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DROIT CONSTITUTIONNEL II

L.1 Droit – Sem. 2


Séances 4, 5 et 6 – Constitutionnalité et conventionnalité
Notions clefs

Hiérarchie des normes juridiques et rapport de système - Modèles de justice constitutionnelle (américain /
européen) – Contrôle de constitutionnalité – Techniques de contrôle (a priori / a posteriori / abstrait /
concret / par exception / préjudiciel) – Conseil constitutionnel – Contrôle de constitutionnalité de la loi –
Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) – Ecran législatif (infranchissable ou transparent) – Contrôle
de conventionnalité de la loi – Monisme / dualisme - Droit international, droit européen, droit de l’UE -
Droit originaire et droit dérivé de l’UE – Clause de réciprocité en droit international – Ratification et
approbation des traités et accords internationaux – Contrôle de constitutionnalité des lois de ratification

Séquences et objectifs
3 séances de TD valant 3 séquences pédagogiques qui se succèdent de manière logique.

 Séquence 1 = séance 04 >> lecture d’arrêt et fiche d’arrêt avec identification d’écrans législatifs en
matière constitutionnelle et conventionnelle. Il s’agit de poser lors de cette séquence la situation
juridique (le décor) dans laquelle se trouve un juge ordinaire vis-à-vis du contrôle de la loi applicable
au litige. Il peut se trouver face à un écran législatif.

Objectifs :

 Premièrement, sur le plan strictement pédagogique et méthodologique, renforcer votre


aptitude à comprendre la structure logique d’un arrêt et à en dégager les enseignements
essentiels.

 Deuxièmement, sur le plan du fond du droit, comprendre l’écran législatif et être en mesure
de comparer un écran législatif en matière constitutionnelle et un écran législatif en matière
conventionnelle.

 Séquence 2 = séance 05 >> Résolution d’un cas pratique mettant en scène un écran législatif et une
procédure de question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Il s’agit d’étudier quelle est la réponse
actuelle de notre système juridique lorsqu’une loi applicable à un litige paraît contraire à la
Constitution >> La QPC.

Objectif :

 Premièrement, sur le plan pédagogique, découvrir le cas pratique avec questions et sa


méthodologie particulière.

 Deuxièmement, sur le fond, appréhender de manière concrète la procédure de QPC.

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 Séquence 3 = séance 06 >> comprendre l’article 55 de la Constitution et le contrôle de
conventionnalité des lois. Il s’agit d’étudier la réponse actuelle qu’offre notre système juridique
lorsque la loi applicable à un litige paraît incompatible avec une source externe : le contrôle de
conventionnalité fondé sur l’article 55.

Objectifs :

 Premièrement, comprendre l’articulation hiérarchique entre la Constitution, les sources


juridiques externes et la loi. Depuis la seconde guerre mondiale, cette articulation s’est
affinée progressivement, étape après étape, principalement par la voie jurisprudentielle. Il est
nécessaire de maîtriser les étapes principales de cette « saga » jurisprudentielle de
l’interprétation de l’article 55 C afin d’être prêt pour le droit administratif de L.2.

 Deuxièmement, comprendre comment un texte (l’article 55) qui indique une hiérarchie
(Traités supérieur aux lois) peut, par l’effet d’une interprétation jurisprudentielle, impliquer
également un contrôle juridictionnel (appelé contrôle de conventionalité) et une compétence
juridictionnelle pour le juge ordinaire. A cette occasion, il est fondamental de bien saisir la
distinction du contrôle de constitutionnalité et du contrôle de conventionalité, mais aussi ce
qu’implique la logique moniste de notre système juridique, à savoir le risque de conflits entre
les normes internes et les normes externes.

 Troisièmement, mieux appréhender l’influence déterminante des sources externes


(principalement de l’UE et de la Conv EDH) sur le droit interne, même le droit
constitutionnel ! Ce qui interroge sur la primauté de la Constitution.

 Quatrièmement, sur le plan purement méthodologique, enrichir votre expérience du


commentaire juridique cette fois en commentant une disposition constitutionnelle. Ce qui
révèle certaines contraintes et particularités.

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Indications méthodologiques : le cas pratique

Ces indications valent pour la résolution du cas pratique de la séance 5 (séquence 2).

Le cas pratique appartient à la catégorie des exercices pratiques que l’on retrouve aujourd’hui dans des
concours tels que celui d’avocat. Il est souvent pratiqué en droit privé. Il peut aussi parfois se retrouver en
droit public mais de manière plus sporadique. Le cas pratique est surtout l’occasion pour un étudiant de se
confronter davantage à la réalité du droit.
La particularité du cas pratique est constituée par une plus grande souplesse et liberté dans la
présentation formelle du devoir. Toutefois, cela ne signifie pas un abaissement des exigences quant à la
précision et la présentation de l’argumentation juridique.

L’introduction : elle ne ressemble pas à celle d’une dissertation ni à celle d’un commentaire. Vous devez
vous attacher à restituer les faits principaux et utiles du cas. Evitez alors la paraphrase ! Cela vous oblige
donc à établir des qualifications juridiques. Mais attention ! Vous ne devez pas disserter à cette occasion.
L’introduction s’achève parfois par une problématique englobant les différentes questions posées et une
annonce des parties de votre devoir qui correspondent en réalité à chaque question posée. Mais cela n’est pas
toujours le cas. L’important est d’avoir présenter correctement le cas sous un angle juridique.

Le plan : vous vous efforcez de suivre scrupuleusement le déroulé des questions posées. Mais pour chaque
question, vous devez énoncer un titre précis. La réponse à chaque question est donc construite sous forme de
plan.
Ex. : pour la question n°1 >>>> réponse articulée de la façon suivante :

I. (avec titre de la partie)


A. (avec titre de la sous-partie)
1/ …
2/ …
3/ …
B. …
1/ …
2/ …

ou

1. (avec titre de la partie)


1.1 (avec titre de la sous-partie)
1.1.1. …
1.1.2. …
1.1.3. …

1.2 (avec titre…)


1.2.1 …
1.2.2 …

Notez qu’il est parfaitement possible d’avoir 3 sous-parties dans un titre et qu’il y aura autant de parties et
titres de partie que de questions posées. La construction du plan est donc bien plus aisée.

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Les développements ou contenu du devoir : il est généralement apprécié que vos réponses s’efforcent
d’être construites de manière logique sous la forme d’un syllogisme juridique :

MAJEUR (la/les règle(s) de droit)


MINEUR (les faits pertinents du cas)
CONCLUSION (votre solution)

Evidemment, toutes les questions d’un cas ne se prêtent pas toujours à une parfaite présentation
syllogistique. La MAJEUR (règle de droit) devra être souvent commentée, précisée et illustrée ; la MINEUR
(les faits) donnera lieu à des qualifications juridiques et même parfois vous amènera à envisager plusieurs
situations juridiques car le cas demeurera volontairement ambigu ou imprécis ; la CONCLUSION (votre
solution) pourra être double ou triple et présenter des options possibles.
Ainsi, dans tous les cas, vous devez :
1/ partir des faits qui révèlent une question juridique, une difficulté juridique
2/ présenter le droit applicable en justifiant et illustrant vos propos
3/ revenir aux faits du cas en confrontant ceux-ci au droit présenté
4/ conclure en présentant votre (vos) solution(s). Il peut y en avoir plusieurs. S’ouvre parfois une
alternative en fonction des faits disponibles.

Chapeaux, transitions et conclusions : comme pour tout devoir juridique, vous annoncez vos sous-parties.
Vous vous efforcez ensuite de relier les parties et sous-parties par des transitions. Il n’est pas interdit de
conclure chaque partie de manière synthétique.

En conclusion, trois opérations intellectuelles sont capitales lors du traitement d’un cas pratique :
 Une bonne lecture/compréhension/sélection des faits pertinents
 La qualification juridique des faits pertinents qui constitue l’opération pivot de votre raisonnement.
Sans qualification vous prenez le risque d’un oubli, de demeurer superficiel ou, pire, d’être hors-
sujet.
 Analyser la portée concrète des règles de droit mobilisées.

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Exercices des séances

 Exercices de la séquence 1 (S 04) : Identification d’un écran législatif en matière constitutionnelle


et conventionnelle.

Pour chaque arrêt reproduit ci-dessous, vous identifierez le type d’écran législatif présent. Pour ce
faire, vous remplirez le tableau joint ci-dessous en précisant le ou les actes administratifs attaqués, la
ou les dispositions législatives qui font écran ou non au contrôle du juge administratif, le ou les
dispositions constitutionnelles/conventionnelles invoquées et le type d’écran législatif.

Le schéma des types d’écran législatif, présentés ci-dessous, vous sera utile.

 Exercices séquence 2 (S 05) : résolution du cas pratique relatif à une procédure de question
prioritaire de constitutionnalité (QPC).

 Exercice séquence 3 (S 06) : Commentaire de l’article 55 de la Constitution du 04 octobre 1958


(reproduit ci-dessous)

Article 55 de la Constitution
Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès
leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve,
pour chaque accord ou traité, de son application par l'autre partie.

NB : Il vous sera nécessaire de vous appuyer sur au moins trois références jurisprudentielles : la décision
IVG du Conseil constitutionnel, l’arrêt Jacques Vabres de la Cour de cassation et l’arrêt Nicolo du Conseil
d’Etat. Cela appellera une compréhension formelle et une lecture logique de ces trois décisions.

