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AL-FARÀBÏ

DEUX OUVRAGES INÉDITS


SUR LA RÉTHORIQUE
Distribution : LIBRAIRIE ORIENTALE, B.P. 1986
BEYROUTH, LIBAN
1Copyright
1971, Dar el-Mashreq, Beirut.
AU rights reserved.

Printed with the assistance of the Adam Schall von Bell e. V., Germant/
RECHERCHES
PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION DE L'INSTITUT DE LETTRES ORIENTALES DE BEYROUTH
SÉRIE I : PENSÉE ARABE ET MUSULMANE

Tome XLVIII

AL-FÀRABÏ
DEUX OUVRAGES INÉDITS
SUR LA RÉTHORIQUE
I. KITÀB AL-HATÂBA
II. DIDASCALIA IN RETHORICAM ARISTOTELIS
EX GLOSA ALPHARABI
Publication préparée par
J. LANGHADE ET M. GRIGNASCHI

DAR EL-MACHREQ. ÉDITEURS


BEYROUTH, 1971
/
212292

DANS LA MÊME COLLECTION

Série I : Pensée arabe et musulmane. 28. M . A llard , Le problème des attributs divins dans
la doctrine d ’al-A s'arï et de ses premiers grands
3. A. N. N ader , Le système philosophique des disciples.
M u'tazila (premiers penseurs de l'Islam ). 31. F. K holeif , A study on Fakhr al-D ïn al-R dzî
6. A. N. N ader , Le livre du triomphe et de la ré­ and his controversies in Transoxiana.
futation d ’Ibn al-Rawandï l'hérétique, par A bü’l- 36. A. T amer , al-Qasïda al-sdfiya.
Husayn al-Khayydt, le muHazil.
7. P. N wyia , Les lettres de direction spirituelle d ’Ibn 37. A. T amer , T à g a l-a q à ’idw a ma'dan al-faw d’id.
‘Abbàd de Ronda ( ar-Rasd’il as-sugrâ) . 39. G. P etraitis , The Arabie Version o f Aristotle’s
Meteorology.
8. F. J abre , La notion de la ma’rifa chez Ghazàli.
9. W. K utsch , Tdbit ibn Qurrà’s Arabische 41. F. J adaane , L ’influence du stoïcisme sur la pensée
musulmane.
Übersetzung der ’ApiOpojTurí) BraaYwyô des
Nikomachos von Gerasa. 43. M . A llard , Textes apologétiques de Guwainï.
11. I.-A. K halifé , S ifd ’ as-sâ’il litahzïb al-m a- 44. G. M akdisi, The Notebooks o f Ibn ‘A q ïl:
sd'il d ’Ibn Haldün. Kitdb al-funün. Part I.
13. W. K utsch & S. M arrow , al-Farabi’s Com- 46. M . M ahdi, Kitdb al-fiurüf de Fdrdbï.
mentary on Aristotle’s Ilepi 'EppiTjVsiaç (de 48. J. L anghade et M . G rignaschi, Kitdb al-
interpretatione). hatâba de Fdrdbï.
14. M. Bouyges & M. A llard , Essai de chrono­ 49. P. N wyia , Exégèse coranique et langage mys­
logie des œuvres d ’al-Ghazdlï. tique.
17. P. N wyia , I b n ‘Abbdd de Ronda (1332-1390). 50. F. K holeif , Kitdb al-taw hïd de M dturïdï.
18. A. T amer & I.-A . K halife , Kitdb al-haft
w a-l-’azillat d ’al-M ufaddal ibn ‘Umar a l-G a fï.
2e édition. Sous presse :

19. O. Y ahia , Kitdb hatm al-awliyâ’ d ’al-Tirm idï. 34. J. J. H ouben , Kitdb al-majmü‘ f i ’l-m uhït bi’l-
25. J. J. H ouben , Kitdb al-majmü ‘ f i ’l-m uhït bi'l- ta k lïf de ‘A bd al-Jabbdr. Vol. II.
ta k lïf de ‘A bd al-Jabbdr. Vol. I. 45. G. M akdisi, The Notebooks o f Ibn ‘A q ïl:
26. S. de Beaurecueil , Khwddja ‘Abdullàh Arujâri, K itdb al-funün. Part II.
mystique hanbalite (1006-1089). 47. M. S w artz , Kitdb al-Q ufsâf w a'l M udhakkirïn.
Série 2 : Langue et littérature arabes. 27. J. M écérian , Expédition archéologique dans l’A n-
tiochène occidentale. L ’Église arméno-géorgienne
5. H . F leisch , L'arabe classique. Esquisse d ’une de Saint-Thomas.
structure linguistique. 2e édition. 30. J. M écérian , Histoire et institutions de l’Église
16. H. F leisch , Traité de philologie arabe. Vol. I. arménienne.
32. A. G ateau , Atlas nautique tunisien. Vol. I. 40. J. G aïth , Nicolas Berdiaeff, philosophe de la
Édité par H. Charles. liberté.
33. A. G ateau , Glossaire nautique tunisien. Vol. II. 42. J. M. F iey , Assyrie chrétienne. Vol. III.
Édité par H. Charles.
38. C. H echaïmé , Louis Cheikho et son livre « Le Série 4 : H isto ire et sociologie du Proche-
christianisme et la littérature chrétienne en Arabie
O rien t.
avant l’Islam ».
1. M. C hébli, Fakhreddine I I M aan, prince du
Liban (1572-1635). Épuisé.
2. A. B ogolioubsky , Notice sur les batailles livrées
Série 3 : O rie n t chrétien. à l’ennemi à partir du 1er ju in 1770. Épuisé.
4. M. T allón , Livre des Lettres (Girk T7t’oç). 21. S. A bou , Enquêtes sur les langues en usage au Liban.
Documents arméniens du Ve siècle. Épuisé. 35. F. H ours et K. S alibi, Tdrïh B ayrüt de
10. A. F attal , Le statut légal des non-musulmans en Sâlih bin Yahyà.
pays d ’Islam.
12. J. M. Fiey, Mossoul chrétienne. Nouvelle Série :
15. M . de F enoyl , Le Sanctoral copte.
20. M. A llard & G. T roupeau , L ’Épttre sur A. Langue arabe et pensée islamique.
l’Unité et la Trinité, le Traité sur l’intellect et le 1. A. Badawî, Commentaires sur Aristote perdus en
Fragment sur l’âme de M uhyï al-D ïn al-Isfahânï. grec (sous presse).
22. J. M. F iey , Assyrie chrétienne. Vol. I. 2. P. N wyia , Ibn ‘A tà ’Allah. Tex‘e et traduction
23. J. M. F iey , Assyrie chrétienne. Vol. II. des H ikam (sous presse).
24. P. K houry , Paul d ’Antioche, évêque melkite de 3. F. S hehadi, al-M aqsad al-asnà de G hazàlï
Sidon (X II* s.). (sous presse).
SOMMAIRE

I KITÂB AL-HATÀBA D’AL-FÂRÀBÏ


I n t r o d u c t io n .................................................................................. 3-27

........................................................................................................................................... 29

T exte arabe et traduction française .......................... 30-121

II DIDASCALIA IN RETHORIGAM ARISTOTELIS


EX GLOSA ALPHARABI
I n tr o d u c t io n ................................................................................. 125-147
T able des abréviations .......................................................... 148
T raduction L atine de H ermann l ’A llemand ............ 149-252
I ndex des termes ........................................................................ 253-258
I ndex des a u t e u r s ...................................................................... 259-260
I ndex des œuvres et des citations ................................. 261-268
Œ uvres citées dans l ’introduction et les notes . . . 269-272
T able des matières 273-274
I

KITÀB AL-HATÂBA D’AL-FÀRÂBÏ

Édition critique et traduction française


PAR
JACQUES LANGHADE
INTRODUCTION

Le texte d’Al-Fârâbï que nous présentons était considéré jusqu’à


une date relativement récente, une quinzaine d’années, comme perdu.
Si nous pouvons le lire aujourd’hui, c’est grâce aux recherches entreprises
par Ahmed Ate§ dans les bibliothèques d’Istanbul: en 1951 il faisait
connaître, dans une liste de manuscrits d’Al-Fârâbï, la découverte
qu’il avait faite d’un manuscrit contenant un ensemble d’œuvres
logiques d’Al-Fàrâbï (1). Pour la première fois nous avions entre les
mains une œuvre rhétorique d’Al-Fâràbï, et c’est jusqu’à présent sa
seule œuvre rhétorique qui nous soit parvenue en arabe. Elle se trouve
dans le manuscrit n° 812 de la Bibliothèque Hamidiye à Istanbul.
Il a fallu attendre une dizaine d’années après la découverte du Pro­
fesseur Ate§ pour avoir connaissance d’un autre manuscrit contenant le
même recueil d’œuvres logiques d’Al-Fârâbï. C’est en 1960, en effet, que
l’Institut des manuscrits arabes, de la Ligue arabe au Caire, publiait
dans sa revue un article du docteur Karel Petraçek intitulé « Les manus­
crits arabes en Tchécoslovaquie» (2). Il y signalait que le manuscrit
arabe le plus important et le plus rare parmi ceux qu’il avait identifiés à
l’Université de Bratislava était peut-être bien le n° 231, TE 41, recueil
des traités d’Al-Fârâbï sur la Logique, copié en 1161 de l’Hégire, et il
déclarait (nous aurons à revenir sur ce point) que ce manuscrit était
plus complet que celui de la Hamidiye découvert une dizaine d’années
auparavant.

(1) Belleten, XV, 1951, p. 182.


(2) 4o Cj I a ÎY J \ ojjt-1 £ ! $ 40 jA J! O aLæ

. 1 t —T y9 • (JjlT *âi tT (_3


4 A L-FÂ R Â B Î : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Depuis lors, on a découvert d’autres copies des textes logiques


contenus dans ces deux manuscrits (1), mais malheureusement nous n’y
retrouvons pas la Rhétorique. Cela est d’autant plus regrettable qu’habi­
tuellement les présentations de l’Organon dans la philosophie arabe
commencent par l’Isagogue de Porphyre, usage que les latins conserve­
ront, et se terminent par la Rhétorique et la Poétique (les latins ne
suivront pas par contre cette coutume). Cette présentation est en par­
faite conformité avec la division de l’Organon qu’Al-Fàràbï nous propose
dans son Iksâ’ al-Ulüm (2). Il est toujours possible, compte tenu
des recherches qui se poursuivent actuellement en Orient, que l’on
découvre un jour d’autres copies du texte qui nous occupe. Pour notre
édition critique, nous avons dû nous contenter des deux seuls manuscrits
connus jusqu’à présent, et sur lesquels voici quelques précisions.
M anuscrit H amidiye 812.
Ce manuscrit est aussi parfois désigné de la façon suivante : Suleyma-
niye, fonds Hamid I, n° 812. Sur le premier folio, il porte le titre suivant:
« Logique de Fârâbï. Traité contenant les huit livres logiques d’Al-
Fârâbï ». La Rhétorique est le septième de ces huit livres, juste avant la12

(1) En particulier le recueil intitulé dont rend compte le Pro­


fesseur M. T. D aneche -P ajouh , dans son Catalogue méthodique, descriptif et raisonné des
manuscrits de la bibliothèque privée de l’Imam Jum‘ah de Kerman, donnée en legs à la
Faculté des Lettres de Téhéran; Imprimerie de l’Université de Téhéran, 1965,
pp. 71-76.
(2) Édition O. Amin, Le Caire, pp. 70 sq. Sur ce point de la division de l’Or­
ganon et de l’introduction qu’on y a faite de la Rhétorique et delà Poétique, on pourra
consulter, entre autres : Richard W alzer , Zur Traditiongeschichte der Aristotelischen Poetik,
in Studi Italiani di Filología Classica, N.S. vol. XI (1934), pp. 5-14; cet article a été
réimprimé dans le recueil intitulé Greek into Arabie, Oxford 1962, pp. 129-136; Ibrahim
M adkour , L ’organon d'Aristote dans le monde arabe, Paris 1935, pp. 13-14; Paul M oraux ,
Les listes anciennes des ouvrages d ’Aristote, Louvain 1951, pp. 179-183; F. G abrieli, Estético
e Poesía araba nell'interpretazione délia Poetica Aristotélica presso Avicenna e Averroe, in Rivista
degli Studi Orientali, n° 12 (1929), pp. 291-331; F. S olmsen, Boethius and the history o f
the Organon, in American Journal o f Philology, 1944, pp. 69-74.
KITÂB A L-H A TÂ BA 5
Poétique, comme le précise d’ailleurs le dernier folio du manuscrit qui
comporte une sorte de table des matières dont voici la teneur : « Dans ce
livre se trouvent tous les huit livres logiques, et un (petit) traité par
lequel le livre commence, et des chapitres qui renferment tout ce que doit
savoir (celui qui veut débuter dans l’art de la logique). Le premier livre
est (celui) des Catégories; le second, le Péri Hermeneias; le troisième,
les Premiers Analytiques; le quatrième, les Seconds Analytiques; le
cinquième, les Réfutations sophistiques; le sixième, les Topiques; le
septième, la Rhétorique; le huitième, la Poétique. Tout cela (est) l’œuvre
du philosophe Abü Nasr Muhammad Ibn Muslim al-Fàràbï. Que Dieu
lui soit miséricordieux. »
Le manuscrit comporte une série de textes dont voici la succession:
(folio 1 a : titre) ; 1 b : Prologue ; 3 a : Introduction, en cinq chapitres ; 5 b :
Isagogue; 9 a: Catégories; 20 b: Péri Hermeneias; 28 b: Livre du Syllo­
gisme (Premiers Analytiques); 42 b: Kitâb al-Tahlïl (suite des Premiers
Analytiques); 52 b: Réfutations sophi tiques; 61 a: Seconds Analytiques;
84 b: Topiques; 112a: Rhétorique; 122 a: Poétique; (123 a: Signature et
date; 124 b: Sommaire).
Ce manuscrit porte la date de 1133, le dernier jour du mois de
gumâdï II, soit, selon l’ère chrétienne, le 27 avril 1721. Il est précisé
également qu’il a été copié par la main de Muhammad ben Ahmad al-
‘Uskübï, pour son maître As‘ad ben ‘Ali ben ‘Utmân al-Ianïwï (1).
Les 123 folii du texte sont pris dans une reliure en cuir marron; ses
dimensions sont de 15,5 centimètres sur 22; le texte couvre 28 lignes
sur chaque page, occupant 9,5 centimètres sur 18 environ. Il est écrit
d’une écriture ta‘lîq, claire et lisible. La Rhétorique occupe les folii
112 a 16 jusqu’à 122 a 12 (et non pas, scomme l’écrit Ate§, dans son
article déjà cité de Belleten, les folii 110 a - 120 a). En dehors des 1231*
(1) Sur As‘ad ben ‘Alï ben ‘Utmân al-Ianïwï, voir l’article du Dr Mubahat
T ürker , Fdrâbï’nin «Serà’it ul-yakïn» i, in Araftirma, I, 1963; Felsefe Arajtirmalari
Enstitüsü, Dil ve Tarih-Cografya Fakültesi, Ankara, pp. 173 sq. (on y trouvera un
certain nombre de données sur notre manuscrit). Voir également Brockelmann ,
G A L, II2, 594 (= II, 447) et Sup. II, 665-666.
6 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

folii de texte, la reliure enserre 6 folii blancs au début et trois autres à la


fin. Les titres sont en rouge.
Pour notre travail, nous avons pu consulter sur place, à Istanbul, le
manuscrit. Nous avons également utilisé une copie sur microfilm.
M. D.M. Dunlop a déjà publié un certain nombre de ces textes, les
quatre premières parties du recueil, sous les titres suivants: « Al-Fàràbï’s
Introductory Risâlah on logic» (1); «Al-Fàràbï’s introductory sections
on logic » (2) ; « Al-Fâràbï’s Eisagoge » (3) ; et enfin « Al-Fàràbï’s para­
phrase of the Categories of Aristotle » (4). A ces quatre textes, il faut
ajouter la publication, par le Professeur Muhsin Mahdi de la Poétique (5).
Quant aux autres textes de ce recueil logique d’Al-Fâràbï, Mlle Türker

(1) Islamic Quarterly, n» 3 (1956-1957), pp. 224-235. Il s’agit des ff. 1 b à 3a


du manuscrit. En plus du ms. Hamidiye 812, Dunlop a utilisé le ms. Ayasofya 4839,
ff 146 b - 151 b et 158 b - 164 a, et le ms. Ayasofya 4854, ff. 85 b - 88 a, dont les
textes sont très semblables.
(2) Ibid., n° 2 (1955), pp. 264-282. Il s’agit des ff. 3 a à 5 b. L’édition a été faite
en utilisant également le manuscrit hébreu 1008 de la Bibliothèque Nationale de Paris,
ff. 100 a - 103 a, qui est une translittération en caractères hébraïques d’une version
arabe. Il a utilisé par ailleurs les commentaires d’Ibn Bàgga sur ce texte, tels qu’ils se
trouvent dans le ms. n° 612 de l’Escurial.
(3) Ibid., n° 3, pp. 117-138. Cela correspond aux ff. 5 b - 9 a. Dunlop a de
nouveau utilisé les commentaires d’Ibn Bàgga sur VIsagogue d’Al-Fàrâbï, dans la ver­
sion que nous en livre le manuscrit déjà cité (n° 612) de l’Escurial. Il s’est également
servi d’une traduction hébraïque du texte, conservée dans le manuscrit 917 de la
Bibliothèque Nationale de Paris.
(4) Ibid., n° 4 (1958), pp. 168-197 et n° 5 (1959), pp. 21-54. Il s’agit des ff. 9 a -
20 b. Mademoiselle Türker mentionne, dans l’article cité page 5, note 1, une autre édition
de ce texte des Catégories. Faite par N. Keklik, elle se trouve dans Islam Tetkikleri, II,
2-4, 1960, pp. i-XLViii (Istanbul), et porte le titre: Abu Nasr al-Fàrâbï’nin Kategoriler
Kitabi. A la différence de Dunlop qui n’utilise que le manuscrit Hamidiye 812, N. Keklik
a pu collationner ce manuscrit avec le manuscrit 1882 de Feyzullah Efendi (Türker,
art. cité, p. 181, note 26).
(5) Beyrouth, 1959. Il ne faut pas confondre ce texte de la Poétique d’Al-Fâràbï
avec une autre Poétique du même auteur, éditée une première fois en 1938 par Arberry
dans la Rivista degli Studi Orientali, et publiée plus complètement par le Professeur
Badawi au Caire en 1953. Il s’agit de deux textes différents.
KITÂB A L-H A TÂ BA 7
a exprimé son intention de les faire paraître dans les publications de
l’Institut des Recherches Philosophiques d’Ankara.
Le manuscrit de B ratislava : U niversité n° 231, TE 41.
Après l’annonce en 1960, dans la Revue de l’Institut des Manuscrits
arabes (Le Caire), de la découverte de ce second manuscrit, paraissait
l’année suivante, en 1961, le Catalogue des manuscrits arabes, turcs,
persans, de la Bibliothèque de l’Université de Bratislava (1). N’ayant pu
consulter directement le manuscrit, nous nous référons à cet ouvrage pour
donner la description du manuscrit telle qu’elle suit.
Le catalogue, à la page 181, mentionne:
«N° 231. TE 4L Abü Nasr M.B.M.B. Tarhân b. Uzlag al-Fârâbï.
Kitâb fi’ 1-Mantiq = Kitâb (Muhtasar) garni' al-Kutub al-mantiqiya. »
Suit une description extrêmement détaillée du manuscrit. Il y est dit
qu’il s’agit d’une reliure mi-cuir, que la couverture de tête et le premier
cahier sont détachés, mais que le manuscrit est cependant en bon état. Le
titre en est orné. Il comprend I + 274 + II folii de 21 centimètres sur
14,5 cm; il y a 19 lignes à la page (15 cm sur 7), sur papiers de différentes
qualités, écrites en une belle écriture Nashï, claire et lisible, à l’encre
noire et rouge, à l’intérieur d’un cadre doré. Le scribe en est Ahmad b.
‘Ali as-Sâmï, qui l’a copié en l’an 1116 de l’Hégire (1704 de Père
chrétienne).
Le folio I a porte le titre: Livre d’Abï Nasr al-Fârâbï sur la Logique.
Le folio 1 a porte de nouveau un titre et le contenu de l’ouvrage: « Livre
dans lequel il y a tous les huit livres logiques, ainsi qu’une risâla qui pré­
face le livre, et des chapitres qui contiennent tout ce dont a besoin (celui
qui veut aborder l’étude de la Logique) ». Le contenu est alors énuméré
sous huit têtes de chapitres: les Catégories, le Péri Hermeneias, les Pre­
miers Analytiques, les Seconds Analytiques, les Réfutations sophistiques,
(1) Arabische, türkische undpersische Handschriften der Universitàtsbibliothek in Bratislava,
publié sous la direction de Josef Blaskovics. La section arabe a été rédigée par Karel
Petraçek lui-même. Édité à Bratislava en 1961.
8 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

les Topiques, la Rhétorique, la Poétique. Cette table des matières


proposée par le manuscrit ne correspond pas tout à fait à l’ordre effectif
suivi dans le manuscrit, ni même à ses divisions; sa littéralité diffère en
plus d’un point de celle du manuscrit d’Istanbul (fol. 124 b), et on y
trouve comme dans le ms. Hamidiye des termes corrompus.
Voici la table réelle des matières contenues dans ce manuscrit:
folio 1 b : Prologue ; 5 b : introduction, en cinq chapitres ; 11 a : Isagogue ;
19 a: Catégories; 44 b: Péri Hermeneias; 63 b: Livre du Syllogisme
(Premiers Analytiques); 95 b: Kitâb al-Tahlïl (suite des Premiers
Analytiques) ; 116 a : les Réfutations sophitiques ; 136 b : les Seconds
Analytiques; 187 b: les Topiques; 248 b: la Rhétorique; 271 b: la
Poétique (explicit 273 b); 274 a: signature.
Pour l’établissement du texte critique, nous avons utilisé une copie
sur microfilm qui nous a été communiquée par l’Institut de Recherche
et d’Histoire des Textes, à Paris.
L ’édition critique .
Avec les deux manuscrits dont nous disposons, les recherches de
filiation éventuelle tournent court très vite: il n’est pas possible en
effet que Bratislava ait été copié sur Istanbul ou Istanbul sur Bratislava
pour la raison très simple qu’il y a des lacunes qui ne se retrouvent que
dans l’un ou l’autre de ces manuscrits (il s’agit bien de lacunes et non de
passages interpolés par un scribe, car ils sont nécessaires à l’intelligence
du texte). Ainsi dans le texte arabe, p. 55, lignes 2-3, on lit une phrase
d’Istanbul qui manque dans Bratislava; aux lignes 12-13, c’est l’inverse.
Il reste cependant que les très grandes similitudes des deux manus­
crits nous portent à croire qu’ils ont été copiés sur un même manuscrit,
avec le lot, inévitable dans tout travail de copie, de mots ou de lignes
sautés.
Dans l’ensemble, nous avons préféré la leçon de Bratislava toutes les
fois que cela était possible, pour la raison que l’on trouve assez souvent
dans le manuscrit d’Istanbul des leçons qui sont manifestement des erreurs
KITÂB A L-H A TÀ BA 9
de lecture ou des fautes d’orthographe. L’apparat critique rend compte en
tout cas de toutes les divergences qui peuvent exister entre le texte que
nous donnons et les deux manuscrits utilisés. Pour les accents (on ne
trouve que quelques sadda, et encore, seulement en Istanbul), nous les
avons ajoutés parfois, afin de rendre plus claire la lecture du texte. C’est
ce même souci qui nous a amenés à introduire une ponctuation et une
division en paragraphe, totalement absentes dans les deux manuscrits.
La traduction française .
Nous ne dirons que quelques mots sur la traduction française que
nous proposons de ce texte. Il apparaîtra bien vite au lecteur qui voudra
contrôler notre travail que la tâche n’a pas toujours été aisée car le style
d’Al-Fàrâbï dans cette œuvre est parfois compliqué, et sa phase obscure
dans sa concision. Bien des passages ont failli nous décourager, et souvent
nous n’avons pu en venir à bout que grâce à l’aide amicale du Père
Paul Nwyia.
Nous avons fait notre possible pour trouver la traduction la plus
précise des termes techniques arabes, et nous avons toujours traduit le
même terme de la même façon. Quelques notes explicitent d’ailleurs la
traduction de certains mots, ou, dans le cas du terme istitnâ’, que nous
n’avons pas réussi à traduire, en donnent le sens.
P lan du « K itâb a l -H atàba ».
Nous avons essayé de dégager le plan du Kitâb al-Hatâba tel qu’il
nous est apparu après plusieurs lectures attentives de cette œuvre. Il
faut préciser dès le départ que ce plan est lié à la lecture et à l’interpréta­
tion que nous donnons du texte arabe, texte qui ne comporte ni ponctua­
tion ni division en paragraphes, et dans lequel n’est indiqué aucun plan,
sinon, à l’occasion, le plan très sommaire et partiel de quelques dévelop­
pements à suivre immédiatement.
Ce plan, tel que nous le présentons, suppose que l’œuvre d’Al-
Fàràbï que nous analysons est incomplète, et qu’elle s’arrête en cours de
10 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

développement. Le postulat opposé, qui supposerait l’œuvre complète,


amènerait à une tout autre division de ses parties.
Nous distinguons deux parties principales dans l’œuvre:
— Une première partie consacrée à une sorte d’investigation et de
mise en ordre du matériel: Al-Fàràbï y définit ce qu’il appelle la Rhéto­
rique, il précise cette définition en reprennant chacun des termes, en les
explicitant avec beaucoup de détails; il ajoute à cela des considérations
historiques et des définitions complémentaires.
— Une seconde partie d’exposition « des choses dont le propre est
de susciter la persuasion». Il énumère rapidement ces douze choses.
Puis il développe longuement la première de ces douze divisions, con­
sacrée à l’enthymème et à la comparaison, réservant la plus grande
partie de l’exposé à l’enthymème.
Cela donne le plan sommaire suivant:

P remière 248 b 14 -257 b 11.


pa r t ie :
248 b 14 - 252 a 5: Définition de la Rhétorique et des termes de la défi­
nition: acte de persuader, persuasion, opinion, croyance, certitude,
point de vue. Nombreuses précisions.
252 a 5 - 253 b 17 : Aperçu historique sur les points de vue et la différence
entre opinion et certitude.
253 b 17 -254 b 6: Nouvelles précisions sur l’opinion.
254 b 6 - 255 a 12: Aperçu historique sur les voies.
255 a 12 - 257 b 11: Nouvelles définitions et précisions: rhétorique,
point de vue, enthymème, comparaison, trois sortes d’auditeurs, etc.

D euxième 257 b 11 -271 b 2.


pa r t ie :
257 b 11 - 260 b 7 : Les choses dont le propre est de susciter la persuasion,
au nombre de douze.
260 b 7-271 b 2: Les enthymèmes et les comparisons.
261 b 16: les enthymèmes;
KITÂB A L-H A TÀ BA 11
270 b 5: les comparaisons.
C’est ce plan sommaire que nous allons reprendre maintenant,
en donnant le détail du développement.

PREMIÈRE PARTIE
D éfinitions et précisions historiques
248 b 14 -257 b 11
A. D éfinitions : 248 b 14 -252 a 5.
Définition de la Rhétorique: art syllogistique 248 b 14
But de la Rhétorique: acte de persuader et persuasion 248 b 15
Définition de la persuasion: espèce d’opinion 248 b 17
Définition de l’opinion: croire... 248 b 17
Ne pas confondre opinion et certitude 249 a 2
Précisions sur l’acte de persuader 249 a 6
et sur la persuasion 249 a 7
Opinion et certitude sont des points de vue 249 a 14
Développement sur les points de vue 249 a 14
Propositions nécessaires (certitude) 249 a 16
possibles 249 b 3
En résumé, l’acte de persuader et l’opinion portent sur le nécessaire
et le possible 249 b 7
Le possible: — quant à nous 249 b 12
— quant à la chose 250 a 4
Le nécessaire: — pur 250 a 6
— mêlé 250 a 8
L’opinion: forte, faible 250 a 13
opposés perçus ou non perçus 250 a 13
La persuasion: n’est pas diminuée par les opposants 250 a 16
L’opposition dans la persuasion 250 a 17
L’opposition dans l’opinion 250 b 4
12 A L-FÂ R Â B Î : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Les oppositions d’un point de vue (râ’y) 250 b 6


du côté du sujet 250 b 6
du côté de la chose 251 a 3
obscures des deux côtés 251 a 9
La plus ferme des opinions : se définit non en elle-même, mais selon
son attribution à chaque homme 251 a 17
Réclame que l’on fasse des investigations pour trouver et
supprimer les oppositions 251 a 18
Exemple des anciens 251 b 2
Causes de cessation de la croyance 251 b 10
de la certitude 251 b 14
— absolue: ne cesse jamais 251 b 16
— temporaire : cesse par destruction de la
chose, etc. 251 b 18
L’opinion: peut disparaître malgré le sujet et la chose 251 b 19
En résumé : la croyance devient opinion si elle est temporaire 252 a 2

B. A perçu historique : 252 a 5 - 253 b 17.


Questions des anciens sur les points de vue 252 a 5
Leur but: montrer que ces points de vue sont des opinions, insuffisants
pour la spéculation, qui réclame la certitude 252 a 10
Réponses insuffisantes, parce qu’elles ne distinguent pas entre opinion et
certitude 252 a 13
Autres réponses également insuffisantes des anciens 252 b 1
En fait, on se trouve devant l’opposition de l’universellement connu et
d’une assertion syllogistique 252 b 19
ou de deux assertions syllogistiques 253 a 2
La question veut montrer que de tels points de vue sont opinion et non
certitude 253 a 12
Échappatoires de ceux qui veulent faire passer leurs points de vue pour
certitude et non opinion 253 a 13
Leurs réponses 253 a 19
KITÂB AL -HATÂB A 13
première interprétation de cette réponse 253 b 4
deuxième interprétation 253 b 7
troisième interprétation 253 b 13
C. P récisions sur l ’o pinion : 253 b 17 - 254 b 6.
Les deux sortes d’opinion:
— on ne lui connaît pas d’opposé 253 b 17
— on connaît son opposé 254 a 1
L’opinion ferme:
on ne lui connaît pas d’opposé: — par négligence 254 a 7
— on l’a réfuté 254 a 10
L’opinion et ses opposés:
— si ses corroboratifs sont plus nombreux que ses opposés, l’opinion
prévaut 254 a i l
— si ses corroboratifs sont moins nombreux que ses opposés, il y a
doute, soupçon, et on la rejette 254 a 12
— si ses corroboratifs sont aussi nombreux que ses opposés, elle est
utilisée dans les arts hypothétiques et les sciences et il en résulte
le doute 254 a 14
(Il y a doute lorsque l’âme se trouve devant deux opinions opposées
venant de choses égales en clarté et en fermeté) 254 a 18
(Ne pas confondre doute et objet de recherche) 254 b 3
L’opinion ferme: n’a plus d’opposés après investigations; cela se fait par
les voies rhétoriques et les dialectiques 254 b 4
D. A perçu historique sur les voies : 254 b 6 -255 a 12.
Ordre d’apparition des voies chez l’homme: rhétoriques, dialectiques,
démonstratives 254 b 6
En philosophie: rhétoriques, dialectiques, sophistiques, démonstratives
(Platon) 254 b 11
Aristote a légiféré. Depuis on utilise les dialectiques en mathématiques, les
sophistiques pour l’épreuve et la mise en garde 254 b 19
et les rhétoriques pour les choses communes à tous les arts 255 a 6
14 A L-FÀ R À B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

E. D éfinitions : 255 a 12 - 257 b 11.


Les arts probables: ce sont ceux qui engendrent des opinions dans leurs
domaines 255 a 12
La Rhétorique: c’est un art probable; comment diffère-t-elle des autres?
N’a pas de domaine propre. Son but n’est pas d’inventer mais de
convaincre; engendre des opinions sur les choses possbiles et les
nécessaires 255 a 19
Utilité de la rhétorique, même pour les autres arts 255 b 9
Elle utilise les voies communes à tous 255 b 19
Le point de vue commun a priori: paraît tel avant toute investigation à
son sujet 256 a 10
Faire des investigations: consolider un point de vue, supprimer les oppo­
sitions ou rejeter le point de vue 256 a i l
(Dans la Rhétorique, comme dans la dialectique et la sophistique on fait
des investigations et on dévoile les points de vue erronés) 256 a 17
L’enthymème: deux prémisses conjointes; on omet l’une 256 a 19
Raisons de cette appellation 256 b 1
Devient persuasif grâce à cette omission 256 b 3
La comparaison: vérification par une chose semblable 256 b 4
L’enthymème et la comparaison persuadent au sujet d’un point de vue
commun a priori 256 b 6
(Pour la Rhétorique, à la différence des autres arts, peu importe que les
prémisses soient syllogistiques en vérité ou en apparence. Elle utilise
la voie qui part d’un point de vue a priori commun à tout le monde)
256 b 9
Les trois sortes d’auditeurs: 256 b 18
— celui qu’on veut persuader 256 b 19
— le contradicteur 257 a 4
— le juge; ses capacités. Ligne de conduite. Son rang. Par quel ha­
bitus devient-on juge? 257 a 8
KITÂB A L-H A TÀ BA 15

DEUXIÈME PARTIE
257 b 11 -271 b 2
A. L es choses dont le propre est de susciter la persuasion :
257 b 11 -260 b 7.
1. Enthymèmes et comparaisons. Précisions 257 b 11
Définition de l’enthymème 257 b 14
Ne pas confondre l’enthymème avec les preuves et les syllogismes
dialectiques 257 b 19
2. Excellence morale de l’orateur et défaut de son adversaire. Mauvais
usage de cela dans les sciences 258 b 3
3. Influences psychologiques exercées sur les auditeurs. Précisions. Mau­
vais usage 258 b 6
4. Enthousiasmer et troubler les auditeurs. Mauvais usage. Exemple
258 b 19
5. Donner de l’importance et minimiser. Mauvais usage. Exemple
259 a 11
6. Prendre à témoin coutumes écrites. Mauvais usage. Exemple 259 b 2
7. Témoignage d’un homme ou d’un groupe. Exemple 259 b 10
8. Désir et crainte de l’orateur. Exemple 259 b 16
9. Défis sous forme de paris ou contrats 260 a i l
10. Serment de l’orateur 260 a 13
11. Expression du visage, gesticulation, etc. Exemple 260 a 14
12. Manière de parler, intonation, etc. Exemple 260 b 3
B. T.fs enthymèmes et les comparaisons : 260 b 7 - 271 b 2.
I. Introduction 260 b 7 - 261 b 16
Ce sont les premières des déclarations rhétoriques, elles surpassent les
autres 260 b 7
16 A L-FÂ R Â B Î : D EU X OUVRAGEs’ lNÉDITS

Ce sont les genres rhétoriques, les autres sont les genres persuasifs
260 b 9
Isolés, les enthymèmes et les comparaisons suffisent à rendre cohérent
l’art rhétorique 260 b 10
Isolés, les autres genres ne suffisent pas à rendre cohérent l’art rhétorique
260 b 12
Dans la rhétorique, selon Aristote, on utilise non seulement les enthy­
mèmes et les comparaisons, mais aussi les genres dérivés 260 b 19
Annonce de développement: ce que sont les enthymèmes et les comparai­
sons; comment, de quoi, composition, espèce, usage 261 a 11
Les enthymèmes sont antérieurs aux comparaisons, plus proches du syl­
logisme, plus nécessitants 261 a 14
Les comparaisons. Certains les trouvent faibles, d’autres nient leur usage
261 a 16
Définitions et opinions des logiciens 261 b 7
IL Les enthymèmes 261 b 16 -270 b 4
Introduction :
Définition: syllogismes vrais ou apparents 261 b 16
Annonce sommaire du plan de développement:
— attributifs ou conditionnels
— persuasifs par la forme ou la matière
— quantité, ordonnance, qualité sont comme dans les syllogismes
262 a 2
1. Dans le syllogisme, il y a deux prémisses 262 a 6
Leur conjonction, leur ordonnance; quantité, qualité, matières
262 a 6
Les prémisses sont nécessaires, possibles; certaines, objet d’opinion ou
senties 262 a 13
Les prémisses sont vraies ou fausses, plus ou moins 262 b 1
Différenciation des prémisses selon les dix genres; selon les arts
262 b 4
KITÂB A L-H A TÀ BA 17
2. Les enthymèmes persuadent par leurs formes et par leurs matières
262 b 13
Ils deviennent persuasifs s’il y a en eux le lieu d’un opposition;
sinon ils sont certains 262 b 14

A. Persuasion par la forme des enthymèmes.


1. Les enthymèmes attributifs 262 b 16
a) Ceux qui sont vraiment syllogistiques. On y supprime les pré­
misses qui donnent la nécessité de la conclusion 262 b 17
Exemple: la première figure; on supprime la majeure 263 a 3
Les deux raisons de la suppression. Cas de la déclaration indé­
terminée 263 a 7
Les autres figures. Prémisses à nécessité cachée ou indétermi­
nées 263 a 18
Cessation de la persuasion: si on déclare toutes les prémisses...
on passe de la persuasion à la certitude 263 b 4
Ou si on utilise, au lieu de la rhétorique, un autre art lo­
gique 263 b 7
b) Modes de conjonction non syllogistiques. On utilise ce qui est
syllogisme en apparence 263 b 18
— dans la deuxième figure 264 a 1
— dans la troisième figure 264 a 5
— une prémisse positive, l’autre négative 264 a 9
2. Les enthymèmes conditionnels. Conjonctifs ou disjonctifs 264 a 15
a) Les conjonctifs: on sous-entend ce qui a été objet d’istitnâ’
264 a 17
— différents cas 264 b 4
(Résumé partiel sur ce que l’on supprime dans le cas des enthy­
mèmes attributifs de première figure, et dans celui des condi­
tionnels conjonctifs) 265 a 2
— Usage des conditionnels conjonctifs 265 a 7
Rech. - 2
18 A L-FÂ R Â B Î : DEUX OUVRAGES in é d it s

b) Les disjonctifs. Utilisés sous mode énumératif 265 a 9


En général, on ne supprime rien, mais on ne traite pas exhaus­
tivement l’énumération 265 a 10
— Si l’on s’en tient aux conditionnelles et si l’on sous-en­
tend 1’istitnâ’, plus de persuasion 265 a 15
— Si l’on s’en tient aux conditionnelles, la conclusion très
apparente fait voir ce qui a été objet d’istitnâ’ 265 a 19
— Il arrive que la chose devienne problématique à moins
qu’elle ne soit très évidente dans ce qui est objet d’istitna’. Il
faut alors le déclarer 265 b 6
— Le mode négatif d’utilisation des conditionnelles disjonctives
se ramène aux conjonctives 265 b 9
3. Rôle de l’opposition dans la Rhétorique. Tout ce qui persuade en
gardant la place à l’opposition, l’interrogation ou la recherche
convient mieux à la Rhétorique 266 a 9
a) Cas de conditionnelles conjonctives où une opposition est
possible 266 a 10
b) Cas des conditionnelles disjonctives: on s’en tient aux opposi­
tions les plus apparentes 266 b 2
c) Cas du syllogisme par l’absurde: sert à détruire l’opposition
266 b 6
B. Persuasion par la matière des enthymèmes 266 b 14.
Introduction : cela suppose que les prémisses qui donnent la nécessité
de la conclusion soient premières 266 b 15
et donc universellement connues selon le point de vue a priori com-
mum à tous 267 a 2
Elles peuvent être réellement ou en apparence universellement con­
nues 267 a 5-7 et 11-19
vraies ou pas vraies 267 a 7-11
présumées, nécessaires, etc. 267 a 19
KITÀB AL-HATÂBA 19
L’essentiel est qu’elles soient universellement connues selon le sens
commun immédiat 267 b 3
1. Ces prémisses sont des lieux ou des espèces 267 b 6
a) définitions: les lieux 267 b 7
les espèces 267 b 9
b) propriétés: des lieux 267 b 10
des espèces 267 b 14
c) nature: les lieux. Prémisses de deux sortes 267 b 16
Autres cas 267 b 17
les espèces. Préférences ou choses louables selon le
sens commun de tous 268 a 5
Choses nécessaires et signes selon le sens com­
mun de tous 268 a 6
Leurs sujets 268 a 7
2. La preuve et le signe 268 a 18
a) Définitions: le signe 268 a 19
la preuve 268 b 2
b) Le signe: deux espèces 268 b 4
La première espèce. Formée dans la seconde figure seulement
268 b 6
Seulement deux modes si on la convertit 268 b 10
La deuxième espèce: dans la troisième figure 268 b 14
c) La preuve. Définition 269 a 3
Deux espèces 269 a 5
— La première espèce: preuve d’égalité 269 a 6
— La seconde espèce : preuve plus particulière 269 a 9
Toutes deux sont vraies 269 a 12
Degrés de vérité de la preuve 269 a 12
— Troisième espèce de preuve 269 a 15
Les trois espèces sont formées selon la première figure de ma­
nière syllogistique 269 a 19
20 A L-FÂ R Â B Ï : D EU X OUVRAGES INÉDITS

d) Tout ce que l’on nomme preuve et signe.


— Ce qui est terme moyen, et cela pour la preuve et le signe
269 b 2
— Selon les choses; v.g. la preuve est l’effet d’une cause 269 b 9
Exemples selon les trois causes 269 b 12
l’agent 269 b 14
la matière 269 b 15
la fin 269 b 19
— La cause d’un effet 270 a 4
— Ce qui est lié au prouvé et n’est ni cause ni effet 270 a 7
— La prémisse composée de la preuve et du prouvé 270 a i l
— Le syllogisme qui a cette prémisse pour majeure 270 a 13
— Pour le signe: le terme commun 270 a 15
La prémisse constituée par ce terme moyen et la chose con­
nue par le signe 270 a 17
Le syllogisme dont le terme moyen est un signe quelconque
270 a 19
e) Conclusion: ces choses sont des preuves selon le point de vue
universellement connu a priori 270 b 1
Preuve en vérité ou non, peu importe. Elles sont considérées
uniquement selon la notoriété 270 b 2
III. Les comparaisons 270 b 5 - 271 b 2.
1. Définition: convaincre d’une chose par sa ressemblance avec une
autre chose 270 b 5
Conditions: la ressemblance doit être telle selon le sens commun
270 b 7
Sous-entendre et déclarer ce qui convient 270 b 8
2. Lieu de la ressemblance: dans le sens ou dans les mots 270 b 11
a) dans le sens: les différents cas 270 b 12
la plus forte ressemblance 270 b 19
cas particulier 271 a 3
KITÀB A L-H A TÂ BA 21
b) dans les mots: amphibologie 271 a 7
Tous ces procédés sont persuasifs et utilisés dans la Rhétorique
271 a 9
3. Composition 271 a 10
à) mode attributif 271 a 10
b) mode conditionnel conjonctif 271 a 11
4. Prémisses 271 a 14
a) si la comparaison est attributive et la ressemblance manifeste,
on sous-entend la ressemblance 271 a 14
b) si la comparaison est attributive et la ressemblance non
manifeste, on déclare la ressemblance 271 a 16
Il en résulte trois prémisses 271 a 17
— première prémisse 271 a 17
— deuxième prémisse 271 a 19
— troisième prémisse 271 b 1-2
L’originalité de ce plan apparaît sans peine quand on compare
l’œuvre d’Al-Fârâbï à celle d’Aristote. Mais originalité ne signifie pas
que les deux œuvres n’ont rien à voir, et pour s’en convaincre, il suffit
de relever les références qui relient Al-Fâràbï à Aristote:
Al-Fârâbî Aristote
248 b 14 sq 1355 b 8-11, 25-34
249 a 6 sq 1355 b 26-27
250 b 3 1357 a 4
255 a 6 sq 1355 b 8
1357 a 1-4
255 a 19 1355 b 10-11
255 b 6 sq 1354 a 4-7
255 b 12 sq 1358 a 6-9
1357 a 1-7
255 b 19-256 a 10 1357 a 1-7
1355 b 25-34
22 A L-FÀ R À B Ï : D EU X OUVRAGES INÉDITS

Al-Fârâbi Aristote
256 a 19 sq 1395 b 23 sq
256 b 9 sq 1355 b 15-22
1357 a 1-7
256 b 18 1358 a 36-1358 b 7
257 b 11-14 1356 b 2-3
1356 a 34-b 27
1393 a 27
258 a 3 sq 1356 a 5 sq
1377 b 20 sq
258 a 15-258 b 6 1356 b 5-13
1360 b 31-38
1361 a 25-27
1378 a 6 sq
258 b 6 sq 1356 a 14-19
1378 a 18 sq
258 b 19 sq 1378 a 6 sq, 18 sq
259 a 11 sq 1358 b 27-29
259 b 2 sq 1375 a 25-b 25
259 b 10 sq 1375 b 26-1376 a 32
259 b 16-260 a 11 1358 b 38-1359 a 5
260 a 13 1377 a 8 sq
260 a 19 1386 a 32-33
260 b 7 sq 1355 b 6-8
1393 a 23-27
260 b 14 sq 1378 a 18 sq
260 b 19 sq 1354 a 18-21
1355 a 1-3
262 a 6 sq 1359 a 8-9
261 b 16-262 a 2 1355 b 15-17
262 a 13 sq 1357 a 22-33
262 b 13 sq 1357 a 4-7
262 b 16-263 a 7 1357 a 7-21
KITÂB A L -H ATÂBA 23

Al-Fârâbi Aristote
266 a 9 sq 1355 a 29-38
267 a 7 sq 1355 b 15 sq
267 a 15 sq 1400 b 37
267 b 6 sq 1358 a 25
270 a 7 sq 1393 a 5
270 b 4 sq 1356 a 34-1356 b 27
1357 b 25-36
Il va sans dire que les rapprochements que nous faisons ci-dessus
entre des références ne sont pas tous du même ordre; parfois il y a des
emprunts très nets d’Al-Fâràbï à Aristote; parfois, le rapprochement est
purement formel; parfois encore, la matière est traitée de façon toute
différente. Nous avons simplement voulu rassembler ici les références
que nous avions relevées au cours de notre travail et qui nous avaient
aidé. Nous ne pouvons cependant passer sous silence le fait que la majeure
partie des références que nous avons relevées proviennent du premier
livre de la Rhétorique d’Aristote; cela se comprend assez bien si l’on a
présent à l’esprit le fait qu’Aristote a beaucoup développé dans son
premier livre (après avoir posé un certain nombre de définitions) ce qui
se rapporte à l’enthymème.
A laquelle des œuvres d’Al-Fàràbï sur la Rhétorique correspondrait
le texte que nous publions? L’identification reste aléatoire. Mais à la
différence de l’opinion que nous avancions dans une précédente parution
(.Mélanges de VUniversité Saint-Joseph, 1968, p. 82) nous pensons qu’il s’agit
du début du Kitâb al-Hatâba (ou Kitâb fi-l-Hatâba) décrit par les fahâris
comme un long commentaire de 20 tomes. Ainsi s’expliquerait le plan
que nous avons proposé et le fait que les références à Aristote concernent
surtoute le début de l’œuvre du Stagyrite.
A vicenne et A verroès .
Si l’on compare le texte d’Al-Fâràbï aux commentaires d’Avicenne et
d’Averroès, on est frappé par les différences qui séparent ces œuvres.

