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Revue des études slaves

La traduction moyen-bulgare de la Chronique de Menassès


Henri Boissin

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Boissin Henri. La traduction moyen-bulgare de la Chronique de Menassès. In: Revue des études slaves, tome 22,
fascicule 1-4, 1946. pp. 180-188;

doi : https://doi.org/10.3406/slave.1946.1438

https://www.persee.fr/doc/slave_0080-2557_1946_num_22_1_1438

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LA

TRADUCTION MOYEN-BULGARE

DE LA

CHRONIQUE DE MANASSÈS,

PAR

HENRI BOISSIN.

La traduction moyen-bulgare de Menasses, conservée par des


manuscrits du milieu du xiv8 siècle et éditée par I. Bogdan [Cronica
lui Constantin Mariasses , Bucuresti, 1922), est une des œuvres les
plus importantes et les plus curieuses de la littérature de la
Bulgarie médiévale. Elle est aussi le témoin qui nous renseigne le
plus abondamment sur le moyen-bulgare littéraire de l'époque du
tsar Jean-Alexandre. C'est pourquoi la langue vaut d'en être
exactement décrite, ainsi que j'ai tenté de le faire d'autre part(1l C'est
pourquoi aussi il importe de porter un jugement sur la valeur de
cette traduction en fonction de ses rapports avec l'original grec :
cet article n'a pas d'autre objet que de présenter quelques
observations à ce sujet.

La traduction moyen-bulgare de Manassès est en une prose


poétique qui garde le plus souvent le rythme et l'ordre des mots
du texte grec avec ses inversions, ses coupes, ses rejets, etc. Ce
caractère lui donne l'aspect d'une traduction en vers libres : au
vers politique byzantin articulé en deux groupes de huit et sept
syllabes répondent des groupes de longueur inégale , mais
équivalents et séparés par une même césure, et le hasard fait assez fré-

M Le Manassès moyen-bulgare , tome Vil de la Bibliothèque d'Études balkaniques


(sous presse).
Revue des Etudes slaves, t. XXII, 19/16 , fasc. \-h.
LA CHRONIQUE DE MANASSÈS. 181

quemment que la correspondance métrique soit à peu près


parfaite. Voici par exemple les vers 7З-76 :

xvavavyrjs, iropÇipeos, bitàxtppos єтерл •


ttvà fièv ігєрптарфира ruv póbwv ешрато,
Ttvà Ь' biteksMxaívsTO xaï yXíxiov avrnbyei.

Et leur traduction , p. 3, 1. ia-i5 de l'édition Bogdan :


Икоже шаръ многоразличный въеждоу см^Ьаше с*
б-Ьлозрачна и въсебагръна, чръвлена же инлдъ' ■
ова оубіи багръна паче шипокъ зрима бЪхж ,
ова же бЪлЪах/К сл и слатц-Ь

Ceci confirme l'hypothèse suivant laquelle la poésie épique


populaire des Slaves du Sud, la bugarkka serbe, aurait pour base
des transpositions savantes du vers politique en honneur dans la
poésie byzantine (Il En la mesure où la traduction de Manassès
est de la poésie, c'est une poésie savante, nourrie de slavon, et l'on
n'y trouve pas d'emprunts à une poésie populaire qui ne devait
pas encore exister. Il n'y a d'ailleurs aucune recherche d'un
rythme syllabique déterminé : nous avons affaire à des versets,
non à des vers. Le texte de Manassès contient quelques vers ïam-
biques, mais vers politiques et vers ïambiques sont traduits par
des vers de longueur sensiblement égale ; ainsi les vers ïambiques
^911-/1913 = 1671820 :

T« Çôvrt vsHpS) хлі vsxpái pf


vaiovri tïjv yijv xai ttoltovvti tôv iróXov
ypaitvoi ypá<pov<Ti béo-puoi тш Ье<т(і(ш.
Живомоу мрътъвцоу и мрътъвцоу живоносцоу
жив/ыцоу на земли и ходжщоу на небеси
написаній пишатъ свжзни евдзаномоу.

Un des procédés les plus caractéristiques employés par le


traducteur pour conserver l'allure poétique de ľoriginal est le
maintien des nombreux composés grecs, rendus par des composés
d'aspect slavon d'allure artificielle et relevant plus de la langue
religieuse que du vocabulaire poétique , un certain nombre d'entre
eux étant cependant formés suivant l'esprit de la langue
populaire.

