Vous êtes sur la page 1sur 13

1

Philosophie 340-101-MQ
Philosophie et Rationalité - Cours 7
Les sophismes 1
Professeur : Jean-Philippe Morin

Sophismes Inductifs
1. Généralisation hâtive
2. Lien causal douteux
3. Fausse analogie
4. Pente fatale
5. Exercices

***

Les définitions (soulignées) des sophismes sont tirées du manuel Qu'est-ce


que la philosophie? de Michel Métayer, ERPI, 2012.

Introduction : Les sophismes


Il est fréquent que des gens essayent de nous convaincre qu'ils ont raison en
usant de stratégies malhonnêtes. Cela peut être le cas des politiciens, des
gens en marketing, des chroniqueurs, des commentateurs sous les articles sur
facebook ou twitter, ou même nos parents et nos amis.

Parfois, on peut sentir intuitivement que quelque chose cloche dans le


discours de quelqu'un, sans arriver à identifier le problème dans leur
argumentation. Cela semble convaincant à première vue, mais il y a quelque
chose de louche...

C'est ici que l'étude des sophismes devient importante.

Le but de ce cours sera de développer vos capacités d'auto-défense


intellectuelle (pour reprendre un terme du professeur de l'UQAM Normand
Baillargeon), c'est-à-dire d'accroître vos capacités de pensée critique. Vous
apprendrez à repérer et critiquer les sophismes.

D'abord, qu'est-ce qu'un sophisme?

DÉFINITION : Un sophisme est un raisonnement faux, mais qui a


l'apparence de la vérité, fait dans le but de tromper.
2

Le sophisme peut utiliser une erreur de logique bien camouflée (comme


nous avons vu au dernier cours), ou bien des stratégies qui utilisent le
langage de manière à nous manipuler, à nous tromper. C'est un raisonnement
fallacieux (trompeur).

En bref, un sophisme essaie de nous faire croire que quelque chose de


faux est vrai! C'est une manière de nous manipuler et de nous mentir.

Il est très utile d'étudier les sophismes, pour des raisons qui dépassent de loin
le cadre d'un cours de philosophie. Bien les connaître permet :

1) Ne pas faire de sophismes. Lorsque vous allez développer vos propres


raisonnements en répondant à une question philosophique, il est bien sûr
important de ne pas commettre de sophismes. En philosophie, nous
cherchons la vérité, et nous voulons y parvenir de manière rationnelle, en
respectant les règles de la logique. (Dans votre travail sur la philosophie de
la religion, avez-vous commis des sophismes?)

2) Les repérer et les critiquer dans le discours des autres. Cela sera utile
dans toutes sortes de domaines, tout au long de votre vie, pas seulement
durant ce cours! Face aux politiciens, chroniqueurs, commentateurs, ou votre
patron, vos parents, vos amis, vous serez capable de vous défendre. Vous ne
vous ferez plus avoir par de mauvais raisonnements. Vous serez capable de
les démasquer et de les critiquer, voire même de détruire totalement ces
mauvais arguments. Cela vous rendra intellectuellement plus forts.

Bien sûr, vous révéler le secret des sophismes peut être une arme à double
tranchant : quelqu'un pourrait les étudier afin de s'en servir et faire le mal.
Ce sera votre responsabilité de faire un bon usage de votre connaissance de
ces manières fallacieuses de raisonner.

En philosophie, cependant, n'oubliez pas : les sophismes sont un crime


grave, que tout penseur sérieux cherche à éviter.

***

J'ai divisé les sophismes que nous étudierons en deux catégories, les
sophismes inductifs et les sophismes rhétoriques. Dans ce premier cours,
nous étudierons les sophismes inductifs.
3

Ces sophismes sont des erreurs d'induction. Je vous rappelle ce qu'était


une induction, étudiée au cours précédent : un raisonnement où la vérité
des prémisses rend probable (et non certaine) la vérité de la conclusion.
Il s'agit d'une généralisation ou d'une prédiction.

Si quelqu'un fait un raisonnement où il tente de généraliser ou de prédire


quelque chose, mais qu'il se base sur un nombre de cas insuffisants, il fait
un sophisme inductif. Nous en verrons quatre versions durant ce cours.

Nous ferons des exercices à la fin. Dans chacun des exemples étudiés, je vais
vous demander de :
1) Donner le critère général qui permet d'identifier le sophisme.
2) Le relier au cas particulier.
Je vais vous donner des exemples de ce qu'il faudra faire aux exercices et à
l’examen pour chaque type de sophisme.