212292
24 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Les deux principaux textes d’Avicenne sur la Rhétorique se trouvent


dans deux de ses œuvres, la Hikma ‘arudiyya et le Sifâ’. Dans la Hikma ( 1),
il distingue trois genres rhétoriques selon les auditeurs: l’épidictique, le
délibératif et le judiciaire; puis il étudie les principes généraux de la
Rhétorique et analyse ses deux procédés, l’enthymème et la comparaison
(tamtîl), avant de passer aux principes particuliers. Il est facile de re­
trouver dans tout cela une assez grande fidélité à l’inspiration aristotéli­
cienne.
Il faut signaler cependant que la partie traitée dans la troisième sec­
tion de la Hikma s’en tient au premier livre de la Rhétorique d’Aristote.
Cette partie se retrouve, avec plus d’ampleur, dans le Sifâ’, avec en
outre le second livre abondamment commenté. Voici d’ailleurs le plan
de la huitième partie de la Logique du Sifâ’, celle qui est consacrée à la
Rhétorique (d’après l’édition du Professeur Salïm Salem, le Caire, en
1954):
Première section. 1 : l’utilité de la Rhétorique. 2 : l’essentiel de la
Rhétorique, ses parties; ce en quoi elle diffère de la dialectique; 3: les
buts caractéristiques que poursuit l’orateur; comment les qualifier;
4: en quoi la Rhétorique s’apparente-t-elle aux autres arts, et en quoi
diffère-t-elle d’eux; 5: explication de la définition de la Rhétorique;
conclusion sur la division de ses parties; ses rapports avec les autres arts;
6: l’essentiel de la Rhétorique, c’est-à-dire l’affirmation étayée et ses
parties; 7: autres questions analogues.
Deuxième section. 1 : les buts premiers de l’orateur lorsqu’il cherche
à convaincre, les lieux de délibération, les délibérations sur des affaires
graves; 2: les délibérations sur des affaires secondaires; 3: le plus
fort et le plus faible; conclusion sur les délibérations; 4: les discours
d’apparat, de la louange et du blâme; 5: les débats où il est question
d’injustice; comment se défendre d’un telle accusation; 6: les causes du
(1) La Hikma se trouve dans le manuscrit n° 364 d’Upsala. On pourra con­
sulter à ce sujet A nawati dans Proceedings o f the twenty-second Congress o f Orientalists,
vol. 2, pp. 174-176.
KITÂB A L -H ATABA 25

plaisir qui poussent à opprimer; 7: les causes qui facilitent l’oppression,


qu’elles proviennent soit de la matière même de l’oppression, soit de
l’oppresseur, soit de l’opprimé; 8: les manières de se justifier, de s’excuser,
de répondre au plaignant en faisant paraître énorme le crime ou en le
minimisant; 9: les preuves extérieures à l’art.
Troisième section. 1 : Les discours à marche progressive; 2 : les espèces
d’amitié, de sécurité, de crainte, de courage, de couardise; 3: les espèces
de pudeur et d’impudeur; le rappel des bienfaits; 4: les espèces de senti­
ment d’humanité, de compassion, d’envie, de vengence, de jalousie,
de colère et de mépris; 5: les sujets touchant les différences morales
séparant les hommes; 6: les éléments communs à tous les sujets de dis­
cours; 7 : différence entre l’exorde en dialectique et en rhétorique; exposé
de quelques genres de preuves utiles; 8: les enthymèmes altérés accep­
tables en rhétorique et ceux qui, induisant en erreur, sont à rejeter;
quelques types d’objection.
Quatrième section. 1 : les ornements du style, le choix des mots et des
expressions; 2: les discours bien développés, comment éviter ce qui
enlaidit l’expression et choisir ce qui la rend belle; ornements du style
poétique ne produisant aucun affet en rhétorique; ornements valables
dans les deux cas; 3: le rythme du discours, l’emploi de particules, l’em­
ploi momentané d’un ton véhément; dosage de ces procédés pour soutenir
le discours; ce qui vaut pour une harangue publique, pour un discours
privé; ce qui vaut dans le langage parlé, dans le langage écrit; 4: les
parties du discours oratoire, son organisation, ses particularités; 5: l’in­
terrogation oratoire, les lieux où l’on doit l’employer, la réponse, la
conclusion du discours oratoire.
Avicenne cite fort peu Aristote dans son ouvrage, un peu plus d’une
douzaine de fois, mais il s’agit bien d’un commentaire de la Rhétorique,
fait d’ailleurs en utilisant d’autres œuvres d’Aristote (cf. l’Introduction
en arabe du Pr. Salem, p. 20). Au niveau du plan et de la composition, la
différence est grande entre Avicenne et Al-Fàràbï. En outre, Avicenne
vise beaucoup plus à fournir des éléments de travail aux orateurs,
26 A L-FÀ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

s’intéresse au discours proprement dit, alors que chez Al-Fârâbï cette


préoccupation pratique ne transparaît pas.
Averroès, lui, dans son commentaire moyen édité par le Professeur
Badawi au Caire en 1960, suit très fidèlement l’œuvre aristotélicienne
qu’il commente au fur et à mesure, se contentant de citer de temps en
temps, à titre de rappel, quelques phrases ou même quelques mots de
l’ouvrage commenté. Il est extrêmement facile de suivre les deux textes,
celui d’Aristote et celui d’Averroès, dans les deux éditions arabes faites
par le professeur Badawi au Caire en 1959 et en 1960. Il n’est même pas
nécessaire de donner ici le plan de l’œuvre d’Averroès: les divisions et
subdivisions de son ouvrage sont pratiquement identiques à celles de la
Rhétorique d’Aristote.
Soulignons, pour terminer, l’originalité de Fârâbï par rapport à
ce dernier.
Cette originalité se situe d’abord au niveau de la composition de
son œuvre : il développe sa pensée selon une cohérence interne qui lui est
propre. C’est ainsi que dans le Kitâb al-Hatâba, il commence par poser
une définition qu’il développe de proche en proche, un mot appelant
une nouvelle définition, une idée exigeant un éclaircissement... Et le
plan que nous avons donné de cet ouvrage montre bien comment sa
composition lui est particulière et ne se retrouve ni chez Aristote, ni
chez Avicenne et Averroès.
Une autre constatation que nous pouvons faire, à propos du Kitâb
al-Hatâba est que le point de vue logique prédomine tout au long de
l’œuvre. C’est par des définitions logiques qu’Al-Fàràbï commence, et
c’est en logicien qu’il continue à envisager et à expliquer la Rhétorique.
Cela peut paraître étonnant si l’on considère que la première phrase de
son œuvre consiste à dire que la Rhétorique est un art syllogistique dont
le but est de persuader. Art syllogistique, cela est bien du domaine de la
Logique; mais avoir la persuasion pour but devrait amener progressive­
ment Al-Fârâbï à élargir les frontières de son travail et à entrer dans des
considérations plus concrètes en vue de permettre la persuasion. Il ne le
fait point, et cela, sans doute, par un souci de fidélité à Aristote dont il
KITÂB A L-H A TÂ BA 27

utilise la systématisation logique. En se maintenant dans le monde con­


ceptuel propre à Aristote et à la pensée grecque, il ne pouvait que faire
une œuvre logique et abstraite, puisque les mentalités grecque et sémi­
tique n’ont pas entre elles de rapports de parenté.
C’est donc moins une œuvre rhétorique d’Al-Fàrâbï devant laquelle
nous nous trouvons qu’un ensemble d’œuvres inspirées par la Rhétorique
d’Aristote. La vraie Rhétorique arabe ne se trouvera que dans la Balâga.
Et en ce sens, on peut bien parler de commentaires au sens large du terme.
Et il est, de plus, tout à fait normal que le Kitâb al-Hatâba nous soit
parvenu non point isolément, mais comme une partie d’un recueil
logique d’Al-Fâràbï.
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Bratislava, n» 231, TE 41 ; ff. 248 b 21-271 b 2. YH iyJaî* =


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KITÀB AL-HATÀBA
(Commentaire de la Rhétorique d’Aristote)

248 b *Livre de la Rhétorique.


Au nom d’Allah, le Bienfaiteur miséricordieux.
14La Rhétorique (1) est un art syllogistique; 15son but est l’acte de
persuader dans l’ensemble des dix genres; et ce qui, de tout cela, résulte
dans l’âme de l’auditeur, en fait de persuasion, est le but ultime (visé) par
les actes de la Rhétorique.
16Or, la persuasion est un sorte d’opinion; 17et l’opinion, en général,
c’est de croire au sujet d’une chose qu’elle est telle ou n’est pas telle; et
ce que l’on croit peut être différent du mode d’être de cette chose en
elle-même. Lorsque l’homme n’est pas assuré de la vérité d’une chose
249 a liée à une autre chose, | chacune des deux reste encore pour lui objet
de recherche; et la vérité de tout ce qui est objet de recherche est encore
ignorée. 2Et si l’on dit que l’opinion n’est pas le fait de croire à la vérité
de ce qui peut être démenti, mais plutôt de croire à la vérité de ce qui ne
peut être démenti, alors ce n’est pas une opinion mais une certitude,
et il y a tout simplement erreur dans la dénomination. De plus, dans la
croyance accordée à une chose, il y a nécessairement vérité ou mensonge,
que la proposition soit affirmative ou négative. L’assentiment concerne
ce qui ne peut être autre qu’il n’est, c’est alors la science.
* La pagination indiquée en marge renvoie au manuscrit de Bratislava, TE 41,
et les nombres au-dessus des mots, aux lignes de ce même manuscrit; les références
en note renvoient à la Rhétorique d’Aristote. Les titres entre parenthèses sont des
indications figurant dans la marge du manuscrit de Bratislava. Nous n’insérons pas
de titre; le plan de l’ouvrage que nous proposons par ailleurs nous semble devoir
expliciter suffisamment notre lecture de ce texte.
(1) 1355 b 8-11, 25-34.
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32 A L-FÂ R À B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

«Quant à l’acte de persuader, dans l’art de la Rhétorique (1), il est


comme l’enseignement dans les arts démonstratifs; 7la persuasion, elle,
correspond au savoir qui résulte, chez celui qui apprend, de l’enseigne­
ment; et l’attention de l’auditeur à celui qui parle, son effort à persévé­
rer et sa réflexion sur ce qui est dit, correspondent au fait de s’instruire.
Le sens du mot qinâ‘a (contentement) a été transposé jusqu’à signifier
cela (la persuasion) du fait que (dans la persuasion) on se contente de
quelque chose qui est comme une partie et se tient dans un entre-deux,
bien qu’il soit possible d’obtenir davantage. Les gens, en effet, sont
pour leur part contents lorsqu’ils se rencontrent sur leurs façons d’agir et
de disposer de leurs moyens de vie, de se donner leur assentiment mutuel
sur ce dont ils discourent, et de s’en référer les uns aux autres, au point
de donner à cela le sens de science.
14L’opinion et la certitude ont ceci de commun qu’elles sont toutes
les deux un point de vue. Avoir un point de vue, c’est croire qu’une chose
est telle ou n’est pas telle. Ce point de vue est comme leur genre à toutes
deux et elles en sont comme ses deux espèces. Or, les propositions dans
lesquelles s’exprime un point de vue, et par lesquelles se font les discours,
sont soit nécessaires, soit possibles. 17Les nécessaires sont soit nécessaires
absolument, soit nécessaires à un certain moment; auparavant leur objet
était capable d’exister ou de ne pas exister; on leur attribue le nom de
249 b contingentes (2). La certitude | concerne seulement les propositions
nécessaires, et il semble que les diverses sortes de certitude correspondent
aux diverses sortes de nécessaire: il y a ainsi ce qui est certain absolu­
ment et ce qui est certain à un certain moment, puis cesse de l’être.
«Quant au possible, il n’y a absolument pas de certitude à son sujet. Je
ne veux pas dire que la connaissance que nous avons du possible qu’il est
possible ne soit pas une certitude, mais je veux seulement dire que si une
chose dans l’avenir était capable d’être et de ne pas être, il ne nous serait
pas possible de savoir avec certitude qu’elle existe ou n’existe pas; de là
(1) 1355 b 26-27.
(2) Cf. Péri Hermeneias 9, 19 a 23 sq.
KITÂB A L-H A TÂ BA 33

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Rech. - 3
34 A L-FÂ R Â B Î : DEUX OUVRAGES INÉDITS

vient que notre croyance relative à l’existence de ce qui a une exis­


tence possible n’est absolument pas une certitude.
7Concluons donc que l’acte de persuader et l’opinion, pris en général,
peuvent porter sur les diverses sortes de nécessaire et sur le possible. Le
nom même de possible indique en premier lieu un double sens : le premier,
le non-connu dont le sens même du mot suppose nécessairement l’exis­
tence d’un objet de recherche qu’il convient d’étudier; et le second, un
aspect parmi les multiples aspects de l’existence de beaucoup de futuribles.
12Notre ignorance de ce qui n’impose pas encore quel est celui des deux
contraires de l’objet recherché qui est le juste ou le vrai, cette ignorance
est le possible quant à nous seulement, et n’est pas une notion, existant
dans la chose hors de nous. C’est pourquoi le possible qui est requis dans
l’opinion n’est pas le possible qui signifie ce qui existe pour la chose en
elle-même en dehors de l’âme, mais le possible qui signifie ce qui est
(possible) quant à nous seulement. Le sens de ce possible c’est que nous
ne savons pas si notre croyance est conforme à ce qu’est la chose dans son
existence, ou non. Mais parce que la chose est inséparable de ce qui
advient dans l’âme du dehors, l’opinion devient telle qu’il semble y
avoir en elle une ignorance liée à une science: notre croyance que la
250 a chose est telle parce qu’elle dépend | dans l’âme de ce qui lui arrive, cela
est comme une science; et notre croyance à son sujet que nous ne sommes
pas sûrs que ce qui se trouve en nos âmes correspond à ce qu’est la chose,
en dehors de l’âme, une telle croyance est ignorance relativement à
la conformité de notre croyance à l’existence de la chose. Ceci concernant
ce dont l’existence est nécessaire, mais possible quant à nous.
4Et il y a aussi ce qui contient en soi d’une certaine manière une
possibilité, comme lorsque nous disons : « Zeid est debout » ; aussi long­
temps qu’il est debout, cela est, durant ce temps-là, nécessaire, alors que,
auparavant, il était possible que cela soit ou ne soit pas.
KITÀB A L-H A TÂ BA 35

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36 A L-FÂ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

6Or le nécessaire pur, qui n’est mêlé d’aucune possibilité (1), il


n’est pas possible au même homme, dans le même temps, d’avoir à son
sujet à la fois une opinion et une certitude. 8Tandis que le nécessaire mêlé
de possibilité, il se peut que le même homme, dans le même temps, ait
à son sujet à la fois une opinion et une certitude; et en effet, il peut avoir
une certitude au sujet de son existence présente et une opinion au sujet
de l’avenir. La cause de notre ignorance est que nous avons formé une
opinion au sujet du nécessaire pur (considéré) quant à nous, tandis que
pour le nécessaire mêlé, cette opinion est quant à nous pendant qu’il
existe, et elle est quant à lui pour le futur ; car il peut exister selon ce que
nous avons opiné et cru, ou ne pas exister.
13L’opinion se fortifie ou s’affaiblit, 13et il en est dont l’homme ne
perçoit pas l’opposé, et il en est dont il perçoit l’opposé et peut se le
représenter soit à part soi, soit en couversant avec d’autres. L’opinion
est forte si elle a peu d’opposants, elle est faible si elle en a beaucoup.
16Quant à la persuasion, elle n’est pas diminuée par le fait que l’homme
perçoive des opposants.
17Dans ses rapports avec les autres, tout homme s’emploie à renforcer
la persuasion ou à la détruire, par son investigation approfondie, ou en se
rendant à ce qu’il juge le plus utile: s’il trouve son profit dans le plus
250 b bas degré de la persuasion, il ne s’élève pas | au-delà; s’il voit que le plus
bas degré ne lui fait pas atteindre ce qu’il désire, il l’approfondit et le
renforce, et s’il est plus utile pour lui d’en supprimer quelque chose,
il y porte l’opposition et la contradiction selon ce qu’il sait de sa
puissance.
D’ailleurs, la persuasion, même quand on y atteint l’état le plus
ferme, prête nécessairement le flanc à l’opposition, plus ou moins gran­
de, apparente ou cachée (2). 4Ce qui s’oppose à l’opinion peut être caché
soit du côté de celui qui croit et qui discute, soit du côté de la chose
dont on discute.
(1) Cf. Métaphysique Y 3; 1005 b 19-34.
(2) 1357 a 4.
KITÀB A L-H ATÀ BA 37

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38 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

En effet, un point de vue peut rencontrer des opposition nombreu­


ses dont le rôle est de guider l’homme et d’attirer son attention sur l’er­
reur de son point de vue, soit en partie, soit totalement, et sur ce qui est
juste et qui doit être cru: il n’est pas conscient de ces oppositions, soit
par négligence et parce qu’il préfère le repos de son esprit et son inaction,
soit parce qu’il est distrait de leur recherche exhaustive par les exigences
dont est faite la vie, ou par l’examen d’un certain genre d’objets autre que
celui où est la chose dont les opposés lui échappent, genre qu’il examine
à l’exclusion du reste, soit enfin à cause de la déficience de son esprit,
déficience qui tient à sa jeunesse et qui cessera, ou déficience connaturelle
qui ne cessera pas. Il se peut aussi que sa puissance connaturelle à ap­
préhender les choses qui sont normalement appréhendées par le syl­
logisme soit limitée, ou qu’elle porte seulement sur un certain genre; et
s’il vise par lui-même au-delà de cette limite, soit en toutes choses, soit
en un genre particulier, sa puissance se trouve épuisée; parfois aussi
la puissance s’épuise par surmenage et fatigue causées par la considération
des choses antérieures.
S’il avait commencé par considérer cela, l’examinant en enga­
geant de sa puissance, il aurait débusqué ce qui s’y oppose, comme cela
arrive pour les puissances corporelles. Quand celui qui discute examine
quelque chose et se fait un point de vue à son sujet et qu’ensuite il pousse
251 a l’examen de ce point de vue, | jusqu’à la limite de ses possibilités, si,
dans cette limite, l’opposé de ce point de vue ne lui apparaît pas,
ni la vérité de son opposite, à cause du fait que l’opposé de son point
de vue est caché, — caché quant à lui — alors il a fait la preuve de ce
point de vue selon sa capacité.
3L’opposé peut aussi être caché quant à la chose elle-même, et cela
pour des causes et des états existant dans la chose; comme lorsque les
opposés de cette chose proviennent de choses dont le propre est d’être
observées et expérimentées, et qu’un obstacle empêche celui qui discute
de les observer ou de les expérimenter soit parce qu’elles sont loin dans
le temps et l’espace, soit à cause de tout autre empêchement. Ainsi, par
KITÂB A L-H A TÂ BA 39

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40 A L-FÂ R À B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

exemple, en ce qui regarde l’étude de l’animal, on a besoin d’observer


beaucoup de ses organes internes, mais on en est empêché soit par
défaut d’instruments ou parce que la Loi ne nous laisse pas libres de
le faire.
9Parfois aussi les oppositions sont obscures; on a besoin pour en
déceler les traces d’une puissance supplémentaire qui est empruntée à
un autre art qu’on ne possède pas; ou bien l’erreur est très subtile dans la
proposition universelle et les oppositions lui sont peu nombreuses. Quand
l’homme ne perçoit pas l’opposé d’un point de vue, et sait que cet opposé
n’est caché que quant à lui, il suspecte ce point de vue et ne s’y arrête
pas et ne lui accorde pas une confiance complète.
Notons qu’il est difficile à l’homme de savoir de quel côté vient le fait
que l’opposé est caché, de con côté ou du côté de la chose elle-même. Et
il est difficile également à l’homme de se suspecter lui-même en ce qu’il
croit; il fait plutôt confiance à son propre point de vue, surtout si son
opposé lui est caché, et qu’il désire depuis longtemps ce qu’il croit.
17La plus ferme des opinions se définit selon sa relation à chaque
homme en particulier et non par rapport à elle-même. 18Car l’opinion la
plus ferme chez chaque homme est celle au sujet de laquelle il a entre­
pris des investigations et pour laquelle il n’a pas trouvé un opposé ou il a
251 b réfuté ses opposés: | sa croyance devient alors, pour lui, absolument sans
opposé, surtout s’il ne suspecte pas sa raison en cela.
2C’est de cette façon que les plus anciens parmi les anciens justifiaient
leurs points de vue dans les choses spéculatives. En effet, chacun d’eux
recherchait le syllogisme approprié à un objet de recherche quelconque.
S’il le trouvait, il faisait de cette chose dont il avait trouvé le syllogisme un
de ses points de vue; puis, il poussait ses investigations au sujet de ce point
de vue, recherchant ses oppositions et le comparant à son opposite.
S’il ne lui trouvait pas d’opposé ou s’il lui trouvait des oppositions qu’il
pouvait résoudre ou contredire, il en faisait son point de vue et croyait à
sa vérité. Ceci en ce qui regarde le point de vue d’un chacun en parti­
culier.
KITÀB A L-H A TÁ BA 41

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42 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Quant à la fermeté des opinions, l’investigation à leur sujet est davan­


tage le fruit des voies dialectiques que des voies rhétoriques ; pourtant, on
n’est pas garanti qu’elle corresponde à la vérité de la chose.
(Causes de cessation de la croyance et de la certitude).
10La croyance cesse pour diverses causes: par la mort de celui qui
croit ou par la dégradation de son esprit, ou par son oubli ou par l’oubli
de sa preuve démonstrative ou par la disparition de la chose en laquelle
il croyait, disparition par destruction ou par transformation en l’opposite
de ce qu’elle était, ou par un sophisme qui s’insinue dans la croyance sans
qu’en soit conscient celui qui croit à un point de vue, ou par une opposi­
tion vraie qui lui montre l’erreur de sa croyance. 14De même la certitude
cesse par la mort de celui qui la possède ou par la dégradation de son
esprit et son oubli ; mais elle ne cesse ni par la destruction de la chose
ni par une opposition, en aucune façon, selon ce qui a été montré dans
le Livre de la Preuve [Seconds Analytiques] (1). “ Parmi les propriétés
de la certitude, considérée absolument, il y a que, quand elle a été acquise,
elle ne cesse jamais, tant que celui qui croit est sain et sain aussi son esprit.
“ Par contre, la certitude temporaire cesse par la destruction de la chose
ou par son changement en son opposite, compte tenu de la santé de
celui qui croit et de la santé de son esprit. “ Pour l’opinion, parmi ses
252 a propriétés, | il y a le fait qu’elle peut disparaître dans l’avenir, malgré
la santé de celui qui croit et l’intégrité de son esprit et l’intégrité de la
chose, et sans qu’il l’oublie.
2En résumé, toute croyance, acquise temporairement et pouvant
cesser dans l’avenir par une opposition, est une opinion; toute croyance
qui a subsisté durant un certain temps et ensuite a cessé par une opposi­
tion, était en fait, avant de cesser, une opinion que son auteur ne percevait
pas comme opinion.

(1) Le Livre de la Preuve (Kitâb al-Burhàn), telle est l’appellation arabe du Livre
des Seconds Analytiques d’Aristote.
KITÂB A L-H A TÂ BA 43

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44 A L-FÂ R Â B Ï : DEIDC OUVRAGES INÉDITS

5Des anciens ont posé les questions suivantes au sujet des points de
vue propres à chaque homme en particulier, disant: « Es-tu assuré que les
points de vue en lesquels tu crois aujourd’hui, tu ne t’en détourneras pas
en faveur de leurs opposés ? » De même la question suivante : « N’avais-tu
pas dans le passé un point de vue dont tu croyais à la vérité et à la jus­
tesse ? Puis tu t’en es détourné pour son opposé, et son opposé est devenu
pour toi aujourd’hui ce qu’était son opposé hier. Qu’est-ce qui te garantit
que tu ne te détourneras pas de lui en faveur de son opposé premier ? » Et
il est d’autres questions semblables, parmi les questions anciennes. 10Leur
but à toutes était seulement de mettre en lumière que de tels points de
vue étaient des opinions, insuffisants pour les matières spéculatives qui
supposent par méthode que les points de vue à leur sujet soient de l’ordre
de la certitude : ce qui n’est pas le cas de ceux dont on parlait.
13Des réponses insuffisantes ont été faites à ces questions, parce qu’on
avait une mauvaise connaissance des voies de la certitude: ainsi certains
ont répondu: «Je ne me détournerai pas de mon point de vue dont telle
est la particularité, tant que mon état par rapport à elle sera ce qu’il est
actuellement»; or ceci n’est pas une réponse qui inclut ses points de vue
dans la définition de la certitude, car il n’y a pas de différence entre
cette assertion et le fait de dire: «Je ne me détournerai pas de ces points
de vue aussi longtemps que je ne leur connaîtrai pas d’opposant qui les
fasse disparaître ou aussi longtemps que les preuves qui les rendent vrais
à mes yeux ne seront pas convaincues de fausseté. » Un tel état est celui
252 b des opinions, car l’opinion, lorsqu’ | aucun opposant n’est apparu contre
elle, est comme une certitude, chez celui qui en a la conviction.
xD’autres parmi les anciens pensèrent qu’il ne fallait pas répondre à
cette question, car elle tombe quand on en montre la fausseté. Ils ont pré­
tendu en effet que ces questions et leurs semblables se réduisent à la sup­
pression du point de vue de tout interrogateur qui cherche à travers
elles à supprimer le point de vue d’un autre homme; et partant, elles
suppriment tous les points de vue et empêchent qu’un homme soit con­
vaincu d’un point de vue quelconque; or empêcher cela n’est pas possible,
puisque tout homme a un point de vue, au point que celui qui dit: « Il
KITÀB A L -H ATABA 45

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46 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

n’y a absolument pas de point de vue », cette assertion même est un point
de vue pour lui.
Or la prétention de ces anciens que de telles questions tombent et
ne méritent pas de réponse, pour les raisons avancés par eux, et leur
prétention que les interrogations sort vaines parce qu’elles sont des
points de vue ayant trait aux points de vue de celui qui interroge à leur
sujet, sont erreur de leur part et absurdes. Car si tous les points de vue
de l’interrogateur étaient opinion, et qu’il le perçoive ou le reconnaisse,
elles ne se retournent pas contre lui en supprimant ses points de vue;
l’interrogateur aura seulement admis, avant d’interroger, ce qu’im­
pliquent ses interrogations; ce qu’il vise c’est que cela apparaisse à celui
qui ne perçoit pas ou ne reconnaît pas que ses points de vue, dont telle
est la nature, soient des opinions, mais pense plutôt qu’ils sont une
certitude, ou les fait passer pour telles. De plus, les points de vue de
l’interrogateur, s’ils étaient une certitude, ou s’il y avait en eux une
certitude, ils ne se retourneraient pas contre lui en supprimant ses points
de vue — parce que la certitude ne peut absolument pas disparaître à
cause d’une opposition — ni en supprimant chaque point de vue en
particulier, ni tous les points de vue, ni les points de vue de tous, mais ils
sont seulement supprimés pour celui qui ne perçoit pas ou qui ne recon­
naît pas, au sujet des points de vue dont telle est la nature, qu’ils sont une
opinion et doivent l’être. Quant à celui dont le point de vue est une cer­
titude, ou une opinion qu’il perçoit ou qu’il reconnaît telle, ces questions
ne suppriment pas son point de vue.
19D’ailleurs, pourquoi ces questions ne mériteraient-elles pas une
253 a réponse? Cela | ne ressemble-t-il pas au cas dans lequel ce qui est notoire­
ment connu authentifie une certaine proposition, tandis que par ailleurs
une assertion syllogistique authentifie son opposite: de sorte que le notoire­
ment connu et l’assertion syllogistique s’opposent? 2Cela ne ressemble-t-il
pas aussi à deux assertions syllogistiques dont l’une implique l’opposite de
ce qu’implique l’autre? Rejettera-t-on l’une des deux assertions, ne
l’écoutera-t-on pas ni celui l’utilise dans son discours ? Ou se contentera-t-
on de dire qu’il y a ici une autre preuve qui confirme ce qu’infirme la
KITÂB A L-H A TÂ BA 47

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48 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

dite assertion? On cherche alors à l’infirmer et à montrer le lieu du


sophisme en elle, si sophisme il y a là, en recourant au témoignange d’un
homme contre la vérité d’un point de vue quelconque ou en recourant à sa
notoriété et au témoignage de tous en sa faveur. Quant à l’autre argumen-
tion par une assertion syllogistique contre la vérité de l’opposite de cette
assertion, elle ressemble à l’opposition de deux preuves dont l’une im­
plique l’opposite de ce qu’implique l’autre. Et de même le problème de
celui qui interroge disant : « Est-il possible que ce que tu crois de la chose
soit différent de ce qu’est la chose ? » : il veut seulement dire par là : « Est-
il possible que ce que tu crois de la chose soit en contradiction avec ce
qu’est l’existence de la chose en dehors de l’âme ou non ? » 12Car, par
cette question, on cherche à prouver encore, dans de tels points de vue,
qu’ils sont des opinions et non une certitude.
13Et certains de ceux qui vérifient leurs points de vue dans les choses
spéculatives en les poussant jusqu’à ne pas leur trouver d’opposant, sures­
timent trop leurs points de vue pour confesser que ce sont des opinions,
mais quand ils y réfléchissent à part eux, ils les trouvent tels qu’il n’est pas
exclu, ou qu’ils ne sont pas sûrs qu’ils ne soient pas en opposition avec ce
qu’est l’existence de la chose. Ils répondent alors de façon à faire croire
que leurs avis sont une certitude, et ils repoussent par eux ce que l’interro­
gateur veut leur imposer, en se référant à la formule de l’interrogateur et
non au sens de cette formule qui se trouve dans sa pensée.
253 b 19Et si on lui demande: « Est-il possible que ce qu’il croit | être tel
et non pas tel soit en opposition avec ce qu’il croit ? » il répond par une
assertion qui fait croire et imaginer que son point de vue est certitude, à
savoir: « Il n’est pas possible que ce queje crois être tel et non pas tel soit
différent de ce queje crois. » Or c’est là une assertion équivoque qui peut
être employée de diverses façons.
1. 4L’une d’elles est que le sens de son assertion « il n’est pas possi­
ble » soit qu’il n’est pas en la capacité ni en la puissance de son esprit de
croire au sujet de cette chose différemment de ce qu’il a cru, vu qu’il a
fait tout son possible pour trouver vrai l’opposite de son point de vue,
KITÀB A L-H A TÂ BA 49

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U-i/lj = tT — í *\
x5^ 1 = cr - Í V
AAXaJ = (j* — í A
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cJaA**» = j — O*
£^¿>l = (j- — O\
Rech. - 4
50 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

et il ne l’a pas trouvé vrai. Or ceci n’est pas une réponse qui fait de son
point de vue une certitude, même s’il est sincère avec lui-même.
2. 7I1 est aussi possible qu’il veuille dire par « il n’est pas possible »,
(qu’il n’est pas possible) que la croyance d’un homme qu’une chose est
telle soit identiquement la croyance qu’elle n’est pas telle; or cela ne veut
rien dire de plus que: les deux opposites ne peuvent pas être identi­
quement la même chose; et cette réponse également n’empêche pas le
point de vue d’être opposé à ce qu’est la chose elle-même. Ceci était
justement l’objet de la question de l’interrogateur, et on n’a pas répondu
« non » par l’un des deux contraires de la question, on a seulement
repoussé ce que la question voulait imposer.
3. 13I1 se peut enfin que cette assertion équivoque « il n’est pas pos­
sible » signifie (qu’il n’est pas possible) que lorsqu’on croit d’une chose
qu’elle est telle, on croit de cette même chose, dans un seul et même temps,
qu’elle n’est pas telle; et il n’y a pas en cela plus que de dire qu’il n’est
pas possible que l’on ait au sujet d’une même chose, dans un seul et même
temps, deux croyances opposées; et cette réponse porte à côté de la
question (1).
(Les deux sortes d’opinion).
17I1 y a deux sortes d’opinion; l’une, l’homme ne lui connaît pas
d’opposé, soit parce qu’il n’a absolument pas fait de recherches à son
sujet, ni d’investigations, ni ne lui a cherché d’opposé, soit parce qu’il
s’est efforcé de lui trouver un opposé et n’est pas arrivé à le connaître,
254 a soit enfin parce qu’il a réfuté selon sa puissance | les opposés qu’il a
rencontrés; 1dans l’autre mode, il connaît son opposé. Or l’opinion dont
on connaît l’opposé se rapporte à tel ou tel homme, à tel ou tel groupe, ou
à tout le monde, en un certain temps, ou bien elle se rapporte à un homme
ou à un groupe à un certain moment. Il n’est pas exclu en effet que
l’opposé d’un point de vue soit caché à l’homme à un certain moment et
qu’il lui apparaisse à un autre moment, ou qu’il apparaisse à un autre
(1) Cf. 250 a 6 sq.
KITÂB A L-H A TÁ BA 51

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52 A L-FÀ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

homme dans le même temps ou après ce temps ; la situation est semblable


pour le groupe; et il n’est pas impossible qu’un point de vue communé­
ment admis par tous soit tel que personne parmi eux n’ait conscience de
son opposé, puis que certains d’entre eux arrivent à le connaître à un
autre moment.
(L’opinion ferme).
7L’opinion ferme chez tout homme est celle dont il n’y a en lui
aucun opposé, et cette espèce a divers degrés : le plus faible est celui dont
on n’est pas arrivé à connaître l’opposé parce qu’on n’a pas fait de recher­
ches à son sujet par négligence, inattention ou par le fait d’être préoccupé
par d’autres choses, ou à cause de la bonne opinion qu’on en a; 10le degré
le plus fort c’est lorsqu’on s’est efforcé de faire des recherches à son sujet,
de comparer entre lui et son opposé et qu’on a réfuté les opposés qu’on
lui a trouvés.
“ L’opinion qui a plus de corroboratifs que d’oppositions est l’opi­
nion qui prévaut au sujet d’une chose; 12l’opinion dont les corroboratifs
sont moins nombreux et moins clairs, et dont les opposés sont plus nom­
breux et plus évidents, c’est celle qui est appelée le doute et le soupçon
et on la rejette; 14et l’opinion dont le corroboratif est semblable à son
opposé en nombre et en clarté est utilisée avec son opposé dans les arts
de conjecture (1), non qu’ils soient utilisés dans une seule chose et dans un
seul temps, mais dans deux états différents et en deux temps différents ; et
de telles opinions il peut résulter le doute et la perplexité lorsqu’elles sont
utilisées dans les sciences sans que l’on ait conscience de ce qu’il y a en
elles de mensonger.
(Définition du doute).
18I1 y a doute quand l’âme s’arrête entre deux opinions opposées,
engendrées par deux choses égales en clarté et en fermeté; l’égalité dans
254 b la fermeté c’est qu’elles soient égales ¡I dans la nécessité de la conséquence1

(1) Cf. P laton , Philèbe 55 e.


KITÀB A L -H ATÂBA 53

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54 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

de ce qui est déduit de chacune d’elles, et qu’elles soient égales en ce qui


concerne la nécessité ou la possibilité de leur existence; leur égalité
dans la charté est que leur notoriété ou le savoir qu’en a l’homme ou
l’opinion qu’il s’en fait soit égale; 3et si l’homme n’a d’opinion sur aucune
des deux propositions opposées, cela est objet de recherche, ce n’est
pas un doute.
4Or une opinion est ferme quand elle a été objet d’investigation et
qu’on l’a examinée jusqu’à ne plus sentir qu’il y a un opposé à son point de
vue. Cela peut se faire par les voies rhétoriques et par les voies dialectiques.
6Mais l’homme prend conscience des voies rhétoriques avant de
prendre conscience des voies dialectiques parce qu’il en a l’habitude
depuis son enfance et dès ses premiers pas dans l’observation des premières
choses qu’un homme peut voir. Quant aux dialectiques, il n’en prend
conscience que plus tard. Or plus cachées encore que les voies dialecti­
ques sont les voies démonstratives, car l’homme n’en prend presque pas
conscience spontanément. n Et ceux qui firent de la philosophie dans la
plus haute antiquité (1) utilisèrent dans leur étude des matières spéculati­
ves les voies rhétoriques, durant longtemps, parce qu’ils n’avaient pas
pris conscience d’autres voies; jusqu’à ce qu’ils aient pris conscience
finalement des voies dialectiques ; ils refusèrent alors les voies rhétoriques
dans la philosophie et y utilisèrent les dialectiques. Beaucoup d’entre eux
utilisèrent les voies sophistiques, et ils n’ont cessé de le faire jusqu’à
l’époque de Platon. Celui-ci fut le premier à prendre conscience des
voies démonstratives et à les distinguer des voies dialectiques, sophistiques,
rhétoriques et poétiques. Cependant, elles ne se distinguent chez lui les
unes des autres que dans l’usage et dans les diverses disciplines, et selon
qu’y conduisent le fait de s’y adonner et les instincts supérieurs, sans leur
255 a prescrire de lois universelles; 19ce que fera enfin Aristote |[ Mans son
livre de la preuve [Seconds Analytiques] et ses canons.1
(1) On lit dans la marge du manuscrit de Bratislava, tout au long de ce passage:
«Ce qui fut utilisé dans la plus haute antiquité, ce fut les voies rhétoriques; ensuite,
les dialectiques et les sophistiques; et au temps de Platon, on utilisa la preuve.»
KITÀB A L -H ATABA 55

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56 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

En effet, Aristote fut le premier à posséder ces voies; il en formula


les lois universelles, les organisant selon un ordre technique qu’il con­
signa dans sa Logique. Ceux qui philosophent refusèrent depuis lors les
anciennes voies dont se servaient les anciens pour les matières spéculatives
dans lesquelles on recherche la certitude. Ils firent que les voies dia­
lectiques sont utilisées dans les mathématiques, les voies sophistiques
pour l’épreuve et la mise en garde, 6les voies rhétoriques (1) dans les
choses qui sont communes à tous les arts, à savoir les choses où on ne
peut utiliser une voie propre à un art à l’exclusion des autres; ainsi
donc les voies rhétoriques sont utilisées dans l’ensemble des arts, et pour
enseigner à la foule beaucoup de choses spéculatives (2), et pour enseigner
à l’homme qui n’est pas versé dans un art quelconque les choses propres
à cet art lorsqu’il en est besoin à un certain moment, et enfin dans les
discours qui sont utilisés dans les affaires civiles.
12On appelle arts de conjecture ceux dont la nature est d’engendrer
des opinions dans leurs domaines qui ont été déterminés; tels sont la rhé­
torique, la prudence (3) et les arts pratiques comme la médecine, l’agri­
culture, la navigation et ceux qui leur sont semblables; chacun de ces123
(1) 1355 b 8.
(2) 1357 a 1-4.
(3) Nous traduisons le mot ta‘aqqol par « prudence ». Cette traduction nous est
suggérée par ce que nous lisons dans la R is â la fï-l-a q l d’Al-Fàràbï. A plusieurs reprises
il utilise ce terme: p. 4, lignes 4-5; p. 5, lignes 3-5; p. 7, lignes 5-8 dans l’édition de
Bouyges. Et à la page 5, nous avons même une définition du terme: «Le ta'aqqol c’est
de bien examiner ce qu’il faut découvrir en fait de bien à faire et ce qu’il faut découvrir
en fait de mal à éviter. » Cette définition est complétée par celle de la page 7.
Ce terme est traduit par Dieterici: Vernunftigkeit, dans la traduction qu’il
a donnée de la Risâla f ï - l- a q l (recueil paru à Leyde en 1892 sous le titre A l Farabi’s
Philosophische abhandlungen...).
Si nous nous reportons maintenant au texte latin médiéval du De Intellectu, nous
lisons ce qui correspond à l’arabe p. 5, lignes 3-5: «Bonitas vero ingenii in adinve­
niendo quod est bonum ut agatur et quod est vere malum ut fugiatur, est prudentia »
{A H D L M A , 1929-30, p. 116; lignes 18-19 du texte établi par Gilson). (Cf. la traduc­
tion française donnée un peu plus loin p. 127, lignes 8-10.) Quant à ce qui correspond
à l’arabe p. 7, lignes 5-8: «Prudens vero apud Aristotelem est qui est boni ingenii
in adinveniendo quod oportet fieri de operibus virtutis, etc.» (lignes 27-31 du latin;
traduction française p. 127, 1. 18 à p. 128, 1. 3).
KITÁB A L-H A TA BA 57

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58 A L-FÂ R À B Î : DEUX OUVRAGES INÉDITS

arts, excepté la rhétorique, fait effort et poursuit ce qui est juste dans tout
ce qu’il doit faire ou dans quoi il doit agir (le point de vue juste est une
sorte d’opinion vraie). Chacun de ces arts a un domaine qui lui est propre,
et il ne découvre ce qui est juste ou il ne persuade que dans le domaine
qui lui est propre seulement. La rhétorique se situe à part.
19La rhétorique en effet n’a été instituée que pour convaincre
255 b seulement (1), non pour être utilisée dans la réflexion ni pour que | l’on
découvre par elle la chose au sujet de laquelle elle persuade. Tandis que
les autres arts probables utilisent la réflexion dans l’invention de la chose
qui est leur objet et persuadent à son sujet. De plus, la rhétorique n’a pas
de domaine dans lequel elle persuade spécialement, à l’exclusion des
autres, car on y recherche la persuasion dans tous les genres des choses.
En outre, le propre de la rhétorique est d’engendrer des opinions soit
dans le domaine où on a habituellement des opinions, c’est-à-dire les
choses possibles en elles-mêmes (2), soit dans le domaine où on a habituel­
lement une certitude, c’est-à-dire le nécessaire. Tandis que les autres
arts n’engendrent les opinions que dans les domaines où l’on a des
opinions et non une certitude, puisque leurs objets son les choses
possibles.
9Chacun de ces arts est utilisé par l’homme dans sa réflexion lors­
qu’il vise la découverte du point de vue juste sur ce qu’il convient de
faire dans telle ou telle chose concernant les particularités de son domaine,
domaine que régissent les lois qu’il a acquises de son art seulement.
Supposons qu’il veuille convaincre un autre que lui : si cet autre est versé
dans son art, et s’il est parvenu au même degré dans la connaissance des
lois de son art (3), le moyen sera d’utiliser, pour le persuader, ces lois
mêmes par lesquelles il a découvert ce point de vue juste; ce sera alors
persuader et instruire (4). Et s’il n’est pas versé dans son art, il aura besoin
(1) 1355 b 10-11.
(2) 1357 a 4-7.
(3) 1358 a 6-9.
(4) 1357 a 1-7.
KITÀB AL-HATÂBA 59

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60 A L-FÀ R À B Î : DEUX OUVRAGES INÉDITS

d’utiliser avec lui la voie commune à tous, la voie de la rhétorique. Il


n’utilisera pas la voie qui est particulière à cet art, à moins qu’il ne se
trouve qu’elle soit justement aussi une voie commune. Et s’il n’a pas
le pouvoir d’utiliser la voie commune et s’il veut le persuader, il chargera
le rhéteur de cela.
256 a 19Quant à la rhétorique, | 1elle utilise, pour persuader, les voies com­
munes à tous, puisqu’elle ne vise qu’à persuader dans toutes les caté­
gories des choses ( 1) ; et elle n’utilise les voies particulières que si elles
sont en même temps communes aussi. C’est pourquoi il lui est possible
de persuader dans les affaires médicales non par la voie propre au médecin,
mais par la voie commune au médecin et au non-médecin; et de même en
chacun des arts. C’est pourquoi elle a le pouvoir de persuader tout le
monde en toutes choses; et c’est pourquoi, si quelqu’un, qui professe un
certain art, spéculatif ou pratique, veut rectifier l’un des points de vue
qu’il a découverts par son art auprès de quelqu’un qui, n’étant pas versé
dans cet art n’est pas libre pour s’en occuper, ni apte à s’en instruire, il
aura besoin d’être orateur, ou de se faire remplacer par un orateur.
10On appelle point de vue commun a priori le point de vue dont le
propre est que, se présentant soudainement à l’homme, il lui paraîtra
nécessaire qu’il soit tel, avant de faire des investigations. n Or, faire des
investigations à propos d’un point de vue, consiste en ce que l’homme
cherche, avec toute sa capacité, des choses qui le renforcent et le conso­
lident. S’il en trouve, son point de vue se fortifie en lui et il lui fait con­
fiance; s’il rencontre des choses qui s’opposent à son point de vue, il
cherche à les réfuter et si elles sont réfutées, son point de vue initial se
confirme pour lui; si elles ne sont pas réfutées, ou bien il rejette totalement
le point de vue initial ou bien les oppositions attirent l’attention de
l’homme, au sujet de son point de vue initial, sur une condition ou des
conditions qui auraient été omises au début. C’est cela faire des investiga­
tions au sujet du point de vue a priori.

(1) 1357 a 1-7; 1355 b 25-34.


KITÂB A L -H ATABA 61

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62 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

17La rhétorique a ceci de commun avec la dialectique et la sophis­


tique que, dans toutes les trois, on fait des investigations, et que les points
de vue erronés y sont dévoilés.
(Composition de l’enthymème).
19L’enthymème (damïr) (1) est une affirmation composée de deux
prémisses conjointes que l’on utilise en omettant l’une de ces deux
256 b prémisses [| conjointes. 12O n l’appelle enthymème \damlr a en arabe le
sens de chaché] parce que celui qui l’utilise cache (yudmir) certaines
de ses prémisses et ne les déclare pas; il l’utilise aussi en fonction de ce
qui se trouve dans la conscience [en arabe damîr\ de l’auditeur qui
est censé connaître les prémisses qu’il a cachées. 3*E t il faut dire que
l’enthymème ne devient persuasif pour le sens commun immédiat (2)
que parce qu’on y opère la dite omission. Car sans cette omission il ne
serait pas persuasif.
(La comparaison).
4La comparaison consiste à rechercher la vérification de l’existence
d’un élément dans une chose donnée à cause de l’existence évidente de cet
élément dans une chose semblable. La foule appelle la comparaison rai­
sonnement. 6Pour l’enthymème et la comparaison, il faut que le but de
(1) 1395 b 23 sq.
(2) F ï bàdï al-ra’y al-mustarak ; le sens commun immédiat. Cette expression (ou
des expressions semblables) revient souvent dans notre texte. Elle se trouve également
dans d’autres textes de Fâràbï et voici les traductions qui en ont été proposées (le
premier usage relevé dans notre texte se trouve au folio 256 b du texte arabe).
Massignon, à propos du « de Intellectu » traduit « sine dubitatione » qu’il explique
par la traduction littérale: «au témoignage du sens commun» (in A H D L M A , 1929-
1930, p. 154). Dans la même livraison, Gilson relève la traduction de Wolfson: «des
propositions empruntées à ce qui est une connaissance commune immédiate » ; et celle
de Dieterici : « que toutes ces propositions sont de celles que tout le monde accepte,
c’est-à-dire qui apparaissent comme vraies à première vue ».
Quant à Madkour, dans l’index qu’il a mis à la fin de son Organon d ’Aristote...,
il propose la traduction : « les données communes ».
Dans le dictionnaire de Kazimirski, on trouve pour traduire f ï bàdï al-râ’y , les
expressions : « selon la première inspiration », « sans réflexion ».
KITAB A L-H A TA BA 63

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64 A L-FÂ R Â B Ï : D EU X OUVRAGES INÉDITS

leurs prémises, considérées en elles-mêmes, dans leur quantité et leur


composition, soit de persuader au sujet d’un point de vue a priori com­
mun à tout le monde, que ces prémisses soient syllogistiques en vérité ou
en apparence.
9Quant aux autres arts qui produisent l’opinion (1), il faut que
la quantité et la composition des prémisses des déclarations par lesquelles
on découvre le point de vue juste et par lesquelles on persuade, y soient
syllogistiques en vérité et sur preuves. En cela aussi la rhétorique se
différencie des autres arts qui produisent l’opinion (2). C’est pourquoi,
si l’orateur veut persuader en une chose qui fait partie de l’un de ces
autres arts, il faut qu’il évite, au moment de persuader en cette chose,
la voie particulière à cet art, et qu’il utilise la voie qui part d’un point de
vue a priori commun à tout le monde; or un point de vue peut être a
priori pour un chacun en particulier, et celui-là, l’orateur ne l’utilise
en rien dans son art; il peut être aussi commun à toute une nation, par­
tagé par chacun de ses membres, propre à eux seuls.
(Les trois sortes d’auditeurs).
18Les auditeurs sont de trois sortes (3) : celui que l’on veut persuader,
257 a le contradicteur et le juge. 19Celui que l’on veut persuader, ou bien |
c’est lui qui a ouvert le feu, exigeant de celui qui parle de le persuader en
une chose quelconque, ou bien c’est celui qui parle qui a commencé,
réclamant de l’autre d’accepter une chose quelconque et d’écouter ce
qu’il dit; or le but de celui qui réclame la persuasion peut être d’écouter
des déclarations pour en entendre une confirmant une chose qu’il se
propose, ou d’accepter la plus parfaite de deux déclarations opposées.

(1) 1355 b 15-22.


(2) 1357 a 1-7.
(3) 1358 a 36-37.
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KITAB A L -H A T AB A 65

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66 A L-FÂ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

(Le contradicteur).
4Le contradicteur est ou bien un adversaire se dressant contre celui
qui parle dans la déclaration par laquelle il vise à persuader l’auditeur,
l’empêchant de le persuader en cela, ou bien il est seulement un adver­
saire en apparence, poussant ses investigations sur ce que dit celui qui
parle, et approfondissant ce qu’il avance, avec l’intention secrète que
sa déclaration gagne auprès de lui en persuasion.
(Conditions pour être juge).
8L’une des conditions requises du juge est qu’il ait la capacité de bien
distinguer ce qui a plus de force persuasive dans les déclarations des deux
adversaires. Et il est clair que la manière dont le juge s’adresse à chacun
des deux adversaires est différente de la manière dont les deux adversaires
s’adressent l’un à l’autre. Mais il peut se faire que le juge, se conformant
mal à ce qui est d’usage chez les juges, en soit amené à devenir un adver­
saire hostile, et cela s’il utilise dans le discours par lequel il juge l’un des
deux adversaires des déclarations que selon l’usage chacun des deux
adversaires utilise avec l’autre. C’est pourquoi il ne faut pas élever au
rang de juge celui qui n’a pas la capacité de se conformer à la condition
du juge.
Mais si la déclaration de l’un des deux adversaires sur une question
était moins persuasive à cause de la faiblesse de cet adversaire, et s’il y
avait chez le juge, sur cette question, des choses par lesquelles il peut ren­
forcer la déclaration de cet adversaire, afin qu’elle devienne plus per­
suasive, peut-il juger cet adversaire selon ce qu’il connaît dans cette
affaire en fait de force de persuasion et non selon ce qui apparaît du
257 b discours de l’adversaire? Il y a doute là-dessus: jugera-t-il selon | l’ap­
parence, à partir de l’explication de l’adversaire, ou selon ce qu’il connaît
lui-même en fait de force de persuasion en cette chose ? En fait si le juge
n’est juge en cette chose que par rapport à ces deux adversaires, il ne doit
pas juger selon ce qu’il connaît en cette chose indépendamment des
deux adversaires; mais s’il ne juge en cette chose que selon la chose elle-
même, ou selon ce qui est le mieux dans la cité, ou selon le mieux pour
KITÂB A L -H ATABA 67

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68 A L-FÀ RÂ BÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

les deux en rapport avec la cité, et si ce qu’il en connaît est le mieux, il


jugera en s’appuyant sur ce qu’il connaît de cette chose.
Or tout cela doit être éclairci à partir du rang du juge en office, c’est-
à-dire son rang dans le pouvoir judiciaire; et à ce moment-là ce qu’on
confiera au juge en fait de jugement dans cette affaire sera selon
ce rang.
Mais par quelle force, par quel habitus et par quel art l’homme
devient-il juge entre les deux parties en litige, selon la voie de la rhéto­
rique? C’est ce que nous devons résumer dans ce qui suit.
n Parmi les choses dont le propre est de susciter la persuasion ( 1) :
1 11II y a les enthymèmes et les comparaisons. Les enthymèmes
occupent dans la rhétorique (2) le rang des preuves dans les sciences,
et des syllogismes dans la dialectique; l’enthymème est comme un syllo­
gisme rhétorique et la comparaison comme une induction rhétorique.
14L’enthymème est une déclaration composée de deux prémisses
conjointes qui nous donne en lui-même d’abord, en conformité avec le
sens commun immédiat, la persuasion sur la conclusion qui résulte d’elles
deux; et il devient persuasif parce que celui qui parle cache l’une de ses
deux prémisses et ne la proclame pas. C’est pour cela qu’il a été appelé
l’enthymème ou le caché, puisque le fait de cacher l’une des deux pré­
misses a été la cause même de ce qu’il est devenu persuasif.
(Importance de l’enthymème).
19C’est pourquoi on n’appelle pas enthymème les preuves et les
258 a syllogismes dialectiques lorsqu’on | les utilise dans les correspondances
et les lettres, alors qu’on omet dans chacune d’elles l’une de leurs deux
prémisses pour faire bref ou parce que ce qui est supprimé est très
évident.12

(1) 1356 a 34-b 27.


