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BIEN PRIVÉ, BIEN COLLECTIF ET BIEN PUBLIC À L'ÂGE DE LA

GÉNOMIQUE

Maurice Cassier

ERES | Revue internationale des sciences sociales

2002/1 - n° 171
pages 95 à 110

ISSN 0304-3037

Article disponible en ligne à l'adresse:


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http://www.cairn.info/revue-internationale-des-sciences-sociales-2002-1-page-95.htm
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Cassier Maurice, « Bien privé, bien collectif et bien public à l'âge de la génomique »,

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Revue internationale des sciences sociales , 2002/1 n° 171, p. 95-110. DOI : 10.3917/riss.171.0095
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NOUVELLES RÉGULATIONS

Bien privé, bien collectif


et bien public à l’âge de la génomique

Maurice Cassier

Introduction des ressources et des connaissances sur les


génomes, est battu en brèche par le « modèle de
Dans son ouvrage sur « le commerce des gènes la privatisation ». Au point qu’un excès de droits
dans le meilleur des mondes », J. Rifkin (1998) privatifs accumulés et superposés sur le génome
établit un parallèle entre l’extension contempo- humain pourrait provoquer une « tragédie des
raine des droits de propriété intellectuelle sur les anticommuns » (Heller et Eisenberg, op. cit.),
ressources génétiques et la loi sur les enclosures, situation dans laquelle il devient trop coûteux
qui organisa au XVIIe siècle la privatisation des pour les innovateurs de réunir et de lever les mul-
biens communaux en Angleterre 1. Cette ten- tiples droits nécessaires au développement des
dance à la privatisation renvoie à une intégration innovations médicales.
inédite de la science et des Cette tendance à la priva-
marchés 2. Premièrement, il Maurice Cassier est sociologue au CNRS tisation de la recherche, bien
s’est formé au cours des à Paris. Il travaille au Centre de que très forte dans le
années quatre-vingt-dix un recherche médecine, sciences, santé et domaine du génome humain,
secteur et un marché privés société. Ses travaux portent sur les rela- n’est toutefois ni unilatérale,
de la recherche génomique, tions entre l’université et l’industrie, ni complètement stabilisée.
sur l’intégration de la science, de la
avec la création de sociétés médecine et du marché dans le domaine Il existe en effet dans le
de recherche directement de la génomique et sur la confrontation domaine de la génétique une
adossées aux marchés finan- entre la propriété industrielle et la santé tradition de recherche col-
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ciers. Deuxièmement, les publique, aujourd’hui et au XIXe siècle. lective, particulièrement

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Email : cassier@ext.jussieu.fr.
agences publiques de pour la cartographie des
recherche et les institutions gènes. Dès les années trente,
académiques ont intensifié la le généticien américain Mor-
commercialisation de leurs gan construisait un réseau de
travaux, encouragées par laboratoires qui coopéraient
l’adoption de lois qui pour élaborer la cartographie
visaient à augmenter l’appropriabilité et la trans- génétique de la drosophile. Dans ce réseau d’une
férabilité des connaissances produites sur fonds demi-douzaine de laboratoires, les mutants de
publics. Cette intégration nouvelle de la drosophiles nouvellement identifiés étaient mis à
recherche et des marchés débouche sur le breve- la disposition des autres équipes dans un contexte
tage massif des séquences génétiques, l’extension de réciprocité (Kholer, 1994). Une autre initiative
de bases de données protégées par le secret com- marquante fut celle du réseau constitué par le
mercial, l’établissement de contrats d’accès Centre d’Étude du Polymorphisme Humain
exclusif aux données génétiques et médicales de (CEPH) pour cartographier le génome humain au
certaines populations, la multiplication d’accords début des années quatre-vingt, à l’initiative de
de recherche ou de transfert de matériels qui défi- Jean Dausset et de Daniel Cohen. Le CEPH, qui est
nissent des droits d’usage réservé. Le « modèle une fondation de recherche créée avec des fonds
du commun » (Heller et Eisenberg, 1998), fondé d’une donation privée, constitua un pool de
sur la libre accessibilité et la large dissémination familles de référence, d’origines française et

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américaine, qui fut mis à la disposition des labo- Cet article vise à présenter à la fois l’étendue
ratoires intéressés par la construction d’une carte et la variété des pratiques d’appropriation priva-
génétique humaine. L’usage commun de familles tive de la recherche génomique, ainsi que, en
de référence favorisant l’avancée cumulative des contrepoint ou en contre-tendance, les différentes
connaissances, les résultats étant stockés dans organisations et conventions qui définissent des
une base de données centrale accessible à tous les espaces collectifs et/ou publics de recherche. La
participants. Cette recherche collective était première section étudiera l’extension des droits
davantage formalisée que les réseaux de collabo- exclusifs sur les génomes. La seconde section
ration de Morgan ou de Delbrück 3 dans les analysera les pratiques de brevetage des gènes
années trente ou quarante. Pour accéder à la col- humains et leurs effets sur l’offre de santé d’une
lection d’ADN du CEPH, les laboratoires devaient part, sur la recherche biomédicale d’autre part. La
adhérer aux principes d’échange de données qui troisième section exposera différents modèles de
avaient été fixées. On retrouve ce modèle de production et de distribution de biens collectifs
recherche collective, diversement accompli, dans et/ou de biens publics. La conclusion reviendra
les consortiums européens financés par les pro- sur des propositions visant à réorienter le système
grammes de recherche de la Communauté écono- des brevets dans le domaine du génome ou à
mique européenne (CEE) sur les biotechnologies, envisager d’autres modèles de gestion des res-
à partir de la fin des années quatre-vingt. Le sources et des connaissances génomiques en
séquençage du génome de la levure, puis les termes de bien commun pour la recherche et la
débuts de l’étude fonctionnelle des gènes de la santé publique.
levure, supportèrent la création de réseaux de
laboratoires à l’échelle européenne, unis par des La tendance à l’extension de
principes de division du travail, d’échanges de droits exclusifs sur la recherche
données et de répartition de la propriété des résul-
tats. Fait plus remarquable encore, les firmes
génomique
industrielles sont susceptibles d’organiser des
Si les brevets constituent le cœur de l’appropria-
consortiums de recherche qui produisent des
tion privative de la recherche génomique, les
biens publics, à l’image du consortium sur les
sociétés de biotechnologie comme Genset ou
Single Nucleotide Polymorphisms (SNPs) créé en
Myriad Genetics utilisent parallèlement aux bre-
juillet 1999 à l’initiative des dix plus grands labo-
vets plusieurs autres outils d’appropriation pour
ratoires pharmaceutiques mondiaux. Ces organi-
protéger des ressources ou des connaissances non
sations de recherche collective, auto-organisées
brevetables en l’état – collections de données
par les scientifiques ou créées à l’initiative des
généalogiques ou médicales utilisées comme res-
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États ou des firmes, viennent disputer au secteur

