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Journal

d’information
indépendant

N°21
06/11/15
18/11/15

GRATUIT
É C O N O M I E , D É V E L O P P E M E N T E T C U L T U R E

Un toit, mais
Le journal du Salon International de
l’Habitat sera réalisé en partenariat
Edito
quel toit ?
avec Mada7.
Contact : 034 84 793 43
Email : mada7sur7@gmail.com

Par J.R

voir un toit est un droit. Chaque habitant

Nouvelle 7
de la Grande Ile, comme tous les citoyens
du monde, est conscient de la nécessité
d’un logement décent. Ce qui est, a priori,
à la portée de la majorité de la population,
mais souvent au détriment des normes, de l’esthétique

politique
et de l’hygiène. Depuis des décennies, la question est
ainsi régulièrement soulevée. Des logements décents
pour tous, c’est le leitmotiv des dirigeants successifs du
pays, qui, il faut le reconnaître, n’ont pas su mobiliser

industrielle
les moyens et les énergies nécessaires pour atteindre,
du moins en partie, cet objectif classique.

Le Salon de l’Habitat constitue ainsi, tous les ans, un

en Afrique
événement à part. Cette année encore, la question de
la qualité et des normes seront à l’ordre du jour. Car
une vision d’ensemble est nécessaire. Un groupe de
maisons forme une ville. Mais un groupe de construc-
tions insalubres constitue, malheureusement, un bidon-
ville.

À l’image de la difficulté socioéconomique du pays, plus


de 70% de la population de Madagascar vivent dans
des bidonvilles. Les principales villes du pays, dont la
capitale, Antananarivo, au gré de l’exode rural, sont ain-
si progressivement défigurées. Il est temps de réagir.
La participation de l’ordre des architectes et d’experts
urbanistes à la 17e édition du Salon de l’Habitat n’est
pas fortuite. Le moment est venu de relancer le débat
et de proposer des solutions concrètes, pouvant être
mises en œuvre à bref délai, dans ce domaine.

Comment sortir du
Il ne suffit pas toujours de se limiter à faciliter les
constructions, y compris illicites. La nécessité de sau-
vegarder le patrimoine architectural des villes malga-
ches est incontournable. Le moment est ainsi venu de
voir au-delà du simple droit reconnu à un toit. Lequel

piège extractiviste ?
doit être à la fois agréable tout en s’inscrivant dans un
ensemble cohérent.

À lire dans ce numéro


Les arriérés des dépenses publiques p.6
Impact, cause et prévention

AccesBanque Madagascar p.11


Michel D. Ramiaramanana 4
SIH 2015 : « Pour une croissance
« Nous allons continuer nos investissements dans
l’expansion de notre réseau »

partagée »
Mikea Lodge p.11
Action de séduction à Paris

Biennale des Arts de l’Océan Indien p.14


Les artistes bâtisseurs à l’affiche
2

N°21 $ DU 06 AU 18 NOVEMBRE 2015 MADA 7 SUR 7.com


Décryptage 3
1,5 million d’ariary par an, une partie

GOTICOM
sera prise en charge par l’entreprise
qui versera en plus un pré-salaire à
son étudiant. Le montant correspond
au Smic légal à Madagascar. Cette

Une formation
formule permet donc de faire finan-
cer la totalité de ses études. Le choix
de l’entreprise est tout aussi crucial
pour le candidat qui devra s’engager

en alternance pour
auprès de son employeur sur une pé-
riode déterminée dans le contrat de
sa formation en alternance.

futurs ingénieurs Mihamina Rakotomandimby,


membre de l’équipe de pilotage du Projet
L’ESTI est un projet financé par l’AFD
à hauteur de 2 millions d’euros. Elle
sera abritée par le CCI d’Antanana-
rivo dans son bâtiment sis à Antani-
par A. Herizo mena. La capacité d’accueil maximal
quand il y aura les cinq niveaux sera
e projet d’une Ecole supérieure un partage de temps entre l’école et intégrer l’entreprise formatrice. Le pro- de 500 étudiants, sachant que parmi
des technologies de l’informa- l’entreprise, mais aussi un partage des gramme de formation répond au be- les 100 inscrits en première année, il
tion (ESTI) est enfin sur les frais entre l’étudiant et son entreprise soin de l’entreprise », note-t-il. Il sou- y aura quelques un qui n’atteindront
rails. Le groupement profes- employeur ». Deux branches seront ligne la différence avec la formation pas la cinquième année. L’équipe
sionnel des entreprises dans proposées aux apprenants, à savoir la d’ingénieur classique qui comprend en pédagogique est composée par des
le secteur TIC en collaboration avec la Programmation d’un côté, les Réseaux réalité deux étapes, la première l’acqui- enseignants nationaux qui se char-
Chambre de commerce et d’industrie et administration, d’un autre côté. Le sition des connaissances générales et geront des matières de base comme
d’Antananarivo a choisi la formation programme d’enseignement est établi la deuxième l’apprentissage du métier les mathématiques et l’algorithme, de
par alternance qui répond aux besoins en collaboration avec la TTEDCIA, une de l’entreprise qui nécessite une com- professeurs envoyés par l’école parte-
des entreprises. L’ESTI va former des école parisienne qui fait de l’alternance pétence particulière. Dans la formule naire ainsi que des experts issus des
ingénieurs niveau Bac+5 et des tech- avec la CCI de Paris. « C’est une co- en alternance, « l’étudiant est conseillé entreprises. Former 100 ingénieurs
niciens de niveau licence profession- diplomation. On aura un diplôme fran- par le corps enseignant sur les difficul- par an d’ici 5 ans, c’est un pari que le
nelle. çais bien que homologué malgache ». tés techniques et humaines ». GOTICOM fait. « Il y a des rumeurs
sur l’installation future de gros centres
C’est une formation initiale qui s’adres- Selon Mihamina Rakotomandimby, Les entreprises choisissent leurs ap- d’appel français à Madagascar. Ces
se aux jeunes bacheliers. « La formule la formation en alternance est un in- prenants à partir de la 2ème année. « structures impliquent de nombreux
en alternance est appliquée à partir vestissement pour les entreprises et Le collaborateur est donc recruté as- emplois dans le domaine de l’informa-
de la deuxième année, explique Mi- une opportunité pour les étudiants. « sez jeune, aux environs de 20 ans. Il y tique », prédit Mihamina Rakotoman-
hamina Rakotomandimby, membre de Il y aura un retour sur investissement a des risques, mais aussi des avanta- dimby. L’ESTI ouvrira ses portes en
l’équipe de pilotage du Projet. Il y aura puisque l’étudiant une fois diplômé va ges ». Si les frais de scolarité sont de 2016 n

Intégration
Vohikala et Vitrine numérique De l’espace
francophone à
Les projets TIC du secteur public la zone économique
par A. Herizo L’espace francophone constitue une zone
économique potentielle avec plus de 228 mil-
e ministère des Télécom- tif. Pour l’université, la vitrine de type lions de locuteurs. Le 2nd Forum Economi-
munications, des Postes et 1 est déjà opérationnelle à Fianarant- que de la Francophonie (FEF) qui s’est tenu
des Nouvelles Technologies soa, à Vontovorona et à Antsiranana. à Paris le 27 octobre 2015 s’est intéressé sur
(MTPNT) veut démocratiser « Le but est de permettre à tous les la manière de donner à cette appartenance à
l’accès des TIC aux ruraux et étudiants d’utiliser l’ordinateur, d’ef- une communauté linguistique un monde des
proposer des outils pédagogiques aux fectuer des recherches de disposer affaires.
jeunes. des nouvelles technologies », expli-
que Tiana Rajaonarisoa. La vitrine Les défis d’une Francophonie économique
Les centres Vohikala sont une sorte est totalement intégrée à l’établisse- sont de taille, rien que du fait de la répartition
de cybercafé multi-service implanté ment. Le Directeur Inter-régional de de la Francophonie sur les cinq continents.
en pleine zone rurale. Ils sont dirigés Fianarantsoa souligne l’importance Dans l’immédiat, le principal challenge est de
par une association villageoise qui a du projet dans l’Ecole nationale infor- donner à l’idée d’une Francophonie Economi-
présenté un business plan. Une équi- matique. « Les étudiants malgaches que des assises robustes, multilatérales, in-
pe issue du MTPNT leur fournit une accessible dans tout Madagascar, sont compétents. Malheureusement, clusives et intégrées, en partenariat avec les
formation dans le domaine technique mais son utilisation reste insuffisant il n’y a pas d’accompagnement quand entreprises.
et en matière de gestion. Un centre est », ajoute-t-il. Le ministère a signé un ils ont réalisé leurs travaux de recher-
doté de 5 ordinateurs et de connexion contrat avec un opérateur télépho- che. Le ministère cherche des gens Ce projet d’une Francophonie économique
internet. Il propose des services clas- nique pour ces Vohikala connectés. qui peuvent accompagner les projets doit être gagnant pour les populations, pour
siques comme la photocopie ou le « Le gestionnaire calcule le prix des », a-t-il déclaré. les Etats et les entreprises, d’autant qu’il s’agit
chargement de batterie de téléphone connexions pour que dans deux ans, d’un enjeu de prospérité, de stabilité et de sé-
portable. Il faut un budget de 30 mil- l’association devienne autonome fi- Les lycées bénéficient d’une vitrine curité, pour la Francophonie. La démarche re-
lions d’ariary pour mettre en place un nancièrement. Le but est qu’il y aura numérique de type 2. Les élèves ont joint ainsi le thème du Sommet d’Antananari-
centre TIC dans un village. d’autres utilisateurs et non pas les accès à des bibliothèques numéri- vo, « Croissance partagée et développement
membres seulement ». L’accès aux ques. Ils peuvent utiliser des tablettes responsable : les conditions de la stabilité du
Une dizaine de centres Vohikala est TIC est aussi tributaire de la disponi- qui demeurent des propriétés de l’éta- monde et de l’espace francophone. »
à créer sur l’axe RN7, mais d’autres bilité de l’électricité. L’alternative de blissement et disponibles seulement
régions seront aussi concernées. « Le l’énergie solaire reste pour le moment en classe. Pour les Collèges d’ensei- A près d’un an du XVIème Sommet de l’OIF, à
ministère se mobilise pour délocaliser réservée aux projets communautaires gnement général, les élèves profitent Antananarivo, l’ambition du FEF était de faire
dans les provinces et dans les zones de type Vohikala. des vacances numériques qui sont un état des lieux de la situation économique
rurales les TIC », affirme Tiana Rajao- des séances d’initialisation en infor- de la Francophonie, de souligner les enjeux
narisoa, Directeur Inter-régional de Les vitrines numériques sont des pro- matique. Ihosy est le précurseur dans et perspectives du développement tout en
Fianarantsoa. « Le téléphone est déjà jets du MTPNT dans le secteur éduca- ce volet du projet n renforçant les liens entre les membres n

MADA 7 SUR 7.com N°21 $ DU 06 AU 18 NOVEMBRE 2015


4 Salon International de l’Habitat 2015

« Un engagement collectif pour


une croissance partagée »
Michel D. Ramiaramanana
Président du comité d’organisation du salon
Recueillis par R. Nirina

Comment expliquez-vous la vérita-


ble explosion du nombre de partici-
pants pour cette 17ème édition du
Salon International de l’Habitat ?