(2) 1356 b 2-3; 1393 a 27.
KITÂB A L -H ATABA 69

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70 A L-FÂ R Â B Î : DEU X OUVRAGES INÉDITS

2 3I1 y a aussi l’excellence morale de celui qui parle et le défaut de


son adversaire dressé contre lui ( 1). Car c’est une des choses qui provoque
l’assentiment aux paroles de celui qui parle. Celui-ci excelle par là à
persuader, même s’il n’utilise en même temps ni l’enthymème ni la
comparaison ni aucune autre chose, se contentant d’informer au sujet
de la chose, purement et simplement, et cela quand celui qui parle a été
reconnu pour son excellence morale par les auditeurs, tandis que son
adversaire est connu par eux pour ses défauts. Si, en plus, il utilise les
enthymèmes et les comparaisons, ses paroles deviennent plus fortement
persuasives et plus acceptables auprès des auditeurs. Mais si son excellence
morale n’est pas connue, il aura besoin de déclarations par lesquelles il
met en évidence sa supériorité et l’infériorité de son adversaire, et ensuite
il informera de la chose dont il veut persuader.
Il arrive souvent que des gens se trompent en utilisant tout cela dans
les sciences, spécialement quand ils s’opposent à ceux qui contredisent
leurs points de vue, comme le fit Galien lorsqu’il désira contredire ses
contradicteurs: il se mit en valeur et rabaissa ses adversaires dans la
question où il les contredisait.
15I1 arrive aussi que l’orateur cherche à se mettre en valeur et
à rabaisser ses adversaires non dans la chose même dont il parle, mais
plutôt dans d’autres choses, extérieures à la chose dont ils parlent (2),
comme le fit Galien en se mettant en valeur par l’évocation de la vertu
de son père et de son pays, et en rabaissant ses adversaires par l’évocation
des défauts de leurs ancêtres et de leurs pays. Il a en effet mentionné cela
258 b dans le livre | « la ruse de la création » (ou « de la sanation » ?), lorsqu’il
contredit Thalès (? Tâsls) le médecin en évoquant la bassesse de la
profession de son père, et comme il le fit dans le dernier chapitre de son
livre sur les opinions d’Hippocrate et de Platon, où il critique Menda-
berius (?) qui avait critiqué quelque chose tiré de son livre: car il le
rabaisse disant qu’il est originaire de villages éloignés des grandes villes,
(1) 1377 b 20 sq.; 1356 a 5 sq.
(2) 1356 b 5-13; 1360 b 31-38; 1361a 25-27; 1378 a 6 sq.
KITÂB A L -H ATABA 71

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72 A L-FÂ R À B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

tandis qu’il se prévaut lui-même d’avoir habité Rome la grande, laquelle,


comme l’ont rappelé beaucoup de poètes, est le microcosme.
3 6I1 y a aussi le fait d’amener graduellement les auditeurs (1), par
des influences psychologiques qui inclinent leurs cœurs, à donner leur
adhésion à celui qui parle et à considérér comme erroné ce que dit son
adversaire.
a) D’où l’effort pour gagner la faveur du juge et des autres personnes
présentes au profit de celui qui parle, et pour les indisposer à l’égard de
ses adversaires.
b) D’où aussi la tentative d’imposer à l’âme de l’adversaire un
sentiment qui affaiblit son hostilité à l’égard de celui qui parle et la con­
tradiction qu’il lui porte, comme une colère qui le rendrait oublieux.
c) De là enfin, que celui qui parle dispose par quelque sentiment
l’âme de celui qu’il veut persuader à recevoir ce dont il veut le persuader,
soit en le flattant, soit en lui faisant acquérir, par ce qu’il dit, colère ou
miséricorde, dureté ou autre chose que celui qui parle sait devoir mieux
réussir en ce moment.
Or ce genre de persuasions a une grande puissance pour renforcer les
points de vue et les déclarations dans les âmes, pour produire l’enthou­
siasme et le fanatisme, pour rendre imposant celui qui parle ainsi que
son point de vue, en sorte que les âmes se soumettent à eux : les points de
vue qu’ils avancent s’imposent alors au point qu’ils atteignent chez eux
le degré de la certitude.
Ce genre est oratoire, mais il est parfois utilisé dans les discours
sophistiques; les dialecticiens eux-mêmes l’utilisent parfois, soit par
erreur de leur part, soit par sophisme.
259 a 4 19I1 y a aussi le fait d’enthousiasmer | des auditeurs, et que celui
qui parle trouble leurs points de vue pour leur faire donner leur assenti­
ment à ce qu’il dit par des déclarations morales (2), c’est-à dire des12

(1) 1356 a 14-19; 1378 a 18 sq.


(2) 1378 a 6sq.; a 18 sq.
KITÁB A L-H A TA BA 73

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74 A L-FÂ R À B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

déclarations qui les poussent à se conformer à certaines mœurs, même si


elles ne sont pas les leurs, qui les font s’imaginer eux-mêmes sous la forme
de gens qui savent la chose, et qui leur font faire les actes de ceux qui
ont ces mœurs et ces connaissances, même s’ils n’en ont rien. Et cette
façon de faire est rhétorique ; elle peut être utilisée dans la sophistique, mais
elle n’entre dans la dialectique que par erreur ou par sophisme. Galien
l’a parfois utilisée lorsqu’il dit que « seuls comprennent mon explication
ou l’approuvent et l’acceptent ceux qui, parmi les jeunes, sont intelligents
et sensibles au vrai et n’ont jamais, par nature, été inclinés à une passion
et dont l’esprit n’a pas été corrompu par les points de vue erronés » —
et d’autres déclarations semblables. Nous trouvons cela dans les discours
adressés à la foule et dans des livres de nombreux savants, parmi les
anciens et les modernes.
5 n Il y a aussi le procédé qui consiste à donner de l’importance à la
chose dont on parle et à en faire une grande chose, ou à la rapetisser et à
la minimiser (1), ou à la rendre attrayante en l’enjolivant, ou à la rendre
grossière en l’enlaidissant.
En effet, si celui qui parle donne de l’importance à ce qui est vrai
et bien dans sa déclaration, et s’il minimise ce qui s’y trouve d’erreur et
de mal et le rend bénin, s’il souligne au contraire la gravité de ce qu’il y a
d’erreur et de mal dans la déclaration de ceux qui sont en désaccord avec
lui, on acceptera sa déclaration et on rejettera la déclaration de ses adver­
saires. Cela est employé dans la sophistique, mais son usage dans la dialec­
tique se fait par erreur ou par sophisme.
Un exemple en est de falsifier la déclaration de l’adversaire et de la
représenter sous une forme qui la rende répréhensible et facile à contre­
dire, comme le fait de tronquer ses paroles ou de les remanier, et de passer
sous silence les enthymèmes des adversaires là où il leur est permis de faire
259 b des enthymèmes. Et ce procédé aussi a une grande force pour consolider |
les points de vue dans les âmes, mais surtout là où sévissent des passions
comme le fanatisme et l’enthousiasme, la sympathie et l’amour.
(1) 1358 b 27-29.
KITÂB A L-ÇA TÂ BA 75
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76 A L-FÀ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

6 123I1 y a aussi le fait de prendre à témoin les coutumes écrites (1).


Celui en faveur de qui elles témoignent a besoin de les renforcer, et son
adversaire a besoin de les déclarer erronées s’il le peut ou de les inter­
préter dans le sens de sa déclaration. Quant au fait que celui qui parle les
cite pour étayer sa déclaration, tu le trouves souvent dans les livres de
beaucoup de ceux qui se sont tournés vers les sciences, de façon erronée
ou pour multiplier les preuves; comme Galien qui voulut montrer que
la puissance concupiscible était dans le foie parce que la coutume dans
leurs pays était de punir le fornicateur en lui ôtant le foie; et comme
certains anciens qui voulurent montrer que l’âme ne meurt pas et qu’elle
subsiste après sa sortie du corps parce que la coutume a généralisé la
visite des tombeaux.
7 10Ajoutons aussi les témoignages; ils consistent en ce qu’un homme
prend à témoin pour sa déclaration un autre homme dont la parole inspire
confiance (2), ou un groupe auquel on peut se fier, et cela quand ils ont
témoigné sur ce qu’il a dit ou quand ce que supposent leurs déclarations
renforce sa déclaration et convainc de fausseté la déclaration de son adver­
saire. Galien a ainsi attesté dans le livre des « Caractères de l’âme »
que la raison est dans le cerveau parce que les gens disent de celui qu’ils
considèrent comme un idiot qu’il n’a pas de cervelle ; et il y a également,
pris comme preuve que le courage est dans le cœur, le fait que les gens
disent de celui qu’ils qualifient de couard qu’il n’a pas de cœur.
8 « il y a aussi le désir de celui qui parle et sa crainte (3). Le désir
qu’a celui qui parle d’obtenir un bien, s’il dit la vérité, et sa crainte d’un
mal s’il ment, et le fait que si l’on sait qu’il craint un mal pour son
mensonge si on le découvre, font que s’il fait une déclaration, sa déclara­
tion est véridique ; comme celui qui avoue sous la torture : il dit la vérité
260 a pour en être débarrassé, de peur | que si on découvre en lui un men­
songe, on ne le torture à nouveau. De même, s’il sait qu’il peut attendre

(1) 1375 a 25-b 25.


(2) 1375 b 26-1376 a 32.
(3) 1358 b 38-1359 a 5.
KITÂB A L-H A TÀ BA 77

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78 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

un bien en étant véridique, il dit la vérité ; et également si nous le voyons


persister dans son point de vue alors qu’on lui promet un bien s’il revient
sur sa déclaration ou qu’on le menace d’un mal s’il y persiste, on pensera
qu’il est véridique s’il n’est pas revenu sur sa déclaration. De même aussi,
si l’homme est menacé d’un grand mal comme conséquence d’une
déclaration, et qu’il supporte le mal qui la suit, en maintenant cette
déclaration, il s’impose à l’esprit qu’il est sincère. De même, ce qu’il dit
sera beaucoup mieux accepté par les auditeurs si, étant sollicité par un
grand bien à condition qu’il fasse telle déclaration ou qu’il se taise au sujet
de telle chose, il dédaigne ce bien et ne se tait pas au sujet de cette chose,
ou même fait une déclaration opposée à celle qu’on lui proposait; de
même enfin, s’il fait une déclaration dont il ne tire aucune utilité et la
préfère à son opposé où il trouve une utilité, il sera plus persuasif auprès
de ses auditeurs.
9 1111 y a aussi le défi sous forme de paris et de contrats; ainsi Galien
raconte qu’il fit un pari de dix mille dinars en faveur de celui qui lui mon­
trerait, par une dissection, que le principe du nerf est dans le cœur.
10 13Mentionnons aussi le serment de celui qui parle pour appuyer son
affirmation (1).
11 14I1 y a aussi l’expression du visage de l’homme ou sa physionomie, ou
l’attitude de ses membres et leur aspect, ou ce qu’il fait tandis qu’il parle;
comme d’annoncer l’arrivée d’une chose effrayante qui approche en
montrant un visage d’homme effrayé ou qui fuit; ou bien s’il recom­
mande une chose et fait lui-même ce qu’il a recommandé aux autres:
cela fait qu’on le croit; tandis que s’il fait autrement qu’il ne l’a recom­
mandé, il aura moins de force persuasive ou il n’en aura pas du tout (2).
On utilise parfois ce procédé avec les déclarations sur les vertus et les
260 b défauts. | Car l’expression, la physionomie, l’aspect et l’action suggè­
rent en lui un état qui rend sa déclaration acceptable et en son adver­
saire un état qui fait que sa déclaration est rejetée.
(1) 1377 a 8 sq.
(2) 1386 a 32-33.
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KIT AB A L -H A T AB A 79

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80 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

12 3I1 y a enfin ceci que la manière de parler, la voix et l’intonation qui


accompagnent la déclaration suggèrent la chose dont on parle, comme
quand l’homme, parlant des malheurs qui l’ont atteint, prend le ton
d’une voix recueillie, ou quand s’adressant à un homme pour le menacer,
il adopte un ton autoritaire et irrité.
7I1 reste pourtant que les enthymèmes et les comparaisons sont les
premières des déclarations rhétoriques car ils sont les premiers parmi les
choses qui persuadent ( 1) ; ils passent, de loin, avant tous les autres genres
persuasifs: 9ce sont les (genres) rhétoriques. Les autres, le fils de Nico­
maque [= Aristote] les appelle genres persuasifs non inclus dans les
déclarations. 10De plus, les enthymèmes et les comparaisons passent, de
loin, avant tous les autres, en nature et dignité. Et cela parce que les
enthymèmes et les comparaisons, même s’ils se présentent indépendam­
ment des genres persuasifs non inclus dans les déclarations, l’art rhéto­
rique trouve par eux sa cohérence; 12mais si chacun de ces derniers se
présente seul, aucun art ne trouvera en lui sa cohérence car ils sont
utilisés comme une aide pour les enthymèmes et les comparaisons, et à
titre de renforcement.
14Ainsi, pour les passions (2) : il y en a en effet qui réduisent au
silence l’adversaire et qui étayent l’enthymème et la comparaison, comme
la confusion, l’angoisse et la peur; quant au juge, elles l’inclinent vers
l’un des deux adversaires, et cela par le désir ou la crainte, ou l’enthou­
siasme, ou l’amour, ou autre chose; et c’est pour cela qu’il faut que
les autres passions renforcent les enthymèmes et les comparaisons si
l’adversaire n’est pas convaincu par eux.
19Le fils de Nicomaque mentionne d’autre part que quelques-uns
261 a parmi les orateurs des nations interdirent | que l’on utilise dans les
discours des genres non inclus dans les déclarations (3), pensant qu’il
ne fallait utiliser dans les discours que les enthymèmes et les comparaisons ;
lui-même pense le contraire. Il est vrai que les choses non incluses dans
(1) 1355 b 6-8; 1393 a 23-27.
(2) 1378 a 18 sq.
(3) 1354 a 18-21; (1355 a 1-3).
K IT AB A L -H AT AB A 81

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82 A L-FÂ R À B Î : DEU X OUVRAGES INÉDITS

les enthymèmes et les comparaisons, ce n’est ni par elles-mêmes ni par


nécessité qu’on en fait découler la conclusion sur laquelle on vise à per­
suader, mais seulement par accident et en seconde intention.
Tandis que les enthymèmes et les comparaisons sont des déclarations
syllogistiques qui font découler la conclusion à la façon dont la font dé­
couler les syllogismes, en eux-mêmes, nécessairement; si ce n’est qu’elles
s’appuyent sur le sens a priori commun à tous, puisque les gens croient
tous que les choses non incluses dans les déclarations ne peuvent que
convaincre. Or quelques-uns ont voulu abolir, en se servant d’enthy-
mèmes, la mise en action des comparaisons, mais il n’est absolument pas
possible que l’on abolisse les enthymèmes, car si on les abolit, on ne les
abolit que par les enthymèmes, c’est-à-dire par eux-mêmes, ce qui est
impossible.
n Il faut que nous expliquions les enthymèmes et les comparaisons et
que nous disions ce qu’est chacun d’eux, comment il est, de quoi il se
compose en général et comment il se compose, et combien il y a d’espèces
de chacun et de quoi se compose chaque espèce, et comment ils sont
utilisés.
14Les enthymèmes sont antérieurs aux comparaisons parce que par
eux sont établies les comparaisons, et ils sont aussi plus proches du syllo­
gisme, et plus nécessitants par rapport aux conclusions qui en découlent.
Cela aussi ressort clairement du livre du syllogisme [= Premiers Ana­
lytiques] .
16Quant aux comparaisons, certains les trouvent faibles, d’autres,
dans les temps anciens et de nos jours, considèrent comme nul l’usage
qu’on en fait. En effet, ceux qui sont connus aujourd’hui comme les
négateurs du syllogisme, parmi les gens du fiqh et du kalâm : ils ne font
261 b en fait que nier la valeur des comparaisons, car ils appellent du nom |
de syllogisme les comparaisons, et ce sont elles qu’ils désignent par ce nom
à cause de la ressemblance dans le sens. Car pour ces gens, ce nom in­
dique d’abord la comparaison entre deux quantités déterminées afin de
savoir si elles sont égales ou si l’une est supérieure à l’autre, ou laquelle
des deux est plus grande que l’autre; ensuite il indique la comparaison
KITÂB A L-H A TÂ BA 83

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84 A L-FÂ R Â B Î : D EU X OUVRAGES INÉDITS

entre deux autres choses pour voir laquelle est supérieure ou meilleure
ou plus forte ou plus fréquente, ou dans une autre chose, n’importe
laquelle, où il est possible qu’il y ait supériorité entre deux éléments.
C’est pourquoi, chaque fois que la comparaison entre les deux est plus
proche de la comparaison entre deux quantités déterminées, elle mérite
davantage le nom de syllogisme.
7Par contre, les logiciens font de ce nom un nom qui indique les
prémisses conjointes qui concluent nécessairement, qu’elles soient at­
tributives ou conditionnelles, ou procédant par l’absurde; et ils lui
réservent le nom de syllogisme, excluant l’induction et la comparaison.
Ensuite, les enthymèmes sont, selon eux, plus dignes du nom de syllogisme
que la comparaison, contrairement à ce qu’il en est dans la foule et chez
beaucoup de mutakallimin. Et de même aussi, ils appellent syllogisme
les déclarations sophistiques, non d’une manière absolue, mais ils appel­
lent plutôt les déclarations sophistiques un syllogisme sophistique et les
enthymèmes un syllogisme rhétorique. Quant au syllogisme d’une ma­
nière absolue, ils caractérisent par ce mot la déclaration dont découle
nécessairement la conclusion.
16Les enthymèmes comprennent ce qui est syllogisme en vérité et
ce qui l’est apparemment (1). Les enthymèmes, selon le sens commun
immédiat, sont un syllogisme (le sens commun est le point de vue dont
on n’a pas poursuivi l’investigation). Mais si la condition pour la rhé­
torique était qu’on y utilise les points de vue communs, nous n’avons
262 a pas à tenir compte de ce que les enthymèmes sont | des syllogismes en
vérité ou ne sont pas des syllogismes, pourvu qu’ils soient des déclarations
conjointes soit en puissance soit en acte, et persuasives auprès de tous.
2Les premières subdivisions des enthymèmes sont les mêmes pre­
mières subdivisions des syllogismes, car ils sont attributifs ou condition­
nels, et il faut aussi qu’ils soient persuasifs du côté de la matière et de la
forme; de même la quantité de chacun d’eux, son ordonnance et sa
qualité, correspondent à ce que sont les syllogismes mentionnés dans
le livre du Syllogisme [= Premiers Analytiques].1

(1) 1355 b 15-17.


KITÀB A L -H ATABA 85

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86 A L-FÂ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

6Tout syllogisme est constitué de deux prémisses (1), ni plus ni


moins; 6leur conjonction est le fait d’avoir en commun un élément;
et leur ordonnance est que l’une d’entre elles soit mineure et l’autre
majeure; l’une des deux est celle qui fait que le syllogisme engendre
la conclusion nécessairement, et l’autre est celle qui fait le lien entre
la conclusion et celle qui rend sa conclusion nécessaire. La quantité
de chacune d’elles, c’est qu’elle soit universelle ou particulière. La
qualité de chacune d’elles, c’est qu’elle soit affirmative ou négative.
Quant à leurs matières, ce sont les choses existantes dont découlent
et sur lesquelles portent les propositions; si elles sont conjointes, elles
deviennent des prémisses. 13Les prémisses nécessaires jouissent en elles-
mêmes du plus haut degré de cohésion dans l’être (2) ; les possibles ont
l’être le plus inconsistant, et les indéterminées sont intermédiaires entre
elles; c’est pourquoi certaines d’entre elles sont connues d’une con­
naissance certaine, d’autres sont objet d’opinion; d’autres sont senties.
Celles qui sont connues jouissent du plus haut degré de fermeté dans la
compréhension, celles qui sont objet d’opinion jouissent du plus haut
degré d’inconsistance dans la compréhension ; et les senties sont entre les
deux. Cela ressort aussi clairement de ce qui a précédé, du fait que la
certitude que nous avons du senti ne dure qu’aussi longtemps que nous
le sentons, et s’il échappe à nos sens, nous ne savons plus s’il est dans
262 b l’état dans lequel nous l’avons senti | ou non. 12P armi les prémisses,
il y en a aussi qui sont entièrement vraies et entièrement fausses, et il y en
a qui sont partiellement vraies et partiellement fausses. Et parmi celles-
ci en particulier, il y a celles dont la plus grande partie est fausse, et
celles dont la plus grande partie est vraie ; et il y a celles qui sont en parts
égales vraies et fausses.
4Puis, après cela, les prémisses se différencient selon la différence
des dix genres dans lesquels et par lesquels sont les propositions, et par
la différence des espèces de chacun de ces genres ; par exemple, il y en a
dont chacune des deux parties est dans la substance, comme lorsque nous
disons que l’homme est un animal ; et il y a en a dont chacune des deux
(1) 1359 a 8-9.
(2) 1357 a 22-23.
KITÂB A L -H ATABA 87

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88 A L-FÂ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

parties est dans la quantité, comme lorsque nous disons : « Ces surfaces
sont au nombre de dix » ; et il y en a dont chacune des deux parties est
dans la qualité, comme lorsque nous disons : « Chaque carré est une
figure » ; et ainsi dans les autres câtégories ; il peut y en avoir dont l’une
des deux parties est sous une catégorie et l’autre sous une autre, comme
lorsque nous disons : « L’homme est blanc. »
Ensuite, les prémisses se différencient, après cela, selon les diffé­
rences des arts qui embrassent chaque espèce particulière parmi les
espèces des êtres; et celles-ci sont les espèces des matières des enthymèmes
et des syllogismes en général.
13Les enthymèmes persuadent par leurs formes et persuadent par
leurs matières ( 1). 14Ils deviennent persuasifs quand il subsiste en eux le
lieu d’une opposition: et s’il n’y a plus en eux de lieu pour une opposition,
ils sortent de la limite et du rang du persuasif pour entrer dans le rang et
la limite du certain.
16Les enthymèmes attributifs ne rentrent dans la limite du persuasif
que si on considère d’abord les 17syllogismes attributifs qui sont vérita­
blement des syllogismes (2), et que si on connaît pour chacun d’eux les
prémisses qui leur donnent la nécessité dans la conséquence de leur con-
263 a clusion, et celles dont il est évident dès le début que ce sont elles | qui
ont procuré la nécessité (comme dans la première des figures attributives)
sont supprimées et sous-entendues, et on n’en déclare que celles qui font
la liaison entre elles et la conclusion, seulement. 3Par exemple les majeures
universelles dans les modes de la première figure, il est évident que ce sont
elles qui donnent la nécessité de la conséquence de leurs conclusions, il
faut donc, dans les syllogismes de la première figure, si nous voulons en
faire des enthymèmes, que nous supprimions la majeure et que nous
la sous-entendions, et que nous déclarions la mineure seulement.
Et si nous sommes d’avis de la déclarer parfois, nous la prenons d’une
façon indéterminée.12
(1) 1357 a 4-7.
(2) 1357 a 7-21.
KITAB - A L -H A T AB A 89

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90 A L-FÀ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

7Cela est l’une des façons pas lesquelles les syllogismes deviennent
persuasifs quant à leurs formes; soit, premièrement, qu’il reste dans la
déclaration la place pour une opposition quant à la nécessité de la con­
séquence, et cela tient au fait que l’on n’a pas déclaré les prémisses qui
confèrent la nécessité, et que si elles ont été mentionnées, elles n’ont
pas été mentionnées dans l’état par lequel la prémisse est obligatoirement
rendue nécessaire dans sa conséquence; soit, deuxièmement, qu’elle soit
peut-être fausse, d’une fausseté évidente; l’auditeur a conscience de sa
fausseté et la persuasion de la déclaration cesse; mais si celui qui parle
la passe sous silence, il fait croire par son silence qu’il ne se tait à son
sujet que parce qu’elle est évidemment vraie; et si elle est vraie, il ne croit
pas qu’elle est partiellement vraie seulement; et si celui qui parle est
obligé de la déclarer elle est mentionnée d’une manière indéterminée,
et l’indéterminée prend la place, dans le sens commun immédiat de la
foule, de l’universelle, et le lieu de la fausseté est caché en elle ; elle devient
persuasive puisqu’il subsiste en elle une place pour l’opposition.
18Mais dans les syllogismes du reste des figures, les lieux des prémisses
nécessaires dans chacun de leurs modes sont cachés, et malgré cela il n’ar-
263 b rive absolument pas que ce soit | leurs majeures qui soient nécessaires,
mais il peut se faire que ce soit les mineures qui donnent la nécessité dans
la conséquence de la conclusion. Il n’y a donc pas de dommage à déclarer
en elles les deux prémisses après qu’on les ait rendues indéterminées,
afin qu’il subsiste dans la composition la place de l’opposition. Et si l’on
se tait au sujet des nécessaires et que l’on mentionne les autres d’une
façon indéterminée, elles deviennent plus cachées et il peut y avoir une
opposition.
4Mais si on déclare toutes les prémisses, si l’on pose la nécessaire
universelle, et si on remplit en chacune d’elles les conditions du syllogisme,
on passe du degré de la persuasion au degré de la certitude, et il n’y a plus
dans leurs formes de lieu pour une opposition. 7Outre cela, sa persuasion
cesse d’une autre manière, à savoir que l’on suspecte celui qui l’emploie
d’avoir vaincu non par la voie de la rhétorique, mais par un art logique
par lequel il a fait des investigations sur la déclaration, ou par un art
KITÂB A L-H A TÂ B A 91

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92 A L-FÂ RÂ BÏ : DEU X OUVRAGES INÉDITS

différent, non par la capacité qu’il a de bien utiliser la voie commune à


lui et à tous ceux qui lui adressent leurs discours et à tous ses adversaires.
Quant un homme est suspecté d’avoir vaincu parce qu’il a pénétré dans
un autre art que l’art commun à lui et à ses adversaires, sa déclaration
n’est pas persuasive du fait qu’on pense que ce par quoi il persuade ce
n’est pas la force de la chose ni les propositions qu’il utilise dans son dis­
cours, mais que c’est par la supériorité d’une force qu’il a acquise d’un
autre art; comme les deux lutteurs, lorsque l’un d’eux a recours contre
l’autre à une arme ou à d’autres moyens en quoi son adversaire ne l’égale
pas, cela indique de sa part faiblesse dans cet art, et il est exclu de la
catégorie des lutteurs. Il en va de même pour les deux qui controversent
par les voies communes.
18On examine ensuite après cela les modes de conjonction qui ne
sont pas syllogistiques, et on en distingue celui dont on pense, en se fiant
264 a à l’apparence, qu’il est un syllogisme, |[ et on l’utilise.
a) fAinsi par exemple, le mode de conjonction dans la seconde
figure, dont toutes les prémisses sont positives: il semble, au premier
abord, être un syllogisme dont on a déclaré toutes les prémisses, que celles-
ci soient prises comme universelles ou posées comme indéterminées: si
on supprime l’une des deux et que l’autre est mentionnée sur un mode in-
. déterminé, l’artifice sera plus caché et il y aura en vérité davantage de
lieux en lui pour l’opposition.
b) 5Un autre exemple en est les modes syllogistiques universels qui
sont de la troisième figure; il faut que leurs conclusions soient prises uni­
versellement; or, bien qu’elles soient syllogistiques, elles engendrent des
conclusions non pas universelles mais particulières; c’est pourquoi elles ne
sont pas syllogistiques eu égard aux conclusions qui sont censées être les
leurs selon cet art, et qui sont des conclusions universelles. Il faut que
leurs prémisses soient prises d’une façon indéterminée pour que le lieu de
l’opposition en elles soit quelque peu caché.
c) 9Un autre exemple encore en est les modes non syllogistiques dont
l’une des prémisses est positive et l’autre négative, lorsque l’une des deux
KITÂB A L-H A TÀ BA 93

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94 A L-FA R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

est universelle; comme par exemple: A comprend tout B, et B ne com­


prend rien de C; cela ne produit pas nécessairement que A n’est pas dans
quelque chose de C, bien que A puisse n’être pas dans quelque chose de C;
mais si on renverse les deux prémisses entièrement, il en résulte: C n’est
pas dans quelque A. C’est pour cela qu’on peut induire en erreur de cette
façon et faire croire qu’on déduit: A n’est pas dans C. Mais c’est là une
voie de persuasion tellement peu perceptible, qu’on ne l’utilise presque
pas.
15Comment sont composés les enthymèmes conditionnels, et de com­
bien de manières deviennent-ils persuasifs, du fait que certaines de leurs
formes sont conjonctives, et d’autres disjonctives? 17Celles qui sont
conjonctives ne deviennent persuavsies que si l’on déclare celles qui sont
conditionnelles en elles et si l’on cache celle qui a été objet d’istitnâ’ (1).
Ensuite, on donne la conclusion, et la conclusion du conditionnel con­
jonctif dans cet art peut être l’opposé du conséquent [= conditionné]
et il peut être | l’opposé de l’antécédent [= la condition], et cela selon
ce que celui qui parle juge le plus utile pour lui; et par son silence sur
celle qui a été objet d’istitnâ’, il cache le lieu du sophisme dans toutes ces
conclusions; c’est-à-dire qu’il n’a presque pas conscience au premier
abord, ni la foule non plus, de la façon dont il faut faire 1’istitnâ’ de
certaines prémisses, ou quel est Yistitnâ’ qui produit telle conclusion;
car toutes ces choses sont cachées à la foule.
4Si la conclusion est l’opposé du conséquent [= du conditionné],
la mineure objet d ’istitnâ’ est l’opposé de l’antécédent [= la condition];
et cette composition conclut selon l’apparence, non selon la vérité; et
si l’on déclare ce qui a été objet d’istitnâ’, il n’est plus sûr que l’auditeur
n’en ait pas conscience et la persuasion cesse à son sujet; c’est pourquoi
il faut la taire et la sous-entendre. Si la conclusion était l’antécédent
[= la condition] lui-même, on pense seulement que cela résulte du
fait que le conséquent [= le conditionné] a été objet d’istitnâ’, comme
(1) L ’istitnd’ « est l’action de choisir dans le syllogisme conditionnel et ceux qui
s’y rattachent la partie que l’on affirme à l’exclusion des autres ». « M ustatnât, choisie,
mise à part. Se dit de la mineure du syllogisme istitnd’ï. » G oichon , Lexique de la langue
philosophique d ’Ibn Sïnâ, n° 76 et 80.
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KITAB A L -H ATABA 95

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96 A L-FÀ R À B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

il a été posé; et cela aussi n’est pas concluant en vérité, et cette composi­
tion est peu utilisée. Mais si on l’utilise et que celui qui parle préfère lui
donner une force persuasive, dans ce cas, il faut qu’il sous-entende aussi
ce qui est objet d'istitna1pour qu’on n’ait pas conscience de la corruption
de sa composition et que sa force persuasive ne soit pas supprimée. Si la
conclusion était l’opposé de l’antécédent [= la condition], il est clair
que ce qui est objet d’istitm’ est l’opposé du conséquent [= du condi­
tionné], et une telle composition est vraie, mais elle ne devient persuasive
que par l’omission de ce qui a été objet d’istitnâ’; si on déclare ici ce qui
a été objet d’istitnâ’, il faut que l’on se taise sur la condition pour qu’il
reste en lui un lieu d’opposition ou d’interrogation. Si la conclusion était
le conséquent, ce qui est objet d’istitnâ’ est l’antécédent, et la composition
est également vraie, si ce n’est que ce qui est objet ’d’istitnâ’ dans tout
ceci est posé d’une manière non claire et a besoin d’une explication;
si on le déclare, il n’est plus sûr que l’on n’ait pas conscience de ce qu’on
en a caché et la persuasion du syllogisme cesse; il faut donc qu’il soit
aussi sous-entendu; ou bien ce qui a été objet d’istitna’ est posé d’une
265 a manière non claire; mais l’on a besoin pour |[ justifier la conclusion
que ce qui a été objet d’istitnâ’ soit explicité, sinon la conclusion n’est
pas vraie. Et en effet, le fils de Nicomaque [= Aristote] l’a expliqué
dans le livre du Syllogisme [= Premiers Analytiques].
2En résumé, on ne supprime que ce qui, s’il est manifesté et déclaré,
aura besoin, pour la validité de ce qui en lui rend valide la mise en forme
du syllogisme, que l’on recoure à un art logique afin de rendre valide cette
mise en forme; et non ce qui n’a été supprimé que pour la brièveté et
seulement pour que le discours ne soit pas long. C’est pourquoi la raison
pour laquelle la majeure, dans la première des figures attributatives, est
ce qui d’ordinaire doit être sous-entendu, et la raison pour laquelle
la mineure est dans la conditionnelle conjonctive ce qui doit être sous-
entendu, ces deux raisons sont devenues une seule et même chose.
7Les conditionnelles conjonctives sont, dans cet art, utilisées davan­
tage dans les objections, quand on recherche par elles à rendre vaine la
déclaration de l’adversaire.
KITÂB A L-H A TÀ BA 97

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98 A L-FÂ R À B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

9Quant aux conditionnelles disjonctives, que l’on utilise sous mode


énumératif, 10il est habituel le plus souvent de ne rien supprimer en
elles: ni les conditionnelles disjonctives, ni ce qui a été objet d’istitnâ’.
Mais s’il se trouve que les oppositions en elles sont plus de deux, il est
possible que celui qui parle, n’ayant pas traité exhaustivement dans son
énumération toutes leurs espèces, il subsiste en elle, pour l’adversaire,
une occasion de parler; ou peut-être n’ayant pas rendu objet d’istitnâ’
d’une manière exhaustive, en plus de cela, toutes les oppositions, mais
seulement certaines, à l’exclusion des autres, il y a lieu encore pour
l’adversaire, de parler dans ce qui a été objet d’istitnâ’.
15Si l’on s’en tient aux seules conditionnelles, la déclaration ne sera pas
persuasive, car l’on pensera que la déclaration est un objet de recherche ou
une déclaration douteuse qui n’a pas abouti à un point de vue. Et si on
traite exhaustivement les oppositions concernant cette conditionnelle et si
l’on inclut exhaustivement dans Yistitnâ’ tout ce qui doit y être inclus en vé­
rité, il ne paraîtra plus en cela de lieu pour une opposition du côté de la
mise en forme. On y recherchera alors une opposition du côté de la matière.
19I1 se peut que l’on s’en tienne dans ce mode à la prémisse condi-
265 b tionnelle | et que l’on sous-entende l’autre. La conclusion alors, quand
elle est très apparente ou qu’il y a là des choses présentes soit aux sens,
soit à l’esprit, fait comprendre ce qui a été objet d’istitnâ’. La conclusion
c’est comme le fait que celui qui parle dise: « l’un de nous », et cela en ce
en quoi il veut tromper son adversaire. Car la force de cette déclaration
est comme la force de cette autre déclaration: « Celui qui est dans l’erreur
c’est ou moi ou celui-ci; mais ce n’est pas moi qui suis dans l’erreur, c’est
donc celui-ci qui se trompe. » De semblables déclarations sont utilisées
dans les insinuations.
6I1 peut se faire que la chose devienne problématique à moins qu’elle
ne soit très évidente dans ce qui est objet d’istitnâ’. C’est pourquoi il faut
l’exprimer pleinement sauf lorsque ce qui a été objet d’istitnâ’ est très évi­
dent. Et si l’homme est parfois obligé à cela, il faut qu’il déclare ce qu’il
a inclus dans Yistitnâ’ ou la conclusion, afin que l’on sache ce qu’est ceci
qui doit être objet d ’istitnâ’.
KITÂB A L -H ATABA 99

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100 A L-FÂ RÂ BÏ : DEU X OUVRAGES INÉDITS

9Quant au mode dans lequel on utilise les conditionnelles dis-


jonctives d’une manière négative, comme lorsque nous disons: « Zayd
n’est pas en Iraq puisqu’il est en Syrie », la situation y est la même que
dans les conditionnelles conjonctives car dans la plus grande partie
de cela on s’en tient à la prémisse conditionnelle seulement, et on sous-
entend ce qui a été objet d’istitnâ’, parce que ce qu’on a inclus dans l’istitnâ’
peut rendre vaine la nécessité qui est, au premier abord, une nécessité
dans la conclusion. C’est pourquoi on le passe sous silence afin que
l’auditeur n’en ait pas conscience. En effet si ce qu’on inclut dans Vistitnâ’
est rendu opposé à l’une quelconque des deux, la conclusion n’en décou­
lera pas nécessairement, ni au premier abord, et c’est en cela surtout qu’il
faut sous-entendre ce qu’on a inclus dans Vistitnâ’. En effet, si celui qui
parle voulait en déduire le conséquent ou l’antécédent, il ne le déduira
que s’il inclut dans Vistitnâ’ l’opposé de l’autre; et si on a en vue cela, il
ne faut pas qu’on s’en tienne au conditionnel, mais qu’on le déclare avec
lui dans la conclusion, et qu’on sous-entende ce qu’on a inclus dans
266 a Vistitnâ’. Sinon | sa force de persuasion cesse du fait qu’il revient à
l’auditeur en effet de rendre objet d’istitnâ’ dans ce que tu lui as fourni
ce par quoi il rendrait vaine ta conclusion; ou bien il ne sait pas quelle
chose tu veux conclure puisqu’il lui est possible de te soupçonner de
n’avoir fait que sous-entendre une chose rendue objet d ’istitnâ’ et qui
conclut à une chose autre que celle que tu voulais conclure, et ta déclara­
tion dès le départ devient équivoque, et sa force de persuasion est sup­
primée. Mais si quelqu’un veut conclure l’opposé de l’une des deux,
il n’a qu’à conclure en rendant objet d ’istitnâ’ l’une des deux; s’il la
déclare, il ne subsiste plus pour celui qui parle de lieu pour l’opposition
dans la composition. C’est pourquoi il est préférable qu’il sous-entende
ce qu’il a rendu objet d ’istitnâ’ et qu’il déclare la conclusion ; la déclaration
en devient plus concise et sa force est la force de ce qui est véritablement
un syllogisme, car alors elle peut se prévaloir d’un mode de preuve
contraignante.
9Tout ce qui persuade, tandis qu’il y a encore en lui place pour
l’opposition ou l’interrogation et la recherche convient mieux à la
KITÀB A L -H ATABA 101

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102 A L-FÂ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

rhétorique (1). 10C’est ainsi le cas de la conditionnelle conjonctive si on


modifie son expression de façon à ce qu’elle suive la voie négative, comme
lorsque nous disons: «Le jour n’est pas ou bien le soleil se lève»; et
«il n’y a pas de sole ou il y a le cuir»; et «cet humain n’est pas un
homme sans qu’il soit un animal » ; et « Zayd ne marchera pas jusqu’à ce
que ‘Amr parle. » Toutes ces propositions et celles qui leur sont semblables
se ramènent à la conditionnelle conjonctive. L’erreur se produit souvent
au sujet de ce qu’il faut rendre objet cïistitnâ’ dans de tels exemples et de
ce que doivent être en vérité les conclusions. Or les conclusions qui
découlent au premier abord de ces propositions peuvent être la chose et
son opposé, soit un antécédent, soit un conséquent : il faut alors que celui
qui parle pose comme conclusion, dans de tels exemples, ce dont il pense
qu’il n’est pas reconnu, et qu’il prenne garde à ne pas déclarer ce qu’il
a inclus dans Yistitnâ’, surtout si le fait de déclarer ce qu’il a inclus dans
1’istitnâ’ manifeste le défaut de la composition et supprime la nécessité
de la conséquence.
266 b De telles | propositions conditionnelles peuvent être employées
sous forme narrative ou sous forme impérative, comme lorsque nous
disons : « Ne marche pas, Zayd, tant que ‘Amr ne parle pas. »
2Quant aux conditionnelles disjonctives, il faut, le plus souvent, que
l’on ne présente pas en détail toutes les parties de leurs oppositions, mais
plutôt qu’on s’en tienne seulement à celles qui sont les plus apparentes, en
laissant celles qui sont les plus cachées; ensuite on examinera attentive­
ment quelle est celle de ses parties qui éveillera l’auditeur sur le lieu de
l’opposition dans la conclusion ou dans la mise en forme du discours,
et on se gardera bien de la déclarer.
6Quant au syllogisme par l’absurde, ou l’utilise le plus souvent pour
rendre vaines les déclarations et les oppositions. Comme lorsque nous
disons : « Si tout homme n’est pas sensible, tout animal n’est pas sensible,
et cela est absurde. » Il faut, dans le syllogisme par l’absurde, déclarer la
position, qui est ce dont on doute, puis l’absurde qui en résulte, et1
(1) 1355 a 29-38.
KITÂB A L-H A TÀ BA 103

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104 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

l’on sous-entend la prémisse vraie, qui est ajoutée d’ordinaire à celle dont
on doute. Il peut arriver que celui qui parle soit obligé de déclarer la
prémisse vraie, lorsque la contrainte n’est pas apparente; il faut alors
poser cette déclaration à la fin du discours, comme lorsque nous disons:
« Si tout homme n’est pas sensible, tout animal n’est pas sensible,
puisque l’homme est un animal; cela est donc absurde. »
14Ensuite, nous montrons comment on persuade du côté de leurs
matières. 15Puisque les prémisses, dont le propre est de faire apparaître
dans les déclarations la justesse du rapport de conséquence des conclusions
qui en découlent, jouent dans ces déclarations un rôle plus décisif que
les autres prémisses, et qu’il faut y faire davantage attention, puisque aussi
les autres prémisses sont censées se plier pour être ce qu’il est entendu
qu’elles soient — à savoir sensibles ou certaines, parfaites ou persuasives —
267 a il faut que la persuasion qu’acquiert l’enthymème | du côté de ses
matières vienne du fait que les prémisses qui lui donnent la nécessité
de la conséquence soient premières. 2Et s’il en est ainsi, les prémisses des
enthymèmes dont le rôle est de faire apparaître la justesse du rapport de
conséquence des conclusions en découlant, doivent être universellement
connues selon le point de vue a priori commun à tous, point de vue a
priori dont nous avons défini le sens précédemment.
5Or, ces prémisses englobent celles qui sont réellement universelle­
ment connues et celles qui sont universellement connues en apparence
seulement sans qu’il en soit ainsi en réalité aussi. 7Les prémisses univer­
sellement connues comprennent à leur tour celles qui sont vraies et celles
qui ne sont pas vraies (1). Mais si la rhétorique les utilise, elle ne les
utilise pas parce qu’elles sont vraies. Car, s’il en était ainsi, elle utiliserait
des prémisses vraies non universellement connues lorsqu’elle les rencotre,
or elle ne le fait pas, mais plutôt elle rejette les prémisses certaines si
elles ne sont pas universellement connues. n Également lorsque la rhéto­
rique utilise les prémisses universellement connues qui sont universel­
lement connues en réalité, elle ne les utilise pas parce qu’elles sont
(1) 1355 b 15 sq.
KITÁB A L-H A TÂ BA 105

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106 A L-FÂ R Â B Ï : D EU X OUVRAGES INÉDITS

universellement connues en réalité, comme le fait l’art de la dialectique,


mais parce qu’elles sont au premier abord universellement connues pour
tous, et incidemment universellement connues en vérité (1). Pareille­
ment, lorsqu’on utilise celles qui sont universellement connues selon
l’apparence seulement, on ne les utilise pas en tant qu’elles sont telles,
selon l’usage qu’en fait la sophistique, mais en tant qu’elles sont, selon le
sens commun de tous, universellement connues, et qu’elles sont incidem­
ment universellement connues selon l’apparence. Et il peut arriver que
ces prémisses englobent de nombreuses autres prémisses vraies et cer­
taines, 19parmi lesquelles certaines sont vraies totalement ou partielle-
267 b ment, présumées | ou connues, nécessaires, indéterminées ou possibles;
certaines autres de ces prémisses concernent les mathématiques ou les
sciences naturelles ou l’un des autres arts, théoriques ou pratiques.
3Mais cet art n’utilise aucune des espèces de prémisses en tant que c’est
telle espèce, mais en tant qu’elles sont universellement connues selon le
sens commun immédiat; ce n’est qu’incidemment que certaines parmi
elles sont marquées par ces autres qualités.
6Quant à celles qui sont universellement connues selon le sens com­
mun immédiat de tous, certaines sont des lieux et d’autres des espèces (2).
7Les lieux sont les prémisses dont on utilise les puissances, c’est-à-dire
les parties, comme majeures dans chaque syllogisme en particulier, mais
qui ne sont pas utilisées elles-mêmes; tandis que les 9espèces sont celles
qui sont utilisées elles-mêmes, telles quelles, comme majeures dans
chaque syllogisme en particulier. 10Dans les lieux, il n’y a rien qui soit
particulier à un être à l’exclusion d’un autre, ni à un genre à l’exclusion
d’un autre, ni à une science à l’exclusion d’une autre; chacun d’eux est
commun à de nombreuses sciences et à de nombreux genres; mais ils
comprennent des catégories de propositions particulières, chacune pou­
vant être particulière à un genre à l’exclusion des autres, ou à une science
à l’exclusion d’une autre. Quant aux 14espèces, chacune d’elles est
(1) 1400 b 37.
(2) 1358 a 25.
KITÂB A L-H ATÀ BA 107

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108 A L-FÂ R Â B Î : DEU X OUVRAGES INÉDITS

propre à chaque syllogisme en particulier et à chaque enthymème en


particulier, et chacune de leurs catégories est propre à un genre à l’ex­
clusion d’un autre, ou à une science à l’exclusion d’une autre.
16Les prémisses particulières des lieux sont de deux modes : dans l’un,
le prédicat est particulier au prédicat du lieu et le sujet est particulier au
sujet du lieu; 17dans le second le prédicat est un particulier du prédicat
du lieu et le sujet est en lui-même le sujet du lieu. Mais la prémisse dont
268 a le sujet est un particulier du sujet du lieu | et le prédicat est en lui-même
le prédicat du lieu, n’est pas considérée dans les puissances du lieu ni dans
ses parties, mais elle est la conclusion, découlant d’un syllogisme dont la
prémisse majeure est posée comme étant le lieu lui-même, tandis que sa
mineure est composée a) du sujet de la prémisse qui est lui-même une
partie du sujet du lieu, et b) du sujet du lieu; le sujet du lieu est alors le
terme moyen.
5Quant aux espèces, certaines sont des préférences ou sont des choses
louables, selon le sens commun, et deuxièmement, des choses nécessaires
et des signes selon le sens commun de tous. 7Leurs sujets sont des idées
universelles dans lesquelles se trouve quelque chose qui existe pour une
chose ou qui n’existe pas pour elle absolument sans condition; elles
peuvent aussi être prises d’une façon indéterminée; celles dans lesquelles
une chose est envisagée comme devant ou ne devant pas se produire, le
plus souvent, dans l’avenir, il ressort clairement en ce qui les concerne,
qu’elles produisent des conclusions probables quand elles ont été prises
comme prémisses majeures. Quant aux choses louables dans lesquelles
on envisage qu’une chose est à une autre ou n’est pas à elle absolument et
sans condition, elles sont prises d’une façon indéterminée et universelle.
Parmi elles, il y en a dont les supposita de leurs sujet sont sensibles et
naturels; d’autres, les supposita de leurs sujet sont volontaires. Pour
celles dont les supposita de leurs sujets sont sensibles, ce que le sens en
authentifie est véridique; et quand la proposition bien connue n’a pas été
renforcée par autre chose que sa « célébrité » seulement, elle est probable ;
les syllogismes qui en sont formés produisent des conclusions probables;
KITÀB A L -H ATABA 109