Documents présentés dans la fiche :


 Arrêts sur l’écran législatif (pour la séquence 1)
 Schémas sur l’écran législatif en matière constitutionnelle
 Cas pratique relatif à une QPC (pour la séquence 2)
 Dispositions constitutionnelles intéressant la justice constitutionnelle en France et le Conseil
constitutionnel
 Tableau des compétences des juridictions internes en matière de constitutionnalité des actes
juridiques
 Schémas sur les modèles de justice constitutionnelle : américain et européen
 Conseil constitutionnel, décision n°74-54 DC du 15 janvier 1975, IVG
 C. cass, ch. mixte, 24 janvier 1975, Jacques Vabre
 CE, Ass., 20 octobre 1989, Nicolo
 Conseil d’Etat, Ass., 30 octobre 1998, Sarran et Levacher
 Cour de Cassation, Assemblée plénière, 2 juin 2000, Fraisse
 Arrêts et décisions pertinents relatifs à la place des sources externes dans l’ordre interne français
(synthèse)
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Références doctrinales utiles à la préparation des séances :
Conseils de lecture :
 Louis Favoreu et Xavier PHILIPPE, La Constitution en 20 questions : question n° 18 : La place du
Conseil constitutionnel dans la Constitution de 1958, disponible sur le site du CC ;
 Sur la réforme de la QPC en 2008 ayant affectées les compétences du Conseil constitutionnel :
Rapport du Comité dit Balladur, 2007, p.87-91 (disponible sur internet sur le site de la
documentation française) ;
 Se reporter au site du CC qui consacre une rubrique à la procédure de la QPC (« découvrir la
QPC ») ;
 Sur la pratique des opinions dissidentes devant les juridictions constitutionnelles : se reporter au
dossier des Nouveaux Cahiers du Conseil constitutionnel, n°8, en ligne sur le site du CC. Lire
notamment les contributions de Georges VEDEL et Dominique ROUSSEAU.
 Sur les anciens présidents membres de droit du CC : Robert BADINTER, « L'exception française de
trop », LE MONDE, 2012. Sur internet : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/05/19/l-
exception-francaise-de-trop_1704190_3232.html#DMPR5TuH2yJaOlLp.99
 Lire absolument : Denys de Bechillon, « De quelques incidences du contrôle de la
conventionalité internationale des lois par le juge ordinaire. Malaise dans la Constitution »,
RFDA 1998, p.225. Disponible sur internet en version PDF ou dans toute bonne BU ou sur
Dalloz.fr !
 Dossier spécial dans le numéro 7 des Cahiers du Conseil constitutionnel, 1999 : « La Constitution, le
traité et la loi : contributions au débat sur la hiérarchie des normes »
o « Lire l'article 55 : Comment comprendre un texte établissant une hiérarchie des normes
comme étant lui-même le texte d'une norme ? », Olivier CAYLA
o « L'arrêt Sarran, entre apparence et réalité », Christine MAUGÜE
o « Faut-il maintenir la jurisprudence issue de la décision n°74-54 DC du 15 janvier
1975 ? », Guy CARCASSONNE
o « Faut-il maintenir la jurisprudence issue de la décision n°74-54 DC du 15 janvier
1975 ? », Bruno GENEVOIS
 Se reporter aux Grandes décisions du Conseil constitutionnel (éditions Dalloz) pour le commentaire
de la décision IVG et aux Grands arrêts de la jurisprudence administrative (appelé couramment le
GAJA, aux éditions Dalloz) pour le commentaire des arrêts Nicolo de 1989 et Arcelor de 2007.

Pour aller au-delà, vous pouvez également lire :


- Frédéric Rouvillois, « Michel Debré et le contrôle de constitutionnalité », Revue française de
droit constitutionnel, 2001/2 n° 46, p. 227-235.
- Christophe Tukov, « La 5ème mue du Conseil constitutionnel ? - Point sur l'État de droit et le
gouvernement des juges », La Semaine Juridique Edition Générale n° 8, 18 Février 2013, doctr.
220.
- Denys de Bechillon, « Cinq cours suprêmes, apologie (mesurée) du désordre », in Pouvoirs
n°137, 2011, p.33-45.
- Sur la question de la légitimité de la justice constitutionnelle :
o Louis Favoreu, « La légitimité du juge constitutionnel », in Revue Internationales de
Droit Comparé, 1994, p.557-581.

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o Guy Scoffoni, « La légitimité du juge constitutionnel en droit comparé : les
enseignements de l’expérience américaine », in Revue Internationales de Droit Comparé,
1999, pp.243-280.
o Georges Bergougnous, « Le Conseil constitutionnel et le législateur », in Nouveaux
Cahiers du Conseil constitutionnel, 2013, n° 38, p. 7.

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Arrêts relatifs à l’écran législatif (exercice séquence 1)
Pour chacun des arrêts qui suivent, vous identifierez précisément l’existence ou non d’un écran
législatif faisant obstacle au contrôle de constitutionnalité/conventionnalité du règlement par le juge
administratif. Pour ce faire, reportez-vous au tableau ci-dessous et aidez-vous de votre cours et du
schéma joint à la présente de fiche de TD.

CE, 17 mai 1991, Quintin

Vu la requête, enregistrée le 28 juillet 1988 au secrétariat du Contentieux du Conseil d'Etat, présentée par M.
Jean X..., demeurant ... ; M. X... demande que le Conseil d'Etat :
1°) annule le jugement du tribunal administratif de Rennes du 18 mai 1988 rejetant sa demande d'annulation
de la décision du préfet du Finistère du 15 novembre 1985 lui accordant un certificat d'urbanisme négatif ;
2°) annule ladite décision ;
3°) subsidiairement, renvoie l'affaire devant la cour européenne des droits de l'homme ;
Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Vu le code des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel ;
Vu l'ordonnance n° 45-1708 du 31 juillet 1945, le décret n° 53-934 du 30 septembre 1953 et la loi n° 87-
1127 du 31 décembre 1987 ;

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du préfet du Finistère en date du 13 novembre 1985
accordant un certificat d'urbanisme négatif à M. X. :
Considérant qu'aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : "Lorsque toute
demande d'autorisation pourrait, du seul fait de la localisation du terrain, être refusée en fonction des
dispositions d'urbanisme et, notamment, des règles générales d'urbanisme, la réponse à la demande de
certificat d'urbanisme est négative" ; qu'aux termes de l'article R. 111-14-1 du même code : "Le permis de
construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si
les constructions sont de nature, par leur localisation ou leur destination, a) à favoriser une urbanisation
dispersée incompatible avec la vocation des espaces naturels environnants, en particulier lorsque ceux-ci
sont peu équipés ... c) à compromettre les activités agricoles ou forestières, notamment en raison de la valeur
agronomique des sols, des structures agricoles, de l'existence de terrain produisant des denrées de qualité
supérieure ou comportant des équipements spéciaux importants" ;
Considérant que ces dispositions réglementaires ont été prises sur le fondement de l'habilitation conférée au
pouvoir réglementaire par l'article L.111-1 du code de l'urbanisme pour édicter "les règles générales
applicables en dehors de la production agricole en matière d'utilisation du sol, notamment en ce qui concerne
la localisation, la desserte, l'implantation et l'architecture des constructions" ; qu'elles ne sont contraires ni au
principe constitutionnel du droit de propriété ni aux stipulations de l'article 1° du premier protocole
additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Considérant qu'il ressort des pièces du dossier que le terrain pour lequel M. X... demandait un certificat
d'urbanisme était situé dans une zone rurale à plusieurs kilomètres de l'agglomération la plus proche ; que le
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préfet du Finistère a fait une exacte application des dispositions précitées en estimant que la construction des
maisons d'habitation envisagée par le requérant était de nature à entraîner les effets mentionnés dans les
dispositions précitées de l'article R.111-14-1 a) et c) du code de l'urbanisme ; que, dès lors, ledit préfet était
tenu de délivrer au requérant un certificat d'urbanisme négatif ; qu'il suit de là que les autres moyens de la
requête sont inopérants ;
Considérant qu'il résulte de ce qui précède que M. X... n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le
jugement attaqué, le tribunal administratif de Rennes a rejeté sa demande d'annulation de la décision du
préfet du Finistère du 15 novembre 1985 lui délivrant un certificat d'urbanisme négatif ;
Décide :
Article 1er : La requête de M. X... est rejetée.

