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Master 1 Géomatique Géographies Numériques

RAPPORT DE STAGE

GEOVISUALISATION 3D DU PATRIMOINE
ENGLOUTI DES GORGES DE LA LOIRE

Par Pierre NIOGRET


Encadré par MM. Michel DEPEYRE, Pierre-Olivier MAZAGOL
et Michel RAUTENBERG

Organisme d’accueil :
EVS – ISTHME / LabEx IMU
[6 rue Basse des Rives, 42023 Saint-Étienne]
Organismes universitaires :
ENS de Lyon – Université Lumière Lyon II – Université Jean Monnet Saint-Étienne
Année universitaire 2018/2019
Introduction
Le présent rapport restitue l’expérience de cinq mois de travail à la croisée de thématiques
géographique et historique. Conclusion d’une première année au sein du master Géographies
Numériques, co-organisé par l’Université Lumière Lyon 2, l’Université Jean Monnet de Saint-
Étienne et l’École Normale Supérieure de Lyon, ce stage permet de mettre en application les
savoirs acquis durant l’année, au service d’un projet de recherche universitaire innovant.
Les objectifs définis traitent ainsi de la mise en place d’une géovisualisation 3D du patrimoine
englouti des Gorges de la Loire. Avec un site mêlant ruralité et industries jusque dans les
années 50, c’est un paysage riche en objets qui a complètement disparu en 1957 lors de la
mise en eau d’un barrage nouvellement construit. Ainsi, la réflexion menée a recours aux
méthodes de la géomatique et de la patrimonialisation, afin de restituer le plus fidèlement
possible un panorama qui n’existe plus que dans les mémoires et les archives.
Ce projet associe donc la constitution d’une base de données à partir de documentations
historiques à l’intégration de celle-ci dans un SIG 3D afin d’en produire une maquette numérique.
Dans la continuité, se pose la question de la valorisation de ce produit auprès des collectivités
locales et des habitants, notamment avec les opportunités de diffusion et communication.
Ce projet s’inscrit pleinement dans les sciences humaines et sociales, d’où la mise en place d’un
projet sur les patrimoines engloutis par le laboratoire EVS – ISTHME de l’Université de
Saint-Étienne et le financement de ce stage par le LabEx IMU.
EVS (Environnement, Ville, Société) est une unité mixte de recherche CNRS (UMR 5600),
qui rassemble des laboratoires de recherche sur le pôle universitaire Lyon – Saint-Étienne.
Ces structures se sont fédérées autour de thématiques de recherche portant sur les
aménagements que l’Homme apporte à son environnement et ainsi d’en étudier les dynamiques
et les changements qui contribuent à son évolution tant locale que globale.
La structure d’accueil s’inscrit dans cette logique puisqu’il s’agit de la branche stéphanoise d’EVS :
ISTHME (pour Image Société Territoire Homme Mémoire Environnement), ainsi basée dans les
locaux de l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne. Deux encadrants de ce stage,
MM. Pierre-Olivier MAZAGOL et Michel DEPEYRE en sont ainsi issus, respectivement en leur
qualité d’ingénieur d’étude spécialisé en géomatique et de maître de conférences spécialisé dans
les questions de patrimonialisation et de paysage mémoriel. Un troisième encadrant accompagne
ce projet, en la personne de M. Michel RAUTENBERG, professeur de sociologie à l’Université Jean
Monnet et chercheur au Centre Max Weber (CNRS UMR 5283), pour ces questions mémorielles.
Plus globalement, ce projet tient sa place dans l’univers d’émulsion scientifique développé par le
Laboratoire d’Excellence (LabEx) Intelligence des Mondes Urbains (IMU). Cette superstructure
regroupe ainsi une vingtaine d’établissements (universités, grandes écoles, instituts) sur le pôle
Lyon – Saint-Étienne, afin de mettre en relation les personnels des laboratoires de recherche de
l’Université de Lyon aux praticiens de collectivités et entreprises et ainsi favoriser les conditions
de l’intelligence collective dans l’étude et la création des processus urbains. Ainsi, pour des
domaines de recherche urbaine pouvant relever de la mobilité, de l’environnement, des risques,
du numérique, entre autres, le LabEx IMU est là pour promouvoir des projets issus de partenariats,
en leur assurant un cadre de collaboration pluridisciplinaire, un soutien matériel et financier et
une valorisation par la communication et le partage des résultats produits.
Le LabEx IMU se positionne ainsi sur un accompagnement scientifique sur le long-terme de
l’urbanisation passée, présente et à venir. C’est un investissement notamment envers les équipes
animant les laboratoires de recherche, au soutien de projets innovants à tout niveau de la
pyramide universitaire. Ce stage fait ainsi l’objet d’un financement de la part du LabEx IMU, venant
au soutien d’une idée novatrice et de sa concrétisation méthodologique.

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Remerciements

J’adresse mes remerciements à toutes les personnes qui, de près ou de loin, m’ont accompagné
durant la réalisation de ce travail, m’apportant de précieux conseils.
Je remercie particulièrement M. Pierre-Olivier MAZAGOL, ingénieur d’étude spécialisé en
géomatique et maître de stage, pour m’avoir encadré dans la réalisation de ma mission, afin de la
mener à bien.
Je tiens à souligner la volonté constamment affichée de valoriser à long-terme mon travail dans le
cadre de ce projet universitaire, soit au-delà de ma période de stage, ainsi que le partage régulier
de ses propres expériences professionnelles.
Je remercie également M. Michel DEPEYRE, maître de conférences, pour avoir apporté un ancrage
historique à ce projet.
Je remercie M. Michel RAUTENBERG, professeur, pour avoir accepté de faire partie de
l’encadrement de ce stage.

Je remercie MM. Jérémie RIQUIER et Aurélien FOURNIER pour leur contribution à mon travail,
dans leurs domaines respectifs (hydrologie et modélisation).
Je remercie dans leur ensemble, tous les collaborateurs croisés au laboratoire de recherche
EVS - ISTHME de l'Université Jean Monnet de Saint-Étienne, pour leur accueil qui a contribué à
l’établissement d’un cadre de travail performant et chaleureux.

Je remercie le LabEx IMU pour avoir financé ce stage de master 1 et ainsi participer aux
développements, personnel des étudiants et scientifique des laboratoires de recherche de
l’Université de Lyon.

Je remercie l'ensemble de nos partenaires qui ont contribué à ce projet, apportant chacun leur
support et leur intérêt dans le cadre de leurs missions respectives. Je remercie particulièrement
MM. Charles MAZANCIEUX et Raymond GOUTTEBEL pour avoir partagé leur connaissance du
territoire.

2
Sommaire
Introduction ........................................................................................................................................... 0
Remerciements ...................................................................................................................................... 2
I / Contexte et objectifs ......................................................................................................................... 4
1 / Besoin énergétique et drame social : le cas des barrages français d’après-guerre ................ 4
2 / Patrimonialisation et émergence d’une mémoire de ces vies disparues ................................ 7
3 / D’outil d’aménagement du territoire à la recherche géographique pour reconstruire un
paysage disparu : le SIG 3D en plein boom .................................................................................... 10
II / Présentation du territoire d’étude ............................................................................................... 11
1 / Les Gorges de la Loire et le barrage de Grangent .................................................................... 11
2 / Un paysage passé à plusieurs entrées : agriculture, loisirs et industrie................................ 14
3 / Un patrimoine diversifié englouti par la construction du barrage ........................................ 16
III / Méthodologie et outils ................................................................................................................. 20
1 / Construction de la base de données ......................................................................................... 21
A / Données initiales et acquisitions supplémentaires ............................................................ 21
B / Géoréférencement et harmonisation des prises de vues aériennes .................................. 22
C / Modélisation du relief englouti avec des données de bathymétrie ................................... 42
2 / Construction de la modélisation 3D ......................................................................................... 45
A / Digitalisation des objets présents sur le territoire ............................................................. 45
B / Scène 3D et entités spécifiques............................................................................................. 54
C / Interopérabilité avec des logiciels de modélisation 3D ...................................................... 71
3 / Valorisation et communication sur le web .............................................................................. 73
A / Partage des données depuis ArcGIS Pro vers ArcGIS Online ............................................... 74
B / Scénarisation d’un récit géo-historique avec les Story Maps ............................................. 83
C / Animation d’un contenu de données pour un export vidéo ............................................... 92
IV / Perspectives .................................................................................................................................. 94
1 / Intérêt des partenaires pour les solutions de communication présentées ........................... 94
2 / Poursuite du projet .................................................................................................................... 94
Conclusion ............................................................................................................................................ 96
Annexes ................................................................................................................................................ 97
Bibliographie ...................................................................................................................................... 100
Webographie ...................................................................................................................................... 102

3
I / Contexte et objectifs

Contrairement à l’époque que nous allons étudier, ce projet s’inscrit dans un temps où les
préoccupations envers les dégradations d’origine anthropique sont bien mieux prises au sérieux.
Alors que nous sommes aujourd’hui à une maîtrise de nos ressources par la réduction de notre
consommation, la période d’après-guerre, elle, était au développement socio-économique dans
une société d’accession à la propriété individuelle. De grands plans nationaux furent alors lancés
pour dynamiser la productivité du pays, sans grande considération pour les changements
apportés à l’échelle locale, promouvant l’« intérêt général ». La construction de barrages eut cet
impact à multiples enjeux : humain, environnemental, paysager. En effet, si les disparitions ne
sont visibles que matériellement, les blessures restent encore profondes dans les mémoires
collectives ; et mal cicatrisées vu la forme de tabou qui a longtemps régné sur ces pratiques.
Or, il est aujourd’hui possible de revenir sur ces faits, afin de restituer une mémoire visuelle de
ces territoires sacrifiés. À travers une pluridisciplinarité universitaire et un usage novateur des
technologies actuelles, nous pouvons recréer virtuellement ces lieux disparus et rendre à la
Modernité la monnaie de sa pièce.

1 / Besoin énergétique et drame social : le cas des barrages français


d’après-guerre

L’eau est une ressource essentielle aux hommes, que ce soit pour leur consommation
directe, ou pour les besoins de leurs activités agricoles, industrielles, sécuritaires, entre autres.
La gestion de l’eau est donc devenue au fil du temps, un élément constitutif du développement
d’une société, qu’elle soit locale (canaux d’irrigation, hygiénisme) ou régionale (contrôle militaire
des rares réservoirs d’eau, cas du Golan). Des aménagements puis des infrastructures ont été
pensés dans ce but, afin de maîtriser toujours plus les ressources environnementales à notre
disposition.
Ainsi, les premières traces de barrage ont été mises à jour en Mésopotamie, pour une
période remontant à 6000 années BP (Wang et al., 2014). Mais pour ceux qui nous intéressent le
plus, il faut attendre le tournant des XIXe – XXe siècles, avec le développement de la « houille
blanche ». Cette électricité produite à partir d’énergie hydraulique devient une fin en soi et des
ingénieurs se mettent à réfléchir sur les infrastructures et les sites potentiels d’exploitation.
Des barrages, souvent de petite taille, commencent à être érigés dès que le terrain le permet, c’est-
à-dire – en généralisant – une vallée étroite avec un dénivelé, pour reproduire un phénomène de
chute. Les objectifs de ces barrages sont alors de fournir une énergie électrique pour des
installations industrielles et de commencer à amener une nouvelle ressource énergétique dans les
ménages, mais aussi pour certains d’assurer un approvisionnement en eau potable aux villes
connaissant un fort développement (par exemple le barrage de Lavalette (43) en 1914 pour
alimenter Saint-Étienne).
Au cours des années 1930, les barrages deviennent plus imposants et multiplient en
conséquence leur impact sur leur environnement d’établissement. La mise en eau des retenues
commence à engloutir des zones plus grandes, ne laissant parfois aucune chance à des
populations, obligées de quitter leurs habitations. Dans son ouvrage La France des villages
engloutis (2019), le journaliste Gérard Guérit, spécialisé en urbanisme et grands aménagements,
a ainsi recensé 44 vallées disparues sous les eaux et relate ces vies d’avant et d’après barrage.
Car ces drames sociaux se sont répétés et des villages commencent à disparaître, comme ceux de

4
Tréboul (Sarrans (12) en 1934), du Chambon (Chambon (38) en 1935), de Castillon-Bas (Castillon
(04) en 1948) et d’Essertoux (Génissiat (01) en 1948). Pourtant, ces événements se font dans
l’acceptation par la population locale. D’une part, il s’agit encore de vallées peu habitées, éloignant
d’une dizaine à une centaine d’habitants maximum, et d’autre part, ces constructions sont la
preuve que le pays s’ancre dans une modernité, par un progrès technologique qui apporte
productivité industrielle et confort de vie. Ainsi le rappelle une stèle érigée à Essertoux : « Ici était
Essertoux, village noyé en 1948 au service de la Nation ».
Meurtrie une nouvelle fois par une guerre qui aura causé d’innombrables démolitions, la
France travaille à sa reconstruction pour rétablir son statut de puissance mondiale. L’État lance
alors de grands plans nationaux industriels, à la fois pour reconstruire le pays mais également
pour développer de nouvelles technologies (nucléaire, télécommunications), soutenus dans le
cadre du plan Marshall. Cela se traduit également par la nationalisation d’un grand nombre de
secteurs jugés stratégiques. Ainsi, à l’instar de la SNCF pour le transport ferroviaire en 1937, l’État
institue un monopole énergétique public par la loi du 8 avril 1946 : Électricité de France (EDF).
Il s’agit de bâtir une indépendance énergétique avec l’électricité, dans un contexte où la filière du
charbon commence à s’essouffler et où le nucléaire n’en est qu’à un stade expérimental.
Toutes les sociétés d’exploitation locales ou régionales sont donc rassemblées dans une seule
entreprise relevant du service public, afin de développer les infrastructures à l’échelle du
territoire national et d’harmoniser les filières de production et de distribution.
Car cette « fée électricité », qui rentre continuellement dans un plus grand nombre de foyers,
permet à la population d’accéder à un nouveau confort de vie : éclairage, électroménager,
transport, etc. La France entre dans la période dite des « Trente Glorieuses », le plein emploi et la
croissance sont là ; il faut donc pouvoir assurer une demande toujours plus grande en énergie.
EDF entreprend donc de nouvelles études pour construire de nouveaux barrages, toujours plus
imposants que les précédents.
Six grands ouvrages sont construits entre 1950 et 1952, cinq de plus jusqu’en 1959 ; il
s’agit de pouvoir produire vite et beaucoup pour satisfaire les besoins du pays. Les régions
montagneuses sont évidemment privilégiées puisque pour transformer de l’eau en énergie
électrique, il faut qu’elle passe dans de grandes turbines, qui nécessitent pour tourner une très
forte pression. Cette pression s’obtient par un phénomène de chute, d’où l’intérêt pour les fortes
pentes présentes en montagne, où le réseau hydrologique est également développé.
Mais combiner tous ces paramètres en un seul lieu n’est pas évident, donc ces chutes d’eau sont
recréées artificiellement, avec des barrages, qui se constituent par la même occasion de grande
retenue d’eau, d’où barrage-réservoir – l’énergie électrique produite étant ensuite transformée
dans des centrales adjointes au barrage, puis transportée par des lignes à haute tension.
Malgré l’immensité des zones immergées, la plupart des barrages ne font disparaître encore que
quelques hameaux. Cependant, durant l’année 1952, l’aboutissement de deux projets aura un fort
retentissement, autant local que national. En effet, ce sont cette fois-ci une vallée développée d’une
part, et un village d’autre part, qui sont engloutis, respectivement par les barrages de Bort-les-
Orgues (15) et de Tignes (73). Dans le premier cas, la vie s’organise le long de la vallée de la
Dordogne, le village de Port-Dieu faisant étape avec ses deux gares sur la ligne Paris-Aurillac.
Désormais, le barrage ennoie habitations, école, commerces, église et la ligne ferroviaire devient
terminus. Un autre village est fondé pour accueillir la population, mais elle ne se l’appropriera
jamais réellement, passant de 250 habitants en 1946 à 38 en 2015. Concernant Tignes, le barrage
est démesurément grand avec ses 180 mètres de hauteur, devenant le plus haut d’Europe à
l’époque. Le village compte alors 470 habitants, dont une partie ne se résigne pas, telle la
communauté soudée qu’il forme depuis des siècles. L’affront avec EDF – et l’État plus globalement
– se traduit par des sabotages de machines, des vols de documents administratifs. Un degré de
violence inédit est atteint, dans l’opposition entre habitants et forces de l’ordre, ou alors que l’eau

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monte déjà, lorsque l’on procède à l’exhumation des tombes du cimetière et que l’église est
dynamitée quelques jours après Pâques.
Par la suite, les constructions vont toujours à bon train dans les années 1960, bien qu’un
peu plus de considération soit apportée aux habitants. Par exemple, pour le barrage de Serre-
Ponçon (05) en 1960, le village principal de Savines est reconstruit sous l’insistance du maire,
devenant Savines-le-Lac, à proximité de ce qui est devenu le 2e plus grand lac artificiel de France
(29 km²). En 1968, le barrage de Vouglans (39) vient pourtant témoigner une nouvelle fois de
l’intransigeance étatique quant à sa politique d’expansion hydroélectrique. Le site choisi est idéal
pour une implantation, avec un verrou formé d’une gorge de 200 mètres de haut et 450 mètres de
large, en plus de ne condamner que quelques hameaux. Cependant, se trouve alors un édifice
remarquable, en l’occurrence la Chartreuse de Vaucluse, fondée au XIIe siècle par des moines de
l’ordre de Saint-Benoît. Une activité monastique s’y établie jusqu’à la Révolution, où l’édifice est
confisqué. Devenue exploitation agricole, la Chartreuse sera réhabilitée jusque dans les années
1960, étant notamment inscrite à l’inventaire des monuments historiques en 1927.
Malgré cela, le site n’échappe pas à la submersion et, fait aujourd’hui, par plus de cinquante mètres
de fond, le bonheur des plongeurs.
Ainsi, il faut attendre les années 1970 pour qu’une prise de conscience sociétale et
écologiste se fasse, pour limiter la construction des barrages. En fait, le changement de mentalité
est là mais ne s’applique peu. Il devient difficile de justifier l’immersion de sites mémoriels comme
des églises ou des cimetières, ou de faire disparaître du paysage des monuments historiques. Les
projets s’épuisent et le dernier des grands barrages est bâti en 1992. Mais ceux aboutissant encore
anéantissent des villages entiers, comme à Der-Chantecoq (51) et Sainte-Croix (04) en 1974,
et à Naussac (48) en 1983, le dernier des villages sacrifiés.
Aujourd’hui, il apparaît inconcevable qu’une vallée, même inhabitée et encaissée, puisse
accueillir de telles infrastructures. Le développement électrique est en faveur des énergies
renouvelables, bien que leur production soit intermittente, au contraire d’un barrage
hydroélectrique. Pour autant, le parc existant est toujours suivi de près, avec des travaux réguliers
pour optimiser les installations et augmenter la production. La tendance est également au
développement de la petite hydroélectricité (PHE), avec des installations à la puissance limitée :
moins de 10 MW (mégawatt) quand le plus puissant barrage de France, Grand’Maison (38), atteint
1800 MW. En 2012, cette PHE représentait 87% des installations hydrauliques mais pour
seulement 10% de la production hydroélectrique, puisque ces stations sont au fil de l’eau,
dépendant alors pleinement du débit du cours d’eau (pas de réservoir)1. Nous ne devrions donc
plus connaître de nouvelles immersions de lieux de vie. À moins, qu’une catastrophe …

1https://www.edf.fr/groupe-edf/espaces-dedies/l-energie-de-a-a-z/tout-sur-l-energie/produire-de-l-
electricite/le-mini-micro-et-pico-hydraulique

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Figure 1 : Même chez les plus petits, le barrage est un
rouage essentiel de la communauté ...
(Les Schtroumpfs, Peyo, 1958).

