’elles sont gérées à leur origine par des leaders de sociétés
secrètes. Le cas le mieux connu aujourd’hui de leader de triade est celui de Yi Ko Hong : Fermier des
jeux à Bangkok au début du 20e siècle, il reçut le Dr. Sun Yat Sen lors de sa tournée siamoise de 1908
et fut un des fondateurs de la Fondation caritative Po Tek Tung, en 1908 (laquelle gère aujourd’hui
un des meilleurs hôpitaux du pays).
Aujourd’hui, la structure des triades basées à Hong Kong ou Taïwan et de leurs loges en Europe est
assez rudimentaire. Mais il reste des fonctions bien définies de son organisation d’origine :
– Le grand maitre y a toujours pour titre « tête de dragon » ou « maître de la montagne ».
– Le “Maitre de L’encens” dirige les rituels de la cérémonie secrète.
– Le “Patrouilleur du vent” l’assiste après avoir enquêté sur les membres possibles de la Triade.
– L'”éventail de papier blanc ” est un commissaire aux comptes qui contrôle les finances.
– Les “sandales de Paille” établissent les liaisons secrètes (de nos jours ils fournissent aussi les faux
papiers).
– Le “Bâton rouge” est exécuteur et juge de paix; il fait régner la discipline. Une sorte de forgeron, la
“Planche de fer”, est devenu de nos jours l’armurier de la Triade.
– Au bas de l’échelle, se trouvent de simples adhérents ainsi que les “Lanternes bleues”, les
postulants.

Les triades sont au cœur du trafic de drogue en provenance du Triangle d’or. Cette région, située à
cheval sur le Laos, la Thaïlande et la Birmanie, produit chaque année la moitié du volume mondial
d’opium et de ses dérivés dont principalement l’héroïne.

Annexe 1

Le triangle d’or est cette région au très fort enjeu en ce qui concerne le trafic de drogue située à la
frontière entre le Laos, la Thaïlande (en jaune) et la Birmanie (Myanmar).
De plus, Le rattachement de Hong Kong à la Chine en 1997 a soulevé quelques inquiétudes chez les
dirigeants mafieux. Cependant, le gouvernement chinois témoigne d’une étrange clémence à l’égard
des triades. Ces groupes très riches réinvestissent une large part de leur argent sale sous forme
d’investissements en Chine. Ainsi, le ministre de la Sécurité publique chinois d’alors, Tao Siju, a
déclaré en 1995 que « les membres des triades ne sont pas tous des gangsters. S’ils sont de bons
patriotes, s’ils assurent la prospérité de Hong Kong, nous devons les respecter. » Il a même affirmé
que « le gouvernement chinois est heureux de s’unir à eux. »

L’impact au niveau mondial de cette organisation :


