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Université Hassan II – Casablanca -

Ecole Nationale de Commerce et de gestion


De Casablanca

Audit comptable et financier:

Commissariat aux apports, à la fusion


et à la transformation:

Demandé par: Mr. BOUSTANI Hicham

Réalisé par:

 SADRY Fatine
 SALAMAT Ghita
 SAMIH Abdelkarim
 SEFRAOUI Souhail
 SEKKAT Soumaya
 SETTAR Mariem

( S8-GFC2 )

Année universitaire: 2015 / 2016


Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

TABLE DES MATIERES:

INTRODUCTION .................................................................................................................... 3
Section I: LE COMMISSARIAT AUX APPORTS .............................................................. 5
1. Rappel des principales dispositions de l’ancienne réglementation ..................................... 6

1.1 Nature de la mission et obligations ................................................................................ 6


1.2 Limites de la mission ..................................................................................................... 8

2. Principales dispositions des nouvelles lois relatives aux sociétés commerciales ............ 11

2.1 Désignation, incompatibilités et rémunération du commissaire aux apports............... 11


2.1.1 Désignation du commissaire aux apports........................................................ 11
2.1.2 Incompatibilités .............................................................................................. 14
2.1.3 Rémunération du commissaire aux apports .................................................... 16

2.2 Nature de la mission, obligations et responsabilités ................................................... 17


2.2.1 Nature de la mission et obligations ................................................................ 17
2.2.1.1 Commissariat aux apports et missions similaires .............................. 17
2.2.1.2 Opérations concernées ..................................................................... 19
2.2.2 Responsabilités .............................................................................................. 23

Section II: LE COMMISSARIAT A LA FUSION ............................................................. 24


1. Attribution de la mission aux commissaires aux comptes ............................................... 25

1.1 Principe ........................................................................................................................ 25


1.2 Avantages .................................................................................................................... 27
1.3 Inconvénients ............................................................................................................... 28

2. Nature de la mission et obligations .................................................................................. 29

2.1 Opérations et entités concernées .................................................................................. 29


2.2 Etendue de la mission .................................................................................................. 31
1.3 Rémunération du commissaire aux comptes au titre du commissariat à la fusion ..... 33

Section III: LE COMMISSARIAT A LA TRANSFORMATION ................................... 34

1. Principe ............................................................................................................................ 35
2. Opérations concernées ...................................................................................................... 36

CONCLUSION ....................................................................................................................... 37
LISTE DES ABBREVIATIONS .......................................................................................... 38
BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................................ 39

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

INTRODUCTION:

Dès son indépendance, le Maroc a ouvert son économie à la concurrence


internationale et aspire à devenir un partenaire actif dans l’économie mondiale.
Après la crise économique du début des années 80, la mise à niveau de l’économie
marocaine et la réduction des déficits budgétaires et commerciaux se sont avérés
nécessaires pour améliorer la capacité concurrentielle et regagner la confiance de
nos partenaires, notamment européens. Cette mise à niveau a requis la mise en
place progressive de réformes législatives visant à améliorer l’environnement
juridique et commercial des entreprises marocaines. Pour nous limiter aux plus
importantes, nous pouvons citer, la réforme du système fiscal, la création des
tribunaux de commerce, l’organisation et la structuration des marchés financiers,
la promulgation d’une charte d’investissement, la refonte du droit des sociétés, la
réforme du code de commerce, la mise en place d’un code de normalisation
comptable, la réglementation de la profession d’expert comptable, et la
promulgation de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence. Parmi les
principaux objectifs de cette mise à niveau, l’instauration d’un climat de sécurité
et de transparences dans le milieu des affaires figure aux 1er rangs. En fait, ces
deux facteurs constituent une locomotive pour le développement et
l’encouragement des investissements nationaux et étrangers. Dans ce contexte
l’expert comptable, garant de la fiabilité de l’information comptable et financière
avant sa diffusion se trouve investi d’un certain nombre de missions légales dont
notamment le commissariat aux comptes, le commissariat aux apports et le
commissariat à la fusion objet de la présente étude.
Ainsi, il se voit attribuer, de par ses compétences et sa formation
multidisciplinaire, le monopole du commissariat aux apports et à la fusion au
même titre que le commissariat aux comptes qui lui a été attribué par la loi 15-89
susvisée.
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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

Eu égard à la responsabilité résultant de ces textes et au fait que les missions de


commissariat aux apports et de commissariat à la fusion sont rarement
développées dans les ouvrages de base en raison de la nouveauté des textes et de
l’organisation de la profession au Maroc, les professionnels seront amenés à
réfléchir à la méthodologie et la démarche à adopter, aux contrôles qu’il y a lieu de
mettre en œuvre, à l’organisation de la mission, et à la matérialisation des
diligences à travers la tenue de dossiers de travail. Du coup plusieurs questions se
posent notamment celles relatives aux missions des commissariats des apports et
de fusion, En quoi consiste chacune de ces deux missions ? Doit-on désigner un
commissaire aux apports en cas de fusion ? Y a-t-il incompatibilité entre les deux
missions et le commissariat aux comptes ? Et puis l’attribution du commissariat à
la fusion au commissaire aux comptes ne constitue-t-elle pas une atteinte au
principe d’indépendance des professionnels ?

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Section I:

LE COMMISSARIAT AUX
APPORTS
Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

1. Rappel des principales dispositions


de l’ancienne réglementation

1.1 Nature de la mission et obligations

Sous l’ancienne loi relative aux sociétés de capitaux, la mission de commissariat


aux apports était réglementée par les dispositions de l’article 4 dans les termes
suivants : «lorsqu’un associé fait un apport qui ne consiste pas en numéraire ou
stipule à son profit des avantages particuliers, la première assemblée générale
désigne un ou plusieurs commissaires chargés d’apprécier la valeur de l’apport
ou la cause des avantages stipulés. …La seconde assemblée générale ne pourra
statuer sur l’approbation de l’apport ou des avantages qu’après un rapport du ou
des commissaires désignés qui sera imprimé ou dactylographié et tenu à la
disposition des actionnaires cinq jours au moins avant la réunion de cette
assemblée. … Les dispositions du présent article, relatives à la vérification de
l’apport qui ne consiste pas en numéraire, ne sont pas applicables au cas où la
société à laquelle est fait ledit apport est formée entre ceux seulement qui en
étaient propriétaires dans l’indivision ».
Les dispositions ci-dessus s’appliquaient également aux augmentations de capital.
Ces dernières étaient régies, sur tous les points, par la réglementation concernant
la constitution des sociétés. Les opérations de fusion quant à elles, étaient régies
par l’article 4 ci-dessus et l’article 3 de la même loi, relatif à la négociabilité des
actions d’apport. Ces opérations étaient également régies par les articles 44 à 48
du dahir formant code de commerce du 12 août 1913 et par l’article 754 du Dahir
formant code des obligations et contrats de la même date, faisant allusion à la
fusion en ce qui concerne la continuation des contrats de travail encours.