2 / Patrimonialisation et émergence d’une mémoire de ces vies disparues

Ces ennoiements sont particuliers à prendre en compte. D’une part, par l’importance qu’ils
ont eu dans la modification du paysage, avec des vallées entières condamnées à disparaître sous
les eaux. Qu’il n’y ait que des hameaux inégalement répartis ou un village bien établi, avec routes
et ligne ferroviaire, la demande faite aux habitants, de quitter les lieux pour toujours, est, même
en connaissance des faits, difficilement imaginable. Comment s’approprier les sentiments d’un
habitant, lorsque celui-ci assiste au dynamitage de l’église de son village, dans laquelle il a pu être
baptisé, se marier, et ses parents et grands-parents en faire de même avant lui ? Dans ces villages
engloutis, ce sont des récits de vie entiers auxquels ont été mis un point final. Que les lieux aient
été densément peuplés ou non, que les contestations aient été importantes ou non, un trait
définitif a été tiré sur des lieux de vie, comme cela a été rarement le cas dans l’histoire hors période
de guerre. D’autre part, par les décisions prises par les habitants en réaction à l’implantation de
ces barrages, en comptant sur les jeux d’influence des parties concernées. Nous l’avons évoqué,
les oppositions aux projets ont atteint des degrés de contestation variant selon plusieurs critères :
l’époque à laquelle est réalisé le projet, la densité de population ou encore l’importance
symbolique des infrastructures concernées. L’État a aussi sa part de responsabilité dans ces
évènements, par l’effort demandé à ses citoyens. D’abord opérant telle une force implacable au
nom de l’intérêt général, la considération pour les habitants expropriés est réévaluée, le Président
de Gaulle allant jusqu’à leur rencontre lors d’une visite sur le chantier du barrage de Vouglans.
De même, EDF a pu créer des divergences d’opinions par la manière dont les procédures
d’expropriations furent menées. Dans beaucoup de cas, les dédommagements financiers
octroyés furent en effet assez inégaux. Ces sommes pouvaient varier
considérablement d’un propriétaire à l’autre, sans véritablement respecter de grille tarifaire ;

7
un témoin du barrage de Serre-Ponçon évoquant des « indemnisations à la tête du client »
(Guérit, 2019). Il faut bien constater qu’EDF comptait sur ces effets parmi les habitants, ajustant
au cas par cas les versements pour mieux créer une division dans la population.
Le cas de Tignes a cristallisé tout ce rejet de la puissance incontestable de l’État2.
Dans le cadre d’un village vivant comme une communauté très soudée, les opposants se font
entendre et voir, mais rien n’empêchera EDF de construire son barrage, sur un site qui est très
propice à une telle installation. Les travaux se poursuivent malgré les agissements d’une partie de
la population mais le climat est délétère, à tel point qu’il en restera ainsi pendant des décennies.
Le village de Tignes devait être reconstruit à proximité, organisé autour d’une réplique de l’église
et financé par EDF ; mais cette entreprise sera en partie un échec, la population continuant de faire
bloc et EDF ne voulant pas opérer dans ces conditions de rejet. Pour les plus anciens, la fronde est
toujours présente ; mais pour les plus jeunes, qui n’ont parfois connu que le paysage actuel, les
sentiments sont plus partagés, entre un ancrage dans le passé et un souhait d’aller de l’avant.
Toujours est-il qu’une fascination existe autour de ces lieux sacrifiés, à l’occasion de
vidange notamment, où une foule se presse pour parcourir à pied ces endroits. Anciens habitants,
descendants, curieux, touristes, cela prend la forme d’un pèlerinage pour recouvrir ce passé,
tentant de distinguer ici et là les emprises des bâtiments, ou quelques artefacts pointant vers le
ciel, prenant une bouffée d’air libre.
À Tignes, une messe est réalisée sur le site de l’ancienne église lors d’une vidange en mai
2000 (Guérit). À Guerlédan (22), un assec réalisé à l’été en 2015 permet aux autorités d’organiser
un site touristique éphémère3, avec parcours balisés et guides pour faire découvrir l’ancien canal
et ses maisons éclusières à la foule venue nombreuse (près de 2 millions4,5). À Grangent, la
population stéphanoise parcours lors des vidanges (partielle en 2012 par exemple6) le tracé de
l’ancienne ligne de chemin de fer, empruntant ponts et viaducs puisque les ouvrages d’art n’ont
pas été détruits ; certains émergeant d’eux-mêmes en période hivernale.
Ainsi, au-delà des témoins directs qui vécurent pleinement les événements mais dont un
nombre grandissant nous quitte chaque année, le patrimoine matériel tend à être la dernière
forme restante pour se les rappeler. À travers des ouvrages écrits pour transmettre leurs
témoignages, des associations pour garantir une animation de cette mémoire collective ; ce sont
encore les pierres qui sont les plus à même de nous ramener à ce passé. Car si certains lieux
disparaissent, d’autres subsistent de manière presque surréaliste. Parmi les disparus, une grande
partie, dont les plus communs, ont été démolis en amont de la mise en eau, par explosion ou
écroulement. Cela afin que les habitants ne voient pas leurs maisons disparaître sous les flots et y
rester avec leurs souvenirs, une façon de couper définitivement tout lien. À l’inverse, les
infrastructures plus impersonnelles comme les ouvrages d’art routier et ferroviaire, où les
monuments historiques sont engloutis tel quel. La Chartreuse de Vaucluse est un exemple parfait
de réappropriation des usages d’un lieu, dans la mesure où elle fait aujourd’hui partie d’un circuit
de plongée sous-marine7 et sert également de cave expérimentale à une société d’alcool locale,

2 « La fin de Tignes », Journal Les Actualités Françaises, 20 mars 1952, INA,


https://www.ina.fr/video/AFE85004484
3
Vidange du lac de Guerlédan en 2015 : http://www.guerledan.info/assec-guerledan-mai-2015
4 Le Télégramme (web), 16 octobre 2015, https://www.letelegramme.fr/lac-de-guerledan/assec-de-

guerledan-1-5-million-de-visiteurs-16-10-2015-10815175.php
5 Actu.fr, 30 janvier 2016, https://actu.fr/bretagne/pontivy_56178/bilan-lassec-de-guerledan-2-millions-

de-visiteurs_4599691.html
6 Vidéo de Ludovic.R, 25 avril 2012, https://www.youtube.com/watch?v=um7ySztIVe8
7 Plongée sous-marine au lac de Vouglans : https://www.explorerlemonde.fr/Vouglans_Barrage.html

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intéressée par les conditions de conservation en immersion totale8. Ainsi, nombreux sont les
exemples de demeures tels que des manoirs ou des châteaux, auparavant assis sur un
promontoire, dominant leurs anciennes seigneuries et qui se retrouvent aujourd’hui les pieds
dans l’eau. Nous pouvons citer pour l’exemple : l’abbaye de Bon Repos (Guerlédan, 22), l’hospice
de la Devèze (Sarrans, 12), le château de Vassivière (Vassivière, 23), le château de Val (Bort-les-
Orgues, 15), le château de Granval (Razisse, 81), le château de Grangent (Grangent, 42), la chapelle
Saint-Michel (Serre-Ponçon, 05), le château de Castanet (Villefort, 48), le village de Celles (Salagou,
34), l’église de Champaubert (Der-Chantecoq, 51), le château de la Roche (Villerest, 42).
Ces édifices connaissent alors des destins divers, passant généralement par une période plus ou
moins longue de délaissement, puis par un jeu de transactions immobilières entre EDF, des
collectivités territoriales et des particuliers, ils deviennent des propriétés privées d’exception ou
des sites culturels et touristiques.
Ces cas de disparitions de vallées sont connus d’une grande partie de la population, mais
souvent peu dans leurs détails. Si une partie des vacanciers peut s’interroger sur ce qu’il y avait là
avant, lors de son passage sur un barrage ou sur une route longeant une retenue d’eau, comment
se représenter le passé devant ces immensités d’eau ? Et combien peuvent passer à proximité sans
se douter des preuves de vie qui persistent, à quelques dizaines de mètres de fond ?
Des auteurs de fictions se sont pourtant emparés de ces sujets crispants, à l’époque où la
construction de barrage battait son plein. En 1956, François Villers réalise le film L’eau vive, sur
un scénario de Jean Giono, racontant une construction romancée du barrage de Serre-Ponçon,
avec ses villages et hameaux engloutis. Dans le même registre, l’écrivain André Besson publie en
1973 un roman intitulé Le Village englouti, s’inspirant de la construction du barrage de Vouglans,
où il y raconte les derniers instants d’un village jurassien sur le point de disparaître sous les eaux.
Il y raconte l’expropriation monnayée des habitants par EDF, le refus de certains de quitter leurs
terres, la cohabitation entre les habitants et les ouvriers. Son récit fera l’objet une adaptation en
série télévisée, diffusée en août-septembre 1976 sur TF1, au format de 30 épisodes de 13 minutes.
Nous pouvons également nous attarder sur le devenir de ces nouveaux lieux et des usages
qui vont être créés autour. La principale logique de développement va concerner le secteur
touristique. Bien que cela puisse paraître « léger » comme affirmation, après tout ce que nous
avons évoqué, de nombreuses communes se voient désormais doter de retenue d’eau calme,
constituant pour certains de grands lacs artificiels. Alors, sur la base d’une équipe municipale
motivée et avec une population réceptive, certaines communes vont tirer leur épingle du jeu et se
lancer dans le développement d’activités nautiques. De nouvelles pratiques sont amenées, parfois
inconnues de la plupart des habitants locaux et amenant une activité économique saisonnière.
Pour certains, les maires sont des visionnaires et font accélérer l’installation d’équipements et
l’augmentation de la capacité hôtelière, comme à Embrun (05) ou aux Fades (63).
Pour d’autres, l’évolution sera plus lente, en attente d’un déclic comme un apport financier de
promoteurs immobiliers ou une action politique, telle une fusion communale par la ville de
Saint-Étienne pour s’attacher un lieu de plaisance. En plus de ce tourisme de loisir, il faut aussi
relever un tourisme culturel. Des associations existent en effet pour faire vivre la mémoire passée
des villages engloutis, si ce ne sont des collectivités territoriales ou intercommunalités qui s’en
chargent. En plus de rassembler des matériaux mémoriels, de réaliser des expositions
temporaires, certaines structures mettent en place des sites patrimoniaux, où il est possible
d’obtenir un aperçu du passé, à l’instar d’un (éco)musée, comme le Muséoscope du Lac de
Serre-Ponçon9. Cependant, ce qui est offert relève avant tout d’objets du passé et de traces visuelles

8 Le Figaro (web), 27 mai 2008, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/05/27/01011-


20080527FILWWW00250-du-vin-immerge-dans-une-abbaye.php
9 http://museoscope-du-lac.com/fr/

9
sous formes d’illustrations (photographies, peintures, etc.) et maquettes. Il y a pourtant tout un
champ des possibles qui s’ouvrirait avec des technologies plus avancées, pour reconstituer ces
paysages disparus. Un travail de numérisation permettrait de mettre pied sur ces terrains perdus.

3 / D’outil d’aménagement du territoire à la recherche géographique pour


reconstruire un paysage disparu : le SIG 3D en plein boom

50, 60 ans après leur disparition, il est plus que jamais concevable de se lancer dans une
reproduction des paysages passés. Les connaissances technologiques actuelles, associées aux
ressources documentaires permettent d’envisager la réalisation de maquette numérique.
L’objectif serait donc de reconstituer un paysage altéré et de restituer virtuellement ce qui
constitue aujourd’hui une mémoire en partie immatérielle. Cette démarche patrimoniale est
d’autant plus intéressante à y réfléchir que c’est un pan assez largement délaissé dans les études
sur les barrages. Le constat est que les travaux portent avant tout sur les impacts sociétaux et
environnementaux, s’intéressant à la perception des habitants (Bodon, 1998 ; Faure, 2008 ; Faure,
2012), à la résilience des vallées (Jackson et Sleigh, 2000), et aux modifications comportementales
des systèmes hydrologiques et de biodiversité. Par exemple, un projet universitaire tchèque porte
sur la continuité socioculturelle et écologique en Moravie du Sud, par rapport à la modification
des plans de gestion de l’eau suite au lancement du barrage de Brno, avec un état des lieux avant
et après la mise en eau10. L’usage des SIG fut ici dans un but de géoréférencement de cartographies
anciennes et de comparaison des étendues d’eau uniquement.
Nous pouvons donc constater que le recours aux outils de la géomatique est souvent sous
développé, avec un usage de simple faire-valoir cartographique. Pourtant, les récentes avancées
établies, au service de l’aménagement du territoire notamment, pourraient être mises à
contribution. En premier lieu, les SIG peuvent être utilisés pour constituer un recensement
géoréférencé, avec archivage de tous les objets présents sur un territoire. Ensuite, les techniques
de visualisation 3D, utilisées aujourd’hui dans le développement des villes ou la gestion des
risques (sensibilisation des collectivités par simulation des risques d’inondation, Jacquinod,
2014), pourrait sûrement convenir à une telle entreprise.
La prudence est de mise puisque nous n’avons pas connaissance de projet similaire ayant
été déjà mené. Il y a ainsi une part d’inédit dans ce que nous souhaitons entamer, avec l’ouverture
d’une nouvelle voie quant à l’utilisation de ces outils. De plus, en lançant cette recherche sur la
reconstruction du patrimoine d’un paysage englouti, EVS – ISTHME se positionne sur un sujet
d’actualité. En effet, des projets mènent des reconstructions virtuelles de sites archéologiques
détruits dans les zones de guerre au Moyen-Orient ; tandis que l’on voit se multiplier le recours à
la technologie Lidar pour sauvegarder numériquement des édifices remarquables, l’exemple de la
cathédrale Notre-Dame de Paris ayant récemment défrayé la chronique11. Enfin, ce travail est
également motivé par le fait que l’accès piéton des terres englouties risque d’être de plus en plus
rare, les procédures de vidange totale des retenues allant être évitées autant que possible dans le
futur, afin de préserver l’intégrité des ouvrages. De plus, une restitution réaliste des lieux ferait
un bon support pour évaluer les représentations sociologiques des habitants, avec à la fois ceux
ayant connu l’avant barrage et ceux n’ayant connu le site que dans sa configuration actuelle.

10 Projet Brno : https://heis.vuv.cz/data/webmap/datovesady/projekty/zatopenededictvi/default.asp


11Le Monde (web), 16 avril 2019, https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/04/16/notre-dame-de-
paris-les-reconstitutions-en-3d-peuvent-aider-a-la-reconstruction_5451178_4408996.html

10
II / Présentation du territoire d’étude

Les Gorges de la Loire, suivant un tracé sinueux, offrent un véritable paysage de carte
postale à proximité immédiate de la métropole stéphanoise voisine. Au sein de ce cadre, le
territoire local propose un ensemble complet d'activités permettant de valoriser ce site et d'y
pratiquer de nombreux loisirs. Pourtant, cette réalité n'a pas toujours été celle-là, les Gorges de la
Loire ayant connu une autre vie. Ainsi, EDF projette dès 1951 la construction d'un barrage
hydroélectrique sur la Loire, à hauteur du site de Grangent et obtient la déclaration d'utilité
publique pour l'aménagement et l'exploitation de la chute de Grangent en février 1955. C'est à
cette date, pour la vallée organisée en micro-société, que tout s'emballe. Les travaux durent trois
ans et le 30 janvier 1958, le niveau de la retenue a atteint son point maximal.
Une vie s'est alors éteinte.
Car les hommes, qui s'étaient installés en bordure du fleuve, malgré la réputation d'indomptable
de ce dernier, doivent laisser la place. EDF enclenche alors des procédures d'expropriation, les
habitants sont poussés au départ. Les activités s'arrêtent, les bâtiments sont démolis, les berges
sont déboisées.
Cette mémoire, évoquée par les anciens, disparue physiquement, fait recourir à un champ lexical
élargi, allant de la mystification à la fascination. Combien sont-ils lors des vidanges, ces badauds
qui une fois l'eau retirée, viennent fouler ce sol damné à la recherche des traces fantomatiques du
passé ?

1 / Les Gorges de la Loire et le barrage de Grangent

Notre secteur d’étude peut être divisé en deux zones en ce qui concerne le tracé de la
Loire : en premier un passage assez rectiligne, donnant sur des plaines étendues puis un tracé
sinueux dans des gorges encaissées, jusqu’au site d’implantation du barrage.
Concernant la première zone, allant d’Aurec-sur-Loire au lieu-dit du Pertuiset (Unieux), le
fleuve traverse donc des zones de plaine, largement cultivées. Le tracé ne pose pas de difficulté et
il est assez apprécié de la population, notamment au Pertuiset, où des sociétés nautiques
s’installent au début du XXe siècle.
À l’inverse, la seconde zone est bien plus escarpée, avec un cours d’eau qui forme de
nombreux méandres et des gorges rapprochées qui limitent l’installation anthropique à quelques
hameaux, sur plusieurs kilomètres. Un léger aplanissement permet au village de Saint-Victor-sur-
Loire de développer un quartier au plus près du fleuve, accueillant notamment une gare
ferroviaire. Peu après le site qui sera choisi pour l’implantation du barrage, cette morphologie de
gorges s’atténue, signifiant le début de la plaine du Forez. C’est cette seconde zone qui sera la plus
touchée par la hausse du niveau du fleuve et pour laquelle nous avons généralement recueilli le
plus d’informations.
Ainsi, le fond du fleuve dans ces gorges est à 450 mètres d’altitude, tandis que le sommet
de ces dernières atteint 150 à 200 mètres de plus, procurant une sensation d’enfermement.
Les pentes sont abruptes sur les versants, mais s’adoucissent sur les bords du fleuve, ce qui permet
une occupation humaine. Il s’y développe de fait comme un microclimat, plus chaud et plus sec
que celui des plateaux environnants. Le fleuve est essentiel aux quelques hommes qui s’y sont
implantés, pour la pêche, l’irrigation des terres très fertiles, l’industrie avec des machines

11
hydrauliques. Malgré cet aspect d’isolement, les gorges constituent un carrefour entre la Haute-
Loire et la plaine du Forez. Des moyens de transports y ont d’ailleurs été implantés : un port à la
Noirie vers les années 1820 pour transporter le charbon, un canal à partir de la Joannade en 1865
pour irriguer la plaine du Forez et enfin une ligne ferroviaire reliant St-Just-sur-Loire (aujourd’hui
Saint-Just-Saint-Rambert) à Unieux-Fraisses en 1885. Cela a contribué à rompre quelque peu
l’éloignement des habitants par rapport à la plaine du Forez au nord et la vallée de l’Ondaine au
sud, mais cela n’était pas forcément leur préoccupation première.
Jusque dans les années 1950, le style de vie est en effet resté très traditionnel, empreint
d’une forte ruralité dans ces hameaux difficilement accessibles. L’apparence hostile des gorges y
est sans doute pour quelque chose, avec cette radicalité des versants et cette présence marquée
de la roche, la végétation y étant très parsemée, contrairement à aujourd’hui. Le fleuve constitue
la colonne vertébrale de ces gorges, sans lui, les hommes se seraient encore moins laissés tenter
pour y organiser leurs activités. Ces derniers se sont installés dans des petits hameaux, en bordure
de fleuve ; chacun étant occupé par plusieurs générations d’une ou deux familles. Les chemins
d’accès sont peu nombreux et la difficulté est grande pour se rendre dans les communes de
rattachement, situées au sommet des gorges. De fait, un modèle de vie en microsociété s’est
imposé aux habitants, les contacts avec l’« extérieur » étant rares.
Cependant, un secteur apparaît moins austère que ne le sont les descriptions précédentes,
tant par sa géomorphologie que sa population. Il s’agit du quartier de la gare de Saint-Victor-sur-
Loire, dont le corps principal de la commune se situe sur un promontoire rocheux, en haut des
gorges. Sur ce seul quartier, la topographie est bien plus plane, permettant une occupation
humaine plus conséquente : gare ferroviaire, hôtels-restaurants, usines. C’est l’un des points
d’accès les plus évidents pour atteindre le fleuve (avec le Pertuiset), permettant également de
passer d’une rive à l’autre au moyen d’un bac, ce qui n’est possible nulle part ailleurs (hormis le
pont du Pertuiset, encore).
Le fleuve Loire est donc central dans l’organisation de la vallée. Réputé pour être
capricieux, les habitants se seront adaptés aux remous du plus long fleuve de France (1020 km).
De nombreux petits aménagements (bief, réservoir) sont faits pour exploiter cette ressource et
actionner diverses machines (moulin, martinet, turbine). Une petite industrie se développe donc,
tournée essentiellement vers la métallurgie ; mais en fin de compte, chaque habitant aura tenté
de contrôler ce fleuve, pour ses besoins personnels (actionner des machines agricoles, générer de
l’électricité), le considérant comme une source d’énergie gratuite, par rapport au charbon.
Certains voient d’ailleurs plus grand, concernant la maîtrise du fleuve. Un projet de digue est lancé
au Pertuiset, à l’initiative de maires de communes environnantes dès la sortie de la guerre, afin de
recréer le lieu de loisir qu’était le Pertuiset autrefois. La digue, achevée en 1949, sert à stabiliser
le niveau d’une partie du fleuve et d’en diminuer le courant, afin d’offrir à la population un plan
d’eau agrandi et suffisamment calme pour y faire de nombreuses activités nautiques.
C’est une appropriation nette du fleuve, encore plus aboutie que tous les aménagements qui
avaient pu être réalisés auparavant. Vu d’aujourd’hui, cela était annonciateur d’une réalisation
encore plus grande !
C’est en 1951 qu’EDF émet l’idée d’édifier un barrage hydroélectrique sur le site de
Grangent. Ce projet intervient après la construction d’autres grands barrages mais se justifie par
un besoin toujours existant de produire plus d’électricité et atteindre cette indépendance
énergétique. Le site proposé intéresse EDF à plusieurs titres : passage le plus étroit des gorges
avec un verrou formé par les roches des deux rives ; situation au bout des gorges permettant une
retenue d’eau maximale sur toute la longueur de ces dernières ; un sol granitique adapté à
l’implantation de ce type d’ouvrage. En fin d’année, le 27 octobre 1951, EDF sollicite donc l’État
pour la « concession de forces hydrauliques, avec déclaration d’utilité publique, en vue de

12
l’aménagement et de l’exploitation d’une chute, dite de Grangent, sur la Loire ». Les relations entre
les représentants d’EDF et les élus locaux sont particulières dans la mesure où EDF élabore dans
un premier temps son projet sans réellement les impliquer, puis une fois l’aval de l’État obtenu,
les mobilisera pour ne pas reproduire l’épisode de Tignes. Du côté des élus des communes (8) et
départements (2) concernés, il y a d’abord une expression dissimulée de refus du projet, mais plus
par frustration d’être spectateur de la négociation que pour réellement protéger leurs
concitoyens. Par la suite, convaincus de leur impuissance face à cette institution, ils vont chercher
à récupérer le maximum de compensations pour leurs communes. Ainsi, les années 1952-53 sont
celles du cadrage administratif, EDF mettant en avant les bienfaits économiques et touristiques
du projet tandis que les élus s’y conforment, assez attentistes. Du côté de la population, les
réactions sont assez confuses, car si les gens s’inquiètent pour leurs habitudes dans la vallée, une
enquête publique menée en septembre 1952 ne recueille que peu de doléances. Pendant ce temps,
les autorisations font leur chemin et un arrêté du 4 février 1955 déclare « l’utilité publique des
travaux de l’aménagement », conférant une légitimité nationale au lancement de la construction
du barrage. Tandis que les travaux préparatoires débutent en octobre 1954, EDF doit se lancer en
parallèle dans une autre bataille, celle des expropriations.
Il faut en effet pour EDF acquérir tous les terrains destinés à être submergés,
correspondant au domaine de concession de la chute de Grangent. Des indemnisations sont ainsi
versées à la suite de tractations, mais avec des valeurs parfois bien différentes. Pour les établir, le
calcul était en effet basé sur une estimation du bien, mais aussi des revenus imposables déclarés ;
ainsi les plus riches avaient tendance à se voir proposer une plus grosse somme et inversement.
Si globalement les habitants ont quitté leur maison familiale à reculons, les dédommagements
perçus devaient permettre de trouver un nouveau logement de qualité et possédant tout un
nouveau confort, contrairement à ce qu’il y avait dans les gorges. Au final, les expropriations
s’achèvent en 1958, avec une superficie totale de 520 hectares alors que l’aménagement de la
retenue n’en nécessitait que 365 hectares, en raison d’acquisitions supplémentaires de terrains
non submergés pour pallier le déséquilibre crée par la montée du niveau d’eau.
Les travaux durent trois ans, pour s’achever en février 1958. Le remplissage du lac
artificiel est lui effectué du 3 novembre 1957 au 30 janvier 1958, date à laquelle l’eau atteint la
cote maximale 420. L’ouvrage livré est donc un barrage-voute en béton, d’une hauteur de 55
mètres pour 200 mètres de longueur. Le volume de la retenue emmagasine 57 millions de m 3
d’eau, répartis sur 21 kilomètres en remontant jusqu’à Aurec-sur-Loire.

