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Université Pierre et Marie Curie

Licence 3 - mathématiques
Intégration 3M263

Examen de deuxième session - juin 2016

Le sujet comporte deux pages. L’épreuve dure deux heures. Les documents, calculatrices
et téléphones portables sont interdits.

Exercice 1.
Soit (E, A, µ) un espace mesuré tel que µ(E) < +∞, et soit (An )n et (Bn )n deux suites
de A telles que An ⊂ Bn pour tout n.
1. Montrer que
[  [  [ 
Bn \ An ⊂ Bn \ An .
n n n

2. Montrer que
[  [  X 
µ Bn − µ An ≤ µ(Bn ) − µ(An ) .
n n n

Exercice 2.
1. Soit (E, A, µ) un espace mesuré tel que µ(E) < +∞, et soit (An )n une suite de A
telle que µ(An ) = µ(E) pour tout n. Montrer que
\ 
µ An = µ(E).
n

2. Dans R muni de la tribu borélienne et de la mesure de Lebesgue λ, donner un


\ exemple
de suite (An )n d’ensembles boréliens telle que λ(An ) = +∞ pour tout n, et An = ∅.
n
Comparer avec la question 1.

Exercice 3.
Soit (E, A, µ) un espace mesuré et f : E → R une fonction
Z intégrable. Montrer que f
est positive µ-presque partout sur E si et seulement si f dµ ≥ 0 pour tout A ∈ A.
A
Exercice 4
Montrer que l’intégrale
1
ln x1
Z
I= dx
0 1−x
est bien définie.
1
Donner le développement en série entière de et en déduire la valeur de I.
1−x

Exercice 5
Montrer que  x n
1− ≤ e−x
n
pour tout entier n et tout réel x ∈ ]0, n[.
En déduire que
Z n
x n
1− dx tend vers 1 quand n tend vers +∞.
0 n

Exercice 6
Montrer que l’application

ψ : ]0, 1[×]0, π[×]0, 2π[ → R3 , (r, θ, φ) 7→ (r sin θ cos φ, r sin θ sin φ, r cos θ)

est un C 1 difféomorphisme de ]0, 1[×]0, π[×]0, 2π[ sur son image, que l’on déterminera
précisément.
En déduire la valeur de
Z
1
p dxdydz
B x + y2 + z2
2

où B = {(x, y, z) ∈ R3 ; x2 + y 2 + z 2 < 1}.


3

Corrigé succint
Exercice 1  S  S  S S
1. Soit x ∈ B
n n \ n n . Alors x ∈
A n Bn mais x ∈/ n An , c’est-à-dire que
d’une part il existe N tel que x ∈ BN et d’autre part x ∈
/ An pour tout n. En particulier
S 
x∈/ AN , et donc x ∈ BN \ AN , et ainsi x ∈ n Bn \ An .
2. Tout d’abord
[  [   [   [ 
µ Bn − µ An = µ Bn \ An
n n n n
S S
car n An ⊂ Bn et µ est finie. D’après 1. cette quantité est
n
[  X  X 
≤µ Bn \ An ≤ µ(Bn \ An = µ(Bn ) − µ(An )
n n n
par croissance pour la première inégalité et σ-sous-additivité pour la deuxième inégalité,
et puisque An ⊂ Bn avec µ finie pour l’égalité.
Exercice 2
1. La suite d’ensembles Bn = E \ An est telle que µ(B P − µ(An ) = 0 par
S n ) = µ(E)
hypothèse
S sur les A n et puisque µ est finie. Donc µ( n Bn ) ≤ n µ(Bn ) ≤ 0, puis
µ( n Bn ) = 0. Or
[  [   \  \ 
µ Bn = µ (E \ An ) = µ E \ An = µ(E) − µ An
n n n n
puisque de nouveau µ est finie.
2. On peut par exemple prendre An = [n, +∞[.
Exercice 3
Tout d’abord, si f est positive µ-presque partout, alors pour tout ensemble mesurable
A la fonction f 1A est une fonction mesurable positive µ-presque partout, donc
Z Z
f dµ = f 1A dµ ≥ 0.
A E
R
Inversement, supposons que E f 1A dµ ≥ 0 pour tout ensemble mesurable A et appli-
quons cette propriété à A = {x ∈ E; f (x) < 0}. Cet ensemble, égal à f −1 (] − ∞, 0[), est
mesurable car f l’est, donc Z Z
f 1A dµ = f dµ ≥ 0.
E A
Or f (x)1A (x) est égal à f (x) si x ∈ A, et 0 sinon, c’est-à-dire à f (x) si f (x) < 0 et 0 si
f (x) ≥ 0 ; dans tous les cas f (x)1A (x) ≤ 0. Ainsi f 1A est une fonction négative d’intégrale
positive : elle est donc nulle presque partout. Autrement dit f (x) ≥ 0 pour presque tout x.
Exercice 4
ln x1
La fonction x 7→ 1−x
est continue sur ]0, 1[ et positive, donc son intégrale est bien définie
dans [0, +∞].
4