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Au vu de ces textes, la fusion est scindée en deux opérations :


- Dissolution sans liquidation d’une ou de plusieurs sociétés ;
- Augmentation de capital ou création d’une autre société.

Dans le cadre de l’augmentation de capital de la société absorbante, un


commissaire aux apports est désigné à l’effet d’apprécier les apports. Pour les
sociétés à responsabilité limitée, l’ancienne loi ne prévoyait pas la désignation
d’un commissaire aux apports. En fait, le dahir du premier septembre 1926 qui a
rendu applicable au Maroc la loi française de 7 mars 1925, a instauré la
responsabilité solidaire de dix ans des associés quant à la valeur donnée aux
apports en nature. L’article 8 de cette loi stipulait : « L’acte de société doit
contenir l’évaluation des apports. Les associés sont solidairement responsables
vis-à- vis des tiers de la valeur attribuée au moment de la constitution de la
société aux apports en nature. L’action en responsabilité résultant des
dispositions du paragraphe précédent se prescrit par dix ans à partir de la
constitution de la société ».

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1.2 Limites de la mission

La mission du commissariat aux apports tel que définie ci-dessus, était une
mission que l’on pourrait qualifier de «formelle». En fait cette mission était
entachée de plusieurs insuffisances qui la privaient de toute utilité que se soit pour
les associés eux même ou pour les tiers. A priori, l’intention du législateur à
travers la désignation du commissaire aux apports n’était pas explicite. La
question posée est de savoir si le commissaire aux apports a pour mission de
protéger les associés autres que les apporteurs en nature ou de protéger les tiers
appelés à transiger avec la société bénéficiaire de l’apport. Qu’en est-il en cas de
transformation d’une société à responsabilité limitée en société anonyme, fallait-il
désigner un commissaire aux apports ?
D’après Paul Decroux, la responsabilité solidaire prévue par la loi de 1926 relative
à la SARL a été édictée au profit des tiers, autrement dit les créanciers de la
société, alors que l’évaluation des apports en nature prescrite par l’article 4 de la
loi sur les sociétés de capitaux n’a pas légalement pour objet de protéger les
créanciers sociaux, elle tend uniquement à protéger les associés apporteurs en
numéraire. A notre avis, puisque la responsabilité des associés est limitée dans les
deux formes de sociétés, le législateur avait tendance à protéger davantage les tiers
que les associés qui agissent généralement en connaissance de cause. Cette
position se justifie d’autant plus dans la mesure où tous les associés d’une SARL
au sens de l’article 8 ci-dessus étaient responsables de l’évaluation faite des
apports en nature et non seulement les apporteurs. Sur le fond, d’autres faiblesses
et insuffisances entachent les dispositions ci-dessus :
- Les règles de désignation, d’incompatibilité et de compétence n’ont pas été
définies par la loi. En fait, dans la pratique se sont parfois des associés, des
proches ou des non professionnels qui étaient désignés. Or, une des conditions
nécessaires à la crédibilité et à la fiabilité des opinions exprimées dans le cadre de
ces missions est l’indépendance des professionnels. La mission était, ainsi, privée
de toute utilité.

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- La mission du commissaire aux apports était vaguement définie et ses diligences


n’étaient pas explicitées. Le législateur a limité la mission du commissaire aux
apports à l’appréciation de la valeur des apports et à la rédaction d’un rapport à
l’attention des associés. Les limites et l’étendue de l’appréciation de la valeur, le
contenu, la structure et l’opposabilité du rapport en question n’ont pas été définis
par la loi. Qu’en était-il en cas de fusion, le commissaire aux apports devait-il se
prononcer sur la parité d’échange ?
- Les apports concernés par la vérification du commissaire aux apports n’étaient
pas clairement définis. De par les termes de la loi, les apports concernés par cette
vérification étaient ceux qui ne consistent pas en numéraire et les avantages
particuliers stipulés. Toutefois, la définition exacte de ces apports n’a pas été
précisée.
Qu’en était-il pour les conversions des créances en actions, des apports de
créances, des conversions d’obligations en actions, d’incorporation de réserves au
capital social et de réévaluation de l’actif ? Les tiers et les associés, ne devaient-ils
pas d’être protégés contre un abus des organes de gestion ?
-La responsabilité du commissaire aux apports n’a pas été réglementée par le
législateur. L’article 4 ci-dessus ne précisait pas le degré de responsabilité du
commissaire aux apports. La seule précision prévue est que l’approbation de
l’apport et des avantages particuliers ne fait pas obstacle à l’exercice ultérieur de
l’action qui peut être intentée pour cause de dol ou de fraude.
- La responsabilité décennale des associés des SARL ne sécurisait pas
suffisamment les tiers. En pratique, les associés des SARL se connaissent le plus
souvent, et sont unis par des liens plus étroits que ceux existant entre les
actionnaires d’une société anonyme. Pour cela le législateur n’a pas besoin de les
protéger. Toutefois, l’existence d’un mineur parmi eux - ce qui n’est pas prohibé
par la loi – peut porter atteinte aux tiers dans la mesure où il ne va être responsable
qu’à hauteur de son enrichissement.
- Le cadre de l’ancienne réglementation en matière de commissariat aux apports ne
prenait pas en considération l’évolution récente de la conjoncture économique
caractérisée par la multiplication des mouvements de concentration et de

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

restructuration des sociétés. En fait, vu l’évolution de l’économie marocaine vers


la mondialisation et la libéralisation, la complexité des opérations de
regroupement ne pouvait que modifier les perspectives d’intervention des
professionnels de la comptabilité. Ces opérations étaient devenues plus complexes
et plus variées et les évaluations leurs servants de base plus risquées, le législateur
a éprouvé la nécessité de redéfinir la mission de commissariat aux apports et de
prévoir une nouvelle mission de commissariat à la fusion qu’il a confiée au
commissaire aux comptes.