CAA Paris, 19 juillet 2005, Singh (extrait)

Vu la requête et le mémoire complémentaire, enregistrés au greffe de la cour les 9 mai et 9 juin 2005,
présentés pour M. Chain X représentant son fils mineur Ranjit X, demeurant …, par Me Beauquier, avocat ;
M. Chain X demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement n° 050767, en date du 19 avril 2005, par lequel le Tribunal administratif de Melun
a rejeté sa demande tendant à l’annulation de la décision du 10 décembre 2004 par laquelle le recteur de
l’académie de Créteil a confirmé la mesure d’exclusion définitive de Ranjit X du lycée Louise-Michel de
Bobigny (93000), prononcée le 5 novembre 2004 par le conseil de discipline du lycée ;
2°) d’annuler cette décision pour excès de pouvoir ;
3°) de condamner l’Etat à lui verser une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 7611 du code de
justice administrative ;

Vu la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ;


Vu la Constitution ;
Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Vu le code de l’éducation ;
Vu le code de justice administrative ;

Considérant que le conseil de discipline du lycée Louise-Michel de Bobigny (93000) a, lors de sa séance du
5 novembre 2004, prononcé la sanction de l’exclusion définitive sans sursis de l’établissement de Ranjit X,
élève de première, pour ne pas avoir respecté la loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 encadrant, en application
du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles,
collèges et lycées publics ; que, par une décision du 10 décembre 2004, prise après avis de la commission
académique d’appel, le recteur de l’académie de Créteil a maintenu cette sanction ; que M. Chain X, agissant
en qualité de représentant de son fils mineur Ranjit X, relève appel du jugement du 19 avril 2005 par lequel
le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande d’annulation de la décision rectorale susmentionnée ;
Sur la légalité de la décision du 10 décembre 2004 :

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Considérant qu’aux termes de l’article L. 141-5-1 du code de l’éducation issu de la loi n° 2004-228 du 15
mars 2004 : « Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les
élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. / Le règlement intérieur rappelle
que la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire est précédée d’un dialogue avec l’élève » ;
Considérant que Ranjit X s’est présenté lors de la rentrée scolaire 2004 au lycée Louise-Michel avec un
sous-turban, ou keshi sikh, dont il ne conteste pas qu’il présente un caractère religieux ; que, bien que ce
sous-turban soit d’une dimension plus modeste que le turban traditionnel et qu’il soit de couleur sombre, il
ne peut être qualifié de signe discret ; qu’en le portant dans une enceinte scolaire l’intéressé a manifesté
ostensiblement son appartenance à la religion sikhe, alors même que son intention n’était pas d’extérioriser
sa foi ; qu’il a ainsi adopté une attitude contraire aux dispositions législatives précitées ; qu’à elle seule cette
violation de l’interdiction légale, jointe au refus réitéré d’y renoncer, rendait son auteur passible d’une
sanction disciplinaire, même si elle ne s’était accompagnée d’aucun acte de prosélytisme et en admettant
même qu’elle n’ait entraîné aucun trouble à l’ordre public ; qu’il s’ensuit qu’en confirmant la sanction
disciplinaire contestée le recteur de l’académie de Créteil a légalement tiré les conséquences de la violation
par Ranjit X de l’article L. 141-5-1 du code de l’éducation ;
Considérant que la décision attaquée a été prise pour assurer le respect de l’article L. 141-5-1 du code de
l’éducation et que le recteur n’a pas méconnu les conditions d’application de ces dispositions législatives ;
que dès lors les moyens tirés de la violation de l’article 10 de la Déclaration de droits de l’homme et du
citoyen et de l’article 1er de la Constitution du 4 octobre 1958 sont inopérants ;
Considérant que la décision litigieuse n’a pas non plus porté atteinte à la dignité de la personne du
requérant ;
(…)

CE, Ass., 22 octobre 1979, UDT

Requête de l'union démocratique du travail tendant à l'annulation du décret du 28 février 1979 portant
application de la loi du 7 juillet 1977 relative à l'élection des représentants a l'assemblée des communautés
européennes ; vu le code électoral ; la loi n 77-729 du 7 juillet 1977 relative à l'élection des représentants a
l'assemblée des communautés européennes ; l'ordonnance du 31 juillet 1945 et le décret du 30 septembre
1953 ; la loi du 30 décembre 1977 ;

Sur les moyens tirés de la violation de la constitution, de son préambule et du traite instituant la
communauté économique européenne :
Considérant que, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation du décret du 28 février 1979 portant
application de la loi du 7 juillet 1977 relative à l'élection des représentants à l'assemblée des communautés
européennes, le requérant soutient que les dispositions de ce décret ont été prises en application d'une loi
inconstitutionnelle, qu'elles sont contraires à la constitution et a son préambule, notamment aux principes
d'indivisibilité de la république, d'intégrité de l'état, d'indépendance et de souveraineté nationales ; qu'enfin
elles méconnaissent l'article 138 du traite, en date du 25 mars 1957, instituant la communauté économique
européenne en vertu duquel l'élection au suffrage universel direct des représentants à l'assemblée doit avoir
lieu selon une procédure uniforme dans tous les états membres ; cons. D'une part qu'il n'appartient pas au
juge administratif d'apprécier la constitutionnalité de la loi du 7 juillet 1977 ; cons. D'autre part que le décret
attaque se borne à appliquer les dispositions de cette loi en précisant les règles d'organisation de l'élection,
notamment celles relatives aux déclarations de candidature, a la propagande et au déroulement des
opérations électorales ; que, par suite, les moyens tires de ce que le décret pourrait être contraire à la

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constitution, aux principes consacres par son préambule et à l'article 138 du traite précité tendant
nécessairement à faire apprécier par le juge administratif la constitutionnalité des dispositions de la loi et
leur conformité a ce traite ; que ces moyens ne peuvent donc être accueillis et, que, dans ces conditions, la
saisine de la cour de justice des communautés européennes, demandée a titre subsidiaire par le requérant en
application de l'article 177 du traite n'est pas nécessaire ;
(…)
Considérant, qu'il résulte de ce qui précède que l'union démocratique du travail n'est pas fondée à demander
l'annulation du décret du 28 février 1979 ; rejet.

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IDENTIFICATION D’UN ÉCRAN LÉGISLATIF

Disposition(s)
Décision(s) constitutionnelles(
Disposition(s)
Arrêt administrative(s) s) ou Type d’écran
législative(s)
attaquée(s) conventionnelle(s)
invoquée(s)

Quintin (CE,
1991)

Singh (CAA,
2005)

UDT (CE,
1979)

NB : il y a
deux cas dans
cet arrêt

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Schéma sur l’écran législatif en matière constitutionnelle
La flèche bleue signale le contrôle du juge opéré sur l’acte réglementaire attaqué

Constitution

Absence
de tout
LOI LOI écran
Ecran législatif Ecran législatif

infranchissable transparent

La mesure La mesure réglementaire La mesure réglementaire


réglementaire est est prise sur le fondement n’est pas nécessaire à
strictement nécessaire d’une simple habilitation l’application de la loi ou
à l’application de la loi générale de la loi est spontanée

Acte réglementaire attaqué

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Cas pratique relatif à une QPC (exercice séquence 2)

Les faits :
Monsieur de la Possession se voyait déjà couler des jours paisibles dans sa villa neuve avec piscine lorsqu’il
obtint, le 22 août 2020, l’autorisation de construire (permis de construire), délivrée par la commune Saint-
Just, sur un vaste terrain dont il se portait acquéreur. C’était sans compter sur la prérogative exorbitante dont
bénéficie la commune au titre de l'article L. 332-6-1 du code de l'urbanisme, en vertu de laquelle elle exigea
la cession à son profit de 10 % du terrain concerné par l'opération. En effet, Monsieur de la Possession
découvre, à ses dépens, que l'alinéa 2-e de cette disposition autorise l'administration communale à exiger du
bénéficiaire d'un permis de construire la cession gratuite de voies se trouvant sur le terrain, en vue d'utiliser
celles-ci pour l'élargissement, le redressement ou la création de voies publiques.
Monsieur de la Possession n’entend pas se laisser faire. S’octroyant les services d’un jeune avocat
chevronné, Maître Montpensier, il entend contester cette décision administrative en date du 15 janvier 2021
dont la commune refuse, d’ailleurs, de lui fournir les motifs exacts (c'est-à-dire concrètement les opérations
de voiries auxquelles la partie en cause de son terrain est destinée). Le 1 er février 2021, il saisit alors le
tribunal administratif compétent d’un recours en annulation de la décision communale et d’un recours
accessoire en réparation du préjudice subi résultant de l'abandon de son projet de construction suite à la
décision litigieuse (préjudice évalué à 10 000 euros équivalent aux frais d’architecte).
A l’occasion de ce litige, Maître Montpensier entend développer dans sa requête différents moyens, dont
celui de l’inconstitutionnalité de la décision de la commune au regard du principe inscrit à l'article 17 de la
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui subordonne la légalité d'une dépossession réalisée par la
puissance publique au versement d'une « juste et préalable indemnité », après que la nécessité publique de la
dépossession a été légalement constatée.

Questions :
1/ A quelle difficulté sera confronté en l’espèce le Tribunal administratif lors de son contrôle de
constitutionnalité de la décision de la commune ?
2/ A ce stade de la procédure, comment doit concrètement procéder Maître Montpensier pour que le moyen
d’inconstitutionnalité, qu’il entend soulever, puisse prospérer ?
3/ Décrivez les étapes qui seront franchies par la question de constitutionnalité posée par Maître
Montpensier pour aboutir, le cas échéant, devant le Conseil constitutionnel.
4/ Dans l’hypothèse où l’inconstitutionnalité de la disposition législative serait avérée, quelles seraient alors
les effets de la déclaration de non-conformité à la Constitution sur le litige pendant devant le Tribunal
administratif ?