J’estime qu’il y a plusieurs raisons à


cela. L’une des explications les plus
objectives est qu’au fil des années, le
SIH s’est forgé une réputation certaine
auprès des professionnels du secteur.
Les entreprises sont aujourd’hui bien
convaincues de la régularité et du
professionnalisme des promoteurs de
l’événement qui, pour leur part, n’ont ja-
mais cessé de s’améliorer. Pour nous,
la conception perpétuelle de l’innova-
tion est devenue une véritable culture
et cela est maintenant bien perçu par
les entreprises, la communauté socié-
tale et aussi les visiteurs. Cette situa-
tion a alors généré un phénomène de
bouche à oreille particulièrement po-
sitif pour l’événement. L’autre aspect,
c’est un certain contexte économique.
Nous ne sommes pas sans savoir que
Madagascar revient de loin après des
années d’incertitudes. Pour se remet-
tre sur les rails du développement,
le pays doit miser sur des leviers de
croissance forte comme le bâtiment.
C’est un reflexe naturel de vouloir
s’abriter et il est largement prouvé que
l’on peut redémarrer l’économie avec aussi pris conscience que l’immobilier Je tiens d’abord à souligner une fois de de la BAOI, nous avons choisi comme
la construction. Ce qui est difficilement c’est du durable. Ils ont ainsi privilégié plus qu’il n’y a pas de développement référence un tableau peint par l’artiste
le cas avec des secteurs plus lourds ce secteur et le phénomène est en sans énergie. Une énergie qui respecte betsileo Orlando Rabehiandrana An-
à faire avancer comme l’agriculture ou train de prendre une dimension nou- les nouvelles attentes par rapport aux driamampihantona dit Lando intitulé «
l’industrie extractive. velle. Notre sponsor, la BOA Madagas- exigences du développement durable, Le Syndrome de l’île de Pâques. Inquiet
car, est par exemple en train de mettre notamment en matière environnemen- sur les menaces que nous donnions
Le boom de l’immobilier est aussi à profit cette nouvelle donne en propo- tale. Le SIH est à la fois content et fier en héritage aux générations futures
aujourd’hui un fait, bien qu’il ne sant des offres inédites comme un prêt de pouvoir offrir aux professionnels de une grande île désertique et privée de
concerne pas pour l’instant tous immobilier sur 20 ans avec un taux fixe l’énergie la possibilité de faire connaî- sa biodiversité, les artistes plasticiens
les segments du métier. Votre avis de 12%. Nous ne sommes à mon avis tre les nouveaux produits dans ce do- malagasy seront solidairement réunis
là-dessus. qu’au début d’une nouvelle ère dans maine. Certains apporteront au mar- autour d’un manifeste clair d’alerte du
l’immobilier bien que les réalisations ché une réponse domestique telle que citoyen lambda ainsi que de la nomen-
L’immobilier profite actuellement d’une actuelles peuvent déjà s’apparenter à la possibilité de fabriquer de l’énergie klatura dirigeante. Et la BAOI a pour
situation marquée par une circulation un boom du secteur. soi-même. D’autres proposeront des partenaire Gasyplast, une entreprise
de fonds qui, anormalement, s’est produits adaptés au besoin des en- dirigée par un jeune industriel qui ap-
orienté vers les investissements à L’habitat est aussi un secteur qui treprises. Depuis que le salon existe, porte une solution innovante quand le
l’étranger. En outre, nous sommes tous s’intéresse beaucoup aux défis nous avons par exemple constaté la pays décide d’abandonner les sachets
au courant de la situation de surliqui- liés aux nouveaux objectifs de baisse régulière du prix de l’énergie so- en plastique non dégradables.
dité bancaire qui caractérise le secteur développement durable. De quelle laire à Madagascar. C’est un signal fort
financier du pays depuis des années. manière le salon sera-t-il impacté de la part des entreprises opérant sur Justement, pouvez-vous nous dire
Mais les détenteurs de capitaux ont par cela ? ce créneau que nous sommes dans un un mot sur les partenaires de l’évé-
processus de vulgarisation des éner- nement pour conclure ?
gies renouvelables. L’habitat en géné-
ral, dont le salon est devenu sa vitrine Nous avons en effet une relation forte
nationale, voire régionale, surfe sur avec nos partenaires. Certains sont
la vague du développement durable avec nous depuis longtemps à l’instar
et cela se reflètera forcément sur ce de la BOA Madagascar. D’autres sont
que les visiteurs verront durant le SIH venus récemment comme c’est le cas
2015. Mais il y a aussi l’autre événe- de Gasyplast. Je ne vais pas tous les
ment, la Biennale des Arts de l’Océan citer au risque d’oublier quelques uns.
Indien qui se déroulera parallèlement En tout cas, le comité d’organisation et
au SIH. Ce rendez-vous artistique met ses partenaires mènent un travail d’ex-
l’accent pour cette deuxième édition cellence qui mérite d’être mis en avant.
sur la nécessité absolue de protéger Ils nous soutiennent et nous les accom-
nos richesses. Cela va de notre nature pagnons dans un engagement collectif
à notre patrimoine architectural à tra- à mettre Madagascar sur la voie d’une
vers les bâtis traditionnels qui font no- croissance que tous espère partagée
tre identité. Pour cette seconde édition avec le plus grand nombre n

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Salon International de l’Habitat 2015 5

SIH 2015 L’événement en bref


Participation record
SIH 2015 mobilisera près de 120 parti-
cipants répartis sur la plus grande sur-
face utile d’exposition de tout le sud-
ouest de l’Océan Indien (12 000 m²).
Elle va statistiquement enregistrer une
augmentation de plus de 60% d’expo-
sants. Cette performance est rendue
possible selon le comité d’organisa-
tion grâce à une compréhension col-
lective des participants d’occuper des
espaces moins grands. Ce qui per-
met d’organiser la présence d’un plus
grand nombre de sociétés constituant
l’ensemble de la chaîne opératoire de
la filière de l’Habitat. Ainsi, considérant Présidentiels de l’Aménagement du
la surface des stands allant de 9m² à
BOA Madagascar
Territoire et de l’Equipement, cet évé-
280m², cette nouvelle édition va être nement d’une dimension inhabituelle
en mesure de présenter le plus beau
panel d’entreprises jamais proposé Le partenaire fidèle pour Madagascar sera le témoignage
d’un engagement collectif à mettre
par ce Salon de l’Habitat n Madagascar sur la voie d’une crois-
sance que tous espère partagée avec
Une offre diversifiée Premier sponsor du Salon Interna- le plus grand nombre n
tional de l’Habitat, la banque BOA
Allant des produits de décoration pou- Madagascar est un fidèle partenaire Gasyplast dans la cour
vant convenir à tous les goûts, en de l’événement. Mais le leader mal-
passant par les propositions des pro- gache du secteur bancaire aspire
des grands
grammes immobiliers sans oublier les également à devenir un partenaire
solutions de financement jusqu’alors de choix dans le monde de plus en
inédites à Madagascar et bien enten- plus dynamique de l’immobilier de
du avec tous les services liés aux gros la Grande Ile. Elle proposera durant
œuvres, second œuvre et finition, tou- le salon plusieurs produits dont l’of-
te cette chaîne opératoire autour de fre de crédit immobilier « Akama »
la construction, avec les nombreuses avec un tôt fixe de 12% jusqu’à 20
innovations l’accompagnant, seront ans. Quelque 2500 salariés se sont
présentes à ce salon n déjà manifestés auprès de la BOA bancaire malgache se lance entiè-
Madagascar depuis le lancement rement dans cette niche déjà en
de cette offre qui concerne aussi vogue depuis des décennies sous
Une communication bien les promoteurs immobiliers en d’autres cieux. Toutefois, le marché
Spécialisée dans la transformation
toujours plus innovante recherche de financement pour un existant, s’il explose soudainement,
de matières en plastique, Gasyplast
a lancé avec succès le sac biodégra-
projet d’envergure. Le principal ob- mérite quelques réflexions et quel-
Toujours attentif dable fait à base d’amidon nature.
jectif étant de promouvoir le finan- ques ajustements. La concertation
aux nouvelles Réalisé à base de manioc, le produit
cement et la commercialisation de avec les groupements profession-
techniques de phare de la société est compostable
logements à destination de la classe nels comme les bureaux d’étude,
communica- et entièrement inoffensif. Il ne contient
moyenne. les promoteurs immobiliers, les
tion, le Salon aucun composant dangereux et est
constructeurs, les distributeurs de
International de consommable par les animaux. Avec
Avec un marché immobilier marqué matériaux de construction s’avère
l’Habitat va être un temps de dégradation qui peut aller
par une forte demande, les produits ainsi incontournable selon la BOA
l’occasion de de 3 à 6 mois, le sac biodégradable
immobiliers devraient être à moyen Madagascar. Avec près de 90
renouveler une est destiné aux industries pharmaceu-
terme le principal produit phare des agences réparties dans 22 régions
expérience gagnante et unique initiée tiques et cosmétiques, ou encore aux
banques. On parle, en effet, d’un de Madagascar, et avec son ac-
lors de la FIM par la production et la industries de grande consommation.
gap de quelque 960.000 logements tionnaire majoritaire et banque de
réalisation d’une chaîne event TV spé- dans la Grande Ile. Le marché est référence, la Banque Marocaine
ciale, laquelle diffusera durant 4 jours Cette jeune entreprise résolument
énorme en réalité. Mais la BOA Ma- du Commerce extérieur (BMCE), la
des images permettant de mettre de orientée développement durable fait
dagascar se fixe pour le moment un BOA Madagascar tient désormais à
nombreux citoyens au diapason de ce son entrée dans la cour des grands
objectif de 1000 à 2000 logements. jouer un rôle essentiel dans le sec-
magnifique événement. Bien entendu, en tant que partenaire de la Biennale
Pour la première fois, le secteur teur n
l’organisation d’une visibilité majeure des Arts de l’Océan Indien. Elle sera
sur Youtube par notamment la mise aussi l’un des exposants les plus ac-
en ligne des spots de publicité mais tifs de la SIH 2015. A Gasyplast fa-
également par la mise en ligne 24/24 brique également différents types de
décoration d’une maison, ce rassem-
de l’événement seront autant d’action Biennale des Arts de blement unique de créateurs malaga-
tuyaux et tubes en plastique tels que
qui ne manqueront pas de satisfaire l’Océan Indien sy sera sans conteste une des valeurs
le PVC (Polychlorure de Vinyle), le
l’ensemble des citoyens (habitant de PPR (Polypropylène random) et le
ajoutées de cette édition du Salon In-
la cité) toujours avide de nouveauté A l’occasion de la deuxième Biennale PEHD (Polyéthylène Haute Densité).
ternational de l’Habitat n
et de réponses pratiques à leurs nom- des Arts de l’Océan Indien, dont le Se positionnant comme responsable
breux besoins. Grâce à un partena- commissariat général sera assuré par et citoyenne, elle entend satisfaire le
riat avec Mada 7, le salon disposera Michel D-Ramiaramanana, un focus Parrainage du Ministère marché avec des produits de qualité
également d’un numéro spécial de 16 sera fait sur les sculpteurs contempo- d’Etat répondant aux exigences des consom-
pages entièrement en quadrichromie, rains malagasy. Forte d’une histoire mateurs d’aujourd’hui n
distribué gratuitement au Parc Forello bicentenaire à Madagascar et claire- Bénéficiant du parrainage du Minis-
Expo n ment consubstantiel à l’univers de la tère d’Etat en charge des Projets