L’épilogue de cette
construction intervient avec
la publication d’un décret le
5 septembre 1960,
« concédant à Électricité de
France l’aménagement et
l’exploitation de la chute de
Grangent ».

Figure 2 : Vue sur le barrage, les gorges et


la plaine du Forez (Photographie P. Niogret
07/2019).

13
2 / Un paysage passé à plusieurs entrées : agriculture, loisirs et industrie

Comme de nombreuses régions rurales de l’époque, les systèmes sociétaux et familiaux


gravitent autour de l’agriculture. Dans les gorges, l’ensemble des habitants des hameaux
exploitent les terres entourant leur propriété. Ils profitent ainsi des terres aplanies au plus près
du fleuve, régulièrement fertilisées lors des nombreuses crues. Certains entretiennent également
du bétail, pour la production de lait et de viande. Les habitants sont dans une relative
autosuffisance et peuvent parfois aller jusqu’à vendre le produit supplémentaire de récoltes sur
les marchés des communes voisines. Ceci dit, certains occupent également des fonctions
complémentaires comme ouvrier dans des usines.
Au quartier de la gare de Saint-Victor-sur-Loire, la situation est un peu plus évoluée. S’il y
a également des terres agricoles et des vergers – les cerises font la renommée des habitants –, des
habitants occupent des fonctions socio-professionnelles plus évoluées, comme directeur
commercial ou fourreur, à Saint-Étienne notamment. De fait, en lien avec ces personnes travaillant
à l’extérieur et possédant des revenus plus élevés, le quartier voit se construire quelques villas
remarquables. On trouve également des restaurants et des hôtels, qui combinés à la gare
ferroviaire, assurent un lieu de loisirs au sein du quartier. Mais c’est surtout pour les personnes
de l’extérieur que cette fonction remplit un rôle, proposant un lieu de détente lors des jours
chômés. Des liaisons en bus sont également établies au départ de Saint-Étienne. Si les activités
nautiques se limitent à la baignade, le site moins fréquenté que son homologue du Pertuiset peut
en attirer certains, convaincus par un cadre plus tranquille.
Il faut donc se rendre au Pertuiset si l’on souhaite profiter pleinement des loisirs élaborés
avec le fleuve. Son développement est plus ancien, en réponse à la forte augmentation de la
population ouvrière et au rôle paternaliste des entrepreneurs, qui proposent à leurs salariés des
navettes pour s’y rendre. Ils seront bientôt rejoints par toute la population du bassin stéphanois
avec le développement d’installations ferroviaires et d’un tramway depuis Saint-Étienne.
C’est donc une véritable station balnéaire qui se développe dès les années 1870.
De nombreuses activités de loisirs sont proposées (baignade, joute, promenade en barque) dans
ce « petit Nice des ouvriers », durablement installées ensuite avec la création de sociétés
nautiques suite à l’arrêt de la navigation commerciale sur le fleuve en 1885 (remplacée par une
ligne ferroviaire). Sur la première moitié du XXe siècle, le Pertuiset est un lieu de loisirs attrayant
pour les ouvriers, qui bénéficient de tarifs ferroviaires abordables pour effectuer une sortie
hebdomadaire sur leur journée de repos. Le cadre intéresse également pour l’offre commerciale,
avec des établissements hôteliers et des restaurants, certains étant équipés de cabines de plage.
Enfin, devant cet afflux de personnes et un espace suffisant, certains habitants aux revenus aisés
font également construire des villas en bordure du fleuve.
Le site connaîtra cependant un léger déclin, avant même l’annonce du projet de barrage ; et la
hausse du niveau du fleuve cause la perte d’un espace de loisir pour les populations urbaines.

Figure 3 : Foule assistant aux joutes


au Pertuiset (Commission Racines).

14
Mais ces activités de loisirs, bien qu’endormies pendant une longue période, ont ressurgies
environ une décennie après la mise en service du barrage. Concernant le Pertuiset, il n’a pas
aujourd’hui retrouvé son cadre d’antan, mais les sociétés nautiques centenaires continuent
d’animer ces bords de Loire. Pour Saint-Victor-sur-Loire, avec la fusion communale assurant un
lien avec Saint-Étienne (1er janvier 1969), un renouveau apparaît au début des années 1970 avec
la création d’une base nautique. Un port de plaisance est conçu pour accueillir de petits bateaux à
voile ou à moteur, tandis que la « page des Stéphanois » est aménagée à l’emplacement de
l’ancienne gare. Les activités ne cessent depuis de se développer, à un tel point qu’un croisiériste
propose un circuit pour découvrir les Gorges de la Loire.
Pour terminer, nous devons aborder un point sur l’activité industrielle qui s’y était
développée. Nous l’avons déjà évoqué brièvement en décrivant le courant de la Loire, pouvant
produire une force motrice pour équiper une proto-industrie. Notamment, en lien avec les
industries métallurgiques installées dans la vallée de l’Ondaine, de petites usines sont implantées
jusqu’à la confluence avec la Loire. À l’aide de martinets hydrauliques, il est possible d’y travailler
directement le fer ou de fabriquer des produits transformés, comme des outils agricoles.
Ces usines datant de la fin du XIXe siècle, ce sont des conditions de travail difficiles, tant par le
travail éprouvant que la vétusté des installations. Par ailleurs, d’autres usines sont installées
également dans le quartier de la gare de Saint-Victor-sur-Loire. Il y avait par exemple une usine
de barrières dont l’exploitation s’est arrêtée quelques années avant la construction du barrage.
Mais le plus intéressant à noter était la présence, dès 1890, d’une usine hydroélectrique.
Dénommée l’« usine de Saint-Victor », son but était de produire de l’électricité pour alimenter les
ateliers de passementerie stéphanois ; le canal du Forez étant dirigé par une conduite directement
au sein de l’usine afin d’actionner les turbines. Intégrée à EDF en 1946, l’usine fonctionne jusqu’à
ce que le barrage soit réalisé.

Figure 4 : Jusqu'à la première vidange en 1967, seul subsiste la cheminée de l'usine hydroélectrique de
Saint-Victor (Commission Racines).

15
3 / Un patrimoine diversifié englouti par la construction du barrage

Nous l’avons constaté, c’est à la fois un paysage et des usages hétérogènes qui ont disparu
sous les eaux de la retenue du barrage. En plus des habitations, ce sont aussi une ligne ferroviaire
et ses ouvrages d’art, un canal, des routes et chemins, une biodiversité, qui sont engloutis.
Différents lieux de peuplement sont encore habités dans les années 1950, entre le Pertuiset et le
site de Grangent :

Rive droite Rive gauche


Les Échandes Billon
La Molière (situé sur les bords de l’Ondaine)
La Noirie L’Allot
La Valette Joannade
Les Révotes Le Châtelet
Le quartier de la gare de Chamousset
Saint-Victor-sur-Loire
Mousset Les Camaldules
Grangent Malleval
Tableau 1 : Liste des hameaux recensés dans les gorges en descendant le fleuve.

Concernant les bâtiments, leur démolition est sous-traitée par EDF, par écroulement ou
explosion du bâti. Il s’agissait de ne pas laisser aux habitants la vision de leur maison, parfois dans
leur famille depuis plusieurs générations, disparaître centimètre par centimètre sous les flots.
Il faut noter que pour certaines propriétés, seules les terres sont immergées ; les habitations
n’étant alors pas forcément démolies. Cependant, amputées de ces terres et des voies d’accès, un
dépérissement est constatable, avant que des investisseurs publics ou privés n’amènent un second
souffle à ces lieux.

Figure 5 : Le hameau des Camaldules, hier et aujourd'hui (Commission Racines et Photographie P. Niogret 07/2019).

16
Comparatif de cartes : État-Major 1 :40000 (1850-1900) et Scan 50 historique 1 :50000 (fin années 50)

17
À l’inverse, les ouvrages d’art de la ligne ferroviaire ont été laissés tels quels, viaducs et
ponts étant plus impersonnels. La ligne ferroviaire de Saint-Just-sur-Loire à Unieux-Fraisses, en
service de 1885 à 1939 pour les voyageurs et 1941 pour le fret, a déjà perdu ses rails et
signalisations. Restent alors cinq ponts et viaducs, ainsi que huit tunnels sur le territoire. Les ponts
ont émergé des profondeurs depuis, à l’occasion de vidanges ou des basses eaux hivernales.
Les tunnels quant à eux sont, selon leur positionnement, ou obstrués, ou ouverts à un passage
piétonnier.

Figure 6 : Un train passant sur le viaduc du Châtelet pour arriver à Saint-Victor-sur-Loire


(Commission Racines).

Ensuite, le canal du Forez creusé à partir de 1863 pour irriguer la plaine du Forez, voit sa
prise d’eau sur la Loire située au lieu-dit Joannade être englouti. Ce sont même les 4,950 premiers
kilomètres du canal, parallèles sur ce tronçon à la Loire (à environ 50 mètres mais plus haut de 20
mètres), qui sont engloutis. Le barrage est alors conçu avec une dérivation pour continuer à
alimenter le canal, après le passage par les turbines ; préservant ainsi l’irrigation de la plaine en
aval.
Le paysage environnemental est modifié également, puisqu’un déboisement est réalisé sur
22 kilomètres de berges, tandis qu’une pratique de la terre brulée est menée pour détruire ce qui
reste de végétation.
Globalement, par rapport à l’ensemble de ces modifications, cela n’a guère de sens de
s’interroger sur l’intégration du barrage dans le paysage existant, dans la mesure où un nouveau
paysage est créé. La sensation d’enfermement dans les gorges évoquée précédemment est
fortement atténuée puisque l’on est d’avantage passé sur un paysage d’eau, où la vie est repoussée
sur le haut des gorges.
Nous nous orientons donc sur le référencement aussi exhaustif que possible des objets
présents sur ce territoire disparu. Il s’agira donc d’identifier les différentes entités et de procéder
ensuite à leur représentation 3D, pour rendre compte de ce paysage disparu.
Pour cela, nous bénéficierons de collaborations avec des partenaires locaux, impliqués au
quotidien sur le territoire d’étude : la ville de Saint-Étienne, le Syndicat Mixte d’Aménagement des
Gorges de la Loire, la Commission Racines des Amis de Saint-Victor-sur-Loire et Électricité de
France.

18
La ville de Saint-Étienne, représentée à travers son service Ville d’Art et d’Histoire par
M. Grégory CHARBONNIER, possède une emprise communale sur le secteur.
Avec cette labellisation obtenue en 2000, il s’agit de faire vivre le patrimoine par la valorisation
des richesses historiques locales, d’en faire la promotion auprès de populations locales et
touristiques et d’animer des actions de sensibilisation sur ces objets du passé.

Le Syndicat Mixte d’Aménagement des Gorges de la Loire (SMAGL), est une intercommunalité
composée du département de la Loire et de deux établissements publics de coopération
intercommunale, avec la communauté urbaine de Saint-Étienne et la communauté
d’agglomération Loire Forez, représentantes des communes du territoire. Ses missions relèvent
essentiellement de la gestion, de l’aménagement et de la sauvegarde du territoire local, représenté
par M. Sébastien ARNAUD (directeur) et Mme Ingrid PERRET (chargée de communication).

La Commission Racines de l’association des Amis de Saint-Victor-sur-Loire, représentée par


MM. Charles MAZANCIEUX et Raymond GOUTTEBEL12, regroupe essentiellement d’anciens et/ou
actuels habitants de la commune et a pour but depuis une vingtaine d’années de rassembler des
documents et des objets relatifs à l’existence passée de la commune.

Électricité de France, dont la Division Production Ingénierie Hydraulique (DPIH) de l’Unité de


Production Centre est en charge du barrage de Grangent, nous fournit des données
bathymétriques par l’intermédiaire de M. Sylvain LECUNA (délégué territorial Loire – Ardèche).

12Le Progrès (web), 15 août 2017, https://www.leprogres.fr/loire/2017/08/03/sous-la-loire-saint-


victor-le-village-englouti

19
III / Méthodologie et outils

Lors de la définition des besoins du projet, une discussion s’est portée sur le système
d’information géographique employé pour réaliser les tâches. Le choix s’est porté sur un
environnement ESRI, afin de pouvoir conserver les données dans des solutions informatiques
complémentaires et conçues pour interagir ; ainsi que de prendre en main de nouveaux outils en
pleine expansion, avec la nouvelle interface logicielle d’ArcGIS Pro et les moyens de diffusion
scénarisée de la donnée.
ESRI, pour Environmental Systems Research Institute, est une société américaine fondée
en 1969 par Jack Dangermond, un spécialiste de l’environnement et des sols. Afin d’aider à la
gestion de l’occupation des sols et à l’aménagement du territoire, ESRI entretient notamment une
suite de logiciels SIG, ArcGIS. Cette suite est en fait un tout, c’est-à-dire qu’elle se compose de
plusieurs logiciels évoluant ensemble et dont le recours varie selon les besoins. Pour l’exemple,
on y trouve ainsi ArcMap pour visualiser et effectuer des traitements sur les données, tandis qu’il
faut passer par ArcScene si l’on souhaite faire évoluer les données dans une vue 3D, avec une prise
en compte d’une surface d’altitude dans la visualisation.
Mais les besoins évoluent, et Esri lance alors en avril 2015 un nouveau logiciel, qui va
combiner en une solution informatique unique, l’ensemble des logiciels qui composaient la suite
ArcGIS : ArcGIS Pro (v1.0). Les fonctionnalités fondamentales restent essentiellement les mêmes
mais il est désormais possible, de passer par exemple d’une carte 2D à une scène 3D directement
en son sein. C’est donc un outil dont le développement est toujours en cours et dont les versions
et correctifs auront été mis à jour à plusieurs reprises sur la station de travail : 2.3.2 (sortie en
février 2019), 2.3.3 (avril 2019) et 2.4 (juin 2019). Ainsi, certaines fonctionnalités connaissent un
fonctionnement aléatoire, ce qui aura donné l’occasion d’entrer en contact avec le support d’Esri
France sur certains problèmes rencontrés, afin d’envisager les solutions pour y remédier.
Cependant, cet aspect de « SIG bureautique » persiste et quelques logiciels concurrents, libres ou
propriétaires, ne sont pas loin d’avoir rattrapé ceux d’Esri. Ces derniers réagissent en se plaçant
sur une autre facette du SIG, avec la diffusion et la valorisation des données en ligne. C’est le but
d’ArcGIS Online, avec cette plateforme sur laquelle il est possible de charger ses données
directement depuis la version logicielle. Dans cette optique, Esri insiste ici pour développer les
outils de communication et d’analyse rapide. L’interface web doit servir à diffuser une donnée
géographique, de pouvoir communiquer avec et cela de façon dynamique et interactive. Ainsi,
différents modèles sont proposés sur ArcGIS Online, pour en sortir un support de partage, voire
collaboratif selon le public visé.
Ce choix de travail se justifie donc de deux façons. La première est l’accès à un
environnement de logiciels complémentaires et intégrés, qui doit permettre de réaliser les tâches
définies en amont. La seconde est la possibilité de mettre en place une méthodologie inédite,
potentiellement reproductible, tout en « défrichant » des opportunités de représentation de la
donnée et ainsi d’évaluer leur intérêt.
Notre propos associe donc à la fois des réflexions sur la représentation des données, une
analyse des outils proposés par le logiciel, des « fiches pratiques » pour l’utilisation de tels ou tels
outils justement et des conclusions sur les choix effectués. Nous supposons donc une certaine
connaissance préalable des SIG par le lecteur.

20
1 / Construction de la base de données

La géovisualisation souhaitée requiert plusieurs types de données, avec des traitements


propres à chacun. Il faut ainsi compter en premier lieu sur un fond d’imageries anciennes et
actuelles, qui témoignent de l’évolution du paysage. Ensuite, il y a également la distinction des
objets présents sur le territoire à l’époque de l’étude, avec les choix de représentations que cela
impliquent et qui peuvent être liés à des questionnements d’ordre technique (quant à leur
faisabilité) ou d’ordre historique (quant au processus de patrimonialisation). Enfin, puisque la
finalité est une maquette numérique 3D, la gestion de la surface d’altitude est à prendre en compte,
afin de retrouver le niveau d’élévation tel qu’il était dans les gorges jusqu’en 1957.

A / Données initiales et acquisitions supplémentaires

Au début du projet, certaines données étaient déjà disponibles et servirent à appréhender


la zone d’étude. En premier lieu, il faut évoquer le mémoire de recherche de Sébastien Peyrot,
intitulé « De Saint-Paul-en-Cornillon à Grangent : le patrimoine englouti » et réalisé dans le cadre
de son année de Master 1 « Territoires, Patrimoines et Environnement » à l’Université Jean
Monnet de Saint-Étienne en 2006. Il y dresse un panorama détaillé de la vie présente dans les
Gorges de la Loire jusqu’à la mise en eau du barrage, croisant des thématiques historiques et
géographiques, sociologiques et environnementales, témoignant ainsi de la complexité de l’impact
que la construction d’un barrage peut avoir sur un système anthropique. C’est un support complet
pour saisir l’évolution des dynamiques paysagères et les activités socio-économiques qui
existaient autrefois. À grand renfort de témoignages d’anciens habitants et d’une iconographie
variée, cela nous donne un accès à des informations précises sur un grand nombre de propriétés
bâties et non bâties, qui seront un pilier de notre reconstitution numérique.
Ensuite, nous trouvons un fond de cartographies anciennes, extraits pour notre zone
d’étude, avec : un atlas cantonal du département de la Loire datant de 1887 ; des SCAN État-Major
au 1 : 40 000 datant de la seconde moitié du XIXe siècle et des SCAN 50 Historique au 1 : 50 000
de la fin des années 1950. Il y a également deux cartes militaires éditées par les américains (1962)
et les soviétiques (1967), mais leurs échelles ne permettent pas une exploitation utile
(respectivement 1 : 250 000 et 1 : 500 000). Enfin, pour conclure sur les plans et en lien avec le
mémoire de S. Peyrot, nous avons accès à des extraits de plans parcellaires (1 : 2 500) non
géoréférencés. Ces derniers ont été réalisés en juillet 1955 pour EDF dans le cadre de
l’aménagement du barrage de Grangent.
Dans la continuité des documents d’ordre documentaires, un lien est établi avec la
Commission Racines de l’association « Les Amis de Saint-Victor-sur-Loire », qui poursuit un but
de collecte et de communication sur le patrimoine et la mémoire collective de la commune. Nous
avons ainsi un accès à leurs ressources accumulées depuis les années 1990, comme une grande
collection de cartes postales et photographies numérisées, ainsi que des maquettes des hameaux
engloutis. Ces documents sont précieux pour obtenir un visuel sur les constructions de l’époque
d’avant barrage et se tenir au plus près de la réalité pour notre reconstitution.
Concernant les données publiques, plusieurs produits IGN sont utilisés. D’abord, des
couvertures orthophotographiques de 1953 et 2016 (BD ORTHO à une résolution de 50 cm) ; mais
également une couverture vectorielle du territoire avec la BD TOPO dont la v3 a été publiée au
printemps 2019. Cette dernière nous permet notamment d’obtenir des couches de bâtiments ainsi
que la surface hydrologique de la Loire et ses affluents.

21
Enfin, pour ce qui concerne la surface d’altitude d’époque, le partage de relevés
bathymétriques a été rendu possible par le biais d’un partenariat avec EDF, et sera développé
ultérieurement.
Cependant, certaines de ces données ne sont pas dans un état d’utilisation optimal, et
nécessitent donc souvent une longue période de travail supplémentaire afin d’obtenir un substitut
correct ; comme c’est le cas en l’occurrence pour la campagne de prises de vues aériennes de 1953.

B / Géoréférencement et harmonisation des prises de vues aériennes

L’IGN a procédé à l’orthorectification d’une campagne de photographies aériennes


analogiques de 1953, afin de pouvoir les intégrer de manière géoréférencée dans un logiciel SIG.
C’est une technique qui permet de « déformer une image numérique pour la rendre conforme à
une projection cartographique » (Muraz et al., 1999), c’est-à-dire que des distorsions lui sont
appliquées afin qu’elle épouse la forme du terrain et soit ainsi superposable en tout point à une
carte. Une fois cette opération effectuée, ces fichiers peuvent être utilisés dans un SIG afin
d’appliquer des traitements sur l’ensemble.
Malheureusement, le choix de la campagne de 1953 est discutable vu la faible qualité
graphique des photographies la composant. Le constat est flagrant lorsque la comparaison est
faite avec une campagne réalisée deux ans plus tard, en 1955 (Fig. 7 et 8). En conséquence, le choix
est fait d’utiliser cette seconde campagne, afin de pouvoir faciliter la photo-interprétation et, plus
simplement, d’améliorer le rendu visuel général de la maquette 3D, puisque les points de vue
seront amenés à être proche du sol. C’est un choix important, puisque cela signifie qu’un
géoréférencement manuel va devoir être réalisé, sur un nombre suffisant de photographies afin
de couvrir notre zone d’intérêt.