1
La fonction x 7→ 1−x
admet le développement en série entière
+∞
1 X
= xn
1 − x n=0
pour |x| < 1.
Ainsi pour tout x ∈]0, 1[
+∞
ln x1 X 1
= xn ln ·
1 − x n=0 x
Pour chaque n la fonction x 7→ xn ln x1 est mesurable et positive sur ]0, 1[, donc par le
théorème de Fubini (Tonelli) (ou le théorème de convergence monotone) on peut inverser
série et intégrale dans le calcul suivant :
+∞
Z 1X +∞ Z 1 +∞ Z 1
n 1 X
n 1 X
I= x ln dx = x ln dx = − xn ln xdx.
0 n=0 x n=0 0
x n=0 0
Or pour chaque n et par intégration par partie
Z 1 h xn+1 i1 Z 1 xn+1 1 Z 1
n 1 1
x ln xdx = ln x − dx = 0 − xn dx = − ·
0 n+1 0 0 n+1x n+1 0 (n + 1)2
Ainsi
+∞ +∞
X 1 X 1 π2
I= = = ·
n=0
(n + 1)2 n=1
n2 6

Exercice 5
La fonction exponentielle est convexe donc au-dessus de ses tangentes : en particulier
pour la tangente en 0 on a ey ≥ 1 + y pour tout réel y (ce qui se montre également
directement). En particulier pour y = −x/n on obtient e−x/n ≥ 1 − x/n. Or 1 − x/n > 0
pour x < n donc en élevant à la puissance n :
 x n
1− ≤ e−x
n
pour tout entier n et tout réel x ∈ ]0, n[.
 n
La fonction fn définie sur ]0, +∞[ par fn (x) = 1 − nx 1]0,n[ est mesurable et vérifie
0 ≤ fn (x) ≤ e−x pour tout 0 < x < n puis pour tout x > 0 ; de plus elle converge
simplement vers e−x . Donc par le théorème de convergence dominée
Z n Z +∞ Z +∞
x n
1− dx = fn (x) dx →n→+∞ e−x dx = 1.
0 n 0 0

Exercice 6
On montre que ψ est un C 1 difféomorphisme en utilisant le théorème d’inversion globale.
On note U l’ouvert ]0, 1[×]0, π[×]0, 2π[.
1. La fonction ψ est de classe C 1 sur U car ses trois composantes (à l’arrivée) le sont.
5