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6 Comprendre l’Économie

Les arriérés des


dépenses publiques
Page réalisée par A. Herizo,
en collaboration avec
le Bureau du FMI Antananarivo

es arriérés de dépenses publiques sont


des obligations financières de l’admi- Les causes de sés et, souvent, ils ne réappa-
raissent pas. Prévenir
l’accumulation les arriérés
nistration publique dont le paiement n’a
pas été effectué à l’échéance prévue. Cependant, l’accumulation
d’arriérés peut aussi devenir
des arriérés
Concrètement, la définition d’un arriéré
persistante. Cette dernière est
de paiement peut varier d’un pays à l’autre par-
généralement le symptôme de
ce que l’échéance de paiement peut ne pas être faiblesses latentes dans le sys-
clairement indiquée dans les lois, les règlements tème de gestion des finances
ou les politiques en vigueur. Par exemple, dans publiques d’un pays. Les arrié-
certains pays, les échéances de paiement pour rés de dépenses peuvent être
la fourniture de biens et de services sont défi- le résultat de défaillances à une
nies uniquement dans des contrats individuels. ou à l’ensemble des étapes du
Dans d’autres, l’échéance est définie dans une cycle de gestion des finances
loi ou un règlement. Cependant, la pratique in- publiques incluant : un cadre ju-
ternationale sur ce qui constitue un retard ac- ridique inadéquat ; une budgé-
tisation irréaliste ; une maîtrise
ceptable entre la réception et le paiement des
des dépenses insuffisante ; une
factures varie entre 30 et 120 jours. gestion inefficace de la tréso-
rerie qui crée un retard dans le
Les dépenses impayées peuvent être nées d’une traitement des paiements ; une
obligation légale (salaires, pensions, rembourse- absence ou défaillance du sys-
ment de TVA), ou d’un engagement contractuel
L
tème d’information budgétaire
e moyen le plus efficace de
bien précis (prestations rendues à l’administration et financière ; un report délibéré
des paiements ; et une ineffica- contrôler l’accumulation d’ar-
publique sous forme de biens et/ou services), ou

D es arriérés de dépenses cité des sanctions infligées aux riérés est la prévention. Les arrié-
d’une prestation d’un service continu (eau/électri-
apparaissent lorsque responsables qui n’ont pas ap- rés sont dans la plupart des cas un
cité/télécommunication). Le montant des arriérés
l’Etat n’est pas en mesure de pliqué la loi. symptôme de manque de recette
de dépenses correspond en général au montant de se libérer de ses obligations fiscale, et le gouvernement se fi-
l’impayé initial ainsi qu’aux intérêts ou pénalités fi- de paiement dans les délais Dans le cas de Madagascar, nance en ne payant pas ses four-
nancières dues pour retard de paiement. prescrits. L’accumulation d’ar- on peut dire que l’accumulation nisseurs. Dans ce cas, il faut aug-
riérés de dépenses publiques d’arriérés de paiements est pour menter les revenus de l’Etat, voire
L’accumulation d’arriérés de dépenses publiques peut être temporaire comme l’instant temporaire dans la me- réduire les dépenses.
est un problème assez courant dans la gestion des elle peut-être aussi persistante. sure où elle résulte d’un man-
finances publiques. Plusieurs pays africains souf- Elle est temporaire lorsqu’elle que de trésorerie au niveau de
résulte de fortes pénuries de li- l’Etat pour honorer ses obliga- Dans d’autres cas, où les causes sont
frent de ce problème d’accumulation d’arriérés,
quidité au moment du paiement. tions. Ce problème de trésorerie plus bénignes, des mesures correc-
souvent avec des stocks estimés entre 20% et 30%
Ces pénuries s’observent géné- résulte notamment d’un man- tives peuvent être mises en œuvre
du PIB entre 1999-2012 pour des pays comme le
ralement lors de graves crises que de recettes fiscales dont comme le renforcement du cadre ju-
Niger et la Côte d’Ivoire. Dans des cas extrêmes, économiques. Mais, une fois la mobilisation a drastiquement ridique et règlementaire pour prévenir
comme à sa sortie de la guerre civile, le Libéria que le choc immédiat de la crise diminué depuis le début de la l’émergence d’arriérés; un réalisme
avait des arriérés intérieurs envers les fonctionnai- est passé, et que les recettes de crise en 2009, obligeant l’Etat à du budget, par exemple une meilleure
res, les fournisseurs et les institutions financières, l’Etat se redressent et qu’il est se financer à travers les arriérés estimation des recettes, des dépenses
estimés à environ 914 millions de dollars (soit 150 en mesure d’accéder aux mar- de paiement. Dans les mois à et des risques qui pourraient peser sur
% de son PIB). chés financiers, les arriérés sont venir, l’Etat s’est engagé à re-
en général rapidement régulari- le budget. Des améliorations peuvent
dresser ce problème n
être portées sur la comptabilisation
et les informations sur les arriérés ;

Les impacts sont moins intéressées à accumuler


des bons de trésor, augmentant ainsi
le contrôle des engagements des dé-
penses ; la gestion de la trésorerie et

potentiels sur
les taux d’intérêt. Le coût budgétaire de la dette ; la surveillance des admi-
peut augmenter favorisant l’incivisme
nistrations locales et des entreprises
fiscal.

l’économie
publiques ; les systèmes d’informa-
Prenons l’exemple récent et concret tions relatifs à la gestion financière
d’un pays africain. La crise politico- des administrations publiques…
sécuritaire de 2012–2013 en Républi-

U n flux important d’arriérés mas-


que la véritable ampleur du dé-
ficit public, et peut compromettre la
que Centre Africaine (RCA) a mis les
finances publiques du pays à très rude
épreuve. La forte détérioration des fi-
Dans le cas de Madagascar, l’une ou
plusieurs des stratégies mentionnées
précédemment auraient pu prévenir
stabilité macroéconomique. Parmi les nances publiques s’était soldée par l’accumulation d’arriérés au niveau
conséquences économiques d’une une accumulation d’arriérés nets de des entreprises publiques telle que la
accumulation chronique d’arriérés par paiements de l’ordre de 2,3% du PIB,
JIRAMA par exemple. En effet, l’accu-
les pouvoirs publics peuvent figurer un dont 5 mois de salaires et traitements
ralentissement de la croissance éco- au début de l’année 2014. L’aggrava- mulation d’arriérés vis-à-vis de cette
nomique et un coût accru des presta- tion de la situation macroéconomique société d’Etat vient d’une part d’une
tions de services. Les opérateurs, an- a entraîné la destruction de nombreu- sous-budgétisation de la consomma-
ticipant le délai de remboursement, ils ses infrastructures et entreprises ainsi tion d’eau et d’électricité par l’entrepri-
augmentent les primes sur les biens et collusion entre les pouvoirs publics et que la paralysie de l’administration, se, qui se traduit par des allocations
services fournis. On peut aussi crain- les fournisseurs pour accélérer le paie- notamment du cadre de gestion des budgétaires moindres que celle dont
dre une réduction ou une interruption ment ou contourner les procédures finances publiques. La crise a égale- elle a besoin ; et d’autre part d’une
des services publics. usuelles. Les fournisseurs en pénurie ment pesé sur les bilans et la liquidité sous-dotation des ressources bud-
de liquidité peuvent essayer de com- du système bancaire du fait des ar- gétaires pour le paiement des sub-
Les fournisseurs sont en délicatesse bler le manque en empruntant auprès riérés de paiement accumulés par le
ventions sur les prix à la pompe des
vis-à-vis de l’Etat. Les retards de paie- des banques, de telle sorte que de gouvernement et des défauts de rem-
ment chroniques peuvent accroître les nouvelles pressions s’exerceront sur boursement par le secteur privé sur carburants. Il faudrait donc mettre en
incitations à la recherche de rente et la les marchés de la dette. Les banques les prêts contractés n pratique les réformes annoncées pour
assainir les finances de l’Etat n

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À la Une 7
Nouvelle
politique
industrielle
en Afrique
Comment sortir du piège
extractiviste ?

L
a conférence sur le thème bilité du modèle», souligne Marcus
«Nouvelle politique indus- Schneider. A cause de la baisse de la
trielle en Afrique : Comment croissance de la Chine, la stagnation
surmonter le piège extracti- économique en Europe, l’autosuffisan-
viste ? » se déroule à Anta- ce en énergie des Etats-Unis, la baisse
nanarivo, les 03 et 04 novembre, avec des prix des matières premières est la
la participation d’experts africains et in- « nouvelle normalité ». Un développe-
ternationaux, consultants, économistes ment plus équitable passe nécessaire-
et universitaires de renom. Il ne s’agit ment par l’industrialisation. « Tous les
pas seulement d’aborder la question pays riches y sont passés. C’est l’indus-
sur les plans technique et théorique. trie manufacturière qui tire les autres
C’est un vrai débat économique et de secteurs, qui produit de la richesse.
politique industrielle. En Afrique, on ne produit pas ce qu’on
consomme et on ne consomme pas ce
Le ministre Narson Rafidimanana a qu’on produit, L’économie dépend des
évoqué une désindustrialisation de besoins mondiaux. Une politique indus-
l’Afrique en dépit du fait que bon nom- trielle permet de corriger cette désarti-
bre de pays aient profité de la hausse culation. Il faut aussi un changement
des prix des matières premières. « de mentalité et ne plus croire qu’avoir
Nous devons surmonter le piège ex- des ressources naturelles, c’est être
tractiviste car seule l’industrialisation un pays riche. « Cette définition écarte
peut transformer l’économie, relancer la vraie source de richesse qui est la
la création d’emplois, réduire la pau- population avec son ingéniosité, son
vreté ». Il estime que les produits lo- talent, sa diligence… »
caux sont exportés ou consommés
de manière irrationnelle. « L’industrie Des panels de
extractive doit créer plus de valeur discussion
ajoutée, a déclarée le ministre, La po-
litique publique doit être orientée vers Selon, Bodo Ralantoarilolona, direc-
l’efficacité, l’efficience et l’équité ». Il a teur du CREAM, l’industrie extractive
annoncé une nouvelle loi sur l’industrie est une activité qui consiste à prélever
qui va apporter les mesures adaptées des ressources naturelles qui ne sont
aux besoins de Madagascar et non aux pas transformées et qui sont destinées
exigences des marchés mondiaux. à l’exportation. C’est le premier secteur de la politique africaine. « L’Afrique a dans l’industrialisation, ces conditions dis-
d’investissement en Afrique, 76% dans connu des conditions favorables pour paraissent », a déclaré Charity Musamba
La politique industrielle doit être consi- l’OCDE. L’évolution des IDE a ralenti, avancer dans l’industrialisation, ces de l’Université de Lusaka en lançant le
dérée en tant qu’option politique. « La car il faut des investissements à long conditions disparaissent », a déclaré deuxième panel : « Quelles sont perspec-
question n’est plus comment la faire terme et les chocs sont à craindre. Charity Musamba de l’Université de tives d’une nouvelle politique industrielle
mais comment la mettre en oeuvre » Pour le cas de Madagascar, le nickel Lusaka en lançant le deuxième panel dans le cadre de la mondialisation et des
a déclaré Marcus Schneider, Repré- a vu son prix chuter de 70% depuis ter les ressources naturelles avec un régimes de l’OMC ».
sentant-Résident de la Fiedrich Ebert 2007. Elle suggère une stratégie qui modèle industriel qui permet de créer
Stiftung. Il a souligné que l’afro-pessi- permet de bien exploiter les ressour- des emplois. La première journée de Stephen Karingi, directeur de la Division
misme, un continent sans espoir selon ces naturelles avec un modèle indus- la Conférence sur la nouvelle politique Intégration Régionale et Commerce de
un grand journal économique, a été ba- triel qui permet de créer des emplois. industrielle en Afrique a proposé trois l’Uneca a affirmé que «l’Afrique a be-
layé par l’Africa Rising. On est passé de La première journée de la Conférence panels. Le premier a mis en exergue soin d’une stratégie régionale quand elle
l’Afrique catastrophe à l’Afrique émer- sur la nouvelle politique industrielle en l’état actuel de l’économie en Afrique, s’ouvre au monde». Des accords de-
gente. « Le miracle de la croissance en Afrique a proposé trois panels. Le pre- notamment le déclin de l’Afrique émer- vraient protéger ses industries afin que
Afrique n’a pas été durable. La base mier a mis en exergue l’état actuel de gente liée à la fin du boom des matiè- les produits soient transformés avant
de l’Africa Rising a été la hausse des l’économie en Afrique, notamment le res premières, d’être exportés. Il faut notamment réduire
prix des matières premières, les inves- déclin de l’Afrique émergente liée à la les barrières tarifaires. Le troisième panel
tissements étaient seulement dans les fin du boom des matières premières, « La croissance du PIB n’a pas eu a permis de voir « comment concevoir et
industries extractives, la croissance n’a d’impact sur l’emploi, ni sur la diversi- mettre en œuvre avec succès des nouvel-
pas créé des emplois, il n’y a pas eu de « La croissance du PIB n’a pas eu fication des exportations. La manufac- les politiques industrielles ». L’industriali-
transformation économique ». d’impact sur l’emploi, ni sur la diver- ture a diminué… C’est difficile de dire sation peut être entrainée par l’agricul-
sification des exportations. La manu- qu’il y a eu transformation structurelle, ture. Il y a un choix à faire sur la stratégie
Jadis, l’Afrique a été fournisseur de facture a diminué… C’est difficile de La plupart des pays dépendent des : se focaliser sur les avantages compara-
matière première, c’est encore le cas dire qu’il y a eu transformation struc- matières premières, cela varie de 80 à tifs ou se lancer dans les industries à fort
aujourd’hui. Son industrie extractive turelle, La plupart des pays dépendent 90% », a noté le Professeur d’Univer- potentiel. La création durable d’emplois et
a généré une croissance tirée par les des matières premières, cela varie sité Ian Taylor, spécialiste de la politi- le financement de l’industrialisation sont
autres économies émergentes. « Le de 80 à 90% », a noté le Professeur que africaine. « L’Afrique a connu des des défis à relevern
piège extractiviste c’est la non dura- d’Université Ian Taylor, spécialiste conditions favorables pour avancer