On peut donner trois exemples importants, puisqu’ils sont présents en France, en Hollande, en
Belgique, c’est d’abord la 14K, qui est une organisation nationaliste, d’origine liée à Tchang Kaï
Check, qui donc est celle qui a été la plus importante comme pourvoyeuse d’héroïne en France
pendant 25 ans. Il y en a une autre qui est grande, c’est la Sun Yee On, c’est-à-dire c’est une triade
qui est axée sur une ethnie particulière, les Xuzhou, et qui contrôle tout le cinéma asiatique dans son
ensemble. Troisième exemple, un nouveau gang qui s’appelle Le Grand Cercle, qui est composé
d’anciens gardes rouges, d’anciens commandos des forces spéciales de l’armée populaire de
libération, qui s’est criminalisé. Très, très efficace pour ce qui est du trafic des fausses cartes de
crédit, les cartes bleues, cartes Visa, etc.
Très organisées, riches, et bénéficiant de solides réseaux au sein de la diaspora, les triades donnent
du fil à retordre aux polices européennes. En France, le nombre de ses membres est ainsi très difficile
à évaluer: Il y a 40 000 membres de la province des Wenzhou qui sont pour l’instant en Île-de-France.
C’est une estimation qui est faite par les Renseignements Généraux français, ceci dit, on sait que ça
évolue tout le temps, parce qu’il y a une forte mobilité de ces clandestins, et tout se passe très vite.
Une enquête a également été faite à Prague et à Bratislava, où on s’est rendu compte que c’était en
quelques sortes le barrage de l’arrivée des mafias chinoises et des clandestins qui étaient amenés par
elles, dans l’espace Schengen.
Un exemple encore de ce business, l’arrestation de sept asiatiques dans le port d’Anvers, en 1984. Les
policiers belges ont alors la surprise de découvrir 18 kilos d’héroïne dans des boîtes de Rambutan,
des conserves de fruits exotiques venues de Malaisie, preuve que les triades sont implantées partout.
Mais aujourd’hui, les commerçants de la diaspora commencent à être fatigués de la loi du silence, et
de plus en plus portent plainte.
Voici d’ailleurs un témoignage sorti d’un ouvrage intéressant : « La Mafia Chinoise » par Roger Faligot
qui nous fait part de la chose suivante :
” Le racket, les kidnappings, il y a un kidnapping par semaine à Paris actuellement, organisé par la
mafia chinoise, et ce sont les Chinois qui sont eux-mêmes victimes. Et c’est la raison pour laquelle,
depuis deux ans maintenant, à Londres, à Amsterdam, ou à Paris, de plus en plus de commerçants
chinois, de plus en plus de gens disent ‘On en a assez, on va prévenir la police, ou des travailleurs
sociaux, ou des gens qui peuvent intervenir pour nous empêcher d’être victimes de cette mafia.’ Et je
pense que c’est là que la voie salutaire d’intégration est possible, c’est à partir du moment où cette
mafia va être rejetée par la population chinoise en premier lieu. “
Ces propos montrent une certaine limite au pouvoir des triades chinoises du fait du « raz le bol » de
sa diaspora, cependant, même si ces derniers déposent plainte, l’efficacité de celle-ci et l’impact sur
les triades reste encore à prouver tellement leur pouvoir est important …
Il faut aussi savoir que la triade chinoise actuelle s’est inspirée de l’histoire de la Chine pour intégrer
un principe traditionnel, celui des « bandits de grand chemin » qui prennent aux riches pour donner
aux pauvres. C’est parce que cette triade est la plus célèbre des sociétés secrètes, qu’à l’étranger elle
est devenue un nom commun des employés pour désigner l’ensemble des sociétés puis des groupes
mafieux.

Selon une tradition plus récente, la Triade s’est répartie en cinq grandes loges à travers la chine :
– 1re loge : Province de Fujian et Jiangxi
– 2e loge : Province de Guangdong et Guangxi
– 3e loge : Province de Yunnan et Sichuan
– 4e loge : Province de Henan et Hebei
– 5e loge : Province de Zhejiang et Jiangsu

Annexe 2

On pourra voir à l’aide de la carte (soulignement en gras-noir des loges dans lesquelles se situes les
principales organisations) que les triades sont principalement situées sur la côte est de la Chine,
c’est-à-dire près des ports, des principaux lieux d’échange et d’ouverture sur le monde et où le
développement économique est le plus important.

La 2e loge (Province de Guangdong et Guangxi) donnera naissance aux triades de Hongkong au début
du 19esiècle.

Les sept grandes organisations chinoises opèrent selon une division du travail, et chacune tente
d’implanter une filiale ou une antenne dans chaque pays.
Elles se contentent parfois d’établir une relation de confiance et de travail avec d’autres groupes
organisés de la criminalité asiatique, voire avec des gangs d’autres pays. Quand on parle de mafia
chinoise, il faut comptabiliser ces 7 triades dominantes, de plus petites organisations de tradition
anciennes, et les nouveaux gangs qui apparaissent en Chine populaire ainsi que dans le reste du
monde.
Cette mafia s’inscrit dans une nébuleuse plus vaste, à l’échelle planétaire.

Les polices américaines tracent la carte des mafias autour de cinq grands groupes mafieux sur cette
planète, surnommée “The Big Five”:
– Les groupes Italiens, à qui l’on doit le terme initial de “mafia” : la Cosa Nostra (Sicile et Etats-Unis),
et ceux de la boîte italienne : la N’Drangheta (Calabre), la Camorra (Naples et Campanie) et la Sacra
Corona Unita (Pouilles).
– La mafia chinoise : les triades appelées aussi Tongs aux Etats-Unis, et les autres gangs récents.
– Les Boryokudan ou yakuzas japonais.
– Les Cartels de la drogue d’Amérique latine, de Colombie, de Mexique.
– Les organisations d’Europe orientale, à commencer par les mafias russes et ukrainiennes.

