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À PROPOS...

De Boeck Supérieur | Innovations

2008/2 - n° 28
pages 197 à 209

ISSN 1267-4982

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Innovations, 2008/2 n° 28, p. 197-209. DOI : 10.3917/inno.028.0197
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À PROPOS...

Lynn K. MYTELKA, Innovation and Economic Development, The


International Library of Critical Writings in Economics (213),
Edward Elgar, Cheltenham, 2007, 587 p.
Il s’agit d’un recueil de contributions qui défend et décrit les relations systé-
miques qui se tissent entre innovation et développement économique. L’in-
novation est ici limitée à ses aspects technologiques comprenant le savoir
scientifique et technique, la dextérité, les compétences et leur management.
L’innovation est alors reliée à tout ce qui modifie et fait évoluer les moyens
de production et introduit sur le marché des nouveaux biens et services.
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Le travail de Lynn Mytelka, chercheuse au Maastricht Economic Research

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Institute on Innovation and Technology à la United Nation University des
Pays-Bas, est impressionnant : rechercher et regrouper des textes pertinents,
diffusés par des canaux différents (sous forme de documents de travail, arti-
cles de revues, chapitres d’ouvrages, etc.) à des époques différentes ; leur don-
ner un sens éditorial, puis convaincre le lecteur de la bonne conduite et de
la vue panoramique du projet… et a dû demander un grand investissement
intellectuel. Les deux conditions énoncées d’emblée par la directrice de cette
publication ont permis la réussite de cette fastidieuse entreprise : la référence
à la systémique et le rejet de la pensée stérile. Dans la lignée de Schumpeter,
l’innovation est ici considérée comme de nouvelles combinaisons de con-
naissances et de ressources qui aboutissent à la création de nouveaux produits,
processus, formes organisationnelles et pratiques commerciales. La systémique
de l’innovation met en relation de marché différents types d’acteurs écono-
miques et les institutions publiques. La cohérence, la densité et l’intensité de
ces relations résultent de (et en même temps reflètent) l’état de l’économie
dans son ensemble. L’ouvrage est construit sur cette base d’analyse.
Considérant que les principales caractéristiques d’une économie sous-
développée sont sa dépendance, sa désarticulation et son incapacité à offrir
un niveau de vie décent à la population du pays (1973, F. R. Sagasti, p. 3 et
ss), le lecteur trouvera dans ce recueil des points de vue convergents argu-
mentés par la théorie des systèmes et illustrés par des exemples concrets : le
volontarisme politique est une des conditions permissives (mais incontour-
nables) pour améliorer la performance économique. Et si celui-ci devient
problématique dans une économie ouverte, les expériences innovantes et

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À propos...

méso-économiques (clusters, réseaux) modifient le champ d’observation tout


en accentuant les problèmes de dépendance et de cohérence propres à un
pays en développement.
Lynn Mytelka a mobilisé 24 écrits, rédigés par une quarantaine de cher-
cheurs sur une assez longue période (des années 1970 jusqu’au milieu des
années 2000) pour nous présenter un livre divisé en cinq parties. La pre-
mière partie met en relation la technologie avec le développement. Il y est
clairement souligné que ladite relation ne peut se construire sans l’interven-
tion de l’Etat. Mais quelle intervention peut-on défendre si les institutions
sont défaillantes ? Voir à ce propos le très bon chapitre de S. Lall (1992, p. 29
et ss). La deuxième partie répond à la première par la systémique. Comme le
note N. Clark (2002, p. 181 et ss), dans la théorie standard les structures ins-
titutionnelles sont données. Cette théorie se focalise alors sur les variables
du marché habituelles (prix, revenus, concurrence…) pour expliquer la
croissance insuffisante ou le manque de compétitivité ; tandis que la réforme
des institutions est le premier pas à accomplir avant de définir et d’appliquer
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une politique scientifique et technique et une politique industrielle.