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2 . Principales dispositions des nouvelles


lois relatives aux sociétés commerciales

Les lois n° 17/95 et 5/96 relatives respectivement à la société anonyme et à la


société à responsabilité limitée ont redéfini la mission du commissaire aux apports.
Dans ce point, nous étudierons, les conditions de désignation, des incompatibilités
et de rémunération puis la nature de la mission, les obligations et la responsabilité
du commissaire aux apports.

2.1 Désignation, incompatibilités et rémunération du commissaire aux


apports

2.1.1 Désignation du commissaire aux apports:

Loi 5/96 : La désignation du commissaire aux apports est prévue par cette loi en
cas d’apports en nature lors de la constitution de la société ou lors d’une
augmentation de capital. La désignation est faite lors de la constitution de la
société à l’unanimité des futurs associés parmi les personnes habilitées à exercer
les fonctions de commissaires aux comptes ou à défaut, par ordonnance du
président du tribunal, statuant en référé, à la demande du futur associé le plus
diligent (Art. 53.1). Si la société est unipersonnelle, la désignation du commissaire
aux apports est effectuée par l’associé unique.
Toutefois, les futurs associés ou l’associé unique peuvent décider à l’unanimité
que le recours à un commissaire aux apports ne sera pas obligatoire, lorsque la
valeur de chacun des apports en nature n’excède pas 100.000 dirhams et si la
valeur totale de l’ensemble des apports en nature non soumis à l’évaluation d’un
commissaire aux apports n’excède pas la moitié du capital (Art. 53.2).
En cas d’augmentation de capital, l’article 78 de la loi renvoi au 1er alinéa de
l’article 53 ci-dessus.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

Cet alinéa précise que la désignation du commissaire aux apports peut être faite à
l’unanimité des futurs associés. Qu’en est-il pour une augmentation de capital
réalisée uniquement par introduction de nouveaux associés ? La désignation du
commissaire aux apports va-t-elle être faite uniquement par ces nouveaux associés
? La réponse à cette question est délicate dans la mesure ou le dernier alinéa de
l’article 78 précise que seuls les nouveaux apporteurs et les gérants seront
responsables en l’absence de commissaire aux apports ou lorsque la valeur retenue
est différente de celle proposée par lui. En attendant que les tribunaux statuent sur
cette question, il serait souhaitable dans ce cas, à notre sens, que la désignation
soit faite par ordonnance du tribunal.
A défaut de désignation de commissaire aux apports, comme le cas où la valeur
retenue pour l’évaluation des apports est différente de celle proposée par lui, les
associés sont solidairement responsables pendant cinq ans, à l’égard des tiers, de la
valeur attribuée audits apports. En cas d’augmentation de capital, cette
responsabilité est limitée aux seuls apporteurs et aux gérants.

Loi 17/95 : En matière de sociétés anonymes, la désignation d’un ou de plusieurs


commissaires aux apports est également prévue par la loi en cas d’apports en
nature lors de la constitution ou de l’augmentation du capital de la société sauf
dans le cas particulier des fusions. Toutefois, l’étendue de la mission du
commissaire aux apports englobe l’appréciation des avantages particuliers
stipulés. Lors de la constitution, le ou les commissaires aux apports sont désignés
par les fondateurs. Ils sont choisis parmi les personnes habilitées à exercer les
fonctions de commissariat aux comptes. En cas d’augmentation de capital de la
société par apport total ou partiel en nature, il y a lieu d’appliquer au sens de
l’article 198 de la loi, les règles relatives à l’émission des actions nouvelles.
Toutefois la loi ne précise pas à qui incombe la désignation du commissaire aux
apports en cas d’augmentation du capital. A notre avis, puisque ce sont les
fondateurs qui agissent pour le compte de la société avant sa constitution, se sont
les personnes qui agissent au nom de la société après sa constitution à savoir le

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président du conseil d’administration ou du directoire, qui doivent procéder à cette


désignation.
Contrairement aux dispositions des lois 5/96 et de 1922, il faut noter que :
- Tous les apports en nature sont soumis à la procédure de vérification ;
- La valeur retenue par le commissaire aux apports est opposable aux actionnaires
- Même si le bien apporté appartenait à tous les actionnaires dans l’indivision, la
désignation d’un ou de plusieurs commissaires s’impose.

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2.1.2 Incompatibilités:

Il convient de distinguer les incompatibilités en matière des SARL celles en


matière des SA:

 La société à responsabilité limitée :

La loi n° 5/96 n’a soumis la désignation du commissaire aux apports à aucune


incompatibilité.
L’attitude du législateur est compréhensible dans la mesure où l’objectif recherché
est la protection des tiers de toute surévaluation des apports en nature et non la
protection des associés. Si cette logique peut être justifiée dans le cas des sociétés
à responsabilité limitée unipersonnelles ou à nombre limité des associés ; elle ne
peut pas l’être dans une société constituée de plusieurs personnes (dans la limite
de 50) parfois de nationalités différentes ou ne se connaissant pas.
Par ailleurs, la loi précise que le commissaire aux apports doit être désigné parmi
les personnes habilitées à exercer les fonctions de commissaires aux comptes à
savoir les experts comptables inscrits au tableau de l’Ordre des Experts
Comptables. L’article 16 de la loi 15/89 réglementant la profession d’expert
comptable et instituant un ordre des experts comptables précise que : « l’exercice
de la profession d’expert comptable est incompatible avec toute activité ou tout
acte de nature à porter atteinte à l’indépendance de l’expert comptable ».
De même, le fait que le commissaire aux apports soit désigné parmi les personnes
peuvent exercer le commissariat aux comptes, implique à notre sens, sa
soumission aux mêmes règles d’incompatibilités prévues pour les commissaires
aux comptes. J.G DEGOS1 écrivait « il apparaît souhaitable, que par analogie, le
commissaire aux apports des SARL, respecte les mêmes règles d’incompatibilité
que pour les SA. Mais dans la mesure ou aucun texte légal ne prévoit l’application
de ces règles d’incompatibilité aux commissaires aux apports de SARL, aucune
sanction pénale n’est possible en cas de non-respect».