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privé le contrôle des connaissances – la concur- sources pour l’identification des gènes, données
intermédiaires de recherche pour la localisation et
rence entre le consortium public pour le séquen-
la caractérisation des gènes, etc. 4. On étudiera
çage du génome humain et la société privée
successivement :
Celera Genomics – ou apporter des corrections
Les contrats d’usage exclusif des collections de
ou des solutions à l’excès de droits privés qui pro-
données génétiques et médicales ;
lifèrent sur les génomes – par exemple, les for-
L’extension des bases de données privées proté-
mules de propriété collective des connaissances
gées par le secret ;
conçues par certains consortiums européens ou
L’extension du champ de la brevetabilité aux
l’initiative du laboratoire Merck en 1994 de dif-
séquences génétiques.
fuser des étiquettes de gènes dans le domaine
public. Il existe également de nombreuses propo-
Les contrats d’accès exclusifs aux
sitions visant à limiter le droit de la propriété
ressources génétiques et médicales des
intellectuelle dans le domaine de la génomique,
populations humaines
par le jeu d’exclusions de la brevetabilité, de
licences obligatoires ou volontaires dans le
L’appropriation de la recherche génomique com-
domaine des usages pour la santé, ou encore de
mence avec le contrôle des bases de données
systèmes de droits organisant des pools de
médicales et génétiques qui permettent de locali-
connaissances libres.
ser des gènes ou d’envisager des essais thérapeu-
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tiques fondés sur les variations génétiques des des gènes pathogènes qu’elle fournira à Roche, à
populations. L’accès à des données bien docu- charge pour celle-ci de concevoir de nouveaux
mentées ou à des groupes de population très spé- médicaments ou de nouveaux outils diagnos-
cifiques peut représenter une véritable rente d’in- tiques – Roche recevant un droit exclusif pour les
novation pour les acteurs de la génomique utilisations thérapeutiques et diagnostiques des
médicale. La ressource en population explique gènes intéressant douze maladies. En contrepar-
parfois la localisation géographique de certains tie, elle apporte à DeCode des fonds en capital,
chercheurs ou de certaines sociétés de géno- finance des opérations de recherche et verse des
mique. Les fiches de présentation au marché royalties en cas de mise sur le marché de pro-
boursier de la société américaine Myriad Gene- duits. Il est également stipulé un retour vers la
tics font valoir l’usage exclusif que détient la population : en cas de développement de produits
société sur plusieurs bases de données familiales issus de la collaboration, Roche les fournira gra-
et médicales : « Un des facteurs clés de la réussite tuitement aux Islandais. Le troisième élément de
de Myriad Genetics a été le développement et cette construction entre la population islandaise,
l’exploitation de bases de données génétiques et une société privée de recherche et le laboratoire
médicales privatives. Notre société détient des pharmaceutique Roche est le vote d’une loi par le
droits d’accès exclusifs à des bases de données parlement islandais qui autorise la concession
généalogiques de familles de l’Utah et de d’une base de données médicales nationale à un
familles de Canadiens français 5. » En France, la acteur privé, en l’occurrence DeCode Genetics.
société Genset s’efforce également d’établir des Après l’adoption de cette loi, en décembre 1998,
contrats d’accès exclusif à des collections de don- par trente-huit voix contre vingt-trois, la capitali-
nées cliniques. sation boursière de DeCode est multipliée par
Jusqu’ici, ces données étaient échangées quatre. La licence sera concédée à DeCode en
dans des réseaux académiques, sur la base d’ac- janvier 2000 pour une durée de douze années.
cords tacites, entre un chercheur et un clinicien, Cette chronologie montre que les marchés et l’at-
ou dans le cadre d’échanges formalisés, comme à tribution de droits exclusifs sont au cœur de la
l’intérieur du réseau constitué par le Centre recherche génomique. Au terme de ce processus,
d’étude sur le polymorphisme humain dans les la population islandaise, son profil génétique et
années quatre-vingt. La privatisation de ces don- ses informations médicales sont le support de la
nées n’est pas seulement le fait de contrats privés valorisation de cette société privée qui se pré-
passés entre des firmes et des institutions médi- sente comme une « société fondée sur la popula-
cales. Les licences exclusives attribuées par des tion 6 ».
États à des sociétés de biotechnologie pour La loi islandaise confère aux collections de
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exploiter les données génétiques et médicales de données génétiques et médicales d’une popula-

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certaines populations, en Islande ou aux îles tion certains attributs d’un bien privé. En contre-
Tonga par exemple, aboutissent également à la partie du paiement d’un droit d’accès, une société
mise sur le marché de ces données. peut acquérir un droit exclusif pour l’exploitation
En Islande, le processus de valorisation et de ces collections, ce qui s’apparente à l’octroi
d’appropriation des données relatives à la popu- d’une concession minière. L’exclusivité de la
lation commence en 1996, lorsque le fondateur de concession génère une rente pour le licencié,
DeCode réunit des fonds de capital-risque aux d’autant plus forte que le profil génétique de la
États-Unis, pour un montant de 12 millions de population est spécifique et que les données
dollars, en faisant valoir dans son business plan la médicales enregistrées sont de bonne qualité. Le
spécificité génétique de la population islandaise caractère de propriété privée de ces collections de
– son homogénéité génétique supposée – et l’ex- données est toutefois tempéré par certaines dis-
cellence des enregistrements des données médi- positions de la loi, qui limitent la transférabilité
cales réalisés par le système national de santé. La de la base de données. Celle-ci doit être localisée
valeur d’usage potentielle de ces données permit en Islande et ne peut être engagée dans des opé-
à DeCode de conclure un très gros accord de rations financières – le licencié ne peut ni l’hypo-
recherche avec Hoffman Laroche. Ce contrat, théquer ni revendre la licence. Le gouvernement
signé en février 1998 pour une durée de cinq a un droit d’accès à la base de données pour
années, prévoit que DeCode utilisera la base de effectuer des études statistiques pour la santé
données sur la population islandaise pour isoler publique.
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L’attribution de cette concession est ainsi le grand programme sur le génome humain note
justifiée par le gouvernement : que la majeure partie des séquences partielles
Si le gouvernement reconnaît que les données sont retenues dans des bases de données privées :
médicales enregistrées par le système de « Quelques-uns de ces marqueurs exprimés de
santé sont une « ressource nationale… qui séquence (MES) sont dans le domaine public,
ne peut être un objet de propriété au sens notamment ceux générés en France et au
habituel du terme », il justifie l’intervention Royaume-Uni, mais le travail s’est largement
d’un acteur privé par le montant de l’inves- effectué dans le secteur privé ; il en résulte que la
tissement nécessaire à la construction d’une plupart de ses séquences sont gardées secrètes.
base de données nationale ; L’OCDE souligne les risques de redondance crois-
La population et le système de santé bénéficie- sante entre ces diverses collections confiden-
ront de l’acquisition de nouvelles connais- tielles et « les possibilités de disputes sur la prio-
sances, éventuellement de nouveaux pro- rité et le droit de propriété ». L’OCDE relève
duits de santé ; toutefois l’initiative de Merck, lancée en 1994,
Cette base de données aura des retombées écono- visant à produire une collection de séquences par-
miques positives en termes de création tielles destinée à être placée dans le domaine
d’une industrie biotechnologique locale. public (Eisenberg, 1996).
L’attribution d’un droit d’accès exclusif aux L’opposition entre le secteur public et le sec-
données génétiques et médicales d’une popula- teur privé de la recherche a été singulièrement
tion a provoqué une vive controverse. L’accès forte lors du séquençage massif du génome
réservé aux données, s’il augmente leur valeur humain, à la fin des années quatre-vingt-dix. Tan-
commerciale, limite la variété des investigations dis que le consortium du Human Genome Project
de recherche possibles, ce qui peut in fine freiner (HGP), soutenu par des agences publiques de
les avancées scientifiques et médicales 7. Des recherche et une fondation privée, la Wellcome
chercheurs dénoncent le « monopole » de Foundation, se mettait en place pour coordonner
DeCode sur les données islandaises au nom de le séquençage des chromosomes humains et
« la science ouverte ». A contrario, la base de mettre la séquence dans le domaine public, Craig
données du Royaume-Uni, The UK Population Venter, qui faisait initialement partie du consor-
Biomedical Collection, constituée à l’initiative tium, annonça en mai 1998 la création de Celera
du Medical Research Council et de la Wellcome Genomics pour développer un projet commercial
Foundation et qui devrait porter sur cinq cent concurrent. Le secteur public réagit par deux
mille individus, sera accessible aux firmes pri- plans successifs d’accélération de son pro-
vées sur une base non exclusive. Le second point gramme. L’investissement massif de Celera visait
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de controverse porte sur l’étendue du consente- à prendre de vitesse la production et la publica-