1. Généralisation hâtive
Hâtive veut dire : trop rapidement. On l'appelle aussi parfois « généralisation
abusive » : trop généraliser.

Généralisation hâtive
Définition : Passer d'un jugement particulier à un jugement général,
sans que l'échantillon de cas examinés ne le justifie.

Exemple :
Mon frère s'est fait un ami japonais, Kazuki, pendant qu'il voyageait en
Australie. L'année suivante, son ami japonais est venu visiter mon frère au
Québec. En arrivant à la station d'autobus Berri-UQÀM à Montréal, juste à
la sortie derrière la station, il s'est fait attaquer et s'est fait voler son
portefeuille et son passeport. Kazuki a essayé d'échapper au voleur et le
voleur l'a attaqué : Kazuki s'est fait couper la jambe au couteau, il a eu
besoin de points de sutures.

Après cette expérience, Kazuki a fait le raisonnement suivant :


1) Le premier québécois que j'ai rencontré était un voleur armé et très
dangereux

C) Donc les québécois sont tous très dangereux
4

Cette conclusion n'est pas illogique, elle n'est pas contradictoire. Mais se
baser sur un seul cas pour faire un jugement général à propos de 8.485
millions de personnes, c'est clairement injustifié.

Le nombre de prémisse, un cas, n'est vraiment pas suffisant pour


généraliser à 8.485 millions de cas. Dans son raisonnement, le lien
d'inférence (le lien entre les prémisses et la conclusion) est très faible. Il n'y
a pas nécessairement de lien entre un seul voleur et toute la population du
Québec.

Pour savoir si nous avons le droit de généraliser à partir d'un certain nombre
de cas, il faut se demander deux choses :
- Est-ce que le nombre de cas est suffisant?
- Est-ce que les cas connus sont représentatifs? Ou est-ce des exceptions?

Ici, Kazuki a été malchanceux : sa première rencontre au Québec fut un


voleur armé, mais ce cas n'est pas du tout représentatif de la majorité des
québécois. Il y a moyen de lui dire qu'il commet un sophisme parce qu'il est
tombé sur une exception, un cas rare. On peut lui dire que le taux de
criminalité n'est pas élevé au Québec, et donc ce qui lui est arrivé est une
malchance. Il était à la mauvaise place au mauvais moment. Son
raisonnement est un sophisme, un mauvais raisonnement.

Autre exemple. Si je fais le raisonnement suivant, est-ce un sophisme?


1) Le premier examen de philosophie était difficile

C) Donc les autres examens seront difficiles

Nous généralisons à partir d’un seul cas, est-ce acceptable? Ici, le premier
examen est sûrement représentatif des autres examens. Il est probablement
très semblable, il donne une bonne idée de la difficulté de ceux qui suivront.
Ce n'est donc pas vraiment un sophisme, ce raisonnement est simplement
prudent. Notez que la conclusion n'est pas certaine, elle est seulement
probable, puisqu'il s'agit d'une induction.

Vous ne devez pas appliquer les critères comme un robot, et juger


aveuglément qu'il s'agit d'un sophisme dès qu'on généralise à partir d'un petit
nombre de cas, il faut réfléchir à la situation particulière à laquelle on fait
face. Il faut se demander si la conclusion est suffisamment probable, à partir
du nombre de cas que l'on connaît. Il faut se demander si le cas choisi est
5

une exception ou non. C'est parfois difficile à savoir, mais parfois c'est
évident.

Ici le cas est représentatif :


1) Je me suis brûlé en mettant la main sur un rond de poêle allumé

C) Je me brûlerai encore en mettant la main sur tous les ronds de poêle
allumés

Mais dans le cas de raisonnements sexistes ou racistes, ce n'est pas le cas.


Prenons le cliché suivant, que vous avez malheureusement déjà entendu :

1) Cette femme conduit mal



C) Donc toutes les femmes conduisent mal

Je vais vous donner un exemple de critique que vous pourriez faire. Dans les
exercices et à l'examen, je vais vous demander d'écrire quelque chose d'aussi
complet. C'est encore mieux si vous êtes capable de donner des raisons qui
expliquent pourquoi le cas est peu représentatif et insuffisant.