On trouve un nombre croissant des activités des “7 Triades ” en Belgique, en France, En Allemagne,
en Angleterre, en Hollande, en Espagne, en Italie …
De nouveaux gangs européens tels le Soleil Rouge, organisent avec leurs “têtes de serpent” (shetou)
des filières d’immigrés clandestins telles que celle qui s’est illustrée avec la mort de 58 Chinois de
Douvres.

La grande « Originalité » des mafias chinoises réside en ceci : elles se livrent à la quasi-totalité des
activités criminelles inventées par les hommes et agissent dans presque tous les pays du Monde, en
s’appuyant sur la vaste Diaspora des chinois d’outre mer et des personnes d’origine chinoise à
l’étranger.
Les Triades existent partout où il y a une communauté chinoise. Historiquement, cela a été le cas
depuis trois mille ans.
Le crime organisé d’origine chinoise a coiffé au poteau les autres mafias, par la diversité de ses
activités et par la globalisation de son implantation. Cela s’est passé en dix ans. Durant les cinq
dernières années du 20esiècle, on a pu assister à une nouvelle poussée importante qui s’est affirmé
en Europe.
Les 7 triades ont vu émerger sur leurs flancs de nouveaux gangs difficiles à contrôler, mais qu’elles
essaient soit de fédérer, soit de détruire.
Cette apparition est directement liée aux modifications économiques et démographiques de la Chine,
et agit par conséquent sur les communautés migrantes de souche asiatique dans le reste du monde
d’où la puissance de cette organisation secrète.
Il faut savoir que la présence de la mafia traditionnelle chinoise est moins pesante, en apparence, en
France et en Allemagne qu’en Grande Bretagne ou en Hollande, mais contrairement à ce que l’on
pourrait croire, la criminalité d’origine chinoise a considérablement augmenté à Paris et en Provence,
à l’image de ce qui s’est passé à l’échelle Européenne.
La percée des gangs est la plus spectaculaire sur la rive de la Méditerranée. La présence des triades
comme Le Grand cercle ou la 14K a été constante pour ce qui concerne le trafic de stupéfiants, la
prostitution, les falsifications de cartes de crédit, les extorsions de fond…D’autres triades et divers
gangs sont puissamment représentés dans d’autres pays d’Europe.

Annexe 3

Mais, une opposition réelle existe entre certaines triades. Avec une sincère volonté de s’intégrer dans
la société française, une grande partie de la communauté de souche chinoise a commencé à
demander aux autorités de les protéger contre les nouveaux gangs qui prolifèrent et les rackettent.
La découverte d’officine de blanchiment d’argent, dans lesquelles des commerçants font transférer
des fonds en Chine contrairement à la législation, en porte témoignage.
Cependant, l’emploi dans les ateliers clandestins ou les restaurants d’immigrants clandestins, sous-
payés, maltraités, soumis à des conditions d’hygiène insalubres, témoigne d’une acceptation par la
diaspora du sort fait à toute une partie de la population.
On sent donc bien ici la difficulté entre appartenance à la diaspora chinoise et acceptation des mafias.
Il est difficile pour le peuple chinois d’accepter la domination mafieuse mais pour autant une
rébellion est impossible …
De plus ce type de mafia n’hésite pas à s’allier avec d’autres groupes mafieux d’Europe Orientale,
obtenant parfois grâce à eux la bienveillance de certains secteurs des services de la sécurité
corrompus, en Russie, en Serbie, en Albanie …
Les grands sites de transit d’immigrés, cogérés par les chinois et les russes du coté du lac de Baïkal,
ou de Moscou, en témoignent. Elle pactise aussi avec des groupes résidant dans l’espace de Schengen,
telle la mafia italienne ou sicilienne, ou au contraire d’organisations étrangères, mais qui cherchent à
intensifier leur trafics en Europe : les Nigérians, les gangs vietnamiens, les Yakuza nippons, les
Kurdes, les cartels de Colombie…
Des intérêts croisés de ces mafias posent des difficultés aux enquêteurs pour identifier leur rôle. Des
inversions de tendance se manifestent au tournant du siècle. Ainsi on a pu croire que les triades de
Hongkong avaient ralenti, sinon cessé, leur trafic d’héroïne vers l’Europe, à la faveur du boom de
l’opium en provenance de l’Afghanistan des Talibans.
Cependant, les photographies des satellites SPOT, puis HELIOS, et des moyens de reconnaissance
américains, indiquent que la culture du pavot continue de façon importante dans le triangle d’or,
alors que s’y développe de surcroît des laboratoires de production d’amphétamines, tel le “ya ba”, la
drogue qui rend fou.
En conséquence, à partir de mars 2000, la police française a réalisé pas moins de quinze affaires
d’héroïnes dont les commanditaires sont bien les triades. De plus elle a pu reconstituer le parcours
de blanchiment d’argent qu’effectuent les triades chinoises en France.
Annexe 4