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

La norme de la CNCC relative à l’indépendance des commissaires aux comptes


précise qu’«au delà des incompatibilités et interdictions légales qui constituent
des présomptions irréfragables de dépendance, l’indépendance du commissaire
aux comptes (aux apports dans notre cas) s’apprécie à la fois par rapport à un
comportement et à un état d’esprit »

 La société anonyme :

L’alinéa 2 de l’article 25 de la loi n° 17/95 précise que les commissaires aux


apports sont soumis aux incompatibilités prévues par l’article 161 applicables aux
commissaires aux comptes. Ainsi ne peuvent être désignés comme commissaires
aux apports :
- Les fondateurs, apporteurs en nature, bénéficiaires d’avantages particuliers ainsi
que les administrateurs, les membres du conseil de surveillance ou du directoire de
la société ou de l’une de ses filiales ;
- Les conjoints, parents et alliés, jusqu’au 2eme degré inclusivement, des
personnes visées au paragraphe précédent ;
- Ceux qui reçoivent des personnes visées au paragraphe 1 ci-dessus, de la société
ou de ses filiales, une rémunération quelconque à raison de fonctions susceptibles
de porter atteinte à leur indépendance ;
- Les sociétés d’experts-comptables dont l’un des associés se trouve dans l’une des
situations prévues aux paragraphes précédents.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

2.1.3 Rémunération du commissaire aux apports

Les textes n’ont pas abordé la question de rémunération du commissaire aux


apports. Ses honoraires seront fixés en concertation directe avec ceux qui l’ont
désigné, à savoir les futurs associés, les fondateurs, le président du conseil
d’administration ou encore le président du tribunal de commerce.
Lors de la constitution de la société, ces honoraires devaient être versés
normalement par les fondateurs ou les futurs associés. La première assemblée
générale ordinaire ou extraordinaire de la société régulièrement constituée et
immatriculée reprend ces dépenses pour le compte de la société. Que se passe-t-il
si les actionnaires contestent le montant des honoraires ?
En fait, le caractère légal de la mission et l’importance cruciale de la neutralité et
de l’indépendance de l’expert nécessitent une normalisation de la procédure de
détermination de ses honoraires au même titre que le commissariat aux comptes.
En France, le président du tribunal de commerce opère un contrôle direct sur les
rémunérations des commissaires nommés dans la mesure où l’ordonnance de
nomination précise que le commissaire doit soumettre au tribunal le montant des
honoraires avant de les percevoir et d’obtenir un accord écrit de la société
concernée sur le montant des honoraires qu’il aura fixé.

Quoi qu’il en soit, la proposition budgétaire du ou des commissaires ne doit être


présentée aux concernés qu’a l’issu d’un entretien préalable avec les associés, les
fondateurs ou les dirigeants permettant une prise de connaissance générale de
l’opération et de la société, une meilleure appréciation de la nature, de l’étendue et
des risques de leurs travaux, et par conséquent des honoraires y afférent.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

2.2 Nature de la mission, obligations et responsabilité

2.2.1 Nature de la mission et obligations

2.2.1.1 Commissariat aux apports et missions similaires

La loi 17/95 prévoit outre la mission de commissariat aux apports, des missions
similaires qui ne seront pas traitées dans ce mémoire, il s’agit notamment de :
- L’appréciation de la valeur d’un bien appartenant à un actionnaire acquis par la
société dans les deux ans de son immatriculation. Dans ce cas, et si la valeur du
bien en cause est au moins égale à un dixième du capital, l’article 112 de la loi
prévoit la désignation par ordonnance du président du tribunal statuant en référé à
la demande du président de conseil d’administration ou de surveillance, d’un
commissaire chargé d’apprécier sous sa responsabilité la valeur du bien. Ce
commissaire est désigné parmi les personnes habilitées à exercer la mission de
commissariat aux comptes et il est soumis aux règles d’incompatibilités prévues
par l’article 161.
- La mission de commissariat à la transformation en cas de transformation en
société anonyme d’une société d’une autre forme. Dans ce cas, la loi prévoit la
désignation d’un ou de plusieurs commissaires à la transformation chargés
d’apprécier sous leur responsabilité la valeur des éléments de l’actif et de passif de
la société et les avantages particuliers. Ils sont désignés sauf accord unanime des
associés par décision de justice, à la demande des dirigeants sociaux ou de l’un
d’eux, parmi les personnes habilitées à exercer le commissariat aux comptes et
sont soumis aux règles d’incompatibilités prévues par l’article 161.
- Le ou les commissaires à la transformation sont chargés d’établir un rapport sur
la situation de la société et doivent attester que la situation nette de la société
transformée est au moins égale au montant de son capital social.
- La vérification lors de la transformation d’une société anonyme en d’autres
formes autres que la SNC, que la situation nette est au moins égale au capital
social. Cette mission est confiée par la loi (art. 219) au commissaire aux comptes
de la société.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

Ce dernier est tenu de s’assurer que la société concernée a au moins une année
d’existence, vérifier que les états de synthèse de l’exercice ont été approuvés par
l’assemblée des actionnaires et s’assurer que la situation nette est au moins égale
au capital social.
A noter, que la loi n’a pas défini la situation nette. Quelques auteurs (Dans le
bulletin d’information périodique le BIP n° 105/2001) pensent que c’est la
situation nette qui découle de l’évaluation des éléments d’actif et du passif. Cette
position nous paraît sans fondement juridique. En fait, à notre avis, la situation
nette ne peut s’entendre que telle qu’elle a été définie par d’autres textes de lois ou
ayant force de loi notamment le CGNC. Le mémento pratique comptable Francis
Lefebvre précise dans son paragraphe 3152 que « Les capitaux propres visés par
la loi sur les sociétés commerciales (notamment en cas de transformation en/ou
d’une SA) correspondent aux capitaux propres tels qu’ils apparaissent au bilan
avant affectation du résultat. »
En référence au CGNC la situation nette est calculée comme suit :
situation nette = capitaux propres + capitaux propres assimilés – immobilisations
en non-valeurs.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

2.2.1.2 Opérations concernées

A la différence de la loi de 1922 qui a utilisé les termes «apport qui ne consiste
pas en numéraire », les nouvelles lois sur les sociétés ont précisé que ne sont
soumis à la procédure de vérification que les apports en nature et les avantages
particuliers stipulés au profit des personnes associées ou non.