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110 A L-FÂ R Â B Î : D EU X OUVRAGES INÉDITS

s’il arrive qu’elles soient certaines et qu’on n’en ait pas conscience, leur
certitude est accidentelle. C’est pourquoi le fils de Nicomaque [Aristote]
a stipulé dans le livre de la Preuve [Seconds Analytiques] que le certain
doit être certain d’une manière non accidentelle.
18La preuve et le signe ont ceci de commun que chacun d’eux, par
son existence, fait découler l’existence d’une autre chose. 19Mais lorsque
268 b la chose |[ 4par l’existence de laquelle le prédicat est dans le sujet est plus
générale ou plus particulière que le prédicat et le sujet tout à la fois, on
lui réserve le nom de signe; 2si la chose est plus générale que le sujet et
plus particulière que le prédicat ou égale à lui, on l’appelle preuve.
(La preuve et le signe).
La preuve est formée dans la première figure seulement.
4Mais il y a deux espèces de signes : la première est celle où le terme
commun est plus général que le prédicat et le sujet tout à la fois, la seconde
celle où le terme commun est plus particulier que le prédicat et le sujet
tout à la fois. 6Celle dont le terme commun est plus général que les deux
extêmes est formée dans la seconde figure et ne peut se ramener à la pre­
mière. Car si elle s’y ramenait par conversion, celle des deux qui se conver­
tit aurait son prédicat égal à son sujet, et elle ne serait pas elle-même
plus générale que chacun des deux extrêmes. 10Elle ne se convertit que
si elle est dans l’un des deux modes suivants: soit que l’une des deux
prémisses ou les deux soient positives universelles et que leur sujet soit
égal à leur prédicat, soit qu’elles soient négatives universelles. Or, ayant
posé le terme moyen plus général que les deux extrêmes, il n’y a aucune
des deux prémisses, qu’elle soit négative universelle ou positive, dont le
prédicat égale le sujet.
14Quant à la seconde espèce de signe, qui est celle dont le terme com­
mun est plus particulier que les deux extrêmes, elle est formée nécessaire­
ment dans la troisième figure. En eiîet, le plus général et le plus particulier
font croire, apparemment, par leur existence, à l’existence du prédicat
dans le sujet, sans que cela soit. Ceci du fait que la composition du plus
général n’est absolument pas syllogistique en vérité, ni selon cette conclu-
KITÀB A L-H A TÀ BA 111

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112 A L-FÂ RÂ BÏ : DEU X OUVRAGES INÉDITS

sion, ni selon une autre. Quant à la composition du plus particulier, même


si elle est une composition syllogistique, ce n’est pas un syllogisme portant
269 a sur la chose dont il a été fait | le signe comme il a été fait, même si c’est
un syllogisme dont il découle autre chose. Car, c’est de l’existence d’une
chose en une autre prise universellement qu’il a été fait signe : or il n’y a
dans aucun des modes de la troisième figure quelque chose qui produise
une conclusion universelle.
3Quant à l’espèce des signes où le terme moyen est plus général que
le sujet et plus particulier que le prédicat ou égal à lui, c’est une vraie
preuve puisque sa composition est une composition syllogistique et que
c’est aussi un syllogisme selon la chose dont il a été fait la preuve. 5Or
la preuve dont la composition est véritable est de deux espèces; 6l’une
traite de la chose dont l’existence connote l’existence d’une autre chose
et dont la suppression connote la suppression de cette autre chose, ou de
la chose dont l’existence connote l’existence d’une autre chose comme
prédicat dans un sujet, et dont la suppression connote la suppression de
cette autre chose dans ce sujet; cette preuve est la preuve d’égalité. 9La
seconde traite de la chose dont l’existence connote l’existence d’une autre
chose et dont la suppression ne connote pas la suppression de cette autre
chose, ou de la chose dont l’existence connote l’existence d’une autre
chose comme prédicat dans un sujet, et dont la suppression ne connote
pas la suppression de ce prédicat dans cette autre chose; cette preuve
est la preuve la plus particulière. 12Toutes les deux sont des preuves
véritables.
(La plus véritable des preuves).
12Mais la plus véritable des preuves est celle par l’existence de
laquelle s’ensuit l’existence de la chose, où qu’elle soit, dans quelque
sujet qu’elle soit, et à quelque moment qu’elle soit; ensuite, celle par
l’existence de laquelle la chose existe le plus souvent: soit dans le plus
grand nombre des choses au sujet desquelles on utilise la preuve, soit la
plupart du temps.
KITÂB A L-H A TÂ BA 113

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114 A L-FÂ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

15Après ces deux espèces, vient aussi la preuve portant sur une chose
dont l’existence entraîne l’existence d’une autre chose, et dont l’existence
entraîne aussi l’existence du contraire de cette autre chose, en sorte que
cette seule première chose est une preuve à la fois pour la chose et pour son
contraire. Et rien n’empêche que fasse partie de cette espèce ce qui prouve
l’un des deux contraires plus fortement qu’il ne prouve l’autre contraire,
269 b ou qui les prouve tous deux également. 19Or toutes ces preuves j| ^ont
formées dans la première figure, d’une manière syllogistique. S’il y a une
faiblesse dans ce syllogisme, elle vient de sa matière, non du côté de sa
composition.
2La preuve et le signe sont dits en premier lieu de cette chose seule à
laquelle il appartient d’être un terme moyen; mais la chose dont l’exis­
tence découle de l’existence de la preuve et est soit absolument soit dans
un sujet quelconque, cette chose est le prouvé, lequel est le terme majeur
dans toute figure que l’on forme ou dans tout mode que l’on en forme.
Il en va de même pour le signe et pour la chose dont il est le signe; le
signe est en effet le terme moyen, et la chose à laquelle le signe appartient
ou qu’il concerne est le terme majeur dans n’importe quel mode de
quelque figure que ce soit.
De plus, la preuve se diversifie selon les choses.
1 9Ainsi prend-on comme preuve une chose postérieure au prouvé, de
la façon dont les choses qui ont des causes renvoient à leurs causes; car
celles dont l’existence vient de causes ou est liée à des causes peuvent
être des preuves de ces causes.
12Or les causes universellement connues sont au nombre de trois:
l’agent, la matière et la fin ; la forme aussi est l’une des causes, mais elle n’est
pas universellement connue. “ Ainsi ce qui est par l’agent en est la preuve,
comme l’art prouve l’artisan, et les manières d’être des effets indiquent les
manières d’être de leurs agents. 15De même les effets des matières indi­
quent leurs matières; ainsi ce que l’on voit des manières d’être de l’habit
indique la matière de son filage, quel filage et quelle matière, et cela indi­
que les manières d’être de celui qui l’a tissé: de sorte que les effets des
matières indiquent à la fois et leurs sujets et leurs matières, tout ensemble.
KITÂB A L-H A TÂ BA 115

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116 A L-FÂ R Â B Î : D EU X OUVRAGES INÉDITS

270 a ^Pareillement, beaucoup de choses indiquent leurs fins | et leurs


conséquences : quelle est cette conséquence ; et leurs buts : quels buts leur
ont été assignés.
Or les espèces en sont selon les espèces des causes: comme la pluie
qui prouve qu’il y avait un nuage, et comme la fumée et la combustion
perçues prouvent la présence d’un feu, même si nous ne voyons pas le feu.
2 4En outre, la preuve peut être une chose antécédente par rapport au
prouvé, de la façon dont les causes des choses précèdent les choses ; car les
causes des choses peuvent indiquer aussi les choses comme le feu indique
qu’il y a une combustion dans le lieu où on le voit, si on n’a pas vu la
combustion.
3 7Et ce peut être une chose liée au prouvé, ni postérieure, ni anté­
rieure, qui n’en est pas la cause ni ne vient de lui, comme la noirceur du
nuage est la preuve qu’il pleut (1), car la couleur noire n’est pas une cause
de la pluie, mais un accident dans un nuage à pluie, soit toujours, soit le
plus souvent.
nAprès cela, on appellera la prémisse composée de la preuve et
du prouvé également preuve; comme lorsque nous disons: là où est la
fumée, là se trouve un feu, ou: là où est un feu, là se trouve une combus­
tion. 13Après cela aussi, on appellera le syllogisme dont la majeure est
cette prémisse, et dont la mineure est la connexion des deux termes de
cette majeure, preuve aussi; et la conclusion qui découle de ce syllogisme
est le prouvé. 15De même on nomme du nom de signe d’abord ce terme
commun qui est plus général et plus particulier que les deux extrêmes, et
on nomme « connu par le signe » ce qui rend ce terme moyen signe des
deux extrêmes. 17Ensuite, on appelle également signe la prémisse cons­
tituée par ce terme moyen et par la chose qui est connue par ce signe.
270 b 19Est nommé signe également le syllogisme dont le terme moyen | est
un signe quelconque.
*11 est clair que ces choses sont toutes des preuves dans le point de
vue universellement connu a priori. 2Mais ce qui est ainsi, il est possible1
(1) 1393 a 5.
KITÀB A L -H ATABA 117

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118 A L-FÂ R Â B Î : DEU X OUVRAGES INÉDITS

qu’il ne soit pas preuve en vérité, ou qu’il soit preuve en vérité sans qu’on
ait conscience qu’il le soit, s’il est pris selon la voie de sa notoriété seule­
ment; et elles ne nous fournissent du démontré qu’une opinion; et par
elles les enthymèmes sont persuasifs.
(La comparaison).
4La comparaison consiste à convaincre autrui que telle chose existe
dans tel être en raison de l’existence de cette chose dans un être semblable,
lorsque son existence dans le semblable est plus connue que son existence
dans l’être en question (1). 7Et il est clair, selon la condition antécédente,
que le semblable doit être semblable selon le sens commun de tous; 8il
faut aussi que l’on déclare le semblable et que l’on sous-entende la chose
par laquelle ils se ressemblent, ne la déclarant que si on y est obligé, soit
parce qu’elle est trop cachée, soit à cause de l’excitation de l’adversaire
qui nierait la ressemblance entre les deux choses.
n La ressemblance peut être dans les mots ou dans la forme des mots ;
ou elle est dans le sens ; 12or la ressemblance dans le sens a lieu soit par la
participation des deux choses tout ensemble à un seul sens qui leur est
commun, comme un accident ou autre chose ; soit parce que deux choses
ont, avec ce à quoi elles ont été attribuées, une même attribution ou deux
attributions semblables, et cela, soit que leur attribution à une même
chose soit une attribution unique, soit que l’attribution de l’une des deux à
une troisième soit comme l’attribution de l’autre à cette même chose,
chacune des deux choses ayant une ressemblance proche ou lointaine;
comme Zayd et ‘Amr: en effet, ils se ressemblent par l’humanité et
l’animalité et la corporéité. Si l’on trouve n’importe quelle chose dans
l’un des deux termes (de ressemblance), il faut que cette même chose soit
trouvée dans l’autre. 19La plus forte ressemblance est celle où l’on trouve
271 a cette chose dans l’un des deux, du | côté du sens par lequel elle ressemble
à l’autre. On considère qu’il en est ainsi quand la chose existe à cause de
ce sens, soit entièrement soit en grande partie ; car s’il en est ainsi, cela1
(1) 1356 a 34-b 27; 1357 b 25-36.
KITÀB A L-H ATÂ BA 119

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120 A L-FÂ R À B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

fait que la comparaison est presque un enthymème ou un syllogisme et


elle sort de la définition de la comparaison.
3En outre, si la seconde chose ressemble à la première par un élément
quelconque qui se rencontre du côté du sens et qui rend deux choses
susceptibles de se ressembler, même si cet élément n’est pas présent dans
la première chose du fait de ce sens, les lieux d’opposition seront nombreux
en ce qui est tel, si ce mode n’est pas très caché dans la comparaison.
7A côté de cela, il y a aussi l’amphibologie des mots : et alors il
faut que celui qui parle choisisse surtout ce qui le rend impénétrable aux
auditeurs. 9Or tous ces procédés sont persuasifs et sont utilisés dans la
rhétorique.
10Quant à la composition de la comparaison, 10elle est faite pre­
mièrement sur le mode attributif, puisque sa force est celle d’un syllo­
gisme attributif, comme cela a été rendu évident dans le livre du Syllo­
gisme [Premiers Analytiques] ; uil arrive aussi que celui qui l’utilise
la compose selon la voie des conditionnelles conjonctives, mais la plupart
de ce qui est utilisé selon le conditionnel conjonctif l’est dans l’opposition,
la réfutation et la réprimande; dans l’affirmation, la composition de la
comparaison est rendue attributive la plupart du temps.
14Quant aux prémisses de la comparaison: 14si celle-ci est attribu­
tive, et si ce par quoi deux choses se ressemblent est manifeste, il faut
déclarer le modèle, le faire suivre par la conclusion, et sous-entendre
la ressemblance. 16Mais si la ressemblance n’est pas manifeste, il faut
la déclarer; 17trois prémisses résultent alors de la déclaration de la ressem­
blance: 17la première a pour sujet le sujet de la seconde lui-même,
et c’est la première chose, et son prédicat est le prédicat de la conclusion;
19la seconde a pour prédicat la chose par laquelle les deux choses se
271 b ressemblent; | fia troisième enfin a pour prédicat cette chose elle-même
et pour sujet la seconde chose.
Fin du Livre de la Rhétorique.
Gloire à Dieu véritablement.
A L-FÀ RÂ BÎ : DEU X OUVRAGES in é d it s 121

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II

DIDASCALIA IN RETHORICAM ARISTOTELIS


EX GLOSA ALPHARABII

Traduction latine de Hermann l’Allemand

Éditée avec une introduction et des notes


PAR
MARIO GRIGNASCHI
INTRODUCTION

Hermann l’Allemand, notait Lucquet en 1901 dans son article


dédié à ce traducteur et publié par la Revue d’histoire des religions (1),
doit peu de reconnaissance aux historiens, car ils ne lui ont pas prêté
l’attention qu’il mérite. De nos jours encore cette constatation de Lucquet
reste vraie. Hermann a été un épigone de la grande école des traducteurs
de Tolède et cette circonstance seule explique le fait que ses Didascalia
in rethoricam Aristotelis ex glosa Alpharabii, découvertes déjà par Jourdain,
soient restées jusqu’ici inédites. Le copiste qui les a transcrites a parfois
fait un emploi exagéré d’abréviations, mais son écriture est fort lisible
et il est vraiment difficile de comprendre l’indifférence dont cet ouvrage
a fait l’objet, une indifférence si complète que seuls les auteurs de
VAristotelis latinus se sont aperçus que cet opuscule n’est nullement une
œuvre personnelle, comme Lucquet le croyait, mais bien plutôt la tra­
duction d’un prologue du philosophe turc à la Rhétorique et que la
Declaratio compendiosa ex glosa Alpharabii dérive de cette traduction (2).
En fait, ces Didascalia sont la simple traduction de la préface et du pre­
mier feuillet (texte de la Rhétorique 1354 a 1-4 et l’explication des lignes
1 et 2) du Commentaire d’Al-Fâràbï à la Rhétorique, tandis que la Decla­
ratio compendiosa n’est qu’un remaniement de la dernière partie de cette
préface. La lecture des Didascalia prouvera assez notre assertion et il pour­
rait paraître superflu de s’arrêter sur la méprise de Lucquet. Mais son
erreur a été causée par une apparente contradiction dans les préfaces que
(1) Mémoire présenté au Congrès international d’histoire des religions, p. 408.
(2) Aristotelis latinus, vol. I, p. 102, note: «... nec est commentarium ab ipso
Hermanno edito, ut Lucquet censuit. Verbo “didascalia” prologus hic denotatur. Ex
eadem versione fluxisse videtur illa “declaratio compendiosa”. »
126 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Hermann l’Allemand fit précéder à cet ouvrage et à sa Rhetorica et Poetria


Aristotelis, c’est-à-dire la version latine de la traduction arabe de la
Rhétorique et du Talhls kitâbi-l-si‘r d’Ibn Rusd. Or, de l’élimination de
cette contradiction dépend la possibilité d’établir avec précision l’époque
à laquelle ces ouvrages furent connus dans le monde latin. Donc, dans
l’introduction à sa Rethorica et Poetria, cette dernière achevée en 1256,
Hermann nous assure qu’il avait commencé ce travail sous le patronage
de Jean évêque de Burgos (1240-1246), sans doute après avoir terminé
en 1243 la traduction de la Summa Alexandrinorum (1). Dans une note
ajoutée à cette même introduction il écrivait encore:
« Laborem vero distinguendi tres tractatus libri huius principales in
suas differentias maiores et illas maiores in [f. 65 v b] suas subdistinc-
tiones minores quoadusque ad ultimas particulas perveniatur, doctoribus
derelinquo. Omnia hec enim in glosa sua super hunc librum exquisite
Alfarabius pertractavit, cuius glose plus quam duos quinternos ego
quoque transtuli in latinum. Ex hinc ergo memorata distinctio requiratur
et libri marginibus ascribatur» (2).
La distinctio, dont Hermann nous parle ici, se retrouve dans les
§§ 39-56 des Didascalia qui, notons-le en passant, dans le ms. latin 16097
de la BN de Paris occupent huit feuillets d’une écriture fort serrée. Il
est donc certain que les Didascalia ne sont pas autre chose que la tra­
duction du début du Commentaire d’Al-Fàràbï. Quant à l’ordre dans
lequel ces trois ouvrages furent traduits, on déduit de cette introduction
que la version du Commentaire d’Al-Fàrâbï a précédé celle de la
Rhétorique et du Kitâbu talhisi-l-si‘r. Ce fait nous est confirmé par une
comparaison entre la traduction des premières lignes de la Rhétorique
dans les Didascalia et dans la Rethorica. On constate immédiatement que,
dans cette dernière, peut-être grâce à l’emploi du commentaire d’Ibn
Rusd (3), Hermann a évité une erreur. Le passage "jSd oüj
(1) G rabmann, Forschungen über die Aristotelesübersetzungen, B G P H M , vol. XVII.
(2) Paris BN, ms. latin 16673, f. 65 v a-b.
(3) Islámica 24: «Averroïs paraphrases in Libros Rethoricorum Aristotelis.»
Recognovit et adnotatione critica auxit Abdurrahmàn Badawî, Cahirae 1960, p. 3,
DIDASCALIA 127

(à-rrâvTOjv éa-ri yvwpiÇsiv) a été traduit dans les Didascalia « Et invenitur


notitia ipsarum circa omnia », dans la Rethorica « Et invenitur utrarum­
que notitia omnibus ». Nous sommes donc forcés d’admettre que Her­
mann avait traduit tout d’abord les Didascalia. Si néanmoins, dans l’in­
troduction à ces dernières, il nous assure avoir déjà achevé la version de
la Rhétorique, l’explication de cette apparente contradiction ne peut être
qu’une seule: traduits au cours de la période 1243-1256, ces ouvrages
furent publiés en même temps et les préfaces furent écrites à cette
occasion.
Les Didascalia, nous venons de le voir, correspondent au début du
Commentaire d’Al-Fârâbï à la Rhétorique et Steinschneider avait envisagé
l’hypothèse qu’elles sont à identifier avec le ilkJh mentionné
par les bibliographes arabes (1). Le contenu de notre opuscule confirme
pleinement cette identification. Dans son jk ll <j TUA'I conservé par­
tiellement dans les mss Feyzullah ef. 1882 de la Millet Kütüphanesi
d’Istanbul, Madjlis (Téhéran) 595 et pUI ‘ap^ n° 211
(Téhéran) et qui, à l’origine, constituait le deuxième traité du
jlv.1,1 (2) Al-Fàràbï écrivait, dans le bâb s-\¿\ J :

1. 8. c-jlT il l à^~\j (_5 *1^511 q»


JjjUVb ÂJ-dd ^JaJb ^LJI p* ôî l«%-l ■‘wîj
aA4-I . Ms. latin 166673, f. 65 v b: «Et conveniunt quodam modo in subiecto uno.
Ambiunt enim omnia et omnes homines intromittunt se naturaliter de sermonibus
poticis et rethoricis. »
( I) Voir Steinschneider , Al-Fàràbï, chap. « die Rhetorik ».
(2) Voir notre article «Al-Fàrâbï et l’Epître sur les connaissances à acquérir
avant d’entreprendre l’étude de la philosophie » à paraître dans le Liber Memorialis
Fuad Kôprülü.
Nous devons ici corriger une erreur que nous avons commise dans cette étude
faute d’avoir pris connaissance de l’article du prof. Daneche Pejouh dans le catalogue
des mss de la PL¡s pU conservés dans la Cj Lo I holijbS”
de Téhéran. Ne connaissant à l’époque que le ms. Feyzullah ef. 1882, nous avions
cru pouvoir identifier cette œuvre avec le JáUJ^/l <_j IA . H s’agit par contre
de deux œuvres tout à fait distinctes et le L ij J - \ j hUi^/l u c i nous est conservé
dans le ms. 339 de la Bibliothèque Universitaire de Téhéran (Cat., vol. III, p. 248)
128 A L -FÀ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

« Ensuite, il nous faut énumérer les sujets que l’élève devra appren­
dre dans l’introduction de chaque livre. Il ne vous sera pas difficile de
les connaître grâce à l’énumération qu’en donnent les commentateurs
modernes. Les voici: le but du livre, son utilité (1)..., son titre, le nom
de son auteur et la méthode d’enseignement à laquelle il a recours. Nous
entendons par but du livre les matières que traite l’auteur; par utilité,
l’utilité de ce qu’on apprend dans le livre sur une matière qui est en
dehors du livre (sic) ; par parties, l’énumération de ses divisions, chapitres
et paragraphes ainsi que l’indication de ce qu’on trouve dans chacun
d’eux. Par filiation du livre, on entend l’indication de la science à laquelle
il appartient, et par place la partie de cet « art » que le livre constitue :
à savoir si le livre forme la première partie, la partie centrale, la der­
nière ou une autre encore. Par titre, on entend la signification du nom
du livre. Ce qu’on entend par le nom de l’auteur, le sens en est évident.
Enfin, pour ce qui est de la méthode d’enseignement, nous avons déjà
expliqué la signification de cette expression dans ce qui précède. La
connaissance de ces divers points sert lorsqu’on enseigne la matière du
livre. Quant à la connaissance de leur utilité (2)... Nous n’aurons pas
à indiquer ces points dans l’explication des commentaires des Modernes,
car la plupart d’entre eux se sont attachés à les traiter. Et certes nous
leur avons reconnu le mérite d’avoir traité ces thèmes. De leur côté,
Aristote et les premiers (litt. les anciens) de ses disciples y ont recours
dans l’introduction de chacun de leurs livres, autant que le besoin s’en
fait sentir (3). Parfois ils ne les emploient guère. Dans la plupart des
livres on n’arrive même pas à se faire une idée des plus importants de ces
thèmes indispensables. Et c’est le but du livre et son utilité. Très souvent
on parle aussi de sa « filiation » et de sa « place » et parfois on mentionne
en même temps la méthode d’enseignement dont on se sert» (4).
où il porte le titre de y U,. Dans cette risàla, on retrouve les passages cités par
Suyütï et Ibn Rusd (Tahàfut at-tahâfut, éd. Bouyges, p. 371), ce qui confirme défi­
nitivement que cette risàla de la bibliothèque de Téhéran est bien le
\j cité dans les bibliographies d’Al-Fârâbî.
(1) Le texte du ms. Feyzullah, le seul que nous avons pu consulter, présente ici
une lacune.
(2) Id.
(3) En fait, Alexandre d’Afrodise ne manquait pas d’expliquer dans ses com­
mentaires les titres qu’Aristote avait donnés à ses livres.
(4) Feyzullah 1882, f. 125 r, 1. 8: jî Jj| ^ jî |JU -tauj
IxSOl ¿yj-+JlU -ta ¡y» l ¿¿J** d,hic* J (_r jls ¿Lbj l -JIxT j r £-1x31 £ ^IaxII
DIDASCALIA 129

Or, nos Didascalia développent exactement les thèmes que ce pas­


sage des jk ll j JiUl^ll considère comme l’argument obligatoire des
introductions aux commentaires d’Aristote, thèmes qui se retrouvent
tous également dans le <_>txS0l du sarh d’Al-Fâràbï aux Hermeneia (1).
En effet, au début du § 2 des Didascalia, Al-Fàràbï énumère tout d’abord
ces mêmes thèmes que, souligne-t-il, il est traditionnel de prendre en
examen dans les « prologues des gloses ». Seulement, dans ces Didascalia,
il fait précéder à l’exposition du premier sujet (le <_jUS3| une
théorie des différentes formes de la credulitas considérée du point
de vue de la rhétorique (§§ 2-12). Il en vient alors à étudier non pas le
mais plus en général la intentio oratorie, ce qui le conduit à
se pencher sur la définition de cet art, à dégager les lignes générales de
l’enseignement aristotélicien et à effleurer le problème du « titre du
livre» et de son «utilité» (§§ 13-33). Ensuite il discute de la comparatio
libri, c’est-à-dire de la <_jUSCil (§§ 34-36), de la ordinatio eius ad reli­
quas partes ipsius (loyce) (jk.ll J <cuL*) (§§ 37-38) et nous donne
un aperçu détaillé du contenu de la Rhétorique (§§ 39-56). Enfin, au § 57
il énumère une fois encore ceux des huit thèmes qu’il avait traités et
mentionne en passant la méthode d’enseignement j¿), dont

4-9 a! ^.IaxII 4a—^(j AXaJÙaj


4Xa-«,A) ^AJj a-jLxS3 i ^Ja £ jU - jÂ-1 (J ojbSsjl ^ idSjS> La «UajLa^ a-jL^I! £
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bjj Laî^ ajaj ^A-kj ^ a! Lali . a—JLxSCiI I j^AA {£jS~^ Lja 4-Ja ^3
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LaSLa- XÂi al~¿*yl ôÀa JUtal j l 43_Jj ~aa \ 4jLp Ùli 0.6-1 ^LaijI (_5 LaAaj*
a-alA* j r j o l i J aLj^l a-tA O^IaaO J 4£aO ajA aLa.Llj|_j LIsjaaAjfj aLL^I 0-tA (Jltal
6 ^ÀaLL) J T — ôl 3Ü i_.-S-jl I . tA-k liA-a Lj-a (jLaJaOJ jl Le J j 4a- 6-1 jl»tlA
^ 1^)1 LgAA J ¡ í A Le J_J 4-.jj.fj ‘L—ajl j f 4j L !jCCS j 4Ajdjj a£ÜÀ^ . ûI a ¿j *
. 1—jLeSCll ^3 ¿AaaXmJ
(1) Alfarabï’s Commentary on Aristotles, Ilepi ‘Bpn^veiaç edited by W. K utsch, s. j .
and Stanley M arrow , s. j . (Recherches publiées sous la direction de l’Institut de
Lettres Orientales de Beyrouth, tome XIII).
Rech. - y
130 A L-FÂ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

Aristote s’était servi dans la Rhétorique. Inutile d’insister sur la corres­


pondance exacte de ce plan des Didascalia avec le schème que Proclus
avait élaboré en vue des commentaires des ouvrages classiques et qui
avait pris sa forme définitive vers la moitié du V Ie siècle (1). Il résulte
d’ailleurs du passage cité des jk ll J JiUjAl qu’Al-Fàràbï était
pleinement conscient de continuer les traditions de la dernière école
d’Alexandrie, mieux encore qu’il se considérait comme appartenant à
cette école. Et ce sentiment était partagé par Abü-l-Farag ‘Abd-allah
ibn Tayyib (2) et même par Ibn Rusd qui, dans son commentaire au
De Physico Auditu n’avait pas cru, lui non plus, pouvoir omettre l’étude
de ces mêmes thèmes (3).
Rappelons que, d’après les anciennes bibliographies arabes, Al-
Fârâbï avait dédié à la rhétorique trois ouvrages:
1) I Oj^Ap jCs' i *—JhA
2) ÂtUaAl twjhS”" ^ y*
3) AjlhAl t
A cette liste, nous pouvons désormais apporter deux corrections. Le
jU-'l d’Al-Fàrâbï comprend un exposé de la Rhétorique (4), le
(1) Voir Steinschneider , Al-Fàrâbï, p. 126 et suiv., et notre article: «Al-
Fâràbî et l’Épître, etc. »
(2) Commentaire de la Isagogê (ms. Marshall 28, p. 11 r, 1. 5 de la Bodleian
Library Oxford).
•JJ A ! J J¿AI J
JJ! îJJJI ‘— ^ jSii <1)1 4á J l¿J! ¿¡» A jA\ -Uj L - L -tí
. JálJ lJ h.3- A’A-! s3lp
(3) Prologus in I Physicorum (Paris BN, Fonds latins 15453, f. 2) : Intencio nostra
in hoc sermone est glosare libros Aristotelis, qui dicitur Auditus Naturalis, et secundum
usum glosatorum dicencium in principio libri 8 capitula, sc. intentionem libri, utili­
tatem, ordinem divisionem, et proportionem, viam doctrine, nomen libri et nomen
auctoris. Dicemus et nos, licet plura ex istis possint intelligi ex prohemio libri, sicut
in subsequentibus ostendemus.
(4) Nous hésitons à compter parmi les œuvres de rhétorique d’Al-Fârâbï
le jk i! Jl V > h ^JL» Jjjlïî ¿y ■ W'- qui serait identique au
.1 - ^_J| ¿p <tj ^ jjllaiJl mentionné par le ms. Escurial 884. Gela, parce
qu’il nous semble plus probable qu’il s’agissait d’un traité destiné à prouver, selon le
DIDASCALIA 131

ÂjÜaiM oublié par les bibliographes arabes et publié dans ce


même volume par M. Langhade. Par contre le ilkhl de
nos sources n’était que la î/jii* du Ukbl .
Et ce sarh s’arrêtait au chapitre IX du livre III. Nous devons, à nouveau,
ce renseignement à Hermann qui, lors de sa traduction de la Rhétorique,
avait noté à ce point Huc pervenit glosa Alpharabii (1). Or, Hermann
connaissait fort bien ce commentaire: il le cite en effet à deux ou trois
reprises (2) et relève même l’omission d’une phrase du texte arabe (3).
Si, pour les passages de la Rhétorique, qu’il n’arrivait pas à comprendre
dans la traduction arabe, il n’en a pas moins préféré avoir recours à
al-Sifâ’ d’Ibn Sïnâ et au Talhis kitâbi-l-hatâba d’Ibn Rusd, il faudra pro­
bablement en chercher la raison dans les longueurs du Commentaire
d’Al-Fârâbï. Songeons que la seule glose de la première phrase de la
Rhétorique prend une page entière, qu’Ibn Rusd a employé trente lignes
pour résumer le Commentaire d’Al-Fârâbï de la Rhétorique 1407 a 20-
31 (4). Évidemment des explications si touffues ne pouvaient manquer
Prophète, la nécessité pour les philosophes d’étudier la logique. Voir la thèse semblable
d’Ibn Rusd dans son JliLI .
Quant à la question de savoir à quel jL-ll ^ d’Al-Fârâbï appartenait le
IbUafd publié par M. Langhade (voir son introduction p. 82) nous pouvons
ajouter une précision: le ms. 240 de l’Université de Téhéran, qui contient la ¡JUU ,
« j k JJ j qkT L,- jljlÀll j_u> ? la Isagogê, les Catégories, les Perihermeneias, les Premiers
analytiques, la Réfutation des arguments sophistiques, les Seconds analytiques et les Topiques
conservés dans le ms. 231 TE 41 de Bratislava et Hamidiye I, 812 de la Süleymaniye,
porte l’indication . On retrouve la même indication dans le Livre des
catégories du ms. Topkapi Saray Emanet Hazinesi 1730. Chez Ibn Abï Usaybi'a
(n. 10) on rencontre une indication analogue à propos des Premiers analytiques <_>\£
. ^LÜl <_$ Il-yVl
(1) BN, ms. latin 16673, f. 133 v b.
(2) L.c., f. 69 v a; f. 83 v b
(3) L.c., f. 94 r a, 1.20 : « Ponemus ergo quod iuramentum fiat in pecunia et
hoc si fuerit, hoc iurabit quod sic sc. dicens utique et hoc pocius est. Hoc dimisit
Alpharabius» (1377 a, 15-16) K1H, p. 78, 1. 6 J» ùl_, JL j ,>JI ùl J p ^ 1 iifA i
. wpLs-5 liUi ÛLT
(4) Paraphrases, éd. Badawï, p. 272.
132 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

d’alourdir ce commentaire et permettent de comprendre que la préface,


le iilkJ-l ait circulé de bonne heure séparée du livre, qui plus
tard fut éclipsé par les exposés d’Ibn Sïnâ et d’Ibn Rusd. C’est toutefois
à ce philosophe turc que revient le mérite d’avoir rendu accessible le chef-
d’œuvre d’Aristote au monde arabe. Dans l’introduction de son édition
d’al-Hatàba M. le prof. Badawj s’est déclaré convaincu qu’Ibn
Sïnâ avait tiré du Commentaire d’Al-Fâràbï l’exposé clair et précis de
la Rhétorique que nous lisons dans al-Sifâ’, car il aurait été impossible
de parvenir à une intelligence si bonne du texte grec à travers l’« ancienne
traduction» QrJdül JUI) arabe (1). Les Didascalia, que nous publions
aujourd’hui, confirment pleinement cette hypothèse de M. le professeur
Badawî. Certes, même si Hermann ne mérita pas toutes les critiques que
Roger Bacon et Renan lui-même lui adressèrent (2), sa traduction du
fait regretter d’une manière tout particulière la perte
de l’original. L’habitude de Hermann de traduire mot à mot les textes
arabes fait naître à tout moment des obscurités sans pour autant per­
mettre de reconstruire les termes techniques d’Al-Fàrâbï. Dans ces con­
ditions, nous avons considéré de notre devoir d’ajouter au texte latin
des notes pour indiquer l’interprétation des passages ambigus qui nous
semblait la meilleure. Nous nous sommes efforcés, d’une part, d’établir
la valeur des termes techniques latins à travers l’étude de la traduction
latine du ^*£¡1 , d’autre part, la manière dont Ibn Sïnâ et
Ibn Rusd avaient compris les enseignements de la Rhétorique, auxquels
Al-Fàrâbï se reportait. Il nous est apparu ainsi qu’il existe un rapport
étroit entre le iüa^l ,_jkS0 jj^> de ce philosophe et la première SJli.
de la rhétorique d’Ibn Sïnâ dans *li£ll. A ce propos, il ne sera pas
inutile de rappeler que deux mss de et précisément ceux conservés

(1) « Rhetorica in versione Arabica vetusta », recognovit et adnotatione critica


auxit Abdurrahmàn Badawî. Introd. p. .
(2) R. Bacon , Compendium studii philosophie, cap. 8 : « Nec Arabicum bene scivit,
ut confessus est, quia magis adiutor fuit translationum quam translator, quia Sarascenos
tenuit secum in Hispania qui fuerunt in suis translationibus principales. »
DIDASCALIA 133

dans la bibliothèque Nür-i-Osmaniye d’Istanbul et dans le British


Museum ne donnent pas à la première partie de cette rhétorique le titre
de ílU. et la considèrent plutôt comme une introduction (1). Les
divergences elles-mêmes entre l’enseignement d’Aristote et celui d’Ibn
Sïnâ remontent le plus souvent à l’interprétation qu’Al-Fàrâbï avait
donnée du texte aristotélicien. Nos notes, répétons-le, n’entendent être
qu’une aide dans la lecture du texte et il appartiendra aux spécialistes
de la philosophie musulmane de les corriger et de les parachever. Ce
dont nous sommes convaincus, c’est que le publié par
M. Langhade et nos Didascalia permettront désormais d’établir d’une
manière définitive le rôle de Jtíl ^JUil dans la formation de la rhéto­
rique arabe.
Ajoutons que les Didascalia permettent aussi d’établir quelle était
la traduction arabe de la Rhétorique, dont Al-Fàràbï s’est servi. Ibn al-
Nadïm, on le sait, a noté à propos de la Rhétorique:
ciJ! (3^ Ôl J-î} JJLj 4 4jUseJ-i oLa*} liLjJajj
(_IJi* 1 .'.Ull Ui-I lait eâ*jlj 4 4
. j¿o
Or, il existe des raisons très fortes, et M. le prof. Badawî les a déjà
indiquées (2), de mettre en doute que Ishaq b. Hunayn ait jamais
traduit la Rhétorique d’Aristote. Nous ajouterons que, même si en règle
générale ce verbe J J (on dit) devrait se rapporter seulement à la
phrase JyJI JJ «tiâ; jjd jl , à notre avis il régit aussi les paroles
¿ iIwLp • En effet, de ce qui précède ( ^rjj Jïq u U ) ,
il apparaît qu’Ibn al-Nadïm n’avait pas vu d’exemplaires de cette pré­
tendue traduction d’Ibrahïm b. ‘Abdi-llah. Ibn Sïnâ et Ibn Rusd ne la
possédaient pas non plus. En effet Ibn Sïnâ qui se servait de l’« ancienne12
(1) Voir l’introduction du Dr Muhammad Salim Sâlim à al-Sifd’ I, 8: al-
flatàba.Dans cette même introduction le docteur Ibrâhîm Madkour note (p. 3,1. 1):
iJ'i/.u-Ai JîL-jj JLwzJU hlU-l ^jJ .up dj*î[l SJlâil
. bjjajj ubT plxa P° i_JS"* 4JjA± L» là* b
(2) Voir J ^ 4j LU-I
134 A L-FÂ R Â B Î : DEUX OUVRAGES INÉDITS

traduction » ( 1) invite une fois le lecteur à la contrôler avec le texte


grec (2), évidemment parce qu’il ne connaissait pas une autre version
en arabe. Quant à Ibn Rusd, on reconnaît encore, à travers la para­
phrase des lemmata d’Aristote dans son ilkhl plusieurs
passages reproduisant le texte de l’« ancienne traduction » et contenant
les mêmes erreurs (3). Mais il y a plus. Pour traduire de l’arabe en
latin la Rhétorique, Hermann en a consulté un certain nombre d’exem­
plaires (4) et certes il n’aurait pas manqué de mentionner l’existence
(1) Voir M. Salïm Sâlim, l.c. p. 18 et notre note 3 de cette page.
(2) A l-S ija ' I, VIII, p. 81.
(3) Nous n’en voulons ici que deux exemples: La phrase 1354 a, 25-26:
ôpotov yàp Xâv si vtç ¿¡j ¡xéXXei xpîjcQoa xavôvt toüto r:otr]asts orps(3Xôv a été traduite
dans l’«ancienne traduction» < J ^ | J| ^ ’j J j j j ^ ¿yUJ| LU jU ( 0 c ü * )
L J L j ¿Jli
Ibn Rusd (p. 6, 1. 6) ipLuJI «.LL* J U -u j^SÔ jî ôp'UJI U» ju-Î jl ¿JU-
L jî L j
Ibn Sïnâ (Le., p. 13) L J jîxll L j L à 4p aJ üSOll Jalj dT ¿JJi j LJJ ¿y
Donnons encore un exemple emprunté au livre III de la Rhétorique. La citation d’Hé-
raclite (Rhét. III, 5, 1407 b 16) cp-çai yàp toü Xôyou toü ovtoç àel àÇéveroi avGponroi
ytyvovTai 1 àS-çXov yàp t6 así, irpôç ¿TioTspcp SiacmÇou a été traduite dans l’« ancien­
ne traduction» (l.c., p. 200, 1.3: J^J| ¿¡Jb L ^ d b cJlT lil USOI .1» , Jjà <ûU
dj/L A jí j L j l_rJ j (lÂS^) pSÜ . Or, la même erreur dans la
traduction de àÇùvsroç revient sous la plume d’Ibn Rusd (l.c., p. 276, 1. 13) :
<( a) Lj )) LJp jU ^Sül J>-JJ A [j cujIS~ lij «wiSOl aLh jl 0 JlUiJI Jps J l
LjU iyx^aJLj ctolS"" lil .uLO! oA ôl dlli j^Sô l JlSCJI 4L.? j^So jl
’-r’iy r <i| L*U Jpill dpq ">6 J i i - \ JyJI « iy iJ b >> Uÿ j^SJ jl j ^SJ-I
. J! ^Sül cJlS"* li) «dSCll ah j! j-JéJI j^SJ
On remarquera que le texte arabe confirme la leçon attestée par la plupart de nos
mss grecs toü üvtoç , à laquelle on croit pouvoir préférer les variantes toü S' sovtoç
et toü Séovtoç (voir R o em er , éd. Teubner, 1885, p. 185).
(4) Au f. 92 v b Hermann écrit: «Dixit translator: Circa hunc locum plures
scriventes testes et exempla suorum testimoniorum que propter errorem antiquum
scriptorum ita confusa fuerunt in omnibus exemplaribus quod non poterat haberi
consilium ad ea transferendum; ita fuerunt relicta.» Hermann a omis le passage
p. 73, 1. 5-74, 1. 9 du Kitàb al-Hatàba.
DIDAS CALIA 135

d’une traduction totalement différente, du moment qu’il a poussé le


scrupule jusqu’à reproduire une variante trouvée dans l’un de ses mss.
Mais il s’agit d’une variante appartenant toujours à 1’« ancienne traduc­
tion » et qui s’explique par l’incorporation de gloses dans le texte original.
Donc, au f. 71 v. du ms. Latin 16673 de la BN de Paris, nous trouvons
cette note de Hermann: «In alio exemplari arábico ita habebatur.»
Par besoin de clarté nous donnons les textes grec et arabe (A) et les deux
traductions de ce même passage par Hermann (B : Rhetorica, C : variante).
Rhét. 1359 a 1 A B C
'O[i.oifc>ç §s xal ol ( i ) ¿nu ¿jus5 Et similiter illi qui
laudant et vitupe­
S7taivoüvTeç xal ol rant non consi­
if/éyovTSÇoùaxo7toü(Tiv derant multociens
Ici J * î <01 J in eo quod prodest
et crufXcpépovTa
ST:paS,£v r¡ pXaBepá, t j 1 çft vel obest *Et hoc
est factum ipsorum
ut plurimum *Set Vero
àXXà xal èv
V: ipsi quidem confi­ ipsi non de­
ènocivo) TtoXXàxiç ¿1B JS "I c ail ciunt ea per que fit terminant nisi
Ti0èacnv oti cAiyco- j S *jll jU laus ut plurimum. res per quas
Vir enim interdum fit laus. *Et
prjoaç toü aÙTtp Xu- if à! I vilipendit hoc quod sunt virtutes
ctitsXoüvtoç STtpa^é prodest et agit omne sive fit hoc
¿r~>■ £• decorum, quemad­ dampnosum
ti xaXôv, oïov
modum laudatur sive utile*
’A/iXXsa stoxivoüchv i f j ^ ^ Xí. ^ Achilleus.
Il apparaît immédiatement que la variante du ms. C dérive de la
même erreur qui est caractéristique de l’« ancienne traduction». Son
auteur avait cru comprendre des paroles « à X X à x a l èv ènaivo) rcoXXàxiç
TtOéaaiv » que les rhéteurs avaient établi quelles sont les actions procu­
rant la gloire, d’où sa traduction: jj£¿ JfeUI oyju (litt.:

(1) En tenant compte du texte grec et de la traduction latine nous proposons


de corriger ¿>11! en ¿1111 .
136 A L-FÀ R À B Î : DEUX OUVRAGES INÉDITS

ils ont établi les choses grâce auxquelles on est loué). Le ms. arabe B
était presque identique à celui de Paris (A) dont il ne se séparait que
sur deux points secondaires: il omettait les paroles <jî j et il
contenait une glose : « Et hoc est factum ipsorum ut plurimum. » Mais
la phrase ^-ail J *>1)1 est devenue dans C « Vero ipsi
non determinant nisi res per quas fit laus », expliquée par la remarque :
« Et sunt virtutes, sive fit hoc dampnosum sive utile. » Sans aucun doute,
la variante tout entière n’était à l’origine qu’une simple glose qu’un
copiste a substitué plus tard à la phrase de l’original afin de faciliter la
compréhension du texte!
Les arguments ex silentio — nous ne l’ignorons pas— sont toujours
incertains. Il n’en reste pas moins que rien ne confirme les dires recueillis
par Ibn al-Nadïm et qu’à l’état présent de nos connaissances il nous
faudra admettre que ce fut uniquement par l’entremise de l’« ancienne
traduction» qu’Ibn Sïnâ, Ibn Rusd et Hermann ont connu la Rhéto­
rique. Et la même chose est valable pour Al-Fàrâbï. Les Didascalia de
Hermann nous ont conservé les premières lignes du texte qu’il commen­
tait dans son expositio Or, elles correspondent exactement à
P« ancienne traduction ». De plus son ^ i était déjà ce que plus tard
on a préféré appeler un ^ , c’est-à-dire un « grand commentaire »
dans lequel, selon le modèle des scolies alexandrines (1), Al-Fàrâbï a
transcrit chaque phrase de la Rhétorique pour ensuite l’analyser et la dis­
cuter. C’est assez dire que si notre philosophe avait eu entre les mains
une traduction meilleure, elle aurait été à la portée de tous ceux qui
possédaient son Commentaire. Pour la même raison, il faudra abandon­
ner l’hypothèse de M. le prof. Badawl qu’Al-Fâràbï ait pu consulter
l’original grec (2). Ibn Rusd et Hermann qui avaient tant de mal à12

(1) Voir notre article «Al-Fàrâbï et l’Épître, etc.».