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Un système d’innovation ne se décrète pas, il se construit. D’où l’impor-
tance d’institutions efficientes. Le rôle des institutions dans le changement
technique est analysé dans la troisième partie. M. Cimoli et J. Katz (2003,
p. 277 et ss) font le constat suivant : en Amérique Latine, les réformes insti-
tutionnelles dans les années 1990 qui ont visé la meilleure intégration des
pays en question dans l’économie mondiale ont provoqué une tendance
lourde à la spécialisation dans les activités exportatrices à faible coût (surtout
du travail) annihilant ainsi les efforts fournis pendant les décennies précé-
dentes lorsque les politiques industrielles et de l’innovation étaient orientées
vers l’enrichissement du potentiel scientifique et technique national.
L’application des simples principes du marché est appauvrissante. Ceci
est suffisamment démontré dans la quatrième partie. Dans cette partie, pour
mieux montrer la signification économique du savoir scientifique, technique
et industriel, les auteurs se penchent sur la force des réseaux d’apprentissage.
Un tel réseau est, pour B. Oyelaran-Oyeyinka (2003, p. 421 et ss), une struc-
ture d’acteurs en interaction qui facilite l’apprentissage dans les entreprises
et les institutions durant le processus d’innovation. Les acteurs constitutifs
d’un système local ou national d’innovation sont des entreprises industrielles
et de services, des institutions financières, des organismes publics de recher-
che ou de régulation. Cette question des institutions locales réglée, le tout est
de savoir comment les acteurs interagissent. Moins l’espace est grand, plus
intenses peuvent être les relations économiques.
La cinquième partie enfin est consacrée aux rapports entre environne-
ment, agriculture et développement. Mais les auteurs prolongent leur pensée

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À propos...

jusqu’à étudier les capacités économiques nécessaires pour sortir de la trajec-


toire du progrès technique actuelle (fondé sur des normes sociotechniques
d’accumulation précises) qui se heurte à la barrière environnementale. Pour
R. Kemp et L. Soete (1992, p. 471 et ss), la nouvelle trajectoire est difficile-
ment imaginable parce que les moyens de sélection des technologies, des
innovations et des pratiques économiques sont encore ceux de l’ancien
régime (les deux points : pétrole et productivisme). Pour modifier la trajec-
toire (ou en créer une autre), il faudra donc penser à modifier les institu-
tions… Ce dernier constat fait la force, mais aussi la faiblesse de ce livre :
indispensable pour comprendre l’évolution de la « pensée évolutionniste »
(l’institutionnalisme), mais par moments sans voix, lorsqu’il s’agit plus par-
ticulièrement de se prononcer sur la nature (sociale, historique, politique) de
la dynamique du changement des institutions dans les pays dits en dévelop-
pement et dans ceux - technologiquement puissants - qui tracent les che-
mins de la dépendance.
Dimitri UZUNIDIS
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Sophie BOUTILLIER, Irina PEAUCELLE, Dimitri UZUNIDIS, L’économie
russe depuis 1990, Ouvertures économiques, De Boeck, Bruxelles,
2008, 288 p.
Ce livre tente de faire le bilan des évolutions en Russie depuis 1990, depuis
l’effondrement de l’URSS et la fin de l’empire soviétique. Il se demande ce
qui s’est réellement passé en Russie durant cette période de transformations
accélérées, essaie de dresser un portrait de la Russie actuelle, et s’interroge
sur l’avenir de ce pays.
L’ouvrage est constitué, après une introduction générale, de 15 contribu-
tions, regroupées en trois parties, la nature du capitalisme russe, les différen-
tes facettes des réformes, la fragilité des relations extérieures de la Russie. Le
livre ne pratique pas la langue de bois et ne prétend pas que tout est pour le
mieux dans le meilleur des mondes dans la Russie d’aujourd’hui. Les auteurs
sont des universitaires, des praticiens de l’économie ou des membres d’orga-
nismes internationaux, avec une bonne connaissance empirique de la Russie
et de son économie. La présentation de l’ouvrage est soignée, avec un index
détaillé.
L’introduction de Sophie Boutillier, Irina Peaucelle et Dimitri Uzunidis,
spécialistes de l’économie industrielle ou de l’économie russe, expose la pro-
blématique générale. La mise en place de politiques libérales importées de
l’extérieur a provoqué des dégâts économiques et sociaux considérables pour
l’économie et la population russe. Même après 15 ans de transition, le pays