Réponse aux exercices et à l'examen :


« C'est un sophisme de généralisation hâtive. On généralise à partir d'un
nombre de cas trop retreint, une seule femme qui conduit mal. Il s'agit
probablement d'une exception, parce que les statistiques nous montrent que
les femmes font moins d'accident que les hommes, en général. Un seul cas
est insuffisant pour généraliser à toutes les femmes adultes capables de
conduire, des milliards de personnes. »

***

En résumé, pour identifier ce sophisme, vous devez donner le critère (la


définition) du sophisme et le relier au cas particulier. Plus précisément, il
faudrait expliquer pourquoi le cas que l'on généralise est insuffisant ou peu
représentatif (il s'agit d'une exception).

2. Lien causal douteux


Le mot « causal » signifie « à propos de la cause », comme lorsque nous
parlons de cause et d'effet. Ce sophisme consiste à dire que quelque chose à
causé quelque chose d'autre, alors que c'est très peu probable (très douteux).
6

Lien causal douteux


Définition : Affirmer l'existence d'un lien de cause à effet, alors qu'il
s'agit peut-être que d'une coïncidence ou une corrélation accidentelle.

Exemple :
Je me souviens avoir vu le titre d'un article qui disait « La musique métal
causerait le suicide chez les jeunes ». J'aime le métal, et ce titre m'a
choqué. Même si on constatait que parmi les jeunes qui se suicident, un bon
nombre d'entre eux écoutaient du métal, cela ne veut pas dire que le métal
est la cause du suicide.

Une série de facteurs complexes sont nécessaires pour expliquer ce qui


pousse quelqu'un à s'enlever la vie. C'est beaucoup trop simpliste d'isoler un
seul élément et de dire qu'il est le responsable. Un tempérament dépressif
peut être à l'origine, à la fois d'une tendance suicidaire et d'une prédilection
pour la musique sombre. Et comment expliquer que beaucoup de gens
écoutent du métal sans devenir suicidaires, sinon?

Le métal et le suicide ont une corrélation accidentelle. Une corrélation


signifie que deux éléments sont souvent présents en même temps, mais cela
ne veut pas dire que l'un des élément cause l'autre.

La présence de ces deux éléments ensemble peut même être une simple
coïncidence : ces deux éléments sont présents ensembles par hasard, il n'y a
pas de lien de cause à effet entre eux. Ce serait absurde de penser que c'est
parce que j'ai mis ma chemise bleue cette journée là que j'ai rencontré ma
future femme. C'est une coïncidence.

Voir des liens de cause à effet dès que deux éléments sont présents
ensembles peut conduire à des absurdités :

Exemple de sophisme :
« Il y a beaucoup de malades à l'hôpital, il y a beaucoup de médecins aussi,
donc les médecins doivent être la cause de la maladie! »

Nous savons bien que la présence des malades et des médecins est expliquée
par un troisième facteur : ils sont ensemble simplement parce que nous
avons créé des hôpitaux pour que les médecins puissent guérir les malades!
7

Pour identifier un lien causal douteux, il est donc utile de repérer quel est le
facteur caché qui expliquerait la présence simultanée des deux éléments.

Exemple :
« Plus il y a d'église dans une ville, plus il y a de bars! Construire une église
fait apparaître un bar! »

On voit bien qu'il est absurde de dire une telle chose. Comment expliquer
que « plus il y a d'église, plus il y a de bars », dans une ville? Quel troisième
facteur mystérieux peut résoudre ce problème? Vous aurez peut-être deviné :
tout simplement l'augmentation de la population! Plus une ville est peuplée,
plus elle comporte d'église et de bars.

Un exemple plus sérieux :


« Plus le nombre de famille monoparentales augmente, plus le crime
augmente. Ce sont donc les familles monoparentales qui causent le crime! »

Ici, quel troisième facteur pourrait expliquer à la fois l'augmentation des


familles monoparentales et l'augmentation du crime? Il s'agit peut-être de la
pauvreté, qui créé des instabilités économiques et pousse les gens à
commettre des crimes. Il peut s'agir de toutes sortes de raisons différentes.