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ment des personnes à participer à cette base de tion des données du consortium international. En
données et à se prononcer sur les usages qui pour- attendant de pouvoir disposer d’éventuels brevets
ront en être faits. La notion de « consentement sur des gènes d’intérêt médical, le monopole de la
présumé », qui confère aux personnes un simple société privée reposait sur une fenêtre étroite,
droit de se retirer de la base de données médi- celle que lui conférerait son avance sur le consor-
cales 8 et qui a été étendue aux échantillons d’ADN tium public. Toutefois la valeur commerciale des
par le Biobank Act en mai 2000, est très discutée. données de Celera reposait aussi sur une certaine
Des médecins ont décidé de ne pas adresser d’in- spécificité – l’inclusion de certains polymor-
formation à la base de données sans demande phismes – et sur l’addition de ses données
explicite des patients. propres à celles du consortium public. En effet,
au cours de cette course de vitesse, l’acteur privé
Les bases de données génomiques bénéficiait d’une asymétrie d’information vis-à-
protégées par le secret commercial et vis de l’acteur public. Tandis que les chercheurs
vendues par contrats du consortium public ne pouvaient accéder aux
données produites par Celera, cette dernière inté-
L’extension du secteur privé de la recherche s’est grait les données publiques dans sa base de don-
accompagnée de la multiplication des bases de nées, ce qui lui conférait un avantage en termes
données privées sur les génomes, humains et non d’information qui était susceptible d’intéresser
humains. Ainsi, en 1995, un rapport de l’OCDE sur les souscripteurs. Cette asymétrie joua également
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au moment de la négociation avec le consortium le HGP, ne ruine pas toute possibilité de commer-
public pour la fusion de leurs données : quoi qu’il cialisation des données génomiques. La commer-
advienne, Celera continuerait à bénéficier de la cialisation se déplace simplement vers les
politique de diffusion immédiate du HGP. connaissances sur la fonction biologique des
Le délai de divulgation des données fut au gènes, sur les protéines ou des marqueurs origi-
centre de la controverse engagée entre le consor- naux.
tium public et Celera à la fin de l’année 1999, dès La valeur commerciale des bases de données
lors qu’il fut question de fusionner les séquences ne repose pas seulement sur le secret ou le délai
produites par les deux acteurs pour accélérer le d’avance. Elle rémunère également l’originalité
programme de séquençage. Afin de préserver son et la spécificité des données produites, eu égard
intérêt commercial, Celera demandait un délai de aux méthodes de recherche et aux traitements
trois à cinq ans pour la diffusion des données bio-informatiques employés. Par exemple, Gen-
issues de la collaboration avec le HGP, qu’elle set a construit une base de données sur un sous-
assemblerait dans ses murs et qui seraient distri- groupe d’étiquettes de gènes qui repèrent les
buées à l’industrie. La discussion achoppa sur le extrémités de gènes de protéines sécrétées. Ces
délai de libre accès des séquences : le HGP ne lui gènes sont détectés grâce à un procédé bio-infor-
consentait que six à douze mois de réservation matique original. De la même manière, Myriad
des données. Genetics a développé une base de données sur les
La publication de la séquence produite par interactions de protéines qu’elle exploite à travers
Celera en février 2001 dans Science, en parallèle plusieurs contrats de recherche passés avec des
de la publication de la séquence du HGP dans laboratoires pharmaceutiques. La spécificité des
Nature, s’est accompagnée de certaines restric- traitements bio-informatiques est un élément clé
tions. Si la séquence complète de Celera est libre- de l’appropriabilité et de la valorisation des bases
ment accessible pour les chercheurs acadé- de données. Outre le savoir-faire bio-informa-
miques, le chargement de morceaux de séquences tique de l’entreprise, la valeur commerciale des
supérieurs à un mégabase nécessitera l’établisse- bases de données tient également à la spécificité
ment d’un accord avec l’institution de recherche des ressources génétiques et médicales collec-
qui l’oblige à ne pas redistribuer la séquence. Des tées, à l’image des collections de données exploi-
chercheurs en bio-informatique se sont élevés tées par DeCode ou Myriad Genetics. De telles
contre une telle restriction dans la mesure où ils bases de connaissances deviennent des points de
travaillent sur de grands ensembles de séquence. passage obligés pour les laboratoires pharmaceu-
Des scientifiques pensent que ces conditions tiques.
d’accès sont trop compliquées et qu’elles vont On peut distinguer plusieurs stratégies de
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dissuader les utilisateurs. Quant aux utilisateurs commercialisation des bases de données. On peut

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industriels qui voudront accéder aux données, ils opposer la politique de licence exclusive de la
devront signer un accord de transfert de matériel société Human Genome Science (HGS) à la poli-
qui leur impose de ne pas commercialiser ou tique de licences non exclusives d’Incyte. HGS a
redistribuer les données. À moins qu’ils ne sous- choisi de valoriser sa base de données en
crivent à la base de données ou ne concluent un concluant un gros accord de recherche avec
accord de licence. Le président de l’Académie SmithKline and Beecham en 1993, qui donnait à
des sciences des États-Unis a demandé que les cette dernière un droit d’usage exclusif sur les
données soient accessibles à la fois pour le sec- diagnostics, les vaccins, les produits thérapeu-
teur public et le secteur privé. Cet accord conduit tiques obtenus à partir de sa base – HGS gardant
à une détérioration des normes de publication : il des droits sur la thérapie génique et les antisens.
instaure un précédent pour les scientifiques qui Plus récemment, HGS et SB ont fait évolué l’ac-
pourraient désormais publier sans être obligés de cord pour permettre à d’autres firmes pharmaceu-
ménager un accès aux données complètes qui tiques d’accéder à cette base de données. Incyte a
supportent la publication ; il rompt l’unicité des adopté d’emblée une politique de licences non
dépôts dans les banques de données publiques en exclusives, qui a attiré les laboratoires qui
autorisant le dépôt des données qui sous-tendent n’avaient pu accéder à la base de données de HGS.
la publication sur le site propre du déposant. Si bien qu’elle vend des licences à dix-huit des
La publication d’une première version de la vingt premiers laboratoires pharmaceutiques
séquence brute du génome humain, par Celera et mondiaux. Le président d’Incyte justifie ainsi sa
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politique de licences non-exclusives : les mul- cord avec vous. Une séquence d’ADN, ce
tiples laboratoires pharmaceutiques souscripteurs n’est pas de l’information, mais une formule
partagent les coûts de recherche de sa société, ce chimique d’un produit » – conseil en bre-
qui lui permet de développer plus rapidement sa vet), ou par des industriels (« Si vous décou-
base de données. Si la base de connaissances vrez une nouvelle molécule, qu’il s’agisse
d’Incyte devient suffisamment large, les firmes d’une matière plastique, d’un médicament,
pharmaceutiques n’auront pas à négocier des d’une peinture, d’un colorant ou d’un gène,
licences auprès de multiples propriétaires de bre- c’est bien une nouvelle molécule ; vous
vets. devez la protéger et les brevets sur les gènes
Myriad Genetics découpe quant à elle des suivent le modèle qui a été mis en place pour
exclusivités par pathologie, soit des field exclu- la chimie organique » – Mark Skolnick, fon-
sive agreements, et propose aux firmes pharma- dateur de Myriad Genetics). L’USPTO réaf-
ceutiques un partage des droits de propriété, entre firme la même doctrine : « Si les brevets sur
les usages thérapeutiques, qu’elle cède, et les les gènes sont traités de la même manière
usages diagnostiques des gènes brevetés, qu’elle que pour les autres composés chimiques,
se réserve pour commercialiser directement des cela stimulera le progrès parce que l’inven-
tests génétiques. Plus récemment, Myriad a négo- teur originel aura la possibilité de récupérer
cié avec les laboratoires pharmaceutiques des for- ses frais de recherche, parce que les autres
mules de codéveloppement des produits théra- inventeurs seront stimulés pour inventer
peutiques impliquant un partage des bénéfices autour du premier brevet, et parce qu’un
des ventes de médicaments sur le marché des nouveau composé chimique sera rendu
États-Unis. Le partage de la propriété évolue au accessible pour de futures recherches » ;
fur et à mesure que les sociétés de génomique ne La seconde opération a consisté à étendre la
se limitent plus à la vente de l’information géné- notion d’invention à tout travail d’isolement
tique, mais intègrent le prédéveloppement de des choses naturelles que l’on décrit, mani-
molécules. pule, isole, reproduit 12. Les concepts clés
pour définir l’invention étant désormais l’in-
tervention humaine sur la nature et l’utilité :
La mobilisation du droit des brevets « C’est là où finalement intervient l’inven-
pour protéger la recherche génomique teur, c’est-à-dire l’intervention de l’homme
sur la nature, c’est-à-dire avoir extrait cette
Les récentes guidelines publiées par l’USPTO sur séquence de son environnement plus com-
l’utilité 9 pour servir de guide aux examinateurs plexe pour la mettre dans un environnement
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de brevets dans le domaine des inventions géné- différent, l’ADN recombinant, pour permettre