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n’a pas réussi à mettre en place les institutions nécessaires au bon fonction-
nement d’un système de marchés. Le modèle libéral a affirmé, de façon très
idéologique, que la performance économique serait le résultat de la mise à
l’écart de l’État et de la promotion de l’initiative individuelle. En réalité,
l’intervention publique est nécessaire pendant une longue période pour créer
un capitalisme efficace, dans de nombreux domaines. L’économie de marché
a été réalisée de façon précipitée, socialement et politiquement incontrôlée.
L’approche « privatisez d’abord, les institutions suivront » s’est avérée erronée.
Pour les auteurs, les institutions de l’économie sont très importantes.
La première partie propose une réflexion sur le capitalisme russe. Viktor
Sheinis, qui fut député, professeur et chercheur à l’Académie des Sciences,
analyse les changements importants survenus dès 1985 dans l’URSS de Gor-
batchev ainsi que la période d’essor démocratique et parlementariste du début
des années 1990, avant le reflux du mouvement démocratique à partir de
1993, la démocratie devenant une fiction. Sophie Boutillier et Dimitri Uzu-
nidis s’interrogent sur la problématique de leur thème. Depuis Marx jusqu’à
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Schumpeter et Galbraith, la question essentielle était celle du passage du
capitalisme au socialisme. Aujourd’hui, le principe de réalité oblige à se pré-
occuper de la problématique inverse, qui aurait déplu aux grands noms pré-
cédents, celle d’une transition du socialisme au capitalisme. Si on admet
qu’il existe une grande variété de capitalismes, notamment en fonction des
institutions du système économique, il faut se demander ce qui constitue la
spécificité du capitalisme russe. Différentes contributions, dont celle de Giusto
Barisi, insistent sur la dimension de catastrophe économique et sociale qu’a
représentée la transition au capitalisme, et sa brutalité pour la plus grande
partie de la population. En quelques années, le PIB a été divisé par deux, la
gravité de la crise est supérieure à celle de 1929 pour les Etats-Unis. Malgré le
retour à la croissance depuis quelques années, le PIB de 2007 n’a pas retrouvé
son volume de 1990. L’inflation a été dramatique pour les plus pauvres.
L’espérance de vie et la population ont fortement diminué. La privatisation
des entreprises a conduit à un capitalisme oligarchique, même si l’État rena-
tionalise aujourd’hui une partie de la propriété oligarchique ou maffieuse. Le
système que la Russie voudrait mettre en place ressemble à un capitalisme
d’État, et ne sera pas une copie du capitalisme américain ou européen.
La deuxième partie passe en revue différents aspects de la transition inverse
et analyse diverses facettes du système russe d’aujourd’hui. Pascal Grouiez
s’attache à la transition dans le secteur agricole, très difficile en l’absence de
tradition familiale en Russie. Tout n’a pas changé dans la campagne russe, et
l’encastrement social de l’agriculture reste très fort. Irina Peaucelle s’intéresse
aux entreprises russes et au système scientifique et technique de la Russie. Le
potentiel scientifique et technique russe a souffert, même si une politique

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À propos...

industrielle et technologique réapparaît à partir de 2002. D’autres contribu-


tions s’attachent au marché du travail, ou au transport aérien ; une contribu-
tion sur les autres modes de transport aurait été bienvenue.
La troisième partie, sur l’ouverture de la Russie au monde, concerne parti-
culièrement le lecteur français ou européen. Pierre Bailly analyse les relations
russo-européennes. Après la confrontation de la guerre froide, les Européens
ont soutenu la thérapie de choc et l’idée que la Russie finirait bien par s’insé-
rer dans un espace mondialisé sous domination américaine. Ils sont mainte-
nant obligés de constater que la réalité russe est plus complexe que le modèle
simpliste proposé par les experts libéraux. La période soviétique ne peut être
considérée comme une simple parenthèse historique et il faut envisager un
partenariat réaliste de l’Union Européenne avec la Russie. Bertrand de Lar-
gentaye ainsi que Jean-Paul Guichard plaident pour un élargissement des
relations euro-russes. Pour ce dernier, la seule façon de constituer un rival
capable de tenir tête aux Etats-Unis consiste à élaborer une Union entre
l’Europe et la Russie, qui mettrait en œuvre un certain nombre de complé-
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mentarités entre les deux régions. Ce serait renouer avec la vieille tradition

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des accords franco-russes, avec l’Europe de l’Atlantique à l’Oural du Général
de Gaulle. L’Europe cesserait d’être un protectorat des États-Unis. Aussi inté-
ressante que soit la perspective, il faut néanmoins rappeler que, d’une part la
situation de la démocratie en Russie ou en Tchétchénie rend très difficile
tout partenariat stratégique, d’autre part les forces favorables à des alliances
privilégiées avec les États-Unis sont très puissantes en Europe de l’Ouest.
Au total l’ouvrage est très stimulant dans la mesure où il pose un certain
nombre de vraies questions sur un grand pays voisin, et comble ainsi un man-
que. Tout n’est pas décrit de la Russie – ce serait d’ailleurs impossible-, mais
la problématique vise juste et envisage l’essentiel.
Pierre LE MASNE

Richard SOPARNOT, Éric STEVENS, Management de l’innovation,


Dunod, 2007, 122 p.
Richard Soparnot et Eric Stevens mettent l’accent dans cet ouvrage sur le
rôle de l’innovation pour le développement des entreprises. Cet ouvrage se
veut un recueil de différents concepts de l’innovation et son intérêt comme
dimension centrale du management de l’entreprise. Dans un premier chapi-
tre, ils reviennent sur une typologie de l’innovation et y distinguent les in-
novations de produit, de services et de procédés. L’innovation de produit
rend compte de la stratégie des firmes dans sa dimension technique et sa di-
mension client. Dans le premier cas, il s’agit de la transformation de la tech-
nologie de façon progressive ou radicale. Dans sa dimension client, ou

