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Université Pédagogique d’État « 

Ion Creangă »
Département des Langues et Littératures Romanes
Support de cours
Discipline : Histoire de la langue française
Thème I : L’objet de l’histoire de la langue française
Professeur : Natalia Celpan-Patic,
Enseignante de FLE, doctorante

Objectifs du cours:
Au niveau de connaissances et de compréhension:
 Connaître les conceptions de base de l’histoire de la langue française ;
 Déterminer les étapes concrètes de l’évolution du français ;
 Apprendre à repérer et analyser les particularités de chaque étape dans l’évolution du
français ;
Au niveau d’application:
 Maîtriser les notions générales de l’histoire de la langue française ;
 Analyser un vieux texte du point de vue des changements phonétiques,
grammaticaux, lexicaux, d’orthographe ;
 Pouvoir distinguer les méthodes d’étude employées par les linguistes.
Au niveau d’intégration
 Développer les rapports interdisciplinaires entre l’histoire de la langue française, les
disciplines linguistiques et la didactique des langues.
 Comparer et construire des systèmes d’arguments pour défendre son opinion.
 Analyser les changements syntagmatiques et pragmatiques du français depuis son
origine jusqu’aujourd’hui.

Sommaire :
1. Etude des anciens textes français
2. L’objet d’étude de l’histoire de la langue française.
3. Les sciences linguistiques historiques.
4. Les dictionnaires historiques et étymologiques.
5. L’histoire interne et l’histoire externe.
6. Les méthodes de l’histoire de la langue française. La synchronie et la diachronie.
7. La périodisation et la chronologie de l’histoire de la langue française.

1. Etude de quelques vieux textes français pour voir l’évolution de la


langue française à travers les siècles :
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« Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di en avant, in
quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in
cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab
Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit. »
(Serments de Strasbourg, 842, IXe s.)

Buona pulcella fut Eulalia.  


Bel auret corps bellezour
anima.

(Séquence de sainte Eulalie, 881, la fin du IXe s.)


Dist Oliver: "Paien unt grant esforz,
De noz Franceis m'i semblet aveir mult poi.
Cumpaign Rollant, kar sunez vostre corn!
Si l'orrat Carles, si returnerat l'ost."
Respunt Rollant: "Jo fereie que fols,
En dulce France en perdreie mun los".
(Chanson de Roland, Xe s.)
“Seignor, ce fu un jor d'esté”.

(Roman de Tristan, XIIe s.)

« Aucasins fu mis en prison, si com vos avés oï et entendu, et Nicolete fu d’autre part en


le canbre. »

(Aucassin et Nicolette, XIIIe s.)


Je maudi l’eure et le temps et le jour,
La semainne, le lieu, le mois, l’année,
Et les .ij. yeus dont je vi la douçour
De ma dame qui ma joie a finée (…)

(Ballade, Guillaume Machaut, XIVe s.)


« Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye, »
(Rondel, Charles d’Orleans, XVe s.)

2. L’objet d’étude de l’histoire de la langue française.

La langue française existe depuis plus de dix siècles et évolue toujours. Il est incontestable que le
français parlé de nos jours n’est plus le même qu’au X s. ou à l’époque de Molière.
L’objet d’étude de l’histoire du français est l’évolution de la langue française durant des siècles
depuis son état préhistorique (latin vulgaire, gallo-roman) jusqu’au XVIII s et même aujourd’hui. .
Les tâches de l’histoire de la langue française sont  les suivantes:
– considérer les particularités du latin populaire et les causes de sa transformation en langues
romanes;
– déterminer les facteurs extralinguistiques qui exerçaient une influence la formation du français
sur chaque étape de son évolution;
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– établir les facteurs structuro-systématiques (les facteurs internes) qui ont déterminé les
tendances essentielles de l’évolution du système phonétique, grammatical et lexical du français;
– essayer de pronostiquer l’évolution ultérieure du français partant des tendances historiques
et modernes de l’évolution de la langue.
La langue est un système qui varie dans le temps, dans l’espace et dans la société. Chacun  de ces
aspects du fonctionnement de la langue est étudié dans le cadre d’une science linguistique spéciale.
L’aspect temporel représente l’objet d’étude de l’histoire de la langue, l’aspect spatial est étudié par
la dialectologie, l’aspect social – par la sociolinguistique. Et tous ces trois facteurs –  le temps,
l’espace et la société – ont leur part dans l’évolution de la langue.