(2) Voir Badawï, Rhetorica, p. _L>. Une connaissance approfondie de la langue
grecque fut attribuée à Al-Fàràbï par un certain Al-Hatâbî (voir l’article sur Al-
Fârâbï, l.c. du prof. Daneche Pejouh). Dans un opuscule conservé dans le ms. 45/40
oU^-k. c_-Ij j '•ülkLà' Al-Hatàbï a transcrit le fragment de la J
DIDASCALIA 137

comprendre l’« ancienne traduction » n’auraient pas manqué de citer des


corrections proposées par Al-Fàràbï sur la base du texte grec que Her­
mann aimait appeler la prima fons (1). Et Hermann n’aurait pas écrit,
en s’excusant de l’inélégance de sa traduction:
«... Nec miretur quisquam vel indignetur de difficultate vel quasi
ruditate translationis. Nam multo difficilius et rudius ex greco in arabi-
cum est translata. Ita quod Alpharabius qui primus conatus est ex
rethorica aliquem intellectum glosando elicere, multa exempla greci
propter ipsorum obscuritatem pertransiens dereliquit. Et propter ean­
dem causam multa dubie exposuit et ut Avicenna et Avenrosd estimant,
propter hanc etiam causam glosam usque ad finem negocii non per­
duxit. Et isti quoque duo viri in finibus tractatuum suorum, quos imi­
tantes Aristotelem composuerunt, sic inquiunt: “Hoc est quod intelli-
gere et excipere potuimus de translatione que pervenit ad nos horum
voluminum Aristotelis.” Ideoque usque hodie etiam apud Arabes hi
duo libri quasi neglecti sunt et vix unum invenire potui, qui mecum
studendo in ipsis vellet diligentius laborare...» (2).
Désormais une conclusion s’impose. L’étude ininterrompue de
l’œuvre d’Aristote et des scolies alexandrines dans les traductions arabes,
étude commencée dès sa jeunesse avec le maître nestorien Yuhannâ b.
Haylân, avait permis à Abü Nasr Al-Fàrâbï d’acquérir une familiarité
exceptionnelle avec les textes aristotéliciens qui lui permit le plus souvent
XLA à II cité par Ibn Abî Usaybi'a mais y a ajouté: j >-T Jl y) iyü
SAsl-l fie fî jî Jl *0-* Le jps'ïh (j plilî .>56 dj j
. ^le.1 At j**
M. le prof. Daneche Pejouh est enclin à admettre la véridicité de cette information
et fait valoir que dans le J , Al-Fârâbï témoigne d’une certaine
connaissance de la terminologie grecque. Évidemment, avant de se prononcer sur ce
dernier point, il faudra attendre la publication de ce livre. Cependant, si Al-Fàràbï
possédait vraiment la langue grecque classique, il resterait inexplicable qu’il se soit
servi, pour son commentaire à la Hermeneia, exclusivement de la traduction arabe,
sans en rectifier et en discuter les erreurs.
(1) Rethorica , f. 65 va: «Et postmodum reverendus pater magister Robertus
Grossi Capitis... ex primo fonte unde emanaverat, greco vid. ipsum (librum Nicho-
machie) et completius interpretatus... »
(?) L.c., f. 65 r b.
138 A L-FÀ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

de reconnaître, à travers les déformations et les contresens de l’« ancienne


traduction» la véritable pensée du philosophe grec. Toutefois, nous
n’affirmons pas qu’il y soit parvenu sans l’aide d’aucun commentaire
précédent. Certes, il semble certain qu’Ibn Rusd, tout au moins, n’avait
pas à sa disposition de commentaires grecs de cette œuvre (1). Néan­
moins, les expressions qu’on trouve dans ces Didascalia (2) prouvent
assez qu’Al-Fâràbï connaissait des commentaires de la Rhétorique. De son
côté, Ibn Sinâ s’est élevé assez souvent — un fait sur lequel le docteur
Salïm Sàlim a déjà appelé l’attention (3) — contre l’interprétation
qu’on avait donné de quelques passages de la Rhétorique. Or, certaines
de ces interprétations dérivant d’une mauvaise compréhension de
1’« ancienne traduction » (4), remontent incontestablement à des philo­
sophes arabes. La perte du Commentaire d’Al-Fârâb! nous empêche
d’établir si Ibn Sinâ a ici polémisé contre Al-Fàrâbï ou s’il visait aussi
d’autres auteurs. Cependant il est difficile d’imaginer qu’Ibn Rusd ait
songé à (jül ^1*11 dans la phrase déjà citée, où il est question de
commentaires « dans lesquels on n’a pas confiance ». Force nous est-il

(1) luh <-Apj à jj 3 ->Ij 1« l(L Uwai- Xtj r t T ^ hUal-l


U (_3 •Çî’iM oX» 3 «iLjlil jjÆJ Je 11 j>UI ÇjÀxJl; JC jî àll . o.J-ajL. <ul
tS ^J_ éA V ÙJI J-Æ jl
En tenant compte du fait qu’Ibn Rusd a cité à maintes reprises le commentaire
d’Al-Fàrâbï à la Rhétorique, M. le prof. Badawî (l.c., p. J» ) a compris cette phrase dans
le sens que le philosophe andalousien n’avait pu s’aider de commentaires alexandrins.
(2) § 14, passage indiqué à la note 5, p. 171 ; § 20, passage indiqué à la note 1,
p. 182 et § 24,passage indiqué à la note 4, p. 187.
(3) L.c., p. 21 et suiv.
(4) Voir al-Sifà’ ï, 8, p. 74 (Kitâb al-Hatdba, p. 29, 1. 22), (Rhét. 1363 a,
23-24) et p. 81(Kitâbu-l-H atâba , p. 35, 1. 19), (Rhét. 1365 a, 35-36). Ajoutons qu’Ibn
Sinâ fait une fois (p. 62) explicitement allusion aux commentaires des Modernes
l3 5 V jdü-l jj- j JjU-l £~àll Ju jjsJI IJLji
Cependant, sous la plume des falâsifa cette expression « les commentateurs modernes »
(upOsM ijjj _¿II) peut se rapporter aussi aux philosophes de la dernière école d’A­
lexandrie (voir les passages d’Al-Fâràbï et d’Abü-l-Farag ‘Abdallah ibn Tayyib
cités aux notes 4, p. 128 et 2, p. 130 et notre article « Al-Fârâbî et l’Épître, etc. ».
DIDASCALIA 139

donc d’admettre qu’Al-Fàràbî n’a pas été le premier philosophe mu­


sulman à commenter la Rhétorique et que cette œuvre avait été étudiée
déjà auparavant dans le monde arabe. D’ailleurs le simple fait que ce
traité avait été traduit déjà à la fin du IIe siècle de l’hég., voire au début
du IIIe siècle, prouve assez l’intérêt que les savants arabes portaient à
cette discipline et dès lors il est inconcevable qu’ils aient ensuite négligé
cette traduction pendant plus d’un siècle.
L’idée maîtresse d’Al-Fâràbï — que la rhétorique et la poétique
font partie de la logique — n’est pas restée sans écho même en Occident.
Albert le Grand, qui l’avait connue soit à travers les deux traductions
du *La»-l , soit à travers des traductions aujourd’hui perdues
d’al-Sifâ’ (1), la reprit à son compte dans la Logique. Mais Albert le
Grand, on le sait, ne commenta pas cette œuvre d’Aristote et ce fut
surtout par l’entremise de la traduction de Hermann, qui dans son
(I) Il suffit de feuilleter 1’Expositio d’Albert le Grand à YOrganon d’Aristote
pour constater que ce scolastique devait posséder non seulement la traduction du
premier livre de la Logique d’Ibn Sinâ (le résumé de la Isagoge), qui nous a été conservée
par nombreux mss latins et une édition de Venise, mais aussi des traductions aujour­
d’hui perdues des livres II, III, V et VI, c.-à-d. des Catégories, de la Hermeneia, des
Seconds Analytiques et des Topiques. Ajoutons qu’il existait encore une traduction latine
du M uhtasar al-mantiq d’Al-Fàrâbï, dont M. Langhade publie ici le chapitre sur la
Rhétorique, connue sous le nom de Logica Al-Fàrâbï. Le P. Salman a découvert dans le
ms. 424 de Bruges quelques fragments de cette traduction qui correspondent exacte­
ment à des passages du chapitre sur les Catégories et la Hermeneia dans le M uhtasar
(voir notre article « Al-Fàrâbï et l’Épître, etc. »). Dernièrement, nous avons retrouvé
dans un feuillet de garde du ms. Admont 442 datant du X IIIe siècle la note suivante:
« Habet magister poetriam alfarabii et duas praticas mochaiira naturales » (pro­
bablement deux traités d’alchimie d’un auteur arabe). On pourrait en déduire que les
«Latins» possédaient aussi la dernière partie de ce le . Ayant pu
reconnaître dans la Logica Alfarabii le jbdl hu ms. Hamidiye I, 812, nous
sommes aujourd’hui à même d’affirmer que les passages du commentaire d’Al-Fâràbï
à la Logique cités par Albert le Grand ne dérivent pas de ce M uhtasar, que le ms. de
l’Université de Téhéran n° 240 appelle le et le ms. Topkapi Saray Emanet
Hazinesi 1730 le . Us ont été empruntés plutôt à un commentaire d’une
envergure beaucoup plus grande. Nous comptons publier bientôt dans les A H D L M
les résultats de nos recherches sur le problème de ces traductions.
140 A L-FÀ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

introduction attira l’attention sur l’appartenance de la rhétorique et de la


poétique à la logique (1), que ce tenet de la philosophie alexandrino-
arabe fut introduit en Occident, où Roger Bacon, par exemple, l’accepta
expressément (2). Il est vrai que les traductions de Hermann, publiées
— nous l’avons vu — en 1256 n’eurent guère de succès parmi les Latins.
Dans sa Philosophia moralis composée aux environs de l’année 1260,
Roger Bacon déplorait que la Rethoria et le Commentaire d’Al-Fâràbï
fussent presque inconnus des savants (3). Le fait qu’il ne nous reste
qu’un seul manuscrit complet des Didascalia, deux mss de la Rethorica
et quatre ou cinq mss de la Poetria confirme indirectement ce renseigne­
ment du franciscain anglais. Toutefois la prudence s’impose. Gilles de
Rome qui, le premier en Occident, commenta vers 1278 la Rhétorique
d’Aristote, a connu les Didascalia et a cité la thèse d’Al-Fâràbï d’après
laquelle la rhétorique aurait pour objet l’étude du particulier (4). De
(1) L.c., f. 65 r a: « Quod autem hii duo libri loycales sint nemo dubitat qui
perspexerit libros arabum famosorum, Alfarabii vid. et Avicenne et Avenrosdin et
quorundam aliorum. Imo ex ipso textu manifestius hoc patebit. Neque excusabiles
sunt, ut fortassis alicui videbitur propter Marci Tulli rethoricam et Oratii poetriam.
Tullius namque rethoricam partem civilis scientie posuit et secundum hanc intentionem
eam potissime tractavit. Oratius vero poetriam prout pertinet ad grammaticam potius
expedivit. »
(2) Philosophia moralis Pars VI, p. 267 : «... ars prima et originalis (la science
grecque) adhuc non fuit apud Latinos, nisi quod nuper male translata est in libro
Aristotelis et Commentario eius, quia ars fontilis non datur de hoc argumento nisi in
logica, cuius est argumentorum différencias et condiciones assignare. »
(3) Philosophia moralis, Pars VI, l.c. : « Set hec pars traditur fontiliter in libro
Aristotelis D e rethorico argumento et commentario Alpharabii super librum illum qui
inveniuntur apud Latinos, licet fere nullus consideret... »
(4) Egidius Romanus Rhetorica, Venedis 1515, f. l r b : «Dixerunt autem
aliqui credulitatem sive fidem differre ab opinione secundum certitudinem, quia
certius adheremus his que opinamur quam his que credimus, nam huiusmodi credu­
litas et potissime que generetur per rhetoricam quedam suspicatio debet dici. Alfarabius
in quibusdam suis preambulis que edidit super rhetoricam vult quod per rhetoricam
fiat persuasio in unaquaque rerum particularium, ex quo dicere possumus, cum opinio
fiat circa universalia, differre opinionem a fide, sicut id quod fit circa particularia ab
eo quod circa universalia habet fieri. Iste autem differende vel non videntur vere vel
DIDASCALIA 141

plus, tout en fondant son commentaire sur la traduction de la Rhétorique


de Guillaume de Moerbeke, Gilles de Rome consultait aussi celle de
Hermann, ainsi d’ailleurs que la translatio vetus (1). Dès lors, il faudra
envisager la possibilité que la théorie d’Al-Fârâbï et d’Ibn Rusd, dont
Hermann a interpolé de longs extraits dans sa Rethorica, ait pu exercer
une certaine influence sur son interprétation d’Aristote ; par exemple sur
son assertion que la rhétorique est indépendante vis-à-vis de la politique,
une thèse qui allait à l’encontre des enseignements de Cicéron (2). Au
début du XIVe siècle Jean de Jandun cita la théorie des Didascalia sur
le problème du droit naturel et positif (3). Au XVe siècle le copiste
d’un ms. de la bibliothèque Laurentiana de Florence recueillit quelques
gloses d’Ibn Rusd que Hermann avait ajoutées à sa traduction de la
Rethorica (4). Pétrarque emprunta à la Poetria son jugement sur le pen­
chant érotique de la poésie arabe (5). Il y a même de fortes raisons

radicalem differentiam non attingunt. Contingit autem aliquem adherere firmius his
que credit quam his que opinatur. Rursus autem quia de his singularibus potest esse
aliquo modo opinio. Opinamur enim solem maiorem tota terra, quem sensus iudicat
unius pedis. Propter quod advertendum quod si fides accipiatur communiter pro
quolibet assensu, ut ad presens spectat, sex modis habet fieri. »
On remarquera l’allusion de Gilles de Rome à la thèse d’après laquelle 1'opinio
(¿hJI) est plus forte que la credulitas ( « . U l c a r la première résulte d’un syllogisme
dialectique, la deuxième d’un syllogisme rhétorique. Ce fut le commentateur alexandrin
Elias qui le premier formula la théorie des cinq classes des syllogismes (voir W alzer ,
Greek into Arabie , p. 134 et suiv.) reprises par Al-Fàràbï dans sa <jî U j ïlLy
üJUJI L j J J çjjb et dans le ç sU^-l (éd. Gonzales, p. 46). Gilles de Rome peut
l’avoir connue à travers la traduction de ce dernier ouvrage.
(1) L.c., f. 2 r a, 2 v b, etc.
(2) G. Bruni, « T h e De differentia Rhetoricae, Ethicae et Politicae of Aegidius Ro­
manus» ( The New Scholasticism VI, p. 9 et 10).
(3) « Quaestiones Magistri Johannis de Janduno circa libros rhetorice Aristo­
telis. » Q. 22: «Utrum diffinitio legis quam ponit Aristoteles in littera sit bona»,
ms. F 13 de la « Amplonianische Handschriftensammlung » de la Stadtbibliothek zu
Erfurt f. 132 r b.
(4) Ms. Laurentiamum Plut. 90 sup. cod. 64.
(5) Petrarca Senilia XII, Ép. II, citée par R enan , Averroès, p. 329.
142 A L-FÀ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

pour croire que ces ouvrages connurent un regain d’actualité dans les
milieux averroïstes de Padoue à l’époque de la Renaissance. L’un des
très rares mss de la Poetria qui nous a été conservé appartenait à Johannes
Calpurnius, professeur d’oratoire grecque et latine à Padoue à la fin du
XVe siècle (1). En 1481 le magister Philippus publia à Venise un volume
contenant :
1. la Declaratio compendiosa Alfarabii super Rhetoricorum libris Aristotelis,
2. la Rhétorique dans la traduction de Guillaume de Moerbeke,
3. la Poetria « d’Ibnrosdin » dans la traduction de Hermann
l’Allemand.
Et cette Declaratio, qui dans l’édition de 1481 servait de table des
matières de la Rhétorique, fut imprimée une fois encore à Venise, en 1515,
comme préface au commentaire de Gilles de Rome à la Rhétorique. Une
note insérée dans l’édition de 1481 nous renseigne sur l’origine de cette
pièce :
« Explicit compendiosa declaratio Alpharabii tabulata et correcta
una cum rhetorica et poetria sequentibus Aristotelis per nobilem virum
et excellentissimum artium et medicinae doctorem dominum magistrum
Lancillotum de Zerlis physicum Veronensem magna cum difficultate
propter penuriam exemplaris unius tantum et stilum veterem in moder­
num reductum. »
Par ce passage il faut comprendre que l’éditeur avait chargé Lan-
cillotus de Zerlis de reviser un ancien ms. des Didascalia et d’en tirer une
table des matières de la Rhétorique. En effet, la Declaratio compendiosa cor­
respond exactement aux paragraphes 39-56 des Didascalia qui contien­
nent la distinctio Rethorice, c’est-à-dire «_jkSCl l^JI ^.Aù, JJil ¿ly-V . Peut-
être, la première partie des Didascalia faisait-elle défaut déjà dans le
ms. à disposition de Lancelot, ou bien, ce qui est d’ailleurs plus vrai­
semblable, a-t-elle été retranchée comme ne correspondant pas au plan
du livre que Magister Philippus entendait publier. En tout cas, afin de

(I) Bibliothèque Marciana Venise, ms. latin 3810, classe XI, V.


DIDASCALIA 143

donner à la distinctio d’Al-Fârâbï une plus grande clarté, Lancelot en


modifia le plan. Dans les Didascalia, le philosophe turc avait exposé tout
d’abord l’argument des distinctiones ou capitula des trois tractatus (livres)
de la Rhétorique (§§ 39, 40 et 41) et, ensuite, l’argument des partes des
distinctiones des tractatus I et II (§§ 42-56). Quant au tractatus III, Al-
Fârâbî avait renoncé à en indiquer les partes pour ne pas trop alourdir
son introduction (§ 57). De son côté, Lancelot crut préférable de faire
suivre l’indication des sujets de chaque distinctio (qu’il appela tractatus)
de l’énumération des arguments étudiés dans les partes (appelées ici
capitula). De la sorte, les §§ 42-56 ont été transposés dans les §§ 39 et 40,
qui ont fourni les titres des paraphrases de la Declaratio, tandis que
le § 41 s’est trouvé rejeté à la fin et a été imprimé presque sans
changements (1).

(1) Afin de donner une idée des transformations apportées par Lancelot au
texte d’Al-Fàrâbî, nous imprimons côte à côte le début de la Declaratio Compendiosa
et les passages correspondants des Didascalia.
DECLARATIO COMPENDIOSA DIDASCALIA
Nos autem erimus contenti isto modo, Nos ergo non erimus contenti isto modo
quod memorabimus tractatus et capitula set revertemur et memorabimur capitula
quae sunt partes minores eius summe que sunt partes minores eius summe,
quam perstrinximus in libris rhetorico­ quam perstrinximus (§ 42, f. 193 va,
rum Aristotelis ex quibus perficitur et 1. 19-20).
componitur ars ista. Neque est possibile Liber autem iste et partes eius primo
ut comprehendatur totum quod est in distinguuntur in tres tractatus, quorum
quolibet horum sub una autem inten­ quilibet continet distinctiones diversas eo­
tione. rum ex quibus perficitur et componitur
ars ista. Nec est potentia ut comprehen­
datur quod est in quolibet horum tracta­
Ideoque oportet comprehendi per dis­ tuum sub una aliqua intentione. Ideoque
tinctiones tractatuum et capitulorum, oportet comprehendi per distinctiones que
quae sunt in ipsis. sunt in ipsis (§ 39, f. 193 r a, 1. 19-23).
Nos igitur incipiemus nunc et adduce­ Nos ergo incipiemus et adducemus hoc
mus quod est in singulis ipsorum summa- quod est in singulis capitulis I tractatus
tim, ut facile fiat per talem nostram ex­ ut facile fiat per talem nostram expositio­
positionem sive glosam et formam ad in- nem seu glosam ad intelligendum et reti­
telligendum et retinendum totum quod nendum totum quod est in quolibet trac­
est in quolibet tractatuum et capitulorum. tatuum. Iam autem diximus... (§42, f. 193
Jam autem diximus quod liber igitur iste v a, 1. 20-23).
in tres libros dividitur. Primus liber con- Liber autem iste et partes eius primo
144 A L-FÂ R À B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Nous avions tout d’abord établi notre texte en collationnant le


ms. de Paris avec l’édition de Venise de 1515. Notre ami M. Langhade
nous a offert la possibilité de contrôler ce texte par sa propre transcription
de l’édition de 1481, dans laquelle il avait noté les quelques variantes
de l’édition de 1515 (1) et avait pris soin d’indiquer les références d’Al-
Fârâbï à la Rhétorique d’Aristote. Ses notes, que nous reproduisons pour
la plupart telles quelles, nous ont aidé à reconstruire les divisions du
texte de la Rhétorique. Sur ce point, les tables de Lancelot induisent trop
souvent en erreur. Faute d’avoir compris que le philosophe turc avait
examiné les chapitres I, 10-15 d’abord d’un point de vue général, ensuite

tinet tria genera, ex quibus fiunt orationes distinguuntur in tres tractatus (§ 39,
rhetoricales, sc. deliberativum, demons­ f. 193 r a, 1. 20 et 21).
trativum et iudiciale.
Secundus liber continet qualiter uten­
dum sit enthimematibus et exemplis.
Tertius vero liber continet in summa Tractatus vero tertius continet in sum­
qualiter utendum sit omnibus quorum ma qualiter utendum sit omnibus quorum
praecessit enumeratio in duobus libris in precessit enumeratio in duobus tractatibus
sermocinatione rhetorica et ordinem in sermocinatione rethorica et ordine (m)
cuiusque eorum ex partibus orationum cuiuslibet earum ex partibus orationum
rhetoricalium rhetoricalium (§ 41, f. 193 r b, 1. 17-23).
Primus itaque liber tractatus sex con­ Primus tractatus itaque continet sex
tinet differentias (§ 39, f. 193 r a, 1. 23-24).
Tractatus vero primus prologum libri Prima est prologus libri (§ 39, f. 193 r a,
et capitula novem continet 1. 24).
Capitulum I primi tractatus I libri ... quoniam I tractatus continet sex
continet narrationem eius, in quo com­ differentias et iam enumeravimus eas in
municant rhetorica et dialectica.1 eo quod preteriit. Nunc itaque propone­
mus unamquamque illarum differentia­
rum et ostendemus quod est in qualibet
earum. I capitulum est prohemium libri
et hoc continet novem partes. Quarum I
est enarratio eius in quo communicat re­
thorica et dialectica (§ 42, f. 193 v a,
1. 24-27).
(1) A notre avis, il s’agit d’une simple réédition du texte publié par Magister
Philippus en 1481. Il est vrai qu’on y relève certaines variantes meilleures que les
leçons de Y Editio princeps et nous avons pris la précaution de les indiquer. Cependant,
il nous semble probable que ces corrections ont été apportées en tenant compte du
sens de la phrase et sans avoir recours au texte du ms.
DIDASCALIA 145

pour en indiquer les arguments principaux, Lancelot a été amené à


imaginer que le premier livre se divisait en sept tractatus et que son ms.
présentait une lacune (1). Pire encore, il n’a pas compris que les para­
graphes 50 et 51 contiennent des observations d’Al-Fâràbï sur la mé­
thode suivie par Aristote dans l’étude des passions et il a divisé arbitrai­
rement ces paragraphes en chapitres qui faussent complètement le carac­
tère du texte. D’une lecture fastidieuse, cette distinctio d’Al-Fàràbï
mérite néanmoins de retenir l’attention, car elle nous révèle quels ensei­
gnements de la Rhétorique avaient intéressé davantage le commentateur
turc et comment ce dernier, tout en sachant qu’Aristote n’en avait pas
parlé, avait introduit un point de vue nouveau dans l’interprétation de
la rhétorique: savoir que cet art olfre à l’orateur le moyen d’inspirer
aux auditeurs des passions capables de les entraîner à des jugements et
à des actions contraires à leurs convictions (2).
Nous avons déjà dit qu’un seul ms. des Didascalia nous est parvenu,
le ms. latin 16097 de la BN de Paris, un codex miscellaneus datant des
dernières années du X IIIe siècle ou du début du XIVe siècle. Les pages
sont écrites en deux colonnes de 57 lignes chacune. Les Didascalia y
occupent les feuillets 188r-199v. Cependant, elles s’arrêtent en fait au
f. 196 v a, ligne 32. Au paragraphe suivant, commence, sans transition,
le Notandum que Gilles de Rome a fait précéder à son commentaire du
deuxième livre de la Rhétorique (3). Pour le contrôle de ce ms. nous ne123

(1) DECLARATIO COMPENDIOSA DIDASCALIA


Tractatus sextus et penultimus, quamvis ultimus primi $ 47 Et ciñerentia sexta
libri in prologo eius culpa exemplaris, est in quo po- continet ea ex quibus fiunt
nuntur res propriae iudiciis et controversis orationes que pertinent iu-
diciis
Tractatus septimus et ultimus neglectus in prologo primi § 48 Et Aristoteles posuit
libri exemplaris, est in quo Aristoteles posuit sermonem sermonem suum in iudicia-
suum in iudicialibus et in decem partes sive capitula libus decem partibus,
divisum.
(2) Voir au § 52 la «pars tertia» de la «Differentia I I a I I 1 tractatus».
(3) f. 49 r b de l’éd. de Venise de 1515: «Ad intelligentiam autem dicendo-
R e ch . - io
146 AL-FÂRÀBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

possédons que le fragment du § 5 cité par Jean de Jandun et la Declaratio


compendiosa. Le bouleversement que Lancelot a cru devoir apporter au
plan de la distinctio, l’a obligé à modifier le début de chacun des chapitres
rum». Le copiste a transcrit aussi une partie du commentaire de Gilles de Rome au
chapitre «Sunt autem passiones» (Ithêt. 1378 a 20).
En examinant le ms. nous avons eu l’impression très nette que l’écriture de
cette pièce diffère quelque peu de celle des Didascalia. Les lettres sont plus petites
et plus inclinées vers la gauche. Il est possible que le premier copiste ait laissé quelques
feuillets en blanc et qu’un deuxième copiste en ait profité pour ajouter aux Didascalia
ce morceau du commentaire à la Rhétorique de Gilles de Rome. La colonne b du feuillet
198 v et le feuillet 199 r et v sont en blanc.
POST-SCRIPTUM
A la fin de 1968, à une époque à laquelle nous avions déjà achevé cette étude,
le prof. Muhsin Mahdï a fait paraître à Beyrouth (éd. Dâr-al-Masriq) l’édition cri­
tique du i, ¿jk.il j ), d’Al-Fàràbï, basée sur les mss. Diyarbekir
1970 (le ms. le plus ancien de cet ouvrage qui nous soit parvenu) Feyzullah 1882
(Istanbul) Magmü‘ê-i- Kirmân211 (Téhéran) et Maglis-i- Süràï-Millî 595 (Téhéran).
Or, le ms. Diyarbekir 1970 présente des variantes très importantes dans le passage
que nous avons imprimé d’après le ms. Feyzullah 1882. (Voir le texte du prof.
Muhsin Mahdï p. 94-95.) Au début nous y trouvons la mention des trois thèmes des
prolégomènes alexandrins que le copiste du ms. Feyzullah a omis n ü y j . \j j-, q
Quant à la deuxième lacune que nous avions signalé dans ce texte, il s’agit
simplement d’un passage plus ou moins corrompu dans tous nos mss. (Diyarbekir:
L^.^, Kirmân: Maglis omis). Mais c’est surtout vers la fin que le ms. de
Diyarbekir nous a conservé un texte meilleur et qui change le sens de la phrase. En
effet il apparaît qu’Al-Fàràbï reprochait aux commentateurs arabes et alexandrins
leur engoûment pour ce schème étranger aux anciens péripatéticiens
up j J . çp oL JlLl L-k- -Lis ¿j*-j al» JUuL ijl ïij j ^ * *LLp 06
Lfh ^ Le _)j 4^-b-l IxS"” jjS”- ^busl ^ a-ts ¿^ j ¿^ eL-LsJb
AajLIIj ^ a dJbj oI a Oj L* ,j~¿Jlblk-J *>6 V_^SLH <_$J •
tpLx^JI ^5 j£- J í à Le j j L jJI j <Jc.ll Js -L L* j
« Car la plupart d’entre eux ont cru devoir en parler prolixement. Nous leur
laissons ces arguments. Aristote et les premiers de ses disciples y ont recours dans
l’introduction de chacun de leurs livres (seulement) autant que le besoin s’en fait
sentir. Parfois ils ne les employaient pas. Dans la plupart des livres Aristote a à peine
mentionné les plus importants de ces thèmes. Et c’est le but du livre et son utilité.
Souvent il mentionne la «filiation» et la «place» et parfois il indique en même temps
la méthode d’enseignement, dont il se sert dans ce livre. »
DIDASCALIA 147

de ses Tabulae. Par ailleurs, il y a transcrit son manuscrit presque sans


y apporter de corrections. Aussi, cette Declaratio permet-elle de combler
certaines omissions du ms. latin 16097 et d’en corriger certaines fautes.
Au cours de ce travail de collation il nous est apparu que le copiste du
ms. des Didascalia commettait assez rarement des erreurs mais que par
contre il lui arrivait souvent d’omettre des groupes de paroles, voire des
phrases entières. Sans doute, plusieurs obscurités du texte sont impu­
tables à des omissions de ce genre. Nous avons marqué par des astérisques
les lacunes du ms. de Paris, par des accolades celles de la Declaratio.
En règle générale, nous avons donné la préférence aux leçons du ms.
de Paris quitte à indiquer dans les notes celles de la Declaratio, lorsque
ces dernières n’étaient pas dues, de toute évidence, à la plume de Lan­
celot. Dans les cas, assez rares, où nous avons préféré les leçons de la
Declaratio, nous avons toujours indiqué dans nos notes les variantes du
ms. de Paris. Quant à l’orthographe, nous avons reproduit soigneusement
celle du ms. Nous ne lui avons apporté qu’une seule modification. Le
copiste écrivait les mots comportant le groupe « ti » suivi par une voyelle
parfois « ti » et parfois « ci ». Le plus souvent, cependant, ces groupes
de lettres sont indiqués seulement par des abréviations. En tenant compte
du fait que dans tous ces cas il est impossible d’établir comment le
copiste lisait ces mots, nous avons préféré unifier l’orthographe et écrire
toujours « ti ».
Trieste, le 12 septembre 1968.
TABLE DES ABRÉVIATIONS

( ) corrections ou adjonctions au texte du ms. 16097 BN de


Paris, que nous proposons.
[ ] lettres ou paroles superflues dans le ms. 16097.
* paroles de la Declaratio compendiosa omises dans le ms. 16097.
{ } paroles du ms. 16097 omises dans la Declaratio compendiosa.
K1H ÎCJÜI LoyJl ilkLl Éd. ‘Abdurrahmàn
Badawî, Le Caire 1959.
M Al-Fârâbï ilbAl tjk il éd. J. L anghade, Mélanges
de UUniversité Saint-Joseph, tome XLIII, fase. 3 (texte arabe,
critique et traduction française).
S V III Ibn Sîna, _ ilkLl t j k l l , éd. Ibrahim Madkour
et Salîm Sàlim.
TK1H Ibn Rusd, ilkLl , éd. ‘Abdurrahmàn Badawî,
Islámica 24, Le Caire 1960.
TK1S Ibn Rusd, , éd. Lasinius, Florence 1878.
F Abü Nasr al-Fârâbï.
H Hermannus Alemannus.
IS Ibn Sïnà.
IR Ibn Rusd.
ms. ms. latin 16097 de la BN de Paris.
E Declaratio Compendiosa, Editio princeps, Venise 1481.
E' Declaratio Compendiosa, Venise 1515.
DIDASCALIA

INCIPIUNT DIDASCALIA IN RETHORICAM ARISTOTELIS


EX GLOSA ALPHARABII
C apitulum primum prohemiale (1)

ms. latin 16097, f. 188 r a: Quoniam omnis novitas et inusitata


editio suspicate difficultatis horrorem inducunt (a) lectoribus et pavo­
rem, visum est michi Hermanno Alemanno transferre inde glose Alpha-
rabii in qua[m] introducitur in librum rethorice Aristotelis, quem nuper
transtuli ex arabico eloquio in latinum et ea que doctrinalia sunt pre-
libat (2) D eterminando quid est rethorica et in quo differt a facultate
oratorie ; et quot sunt libri partes et quot in unaquaque partium tractatus
et quot in unoquoque tractatuum capitula (b) continentur, et circa que
admodum introductorium spectare videntur. Hiis enim habitis, familiarior
(1) Titre d’après une note en bas du feuillet, note qui semble être le fait du
copiste.
En numérotant les paragraphes de notre texte, nous n’avons pas tenu compte de
cette introduction qui appartient à Hermann l’Allemand et non pas à Al-Fârâbï.
Dans le ms. lui-même, les paragraphes sont séparés avec soin, mais ne portent pas de
numéros. Toutefois, on retrouve au bas du f. 192 v deux indications: «capitulum
XXXVII de ordine huius libri ad ceteros libros loyce » et « capitulum dubitationis
orte ex premissis et est XXXVIII », qui correspondent à notre numérotage et prouvent
comment, déjà dans l’original, on distinguait l’introduction de Hermann du texte du
philosophe arabe. Toutefois cette distinction n’était-elle pas toujours observée, car
dans l’exemplaire employé par Jean de Jandun notre paragraphe 5 formait le «capi­
tulum VI ».
(2) Voir l’introduction.
(a) « h o n o re ïd ig e n t » . ( b ) « c a p i t a l i a ».
150 AL-FÂRÀBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

erit via ingrediendi ad ipsum textum et, si Dominus michi vite


concesserit indutias et strepitus impedimentorum submoverit ad totam
gloriam, fortassis exequentem (a) finaliter me parabo ; et forte ad plura
alia, que ad totius huius artis intelligentiam suffragrantur.
§ 1) I nquid Alpharabius: propositum nostrum est explicare quod
contextuit Aristoteles in libro suo, quem nominat librum rethorice.
Utilitas quippe eius, quod continet iste liber, maior est utilitate eorum,
que posuit in ceteris libris suis logicalibus, et necessitas eius urgentior.
Numeratur itaque rethorica inter artes nobiles et preclaras (1) et
est instrumentum eximium pertinens ad regimina civitatum (2) et
necessarium in legum directione (3). Et plures, i.e. viam sequentes
(1) Voir S VIII, p. 24, 1. 11 - 25, 1. 7.
(2) OJdl £j\jvX i ? La forme « ofw-G' » se retrouve dans le K1H p. 36, 1. 19
obuJldl j\ oLilll • Au § 31 F. enseignera qu’à défaut d’un philosophe, il appar­
tient au rhéteur de jouer le premier rôle dans le gouvernement de l’Etat. Cette thèse
de F. s’explique d’une part par le principe qu’en dépit de leurs imperfections — dans
sa ULill l û J J çXi> ùî ^yÇu |(i ÂJUj les enthymèmes sont définis comme des syllo­
gismes, dans lesquels le vrai et le faux ont parts égales — les argumentations
oratoires sont suffisantes dans les domaines où il est impossible d’atteindre la certitude.
Par la conviction des falâsifa, d’autre part, que le peuple est incapable de s’élever au-
dessus des arguments oratoires, conviction qui est implicite dans tout ce que F. nous
dit de la rhétorique et qu’IS a exprimée en toutes lettres au début de son al-Sifâ’ VIII.
(3) C.-à-d. «dans la démonstration des lois religieuses». Voir la Philosophia
Platonis de F. Nous retrouvons ici l’annonce de la thèse centrale du JJJJ j d’Ibn
Rusd, à savoir que les arguments employés par les législateurs religieux sont essen­
tiellement d’ordre rhétorique et qu’on ne peut s’adresser au peuple qu’avec des argu­
ments relevant de la rhétorique. A son tour IS devait s’inspirer de ces thèses de F.
quand il écrivait (S VIII, p. 22, 1. 4) JJ ^ iijLiUl, J L L * OUVt £>
Jx*' lç c <3 JJ jjU dlj j
•XÎj Aj LÂxJI ¿j A I ^3 ÛJj Âa ô j i ùî ç b Â
<u *ul£dl Ailiai-I 01 Lj j j 1 «aÍ jJI J p j J?* ^3 J-jli Ol^/JI 0l
VIII, p. 23, 1. 3) OLJI y» « . W 0^ y* _/AÍl ^ lilj
U jIS"" lili c 0l ^ J aaxH 0LJI» jl -LÂixj 01 ^OLJI
aLS”"Lio J oj-Ü> j j ■aLajj «cjàjj U? 9 LSj ¡j*
(a ) « e x e q u ë tâ ».
DIDASCALIA 15 1

communitatis (1), amplius se (a) intromittunt de actionibus huius


facultatis quam se intromittunt de actionibus reliquarum artium aut
potentiarum, que sunt prêter eam in logica. Vix enim invenitur quisquam
eorum, qui utatur demonstrativis aut dyalecticis seu topicalibus aut
etiam sophisticis nisi inquantum communicant (2) ista (b) cum
rethorica (3). Et sapientiores plurium (4) et acceptabiles apud ipsos
aspirant amplius ad notitiam (5) eius, quod continet ars ista, quam ad
ea que continent cetere partes logice, et conantur (6) plus ad diffinitio­
nem oratorie et ad inquirendum quid sit. Et non (c) solum faciunt hoc
sapientes seu industrii cuiusdam gentis prêter gentem aliam set in omni
sapientes nationum (7) qui aliquem habent ingressum in meditationem
et consultationem.

(1) Probablement újL* p.JUI A*!l c.-à-d. la voie du commun


des hommes ( ) opposée à celle des philosophes ). La même expression
revient dans la Préface du commentaire de la Physike Akroasis d’IR qui, en parlant
de Socrate, écrit : « Licet extimetur non distinxerit inter vias proprias et communes in
suis scientiis qui videbatur via propria procedere cum vulgo. »
(2) í Ij C j (KIH p. 1, 1. 8; TK1H p. 1, 1. 8); au sens propre avoir quelque chose
en commun.
(3) Rappelons que, d’après IS (S VIII p. 1), la dialectique est à la fois trop
difficile pour le commun des hommes et d’une utilité relative pour le philosophe. Elle
s’adresse surtout au petit nombre de personnes qui s’élèvent au-dessus du peuple mais
sont cependant incapables d’atteindre le niveau des véritables savants. Il ne nous
semble pas impossible que cette thèse d’IS, qui annonce déjà celle d’IR dans
JliLI J~ai, reflète des vues de F.
(4) Les plus savants des hommes communs (voir n. 3).
(5) Sans aucun doute « Jj^II » .
(6) oOS3 (K1H p. 9, 1. 8).
(7) On comprendra : « set sapientes in omni nationum ». « In omni nationum »,
la traduction littérale de l’arabe « ^ \ JT J»- Il n’est pas rare de rencontier chez
H. des traductions littérales doublées d’étranges inversions de mots qui, probable­
ment, étaient destinées à rehausser son style.
(a) « e t » , (b ) « i s t e » . (c ) m s . « e t s i » ?
152 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

§ 2) Incipiemus autem expositionem nostram (1) huius libri cum


rebus, quas consuetum est ponere in prologis glossarum (2), et sunt octo
res numero: sc. intentio libri (3) et convenientia tituli libri cum ipsius
intentione (4), et partes libri (5) et utilitas eius qui est in libro (6), et eius
proportio sive comparatio (7) et ordinatio ipsius (8), et modus doctrine
quo proceditur in ipso (9), et quis auctor ipsius (10). Primitus ergo noti-
ficabimus que sit intentio oratorie, et que sit intentio rethorice et qualiter
conveniat titulus proposito libri et que summa eius, quod contextuit in
eo Aristoteles. Et post hoc speculabimus in diffinitionibus, ad quas conati
sunt plures antiquorum sapientes oratorie (11), et comparabimus eas ad
(1) \xs-jJ: . Voir Al-Fârâbï, Commentary on Aristotles, Ilepl spfiïjvsiaç p. 23, 1. 17.
(2) Voir l’introduction.
(3) F., Le. p. 17, 1. 5 0 ¿ j í (ó axoTTOç).
(4) Voir F., l.c. p. 23, 1. 12. Les commentateurs alexandrins parlaient de
1’ aExia xîjç èiuypafpiaç .
(5) I bn S uwâr , Commentaire aux « Catégories » d'Aristote: 4 eiç t4
¡xápia Siaipeaiç.
(6) Voir F., l.c. p. 19, 1. 20 4^ 4^, t6 j(pY)ai(i.ov .
(7) Voir F., l.c. p. 19, 1. 19 _ Ibn Suwâr (l.c.) dira y y
Simplicius, Hypomnêma aux Catégories, CGA, vol. VIII, p. 8. luto ttoïov pépoç aù-roü
ttjç çiXoaotpiccç áváysToa . Notons qu’à en juger par la traduction de H. du TK1S ce
traducteur n’employait pas la particule sive ou seu pour rendre l’arabe <s*i ■ Il l’uti­
lisait seulement quand il rendait un terme arabe par deux synonymes latins.
(8) Voir F., l.c. p. 20, 1. 5 azJj , r¡ -rá^ic c.-à-d. la place du livre au sein de
la science qui y est étudiée.
(9) Voir F., l.c. p. 21, 1. 12 <u_Lj y i ô -vpÔKOç StSacrxaXtaç .
(10) I bn S uwâr , ; chez les com m entateurs alexandrins tô yvrjuiov,
à savoir le problèm e de l’authenticité de l’ouvrage.
(11) A plusieurs reprises, en particulier au § 28 de ces Didascalia, F. fait allusion
à une opposition entre la rhetorica et 1'oratoria. D’où l’importance de déterminer avec
exactitude le terme arabe que H. a traduit par oratio. Malheureusement le vocabulaire
de H. est sur ce point imprécis, ainsi d’ailleurs que c’est le cas pour la terminologie
arabe elle-même. Sermo correspond souvent à et à ¿ ÿ i\ qui — ajoutons-le —
dans le K1H ont été employés indifféremment pour traduire le grec Xoyoç . Par ex.
dans sa traduction du TKlS, H. parle de sermones poetici et de sermones fabulares, là où
le texte arabe porte et Ul_^l . D’autres fois sermo traduit
DIDASCALIA 153

hoc, quod explanavit Aristoteles de ipsis, ut declaretur nobis quantitas


eius, ad quod pertigerunt plures de eius diffinitione ; et tunc declarabitur
le terme arabe de . Par ex. la phrase du K1H p. 230, 1. 15 £_pj| j
Jill U r-üi L -J ^ l j J b* ■ My J M a été traduite: «Et
interdum dicitur exordium sermonis in demonstrativis quod semper est ex laude vel
vituperio vel sermo talis viri» (f. 139 v a). Exceptionnellement sermo a servi à traduire
(sermo ad alterum = _^J| Lbli du TK1H p. 1, 1. 6). Quant à l’expression
de sermocinatio, à en juger par un passage du TKlS (auctor sermocinatis — ^ISUil ),
elle doit correspondre plutôt à . Cependant les vocables ¿ ÿ j\ j et
sont ailleurs traduits tous trois par oratio. Ainsi la phrase d’IR dans son TK1H
p. 305, 1. 15 L^lky y v JpDI J u ¿Àilj est traduite dans la version
du K1H, au début du chapitre déjà cité (f. 138 v b): «Restat ergo nunc ut dicamus
de partibus orationis et de ordine ipsius. » Encore et toujours dans le même chapitre
oratio correspond à K1H p. 130, 1. 6: ^ ¿|| j >jü ùij y
« Et est prohemium quasi caput et principium seu exorditio tocius orationis. » Enfin,
dans nos Didascalia nous trouvons l’expression oratio creditiva et oratio inductiva credulitatis
(§ 21), sans doute la traduction de l’expression arabe Jj-udl ¿y¿\ (TK1H p. 316,
1. 10). Et qui plus est, toujours dans les Didascalia, on rencontre une fois (§ 32 fin)
l’adjectif rhetorii employé comme un synonyme de oratorii.
Dans ces conditions, il est évidemment impossible de reconstruire à travers la
terminologie latine celle de l’original arabe. Néanmoins de ce que F. nous dira aux
§§21 et 22 (où nous relevons l’expression orationes rhetorice), au § 25 (où l’on note la
phrase «lamentum non est nisi oratio quedam inductiva passionis») et aux
§§ 28, 31 et 32, il résulte avec certitude que notre philosophe parlait à ’oratoria à propos
des différentes composantes du discours rhétorique. En d’autres termes 1'oratoria était
pour F. une forme imparfaite de la rhétorique et non pas une éloquence d’un genre
différent. Un passage du -i „-J semble à la rigueur suggérer une autre expli­
cation: à savoir que F. opposait la U^Lli à la et qu’il considérait la qlU-l comme
une espèce du genre . Cependant ce terme de se trouve seulement dans le
ms. Escurial 646. Le livre d’Ibn Tumlus et le ms. du Caire publié par Amïn ont subs­
titué à i¿t>Ül le terme de i>lkA-'l et la traduction de Gérard de Crémone comporte
à son tour le terme de rhetorica qui, en règle générale, correspond à hlkQ . Il serait
donc imprudent de préférer aux enseignements des Didascalia une explication fondée
uniquement sur cette leçon du J j sujette à caution. Par surcroît, dans les
Didascalia F. oppose la rhetorica à Voratoria et non pas à la facundia et rien ne permet de
croire que H. ait traduit par oratoria le terme d’ ^ Â è t A J I (¿d- Gonzales
Palencia, p. 48) : «Loliai-1 ^Jl £¡UIj
^Jl pLJai-l
154 AL-FÂRÀBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

nobis quoniam diffinitiones eius date a pluribus sunt diffinitiones diffec-


tive. Et defectus, qui consequitur has diffinitiones, extat causa ut non
sit conquisita perfecte ars ista et ista facultas. Quando enim homo dif-
finierit eam aut diffinita ei fuerit non per ea, que complectuntur totaliter
partes ■— aut per ea (per que) non declarantur omnes eius partes, set
quedam eius partes — non assequitur homo per tales diffinitiones ex
partibus oratorie et rethorice nisi eas (a) partes tantum, que apparent
in ipsis. Ideoque oportet ut sit diffinitio talis, in qua exprimantur omnes
partes artis et omne illud, quod ars complectitur et per quod completur,
ut hoc modo universum eius esse et suarum partium plenius acquiratur.
Ad huius ergo manifestationem aliquantulum altius exordiemur,
dicentes quod notitia duarum est manerierum (1), quemadmodum iam
pluries dictum est: una vid. rei incomplexe in mente formatio; altera
vero compositionis rerum complexarum assertio seu creditio (2).
(1) Probablement TKlSp. 3, ;lA¿l J L , | ^ J¿jJ| Ii» ¿y XÜ (f. 152 va) :
« Iam ergo patet ex his que dicta sunt, quot sunt maneries representacionis. »
(2) F. fait ici allusion à sa division bien connue de la connaissance en connais­
sance intuitive et connaissance discursive. La première étudie l’« incomplexum de quo
queritur quid sit », la seconde le « complexum de quo queritur an verum vel falsum
sit», ainsi qu’Albert le Grand s’exprime dans son Expositio de la Isagoge (Op. Omnia,
vol. I, p. 8) citant expressément F. et IS. F. en parle encore au début de son
üUjJI dans le jk ll ms. Hamidiye 812 (Süleymaniye, f. 61 r) : ,L^/I j LIS ¿I j
JalijIJ J.¿ J Jjl J -L¿ JL)
2 ^ (Jj (3 (J'VSÎJ If JjJI
J ÓIaw» LsjLilj ójUil ¿jA J J J l j ( j ÓVI J-Âxii
ó» j r ji l ^.1 çXÔj 1^5 SSj L |j ^1 Lj ¿/Âx -b-lj JS~J
A son tour Ibn Bagga dans son commentaire au ôLa_^J| (ms. Escurial Arabe 612,
f. 71 v) précise que F. avait étudié l’intuition (JJ --II) dans son livre de la Isagoge, ce
qui nous est confirmé par le passage déjà cité d’Albert le Grand. Cependant ce livre
de la Isagoge de F. n’est pas le compendium conservé dans nos mss du jp l I , où
il n’est pas question de cette division de la Logique.
Formatio (rei incomplexe in mente) peut être la traduction de j j --Il ; « assertio seu
creditio» .
(a) « eos ».
DIDAS CALIA 155

[f. 188 r b] Et creditionis quidem seu credulitatis quiddam est certudi-


nale et quiddam (a) propinquum certudinali et quiddam persuasi-
vum (1). Et certudinale est illud, de quo creditur quod sic sit absque
sui aliqua contradictione (b) (2) et quoniam non est possibile aliter se
ipsum habere. Quod autem est prêter certudinale, duarum specierum
reliquarum est: illud, de quo creditur quoniam sic est absque suo con­
tradictorio et quoniam possibile est aliter se habere; sc. quod possibile
est ut cum hoc sit eius contradictorium. Propinquum certudinali quid­
dam est, cuius nec estimatur contradictorium aut cum difficultate admit­
titur; verumptamen secundum veritatem contradictorium habet. Per-
suadibile autem est cui acquiescit anima; et hoc est ut cadat assensus
anime in aliquid, quoniam sic est absque suo contradictorio; et tamen
existierit cum hoc suum contradictorium et cum facilitate admittit
ipsum, nisi quod mens declinat (3) amplius ad unum contradictorium
quam ad alterum. Set hoc excedit in multitudine declinationum anime
ad aliud contradictoriorum et paucitate, et fortitudine et debilitate (4).
Et universaliter (c) erit quidem credulitas persuadibilis seu sufficiens,
quando fuerit mentis declinatio ad alterutrum ipsorum et si sit declinatio
(1) Nous retrouvons la même division du j. i ,-ll en trois degrés au début
du â VIII p. 1, 1. 2: ô^liâll L ¿jdLJI
Persuasivum correspond le plus souvent à ou à son synonyme ^ X ¿ \ . Toutefois
H. emploiera ici comme synonymes persuadibile et persuadibile seu sufficiens. En tenant
compte de ce seu, il nous semble probable que ces trois adjectifs traduisent un seul terme
arabe, vraisemblablement (voir la définition d’IS). Quant au terme de creditio,
il faudra se rappeler que chez les falàsifa il indiquait non seulement le jugement porté
sur la « compositio rerum complexarum », dont il est question au passage précédent,
mais qu’il avait aussi la valeur du grec mcraç (voir le paragraphe suivant).
(2) Contradictio: à en juger par le passage parallèle du M. 250 b, p. 93 j Lu>,
contradictorium U. (IS ^ c\ ).
(3) JL» ; declinatio JJ.I .
(4) On comprendra : « In multitudine et paucitate, et fortitudine et debilitate
declinationis anime ad alium contradictorium. » Voir M. 250 a, p. 93.
(a) « q u id ’ » . (b ) « g tr a d ic to S i » . (c ) « u l ’is » .
156 AL-FÀRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

modica, dummodo sit alterutri contradictoriorum (a) excessus aliquis


apud mentem respectu contradictorii alterius (1).
§ 3 Et unaquaque istarum credulitatum trium quandoque ha­
betur per sillogismum et quandoque absque sillogismo. Certitudo (2)
quidem que fit absque sillogismo est certitudo habita per propositiones
primas, ut omne totum maius est sua parte. Et certitudo habita per
sillogismum est scientia habita per demonstrationem (3). Et utrarumque
harum esse iam declaratum est in Libro Demonstrationis, vid. in libro
Posteriorum Analiticorum (4). Et credulitas (5) propinqua certitudini
fiens absque sillogismo est credulitas inducta ex probabilibus (6) et ex
habentibus se ad modum ipsorum, et ut habeat res testimonium in rebus
pluribus. Et propinqua certitudini fiens per sillogismum est credulitas
inducta (7) per sillogismos topicos et per inductionem (8). Et iam patuit
de utrisque in libro Topicorum.
(1) Nous retrouverons la même théorie dans le premier chapitre du S VIII.
Cependant IS considère que la simple declinatio anime (IS ,j—¿J1 J;-) ne constitue pas
un véritable assensus mais un simple | . L’assentissement se produit seulement
quand l’existence du contraire a été niée, fût-il même à tort (S VIII, p. 4).
(2) óOJI
(3) ù M
(4) Probablement une glose de H.
(5) ¿J-UalJI
(6) o I ! en grec ëvSo^a. IR dans son TK1H p. 20, 1. 11, lui donne comme
synonyme . Voir Rh. 1356 b 29 JJI Ljil aà~s t«âj I C—jJj
- ¿ j! j\ JT X p Cj
H. : « Et non pertinet rhetorice quod ipsa recipiat vel consideret probabilia secundum
unumquemque hominem ut Socratem et Kalliam. » Nous aurons encore l’occasion
de constater que H. avait une connaissance profonde de la logique arabe et qu’il savait
en rendre les termes techniques par leurs équivalents latins (voir par ex. § 31, n. 1 ).
De même dans sa version latine du TK1S il traduit par sinkategoreumata
similitudinis.
(7) ¿jT
(8) .lyh-yl
(a) « g d c ô riü ».
DIDASCALIA 157