 Apports en nature
Tous les apports de biens autres qu’en numéraire sont appelés apports en nature.
En principe, tous les biens immobiliers et mobiliers (corporels ou incorporels)
peuvent être apportés à une SARL ou à une SA. J.Celeste1 précise que le principe
essentiel à retenir est le suivant : pour être rémunérés par des actions et concourir à
la formation du capital, les apports doivent avoir une valeur actuelle appréciable
en espèces et constituer un élément d’actif réalisable pouvant être inscrit à l’actif
du bilan.
Aussi bien pour les SA que pour les SARL, les apports en industrie sont interdits
car, ils ne répondent pas au principe ci-dessus. Toutefois, pour les SARL, lorsque
l’objet de la société porte sur l’exploitation d’un fonds de commerce ou d’une
entreprise artisanale, apporté à la société ou crée par elle à partir d’éléments
corporels ou incorporels qui lui sont apportés en nature, l’apporteur en nature peut
apporter son industrie lorsque son activité principale est liée à la réalisation de
l’objet social.
Les apports en nature sont en général :
- Les immobilisations incorporelles : fonds commerciaux, marques, brevets,
dessins et modèles,
études et recherches, droits au bail, …
- Les immobilisations corporelles : terrains, bâtiment, matériel et outillage, …
- Les immobilisations financières : titres, prêts, …
- Les stocks et en-cours ;
- Les autres actifs circulants : prêts, créances, valeurs mobilières de placement, …

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

Ces apports peuvent être faits de pleine propriété, en jouissance ou en usufruit. De


même, certains d’entre eux nécessitent des formalités de dépôt et de publicité pour
qu’il y ait transfert de propriété à la société bénéficiaire de l’apport (conservation
foncière, office de propriété industrielle, …).

 Avantages particuliers:
A la différence de la loi française, la loi 17/95 a défini ce qu’il faut entendre par
«avantages particuliers». L’article 24 précise que «on entend par avantage
particulier un droit préférentiel sur les bénéfices et le boni de liquidation »
Le même article précise que les statuts doivent porter mention des avantages
particuliers stipulés. Toutefois, la loi ne porte aucune précision sur l’identité des
bénéficiaires de ceux-ci.
Cette définition des avantages particuliers limite le champ de vérification du
commissaire aux apports aux seuls droits préférentiels sur les bénéfices et les
bonis de liquidation. Cette limitation ne porte-t-elle pas atteinte au principe
d’égalité entre les actionnaires ? La réponse à cette question ne peut être que
positive. En fait, d’autres avantages ou prérogatives peuvent être stipulés au profit
de personnes associées ou non et ne sont pas soumis au sens de la loi à la
vérification par un commissaire, tel est le cas dans les situations suivantes :
- Remboursement forfaitaire des frais de constitution aux fondateurs ou allocation
d’une somme d’argent ;
- Indemnisation importante d’un directeur en cas de rupture du contrat de travail
les liant à société en cours de constitution ;
- Remboursement d’une créance à un apporteur de titres qu’il aurait sur la société
dont il détenait les titres apportés ;
- Octroi des actions à droit de vote double ou clause de préemption au profit d’un
associé.
La délimitation du champ des avantages particuliers est parfois difficile, dans la
mesure où un avantage ne peut normalement être particulier que s’il est stipulé au
profit d’un associé au détriment des autres.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

Ainsi comme a dit J.G. Degos, la limite entre les avantages particuliers et les
règles normales d’égalité est parfois subtile. L’avantage particulier doit être
individualisé et ne doit pas correspondre à une juste rémunération d’un service
rendu ou qui sera rendu à la société.
Remarque : la loi n’a cité que les avantages particuliers stipulés, la CNCC précise
dans sa note d’information n° 16 que «les avantages particuliers que le
commissaire aux apports est chargé d’apprécier sont, selon la loi, ceux qui sont
stipulés. Ainsi, le commissaire aux apports n’a pas de diligences à mettre en
œuvre pour rechercher les avantages particuliers éventuels qui ne seraient pas
stipulés dans les statuts ou le contrat de fusion ». Nous pensons que cette position
est à retenir également pour le cas marocain à moins que ces avantages ne soient
stipulés par un acte séparé mais faisant corps avec les statuts.

 Fusions, scissions et apports partiel d’actif


A ce sujet, les lois n°17/95 et n°5/96 sont ambiguës.
La loi 5/96 n’a pas traité les cas de fusions ou des scissions impliquant des SARL
ou d’autres sociétés commerciales. Toutefois, elle précise que les dispositions des
articles 222 à 229 (relatifs aux fusions et aux scissions) de la loi n°17/95
s’appliquent à ces sociétés dans la mesure où elles sont compatibles avec les
dispositions qui leur sont propres.
La loi n°17/95 a traité les cas de fusions et des scissions dans ces articles 222 à
229 pour toutes formes de sociétés et dans ses articles 230 à 242 pour les
opérations réalisées uniquement entre des sociétés anonymes.
La question qui s’impose est la suivante : faut-il désigner un commissaire aux
apports en cas de fusion ou de scission ? De l’analyse des textes de loi et de
l’apport de A. El Quortobi dans son mémoire «la problématique des fusions au
Maroc ; difficultés juridiques et pratiques », la réponse semble être délicate
(même si en pratique, on a tendance à ne pas le désigner en matière des fusions
entre des SA).

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

En fait :
Pour les SA : En référence aux articles 198 et 235 relatifs respectivement à
l’émission d’actions nouvelles et à l’approbation des apports en nature par l’AGE
de la société absorbante, la procédure de vérification des apports en nature et des
avantages particuliers s’impose. De même, la loi n’a pas chargé de manière
expresse, le commissaire aux comptes en sa qualité de commissaire à la fusion
d’apprécier les apports en nature et les avantages particuliers stipulés dans le traité
de fusion. Comment seront protégés alors les actionnaires minoritaires contre une
sur ou sous-évaluation de ces apports ? .
A ce niveau, le seul cas prévu par la loi est celui précisé par l’article 232 relatif à
la substitution du commissaire aux apports par le commissaire aux comptes en cas
de scission entre SA. Le CAC empiète dans ce cas sur la mission dévolue au CAA
ce qui contredit les articles 24 et 25 de la loi. Faut-il ou pas désigner un CAA ?