(1> Voir André Vaillant, «Les chants épiques des Slaves du Sud», Revue de*
o*ur$ et conférence*, i5 février ідЗа, pp. klxi-Uhb.
182 HENRI BOISSIN.

La traduction, fidèle dans l'ensemble, présente de nombreuses


divergences par rapport au texte grec. Un grand nombre d'entre
elles s'expliquent aisément par des raisons purement matérielles :
le texte dont disposait le traducteur portait sûrement quantité de
leçons fautives, et les abréviations que présente le manuscrit ont
pu aussi dans certains cas être une source de confusion. Notre
intention n'est pas de faire le procès du traducteur, mais de
montrer à quels types ressortissent les principales erreurs que l'on
peut relever dans le texte. Nous donnerons pour chacune des
catégories envisagées un certain nombre d'exemples
caractéristiques.

L'iotamme. — On sait qu'on grec un certain nombre de


lettres ou de groupes dé lettres, dont on trouvera la liste chez
M. Mirambél (Précis dé grammaire élémentaire du grec moderne,
Paris, 19З9, p. 2З), notent, dès une date assez reculée, le même
son î. îl est résulté de là plusieurs quiproquos. Ainsi itpoamov
ê$o£ev aÙTots ehsvsyxsîv tbv 'iirnov 1 u S 2 « il leur parut convenable
d'introduire le cheval » est rendu въ домъ оув'Ьщашл вънести
кеші 45* « ils décidèrent d'introduire le cheval dans la maison » :
c'est que itpoaiixov (proäkon) a été lu nphs oUóv (pros ikon). Au
v. 5827, drepov луарі [itfSèv ттєр) thv âv$pa Spctcróís «n'ayant fait
aucune autre chose désagréable envers l'homme.» a été lu hspov
fyaptj, d'où le texte slave ино нйчьсоже възрадова са мљжоу
сътворъ io53 a n'ayant rien fait d'autre à l'homme, il s'est
réjoui ». Il en est de même dans nombre d'autres cas.
C'est le mot ïov « violette » qui a été le plus maltraité : il a été
confondu avec olov au vers 72 êXctfmev S* ïov eHoo-pov, àviikaynte
те p6$ov= сїааше іакоже благоАхан'ныи шипокъ З11 (сїааше
traduisant à la fois IXa^ws et лтекаута) » et de même au vers 7 3
tù)v xpoťa iravToSantr) vávTO&ev СтсеуѓХа. — іакоже шаръ
многоразличный въелдоу см-Ьаше сд З12; au vers 12Д ikapnev. . . ха-
Ôáirep ïov rendu par б-к/гваше са. . . іако огнь 55, le traducteur
a pu comprendre хава Ttvpéîov.
Ces fautes ne sont pas d'ailleurs imputables au seul traducteur,
et les copistes grecs de Manassès les commettent aussi : atyikos
dans ауХооѕ êxivSvvsvsv, âÇùos, aSos (xévstv 6 2 Зо est pour SiÇivX-
Xos, cf. la traduction latine absque germimbus et foliu, et le slave,
Łi CHRONIQUE DE MÀNASSKS. 183

qui porte бес племеие 2o8ô= a(pv\os, est plus proche du bon
texte.

Le mtacwne. — Le v second élément de diphtongue avait dès le


bas-grec la môme prononciation que le /3, c'est-à-dire v. Il en est
résulté quelques erreurs : 6€pvÇov W %pu<jiov 118 «or fin», lu
evpiÇov «aux bonnes racines», est traduit доброкоренное злато
/i28; Sanep Хеш. . . џлр^аѕ v&pbv èXdtyov h 08 4 « comme un lion. . .
ayant saisi un faon » a été lu vevpov (névron) et traduit іакоже
лъвъ... гладенъ въкоусивъ жилъ еленшхъ і ДЗ18 « comme un
lion... affamé, ayant goûté des nerfs de cerf», avec une
interprétation étrange de l'homérique pctpĄas, peut-être rapproché de
(AApa(veđ&at « se consumer ».