Figure 7 : Extrait d'une photographie aérienne de 1953 (IGN).

22
Figure 8 : Extrait d'une photographie aérienne de 1955 (IGN).

Pour cela, l’ensemble de ces prises de vues aériennes de 1955 est disponible en
téléchargement gratuit sur le site « Remonter le temps »13, une plateforme de consultation-
téléchargement d’imagerie ancienne et actuelle, ouverte depuis 2016 par l’IGN. Ce site web offre
la possibilité de remonter jusqu’à des campagnes menées en 1919, réalisées de manière
ponctuelle sur l’ensemble du territoire français. Les fichiers sont disponibles au format JPEG2000,
avec la date de prise et l’échelle en tant que métadonnées. Si l’on considère qu’il propose
également des cartographies anciennes (Cassini et État-Major), c’est donc un contenu d’une
grande richesse pour effectuer une analyse multi temporelle d’un territoire, proposé à travers un
portail à l’accès simplifié (Trémélo et Zanin, 2017).
Ce traitement des données géohistoriques, qui constituent une ressource pour l’analyse
d’un territoire, est donc une procédure d’intégration fastidieuse puisqu’essentiellement manuelle
et requérant une grande précision, sous risque de se retrouver plus tard avec quelques
perturbations. C’est aussi une question de pérennité qu’il faut se poser, avec la prise en compte du
stockage de cette donnée ancienne, pour une diffusion et/ou réutilisation ultérieure. Les
méthodes sont amenées à diverger selon le type de documents : cartographie, plan parcellaire,
photographie aérienne, relevé de terrain, etc. (Pouget, 2018). Ce dernier présente pour le cas de
photographies aériennes la chaîne de traitement suivante : assemblage des photographies en
orthomosaïques grâce à leurs surfaces de recouvrement avec le logiciel propriétaire spécialisé
Agisoft, puis géoréférencement dans ArcMap. Mais nous avons fait le choix de l’environnement
Esri.

13 https://remonterletemps.ign.fr/

23
Dans notre situation, nous inversons donc la méthode, puisqu’un géoréférencement est
réalisé pour chacune de nos photographies, afin de pouvoir les traiter par la suite comme un
ensemble mosaïqué. Au sein d’ArcGIS Pro, le jeu d’outils Géoréférencement est utilisé pour traiter
ces fichiers au format raster. Cette fonctionnalité ne connaît pas d’évolution notable dans sa
pratique par rapport à la version ArcMap. Le principe est toujours d’attribuer des points de
contrôle entre une image sans référence spatiale et une autre image qui elle est référencée dans
l’espace. On accède à ces outils en se positionnant sur la couche visée dans la fenêtre Contenu, puis
en activant Géoréférencement dans l’onglet Imagerie. Un onglet spécifique apparaît, divisé en
quatre parties : préparation / ajustement / vérification / enregistrement (Fig. 9). Les fichiers que
nous ouvrons à fin de géoréférencement ont vu leur nom être réécrit au préalable : exit le nom de
code à rallonge de l’IGN, il est raccourci à un « Gfannée_numéro », par exemple « Gf1955_251 »,
avec « Gf » pour « géoréférencement ».

Figure 9 : Fonctionnalité Géoréférencement.

La première partie des outils permet


de préparer le géoréférencement,
c’est-à-dire de le prépositionner par
rapport à une image de référence.
Pour cette raison, il est conseillé
d’ajouter en premier lieu les fichiers
déjà correctement référencés dans le
projet, ainsi le logiciel récupère
directement le système de référence
qui va être utilisé, rendant la fonction
Définir la projection optionnelle.
Ensuite, les outils Ajuster à
l’affichage et Déplacement - Échelle -
Rotation permettent de superposer
l’image à référencer à l’image
support, pour faciliter la saisie des
points de contrôle (Fig. 10).
Ces derniers sont ensuite ajoutés
avec l’outil du même nom dans la
deuxième partie des outils
(Ajustement).

Figure 10 : Ajustement à l'affichage de l'image à géoréférencer.

24
Il s’agit alors de définir un point sur l’image à géoréférencer puis de définir le point
correspondant sur l’image référencée. Afin d’obtenir un résultat optimal, il est conseillé de définir
des points en se basant sur des objets remarquables : un angle de bâtiment, un croisement de
route, une intersection entre deux objets distincts par exemple. L’exercice peut se révéler plus ou
moins difficile selon la zone de travail, pouvant varier d’une zone à caractère urbain à un espace
quasiment forestier, où les repères distinguables sont dans ce dernier cas une espère rare.
D’autant plus dans notre situation où notre image de référence est de mauvaise qualité, avec à
partir d’une certaine échelle, l’ensemble des objets se transformant en des formes aux contours
flous.
Les points de contrôle sont symbolisés par des cibles rouges et la déformation de l’image
s’applique automatiquement puisque cette option est cochée dans les paramètres (Fig. 11).
Certains points de contrôle sont associés à d’autres symboles, des cibles vertes. Ce sont ici les
points définis sur l’image référencée, qui témoignent d’un décalage. En termes de nombre de
points, leur saisie est également variable, selon la disponibilité d’objets remarquables comme
évoqué précédemment. En moyenne, une cinquantaine de points aura été saisie par image ;
diminuant à une trentaine sur les zones forestières et pouvant dépasser les soixante saisies dans
les zones urbaines.

Figure 11 : Points de contrôle.

25
Cela introduit la notion de transformation, avec différentes sortes de déformation
mathématique applicable, selon le nombre points saisis (Fig. 12). Les règles avec un ordre
polynomial modifient assez peu les images, mais de manière homogène. Nous faisons le choix
d’appliquer une transformation ajustée, qui permet d’avoir des points de contrôle parfaitement
superposés dans les parties centrales de l’image mais des points plus éloignés sur les bordures de
l’image. Une table permet de contrôler le résiduel de chaque point saisi dans la partie vérification
de l’outil, sachant que plus cet indice est proche de 0, plus la superposition du point est bonne.

Figure 12 : Types de transformations disponibles.

Comme expliqué, la méthode de transformation par ajustement va très bien superposer


les points en partie centrale de l’image et moins bien le faire sur les bordures. En l’occurrence,
cette fonction occasionne des cassures dans l’image, sur l’ensemble du pourtour (Fig. 13). C’est un
défaut acceptable dans la mesure où, chaque image devra par la suite être rognée afin d’éliminer
les parties indésirables liées à la technique matérielle des prises de vue dans les années 1950,
comme on peut le constater dans l’extrémité droite de la trace dessinée sur la figure à suivre avec
la route et le cadre de la photographie.
Pour terminer avec le géoréférencement, il faut savoir qu’il est en théorie possible que le
logiciel fasse ce traitement de manière automatique. Cependant, il faut alors que les fichiers soient
similaires, à la fois en terme de zone de travail mais aussi avec les caractéristiques graphiques des
images (résolution, couleur, etc.). De fait, les tentatives pour effectuer cette opération ont toujours
échoué, quelques soient les conditions, entraînant un arrêt systématique du logiciel.
Enfin, l’enregistrement est évidemment obligatoire pour prendre en compte l’orthorectification,
permettant éventuellement de revenir sur les points de contrôle lors d’une nouvelle séance de
géoréférencement.

26
Figure 13 : Cassure de l'image en raison de l'ajustement des points de contrôle.

Pour le processus d’élimination des parties indésirables des photographies, c’est l’un des
rares cas où nous avons à sortir de l’environnement de travail ArcGIS Pro. En l’occurrence, nous
recourons au logiciel Global Mapper (v19), un utilitaire spécialisé dans la conversion et l’édition
de jeu de données spatiales, édité par Blue Marble Geographics.
Il est donc possible d’extraire une portion d’une image, en accédant par un clic droit sur le fichier
dans le Centre de contrôle, puis Couche > Exporter. Les paramètres sont laissés par défaut dans
l’onglet Général, tandis qu’une zone d’export est définie (symbolisée par un cadre jaune) avec
Dessiner une fenêtre dans l’onglet Limites d’export (Fig. 14).

Figure 14 : Tracé d'une limite d'export dans Global Mapper.

27
Un nouveau nom est renseigné lors de l’enregistrement du fichier crée, reprenant
l’addition de l’année et du numéro et remplaçant le préfixe « Gf » par « R », par exemple
« R1955_251 », avec « R » pour « réduit ».

Nous obtenons alors en sortie une image rectangulaire,


délestée des bordures et autres numéros poinçonnés (Fig. 16).
Cependant, il reste des artefacts sur chacune des images, qui seront à
enlever dans un développement futur du projet (Fig. 15).

Figure 15 : Artefact.

Dans l’idéal, il est possible


d’extraire une zone qui
recouvre une grande majorité
de l’image. Mais selon
l’orthorectification, le sens de
la prise de vue aérienne et les
bordures, il n’est parfois
possible d’en garder qu’une
partie plus restreinte.

Certaines discontinuités se
forment alors à l’affichage
entre les images ; d’où la
nécessité pour faire les
raccords, de redécouper
certaines images sur des
petites zones spécifiques.

Figure 16 : Image recadrée dans le logiciel Global Mapper.

Au final, nous obtenons un ensemble d’images couvrant notre zone d’étude des Gorges de
la Loire, allant du barrage de Grangent à Aurec-sur-Loire, avec un élargissement de part et d’autre
des rives afin de conserver une certaine continuité, au-delà des gorges (Fig. 17).
Numériquement, ce sont donc 75 fichiers au format raster dont nous disposons ; issus de 68 prises
de vue aériennes de 1955 géoréférencées.

28
Figure 17 : Affichage des photographies aériennes après géoréférencement et recadrage.

29
Avec cet ensemble photographique, nous allons maintenant réaliser quelques traitements
d’harmonisation des couleurs. Comme cela est constatable, ces photographies ne sont pour
l’instant pas exploitables dans la mesure où le produit final souhaité doit être visuellement
agréable à regarder. À ce stade, il y a une réelle hétérogénéité des nuances de gris d’une
photographie à l’autre. L’objectif va être de procéder à un équilibrage de ces nuances, afin de les
lisser et ainsi de gommer en quelque sorte les différences que l’on rencontre lorsque l’on passe
d’une à une autre.

Pour cela, on va assembler


toutes ces photographies aériennes en
une mosaïque, format qui permet
d’appliquer des traitements sur la
couleur et les contours des images.
Au sein de notre projet ArcGIS Pro, nous
allons travailler avec une géodatabase,
afin d’y stocker tous nos éléments. On
verra par la suite que c’est également la
seule solution possible de stockage pour
certains types de formats.
Cette gestion des fichiers peut se faire
depuis la fenêtre Catalogue (Fig. 18). Un
contrôle est alors possible sur les cartes
et scènes enregistré, la géodatabase du
projet et les dossiers qui peuvent être
associés au projet afin d’accéder
rapidement aux données (dossiers dans
lesquels il est possible de copier une
géodatabase d’un autre projet
éventuellement). Figure 18 : Fenêtre
Catalogue.

Une géodatabase permet donc de stocker des éléments


de données, s’affranchissant ainsi en quelque sorte de fichiers
en durs, tels que des shapefiles.
Il est à la fois possible de créer un nouvel élément depuis la
géodatabase, ou alors de le créer en important les données
d’une couche déjà existante.
C’est alors la géodatabase qui est écrite en dur et stocke les
jeux de données géographiques, à l’instar d’un conteneur.
L’exemple donné (Fig. 19) permet de cerner les
différentes possibilités offertes en termes de stockage de
données, avec entre autres : ponctuel (Arbres), linéaire
(Canal_du_Forez), surfacique (Batiments_Av1955), multipatch
(obj3D2005), mosaïque (mosa_color).
On peut également y ajouter des jeux de données raster, ou des
tables (Fig. 20).
Figure 19 : Éléments d'une géodatabase.

30
Figure 20 : Création d'éléments dans la géodatabase.

Figure 21 : Menu des options pour un jeu de données


mosaïque.

Une fois une mosaïque créée, il faut lui attribuer


des données, avec la fonction Ajouter des rasters
(Fig. 21). Il est alors possible de sélectionner
chaque raster souhaité, ou de renseigner un dossier
qui contiendrait l’ensemble des rasters d’intérêts.

À ce moment, les rasters ajoutés ne sont pas


visibles à petite échelle vu leur grand nombre,
seules leurs emprises le sont et ils n’apparaissent
qu’en zoomant sur une zone plus petite. Pour
rendre permanent l’affichage sur la vue
d’ensemble, il faut générer des aperçus de
mosaïque, opération qui nécessite d’être
renouvelée à chaque traitement effectué sur la
mosaïque (Optimize > Build Overviews, Fig. 22).

Figure 22 : Traitements Optimisation de la mosaïque.

31
Attention, si des aperçus ont déjà été générés, il est important de les supprimer au
préalable, avec la fonction Supprimer > Rasters, et en renseignant un critère avec le configurateur
SQL, en l’occurrence Catégorie = 2, afin que seuls les rasters « aperçus » soient supprimés et pas
les rasters originaux.

Comme évoqué précédemment, la


plupart des photographies
partagent des zones de
recouvrement entre elles, pouvant
aller parfois jusqu’aux deux tiers de
l’image.
De fait, devant la qualité aléatoire
des images (artefacts, bords flous et
autres défauts visibles), un ordre
d’affichage a été déterminé pour les
75 rasters, de manière à mettre au
premier plan ceux de meilleure
qualité.
Il est possible de répercuter l’ordre
d’affichage défini dans la mosaïque,
puisque l’on peut éditer le champ
« ZOrder » dans la table attributaire.
Ensuite, en se positionnant sur la
mosaïque dans la fenêtre Contenu,
puis dans la barre d’outils Donnée,
on peut trier l’affichage des rasters
en sélectionnant le champ
« ZOrder » avec Tri > Par attribut
(Fig. 23).

Figure 23 : Tri par attribut. On aperçoit les emprises des rasters en vert, en
arrière-plan.

Enfin, dernière étape avant d’harmoniser les couleurs, un


calcul des statistiques des canaux est nécessaire afin que
les traitements puissent être effectués. C’est une
opération assez longue, avec 50 minutes pour 75 rasters.
Ce traitement se trouve dans les outils d’Amélioration
(Enhance) de la mosaïque, avec l’équilibrage des couleurs
et la création des lignes de raccords (Fig. 24).

Figure 24 : Traitements Amélioration de la mosaïque.

32
Le but de l’équilibrage des couleurs est de lisser les transitions de celles-ci entre deux
rasters voisins, de manière à homogénéiser l’ensemble. Ensuite, un second traitement est utile
pour travailler sur les lignes de jointure entre deux rasters, afin de les rendre invisible à petite
échelle.
Différents types de corrections peuvent s’appliquer, s’appuyant sur des algorithmes
utilisant des règles variées pour modifier la valeur des pixels des rasters :
- Éclaircissement : éclaircissement des pixels, méthode conseillée
o Couleur unique : modification selon une seule couleur cible, pour un petit
nombre de rasters simples
o Grille de couleurs : modification selon plusieurs couleurs cibles, pour un grand
nombre de rasters complexes
o Premier ordre : dégradé lissé de couleurs selon une multitude de points
o Deuxième ordre : dégradé lissé de couleurs selon plusieurs ensembles de
points
o Troisième ordre : dégradé lissé de couleurs selon plusieurs points
- Histogramme : histogramme proche entre les rasters
- Écart-type : relation à l’histogramme selon un écart-type

Ensuite, le second traitement est la génération de lignes de raccord, afin de modifier les
jointures entre les emprises de chaque raster, de façon à les rendre imperceptibles selon les objets
de l’image, les couleurs, etc. Par exemple, une ligne de raccord sera placée au milieu d’un champ
plutôt qu’au milieu d’un bâtiment ; s’il y a une « fracture », elle sera plus facilement dissimulée.
Différentes méthodes existent également, afin de prendre en compte les couleurs, les formes des
objets ; avec des résultats variables :
- Radiométrie : optimal pour prendre en compte les objets et les différences de couleur
- Géométrie : reprend les lignes des emprises des rasters
- Détection des bordures : lignes sur les routes, les limites de champs qui peuvent causer
des décalages (« fracture »)
- Tri : selon un attribut (comme « ZOrder ») donc détaché des caractéristiques de
l’image
- Voronoï : principe similaire à la radiométrie mais avec des lignes plus tranchées –
droites, donc plus visible

De la même manière que pour les aperçus, il est


nécessaire de désactiver les traitements effectués avant
d’en refaire, de préférence dans l’ordre inverse de leur
création. Par exemple, il faut d’abord supprimer les
aperçus (vu précédemment, avec le configurateur SQL
de la Fig. 25), puis désactiver l’affichage avec les lignes
de raccord (sinon risque d’échec), puis supprimer les
lignes de raccords (Supprimer) et l’équilibrage des
couleurs (Supprimer).

Figure 25 : SQL pour supprimer les aperçus.

33
Ces différentes méthodes varient selon des temps de traitement mais surtout des résultats
visuels flagrants, comme le montre les éléments à suivre.
On propose ici un panel des différentes méthodes d’équilibrage des couleurs ; avec la méthode de
radiométrie pour la génération des lignes de raccord, qui est la plus efficace.

N° Méthode équilibrage couleurs Temps (sec) Lignes de raccord Temps (min)


1 Grille de couleurs 20 Radiométrie 9
2 Premier ordre 20 Radiométrie 9
3 Deuxième ordre 20 Radiométrie 9
4 Troisième ordre 20 Radiométrie 9
5 Histogramme 5 Radiométrie 6
6 Écart-type 4 Radiométrie 6
7 Couleur unique 16 Radiométrie 8

La mosaïque ci-contre permet de saisir ce concept


d’emprise et ligne de raccord pour les rasters
(Fig. 26).

En vert, il faut distinguer les emprises des rasters,


qui correspondent simplement à leurs contours.
En bleu, on retrouve les lignes de raccord, qui
définissent des tracés plus affinés, puisqu’ils se
basent sur des critères de colorimétrie et d’objets
remarquables, afin de ne pas créer de « fracture »
là où cela serait le plus visible.

Ci-dessous, un aperçu sur la génération des lignes


de raccord (avec et sans) (Fig. 27 et 28).
Même si l’équilibrage des couleurs n’est ici pas le
plus optimal, on peut tout de même constater une
amélioration nette par rapport à la Fig. 17.

Figure 26 : Mosaïque

34
Figure 27 : Lignes de raccord symbolisées

Figure 28 : Lignes de raccord non symbolisées

35
N°1 – Grille de couleurs N°2 – Premier ordre

N°3 – Deuxième ordre N°4 – Troisième ordre

36
N°5 - Histogramme N°6 – Écart-type

N°7 – Couleur unique

37
◄ Grille de
couleurs
Gère mal un
grand nombre
d’images, des
éléments de
même nature se
retrouvent avec
des nuances
différentes.

▼ Premier
ordre

Solution
optimale (et
retenue) pour
l’ensemble des
éléments de nos
images, avec une
certaine
neutralité dans
les teintes de
gris.

Les 2e et 3e
ordres
produisent un
résultat
similaire.
2e et 3e ordre ▼

38
◄Histogramme

Comme grille de
couleurs, trop de
propositions de
nuances fait que
des éléments de
même nature ont
des teintes variées.

Écart-type ►
Beaucoup
d’exagération dans
les nuances de gris,
soit trop clair, soit
trop foncé.

◄Couleur unique
L’harmonisation est
plutôt correcte mais
le résultat des
nuances de gris est
très effacé.

39
Une fois les traitements de la
Figure 29 : Affichage des images
après équilibrage des couleurs mosaïque réalisée, un export de
celle-ci au format de dalles est
réalisé. Un masque pour l’export est
créé (classe d’entités polygonale)
afin de délimiter la taille des dalles
pour l’export avec l’outil Copier des
rasters (Fig. 30 et 31).
Ces dalles sont ensuite recadrées
avec Global Mapper.

Figure 30 : Outil Copier un raster

Au final, nous obtenons huit


dalles pour nos photographies
aériennes en nuances de gris.

Figure 31 : Masque d'extraction

40
Toujours dans l'optique de proposer le meilleur rendu possible, une collaboration a été
mise en place avec le Laboratoire d'InfoRmatique en Image et Systèmes d'information (LIRIS -
CNRS UMR 5205), basé notamment à l'Université Lumière Lyon 2. En effet, ces derniers mettent
en place une méthodologie de colorisation de photographies aériennes anciennes, afin de
déterminer une occupation des sols. Nous avons ainsi pu leur fournir nos images en nuances de
gris afin que leurs algorithmes (en développement) y soient appliqués.
Ce travail, mené par M. Rémi RATAJCZAK, fournit des résultats plus que satisfaisants avec des
images colorisées d'une seule traite. Cette méthode fonctionne avec un apprentissage non
supervisé, qui agit sur les pixels de façon presque inférentielle, en se basant donc sur un
échantillon limité, ce qui peut entraîner des imperfections (Ratajczak et al., 2019). En effet, si le
résultat global est comme dit satisfaisant, un zoom appuyé peut faire apparaître des artefacts
colorés tendant vers le violet (des toits de bâtiments ou certaines routes par exemple).