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8 À la Une

travers l’exploitation du sous-sol Si on sion de la production locale veut aussi


L’extractivisme crée veut sortir de la dépendance, il faut
créer ses propres industries manufac-
dire que l’Etat se crée une base taxa-
ble et sort de la dépendance vis-à-vis
une dépendance extrême turières. Il faut commencer à produire
pour sa propre population et s’éman-
des bailleurs de fonds. L’industrialisa-
tion, c’est le développement et c’est
ciper du statut de pays fournisseur de aussi la souveraineté nationale.

Marcus Schneider,
matières premières. L’Afrique a été ré-
duite à ce statut par ses colonisateurs. Dans l’élaboration du document de
représentant de Friedrich Ebert Stiftung Malheureusement, on n’a pas encore
su sortir pleinement des structures
politique industrielle, les experts ont
fait un benchmarking avec des pays
économiques coloniales. qui ont réussi leur développement
industriels. Quel serait le pays dont
Des experts internationaux et afri- S’adapter aux besoins des Africains Madagascar devrait s’inspirer ?
cains participant à une conférence au lieu des exigences momenta-
sur l’industrie, la FES et ses parte- nées des marchés mondiaux, n’est- Effectivement, il y a des pays comme
naires ont placé la barre très haut. ce pas passer à côté de grandes la Corée du Sud qui était très pauvre
Qu’attendez-vous de la Conférence opportunités offertes par la mon- et qui avait une économie dominée par
d’Antananarivo sur la « Nouvelle dialisation? l’agriculture, comptant 70 % de pay-
politique industrielle en Afrique » ? sans, qui a pu se développer, car elle
Les grandes opportunités offertes par a su instaurer un Etat développemen-
Nous attendons que la conférence la mondialisation se présentent da- tiste. Elle a relancé l’industrie en se
contribue à renforcer les efforts en- vantage à des pays qui sont capables disant qu’on ne va pas se focaliser sur
trepris pour industrialiser l’Afrique. La d’exporter toute une gamme de pro- les avantages comparatifs. La Corée
politique industrielle, qui a été écartée duits manufacturiers de haute qualité. du Sud n’a pas investi dans le riz une
pour de longues années par le néoli- Pour des pays qui se restreignent à filière où elle aurait pu avoir un avan-
béralisme dominant, est de nouveau exporter uniquement des matières pre- tage. Elle a voulu une vraie industrie
en vogue. Cependant, il faut que les mières et agricoles non-transformées, dans les technologies, dans le textile...
beaux discours se transforment en la mondialisation peut vite s’avérer un en partant de presque de rien. Elle a
actions. C’est pourquoi nous avons piège. construit des branches industrielles.
adopté une approche pratique avec C’est un exemple historique.
des études de cas. Nous aimerions de débattre, ce sont en l’occurrence S’adapter aux besoins de sa propre
bien que Madagascar s’inspire des d’autres qui décident - sans débat - et population veut dire que l’économie Si on prend un pays africain plus ac-
exemples d’autres pays qui ont su peut-être sans tenir compte des inté- malagasy produise pour satisfaire les tuel, on peut évoquer l’Ethiopie qui
construire des industries de transfor- rêts de la majorité. besoins des Malagasy. Ce n’est pas est assez comparable à Madagascar.
mation. normal que si j’entre dans un super- C’est un pays très pauvre avec un
Ces dix dernières années, l’indus- marché de la capitale, j’y trouve que revenu par tête parmi les plus faibles
Est-ce que le manque de débat éco- trie extractive a porté la croissance 95% des produits sont importés. On en Afrique. Comme Madagascar, ce
nomique est un frein au développe- économique de Madagascar sans importe de France, de Chine, de l’Afri- n’est pas un pays dépendant d’une
ment ? que le pays n’intègre les rangs de que du Sud... En même temps 90% seule ressource et qui a une popula-
l’Afrique émergente. Madagascar des Malagasy se trouvent dans une tion aussi importante. L’Ethiopie a fait
Certainement. Le débat reste encore a-t-il déjà un pied dans le piège ex- situation de chômage et de sous-em- beaucoup d’efforts pour investir dans
sous-développé. Il faut comprendre tractiviste ? ploi. Ce n’est point logique. Privilégier l’industrie du textile, l’industrie du cuir,
que l’économie n’est pas une question la production locale veut dire privilégier la fabrication de chaussures… Ces
technique mais une question qui nous Le piège consiste à penser que ce la création d’emplois décents, stables derniers temps, ces industries-là ont
concerne tous. Si on est incapable n’est qu’à travers l’extraction, qu’à et bien rémunérés. Privilégier l’expan- connu un vrai essor n

de l’agriculture sont les leviers PIB et des volumes d’échanges


pour la création de richesses ; commerciaux florissants sont
combinés avec des politiques considérés comme une preuve
L’Afrique a besoin pro-pauvres appropriés visant
à un développement équitable
de réussite. C’est la base du
discours sur l’«Africa Rising».
de repenser ses stratégies et durable qui sont au cœur
de la réduction de la pauvreté
Mais la croissance et le com-
merce des produits ne signifient
de croissance à long terme. Le développe-
ment économique se réfère
pas développement et, en fait,
peuvent être simplement la ma-
généralement à une croissan- nifestation d’une intensification
Ian Taylor, professeur en Relations ce économique durable ac-
compagnée d’une importante
de la dépendance. La grande
majorité des pays d’Afrique que
Internationales et Politique Africai- modification structurelle des l’on dit être émergeants sont tou-
ne, St Andrews University, Ecosse Ian Taylor (Ph. FES)
modes de production et l’amé-
lioration généralisée du niveau
jours bloqués dans les secteurs
des matières premières, et mon-
de vie. L’idée de développe- trent très peu de progrès vers
Quelles sont les caractéristi- de consommation. Ce qui est pour changer la nature de ment a souvent été un synony- l’engagement dans la production
ques principales de la plupart produit n’est pas consommé, et son intégration à l’économie me d’industrialisation et l’histoire industrielle à valeur ajoutée (tout
des économies africaines et ce qui est consommé n’est pas mondiale? économique prouve que si les au contraire, en fait).
comment la période de forte produit. Cette désarticulation est économies n’évoluent pas dans
croissance les a modifiées ? une caractéristique majeure de L’«Africa Rising» a vu le rôle de la chaîne de valeur, elles seront Quelle politique pour soutenir
l’économie politique de l’Afrique l’Afrique renforcé en tant que coincées dans l’ornière du com- la croissance
Pendant la colonisation et la pé- et un facteur clé du sous-déve- source de matières premières merce des matières premières,
riode immédiatement après, la loppement du continent. bon marché, qui sont exportées qui fournissent simplement des L’Afrique a besoin de repenser
structure du commerce extérieur pour alimenter les économies ex- rendements décroissants dans ses stratégies de croissance et
des pays africains a été prin- Les prix des matières premiè- ternes et / ou transformées le long le moyen et long terme. de trouver les voies et moyens
cipalement déterminée par les res resteront-ils sous pres- de la chaîne de valeur en pro- pour les rendre plus compatibles
besoins des maîtres coloniaux. sion dans les temps à venir? duits finis. Puisque les excédents A moins qu’on ait une économie avec l’objectif de développe-
Les pays africains exportaient qui pourraient conduire à des in- engagée dans des activités qui ment durable. Pour soutenir la
principalement les ressources La Banque mondiale prévoit un vestissements industriels ne se offrent des rendements crois- croissance économique, l’Afri-
naturelles telles que le bois et les déclin à court et moyen terme réalisent pas, les pays périphéri- sants au fil du temps (que l’on que aura besoin d’améliorer sa
minéraux et importaient les pro- de la plupart des prix des ma- ques semblent condamnés à être trouve dans la production ma- productivité et sa compétitivité
duits manufacturés. Presque six tières premières. Il y a encore des producteurs de matières pre- nufacturière), l’économie ne se en investissant dans les infras-
décennies plus tard, cette struc- des stocks suffisants de pétrole mières à perpétuité. Le paysage développera pas, il croitra sim- tructures, la technologie, l’ensei-
ture de commerce n’a pas été et d’autres matières premières économique est alors caractérisé plement. Le problème est que gnement supérieur et la santé;
modifiée de façon significative. pour approvisionner le marché, par un faible développement in- les économistes néo-libéraux l’élargissement de la gamme
Invariablement, les pays africains et la demande reste faible, en dustriel, des problèmes chroni- soutiennent que les économies des produits exportés tout en y
n’ont constamment et systémati- particulier pour les produits in- ques de balance de paiements, doivent intégrer l’économie mon- ajoutant de la valeur; et de faire
quement pas réussi à diversifier dustriels. Ceci est la raison pour tout cela sous la conduite d’une diale en utilisant leurs avantages les investissements nécessaires
les échanges commerciaux en laquelle les prix sont susceptibles classe compradore néocoloniale. comparatifs notionnels. Si cela dans les secteurs productifs et
faveur de produits manufacturés. de rester toujours bas. Ceci est Ceci est un problème chronique signifie une focalisation sur l’ex- la facilitation du commerce. Tou-
Le résultat a été la désarticulation maintenant appelé la «nouvelle pour l’Afrique étant donné que traction des matières premières, tes ces mesures nécessitent une
structurelle, où l’Afrique présente normalité». la formation de capacités de alors que ce soit. Dans cette lec- collaboration entre les parties
une désarticulation entre la struc- production manufacturière et ture (tout à fait erronée), la sim- prenantes, sous la direction de
ture de production et la structure Que peut faire l’Afrique l’amélioration de la productivité ple existence de la croissance du l’état développementiste n