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dimension fonctionnelle, les auteurs l’expliquent en considérant le produit


au travers de la définition de Lancaster (1966), c’est-à-dire comme un panier
d’attribut qui permet de comprendre le choix des clients et c’est celui-ci qui
sera déterminant pour maximiser « les chances de réussites ». Cette notion
« d’attribut » sera reprise également dans les innovations de service. Dans le
cadre de ces dernières, les auteurs reprennent Gallouj (2003) et expliquent
que l’examen des dynamiques d’innovation est délicat se basant sur le carac-
tère intangible de l’output ainsi qu’à l’inséparabilité du résultat et du proces-
sus. Mais c’est l’interaction entre le client et le prestataire de services qui
montre le rôle profond des innovations pour le développement de ce secteur.
Les auteurs mettent également l’accent sur l’importance d’un management
des activités de R&D et concluent que « la sélection et l’évaluation des pro-
jets et les choix des acteurs impliqués constituent deux décisions majeures
dans le management de l’innovation ». Un lien est fait entre le choix d’ex-
ternalisation / internalisation et les cycles de vie des technologies qui sont
toujours plus rapides. Les auteurs font référence aux différentes étapes de ma-
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turation du produit et des technologies et évoquent le lien avec la profitabi-

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lité et le retour sur investissements.
Dans le deuxième chapitre, Soparnot et Stevens, abordent le développe-
ment de l’innovation. Pour cela ils retiennent une définition de Midler et
Lenfle qui définissent six caractéristiques d’un projet d’innovation : son ob-
jectif, sa singularité, l’intégration de nombreux contributeurs, le risque, l’ap-
prentissage ainsi que la fluctuation des résultats. Ces caractéristiques sont
éclairées par les trois approches du management des projets innovants, les-
quelles vont proposer des « recommandations concrètes à l’innovateur » : la
gestion séquentielle du processus d’innovation (modèle développé par Coo-
per en 1990 qui propose une succession d’étapes dont chacune doit être
validée) ; les principales séquences du processus de développement de nou-
velles offres (le détail des différentes phases) ; le management des équipes de
développement de produits (organisation fonctionnelle, matricielle et en
équipe projet). Les auteurs insistent également sur l’intérêt de la propriété
industrielle à travers, en particulier, le brevet : « les connaissances et savoir
faire développés seront alors d’autant plus profitable que les innovations
auront été protégées efficacement ».
Les modes de développement et de diffusion des innovations font l’objet
du troisième chapitre. Les entreprises, selon leur position sur le marché peu-
vent être soit pionnières soit suiveuses. Dans le premier cas, elles sont par-
ticulièrement agressives : on retrouve l’exemple de Whirlpool avec le four
intelligent qui contrôle la cuisson ou encore avec la machine à café encas-
trable. Dans le cadre de la stratégie de suiveur, l’agressivité est faible et peut
s’avérer payante dans certains cas. Les auteurs mettent l’accent sur la gestion

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du rythme de l’innovation par les entreprises, « soit pour distancer les autres
compétiteurs, soit pour éviter d’être distancée ». Rythme qui influence les
modes de diffusion des innovations. Deux approches sont explicitées afin de
définir comment se diffuse l’innovation. La première approche est relative
au rôle des caractéristiques de l’innovation et se base sur le fait que ce sont
les qualités de l’innovation elle-même qui contribuent à sa propre propaga-
tion. La seconde approche est celle des réseaux socio-économiques. Un exem-
ple proposé par les auteurs est celui de la VHS qui s’est imposée sur le marché
des cassettes vidéo sans être la plus performante : elle n’a pu s’imposer que
parce qu’elle bénéficiait du soutien d’un nombre important d’éditeurs et
autres studios de production…
Le dernier chapitre porte sur la dimension organisationnelle de l’innova-
tion. L’activité d’innovation, qui repose sur une idée originale et nouvelle,
prend forme dans des conditions différentes. L’innovation peut alors émerger
à différents niveaux : au niveau inter-organisationnel (appartenant à une
organisation partenaire, un client… ou l’intégration d’un pôle de compétiti-
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vité) ; au niveau organisationnel : Burns et Stalker (1961) montrent bien
que les structures organiques par opposition aux structures mécanistes sont
particulièrement adaptées pour l’innovation (ex : Google avec la journée par
semaine libre pour la réflexion) ; au niveau individuel : les auteurs se réfè-
rent à Torrance (1974) qui souligne le rôle de créativité individuelle. Dans
une autre optique, nos deux auteurs présentent l’innovation comme capacité
organisationnelle et ce en se référant à la théorie de la Ressource Based View
(RBV). Pour cette dernière, la capacité d’une entreprise fait partie de ses
actifs et sont à l’origine de sa performance. Mais les innovations influent sur
l’organisation. Les auteurs présentent à ce sujet l’innovation comme une
source de connaissance au niveau individuel, collectif, organisationnel et
inter-organisationnel. Ils identifient ainsi les relations qu’entretient l’inno-
vation avec l’apprentissage organisationnel et y distinguent deux effets :
l’apprentissage en simple boucle (ou innovation incrémentale) et l’appren-
tissage en double boucle (ou innovation de rupture), pour conclure que
l’innovation et l’apprentissage sont en constante interaction…
Il s’agit d’un ouvrage pédagogique qui s’adresse davantage à un public
estudiantin. Il comporte un nombre important d’exemples récents qui sont
représentatifs des différents points traités dans chaque chapitre.
Malik DRIAD