Altérations diverses. — Mais les confusions de lettres et de mots


sont de toutes sortes et les quiproquos sont par suite des plus variés.
Ainsi (ттѕтао-џоаѕ) awróvovs i52 « (vols) soutenus » a été lu ovvró-
fiovs, d'où la traduction ліїтанїа бръзаа 65 « vols rapides ». Ainsi
encore захождааше « se couchait », dan? ѕ^ница же оубо захожда-
аше дьню BTôpOitfOy a21 en face du grec kópti џ&1> t>8v iitéfivev гјџѓраѕ
rijs Ѕеитѓраѕ Д8 « la paupière du second jour se ferma », implique
v pour èfié[MJsv (altéré aussi dans un manuscrit grec en ѓпѓ-
, qui ne donne aucun sens); — et заходА dans заходд сїаро-
родныи Кронъ i8p,3, qui ne signifie pas grand' chose, en face de
Uno Atbs 7rps<r€vysvi]s o R.p6voš ббзі, atteste que Ù7rb Atés a été
compris Ú7T0$v$.
Où trouve ШТ въсвкого рода i k5 = iravToysvf} pour
« aquatique, marin », дани i623 = ^<jpous « tributs » pour
дароносцА i&l<è*=Stopo(popoiïvTa$ pour SôpuÇopoCvras , скотом
(поквашаше плъти) 355 « (il humectait des chairs) de bétail»
— xTtivâJv pour 7iTrjv<!3v (lêpe^e (таркаѕ) і об 6 «il pleuvait des
chairs) d'oiseaux», (покрыет са) скорости а (облака) іф8п=^=
тф rá^si pour (xaXv<pôfi) тф Ttdtyet (т^ tûv vityovs бозД «pař
l'épaisseur (du nuage) »; връменемъ власть 8 і10 en regard de
rrjv tQv (pépœv ù<ntpa£iv 19^6 «la perception des impôts « doit
s'expliquer par une lecture twv côptàv qui a entraîné une libre
interprétation de stcmpaÇiv; etc.
Le texte , dans de pareilles conditions , se trouve parfois étrange-

(l' Le mot grec, d'origine orientale, est apparenté au persan ebrîz, ibrîz tor
ou arjjent pur » , turc ibriz « or pur ».
18Д HENRI В01ЅЅШ.

ment modifié : au vers 55 2 8 ш$ èv аукакаиѕ yaXyvaîs bpyjwv â\e£a-


véftcav « comme dans la calme étreinte des ancrages abrités du
vent» répond іакы въ пазоухы тихыа пристал, нл шт в'Ьтръ
i8529, qui repose sur ópf/áJv, àXX' ѓ% âvéfiwv; — et аще свинїа
породит млады братенцА 693 résulte d'une méprise fâcheuse,
et le texte grec parle de « tendres porcelets », ànaXoïs Sektyaxiois
1 535 , et non de « petits frères », aSsktyaxíois.
Les vers З601-З602
тар yàp хратѓјра ттјѕ орууѕ xcù той Sixaíov ýifipov
ëpeXXev axpatTOv -ntsľv d%pt xaí tov rpvylov
« car la coupe de la colère et du juste jugement, il devait la
boire sans mélange jusqu'à la lie», sont complètement altérés
dans la traduction : иби» дръжател'Б пгввоу и праведномоу
слдоу хот'Ьше неоудръжан'на сътворити даже и до гюжлтїа
19О,12"13 «car le maître de la colère et du juste jugement, il
devait le rendre sans retenue jusqu'à la vendange » ! C'est que
xparijpa, a été confondu avec xpétopa, (le mot хратсор, tiré de
composés comme тгагтохроітшр , est fréquent chez Manassès et
rendu par дръжатель), ètxparrov avec âxparij, irmv avec itoieîv,
tpvyiov avec jpvyrfrov.
Il serait injuste, nous l'avons vu, de rendre le traducteur
responsable de toutes ces bévues : il a dû en commettre pour sa part,
mais le manuscrit grec dont il se servait devait en être plein. S'il
a interprété 7rpo€ó\ovs кросгка£6џѕгоѕ avSpas ayaBotpoitovs 5 6 08
« ayant pris comme paravent des hommes de bonne moralité »
par пръвосъв-Ьтникм пр'1'емъ млжљ добронравны 1 8 815, c'est
qu'il avait sous les yeux une leçon irpo€ov\ovs qu'atteste la
traduction latine viris bonis in consilium adhibitis.
D'autres variantes que restitue le slave sont par contre
acceptables et méritent d'être prises en considération. Ainsi тльсто-
браздно З4 « aux gras sillons » = XnrapoavXa^ pour \nta.po&JikaJi
6a « aux grasses mottes » des manuscrits grecs. Ainsi encore ниже
въстрепещетъ жел-Ьза ни каркинов^хъ оустъ 2 1 о7, en face de
ovSè rpofiáost criStfpov ovSè xapívov атбџа 6 3 о 2 « il ne craindra
ni le fer, ni la bouche du brasier » , la leçon hypothétique xctpxi-
vov « de la tenaille » pouvant être meilleure que xapivov, même si
nous ne savons pas comment le slave a interprété le mot, par
« Cancer » ou autrement. Mais à l'ordinaire, pourtant, les variantes
de la traduction slave sont médiocres, quand elles ne sont pas
détestables : чръвлена З13 pour vitLxippos 7 lx «jaunâtre » apporte
LA CHRONIQUE DE MANASSES. 185