Document fourni :
La décision du Conseil constitutionnel ci-jointe est uniquement destinée à vous aider à structurer votre
raisonnement et à résoudre le cas pratique. Néanmoins, afin que le cas pratique reste opératoire et garde
son caractère fictif, cette décision devra être considérée comme n’ayant jamais été adoptée par le Conseil
constitutionnel.
Cons. const., n° 2010-33 QPC, 22 sept. 2010, Société Esso SAF
LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL,
Vu la Constitution ;
Vu l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 modifiée portant loi organique sur le Conseil constitutionnel ;
Vu le code de l'urbanisme ;
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Vu la loi n° 85-729 du 18 juillet 1985 relative à la définition et à la mise en œuvre de principes d'aménagement ;
Vu le règlement du 4 février 2010 sur la procédure suivie devant le Conseil constitutionnel pour les questions prioritaires de
constitutionnalité ;
(...)
1. Considérant qu'en vertu du e du 2° de l'article L. 332-6-1 du code de l'urbanisme, constituent des contributions aux dépenses
d'équipements publics, à la charge des bénéficiaires d'autorisations de construire, « les cessions gratuites de terrains destinés à
être affectés à certains usages publics qui, dans la limite de 10 % de la superficie du terrain auquel s'applique la demande,
peuvent être exigées des bénéficiaires d'autorisations portant sur la création de nouveaux bâtiments ou de nouvelles surfaces
construites » ;
2. Considérant qu'aux termes du premier alinéa de l'article 61-1 de la Constitution : « Lorsque, à l'occasion d'une instance en
cours devant une juridiction, il est soutenu qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution
garantit, le Conseil constitutionnel peut être saisi de cette question sur renvoi du Conseil d'État ou de la Cour de cassation qui se
prononce dans un délai déterminé » ; que la méconnaissance par le législateur de sa propre compétence ne peut être invoquée
dans le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité que dans le cas où est affecté un droit ou une liberté que la
Constitution garantit ;
3. Considérant qu'aux termes de l'article 17 de la Déclaration de 1789 : « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne
peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une
juste et préalable indemnité » ; qu'aux termes de l'article 34 de la Constitution : « La loi détermine les principes fondamentaux ...
de la libre administration des collectivités territoriales, de leurs compétences et de leurs ressources ... du régime de la
propriété ... » ;
4. Considérant que le e du 2° de l'article L. 332-6-1 du code de l'urbanisme permet aux communes d'imposer aux constructeurs,
par une prescription incluse dans l'autorisation d'occupation du sol, la cession gratuite d'une partie de leur terrain ; qu'il attribue à
la collectivité publique le plus large pouvoir d'appréciation sur l'application de cette disposition et ne définit pas les usages publics
auxquels doivent être affectés les terrains ainsi cédés ; qu'aucune autre disposition législative n'institue les garanties permettant
qu'il ne soit pas porté atteinte à l'article 17 de la Déclaration de 1789 ; que, par suite, le législateur a méconnu l'étendue de sa
compétence ; qu'il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin d'examiner les griefs invoqués par la requérante, le e du 2° de l'article L. 332-
6-1 du code de l'urbanisme doit être déclaré contraire à la Constitution ;
5. Considérant qu'aux termes du deuxième alinéa de l'article 62 de la Constitution : « Une disposition déclarée inconstitutionnelle
sur le fondement de l'article 61-1 est abrogée à compter de la publication de la décision du Conseil constitutionnel ou d'une date
ultérieure fixée par cette décision. Le Conseil constitutionnel détermine les conditions et limites dans lesquelles les effets que la
disposition a produits sont susceptibles d'être remis en cause » ; que la présente déclaration d'inconstitutionnalité prend effet à
compter de la publication de la présente décision ; qu'elle peut être invoquée dans les instances en cours à cette date et dont l'issue
dépend de l'application des dispositions déclarées inconstitutionnelles ;
DÉCIDE :
Article 1er- Le e du 2° de l'article L. 332-6-1 du code de l'urbanisme est déclaré contraire à la Constitution.
Article 2.- La déclaration d'inconstitutionnalité de l'article 1er prend effet à compter de la publication de la présente décision dans
les conditions fixées par son considérant 5.
Article 3.- La présente décision sera publiée au Journal officiel de la République française et notifiée dans les conditions prévues à
l'article 23-11 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 susvisée.

15
Textes constitutionnels français relatifs au contrôle de
constitutionnalité
→ Constitution du 22 frimaire an VIII (17 décembre 1799)
(Extrait)
TITRE III - Du pouvoir législatif
Article 25. - Il ne sera promulgué de lois nouvelles que lorsque le projet en aura été proposé par le gouvernement, communiqué au
Tribunat et décrété par le Corps législatif.
(...)
Article 27. - Le Tribunat est composé de cent membres âgés de vingt-cinq ans au moins ; ils sont renouvelés par cinquième tous
les ans, et indéfiniment rééligibles tant qu'ils demeurent sur la liste nationale.
Article 28. - Le Tribunat discute les projets de loi ; il en vote l'adoption ou le rejet. - Il envoie trois orateurs pris dans son sein, par
lesquels les motifs du vœu qu'il a exprimé sur chacun de ces projets sont exposés et défendus devant le Corps législatif. - Il défère
au Sénat, pour cause d'inconstitutionnalité seulement, les listes d'éligibles, les actes du Corps législatif et ceux du
gouvernement.
(...)
Article 37. - Tout décret du Corps législatif, le dixième jour après son émission, est promulgué par le Premier consul, à moins que,
dans ce délai, il n'y ait eu recours au Sénat pour cause d'inconstitutionnalité. Ce recours n'a point lieu contre les lois
promulguées.

→ Constitution du 27 octobre 1946


(Extrait)
TITRE XI - De la révision de la Constitution
Article 90. - La révision a lieu dans les formes suivantes.
La révision doit être décidée par une résolution adoptée à la majorité absolue des membres composant l'Assemblée nationale.
La résolution précise l'objet de la révision.
Elle est soumise, dans le délai minimum de trois mois, à une deuxième lecture, à laquelle il doit être procédé dans les mêmes
conditions qu'à la première, à moins que le Conseil de la République, saisi par l'Assemblée nationale, n'ait adopté à la majorité
absolue la même résolution.
Après cette seconde lecture, l'Assemblée nationale élabore un projet de loi portant révision de la Constitution. Ce projet est soumis
au Parlement et voté à la majorité et dans les mêmes formes prévues pour la loi ordinaire.
Il est soumis au référendum, sauf s'il a été adopté en seconde lecture par l'Assemblée nationale à la majorité des deux tiers ou s'il a
été voté à la majorité des trois cinquièmes par chacune des deux assemblées.
Le projet est promulgué comme loi constitutionnelle par le président de la République dans les huit jours de son adoption.
Aucune révision constitutionnelle relative à l'existence du Conseil de la République ne pourra être réalisée sans l'accord de ce
Conseil ou le recours à la procédure de référendum.
Article 91. - Le Comité constitutionnel est présidé par le président de la République.
Il comprend le président de l'Assemblée nationale, le président du Conseil de la République, sept membres élus par l'Assemblée
nationale au début de chaque session annuelle à la représentation proportionnelle des groupes, et choisis en dehors de ses
membres, trois membres élus dans les mêmes conditions par le Conseil de la République.
Le Comité constitutionnel examine si les lois votées par l'Assemblée nationale supposent une révision de la Constitution.
Article 92. - Dans le délai de promulgation de la loi, le Comité est saisi par une demande émanant conjointement du président de
la République et du président du Conseil de la République, le Conseil ayant statué à la majorité absolue des membres le
composant.

Le Comité examine la loi, s'efforce de provoquer un accord entre l'Assemblée nationale et le Conseil de la République et, s'il n'y
parvient pas, statue dans les cinq jours de la saisie. Ce délai est ramené à deux jours en cas d'urgence.
16
Il n'est compétent que pour statuer sur la possibilité de révision des dispositions des titres Ier à X de la présente Constitution.
Article 93. - La loi qui, de l'avis du Comité, implique une révision de la Constitution est renvoyée à l'Assemblée nationale pour
nouvelle délibération.
Si le Parlement maintient son premier vote, la loi ne peut être promulguée avant que la présente Constitution n'ait été révisée dans
les formes prévues à l'article 90.
Si la loi est jugée conforme aux dispositions des titres Ier à X de la présente Constitution, elle est promulguée dans le délai prévu à
l'article 36, celui-ci étant prolongé de la durée des délais prévus à l'article 92 ci-dessus.

→ Constitution du 04 octobre 1958 – Titre VII : Le Conseil constitutionnel


(Extrait)
Article 56 (modifié par LOI constitutionnelle n°2008-724 du 23 juillet 2008 - art. 27)
Le Conseil constitutionnel comprend neuf membres, dont le mandat dure neuf ans et n'est pas renouvelable. Le Conseil
constitutionnel se renouvelle par tiers tous les trois ans. Trois des membres sont nommés par le Président de la République, trois
par le président de l'Assemblée nationale, trois par le président du Sénat. La procédure prévue au dernier alinéa de l'article 13 est
applicable à ces nominations. Les nominations effectuées par le président de chaque assemblée sont soumises au seul avis de la
commission permanente compétente de l'assemblée concernée.
En sus des neuf membres prévus ci-dessus, font de droit partie à vie du Conseil constitutionnel les anciens Présidents de la
République.
Le Président est nommé par le Président de la République. Il a voix prépondérante en cas de partage.

Article 57
Les fonctions de membre du Conseil constitutionnel sont incompatibles avec celles de ministre ou de membre du Parlement. Les
autres incompatibilités sont fixées par une loi organique.

Article 58
Le Conseil constitutionnel veille à la régularité de l'élection du Président de la République.
Il examine les réclamations et proclame les résultats du scrutin.

