Vous êtes sur la page 1sur 14

République du Benin

Ministère de L’Enseignement supérieur

THEME
LA LOI 2017 SUR L’EMBAUCHE FRAGILISE-t-
ELLE LE STATUT DU SALARIE ?

Membres du groupe N*1 : Nom de l’enseignant


1- ATONDE Arsène Dr LASSEHIN Bienvenu
2-de MEDEIROS Charbel
3-DANSOU Mathéaus
4-FELIHO Griselde
5- HOUNGBEDJI Elie
6- OUINSOU Thierry
7-SEYDOU Michkath
8-SOSSOU Y. Victor
9- WANOU Franck
10- YAYA SAMARI Chérifatou

ANNEE ACADEMIQUE :2020-2021

1
PLAN
Introduction
I-Le statut du salarié
1-Définition
II-Les lois sur l’embauche
III-Les problèmes et critiques soulevés sur
cette loi de l’embauche par rapport au statut
du salarié
1.Illustration de l’insouciance du
gouvernement pour les travailleurs
2. Les privilèges ôtés aux travailleurs
3. De la cessation des relations de travail
par licenciement
4.Les différentes critiques

Conclusion

2
INTRODUCTION
La loi 2017 de l’embauche fixe les conditions et les procédures
d’embauche ; de placement de la main d’œuvre et de résiliation du contrat de travail en
république du Bénin. Cette loi oblige une relation entre employeurs et travailleurs
exerçant leurs activités professionnelles. En effet, la loi n°2017-05 DU 29 AOUT 2017 sur
l’embauche a beaucoup influencée le statut du salarié et dans cette même logique a fait
le sujet d’un débat qui laisse a désiré. Dans ces conditions ; quel est l’impact de cette loi
2017 sur le statut du salarié ?

3
I-Statut du salarié

1-Définition
Le statut de salarié se définit par l’existence d’un contrat de travail signé avec
l’entreprise qui l’emploie. Le salarié et son employeur sont soumis aux règles qui régissent
le contrat de travail et aux conventions collectives applicables au secteur professionnel
concerné. L’employeur exerce un lien de subordination sur le salarié : il peut prendre des
directives, contrôler l’exécution et sanctionner les manquements à son encontre.

II-Les lois portant sur l’embauche

Parmi ces lois ; nous distinguons de :


Art.1.‐ La présente loi fixe les conditions et la procédure d’embauche, de placement de la
main‐d’œuvre et de résiliation du contrat de travail en République du Bénin. Elle régit les
relations entre employeurs et travailleurs exerçant leurs activités professionnelles en
République du Bénin.

Art.2.‐ Est considéré comme travailleur, au sens de la présente loi, toute personne
physique qui s’est engagée à mettre son activité professionnelle, moyennant
rémunération, sous la direction et l’autorité d’une autre personne physique ou
morale, publique ou privée, appelée employeur. Pour la détermination de la qualité de
travailleur, il ne sera tenu compte ni du statut juridique de l’employeur, ni de celui du
travailleur.

Art.3.‐ Tout chef d’établissement ou d’entreprise ou tout employeur recrute librement


son personnel qui bénéficie des prestations de sécurité et de santé au travail. Toutefois, il
est tenu de faire connaître aux services compétents du ministère chargé du travail, les
postes de travail pour lesquels le recrutement a été opéré. Il procède également à
l’immatriculation et à l’affiliation des travailleurs auprès des structures en charge de la
protection sociale.

4
Art.4.‐ Toute personne physique ou morale désirant faire du placement et servir
d’intermédiaire en matière de recrutement de la main‐d’œuvre se fait enregistrer au
bureau d’emploi et de placement auprès des services compétents du ministère en
charge du travail.

Art.5.‐ Tout employeur peut utiliser les services d’un travailleur étranger. Les conditions
et modalités d’utilisation des services d’un travailleur étranger sont fixées par décret
pris en Conseil des Ministres.

III-Les problèmes et critiques soulevés sur cette loi par rapport au statut du
salarié

1-Illustration de l’insouciance du gouvernement sur les travailleurs


La promulgation de la loi 1102017-05 du 29 août 2017, fixant les conditions et la
procédure d'embauche, de placement de la main-d'œuvre et de résiliation du contrat de
travail en République du Bénin, fait changer les dispositions antérieures sur l'emploi au
Bénin. Cette loi votée par la septième législature du parlement réserve beaucoup de
surprises désagréables aux employés des sociétés. Il faut conclure à un manque
d'humanisme de l'exécutif et du législatif.