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À la Une 9
« Il faut arrêter d’exploiter et Cette transformation et valorisation
locale des matières premières doivent
la suite de l’exclusion de Madagascar
de l’AGOA, les entreprises de ce sec-
d’exporter nos ressources sans permettre de constituer un capital hu-
main, financier et institutionnel capa-
teur ont pu s’adapter en allant sur le
marché de la SADC et sur l’Europe,
les transformer » ble de survivre à l’épuisement de la
ressource minière et à développer le
ce qui nous a permis de stabiliser le
montant de valeur exportée. Plusieurs
renouvellement des ressources agri- entreprises ont ainsi acquis les certifi-
Narson Rafidimanana, coles ou forestières. L’exploitation des
ressources doit être transparente,
cations nécessaires pour une expan-
sion régionale et nationale.
Ministre de l’Industrie et équitable et optimale afin de soutenir
le développement. Le Pays doit ainsi Les industriels malagasy sont donc
du Développement du secteur Privé encourager la diversification, l’inno- dynamiques et ont fait preuve d’une
vation vers un niveau technologique grande capacité de résilience. Pour
élevé à forte valeur ajoutée. qu’ils puissent être compétitifs et viser
beaucoup plus les marchés étrangers,
Apparemment, le syndrome hollan- il est nécessaire de mettre en place
dais avec une économie dépen- Le Président de la République a un environnement loyal et incitatif.
dante de l’industrie extractive n’est incité les nationaux à investir dans
pas d’actualité. Madagascar peut-il l’industrie et à viser les marchés Quel rôle va jouer l’Etat dans la
compter sur le secteur minier pour étrangers. Les industriels malga- nouvelle politique industrielle ?
relancer son développement d’ici ches sont-ils prêts à affronter les
2020 ? marchés régionaux du type SADC L’Etat, via le MIDSP, en sus de son rôle
ou Comesa ? de facilitateur et de dynamiseur, a un
L’exploitation effective et le démarrage rôle beaucoup plus renforcé d’orien-
de l’exportation des deux grands pro- La performance du secteur industriel
tation et d’assistance rapprochée au
jets miniers d’Ambatovy et de QMM à Madagascar est faible avec un sco-
secteur de l’industrie, visant ainsi à
on permis à partir de 2011 au secteur re de 49,25 par rapport à une ligne de
mettre en place des mesures priori-
secondaire de tirer la croissance, frontière mesurée par une fourchette
taires d’appuis à court terme pour la
avec un taux de 22,7 % en 2013, 9,3 de 0 à 100. En effet, les activités de
relance immédiate et la compétitivité
% en 2012 et 4% pour cette année. transformation sont peu représentées
Narson Rafidimanana (Ph. FES) du secteur industriel. Tout ceci en res-
Le secteur minier sera donc l’un des dans le tissu économique malgache
pectant la bonne gouvernance.
piliers de l’économie malagasy par pant activement dans la chaîne de va- au regard de l’importance des po-
les retombées qu’il produira au plan leur industrielle et ce, en transformant tentialités des produits locaux d’où la Dans les prochains mois, un projet
national et au plan local. Il sera par les produits extraits. faiblesse des valeurs ajoutées et du de loi sur le développement industriel
ailleurs, la vitrine internationale pour niveau d’exportation. sera élaboré dans le cadre de la mise
le développement industriel sur notre Comment se préparer pour éviter en œuvre des divers programmes et
territoire. Malgré la situation conjonc- le piège extractiviste ? La filière agri-business est actuel-
plans d’action issus de la politique
turelle actuelle de la baisse des cours lement en phase de self-control où
industrielle. Celui-ci sera suivie de la
des produits sur le marché internatio- Il faut arrêter d’exploiter et d’exporter chaque société crée son propre code
mise en place du code de l’industrie.
nal qui fragilise les entreprises miniè- nos ressources sans les transformer de conduite tout en suivant les nor-
Toutefois, cette mise en œuvre néces-
res, les projets miniers comme QMM et sans penser à la durabilité ou re- mes internationales car il n’y a aucun
sitera la collaboration étroite de toutes
et Ambatovy resteront des exemples nouvellement de la matière première. cadre légal sur le territoire pour pro-
les parties prenantes, le secteur pu-
probants d’investissements impor- Les contrats, que ce soit dans les fessionnaliser davantage le secteur.
blic et le secteur privé, ainsi qu’une
tants pour le pays. Néanmoins, pour secteurs minier, agricole, halieutique Cette jeune industrie est impliquée
bonne coordination et synergie avec
qu’elles profitent à tout un chacun et ou forestier, devraient comporter des dans une démarche d’amélioration
les autres politiques sectorielles n
restent une des filières porteuses, les clauses selon lesquelles ils doivent de continue de ses activités.
industries extractives doivent créer préférence transformer les produits
plus de valeurs ajoutées en partici- d’extraction avant leur exportation. Néanmoins, dans le secteur textile à

Madagascar au tournant de sa politique industrielle

D
epuis 1990, Madagascar La Grande Ile n’a pas connu
a lancé sa première vraie
politique industrielle en une transformation économique
créant les zones franches
industrielles. Ce sont pour Olivier Donat Andriamahefaparany, l’un des experts qui a préparé le Document de politi-
la plupart des industries légères et que industrielle de Madagascar, avec Mireille Ramilisoa Ratoavaloson, a dressé un portrait
non compétitives sur le plan internatio- atypique de la situation de l’économie et de l’industrie dans le pays. « La croissance éco-
nal. Jusqu’en 2012, il n’y a pas eu de
nomique engendre une mutation social, la création d’une classe moyenne, le dynamisme
grand changements ni de diversifica-
citoyen et démocratique. A Madagascar, elle a créé des bouleversements sociaux et des
tion à part les industries minières. Oli-
vier Donat Andriamahefaparany parle crises », a-t-il présenté d’entrée. L’ancien ministre des l’Energie et des Mines souligne que
d’une « tragédie de la croissance à la les crises sont de moins en moins espacées et sont de plus en plus longues.
malgache » en évoquant un PIB/hab
de 470 dollars en 1960, contre 273 La Grande Ile n’a donc pas connu une transformation économique profonde. Il y a eu des
dollars en 2012. A l’aube de l’adoption fluctuations, mais la part du secteur primaire est toujours de 30%, l’industrie contribue à
d’une nouvelle politique industrielle, il 12-13% et le service un peu moins de 60%. « Il y a des corrélations entre, d’une part, la
préconise une industrie à haut niveau Olivier Donat Andriamahefaparany, décroissance et la non croissance, et d’autre part, la non transformation de l’économie »,
de technologie. Le pays, dit-il, doit ren- note l’expert. 70% des habitants contribuent à seulement 30% du PIB. La valeur ajoutée
forcer la compétitivité sur le marché manufacturière est de 45 dollars par habitant en 2010, classant de facto Madagascar parmi
domestique et les marchés internatio- méritocratique ». Une alliance pour les pays industriellement en retard n
naux. Il doit se doter d’un environne- le développement industrielle devrait
ment global des affaires favorables au réunir l’élite politique et économique.
développement du secteur privé. Une plate-forme officielle incarnera le
dialogue permanent entre les secteurs Olivier Donat Andriamahefaparany. « visant à proposer des mesures incita-
La stratégie de mise en œuvre de public et privé, avec la participation de Le développement de l’industrie est tives aux industriels peuvent être re-
cette politique industrielle se reposera la société civile. transversale alors que le gouverne- fusés par le grand argentier de l’Etat.
sur la capacité managériale, des outils ment est structuré autrement. Tout est « C’est pour cela que le secteur privé
et un aménagement institutionnel. « Il Les défis de la nouvelle politique in- sectoriel », affirme-t-il. a changé d’interlocuteur et s’adresse
nous faut des politiciens intelligents et dustrielle de Madagascar sont nom- directement au MFB alors que cela ne
nationalistes, des leaders politiques breux. Un programme d’action doit en L’ancien ministre souligne le déséqui- doit pas être le cas ». L’expert préconi-
visionnaires qui arrivent à dépasser découler. Il sera mis en œuvre grâce libre des pouvoirs entre le ministère se une transformation progressive de
les intérêts politiques, économiques à des moyens juridiques, financiers et de l’Industrie et du Développement l’Etat néo-patrimonial faible à un Etat
et tribales, en rapport avec les eth- humains. Le défi politique est d’instau- du Secteur Privé et le ministère des intelligent et développementiste n
nies. Il nous faut une bureaucratie rer un « whole government », soutient Finances et du Budget. Des initiatives

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10 À la Une

Transformation de l’économie res, améliorer la santé et l’éducation.


Au début des années 2000, la crois-

La fascinante épopée de l’Ethiopie


sance n’a pas été élevée pour réduire
la pauvreté. Le rythme de la démogra-
phie est plus élevé que la croissance
de l’agriculture. Le Plan de développe-
ment orienté lutte contre la pauvreté a