Figure 32 : Comparaisons d'images

41
C / Modélisation du relief englouti avec des données de bathymétrie

Comme de nombreux autres éléments, on peut considérer qu’une partie du relief a


également disparu du paysage. C’est un élément essentiel qu’il faut s’attacher à restituer afin de
remettre en perspective la position dominante de certains bâtiments sur les gorges. En effet, le
relief auquel nous avons accès en premier lieu est celui d’aujourd’hui, avec le niveau d’eau au
maximum de la limite prévue pour la retenue. C’est par exemple le relief proposé
automatiquement par ESRI lorsqu’une scène 3D est générée, où pour notre zone d’étude, le sol
vient se plaquer sur la surface d’eau actuelle, alors que nous le souhaitons parfois jusqu’à une
dizaine de mètres plus bas (les doubles vues ci-dessous).
Il faut savoir qu’à la date de prise des photographies aériennes le 22 septembre 1955, le
débit moyen de la Loire était d’environ 6 m3/s, alors que son débit moyen pour le mois de
septembre est d’environ 15 m3/s sur la période 1919-2018 (Annexe 1, relevés à la station de Bas-
en-Basset14, Banque HYDRO). Sachant que ce secteur de la Loire présente de basses eaux estivales
et de hautes eaux printanières, la scène modélisée représentera donc le fleuve en basses eaux
estivales avec une situation d’étiage relativement marquée.
Dans ce but, des contacts sont pris avec l’institution compétente en la matière : Electricité
de France. EDF possède en effet la gestion et la surveillance de la retenue, ils sont amenés à réaliser
des campagnes de relevés pour leur contrôle. Il nous a été ainsi possible de rencontrer M. Sylvain
LECUNA, délégué territorial Loire-Ardèche à la Division Production Ingénierie Hydraulique
(DPIH) de l’Unité de production Centre, basée au Puy-en-Velay. Une collaboration se met ainsi en
place, avec le partage de données bathymétriques en perspective. C’est aussi un intérêt naissant
pour EDF de travailler sur cette thématique de l’impact sociétal de ses infrastructures, sujet trop
souvent évité pour limiter les perturbations à ses projets.
Ces données fournies dans un format xyz sont associées à un modèle numérique de terrain
à 5 mètres produit par l’IGN, afin d’obtenir en sortie le relief d’avant barrage – ou s’en approchant
si l’on prend en compte la présence accumulée de dépôts sédimentaires.
Les deux doubles vues à suivre proposent une comparaison entre les mêmes zones mais
avec des reliefs différents. Les images alignées à gauche utilisent l’élévation proposée par défaut
dans une scène, soit le relief actuel. Les images alignées à droite affichent quant à elles le relief
d’époque, que l’on a créé à partir des données bathymétriques.

14 http://www.hydro.eaufrance.fr/stations/K0550010&procedure=fiche-station

42
La différence au
niveau de l’île de
Grangent est
flagrante (flèches
rouges).

Élévation Esri seule

Élévation Esri corrigée avec la bathymétrie

Élévation Esri seule

Élévation Esri corrigée avec la bathymétrie

43
Enfin, un dernier processus consiste à éliminer les perturbations de la donnée
bathymétrique, en l’occurrence celle induite par les viaducs puisqu’ils n’ont pas été démolis ; avec
des éléments d’ouvrages toujours perceptibles. Pour ce faire, un écart à l’environnement Esri est
fait pour profiter d’un logiciel spécialisé dans les géosciences avec SAGA GIS, un SIG libre maintenu
par une équipe de développeurs internationaux. Ainsi, les zones des viaducs sont ciblées pour les
enlever manuellement et précisément, procédant ensuite à une interpolation pour recréer le relief
local en tenant compte du relief environnant (Fig. 33).

Figure 33 : Élimination des perturbations liées aux ouvrages d'art.

44
Pour résumer, le travail préparatoire d’acquisition de données pour un périmètre d’étude
élargi nous a permis d’intégrer dans un environnement SIG :
- une couverture de photographies aériennes anciennes de 1955 noir & blanc et couleur,
- une couverture d’orthophotographies aériennes actuelles de 2016 couleur,
- un modèle numérique de terrain correspondant au paysage d’il y a soixante ans,
et un ensemble de ressources historiques qui vont permettre de contextualiser de manière
réaliste les entités dont la création est à suivre.

2 / Construction de la modélisation 3D

Le projet avance maintenant dans une deuxième phase, où l’objectif est de poursuivre la
création de cette base de données géographiques, en l’amenant dans la direction de la
modélisation 3D, constituée d’un maximum d’objets présents sur le territoire, afin de reconstituer
cette microsociété. Il s’agit donc d’asseoir le(s) mode(s) de représentation choisi(s) et d’utiliser
les formats de données optimaux pour bâtir cette maquette numérique.

A / Digitalisation des objets présents sur le territoire

La digitalisation d’objets à partir des photographies aériennes anciennes va permettre


d’identifier des éléments représentatifs du quotidien des habitants des gorges, et de les stocker
de manière durable avec des classes d’entités directement au sein de la géodatabase du projet.
À ces éléments seront associées des informations attributaires, permettant une lecture plus
éclairée du territoire. L’exhaustivité est recherchée, certes dans la mesure du possible au vu de la
qualité des photographies et des informations à disposition, mais c’est le souhait d’explorer
différentes options, notamment s’il est envisagé de reproduire la méthodologie sur un autre
territoire qui possèderait des caractéristiques différentes.
L’un des points de discussion les plus intéressants a été sur le choix de l’époque à laquelle
est fixée la géovisualisation. C’est-à-dire quel paysage va-t-on représenter, sachant que ce dernier
connaissait déjà des évolutions avant la mise en place du barrage, suivant la vitalité de l’industrie
ou du tourisme notamment. Par exemple, comment classer des bâtiments qui ont été détruits
quelques années ou décennies auparavant mais dont l’on sait qu’ils ont eu une influence sur les
activités anthropiques. Ou alors, cas plus complexe, comment représenter une usine désaffectée
durant l’entre-deux guerres ? Avec un accès à des photographies et des témoignages précis sur
celle-ci et au vu de son importance dans l’ensemble métallurgique de la ville voisine, peut-on jouer
sur une multi temporalité et la représenter dans son meilleur aspect ?
Ces situations pouvant entraîner de la confusion, il est décidé de figer la visualisation à une seule
date, celle de prise des photographies aériennes, soit l’année 1955. Le choix est donc fait de
conserver les bâtiments dans leur aspect de ladite année. Cependant, pour être complet, des
séparations seront établies entre les classes d’entités de bâtiments, selon ce critère de
temporalité. Ainsi, les bâtiments disparus avant 1955, ou ceux n’ayant eu qu’une vie éphémère
dans le cadre du chantier de construction du barrage, seront tout de même référencés.
Par ailleurs, ce travail de digitalisation s’effectue dans un secteur élargi à 300 mètres de
part et d’autre des rives du fleuve en 1955, afin d’obtenir une vision plus complète du paysage,
c’est-à-dire non seulement les inter/intra-connexions des hameaux engloutis, mais également les
éléments les reliant aux proches villages par exemple.

45
 Ponctuel :
o Arbres
 Linéaire :
o Lignes ferroviaires
o Ouvrages d’art des lignes ferroviaires
o Canal du Forez
o Obstacles à l’écoulement fluvial
o Routes
 Surfacique :
o Bâtiments Z1
o Bâtiments Z2
o Bâtiments démolis avant 1955
o Bâtiments barrage
o Bâtiments démolis

Les linéaires possèdent des informations attributaires plus ou moins fournies. Dans la
mesure du possible, les objets sont identifiés par un numéro, un nom, un type de classification,
une commune et un état actuel (immergé / non immergé principalement). Pour ceux relevant du
domaine ferroviaire, nous pouvons apporter plus d’éléments en obtenant des informations sur
des sites spécialisés qui recensent les anciennes lignes et ouvrages d’art ferroviaires. Notamment,
les Inventaires ferroviaires de France15 regroupent une centaine de bénévoles afin d’établir une
« géographie ferroviaire », répertoriant des lignes ferroviaires et des ouvrages d’art actuels ou
disparus. Parmi leurs productions, l’« Inventaire des Tunnels Ferroviaires de France » (ITTF) a
permis d’en recenser 2900 entre 2008 et 2011 ; tandis que l’ « Inventaire des Ponts et Viaducs
détruits et/ou disparus » (IPVD) recense ces ouvrages depuis 2018. Sur notre zone d’étude, se
sont ainsi quatorze tunnels et cinq ponts/viaducs qui ont été répertoriés, chacun à travers une
fiche descriptive individuelle, comportant des informations techniques, une cartographie et des
illustrations actuelle et anciennes.
Concernant les bâtiments, ils sont donc répartis en différentes classes.
En premier, la Z1 est la plus importante car elle regroupe tous ceux qui ont été directement
impactés par l’élévation du niveau du fleuve mais sans distinction d’immersion ou de non
immersion. C’est-à-dire qu’il y a des bâtiments qui ont disparu sous les flots, d’autres qui sont
seulement « léchés » par les flots et potentiellement habités, ou encore d’autres en ruines car ce
sont leurs voies d’accès qui ont été rayées de la carte. Cette Z1 se base donc sur un critère de
proximité immédiate au fleuve et non une question de « immergé / pas immergé ».
Ensuite, la Z2 va regrouper l’ensemble des autres bâtiments se trouvant dans cette zone de 300
mètres autour du fleuve. Toujours pour améliorer l’ensemble du rendu de la visualisation, ce sont
donc des bâtiments que l’on peut considérer comme plus « communs » ; à l’exception des
bâtiments démolis avant 1955, des bâtiments du barrage et des bâtiments démolis, qui sont
restitués dans des classes d’entités isolées.
Les bâtiments démolis avant 1955 sont ceux dont l’on trouve des traces sur des documents
photographiques ou des extraits du cadastre. Ils ne sont plus dans le paysage à la mise en eau du
barrage mais en ont fait partie à un moment donné. Les bâtiments du barrage correspondent donc
aux installations temporaires utilisées le temps du chantier de construction du barrage,
regroupant des habitations pour les ouvriers, des hangars et des sites de production de matériaux
de construction (centrale à béton, etc.). Ils ont tous été démontés / démolis une fois le chantier
fini. Les bâtiments démolis sont eux des bâtiments qui ont été démolis après 1955 et pour des

15 http://www.inventaires-ferroviaires.fr/

46
raisons indépendantes à l’élévation du niveau du fleuve (renouvellement urbain, aménagement
routier, etc.).
Pour ce qui est des informations attributaires, elles sont ici aussi d’une précision
échelonnée. Les plus abouties sont celles de la Z1, puisque ce sont les bâtiments les plus impactés.
Les recherches ont donc été les plus avancées à leurs sujets et les sources multiples permettent
par croisement de les étayer. De plus, cet ensemble d’informations a été porté à la connaissance
des membres de la Commission Racines des Amis de Saint-Victor-sur-Loire, qui ont ainsi pu les
confirmer, ou les infirmer, auquel cas ils nous ont apporté un correctif. De fait, ces informations
sont collectées dans un premier temps dans un tableur Excel, avant qu’il soit ajouté à la
géodatabase avec l’outil Excel vers Table, afin de pouvoir réaliser une jointure avec la classe
d’entités Bâtiments Z1.

Attribut Description
ID Composé de lettres désignant le secteur géographique et d’un
nombre
Secteur Hameau ou quartier
Rive Gauche / Droite
Commune -
PARCAD Parcelle cadastrale, selon celui de 1955
Classe Résidentiel, agricole, industriel, commerciale, religieux, militaire …
Catégorie Habitation, dépendance, cabane / ferme, moulin / usine, atelier,
entrepôt, dépôt / restaurant, hôtel, local …
Destination Usage économique
Propriétaire -
Locataire -
Date de construction (Peu d’informations)
(Date_const)
Date de démolition 1957 pour la plupart, quelques exceptions avant/après
(Date_dem)
État actuel (Etat_actuel) Sort réservé au bâtiment jusqu’à aujourd’hui
Descriptif -
Tableau 2 : Attributs Bâtiments Z1.

Ensuite, pour les autres classes, nous nous sommes attachés à faire figurer au minimum le
type de bâtiment, la commune (parfois le lieu-dit) et s’il a été démoli, la raison pour laquelle cela
a été nécessaire.
La digitalisation d’entités se réalise par l’utilisation du volet Édition d’ArcGIS Pro, afin de
créer et/ou modifier des formes (Fig. 34). Cet ensemble de fonction conserve les mêmes principes
que pour la version ArcMap, pour ce que l’on en a eu recours en tout cas.

47
Figure 34 : Fonctionnalité d'édition.

La barre d’édition propose ainsi dans l’ordre : copier/coller des entités, sauvegarder/annuler les
saisies, capture d’entités, créer/modifier des entités, sélection d’entités et des raccourcis vers
différents outils (ci-dessous pour les plus utilisés).

Les modalités de création des entités diffèrent


selon leur type : point, ligne, polygone et
multipatch (Fig. 35).
Deux raccourcis claviers sont très utiles : le
classique Ctrl+z pour annuler la dernière
action et F2 afin de terminer un tracé.

Figure 35 : Créer des entités.

Point : le plus simple, pointez à


l’endroit souhaité et cliquez.

Polygone : quatre façons pour les


tracer, si l’on considère le dessin à
main levée (non utilisé dans notre
cas).

48
Le polygone que l’on trace en
positionnant successivement les
sommets.

Le polygone automatique, où l’on


vient capturer un sommet ou une
arrête d’un autre polygone, afin que
la fin du tracé soit automatique en
suivant le contour du premier
polygone.

Le polygone tracé avec une forme


prédéfinie, où il suffit de
positionner un ou deux points puis
d’étirer le polygone à notre
convenance sur le reste de la
forme.

Ligne : des points successifs


tracent des segments droits qui
forment une ligne. Le dessin à
main levée est aussi possible.

49
L’outil de capture déjà évoqué, qui permet d’accrocher un
sommet ou une arrête d’une entité déjà saisie (Fig. 37).
Ne fonctionne qu’entre des entités digitalisées dans la
même classe d’entités.
Cette solidarité dans la topologie
permet d’apporter un certain
détail aux bâtiments, en les
décomposant si nécessaire (en
fonction des hauteurs) (Fig. 36).

Figure 37 : Outil Capture. Figure 36 : Décomposition


d'un bâtiment.

Pour ce qui est des informations attributaires, deux méthodes s’offrent à nous : la jointure d’un
fichier externe pré-rempli (Fig. 38) ou la saisie des informations directement dans le logiciel. La
première méthode est utilisée uniquement pour nos bâtiments de la Z1, tandis que la seconde est
appliquée dans les autres cas.

Pour ce faire, lors de la création d’une entité, il


suffit d’afficher la fenêtre Attributs pour pouvoir
renseigner les champs définis pour la classe
d’entités. Evidemment, en cas d’un nombre
important d’entités partageant des informations
communes, il est possible de faire une saisie de
groupe. Une fois les entités sélectionnées, elles
sont affichées dans la fenêtre Attributs (Fig. 41).
Si le curseur est positionné sur une seule entité,
seule celle-ci est modifiable. Par contre, si le
curseur est sur le nom de la classe d’entités (et
dont le nombre de sélection est affichée entre
parenthèse), la modification s’applique alors à
tous (Fig. 40 et 39).

Figure 38 : Jointure d'un fichier.

50
Figure 41

Figure 40 Figure 39

51
Enfin, un champ hauteur est associé à chacune des entités correspondant à un bâtiment,
ainsi qu’aux arbres et aux obstacles à l’écoulement fluvial. Ce champ numérique sera ainsi utilisé
ultérieurement pour représenter les volumes dans la scène 3D.
N’étant pas une donnée accessible facilement, elle se base sur une estimation dans la majorité des
cas. En utilisant les photographies anciennes, il est possible d’attribuer des valeurs de hauteur aux
bâtiments disparus. Pour ceux dont nous ne disposons pas de visuel clair, une étude approfondie
des photographies aériennes permet d’obtenir un ordre de grandeur, en observant les ombres,
l’agencement des bâtiments et leur usage – on imagine mal un cabanon être plus haut qu’une
maison. Pour les bâtiments existants encore à ce jour, nous devions nous appuyer sur la couche
Bâtiment de la BD TOPO v3.0, livrée courant printemps 2019. En effet, disposant d’un champ
correspondant à la hauteur, réutiliser ces bâtiments référencés par l’IGN devait être possible.
Malheureusement, il s’avère que pour un travail sur un territoire à notre échelle, soit d’une
précision tout de même assez fine, cette donnée est plus que « légère ». D’abord, la digitalisation
des bâtiments est simplifiée, c’est-à-dire que sous une surface seuil, les parties d’un bâtiment sont
assemblées. Parfois, plusieurs bâtiments contigus peuvent être ainsi unifiés et disposer ainsi d’une
seule hauteur, alors qu’ils ne le sont pas dans la réalité. Cela est d’autant plus problématique pour
les monuments remarquables. En effet, cette couche Bâtiment de la v3.0 rassemble des couches
qui étaient différenciées dans la v2.2 : Bâti Indifférencié, Bâti Remarquable, Bâti industriel et
Construction légère16. De fait, il n’y a pas plus de précisions apportées à ces édifices et si l’on prend
le cas de la chapelle des Camaldules, le bâti ne fait qu’un pour l’IGN, alors que l’on distingue
clairement plusieurs parties, avec des hauteurs différentes (Fig. 42).

Figure 42 : Chapelle des Camaldules, avec photographie aérienne et digitalisation IGN puis personnelle.

Ensuite, les valeurs de hauteur sont très souvent erronées, voire incohérentes. C’est-à-dire
que non seulement des bâtiments n’ont pas les bonnes hauteurs, mais en plus la hiérarchie entre
eux peut être faussée – trois bâtiments proches que l’on peut dans la réalité classer 1 – 2 – 3, seront
reproduits dans la BD TOPO avec un ordre 3 – 1 – 2 ou 2 – 1 – 3. Donc, autant les hauteurs
pourraient être fausses de temps en temps, cela pourrait se dissimuler dans le reste. Or là, le
manque de cohérence est criant, avec des dépendances plus grandes que des habitations
principales, ou des habitations de bourg faisant la hauteur d’un immeuble de trois étages
(Fig. 43 et 44).

16
Descriptif de contenu BD TOPO Version 3.0 Bêta (Novembre 2018) :
http://professionnels.ign.fr/doc/DC_BDTOPO_3-0Beta.pdf

52
Figure 43 : Hameau des Camaldules (Photographie Commission Racines), avec hauteurs IGN (g.) et personnelle (d.).

Figure 44 : Bourg de St-Victor-s/Loire (capture d’écran Street View), avec hauteurs IGN (g.) et personnelle (d.).

53
Ces constatations se répètent de nombreuses fois dans l’ensemble des données et cela
indifféremment de l’origine de saisie des bâtiments : sur les 33 308 extraits pour les communes
de notre zone d’étude, 2170 (soit 6,5%) viennent de l’image aérienne et 31 138 (soit 93,5%)
viennent du cadastre.
En raison de ces soucis de cohérence dans les rapports de hauteur entre les bâtiments et
afin d’avoir une digitalisation plus fine et mieux géoréférencée, la décision est prise de digitaliser
ces bâtiments, en remplacement de ceux de la BD TOPO, et qui correspondent essentiellement à
notre Z2. Pour cela, nous avons recours à Street View de Google Maps afin de réaliser nos
estimations de hauteur pour les bâtiments. Nous conservons par contre le même principe que
pour une modélisation IGN par saisie sur orthophotographie, c’est-à-dire que nous faisons le
relevé de la hauteur au niveau du contour du toit (soit l’altitude aux gouttières) (Annexe 2).
Au final, ont été digitalisées en nombre d’entités pour chaque classe de bâtiments : 195 en
Z1, 1474 en Z2, 4 pour les démolis avant 1955, 28 pour le barrage et 350 démolis ultérieurement ;
soit un total de 2051 entités.

B / Scène 3D et entités spécifiques

Nous possédons désormais un ensemble d’entités qui témoignent de la vie telle qu’elle
était quelques années avant la mise en eau du barrage. Ces éléments géoréférencés sont dotés
d’informations, qui nous renseignent sur leur type et leur usage. Il s’agit maintenant de pousser
un peu plus le curseur de la réalité, par le biais de la création d’une scène 3D ; qui nous permettra
de représenter ces éléments par un volume et potentiellement de les améliorer, aussi bien dans
leur forme que dans leur aspect visuel.
Une scène 3D permet la disposition de plusieurs types de données. En toute logique, il y a
d’abord une surface d’élévation, qui va permettre de définir les altitudes de la scène, c’est-à-dire
le relief du terrain. Par défaut, le logiciel propose une surface produite par Esri, mais il est tout à
fait possible de renseigner sa propre surface personnalisée, à partir d’un fichier raster par
exemple. Ensuite, il est possible d’afficher des données au format 2D, que ce soit des fichiers de
formes ou des rasters. Enfin, on peut visualiser des données 3D avec la prise en compte d’une
hauteur z, incluse dans la table attributaire ou les propriétés de la classe d’entité.

Une scène peut être créée à


l’ouverture du logiciel, depuis le catalogue
ou depuis une carte que l’on convertit alors
en scène (menu Vue > Conversion) (Fig. 45).
Deux types de scènes existent (globale et
locale), à choisir en fonction de l’étendue
spatiale des données, avec des différences
au niveau de la projection, pouvant influer
Figure 45 : Conversion vers une scène locale.
sur l’export des données.
Dans un premier temps, la visualisation des classes d’entités peut se faire en extrudant les
volumes des formes digitalisées, grâce au champ de hauteur renseigné dans les tables
attributaires. Ainsi, lorsque l’on bascule une classe d’entités de 2D vers 3D, il faut accéder à ses
propriétés pour indiquer au logiciel de positionner la couche au niveau du sol (On the ground) ;
puis dans l’onglet Apparence, de sélectionner le champ de hauteur comme altitude z (Type > Max
Height) (Fig. 46 et 47).

54
Figure 46 : Choix du positionnement en altitude.

Figure 47 : Extrusion des surfaces.