n° 28 – innovations 2008/2 203


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Blandine LAPERCHE, Dimitri UZUNIDIS (eds), Powerful Finance and


Innovation Trends in a High-Risk Economy, Palgrave Macmillan,
Houndmills and New York, 2008, 277 p.
Au moment où l’économie mondiale est entrée dans une phase de « hauts
risques » – crise des « subprimes » et ses conséquences en chaîne, flambée des
prix de l’énergie, des matières premières et des produits alimentaires de base,
mouvements erratiques des changes et des valeurs boursières, déséquilibres
commerciaux structurels, instabilités géopolitiques, … – et où les défis envi-
ronnementaux colossaux appellent des efforts de régulation et d’innovation
sans précédents, s’interroger sur le rôle de la finance dans les processus de
création de richesse et d’innovation constitue un exercice périlleux, mais
courageux et salutaire.
La question centrale examinée dans cet ouvrage pourrait être résumée de
la manière suivante : l’innovation est-elle est un moteur, une finalité ou une
« victime » du « capitalisme basé sur la finance » ? Les réponses apportées
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dans les quatorze contributions réunies par B. Laperche et D. Uzunidis sont
nuancées, voire mitigées. Mais c’est bien l’idée d’une finance davantage des-
tructrice que créatrice qui apparaît en filigrane de la plupart des chapitres. Le
propos n’est pas de dénigrer le rôle clé de la finance dans les processus d’ini-
tiation ou d’accompagnement des dynamiques d’innovation. Il est plutôt de
souligner – comme le font clairement B. Laperche et D. Uzunidis dans l’in-
troduction de l’ouvrage – les dangers d’une finance « sourde », voire autiste
face aux logiques de moyen-long terme qui spécifient le champ de la recher-
che-développement (R&D) et de l’innovation pour se focaliser sur des ob-
jectifs essentiellement « court-termistes ».
Or, paradoxalement, toute l’histoire du capitalisme montre que son suc-
cès « sélectif » (comparativement à d’autres modes historiques de produc-
tion et d’accumulation) découle précisément de son profond ancrage dans
une logique de développement soutenu et de diffusion massive d’innovations
de toutes sortes (technologiques, organisationnelles, servicielles, commercia-
les, financières, institutionnelles et sociales) dans tous les pores de l’écono-
mie et de la société – comme l’ont bien souligné, chacun à sa manière,
Joseph Schumpeter (1912, 1942) 1, John Kenneth Galbraith (1967) 2 ou,
1. Schumpeter J. A., Theorie der wissenschaftlichen Entwicklung, Duncker & Humblot, Leip-
zig, 1912. La théorie de l’évolution économique, traduction J.-J. Anstett, Paris, Librairie Droz,
1935 et 1999 ; Schumpeter J. A., Capitalism, Socialism and Democracy, Harper & Brothers, New
York, 1942. Capitalisme, socialisme et démocratie, traduction G. Fain, Paris, Payot, 1951.
2. Galbraith J. K., The New Industrial State, Houghton Muffin, 1st edition 1967, 3rd edition 1978.
Le Nouvel Etat Industriel, traduction J.-L. Crémieux-Brilhac et M. Le Nan, Editions Gallimard,
1968 et 1978 pour la troisième édition revue et augmentée.