§ 4) C redulitates autem persuasive seu quandam habentes suf­


ficientiam (1) fiunt etiam quandoque per orationes et quandoque non
per orationes (2). Et fientes non per orationes fiunt equidem seu indu­
cuntur ex octo rebus (3) ; quarum una est credulitas inducta per asser­
tionem alicuius asse[r]rentis aliquid de aliquo particulari singulari sive
generali (4), firmantis dictum suum testimonio alicuis alterius a se, aut
unius aut duorum aut plurium; licet non pervenerit res ad hoc ut sit
famose probabilitatis (5) et divulgata in ore plurium, ut retulit de eo*•
(1) loiil voire LphlVI OÜb-Usdl . Dans le K1H: cjLlííI .
(2) K1H: J , ¿ p c.-à-d.: ¿cts^voi xaXotipevat niazeiç. Ces
passages prouvent que notre ms. du iUJJl p. 71, 1. 3 J]| .„-11
contient sans aucun doute une faute. Il faudra le corriger d’après le texte d’IR en
j J.■ ... Jj| , - , l i „-ll (H. f. 92 r a, 1. 16: «Et oportet ut consequenter dica­
mus de effectivis credulitatis absque arte seu artificiosa. »
(3) Il est à peine nécessaire de rappeler qu’Aristote, suivi par IR, n’a énuméré
dans sa Rhétorique que cinq preuves indépendantes de l’art (à-renvoi niarsiç). A son
tour, dans le dernier J de la deuxième ÜJLÂ. du S VIII, IS ne parle que de ces
cinq preuves. Toutefois, dans le II J p. 9-10 de la première UUU , il étudie aussi
les trois preuves indépendantes de l’art que F. avait ajoutées à celles indiquées par
Aristote. Or, il en résulte que ces trois preuves sont les miracles (preuve 5 de notre
texte), l’expression de la figure et des gestes de l’orateur (t¿>ÙTtroxpmxôv elvat 1404 a 16)
(preuve 8) et le témoignage des prophètes (preuve 6) opposé à celui des témoins ocu­
laires (preuve 1). Cette dernière distinction remonte de nouveau à Aristote (1375 b
pàpTLpéç stm StTTOt, oí pèv mxXoctot oî 8è 7ipocrçaT0Î) ainsi que le prouve le texte
d’IS qui oppose le témoignage fondé sur les paroles des prophètes, des imam, des sages
et des poètes à celui des témoins oculaires. _,î ^L.1 ^.1 Jÿu \j
• j
(4) On comprendra : « La conviction engendrée par les affirmations faites à
propos d’un problème particulier concernant une ou plusieurs personnes et qui sont
appuyées sur les dires de quelques témoins. » Sans doute cette définition s’explique par
la nécessité de maintenir le principe, essentiel aux yeux de F., que les problèmes par­
ticuliers eux seuls constituent l’objet de la rhétorique, tandis que les problèmes généraux
relèvent de la dialectique. Voir le § 11.
(5) A l -G azali, Logica : « Famose (propositiones) sunt sicut quas vulgo dicente
didicimus, sic hec quod Egyptus est quamvis numquam videmus. De quo si nullatenus
dubitaverimus vocabitur famosa. Non debet autem equaliter credi omnia famosa. »
158 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

primus relator (1). Et probabilia usitata in dyalecticis inducunt quidem


credulitatem etiam ex testimonio; set tali testimonio, quod aut est
omnium aut plurium. Credulitas vero inducta a testimonio istic est
accidens absque testimonio omnium et absque testimonio plurium. Et
credulitas sumpta a dicto aliquorum cuiuspiam artis aut probabilium
illius artis aut (a) sumpta a dicto probabilium in scientia et sapientia
aliquarum nationum, est credulitas fiens etiam a testimonio unius aut
duorum. Et hoc quoque usitatur in dyalectica et habet se admodum
probabilium; nisi quod differentia inter hoc testimonium et illud, cuius
hic fecimus mentionem, est (b) quoniam illud testimonium procedit ab
aliquo particulari sensibili; illud vero a veritate propositionum univer­
salium (2). Et hec sufficientia seu persuasio (c) (3) sic inducta et hic
assensus in dictum talis dictoris (d) est ab aliquo, quod est extra ipsum
dictorem (e) (4).
§ 5) Et altera est credulitas inducta per dictum alicuius aut eius
relationem, cuius dictio provenit (5) ; aut contentianti (f) est lex

(1) Sans aucun doute Aristote. Dans le § VIII, les expressions de ^Ldl
et de ^Ull indiquent l’enseignement d’Aristote et Aristote lui-même.
(2) Le texte de notre ms. contient assurément des fautes. Peut-être, faudrait-il
apporter cette correction « hoc testimonium » à la phrase « illud testimonium est quod
precedit ab aliquo particulari sensibili ». On pourrait alors comprendre que le témoi­
gnage employé dans la rhétorique s’appuie sur les dires d’un petit nombre de personnes,
alors que la dialectique se sert des principes universellement admis.
(3) SeLill c.-à-d. la persuasion engendrée par les déclarations de quelques
témoins.
(4) La forme dator de notre ms. et celle de doctor de la Declaratio compendiosa ne
sont que des mauvaises transcriptions du terme dictor, la version littérale de l’arabe
jnai •
(5) Nous croyons comprendre: l’affirmation d’une personne ou le récit (<¿1 j J \)
de ses paroles. On songera inévitablement aux du Prophète.
(a) « a ». (b) « et ».
(c) ms. «persuado», (d) ms. «datoris».
(e) ms. « datorem ». (f ) ms. « contentianci ».
DIDASCALIA 159

propria (1). Leges enim et mandata (a) antiquita seu pretérita, quemad­
modum dicetur in sequentibus, duorum sunt modorum. Quedam enim
sunt lex propria cuidam genti absque alia gente et in quodam tempore
absque tempore alio (b), ut quod non comedatur porcina et ut non decol­
letur (c) animal et hiis (d) similia. Alia sunt que lex communis (2), que
non magis pertinet uni genti quam alii, neque magis spectat ad unum
tempus quam alterum (e), ut quod non oportet ut perperam agas (f)
adversus eum qui te non offendit et ut non perperam agas erga parentes
et ut velis alteri quod tibi vis fieri, et ut honor exhibeatur amicis et
propinquis (g) cum liberalitate beneficiorum; et que sunt hiis similia.
Fortassis quod (h) interdum contrariatur lex propria legi [f. 188 va]
communi. Non enim in quibusdam legibus propriis (i) necessaria est
seu debita beneficiorum exhibitio amicis et propinquis. Necessaria autem
est in lege communi, et debita. Et multotiens impeditur quis a bene-
facendo amico (k). Mox ergo prorumpit in querimoniam eius amicus,
set conatur alter asserere (1) et ostendere hoc eius factum non habere
turpitudinem, cum sit (m) convenientiam habens cum lege propria.
Querulosus vero nititur testificari per legem communem (n) quoniam (o)
turpiter egerit (p) contra ipsum (q). Et tu declarabis hoc ex eo quod
iudicant (r) arbitri seu (s) mediatores. Interdum enim mediatores
(1) S*»UJ 3i_JI c.-à-d. le v6[xoç ÏSioç. IS écrira tour à tour S~¿>U-'I SuJI ou
Sj_p¿Cll c-JI (§ VIII p. 94: la loi écrite). Dans TKIH IR emploiera toujours cette
dernière expression.
(2) i.UI LJI voire SS"JLiil S^JI c.-à-d. le vôpoç xoivoç (Rh. 1373 b, 3): la loi
commune à tous les hommes, donc la loi naturelle. Voir § VIII p. 14, 1. 1:
JSUJI Jl S..UJI Jj £jlàJI Jl —U V J3I SS"J itl\ Sajj^JI .
(a) J(ean) d(e) J(andun) «precepta». (b) ms. «absque gente tempore alio».
(c) J4J «et quod non decapitetur aliquid», (d) JdJ «ethuiusmodi hiis similia».
(e) JdJ « que non magis spectat ad unum tempus quam ad aliud nec magis pertinet
uni genti quam alteri ». (f ) JdJ « perperam agere ». (g) JdJ « et propinquis »
ornis, (h) JdJ «autem», (i) JdJ «propris» omis, (k) JdJ «amicis». (1) JdJ
« affirmare ». (m) JdJ « sit tamen ». (n) JdJ « propria ». (o) JdJ « que ». (p) JdJ
«egit», (q) JdJ «eum» (r) ms. «inducant», (s) ms. «sex».
160 AL-FÂRÀBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

iudicant per legem (a) communem ; judices vero iudicant per legem pro­
priam (1). Et similiter pervenire ad extraneum ex amicis (2) et repeti­
tionem pecunie a parentibus (b) et statuere eos ante tribunal iudicum
non est turpe aut inhonestum in lege aliqua propria. Set iudiceris, est
ut fedum in lege communi. Et est quidem lex propria per convenientiam
et consensum cuiusdam gentis in rem aliquam et eius positionem, quam
vel posuerunt vel consensúen! (n)t in eius constitutionem. Aut posuerunt
eis alii et ipsi concorditer reciperunt (sic) eam ab eis (3). Quando ergo
aliquis disentit ab universitate huius gentis et a lege, in quam consuerunt,
alius vero consentit et dicit hoc quod conveniens est huic legi, recipietur
eius dictum et pro vero (h)abebitur. Alterius vero dictum repudiabi­
tur (4). Et hoc quoque credulitas inducta per aliquid est, quod est
extraneum a dicente.
§ 6) Et tertia est credulitas inducta per dictum alicuius, in cuius
dicto comprehensa est conditio (5), quoniam condixerunt ipse et suus
adversarius. Pacta (6), que pepigerunt, et pacta, in que consensuerunt
antea, convenientia (c) sunt dicto suo. Et hee conditiones et pacta
(1) Voir S VIII p. 94.
(2) Nous croyons comprendre: avoir recours aux juges plutôt qu’aux arbitres.
(3) Les exemples de « lois particulières » qui figurent au début de ce paragraphe
prouvent assez que F. entendait par lex propria en premier lieu les lois religieuses.
Toutefois, vers la fin de ce paragraphe notre philosophe montre-t-il avoir compris
mieux que les autres falàsifa arabes, comment le vôpoç ÏSioç était pour Aristote un
droit positif que le peuple de chaque pays établit librement ou, du moins, accepte
de son plein gré de la main d’un législateur. Vraisemblablement F. s’inspirait de la
Rh. 1376 b 7. xal ôXwç ó vopoç auvOrpa) tlç ècrri Ljlif i_JI f . Mais
seul, notons-le, il a déduit de ce passage qu’il appartient au peuple de participer à
la formation de la loi particulière.
(4) Notons cette affirmation catégorique que les juges doivent appliquer la loi
écrite, qu’on ne retrouve pas dans la Rhétorique et appartient en propre à F.
(5) Conditio, condixerunt probablement t Ljli ; voir TK1H p. 124, 1. 5.
(6) jàJI ? S VIII p. 14, 1. 3 SjisU» .
(a) Dans le ms deux fois « mediatores iudicant per legem».
(b) « apparentibus ». (c) « añ ag’encâ ».
DIDASCALIA 161

quedam scripte sunt in cartis (1) et posita sub sigillis (2); observantur
utique ut per scripturas universitatis aut per scripturas quorundam
aliorum. Et fortassis habent testimonia seu testes super illa pacta et
fortassis causidici (a) omnes concedunt (b) pacta antecedentia. Quoniam
ergo dictum illius dictoris (c) conveniens fuerit pactis antecedentibus,
que sunt in scriptis aut sub sigillis, aut ad que sunt testes ydonei, aut
in que consentit universitas (3), etsi adversetur unus illius universitatis
dictis illius dictoris (c), erit nichilominus creditum eius dictum absque
dicto sui adversarii, qui recedit ab eo, quod dederat primitus ex se ipso.
Et quando fuerint testes ad hec pacta, non provenit credulitas dictis
illi(us) dictoris (c) primo per testes, set per pacta. Et pacta sunt observata
et credita propter testimonia testium (4). Ista autem pacta et conditiones
sunt lex quedam et forma (d) quedam, nisi quod non sunt nec lex com­
munis nec lex propria (5). Set conveniunt in eas atque consentiunt duo
aut collegium quoddam modicum, qui spectant consequi ex eis utilita­
tem. Et fortassis erit ista conditio contraria legi proprie et communi;
verbigratia aut quod conveniant aliqui duo in commutationem rei ali­
cuius, ita quod emptor non vendat (e) eam nec distrahat a manu sua,
set ut usui proprio reservet. Et postmodum recedit emptor a conditione,

(1) Carta, plus loin scripta ‘\JC -II ?


(2) oSU=-JI .
(3) Avouons que nous n’arrivons pas à comprendre ce que F. entendait par
« scripture universitatis » et par les « pacta in que consentit universitas », dont il est
question par la suite.
(4) Rappelons que, d’après le droit islamique, la validité des actes enregistrés
par le q a d ï se fonde sur le témoignage des personnes présentes à la stipulation de l’acte,
dont les noms sont indiqués dans le Lj,
(5) § VIII p. 10, 1. 2 : U
J p ù!.t*Ud.l . A son tour IR définit les conditiones (JJIyJI) Une ÏJj*-
(une loi particulière partielle) TK1H p. 124, 1. 14.
(a) «causilici». (b) «concedit», (c) « doctoris».
(d) « foq ». (e) « uêtat ».
Rech. - il
162 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

que antecessit. Trahitur ergo in causam ab altero, qui probat condi­


tionem habitam inter ipsos. Statur ergo et creditur dicto ipsius, quamvis
emptor refugiat ad legem propriam vel communem (1). Et ista quoque
credulitas inducta est per rem extraneam ab ipso dictore (a).
§ 7) Et quarta est credulitas inducta propter iuramentum. Cum
enim quis narrat aliquid seu aliquam inducit assertionem, firmans eam
iuramento, creditur verbo illius et recepitur tanquam pro vero. Q uinta
est credulitas inducta per dicta vel facta externa alicuius quasi miracu-
losa vel vere miracula, in quibus adversarius ipsius vocatur (? b) ei
coequaci (2). Et sexta est credulitas inducta per verbum eius qui cru­
ciatibus diversis aut minis (c) cruciatum impetitur ad extorquendam
veritatem. Cum enim quis affirmat aliquid aut asserit et nullo cruciore
aut penarum inflictione potest cogi ut ab hac assertione recedat, creditur
dicto eius. Non enim videtur quod quis in talibus tormentis perservera-
ret nisi suffultus veritate (3). S eptima est credulitas sumpta ex verbo ali­
cuius, qui reputatur apud nos vir magne honestatis et in cuius ore non
est inventum mendacium (4). Et octava est credulitas sumpta ex dicto
alicuius, cuius vultus constantia et habitudo faciei et totius corporis
[f. 188 v b] gestus talis est et tam securus, quam (si) rem ipsam proprio
intuitu acceperit aut aliquo alio modo certitudinali ipsam cognoverit;
ut, cum aliquis narrat rem horribilem quasi in proximo eventuram et
quasi instantem et eius habitudo est tamquam habitudo terrefacti et
cetera omnia gestuum ipsius correspondent huic horrori, inclinantur ad

(1) Cette affirmation ne figure pas dans la Rhétorique. Elle appartient de nouveau
à F. qui a ébauché ici une théorie des contrats.
(2) Vocatur ei coequari, «sans aucun doute», . Voir M. 260 a, p. 135 et IS,
^ VIII p. 9, 1. 14 qui écrit. ^h.5 •Cs. ÿ y t h i_h¿ L»!j
. ¿9 jJïsJ1 ^ h ¿y. Uj S IL ello V j
(3) V. § VIII p. 10, 1. 6.
(4) Voir § VIII p. 9, 1. 7.
(a) « doctoris ». (b) « u’o ». (c) « nimis ».
DXDASCALIA 163

dictum eius anime audientium (1). Ista sunt ergo ex quibus accidit cre­
dulitas possibilis, que est sufficientia persuasiva (2) absque ratiocina­
tione, si (a) induxerit hanc credulitatem auditoribus.
§ 8) E t in hiis rebus, quam enumeraverimus, non est quod pro­
hibeat quoniam intercedat rethorica seu allocutio et ratiocinatio. Ve-
rumptamen ipsa per se proprie non est inductiva credulitatis, set ductiva
in credendum et fortificativa earum rerum, que per se persuasive sunt
et aliqualiter (b) acquirentes sufficientiam in animabus auditorum. Verbi
gratia cum quis prestat iuramentum, fortassis adversarius non est... (c) de
eius iuramento. Accedit ergo rethor et sua rethorica decorativa iura-
menti inducit adversarium ad acceptandum iuramentum. Et similiter
procedit in pactis et in ceteris conditionibus, que versantur in causis ad
augendo et fortificando eas, ut per ipsas habeatur intentio quesita (3).
§ 9) P er credulitatem autem inductam per orationes (4) non
intelligitur credulitas, que fit ab aliquibus istarum rerum , quarum pre-
hab ita est m entio, cum adiuncte fuerint ipsis orationibus. Im m o non
(1) Voir § VIII p. 9, 1. 1-3.
(2) âpLJUI j a J j-UcJI. Pour Ia signification du terme de Sptüil, vo*r
la définition qu’en donne F. dans le M. 247 b, p. 87. Quant à l’expression --Il j , .t

f à notre avis elle a été calquée sur les paroles , 11 de la définition de


la rhétorique dans le K1H I, 2. Dans notre passage on entendra: le maximum d’assen­
timent qu’on puisse obtenir par des arguments non sillogistiques (voir la glose d’IR
à q£j.l dans le TK1H p. 15).
(3) Nous retrouvons cette théorie chez IS (S VIII p. 12) qui distingue trois
formes (jsL^>î) ou mieux trois instruments de la rhétorique:
Io les arguments, dont on se sert pour prouver ses propres affirmations (¿yí-)
2° les artifices (J.j. 1) destinés à gagner les sympathies des juges et des auditeurs,
voire même de l’adversaire;
3° le secours ^ -,|l), Par lequel on renforce les arguments entraînant par eux-
mêmes la conviction.
(4) . On comprendra: les arguments oratoires, ^ J | . § VIII p. 18,
1. 4: j à V JIS"" ^^jJI ¿y pàÿ-i h ^ lbt>
(a) « sisi ». (b) « aliq ». (c) « ëpitat’ ».
164 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

intelligitur per ipsam nisi credulitas seu fides (1), quam efficiunt et ad
quam cogunt ipse orationes primo et per se. Tales autem orationes sunt
composite seu complete ex (pro) positionibus secundum aliquam ternam
dispositionum: videlicet aut ex propositionibus veris, necessariis, verump-
tamen erarum complexio non concludit conclusionem (a) necessario, set
videtur quod concludat; aut ut sit oratio, cuius propositionum com­
plexio concludat conclusionem necessario, verumptamen propositiones
ipse contingentes (2) sunt nec sequitur altera alteram consecutione sem­
piterna seu necessaria; aut ut sit oratio, in qua coniunguntur utreque
res simul : sc. ut sint propositiones contingentes et complexio earum non
concludens conclusionem necessario. Et quando in oratione coniungun­
tur due res, sc. ut sit complexio concludens necessario et propositiones
item necessarie, erit conclusio producta ex eis certitudinalis, precisa ( ? b)
dubio, sive certificativa, et non persuadibilis sive sufficientiva. Si ergo
fuerit credulitas efficacia ( ? c) quasi persuasiva et modo sufficientie (3)
inducta per orationem, oportet ut propositiones talis orationis sint
secundum aliquam dispositionum memoratarum (4). Propositiones autem
(1) Dans ce passage, peut-être ; TKlS p. 8, L^ju-Î îLi-b j ,
j LïxpVI J* JV r^ r j\ Jilo ç'jS' ÿ f Sj Uj ¿¡JU- J p (J-tj, f. 155 r b:
« Sunt in summa due habitudines, quarum una est habitudo significans morem et
consuetudinem, ut qui loquitur sermonem intelligentis aut sermonem iracundi; et
altera est habitudo significans hominis credulitatem seu opinionem. »
(2) ¿ f j ou . Voir la définition des dans le M. 249 a,
p. 89; TK1H p. 21, 1. 6.
(3) L’alternance de persuasio et sufficientia, persuadibilis (persuasivus) et sufficientivus
s’explique sans doute par le fait que les verbes et signifient tour à tour
« se contenter » et « se persuader », « satisfaire » et « convaincre ». Parfois, il est mal­
heureusement impossible d’établir si persuasio traduit (l’acte de persuader) ou
ïp LJSJI (Ia persuasion). Voir la définition de ces deux termes dans le M. 249 a, p. 89.
(4) Nous croyons comprendre que les prémisses des syllogismes employés dans
la rhétorique doivent être contingentes ou tout au moins que l’union établie par le
moyen terme entre les deux extrêmes ne doit pas avoir un caractère de nécessité car,
autrement, le syllogisme cesserait d’être rhétorique. Or, dans le M. 256 a, p. 117
(a ) « c o n v e rs io n e m » . (b ) « p ro c is a » . (c ) « e f f iâ c a » .
DIDASCALIA 165

contingentes aut sunt contingentes apud nos tantum, aut apud nos et
in se ipsis, quemadmodum iam pluries dictum est (1).
§ 10) Qualiter vero oporteat se habere propositiones harum
conrationum (2), si per quendammodum (? a) habeatur fides ex hiis,
ita ut imperentur (3) ad hoc ut fiant propositiones sillogismi, erit utique
duobus modis. Oportet enim ut sumamus fidem ex ipsis altero duorum
modorum : aut secundum quod sunt probabiles, notorie, famose (4) ;
F. a enseigné qu’il ne convient pas au rhéteur d’avoir recours à des formes de raison­
nement étrangères à son art, une thèse qui a été reprise et développée par IS (S VIII
p. 1 et 2).
(1) Voir M. 249 b, p. 91.
(2) Conrationes, conditiones. Nous ne connaissons pas, dans la langue arabe, d’équi­
valents de ces deux termes, dont le deuxième revient encore deux fois sous la plume
de H. dans le § 23 (passage examiné à la note 2) et dans le § 17 (passage examiné à
la note 5), où conditiones a comme synonyme ditiones composite. Dès lors, il faudra ad­
mettre que H. traduit par conrationes une expression telle que Z ÿ ii\ (voir
M. 256 a-b, p. 119) et par conditiones üJjil ou JiÜJ^I . Dans la tra­
duction du TK1S compositus correspond à y i y et compositio à et j .
TK1S p. 1: ^ dJlill, ôUo--j ùhîl ïîtf 4-pdlj L sbJj f- 151 r b: « Modi
autem imaginationis et assimilationis tres sunt: duo simplices et tertius compositus ex
illis.» p. 8: ^yj| ¿11IJ jótil jaJll jxJJÍ £ \ji\ y J iîJ.1 Í-U -LÁJ Ici J
4ÂJÎlj l| y f- 155 r b: «... et facit quidem acquirere animam hanc habitu­
dinem in una quaque specierum poematis tonus conveniens illi speciei per eius sim-
phoniam et compositionem ipsius» p. 8: jU-^l <bj j y-.: ¿>î j ÿ , ¿Jl-iS" f 155 r b:
« Sic oportet ut credatur esse in simphonia metrica et in eius compositione. »
(3) tbjî Au § 14 nous trouverons l’expression directiva seu imperativa. TKlS
p. 10: jJI 'J y l ¿>í LU l \ í Lí J f óí dllij f- 156 r a: «Omnis enim representacio
aut imperat sibi locum per representacionem sui contrarii etc. »
(4) Ijj+ iW id Lili . Dans le M. 256 b, p. 121 F. parle d’un J \j
. Toujours dans le M. 261 b, p. 141 et 268 a, p. 165 F. précisera que la rhéto­
rique emploie exclusivement les notions courantes chez le peuple
indifféremment si en fait elles sont vraies ou fausses. IS répétera l’enseignement de F.
presque avec les mêmes mots (S VIII p. 21, 1. 6-8) ^ÀJI y , ... J-U-l ( jSLitil')
¿kll y ô^SL clbaTlj y Voir aussi S VIII, p. 7.

(a) « qmodü ».
166 AL-FÀRÀBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

aut secundum quod sunt sensibiles. Et fides, que fit per aliquid causa
sue probabilitatis, est egrediens a credulitatibus seu remota ab eis, quas
enumeraverimus esse ex eis, que non fiunt per orationem. Omnes enim
res ille inducunt aliquid credulitatis per modum sufficientie ; res vero
probabilis (a) fidem inducit propinquam certitudini. Set ista sunt que
sumuntur (ex) propositionibus et orationibus, que per se faciunt suffi­
cientiam menti (b). Quando ergo complectuntur ut accidat per eas
sufficientia, oportebit ut sint in aliqua dispositionum trium, quas memo­
ra (vi) mus (1). Et similiter id, per quod accidit fides in sensu, egrediens
est ab illis, quamvis sit fiens non per orationem. Illa enim inducunt
sufficientiam; sensus vero certitudinem. Hn ergo duo modi, quamvis
fidem faciant non per orationem, sunt dicti extra numerum illarum octo
rerum, quarum fecimus mentionem, propterea quod iste due non indu­
cunt sufficientiam. Immo probabilitas generat oppinionem propinquam
certitudini; sensus vero ipsam certitudinem (2).
§ 11) Earum autem orationum que efficiunt sufficientiam, interdum
contingit ut sint conclusiones universales et interdum ut sint singulares,
individuales (3). Et quod usitatur de istis in declaratione conclusionum

(1) Nous croyons comprendre: Mais ce sont les principes généralement admis
(oi.w il) qui sont employés pour les prémisses des syllogismes et pour les discours.
Par conséquent, quand ils sont réunis de manière à apporter la conviction, ils seront
soit nécessaires en eux-mêmes mais ne découlant pas nécessairement l’un de l’autre,
soit contingents et découlant nécessairement l’un de l’autre, soit enfin contingents et
en même temps dépourvus d’enchaînement nécessaire.
(2) Voir M. 262 a, p. 143 et 268 a, p. 165.
(3) Nous retrouvons une affirmation tout à fait analogue dans le TK1H p. 20,
1. 1. De son côté, IS énonce le même principe, tout en faisant noter qu’à l’envers de
la dialectique, la rhétorique trouve son application principale dans le domaine du
particulier (S VIII p. 7, 1. 8). Or, cette thèse d’IS que la rhétorique est avant tout
un instrument pour l’étude des problèmes particuliers (voir aussi la conclusion de la
longue analyse sur les différences entre la médecine et la rhétorique dans le S VIII
p. 31-32) correspond exactement à ce que F. a enseigné au début du § 15 de ces
(a) «rei vero probabili», (b) «mte».
DIDASCALIA 167

universalium, usitatur quandoque in scientiis [f. 189 r a]. Non quod


sit una scientia ut usitentur in eis iste orationes ( 1) ; set hoc fit aut
secundum viam erroris (a) (2), aut secundum modum manifestationis (3),
aut secundum exigentiam auditoris (4). Aliqua (b) autem propter quod
Didascalia et s’explique par la définition de la rhétorique dans l’« ancienne traduction »
arabe (K1H p. 9 .u-lj JT ,j £hWI ,_ilSo" l ÿ h j j k j J i i Rhet.
1355 b, 25-26 gcmo 8ï) prjTopoci) Sùvapuç rapl sxaatov toü fietopijoat -ro sv8exÔ[/.evov
TU0avóv . En effet, en traduisant les paroles ropl éxanrou (sur chaque sujet) par :
¿y Os-lj JT j (sur chaque sujet particulier) l’auteur de cette traduction sug­
gérait inévitablement l’idée que la rhétorique considère le particulier et s’oppose par
là aux autres sciences qui étudient l’universel. Certes, cette interprétation de la rhéto­
rique va à l’encontre de ce qu’Aristote a explicitement enseigné dans le passage Rhét.
1355 b, 29. Mais ce passage est absolument incompréhensible dans 1’« ancienne tra­
duction » et IR lui-même n’en a pas su pénétrer le sens. Dès lors, le problème se posait
si le recours à la rhétorique pour l’étude des questions générales était légitime, problème
auquel F. a répondu dans ce paragraphe et a continué à étudier au cours des §§ 15 et 27.
(1) Voir Rhét. 1354 a, 3-4; M. 248 b, p. 87; TK1H p. 16, 1. 1-2; S VIII p. 29,
1. 6 - 10.
(2) Cette déclaration catégorique de F. que, à part les quelques cas indiqués
par la suite, l’emploi d’arguments oratoires dans les sciences est illégitime, va plus loin
que ce qu’enseigne IS (S VIII p. 7, 1. 4-10). Elle s’explique par la conviction de F.
que, par sa nature elle-même, la rhétorique est incapable de procurer une certitudo
scientialis (voir le § 15 et les exemples d’argumentations oratoires, dont Galien s’était
complu, cités au § 27). Toujours dans ce même § 27 (voir note 6) F. semble même
enseigner que l’emploi d’arguments oratoires dans les sciences ne relève pas de la
potentia (Sévapiç) rhetoricalis. Il s’agit là d’un point de vue compréhensible si l’on se
rappelle que, pour F., la rhétorique se propose seulement de persuader et non pas
de découvrir la vérité (M. 255 a-b, p. 113-115) et qu’elle emprunte les prémisses de
ses enthymèmes aux propositions généralement admises sans se soucier de savoir si
ces prémisses sont vraies ou fausses (voir M. 267 a, p. 161).
(3) On comprendra: on peut avoir légitimement recours à la rhétorique dans
les sciences quand on étudie des sujets communs à tous les arts, car, ainsi que F. en­
seigne dans son M. 255 a, p. 113, pour ces sujets on ne peut utiliser la voie propre
à un art à l’exclusion des autres.
(4) G.-à-d. quand on s’adresse à des personnes qui ignorent les principes d’une
science ou d’un art particulier (voir M. 256 a, p. 117 et le § 12 de ces Didascalia).
(a ) « e rrô ris » . ( b ) s ic r e c t e « a l i q u a n d o » ?
168 AL-FÂRÂBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

non habet homo in tali re inductionem credulitatis aliam prêter istam (1).
Et usitantur quoque ista in dialectica secundum viam erroris (2). Et que
ex istis orationibus usitantur in declaratione[m] conclusionum particu­
larium, singularium, non usitantur in scientiis, nec (in) dialectica. Usi­
tantur autem in locis aliis. Quemadmodum in quibusdam locis utitur
eis prudens et ille qui versat consilia et meditationes in re particulari,
quam inquirit (3). Et utuntur eis magistri artium particularium in con­
sideratione particulari; non quas complectuntur artes ille (4). Quemad­
modum utitur eis medicus (in) investigatione rei huius infirmi indivi-
dualis et quemadmodum utitur eis agricola in consideratione eius, quod
pertinet culture huius arboris individualis. Et quod usitatur in hiis locis
duobus (5) non usitatur quidem tanquam preparativum (6) suffi -
cientie alicuius apud auditorem, set ut declaret per hoc aliquid de eo, de
quo inquirit — in re videlicet particulari, singulari — an sit sic se habens
an aliter. Et quod usitatur de illis orationibus in locis huiusmodi quand-
doque habet complexionem propositionum (a) suarum talem, ex qua
sequitur conclusio necessario, et sint cum hoc propositiones iste vere set
contingentes aut omnes aut quedam earum. Et quedam istarum propo­
sitionum sunt que usitantur ad inducendum credulitatem sufficientivam
(1) Voir l’exemple donné au § 15: les orationes sufficientive d’Aristote à propos de
la reproduction des abeilles.
(2) Rappelons que d’après F. (M. 267 a, p. 161-3) et IS (S VIII p. 7, 1. 11)
le dialecticien doit se servir de prémisses ÎÂ.Ü.I j et non pas de prémisses
y>lk)l j employées par les rhéteurs.
(3) A notre avis, les maîtres du Jj^J| (voir § 31 et M. 255 a, p. 113) et des
autres arts qui s’en tiennent au domaine du probable.
(4) Nous comprenons: parce que les sciences et les autres arts n’embrassent pas
l’étude des cas particuliers, au sujet desquels il est impossible de parvenir à une
certitudo scientalis (voir § 15).
(5) Sans doute: dans le domaine de la vie de la cité et dans l’étude des cas
particuliers.
(6) -u.
(a) « oppoîtü ».
DIDASCALIA 169

ei, ad quem fit sermo. Et propositiones istarum orationum multotiens


sunt contrarie ei, quo utitur prudens et qui versat consilia (a) circa
aliquid ex magistris artium et ex (b) aliis (1).
§ 12) M ultotiens enim contingit ut consiliemur circa aliquid, et
invenimus et declaramus ipsum, et ad ipsum inveniendum utimur ali­
quibus propositionibus. Cum vero voluimus fidem facere cuidam homini
de re [bus] a nobis inventa, utemur propositionibus aliis, prêter eas quibus
usi sumus ad inveniendum rem ipsam, quam diximus. Non enim semper
contingit ut sit id, quo utimur nos ex propositionibus disquirendo aliquid
per nosmet ipsos, receptum ab altero; immo fortassis recepta ab altero
sunt aliqua non vera. Indigemus ergo assumptione illorum non priorum
et usu eorum in eo (c) quod est inter nos et alterum. Iste ergo orationes
préparative, persuasive sufficientie respectu auditoris sunt ille, per quas
fit rethorica seu sermocinatio. Et eius propositiones modo sunt vere,
modo sunt false; set sufficit hoc, dummodo sint recepte ab eo, ad quem
nobis est sermocinatio (2). Iste sunt ergo res, quas oportet scire hominem
primitus, donec possibile fiat ei attingere quid sit oratoria et quid sit
rethorica.
§ 13) C um ergo iam declaravimus res istas, oportet ut dicamus que
sit intentio oratorie sive eloquende apud Aristotelem. De eloquentia (3)
autem seu rethorica videtur omnibus quod actus eius sit sermocinatio (4)
(1) Voir M. 255 a-b, p. 113-115.
(2) Le rhéteur — F. l’a répété maintes fois et avec lui IS et IR (TK1H p. 14,
1. 13) — doit persuader l’auditeur et non pas fournir une preuve scientifique de ce
qu’il affirme. D’ailleurs le propre de la rhétorique est de pouvoir défendre des thèses
opposées. (Voir joli Lt, n n. 50, S VIII p. 24, 1. 5). Cependant, ainsi que nous le
verrons plus loin, F. et IS considéraient qu’il faut se servir de cet art uniquement afin
de persuader la foule de ce qu’il est bon pour elle de croire.
(3) 5_¿^)j| (nous retrouvons ce terme dans le fragment du commentaire de F,
cité par IR — TK1H 278) ou ^U JJj (TK1H 249, 1. 13).
(4) voire, ce qui nous semble moins probable ç ^$31 . Dans sa version
(a) « consilia consilia ». (b) « et ex et ex ». (c) « in quo ».
170 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

quedam; et non est actus eius quecumque sermocinatio contingat,


nec a quocumque contingat. Omnibus enim vel pluribus hominum
convenit sermocinari; nec tamen de omnibus dicitur quod sint oratores
seu rethores. Verum non videtur hominibus de aliquo quod sit rethor,
nisi de eo qui potentiam habet ad sermocinationem quandam diffinitam,
non ad qualemcunque. I terum ergo omnibus videtur quod rethorica
sit potentia quedam et habitus (1), per quem fit sermocinatio quedam.
Verumptamen non determinant amplius quicquam de re huius sermo­
cinationis, nisi quod est sermocinatio quedam decens et venusta et ser­
mocinatio virtuosa. Hanc autem decentiam et venustatem non assequitur
hec sermocinatio, que rethorica nuncupatur, nisi per dispositiones certas
et conditiones (2). Et patet quidem quoniam usus rethorice est propter
aliquod propositum certum et finem; et huius decentia et bonitas seu
virtuositas tunc existit, cum fuerit secundum dispositiones, (per) quas
contingit haberi propositum. Set non in hoc differt rethorica ab arte

du TKlS H. traduit le terme de ^IScll par auctor sermocinalis p. 3, Jjjljî J.&UJI ¿HAT,
ùî ¿y> LlSó. ù! y , oL«~k) b Z j j j , , f. 152 r b : « Et similiter composi­
tor sermonum metricorum in naturalibus pocius nominandus est auctor sermocinalis
quam poeta. »
(1) « ÏSCiilj ïjü I ». Au § 15, il est vrai, nous lisons potentia vel habitus. Cependant
H. a traduit quelques fois ((J „ par vel. TKlS p. 2 JU-îj olí" J*, f. 151 v a: «U t est
hec dictio “quasi” vel “sicut”. »
La Rhétorique 1355 b, 25, rappelons-le, parle uniquement de 8ùvap.iç (K1H p. 9,
I. 8 : ôjiJI). A en juger par le passage parallèle d’IS (S VIII p. 28, 1. 12) F. doit avoir
modifié intentionnellement la définition d’Aristote pour mieux souligner que la rhéto­
rique n’est pas une simple puissance, qui pourrait être présente en chaque homme,
mais une capacité se développant par l’étude et la pratique.
(2) hj j i i lj . Dans sa version latine du TKlS H. a traduit par disposicio
le terme arabe de J U_I et ce même terme est employé dans un sens analogue par
IR qui écrit (TK1H p. 249, 1. 8) NJj çhjyi çAi cJIÀj I ôh» (^b i_)~d ûlT IL <il ¿Ujj
I J 4— Ohx !_iId. i ¿JJlj —! O! d-XXJI l) ^
TKlS p. 12 : JUjJI JUdl j JLLIT d^JUI U.IÍI j JU-I,
f. 197 r a: «Et disposicio in locutione poetica in tali est sicut disposicio in doctrina
demonstrativa. » Dès lors, conditiones doit ici correspondre à JJ|^¿J| ou à Jy
DIDASCALIA 171

poetrie, nec a facultate scientiali (1), nec a potentia sophistica. Quelibet


enim istarum est habitus, per quem sermocinatio decens et virtuosa (fit).
§ 14) O portet ergo ut post hec addamus in rethorica quid est
propositum nostrum huic sermocinationi (2), et quis actus eius (3), et
quid suppositum vel subiectum ipsius (4) in quo existit eius actus.
Nullus (a) enim eorum, qui dixerunt per quod constat decentia huius
sermocinationis et eius bonitas, dixit aliquid per quod distin [f. 189 r b]
guatur a sermocinatione, que habetur a facultate dyaletica et ceteris
potentiis, quarum actus est sermocinatio seu disputatio aliqua. Unus­
quisque enim (eorum) quorum pervenit ad nos notitia, qui dixit aliquid
in rethorica ad determinandum per ipsum sermocinationem, que fit
rethorica, non determinavit eam per aliquid, quod non inveniatur etiam
in qualibet aliarum specierum sermocinativi (? b), que fiunt a ceteris
potentiis seu facultatibus. Et hoc manifestabitur ei, qui perscrutatus
fuerit rationes plurium, qui conati sunt dare diffinitionem rethorice, et
eorum rationes, qui ex ipsis comparantur ad rethoricam, seu dicuntur
rethorici (5), quorum sermo in hoc relatus sit nobis aut ex arabibus aut
ex aliis gentibus. Nullus enim eorum posuit conditionem in hac sermo­
cinatione distinctivam eius a ceteris speciebus [a] sermocinationum seu

( 1 ) Peut-être tout simplement : , 1.11 ^¿j| ; voir § 14: «A ceteris potentiis seu
facultatibus. »
(2) Nous comprenons: Ce que nous nous proposons par ce genre de discours:
IJq- U-Las
TKlS p. 1: Ml j |flSôJI ¿NI jl Jli, f- 151 r a: «Dixit Aristoteles:
Propositum quidem nostrum nunc est loqui in arte poetica. »
(3)
(4) 4
(5) Nous comprenons: Les arguments du vulgaire (j>|^«il) dont certains se sont
efforcés de donner une définition de la rhétorique, et les arguments des rhéteurs (litt.
ceux parmi les gens communs qui s’occupaient de la rhétorique: iilhiil Jl ¿j^_Jj j,Jül
iilkfl J*L ¿j^-ï L j ) Pour comparari voir § 34 (comparatio = S . ¡II).
(a) « ü » . (b) « s 'm o c ïa u ü » .
172 AL-FÂRÂBI : DEUX OUVRAGES INÉDITS

disputationum. Ideoque non habemus aliquam rationem nec plurium


nec sapientium ipsorum nec oratorum ipsorum, per quam secernatur hec
sermocinatio a reliquis. Set plures ipsorum aut omnes posuerunt retho-
ticam et dialecticam quasi convertibiles seu equipollentes et quasi unam
et eandem rem. Et omnes ponunt quod non sit differentia inter sermo­
cinationem rethoricam et poeticam nisi in pondere et metro (1) dic­
tionum (2) tantum. Et propter hoc dixerunt multi ex ipsis in sermoci­
natione rethorica, quoniam est prosa absque metro, in qua decenter
conveniret metrum, aut (a) quod est metrum, quod non indecenter cur­
reret prosaice. Et similiter qui determinavit hanc sermocinationem per
hoc quod ipsa sit per quam invenitur seu acquiritur facundia (3), aut
per quam oportet hominem eligere quod rectum est. Aut dictum est
(eius) qui dixit de ea quod est longitudo non tediosa aut brevitas non
molesta etcetera. Que (b) huius (modi) bona et decentiam reputabant
plures ad determinandum per ea hanc sermocinationem. Non sunt
autem hec magis pertinentia rethorice quam dyalectice vel demonstrative
vel sophistice vel poetrie. Sermocinationes namque cuiuslibet istarum
oportet ut habeant longitudinem non tediosam et brevitatem non moles­
tam et ut sint sermocinationes, per quas invenitur facundia. Et non est
quicquam ex(c)hiis per quod distinguatur rethorica a ceteris potentiis.
Oportet ergo inquirere determinativum aliud (d) istius sermocinationis,
sc. qualis sermocinatio sit in hiis, que visa sunt Aristoteli de ipsa (4).

( 1 ) pondus et metrum ( i>jJ \ „ TKlS p. 3 jjjjl ^ Jpî jq-p oJlT úí J^¿~j


. f. 152 r b: «Et narravit quoniam reperiuntur apud ipsos, sc. poemata ex pon­
deribus seu metris permixtis. »
(2) Rappelons que l’auteur de 1’« ancienne traduction» s’est servi du
mot JüJll (le vocable) pour traduire le terme grec de as Eiç (style), une erreur dont
les philosophes arabes ne se sont, bien entendu, jamais aperçus.
(3) A notre avis (voir TK1H 249, 1. 13).
(4) On comprendra: Comment doit être le discours dans les sujets qui, d’après
Aristote, relèvent de la rhétorique.
(a) « a u t’ » . (b ) « q u i ». (c ) « e t » . (d ) « a d » .
DIDAS CALIA 173

§ 15) E t Aristoteli videtur quod hec sermocinatio sit ea, de cuius


natura est ut intendatur per ipsam persuasio (a) sufficientiva (1) in una­
quaque rerum particularium singularium (2). Igitur rethorica id est
potentia vel habitus (3), per quam fit sermocinatio, natura cuius est ut
intendatur per eam persuasio in quolibet particularium singularium.
Hoc est ergo conditio, per quam separatur rethorica a ceteris poten­
tiis (4). Et patet hoc, ut (b) declaratur ex parte ipsorum rethoricorum.
Omnes intendunt per sermocinationem suam in particularibus singula­
ribus. Et manifestum est quod ista sermocinatio existit (per) proposi­
tiones (5), deinde per diffinitiones rethoricas (6), que sunt directive seu
impperative ad inducendum persuasionem in anima auditoris, sive vere
existant sive false, dummodo recepte sint ab eo, ad quem sermocina­
mur (7). Et possibile est ut iste orationes (8) usitentur in universalibus.
Ideoque contingit orationibus persuasivis uti in scientiis. Verum usus
earum in scientiis non habet actionem scientialem, set incedit via retho-
ricali, in non subiectis rethoricalibus, propterea quod subiecta rethorice,
propra ipsi, sc. in quibus viam habet persuadendi rethorica, sunt sin­
gularia. Uti autem in rebus scientialibus via rethoricali erroneum est
et causa errandi et deviandi a comprehensione (c) veri per ipsam. Ex
quo autem possibile est uti via rethoricali in scientiis et in singularibus,
dictum est de ea, quoniam est potentia, cum non habeat subiectum
(1) tout court, ainsi que le prouve la version latine du TKlS, où H. a
traduit par ces mêmes deux mots: p. 14: olí" ïAb JUi^l ¿JlÇ lili
Icyïij jtTÎ, f- 198 v b: «Quando ergo fuerint acciones possibiles et quasi reales,
amplius incidit per eas sufficiencia persuasiva, sc. credulitas poetica. »
(2) Sans aucun doute j_ ^ l ¿y -U-lj JT j (K1H p. 9).
(3) Voir § 13, n. 2.
(4) Voir TK1H p. 16, 1. 3.
(5) u ¿sil. Voir M., f. 249 a, p. 89.
(6) jjj-bLI. Voir TK1H p. 86, 1. 10 et S VIII p. 32, 1. 3 - 33, 1. 5.
(7) Voir p. 167 n. 2.
(8) A notre avis jj jli^l (voir p. 168 n. 2).
(a) « p e rs u a tio » . (b ) « u t u t » (c ) « c o m p re h e n tio n e ».
174 AL-FÂRÀBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

proprium sibi tam universale[s] quam particulare[m]. Et propter hanc


causam communicat in hac re arti dyalectice et sophistice; et usitatur
quidem in scientiis, quemadmodum usus est Aristoteles orationibus suf-
ficientivis in Libro Animalium in consideratione sua de generatione
apium — et hoc ipsum non latine (1). Scilicet cum (non) haberet rationes
inductivas certitudinis in apium generatione, posuit in libro suo rationes
sufficientivas (2), relinquens viam scientie firmioris de hac re successo­
ribus (a), si forte ipsis occurreret quod nondum ipse sciebat. Quod ergo
maxime pertinet rethorice est ut sint subiecta eius singularia. Et si quis
permittet viam hanc ad id quod est extra singularia, utitur via rethoricali
in non subiecto rethorice. Cum enim particulares multe sunt variabili-
tatis [f. 189 v a] non est possibile ut habeatur de ipsis certitudo scien-
tialis (3), set hoc, cuius usu indigemus ad sciendum eas in hac hora
aliud est ab eo, cuius usu indigemus ad sciendum eas in alia hora.

(1) La traduction du Liber animalium, on le sait, est attribuée à Michel Scot.


Voir G rabmann, Le. p. 185. Des doutes furent soulevés par Antonino de Stefano.
Cependant dans son De animalibus Albert le Grand en a transcrit le passage sur les
abeilles. De plus, à la fin du ms. Chis, latinum E VIII 251 de la Bibliothèque Vaticane,
un exemplaire vraisemblablement destiné à l’empereur Frédéric II mais resté inachevé
(le copiste n’a pas terminé d’enluminer les rubriques des derniers feuillets), on lit, à
la fin du volume:
latinum arabicum sclavicum teutonicum arabicum
Felix elmelic dober friderich salemelich
Dans ces conditions, la note de H. semble prouver seulement qu’il n’existait pas à
Tolède d’exemplaires de cette traduction, que Michel Scot avait, peut-être, commencé
pendant son séjour dans cette ville.
(2) LdüI - Objdl ^¡J-l. Nous avons déjà rencontré au § 9 cette oppo­
sition entre persuadibilis sive sufficientivus et certudinalis sive certifteativus.
(3) En règle générale certitudo correspond à ¿OUI et scientialis à TKlS
p. 5 £j| ¿¿J| ù l jU Al c J ÿ c J \ lil Ajq f. 153 r b: «Et viditu'r, quando
j ,

inducta fuerint poemata, haberi certitudo. »


TKlSp. 11 LU UyJ JJI UDI f- 156 v a: «Et ars scientialis
que monstrat et docet ex quibus et qualiter componuntur poemata etc. »
(a ) « s u c c e s s o ris » .
DIDASCALIA 175

Sufficit ergo nobis sumere de ipsis secundum hanc quantitatem et modum


sciendi, quem patitur ipsarum rerum natura et inconstantia mutabilitatis
circa ipsa.
§ 16) C um sit utique huius potentie sive facultatis natura ut non
conferat certitudinem in sermocinatione facta per ipsam, set tantum
credulitatem (1) de aliquo quomodocumque (a) est — quamvis nichil
prohib(e)a[n]t ipsum (b) aliter se posse habere — et sit hec credulitas
recipiens magis et minus in fortitudine et debilitate (2), indigetur forti­
ficatione ipsius per quamcumque rem (per quam) possibilis fuerit eius
fortificatio; donec fiat res, per quam intenditur inductio credulitatis
vehementius persuasiva et magis receptabilis ab auditore, et ut sit ser­
mocinatio completius (c) activa et impressiva in animam eius, ad quem
sermocinatur. Et propter hanc causam dixit Aristoteles in deffinitione
rethorice, quoniam ipsa est « potentia, que conatur persuasionem possi-
bile(m) » (3) et intentio ditionis sue « conatur » (d) (4) est ut perveniatur
ad ultimum posse conatus (? e) aut supra ipsum (f). Hec etenim ditio
usitatur in locis difficilibus, in quibus tamen est ut speratur (sic)
possibilitas adipiscendi finem intentum; et homo nititur quantum
potest — et etiam vellet ultra posse — pervenire ad rem concupitam
et intentam (5) ; et ditio (6) « persuasionem possibile » sustinet ut
(1) credulitas, dans ce passage vraisemblablement Voir M. 248 b, p. 87
et § 9, n. 2.
(2) Voir M. 250 a, p. 93.
(3) K1H p. 9, 1. 8 : ¿£j,| UdSi; SJ
(4) Vraisemblablement: £j| «Jji
(5) Nous retrouvons la même explication du verbe <jJSCr, qui d’ailleurs n’a pas
de pendant dans l’original grec, chez IS (§ VIII p. 29, 1. 3) et chez IR (TK1H p. 15,
1. 13).
(6) Un signe indique que le copiste avait corrigé ou complété le passage dans
la marge. Cette correction a disparu quand on a relié les feuillets. « Diccio eius (Aris­
totelis) ? »
(a) « qm c‘ ». (b) « ip m » . (c) «com pleto», (d) «co n atü » .
(e) « conânus » conam ur ? (f ) « ipm » ipsam ?
176 AL-FÀRABÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

velit (1) per eam hunc sensum (a’) : conatur possibile in persuasione seu
sufficientia (2). Videlicet pertingit quocumque modo potest, et inducit
quicquid potest et de hiis, per que apta nata est fieri persuasio. Et unum
eorum, per que possibile est roborari sermocinationem rethoricam, donec
vigoretur credulitas tiens per ipsam, est ut inclinetur obviator (3) ad resis­
tendum dicto, per quod sermocinatur et cuius (persuasio (?) ) intenditur.
Ita cum debilitatus fuerit obviator ad resistendum dictori (b) seu ser-
mocinatori, — vel resistet quidem, set dictor (c) obviat ei per aliud, per
quod defendat dictum suum et improbet impugnationem suam —, fiat
persuasio auditoris (4) completior et efficacior. Et ut inclinetur cum
hoc iudex (5) ad intelligendum et perspicaciter accipiendum hoc, quod
proponit sermocinator (6). Et hoc per quod proponit sermocinator, et
hoc per quod obviat ei obviator, et hoc per quod refellit dictor (c) dictum
eius, ut audiat iudex utramque ditionem positam alteram alteri et iudicet
hoc, quod exigit efficacior earum ad persuadendum (7).
§ 17) Q uando ergo sic fuerint, erunt auditores orationis tres.
Unus eorum est homo cuius inquiritur persuasio (8), et secundus est
iudex et tertius est obviator. Et « ille cuius inquiritur persuasio » nomi­
natur is (d), ad quem dirigitur sermo (9) sermocinantis ; uterque
(1) AlFarabi’s Commentary on Aristotle’s Ilepl èp(ir)vsia<; p. 135, 1. 15. j|
*U A j
• -
j-
(2) Sans aucun doute . Voir IS et IR, l.c.
(3) ^lililí. Voir § 17, n. 2.
(4) £.UI
(5) f U-l
(6) ^IScdl, ici un simple synonyme de J'Uil.
(7) Recte « est ut andiat index etc. » ?
(8) ipLjl 'j .-.31,1 Voir TK1H p. 28, 1. 14.
(9) Rhét. 1358 b, 1 Trpôç 6v. K1H p. 16, 1. 17 .Jl ^jJI. Il sera à peine
nécessaire de rappeler que, sous la plume d’Aristote, l’expression ó 7rpàç ov (XéysToa)
est une simple périphrase de àxpoaTrjç’ „1_II) et qu’Aristote ne parle que de deux

(a') « seusü ». (b) « doctori ». (c) « doctior ». (d) « hjjs ».