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tiques ont l’intérêt de présenter les justifications l’expression d’une protéine qui aurait un
de la brevetabilité des séquences génétiques. Il intérêt biologique, pharmaceutique ou
n’existe pas de règle a priori permettant de ratta- agroalimentaire ou végétal » (conseil en bre-
cher les nouveaux objets qui émergent à tel ou tel vets) ;
droit de propriété intellectuelle 10. Dans le La troisième opération a consisté à préciser la
domaine de la génomique, ce sont principalement notion d’utilité ou d’application industrielle
les professionnels de la propriété industrielle appliquée aux brevets sur les séquences
– conseils en propriété industrielle, examinateurs génétiques. Les controverses ont porté sur la
des offices de brevets – ainsi que les industriels brevetabilité des séquences partielles de
qui ont « fait » le droit dans ce domaine 11. gènes. En 1991, la demande des NIH de bre-
veter des séquences fragmentaires d’ADN
La construction de ce cadre d’appropriation suscita une forte opposition (Cook-Degan,
repose sur quelques interprétations clés : 1995). Le brevet des NIH – dont Craig Venter
La première opération a consisté à rattacher la était l’inventeur– portait sur plusieurs cen-
génomique au génie chimique en établissant taines d’étiquettes de gènes qui permettaient
une équivalence entre les molécules d’ADN d’identifier un gène exprimé. Bien que les
et les molécules chimiques. Cette équiva- fonctions des gènes correspondants ne fus-
lence est exprimée par les spécialistes de la sent pas établies, les NIH justifiaient leur
propriété industrielle (« Je ne suis pas d’ac- demande de brevet par le fait que ces éti-
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quettes étaient des indices pour découvrir de La structure des brevets sur les
futurs gènes. Ils craignaient également que gènes et la recherche biomédicale
la publication de ces séquences fragmen-
taires rende impossible le brevetage des
et l’offre de soins
gènes complets qui seraient isolés par la
suite. Les industriels étaient partagés sur la En décembre 1999, le Secretary Advisory Com-
validité et l’utilité de tels brevets. Si The mitte on Genetic Testing, mis en place auprès du
Industrial Biotechnology Association se pro- département d’État à la Santé pour faire des
nonçait pour le dépôt de ces brevets, elle recommandations sur la régulation du marché des
demandait que les NIH mettent dans le tests génétiques aux États-Unis, faisait le constat
domaine public les brevets qui portent sur suivant : « Des craintes se sont récemment éle-
des séquences partielles de gènes – seuls les vées concernant l’impact du brevetage des gènes
brevets décrivant le gène complet et sa fonc- humains sur les activités de test génétique…
tion biologique devant être exploités. Finale- Alors qu’en règle générale les brevets apportent
ment, l’USPTO rejeta la demande au motif une incitation à développer des applications
que celle-ci ne répondait pas au critère d’uti- utiles, certains détenteurs de brevets ont com-
lité. Toutefois, l’attribution par l’USPTO d’un mencé à restreindre l’usage des gènes qu’ils ont
brevet sur quarante-quatre étiquettes de découverts en imposant des prix très élevés pour
gènes à la société Incyte en 1999 montre que l’attribution de licences, en imposant des licences
la question n’est pas résolue. La portée des exclusives, ou en refusant purement et simple-
revendications de ce brevet est singulière- ment de concéder des licences. Ces restrictions
ment large : comme pour le brevet des NIH peuvent avoir des effets négatifs sur l’accessibi-
en 1991, les revendications portent non seu- lité, le prix et la qualité des tests génétiques » (A
lement sur l’utilisation des étiquettes comme Public Consultation on Oversight of Genetic
sonde, mais également sur les gènes entiers Tests, 1999). On analysera ici la structure particu-
qu’elles indiquent et sur les protéines corres- lière des brevets pris sur les séquences génétiques
pondantes. L’application des guidelines sur et leur impact sur la dynamique de recherche,
l’utilité devrait permettre d’éliminer les d’une part, sur l’offre de soins, d’autre part.
demandes de brevet les plus spéculatives,
dès lors qu’une utilité spécifique, « pour un Des brevets de produit et d’applications
usage pratique particulier », n’est pas justi-
fiée ; Qu’ils soient déposés par des start-up de géno-
Le quatrième point controversé est celui de l’in- mique, par des universités ou par des fondations
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terprétation du critère d’activité. Sur ce de recherche médicale, et quelles que soient les

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point aussi, le brevet des NIH de 1991 suscita motivations des déposants 14, ces brevets ont des
une forte opposition : la Human Genome structures très similaires. Cette similitude s’ex-
Organization (HUGO) s’opposa fermement au plique par la circulation de modèles de rédaction
brevetage des séquences partielles d’ADN au des brevets dans les communautés de spécialistes
motif que le décryptage de la séquence de la propriété industrielle et par leur fixation
n’était pas une activité inventive. Pire, en progressive par les offices de brevets, le cas
attribuant des droits de propriété sur des échéant par les juges.
séquences dont la fonction biologique et Premièrement, ces brevets portent à la fois
l’utilité n’étaient pas connues, le système sur la séquence génétique et sur les applications
des brevets récompensait l’activité routi- qui en dérivent. Le brevet de base déposé par
nière au détriment du travail créatif 13. HUGO Myriad Genetics sur le premier gène de prédispo-
souhaitait une réorientation du système des sition du cancer du sein, qui s’intitule « 17q-Lin-
brevets : c’est le travail d’interprétation des ked Breast and Ovarian Cancer Susceptibility
gènes qui devait être récompensé par des Gene », revendique à la fois « les matériaux et les
brevets, non le travail de décryptage. Tout en méthodes » du diagnostic génétique. L’essentiel
encourageant la divulgation des séquences tient au fait que la séquence n’intervient pas seu-
dans le domaine public, HUGO entendait pré- lement comme un élément de description de
server les possibilités de protection indus- l’invention, mais qu’elle est l’objet même des
trielle des gènes d’intérêt médical. revendications. Ainsi les onze premières revendi-
102 Maurice Cassier

cations du brevet de base de Myriad Genetics L’inclusion de la séquence des gènes dans
portent sur la séquence isolée du gène – y com- les revendications des brevets et la définition de
pris ses formes mutées. Suivent des revendica- brevets larges ont été justifiées par le souci de
tions sur les usages de la séquence comme sonde donner une prime au premier découvreur et par la
ou comme amorce, puis sur la protéine codée par volonté de fonder une nouvelle industrie 18.
ce gène. Le brevet de la Cancer Research Cam-
paign sur le second gène de susceptibilité du can- Les effets sur la recherche et
cer du sein épouse la même structure : les pre- l’innovation médicale
mières revendications du brevet couvrent « une
molécule d’acide nucléique comprenant la L’impact de tels brevets sur la recherche bio-
séquence codante ou le gène complet BRCA2 ». médicale est très ambivalent. D’un côté, l’attribu-
Le gène et la protéine sont brevetés comme tion d’un droit exclusif au premier découvreur
de nouvelles compositions de matière révélées et crée des incitations à investir dans la recherche
mises à disposition par l’intervention humaine. génomique et dans les applications médicales. De
Les guidelines de l’USPTO justifient ainsi la bre- plus, le système des brevets conduit à la divulga-
vetabilité des séquences génétiques : « Un gène tion des connaissances sur les gènes. Les proprié-
isolé est brevetable comme composition de taires peuvent avoir intérêt à favoriser le déve-
matière ou comme article de manufacture dans la loppement des recherches académiques sur les
mesure où cette molécule d’ADN n’existe pas sous gènes brevetés pour récupérer les connaissances
cette forme isolée dans la nature. » À l’instar des qui seront produites par les chercheurs 19. D’un
brevets sur les composés chimiques, il s’agit de autre côté, si le brevet divulgue la connaissance
brevets de produit qui couvrent la molécule sur le gène, il en réserve l’usage au bénéfice
d’ADN et toutes les utilisations qui pourront en exclusif du premier découvreur, ce qui introduit
être faites, connues ou inconnues au moment du une chaîne de dépendance pour tous les innova-
dépôt de brevet 15. Ce faisant, ces brevets instau- teurs ultérieurs. La réservation exclusive de
rent une chaîne de dépendance vis-à-vis du pre- l’usage de la ressource génétique est alors sus-
mier découvreur du gène : tout nouvel utilisateur ceptible de réduire les incitations à entreprendre
doit passer par le premier propriétaire pour être de nouvelles recherches sur les gènes ou à réali-
autorisé à exploiter une invention nouvelle. La ser de nouveaux développements sur les
dépendance est d’autant plus forte dans le méthodes de tests génétiques.
domaine de la recherche génomique qu’il Les enquêtes réalisées aux États-Unis en
n’existe qu’un seul génome 16. Il n’existe en effet Californie et en Pennsylvanie semblent confirmer
qu’un seul gène BRCA1 et un seul gène BRCA2 ce phénomène. Une enquête conduite par Cho,
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dans le domaine du cancer du sein. La seule limi- Leonard, Merz en 1999 sur une population de