Pour les SARL : L’attribution de la mission de commissariat à la fusion aux


commissaires aux comptes ne concerne que les opérations réalisées uniquement
entre des sociétés anonymes, c’est à dire au sens strict de la loi que les sociétés,
absorbante et absorbée doivent être toutes les deux, des SA. Pour cette raison et
compte tenu des incompatibilités étudiées ci-dessus, nous pensons que les fusions
ou scissions impliquant au moins une SARL doivent être soumises à la procédure
de vérification par un commissaire aux apports sauf le cas où l’absorbante est une
société de personnes. Il appartient aux instances ordinales de normaliser sa
mission à la lumière des développements qui suivent dans ce mémoire à fin
d’étendre le champ de son intervention à la vérification de la parité d’échange.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

2.2.2 Responsabilités:

La responsabilité du commissaire aux apports découle de son exercice dans le


cadre d’une profession libérale réglementée, d’une liaison contractuelle qu’il a
avec ceux qui l’ont désigné et enfin du cadre légal que revêt sa mission. En tant
qu’expert comptable, il doit respecter les prescriptions légales et déontologiques
de sa profession. Face à ceux qui l’ont désigné, il n’a qu’une obligation de moyens
qui découle du caractère libéral de la profession mais il reste responsable de ses
propres fautes et négligences. La loi n’a pas précisé l’étendue et les limites de la
responsabilité du commissaire aux apports. La responsabilité du commissaire aux
apports est triple. Il s’agit d’une responsabilité civile, pénale et disciplinaire.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

Section II :

LE COMMISSARIAT A LA
FUSION

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

1. Attribution de la mission aux


commissaires aux comptes:

Le commissariat à la fusion est l’une des nouvelles missions instituées par la loi
n°17/95 relative à la société anonyme. Cette loi s’est inspirée de la loi française du
24 juillet 19661 et a confié cette mission aux commissaires aux comptes.
Toutefois, l’institution de cette mission ne concerne, au sens de la loi, que les
fusions et scissions réalisées uniquement entre des sociétés anonymes.

1.1 Principe:

Deux éléments au moins justifient l’instauration du commissariat à la fusion :


- La limitation des investigations et des vérifications du commissaire aux apports à
la seule appréciation des apports en nature. Le contrôle de la rémunération de ces
apports n’est pas de son ressort ;
- La conjoncture économique nationale et internationale favorisant les diverses
formes de concentration et notamment les fusions, fait que ces opérations sont
devenues plus complexes et plus variées, nécessitant une vérification et un
contrôle plus poussé susceptible de garantir les droits des minoritaires et des tiers.
Le commissaire aux comptes (commissaire à la fusion) intervient conformément à
l’article 233 de la loi n°17/95 dans le cadre des opérations de fusions réalisées
uniquement entre des sociétés anonymes (art.228). Outres les opérations de fusion,
les opérations de scission et d’apport partiel d’actif sont également concernées par
le commissariat à la fusion (art.242).
Le CAC intervient comme on a vu dans la première section, dans les opérations de
scissions entre les SA en tant que CAA.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

De la lecture des textes, il paraît que les fusions de sociétés d’une autre forme
sociale (SARL, sociétés commerciales de personnes, société civiles) entre elles ou
avec des SA, ne sont pas concernées par le commissariat à la fusion. Ce problème
se pose également en France mais de manière moins aiguë dans la mesure où la
législation française soumet les fusions entre les SARL au commissariat à la
fusion.

Pour résoudre ce problème, la recommandation de l’association nationale française


des sociétés par action(l’ANSA), dans une note de mars-avril 1989 paraît
extensible au contexte marocain. La dite note précise que «Toutefois, cette lecture
étroite des textes est manifestement contraire aux intentions du législateur qui a
instauré un régime similaire pour les SA et les SARL. Lors d’une fusion réunissant
ces deux types de sociétés, il semblerait préférable de combiner prudemment les
deux séries de dispositions ».
En fait, les actionnaires(ou porteurs de parts) doivent, en effet, pouvoir bénéficier
des mêmes garanties que dans le cas d’une fusion entre des SA.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

1.2 Avantages

La position du législateur en confiant la mission de commissariat à la fusion aux


commissaires aux comptes est compréhensible. En fait, l’objectif recherché à
travers l’instauration de cette mission est la protection des actionnaires, surtout les
minoritaires de la société absorbante, des effets d’une surévaluation des apports.
Or parmi les attributions du commissaire aux comptes figure, justement, celle de
s’assurer que l’égalité a été respectée entre les actionnaires. Les deux missions
donc, sont complémentaires et ne nécessitent pas aux yeux du législateur, la
désignation d’un autre professionnel pour accomplir la mission du commissariat à
la fusion. Hormis le fait que le commissaire aux comptes se prémunisse contre la
responsabilité en procédant lui-même au contrôle de la rémunération des apports,
sa connaissance approfondie des sociétés fusionnées en sa qualité de réviseur des
comptes ne peut que porter un plus à la qualité des travaux et faciliter sa mission.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

1.3 Inconvénients

La position ci-dessus du législateur ne va pas sans créer des problèmes en


pratique:
- La mission du commissariat à la fusion dépasse le champ d’intervention du
commissaire aux comptes dans le sens où il doit vérifier la valeur relative attribuée
aux actions des autres sociétés anonymes participant à la fusion ayant leurs
propres commissaires aux comptes ;
- La mission sera effectuée par plusieurs professionnels à la fois, tous des CAC.
Cela, affaiblit la responsabilité de chacun d’eux et complique l’aboutissement de
la mission en cas de pluralité des avis ;
- L’émission de plusieurs rapports pour une seule mission ne se justifie pas et ne
constitue qu’un double emploi ;
Qu’en est-il en cas de désaccord ou en cas de renonciation de commissaire aux
comptes à cette mission ?
- Les travaux de commissariat à la fusion ne découlent pas d’un prolongement
normal de la mission de certification des comptes, dès lors le problème de la
rémunération du commissaire aux comptes dans le cadre du commissariat à la
fusion se pose. Le principe de rémunération du commissaire aux comptes pour le
commissariat à la fusion ne se contredit-il pas avec les dispositions de l’article 161
relatif aux incompatibilités ?
- La loi ne donne pas la possibilité au CAC de ne pas accepter la mission
(incompétence, manque d’expérience, défaut de moyens logistiques, hauts risques
…), cela veut dire que la seule issue pour un CAC refusant la mission, est la
démission de ces fonctions.
L’ampleur des inconvénients ci-dessus est telle que des professionnels, ont
remarqué que l’article 233 a utilisé le terme de commissaire aux comptes pour
définir la mission de commissariat à la fusion mais n’a pas précisé, si le
commissaire aux comptes (commissaire à la fusion) pouvait être ou non le
commissaire aux comptes de la société.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