Article 59
Le Conseil constitutionnel statue, en cas de contestation, sur la régularité de l'élection des députés et des sénateurs.

Article 60 (Modifié par Loi constitutionnelle n°2005-204 du 1 mars 2005 - art. 2)


Le Conseil constitutionnel veille à la régularité des opérations de référendum prévues aux articles 11 et 89 et au titre XV. Il en
proclame les résultats.

Article 61 (modifié par LOI constitutionnelle n°2008-724 du 23 juillet 2008 - art. 28)
Les lois organiques, avant leur promulgation, les propositions de loi mentionnées à l'article 11 avant qu'elles ne soient soumises au
référendum, et les règlements des assemblées parlementaires, avant leur mise en application, doivent être soumis au Conseil
constitutionnel.
Aux mêmes fins, les lois peuvent être déférées au Conseil constitutionnel, avant leur promulgation, par le Président de la
République, le Premier ministre, le Président de l'Assemblée nationale, le Président du Sénat ou soixante députés ou soixante
sénateurs.

Dans les cas prévus aux deux alinéas précédents, le Conseil constitutionnel doit statuer dans le délai d'un mois. Toutefois, à la
demande du Gouvernement, s'il y a urgence, ce délai est ramené à huit jours.
Dans ces mêmes cas, la saisine du Conseil constitutionnel suspend le délai de promulgation.

17
Article 61-1 (Créé par LOI constitutionnelle n°2008-724 du 23 juillet 2008 - art. 29)
Lorsque, à l'occasion d'une instance en cours devant une juridiction, il est soutenu qu'une disposition législative porte atteinte aux
droits et libertés que la Constitution garantit, le Conseil constitutionnel peut être saisi de cette question sur renvoi du Conseil
d'État ou de la Cour de cassation qui se prononce dans un délai déterminé.
Une loi organique détermine les conditions d'application du présent article.
NB : La loi organique n° 2009-1523 du 10 décembre 2009 relative à l'application de l'article 61-1 de la Constitution a été publiée
au Journal officiel du 11 décembre 2009.

Article 62 (Modifié par LOI constitutionnelle n°2008-724 du 23 juillet 2008 - art. 30)
Une disposition déclarée inconstitutionnelle sur le fondement de l'article 61 ne peut être promulguée ni mise en application.
Une disposition déclarée inconstitutionnelle sur le fondement de l'article 61-1 est abrogée à compter de la publication de la
décision du Conseil constitutionnel ou d'une date ultérieure fixée par cette décision. Le Conseil constitutionnel détermine les
conditions et limites dans lesquelles les effets que la disposition a produits sont susceptibles d'être remis en cause.
Les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours. Elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les
autorités administratives et juridictionnelles.

Article 63
Une loi organique détermine les règles d'organisation et de fonctionnement du Conseil constitutionnel, la procédure qui est suivie
devant lui, et notamment les délais ouverts pour le saisir de contestations.

Dispositions constitutionnelles françaises intéressant les


sources externes
Constitution du 27 octobre 1946 :
Alinéa 14 du Préambule – La République française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international.
Elle n'entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple.
Article 26 – Les traités diplomatiques régulièrement ratifiés et publiés ont force de loi dans le cas même où ils seraient contraires
à des lois françaises, sans qu'il soit besoin pour en assurer l'application d'autres dispositions législatives que celles qui auraient été
nécessaires pour assurer leur ratification.
Article 28 – Les traités diplomatiques régulièrement ratifiés et publiés ayant une autorité supérieure à celle des lois internes, leurs
dispositions ne peuvent être abrogées, modifiées ou suspendues qu'à la suite d'une dénonciation régulière, notifiée par voie
diplomatique. Lorsqu'il s'agit d'un des traités visés à l'article 27, la dénonciation doit être autorisée par l'Assemblée nationale,
exception faite pour les traités de commerce.

Constitution du 04 octobre 1958 :


Titre VI : Des traités et accords internationaux
Article 52
Le Président de la République négocie et ratifie les traités.
Il est informé de toute négociation tendant à la conclusion d'un accord international non soumis à ratification.
Article 53
Les traités de paix, les traités de commerce, les traités ou accords relatifs à l'organisation internationale, ceux qui engagent les
finances de l'Etat, ceux qui modifient les dispositions de nature législative, ceux qui sont relatifs à l'état des personnes, ceux qui
comportent cession, échange ou adjonction de territoire, ne peuvent être ratifiés ou approuvés qu'en vertu d'une loi.
Ils ne prennent effet qu'après avoir été ratifiés ou approuvés.
Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n'est valable sans le consentement des populations intéressées.
18
Article 53-1 (Créé par Loi constitutionnelle 93-1256 1993-11-25, art. 1, JORF 26 novembre 1993)
La République peut conclure avec les Etats européens qui sont liés par des engagements identiques aux siens en matière d'asile et
de protection des Droits de l'homme et des libertés fondamentales, des accords déterminant leurs compétences respectives pour
l'examen des demandes d'asile qui leur sont présentées.
Toutefois, même si la demande n'entre pas dans leur compétence en vertu de ces accords, les autorités de la République ont
toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la
protection de la France pour un autre motif.
Article 53-2 (Créé par Loi constitutionnelle n°99-569 du 8 juillet 1999 - art. 1)
La République peut reconnaître la juridiction de la Cour pénale internationale dans les conditions prévues par le traité signé le 18
juillet 1998.
Article 54 (Modifié par Loi constitutionnelle n° 92-554 du 25 juin 1992 - art. 2)
Si le Conseil constitutionnel, saisi par le Président de la République, par le Premier ministre, par le président de l'une ou l'autre
assemblée ou par soixante députés ou soixante sénateurs, a déclaré qu'un engagement international comporte une clause contraire
à la Constitution, l'autorisation de ratifier ou d'approuver l'engagement international en cause ne peut intervenir qu'après la
révision de la Constitution.
Article 55
Les traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous
réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l'autre partie.
Article 88-1
La République participe à l'Union européenne constituée d'États qui ont choisi librement d'exercer en commun certaines de leurs
compétences en vertu du traité sur l'Union européenne et du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, tels qu'ils
résultent du traité signé à Lisbonne le 13 décembre 2007.

19
20
Modèles de justice constitutionnelle : américain et européen
Le schéma se lit du bas vers le haut en suivant les flèches

21
Conseil constitutionnel, décision n° 74-54 DC du 15 janvier
1975, Loi relative à l’IVG
(…)
Vu la Constitution, et notamment son préambule ;
Vu l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, notamment le chapitre II du
titre II de ladite ordonnance ;
Ouï le rapporteur en son rapport ;
1. Considérant que l'article 61 de la Constitution ne confère pas au Conseil constitutionnel un pouvoir général
d'appréciation et de décision identique à celui du Parlement, mais lui donne seulement compétence pour se prononcer
sur la conformité à la Constitution des lois déférées à son examen ;
2. Considérant, en premier lieu, qu'aux termes de l'article 55 de la Constitution : "Les traités ou accords régulièrement
ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve, pour chaque
accord ou traité, de son application par l'autre partie." ;
3. Considérant que, si ces dispositions confèrent aux traités, dans les conditions qu'elles définissent, une autorité
supérieure à celle des lois, elles ne prescrivent ni n'impliquent que le respect de ce principe doive être assuré dans le
cadre du contrôle de la conformité des lois à la Constitution prévu à l'article 61 de celle-ci ;
4. Considérant, en effet, que les décisions prises en application de l'article 61 de la Constitution revêtent un caractère
absolu et définitif, ainsi qu'il résulte de l'article 62 qui fait obstacle à la promulgation et à la mise en application de
toute disposition déclarée inconstitutionnelle ; qu'au contraire, la supériorité des traités sur les lois, dont le principe est
posé à l'article 55 précité, présente un caractère à la fois relatif et contingent, tenant, d'une part, à ce qu'elle est limitée
au champ d'application du traité et, d'autre part, à ce qu'elle est subordonnée à une condition de réciprocité dont la
réalisation peut varier selon le comportement du ou des Etats signataires du traité et le moment où doit s'apprécier le
respect de cette condition ;
5. Considérant qu'une loi contraire à un traité ne serait pas, pour autant, contraire à la Constitution ;
6. Considérant qu'ainsi le contrôle du respect du principe énoncé à l'article 55 de la Constitution ne saurait s'exercer
dans le cadre de l'examen prévu à l'article 61, en raison de la différence de nature de ces deux contrôles ;
7. Considérant que, dans ces conditions, il n'appartient pas au Conseil constitutionnel, lorsqu'il est saisi en
application de l'article 61 de la Constitution, d'examiner la conformité d'une loi aux stipulations d'un traité ou
d'un accord international ;
8. Considérant, en second lieu, que la loi relative à l'interruption volontaire de la grossesse respecte la liberté des
personnes appelées à recourir ou à participer à une interruption de grossesse, qu'il s'agisse d'une situation de détresse
ou d'un motif thérapeutique ; que, dès lors, elle ne porte pas atteinte au principe de liberté posé à l'article 2 de la
Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
9. Considérant que la loi déférée au Conseil constitutionnel n'admet qu'il soit porté atteinte au principe du respect de
tout être humain dès le commencement de la vie, rappelé dans son article 1er, qu'en cas de nécessité et selon les
conditions et limitations qu'elle définit ;
10. Considérant qu'aucune des dérogations prévues par cette loi n'est, en l'état, contraire à l'un des principes
fondamentaux reconnus par les lois de la République ni ne méconnaît le principe énoncé dans le préambule de la
Constitution du 27 octobre 1946, selon lequel la nation garantit à l'enfant la protection de la santé, non plus qu'aucune
des autres dispositions ayant valeur constitutionnelle édictées par le même texte ;
11. Considérant, en conséquence, que la loi relative à l'interruption volontaire de la grossesse ne contredit pas les
textes auxquels la Constitution du 4 octobre 1958 fait référence dans son préambule non plus qu'aucun des articles de
la Constitution ;
Décide :

22
Article premier : les dispositions de la loi relative à l'interruption volontaire de la grossesse, déférée au Conseil
constitutionnel, ne sont pas contraires à la Constitution.