E
permis de donner une autonomie aux
En termes de benchmarking, Etats fédéraux pour développer leur
on fait toujours référence à ville. Cette décentralisation a boosté la
des pays émergents, ceux qui croissance à 10,5%, avec une inciden-
ont réussi leur transformation ce significative sur la baisse du taux de
industrielle. A la conférence pauvreté. « Les investissements sur le
sur la Nouvelle politique industrielle en long terme ont commencé à porter ses
Afrique, le cas de l’Ethiopie est certai- fruits », commente Seid Nuru Ali.
nement celui qui a retenu le plus d’at-
tentions. C’est l’histoire de la réussite Grâce à ce plan de développement
d’un pays qui était ravagé économi- remanié, « l’économie est plus ré-
quement par les conflits internes et les siliente même s’il y avait des sèche-
régimes anti-démocratiques. La corré- resses, des crises sur le plan interna-
lation entre l’amélioration du contexte tional. Il n’y a pas eu d’impact. Il y a
politique, la mise en place d’une politi- une forte croissance économique et
que de développement et la croissan- beaucoup d’espoir ». Tout n’est pas
ce économique est évidente. « 1990 a pour autant parfait puisque le secteur
été le tournant de notre économie. Le privé a tendance à se tourner vers des
pays était sur le point de se désinté- activités de rente et les services. La
grer », note Seid Nuru Ali de l’Associa- manufacture n’a pas été développée.
tion Ethiopienne pour l’Economie. Le L’industrie contribue à 9% de la crois-
rôle de l’Etat devait aller au-delà de la sance contre 40% pour l’agriculture.
fonction de maintien de l’ordre ». Les actifs qui quittent le secteur agri-
Seid Nuru Ali (Ph. FES) cole intègrent surtout le secteur des
Entre 1974 et 1990, l’économie plani- services. Seid Nuru Ali explique que
fiée par un régime dictatorial avait une Stabilité, inclusivité et redevabilité important qui fait office de crique et qui les clés de la transformation structu-
croissance du PIB assez stable mais a un effet multiplicateur. relle de l’économie sont la croissance
faible. L’Ethiopie renoue avec la vraie « La stabilité et la sécurité étaient les du revenu per capita, le changement
croissance en 1990 grâce à son entrée conditions sine qua non à la crois- L’Ethiopie a fait preuve de pragmatis- de la composition des activités et la
dans l’ère de l’économie de marché, sance », a affirmé Seid Nuru Ali, me dans la gestion de son économie transformation institutionnelle. « Si vo-
avec une moyenne de 4,3% jusqu’en soulignant le rôle majeur qu’ont joué et de l’environnement économique. « tre pays a un grand marché domesti-
2000. Un premier plan de développe- les différents leaders politiques dans Il faut être amis avec tout le monde que, ne vous concentrez pas sur les
ment a permis d’accélérer cette crois- cette transformation de l’économie. » pour préserver la stabilité. Maximi- activités d’exportation », conseille-t-il.
sance à 5,9% durant les cinq années Le système impérial avait écarté les ser les ressources a été un défi. La Il souligne la nécessité de l’implica-
suivantes. A partir de 2005, le pays a paysans. Or, l’inclusivité et la mobili- redevabilité a été l’une des clés de la tion du gouvernement et des acteurs
lancé un Plan de développement et de sation sociale se sont avérées par la réussite. Il y a un système de notation industriels.
lutte contre la pauvreté plus orienté suite être un moteur. Par exemple, les des membres du gouvernement et la
vers le développement urbain qui a citoyens sont sollicités à financer la sanction peut aller jusqu’à l’emprison- Produire et vendre de l’énergie
donné des résultats significatifs, avec construction d’un pont. « Moi-même, nement en cas de faute et de mauvais
une croissance solide de 4,9%. On j’ai contribué en donnant un mois de résultats. La diversification des capitaux et la ca-
peut apprécier les résultats de ces salaire », confie l’économiste éthio- pacité financière des entreprises sont
différentes stratégies économiques pien. A part l’inclusivité, le pays a Les clés d’une transformation les nerfs de la guerre dans le processus
par des indicateurs sociaux sur deux fondé son développement sur la capa- structurelle de transformation industrielle. « Il faut
périodes, à savoir les années 1995 cité à long terme. L’éducation a été le une stratégie mais aussi des moyens
et 2014. Le taux de scolarisation est secteur qui a servi de levier. « C’est La transformation économique a pour- », martèle Seid Nuru Ali. L’Ethiopie
passé de 26 à 95% au niveau primai- comme le principe de Pascal en physi- tant nécessité du temps. Quand l’agri- mise sur l’autosuffisance dans le fi-
re, le nombre d’étudiants est passé de que, explique l’expert. N’essayez pas culture occupait 85% de la population nancement de ses grands projets. Le
30 000 à 385 000 dans les universités, de soulever une voiture par la force de active et générait 65% du PIB, il fallait barrage hydroélectrique du Nil est un
l’espérance de vie qui n’était que de vos bras, utilisez plutôt une crique », renforcer la capacité de production, symbole de ce développement éco-
43-46 ans a atteint 64 ans. compare-t-il. Il fallait donc un secteur construire des infrastructures routiè- nomique et va apporter 6 000 MW
de plus à la production d’électricité.
Le pays espère atteindre la barre des
60 000 MW en 2020 et se positionne

Les perspectives de l’industrialisation en Afrique


comme un exportateur d’énergie. Mé-
tro, aéroport international, de grands
projets immobiliers... la construction

L
est en plein boom. « L’Ethiopie est un
pays étonnant. 50% de la population
ors de la conférence qui a sont des pauvres ruraux alors que les
réuni des experts africains et autres 50% bénéficient des services
européens à Antananarivo, globalisés, commente Seid Nuru Ali.
les thématiques sur les pers- C’est l’avantage d’être en retard, nous
pectives et la mise en œuvre pouvons prendre des raccourcis ».
d’une nouvelle politique industrielle
en Afrique ont mis en exergue des Lors de la conférence sur la Nou-
avancées importantes en termes de velle politique industrielle en Afrique,
développement depuis le début 2000. l’exemple éthiopien a captivé une
Cependant, il semble que cette « Afri- assistance quelque peu admirative.
que émergente » est encore fortement « Vous êtes les meilleurs en Afrique,
dépendante de ses ressources natu- vous avez fait ce qu’il fallait », a lancé
relles et des fluctuations de prix des L’industrialisation est un processus culièrement à axer dans ce sens pour
complexe et spécifique au pays. Les le professeur Roman Grynberg, de
matières premières sur les marchés faciliter les interrelations sectorielles.
expériences réussies des autres pays Namibie, soulignant que malgré le fait
internationaux. Des efforts de diversi- Les chaines de valeur mondiale sont
sont à mettre à profit mais ne peuvent que l’Ethiopie sert toujours d’exemple,
fication sont encore à entreprendre. des opportunités que les Etats doivent
cependant pas être dupliquées sans elle n’a pas encore réussi une vérita-
saisir pour stimuler l’économie domes-
efforts de coordination et d’alignement ble transformation structurelle de son
Les experts internationaux intervenant tique. Dans une politique industrielle,
des politiques et mesures. économie. Seid Nuru Ali a le triomphe
lors des panels de discussion ont sou- l’industrialisation doit avoir une por-
modeste. « On a une demande do-
tenu que l’industrialisation est sans tée sociale autre que la simple créa-
Une spécificité en Afrique est la qua- mestique de 90 millions d’habitants
contexte source de progrès, de déve- tion d’emplois. La mise en place des
si-inexistence des industries de taille mais la transformation n’est pas là. La
loppement et de richesses. La multi- banques de développement est une
moyenne ; ce qui n’est pas sans politique d’industrialisation va com-
plication des échanges commerciaux alternative de financement que l’Etat
conséquence sur la formation de la mencer réellement cette année ». Il
encourage les pays à s’industrialiser. peut adopter. L’idée est qu’il y a suf-
chaine de valeurs. Le commerce doit estime que le pays a juste commencé
Les marchés à l’intérieur du continent fisamment de ressources sur le conti-
être focalisé sur cette valeur ajoutée. à avoir la culture industrielle et devra
sont à exploiter à cet effet à travers nent pour financer ses infrastructures
Les interventions de l’Etat sont parti- investir dans ses capacités à générer
l’intégration économique régionale. et son industrialisation.
de la croissance n

N°21 $ DU 06 AU 18 NOVEMBRE 2015 MADA 7 SUR 7.com


Entreprise 11
AccesBanque Madagascar
développée. Nous tenons à prendre
des risques avec ces entrepreneurs
qui eux aussi ont besoin de finance-
ment et d’encouragement dans le dé-
fis qu’est l’entrepreneuriat. Le Pays a
« Nous allons continuer nos investissements dans l’expansion besoin d’emploi et de valeur ajoutée et
les micro et petites entreprises consti-
de notre réseau » tuent une solution idéale à cela. Mais
pour que ce domaine se développe,
ces entrepreneurs ont besoin d’assis-

Adrian Chindris,
tance technique, d’environnement fa-
vorables et bien sûr d’appui financier.
Directeur Général d’AccesBanque Madagascar Ce dernier étant la mission d’Accès-
Banque en faveur de l’entreprenariat à
Madagascar.
Recueillis par J.R
Quelles sont vos perspectives pour
cette année 2015 ?
Mada 7 : Les particularités de votre fit financier au centre du développe-
banque par rapport à celles établies ment de sa stratégie d’affaire. Une banque qui couvre tous les be-
avant vous à Madagascar soins des entrepreneurs Malgaches et
AccèsBanque est souvent réputée leurs familles, la couverture nationale
Adrian Chindris : AccèsBanque Ma- pour la cherté de ses crédits… et une forte contribution à l’inclusion
dagascar ou ABM est une banque qui financière à Madagascar. Cela signifie
a pour mission de faciliter l’accès au Il est incorrect de dire que le crédit chez que nous allons continuer nos inves-
financement des micro-entreprises et ABM est cher. Ce tarif est fixé selon tissements dans l’expansion de notre
PME. Dans ce contexte, la Banque est les risques qu’encourt la Banque en réseau, augmentant le niveau techno-
spécialisée dans l’octroi de micro cré- finançant la personne ou l’entreprise et logique lié à nos produits et services,
dits pour les petits entrepreneurs qui notre intérêt reste identique au marché trouver les meilleures solutions pour
n’ont pas pu obtenir du crédit auprès pour le segment cible que nous finan- nos clients tant au niveau national
des banques traditionnelles. Notre ap- çons traditionnellement, c’est-à-dire qu’international. La coopération avec
proche est basée sur l’évaluation du les micro, petites et moyennes entre- les grandes institutions internationales
revenu de la personne et de ses capa- prises. De plus, ce tarif n’est pas figé. Il (PNUD, USAID, IFC etc.) permettra
cités plus que sur des états financiers dépend plus du profil du demandeur et également d’améliorer notre présence,
qui sont plus compliqués à obtenir pour de la nature de ses activités. Il ne faut notre impact et notre capacité de servir
une petite PME. pas non plus oublier qu’AccèsBanque les clients. Nous ambitionnons aussi
est innovateur en matière de services d’ouvrir des agences ou points de ser-
Il en est de même pour nos services bancaires en octroyant des crédits à vices afin de couvrir toutes les régions
bancaires, notamment au niveau de des entreprises qui n’étaient pas éli- de Madagascar pour les 3 prochai-
l’ouverture de compte qui ne néces- gibles au crédit au sein des banques nes années. Ceci nous aidera à être
site aucun justificatif de revenu. Nous différentes offres. De par la structure traditionnelles auparavant. parmi les banques les plus proches de
estimons que les services bancaires de son actionnariat, ABM est la seule Evidemment, le niveau de risque as- la population. Ainsi, une cinquantaine
sont des outils qui soutiennent les banque avec une forte vocation axée socié au financement de ce segment d’agences et points de services seront
PME. Ainsi, il est important que ces vers le développement. C’est pourquoi de clientèle est beaucoup plus élevé ouverts dans les 3 prochaines années,
dernières aient accès facilement aux notre établissement ne met pas le pro- que par exemple le financement d’une un objectif visant à élargir le réseau
grande société qui s’est déjà beaucoup AccèsBanque n