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tation du pouvoir d’un tel brevet peut venir de la soixante-quatorze laboratoires cliniques montrait
découverte d’un gène plus essentiel pour la mala- que 25 % avaient abandonné le test clinique
die en question. qu’ils avaient développé en raison de brevets
Ensuite, ces brevets sont généralement très pendants et que 48 % avaient renoncé à dévelop-
larges. Tout d’abord parce que la propriété du per un test clinique en raison de l’existence de
gène ouvre le droit à une cascade de produits brevets. La Clinical Molecular Genetics Society
liés : la protéine et ses antagonistes 17, ainsi que du Royaume-Uni exprimait ainsi les risques de
les cellules modifiées ou les animaux transgé- blocage associés aux brevets sur les gènes :
niques porteurs du gène. Ensuite, parce que ces « Chaque nouvelle technologie sera captive d’un
brevets revendiquent une large gamme d’applica- brevet qui restreindra la liberté de la recherche et
tions, diagnostiques, thérapeutiques ou encore les du développement dans ce domaine et qui minera
méthodes de screening des médicaments. Dans le la capacité du secteur public du Royaume-Uni et
cas des brevets de Myriad Genetics sur les gènes de ses partenaires de l’industrie biotechnologique
du cancer du sein, les revendications couvrent à développer un potentiel de recherche et de nou-
tout usage diagnostique sans limitation de procé- veaux produits. » La tendance des propriétaires
dés. Cela signifie par exemple que toutes les de gènes à imposer leur standard de test géné-
méthodes de tests génétiques qui ont été dévelop- tique, à l’instar de Myriad Genetics, réduit la
pées par de nombreux laboratoires cliniques tom- variété des développements technologiques. La
bent sous le coup de ces brevets. réduction du nombre de laboratoires susceptibles
Bien privé, bien collectif et bien public à l’âge de la génomique 103

de réaliser les tests génétiques nuira également à l’usine à tests de Myriad à Salt Lake City,
l’accumulation des connaissances sur les gènes moyennant un prix de 2 400 dollars. Elle l’autori-
qui sont souvent encore très incomplètes, aussi sait en revanche à rechercher la mutation, une
bien pour ce qui concerne leur fonction biolo- fois celle-ci connue, parmi les autres membres de
gique que les risques associés aux différentes la famille – cette partie du test est la plus routi-
mutations génétiques. nière –, moyennant une redevance de 45 dollars.
Outre les problèmes liés à la dépendance, il Les cliniciens essayèrent de négocier une licence
existe une autre difficulté liée à la fragmentation plus équilibrée qui leur aurait permis de réaliser
de la connaissance et de la propriété des gènes. Il le screening complet des gènes, mais Myriad
peut en résulter un effet négatif sur l’innovation, refusa 20.
lié au coût nécessaire à la négociation et à la levée Cette gestion très fermée de la propriété
de multiples droits de propriété. Ce phénomène industrielle n’est pas spécifique aux gènes du
pourrait notamment survenir pour des maladies cancer du sein. Dans une enquête publiée en 1999
qui relèvent de plusieurs gènes, dès lors qu’il est dans Nature, Schissel, Cho et Merz ont montré
nécessaire de négocier des droits auprès de mul- que sur un panel de vingt-sept gènes, les quatorze
tiples propriétaires pour développer un test géné- licences qui avaient été conclues à la date de l’en-
tique. Holtzman et Hilgartner (1998) ont relevé quête étaient toutes des licences exclusives.
un tel cas dans le domaine du test prénatal. Il Notamment, des brevets couvrant les diagnostics
pourrait également se produire dans le domaine génétiques de plusieurs maladies neurologiques
du cancer du côlon dès lors que les principaux avaient tous étés licenciés de manière exclusive à
gènes sont distribués entre deux centres proprié- une compagnie de biotechnologie, Athena Dia-
taires. gnostic. Si les sociétés de génomique gèrent leurs
brevets de manière restrictive afin de rentabiliser
L’impact de ces brevets sur l’offre de leurs plates-formes de séquençage et de valoriser
santé leurs actifs sur les marchés financiers, certaines
institutions médicales adoptent les mêmes pra-
Les propriétaires des gènes, particulièrement les tiques. Ainsi, l’hôpital des Enfants de Miami, qui
sociétés de génomique, utilisent leur position a isolé et breveté le gène responsable d’une mala-
pour construire des marchés réservés des services die cérébrale d’origine génétique, la maladie de
de santé, en l’occurrence des tests génétiques, et Canavan, est poursuivi en justice par des parents
pour capturer l’offre de services qui étaient réali- d’enfants malades pour une gestion restrictive de
sés jusqu’ici par des laboratoires universitaires ou sa propriété : en plus des royalties perçues pour
hospitaliers. Il en résulte une gestion très fermée chaque test, l’hôpital a limité le nombre de labo-
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de la propriété intellectuelle, par le biais de ratoires susceptibles de réaliser le test (Chicago

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licences exclusives ou asymétriques. Tribune, 22 janvier 2001).
Les licences proposées par Myriad Genetics Les cliniciens ont souligné les impacts néga-
à des laboratoires hospitaliers ou industriels pour tifs de l’émergence de monopoles commerciaux
la commercialisation des tests génétiques pour les dans le domaine des tests génétiques, notamment :
cancers du sein et du côlon illustrent parfaitement Les risques de concentration de l’offre de soins
cette asymétrie. Prenons l’exemple du laboratoire au bénéfice de quelques centres proprié-
clinique de l’université de Pennsylvanie qui avait taires ou licenciés – à l’opposé du libre
développé une méthode originale de tests dès la développement des tests génétiques et d’une
publication des gènes du cancer du sein en 1994 offre largement distribuée lorsque l’usage
et 1995. En 1997, il réalisait environ cinq cents des gènes est libre ;
tests par an qui étaient vendus au prix de revient. La fragmentation des services de médecine molé-
Dès que les brevets demandés par Myriad Gene- culaire dès lors qu’une seule société ne peut
tics furent délivrés, en décembre 1997, cette détenir des droits sur tous les gènes ;
société fit parvenir une lettre à l’université la pré- L’accumulation de connaissances dans les centres
venant qu’elle enfreignait ses droits et lui proposa qui réaliseront les analyses les plus impor-
un accord de licence. La licence proposée ne per- tantes et qui collectionneront les mutations
mettait plus à l’université de rechercher la muta- et l’étiolement de l’expertise des labora-
tion familiale dans l’ensemble du gène. Cette par- toires qui ne réaliseront plus que des tests de
tie du test, la plus décisive, serait réalisée dans routine ;
104 Maurice Cassier

L’augmentation des prix des tests – le prix des système HLA, et Daniel Cohen. Cette organisation
tests du cancer du sein pourrait doubler en non profitable a inventé au début des années
France et au Royaume-Uni, où les labora- quatre-vingt un système original de recherche
toires hospitaliers ont développé des collective pour cartographier le génome humain.
méthodes de tests plus légères et moins oné- L’objectif du CEPH était de mettre à disposition de
reuses que celle imposée par le propriétaire la communauté scientifique un pool de familles
des gènes ; de référence pour construire une carte génétique.
Les problèmes de pérennité de l’offre de soins Au lieu que chaque laboratoire balise le génome
dès lors que la fourniture d’un test sera sur ses propres familles, le CEPH entendait pro-
dépendante d’une société privée qui peut mouvoir un travail en réseau. Chaque laboratoire
subir les aléas du marché. qui le souhaitait pouvait utiliser les mêmes
Enfin, certains font valoir que ces brevets échantillons de référence pour tester ses propres
peuvent empêcher des médecins de pratiquer la sondes, identifier et localiser des marqueurs
médecine – sous peine de devenir des contrefac- génétiques. Les données produites par chaque
teurs. Resurgit ici un vieil argument du conflit participant étaient centralisées dans une base de
entre l’éthique médicale et l’attribution de droits données et comparées pour générer une carte
exclusifs sur les produits de santé 21. commune. Des sous-consortiums furent organisés
pour valider les données et produire la carte de
chaque chromosome. Une telle organisation col-
Des modèles de production de lective augmente la croissance cumulative des
biens collectifs et de biens connaissances : premièrement, il existe un avan-
publics 22 tage particulier à ce que tout le monde travaille
sur les mêmes familles pour baliser le génome :
La tendance à la privatisation des connaissances, « L’idée était superbe ; travailler sur les mêmes
aussi forte soit-elle dans la génomique, ne méioses, ça vous donne infiniment plus d’infor-
recouvre pas l’ensemble des modes de production mations pour en faire une carte » (Jean Weissen-
et de distribution des connaissances qui y sont à bach) ; deuxièmement, la centralisation des don-
l’œuvre. Tout d’abord, la communauté scienti- nées pour les comparer et les assembler facilite la
fique a inventé des systèmes d’invention collec- production d’une carte pour laquelle il faut posi-
tive qui reposent sur le partage des connais- tionner les balises les unes par rapport aux autres.
sances. Ensuite, le mouvement de privatisation, et Ce système d’invention collective a produit
ses excès, produit ses propres limitations (par sa propre « constitution » au cours d’une réunion
exemple, lorsque les grands laboratoires pharma- fondatrice en 1984. Les règles d’adhésion au
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ceutiques décident d’organiser un consortium de réseau du CEPH sont les suivantes : tous les labo-