Notre scène 3D est donc désormais « peuplée » avec les classes d’entités et couvertures
orthophotographiques de notre souhait. Il est possible de modifier leur symbologie en accédant à
leurs propriétés. Cependant, les choix de représentation sont quelque peu limités, en l’occurrence
à la couleur et au trait des arrêtes ; typique d’un rendu de volume en fil de fer.

55
Ainsi, pour améliorer l’aspect visuel des bâtiments Z1 qui sont d’un intérêt supérieur, nous
utilisons un autre type d’entités : les multipatchs. Cela va nous permettre de pouvoir modifier au
cas par cas chacune des façades des volumes. En effet, avec un volume simplement extrudé, nous
avons vu que les choix sont limités pour modifier le rendu. Or, avec une entité dite multipatch,
chacune des faces composant l’entité peut être modifiée de façon isolée par rapport aux autres.
Dans notre cas, cela nous offre la possibilité à la fois de modifier les faces et sommets pour
déformer l’entité et également d’appliquer des textures pour « illustrer » les façades et toitures.
Le résultat en sortie est donc une entité personnalisée, avec un rendu bien plus réaliste – voire
vivant – qu’un volume extrudé fade.
Ces entités multipatchs peuvent être obtenues en convertissant une classe d’entités
polygonale 2D. Il faut cependant bien faire attention à ce que cette couche soit au préalable
extrudée dans une scène avant d’opérer le géotraitement, afin que la hauteur de chaque élément
puisse être écrite dans les propriétés de chaque multipatch. Nous avons alors recours à l’outil
Couche 3D vers Classe d’entités, accessible par les outils 3D Analyst > Conversion, où il suffit
d’indiquer la couche à convertir ainsi que le nom et l’emplacement de celle créée (Fig. 48). Trois
classes d’entités passent par ce traitement, en l’occurrence les bâtiments Z1, ainsi que, suivant le
développement du projet, ceux du barrage et ceux démolis avant 1955. Le nom des nouvelles
couches se compose du préfixe « MP » et d’un suffixe désignant le contenu de celles-ci.

Figure 48 : Outil Couche 3D vers classes d'entités.

Autrement, il existe trois manières de créer des multipatchs sans les convertir depuis une
autre couche : à la main, avec des formes géométriques prédéfinies et par import de modèle 3D
(Fig.49). Le principe reprend celui de la digitalisation vu précédemment : création d’entités par le
menu édition, ajout d’informations attributaires directement dans le logiciel ou par jointure d’une
table externe.

Figure 49 : Création de multipatchs.

56
À la main, il faut d’abord tracer un polygone selon le
contour souhaité. Ensuite, pour renseigner le volume,
il va falloir étirer la surface polygonale vers le haut afin
de le fixer à la bonne hauteur. Pour cela, l’outil
Contraintes dynamiques aide à déterminer une mesure
précise (un peu sur le même principe que l’outil
Capture). En effet, avec cet outil activé, la mesure
étirée de la surface est affichée à l’écran (Fig. mil.). On
peut alors s’en servir pour fixer la bonne hauteur. Il est
possible de la renseigner dans le cadre précu à cet
effet, le logiciel mettant ensuite le multipatch
directement à la valeur de hauteur saisie (Fig. d.).

Ensuite, des formes géométriques peuvent être


directement utilisées pour créer les multipatchs.
Il est possible d’indiquer des dimensions, qui
peuvent être modifiées proportionnellement ou
non, selon que l’on active l’option de cet effet,
située à gauche des champs de mesure (symbole
vertical liant les trois dimensions).
Le placement de l’entité se fait par un clic à
l’endroit désiré dans la scène.
Il est toujours possible de la remodeler – déplacer
par la suite, avec les outils classiques.

57
Enfin, il est également possible
d’ajouter des modèles 3D, par un clic
sur le « + », ce qui permet alors
d’accéder aux dossiers de l’ordinateur
pour rechercher le fichier.
Comme pour les formes géométriques,
la gestion des mesures pour chaque
dimension spatiale et le placement de
l’entité s’opèrent de la même manière.

Comme cela a été déjà évoqué, nous utilisons pour notre part des multipatchs convertis,
issus des polygones 2D déjà extrudés, donc le volume est déjà créé. Il ne « reste » plus qu’à les
modeler à notre convenance, par l’édition des sommets et l’ajout de textures.
C’est là que se révèle le grand intérêt des multipatchs par rapport à des entités 2D
extrudées. Dans le second cas, les volumes sont uns et indivisibles, ils ne peuvent subir de
modifications. En termes de représentation et donc de symbolisation, l’offre est restreinte à un
choix de couleur(s), selon des informations attributaires par exemple. Tandis qu’avec le format
multipatch, le champ des possibilités s’élargit considérablement. En effet, pour chaque multipatch,
l’information est stockée par face du volume. C’est-à-dire que chaque face va pouvoir contenir une
information de manière indépendante des autres faces du volume. Ainsi, il est possible de modeler
un multipatch à sa convenance, par modification des faces et des sommets (ajout, suppression,
déplacement, découpage, etc.) et par l’ajout de textures. Ces dernières consistent à sélectionner
une image pour venir la plaquer sur une face choisie d’un volume. C’est un habillage de l’objet qui
est réalisé en quelque sorte, avec un réalisme qui devient de fait de plus en plus prégnant.
Attention, il faut cependant bien noter que le stockage d’une classe d’entités multipatchs
ne peut se faire qu’au sein d’une géodatabase. En effet, la prise en charge des textures n’est pas
gérée par un format shapefile classique, entraînant leurs pertes en cas d’export par exemple.
À la suite, nous présentons les processus pour éditer les sommets (Vertices) et texturer les
multipatchs (Multipatch Texture), avant de détailler quelques cas particuliers et/ou complexes.

58
L’édition des sommets permet donc de modifier les formes du volume. Cela laisse donc de
nombreuses possibilités, à la fois pour simplement agrandir/réduire un volume, mais aussi pour
ajouter de nouvelles formes et améliorer le rendu visuel. Clairement, c’est un outil qui octroie la
possibilité de travailler les architectures des bâtiments, afin de gagner en réalisme. Cela concerne
par exemple la forme des toitures ou des éléments secondaires commes des cheminées.
Deux façons de faire sont complémentaires : le déplacement des arrêtes et la création de
nouvelles faces. Le premier cas utilise des points de saisie sur les arrêtes, tandis que le second
passe par le dessin de nouvelles surfaces et ensuite une modification de volume par des points de
saisie sur les faces.
Le logiciel est très intuitif sur ce point, suggérant des possibilités au survol : point de saisie,
capture d’une arrête, symbolisation du milieu d’un segment par une croix, etc.
L’outil Contraintes dynamiques activé, cela facilite le travail pour atteindre telle mesure précise
lors d’une modification. De même, lorsque deux formes sont extrudées sur une même face, le
logiciel symbolise une ligne de dessin en pointillé lorsque la seconde forme atteint la même
hauteur que la première, par exemple.
Bien que ce ne soit pas son but premier, une modélisation cohérente d’entité 3D est
recherchée par le logiciel, avec des outils d’aide à la saisie, pour obtenir au final des formes qui ne
se révèlent pas être bancales.

Ci-contre, le
tracé d’une
ligne entre
deux sommets
permet
d’amorcer
plusieurs
constructions
par la suite.

59
Par exemple,
cela créé une
nouvelle
surface (en
bleu), ou alors
un appui pour
une autre ligne
(symbole d’une
croix pour le
milieu d’un
segment).

Les toits à deux versants sont des constructions très répandues dans notre maquette et se
réalisent en trois étapes. Il est également possible de rajouter par la suite des artefacts, telle
qu’une cheminée.

Figure 50 : Un toit à deux versants en 3 étapes.

Il faut d’abord diviser la surface du toit en deux, en traçant une ligne. Nous obtenons trois
nouveaux objets : deux surfaces et la ligne médiane. En survolant la ligne médiane, un point de
saisie apparaît (point rouge). Ce type de point apparaît donc à la fois pour des arrêtes et des
surfaces et permet d’étirer le volume suivant plusieurs axes (et dans les deux sens : ajout ou
suppression), selon ce que peut supporter le logiciel. Ici, il propose un étirement vers le haut ; une
mesure métrique s’affiche et le toit de notre bâtiment s’élève, formant désormais deux versants
(Fig. 50).

60
Figure 51 : Une cheminée en 4 étapes.

Pour ajouter une cheminée, il faut commencer par dessiner une nouvelle surface sur un
versant du toit. Ensuite, il faut extruder cette surface à l’aide du point de saisie et l’amener à la
hauteur souhaitée. On distingue les différents axes d’extrusion simulés par le logiciel : ceux en
verts correspondent généralement aux dimensions spatiales x/y et z, ceux en bleu et orange à des
axes plus transversaux. La face supérieure de la cheminée n’est pas plate puisqu’elle suit la même
pente que le versant. Pour y remédier, il faut saisir le point de l’arrête qui est en deçà de la surface
plane voulue et également l’étirer vers le haut (point vert sur l’arrête de gauche). Une ligne en
pointillée orange apparaît alors sur la surface lorsque celle-ci est au même niveau. Cette ligne
temporaire peut aussi apparaître entre deux objets distincts, lorsque l’on construit une autre
cheminée et que l’on souhaite l’amener au même niveau que la première par exemple (Fig. 51).
Avec ces quelques notions et un peu de patience, il est possible de réaliser des
architectures soignées et de modéliser assez fidèlement des entités par rapport à la réalité. Pour
reprendre un tracé, l’usage du Ctrl+z est à consommer sans modération.

Une fois qu’un bâtiment dispose de toutes ses formes, l’ajout de texture est conseillé pour
augmenter le réalisme du rendu final. Cela consiste à importer une image d’une façade par
exemple, afin de la positionner sur la face concernée du multipatch, habillant ainsi l’entité. Cette
image peut être extraite d’une photographie, d’une carte postale ancienne, etc. L’ensemble
photographique obtenu auprès de la Commission Racines constitue une ressource précieuse pour
ce travail. Évidemment, vu le contexte de notre territoire d’étude, nombreux sont les bâtiments
dont nous ne disposons pas de visuel. De fait, tandis que pour les plus remarquables d’entre eux
nous avons la possibilité d’en représenter plusieurs faces ; pour une grande majorité, un choix de
généralisation est fait. C’est-à-dire que pour tous ces bâtiments de hameaux isolés notamment,
des textures génériques sont sélectionnées et affectées communément à tous. Ainsi, en distinguant
tout de même ces bâtiments selon qu’ils soient des habitations principales ou des dépendances,
des types de matériaux communs ont été retenus pour les façades et toitures : mur en pierre, mur
avec un crépi, palissade en bois (pour des hangars particulièrement), brique pour les cheminées,
tuiles plates ou romanes, etc.

61
Enfin, concernant le stockage de cette donnée, c’est une interrogation qui se pose puisque
l’on peut atteindre la dizaine d’images texturées pour un seul multipatch. De fait, les images sont
utilisées au format JPEG puisque c’est l’un des poids d’images les plus faibles et compressées par
le biais des nombreux sites internet proposant ce service. Un redimensionnement à la main peut
aussi être fait pour ne garder qu’une partie essentielle d’une image.
Après sélection d’une entité, l’ajout d’une texture se fait en trois temps (Fig. 52).
D’abord, il faut rechercher l’image appropriée dans un dossier approprié (1) puis la positionner
sur la face de notre choix par un clic. Trois options sont proposées pour la positionner
correctement : déplacement, rotation et zoom (2). Enfin, une option est proposée pour appliquer
la texture sur toutes les faces de l’entité ou non (3). Cela peut être utile comme lorsque dans notre
cas nous avons des textures génériques qui se répètent. Il faut aussi considérer que les moyens de
déplacement autour d’une entité sont restreints, il faut alors sortir du mode texture pour
retrouver la configuration normale. Il faut comprendre là que texturer deux faces opposées peut
être fastidieux rien que pour tourner le bâtiment avant d’effectuer l’opération.

Figure 52 : Ajout d'une texture.

Dans notre cas donc, on applique les murs génériques en premier lieu, avant de procéder
aux toitures et autres artefacts. Les toitures requièrent notamment un peu plus d’attention afin de
placer correctement les textures de tuile au niveau du faitage par exemple, afin que la rencontre
entre les deux versants soit alignée et esthétique. Il en va de même pour les cheminées afin de
rectifier le positionnement des textures, qui par défaut suivent la pente du versant (Fig. 53).

62
Figure 53 : Ajustement des textures.

Enfin, pour ce qui est des


bâtiments remarquables dont nous
disposons de visuels, une partie de
ces derniers sont des cartes
postales anciennes en noir et blanc.
Des sites internet proposent de
coloriser gratuitement ce type
d’images, comme Algorithmia17
(l’une des facettes d’un projet
universitaire américain portant sur
des traitements d’images avec
apprentissage sur une quantité
massive d’images).
Elles peuvent ensuite être
directement utilisées comme
texture, sur le même principe vu
précédemment (Fig. 54).

17 https://demos.algorithmia.com/colorize-photos/

63
Figure 54 : Extrait d'image colorisée en tant que texture.

Pour terminer sur les multipatchs, nous proposons quelques vues plus ou moins détaillées
sur les possibilités architecturales qu’offre le logiciel en terme de modélisation de volume.
 Ruine,
 Toit à deux sens de versants,
 Toit à quatre versants (ou toit en pavillon),
 Toit à deux croupes et demi-lucarnes.

Ruine :

Nous avons ici le cas d’une ruine de


moulin, dont il ne reste plus que les
murs en partie
Il s’agit donc d’« évider » en
quelque sorte la partie centrale.
Ce n’est pas une manipulation
complexe, mais c’est intéressant
d’en montrer le principe, sachant
qu’il est repris pour d’autres
bâtiments tels qu’un préau ou des
hangars, où l’on garde alors la
toiture mais pas forcément les
murs en entier.

64
Figure 55 : Suppression d'une partie du volume.

Il s’agit de dessiner une nouvelle surface et d’en retirer le volume avec le point de saisie (ici, moins
1,85 m sur un bâtiment de 2 mètres) (Fig. 55).
Pour les textures, des murs en pierre sont appliqués, hormis pour la surface correspondant au sol,
symbolisée avec une image de gris foncé, pour marquer la distinction (Fig. 56).

Figure 56 : Ruine d'un moulin.

Toit à deux sens de versants :


Voyons le cas d’une toiture plus complexe : une partie
principale avec une toiture à deux versants et deux ailes avec
également des toitures à deux versants, mais qui viennent
couper la première perpendiculairement pour s’y rattacher.
Nous utilisons là deux méthodes pour arriver à la même fin.

65
En premier lieu, la toiture est placée avec les deux versants de la partie principale, mais qui
déborde donc sur les ailes du bâtiment (Fig. 57A). Donc, pour la partie de gauche, nous allons
d’abord créer une surface plane correspondant à cette aile pour la dissocier du reste (tracé d’une
ligne entre les deux parties et utilisation d’un point de saisie sur la ligne pour abaisser la surface,
avec contrôle par l’affichage de la ligne pointillée orange ; Fig. 57B et 57C). Ensuite, nous divisons
cette surface en deux pour y faire deux versants classiques (Fig. 57D et 57E). Enfin, avec les points
de saisie des arrêtes des versants, on vient raccorder ces derniers à la toiture principale (Fig. 57F).

Figure 57 : A, B, C, D, E, F (de g. à d. et h. en b.)

66
Cette méthode n’est pas la plus efficace puisqu’il faut gérer les deux versants à raccorder
séparément, ce qui peut occasionner des décalages.
De fait, pour la partie de droite, nous repartons avec la même procédure jusqu’à la surface
dissociée avec deux versants classiques. Mais ensuite, nous utilisons un axe transversal (bleu)
pour effectuer ce raccord de toiture (Fig. 58 et 59). Ici, c’est l’ensemble de l’aile qui vient se
rattacher à la toiture principale, venant épouser sa forme correctement (Fig. 60).

Figure 58 : Proposition d'axes d'étirement (vert et bleu).


Figure 59 : Étirement selon l'axe bleu.

Figure 60 : Toiture finie.

67
Pour terminer, nous présentons un complément de modélisation sur une cheminée, puisqu’il est
également possible de les évider et de mettre des textures de nuances de gris différentes pour
matérialiser la profondeur (Fig. 61).

Figure 61 : Cheminée (avancé).

Toit à quatre versants (ou toit en pavillon) :


À partir d’une surface plane, il s’agit de dresser quatre versants de manière à ce qu’ils se rejoignent
en une pointe.
Après avoir mis en place un toit à deux versants, il faut isoler les pignons, qui forment la partie
triangulaire supérieure du mur. On obtient deux surfaces : le pignon triangulaire et le reste du
mur (Fig. 62). Ensuite, il faut utiliser le point de saisie au sommet supérieur du pignon pour
l’amener au centre de la toiture (Fig. 63). En en faisant de même pour l’autre côté, nous obtenons
donc quatre versants de taille identique.
Il ne reste plus qu’à mettre les textures d’équerre, lorsqu’elles avaient été ajoutés préalablement
comme dans notre exemple (Fig. 64).

Figure 62 : Position de base puis tracé d'un pignon.

68
Figure 63 : Saisie du sommet du pignon et déplacement vers l'arrière.

Figure 64 : Répétition sur le côté opposé puis ajustement des textures.

Toit à croupe et demi-lucarnes :


Comme plusieurs habitations du secteur, certaines demeures qui s’apparentent à des villas
disposent d’une toiture complexe (Fig. 65). Celle-ci combine plusieurs cas vus précédemment.
Pour ce qui est des « croupes », cela correspond à ces légers retour en arrière de la toiture aux
extrémités des versants. Pour les réaliser, le principe est le même que pour la toiture à quatre
versants, si ce n’est qu’il faut isoler des pignons bien plus petits (puis les ramener vers le centre).
Pour les demi-lucarnes, il s’agit de dessiner des surfaces triangulaires (comme l’on ferait pour une
cheminée), puis de les extruder vers l’extérieur, en choisissant l’axe correspondant.

69
Figure 65 : Vues d'une photographie (Commission Racines) et photographie
aérienne.

Cependant, comme le montre le rendu final, il faut reconnaître que des sortes de décalage existent,
avec des découpages de surfaces triangulaires qui ressemblent à des fractures. Lors de l’ajout de
textures, cela devient assez visible mais pas de solution précise n’a été trouvée pour y remédier.
Il faut ajuster au mieux les textures de manière à minimiser ces imperfections, à défaut de pouvoir
les résoudre (Fig. 66).

70
Figure 66 : Rendu final de la villa.

Comme cela a été développé, le logiciel présente une bonne intuitivité sur certaines
constructions, proposant dynamiquement des solutions de modélisation. Cependant, il faut
parfois forcer ces suggestions, c’est-à-dire que lorsqu’un point de saisie est utilisé par exemple, il
peut être nécessaire de le déplacer de manière exagérée dans l’espace pour faire afficher par le
logiciel l’ensemble des possibilités.

C / Interopérabilité avec des logiciels de modélisation 3D

ArcGIS Pro n’est pas un logiciel de modélisation 3D. Il a la capacité de gérer un


environnement 3D et de proposer quelques outils qui vont en ce sens, mais cela reste somme toute
basique. Il peut donc être nécessaire d’avoir recours à des logiciels spécialisés en modélisation 3D,
que ce soit pour créer des objets difficilement représentables avec ArcGIS Pro, ou des objets
secondaires à but purement visuel. Cela permet d’avoir des modèles 3D de meilleure facture et
qui peuvent au besoin être édités rapidement pour les adapter à la scène 3D.
Deux méthodes permettent d’ajouter des modèles 3D externes à une scène ArcGIS Pro.
La première recours à l’outil Importer des modèles 3D, dont la dénomination est explicite.
Cependant, il y a quelques points de gênes quant à son utilisation. D’abord, à chaque traitement
de l’outil, une classe d’entités est créée pour contenir les modèles. Donc en cas d’imports
successifs, ce sont de multiples classes d’entités qui sont créées et nécessitent des traitements de
fusion pour les regrouper petit à petit. Ensuite, si le modèle ne possède pas de référence spatiale,
son placement est effectué automatiquement à l’origine de la scène, ce qui nécessite de le déplacer
en renseignant des coordonnées par la suite, ce qui est peu pratique. Cet outil effectue donc des
imports « bruts », nécessitant ensuite de spatialiser le modèle, le mettre à l’échelle, etc.
De fait, il faut privilégier la seconde méthode, qui se base sur ce que l’on a déjà présenté avec les
multipatchs. Cela consiste à créer une classe d‘entités au format multipatchs, dans laquelle on
importe les modèles 3D (Fig. 67). L’avantage est que l’on peut définir leur taille avant de les placer
à la main par un clic, à l’endroit souhaité de la scène.

71
Figure 67 : Classe d'entités multipatchs d'accueil et import des fichiers.

Cet ajout de modèle 3D est d’autant plus utile qu’une maîtrise d’un logiciel de modélisation
n’est pas forcément nécessaire, bien que leur prise en main soit assez aisé en ce qui concerne les
fondamentaux. En effet, il existe notamment une bibliothèque de modèles 3D, 3D Warehouse18, qui
rassemble les contributions d’utilisateurs du logiciel SketchUp, édité par Trimble. Sont ainsi
proposés en téléchargement gratuit des milliers de modèles, allant d’objets du quotidien
simplistes à des reproductions très précises (Fig. 68). En ce qui concerne les formats des modèles,
si ArcGIS Pro n’en supporte que quatre types, il gère deux des plus répandus, à savoir Collada
(.dae) et 3ds (.3ds).

Figure 68 : Une locomotive téléchargée depuis 3D Warehouse.