dans le texte cité page 1 81 une leçon ùitànvppos qui n'est


évidemment pas bonne.

Erreurs de traduction. — En dehors des cas où le traducteur


lisait mal son texte ou s'accommodait comme il le pouvait d'un texte
altéré, il nous en laisse apercevoir d'autres où il n'a pas compris
son original. Ainsi il interprète peu exactement eJ^e (xèv oSv itpoa-
noiriTOP à Bpovros rrjv (lœpfav 1 7Д5 « Brutus avait donc feint la
folie » par ивгвше же оубіи приложено Бр^тъ себ'Ь боуиство
■у514 «Brutus s'était donc adjoint la folie», parce que тгросгпош
signifie à la fois « feindre » et « adjoindre ». Le couple артџѕХеѕ
ëfiÇpvov ílľj « embryon aux membres bien formés » est rendu par
въ нові зачАтыимъ младенцемъ 5/6 « enfant nouvellement
conçu», avec âprt-, de âpnos, pris pour арті- «récemment». Le
substantif ахратопотцѕ 5o33 « buveur de vin pur, grand buveur »
est simplifié en винопїица 1 7025, mais la traduction de ахралотго-
crias 5o36 par безагврнаа питїа 1 7 o28 accuse la confusion de
ахрлтоѕ avec dxpartfs que nous avons signalée plus haut au vers
З602 = 1 2913.
Aussi bien , pour certains mots rares , archaïques et poétiques ,
nous ne savons pas si déjà ils n'avaient pas été mal compris et
altérés par les copistes grecs : Xtfiov êSépiÇov 1 0 7 k « ils
moissonnaient le champ » devient плішоулще пожлішь 3511 « emportant
du butin ils moissonnèrent », soit que le traducteur ait rattaché
l'homérique Xrfïov à \ni%œ, soit qu'il l'ait trouvé dans son
manuscrit altéré en XelcLv; — dans èxwv àéxav k 177 «bon gré mal
gré», à quoi répond волел самохотнољ 1 46і «de sa propre
volonté», la vieille forme âéxeov avait pu être mutilée. Nous ne
voyons pas pourquoi le mot xoXoiós « geai » a donné lieu à des
traductions étranges : il est rendu par зв'Ьрь хоудъ 2 1 83 « chétif
animal » et xoïoibs ^evLivTspos 55 5o, qui fait allusion à la fable du
Geai paré des plumes du Paon (Ésope, 101, 286, a 85), par мра-
вїа странопера і8617 «fourmi aux ailes étrangères». Il y a un
bon nombre de bizarreries , dans la version slave , dont la raison
exacte nous échappe.
Ce sont les noms propres qui prêtent aux confusions les plus
regrettables : b AapSavíStjs yépuv 1 3 5 7 est rendu par окаанныи ста-
рецъ il З8 ; fyev ê£ ÈpvOeias 1 483 par жен-Ьшегн'Ьвомъ 6719, sans
doute parce que Èpvûeias a été lu * èpeOelas et rattaché à ѓревС^ш ;
— та (xèv OxTóíSios av^jSv 1 8 3 á par им-Ь же cïe има до осмоліт-
наго възраста q 89 « il eut ce nom jusqu'à l'âge de huit ans » ,
186 HENRI BOISSIN.