2. La fonction ψ est injective : supposons que ψ(r, θ, φ) = ψ(r0 , θ0 , φ0 ) pour (r, θ, φ),
(r0 , θ0 , φ0 ) ∈ U, c’est-à-dire que
r sin θ cos φ = r0 sin θ0 cos φ0 , r sin θ sin φ = r0 sin θ0 sin φ0 , r cos θ = r0 cos θ0 .
En élevant ces équations au carré et sommant, on obtient r2 = r02 , soit r = r0 puisque r, r0 >
0. Ainsi cos θ = cos θ0 dans la troisième équation, c’est-à-dire θ = θ0 puisque θ, θ0 ∈]0, π[.
Finalement cos φ = cos φ0 et sin φ = sin φ0 d’après les première et deuxième équations (et
le fait que sin θ = sin θ0 > 0 pour θ = θ0 ∈]0, π[,) c’est-à-dire φ = φ0 puisque φ, φ0 ∈]0, 2π[.
3. Le jacobien de ψ est égal à

sin θ cos φ r cos θ cos φ −r sin θ sin φ sin θ cos φ cos θ cos φ − sin θ sin φ

sin θ sin φ r cos θ sin φ r sin θ cos φ = r2 sin θ sin φ cos θ sin φ sin θ cos φ

cos θ −r sin θ 0 cos θ − sin θ 0
= r2 cos2 θ sin θ + sin2 θ sin θ = r2 sin θ > 0.
 

On peut donc appliquer le théorème d’inversion globale, qui assure que ψ est un C 1
difféomorphisme de U son image, que l’on note V.

On montre maintenant que V = B \ C où B = {(x, y, z) ∈ R3 ; x2 + y 2 + z 2 < 1} est la


boule unité ouverte et C = {(x, y, z) ∈ R3 ; y = 0, x ≥ 0}.
Pour cela on remarque tout d’abord que pour (r, θ, φ) ∈ U on a x2 + y 2 + z 2 = r2 < 1 si
(x, y, z) = ψ(r, θ, φ). Ainsi V est incluse dans la boule B. De plus, si (x, y, z) ∈ V est tel
que y = 0, avec (x, y, z) = ψ(r, θ, φ), alors r sin θ sin φ = 0, avec r > 0 et sin θ > 0 puisque
0 < θ < π ; donc sin φ = 0; comme de plus 0 < φ < 2π, alors nécessairement φ = π, puis
x = r sin θ cos φ = −r sin θ < 0. Ceci assure que V ⊂ B \ C.
Inversement,
p soit (x, y, z) ∈ B \ C et montrons que (x, y, z) ∈ V. On pose tout d’abord
r = x + y + z 2 ∈]0, 1[ puisque (x, y, z) ∈ B et est 6= (0, 0, 0) car ∈
2 2 / C. Le réel z/r est
alors dans ] − 1, 1[, donc il existe un (unique) θ ∈]0, π[ tel que z/r = cos θ, soit z = r cos θ.
De là x2 + y 2 = r2 − z 2 = r2 sin2 θ, avec sin θ > 0, c’est-à-dire que X = x/(r sin θ) et Y =
y/(r sin θ) vérifient X 2 + Y 2 = 1 : ainsi existe-t-il φ ∈ [0, 2π[ tel que X = cos φ, Y = sin φ,
c’est-à-dire x = r sin θ cos φ, y = r sin θ sin φ. En fait nécessairement φ ∈]0, 2π[ : en effet, et
par exemple, si φ = 0, alors x = r sin θ cos φ = r sin θ > 0 et y = r sin θ sin φ = 0 et donc
(x, y, z) ∈ C, ce qui est impossible. Ainsi (x, y, z) est bien dans l’image V de U par ψ.

La fonction (x, y, z) 7→ √ 1
est mesurable et positive sur B donc l’intégrale
x2 +y 2 +z 2
Z
1
p dxdydz
B x + y2 + z2
2

est bien définie dans [0, +∞], et de plus égale à


Z
1
p dxdydz
B\C x + y2 + z2
2
6

puisque C est de mesure nulle, puis, par la formule de changement de variable appliquée
au C 1 difféomorphisme ψ étudié ci-dessus, à
Z Z
1 2
r sin θ drdθdφ = r sin θ drdθdφ.
U r U
La fonction (r, θ, φ) 7→ r sin θ étant mesurable et positive sur U , par le théorème de Fubini
cette intégrale est égale à
Z 1 Z π Z 2π
1
rdr sin θdθ dφ = 2 2π = 2π.
0 0 0 2

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