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recherche qui versera ses résultats dans le ratoires intéressés peuvent devenir membres du
domaine public). Enfin, le modèle du bien public réseau – CEPH investigator ; leur demande
ou commun est susceptible de favoriser l’accessi- d’adhésion est examinée par le comité scienti-
bilité des nouveaux produits de santé et de satis- fique du CEPH ; les participants peuvent accéder
faire aux critères et aux normes de la santé gratuitement à la collection des familles ; en
publique (par exemple, le modèle du libre usage contrepartie, ils s’engagent à tester les quarante
des gènes et du libre développement des tests familles sélectionnées avec leur sonde, soit dans
génétiques qui existe dans les laboratoires hospi- leur laboratoire, soit en collaboration. Ils doivent
taliers en France, en Grande-Bretagne, le cas également s’engager à adresser au CEPH leurs
échéant aux États-Unis). résultats, et cela avant publication. Cette mise à
disposition des résultats avant publication vise à
favoriser les collaborations au sein du réseau.
Le modèle du Centre d’étude du Chaque participant peut bénéficier des résultats
polymorphisme humain : un club des autres membres grâce à une distribution régu-
scientifique ouvert à tous les lière des données à jour. En revanche, le CEPH n’a
laboratoires intéressés pas imposé de règles pour l’échange des sondes
que possèdent les laboratoires : « Nous laissons
Le CEPH est une fondation de recherche française les investigateurs décider des conditions de mise
privée créée par Jean Dausset, le découvreur du à disposition de leurs sondes. »
Bien privé, bien collectif et bien public à l’âge de la génomique 105

Le réseau du CEPH a défini deux cercles de tuelle s’aiguisèrent avec l’accélération du


diffusion des données. Tout d’abord, les données séquençage au milieu des années quatre-vingt-
circulent au sein du réseau : le CEPH a construit dix.
une base de données collaborative – collabora-
tive database – qui contient les données publiées Les consortiums européens : pools de
et non publiées. Cette base de données est un bien données et systèmes de propriété
collectif partagé entre les membres du réseau. Le collective
CEPH a défini un standard pour la mise en forme
des données produites – pour cela, il distribue Les programmes de recherche européens de
gratuitement un logiciel à tous les participants. génomique ont également créé des espaces de
Ensuite, il gère une base de données publique, recherche collective et publique (Cassier, Foray,
accessible à toute la communauté scientifique 2001). Il s’agissait pour les promoteurs du pro-
– the CEPH public database. Les données collabo- gramme de séquençage de la levure en 1989 de
ratives sont versées dans la base de données construire une organisation de recherche en
publique au plus tard après une période de deux réseau qui fédère les laboratoires de plusieurs
ans : « Après un dépôt de deux ans dans la base pays européens. Les différents consortiums que
collaborative, les données non publiées sont nous avons étudiés ont inventé des dispositifs ori-
publiées. » ginaux de diffusion et d’appropriation des don-
La réunion de la collection de familles n’a nées de recherche qu’ils ont formalisés sous
pas été sans difficultés. Les fondateurs du CEPH forme de guidelines.
ont négocié au départ avec Ray White qui avait Les consortiums européens ont tout d’abord
déjà engagé un travail de cartographie du génome inventé des dispositifs de gestion des données qui
humain à l’université d’Utah à partir d’une col- s’efforcent de concilier protection individuelle
lection de familles de mormons. Ray White des participants, apprentissage collectif au sein
refusa dans un premier temps de fusionner ses du réseau et diffusion dans le domaine public.
familles avec celles de Jean Dausset. Il décida Les règles de diffusion concentrique des données
finalement de participer à la recherche collective. établissent trois degrés d’accessibilité des don-
Ce pool de familles américaines et françaises nées, en fonction du temps : pendant une période
s’est progressivement imposé comme un point de de un ou trois mois, les participants bénéficient
passage obligé pour la cartographie du génome d’un droit d’usage prioritaire sur les données
humain. Si la réunion fondatrice du CEPH avait qu’ils ont produites ; lors d’une deuxième
rassemblé treize laboratoires, le réseau s’est rapi- période, les données sont partagées entre les
dement étendu – cinquante l’année suivante, une membres du consortium ; puis elles sont versées
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centaine au début des années quatre-vingt-dix, dans le domaine public. La négociation entre les

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dont une majorité de laboratoires américains. participants porte sur les délais de passage d’un
Cette position privilégiée suscita en 1991 un cercle à un autre, dès lors que des industriels sou-
conflit avec les NIH qui tentèrent de substituer au haitent augmenter la durée de réservation des
pool du CEPH une collection de familles de très données dans l’espace individuel ou collectif ou
grandes tailles d’origine vénézuélienne. Cette que des universitaires souhaitent publier au plus
tentative échoua devant l’opposition des labora- tôt. Ces consortiums parviennent à générer des
toires collaborateurs qui mirent en avant le travail pools de connaissances, plus ou moins étendus,
accumulé pendant huit ans. sous forme de collections de données ou de maté-
Les fondateurs et les membres du réseau du riels biologiques, qui favorisent la production
CEPH ont choisi de ne pas prendre de droits de collective.
propriété intellectuelle sur les marqueurs qu’ils Ces consortiums ont expérimenté différents
avaient identifiés : « On a conclu qu’il n’y avait régimes de répartition de la propriété intellec-
pas de propriété intellectuelle à prendre là-des- tuelle sur les résultats de recherche, depuis des
sus ; ça devait être disponible publiquement » systèmes de propriété disjointe, notamment dans
(Jean Weissenbach). De fait, les cartes du génome des consortiums qui réunissent des industriels
humain produites par le CEPH puis par le labora- concurrents, jusqu’à des systèmes de propriété
toire du Généthon en France furent largement collective, notamment dans des consortiums à
publiées et sont utilisées par tous les laboratoires dominante académique. Les formules de pro-
de par le monde. Les enjeux de propriété intellec- priété collective ont un intérêt particulier pour la
106 Maurice Cassier

gestion des connaissances. Parmi les huit consor- pharmaceutiques – un catalogue des variations
tiums étudiés, nous en avons identifié trois qui génétiques qui sera utilisé pour concevoir de nou-
avaient élaboré un régime de propriété collective. veaux diagnostics et des médicaments adaptés à
Dans deux cas, les résultats sont le produit d’une des groupes spécifiques de patients – et prendre
recherche profondément collective – les données de vitesse les sociétés de génomique, Celera et
résultent de la combinaison de multiples tests et Incyte Pharmaceuticals, qui se sont engagées
expertises réalisés par plusieurs laboratoires –, si dans la constitution de bases de données priva-
bien qu’il n’est pas raisonnable d’attribuer telle tives sur les mêmes marqueurs.
ou telle donnée à l’un ou l’autre des participants. Le projet initial du consortium n’avait pas
Dans le cas restant, les participants ne disposent tranché en faveur d’un accès réservé aux labora-
pas d’un outil de partage de la propriété, c’est-à- toires pharmaceutiques membres du consortium
dire d’une carte génétique ou physique, pour ou d’un accès ouvert à tous les utilisateurs. Fina-
répartir des morceaux de chromosome bien iden- lement, les différents participants, industriels,
tifiés. Dans ces trois cas, les participants s’accor- universités et fondation, s’accordèrent pour créer
dent sur la définition d’une propriété collective une base de données ouverte à tous. Les justifica-
qui sera gérée par une institution ad hoc – un tions avancées par l’un des participants indus-
Charity Trust pour le consortium EUROFAN – ou triels pour placer ces données dans le domaine
par l’un des participants – l’Institut Pasteur pour public sont de deux types. Premièrement, le ver-
le consortium sur la listeria. sement des marqueurs SNP dans des bases de don-
Ces formules de propriété collective favori- nées privées augmenterait le coût d’usage des
sent la constitution d’une base de connaissances données pour les laboratoires pharmaceutiques.
ayant une certaine cohérence, à l’opposé de la Deuxièmement, le versement des SNP dans le
fragmentation de la connaissance génomique domaine public favorisera le processus cumulatif
relevée par Heller et Eisenberg. Les problèmes de de création de connaissances : « Cela accroît la
recouvrements de propriété et les risques de base de connaissances publiques et tout le monde
conflits sont résolus en amont : une seule institu- en bénéficie » (Paul Spence, Pharmacia
tion est habilitée à prendre des droits sur les résul- Research). Les intérêts des laboratoires acadé-
tats du consortium. Les utilisateurs n’auront miques et des firmes pharmaceutiques conver-
qu’un seul interlocuteur pour négocier des droits gent pour augmenter la base de connaissances
d’accès aux données. Une telle solution est de publique et s’opposent aux intérêts des sociétés
nature à prévenir les situations « d’anti- privées de génomique. Tandis que l’information
communs » dans la mesure où l’on évite le mor- sur les SNP a une valeur commerciale directe pour
cellement de la propriété et où l’on diminue les des sociétés comme Celera ou Incyte, elle repré-
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coûts de transaction pour accéder aux connais- sente un coût pour la recherche industrielle des