La loi n02017-05 du 29 août 2017, fixant les conditions et la procédure d'embauche, de


placement de la main-d'œuvre et de résiliation du contrat de travail en République du
Bénin, vient chambouler toutes les dispositions légales en matière d'emploi. La sécurité
de l'employé n'est plus une garantie pour l'employeur, qui se voit autorisé à renouveler
autant de fois qu'il le désire, le contrat de travail qui le lie à son agent.
Dans une déclaration sur la grève des magistrats, l'Ordre des avocats fait constater : « La
situation s 'avère davantage préoccupante lorsqu’on évoque la loi n 02017-05 du 29 août
2017, fixant les conditions et procédure d'embauche, de placement de la main d'œuvre
et de résiliation du contrat de travail en République du Bénin ; ou encore la loi n 02017-
214 portant recueil du renseignement en République du Bénin. Ceci met en cause une
méthode de production législative qui place le citoyen devant le fait accompli C'est-à-
dire que la loi sur l'embauche vient comme une épée de Damoclès, planer sur toutes les

5
têtes des employés dont le contrat de travail peut être résilié avec une indemnité qui ne
doit pas dépasser neuf mois.

2-Les privilèges ôtés aux travailleurs


L'article 7 de la loi sur l'embauche dispose : « Tout contrat de travail à durée
déterminée ou indéterminée, peut être soumis à une période d'essai. La période d'essai
est celle durant laquelle les parties apprécient respectivement les conditions de travail et
la qualité des prestations effectuées ». La période d'essai permet à l'employeur
d'apprécier l'aptitude professionnelle et le rendement du travailleur, et ne peut excéder
quinze jours pour les travailleurs saisonniers, temporaires et occasionnels ; un mois pour
les ouvriers, manœuvres et employés payés au mois ; et 3 mois pour les travailleurs de la
catégorie des agents de maîtrise, des cadres et assimilés, selon les dispositions du Code
du travail. Sur la question du contrat du travail, voici les exigences de la nouvelle loi :
Article 13 « le contrat de travail à durée déterminée peut être renouvelé indéfiniment.
Toutefois, à partir du quatrième terme du contrat à durée déterminée, toute décision de
non renouvellement est précédée d 'un préavis établi dans les conditions fixées au code
du travail
Cette loi votée au parlement ne garantit aucune sécurité aux travailleurs, comme on peut
le constater dans ses dispositions, contrairement aux avantages et privilèges que la loi
nC98-004 portant code du travail en République du Bénin a prévu. Ces dispositions de la
loi sur l'embauche donnent du fil à retordre aux employés qui sont désormais soumis à
un autre régime de travail. Face à cette situation de mépris aux travailleurs, des voix se
lèvent pour apporter des réserves sur cette nouvelle loi qui réduit augmente
sensiblement les risques de dérives autoritaires, en milieu de travail.
Cet article est en contradiction avec le code du travail qui détaille qu'il y a deux types de
contrats dans une entreprise celui couramment appelé Cdd, et le second, le Cdi.

“Lorsque le contrat est de durée déterminée, selon les dispositions du code, sa durée
totale, renouvellement compris, ne peut dépasser 48 mois. Au-delà de 48 mois, le
contrat change de nature et devient, de droit, un contrat à durée indéterminée comme
le mentionne « La réglementation du travail au Bénin » : traité pratique de droit et
relation de travail du professeur Nicaise Mèdé

6
3-De la cessation des relations de travail par licenciement

Le premier alinéa de l'article 30 dispose : « Tout licenciement abusif du


travailleur donne lieu à réparation A l'alinéa 5 : « Toutefois, le montant de la réparation
ne peut être inférieur à trois mois de salaire brut, ni excéder neuf mois ». « Pour la
fixation du montant de la réparation, le salaire à prendre en considération est le salaire
mensuel brut des douze derniers mois d'activité du travailleur », indique l'article 31 de
la loi sur l'embauche. Ces différentes dispositions de la loi sur l'embauche font l'objet
d'une saisine de la Cour constitutionnelle par le député Guy Mitokpè, selon qui
l'Assemblée nationale a été le réceptacle en ces temps d'une flopée de textes de lois,
tous aussi pertinents qu'intéressants, pour la survie de la République. Lesquels textes
sont transmis sous le prisme de la ferme volonté d'améliorer la condition de vie et
d'existence des Béninois, mais qui en leur esprit et lettre laissent manifestement
transparaître toutes autres intentions. Mais, la cour dans sa décision DCC 17-179 du 10
Août 2017, a déclaré sa requête irrecevable ; parce qu'elle n'a pas respecté le délai de
quinze jours pour être transmis à la Cour. La Cour déclare dans la même décision la loi
du gouvernement conforme à la constitution béninoise. C'est un veritable coup de pour
les travailleurs