2. Nature de la mission et obligations

2.1 Opérations et entités concernées

Il s’agit au sens de la loi n°17/95, des opérations de fusions et scissions réalisées


uniquement entre des sociétés anonymes. En France, le commissaire à la fusion
désigné par ordonnance du président du tribunal, intervient dans les opérations de
fusions de scissions et d’apport partiel d’actif lorsque, d’un commun accord, les
sociétés apporteuses et bénéficiaires de l’apport le décident, que ces opérations
soient réalisées entre des SA ou entre des SARL ou encore entre une
SA et une SARL.
La position du législateur français semble plus logique et plus fondée dans la
mesure où il n’est pas du ressort du commissaire aux apports de contrôler la
rémunération des apports effectués.
Il est donc souhaitable d’étendre le champ de cette mission aux fusions et scissions
impliquant outre les SA, les SARL ou les deux en même temps.
Par fusion, il faut entendre l’opération par laquelle une société est absorbée par
une autre société ou participe à la constitution d’une société nouvelle. La fusion
entraîne la dissolution sans liquidation de la société qui disparaît et la transmission
universelle de son patrimoine à la société bénéficiaire, dans l’état où il se trouve à
la date de la réalisation définitive de l’opération.
Les associés de la société dissoute acquièrent la qualité d’associés des sociétés
bénéficiaires, dans les conditions déterminées par le traité de fusion.
Par scission, il faut entendre l’opération par laquelle une société fait apport d’une
partie ou de la totalité (scission-fusion) de son patrimoine à des sociétés nouvelles
ou à des sociétés existantes.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

La scission entraîne la transmission universelle de la partie scindée du patrimoine


social, soit à la société nouvelle constituée simultanément, soit au cas de scission-
fusion, à la société absorbante.
Les associés de la société scindée acquièrent la qualité d’associés des sociétés
bénéficiaires, dans les conditions déterminées par le contrat de scission.
Toutes les sociétés qui participent à l’une des opérations mentionnées ci-dessus
établissent un projet de fusion ou de scission dont le contenu est précisé par
l’article 227 de la loi. Ce projet est déposé au greffe du tribunal du lieu du siège
desdites sociétés et fait l’objet d’un avis inséré dans un journal d’annonces légales
du siège social, par chacune des sociétés participant à l’opération ; au cas où l’une
au moins de ces sociétés fait publiquement appel à l’épargne, un avis doit, en
outre, être inséré au bulletin officiel.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

2.2 Etendue de la mission

L’article 233 de la loi n°17/95 précise que les CAC «vérifient que la valeur
relative attribuée aux actions des sociétés participant à l’opération est pertinente et
que le rapport d’échange est équitable. Le rapport du ou des commissaires aux
comptes indique la ou les méthodes suivies pour la détermination du rapport
d’échange proposé, si elles sont adéquates en l’espèce, et les difficultés
particulières à l’évaluation s’il en existe. Ils vérifient notamment que le montant
de l’actif net apporté par les sociétés absorbées est au moins égal au montant de
l’augmentation de capital de la société absorbante ou au montant du capital de la
société nouvelle issue de la fusion. ». De par les textes, l’intervention du CAC
dans l’opération de fusion porte principalement sur deux axes : - S’assurer que la
rémunération des apports est équitable. C’est la parité d’échange des titres de la
société absorbée par ceux de la société absorbante qui est visée ici. Cette parité
doit être équilibrée et issue des valeurs relatives pertinentes ; à défaut l’une des
parties à la fusion sera lésée. - Vérifier que le montant de l’actif net apporté par la
société absorbée est au moins égal au montant de l’augmentation de capital de la
société absorbante ou au montant du capital de la société nouvelle issue de la
fusion. A ce niveau, la mission du CAC se rapproche de la mission du CAA. On
comprend semble-t-il, que l’intention du législateur était de supprimer
l’intervention du CAA ; toutefois les textes ne prévoient pas expressément
l’appréciation de la valeur des apports en nature et des avantages particuliers par le
CAC. Le commissaire aux comptes doit également : - Vérifier que les méthodes
d’évaluation sont adéquates ; - Rendre compte de sa mission dans un rapport. Le
rapport du CAC indique la ou les méthodes suivies pour la détermination du
rapport d’échange proposé, si elles sont adéquates en l’espèce, et les difficultés
particulières à l’évaluation s’il en existe. La vérification de la pertinence des
valeurs relatives signifie qu’il conviendra1 d’«apprécier la régularité, la sincérité
et la fidélité des évaluations retenues, ce qui oblige à une investigation comptable

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

appropriée, sans toutefois que cela débouche sur une révision approfondie des
comptes des sociétés participantes ». La vérification de l’équité du rapport
d’échange signifie au sens de la COB qu’il est nécessaire de s’assurer que «les
critères retenus, présumés conformes aux points de vue des dirigeants compte tenu
de la nature économique de l’opération, doivent également donner des résultats
équitables pour les actionnaires. » l’équité ne doit pas dans ce contexte, être
entendue au sens «exactitude mathématique ». La vérification que l’actif net
apporté est égal au moins au montant de l’augmentation de capital, par le CAC ou
par le CAA, pose deux problèmes : - La loi ne précise pas si l’augmentation de
capital doit inclure ou non la prime de fusion ou d’émission ? la norme CNCC n°
41 précise que le montant de l’augmentation de capital doit s’entendre de la valeur
au nominal des actions ou parts à émettre, augmentée éventuellement de la prime
d’émission, de fusion ou de scission selon les cas. Cette position est à retenir, à
notre avis, «sinon, la plus part des fusions seraient impossibles à réaliser »
. - La loi ne précise pas, si «l’actif net apporté » doit être apprécié par rapport aux
valeurs réelles ou par rapport aux valeurs figurant dans le traité de fusion ou
d’apport. En effet, ces dernières peuvent être différentes des valeurs réelles. Les
commentaires de la norme CNCC n° 41parlent de «fourchette acceptable »,
«d’évaluations raisonnables », de «valeur globale acceptable » au lieu d’«actif net
apporté ». Sans entrer dans des développements théoriques, il paraît que la valeur
à retenir est celle figurant sur le traité d’apport dans la mesure où c’est cette valeur
qui sera rémunérée par l’émission des titres de la société absorbante.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

2.3 Rémunération du commissaire aux comptes au titre du commissariat à la


fusion

Le CAC recevra-t-il une rémunération au titre du commissariat à la fusion ?