3. Les sciences linguistiques historiques.

La langue est divisée conventionnellement par les savants en trois parties: la phonétique, la
grammaire et le lexique (le vocabulaire). Il est tout à fait évident que chacune de ces parties de la
langue d’aujourd’hui a subi de nombreuses transformations au cours des siècles avant d’acquérir ses
formes et ses catégories actuelles.
L’étude historique d’une langue comprend la phonétique historique, la grammaire (=la
morphologie + la syntaxe historiques) et la lexicologie historique.
La phonétique historique étudie l’évolution des sons en particulier et l’évolution du système
phonétique en général; on y trouve l’explication du caractère oxytonique de l’accentuation française,
de la tendance à la syllabe ouverte (libre), des particularités des systèmes vocalique et consonantique
du français moderne, des traits spécifiques de l’orthographe française.
La grammaire historique se pose comme objectif de démontrer l’évolution du latin – langue
synthétique par excellence – et sa transformation en français, langue analytique par excellence. La
grammaire historique est divisée en deux parties – la morphologie et la syntaxe historiques. Chacune
de ces parties a son propre objet d’étude.
La morphologie historique, par l’analyse du développement des catégories grammaticales,
explique la déchéance des cas du nom; l’origine et l’évolution de l’article; l’existence de deux types
de démonstratifs et de possessifs en français moderne; la formation et le développement des formes
analytiques du verbe, etc. L’étude de la syntaxe historique montre la genèse de la structure des
propositions et permet d’expliquer la valeur grammaticale de l’ordre des mots en français.
La lexicologie historique s’occupe de la vie des mots, étudie les causes et les sources de
l’apparition ou de la disparition des mots, l’évolution du sens des unités lexicales, les sources
d’enrichissement ou les raisons d’appauvrissement du vocabulaire; explique la formation des
doublets étymologiques: droit - direct, chose – cause; l’épanouissement des dialectes en ancien
français et leur rôle dans la formation de la langue nationale.
La typologie dont l’objet d’étude est le type de la langue peut s’enrichir de données linguistiques
historiques pour expliquer la structure typologique du français moderne et sa place parmi les autres
langues romanes.
La dialectologie fournit des données précieuses à l’histoire du français. Cette science s’occupe
d’une enquête linguistique sur le terrain, de l’étude du parler d’un village, d’une région, d’une
province historique. Les phénomènes linguistiques attestés par les dialectologues représentent les
empreintes (les traces) des états linguistiques précédents qui ont survécu dans les dialectes mais qui
ont été effacées du français national.
L’histoire de la langue a des liens directs et immédiats avec les autres disciplines linguistiques : la
grammaire, la phonétique, la lexicologie, le latin, la stylistique, la linguistique générale et la
civilisation.

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4. Les dictionnaires historiques et étymologiques.

Les données historiques recueillies par les linguistes sont accumulées dans les dictionnaires
étymologiques et les dictionnaires historiques. Les dictionnaires  étymologiques étudient surtout la
période de la naissance du mot (mais aussi son développement ultérieur), tandis que les dictionnaires
historiques ont pour but d’analyser  le développement du sens du mot.
 La langue française est riche en dictionnaires historiques et étymologiques dont les plus connus
sont ceux d’A. Dauzat, de A.-J. Greimas et de O. Bloch et W. von Wartburg.

5. L’histoire interne et l’histoire externe.

Les origines des mutations qui se déroulent dans une langue peuvent être dues à deux causes
principales: internes et externes. Cela permet aux certains linguistes de distinguer l’histoire externe
du français dont l’objectif est d’établir les faits extralinguistiques de son développement (quels
peuples, à la suite de quelles circonstances, sur quels territoires, ont parlé ou parlent français? et quel
français?) et son histoire interne qui étudie des phénomènes proprement linguistiques
(transformations phonétiques, morphologiques, syntaxiques et lexicales) parce que l’évolution d’une
langue et de ses éléments s’effectue suivant ses propres lois déterminées par le système même de la
langue.
Ainsi, pour composer l’histoire d’une langue s’agit-il de tenir compte, d’une part, de circonstances
économiques, sociales, politiques et intellectuelles qui varient au cours des siècles (les causes
extralinguistiques, l’histoire externe), d’autre part, il faut avoir en vue des faits proprement
linguistiques (les causes interlinguistiques, l’histoire interne).

6. Les méthodes de l’histoire d’une langue. La synchronie et la diachronie.

La stabilité et l’évolution, l’immobilité et le mouvement caractérisent une langue à tout moment