204 innovations 2008/2 – n° 28


À propos...

plus récemment, Israel Kirzner (1997) et William Baumol (2002) 3. Par con-
traste, la montée en puissance d’une sphère financière à la fois mondialisée,
omniprésente et largement livrée à elle-même au sein du capitalisme con-
temporain va à l’encontre d’une logique de promotion de la connaissance et
de l’innovation pour un développement économique et social durable.
C’est ce constat qui est dressé, avec des éclairages variés mais complé-
mentaires, dans les deux parties de l’ouvrage. La première regroupe sept cha-
pitres autour de la thématique de l’« économie basée sur la connaissance et
la finance ». L’orientation des contributions de cette première partie est essen-
tiellement macrodynamique. Les différents auteurs cherchent à y démêler
l’écheveau complexe des logiques économiques, institutionnelles et techno-
logiques qui se sont historiquement conjuguées pour faire émerger un capita-
lisme globalisé fondé sur les dynamiques liées de l’innovation et de la finance.
Les contributions proposées abordent ainsi successivement : les dimensions de
prédation liées aux logiques capitalistes contemporaines de l’innovation
(James Kenneth Galbraith) ; l’analyse des mouvements économiques impul-
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sés par les dynamiques structurelles de l’innovation et de la finance (Dimitri
Uzunidis) ; les liens entre investissement, innovation et politique macroéco-
nomique (James Sawyer) ; l’impact de l’entrepreneuriat et les rôles respectifs
de l’État et de la finance dans l’impulsion de l’innovation (Sophie Boutillier) ;
les logiques de déploiement de la R&D dans un contexte financier globalisé
(Jerry Courvisanos) ; et, enfin, le rôle combiné des droits de propriété intel-
lectuelle et de la finance comme « piliers » des changements au sein du capi-
talisme contemporain (George Liodakis).
La deuxième partie, qui comporte également sept chapitres, est centrée
plus spécifiquement sur l’analyse des trajectoires d’innovation et des logiques
de profitabilité qui fondent les stratégies actuelles des firmes. Les éclairages
offerts sont à la fois thématiques et sectoriels. Au plan thématique, les
auteurs s’intéressent aux questions relatives à l’évolution de la firme et de ses
modes de gouvernance le long du cycle de vie des industries (Jackie Krafft et
Jacques-Laurent Ravix), au rôle de l’entrepreneur dans l’articulation entre
changement économique et organisation d’une industrie (Edouard Barreiro
et Joël-Thomas Ravix), à la création et à la co-évolution, selon des logiques
entrepreneuriales et managériales, d’options stratégiques en termes de flexibi-
lité et d’allocation des ressources au sein des firmes (Thierry Burger-Helmchen)
3. Sur ce point, voir la mise en perspective proposée par Hamdouch A. (2007), « Innovation »,
in : Dictionnaire de l’Economie, Paris, Albin Michel - Encyclopædia Universalis, pp.719-733.
Baumol W. J., The Free Market Innovation Machine: Analysing the Growth Miracle of Capitalism,
New York, Princeton University Press, 2002; Kirzner I. M., “Entrepreneurial Discovery and the
Competitive Market Process: An Austrian Approach”, Journal of Economic Literature, vol. XXXV,
n° 4, March 1997.

n° 28 – innovations 2008/2 205


À propos...

et, enfin, à l’impact de l’impératif de profitabilité des activités d’innovation


sur la formation du capital de connaissances de la firme (Blandine Laper-
che). Cette question de la profitabilité de l’innovation est d’ailleurs étudiée
de manière approfondie dans le cas de l’industrie informatique par Christian
Genthon. Francis Munier, pour sa part, s’interroge sur la capacité (en termes
de moyens, notamment financiers, et de compétences) comparée des gran-
des entreprises et des PME à innover. Enfin, Elsa Ughetto examine le rôle
des institutions bancaires dans le financement des activités d’innovation pour
en déduire différentes options en matière de politiques et de régulations.
La lecture de ces différentes contributions laisse peu de doute quant au
rôle surpuissant de la finance dans la structuration et l’évolution d’un capi-
talisme mondialisé fondé sur la connaissance et l’innovation. Cependant, si
les dangers et les dysfonctionnements imputables à la financiarisation exces-
sive des logiques de production et de diffusion de la connaissance sont bien
soulignés dans leurs multiples dimensions, le lecteur percevra également une
volonté plus ou moins explicite des auteurs de s’interroger sur les possibilités
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d’amendement du système pour évoluer vers un capitalisme « intelligent »
basé sur une finance « raisonnée » et régulée, c’est-à-dire sur une finance
conçue davantage comme outil que comme finalité de la connaissance et de
l’innovation.
Abdelillah HAMDOUCH

Birgitt MÜLLER, La bataille des OGM. Combat vital ou d’arrière


garde ?, Ellipses, Paris, 2008, 173p.
Matthew RIMMER, Intellectual Property and Biotechnology. Biolog-
ical Inventions, Edward Elgar, Cheltenham, 2008, 377p.
Marie-Dominique ROBIN, Le monde selon Monsanto. De la dioxine
aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, La décou-
verte/Arte Editions, Paris, 2008, 371p.