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sances. Toutefois, une telle appropriation collec- laboratoires pharmaceutiques. Ces derniers
tive ne résout pas tous les problèmes d’accès : entendent bénéficier des effets indirects et diffus
elle pourrait être confisquée par un club qui défi- de la recherche publique tandis que Celera ou
nirait des licences exclusives ou restrictives pour Incyte espèrent un revenu immédiat de la réser-
l’usage de ces données. vation des marqueurs.
La stratégie du consortium SNP pour garantir
l’accessibilité des résultats de la recherche ne
Le consortium SNP : quand le secteur repose pas seulement sur la publication immé-
privé instaure un système de production diate des marqueurs. Le consortium utilise les
de biens publics brevets, à des fins défensives pour préserver l’ac-
cessibilité des SNP : « Nous ne voulons pas seule-
En 1999, dix grands laboratoires pharmaceu- ment publier l’information, mais avant de publier,
tiques mondiaux s’associèrent à des centres uni- nous utilisons le système des brevets contre lui-
versitaires et au Wellcome Trust pour produire même afin de préserver l’accessibilité des don-
une carte de marqueurs génétiques qui devait être nées » (Arthur Holden, directeur du consortium).
mise à la disposition immédiate de la commu- Pour cela, le consortium utilise la procédure des
nauté scientifique. Cette organisation de brevets à titre provisoire – provisional patents –
recherche collective entend produire rapidement qu’il abandonne une fois le marqueur publié. Ce
une ressource stratégique pour les laboratoires faisant, la date de chaque marqueur SNP est enre-
Bien privé, bien collectif et bien public à l’âge de la génomique 107

gistrée à l’USPTO et peut servir de preuve d’anté- tions. Ils auraient l’avantage de laisser les gènes
riorité face à des revendications de propriété 23. en accès libre, chaque utilisateur ayant la possibi-
lité de concevoir de nouvelles applications et de
Le « modèle du commun » dans l’usage nouveaux produits sans être dans l’obligation de
des gènes de susceptibilité s’acquitter d’une rente auprès du découvreur du
gène. Cette disposition est adaptée à la polysémie
Tandis que des sociétés de génomique brevettent des gènes, qui sont susceptibles d’avoir plusieurs
les gènes et gèrent leur propriété de manière res- fonctions biologiques selon l’environnement.
trictive pour construire des monopoles sur les La diffusion libre des séquences génétiques
tests génétiques, certains découvreurs de gènes pourrait aussi s’inspirer du modèle de la Licence
ont adopté un régime de licence très ouvert afin Publique Générale, qui organise la libre circula-
de favoriser l’accessibilité des tests génétiques. Il tion et le libre usage des connaissances et en
s’agit par exemple de la politique de l’université garantit la non-appropriation.
du Michigan, qui, arrivée la première dans la Les institutions publiques de recherche
course au gène de la mucoviscidose, décida de pourraient également, à l’instar du consortium
déposer un brevet et d’accorder des licences non SNP ou de Louis Pasteur en son temps, utiliser le
exclusives et à très bas prix : « Il fut décidé d’in- système des brevets pour préserver l’accessibilité
terdire les licences exclusives et de demander une de leurs travaux. Il s’agirait de verser systémati-
redevance symbolique de seulement deux dollars quement dans le domaine public les brevets dépo-
par test. » Il s’agit également de la pratique des sés une fois la séquence publiée. Elles pourraient
cliniciens et des chercheurs qui utilisent libre- également constituer des pools de brevets, pour
ment les gènes publiés pour développer et fournir éviter la fragmentation des connaissances, et
des tests génétiques aux patients. Dans ce adopter des politiques de licences non-exclu-
modèle, les gènes sont un bien commun de la sives, pour prévenir l’émergence de monopoles
recherche et de l’innovation médicale. sur le terrain de la santé. Les consortiums ou les
organisations en réseau représentent également
Conclusion des solutions locales à la privatisation excessive
des connaissances, pour peu que des acteurs
De manière plus prospective, on peut envisager veillent à leur ouverture minimale.
plusieurs solutions pour parvenir à un meilleur Il s’agit enfin de définir un nouveau com-
équilibre entre bien privé, bien collectif et bien promis entre la propriété industrielle et la santé
public. Ce rééquilibrage étant doublement justi- publique en définissant des régimes de licences
fié, pour préserver l’ouverture du système de très ouverts pour garantir l’accessibilité des inno-
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recherche et pour satisfaire le bien public en vations médicales – c’est la position de l’Ameri-

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matière de santé. can College of Medical Genetics –, ou encore des
On peut tout d’abord envisager une réorien- licences conditionnelles qui lient une large distri-
tation du système des brevets en excluant les bution des innovations au respect de bonnes pra-
gènes de la brevetabilité. C’est la position de plu- tiques médicales – c’est le modèle de la licence
sieurs associations de scientifiques, de cliniciens de la Cancer Research Campaign pour le gène
ou de malades (par exemple, le Position State- BRCA2 –, ou encore d’utiliser les licences d’office
ment on Gene Patents and Accessibility of Gene dans l’intérêt de la santé publique – c’est une
Testing de l’American College of Medical Gene- solution évoquée par la Clinical Molecular Gene-
tics, août 1999). Dans ce cadre, la séquence géné- tics Society du Royaume-Uni ou par des clini-
tique, qu’elle soit partielle ou complète, brute ou ciens français face aux brevets de Myriad Gene-
interprétée, ne pourrait être revendiquée par des tics sur les gènes du cancer du sein.
brevets. Seuls les procédés d’application des Ces différents mécanismes institutionnels
gènes, effectivement démontrés et bien délimités sont susceptibles d’être combinés pour parvenir à
pour éviter des brevets trop larges, ou encore des des normes d’appropriation acceptables. Si l’inté-
produits dérivés de la connaissance de la gration de la science et du marché est particuliè-
séquence – molécules pharmaceutiques – pour- rement avancée dans le domaine de la géno-
raient être brevetés 24. Les brevets accordés mique, les enjeux de santé publique –
auraient un moindre pouvoir de monopole que l’accessibilité et la diffusion des innovations
ceux qui couvrent à la fois le gène et ses utilisa- médicales – poussent à définir des compromis
108 Maurice Cassier

originaux entre ce qui relève des biens privés et variés, incluant notamment les organisations non-
des biens publics. La négociation de compromis gouvernementales (ONG), associations de scienti-
entre la logique industrielle et la logique de santé fiques, de médecins et de malades, qui réfléchis-
publique suppose l’intervention de la représenta- sent sur la propriété industrielle et la santé.
tion politique 25 et la participation d’acteurs

Notes

1. Le patrimoine collectif des propriété entre les contributeurs, base de données à des fins de
villageois était considéré de nombreux contrats de recherche recherche, à condition que la
jusqu’alors comme un bien avec les universités et les recherche ne soit pas susceptible,
inaliénable, utilisable par tous les laboratoires pharmaceutiques, le du point de vue du comité, d’avoir
membres de la communauté, et secret commercial pour la un effet négatif sur l’intérêt
qui s’étendait également aux protection de bases de données, commercial du licencié »
générations futures. Son partage des brevets sur des gènes associés (article 9). La loi finalement
marque l’avancée de la propriété à des maladies ou sur des procédés adoptée ne contient plus cette
exclusive et la désagrégation ou le de fabrication synthétique des disposition, mais reste muette sur
recul de la propriété gènes, etc. Les contrats permettant les possibilités d’accès des
communautaire sur la terre. de couvrir des connaissances très chercheurs extérieurs. En 1999, le
Cf. K. Polanyi, La grande hétérogènes et de compléter ainsi Ministre de la Santé islandais
transformation, p. 238. les brevets. réitérait ces restrictions : « Les
chercheurs extérieurs pourront
2. La réaction à la baisse des 5. On sait que les familles de accéder à la base de données pour
marchés financiers à la déclaration l’Utah présentent un avantage autant que des intérêts
du président Clinton et du premier particulier dans la recherche des commerciaux ne sont pas en jeu. »
ministre britannique Tony Blair du gènes de prédisposition et qu’elles De très nombreux scientifiques se
14 mars 2000, qui invitaient les ont attiré de nombreux chercheurs sont élevés contre cette restriction
acteurs publics et privés de la et sociétés. En vertu des accords (cf. H.T. Greely, M.C. King,
génomique à placer les résultats conclus avec l’université d’Utah, « Letter to the Government of
du décryptage du génome dans le Myriad Genetics détient un droit Iceland », 1998). Réagissant à la
domaine public, est d’exploitation exclusive d’une licence accordée à DeCode, The
symptomatique de cette nouvelle base de données généalogiques qui World Medical Association s’est
intégration. couvre 1,25 millions d’individus. aussi prononcée pour un accès
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Cette base de données a été libre à toute donnée scientifique