2) Les triades chinoises actuelles : quelques exemples

Aujourd’hui, les sept grandes triades, organisations transnationales issues de Hong-Kong, Macao et
Taïwan, représentent la première puissance criminelle au monde. Elles sont partout. Leur mode
d’organisation ne délaisse aucune activité humaine liée au crime : La mafia chinoise passe volontiers
des accords avec ses homologues régionaux, créant une étonnante division du « travail criminel » à
l’échelon planétaire. Ainsi selon Jean Baffie, la « Cosa Nostra », et ses cousines italiennes se sont
aujourd’hui recyclées dans des activités moins dangereuses pénalement. Tout ce qui oblige à se salir
les mains et à prendre des risques est sous-traité aux Chinois qui, eux-mêmes, tiennent sous leur
coupe des ressortissants albanais ou africains.
Les Triades sont impliquées dans toutes sortes d’activités illicites : extorsion de fonds, trafic de
drogue, prostitution, immigration illégale et jeux. Elles opèrent au travers des larges canaux de
l’immigration chinoise et ont établi des réseaux aux Etats-Unis et au Canada. Leurs activités
s’étendent aussi à l’Europe occidentale : elles opèrent à présent à Amsterdam, à Londres et en
Espagne.

Le cas de l’AFRIQUE

Les triades chinoises ont fortement investi le trafic d’ivoire et celui de la corne de rhinocéros.
L’Afrique australe accueille aussi une grande variété d’activités de trafic d’êtres humains, des
opérations internationales des triades chinoises au commerce transfrontalier de personnes aux
mains de syndicats locaux du crime.
De plus il faut savoir qu’en Afrique les Triades chinoises sont beaucoup moins surveillées qu’en
Europe ou en Amérique, elles sont beaucoup plus libres pour opérer et sont moins « ennuyées »
pénalement quant à leur trafic multiples.

Le cas de Macao

A Macao, les casinos génèrent quelque deux milliards de dollars et constituent les premières
ressources de l’enclave. Le monopole des casinos est revendiqué par le plus célèbre des
représentants des triades de Macao, Wan Kuok-koi qui se vantait en 1999 de disposer sous ses
ordres d’environ 10 000 hommes. Ils sont donc la cible privilégiée du crime organisé. L’enclave est
régulièrement secouée de crimes crapuleux, meurtres de chefs de gangs, tentatives d’assassinats de
divers responsables de l’administration locale. En 1996, la police hongkongaise, à la demande de
Pékin, avait lancé une vaste opération de nettoyage de la colonie britannique.

Conclusion

Dès le milieu du XIXe siècle, certains de ses membres avaient rompu avec l’idéal des origines et
pratiquaient une violence gratuite au service de leurs seuls intérêts. Des loges de la Triade originelle
sont ainsi devenues des gangs de voleurs et d’assassins.
Lointaines héritières des sociétés secrètes de la fin du XVIIe siècle, les triades chinoises forment
aujourd’hui une mafia puissante qui n’a plus aucun rapport avec la Triade originelle.
Réputées l’une des mafias les plus dangereuses au monde, les triades chinoises représentent une
menace très importante pour la sécurité. Trafic de stupéfiants, racket, prêts usuraires, immigration
clandestine, contrefaçon, piratage de produits audiovisuels, falsification de cartes de crédit, réseaux
de prostitution : pour ces sociétés secrètes criminelles, tous les moyens sont « bons » pour gagner de
l’argent. Elles n’hésitent d’ailleurs pas à utiliser une extrême violence pour arriver à leurs fins.
ANNEXES

Annexe 1

Annexe 2
Annexe 3

Annexe 4