DIDASCALIA 177

autem aliorum, obviator sc. et iudex, nominatur (a) auditor, cui per­
tinet ut loquatur de eo, quod proponitur. Obviator quidem est is cui
pertinet ut obviet et resistat ei, quod proposuit dictor (b) et ut dubitet
de ipso. Judex vero est is, cui pertinet examinare que utrarumque
ditionum efficacior sit ad persuadendum. Et ad ipsum quoque pertinet
ut stare faciat ei, quod rectius fuerit ex utroque allegato et rationabilius.
Quando ergo proposuerit is (c) qui loquitur et debilis extiterit obviator
ad pugnandum dictum eius, crediderit autem iudex dicto eius ut accep­
taverit ipsum, erit persuasio ipsius efficacior. Et non solum quidem per
hoc consequitur efficaciam et vigorem, set et per cetera, que possibile
est induci ad eius vigorationem. Ex quo enim quesitum seu intentum
per hanc rethoricam seu sermocinationem completur per ditionem et per
dictorem (d) et per auditorem (1), oportebit ut auditor disponatur seu
adeptetur (sic) ad receptionem [et] persuasionis sufficientive (2) ; et ut
types d’auditeur: les juges xpiTfjç ^li.1. et les spectateurs ôecopdç En dépit du
fait que la version arabe de ce passage est correcte et claire, F. a cru comprendre
que, selon Aristote, il y avait trois types d’auditeurs, qu’il examina de plus près dans
son M. 256 b 257 a, p. 121-3. Cette erreur a été répétée par IS (U, j j h J \ j
et § VIII p. 11, 1. 1-3, 55, 1. 2-5) et IR (TK1H p. 28, 1. 14). Quant au
il faut ajouter que le terme de Gecoprfç (le spectateur) a été traduit dans l’« ancienne
traduction» K1H I, ch. 3, par et jiiiJI. Faute de pouvoir comprendre qu’Aris-
tote faisait allusion aux spectateurs qui décernaient les prix dans les concours de
rhétorique, F., suivi de nouveau par IS et IR, a imaginé qu’à l’époque classique il
existait des auditeurs, dont le rôle était celui de soumettre à un examen les argu­
ments de l’orateur. Par conséquent, il a employé le terme de à la place de
celui de du K1H. IS a gardé le terme de jliàJI dans le lï>j j L j j II y l à ' Ç1" J
et dans sa paraphrase du ch. III de la Rhétorique (S VIII p. 55, 1. 1). Ailleurs, p. ex.
dans le S VIII p. 11,1. 1, il parle à son tour du J ¿ U.I,
(1) « Per dictionem et per dicitorem et per auditorem. » A notre avis, une simple
paraphrase de la proposition Rhêt. 1358 a, 38 aoyxstToa piv yàp sx rptaW 6 Xoyoç.
sx ts tou XsyoVTOç xaî 7rspl où Xéysi xat jrpàç 8v. K1H p. 16, 1. 16 y ‘U-Ài
¿yj ¿ y j JUüJl ¿ y .
(-) Voir § 15> n- 1-
(a) « n o m in a to r ». (b ) « d c ô r » . (c ) « h j j s » . (d ) « p d c o re m » e t p « d c o rë ».
Rech. - 12
178 AL-FÀRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

preparetur dictor ut verbum suum fiat acceptabile. Et verbum ipsum


sic disponendum est, ut idoneum sit ad imprimendum vim suam in
animabus auditor(um). Et sermocinatio ista completur per tria: (per)
propositiones et per conditiones (a), per quas fit interpretatio a propo­
sitionibus, et per consonantias seu modulos coniugatos ditionibus
[f. 189 v b] in sermocinatione (1). Et propositiones sunt que interpre­
tantur per illas ditiones (b) compositas. Et propositiones, quemadmodum
iam dictum est, complexe sunt ab intentionibus simplicibus (2). Ideoque
oportet ut sumantur propositiones et partes propositionum non qualiter­
cumque contingat, set varientur modis quibusdam variationum (3) in
se ipsis et (in) compositione sua et in ordinatione ex partibus sermoci­
nationis. Et similiter ditiones, per quas fit interpretatio, sunt ex partibus
simplicibus; et oportet ut consequatur eas (c) permutationes (4) — que­
madmodum consequitur intentiones (5) —, et hoc in partibus suis sim­*2345
ii) conditiones XJJy\ -UUJ^I. Voir § 10, n. 1; interpretatio (1’expression) ;
consonantia seu moduli IhjcJI M. 260 b, p. 137. Dans sa version latine du TK1S H. a
traduit H, Il par tonus et par simphonia (p. 165 n. 2). On y retrouve aussi les termes de
symphonia seu consonantia, mais ils correspondent alors à j U-^ I.
(2) oyiil JUi!. Pour le terme de voir TK1H p. 249, 1. 7-10. H. traduit
toujours par intentio. TK1S p, 1 J í U* j <jî ... J o j j
^11 U» J ^LII. U J3I ¿y, f- 151 r b: «Et oportet ut ponat sermonem suum in
toto isto, incipiendo a primis que nobis naturaliter sunt in hac intencione.
(3) variari, variationes Voir TK1H p. 252, 1. 7 et le TK1H p. 254,
1. 11 à propos des On comprendra que l’ordre des propositions, tout
comme celui des parties de ces mêmes propositions, doive être varié de manière à
gagner et à retenir l’attention des auditeurs. »
(4) JIaiS/I . Les différentes formes et procédés de 1’ JIjuVI ont été exposés en
détail par F. dans son jhdl J SI,-- Il JiUJ's/l . Dans sa traduction du TK1S H. a rendu
Jl-b'ÿl Par concambium.
(5) Voir Rhét. III, ch. 2-7. L’explication du titre de ©octixï) ’Axpoacnç que
IR nous donne dans l’introduction de son commentaire peut servir à éclaicir ce que
F. entendait ici enseigner:
{Opera omnia Arist., apud Junctas 1562 BN Paris, Fonds Latinus 15453: «Nomen illius

(a) « g d c o n e s » c o n d ic io n e s ? (b ) « d c o n e s » . (c ) « e o s » .
DIDASCALIA 179

plicibus et compositione sua (1). Oportet ut sciatur in qualibet sermo­


cinatione quo sono vel quo modo pronunciandi utendum est in ea, et
ut sciatur ubi ordinandus sit talis sonus pronuntiandi in partibus sermo­
cinationis. Et ut sciatur cum hoc locus, ubi resistendum sit in oratione
et locus ubi continuanda sit oratio. Omnia hec etenim sunt varia­
tiones, que quando consecuntur ipsam sermocinationem, firmant eam
in dispositione et modo, per quem completius agat actionem suam et
edificacior fiat ad persuadendum.
§ 18) Auditor autem preparatur ad recipiendum verbum per ea,
que inclinant ipsum ad voluntatem proponentis, aut ad credendum ea,
que dicuntur, aut ut gradatim ducatur ad agendum ea que agit qui
credit, etsi ipse non credat. Non indigemus autem ut iudicem et obvia-
torem adeptemus ad credendum, set oportet quidem ut inclinentur et
deducantur ad hoc, ut agant actum eius qui iam credidit, licet non
credant (2). Res vero, per quas inclinantur iudex et obviator due sunt:
una passiones; altera mores. Passionum enim quedam (a) est que, cum
invenitur in homine, ponit eum inflexibilem et gravem et prohibet eum
ab omnibus, quod (sic) requiritur ab eo. Et alia est que, cum invenitur
in ipso, obedit et tractabilis existit et dat spontem quod petitur ab ipso.
Et hee sunt ut pietas et impietas et placentia et invidia (3) et . . . . et

libri est naturalis auditus sc. sermo naturalis; set cum accidit sermoni quod audiatur,
mutatum est loco sermonis auditus secundum mutationem et alternationem propter
delectationem et extraneitatem existentem in verbis, secundum quod declaratum est
in Rhethoricis et appelatur hoc nomine, quamvis sit commune toti arti huic, quia ille
liber est primus et radix huius illius artis. Et vocatur pars nomine totius, quia est in
potentia partes omnes, sicut ellementum est in potentia omnia generata ex eo. »
(1) On retrouve le même enseignement et presque avec les mêmes termes dans
le S VIII p. 10, 1. 16.
(2) IS (S VIII p. 11, 1. 1-3) a repris à son compte cette thèse de F. étrangère
à Aristote.
(3) ? jui-lj .L iJ \
(a) « q u id a m ».
180 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

. . . . (a). Quedam enim horum inclinat hominem ut moveret ad


maliciam et crudelitatem (b) ; quedam vero ad benignitatem et miseri­
cordiam. Et eodem modo est in moribus. Quidam nempe mores reperti
in homine ipsum humilem reddunt, mitem et misericordem; alii reperti
in ipso ad opposita ei (c) operantur.
§ 19) Et sunt hic orationes, per quas cum sermocinatur ad iudi-
cem (d) vel obviatorem, inducunt in eis aliquam passionem et nomi­
nantur passion(al)es orationes. Et sunt hic orationes alie, per quas, cum
sermocinatur ad ipsos, movent eos ut permittentur ad dispositionem
morum, que requiritur per presentem sermocinationem. Per hoc ergo
adaptatur iudex et obviator et per hoc quoque movetur ad credulitatem
is (e), cuius inductio ad credulitatem intenditur. Attamen iste orationes,
sc. passionales et morales, digniores sunt et efficaciores respectu iudicis
et obviatoris quam respectu eius, cuius intenditur persuasio. Per has
namque (f) res adaptantur auditores; Dictor (g) vero adaptatur ad
recepibilitatem orationis ab ipso, seu ut oratio eius acceptetur, per duas
res, quarum una est affirmatio vel concessio virtutis et honestatis ipsius,
altera vero ut in hora locutionis sit habitudo et constantia vultus eius
et habitudo corporis ipsius et membrorum dispositio et motuum gestus
tamquam eius, cuius verax est sermo et quasi ipse oculariter rem per­
ceperit aut propinqu[i]us fuerit sic percipienti aut alio aliquo modo in
certitudinem ipsius rei pervenerit. Hoc etenim et hiis similia sunt potis­
sima ad persuadendum de illa re et quasi ad presentandum eam yma-
ginationi, quando quasi singulariter[se] ponitur absque oratione et
absque auditorum adaptatione. Et hoc patens est. Nos namque cum
viderimus hominem narrantem quid timorosum [f. 190 r a] terribile, (et)
complexerimus vultum eius quasi terrefactum, pavidum, cadit mox in
animas nostras quasi titillatio quedam veritatis, instigans nos ad credi-
tionem narrationis sue etsi (h) sermo sermocinetur nobis per aliquid

(a) « sr et na ». (b) « credulitatem ». (c) « eo » (d) « adïuicê ».


(e)«hjjs». (f) «na;», (g) «dcôr». (h) «et’».
DIDASCALIA 181

aliud, per quod nitatur suadere. Et, si virtus hominis sermocinationis


nota sit et probata apud auditores, non oportet nimis insistere eius
commendator. Si vero hoc non fuerit, indiget ut indicia querat modeste,
per que ingerat virt(ut)is sue notitiam auditorio. Nec solum intelligo
virtutem moralem, set [injdiscretivam et industrialem. Habitudo autem
vultus et corporis dispositio et motuum gestus, per que se ipsum exhibere
habet sermocinator, non habent(ur) autem (a) ex parte ipsius ditionis (1)
set ut constituantur in prospectu auditorum
§ 20) I temque sermocinatio vis oratorie, per quam intenditur
persuasio auditoris completior. Set directio et actio secundum tres
rethorias alias coniugatas ei (2). Et sunt rethoria, per quam firmatur
virtus sermocinantis; et illa per quam inclinatur auditor per passiones;
et illa que ponit in animam ( ?b) auditoris dispositionem moralem, per
quam transducatur ad partem ipsius, quod intendit [ur] sermocinator.
Decorositas ( ? c) (3) autem et ponderositas (4) in sermone ac velocitas
et frequens distinctio et similia hiis sunt in ipso sermone et non sunt
alique habitudines ipsius loquentis per se (5). Attamen fortassis signifi­
catur per ipsam aliquid de moribus et habitudine ipsius, propter quod
fit dictum ipsius acceptabilius et dignius ad credendum. Ideoque quidam
(1) A notre avis J J y , , en vue de rehausser le discours.
(2) Nous croyons comprendre que le discours (^Scll) c.-à-d. la capacité de
bien exposer les arguments, peut-être même le discours persuasif que F. appellera plus
loin la rhetorica necessaria, fait la force de la rhétorique, savoir qu’il en constitue l’essence.
Cependant ses arguments (directio voir § 1, n. 3) et son action doivent être
renforcés par trois formes subsidiaires de la rhétorique. Nous retrouvons le même
enseignement dans le S VIII, maqàla I ,fa s l 2.
(3) ¿J.I TK1S p. 17: ¿0.1 iU j UlT SlTLil ô b J ôU g IL, f. 155
rb - va: « Et ex quo complentur he due copule duas maneries imitacionis sunt in fine
decoris vel pulchritudinis. »
(4) ¿jjj ¡\. Voir TK1H p. 251 1. 10 et le passage du TKlS cité à la note 1, p. 172.
(5) IS (S VIII p. 10, 1. 9-18) considère à son tour que l’art de déclamer sert
uniquement à augmenter l’efficacité du discours.
(a) « ñ h z a u t » . ( b ) e s p a c e v i d e d a n s le m s . (c ) « e x o r o s ita s » .
182 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

hominum ordinaverunt res istas in eis, per que fit receptibilior sermo
oratoris, et non posuerunt eas in eis, per que iuvatur propria rethorica
sermocinatio per se set ab extrínseco ( 1). Et oportet ut non simus contenti
ad vigorandum sermocinationem per ea (a), que enumeraverimus, set
et per ea, que possibile fuerit ex hiis, que ante diximus, que non sunt
orationes, ut persuadeatur per ea. Necesse est ergo ut utatur sermocinator
in sermocinatione sua iactatione (b) et iuramento et testificatione
eorum, qui dicant illo modo quo ipse dixit. Hec enim tria communia
sunt ad omnia. Cumque possibile fuerit in re aliqua ut rememorentur
pacta et sententie (c) rationis (2) et que ponuntur in cartis ex condi­
tionibus et convenientibus dicto suo, oportet utatur eis. Et similiter cum
leges posite convenientes fuerint dicto suo oportet ut faciat memoriam
ipsarum. Hec ergo sunt ea, per que vigorantur et eificaciores efficiuntur
orationes persuasive. Quando ergo omnia hec usitantur ad inducendum
credulitatem alicuius rei, tunc exercetur conatus, qui possibile est ad
persuadendum rem illam.
§ 21) R ethorica ergo simpliciter est ea, quam deffinivimus.
Conatus namque persuasionis possibilis secundum verbum Aristotelis est
omnium istorum adunatio (d) secundum totalitatem suam in sermoci­
natione, per quam intenditur persuasio. Et iam processit sermo de hoc,
quod orationum multe sunt species. Quedam enim sunt, per quas inten­
ditur primo et per se credulitas, et quedam sunt passionales, et quedam
morales, et quedam affirmative virtutis ipsius sermocinatoris, et quedam,
quorum usus est in firmatione illarum rerum, que non sunt orationes et
(1) Nous croyons comprendre que, d’après certains rhéteurs, l’art de déclamer
n’est pas seulement une technique destinée à rendre le discours plus persuasif à l’aide
d’un élément extérieur à la substance des arguments. Il sert aussi à inspirer la con­
fiance dans la personne de l’orateur.
(2) Sententie (?) rationis. En tenant compte de la phrase suivante et de la défi­
nition d’IS de la ï f j l »11 i», ; on pourrait entendre les normes de la loi naturelle
(voir p. 159 n. 2).
(a ) « se » . (b ) « la tô n e ». (c ) « s e u i » s e n te n tie ? (d ) « a d u n a to n e m ».
DIDASCALIA 183

et inducunt persuasionem (1). Orationes passion (al) es et orationes


morales acquirunt passiones et informant auditorem forma eius, qui in­
formatus est more quodam, propter credulitatem, que inducta est ei per
orationem. Quando enim incli(na)verimus auditorem reddere iratum
alicui homini aut placabiliter ipsi, adducemus [ad] orationem ad irri­
tandum ipsum aut ad placandum et mitigandum. Ira quippe, quam
intendimus provocare in ipso describetur et ingenerabitur (2) in eo a
credulitate accidente in ipso ex nostra persuasione adversus talem
hominem, quoniam dignus est ut attendatur contra ipsum eius
indignatio; aut mitige erga eum animamus, eius in gratiam. Et eodem
modo interdum quis ducetur ad dispositionem moris cuiuspiam, quo­
niam persuasus fuerit sermocinatione nostra habita ad ipsum quoniam
talis moris dicens est. Ingredientur ergo hee quoque due orationes in
orationes effectivas credulitatis (3) per modum istum (4). Non est
autem necessarium propter hanc causam ut ponantur [f. 190 r b]
iste due in summa orationum effectivarum credulitatis, propter quod
passio et mos (5) interdum discribuntur in homine per modum (per)
quem discribitur aliquid in anima ab orationibus legalibus (6) et
(1) C.-à-d. les &T£yyoi 7uaTsiç.
(2) Describitur et ingenerabitur ; au § 52, describunt vel imprimunt. J ] Dans la tra­
duction du TK1S describere = .
(3) U jjudl jlr tl. Voir TK1H p. 316, 1. 10.
(4) Nous retrouvons la même théorie dans le S VIII p. 33, 1. 6: i „-t|,
i_jlwfl 1 C^ V bC-ft.» AALhJ vlJh j Il U J ^J1 A-pb-Jl
vhJlillj .. «er' j cjj I; -ua ^ISûil jliJlj U* j ts-ül U-u-î
. ¿r^oLJI
(5) ¿UÜ TKlS p. 4: ÏLM J\ glï Lc'I JTj JT ól ¿J15,
152 v a: «Omnis enim actio et omnis mos non versatur nisi circa alterum istorum
vid. virtutem au vicium. »
(6) 3_p,jj| TKlS p. 10: y . jb-U JbJI ¿Jbtil .> lj
4j i Lo JjL» tíJJ^j 1 ydj ^ ù ^ I yb I
oàa>j cfili i_à1Snxj ùl S/} j^ oî
. ^( y. (j LâjI ^
pars tertia tragédie est credulitas, et hec est potentia representandi rem sic esse aut
184 AL-FÂRÂBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

representationibus (1) aliquibus, quamvis non intercedat (a) illic credu­


litas (2). Non oportet ergo propter hoc ut numeretur istud in summa
orationum creditivarum seu fidem facientium. Orationes autem, per
quas firmetur virtus hominis, digniores quidem sunt ut ingrediantur in
numerum orationum facientium fidem. Credimus nempe verbo hominis,
quando fi[un]t virtuosus et honestus, et nos probavimus eius virtutem,
aut opinionem bonam habuimus de eius virtute. Et similiter orationes,
per quas possibile est roborari illa octo etiam inducunt credulitatem;
interdum usitantur ad firmandum per ipsas virtutem hominis(3).
§ 22) (O ) rationes ergo rethorice sunt omnes iste; et potentia
super unamquamque earum est rethorica quidem. Verumptamen non
est differentia inter orationes, per quas firmatur virtus hominis et per
quas laudatur homo (4). Et orationes, per quas laudatur homo, interdum

non sic esse. Et hoc est simile ei, quod conatur rhetorica in declaratione quod res existât
aut non existât, nisi quod rhetorica conatur ad hoc per sermonem persuasivum et
poetria per sermonem representativum et hec representacio reperitur eciam in ser­
monibus legalibus. »
(1) SlTL¿l . Voir la note précédente.
(2) Cette phrase est éclaircie par le passage du TK1S cité à la note 6 et par ce
qu’IR a enseigné à la page 17 de ce même TK1S: J| c .jk ) I ¿ ffù SlTUM .JU, ó'i
ij jS ~i 1 Iâæ jJ p [_$ ;irUfl jS" 1 c-ilj JtLAaJI
<ulp iüil ¿O-U- ¿y Sj j U J*Ij Jj j UI ^ ¿ifj iZ jff
JJI 0^ r^ \ î <j\ ¿y ¿Di y i j . Toute cette classe des SJU¿;VI restait
donc, déjà pour F., en dehors des orationes effective credulitatis proprement dites. De
son côté IS (voir le passage cité p. 183 n. 4) posait une condition supplémentaire
pour les oli-Uadl : elles devaient être persuasives par elles-mêmes et ne
devaient pas engendrer la conviction par le recours aux dogmes des lois religieuses.
(3) IS (S VIII p. 33, 1. 10) ira encore plus loin et enseignera que les arguments
employés pour persuader l’auditeur de la vertu de l’orateur et pour l’influencer,
rentrent à leur tour dans la catégorie des ^ J | de la rhétorique, fût-il même d’une
manière indirecte.
(4) C.-à-d. les discours du genre élogiatif (¿7ci8slxtix¿v).
( a ) « î t ’c i d a t » .
DIDASCALIA 185

ingrediuntur in summam orationum (laudativarum) (1). Per se sunt


inductive credulitatis, nisi quod orationes laudative interdum usitantur
ad firmandum per eas virtutem hominis, ita quod fiet hec virtus aliquid
eorum, per que acquiritur fides verbo ipsius. Et interdum usitantur ora­
tiones laudative eo modo quod ultimus finis ipsarum sit laudatio tantum.
Et orationes taliter se habentes set (2) variantur solum penitus in
subiecto (3), set variantur solum in fine ultimo. Ideoque potentia super
laudationem hominis est eadem potentia super firmationem virtutis
ipsius, ut adhibeatur fides verbo ipsius. Orationes autem, per quas
firmantur res illorum octo (4), omnes (sunt) intrantes in controver­
siam (5); i.e. in disceptationem cau(si)dicam (6). Firmatio enim (7) rei
legis proprie et firmatio testimoniorum et firmatio rei conditionum et
pactorum, omnes inquam hee firmationes ingredientes sunt sub precep-
tum acquiescendi legi et custodiendi ea, que habent homines in usu de
istis. Et propterea fit ut hee orationes ingrediantur in summam orationum
deliberativarum (8). Remanent ergo orationes passionales et morales
extra inductivas credulitatis, que fortassis non sunt (a) potentia ad in­
ductionem credulitatis, quemadmodum diximus.
(1) Nous proposons cette correction par analogie au passage examiné à la note 8
de cette page.
(2) «set... set»: vraisemblablement H. a lu L»| .. L.Î où il fallait lire L.I U
(aut... aut).
(3) Les discours du genre élogiatif, enseignera F. au § 24, peuvent porter soit
sur des hommes soit sur des choses appartenant aux personnes qu’on désire louer.
(4) C.-à-d. les axe/voi tzLcteiç
(5) SpjUI TK1S p. 7: objhil ^LJI jl f- 154 v a: « Quoniam in controversiis
existentes. »
(6) Vraisemblablement i ~.i Ml Stxavocov.
(7) A notre avis, une faute du copiste qui a écrit enim à la place de autem. En
effet, F. passe ici à considérer le genre délibératif, le premier des trois genres de la
rhétorique énumérés par Aristote au début du chapitre 3 de la Rhét. I.
(8) Sans aucun doute h Jj jlj^i. Dans le TK1H p. 32,1. 16, nous trouvons
l’expression ohaill.
(a) « est ».
186 AL-FÀRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

§ 23) Et rethorica interdum completa et interdum incompleta.


Et rethorica incompleta est, ut in summa dicatur, potentia ad quasdam
istarum sermocinationum per pauciores partium, per quas conquiritur
intentus per sermocinationem. Et hoc est ut habeat homo potentiam
sermocinandi per duas propositiones (1) tantum, quarum una est ut
peracta (a) fiat persuasio ad aliquam rem, et ut fiat eius interpretatio
ex ipsis per conditiones (2) sane contructionis et inflexionis et composi­
tionis et ordinationis secundum prohibilitatem (3) eorum, qui sunt de
illa lingua seu ydiomate. Quando ergo fi[un]t homini potentia ad ser­
mocinationem, cuius ditiones sint secundum hanc dispositionem et ipsius
intentiones, dicetur de tali homine quod si rethor secundum rethoricam
necessariam (4), quamvis non sit ei potentia inducendi ceteras res extra­
neas, quas enumeraverimus ad vigorandum persuasionem (b) suam. Et
forsitan non est potentia homini ad istam sermocinationem preterquam
in quodam genere rerum solummodo et non in alio; et forsitan non est
[in] homini potentia ad sermocinandum nisi per orationes passionales et
morales; et forsitan non est homini potentia ad sermocinandum nisi
tantum per orationes inductivas credulitatis. Quando ergo fuerit ei

(1) «per duas propositiones»: il s’agit là assurément d’une erreur. Peut-être


« per duas dispositiones » (voir le passage suivant : « Cuius diciones sint secundum
hanc dispositionem et ipsius intentiones» (9 ÍJU-I oJU Jij)
On entendra que la rhetorica incompleta (9 i „;HI — F. parlera plus loin
de la rhetorica necessaria — consiste dans l’emploi des parties de cet art indispensables
à créer la persuasion: une argumentation convaincainte (voir § 27) et un exposé
élégant.
(2) I üUJSl
(3) possibilitatem ?
(4) Ainsi qu’il apparaîtra aux §§ 27 et 28, F. appelait rhetorica necessaria i IJJJ |)
iijj^vàJI) une oraison composée uniquement d’une npoOsaiç et d’une mtraç, c.-à-d.
des deux parties qu’Aristote (Rhét. III, ch. 13) avait déclarées indispensables pour
chaque genre de rhétorique. A son tour IR déclarera (TK1H p. 305, 1. 18) :
jjXvadl (jbji Aj j j j-Ji 11 JpîJI

(a) « p a c s » . (b ) « g s u a tô m » .
DIDASCALIA 187

potentia sermocinandi in quodam genere rerum, per quas intenditur


persuasio, erit eius rethorica defectiva.
§ 24) R ethorica autem completa est habitus, per quem fit ser­
mocinatio secundum omnes modos per quos fieri habet persuasio com­
pletior et expeditior et citior in unaquaque rerum particularium vel
singularium. Et iste quidem res particulares singulares subiecta sunt
conclusionum (1). Et sunt aliquando individua hominum et aliquando
individua [f. 190 v a] aliarum rerum aliquarum (2). Laus namque et vetu-
perium (sic) et decens et indecens seu pulcrum et turpe... (3). Et univer­
saliter individuum circa quod habent fieri talia, dispositio videlicet boni­
tatis aut malitie, est modo individuum quiddam hominis, modo autem
individuum aliquid ceterarum rerum. Laudativum etenim modo equ(u)s
et modo est homo. Verumptamen Aristoteles in libro suo vult ut subiecta
conclusionum orationum rethoricarum sint particularia hominum et non
alia. Ipse enim non loquitur nisi secundum quod laudatum vel vitupe­
ratum est aliquid hominum. Et universaliter hoc, de quo fit sermo, est
species orationum, quarum fit mentio in istis libris (4). Non enim fit
de eis sermo, nisi secundum quod sunt preparatio ad persuadendum de
aliquo hominum, ad affirmandum aliquid de ipso (5). Et isti modi ex
modis sermocinationum — quarum facit mentionem — possibile est ut
usitentur ad inducendum per eos credulitatem in hiis que sunt prêter
hominem in ceteris animalibus, aut in equo aut in aliis domesticis et
indomitis, deinde in ceteris aliis rebus ex plantis vel arboribus et locis
et civitatibus et regionibus habitatis sive non habitatis ; deinde in ceteris
corporibus aliis ut in aquis et stellis aut nubibus aut in consimilibus hiis.

(1) Nous comprenons: Ce sont les sujets des conclusions des syllogismes
oratoires (enthymèmes).
(2) . Voir M. 255 b, p. 115 et TK1H p. 16, 1. 2.
(3) Notre texte présente probablement une lacune.
(4) Dans les traités de rhétorique?
(5) On comprendra que la rhétorique étudie les oraisons ayant pour objet les
affaires humaines. Voir le passage examiné à la note 3, p. 188.
188 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Verumptamen usus potentie rethorice et materia (1) ipsius fit equidem


magis proprie in hominibus. Orationes vero in hiis que sunt prêter
hominem, parvi sunt profitui valde et modice utilitatis. Et fortassis
reperiuntur utiles quando fuerit hoc gratia hominis, ut puta quando
voluerit quis laudare hominem vel virum quempiam et laudaverit
equum eius aut ipsius habitationem aut villam aut cetera spectantia ad
eum et intendat per hoc laudare ipsum efferendo et commendando ea,
que sua sunt. Quando autem fuerit potentia rethorice et orationes, que
sunt secundum materiam eius, usitate in homine, sunt magne utilitatis
valde et propterea, ex quo intendit Aristoteles ut rethor queret hanc
artem ad utilitatem propriam, posuit subiecta eius (2), sunt orationes,
individua hominum absque ceteris rebus. Et cum he vie quidem retho-
ricales, per quas tenditur versus hominem, complectuntur (eas) que non
usitantur in eo quod prêter hominem est, propter hoc ergo posuit quod
est in hoc suo libro « directivum in hominem (a) tantummodo» (3).
§ 25) Cumque sic sit, tunc sermocinatio rethorica (4), cuius men­
tio fit in hoc libro, completur per quinque res: per dictorem, et per eum
de quo dicitur (5), et per eum cuius intenditur persuasio, et per obvia-
torem (b), et per iudicem. Verbi gratia in laudatione: completur enim
laudatio per laudatorem, et rem laudatam, et per eos, quorum queritur
(1) Silii. Voir M. 262 b, p. 145. Cependant, dans notre passage, le terme de
Silll doit avoir un sens plus large et signifier les arguments, dont la rhétorique se
sert (voir quelques lignes plus bas l’expression « et orationes que sunt secundum ma­
teriam eius»). C’est avec cette même signification que le terme de oU.1 est employé
dans le S VIII p. 8, 1. 1-8.
(2) Un signe indique que le copiste avait corrigé ou complété ce passage dans
la marge. La correction a disparu quand on a relié les feuillets: eius cuius?
(3) Nous croyons comprendre: puisque dans le domaine des affaires humaines
la rhétorique se sert de formes de persuasion qui ne sauraient être employées pour
d’autres sujets, Aristote a pu définir cet art comme concernant exclusivement l’homme.
(4) tSJaih JyjJI (TK1H p. 28, 1. 10), voire .
(5) Mieux: l’argument débattu («J J^ill). H. parlera ensuite de la res laudata.
(a) « h o n o r e » , ( b ) « h ’u i a t o r e m » .
DIDASCALIA 189

persuasio ad hoc ut (a) credant laudabile esse ut asseruit laudator, et


per obviatorem, qui ponitur ad resistendum ei quod proponitur, et per
iudicem qui constitutus est ut ferat sententiam secundum allegata (1).
Et fortassis de quo fit sermo, et cuius intenditur persuasio, et obviator
erunt unus et idem homo. Hoc autem accidit plurimum in vituperatione
et querimonia. Quoniam autem homo subiectum est huius artis, posuit
Aristoteles species sermocinationum rethoricalium tres: sc: genus cause
deliberativum et iudiciale et demonstrativum. Et posuit deliberativum,
aut concessivum aut prohibitivum, et in hoc ingrediuntur mandata et
prohibitiones, negationes et precepta et vetationes districte etc. Huius
iudiciale vero accusationem et defensionem seu recusationem. Demons­
trativum autem laudationem et vituperationem. Prime quippe partes
orationum, que dicuntur de homine aliquo vel ad hominem quempiam,
sunt iste tres et non alie. Et orationes (b) sermocinales proficientes (c)
homini ad istas perveniunt vel ascendunt et non ad alias. Et hoc quod
laudatur, interdum est homo vivus et interdum mortuus; nec oportuit
ut lateat te quoniam laus hominis non semper est planctus [f. 190 v b]
vel lamentatio (2) ; set lamentationes (d) poetice sunt, [sunt] non retho-
rice. Et iam putaverunt quidam hominum non esse differentiam inter
laudem et lamentum mali in aliquo, nisi quod laus sit mortuorum
lamentum. Non est autem ut putaverunt. Lamentum enim non est nisi
oratio quedam inductiva passionis alicuius et mestitie, seu per quam
intenditur eius inductio. Et est meroris et miserationis et liquefactionis
anime provocativum et passionis super aliquem cui, sine merito aliquo
ipsius, accidit calamitas et afflictio, ipso existente probo et virtuoso.
Quando ergo laus ingreditur in lamentationem, non ingreditur nisi ut
(1) Voir le M. 257 a, b, p. 123-125 sur le problème de savoir si le juge est tenu
à se prononcer exclusivement sur la base des arguments apportés par les parties adverses
ou s’il a le droit de se fonder sur sa propre connaissance des faits.
(2) ,iyi
(a) « ñ » . (b ) « o rn e s » . (c ) g f ic ie n te s » . (d ) « la m e n ta tio n is ».
190 AL-FÀRÀBÏ ! DEUX OUVRAGES INÉDITS

sciat auditor quoniam ille, quem talis obruit calamitas, non meruit
ipsam huius virtutis causa et ut inducatur compassio super huius detri­
menta ex miseria, quoniam talibus proditus erat virtutibus. Et tu sumes
declarationem huius ex lamentationibus factis de Antiquis et calamita­
tibus, (in) quas incid(er)unt, iuxta historiarum relationes. Qui enim
institerunt laudibus antiquorum primum et exaltationi eorum, etsi morti
sint, non tamen fatentur se plangere eos et lamentari super eos ac car­
mina componere lamentorum, nec illi qui laudant antiquos aliquorum
patres aut amicos ipsorum pollentes ( ?) virtutibus, qui iam mortui sunt,
non fatentur se plangere ipsos; set insistunt laudibus vivorum, virtutes
referentes dignitatis defunctorum (1). Est ergo iste modus laudandi
defunctum (a) ingrediens in rethoricam simul et poet(ri)am. Set lamen­
tatio etiam est poetrie. Quando ergo usitatur in rethorica, usitatur
quidem in orationibus passionalibus propter causam, que intenditur per
usum earum in rethorica. E t isto etiam modo interdum accusantur et
similiter defenduntur vivi et defenduntur mortui. C ausa vero delibera­
tiva nequaquam pertinet nisi vivis (b), tanquam propria ipsis existens.
Omnis enim deliberandi materia interclusa est defunctis.
§ 26) E xistit laus seu laudatio penes honestatem et virtutes.
Vituperatio vero penes inhonestatem et vitia seu defectus. Per delibera­
tivum vero intenditur utilitas et dampnum et quod fit quidem instructio
ad utile et prohibitio dampno seu nocivo. Et querimonia quidem fit de
iniuria iniuriantis. Defensio (c) autem per hoc, ut monstret se non fecisse
iniuriam aut quod recte egerit. Et utile et dampnosum et virtutes et
vitia et iustitia et iniuria omnes hee intrantes sunt in scientias morales
et politicas seu rectivas civitatum. Et cum hoc, quoniam — quemad­
modum predictum est — sermocinatio rethorica non completur nisi per
orationes passionales et morales et per eas, per quas firmatur virtus
(1) IS (S VIII p. 90, 1. 9 - p. 91, 1. 1) distingue à son tour, à l’instar de F. les
oLÜ-1 psy.1 c.-à-d. les des —U JJI ^
(a) « d e fu n c to » . ( b ) « v is u s » . (c ) « d e f è t ô » .
DIDASCALIA J9 1

dictoris (a), necessarium (b) est ex hiis que dicta sunt hic et ex predictis,
ut sint propositiones orationum rethoricalium sumpte ex rebus ingre-
dientibus in scientiam moralem et in scientiam gubernationis civitatum.
Orationes nempe passionales evidens est quod sint ex propositionibus
moralibus et civilibus. Et similiter orationes per quas firmatur virtus
dictoris sunt ex propositionibus moralibus. Ex quo autem positum est
artem rethoricam directivam esse in utilitatem hominis, erit hoc, quod
per ipsam construitur de homine aut destruitur (1), aut iusticia aut
iniuria, aut utile ei aut inutile, aut honestum et decens aut inhonestum
et indecens. Erunt ergo recte propositiones, per quas construuntur ista
et destruuntur, omnes morales et civiles.
§ 27) Et sumitur quidem rethorica secundum tres modos; unus
rethorica necessaria; secundus rethorica completa, quando accipitur
[f. 191 r a] directiva ad homines et ad alias res prêter ipsos (c); tertius
ut accipiatur ad homines tantum. In rethorica autem necessaria non
consequitur ut sit aliquid de morali necessario, nisi quando usitata fuerit
in morali. Verumptamen communis est in singularibus omnibus, preter-
quam quod sint res morales unum vel aliud ex hiis, per que completur.
Rethorica vero completa sumpta ad singularia rerum (d) omnium con­
sequitur necessario ut sint alique partium suarum res morales; perficitur
nempe sive completur per confluationem virtutis dictoris et per adap­
tationem auditoris per passionalia et moralia. Et si sit oratio, per quam
intenditur inductio credulitatis (2) persuasiva in aliis quam in hominibus,
non ergo consequitur necessario ut sint propositiones eius inductive cre­
dulitatis propositiones morales, nec conclusiones eius res morales. Quando
autem rethorica completa dirigitur ad utilitatem hominum, consequitur
ut sint propositiones orationum suarum res morales; sive sint orationes
d ) JUrfj cui TK1H p. 131, 1. 12.
(2) j ,.i ,„-ll . Voir TK1H p. 250, 1. 4.
(a) « doctores ». (b) « necessariam ».
(c) « ipsas ». (d) « singularis rex orni ».
192 AL-FÂRÂBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

inductive credulitatis, sive passionales, sive morales, sive firmative vir­


tutis dictoris. Via (1) autem rethoricalis usitata (est) in omnibus rebus,
ita quod etiam in scientiis est quidam via rethoricalis usitata in rethorica
necessaria (2). Ista (3) quippe, quando transmutata fuerit (4) ad una
possibile est ut usitatur in scientiis omnibus. Nec potentia ad utendum
via illa est rethorica, set orationes secundum viam rethorice privan­
tur (?) (a) per eam a rethorica (5) et usitantur in aliis rebus, quarum
via est (ut) usitentur in eis (6). Et hoc est ut illud, quod vides positum
in pluribus libris Galieni medici declaratione sua de rebus scientialibus
multotiens; ut quod vene (b) non pulsatiles ortum (c) seu originem
habent ab epate, propterea quod hec que ex ipsis prope epar est, grossius
existit et secundum elongationem eius ab epate aggrecatur (d) magis et
subtiliatur (7) ; et quoniam virtus rectiva cordis habitaculum suum
habet in cerebro, propterea quod rex semper habitat in excelsiore loco
civitatis; et quoniam homo intelligit per cerebrum suum propterea quod
homines dicunt de eo, quem vident pati defectum in intellectu, quod est
(1) I
(2) Nous croyons comprendre que la « rhétorique nécessaire », qui tout d’abord
expose la thèse et ensuite la démontre par des enthymèmes, est employée même dans
les sciences, un emploi, il est vrai, que F. n’approuvait pas (voir § 15).
(3) ista, c.-à-d. la rhetorica necessaria.
(4) .1 \, Voir TK1S p. 13; IJq- jV ôl ç h j
J! v a: «Et videntur quod non omnes poete super una re per­
severent, imo permutantur de re ad rem. » On notera que H. emploie ici permutari
comme une forme déponente.
(5) Peut-être nous faudra-t-il comprendre que l’emploi de la rhetorica necessaria
dans les sciences ne résulte pas de la puissance (ÿü| Sùvapiç) oratoire, mais bien
d’une puissante différente, si bien que les démonstrations oratoires de problèmes scien­
tifiques ne relèvent pas de la rhétorique.
(6) Dans des problèmes qui ne sont pas susceptibles d’une démonstration apo-
dictique? Voir § 11 fin et le passage de ce paragraphe examiné à la note 2, p. 193.
(7) « aggrecatur magis et subtilitatur » : se rétrécissent en croissant) TK1S
TK.1S p. 6. Cj Líj f- 154 r a: «Cepit aggrecacio aliqua popularis.»
( a ) « p ’u â t ~ » . ( b ) « v ’e n e » . (c ) « o r t i s ü » . ( d ) « a g ’g a b a t » .
DIDASCALIA 193

absque cerebro; et quoniam fortitudo et timiditas consistunt in corde,


propterea quod homines dicunt de timido eum non habere cor. Huius -
modi ergo omnia sunt orationes sive rationes secundum viam rethorice
usitata in scientiis et in hiis quorum illarum natura (a) est ut usitentur
in ipsis (1). Orationes autem passionales et morales et firmative virtutis
dictoris (b) non pertinent in aliquo scientiis, nec oportet ut aliquid usi-
tetur de ipsis in eis (2). Errare enim faciunt et tu invenies omnes istas
in libris Galieni. De hoc est per quod firmat seu probat in plerisque
librorum suorum virtutes suas. Intendit seu vigorat ipsas per honora-
tionem et reverentias exhibitas sibi ab hominibus propter experientiam
equitatis sue et justifie. Deinde per iactantiam sui et depressionem
aliorum medicorum. Omnia enim hec firmatio sunt virtutum suarum
sive valoris sui. Orationes autem morales, quibus utitur, sunt ut verba
ipsius talia : « Ego quidem non loquor per hoc nisi ad eum, cuius mens
non est corrupta per opiniones falsas et deceptiones sophistarum » ; et
« iste quidem sermo usus (c) non est nisi ad eum ex iuvenibus, qui suffultus
est adiutorio divino et deus excelsus stabilivit intellectum ipsius et direxit
conatum studii sui» et orationes consimiles istis (3).
§ 28) Est autem rethorica quidem oratoria quedam, et rethor
orator quidam, et rethoria seu sermocinatio ditio quedam sive locutio
oratoria. Verumptamen non est omnis ditio [f. 191 r b] vel locutio
oratoria sermocinatio, nec omnis orator rethor (4). Et homines credunt

(1) Nous comprenons: «Et dans les arguments qui, par leur nature, constituent
la matière de démonstrations oratoires. » Jj jU^fl ch> I t, ,L*^| J
(2) IS (S VIII, p. 17, 1. 11-15) enseignera que les ULU'fi <U-I sont admissi­
bles seulement quand le discours porte sur un problème particulier, non pas lorsqu’on
étudie un problème général.
(3) Rappelons que dans son j U. j , composé dans sa première
jeunesse, IS a fait sien ce jugement de F. toujours prêt à polémiser contre Galien
(voir M. 258 a, b, p. 127-29). Cependant il ne l’a pas repris dans S VIII.
(4) En tenant compte de la terminologie du K1H III, 13 et du TK1H III, 13,
(a) « quoq illa q ñ ». (b ) « d o c to ris » . (c ) « u t e n s » .

Rech. - 13
194 AL-FÂRÀBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

de rethoria illud quod dicunt de omni eo, qui prolungat sermonem


suum (1), quod sit rethor, preterquam quod diffinia(n)t quantitatem
longitudinis, per quam fit sermo rethoria. Set est quidem rethoria apud
ipsos ditio (2) quedam digna, virtuosa. Manifestum autem est quod
oratio inductiva credulitatis, quando singularis (3) sit, non erit hec
rethoria, propterea quod plurimum orationis (4) simplicis (5) inductive
credulitatis consistit ex duabus propositionibus, et oratio inductiva cre­
dulitatis complectitur duas res: rem ex qua fit credulitas; et (a) in qua
fit credulitas (6). Et iste due partes sunt necessarie in omni ditione
oratoria. Et rethoria non completitur per istas duas tantum; set oportet
ut antecedat istas duas partes exordium (7) et sequatur eas conclusio (8).
Oratio ergo illa, que completitur per exordium et orationem inductivam
credulitatis et conclusionem, est rethoria. Et exordium est oratio com­
pleta per quam apperitur seu insciatur (sic) sermocinatio. Conclusio,
quandoque oratio est completa, posita ad finendam sermocinationem et
quasi ad succidendam ipsam. Et oratio inductiva credulitatis ponitur in
medio. Et partes duo, que finitive eius ex utraque parte existunt, sunt
propter ipsam orationem inductivam credulitatis. Est ergo exordium
nous risquerons la rétro-traduction. U |ClScu L (S jolT) j£lSb' iilkfl ùli
hdw- *)!j Jÿî
(1) Probablement .
(2) Probablement J¿¿J|. Voir TK1S p. 5: ôl ¿ji¡\ Un. qui Aii
J^ J \ f. 159 rb: «Et patet per hanc dictionem quoniam maneries assimila-
tionum tres habent radices. »
(3) Sans doute ¿ y u . TK1S p. 18: j , i -âll £ i ¿IS' lil_, f. 159 rb: «Et
quando facta fuerit [f. 160 v a] mencio virtutum singulariter etc. »
(4) Probablement à en juger par le K1H III, ch. 13.
(5) Voir § 10, n. 1.
(6) A savoir la démonstration (à7tôSEiÇiç) et le problème (TrpôSXYjpa). Voir
TK1H III, ch. 13.
(7) 7rpo'íp.Lov K1H IR IS j-uJI
(8) ÎKÎXoyoç 5jc"U21
(a) « v e l ».
DIDASCALIA 195

quasi materia ad ipsam preparativa, conclusio quasi licentiativa ipsius.