Les développements contemporains des biotechnologies ouvrent des enjeux


multiples pour les industries qui utilisent et transforment le vivant, pour tous
ceux qui volontairement ou non sont en contact avec ce vivant modifié et
pour l’environnement dans son ensemble. Birgit Müller, anthropologue, pré-
sente dans La bataille des OGM les enjeux économiques, politiques et sociaux
qui entourent le développement rapide des organismes génétiquement
modifiés (OGM). Trois enjeux, au cœur des débats et conflits, qui sont rela-
tifs à la diffusion des plantes génétiquement modifiées, constituent la trame
de son ouvrage.

206 innovations 2008/2 – n° 28


À propos...

Le premier est celui du rapport entre science et nature, où deux concep-


tions de la nature, l’une mécaniste et l’autre systémique s’affrontent. La vision
mécaniste stipule qu’une transformation des éléments de base du vivant, les
gènes, apporterait des solutions simples à des problèmes divers comme ceux
des maladies des plantes, des insectes ou des conditions climatiques qui dévas-
tent les cultures, mais aussi par exemple des carences alimentaires qui pour-
raient être résolues par la manipulation génétique des plantes. La vision
systémique prend en compte la complexité du vivant, marquée par des cau-
salités et des interrelations multiples et met en garde contre les effets poten-
tiellement incontrôlables des manipulations génétiques. Le second enjeu est
celui des impacts de l’élargissement du champ d’application de la propriété
industrielle au vivant depuis les années 1980. L’obtention de titre de propriété
industrielle (et notamment de brevets) est jugée essentielle par les indus-
triels pour faire avancer la science et la technique dans ce domaine. Elle jus-
tifie d’un autre côté la commercialisation rapide des OGM pour faire face à
la temporalité réduite du monopole conféré par les titres de propriété indus-
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trielle. La course au brevet et à la rentabilité conduit à la concentration de

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l’industrie agrochimique et à la remise en cause de l’indépendance des agricul-
teurs, doublement menacée par le droit (notamment les interdictions de plus
en plus communes de réensemencer les champs) et les progrès de la technolo-
gie (notamment les technologies « Terminator », qui stérilisent les plantes).
Le troisième enjeu est démocratique, où les questions clés sont relatives à
la délimitation des risques et des responsabilités. Face à des risques incalcula-
bles, les responsabilités sont diffuses, mêlant et renvoyant la balle successive-
ment aux niveaux politique (du local au global), scientifique et économique.
La question va même jusqu’à la signification de la démocratie, lorsque la par-
ticipation citoyenne va de pair avec l’absence de prise en compte des oppo-
sitions même majoritaires, lorsque le discours et la production scientifiques
s’encadrent dans des considérations budgétaires et de carrières, lorsque fina-
lement les lobbys économiques apparaissent surpuissants. Le véritable com-
bat d’avenir n’est-il pas celui de la préservation de la biodiversité naturelle ?
Et finalement le combat des défenseurs des OGM n’est-il pas paradoxale-
ment un combat d’arrière garde, visant à maintenir un mode de production
qui a engendré prouesses technologiques et économiques, mais qui ne peut
pas cacher ses faiblesses (épuisement des ressources et problèmes écologiques,
problèmes alimentaires, inégalités croissantes) ? « Les choix technologiques
sont en même temps des choix politiques et doivent être analysés comme
tels », rappelle à plusieurs reprises Birgit Müller dans cet ouvrage, qui tout en
étant didactique, incite donc à la réflexion.
Mais l’économique influence fortement les choix technologiques et po-
litiques, démontre Marie-Dominique Robin dans sa vaste enquête critique

n° 28 – innovations 2008/2 207


À propos...

intitulée Le monde selon Monsanto. Celle-ci se fonde sur la consultation des


archives et documents de et/ou traitant de Monsanto disponibles sur inter-
net et sur la base d’entretiens réalisés auprès de « parties prenantes », soit de
nombreux agriculteurs situés dans différents pays du monde, des avocats, des
journalistes, des actionnaires, des citoyens qui ont été ou sont concernés
d’une manière ou d’une autre par l’activité de cette entreprise. L’objectif de
l’ouvrage est clairement affiché dès l’introduction. Il s’agit de « raconter
l’histoire de la multinationale et de chercher à comprendre dans quelle me-
sure son passé pouvait éclairer ses pratiques actuelles et ce qu’elle prétend
être aujourd’hui. En effet, avec 17500 salariés, un chiffre d’affaires de 7,5
milliards de dollars en 2007 (dont un milliard de bénéfices) et une implan-
tation dans quarante six pays, l’entreprise de Saint-Louis affirme s’être con-
vertie aux vertus du développement durable, qu’elle entend promouvoir grâce
à la commercialisation de semences transgéniques censées faire reculer les li-
mites des écosystèmes pour le bien de l’humanité ». Si le ton de l’auteur
n’apparaît pas neutre, ceci découle des multiples informations qu’elle a trou-
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vées et soigneusement compilées.