C. cass, ch. mixte, 24 janvier 1975, Jacques Vabre


(…)
SUR LE DEUXIEME MOYEN :
ATTENDU QU'IL EST DE PLUS FAIT GRIEF A L'ARRET D'AVOIR DECLARE ILLEGALE LA TAXE
INTERIEURE DE CONSOMMATION PREVUE PAR L'ARTICLE 265 DU CODE DES DOUANES PAR SUITE
DE SON INCOMPATIBILITE AVEC LES DISPOSITIONS DE L'ARTICLE 95 DU TRAITE DU 24 MARS 1957,
AU MOTIF QUE CELUI-CI, EN VERTU DE L'ARTICLE 55 DE LA CONSTITUTION, A UNE AUTORITE
SUPERIEURE A CELLE DE LA LOI INTERNE, MEME POSTERIEURE, ALORS, SELON LE POURVOI,
QUE S'IL APPARTIENT AU JUGE FISCAL.D'APPRECIER LA LEGALITE DES TEXTES REGLEMENTAIRES
INSTITUANT UN IMPOT LITIGIEUX, IL NE SAURAIT CEPENDANT, SANS EXCEDER SES POUVOIRS,
ECARTER L'APPLICATION D'UNE LOI INTERNE SOUS PRETEXTE QU'ELLE REVETIRAIT UN
CARACTERE INCONSTITUTIONNEL; QUE L'ENSEMBLE DES DISPOSITIONS DE L'ARTICLE 265 DU
CODE DES DOUANES A ETE EDICTE PAR LA LOI DU 14 DECEMBRE 1966 QUI LEUR A CONFERE
L'AUTORITE ABSOLUE QUI S'ATTACHE AUX DISPOSITIONS LEGISLATIVES ET QUI S'IMPOSE A
TOUTE JURIDICTION FRANCAISE ;
MAIS ATTENDU QUE LE TRAITE DU 25 MARS 1957, QUI, EN VERTU DE L'ARTICLE SUSVISE DE LA
CONSTITUTION, A UNE AUTORITE SUPERIEURE A CELLE DES LOIS, INSTITUE UN ORDRE
JURIDIQUE PROPRE INTEGRE A CELUI DES ETATS MEMBRES; QU'EN RAISON DE CETTE
SPECIFICITE, L'ORDRE JURIDIQUE QU'IL A CREE EST DIRECTEMENT APPLICABLE AUX
RESSORTISSANTS DE CES ETATS ET S'IMPOSE A LEURS JURIDICTIONS; QUE, DES LORS, C'EST A
BON DROIT, ET SANS EXCEDER SES POUVOIRS, QUE LA COUR D'APPEL A DECIDE QUE L'ARTICLE 95
DU TRAITE DEVAIT ETRE APPLIQUE EN L'ESPECE, A L'EXCLUSION DE L'ARTICLE 265 DU CODE DES
DOUANES, BIEN QUE CE DERNIER TEXTE FUT POSTERIEUR; D'OU IL SUIT QUE LE MOYEN EST
MAL.FONDE ;
(…)
PAR CES MOTIFS :
REJETTE LE POURVOI FORME CONTRE L'ARRET RENDU LE 7 JUILLET 1973 PAR LA COUR D'APPEL DE
PARIS (1. CHAMBRE).

23
CE, Ass., 20 octobre 1989, Nicolo
Vu la requête, enregistrée le 27 juin 1989 au secrétariat du Contentieux du Conseil d'Etat, présentée par M. Raoul
Georges Nicolo, demeurant 26, avenue de Joinville à Nogent-sur-Marne (94130), et tendant à l'annulation des
opérations électorales qui se sont déroulées le 18 juin 1989 en vue de l'élection des représentants au Parlement
européen,

Vu la Constitution, notamment son article 55 ;  


Vu le Traité en date du 25 mars 1957, instituant la communauté économique européenne ;
Vu la loi n° 77-729 du 7 juillet 1977 ;  
Vu le code électoral ;  
Vu l'ordonnance n° 45-1708 du 31 juillet 1945, le décret n° 53-934 du 30 septembre 1953 et la loi n° 87-1127 du 31
décembre 1987 ;
(…)
Sur les conclusions de la requête de M. Nicolo :  
Considérant qu'aux termes de l'article 4 de la loi n° 77-729 du 7 juillet 1977 relative à l'élection des représentants à
l'Assemblée des communautés européennes "le territoire de la République forme une circonscription unique" pour
l'élection des représentants français au Parlement européen ; qu'en vertu de cette disposition législative, combinée
avec celles des articles 2 et 72 de la Constitution du 4 octobre 1958, desquelles il résulte que les départements et
territoires d'outre-mer font partie intégrante de la République française, lesdits départements et territoires sont
nécessairement inclus dans la circonscription unique à l'intérieur de laquelle il est procédé à l'élection des
représentants au Parlement européen ;  
Considérant qu'aux termes de l'article 227-1 du traité en date du 25 mars 1957 instituant la Communauté
Economique Européenne : "Le présent traité s'applique ... à la République française" ; que les règles ci-dessus
rappelées, définies par la loi du 7 juillet 1977, ne sont pas incompatibles avec les stipulations claires de l'article
227-1 précité du traité de Rome ;  
Considérant qu'il résulte de ce qui précède que les personnes ayant, en vertu des dispositions du chapitre 1er du titre
1er du livre 1er du code électoral, la qualité d'électeur dans les départements et territoires d'outre-mer ont aussi cette
qualité pour l'élection des représentants au Parlement européen ; qu'elles sont également éligibles, en vertu des
dispositions de l'article L.O. 127 du code électoral, rendu applicable à l'élection au Parlement européen par l'article 5
de la loi susvisée du 7 juillet 1977 ; que, par suite, M. Nicolo n'est fondé à soutenir ni que la participation des citoyens
français des départements et territoires d'outre-mer à l'élection des représentants au Parlement européen, ni que la
présence de certains d'entre-eux sur des listes de candidats auraient vicié ladite élection ; que, dès lors, sa requête doit
être rejetée ;
(…)
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. Nicolo et les conclusions du ministre des départements et des territoires d'outre-mer
tendant à ce qu'une amende pour recours abusif lui soit infligée sont rejetées
Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. Nicolo, à M. de Charette, mandataire de la liste l'Union U.D.F.-
R.P.R., aux mandataires de la liste de rassemblement présentée par le Parti Communiste Français, de la liste du Centre
pour l'Europe, de la liste Majorité de Progrès pour l'Europe, de la liste Les Verts Europe-Ecologie et de la liste Europe
et Patrie et au ministre de l'intérieur.

24
Conseil d’Etat, Ass., 30 octobre 1998, Sarran et Levacher
Vu 1°), sous le n° 200 286, la requête, enregistrée le 7 octobre 1998 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat,
présentée par M. Claude XU..., demeurant ... ; M. XU... demande au Conseil d'Etat :
- d'annuler le décret en date du 20 août 1998 portant organisation de la consultation des populations de la Nouvelle-
Calédonie prévue par l'article 76 de la Constitution ;
- de décider qu'il sera sursis à l'exécution de ce décret ;
- d'enjoindre à l'Etat, sous astreinte de 1 000 000 F par jour de retard, de procéder à la rectification de la liste
électorale et à sa publication avant le 29 octobre 1998 ;
Vu 2°), sous le n° 200 287, la requête, enregistrée au secrétariat du Contentieux du Conseil d'Etat le 7 octobre 1998,
présentée par M. François XB..., (…) les autres requérants demandent au Conseil d'Etat :
- d'annuler le décret en date du 20 août 1998 portant organisation de la consultation des populations de la Nouvelle-
Calédonie prévue par l'article 76 de la Constitution ;
- de décider qu'il sera sursis à l'exécution de ce décret ;
- d'enjoindre à l'Etat, sous astreinte de 1 000 000 F par jour de retard, de procéder à la rectification de la liste
électorale et à sa publication avant le 29 octobre 1998 ;

Vu la Constitution modifiée notamment par la loi constitutionnelle du 20 juillet 1998 ;


