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LE RECYCLAGE AGRICOLE DES BOUES DE STATION

D’EPURATION
Mission de Valorisation Agricole des Déchets – Isabelle FORGUE

1. Définitions : qu’est ce que la boue d’épuration ?

La station d’épuration
Les eaux usées produites par les habitants sont acheminées jusqu’à la station
d’épuration pour y être traitées et produire deux sous produits :
- l’eau épurée, rejetée dans le milieu naturel
- les résidus d’épuration ou Boues d’épuration
Les boues d’épuration
Les boues sont les résidus du traitement de l’eau, et sont constituées de matières
minérales et de matières organiques.
Leur teneur non négligeable en azote, phosphore et calcium justifie leur utilisation
sur sols agricoles.

Attention, l’épandage des sables et les graisses (autres résidus du traitement des
eaux usées) est interdit !

2. Gisement dans le département du DOUBS

Le département du Doubs compte


environ 270 ouvrages de traitements
des eaux usées, ce qui représente
environ 731 538 Equivalent
Habitants. La quasi-totalité de ces
ouvrages produit des boues pouvant
être valorisées en agriculture. (voir
schéma ci contre : en vert les
collectivités qui possèdent un
système de traitement des eaux
produisant des boues stabilisées,
aptes au recyclage agricole).
A l’heure actuelle, environ 90 % des boues du DOUBS sont valorisées en agriculture,
soit environ 88 000 m3 par an. (Données SATESE)
Répartition des stations selon leur capacité nominale (EH)

156
160

140

120
Nombre de stations

100

80
64
60

40 30 31
21
17 15 14
20 9
5 4 4 4
1 1
0
< 500 EH Entre 500 et 2000 EH Entre 2000 et 5000 EH Entre 5000 et 20000 EH > 20 000 EH

Nombre de stations dans le département Stations suivies Dont station traitant des effluents fromagers

Le rôle de la Mission de Valorisation Agricole des Déchets est d’aider les collectivités
qui ont choisi le recyclage agricole des boues à respecter la réglementation, dans le
souci de d’apporter un maximum de garanties à la profession agricole concernant la
qualité des boues, des sols et la traçabilité des épandages
3. Dans quel cadre réglementaire ?

Tout épandage de boues d’épuration est sévèrement cadré par le décret du


08/12/97 (http://aida.ineris.fr/textes/decrets/text0261.htm) et son arrêté
d’application du 08/01/98 (http://aida.ineris.fr/textes/arretes/text0059.htm).
De ces textes de loi émergent 4 grands principes :

- On n’épand que ce que l’on connaît  les boues doivent être analysées
avant tout épandage, de manière à connaître leur innocuité vis à vis des métaux
lourds, et leur intérêt agronomique
- On n’épand pas n’importe où  les sols destinés a recevoir les boues
doivent avoir été examinés par la Chambre d’Agriculture (ou un Bureau
d’Etude), et doivent être enregistrés dans le plan d’épandage, de manière à
assurer la traçabilité
- La filière doit être rigoureusement définie  les rôles de chacun doivent
être connus et respectés, toute opération doit être enregistrée, validée et
transmise au Préfet. La synthèse annuelle est également transmise à l’Agence
de l’Eau qui en tient compte dans le calcul de la Prime pour Epuration.
- La valorisation agricole doit être réalisée dans les meilleures
conditions  un stockage suffisant des boues doit être prévu, des distances
d’épandages vis à vis des habitations doivent être respectées …

4. Les acteurs de la filière de recyclage agricole et leurs rôles

Les habitants
Chaque habitation raccordée à la station d’épuration produit des boues. Chacun de
nous en produit environ 15 Kg de matière sèche de boues d’épuration par an. Nous
sommes donc au sens propre du terme les producteurs de boues.
Le maire ou le Président du Syndicat
Il est responsable des boues et de toute la filière d’élimination : au sens figuré, c’est
lui le producteur de boues. Il a le rôle de Police des réseaux, il doit respecter la
réglementation et mettre en place un suivi agronomique et un plan d’épandage dès
lors que l’option de recyclage agricole est retenue.
Le Conseil Général, à travers la mission du SATESE, assiste techniquement
les collectivités sur le fonctionnement des ouvrages de traitement. Il aide également
financièrement les collectivités engagées dans la réalisation d’un plan d’épandage.
La DDASS vérifie les plans d’épandage et l’impact des épandages de boues
d’épuration sur la qualité de l’eau potable.
La DDAF , à travers le service de Police de l’Eau, contrôle les épandages et
l’application de la réglementation
La DIREN donne son avis sur les aspects hydrogéologiques des parcelles
recevant des boues.
La Chambre d’Agriculture (Mission de Valorisation Agricole des
Déchets)réalise les suivis agronomiques et les plans d’épandages : elle
accompagne les collectivités de manière à contrôler rigoureusement toute entrée
de matière exogène au milieu agricole.
Les agriculteurs jouent un rôle crucial dans le recyclage agricole des boues.
L’épandage de boues solides permet des économies d’intrants et diminue
d’autant les engrais minéraux, mais l’épandage de boues liquides (< 3% de
matière sèche) relève plus de l’action civique !