avec Vxrdšios pris pour un adjectif au sens de ахтаѓтцѕ ; — Bax-


tpiovs 3683 « Bactriens », considéré comme un dérivé de fiáx-cpov
« bâton », est traduit паличникы 1 3 119 ; — азыкъ страны 1 6 б6
en regard de Bóx^opts 4856 montre que la finale du nom a été
interprétée par х,ара, l'initiale ayant peut-être été rattachée au
moyen-grec (Sovxxv « bouche » ; — ai yàp EiXeidvíat Setvaí k h 8 і est
traduit забъвеше 6w люто и . . . 1 5425, ayant sans doute été lu ai
yàp Xfjdai xai...j шѕ HpaxXifc tijs îiSpas 3348 se transforme en
истръгн/ï» кореша 1 2 a17 : il faut supposer une déformation en ê^tf-
pa|e таѕ pfcas ou quelque chose d'analogue; — А/очутге/а? (Xvpas)
5io5, confondu avec è^co-nias, donne вън^шныа (приповвсти)
17225, et de même (év pôdois) Ahamstots l\b<-[i (причами) вън-Ь-
шними ібу13; — KXvTa![xvii(TTpav ífľji a été interprété хАут»)і>
, d'où нареченлљ обрљчницљ k б15 ; — olov, 3> ZeC, xtSa-
p à filos ÇrtpiovTai 20/12 « quel joueur de cithare, ô Jupiter,
perd le monde! » devient étrangement шле како емоуже припрА-
жена кстъ съ гждцы жизънь б'Ьдл» гюстрад^етъ 848 « hélas !
combien celui dont la vie est liée à des joueurs de cithare souffre
de malheur! » car il y tant de composés chez Manassès que le
traducteur en a pu imaginer un inédit, ÇevyoxidappSos. Et ainsi
dans d'autres cas.
Inversement il arrive qu'un adjectif soit pris pour un nom
propre : ainsi хшџгјѕ oh ѓ^сорџ^о \virpas 5 1 99 « il était originaire
d'un misérable village » est rendu par wt села оуби> б-fc Липра
1757 « il était originaire du village de Lipro »; — тў <тх\прў tí/s
џаууѕ Ъ^Ьх. « la difficulté de la bataille » par wt склира рати 1 99°
«de la bataille de Skliro»; — et ttovwtXóqvs ахафаѕ ДобД
« barques voguant au large » par Понтъскыа кораблА i h З5
« vaisseaux du Pont », parce qu'il vient d'être question de Sinope,
ville sur le Pont-Euxin.
Des mots du grec classique sont interprétés avec le sens qu'ils
présentent en grec vulgaire. Ainsi %&pos9 x<»piov « lieu » au sens de
« domaine, village » dans пищнаго села i o11 tou iris труС^ѕ %<àpov,
пищномоу селоу і а9 тої» т»/ѕ трифі}$ ywpíov, въ Едемъст'Ьмъ . . .
сел'Ь 826 ті?? ÈSèfi т<£... x/ópy. De même rois ешрџато1Ѕ §ť(ppois 5 7 5 8
est rendu par на доброорлжныихъ колесницахъ 1 9 З10, parce
que le grec byzantin, à côté de арџа « char », a l'emprunt äppa au
latin arma, et cette erreur se trouve déjà dans le Psautier qui
interprète ovTOt èv арџаап hi in curribus XIX, 8 par ci въ орлжшхъ
Sin. Bue. (rectifié en на колесницахъ Bon. Pog.).
Dans une partie des composés grecs formés avec TtaXiv-, ce pre-
LA CHRONIQUE DE MANASSÈS. 187

mier terme est rendu par зло- ou par l'adverbe зл-fc, par confusion
avec le préfixe dépréciatif 7гаХ<(о)- (<7гаХа<о-) de тгаХіюбрйлгое
«coquin», etc. du grec vulgaire : yztýzi itttkiyH.ďnrCkov ѓџлгормбр
те jS/ov Д20З « il exerçait une vie de revendeur et de commerçant »
est traduit проходеше злі; капилское и тръговское житїе
і4624. A itjs TraXtviTTpóCov (var. тгайіутрбтгои) tvytis li í h і «de
l'inconstante fortune» répond злосъвратныд части іД55; — à
та itaXívcrtpo^ov (var. тгаіі'ртротгог, TictkívTpoyov} Д З77, злосъ-
вратное 1 5 128 (mais à та itaXívarpo^ov . . . tov @íov lib U d, стръ-
петное... житїа і5616); — à тоО 7raXiv$pó(iov fíi'ov 5 7 5 7 «de
la changeante vie », злотеклщаго житїа 1 9 З8; — à j). . . тгаМџ-
Ttvoia rov fítov 55 2 6 « le souffle contraire dela vie», злодыхан'іе
житейское j 8528 ; — à та ttcCklviOKOv iov iS>v áv6pÚ7rMv yévovs
2 2 3 1 « les oppositions entre pères et fils dans la race humaine » ,
злородномоу члов^чю родоу до4; — et злосъвратнаго оума
его 1 7 Д22 à та TtaXíyi&oXov aviov xrjs yvcófitjs 5 1 7 k « l'inconstance
de son esprit ».