4-Les différentes critiques

Depuis le vote de la loi n°2017-05 du 29 août 2017 fixant les conditions et la procédure
d’embauche, de placement de la main-d’œuvre et de résiliation du contrat de travail en
République du Bénin, on note dans l’opinion des critiques acerbes des travailleurs. Pour
certains, la nouvelle loi fragilise la situation du travailleur et complexifie la tâche au
demandeur d’emploi. Alors que le législateur pense rendre flexibles les règles du marché
du travail et faciliter la création de nouveaux emplois, certains spécialistes du travail
expriment comme plusieurs travailleurs des craintes. La nouvelle loi risque de ne pas
être la solution qui soulage.

«Le problème du sous-emploi est crucial dans notre pays en ce 21ème siècle où
l’économie mondiale est en récession. L’économie béninoise étant fragile, n’échappe
pas à cette récession et ses effets pervers qui engendrent le sous-emploi et le chômage
des jeunes. Et lorsque nous connaissons le nombre de diplômés qui sortent de nos
universités, le nombre de jeunes qui sortent des ateliers, des apprentis qui sont « libérés

7
» chaque année et qui viennent sur le marché de l’emploi, il est important pour notre
pays, pour le législateur béninois, de compléter les dispositions en matière de code du
travail parce que notre code actuel assez figé ne promeut pas la création d’emploi, parce
que c’est l’entreprise qui crée l’emploi», a déclaré le député Aké Natondé le 21 mars
2017 au Parlement lors des débats généraux sur la proposition de la loi qui deviendra
quelques mois plus tard la loi n°2017-05 du 29 août 2017 fixant les conditions et la
procédure d’embauche de placement de la main-d’œuvre et de résiliation du contrat de
travail en République du Bénin. « Et cette proposition de loi vise à équilibrer les droits de
l’employeur et de l’employé afin de rendre plus fluides les relations entre ces deux
parties. C’est pour cela que nous avons proposé cette loi et je pense que, cette loi une
fois adoptée, permettra de régler vraiment dans une certaine mesure ce problème de
frilosité des entreprises à créer l’emploi… Ce qui est sûr, c’est que la loi telle que
proposée permettra déjà de limiter le phénomène des stagiaires éternels qu’il y a dans
nos entreprises », ajoutera-t-il. Aké Natondé, l’un des initiateurs de ladite loi était
visiblement très engagé à défendre son « produit ». Le nouveau texte devrait selon lui
permettre l’amélioration substantielle de la situation des Béninois. Mais dans le rang des
travailleurs, beaucoup n’ont pas cette lecture de la loi déjà promulguée. Sidonie D.,
employée dans une banque installée à Cotonou craint désormais pour son travail. « La
loi sur l’embauche est un recul. Elle consacre la précarité de l’emploi. Les chefs
d’entreprise peuvent désormais mettre à la porte facilement leurs employés. Il suffit
qu’ils paient une indemnité dérisoire comme le recommande la nouvelle loi », a-t-elle
déploré. Landry Agossou en fin de formation dans une université privée à Cotonou
soulignera, lui, les difficultés qu’auront désormais ceux qui sont à la quête d’emploi. « La
nouvelle loi donne la possibilité au futur employé et à l’employeur de négocier la
période d’essai. Mais de quel pouvoir de négociation dispose quelqu’un qui est à la
quête d’emploi ? On donne tout le pouvoir au patron d’entreprise qui imposera ses
choix. Le futur employé est abandonné à lui-même. L’Etat refuse de protéger le citoyen
faible », a-t-il lâché. Comme eux, le Secrétaire général de la Confédération des syndicats
autonomes du Bénin (CSA-Bénin), Anselme Amoussou avait émis quelques craintes en
mars 2017 lorsque la loi était encore en étude à l’hémicycle. Dans une réflexion publiée,
Anselme Amoussou a montré que l’article 13 de loi qui souligne que « le contrat de
travail à durée déterminée peut être renouvelé indéfiniment » est une remise en cause
d’un acquis contenu dans le Code du travail en vigueur qui prescrit que le contrat à
durée déterminée n’est renouvelable qu’une fois. « Il s’agit ici d’un recul par rapport aux
acquis », avait-il écrit. A l’en croire, l’article 30 de la proposition de loi qui fixe la
limitation du montant de la réparation à neuf (09) mois de salaire en cas de licenciement
abusif, n’est pas dissuasive et ne semble pas tenir compte des préjudices subis par le
travailleur victime d’un abus. « Il faudra laisser le juge continuer à fixer le quantum des
8
dommages et intérêts en cas de licenciement abusif », a-t-il proposé. Mais le syndicaliste
n’avait pas rejeté tout le contenu de l’initiative. Il a en effet soutenu que la formalisation
du travail intérimaire, les horaires individualisés de travail et la composition des
juridictions de travail (le choix des assesseurs travailleurs et employeurs) sont des
atouts.