18 https://3dwarehouse.sketchup.com/

72
Pour résumer, la construction de la modélisation 3D nous a permis de mettre en forme les
objets présents sur le territoire. Une digitalisation a été faite pour les recenser, les documenter et
les spatialiser ; puis nous avons pu explorer les différents formats de données existants pour
figurer des volumes 3D réalistes. Nous avons édité ces modèles en trois dimensions afin de
retranscrire le plus fidèlement le paysage passé, en jouant sur les architectures et l’habillage des
façades notamment. Mais considérant que cet aspect n’est pas le but premier du logiciel et est
donc encore en développement, le recours à des logiciels de modélisation externes est
envisageable, avec une intégration rapide des modèles.

3 / Valorisation et communication sur le web

Dernier axe de développement du projet, l’intégration de la donnée créée dans un contenu


web. À ce stade, nous disposons donc de nombreux fichiers comme des classes d’entités et des
rasters, stockés dans une géodatabase en dur. Bien qu’il soit possible de réaliser un rendu de
qualité avec le seul ArcGIS Pro, il faut se rappeler que nous avons fait le choix de travailler dans un
environnement Esri justement pour cette possibilité de bascule entre différents supports.
En l’occurrence, l’interface web ArcGIS Online (AGOL) apporte cette gestion de la donnée d’un
point de vue web, autant en termes de stockage que de diffusion multimédia.
ArcGIS Online est donc l’interface web de l’environnement Esri. Le but est de pouvoir
partager un ensemble de données depuis le logiciel vers un portail web, à la fois pour les stocker,
mais aussi continuer de travailler avec et au final, les diffuser. Tout un ensemble de données
peuvent y être chargé : des fichiers de formes, des rasters, des images, des tableurs, etc.
Ces données peuvent être partagées au sein d’un groupe de travail, les modifications étant prises
en compte en temps réel. De fait, c’est un service en développement vers les entreprises ; afin de
mettre en collaboration différentes personnes autour d’une donnée, qu’ils soient sur le terrain ou
au bureau, avec une connaissance ou non des SIG. Il est possible avec les données chargées de
créer des cartes et des scènes, d’effectuer des analyses légères sur ces données, de mettre en place
des formulaires de collecte de données (relevés de terrain par exemple), de « remplir » des
tableurs avec les données saisies. Dans une optique moins mercantile, c’est également une
solution web pour mettre en forme des données avec une visualisation efficace. C’est l’une des
orientations poursuivies par Esri ces dernières années, avec la création d’un outil qui permet en
quelques manipulations de créer des contenus multimédias interactifs et dynamiques, avec une
prise en main facile, que ce soit pour le concepteur ou le lecteur. Car il s’agit bien de découvrir une
présentation, si l’on fait un parallèle avec les diaporamas des logiciels de bureautique ; mais avec
une fluidité et un confort exacerbés par rapport à ces derniers.
Ceci dit, tout cela a un coût, en plus de la licence d’utilisation Esri. ArcGIS Online fonctionne
en effet avec un système de crédits, avec une grille tarifaire selon le type et le nombre d’opérations
en quelque sorte, et dont le compte de l’utilisateur en est débité selon les services qu’il utilise. À
titre d’exemple, le stockage d’une couche d’entités hébergée coûte 2,4 crédits mensuels pour 10
Mo stockés. C’est un point à considérer avec attention, puisque l’on utilise certes un service de
stockage, mais aussi avec une potentielle diffusion des contenus produits, c’est une question de
coût à la consultation de ces derniers.

73
A / Partage des données depuis ArcGIS Pro vers ArcGIS Online

Le partage des données peut se faire selon plusieurs processus, chacun ayant ses
avantages et ses inconvénients.
Pour commencer, il est possible d’exporter les classes d’entités, dans des fichiers de
formes, qui peuvent être chargés dans AGOL sous la forme d’une archive. C’est peu pratique vu le
nombre de fichiers générés par ArcGIS Pro pour composer un fichier de formes. C’est également
impossible avec une classe d’entités au format multipatch, puisque les textures de ces derniers
seraient perdues avec un fichier de formes classique. De fait, pour les couches de multipatchs, il
est possible de faire un export vers un seul fichier, avec un paquetage de couches d’objets 3D
(.slpk). L’outil Créer un paquetage de couches d’objet 3D permet de sélectionner une classe d’entités
pour la traiter. Attention, il faut préalablement configurer la couche avec un positionnement des
entités à une hauteur absolue (et non plus au sol) pour que l’outil puisse fonctionner (Fig. 69).
Il est également possible que l’export ne puisse se faire qu’avec le système géodésique mondial
plébiscité par Esri, WGS 84. Il suffit ensuite de télécharger le fichier crée dans AGOL.

Figure 69 : Outil Créer un paquetage de couches d'objet 3D.

Jusqu’ici, les exports présentés pouvaient s’effectuer avec comme seule condition l’accès à
la donnée dans ArcGIS Pro. Ceux que nous allons présenter maintenant se réalisent eux avec une
connexion ArcGIS Pro – AGOL. Cela se base sur une authentification avec un compte Esri au sein
du logiciel ArcGIS Pro, les commandes de partage de couches récupérant ensuite
automatiquement les paramètres du compte pour effectuer le partage en ligne directement vers
le dossier Contenu de l’utilisateur dans AGOL.
D’abord, une option consiste à partager une scène 3D dans son ensemble vers AGOL,
englobant d’un coup tous les objets s’y trouvant, quel que soit leur type. Pour cela, il faut accéder
à la commande Partager en tant que scène web (Share as Web Scene) depuis un clic droit sur la
scène dans le panneau Contenu. Ici, l’utilisation d’un système en WGS 84 est obligatoire, afin que
le système de référence spatiale de la scène soit en accord avec celui d’AGOL (Fig. 70).
La configuration de cette commande permet d’anticiper le partage au sein d’un portail
(Fig. 71). Il est possible de renseigner un nom, une courte description, des tags, le dossier
d’enregistrement et de partager (ou non) la donnée : tout public, au sein de l’organisation (ici EVS)
ou d’un groupe (ici le groupe « Patrimoine englouti de Grangent », crée pour le projet).
L’onglet Contenu liste lui les différentes couches qui vont être regroupées dans la scène, tandis

74
que l’onglet Messages affiche les résultats de l’option Analyse (Fig. 72). Cette dernière option est
nécessaire pour déterminer une gêne éventuelle, affichant des messages d’erreur qui empêchent
le traitement ou des messages d’avertissement qui ne sont qu’informatif.

Figure 70 : Choix du
système de référence
spatiale.

Figure 71 : Onglet Scène. Figure 72 : Onglet Contenu.

75
Pour cette scène, avec sept classes d’entités classiques, trois au format multipatch et une
mosaïque de rasters, le temps de partage en ligne a été de 14 minutes.
Nous retrouvons donc dans l’espace Contenu d’AGOL trois types de données (Fig. 73). D’abord, un
paquetage de tuiles pour la mosaïque de rasters (WTL1) ; un paquetage de couches d’entités
contenant les sept classes d’entités classiques (WFL1) ; et trois paquetages de couches de scène,
un pour chaque couche multipatch (WSL1/2/3).

Figure 73 : Contenu.

Bien que le partage soit efficace par sa qualité englobante et son temps court, ce n’est pas
l’option que nous privilégions pour ce travail. En effet, après visualisation des données dans AGOL,
il s’avère une imperfection avec les mosaïques de rasters. En effet, celles-ci n’ont pas un grand
volume d’échelle, ce qui fait qu’à partir d’un certain point, elles disparaissent à l’affichage, ce dont
nous ne pouvons nous satisfaire vu que nous travaillons sur un territoire restreint, donc à grande
échelle. Nous présentons par la suite une autre méthode pour partager les mosaïques.
De plus, la combinaison de certaines classes d’entités en une seule occasionne des doublons dès
qu’une mise à jour des données est faite avec un partage ensuite de la seule couche modifiée (ou
alors, il faut à chaque fois repartager l’ensemble de la scène entière, ce qui n’est pas des plus
logique).
À ce titre, nous privilégions donc un partage unitaire de chaque couche. Le principe est le
même que pour une scène : depuis un clic droit sur la couche, on accède à la commande Partager
une couche en tant que couche web (Sharing selected layer as a Web Layer), avec scène comme
paramètre de type de couche (Fig. 75). Dans le panneau Configuration, il est possible d’indiquer le
mode de stockage de la donnée lors de son écriture en partage (Fig. 74). La désignation d’un
dossier temporaire créé pour l’occasion est conseillée (cache locally), ainsi ce fichier est supprimé
à terme tandis qu’il serait sinon conservé et stocké sur AGOL (cache online). C’est un paramètre
important, surtout pour les mosaïques (que nous verrons ensuite) où le poids du fichier peut
atteindre plusieurs gigaoctet selon le niveau de précision.

76
Figure 74 : Choix du cache.

Parmi les messages d’erreur fréquents, on peut


relever les deux suivants :
- 00236 : la couche utilise un paramètre d’altitude
non pris en charge  vu précédemment avec les
couches multipatchs, il faut configurer l’élévation de
la couche à une « hauteur absolue »,
- 00229 : la scène utilise une référence spatiale non
supportée  partager la couche depuis une nouvelle
scène configurée en scène globale WGS 84 (une
seconde scène qui ne servirait qu’au partage des
Figure 75 : Partage d'une scène. données vers AGOL).

Pour finir, le partage des mosaïques se base


également sur le même principe que les deux
méthodes vues précédemment. Par un clic droit sur
la couche, nous obtenons la commande Partage >
Partager en tant que couche web (Sharing > Share
as a Web Layer), qui reprend les onglets Général /
Configuration / Contenu (Fig. 76). Il faut notifier
que le type de couche est tuile puis régler le niveau
de détail de la mosaïque. En effet, c’est une mesure
s’étalant de l’échelle d’un continent à l’échelle
d’une maison, ce qui a un impact sur la précision et
la taille d’écriture du cache lors de la génération de
la couche tuilée ; comme évoqué précédemment
avec d’une part la disparition de l’affichage de la
mosaïque à partir d’une certaine échelle et le
stockage du fichier de cache localement dans un
dossier temporaire (Fig. 77).

Figure 76 : Partage d'une couche web.

77
Figure 77 : BD Ortho 2016 : 1h20 de temps de partage Ortho 1955 : 2h50 de temps de partage

Pour notre première image colorisée, couvrant environ 20% de l’étendue d’Ortho 1955, il faut
compter 5h de temps de partage (738Mb).

Dans le contenu de l’utilisateur sur AGOL, deux fichiers sont alors créés : une couche de
tuiles (Tile Layer), qui est hébergée et peut être mise en service et un paquetage de tuiles (Tile
Package), qui les contient toutes et correspond à une sorte de sauvegarde, pour les mettre à jour
ou les recharger. Ce second fichier de paquetage peut être téléchargé depuis AGOL et supprimé
afin de ne pas consommer de l’espace de stockage inutilement (Fig. 78).

Figure 78 : Fichiers de mosaïque.

Les données sont désormais partagées sur AGOL, de trois types différents : couche de
tuiles (Tile Layer) pour les mosaïques, couche d’entités (Feature Layer) pour les classes d’entités
classiques et couche de scène (Scene Layer) pour les classes d’entités multipatchs (Fig. 79).
Lorsque l’on consulte une couche, des informations descriptives sont affichées, ainsi que des
actions pour visualiser la donnée, l’ouvrir dans ArcGIS Pro ou encore la partager (Fig. 80).

78
Depuis l’espace Contenu, il est possible avec un rôle d’éditeur de créer entres autres des
cartes et des scènes. Nous pouvons donc à présent reproduire dans un premier temps notre scène
3D.

Figure 79 : Format de données.

Figure 80 : Aperçu d'un élément.

Lors de la création d’une scène, cela se comporte comme dans ArcGIS Pro. On ajoute des
données, on définit leur superposition selon la hiérarchie souhaitée, on définit leur symbolisation,
etc. L’onglet avec le crayon sur fond orange sur la gauche permet de modifier la scène, avec trois
menus : gestion des couches (ajout, modification), création de diapositives (vues « points-clés »,
utile pour les Story Maps) et propriétés de la scène. Pour les couches, un clic sur les trois points
verticaux au bout du nom d’une couche ouvre un menu d’options pour celle-ci (Fig. 81 et 82).

Figure 81 : Interface d'une scène.

79
Pour chaque couche, il est donc possible
de modifier la symbologie des entités (Fig. 83 à
85). Comme pour un logiciel SIG, chaque type
d’entités (point, ligne, polygone) possède ses
spécificités de représentation. Puisque nous
sommes dans une scène, nous pouvons les
afficher autant en 2D qu’en 3D (extrusion avec un
attribut de hauteur). Une fois ce choix fait, il ne
reste guère que la couleur sur laquelle nous
pouvons intervenir, témoignant d’une symbologie
assez limitée dans AGOL. À noter que pour les
polygones, un mode Eau est présent, qui permet
de simuler un effet d’ondulation à la surface de la
zone en eau. Le résultat est attrayant mais
distinctement visible à seulement une très – trop
– grande échelle.
Figure 82 : Modification d'une couche.

Figure 83 : Symbologie d'une couche de polygones.

80
Figure 84 : Symbologie d'une couche de lignes.

Figure 85 : Symbologie d'une couche de polygones d'eau.

81
Nous obtenons un rendu similaire à celui que l’on avait dans le logiciel, avec un contrôle
de l’affichage des couches dans la légende. Cette dernière se situe dans les paramètres situés à
droite de la vue, avec entre autres, des fonds de cartes Esri, un réglage de la luminosité selon
l’heure de la journée que l’on a sélectionnée, un outil de mesure et des paramètres pour optimiser
le rendement graphique (Fig. 86, à différentes échelles).

Figure 86 : Vues d'une scène.

82
Il est possible de créer différentes cartes ou scènes, en affichant les données de notre choix,
ce qui peut être important puisque nous aurons recours à ces cartes et scènes au sein des Story
Maps. Il faut donc anticiper les besoins que nous allons rencontrer, même si nous aurons tout le
loisir par la suite d’y revenir pour faire des modifications, les données se mettant à jour
automatiquement d’un mode à un autre.

B / Scénarisation d’un récit géo-historique avec les Story Maps

À partir des données partagées, nous pouvons désormais passer à la création de contenus
multimédia, afin de les mettre en perspective. La scène 3D, ainsi que l’ensemble des informations
documentaires récoltées, vont nous permettre de mettre en place des Story Maps. Littéralement
traductible par « cartes narratives », c’est un outil qui a le vent en poupe, Esri en ayant fait un axe
de développement majeur, dans sa recherche de services appariés aux SIG. Les Story Maps ont
pour but de proposer une scénarisation pour un territoire géographique. Quel que soit le lieu, quel
que soit le thème, c’est un mix équilibré entre une cartographie de données et un récit. C’est une
volonté qui émerge de la sphère géographique – éducative notamment – pour s’extirper de la
« carte image », en reconnectant un contenu cartographique à un récit, dans une relation plus
transcendante. Cela permet d’agencer, au long d’un fil scénaristique, une cartographie, avec de la
documentation sous formes de texte, d’images, de vidéos, etc. Il y a une optique d’apporter une
plus-value pédagogique, en retravaillant l’approche que l’on a des cartes pour en faire une
narration, tel qu’on le ferait pour une mise en scène, où chaque élément a un rôle distinct mais
essentiel pour que le tout fonctionne (Chopin et Fichet, 2018).
Différents types de Story Maps existent, AGOL en proposant plusieurs modèles, selon la
finalité souhaitée. Une fois créés, ils apparaissent dans le Contenu de l’utilisateur, parmi les autres
données (Fig. 87) : on retrouve les scènes 3D (1 et 2), les Story Maps ancienne version (« classic »)
(3 et 4) et les Story Maps nouvelle génération (5). En effet, Esri a récemment fait évoluer son offre :
avant, les modèles de Story Maps étaient accessibles depuis un portail externe19 à AGOL (Fig. 88),
tandis qu’ils ont été maintenant intégrés directement dans les menus d’AGOL.

Figure 87 : Contenu.

19 https://storymaps-classic.arcgis.com/fr/

83
Figure 88 : Story Maps (ancienne version).

Dans l’ancienne version, différents modèles sont proposés (Fig. 89). Basic est un modèle
avec un affichage d’informations très sommaires ; Map Tour / Map Series / Shortlist se concentrent
sur une liste de point d’intérêts avec une courte description et de l’imagerie / vidéo en tant
qu’illustration ; Map Journal / Cascade portent plus sur la mise en scène d’un récit scénarisé avec
des inclusions de cartographie / image / vidéo pour dynamiser les textes ; et Swipe/Spyglass vise
une interactivité ludique avec la mise en comparaison de deux documents cartographiques grâce
à un balayage ou une lunette de vue, afin de jouer sur la superposition des terrains.

Figure 89 : Modèles de Story Maps.

84
Dans notre prise en main de l’outil, nous avons choisi deux modèles distincts (Map Journal
et Swipe/Spyglass) pour mettre en application un récit sur le patrimoine englouti des Gorges de la
Loire. Cela donne l’occasion de poursuivre plusieurs pistes de réflexions sur la manière de
représenter à la fois le travail fourni, mais aussi l’intérêt d’une telle recherche patrimoniale sur
une période d’« avant-barrage ». De plus, puisque l’une des finalités d’une Story Maps est
également sa diffusion, c’est également l’opportunité de discuter avec les partenaires qui
pourraient être intéressés par ces produits et la façon dont ils comptent en disposer auprès d’un
public.
Pour commencer, le Map Journal permet de faire défiler une zone d’informations sur un
contenu cartographique. Plusieurs vues sont définies et le lecteur est transporté d’une zone à une
autre par un déplacement fluide en survol, les informations évoluant également. Le choix est fait
de représenter l’ensemble des bâtiments avec comme fond d’imagerie les orthophotographies
récentes (Fig. 90).
Le contenu cartographique est donc basé sur une scène, que nous renseignons dans
l’éditeur de la Story Maps. Cette scène est créée indépendamment depuis le Contenu de
l’utilisateur et nous y faisons figurer l’ensemble des couches nécessaires. En l’occurrence, les
couches de bâtiments (MPZ1, MPAv1955, MPBarrage, Batiments_Z2, Batiments_demolis) et la
mosaïque d’orthophotographies de 2016.
Nous créons également dans cette scène des diapositives, c’est-à-dire des vues de la scène que l’on
peut assimiler à des points d’intérêts. Ils sont enregistrés dans la scène et pourrons être appelés
dans la Story Maps, pour faire évoluer la visualisation des secteurs lors du défilement de cette
dernière.

Figure 90 : Map Tour.

85
La création du contenu s’effectue par l’ajout successif de section, chacune divisée en une
grande scène et un volet flottant.
Dans la grande scène, il est possible de
faire figurer une carte, une image, une vidéo ou
une page web (Fig. 91). Ici, nous utilisons une
scène sous la forme d’une page web, afin de
préciser les diapositives (Fig. 92). En effet, à
chaque section nous présentons un secteur
différent, nous faisons donc recours aux
différentes diapositives de la scène. Pour cela, il
suffit de rajouter à la suite du lien vers la page
web de la scène dans le champ prévu à cet effet,
le suffixe « &ui=min#a », où « a » est le numéro
de la diapositive. Ainsi, chaque section affichera
une vue clé, faisant évoluer le paysage en
fonction du défilement.
Pour ce qui est du volet flottant
accompagnateur, il est possible d’afficher un
texte depuis un éditeur et d’y joindre notamment
une image ou une vidéo, depuis un dossier de
l’ordinateur
(Fig. 92).
Figure 91 : Interface pour la grande scène (1).

Figure 92 : Interfaces pour la grande scène (2) et le volet flottant.

86
Le rendu final est donc un défilement de secteurs clé de la scène, avec une courte
description pour chacun d’entre eux. À l’origine, la scène est fixée selon la prise de vue de la
diapositive, mais, il est tout à fait possible pour l’utilisateur de déplacer / tourner / agrandir lui-
même la scène, à sa convenance. Quant au défilement, la caméra crée un cheminement fluide entre
chacun des points de vue des diapositives. Pour finir, la scène est également interactive au niveau
des éléments présents en son sein. C’est-à-dire que dans ce cas précis, l’ensemble des bâtiments
est cliquable pour faire afficher une fenêtre avec les informations attributaires (Fig. 93).

Figure 93 : Interrogation des attributs d'éléments.

Swipe/Spyglass est lui un modèle bien plus ludique, avec moins de contenu descriptif.
L’intérêt est ici de comparer deux cartographies d’une même étendue mais qui possèdent des
caractéristiques différentes (date, nature, etc.). Ainsi, par un jeu de balayage (Swipe) ou d’une
lunette de vue (Spyglass), la superposition des cartographies va être révélé au passage de la souris
de l’utilisateur. Avec la version Spyglass que nous avons choisi, cela permet de découvrir les
orthophotographies de 1955 à travers celles de 2016 (Fig. 94).
Lors de la configuration de cette Story Maps, c’est ici l’éditeur qui va créer la carte dans
notre Contenu, en y ajoutant les deux fonds cartographiques retenus (1955 et 2016 donc).
Cependant, il est possible par la suite d’altérer cette carte, pour y rajouter des couches
supplémentaires. Nous l’avons fait pour la couche Batiments_Z1, ce qui les affiche désormais dans
la Story Maps, avec également cette interactivité informative lorsqu’un clic est réalisé, affichant
les informations attributaires de l’entité (Fig. 95). Enfin, une courte description de l’application
est ajoutée pour présenter le fonctionnement de cette dernière, en parallèle de la légende.

87
Figure 94 : Vues générale et rapprochée de Spyglass.

88
Figure 95 : Interrogation des attributs d'éléments.

Esri a fait une amélioration de son service de Story Maps, en


intégrant une nouvelle version directement accessible depuis les
menus d’AGOL. Pour cette situation, il n’y a plus qu’un seul modèle
de Story Maps disponible, avec un récit à la disposition assez
généraliste (Fig. 97). Une description est toujours présente dans
l’espace Contenu, ou si l’on souhaite la modifier (Fig. 96).