Nous passerons sur des gaucheries comme грозднаа мати вино-


градъ k1, qui conserve le féminin du grec ^OTpvo^rfrwp арпекоѕ ; —
sur des traductions simplifiées comme пастырь бі із13 en regard
de iroifÁOLviixrjv (lertfei ЗА g « il faisait étude d'art pastoral »,
d'autant plus que le fait n'est pas fréquent. Toutes ces faiblesses et ces
erreurs montrent seulement que le texte de Manassès était trop
savant et trop subtil pour ne pas embarrasser quelquefois son
traducteur. Mais ce ne sont là, somme toute, que des accidents.
Dans l'ensemble, la traduction est bonne et fidèle : elle est d'un
homme cultivé qui avait une solide connaissance du grec, non
seulement de la langue courante , mais aussi de la langue littéraire
et poétique.
Le traducteur, comme on peut s'y attendre de la part d'un
écrivain slavon qui use d'une langue correcte et archaïsante, ne
manque pas non plus de connaissances bibliques : il sait
reconnaître les citations de l'Ecriture dans le texte de Manassès. Si, en
regard du singulier OoiXacra-av des vers 60-61 evrevdev то (úv ova-
тгЈџа avfnrav то t&v ůSátOův BakoLtractv хат<м6 patře, le slave porte le
pluriel Mop-fe : WT сего оубіи съставъ весь водный мор'в нарече
З2, c'est que le traducteur s'est souvenu du texte de la Genèse, I,
1 0 : xoil та <7V<T7rf[AaTOL t&v vSdnwv èxakeas OaXácraas. Il a de même
remarqué que à Spacro-ófÁSvos aoÇovs Arî tous Tiavovpyiats 5 5 4 1
188 HENRI BOISSIIC.

« celui qui prend les sages à leurs ruses » est une citation de I Cor.,
III, 19 : ô Spacrcrófisvos Tous trotyovs èv r fi iravovpyía avrav, et il
reproduit en conséquence le texte slave de l'Épître : хлпали пр*-
М/ЪдрыА въ коварствихъ i8610 répond exactement à хлпал(и)
(var. кмлаи) премоудрыіа въ коварстви ихъ de la première
version de l'édition Voskresenskij (1). Il a identifié une autre citation
des Ecritures dans Menasses : особдщиіа са на здй быстъ птица
19521 est Ps. CI, 8 : быхъ ъ-ко пьтица особАщи-Ь са на зьд-в;
la suite : и нощны вранъ без съна на здашихъ, reproduit un
peu plus librement Ps. CI, 7 : *Ько нощьныи вранъ на ныри-
шти.
Dans добротою сїалща и мышцел силы До5 « resplendissant
par la beauté et par le bras de la force » qui rend xctXXsi SiàXaçi-
itowa ха) (3pa%tévûi)v aBévet 1 2 h 1 , le traducteur a remplacé
volontairement le grec @pcv£i6vwv a-Bévst par une expression du
Psautier : и мышьцел силы твоел Ps. LXXXVIII, 1 і ха) èv тф
t ТІ}$ SuváfÁBoás (TOV.
Il lui échappe pourtant un lapsus : Meapèfi о Ѕѕитербтохоѕ rov
Xá(i liki «Mesrem, deuxième enfant de Cham» est traduit Me-
сремъ вноукъ Хамовъ 1 513 « Mesrem, petit-fils de Cham » ; il s'est
trompé sur le sens de Ssvrspéroxos , bien que la Genèse (X, 6) soit
explicite sur ce point : xaà oi vïo) -rov Xáft, Xovs xcù МитроИџ ха)
Фодв xaí YLavaáv.

Paris, avril 19 46.

M II n'est pas sans intérêt de noter que ce verset a été cité , non d'après la
deuxième traduction de Voskresenskij , qui est la traduction vieux-bulgare (cf.
Vaillant, «Le Traité contre les Bogomiles du prêtre Cosmas», Revue de» Etudei
»laves, XXI, p. 79), mais d'après la première traduction vieux-macédonienne : le
slave d'Église, en Bulgarie, a oublié la tradition orientale du vieux-bulgare de
Presláv (х'-гі' siècles) et a repris la tradition du vieux-macédonien d'Ochrid.