« La loi ne fera que légaliser la précarité »

Interrogé sur la controverse alimentée depuis peu, Cyriaque Edon, Maitre-Assistant et


Enseignant-Chercheur à la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de
l’Université d’Abomey-Calavi (Uac) confirmera les appréhensions des travailleurs. « La loi
ne fera que légaliser la précarité », a-t-il confié. Et d’expliquer : « L’un des chantiers
phares auquel le gouvernement fait face aujourd’hui, c’est l’embauche, le chômage des
jeunes ou précisément le sous-emploi. Si nous parlons selon les indicateurs du Bit, le
Bénin n’a pas de problèmes de chômage. En gros, on tient compte de ceux qui estiment
qu’ils devaient gagner beaucoup plus que ce qu’ils gagnent et ceux qui sont employés à
un boulot qui est en deçà de leurs compétences… Si on tient compte de tout ça, on se
retrouve autour de 65% des actifs. Et lorsqu’on va chez les jeunes, on se retrouve à 75%.
A côté de ça, vous avez les travailleurs pauvres, c’est-à-dire des gens qui travaillent et
qui ne peuvent pas vivre de leur salaire. Le pourcentage de ceux-là se trouve entre 75 et
80% chez les jeunes. Ce qui est quand même inquiétant pour un pays et qui reste une
bombe à retardement ». Il soulignera : « D’après les actions que je vois actuellement, le
gouvernement pense que l’un des freins à l’embauche serait la règlementation qui est
rigide. Je pense que le gouvernement a voulu s’inscrire dans un courant économique. Ce
courant pense que lorsqu’il y a plus de flexibilité sur le marché du travail, on peut
accroître facilement l’embauche. La facilité à embaucher et à licencier, permet à
l’entreprise d’accroître l’embauche. C’est la vision purement néoclassique qui est basée
sur la fameuse théorie de mains invisibles d’Adams Smith qui suppose qu’on ne peut pas
régulariser le marché et que le marché s’auto-régularise ». A l’entendre, l’initiative qui a
été expérimentée dans plusieurs pays occidentaux a produit des résultats mitigés. «
Dans les pays comme l’Angleterre, la Suède, le Danemark ou l’Allemagne, on voit que la
dérèglementation a permis d’avoir des taux de chômages assez bas qui sont autour de
5% voire en deçà. Et quand on est autour de 5%, on trouve que c’est déjà important. Par
contre, dans d’autres pays, j’aime bien citer la France parce que l’exemple typique qui
montre une dérèglementation progressive, les règles étaient très rigides dans les années
1980 avec un taux de chômage élevé. Donc, progressivement, il y a eu de la
9
dérèglementation avec les productions des différents types de contrat, le travail intérim,
le travail à temps partiel… Mais, malgré ça, on se retrouve avec un taux de chômage
autour de 10%. Alors quand on analyse tout cela, ce sont sans doute les différences
institutionnelles qui existent entre les différents pays qui expliquent cela. Transférer
comme ça chez nous ces règles, en tant qu’économiste, je pense que ça craint. Je ne suis
pas sûr que ça donne les résultats escomptés qui sont d’accroître l’embauche », a-t-il fait
savoir. Dr Cyriaque Edon de poursuivre sa lecture : « Dans notre contexte, en période de
crise, lorsqu’on facilite le licenciement, l’entreprise étant en période de crise, et que les
carnets de commande sont vides, elle pourra licencier. Au lieu de créer donc de l’emploi,
l’emploi se contracte ». A l’entendre, « le timing est mal choisi ».