Vu l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel ;
Vu le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;
Vu la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ensemble le
protocole additionnel n° 1 à cette convention ;
(…)
Sur les conclusions à fin d'annulation du décret attaqué :
Considérant que l'article 76 de la Constitution, dans la rédaction qui lui a été donnée par l'article 2 de la loi
constitutionnelle du 20 juillet 1998 énonce, dans son premier alinéa, que : "Les populations de la Nouvelle-Calédonie
sont appelées à se prononcer avant le 31 décembre 1998 sur les dispositions de l'accord signé à Nouméa le 5 mai 1998
et publié le 27 mai 1998 au Journal officiel de la République française" ; qu'en vertu du deuxième alinéa de l'article 76
: "Sont admises à participer au scrutin les personnes remplissant les conditions fixées à l'article 2 de la loi n° 88-1028
du 9 novembre 1988" ; qu'enfin, aux termes du troisième alinéa de l'article 76 : "Les mesures nécessaires à
l'organisation du scrutin sont prises par décret en Conseil d'Etat délibéré en Conseil des ministres" ; que le décret du
20 juillet 1998 a été pris sur le fondement de ces dernières dispositions ;
(…)
En ce qui concerne les moyens de légalité interne :
Quant aux moyens dirigés contre les articles 3 et 8 du décret attaqué :
Considérant que l'article 3 du décret du 20 août 1998 dispose que : "Conformément à l'article 76 de la Constitution et à
l'article 2 de la loi du 9 novembre 1988 (...) sont admis à participer à la consultation du 8 novembre 1998 les électeurs
inscrits à cette date sur les listes électorales du territoire et qui ont leur domicile en Nouvelle-Calédonie depuis le 6
novembre 1988" ; qu'il est spécifié que : "Sont réputées avoir leur domicile en Nouvelle-Calédonie alors même
qu'elles accomplissent le service national ou poursuivent un cycle d'études ou de formation continue hors du territoire,
les personnes qui avaient antérieurement leur domicile dans le territoire" ; que l'article 8 du décret précise dans son
premier alinéa, que la commission administrative chargée de l'établissement de la liste des personnes admises à
participer à la consultation, inscrit sur cette liste les électeurs remplissant à la date de la consultation la condition de
domicile exigée par l'article 2 de la loi du 9 novembre 1988 ;
Considérant qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le deuxième alinéa de l'article 76 de la Constitution dispose que : "Sont
admises à participer au scrutin les personnes remplissant les conditions fixées à l'article 2 de la loi n° 88-1028 du 9
novembre 1988" ; que ce dernier article exige que les intéressés soient domiciliés en Nouvelle-Calédonie depuis le 6
novembre 1988, sous réserve des exceptions qu'il énumère dans son second alinéa et qui sont reprises par l'article 3 du

25
décret attaqué ; qu'ainsi, les articles 3 et 8 dudit décret, loin de méconnaître l'article 76 de la Constitution en ont
fait une exacte application;
Considérant que l'article 76 de la Constitution ayant entendu déroger aux autres normes de valeur constitutionnelle
relatives au droit de suffrage, le moyen tiré de ce que les dispositions contestées du décret attaqué seraient contraires
aux articles 1er et 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, à laquelle renvoie le préambule de la
Constitution ou à l'article 3 de la Constitution ne peut qu'être écarté ;
Considérant que si l'article 55 de la Constitution dispose que "les traités ou accords régulièrement ratifiés ou
approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois sous réserve, pour chaque accord ou
traité, de son application par l'autre partie", la suprématie ainsi conférée aux engagements internationaux ne
s'applique pas, dans l'ordre interne, aux dispositions de nature constitutionnelle ; qu'ainsi, le moyen tiré de ce
que le décret attaqué, en ce qu'il méconnaîtrait les stipulations d'engagements internationaux régulièrement
introduits dans l'ordre interne, serait par là même contraire à l'article 55 de la Constitution, ne peut lui aussi
qu'être écarté ;
Considérant que si les requérants invitent le Conseil d'Etat à faire prévaloir les stipulations des articles 2, 25 et
26 du pacte des Nations unies sur les droits civils et politiques, de l'article 14 de la Convention européenne de
sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 du protocole additionnel n° 1 à
cette convention, sur les dispositions de l'article 2 de la loi du 9 novembre 1988, un tel moyen ne peut qu'être
écarté dès lors que par l'effet du renvoi opéré par l'article 76 de la Constitution aux dispositions dudit article 2,
ces dernières ont elles-mêmes valeur constitutionnelle ;
Considérant enfin que, dans la mesure où les articles 3 et 8 du décret attaqué ont fait une exacte application des
dispositions constitutionnelles qu'il incombait à l'auteur de ce décret de mettre en oeuvre, ne sauraient être utilement
invoquées à leur encontre ni une méconnaissance des dispositions du code civil relatives aux effets de l'acquisition de
la nationalité française et de la majorité civile ni une violation des dispositions du code électoral relatives aux
conditions d'inscription d'un électeur sur une liste électorale dans une commune déterminée ;
(…)
Considérant que de l'ensemble de ce qui précède, il résulte que les conclusions tendant à l'annulation du décret doivent
être rejetées ;

C. cass, Assemblée plénière, 2 juin 2000, Fraisse


(…)
Sur les deuxième et troisième moyens réunis :
Attendu que Mlle X... fait grief au jugement attaqué (tribunal de première instance de Nouméa, 3 mai 1999) d'avoir
rejeté sa requête tendant à l'annulation de la décision de la commission administrative de Nouméa ayant refusé son
inscription sur la liste prévue à l'article 188 de la loi organique du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie des
électeurs admis à participer à l'élection du congrès et des assemblées de province et d'avoir refusé son inscription sur
ladite liste, alors, selon le moyen : 1° que le jugement refuse d'exercer un contrôle de conventionnalité de l'article
188 de la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie au regard des articles 2 et 25 du
Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 16 décembre 1966, 3 du premier protocole additionnel à la
Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et F (devenu 6) du traité de
l'Union européenne du 7 février 1992, l'article 188 étant contraire à ces normes internationales en tant qu'il exige d'un
citoyen de la République française un domicile de dix ans pour participer à l'élection des membres d'une assemblée
d'une collectivité de la République française ; 2° qu'il appartenait subsidiairement au tribunal de demander à la Cour
de justice des Communautés européennes de se prononcer à titre préjudiciel sur la compatibilité de l'article 188 de la
loi organique du 19 mars 1999 avec l'article 6 du traité de l'Union européenne ;
Attendu, ensuite, que l'article 188 de la loi organique du 19 mars 1999 a valeur constitutionnelle en ce que,
déterminant les conditions de participation à l'élection du congrès et des assemblées de province de la Nouvelle-
Calédonie et prévoyant la nécessité de justifier d'un domicile dans ce territoire depuis dix ans à la date du scrutin, il
reprend les termes du paragraphe 2.2.1 des orientations de l'accord de Nouméa, qui a lui-même valeur
constitutionnelle en vertu de l'article 77 de la Constitution ; que la suprématie conférée aux engagements
internationaux ne s'appliquant pas dans l'ordre interne aux dispositions de valeur constitutionnelle, le moyen
tiré de ce que les dispositions de l'article 188 de la loi organique seraient contraires au Pacte international relatif aux

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droits civils et politiques et à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés
fondamentales doit être écarté ;
D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le premier moyen auquel Mlle X... a déclaré renoncer:
REJETTE le pourvoi.

Synthèse des décisions juridictionnelles pertinentes relatives


à la place des sources externes dans l’ordre juridique interne
(non exhaustif)
 Jurisprudence nationale relative aux rapports loi / sources externes :
- Cass. Civ. 22 décembre 1931 : refus de la Cour de cassation de faire prévaloir un traité international sur la loi
postérieure. Doctrine dite « Matter » : le conflit entre une loi et un traité est résolu à l’aide de l’adage lex posterior
derogat priori. Autrement dit, traités et lois sont hiérarchiquement sur le même plan et les juges font prévaloir la règle
juridique la plus récente sur celle plus ancienne.
- C.E, 30 mai 1952, Dame Kirkwood : le Conseil d’Etat considère qu’un requérant peut invoquer la contrariété d’un
règlement administratif à un traité dans le cadre d’un recours en excès de pouvoir. Le juge administratif admet ainsi
d’opérer un contrôle de conventionalité des règlements de l’administration en dehors de l’hypothèse d’un écran
législatif.
- CE, Sect., 1er mars 1968, Syndicat général des fabricants de semoules de France (jurisprudence dite « des
semoules ») : refus du Conseil d’Etat de faire prévaloir un traité international sur la loi postérieure. Le juge
administratif recourt également à la doctrine Matter présentée ci-dessus. Pour le Conseil d’Etat, un tel contrôle de
conventionalité revient en réalité à opérer un contrôle de constitutionnalité qui ne lui revient pas d’effectuer
(compétence du Conseil constitutionnel).
- CC, décision n° 74-54 DC du 15 janvier 1975, IVG : refus du Conseil constitutionnel de sanctionner par le biais du
contrôle de constitutionnalité de la loi le respect par celle-ci des traités et accords internationaux. 1 ère invitation aux
juridictions ordinaires à effectuer ce contrôle dit de conventionalité de la loi sur le fondement de l’article 55 de la
Constitution.
- Cass. Ch. mixte, 24 mai 1975, Société des cafés Jacques Vabre : la Cour de cassation répond à l’invitation du
Conseil constitutionnel en réalisant pour la première fois un contrôle de conventionalité d’une loi postérieure à un
traité international, en l’occurrence dans cette affaire il ‘agissait du traité CE.
- CE, Ass., 22 octobre 1979, UDT : nouveau refus du Conseil d’Etat de faire prévaloir le traité sur la loi postérieur.
Le Conseil d’Etat maintient sa jurisprudence des semoules et n’offre ainsi qu’une place très réduite aux sources
externes de la légalité.
- CE, 11 déc. 1987, Danielou : En revanche, le Conseil d’Etat accepte la prévalence du droit dérivé communautaire
sur les lois antérieures. Dans cet arrêt, le juge opère en réalité un authentique contrôle de conventionalité sans le dire
et ainsi préfigure l’arrêt Nicolo qui suit en 1989.
- CC, 21 octobre 1988, Ass. nat. Val d’Oise, 5e circ : nouvelle invitation du Conseil constitutionnel à l’attention du
juge administratif. Cette fois, le Conseil constitutionnel en tant que juge des élections législatives, juge ordinaire,
effectue un contrôle de conventionalité de la loi.
- CE, Ass., 20 octobre 1989, Nicolo : Revirement de jurisprudence fondamental par rapport à l’arrêt des semoules. Le
Conseil d’Etat se résout à abandonner définitivement la théorie de la loi écran en faisant prévaloir les traités et accords
sur les lois, mêmes postérieures.
- Les suites immédiates de l’arrêt Nicolo : le Conseil d’État accepte d’étendre progressivement le bénéfice du régime
de l’article 55 de la Constitution :
- à l’ensemble des actes de droit communautaire qu’il accepte donc, le cas échéant, de faire prévaloir sur les
lois :
- les règlements communautaires (CE, 24 septembre 1990, Boisdet) ;