Pour identifier ce sophisme dans les exercices et l'examen, vous devez


utiliser le critère et le relier au cas particulier. On pourrait dire à propos du
dernier exemple :

Réponse aux exercices et à l'examen :


« Sophisme du lien causal douteux. On affirme l'existence d'un lien de cause
à effet en disant que les familles monoparentales conduisent au crime, mais
il s'agit peut-être d'une corrélation accidentelle. Un autre facteur, comme la
pauvreté, pourrait expliquer à la fois l'instabilité des familles et la
criminalité. »

Remarquez que ce type de sophisme est souvent présent dans le discours des
adeptes des théories du complot. Parce que deux éléments sont présents en
même temps, l'un doit absolument causer l'autre. (« Le 5G apparaît en même
temps que la Covid-19, il doit être la cause du Covid-19! ») Il faut être très
prudent, il n'est pas si facile d'établir un lien de cause à effet entre deux
choses. Il faut s'assurer qu'aucun autre élément n'est présent, ce qui est très
difficile à faire hors d'un laboratoire.
8

Méfiez-vous dès que quelqu'un dit « ceci cause cela » : c'est la plupart du
temps très incertain, et seulement probable. Attaquez cela en soulignant à
quel point cela est peu probable, en trouvant d'autres explications possibles.

Observez aussi qu'il s'agit d'une mauvaise induction : on tire une


conclusion à partir de prémisses insuffisantes, notre lien d'inférence (lien
entre prémisse et conclusion) est très faible.

3. Fausse analogie
Une analogie est une comparaison, c'est noter une ressemblance entre deux
choses. La fausse analogie est donc une mauvaise comparaison. En gros, on
dit « parce que c'est vrai pour cet élément, c'est aussi vrai pour cet élément
semblable », mais nous croyons cela seulement parce qu'ils ont une certaine
ressemblance. En vérité, les deux éléments sont très différents et ne
devraient pas être comparés.

Fausse analogie
Définition : Justifier un jugement en invoquant une analogie entre deux
phénomènes, alors que ceux-ci diffèrent sur des points importants.

Exemple :
« Lorsque quelqu'un est atteint du cancer, que doit-on faire avec les cellules
cancéreuses? Il faut les extraire du corps, il faut les détruire! Si on ne le fait
pas, les cellules nuisibles vont entraîner la mort! La société est pareil au
corps humain. Si on ne retire pas les individus nuisibles de la société, si on
ne les élimine pas, ces individus vont entraîner la mort de la société. Les
gens nuisibles, les infirmes et criminels, doivent être exécutés, voilà ce qu'il
faut faire. »

Vous reconnaîtrez le discours inquiétant d'un fasciste, d'un nazi. Il fait une
analogie entre le corps humain et la société, pour ensuite justifier le meurtre
d'individus qu'il considère nuisibles. Le problème dans ce raisonnement,
c'est qu'on ne peut comparer le corps humain et la société. Nous pouvons
souligner des ressemblances entre les deux, mais il y a aussi des différences
importantes qui sont ignorées.

Pour attaquer l'argument, il serait inutile d'essayer de dire qu'il ne faut pas
nécessairement éliminer des cellules si on a le cancer. Ce n'est pas l'exemple
9

du cancer, le problème. Le problème est que la société et le corps humain


sont trop différents.

Pour critiquer ce sophisme, il faut donc insister sur ceci : les deux réalités
sont trop différentes pour être comparées, et il faut être capable de souligner
cette différence. Ici, on pourrait dire que contrairement à une cellule
cancéreuse, un individu a des droits, une conscience, des intérêts, il peut
souffrir, etc. Une cellule est remplaçable, un individu ne l'est pas.

Une bonne réponse, pour les exercices ou à l'examen, ressemblerait à ceci.


Notez que je reprends la définition (le critère qui permet d'identifier le
sophisme) et j'insère à l'intérieur les éléments du cas particulier :

Réponse aux exercices et à l'examen :


« Sophisme de la fausse analogie. On justifie le jugement selon lequel il
faudrait éliminer les individus nuisibles à la société en disant que c'est
comme éliminer des cellules cancéreuses dans un corps humain, mais il y a
une différence importante entre la société et le corps humain, un individu a
des droits et une conscience, il peut souffrir, contrairement à une cellule. On
ne peut donc pas comparer les deux. »

Pour détruire ce sophisme, il faut insister : on n'a pas le droit de comparer les
deux éléments, ils sont trop différents, et ensuite il faut souligner cette
différence.

4. Pente fatale (ou Pente Glissante)


La pente fatale est souvent utilisée pour nous dire que nous ne devrions pas
faire une certaine action, parce qu'elle conduira à une catastrophe. Pourtant,
si on examine le raisonnement, il y a très peu de chance qu'on en arrive à
cela.