5. Le suivi agronomique

Dans le cadre du décret et de son arrêté d’application, un certain nombre d’analyses


de boues doivent être réalisées en fonction de la capacité nominale de la station
d’épuration et de sa production (hors chaux) de boues  :

T de MS <32 32 à 160 161 à 481 à 801 à 1601 à 3201 à >4800


épandues 480 800 1600 3200 4800
(hors chaux)
Valeur 4 8 12 16 20 24 36 48
Année 1 agronomique
En Valeur 2 4 6 8 10 12 18 24
routine agronomique
Année 1 Eléments traces 2 4 8 12 18 24 36 48
En Eléments traces 2 2 4 6 9 12 18 24
routine
Composés 1 2 4 6 9 12 18 24
Année 1 organiques
En Composés - 2 2 3 4 6 9 12
routine organiques
As, B - - - 1 1 2 2 3

On entend ici par valeur agronomique les éléments fertilisants suivants :


- la teneur en matière sèche (% d’humidité )
- la teneur en matière organique
- la teneur en azote total (N total) et organique (N-NH4)
- le rapport Carbone/azote (C/N) qui rend compte de la vitesse de minéralisation de
l’azote du produit
- la teneur en phosphore (P2O5), potasse (K2O), magnésium (MgO) et chaux (CaO)

Les éléments traces métalliques mesurés sont regroupés dans le tableau suivant.
Pour que les boues soient conformes, aucun élément ne doit dépasser la valeur
limite associée :
Valeur limite dans les boues Flux maximum cumulé apporté
Eléments traces
(mg/kg de MS) par les boues en 10 ans (g/m2)
Cadmium 10 0,03
Chrome 1000 1,5
Cuivre 1000 1,5
Mercure 10 0,015
Nickel 200 0,3
Plomb 800 1,5
Zinc 3000 4,5
Chrome + cuivre + nickel + zinc 4000 6

De même en ce qui concerne les composés traces organiques :


Valeur limite dans les boues Flux maximum cumulé apporté par
(mg/kg de MS) les boues en 10 ans (g/m2)

Composés traces Epandage sur Epandage sur


Cas général pâturages Cas général pâturages
Total des 7 principaux PCB 0,8 0,8 1,2 1,2
Fluoranthène 5 4 7,5 6
Benzo(b)fluoranthène 2,5 2,5 4 4
Benzo(a)pyrène 2 1,5 3 2

En
Répartition des stations d'épuration ayant un suivi des boues d'épuration, selon
leurs types d'effluents

7%

48%
45%

Effluents mixtes
Effluents urbains
Fromageries

2000, sur les 166 stations d’épurations et lagunes qui produisent des boues
stabilisées1 dans le département (=709 278 EH), 69 stations ont signé une
convention de suivi agronomique avec la Mission de Valorisation Agricole des
Déchets. Elles totalisent 583 585 EH, soit 82,2 % des capacités nominales
produisant des boues stabilisées. Elles traitent des effluents urbains, des effluents
mixtes et des effluents de fromageries.

1
Boues stabilisées = boues ayant subi un traitement qui bloque leur fermentation ultérieure,
notamment au cours du stockage et de l’épandage.
Répartition des siccités en fonction du nombre d'EH traités.

Boues liquides < 3%


Boues liquides entre 3 et 8%
Boues pâteuses (entre 20 et 27%)
Boues solides

6. Les plans d’épandage

Les boues analysées et conformes ne peuvent être épandues n’importe où. Toutes
les parcelles des agriculteurs doivent avoir été examinées d’un triple point de vue
pédologique, géologique et hydrogéologique, et classées selon leur aptitude à
recycler les boues.
Une carte d’aptitude des sols est alors dressée, après vérification de la teneur en
métaux lourds de ces sols, et le producteur de boues se doit de suivre les
interdictions et recommandations d’épandage détaillées dans le rapport final.  voir
carte

Début 2001, le département du Doubs comptait 59 plans d’épandages réalisés, 7


plans d’épandages en cours et 9 plans d’épandages proposés à des communes, soit
en tout 75 plans d’épandages.
La totalité des plans d’épandages existant correspond à un parc de stations totalisant
576 330 EH et couvre environ 20 000 hectares.
En intégrant les plans d’épandage en cours et ceux qui vont être réalisés
prochainement, le total atteint 599 250 EH.

7. Les expérimentations
Les épandages de boues d’épuration sont réalisés depuis plus de 50 ans. Depuis 50
ans, les études se multiplient pour essayer d’améliorer continuellement la qualité des
boues et la filière de recyclage. Plusieurs études ont été effectuées dans la région :

 Dans les départements de Bourgogne et Franche Comté, deux études ont été
menées sur la recherche de références concernant l’accumulation des métaux lourds
dans les productions agricole set sur les aspects sanitaires des épandages sur
prairie.

 Une expérimentation a également été menée sur la valorisation des boues


d’épuration sous forme de co-compost, mélangée avec des déchets verts.

8. Publications

 La Mission au Fil des Saisons : Février 2001, Les métaux lourds


 La Mission au Fil des Saisons : Avril 2002, Le compostage déchets verts / boues
d’épuration
 La Mission au Fil des Saisons : Juin 2003, Epandages de boues d’épuration, la
recherche continue …
 La Mission au Fil des Saisons : Septembre 2004, La gestion des matières
organiques
 La Mission au Fil des Saisons : Octobre 2005, Les rôles des acteurs de la filière
recyclage des boues d’épuration
 Nos boues fertiles, année 2001

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