« L’employé privé du pouvoir de négociation »

Au sujet de la dérèglementation de la période d’essai consacrée par les articles 7, 8, 9 et


10 de la nouvelle loi, Dr Cyriaque Edon montrera que « le Bénin est purement dans la
théorie de négociation ». « Or, a-t-il fait comprendre, selon cette théorie, la personne
qui a plus de pouvoir de négociation, c’est en sa faveur que les décisions issues de la
négociation se prendront. La plupart du temps, ce sont les entreprises qui ont les
pouvoirs de négociation… De plus, en période de crise et de chômage élevé, comme
c’est le cas chez nous, l’employé n’a plus quasiment de pouvoir de négociation. Ce qui
veut dire que c’est le bon vouloir de l’employeur qui va passer. S’il a envie de faire dans
un contrat d’un an, dix mois de période d’essai, il le fera ». Il conclura sur cette question
: « Là par exemple, l’Etat a vocation à protéger le plus faible. Ici, on ne protège pas le
plus faible. On protège plutôt le plus fort ». Interrogé sur cette même question, Gildas
Nonnou, Docteur en droit privé et en Sciences criminelles et diplômé en Administration
du travail et sécurité sociale montrera que la période d’essai permet au travailleur
d’apprécier le climat social de l’entreprise, et à l’entreprise elle-même d’apprécier les
capacités techniques du salarié. « Cette période d’essai était enserrée dans des délais
suivant la nature du poste, les exigences du poste et suivant la qualification du
travailleur. Avec la nouvelle loi, l’on en vient à libéraliser la durée de l’essai parce qu’on
estime qu’il revient à l’employeur de définir la période nécessaire pour apprécier les
compétences et les qualités de son salarié. De ce point de vue, par rapport à la loi
antérieure, on peut crier haro et dire qu’il s’agit du dépérissement du statut protecteur
du salarié. Mais la loi ne devrait pas rester intangible. On peut penser que cela
défavorise sérieusement le travailleur…Aujourd’hui, c’est le travailleur qui est à la
recherche d’emploi et cela va renforcer son statut de précarité », a-t-il souligné. Mais Dr
10
Nonnou veut que les travailleurs fassent une appréciation nuancée : « Je me dis que ce
sont des critiques qui passeront avec l’appréciation. Parce que ça rend le salarié plus
sérieux, plus assidu ».

« Il faut limiter l’émotion »

La transformation du contrat du travail à durée déterminée (Cdd) en contrat de travail à


durée déterminée illimité a été également décryptée. L’Enseignant-chercheur, Cyriaque
Edon a pu montrer que ce changement met l’employé en stand-by « et c’est difficile
pour lui de faire un plan de vie sur plusieurs années ». « Ces pays qui ont fait la
dérèglementation, ont des systèmes de protection sociale. Chez nous, on n’a rien de
tout ça. On précarise encore les gens. Or, nous sommes dans un pays où non seulement
le taux de pauvreté est très élevé, mais le taux de travailleurs pauvres est très élevé et le
risque de basculer de classe moyenne à la classe pauvre est très élevé parce qu’il n’y a
aucune protection », a-t-il déploré. Le juriste Nonnou sera moins critique. « L’option
qu’on a choisie est proche des choix du système anglo-saxon qui ont connu des succès
dans les années 80 et 90 sur fond de financiarisation. Aujourd’hui, les acteurs qui
financent le marché du travail, agissent directement. Il n’y a plus d’intermédiaire. Ils ont
plus d’exigence (…) Ce que l’on doit savoir, le Bénin fait partie de l’Ohada (Organisation
pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires. Et il y avait un avant-projet de loi,
portant harmonisation, je dirai modernisation du droit travail dans les Etats membres. La
présente loi a repris les grands axes de ce projet-là. Le Bénin a juste devancé les choses.
On doit limiter l’émotion. Le temps n’est plus à l’opportunité de la loi. Il faut réfléchir sur
ses implications et se l’approprier », a-t-il fait savoir.