Pente fatale
Définition : Prédire qu'une action ou une décision va mener à une
catastrophe en raison d'un enchaînement de causes et d'effets dont la
probabilité paraît douteuse ou éxagérée.

Exemple : La NRA (National Rifle Association) aux États-Unis est contre


l'enregistrement des armes à feux. Ils croient que si le gouvernement tient un
registre des révolvers, il voudra ensuite tenir un registre de toutes les armes à
10

feux, ce qui les conduira finalement à contrôler de plus en plus d'aspects de


la vie des gens, jusqu'à la disparition finale de la liberté individuelle.

La disparition de la liberté n'est pas impossible, mais il est très peu probable
qu'on en arrive là. Le passage d'un événement à l'autre diminue de
probabilité à chaque fois. Ce raisonnement est un sophisme parce qu'il
présente cette catastrophe finale comme inévitable, certaine, alors qu'elle est
très improbable. C'est une exagération, ce n'est pas crédible.

Autre exemple :
Je ne peux pas donner un verre de vin à ma fille à sa fête de 16 ans! Si je le
fais, elle va ensuite vouloir essayer le pot. Très vite, ça ne sera pas assez, elle
tombera dans la coke, puis l'héroïne. Finalement elle finira à la rue, elle sera
obligée de se prostituer pour payer sa drogue... Non, je ne lui donnerai pas
ce verre de vin!

Critique de ce sophisme, tel qu'on pourrait la faire dans les exercices et à


l'examen.

Réponse aux exercices et à l'examen :


« Sophisme de la pente fatale. Ici, on prédit que donner un verre de vin à une
jeune fille conduira à une catastrophe : elle tombera dans la prostitution. La
probabilité que cela arrive est très peu élevée, très peu de gens passent du
pot à la cocaïne, encore moins à l'héroïne. Ce raisonnement est très exagéré
et improbable. »

5. Exercices
Pour chacun des raisonnements suivants :
a) Repérez la conclusion.
b) Identifiez le sophisme.
c) Justifiez votre réponse en reliant le critère (la définition) du sophisme et
les éléments du cas particulier.

Pour repérer la conclusion, demandez-vous : qu'est-ce que la personne essaie


de prouver ici? Elle essaie de nous convaincre de quoi? Quel jugement
veut-elle faire passer pour vrai? Ce jugement sera la conclusion, les autres
jugements seront des prémisses, des raisons, qui soutiennent (à tort) cette
conclusion. Indice pour repérer la conclusion : le mot « donc ».
11

Attention : la conclusion peut être au début de l'exemple, dans le langage


parlé nous ne suivons pas toujours l'ordre prémisse-conclusion.

Attention également : la conclusion n'est pas la totalité du raisonnement,


seulement un des jugements. Il ne faut pas tout répéter.

1. Ça ne sert à rien de faire des études. Je connais des gens qui ont des
diplômes universitaires et qui sont au chômage.

2. Le gouvernement commence à peine à mettre en place des réformes. Il


faut le réélire : on ne change pas de monture au milieu d'une course!

3. Il paraît que la direction va installer des distributrices de condoms dans les


toilettes du cégep. Le cégep va devenir un bordel!

4. Un inspecteur du ministère de l’Éducation veut rendre obligatoire un


cours complémentaire et facultatif sur la sécurité routière. Selon lui, les
statistiques indiquent que ceux qui ont suivi ce cours ont moins d’accidents
de voiture que ceux qui ne l’ont pas suivi, ce qui prouve l’efficacité de ce
cours.

5. Depuis que la religion a perdu de son importance dans les années 1960, la
violence familiale a augmenté. Il faut redevenir religieux, la religion
empêchait la violence!

6. Les Montréalais sont racistes. Encore hier j'ai vu des graffitis racistes à
Montréal.

7. Si on légalise l'euthanasie, on finira par rendre légal l'assistance au suicide


à la moindre dépression! Il faut empêcher cela!

8. Comme le lion mange la gazelle, il est normal que le plus fort exploite le
plus faible.
12

6. Réponse aux exercices


[À lire seulement après avoir fait l'exercice par vous-même!]

Les réponses que je donne sont très détaillées : essayez de viser quelque
chose de semblable dans vos propres réponses. Donnez le critère, et tentez
de le relier au cas particulier comme je le fais ici.