La loi ne porte pas de réponse à cette question, toutefois, à notre sens, la réponse
ne peut être qu’affirmative et ce, compte tenu de l’ampleur des travaux à effectuer,
du risque inhérent et des moyens (budget de temps, équipe, …etc.) à consacrer à la
mission.
Cette question semble poser quelques difficultés, notamment :
- Le principe de la rémunération peut se contredire, par interprétation, avec les
dispositions de l’article 161 de la loi relatif aux incompatibilités en matière de
CAC, notamment celles relatives à la perception d’une rémunération auprès de la
société ou de ses filiales à raison de fonctions susceptibles de porter atteinte à
l’indépendance ;
- En cas de désaccord, le CAC peut-il démissionner ? Hormis les cas de démission
par incompatibilité, la loi n’a pas traité les situations ou le commissaire aux
comptes est habilité à présenter sa démission à la société. En référence au guide
des commissaires aux comptes français et à la norme n°15 de l’OE ; le
commissaire aux comptes examine périodiquement la liste de ses mandats
pour déterminer ceux qui comportent des éléments pouvant remettre en
cause le maintien de la mission. Parmi Ces éléments l’insuffisance d’honoraires
sans espoir d’évolution. Cependant, sa démission du fait de la responsabilité
inhérente à sa mission, ne doit pas causer de préjudice à la société.

En attendant l’adoption d’une norme professionnelle en la matière, il est


recommandé aux professionnels de prévoir dans les lettres de mission relatives au
commissariat aux comptes des passages décrivant cette mission en précisant
qu’elle donnera lieu à un complément d’honoraires.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

Section III :

LE COMMISSARIAT A LA
TRANSFORMATION

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

1. Principe

Différentes considérations d’ordre fiscal, social, administratif ou stratégique


peuvent commander le changement de la forme juridique d’une société. Rappelons
que la transformation de la structure sociale n’engendre pas la création d’une
nouvelle personne morale, mais une modification de la structure existante. La
société à responsabilité limitée (SARL) est la forme juridique d’entreprise la plus
répandue au Maroc et ceci en raison d’une part, de son faible formalisme et
d’autre part de la limitation de la responsabilité des associés à leurs apports. Aussi,
il n’est pas rare que les associés d’une société initialement constituée sous la
forme d’une société anonyme (SA) et sous réserve que la société ait au moins une
année d’existence décident d’opter pour une transformation de la forme juridique
en SARL. Il s’agit toutefois d’une modification importante puisque la
transformation de la forme juridique aboutit à une modification du pacte social
originaire. Un commissaire à la transformation est nécessaire lorsqu’une société
n’ayant pas de commissaire aux comptes adopte une autre forme juridique, quelle
qu’elle soit.
Le changement de la situation juridique de l’employeur avec lequel le contrat de
travail a été signé est sans effet sur la relation de travail comme le rappelle
inlassablement la Cour de cassation et les juridictions de degré inférieur en
application des dispositions de l’article 19 du Code du travail. Le maintien des
contrats s’opère automatiquement pour tous les contrats de travail en cours au
moment du changement dans la situation juridique de l’employeur. Aucune
notification au salarié n’est nécessaire. Toutefois et du point de vue des ressources
humaines, il est recommandé de mettre à jour les contrats de travail. Les contrats
de travail continuent de s’exécuter dans les mêmes conditions et selon les mêmes
modalités. Les salariés conservent donc leur ancienneté, leur qualification, leur
rémunération et leurs avantages acquis. Une telle modification de la situation
juridique de l’employeur ne doit donc en principe aboutir sur aucune difficulté
avec le personnel ni aucune tension d’ordre social.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

2. Opérations concernées:

La décision de transformation appartient aux seuls associés et actionnaires réunis


en assemblée générale extraordinaire. Ils doivent donc se réunir en assemblée
générale extraordinaire pour arrêter le principe et les modalités de la
transformation. Une telle résolution exige une majorité qualifiée qui varie selon la
forme souhaitée:
 "La transformation d'une société à responsabilité limitée en société en nom
collectif, exige l'accord unanime des associés.
 La transformation en société en commandite simple ou en commandite par
actions est décidée conformément aux statuts de la société à responsabilité
limitée et avec l'accord de tous les associés qui acceptent d'être
commandités.
 La transformation est décidée après présentation du rapport du ou des
commissaires aux comptes de la société, le cas échéant, sur la situation de
celle-ci ; à défaut, ils sont désignés par ordonnance du président du
tribunal, statuant en référé, sauf accord unanime des associés et ce, à la
demande du gérant.
 La transformation en société anonyme est décidée à la majorité requise
pour la modification des statuts de la société à responsabilité limitée ; dans
ce cas, les dispositions de l'article 36 de la loi n° 17-95 relative aux
sociétés anonymes sont appliquées.

Toute transformation, effectuée en violation des règles du présent article, est


nulle".

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

CONCLUSION

Finalement nous pouvons dire que les rapports du commissaire aux apports et du
commissaire à la fusion sont établis sous la responsabilité des professionnels ayant
intervenu dans ces missions. Cette responsabilité peut facilement être qualifiée de
pénale en cas de négligence ou d’insuffisance de diligences ayant causé une sous
ou surévaluation des apports ou du rapport d’échange.
Pour se prémunir contre cette responsabilité, les professionnels doivent organiser
et planifier leurs missions à travers une prise de connaissance générale
approfondie, l’identification des zones de risques, la rédaction d’un plan
d’approche et la formalisation de leurs travaux dans des dossiers de travail. Ils
doivent également procéder au déroulement des diligences et des contrôles
susceptibles de justifier leurs prises de positions et leurs conclusions.

Une importance particulière doit toutefois être attribuée à la synthèse de la mission


et à la rédaction des rapports qui seront communiqués aux actionnaires et déposés
au tribunal le cas échéant.

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Audit comptable et financier: Commissaire aux apports, à la fusion, et transformation

LISTE DES ABBREVIATIONS

*CAA Commissariat aux apports/Commissaire aux apports


*CAC Commissariat aux comptes/Commissaire aux comptes
*CDVM Conseil Déontologique des Valeurs Mobilières
*CGNC Code Général de Normalisation Comptable
*CNCC Compagnie Nationale de Commissaire aux comptes
*COB Commission des Opérations de Bourse (France)
*SARL Société A Responsabilité Limitée
*SA Société Anonyme
*SCA Société en Commandite par Actions
*SCS Société en Commandite Simple
*SNC Société au Nom Collectif
*Loi 17/95 Loi relative à la société anonyme
*Loi 5/96 Loi relative à la SARL et les autres formes de sociétés

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BIBLIOGRAPHIE

 Loi n° 5-96 sur la société en nom collectif, la société en commandite


simple, la société en commandite par actions, la société à responsabilité
limitée et la société en participation.
 Loi 17/95 Loi relative à la société anonyme
 "Le commissariat aux apports et l'intervention du commissaire aux
comptes dans les opérations de fusions" par Mr. ISSAM EL MAGUIRI
 Site web de l'ordre des experts comptables:
HTTP ://WWW.OECMAROC.COM/

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