27
- les directives communautaires (CE, Ass., 28 février 1992, S.A. Rothmans International France et
S.A. Philip Morris France).
- les principes généraux du droit communautaire (CE, 03 décembre 2001, SNIP)
- Toutefois, il refuse de faire bénéficier du régime de l’article 55 les normes internationales issues de
la coutume (CE, Ass., 6 juin 1997, Aquarone).
- à la Convention européenne des droits de l’homme (ConvEDH) dans CE, Ass., 21 janvier 1990,
Confédération nationale des associations familiales catholiques.
- Concernant le contrôle des conditions inscrites à l’article 55 C de la supériorité des traités et accords sur les lois, les
juridictions ordinaires ont progressivement fait évoluer leur jurisprudence :
- existence et régularité de la ratification/approbation : CE, 18 décembre 1998, SARL parc d’activité de
Blotzheim puis CE, 23 février 2002, Bamba Dieng : le juge administratif doit vérifier l’existence et la
régularité de la ratification ou de l’approbation d’un traité. Ainsi, le juge contrôle le respect des exigences des
articles 53 et 55 de la Constitution.
- examen de la clause de réciprocité : CE, Ass., 9 juillet 2010, Chériet-Benseghir : le Conseil d’Etat accepte
enfin de réaliser lui-même le contrôle de l’application réciproque par les parties à un traité international sous
la pression de la Cour européenne des droits de l’homme (CourEDH). Cet arrêt est un revirement de l’arrêt
CE, Ass., 9 avril 99, Chevrol-Benkeddach.
La clause de réciprocité ne s’applique pas à certains traités :
- Les traités et conventions internationales relatives à la protection des droits et libertés de la personne
humaine qui créent des obligations pour l’Etat partie, en elle-même, indépendamment de l’attitude des autres
parties. Ex. Convention européenne des droits de l’homme (caractère objectif de la CEDH, Cour EDH, 18
janvier 1978, Irlande c/ RUNI)
- Conseil constitutionnel, décision du 22 janvier 1999, Cour pénale internationale : « Considérant qu'il
résulte de ces textes de valeur constitutionnelle que le respect de la souveraineté nationale ne fait pas
obstacle à ce que, sur le fondement des dispositions précitées du préambule de la Constitution de 1946, la
France puisse conclure des engagements internationaux en vue de favoriser la paix et la sécurité du monde et
d'assurer le respect des principes généraux du droit public international ; que les engagements souscrits à
cette fin peuvent en particulier prévoir la création d'une juridiction internationale permanente destinée à
protéger les droits fondamentaux appartenant à toute personne humaine, en sanctionnant les atteintes les plus
graves qui leur seraient portées, et compétente pour juger les responsables de crimes d'une gravité telle qu'ils
touchent l'ensemble de la communauté internationale ; qu'eu égard à cet objet, les obligations nées de tels
engagements s'imposent à chacun des Etats parties indépendamment des conditions de leur exécution par les
autres Etats parties ; qu'ainsi, la réserve de réciprocité mentionnée à l'article 55 de la Constitution n'a pas
lieu de s'appliquer ; »

 Jurisprudence nationale relative aux rapports Constitution / sources externes :


- CE, Ass., 30 octobre 1998, Sarran et Levacher : le Conseil d’Etat confirme que "La suprématie conférée aux
engagements internationaux (par l'art. 55 de la Constitution) ne s'applique pas, dans l'ordre interne, aux dispositions
de nature constitutionnelle ". Par cette énonciation, l'Assemblée du contentieux du Conseil d'État a jugé que la
hiérarchie des normes juridiques qui découle en France des articles 54 et 55 de la Constitution fait de la Constitution la
norme suprême et des normes internationales des normes subordonnées. La reconnaissance de la supériorité de la
norme constitutionnelle ressortait certes déjà de l'arrêt Koné du 3 juillet 1996, mais n'avait pas été formulée en des
termes aussi explicites.
- Cass, Ass. Plén., 2 juin 2000, Fraisse : l’Assemblée plénière de la Cour de cassation fait écho à l’arrêt Sarran du
Conseil d’Etat en affirmant la soumission du droit international à la constitution dans l’ordre interne.

- Attention ! Les rapports Constitution / droit de l’Union européenne sont aujourd’hui traités différemment  :
- Conseil constitutionnel, décision n°2004-496 DC du 10 juin 2004, Loi pour la confiance en l’économie
numérique

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- Conseil constitutionnel, décision n° 2004-505 DC du 19 novembre 2004, Traité établissant une
Constitution pour l’Europe
- Conseil constitutionnel, décision n° 2006-540 DC du 27 juillet 2006, Loi relative au droit d'auteur et aux
droits voisins dans la société de l'information
- CE, Ass., 8 février 2007, Société Arcelor
Il ressort de cet ensemble jurisprudentiel que le droit de l’UE est en quelque sorte intégré à la Constitution via l’article
88-1 de la Constitution. En cas de conflit entre une norme constitutionnelle et une norme du droit dérivé de l’UE (une
directive par exemple), le juge (administratif ou constitutionnel) doit vérifier si le droit de l’UE (traités constitutifs et
les principes généraux du droit de l’UE dégagés par la Cour de justice) et la Constitution telle qu’interprétée par le
Conseil constitutionnel sont en accord (théorie de la protection équivalente). Dans ce cas, la norme de droit dérivé de
l’UE est alors réputée conforme à la Constitution. En revanche, s’il n’y a pas accord et qu’est en cause un principe
inhérent à l’identité constitutionnelle de notre Etat, alors le juge doit faire primer la Constitution sur le droit de l’UE.
Ainsi, la règle de conflit est différente par rapport à celle qui prévaut dans les arrêts Sarran et Fraisse. La primauté de
la Constitution sur le droit de l’UE est donc réduit à des hypothèses très strictes. Le bloc de constitutionnalité
s’enrichit du droit européen qui, dans certains cas s’imposera comme la norme suprême de l’ordre juridique interne  ;
chaque fois que n’y feront pas obstacle des dispositions inhérentes à notre identité constitutionnelle, selon la formule
du Conseil constitutionnel, ou des principes constitutionnels n’ayant pas d’équivalant en droit de l’UE, selon celle du
Conseil d’Etat.

 Jurisprudence européenne sur les rapports droit de l’UE / ordre interne


- CJCE, 15 juillet 1964, Costa c. Enel : Il s’agit de la décision de principe qui énonce le principe de primauté du droit
communautaire (UE aujourd’hui). La CJCE établit que l’intégration des normes juridiques communautaires dans le
droit interne de tout État membre implique l’impossibilité pour ce dernier d’y opposer une norme juridique unilatérale
appartenant à son ordre juridique interne. La logique du principe de primauté est la suivante : Les États membres
transfèrent par le biais des traités fondateurs des compétences, dont le plein exercice serait impossible ou menacé, si
les États membres pouvaient opposer aux normes communautaires des dispositifs internes unilatéraux. La CJCE
conclut clairement et sans équivoque qu’«issu de source autonome, le droit né du traité (traité instituant la
Communauté économique européenne) ne peut pas, en raison de sa nature spécifique originale, se voir judiciairement
opposer un texte interne, quel qu’il soit, sans perdre son caractère communautaire et sans que soit mise en cause la
base juridique de la Communauté elle-même ».
- CJCE, 9 mars 1978, Administration des Finances c/ Simmenthal, aff. 106/77 : « En vertu du principe de la
primauté du droit communautaire, les dispositions du traité et les actes des institutions directement applicables ont
pour effet, dans leurs rapports avec le droit interne des États membres de rendre inapplicable de plein droit, du fait
même de leur entrée en vigueur, tout disposition contraire de la législation nationale existante ».
- CJCE, 14.2.1984, Commission c/ Allemagne : « Un Etat membre ne saurait, en tout état de cause, exciper du
principe de réciprocité et alléguer une méconnaissance éventuelle du traité par un autre Etat membre pour justifier
son propre manquement ».

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