1. Conclusion (Donc...) : Ça ne sert à rien de faire des études.


Sophisme de la généralisation hâtive. On généralise à partir d'un nombre de
cas trop retreint, quelques personnes qu'on connait qui ont fait des études
universitaires et qui sont au chômage. Nous aurions besoin de beaucoup plus
d'information : il faudrait savoir si les gens qui fait des études universitaires
ont de meilleurs emplois, en général, que ceux qui n'en ont pas fait, pour
pouvoir vraiment conclure.

2. Conclusion (Donc...) : Il faut le réélire (le gouvernement).


Sophisme de la fausse analogie. On compare le changement de
gouvernement aux élections à changer de cheval pendant une course, ces
deux réalités sont très différentes et ne se comparent pas. Le gouvernement
n'est pas dans une course, il a été élu pour 4 ans, et si le peuple décide de
changer, il a parfaitement le droit, c'est à cela que serve les élections. Il est
presque impossible de changer de cheval pendant une course, il est normal
de changer de gouvernement aux élections : ces réalités sont trop différentes
pour être comparées.

3. Conclusion (Donc...) : Le cégep va devenir un bordel.


Sophisme de la pente fatale. Ici, on prédit qu'installer des machines
distributrices de condom conduira à une catastrophe : le cégep deviendra un
bordel. La probabilité que cela arrive est très peu élevée, il y a peu de chance
que les gens aient des relations sexuelles dans le cégep, ils risquent de
prendre les condoms et les apporter avec eux. Ce raisonnement est très
exagéré et improbable.

4. Conclusion (Donc...) : Il faut rendre obligatoire le cours sur la sécurité


routière.
Sophisme du lien causal douteux. On affirme l'existence d'un lien de cause
à effet entre le cours facultatif et le nombre d'accident causés par ceux qui
l'ont suivi, mais on ne sait pas avec certitude si c'est le cours lui-même qui
cause cela. Les gens qui choisissent de suivre le cours, vu qu'il est facultatif,
sont peut-être déjà plus prudents et intéressés par la sécurité routière, c'est
13

peut-être cela qui explique leur moindre taux d'accident, par exemple. Il
s'agit peut-être d'une corrélation accidentelle.

5. Conclusion (Donc...) : Il faut redevenir religieux.


Sophisme du lien causal douteux. On affirme l'existence d'un lien de cause
à effet entre la religion et la violence familiale, mais c'est peut-être une
corrélation accidentelle. Toutes sortes d'autres facteurs, comme les
changements de mentalité ou l'augmentation de l'individualisme, peuvent
expliquer à la fois le déclin de la religion et l'augmentation de la violence.
Nous ne savons pas avec certitude ce qui a causé ces événements.

6. Conclusion (Donc...) : Les Montréalais sont racistes.


Sophisme de la généralisation hâtive. On généralise à partir d'un nombre de
cas trop restreint (quelques graffitis racistes), afin d'affirmer que tous les
Montréalais sont racistes. Quelques cas de graffitis ne sont pas suffisants
pour conclure que 1.78 million de personnes sont racistes.

7. Conclusion (Donc...) : Il faut empêcher la légalisation de l'euthanasie.


Sophisme de la pente fatale. On prédit que rendre légal l'euthanasie on
finira par rendre l'assistance au suicide légal à la moindre dépression, une
catastrophe qui est très peu probable. L'euthanasie ne serait possible que
pour des patients en phase terminale qui souffrent énormément, pas pour des
patients dépressifs mais autrement en bonne santé. Il n'y aucune raison que
nous allions plus loin. Ce raisonnement est très exagéré et improbable.

8. Conclusion (Donc...) : Il est normal que le plus fort exploite le plus faible.
Sophisme de la fausse analogie. Ici on compare l'exploitation des faibles
dans la société à un lion qui mange une gazelle. Pourtant la société humaine
est différente de ce qu'on trouve dans la nature : nous avons justement la
possibilité de protéger les êtres faibles, et nous pouvons déclarer que c'est
une valeur importante de le faire. Nous ne sommes pas obligés de suivre la
loi du plus fort de la nature. La nature et la société humaine sont trop
différentes pour être comparées : la société tente d'organiser le monde
autrement que dans la nature, de créer un monde meilleur, ce que nous
faisons déjà.