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Dans sa première partie, l’ouvrage retrace le passé chimique de l’entre-
prise née en 1901, productrice de produits très polluants et dangereux,
comme les PCB (polychlorobiphényles), les composants de l’agent orange,
le DTT, les hormones de croissance laitière et bovine. L’accent est mis dans
cette première partie sur les effets nocifs de ces produits sur l’environnement
et la santé – dont certains sont aujourd’hui interdits – et sur les manipula-
tions d’informations opérées par la firme avec parfois l’appui des instances
publiques pour cacher leur nocivité. Les deux dernières parties sont consa-
crées au tournant biotechnologique pris par la firme et donc au développe-
ment et à la commercialisation des OGM. De cette partie ressort à nouveau,
comme dans l’ouvrage de Birgit Müller les multiples pressions qui ont
entouré et entourent encore à la fois les discours scientifiques portant sur les
OGM et les choix politiques réalisés de par le monde. Le grand rôle du mar-
keting et des campagnes publicitaires est également souligné comme un vec-
teur clé de la diffusion des OGM, au Nord comme au Sud, et à nouveau avec
peu d’intérêt porté aux impacts d’ores et déjà constatés sur les hommes (voir
par exemple les vagues de suicides de paysans endettés et dépendants) et sur
la nature (par exemple la perte de biodiversité liée à l’imposition d’un nom-
bre réduit de semences rentables, ou encore la contamination génétique
incontrôlable). De cet ouvrage, Monsanto ressort dépeint tel un « colosse au
pied d’argile », dont la puissance pourrait être remise en cause par les multi-
ples risques, financiers, technologiques et humains qu’elle cristallise.
La puissance des firmes biotechnologiques aujourd’hui découle en grande
partie de l’extraordinaire élargissement du droit de la propriété intellectuelle

208 innovations 2008/2 – n° 28


À propos...

au vivant depuis les années 1980. Cet élément crucial est l’objet de l’ouvrage
de Matthew Rimmer, Intellectual Property and Biotechnology. L’auteur, juriste,
documente en neuf chapitres l’extension de la brevetabilité aux micro-orga-
nismes, aux plantes, aux animaux, aux séquences de gène, aux outils de
recherche, aux tests génétiques, à l’ADN non codant et aux cellules souches.
Pour chaque cas, et c’est là la spécificité de l’ouvrage, l’auteur présente une
étude détaillée des affaires juridiques phares, où Monsanto est d’ailleurs sou-
vent l’un des protagonistes. Les relations entre lois sur les brevets, découver-
tes scientifiques et produits de la nature sont de plus en plus ténues et sont
au centre des enjeux économiques, éthiques, politiques et sociaux abordés plus
haut où s’affrontent les notions de progrès et de rentabilité. L’auteur accorde
une grande place aux débats sur ces questions ainsi qu’à la confrontation des
différentes légistations existantes à travers le monde. A la fin de son ouvrage
Matthew Rimmer discute de l’adaptation et de l’adaptabilité des lois, des
politiques et des pratiques de brevetabilité aux « technologies frontières »
comme la bioinformatique (associant technologies de l’information et bio-
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technologies), la protéomique (l’étude des protéines et de leur fonction), la

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pharmacogénomique (utilisant les tests de prédisposition génétique pour
développer des médicaments personnalisés) ou encore les nanotechnologies.
Au lieu d’une vision globale qui stipule que tout ce qui est produit par l’homme
est brevetable, l’auteur plaide pour des lois spécifiques à chaque champ tech-
nologique, ceci afin de préserver la connaissance publique, disponible et
utile pour tous. Il soutient la nécessité d’une réforme du droit des brevets, qui
reviendrait sur ses fondamentaux : la nouveauté, l’inventivité et l’utilité. Il
souligne aussi l’importance d’une plus grande vigilance publique et citoyenne.
Malgré la diversité de leurs origines et de leur méthode, force est de cons-
tater que ces trois auteurs se rassemblent clairement pour mettre en avant la
force et les dérives des pratiques qui caractérisent le développement actuel
des biotechnologies et qui restent toutefois souvent tabous ou risquées pour
une grande partie des « experts ».
Blandine LAPERCHE

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