de son existence.
Tout système peut être analysé sous deux aspects: statique et dynamique. Une telle approche
appliquée à l’histoire du français permet d’analyser la langue sous son aspect synchronique
(statique) ou diachronique (dynamique).
La langue peut être examinée à une époque donnée dans son état statique; c’est une étude
synchronique. Mais elle peut être étudiée tout au long d’une période avec les mutations qui
surviennent dans la langue et la transforme peu à peu; c’est une étude diachronique qui porte sur
l’évolution que la langue subit.
L’étude synchronique d’une langue se propose de montrer les lois du fonctionnement de la langue
à une époque donnée (cf.: le français moderne que l’on apprend  à l’école – ce n’est que l’étude
synchronique de l’état actuel de la langue française; l’étude de l’ancien, du moyen français et du
français classique se fait aussi dans l’aspect synchronique). Dans le cas de l’étude synchronique le
linguiste ne cherche pas à comparer les formes existant à des époques différentes, il ne se pose pas la
question «pourquoi», mais se contente d’attester les faits linguistiques tels qu’ils sont sans expliquer
leurs particularités et leurs raisons d’être dans la langue. La synchronie étudie un état de la langue
sans relater son état précédent.
A la différence de la méthode synchronique, l’étude diachronique d’une langue, tout en comparant
les étapes successives de son évolution, se propose de tirer au clair les causes des changements. La
confrontation ainsi faite permet de découvrir les lois qui régissent l’évolution et répondre aux
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questions: pourquoi une telle mutation a eu lieu et comment elle s’est produite, c’est-а-dire mettre
en évidence les causes de ces changements. Il existe deux approches pour effectuer l’analyse
diachronique:
A. La confrontation (comparaison) de deux ou de plusieurs coupes synchroniques. Suivant cette
méthode les linguistes étudient toutes les parties de la langue (phonétique, grammaire, lexique) à
une  époque donnée (appelée coupe synchronique): le latin vulgaire,  l’ancien français, le moyen
français, le français classique. Après avoir étudié chaque coupe successive les savants procèdent à
les comparer pour établir les voies du développement de la langue.
B. La description de tous les changements survenus dans une partie de la langue à travers les
siècles, par ex., dans le phonétisme (description purement diachronique). Ayant réuni les données
obtenues on peut se faire l’idée de grandes lignes de l’évolution de chaque partie de la langue et
créer une phonétique historique, une grammaire historique, etc.

7. La périodisation et la chronologie de l’histoire de la langue française.

Il est impossible d’étudier l’évolution du français qui a duré plus de mille ans sans la diviser en
parties. Cette répartition en coupes synchroniques permet d’entreprendre une analyse plus détaillée
des changements de la langue à chaque époque donnée.
Dans l’histoire de la langue française les linguistes dégagent les périodes de l’ancien
français (AF), du moyen français (MF) et du français moderne (FM). Avant ces périodes on a
connu encore : la période latine (romane) Ier s. a.n.e – Ve s. n.e. et la période gallo-romane Ve s –
VIIIe s.
Mais quant à la chronologie de ces périodes les savants n’y sont pas unanimes. Certains linguistes
(P. Guiraud, entre autres) traitent le XVIe s. comme un siècle de transition; par rapport à la période
du moyen français il marque l’achèvement de plusieurs transformations linguistiques ayant eu lieu
dans le courant des XIVe, XVe et  XVIe ss.
Quelle que soit une chronologie elle est toujours conventionnelle car: 1) les événements de
l’histoire extérieure ne coïncident pas forcément avec les transformations linguistiques; 2)
différentes couches (parties) de la langue évoluent avec une vitesse différente, le lexique étant le
plus sensible et donc mobile, la grammaire au contraire étant la plus stable.
La périodisation la plus largement admise est la suivante:
A. L’ancien français qui dure du IXe au XIIIe s.; on comprend sous ce terme l’état dialectal,
quand la France n’est qu’une seigneurie parmi plusieurs autres et quand l’idiome parlé dans le
royaume de France, le francien, n’est qu’un dialecte parmi plusieurs autres;
B. Le moyen français qui va du XIVe au XVIe s.; par ce terme on désigne la période, où la
consolidation sociale, politique et économique de la France met fin à la féodalité, et où le dialecte de
l’Ile-de-France devient langue de la nation française;
C. Le français moderne qui va du XVIIe s. et qui dure encore; on subdivise cette période en
deux: le français classique (du XVIIe au XVIIIe s.) et le français moderne ou contemporain (du
XIXe au XXe ss.). La période des XVIIe – XVIIIe ss. est celle où s’achève la formation de l’Etat
national français et s’établissent les normes de la langue française en tant que langue littéraire et
écrite. 
 
Questionnaire (feed-back) :

1. Quel est l’objet d’étude de l’histoire de la langue française ?


2. Quels sont les méthodes employées par les linguistes historiens?

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3. Avec quelles disciplines l’histoire de langue française a une étroite liaison?
4. Quels sont les dictionnaires dont se servent les historiens de la langue française ?
5. Faites la périodisation de la langue française.
6. Quelle est la différence entre l’histoire interne et celle externe ?
7. Pourquoi les enseignants de FLE ont-ils besoin de l’histoire de la langue française ?

Bibliographie :

1. Picoche, J. “Histoire de la langue Française” P. 2001.


2. Perret M. “Introduction a l’histoire de la langue française”. 2001.
3. E. Dragan “Istoria limbii francaze” Bălţi, 2004.
4. Chaurand J. “Nouvelle histoire de la langue française”. Paris, 1998.
5. Pavel M “ Le français avant le XIV siècle”. Iasi, 1997
6. http://edu.grsu.by/books/history_french_lang/index.php/module-v-le-moyen-fran-ais-xive-xve-ss
7. http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_langue_fran%C3%A7aise .

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