Mikea Lodge Paositra Malagasy


Action de séduction à Paris Nouveau cap
Par R.Nirina Par R.Nirina

ikea Lodge souhaite mieux se faire a célébration de la


connaître de la clientèle touristique Journée Mondiale de
européenne sans oublier les autres la Poste, le 9 octo-
régions du monde. Une présentation bre 2015, a permis
officielle de l’hôtel a ainsi eu lieu sur à la Paositra Mala-
Paris le 1er octobre dernier en présence du Ministre gasy de rappeler sa vision
du Tourisme Ulrich Andriantiana, qui avait également 2014-2018 de la Paositra
honoré de sa présence le 25 avril lors de l’inaugu- Malagasy : « Rester leader
ration officielle sur Andravona. La rencontre s’est dans le secteur et devenir
déroulé au fief parisien de la Chocolaterie Robert, la référence ». Pour les diri- tique postale, poste aux let-
la boutique l’Atelier C, Paris XIIème, qui ouvrira of- geants de cette institution de tres, colis postaux, épargne,
ficiellement ses portes en ce mois d’octobre. L’op- service public, l’avenir de la chèque postaux, courriers
portunité pour Nirina Ramanandraibe, le PDG du poste se prépare maintenant express intérieurs, vente de
Mikea Lodge d’éclairer le public cible sur le concept et qu’il est primordial de tra- cartes de recharge, transfert
et les atouts de l’établissement. Ce manager voulait vailler sur la création de pro- d’argent (mobile banking),
notamment séduire les agences, T.O et exposants duits et services de nature cyber Clinique, International
malgaches qui présents dans la capitale française mer aux couleurs émeraude. Le Mikea Lodge, joyau à répondre aux besoins des postal system (IPS), Inter-
dans le cadre du salon Top Résa. Une présentation touristique de la Région Atsimo Andrefana est main- clients d’aujourd’hui et de de- national Financial System
et une dégustation du chocolat de Madagascar a eu tenant ouvert depuis plus de 6 mois. La première main. Les maîtres mots pour (IFS), Distributeur Automati-
lieu également après un cocktail convivial. haute saison a été fructueuse avec des touristes cette année sont l’innovation, que de billets (DAB). Ce bu-
essentiellement résidents et régionaux. La passion l’inclusion et l’intégration reau, dans la lignée de celui
Pour ceux qui ne le savent pas encore, le nom de pour la forêt des Mikea, son endémicité et sa tribu des activités. La poste est d’Analakely, inauguré en mai
l’hôtel est avant tout un hommage à une tribu mythi- ainsi que le charme du lagon restent des qualités fa- aujourd’hui appelée à jouer dernier, sera aussi équipé de
que connue sous le nom de Mikea. Elle réside dans vorables du site qui passionnent autant les nationaux un rôle encore plus important caméras de surveillance. La
la forêt sèche où la biodiversité est exceptionnelle. que les étrangers. La destination Mikea Lodge offre en tant qu’infrastructure de Paositra Malagasy, malgré la
Ce peuple de la forêt est connu pour être de vérita- aux familles et groupes la possibilité d’y séjourner développement. baisse sensible des courriers
bles chasseurs-cueilleurs. Il est associé aux légen- même pour du long séjour car le lodge se destine qu’elle traite, a pu doubler
des liées aux esprits de la forêt et il est préservé de aussi bien aux amoureux de la nature qu’aux adep- Le bureau de poste de Sa- son chiffre d’affaires, grâce
la « civilisation ». Au cœur des domaines Manohisoa, tes de farniente. Mikea Loge propose de multiples botsy Namehana bénéficiera à l’intégration des nouvelles
le Mikea Lodge avec ses 10 bungalows de charme activités terrestres et nautiques qui n’ont rien à en- aussi de l’avantage des nou- technologies dans les servi-
s’étale sur une plage de sable fin caressée par la vier aux autres destinations du monde n velles technologies : une bou- ces postaux. n

MADA 7 SUR 7.com N°21 $ DU 06 AU 18 NOVEMBRE 2015


12 Entreprises

TOTAL
Lancement du Challenge « Startupper de l’année »
dans le sociétal depuis de nom-
breuses années. Pouvez-vous en
dire plus ?

Alexandra Skandar, Il y a 4 thèmes phares : la Sécurité


chef de projet routière, l’accès à l’Energie, la Forma-
tion/Education et la Santé. On peut
citer quelques exemples d’actions de
Recueillis par A.Herizo la filiale. Total Madagasikara soutient
l’Association Pour que Vive Maroala,
Nous avons choisi Thierry Rajaona, Chaque lauréat bénéficiera d’un ac- qui œuvre dans le nord de Majunga
comme parrain de cette première compagnement personnalisé destiné et qui a créer des dispensaires, et
édition du Challenge afin de soutenir à l’aider dans la création et/ou le dé- des bateaux médicalisés afin que des
et promouvoir l’image du Concours veloppement de son entreprise. équipes médicales puissent soigner,
sur la Grande Ile. Ce choix a été fait vacciner la population se trouvant
naturellement car c’est un chef d’en- Que diriez-vous pour convaincre dans des villages difficiles d’accès
treprise reconnu de par son parcours, les jeunes de participer ? par voie terrestre. Notre entreprise a
son dynamisme, de par son compor- octroyé 1800 lampes solaires aux vic-
tement éthique qui correspond tout à Le challenge est ouvert aux jeunes de times des inondations du début d’an-
fait aux valeurs du Groupe TOTAL. 18 à 35 ans, de nationalité malgache née 2015.
Le Jury de Professionnel a été choisi ; donc l’objectif de ce Challenge est
selon les mêmes critères, et sera pré- bien d’offrir une opportunité à la jeu- Total Madagasikara a lancé en 2015,
Présentez nous le challenge « sidé par Eric Rajaonary président du nesse malgache. Il n’y a pas de res- le Young Graduate Program qui vise
Startupper de l’année » FIVPAMA. triction au niveau des secteurs d’ac- à identifier de jeunes diplômés malga-
tivités. ches, à les intégrer dans les équipes
Initié par le groupe Total dans 34 pays Quels sont les critères retenus pour locales pendant 6 mois et ensuite à
d’Afrique simultanément, ce concours apprécier un projet ou une startup Les 3 lauréats seront primés à hau- les envoyer dans une autre filiale pour
a pour objectif d’identifier, de primer Les critères de sélection sont entre teur de 50 millions, 30 millions et 20 12 mois supplémentaires pour finali-
et d’accompagner les meilleurs pro- autres : le caractère innovant, l’origi- millions d’ariary pour concrétiser leur ser leur formation. La compagnie est
jets de création ou de développement nalité et l’audace du projet, son poten- projet. Ils bénéficieront d’un accom- engagée également dans la sécurité
d’entreprises de moins de deux ans tiel de développement ou encore sa pagnement de TOTAL et de ses par- routière. Nous avons mis à la dispo-
à Madagascar. Les projets lauréats capacité à améliorer les conditions de tenaires, dans la création de leurs sition des enfants des écoles primai-
recevront le label Startupper de l’an- vie des populations. entreprises. Et enfin, ils recevront Le res publiques, un outil ludique sur la
née 2016, ainsi qu’une aide financière label Startupper de l’année 2016. sécurité routière qui leur apprend les
et un accompagnement de la part de Quels genre d’accompagnement comportements à avoir ou ne pas
TOTAL. total promet aux startuppers Total Madagasikara est engagé avoir sur les routes.

Interview

« Nous croyons au développement du pays à l’instar d’autres pays africains, on les marchés de niche parce que nous
aurait pu exiger une participation de valorisons notre authenticité. Dans la

avec une politique industrielle forte » l’Etat dans les capitaux des sociétés
minières.
filière chocolat, par exemple, on ne
peut pas concurrencer les industries
qui ont une importante production.
Fredy Rajaonera, Auparavant, le Vita gasy était
dénigré pour la mauvaise qualité
Cela va peut-être venir. Pour le mo-
ment on se positionne sur un marché
Président du SIM de nos produits, aujourd’hui le Vita
Malagasy est une fierté. Entre ces
de niche.

Recueillis par A.Herizo deux étapes, il y a eu certainement Comment rendre nos industries
des efforts de la part de nos indus- plus compétitives ?
Le secteur privé a fait des proposi- tries, qu’est-ce qui a été fait pour
avoir ce saut qualitatif ? C’est le prix de nos produits qui fait
tions pour la politique industrielle.
la compétitivité. La première manière
Qu’est-ce que le SIM attend de
Il y a eu beaucoup d’efforts d’investis- c’est l’économie d’échelle, produire
l’Etat aujourd’hui ? en grande quantité pour que les prix
sement et de formation. Les industriels
ont investi dans les machines, les ma- diminuent. Deuxièmement, les taxes.
La future politique industrielle est le Le gouvernement doit prendre des
fruit d’une collaboration entre le sec- tières premières, l’aspect emballage.
Les produits sont valorisés par la mesures incitatives en matière de
teur privé et l’Etat. Il y a eu un atelier fiscalité ou d’autres qui protégeraient
avec les opérateurs économiques afin beauté de l’emballage, la technicité.
JB, une des plus anciennes biscuite- les produits nationaux. Par exemple,
de savoir la priorité des industriels. Plu- à l’île de La Réunion, une taxe octroi
sieurs grandes idées ont été relevées. ries de Madagascar a su moderniser
sa production et exporte aujourd’hui de mer est appliquée sur les produits
Premièrement, l’industrie malgache a importés, car il y a déjà une industrie
besoin d’une source d’énergie stable, dans les autres îles de l’Océan Indien.
La filière yaourt propose des produits qui les fabrique localement. Pourquoi
les outils doivent fonctionner de ma- ne pas faire la même chose à Mada-
nière continue. Deuxièmement, il fau- très compétitifs en termes de qualité.
Pour la formation, on a envoyé des gascar.
drait définir des normes et des stan-
dards de qualité pour les produits de Fredy Rajaonera, Président du techniciens se former à l’extérieur.
Quelles sont les industries à fort
Madagascar. On doit déterminer les Syndicat des Industries de Madagascar Pour préserver ce niveau de qualité,
potentiel qui devraient intéresser
normes que doivent respecter les pro- il faut suivre l’actualité de l’industrie.
les investisseurs ?
duits importés. Nous avons insisté sur lois et les arrêtés, et surtout d’en faire Les industriels doivent communiquer
l’aspect contenant. Tous les produits le suivi. La priorité de mon mandat à entre eux. Ils doivent être présents Il y a encore beaucoup de places pour
doivent avoir une mention en malga- la tête du Syndicat des industriels de dans les manifestations à caractère la transformation. On produit 50 000
che, en français ou en anglais. Il ne Madagascar c’est l’élaboration de la commercial pour faire connaitre les tonnes de litchis et on en exporte seu-
faut pas non plus oublier l’aspect for- politique industrielle. La proposition produits malgaches. Que nos ambas- lement 17 000 tonnes. La différence
mation et ressources humaines. Les de loi sera normalement présentée à sadeurs et les attachés commerciaux n’est pas totalement engloutie par le
entreprises doivent avoir une politique l’Assemblée nationale en 2016. Nous de nos ambassades soient les VRP marché local. Il faut créer des activi-
claire en termes de formation, car elle croyons au développement du pays des produits de Madagascar. tés de transformation pour fabriquer
permet de moderniser les industries. avec une politique industrielle forte. des litchis en conserve, des pulpes de
Il faut une harmonisation du déve- L’industrie malgache serait plutôt litchi ou des fruits congelés. Si les in-
On veut que l’Etat ait un dialogue loppement industriel. C’est à l’Etat de niche, on ne se positionne dustries malgaches existent toujours,
permanent avec les industriels. Nous de défendre les intérêts politiques et pas pour des produits de grande c’est qu’elles se sont battues et conti-
voulons être consultés. Où le bât bles- financiers du pays. Politique en disant consommation issus de très gran- nuent à le faire. Nous souhaitons que
se, c’est qu’il n’y a pas d’application. qu’il ne faut pas piller nos richesses. des unités de production. l’Etat défende nos intérêts sur le plan
C’est à l’Etat de mettre en place tout Financier en sachant combien cela commercial n
ce qui est prévu dans les textes de va rapporter à l’Etat. Par exemple, Oui, notre industrie se spécialise dans

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Société 13
Lutte contre l’insécurité alimentaire
Le PAM et la FAO en action dans le sud
Recueillis par A.Herizo

Des actions insuffisantes pour


une situation préoccupantes
Selon le Représentant de agricole 2014/2015. Près les outils de production ;
la FAO, Patrice Talla Takou- de 1,9 million de personnes, la réduction du nombre de
kam, « les évaluations me- représentant 46% de la po- repas ; la consommation