Dans son ensemble, ce récit est celui qui se prend le plus comme un livre, avec un
enchaînement de sections que l’on peut remplir à notre guise. On peut donc ajouter du texte (et
en gérer l’apparence avec des titres, listes, citations, etc.), mais aussi des images, des vidéos et bien
sûr, des cartes ou scènes (Fig. 98). L’interactivité est toujours présente avec le contenu
cartographique puisque l’on peut interroger les entités pour connaître leurs informations
attributaires, et dans le cas d’une scène, se déplacer sur le territoire.
Ce type de récit peut donc s’accommoder de plusieurs finalités : un parcours rapide de
plusieurs lieux (pour reprendre l’exemple du Map Journal), ou alors un contenu plus imposant, tel
que le serait un documentaire (Fig. 99).

89
Figure 97 : Story Maps (nouvelle version).

Figure 96 : Aperçu d'une Story Maps.

Figure 98 : Ajouter un
bloc de contenu et
proposition de médias.

90
Figure 99 : Une Story Maps modulable selon la finalité.

Les Story Maps sont un service qui gagne en importance, de par leur qualité visuelle et leur
fonctionnement d’interaction entre les données et une histoire. C’est un point important à noter,
ce besoin d’avoir un fil scénaristique derrière une Story Maps, pour que le récit mis en place
fonctionne. Cela dépend de plusieurs facteurs, relevant à la fois du concepteur et du lecteur.
Quelles sont les informations dont nous disposons et auprès de qui voulons-nous les diffuser ?
Dans la valorisation du projet, c’est une réflexion à mener et à partager avec les potentiels
bénéficiaires des contenus multimédias. De fait, les partenaires rencontrés à trois reprises au
cours de ce travail nous ont permis de leur montrer à la fois nos avancées mais aussi les
possibilités de communication qui s’offraient à nous, éveillant un intérêt certain de leur part.
Les Story Maps sont des points d’entrées dans une lecture touristique et patrimoniale des Gorges
de la Loire. Accessible en ligne, chaque personne les consultant obtient un condensé d’information
original, sur un secteur qui a aujourd’hui disparu. La ville de Saint-Étienne, avec son service
Ville d’Art et d’Histoire, ainsi que Saint-Étienne Métropole, bénéficient de licence Esri, ce qui leur
permet d’envisager d’adopter ces produits. Concernant le SMAGL, ils ont une logique budgétaire
différente qui ne leur permet pas d’accéder à des produits Esri. Alors, le problème est à envisager
sous des questions de frais de consultation si on leur partage nos contenus, mais aussi un stockage
éventuellement ailleurs que sur un serveur d’Esri, comme c’est le cas actuellement.
Alternativement, on peut donc envisager une autre solution de communication, avec la
réalisation de vidéos portant sur la maquette numérique.

91
C / Animation d’un contenu de données pour un export vidéo

Le SMAGL, mais aussi la ville de Saint-Étienne – dans le cadre de la mise en place de leur
CIAP (Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine) qui va regrouper des focus sur
chacun des quartiers de la ville (et donc de Saint-Victor-sur-Loire) –, sont intéressés par des
animations vidéo de la géovisualisation 3D. C’est en effet un produit simple d’utilisation, pouvant
être stocké en dur localement et disposé à une lecture répétée sur un écran.
ArcGIS Pro propose en effet un module d’export vidéo. Évidemment, de la même façon que pour
la modélisation 3D, ce n’est ici pas le but premier du logiciel et cela reste donc assez basique, mais
tout de même efficace.

Le lancement du mode Animation (onglet Vue > Add Animation) ouvre un


nouvel onglet dédié, pour définir le contenu de la vidéo, l’améliorer avec des
informations textuelles et imagées, l’exporter sous divers formats et sauvegarder
des parcours d’animation de la caméra (Fig. 100).

Figure 100 : Fonctionnalité d'animation.

Concernant le contenu, trois options existent : un cheminement simple de la caméra en


survol sur le territoire ; un cheminement en survol qui marque des arrêts sur des vues points-clé
et un cheminement composé uniquement de vues des points-clé. Ces points-clé permettent de
mettre en valeur certains lieux, de la même manière que l’on a présenté les diapositives avec les
Story Maps. La fluidité du survol se règle en paramétrant la durée entre chaque points-clé et la
possibilité de marquer plus ou moins longuement un arrêt sur un point-clé.
Bien que cela ait tendance à alourdir un peu l’export, il est possible d’ajouter en superposition du
texte ou des images sur n’importe laquelle des vues points-clé.
Une timeline d’animation permet de gérer l’enchaînement des images, par le réglage des temps
intermédiaires entre chaque vues, par l’ajout et la suppression de vues, par la lecture de la vidéo
tel un aperçu temporaire (Fig. 101).

Figure 101 : Timeline d’animation.

92
Concernant l’export, les principaux formats vidéos sont disponibles (mp4, avi) mais aussi
du gif ou encore des formats prévus pour les réseaux sociaux. Des paramètres sont également à
disposition pour régler l’export : nombre d’images par seconde, qualité graphique, etc.
C’est un point important considérant les ressources demandées à la machine pour écrire le fichier
vidéo. Une baisse de la qualité peut alléger l’export, mais se ressentira visuellement par la suite à
la lecture de celle-ci. De même, certains objets influent sur les temps d’export. Pour l’exemple, une
vidéo de 30 secondes avec cinq points-clé représentant les bâtiments sur l’imagerie ancienne
prend 20 minutes de temps d’export au format mp4 ; rajoutez simplement une couche d’arbres en
conservant les mêmes paramètres et le temps d’export évolue à 2h15.
Pour quitter ce module d’animation, il faut le désactiver avec Remove.
Attention, contrairement au module de géoréférencement, la sortie est ici définitive (sans
réédition possible), c’est-à-dire que les parcours d’animation de la caméra seront supprimés par
exemple, quand bien même ils sembleraient sauvegardés.
Ce module d’export vidéo est donc fonctionnel et très simple à prendre en main. Mais il
faut garder à l’esprit qu’il convient pour faire de courts exports sans trop d’informations, à défaut
d’accéder à une machine aux capacités intrinsèques puissantes.

Pour résumer, nous avons entamé un processus de communication autour de notre base
de données géographiques et sa modélisation 3D. Conformément à notre logique de travailler
dans un environnement Esri, nous avons partagé l’ensemble de nos données vers la plateforme en
ligne ArcGIS Online, afin de profiter d’un outil de valorisation et de diffusion de la donnée en pleine
expansion. Ces Story Maps sont conçues pour réaliser ce compromis entre une donnée
cartographiée et un récit thématique. Différents modèles existent pour différentes finalités, mais
leur agencement dépend d’une scénarisation nécessaire pour rendre le récit pertinent. Ce sont
des outils faciles de prise en main, tant pour le concepteur que pour l’utilisateur, avec une
interactivité dynamique qui rend le contenu attrayant à consulter. Les vidéos sont aussi porteuses
de cette diffusion, restant un classique des méthodes de communication.
Ces dernières évoluant avec la technologie et la société de manière générale, celles proposées ici
sont innovantes et encore promises à de belles avancées.

93
IV / Perspectives

Ce projet a vocation à continuer à l’issue de ce stage, des pistes de travail étant toujours à
l’étude. Que ce soit à propos de la base de données géographiques, ou les échanges avec les
partenaires sur les moyens de diffusion, des améliorations sont envisageables.

1 / Intérêt des partenaires pour les solutions de communication présentées

Comme évoqué, nos partenaires locaux se sont montrés intéressés par les contenus
multimédias que nous avons pu produire, même s’ils étaient encore en cours de réalisation au
moment de leur présentation. Ce sont des solutions qu’ils envisagent d’intégrer à leurs propres
ressources. Leur intérêt est d’autant plus manifeste qu’ils travaillent eux-mêmes à la mise en place
de structure dédiée à cette thématique de patrimoine géo-historique.
Concernant la ville de Saint-Étienne et Saint-Étienne Métropole, à travers le service Ville
d’Art et d’Histoire, ils réalisent une maison du patrimoine au cœur du centre historique de la ville.
Un CIAP, Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine, y sera mis en place et
regroupera des informations sur chacun des quartiers de la ville. Pour représenter celui de Saint-
Victor-sur-Loire, les animations vidéos seraient pour eux une solution pertinente.
Quant au SMAGL, ils mettent également en place une structure patrimoniale, en
l’occurrence, un Centre d’interprétation du paysage des Gorges de la Loire, qui sera situé au château
d’Essalois, en surplomb de ces dernières. Le concept des vidéos est donc un support qui les
intéresse également, en plus de la base de données géographiques produite, qui peut être
mobilisée par plusieurs entrées sous la forme de posters.
Le travail fourni va rester à minima un support d’échanges quant à la diffusion de la
modélisation 3D ; les partenaires impliqués ayant saisi la portée de ce projet universitaire.

2 / Poursuite du projet

Ce projet peut connaître encore de nombreuses améliorations, qu’elles soient internes ou


externes. Suivant les évolutions des logiciels, la base de données géographiques pourra être
retravaillée, voire augmentée avec de nouveaux axes de recherche. À titre d’exemple, la recherche
sur les sons produits par les sociétés pourrait ajouter une nouvelle dimension, considérant les
activités anthropiques présentes à l’époque (usine, ligne de chemin de fer, vie de village, etc.).
La restitution paysagère, en plus de l’image, pourrait être sonore également, en proposant des
ambiances typiques, pour appréhender d’une autre manière le territoire.
Il est aussi possible de penser au développement des réalités augmentée et virtuelle, avec
le positionnement d’informations historiques complémentaires lors de la lecture du paysage
actuel, ou alors l’immersion dans le passé, pour se rendre compte du paysage tel qu’il était
auparavant (Devaux et al., 2018).
Enfin, en rappelant le caractère inédit à notre connaissance d’une modélisation 3D d’un
patrimoine englouti, un enjeu sera également de tester la reproductibilité de la méthodologie
présentée. Rien qu’en France, les cas de vallées englouties lors de la mise en eau de barrage sont
nombreux comme nous avons pu l’étudié, il y a donc là matière à faire. Certaines caractéristiques
diffèrent évidemment, selon la localisation, la réaction des habitants, le sort réservé aux

94
infrastructures. Mais les territoires potentiellement supports étant nombreux et l’innovation
technologique aidant, c’est une thématique de recherche à poursuivre et à exposer à d’autres
domaines universitaires, vu la complexité apportée par l’impact des barrages sur leur territoire
d’implantation. De plus, cette interrogation de la reproductibilité peut se décliner également sur
l’aspect des outils, avec une mise en œuvre de la méthodologie à partir de logiciels open source.

95
Conclusion

Pour conclure, nous pouvons considérer que les réalisations du stage ont été menées à
bien dans leur ensemble. Dans le contexte particulier d’un projet en voie de développement et sur
un sujet encore inexploité, nous avons pu obtenir un résultat visuellement intéressant, qui pourra
servir de support pour le futur. La prise en main progressive des outils a offert des possibilités
plus grandes par rapport aux attentes initiales, alimentant de la même manière les réflexions
autour des choix de représentation avec les maîtres de stage. Cette discussion à propos de la
méthodologie a d’ailleurs été quelque chose d’essentielle, puisque l’un des objectifs annoncés
initialement est la reproductibilité de celle-ci. Il s’agissait donc de penser en dehors du stage, pour
anticiper dès à présent les besoins futurs, que ce soit dans la poursuite de ce projet ou dans la
création d’un autre. Car une continuité est tout à fait envisageable. Nous l’avons présenté, si les
objectifs fondamentaux ont été réalisés, il existe de nombreux points d’amélioration possible, sur
la modélisation 3D notamment. De plus, cette continuité peut exister également avec les
partenaires du projet, qui ont tous manifesté un intérêt significatif pour les productions qui leur
ont été présentées, réfléchissant dès à présent aux solutions d’intégration dans leurs
environnements de travail respectifs.
D’un point de vue plus personnel, ce stage est bénéfique dans la mesure où il nous a projeté
dans une utilisation de la géomatique différente de celle à laquelle nous avons pu être confronté.
En effet, les outils SIG sont aujourd’hui en plein développement pour être au service de
l’aménagement du territoire et de la gestion des réseaux notamment. Avec ce sujet d’étude
historique et patrimonial, c’est l’occasion de pratiquer un autre type de format de données et
surtout, de se positionner sur une dimension peu évoquée dans le monde de la géomatique. En
effet, les SIG sont pour nous surtout liés à une visée futuriste et d’anticipation des phénomènes
sur un territoire donné. Ici, nous avons eu l’occasion de faire l’inverse, c’est-à-dire de constater les
dégâts apportés par un ouvrage moderne sur un paysage et d’essayer de rendre une visibilité à ce
dernier.
De fait, c’est une réflexion bénéfique dans un parcours scolaire, de pouvoir utiliser un outil
en dehors du cadre habituel et exclusif, si ce n’est même à contretemps des logiques actuelles.
Cela permet de saisir à la fois les qualités intrinsèques d’un outil tourné vers l’adaptabilité, mais
aussi de réaliser que toute opportunité est acceptable, même si de prime abord les outils et les
méthodes ne semblent pas correspondre.

96
Annexes

Annexe 1 : Relevés de la station hydrologique sur la Loire à Bas-en-Basset (Banque HYDRO :


http://hydro.eaufrance.fr/, station de Bas-en-Basset :
http://www.hydro.eaufrance.fr/stations/K0550010&procedure=fiche-station)

Figure 100 : Relevés pour le mois de septembre 1955.

Figure 101 : Débit moyen mensuel pour la période 1919-2018.

97
Annexe 2 : Extrait du descriptif de contenu BD TOPO v3.0 (Novembre 2018)

98
99
Bibliographie

À propos de la patrimonialisation des villages engloutis :

Bodon, Virginie. « La défense des intérêts locaux face à l’intérêt général. La cohésion villageoise à
l’épreuve de l’aménagement des barrages de Tignes et de Serre-Ponçon ». Ruralia. Sciences
sociales et mondes ruraux contemporains, no 02 (1 janvier 1998).
http://journals.openedition.org/ruralia/28.
Faure, Armelle. « Des normes sociales pour les déplacements de population causés par les grands
barrages. France, XXe siècle. L’exemple des barrages de Tignes et Serre-Ponçon dans les Alpes et
les barrages de L’Aigle et Bort-les-Orgues dans la Haute-Dordogne ». Journal of Alpine Research |
Revue de géographie alpine, no 96-1 (15 mars 2008): 15-28. https://doi.org/10.4000/rga.385.
Faure, Armelle. « Villages engloutis de la haute vallée de la Dordogne : une campagne d’archives orales,
de Bort-les-Orgues à Port-Dieu ». Bulletin de l'AFAS [En ligne], 38 | printemps-été 2012 (19
novembre 2013): 15-28. http://journals.openedition.org/afas/2840. DOI : 10.4000/afas.2840.
Flaminio, Silvia. « (Se) représenter les barrages : (a)ménagement, concessions et controverses ». Lyon,
2018. http://www.theses.fr/2018LYSEN071.
Guérit, Gérard. La France des villages engloutis. Éditions Sutton, 2019. http://www.editions-
sutton.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=62160.
Jackson, Sukhan, et Adrian Sleigh. « Resettlement for China’s Three Gorges Dam: Socio-Economic
Impact and Institutional Tensions ». Communist and Post-Communist Studies 33, no 2 (1 juin 2000):
223-41. https://doi.org/10.1016/S0967-067X(00)00005-2.
Sanders, D. « Why do virtual heritage? ». In: Clark, Jeffrey T., Hagemeister, Emily M. (Eds.). Digital
Discovery: exploring new frontiers in human heritage (Proceedings from the 34th Computer
Applications and Quantitative Methods in Archaeology conference, Fargo, ND, USA, April 2006).
Budapest: Archaeolingua. pp. 427–436.
Wang, Pu, Shikui Dong, et James Lassoie. The Large Dam Dilemma. Springer, 2014.
https://books.google.com/books/about/The_Large_Dam_Dilemma.html?hl=fr&id=g47FBAAAQB
AJ.

À propos des Gorges de la Loire :

Peyrot, Sébastien. « De Saint-Paul-en-Cornillon à Grangent : le patrimoine englouti », 2006. Master 1


Territoires, Patrimoines et Environnement, Université de Saint-Etienne.

100
À propos de l’usage de la 3D dans la géovisualisation :

Jacquinod, Florence. « Production, pratique et usages des géovisualisations 3D dans l’aménagement du


territoire », 2014. Thèse en Géographie et Aménagement du Territoire, Université de
Saint-Etienne.

À propos de l’usage des orthophotographies :

Muraz, J., S. Durrieu, S. Labbe, V. Andreassian, et M. Tangara. « Comment valoriser les photos aériennes
dans les SIG ? », 1999. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00463544.
Pouget, Frederic. « Les données géohistoriques dans les SIG-Modes d’intégration et usages ».
Conférence SIG 2018, 11 octobre 2018. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01895329.
Ratajczak, R., C. F. Crispim-Junior, E. Faure, B. Fervers, L. Tougne. « Toward an Unsupervised
Colorization Framework for Historical Land Use Classification ». IGARSS 2019 (to appear).
Trémélo, Marie-Laure, et Christine Zanin. « Remonter le temps. Consultation et impression de données
anciennes et actuelles. – Mappemonde ». Mappemonde (blog), janvier 2017.
http://mappemonde.mgm.fr/119int1/.

À propos de l’usage des Story Maps :

Chopin, Cyrille, et Jean-Christophe Fichet. « Les story maps : un outil de narration cartographique
innovant ». Cartographie(s) numérique(s) (blog), 4 novembre 2018.
http://cartonumerique.blogspot.com/search?q=story+maps.
Denil, Mark. « Storied Maps ». Cartographics Perspectives, n°84 | 2016 (9 janvier 2017) : 5-22.
https://doi.org/10.14714/CP84.1374.

À propos de la réalité augmentée :

Devaux, Alexandre, Charlotte Hoarau, Mathieu Brédif et Sidonie Christophe. « Géovisualisation 3D


urbaine : expérimentations en réalité augmenté et réalité mixte in situ ». ISPRS Annals of
Photogrammetry, Remote Sensing & Spatial Information Sciences, Vol. 4 Issue 4, 2018, p41-48. 8p.

101
Webographie

Site du service Ville d’Art et d’Histoire de la ville de Saint-Étienne : http://www.saint-


etienne.fr/culture/ville-d039art-d039histoire
Site du Syndicat Mixte d’Aménagement des Gorges de la Loire : http://www.smagl.com/gorges-
loire-smagl.html
Site de la Commission Racines des Amis de Saint-Victor-sur-Loire : http://www.chateau-saint-
victor.com/racine/
Site patrimonial Forez Histoire : http://forezhistoire.free.fr/
Site des Inventaires Ferroviaires de France : http://www.inventaires-ferroviaires.fr/
Présentation de l’association : https://www.ladepeche.fr/article/2018/01/06/2716619-
les-inventaires-ferroviaires-de-france-realises-par-un-castrais.html
Interview de Philippe Emonet (IFF), janvier 2012 :
https://www.youtube.com/watch?v=csNEVxfhyXg

Outils Esri (ArcGIS) :


Documentation ArcGIS Pro : https://pro.arcgis.com/fr/pro-app/help/main/welcome-to-the-
arcgis-pro-app-help.htm
Documentation ArcGIS Online : https://doc.arcgis.com/fr/arcgis-online/create-maps/create-
maps-and-apps.htm
Lavenu, Gaëtan. « La 3D dans la plateforme ArcGIS ». Atelier technique SIG 2015, (7 et 8 octobre
2015). https://sig2015.esrifrance.fr/iso_album/sig2015_-_la_3d_dans_la_plateforme_arcgis.pdf
Austin. « 3D Mapping and Data Integration », 17 février 2015. http://blogs.carleton.edu/hacking-
humanities/2015/02/17/12-3d-mapping-and-data-integration/.
« Créer un bâtiment résidentiel—Construire des bâtiments réalistes avec la mise à jour de
multipatch | ArcGIS ». https://learn.arcgis.com/fr/projects/construct-realistic-buildings-with-
multipatch-editing/lessons/create-a-residential-building.htm#.
Gestion des crédits ArcGIS Online :
https://doc.arcgis.com/fr/arcgis-online/administer/credits.htm
https://www.esri.com/fr-fr/arcgis/products/arcgis-online/pricing/credits
Szukalski, Bern. « Using 3D Web Scenes in Story Maps ». ArcGIS Blog (blog), 2 janvier 2018.
https://www.esri.com/arcgis-blog/products/arcgis-online/3d-gis/using-3d-web-scenes-in-
story-maps/.

102
Vidéos :

Traversée de la vallée par le funambule stéphanois Henry’s en 1965 :


INA. « Un homme sur un fil ». Les coulisses de l’exploit (réal. A. Papazian, comm. M. Drucker).
16 septembre 1965. https://www.ina.fr/video/CPF04007713/un-homme-sur-un-fil-video.html
INA. « Saint-Victor, le Saint-Tropez de Saint-Étienne ». France 2 - 13 heures le journal.
15 juillet 1999. https://www.ina.fr/video/CAB99029281
INA. « La fin de Tignes ». Journal Les Actualités Françaises, 20 mars 1952.
https://www.ina.fr/video/AFE85004484.
INA. « À Tignes, l’eau monte ». Journal Les Actualités Françaises, 24 avril 1952.
https://www.ina.fr/video/AFE85004524.

Villiers, François (réal.). « L’eau vive ». 13 juin 1958.


https://www.imdb.com/title/tt0050346/reference
Grospierre, Louis (réal.). « Le Village englouti ». Août-Septembre 1976.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Village_englouti_(s%C3%A9rie_t%C3%A9l%C3%A9vis%C3%
A9e)

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