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3. Le « groupe du phage » développée à l’origine par le (16 avril 1999).
constitué autour de Max Delbrück fondateur de la start-up, Mark
dans les années quarante aux Skolnick. 8. Tout patient ne déclarant pas
États-Unis était également un explicitement son opposition sera
réseau informel dans lequel 6. « Nous pensons que certaines considéré comme ayant donné son
circulaient des objets techniques caractéristiques uniques de la accord.
mis en commun : « De plus, les population islandaise, associées à
participants apprenaient à utiliser nos capacités avancées en bio- 9. « Utility examination
les mêmes objets d’étude et les informatique et en génotypage, guidelines », USPTO, Federal
mêmes techniques, ce qui donnent à DeCode un avantage Register, vol. 66, n° 4, vendredi
contribuait en retour à donner à compétitif créateur de valeur pour 5 janvier 2001. Ces guidelines
l’approche initiée par M. Delbrück notre société et nos partenaires » sont précédés d’une discussion des
une influence croissante » (DeCode). commentaires publics qui ont été
(M. Morange, 1994). recueillis lors de la phase
7. Une disposition du projet de loi d’élaboration de ces règles.
4. Genset et Myriad Genetics initial formulait explicitement la Ces commentaires émanaient de
utilisent des contrats d’accès possibilité de restriction des trente-cinq individus et de
réservé aux collections de données investigations scientifiques sur la dix-sept organisations.
génétiques et médicales, des base de données : « Le comité
accords de transfert de matériel peut accorder aux chercheurs 10. Ainsi, un des pionniers de la
qui fixent la répartition de la mentionnés ci-dessus l’accès à la recherche génomique, Walter
Bien privé, bien collectif et bien public à l’âge de la génomique 109

Gilbert, qui cherchait à la fin des pour valoriser leurs recherches et contrepoison dans un
années quatre-vingt à réunir des pour limiter le monopole de champignon : « Si la protection
fonds pour créer une société de Myriad Genetics. Une fondation par brevets ne portait pas sur cette
commercialisation de britannique d’aide à la recherche substance, elle serait dénuée de
l’information génétique, contre le cancer, The Cancer valeur, car ce poison serait
envisageait en 1987 de protéger Research Campaign, a breveté le accessible à n’importe qui sous
cette information par le copyright. gène qu’elle avait découvert pour une autre forme qu’un
Cf Cook-Degan, The Gene Wars, préserver son accessibilité et afin médicament. C’est pourquoi cette
1994, p. 309. de contrôler l’usage médical qui protection de la substance est
pourrait en être fait (Cassier, capitale et c’est pourquoi le projet
11. Ce sont en effet les spécialistes Gaudillière, 2000). que nous présentons ne rompt
de la propriété industrielle et les absolument pas avec l’actuel droit
innovateurs qui ont traduit les 15. « Quand un brevet des brevets. » (Séance du 1er mars
critères de brevetabilité revendiquant un nouveau composé 1995.)
– invention, nouveauté, activité chimique est accordé, le titulaire
inventive, utilité ou application du brevet a le droit d’exclure les 19. Par exemple, en janvier 2000,
industrielle – en règles pratiques autres de la fabrication, de Myriad Genetics signait un accord
applicables aux objets de la l’utilisation, de la mise en vente, avec le National Cancer Institute
génomique. En étendant le champ de la vente, de l’importation de ce pour réduire fortement le coût du
de la brevetabilité à de nouvelles composé pour une période donnée. séquençage des gènes du cancer
classes d’objets, par exemple aux Le titulaire du brevet est tenu de du sein à usage de recherche.
séquences partielles ou complètes divulguer seulement une utilité, Toutefois, les propriétaires de
de gènes, généralement très en c’est-à-dire d’instruire les autres gènes peuvent aussi utiliser leur
amont des applications médicales, sur une seule manière d’utiliser position pour définir des contrats
ces décisions influent sur le l’invention » (Utility Examination très déséquilibrés sur les
processus d’innovation et sur Guidelines, USPTO, op. cit.). connaissances qui seront produites
l’allocation des ressources. par les chercheurs ou même pour
Autrement dit, brevette-t-on 16. « Du fait qu’il n’y a qu’un limiter l’usage de leur matériel ou
les bons objets et récompense-t-on seul génome humain, en l’aliénant, procédé. Ainsi, Myriad Genetics a-
les bons acteurs ? vous établissez inévitablement une t-elle interdit à l’université de
position de monopole et cela au Pennsylvanie de réaliser des tests
12. La directive européenne sur la détriment de la biologie » (John sur les gènes du cancer du sein
protection juridique des inventions Sulston, directeur du Sanger pour un consortium de recherche,
biotechnologiques en 1998 a Center). en considérant qu’il s’agissait d’un
retenu les mêmes critères service commercial.
d’interprétation : « Un élément 17. On estime que pour de
isolé du corps humain ou nombreuses applications 20. Les licences proposées par
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autrement produit par un procédé médicales, c’est la protéine et non Myriad aux centres anticancéreux
technique, y compris la séquence la séquence génétique qui aura une français en décembre 1998, qui
ou la séquence partielle d’un gène, valeur d’usage intéressante. Dans anticipaient la délivrance
peut constituer une invention ce cas, l’appropriation de la prochaine des brevets européens
brevetable, même si la structure de séquence permettra d’exercer un qu’elle avait demandés, reposent
cet élément est identique à celle contrôle sur le produit lié, la sur le même partage du travail.
d’un élément naturel. » protéine.
21. « La ruée au brevetage des
13. « Il serait ironique et fâcheux 18. Lors des débats au parlement découvertes génétiques entre en
que le système des brevets européen sur la directive sur la conflit avec la position morale de
récompense la routine et protection juridique des inventions l’American Medical Association,
décourage l’innovation » (Hugo biotechnologiques, le rapporteur en vigueur depuis plus de cent
Statement on the Patenting of DNA de la directive soulignait l’enjeu cinquante ans, parce qu’elle donne
Sequences, 1995). de l’inclusion des séquences le droit à des médecins de
génétiques dans les brevets : restreindre et de tirer directement
14. Dans le domaine du cancer du « Une protection par brevets ne profit de la pratique de la
sein, Myriad Genetics a utilisé les peut être efficace que si elle porte médecine par d’autres
brevets sur les gènes pour également sur la substance qui praticiens. » (« Statement to the
construire un marché réservé des contient les informations Subcommittee on Courts and
tests génétiques. Les universités nécessaires. » Il illustrait son Intellectual Property of the
américaines ont breveté ces gènes propos par la découverte d’un Committee on the Judiciary U.S.
110 Maurice Cassier

House of Representatives 23. Louis Pasteur avait également séquence d’un gène ne peut en
Oversights Hearings on Gene utilisé le dépôt de brevet pour tant que telle faire l’objet d’un
Patents and Other Genomic empêcher la confiscation de ses brevet. Il devrait aussi être
Inventions », July 13, 2000, by inventions. Il déposa ainsi un possible que les différent produits
J.F. Merz, University of brevet sur un procédé de ou thérapies faisant usage de la
Pennsylvania. ) fabrication du vinaigre qu’il mit séquence génétique soient
aussitôt dans le domaine public. Il couverts par des brevets séparés. »
22. Nous différencions les biens établissait ainsi son antériorité et (Protest against Patent on « breast
collectifs, qui sont accessibles aux favorisait la diffusion de ce cancer gene » (BRCA1) – Objection
membres d’un réseau ou d’une procédé dans le tissu industriel. to third Party under Article 115 of
communauté scientifique ou the European Patent Convention.)
professionnelle, et les biens 24. L’European Campaign on
publics, qui sont accessibles à tout Biotechnology Patents propose le 25. Martin Bobrow and Sandy
utilisateur potentiel. Les deux ne partage suivant entre ce qui est Thomas, 2001, avancent l’idée
se recouvrent pas nécessairement. brevetable et ce qui ne doit pas d’un déficit d’implication de la
Dans certains cas de figure, les l’être : « Les signataires pensent représentation politique dans
biens collectifs sont à la que l’étendue d’un brevet doit être l’élaboration des politiques de
disposition d’un club fermé, et ils limité aux usages factuellement propriété intellectuelle touchant au
excluent les autres utilisateurs. démontrés et que, de plus, la génome.

Références

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