©PAM/Lalaina Raoelison
nées depuis 2014 ont fait pulation de huit régions, d’aliments de disette, tels
ressortir que les actions sont en insécurité alimen- que le fruit du cactus rouge,
menées ou en cours ne taire parmi lesquelles plus ou la déscolarisation des
sont pas encore suffisan- de 450,000 personnes, soit enfants pour faire face à la
tes pour faire face aux si- 12% de la population, sont situation.
tuations prévalentes. La confrontées à une insécu-
situation actuelle nécessite rité alimentaire sévère. « Quand les gens ont re-
des actions concrètes des cours à de telles mesures,
différents acteurs œuvrant Les plus touchées sont les leur résilience aux chocs
es programmes du gouverne- renforcer leur résilience et les aider à dans la sécurité alimentaire régions Androy, Anosy et diminue. Il est crucial de
ment à travers le ministère de préparer la campagne agricole. Des afin d’aider la population à Atsimo Andrefana au sud poursuivre l’assistance, non
l’Agriculture, de la FAO et du suppléments nutritionnels seront don- se relever rapidement et du pays, où 380 000 per- seulement pour permet-
PAM contribuent à l’atteinte de nés aux femmes enceintes et allai- d’éviter une situation plus sonnes, soit 30 % de la tre aux communautés une
l’Objectif de Développement tantes, aux enfants de moins de deux alarmante». population, sont affectées. consommation alimentaire
Durable 2 qui est d’éliminer la faim, ans pour poursuivre la prévention et Les sept districts les plus adéquate en période de
améliorer la nutrition et promouvoir le traitement de la malnutrition aigüe La situation dans le sud affectés sont Amboasary, soudure, mais également
une agriculture durable. Ils contri- modérée. est due à la diminution si- Ambovombe, Beloha, Be- pour les aider à recouvrer
buent au renforcement de la résilien- gnificative des productions kily, Tsihombe, Betioky, leurs moyens de subsis-
ce des communautés vulnérables aux Le PAM appuie également le traite- vivrières. Cette année, les Ampanihy. Les ménages tance et renforcer leur ré-
catastrophes naturelles, notamment ment de la malnutrition aigüe modérée, déficits pluviométriques y continuent de recourir à silience », affirme Willem
en préparation aux éventuels impacts avec l’Office National de Nutrition et durant le dernier trimestre des stratégies de survie Van Milink, représentant du
du phénomène El Niño qui affectera le des partenaires tels qu’Action Contre 2014 ont beaucoup pertur- néfastes, dont la vente de PAM à Madagascar.
climat de l’ensemble du pays. la Faim, pour 7 000 enfants. Un appui bé le cours de la campagne leurs biens, notamment
logistique a été donné au Programme
A partir de novembre jusqu’à la pro- National de Nutrition Communautaire
chaine récolte en février 2016, le Pro- pour l’acheminement d’urgence par distributions de semences améliorées hectares et favoriser une disponibilité
gramme Alimentaire Mondial assis- avion d’aliments thérapeutiques prêts résistantes aux conditions climatiques alimentaire d’appoint à plus de 13 000
tera 130 000 des personnes les plus à l’emploi afin d’éviter une interruption prévalentes dans le sud. ménages dans les Régions Anosy et
vulnérables dans les districts d’Am- du traitement dans la prise en charge Androy. Le fléau acridien, qui a fait
boasary, Ambovombe, Tsihombe, de 15 000 enfants malnutris. Les paysans pourront planter du ma- des ravages sur les cultures et pâtu-
Beloha et Betioky. Cette assistance nioc, haricot, niébé, patate douce, rages en 2013 et début 2014, est pra-
sera réalisée par des distributions de L’Organisation des Nations Unies pour cultures maraîchères… avec de tiquement contenu grâce aux efforts
vivres ou d’argent contre la création l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) meilleures chances d’obtenir une ré- déployés par le gouvernement et la
d’avoirs communautaires, et de vivres est intervenue dans le cadre d’une re- colte. Le but est de donner une pos- FAO n
aux familles sans force de travail pour lance agricole d’urgence à travers des sibilité de ressemis sur plus de 6 000

Forêts Tapia des efforts conséquents en ma-


tière de participation citoyenne
organisée depuis la base (foko-

de l’Itasy
nolona).

Les services techniques décon-


centrés (eaux et forêts, environ-

Soutenu par
nement, agriculture) et le District
sont impliqués dans cette action
à titre de soutien technique, stra-
tégique voire politique. Une cer-

le projet SATA
taine appréhension est consta-
tée de la part de ces services
vis-à-vis des communautés de
base dès qu’un intervenant ex-
térieur déclare développer une
Par R.Nirina approche communautaire. Ce
qui justifie, selon Haingo Miora
Rakotoarisoa, responsable du
e projet SATA (Sahan’An- pellation, de contre-pouvoir et contribuer de manière effective communal, régional et même projet Sata, la priorisation des
draikitra, Tetim-pitondra- de plaidoyer. Parmi les résultats à l’élaboration de la stratégie national. Puis, ils aspirent éga- activités portant sur le renforce-
na, Arohevitra), accorde attendus par le projet figure en nationale sur la gouvernance lement à une meilleure prise en ment de capacités des groupes
une importance particu- tête de liste l’organisation et la communautaire des ressources compte des enjeux socio-éco- cibles (formations, appui-con-
lière à l’accompagnement formalisation des communautés naturelles. nomiques afin que les intérêts seil, échanges), l’appui à la dé-
des gestionnaires (OSC) des fo- de base. Mais il y a également communs dépassent le stade marche participative et inclusive
rêts Tapia, dans la région Itasy. Il l’institutionnalisation des dis- A noter qu’une trentaine de com- de conservation des ressources. (réflexions, évaluations conjoin-
a pour objectif principal de met- positifs et des mécanismes de munautés de base, une union et Il faut savoir qu’un grand nom- tes, focus group, débat citoyen),
tre en place un mécanisme de participation des OSC dans le une plateforme régionale consti- bre de communes de la Région l’accompagnement du proces-
dialogue structuré entre les dif- dialogue de politique local, sans tuent les principales cibles de sont peu outillées et ont besoin sus global qui inclut entre autres
férentes parties prenantes afin oublier le développement des l’action. Leur motivation vis- à d’accompagnement pour ani- les plans d’aménagement et de
que les acteurs cibles puissent partenariats locaux impliquant vis du projet repose sur l’amélio- mer, coordonner et faciliter les gestion (PAGs), la structuration
jouer pleinement leurs rôles de les communautés de base. Les ration de la qualité de la colla- interventions et les actions pro- et les partenariats bilatéraux et
forces de propositions, d’inter- efforts accomplis devront alors boration des acteurs au niveau grammées. Ce qui nécessite multi- acteurs.

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14 Culture

Biennale des Arts de l’Océan Indien


Les artistes bâtisseurs à l’affiche
J.R

ls vont bâtir autrement. Les artistes avec les artistes plasticiens, en présence
Malgaches ne manquent pas de du médiateur culturel.
talent. Les experts en la matière le
reconnaissent. Mais c’est souvent Des noms assez connus dans le milieu
l’occasion de démontrer ce talent qui de l’art plastique comme Renée Raza,
manque. La deuxième Biennale des Arts Alain Rasolofoson, X’hi et M’aa, ou en-
de l’Océan Indien aura lieu en parallèle core Salomon figurent parmi les partici-
avec la 17e édition du Salon de l’Habitat, pants à la deuxième Biennale des Arts
au Forello Tanjombato du 12 au 15 no- de l’Océan Indien. Il faut reconnaître,
vembre. Elle constitue un moment excep- une nouvelle fois, que les occasions de
tionnel pour des artistes Malgaches de s’exprimer publiquement sont plutôt rares
revenir au devant de la scène. C’est ainsi pour les artistes plasticiens malgaches.
que des artistes plasticiens vont y partici- Sans des appuis particuliers ou un mé-
per. L’habitat et l’art sont complémentai- cène, il est généralement compliqué pour
res, dans l’optique où le bon sens veut ces artistes de sortir de l’ornière et de
que la décoration fasse partie intégrante l’anonymat.
du monde de l’immobilier et de l’esthéti-
que. Cette « incursion » de l’art au Salon Devant un parterre de journalistes, les ar-
de l’Habitat n’est donc pas étonnante. tistes participant à la deuxième Biennale
des Arts de l’Océan Indien, le 3 novem-
Cet événement exceptionnel sera ainsi bre, au Louvre Antaninarenina, ont pu
une nouvelle opportunité de remettre sur montrer un avant-goût de ce que sera
les rails le débat sur l’importance et le cet événement particulier. Les artistes
rôle de l’art dans la société. La participa- seront notamment appelés à produire
tion du jeune médiateur culturel, Ravaka, une œuvre autour du thème environne-
est venue à cet effet à point nommé. Il mental « Syndrome de l’île de Pâques ».
aura l’occasion d’évoquer notamment les Une œuvre qui devra être proposée pour
questions touchant les inspirations des devenir une action iconique à l’occasion
artistes tout en essayant de lire avec le du prochain Sommet de la Francophonie,
public leur pensée à travers leurs œu- programmé à Antananarivo en novembre
vres. Le public présent à cette occasion 2016. Une autre nouvelle opportunité à
pourra aussi en discuter ouvertement saisir pour nos artistes n

Le jardin d’Andohalo
Entre histoire, culture et tourisme Directeur
R.Tom de la publication :
Harifidy Rahaingoson
Au centre de la place se trouvait la pierre Directeur
sacrée (Vato Masina), qui servait de po- de la rédaction/
dium pour les couronnements des souve- Rédacteur en chef :
rains, seul les héritiers des trônes avaient Herizo Andrianarijaona
le droit d’y monter. Même après la coloni- maherizo@gmail.com
sation la place n’a pas perdu son rôle de
plateforme des grandes annonces, c’est Service publicité :
Tel. : 034 84 793 43
au Jardin d’Andohalo qu’a été annoncée 032 07 517 20
la naissance de la Première république le 033 18 584 83
14 octobre 1958. Depuis l’indépendance, mada7sur7@gmail.com
la place fut changée en lieu culturel où Herizo A
étaient organisés des spectacles de Hira Tirage : 5.000 exemplaires
Gasy, une scène fut même aménagée DL: 01/11-2015
pour des présentations théâtrales en
plein air. Toute reproduction
intégrale ou partielle des
pages publiées et dans la
Cette année, de nouvelles infrastructures présente publication sans
ont été installées pour pouvoir accueillir l’autorisation de l’éditeur
des manifestations de grandes envergu- est interdite.
e jardin d’Andohalo a été récem- qui se sont succédé à la tête du pays. res. Une nouvelle scène de théâtre avec Tous droits réservés.
ment réaménagé pour garder sa toit, un gradin en dur pour les specta-

ID
prédilection de place culturelle De son emplacement, la place d’Ando- teurs, un terrain de mini foot tout neuf, et
et touristique. Lieu historique et halo était considérée comme palier de la tout récemment la cerise sur le gâteau le
emblématique de la ville d’Anta- ville haute et plafond de la ville basse. A nouveau restaurant, de Chez Lorenzo,
nanarivo, cette place fût des temps de la fin du XVIIème siècle le grand marché qui s’est installé durant la dernière édition
la Royauté l’un des lieux destinés aux public fut érigé sur cette place par Andria- de l’évènement culinaire Hay Fy Mampi-
grands évènements publics telles les
annonces et discours importants à des-
masinavalona et la place devint un lieu
de rencontre et d’échange où le peuple
havana. Chaque semaine, le jardin ac-
cueille diverses manifestations culturelles
et est devenu une vraie aire de jeux pour
PICTURES
tination du peuple, les promulgations de se déplaçait chaque jour pour y faire les Lot Près VS 98 DA Bis
nouvelles lois. A partir du règne d’Andria- achats et échanger des nouvelles ainsi les enfants et un lieu de repos et de dé- Andranovory
nampoinimerina la place devient, avec que pour admirer les grands souverains tente pour tous. Le Jardin d’Andohalo est Ambolokandrina
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