Plafonner les indemnités pour conjurer l’insécurité juridique

L’article 30 de la nouvelle loi institue le plafonnement des indemnités devant encadrer


désormais un licenciement abusif. C’est une nouveauté décriée aussi par les travailleurs.
« C’est vrai qu’aujourd’hui, on dit que pour un licenciement, vous aurez une indemnité
de trois à neuf mois de salaire. Pour moi, c’est un recul. On ne peut pas ignorer
l’expérience que quelqu’un a dans une boite. Cette loi montre aujourd’hui que je peux
faire dix ans dans une entreprise et quelqu’un d’autre peut faire deux ans dans la même
entreprise, si nous sommes licenciés, nous avons droit aux mêmes indemnités. L’idée,
11
c’est de faire penser que le salaire est indexé à l’expérience. Mais je peux faire dix ans
dans une boite et ne pas voir mon salaire augmenter puisqu’il n’y a pas une
règlementation en la matière. Je reste donc une fois à la merci de l’emploi », a indiqué
Dr Edon. De son côté, le diplômé en Administration de travail et en sécurité sociale,
Gildas Nonnou soulignera une avancée : « Là aussi, il faut être nuancé. Les reproches qui
étaient faits globalement par le milieu des employeurs, et ce n’est pas faux, c’est que le
coût d’un licenciement jugé abusif est, imprévisible et extrême. Il arrive que les
dommages et intérêts auxquels l’employeur est condamné, soient tellement élevés que
cela oblige l’entreprise à déposer le bilan. Maintenant, on a prévu des plafonnements
indicatifs et impératifs. C’est vrai que ces plafonnements sont substantiellement revus à
la baisse par rapport à ce qui était pratiqué. Mais c’est pour conjurer l’insécurité
juridique qui prévalait »

Une loi des businessmen

La nouvelle législation est présentée par beaucoup comme le choix des employeurs. Une
imposition qui protège moins le salarié. L’économiste Edon a confirmé cette thèse. Sur
le sujet, Dr Gildas Nonnou s’est voulu réaliste. Il confiera qu’« il y a toujours des lobbies
derrière une loi ». « Le droit du travail, tel qu’on le connaît maintenant n’est plus le droit
ouvrier qui part du postulat d’accorder une protection aux salariés. Nous sommes
aujourd’hui dans la globalisation qui a des implications… », a-t-il indiqué. Mais il a tenu à
rassurer les travailleurs : « Je ne dirai pas que la loi est taillée sur mesure… Car dans
cette loi, il y a des dispositions spécifiques qui sont à l’avant-garde de la protection du
salarié. L’article 3 par exemple. On risque de tomber dans le manichéisme en affirmant
que c’est une loi taillée sur mesure ». Cyriaque Edon qui n’est pas contre la flexibilité
des textes encadrant le marché du travail proposera au gouvernement de redéfinir les
mesures d’accompagnement : « Même si nous voulons apporter de la flexibilité, il y a
des mesures d’accompagnement qui doivent être apportées. L’une d’elles est le
renforcement de la protection sociale. C’est l’assurance Maladie, l’assurance chômage.
Aujourd’hui au Bénin, ça n’existe pas ». Pour lui, le projet d’Assurance pour le
renforcement du capital humain (Arch) initié par le gouvernement de la Rupture est très
ambitieux et excessivement cher pour être réalisé très tôt. « Pour moi, ce dont nous
avons besoin de façon séquentielle, c’est d’abord faire pour accroitre la productivité
dans le secteur qui crée plusieurs d’emplois qui est le secteur informel. Le secteur
informel ne sera pas réglé par les lois sur l’embauche ni par la fiscalité. Il faut accroitre la
productivité des recettes de l’informel… Et il faut essayer de regrouper les artisans et
12
mutualiser leurs actions…», a-t-il conseillé. Le ministère du Travail n’a pas cru devoir
accepter de commenter la nouvelle loi déjà entrée en vigueur. Le point focal (Cellule de
communication) dudit ministère joint vers la fin du mois de septembre, visiblement mal
informé, a estimé que la loi n’était pas encore promulguée.
Allégresse SASSE

13
CONCLUSION
D’un point de vu général, la promulgation de la loi n 2017-05 du 29aout 2017,
fixant les conditions et la condition d’embauche de placement de la main d’œuvre et de
résiliation du contrat de travail en république du bénin, fait changer les dispositions
antérieures sur l’emploi au bénin. Cette loi votée par la septième législature du parlement
réserve beaucoup de surprise désagréable aux employés des sociétés. Il faut conclure à
un, manque d’humanise de l’exécutif et du législatif. Cependant, cette loi n’a pas
seulement impacté le statut du salarié mais également celui des collaborateurs extérieurs
de l’état.

14

Vous aimerez peut-être aussi