Pauciores ergo partes, quibus indiget rethoria, sunt iste. Et in quibusdam
orationibus cogitur (a) sermocinator ad ponendum narrationem (1).
Narratio autem ponenda est inter exordium et orationem creditivam seu
inductivam credulitatis (2). Est autem narratio quasi oratio, per quam
summatim comprehendere (sic) quiddam (b) prolixitatis, que incidit in
oratione creditiva. Quidam (c) ergo coniungunt hominum eam orationi
creditive; Aristoteles separat eam ab ipsa. Et orationes quidem cause
demonstrative (3) et cause iudicialis, prout videtur Aristoteli, nequa­
quam excusare possunt narrationem; set causa deliberativa secundum
eum non indiget ea penitus. Plures enim partes, que necessarie sunt
orationi, sunt quatuor: vid. exordium, narratio, oratio credere faciens
et conclusio. Et itaque rethorica sive sermocinatio rethorica (est) sermo
compositus (d) ex istis quatuor (4). Ideo putatur de ea, quod sit sermo
prolixitatem habens in se, propterea quod in ea solummodo hoc, quod
est necessarium in sermone, sc. oratio fidem faciens. Quod enim ante
illam est et quod post ipsam non est necessarium.
§ 29) E[s] t oratio que invenitur componendo eam ex istis par­
tibus, quedam adinvenitur ut redigatur in scriptum et ut legat eam
rethor ad instructionem super ipsam; quedam vero adinvenitur ut ser-
mocinetur per eam auditori oretenus seu labialiter. Ea vero, cuius via
est ut scribatur, habet conditiones sibi appropriatas ; quarum quedam

(1) 8d)Y/)OTç K1H .sil TK1H ^ J ..-î'ÿl A l’encontre d’Aristote, F., suivi
par IR, considère le . 1 „-;^l comme un exposé concis des arguments qu’on dévelop­
pera au cours de la démonstration (voir TK1H III, ch. 16).
(2) J , . a .„-11 J^Jl. Voir TK1H p. 316, 1. 10.
(3) ¿ji.
(4) En fait Voratio credere faciens se divise à son tour en 7tpôêX7)[xa et et en
qu’IR appellera c ¿j¿\ et . Dès lors, le discours oratoire sera cons­
titué de cinq parties pour F. comme plus tard pour IR.
(a) « c o g ito r ». (b ) « q u id ’ » . (c ) « q u o d a m » . ( d ) « o p p o s itu s » .
196 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

sunt ut non sint in ea note cantus sive accentuandi ( 1) ; est quedam ut


non sit in ea repetitio frequens sive iteratio. Securitas enim est apud
scriptorem quod non obliviscatur lector (a) sermocinationem scriptam
vel aliquam partium. Non (b) itaque oportebit eum revocare ei ad
memoria (m) illud iterum et iterum rescribendo. Set si lector fortassis
obliviscatur aliquam partium, redire potest ad eam per (2) quod semel
scriptum est. Cuius vero via est ut vocaliter pronuntietur homini te alle­
gatur per ipsum labialiter, propterea quod tempus locutionis transit,
partes, que sermonis, transeunt altera post alteram; non est securitas
quin auditor possit oblivisci aliquorum dictorum. Revocatur ergo ei ad
memoriam per re (i) terationem seu repetitionem. Ideo prohibetur reite­
ratio (in) re scripta et non in vocali allocutione, [f. 191 va] Aristoteles
iam exquisite determinavit in tertio tractatu huius libri differentiam
inter sermonem scriptum et sermone (m) voce prolatum. Et intentio per
sermonem scriptum est transitio (3) ipsius et divulgatio a terris et a
gentibus in gentes et (ut) non transeat cum tempore et ut sermo scriptus
facilius offeratur meditationi et infigatur memorie. Et scribuntur quidem
sermones particulares parvi propter intentiones alias particulares, de
quibus est quod interdum difficile est dictori ut occurrat vel presentem
habeat auditorem (4). Scribat ergo ei quod intendit; vel quia dictor
(1) <wvJI TK.1S p. 24: ^ cJlS"* sUH ^ o jllj
f. 167 v a: «Nomen vero ordinatum est cuius quedam partes accentuacione quadam
decorantur. » Rappelons que l’« ancienne traduction » trahit la pensée d’Aristote
quand elle rend la phrase Rhét. 1408 b 21 (K1H 204, 1. 13). rà Sk o/îjpa T?jç XéÇeoiç
8eï pr)T£ gpixerpov eívai pr|TS áppoOpov jj* v/, û jj jî 5JL511 LU
ce qui en arabe signifie que le style de la rhétorique ne doit être ni métrique ni ryth­
mique. Voir le commentaire d’IR (TK1H p. 283, 1. 22).
(2) Un signe indique que le copiste avait corrigé ou complété ce passage. La
correction ne figure plus dans la marge: «per id quod»?
(3) JiJI. Voir TK1H p. 302, 1. 14.
(4) A en juger par ces paroles, F. considérait que seulement les oraisons écrites
et les (épîtres) appartenaient au domaine de la rhétorique. IR leur ajoutera
les oSL=_JI, les ¿pLJI et les oL~Jl (TK1H p. 305).
(a) « r e th o r » . (b ) « e ü ».
DIDASGALIA 197

amat ut (a) non percipiat ditionem suam nisi solus ille, ad quem dirigit
sermonem; vel quia impedimentum habet in lingua dictor, propter quod
loqui non potest; vel quod qui alloquendus est, impedimentum habet
in auditione et non (in) inspectione scripture. [Quod] propter tales ergo
intentiones necessaria fuit scriptura et instrumenta ipsius, videlicet cala­
mus. Quod autem ex hiis adinventum est legendi aut recitandi causa,
plenum nominatur sermocinatio. Quod vero causa scribendi vix, vel fere
non nominatur sermocinatio. Et plerique hominum (1) non nominantur
sermocinationem nisi orationem compositam de illis quatuor aut tri­
bus (2), quando inventa fuerint ad legendum vel recitandum (b) in
aliquo collegio vel congregatione.
§ 30) N unc ergo consideremus quas conditiones (3) observare
oportet et quas res, que, cum inventa fuerint in oratione vel oratore,
ut oratio illa composita ex illis quatuor vel tribus, fit rethoria, i.e. ser­
mocinatio rethorica. Dicamus itaque quoniam iste sunt conditiones,
sc. ut sit oratio apta ad loquendum per eam collegium aut ad legendum
eam ipsis. Quas cum habuerit, consequitur ut sit in oratione completa
per illas partes, quas enumeraverimus, operationes plures. Quorum­
cumque enim collegium amplius multiplicatum fuerit, tantum amplius
colliget homines diversi intellectus. Indigebit ergo tunc sermocinator ut
intulet auribus uniuscuiusque ex ipsis (quod) intelligat et cui credat,
donec adequet omnes ad intelligendum quod dicit et credendum ipsum;
aut appropinquet ad eorum adequationem in hoc. Si vero (c) non sit
possibilis persuasio omnibus, qui sunt in collegio, fiat saltem pluribus
ipsorum. Et homines diversificad in intellectibus aut diversificantur in

(1) ^U l £ \ , ce qui nous confirme que la forme plures ne correspond pas à


^LJI JÍTÍ mais bien plutôt à .
(2) Voir le § 28. Rappelons que, d’après Aristote, suivi par F., la narration
était superflue dans le genre délibératif.
(3) A notre avis, dans ce passage, J^jjl.
(a) « v e l » . (b ) « r e tin e n d o » . (c ) « s ’m o » .
198 AL-FÀRÀBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

intelligendo (1) aut in credendo (2). In diversificatis itaque (in) intelli-


gendo indigetur ut cuilibet ipsorum adhibeatur modus (3) ; aut instru­
endus eius intellectus (a) diversis a modo, quo alter instruendus. In
diversificatis autem in credendo indigetur quoque diversis modis respectu
cuiuslibet ipsorum, secundum quos inducantur ad credendum. Prop-
terea ergo necesse est ut sermo excogitatus seu adinventus ad sermoci­
nandum (b) collegio sive multitudini, quanto maior fuerit multitudo,
habens sit vias seu inductiones (c) plures preparativas ad intelligendum
vel credendum et retinendum quod dicitur a sermocinante ; namque
magno alicui collegio intenduntur hec tria: sc. ut intelligant et credant
et retineant. Et vie sive inductiones ad unumquemque istorum trium
multe sunt. Et sunt tantum secundum suam multitudinem definite. Patet
ergo quoniam congregatio seu multitudo, cui proponitur sermo, indeter­
minati numeri est. Verumptamen vie persuasive multitudini ipse diffinite
sunt et (de)terminati numeri continentes ipsas. Cumque sic sit, erit
rethoria oratio composita ex partibus quatuor aut tribus. Quod autem
usitatur in ipsa ex modis inductivis intellectus et credulitatis non erit
modus unus tantum. Immo modi plures vel diversi adunati in summa(m)
quandam unam. In qua vero non fuerit conquesitus nisi modus unus,
per hanc non poterit apte sermocinari nisi uni vel alicui multitudini (4)
vel uniformiter (d) se habenti ad recipiendum et credendum quod
dicitur. Neque enim differt in illum unum hominem et multitudinem
talem. Similitudo que in conditione ponitur [f. 191 v b] respectu rethorie
seu sermocinationis, talis est ut complectatur homines diversimode se
habentes ad recipiendum, intelligendum et credendum et retinendum
(1) ^ 1 . TK1H p. 304, 1. 6.
(2) A notre avis, dans ce passage, .
(3) Probablement iL^JI. Voir K1H p. 228, 1. 1.
(4) Nous comprenons: ! (une partie de la communauté), voire
. 1 'jà*J
(a) « intellectui ». (b) « sermocinandus ». (c) « deductiones ». Mais deux
lignes plus loin nous lisons «vie seu inductiones». (d) «informiter».
DIDASCALIA 199

quod dicitur (1). Propterea ergo oportet ut sermocinatio habeat condi­


tione (s) predictas, sc. ut sit oratio prolixa, ut comprehendat modos
diversos et plures inductivos ad intelligendum, credendum et retinen­
dum. Diffinitio autem horum modorum et in unaquaque sermocinatione
est secundum eos, quos (a) continet multitudo, que alloquenda est.
§ 31) Q uando quidem igitur sic est, tunc rethoria completa seu
perfecta est ea, que composita ex partibus, quas enumeravimus, et aggre­
gantur in illis partibus omnes modi inductivi ad intelligendum et cre­
dendum. Erit itaque mox talis rethoria secundum omnes homines.
Deinde completior et etiam completior quedam, que in se complectitur
modos plures. Hec autem est secundum maneries universorum hominum.
Quando quidem igitur sic est, tunc oportet quod sit rethorica habitus,
per quem habet homo potentiam ad sermocinationem in unaquaque
rerum singularium secundum omnes modos persuasionis. Et fortassis
oportet ut conditionetur (2) in singularibus, ut singularia hominum.
Hec itaque sunt que necesse est esse in oratione propter conditiones
notas, ut fiat oratio rethoria. Quod autem necessario consequitur ab
istis conditionibus notis ut sit in dictore est habitus rethorice, quem
narravimus. Et hoc intelligitur ex verbo eius «potentia» (3). Habenti
enim habitum perfectum non accidit impedimentum (in) sermocinando
magne multitudini. Impedimentum namque non accidit homini nisi
precipue propter diffidentiam de se ipso. Et habens (b) artem perfectam

(1) Notre texte présente assurément une lacune ou des erreurs. Tout ce qu’on
peut affirmer, c’est que F. fait ici allusion à la comparaison établie par Aristote dans
la Rhét. 1414 a 6 entre le style qui convient aux assemblées populaires et le tableau
en perspective (voir TK1H p. 304, 1. 17).
(2) Voir la phrase suivante: «Quod consequitur ab istis condicionibus
notis. » Peut-être, nous faudrait-il comprendre que le rhéteur doit être à même d’ap­
porter sur tout problème des arguments capables d’entraîner l’adhésion de chaque
personne prise isolément.
(3) Rhét. I, 2, 1355 b 25.
(a) « q u o d ». (b ) « h ñ t » .
200 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

confidens sive securus est de se ipso propter scientiam suam potentie,


que est in ipso. Ideoque non occurrit ei impedimentum. Et hanc poten­
tiam non (solum ?) oportet habere hominem quidem in eo, quod adin-
venit ad proponendum coram multitudine, set potissime in eo, quod
adinvenit ad redigendum in scriptis. Redactum enim in scriptis, ut
plurimum, recitant habitatores villarum et viventes secundum consti­
tutiones temporum. Et propterea oportet ut comple (c)tentur ex modis
intelligendi et ex modis credendi modos plurimos (1). Quando quidem
igitur sic est, tunc iste res, quas necesse est esse in sermone ad hoc ut
fiat rethoria ratione conditionum notarum in ipso, sc. ut fiat oratio pre­
parativa (2) ad proponendum coram multitudine, non sunt digniores
esse in eo quod adinvenitur ad proponendum vocetenus quam in eo
quod adinvenitur ad reponendum in scriptis. Immo oportet ut sint iste
conditiones in utrisque une. Et quando sic est, tunc nominamus nos id
quod adinvenitur, et est huiusmodi dispositionis ut proponatur vocetenus
aut ut scribetur, unumquodque eorum rethoriam, propter quod intentio
in utrisque est una et eadem. Et nomen rethorie convenit eis univoce,
preterquam quod diversificatur in conditionibus intelligendi tantum et
retinendi. Conditiones enim que aditionantur (3) in proponendo (a)
vocetenus, sunt conditiones intelligendi ipsum sibi proprie et actus (4)
conditionum propriarum cui(libet) d u aru m ..........(b) orationum est
actus unus. Non ergo oportet propter hanc diversitatem ut nominetur
altera earum (c) nomine diverso a nomine alterius non faciendo
(1) Nous comprenons: les oraisons écrites sont lues dans les différentes cités,
dont les lois changent au cours de l’histoire. D’où la nécessité, dans ces oraisons, d’em­
ployer tous les moyens de persuasion (complector '¡¿ y* - 1).
(2) preparativa, sans aucun doute une erreur. H. a lu là où il fallait lire
(apta). TKlS p. 4: ;.ull oU lT y , j . fjJI IJUj f. 152 vb: «Erhec
assimilacionis species est quasi materia [153 r a] apta. »
(3) ? JsLài (ajouter).
(4) ? J-vill. On comprendra: le résultat.
(a) « a d ic o n à t* in p r o p o n e n d i » . (b ) « p p » . (c) « e o r u m ».
DÏDASCALIA 201

multiplicitatem in nominibus (a). Set si quis preligat ut nominetur ora­


tionem (b) propositam vocaliter sermocinationem, inveniat ergo scripte
nomen aliud, ut nominando epistulam aut aliter. Aristoteles vero nominat
utramque nomine uno, sc. rethoria, et habitum, a quo procedunt, nomi­
nat rethoricam. Et ipse posuit omnia que decuit in hoc libro ad cons­
truendam hanc orationem. Et sermocinatio per ipsam aut fit legendo (c)
aut recitando. Et hoc quia hec oratio sola est, que aggregat conditiones
specierum orationum oratoriarum omnium. Quando ergo sciverit homo
canones huius orationis poterit permutare (1) quidlicet (sic) ipsorum ad
ceteras species oratoriarum orationum in re qualibet. Et cum (d) hoc, ex
quo Aristoteles intendit per artem oratorie [f. 192 r a] ut poneret eam
preparativam utilit(at)is hominis, posuit ditionem suam in ipsa ac si
ipsa sit preparativa ad utiliorem specierum orationum oratoriarum et
digniorem ipsarum et est rethoria (2). Rethorica enim inter ceteras
species sive partes oratorie est subsistitiva (e) civitatum et est unum ex
instrumentis ipsius. Principales enim potentiarum activarum in civita­
tibus sunt hee due: prudentia (3) et rethorica seu eloquentia. Princi­
patus etenim philosophi est quidem extra materiam istam. Cetere autem
potentie et artes proficue in civitatibus sunt sub principatu prudentie et
rethorice. Ideoque multotiens auditur ab oratoribus dicentibus «ensis
sub potestate calami est, et non calamus sub potestate ensis». Non est
autem locus hic ad discutendum inter ista. Propter hanc ergo causam
facta est rethorica utilis et necessaria et honorabilis; et huius cause
(1) J âüI. Voir § 27, n. 5.
(2) Nous comprenons: Et encore, comme Aristote se proposait de mettre l’art
oratoire au service des hommes, il l’a étudié seulement du point de vue de la rhéto­
rique, la forme la plus parfaite de cet art.
(3) Voir M. 255 a, p. 113, la note de M. Langhade à la p. 112 et
: 38 TK1§ p. 13: J acJI f* 1 ^ vb .
«Et est instruccio quedam prudencialis, que acquiritur per taies adinventicias
fabulas. »
(a) « ñ faciendo m in cônibz ». (b) « ordinem ».
(c) « regendo ». (d) « tantum » ? (e) « sbstiua ».
202 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

consideratione nominavit Aristoteles hunc librum suum nomine


rethorice (1).
§ 32) Cum itaque huius artis sit intentio persuadere per quod-
cumque possibile fuerit — et non solum per orationem, de natura cuius
est secundum veritatem ut fiat per eam persuasio cum utamur etiam
hoc cum eo quod gradatim deducit auditorem ad credendum aliquid et
non hoc tantum, immo etiam utimur (a) eo, per quod inclinemur homi­
nem et deducamus ad hoc ut agat actionem eius qui iam credidit
aliquid etsi (b) ipse non credit[ur] — patens est ergo quoniam non est
quod prohibeat quoniam utamur in hac arte hiis, que videntur persua­
siva in veritate (2). Talia enim persuadere(n)t interdum. Etiam, si enim
utimur hic eo, per quod deducitur homo ad agendum, quod agit qui
iam persuasus est, licet ipse non sit persuasus . . . . (3). Nunc dignius
(1) On comprendra qu’Aristote n’ait pas appelé son livre «de l’éloquence»
en général, mais bien « de la rhétorique », puisque cette dernière représente le degré
le plus élevé de l’art oratoire.
(2) videntur J . Dès lors, on comprendra: Des arguments qui semblent
être persuasifs mais qui en réalité ne le sont pas. Dans le M. 261 b, p. 141 F. écrira:
^ IJ j*l!àJI J L. J pj üLü- I J ^LS y U J p 11 est intéressant
d’observer comment dans le M., où la rhétorique est étudiée exclusivement au point
de vue de la logique, F. déclare à maintes reprises (par ex. à l’endroit cité dans cette
note et dans un passage au f. 267 a, p. 161) qu’il est indifférent au rhéteur que les
prémisses de ses enthymèmes soient persuasives en réalité ou seulement en apparence.
Tout ce dont il doit se préoccuper c’est que ses prémisses soient universellement connues
. En conseillant dans ces Didascalia d’employer des arguments persuasifs en
vérité, F. renonçait à ce point de vue strictement logique. Le même flottement se
retrouve chez IS qui, après avoir affirmé dans son S VIII p. 21, 1. 8 __ Jjj_| X
qül (_£.dj C- > \ Û J I y* CgI y y
enseigna tout de même (S VIII p. 24, 1. 8). «Jq. ¿Jlf ùl_, qiyfi
y (jjJI y q lk L li (qddüdJ ^ b-i g-îA
. y JjJl oLXail
(3) A notre avis, le texte présente ici une lacune. En toute logique, la phrase
« etiam, si enim etc. » ne pouvait avoir qu’une seule conclusion : que dans la rhétorique,
(a) « u tib z » . ( b ) « u t si » .
DIDAS CALIA 203

est ut utamur eo, quod persuadet alium (a) quam eo, quod videtur esse
persuasivum et non est tale secundum veritatem (1). Res autem que
secundum veritatem non sunt persuasive et videntur tales, deceptive
sunt. Pretendunt ergo aliquid est tale, quod non est tale. Et iste sunt
sophistice. Sophistica ergo ingressum habent in (re)thoricam. Plures ergo
rerum sophisticarum partes fiunt artis oratorie. Propositum itaque
Aristotelis in hoc libro est notificare omnes res, quibus habitis, habetur
habitus oratorie complete. Et hoc est, ut jam patuit, rethorica. Et iam
quoque declaratum fuit quoniam opus sive actus rethorice est sermoci­
natio ; seu actus rethorice est per quod intenditur id, cuius iam prehabita
est determinatio. Et modi huius rethorice multi sunt et non contingit
semper cuiuslibet hominum natura habuerit potentiam omnium modo­
rum sermocinationis. Set fortassis aliquis hominum consequitur modum
quendam ex hiis et alter modum alium. Et potentie particulares, quarum
quelibet est ad quoslibet particulares modos huius sermocinationis, partes
sunt habitus rethorice. Iterum ergo quilibet modorum, qui usitantur in
materiis oratorie — et secundum materiam eius precessit determinatio —
quidam actus est actuum rethorice; ut est verbi gratia in rethoriis
plerum(sic) circa ditionem et acceptationem (2). Isti etenim actus
il est permis d’employer des arguments en apparence persuasifs. Or, après la phrase
« nunc dignius est etc. », qui devait constituer une incise, F. parle précisément des
arguments sophistiques (JJUw = deceptivus) employés dans la rhétorique.
(1) Un passage du S VIII p. 25, 1. 15 éclaircit ce que F. entendait par les «res
que secundum veritatem sunt persuasive » et les « res que secundum veritatem non
sunt persuasive et videntur esse tales»: y ¿ i -, ¿ . i-, y q J ¿dûT
t Jjl J y ¿y jb y d 4jlj £~Âill U » loj AjlUt! <3 1
t-ahS** 3 Itu jjJi ¿y J 3 j\ 11» >Lîl
i3 ÙJ ù^Sb tifi.j 4 a. qil j ¡y - t ¡3 |
. L^sb— ji q. i q* i
(2) acceptatio oyjJL JU-Î m oxp un c Nous comprenons que chaque genre de l’art
oratoire se sert de certaines méthodes propres à la rhétorique, par ex. de la plupart
(plerum = JS~\) de celles qui concernent le choix des mots et l’action oratoire.

(a) « a l ’u » .
204 AL-FÂRÂBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

quidam sunt actuum rethorice; oratoria vero complectitur omnes has


potentias. Omnis namque potentia secundum modum aliquem ex modis
rethorice in huiusmodi rebus et ad aliquam intentionum memoratarum,
est (a) oratoria quedam. Nulla tamen ex ipsis est completa rethorica.
Iste ergo sunt potentie que sunt in pluribus, et per quas sermocinantur
in communicationibus ipsorum in suis connegotiationibus plures. Ergo,
omnes utuntur aliquibus actionum rethorie et in eis sunt potentie par­
ticulares, que sunt partes habitus rethorice (1).
§ 33) Et fortassis habitus rethorice conqueritur per frequentatio­
nem actionum suarum et per imitationem rethorum et assimilationem
eorum (2), preterquam quod homo mente pertractet de partibus huius
facultatis quot sint, vel que sint, vel quid sint, et per quid et quibus
rebus complentur actiones etiam ipsius. Et similiter de potentiis parti­
cularibus, que sunt partes rethorice. Quamlibet nempe harum poten­
tiarum possibile est acquiri a quovis hominum per productivam (b)
exercitationem in actu talis potentie. Verumptamen longe (c) est ut
comprehendantur (d) ab uno omnes partes habitus rethorice per fre­
quentiam [f. 192 r b] usus actuum ipsius absque hoc quod sciverit iam
omnes canones, quibus conquisitis (e) comprehenditur per eos habitus
iste. Quando ergo omnes ipsos sciverit, intendet acquisitioni cuius (libet)
particularium per exercitium actuum cuiuscumque ipsorum, quousque
sic acquirat habitum secundum suum complementum. Cum autem non
sciverit quis canones huius habitus et partes ipsius et voluerit assequi
hanc facultatem per qualemcumque contingat exercitationem, non con-
sequetur propositum suum, set frustrabitur et vacua remanebit anima
sua. Non enim novit quales res, ita quod intendat ad exercitandum in
hiis, que sunt ex partibus ipsius. Si (f) vero eveniat ut id, in quo
(1) Voir IS (§ VIII p. 7-8).
(2) »Tll TK1§ p. 1, cité à Ia note 2, p. 165.
(a) «et», (b) sic ; recte « diuturnam » ? (c) « Vege » en merge longe,
(d) « comprehentatur». (e) «gqiitis». (f) «ei».
DIDAS CALIA 205

exercitatur, sit aliqua partium huius artis, aut actus cuiuspiampartium,


assequitur quidem partem eandem, absque ceteris partibus ipsius, et
precipue quando reperit naturam seu ingenium suum obediens ad hanc
partem ipsius exercitatio (nis). Ideoque si quis affectat assequi hanc artem
perfecte, per disciplinam (1) (et) exercitium intendendum erit ei assequi
eam. Oportet ergo ut addiscat omnes partes eius et universos canones
ipsius, quibus scitis scietur ars et (a) habitus habebitur oratorie facul­
tatis (2). Et Aristoteles in hoc suo libro non innuit ad eas res solum,
quibus habitis, habetur hec facultas. Set intendit cum hoc, quantum ei
possibile fuit, tradere ea, quibus scitis, efficietur per ea quis rethor (3).
Non quod per hoc prohibeat quin possit aliquis esse natus optima nati­
vitate ad habendum intellectum summe preparatum adaptum (b) ad
omnes partes rethorice et (ad) adipiscendum ipsam perfecte, quemad­
modum se habet in ceteris artibus. Nec tamen, etsi hoc possibile sit,
estimandum est superfluum esse quod posuit Aristoteles in suo libro,
quemadmodum nec (c) scientia grammatice superflua est, licet aliquis
hominum sit, qui penitus non errat in gramaticalibus absque scientia
gramatice. Necessitas ergo eius, quod posuit Aristoteles in hoc libro
multo maior est necessitate gramatice, cum inveniantur plures homi­
num, qui nequaquam errant in gramaticalibus absque gramática, set
pauci valde inveniuntur, qui perfecte habeant habitum rethorice per
naturam. Iam ergo determinatum est ex hiis, que diximus, que sit
intentio huius libri et quod dicatur per nomen libri (4), et quoniam
quod est in eo necessarium est ei, qui vult fieri orator vel rethor.
(1) Probablement ^Ldl. Dans le TKlS H. traduit par doctrina.
(2) Nous retrouvons le même enseignement dans le S VIII p. 8, 1. 3-8.
(3) Peut-être faudrait-il comprendre qu’Aristote ne s’est pas borné à indiquer
les lois de la rhétorique mais qu’il a voulu aussi les enseigner autant qu’il lui était
possible dans les limites de son livre.
(4) Voir le § 31, où le titre de la Rhétorique est expliqué par le désir d’Aristote
de donner à son œuvre le nom de la forme la plus parfaite de l’art oratoire.
(a) « e x ». (b ) « a d a p tu m » . (c ) « i n » .
206 AL-FÂRÂBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

§ 34) D e (1) autem libri, id est cui arti subalter-


c o m p a r a t io n e

netur (2), dicemus nunc: habitus quidem rethorice et oratorie, per quem
fit sermocinatio, quam prediximus, non est ex logica; notitia (3) vero
rerum, que cum habite fuerint, habetur habitus, est ex logica. Et simi­
liter scientia, per quam dirigitur actus habitus, ex logica est, prout se
habet ars tópica. Habitus attamen (a) ipse et actus ipsius habitus non
est ex logica; scientia vero partium, per quas completur habitus, est
quidem ex logica. Habet enim quis interdum habitum (b) hunc, ut
oratoriam et topicam, et similiter habitum demonstrationis et unius ex
geometriis et artibus (c) metricis (4), preterquam quod habeat notitiam
canonum, per quos complentur isti habitus; et quemadmodum habet
quis facultatem gramaticalem et poeticam et proponit secundum eas et
non deviat in aliquo et loquitur metrice et non peccat penitus in pondere
alicuius copule (5), quamvis non habeat notitiam aliquam gramatice nec
canonum metri poetici. Sic se habet in habitibus prenumeratis ; similiter
invenimus in hominibus, in quolibet ipsorum potentiam sillogisticam
exutentem sillogismo in eo in quo consiliantur et in quo ratiocinantur
ad alios (6), preterquam sciant quid sit sillogismus nec canones, per quos
consistit facultas sillogizandi (d). Illa ergo ipsametque (? e) potentia
sillogistica, per quem sillogizatur, non est ex logica. Scientia autem, per

(1) v_j
(2) C.-a-d. jj, çjU \ (_$1 ¿y
(3)
(4) La métrique (0 ¿ j _^J|).
(5) ojJ . Voir p. 181, n. 3.
(6) « In quo consiliantur... et in quo raciocinantur ad alios. » Nous croyons
comprendre : Dans les problèmes sur lesquels ils réfléchissent (TK1H p. 3,1. 7 : (¿y } o j
et dans les problèmes qu’ils débattent avec les autres (l.c. _^¿)| Le M.
255 a, p. 113 annonce déjà la thèse d’IR d’après laquelle la rhétorique et la dialec­
tique trouvent un emploi exclusivement dans les discussions, tandis que la démons­
tration (jU jJI) sert en premier lieu à la recherche individuelle de la vérité.
(a) « e t t ñ » . (b ) « h a b itu s » , (c ) « a r s » . ( d ) « s i l l o g i z a n d o » . (e ) « i p â m q ; » .
DIDASCALIA 207

quam completur facultas sillogistica — in summa et quid est sillogismus


et qualis est, per quam rem perficitur — non acquiritur quidem nisi per
potentiam aliam prêter eam potentiam, per quam sillogizat homo.
Potentia namque ad sciendum canones est prêter materias in quibus
usitantur canones, qui sunt facultatis logices (1). Et secundum hunc
modum oportet intelligi proportionem eius, quod proposuit Aristoteles
in hoc libro suo, respectu oratorie talis rethoris et aliorum rethorum
[f. 192 v a] ut talis N. et talis N.
§ 35) A ( lique ) (a) potentie enim, que apud illos sunt, non sunt
potentie logice ; set potentia ad sciendum universalia, que sunt canones
oratorie et rethorice, est potentia logica et non fit potentia logica nisi
ex hoc quod ars rethorica in summa ars quedam est sillogistica. Ipsa
enim primum intendit persuasionem per orationem; et persuasio per
orationem est inductio credulitatis possibilis per orationem (2) et oratio,
per quam fit credulitas, ut in summa dicatur, est sillogismus quidam.
Manifestum est ergo quod oratio, per quam fit persuasio, est sillogismus
quis. Ex quo ergo quod scientia sillogismi et specierum eius, et ex quibus
constituitur et perficitur sillogismus, et qualiter est utendum eo, est ex
logica, erit similiter scientia ex quibus constituitur quelibet specierum
(1) Nous retrouvons la même thèse chez IS (S VIII p. 8, 1. 1-8).
(2) V p O l ¿jJUadl £_U;I y> ptASOh ^LtsVIj. Nous comprenons: «La
persuasion par le discours consiste à entraîner le maximum d’assentiment que le
discours oratoire peut produire. Nous traduisons «le maximum d’assentiment» en
tenant compte de l’interprétation donnée par IR aux paroles de la
Rhêt. I, ch. 2 que F. a ici paraphrasées. A première vue tautologique, cette définition
de F. s’explique par ce qu’il a enseigné dans le M. 263 b, p. 147, à savoir que le bon
rhéteur n’a jamais recours aux procédés appartenant à d’autres arts, tels que la dia­
lectique, mais s’efforce de convaincre les auditeurs par les seuls moyens de la rhéto­
rique. Le commun des hommes, remarquera IS (S VIII p. 1-2), en s’inspirant de cette
thèse de F., se méfient des orateurs qui se servent d’arguments dialectiques trop diffi­
ciles pour leur intelligence.
(a) Note en bas du f. : « Peragit philosophus probando quod rethorica est sillo­
gistica quedam. »
208 AL-FÀRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

sillogismi, et qualiter sit utendum ea in materia subiecta, procul dubio


ex logica. Et oratio, per quam fit persuasio, species est aliqua sillogismi.
Iterum ergo scientia specierum orationum inductivarum persuasionis
— sc. ex quot et ex quibus et qualiter construuntur et complentur et
per quas res fit persuasio completior et efficacior — pars est artis logices.
Et iste res sunt que texuntur in hoc libro. Iterum ergo iste liber pars
est artis logices.
§ 36) O rationum (a) autem rethoricarum (1) due sunt species:
sc. enthimemata (2) et exempla (3). Enthimemata sunt sillogismi, quo­
rum alique propositionum subtrahuntur vel subcitentur propter causas,
quas posterius dicemus (4). Et exempla in (h)ac arte similia (b) sunt
inductioni (5) in dyalectica. Et sunt consimiles: quod enim in dyalectica
inductio, hoc est in hac arte exemplum. Ambe enim procedunt aut a
particulari ad universale aut a particulari ad particulare, secundum
quod iam dictum est in octavo Topicorum (6) ; nisi quod inductio (c)
est processus a pluribus particularibus ad unum universale aut ad par­
ticulare. In exemplo vero sufficit unum particulare aut [ad] particularia
pauca. Et tam inductio quam exemplum utraque reducuntur ad sillo-
gismum. Et iam patuit in Libro (Analyticorum) (7) similiter qualiter

(1) JijUftl
(2) JU Jl
(3) Jiil
(4) A savoir : car, si les deux prémisses de l’enthymème étaient énoncées, l’erreur
ou la faiblesse de ce syllogisme deviendrait évidente (voir M. 257 b, p. 125 et S VIII
p. 36, 1. 15).
(5)
(6) Top.V lII, ch. 2.
(7) Voir M. 262 a, p. 141 : plus précisément Analyt. I, ch. 27, 70 b. Rappelons
que, dans son Iki, ^Jl J U, j et dans son S VIII, IS a emprunté à ce chapitre
d’Aristote les exemples des différentes figures des enthymèmes.
(a) Note en bas du f. : capitulum XXXVI : « De specierum instrumentorum
rethorice. » (b) « sill’a ». (c) « indictio ».
DIDASCALIA 209

deducuntur enthimemata omnia in sillogismorum figuras (a). Et enthi­


memata et exempla modos habent, quorum postea faciemus mentionem,
et memorabimur per quid discernentur modi (1) enthimematum alii ab
aliis, et similiter de modis exemplorum. Et enthimemata et exempla sunt
(in) primo duarum partium orationum, ex quibus fiunt credulitates
rethoricales, et quelibet harum duarum specierum componitur ex pro­
positionibus. Quarum propositionum quedam sunt species (2) et quedam
loci (3). Et per species intelligo propositiones, que appropriantur alicui
generi trium, in quibus orationes rethoricales ponuntur et sunt genus
iudiciale et demonstrativum et deliberativum. Sunt etenim species pro­
positiones ille, ex quibus componuntur enthimemata et exempla in
deliberativis proprie et ex quibus componuntur enthimemata et exempla
in laude et vituperio proprie; et ex quibus componuntur enthimemata
et exempla in querimoniis et defensionibus proprie (4). Loci autem
sunt propositiones universales, que non appropriantur uni generi absque
(1) ili M. 263 a, p. 145: J^/|
(2)
(3) £¿¿1
(4) F. n’a pas compris que, d’après Aristote (Rhét. I, ch. 2), les «lieux propres»
appartiennent, en règle générale, à d’autres sciences qu’à la rhétorique et à la dialec­
tique. Ce passage {Rhét. 1358 a, 2-35), il est vrai, était incompréhensible dans la version
arabe (K1H p. 16). Aussi a-t-il considéré que les -cGTtoç étaient des principes communs
à toutes les sciences et a fortiori aux trois genres de la rhétorique (M. 267 b, p. 163),
tandis que les eïSoç étaient propres à chacun de ces genres (M., l.c.). Tout en dé­
montrant une meilleure compréhension du texte aristotélicien (TK1H p. 26-28), IR
a repris l’essentiel de l’interprétation de F. Ainsi, par ex. à la p. 27, 1. 4, il a écrit à
propos des | . \fÿ U'Ij q_Ai V cJlT il une phrase qui reproduit
textuellement l’enseignement du M. 267 b, p. 163. J,.- t ^1 Cj U-üII j * li
. De son côté, IS (S VIII p. 32-33 et 47-49) a simplement développé les
thèses de F. : savoir qu’il existe des principes généraux, dont on fait dériver des lois et
des prémisses applicables aux différents genres de la rhétorique. Cependant IS a cru
comprendre qu’Aristote a appelé du nom de ( eï Soç) les lois particulières et du
nom de ( t Óícoi ) les principes applicables à la rhétorique.

( a ) « s illo g is m o s f i g u r a r u m » .

Rech. - 14
210 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

alio, aut attributa propositionum vel terminorum mediorum, que non


appropriantur uni generi absque alio, ut loci a pluri et pauciori (1) et
a casibus et coniugatis (2), et sunt loci propinqui eis, qui memorantur
in Topicis. Et species in hoc libro similes sunt locis memoratis de eligendo
in tertio Topicorum (3). Nominantur loci, sive sint proprii eligibiliori
et digniori, sive sint communes rebus omnibus (4). In hoc vero libro
nominantur species ille, que proprie sunt alicui generi; loci autem nomi­
nantur ille, que communes sunt ad omnia. Scientia ergo omnium istorum
et reliquorum, que ad ista referuntur, est ex logica.
§ 37) C um (a) sit hoc, quod est in hoc libro, pars logices,
it a q u e

dicendum est de ordinatione (5) eius ad reliquas partes ipsius; et cum


sit ut divers (a) (b) species sillogismi, patet quod ordinatum erit (c) post
librum, in quo tractatur de sillogismo absolute, et est Liber Priorum
Analeticorum. Videndum ergo de ordinatione eius ad ea, que secuntur
dictum librum, sc. Priorum. Dicimus ergo quod ex quo patuit [f. 192 v b]
(quod) in summam partium artis oratorie ingressum habent res sophis­
tice, ordinandus erit liber iste post Librum Sophisticorum. Iam quoque
declaratum fuit quod non possunt sciri partes sophistice et canones ipsius,
nisi prescitis partibus et canonibus artis dyalectice. Iterumque ergo
(1) Top. III, 119 a, 11-32. On notera comment le ms. BN Arabes 2346 (K1H
p. 15, 1. 18) omet, à la fin du chap. 2 de la Rhét. I, quelques lignes du texte grec, à
savoir les mots « >tal çuaooüv xoù 7rspi 7roXmxüv xal irepi tuoXXcûv..............» ètiû jrepl
Stxaítúv (Rhét. 1358 a, 12-16). Cette omission doit être attribuée au copiste de notre
ms., car IS et IR nous donnent une paraphrase complète de ce passage, qui devait
être connu aussi de F. En effet, il cite ici les tJ J;^f| ^ ¿ \y . (Rhét. 1358 a, 14).
(2) Top. 118 a, 36 et 119 a, 11-32; Rét. 1397 a 20: ôpoïot ttt&xiek; ; T1H 153,
1. 8: ¿.lïiàil; TK1H p. 226, 1. 12: ^ j U J l , J\U >
(3) Top. 116 a, 1.
(4) Nous comprenons: dans les Topiques Aristote désignait par tôtzoç aussi
bien les prémisses particulières à chaque genre que celles applicables à tous les genres.
(5) i-TfU.
(a) Au fond du f., cap. XXXVII: «De ordine huius libri ad ceteros libros
logice. » (b) « diüs ». (c) « ordinat' ».
DIDASCALIA 211

oportebit ut sit liber iste (post) Topica et Sophistica et iam ostendi (di) mus
in primo Libri Topicorum quoniam non sequitur necessario ut sit liber
iste posterior Libro Demonstrationis. Hic est ergo (ordinatio) librorum
secundum necessitatem adipiscendi ipsos. Secundum vero quod formo­
sum est de ordinatione partium logices, erit liber iste post Librum
Demonstrationis et Topicorum et Librum Sophisticorum et ante Librum
Poetrie et secundum ordinem istum putatur quod ordinaverit ipsum
Aristoteles (1). Et videtur quod huiusmodi ordinationis horum librorum
causa sit quoniam ars logica preparativa est primum ut proficiatur per
eam in scientiis. Deinde post hoc preparativa est ut proficiantur (a) per

(1) Rappelons que, en dépit de certaines oppositions, déjà à la fin de l’é­


poque alexandrine, la Rhétorique et la Poétique avient été rattachées aux livres de la
logique (voir W alzer , Greek into Arabie, p. 128). Dans sa J_î çX i ji (j üU ¡
3_¿_¡_¿J| qui n’est d’ailleurs qu’une paraphrase de l’introduction d’un auteur
alexandrin, peut-être de (’EXXyjvioç ?) à son commentaire des Catégories (voir
notre étude: «Al-Fârâbî et l’Épître sur les connaissances à acquérir avant d’entre­
prendre l’étude de la philosophie», à paraître dans le Liber Memorialis F. Kôprülü )
F. a fait sienne cette théorie. Il justifiait le lien entre la logique, la rhétorique et la
poétique par la théorie des cinq classes de syllogismes, formulée la première fois par
Elyas. Toutefois, au cours de sa vie, F. est-il revenu sur le problème de l’ordre dans
lequel il faut étudier les différents livres de VOrganon. Nous apprenons ici que, dans
son commentaire au livre I des Topiques (sans aucun doute un , un grand com­
mentaire, dont l’existence n’était pas connue par j î ¿/J qui cite seulement
un commentaire aux livres III et VIII de cet ouvrage — voir Steinschneider , Alfarabi)
il avait soutenu la thèse que ce livre ne suit pas nécessairement les Seconds Analytiques
et nous savons aujourd’hui que les Topiques ont été en fait composés avant les premiers
quatre livres de VOrganon. De plus, dans l’introduction de son grand commentaire à
la Hermeneia F., qui se faisait l’écho de quelque commentateur alexandrin (Le. p. 23,
1. 4 et p. 29, 1. 19), affirmait qu’il est possible d’étudier ce livre avant les Catégories.
Enfin, dans son M., il revient sur ces affirmations précédentes (Voir jU/Ji cjIï?"
introd. citée à la note 13, § 2) et résume la Réfutation des arguments sophistiques avant les
Seconds analytiques. Ces hésitations et ces flottements témoignent d’une part de l’effort
incessant de F. pour mieux pénétrer la philosophie et la méthode aristotéliciennes,
de l’autre de son indépendance vis-à-vis de la tradition alexandrine.
(a) « p ro fic i a u t» .
212 AL-FÂRÀBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

eam illi, qui sunt de numero plurium. Et iam patuit quoniam liber
sillogismi oportet necessario ut précédât residuos libros et partes logices.
Partes autem residue quinque sunt, quarum tres instructivi sunt specu­
latorum scientiarum et duo directivi sunt ad utilitatem plurium. Et tres
directivi speculatorum scientiarum sunt (a) Liber Demonstrationis et
Topica et Sophistica; et directivi duo ad proh tum (b) plurium sunt
Rethorica et Poetria. Si ergo fuerit hec ars directivum primum in scien­
tias, oportet ut précédant illi tres libri istos duos, ut sit lectio hominis
illorum trium (prior) quam (c) lectio eius duorum remanentium, ut
festinet homo ad id quod primo intentum est in ipsa logica. De illis
autem tribus patet quoniam liber Demonstrationis, per se et primo,
directivus est in scientiis. Ideoque oportet ut précédât lectio ipsius lec­
tionem aliorum duorum. Dialectica (sic) autem est, per quam est exer­
citium ad demonstrationem et per quam est preparado ad principia
scientiarum; est ad inventionem demonstrationis scientiarum. Est ergo
preparativa ad scientias secundario (d) (1). Liber vero canonum Sophis­
ticorum non est preparativus ad scientias per se, nec primo nec secun­
dario, set per accidens (2). Et propter hoc oportet ut Liber Sophisticorum
sit posterior Libro Topicorum. Inter Rethoricam et Poetriam oportet
ut procedat que communioris est utilitatis et pluris profectus et qua
magis indigetur. Oratoria vero vel rethorica communioris est utilitatis
pluribus quam poetria et necessitas ipsorum ad ipsam maior [em] quam
ad poetriam. Ideoque oportet ut précédât Liber (e) Rethorice Librum
Poetrie. Iste est ergo ordo istorum librorum secundum utilitates ipsorum.
§ 38) D ubitari (f) tamen potest, an poetria precedere deberet
rethoricam propter exigentiam discipline. In multis enim videmus quod
usus poetrie incidit in rethoricam secundum quantitatem aliquam, ut in
(1) A comparer avec le § VIII p. 1, 1. 6-7.
(2) A comparer avec le § VIII p. 27, 1. 1-8.
(a) « est ». (b) « profituü ». (c) « qñ ». (d) « secundaria ». (e) « reb' »
(f) Au fond du f. : « capitulum dubitationis orte ex premissis et est XXXVIII ».
DIDASCALIA 213

secundo tractatu rethorice ; et propter hoc potest dicere aliquis de Libro


Poetrie quod precedere debeat doctrinaliter Librum Rethorie, cum in­
digeat rethorica poetria, illa vero non indigeat rethorica. Set quia hec
indigentia in prêter necessariis est, et plures cause sunt quare antecedat
rethorica, ideo preposita est poetrie. Et proverbium (1) Platonis, quod po­
suit in libro suo « De Civilibus » de spelunca (2), qualiter egreditur homo
ex ipsa, deinde redit ad ipsam, conveniens est valde ordini, quem posuit
Aristoteles partibus artis logices. Incipit enim a sententiis summatis (a),
sc. que pertinent pluribus (3), deinde non cessavit gradatim procedere
et paulatim donec ascendit ad perfectissimam scientiarum. Deinde cepit
descendere ab hoc paulatim donec pervenit finaliter ad infimam et mini­
mam et vilissimam earum. Quod enim est in Libro Demonstrationis est
completissimum scientiarum et altissimi gradus; et quod est in Libro
Poetrie est imperfectissimum et infimum earum et maxime scientie per­
fecte. Et est simile scientiis, quas (b) posuit Plato in prolibro (c) umbre
in spelunca. Homo nempe in ea existens non novit se ipsum nec eos,
qui secum [f. 193 r a] sunt per casum visus sui super ipsos, set per casum (d)
visus sui super umbram cuiuslibet ipsorum. Et si comparetur notitia
plurium, qua noverint se ipsos, ad notitiam (e) sapientium, erit sicut
operatio eius, qui non vidit se ipsum nec aliquem eorum, (qui) secum
sunt in loco obscuro, nisi postquam sol fuerit recta ipsum et processerit
a quolibet ipsorum umbra sua et tenebra, quam percipit visu — et tunc

(L ?JA1 . TKlS p. 13 ,1^*11 y j ± ôli Jli.^11 Ój U í ¿4JI \J j


f. 197 v b : « Compositorum vero fabularum et proverbiorum opus non est opus petarum.
petarum. »
(2) C.-à-d. la République, livre VII début.
(3) En tenant compte de ce que F. a écrit, dans ce même paragraphe, à propos
des Catégories, on pourrait comprendre: Les notions possédant le minimum de com­
préhension et le maximum d’extension.
(a) « mîmis » : nous corrigeons « minimis » en « summatis » en considération du
passage marqué par la lettre f. (b) «q». (c) sic. Peut-être «in prelibato libro
umbre » (d) « casus ». (e) « ad notitiam ad notitiam ».
214 AL-PÂRÂBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

noscit se ipsum et socios, qui secum sunt, per notitiam tenebre et umbre
ipsorum — ad eum qui vidit se ipsum et qui secum sunt, visu proprio,
non per umbram et tenebram ipsorum. Et Liber Topicorum magis pro-
portionatus est scientie demonstrative. Post hunc Liber (a) Sophisticorum
et post hunc Liber (a) Rethorice. Aristoteles itaque incepit a Libro
Cathegoriarum, a notitiis notoriis et summatis. Et postquam processit
ad Librum « Peri hermeneias » (b) posuit in eo ex notitiis quod erat
altioris ordinis quam id quod est in Libro Predicamentorum. Et similiter
est de eo quod [est] in Libro Priorum Analeticorum posuit. Quartum
vero librum posuit completissimum eius, quod est in scientiis. Deinde
descendit paulatim post hoc, donec, ut dictum est, pervenit ad hoc,
quod vilissimum est in eis, sc. poetriam. Verisimile est ergo quod inten­
derit Plato (c) in prelibato exemplo hanc viam, quam processit Aristo­
teles in traditione logices.
§ 39) Liber autem iste et {partes eius} primo distunguuntur in
tres tractatus, {quorum quilibet continet distinctiones (1) diversas
eorum, ex quibus perficitur et componitur ars ista}. Nec est potentia (c’)
ut comprehendatur *totum* quod est in quolibet horum {tractuum} sub
una {aliqua} (d) intentione. Ideoque oportet comprehendi per distinc­
tiones (e) que sunt in ipsis. Primus itaque tractatus continet (f) sex dif­
ferentias. Prima est prologus libri (2). Secunda continet diffinitionem
rethorice et enumerationem omnium, que apparent in diffinitione ex
partibus eius necessariis universalibus, per quas comple [c] ta tur (g) (3).
Tertia continet genera rerum, in quibus et ex quibus fiunt orationes re-
thoricales et quoniam sunt tres (h) : sc. deliberativum et demonstrativum

(1) distingui ^_5J| ; distinctio: i,_JJ| . (Voir F., De interpretatione p. 17, 1. 19).
(2) Rhét. Arist. I, 1.
(3) Rhét. Arist. I, 2.

(a) « librum ». (b) « pp’ameneias ». (c) « Platoni ». (c') E « possibile ».


(d) E «autem; E' omis, (e) E « dictinctiones tractatuum et capitulorum»,
(f ) E « comprehendit ». (g) E « completur ». (h) E « tria ».
DIDASCALIA 215

et iudiciale (1). In quarta est enumeratio rerum propriarum generi


deliberativo et sunt ea, in quibus et ex quibus constituuntur orationes
deliberative (2). In quinta est enumeratio rerum propriarum *generum
propriorum* generi demonstrativo et sunt ea *genera*, quorum {gratia},
constituuntur orationes in laude et vituperio (3). In sexta sunt *res*
proprie iudiciis et controversis, {et sunt ea gratia quorum et ex quibus
fiunt orationes iudiciales} et {querimoniis seu controversiis} ex impeti-
tione et repulsione seu defensione *et* relatis *ad hec* (4). Sunt autem
relata sive comparata ad hec (a), sc. ad res iudiciales, ea, ex quibus fiunt
credulitates accidentes non ab oratione quam composuerimus nos (5).
Hec enim magis propria sunt iudicialibus, etsi contingat uti eis *in*
aliis et posuit ea quinque: sc. leges et pacta et testes et torturas et iura-
menta. Et ad iuramenta refertur iactantia (6). Virtutes (b) autem dic­
toris (c) seu probitas ipsius et firmatio virtutis referuntur ad capitulum
lau(dan)di. Ambe enim efficiuntur ex rebus eisdem. Vultus autem habi­
tudo et corporis dispositio (7) et que hiis cognata sunt referuntur
quidem ad receptionem modorum contro versie ( ?d) et gestuum, quorum
faciet mentionem in tractatu *tertio* (e). {Hec sunt ergo capitula vel
differentie tractatus primi.}
§ 40) T ractatus (f) secundus autem similiter continet sex capi­
tula, i.e. sex differentias. In primo est firmatio rerum, ex quibus efficiun­
tur orationes passionales et sunt ex quibus fiunt quevis orationum, que
(1) Rhét. Arist. I, 3 - I, 41359 b, 18.
(2) Rhét. Arist. I, 4 1359b, 19- 1, 8.
(3) Rhét. Arist. I, 9.
(4) Rhét. Arist. I, 10-15.
(5) C.-à-d. les ¿tTe/vot túerreiç.
(6) (Voir § 7 n. 1).
(7) JU-Î « Ô7rôxpiariç ». (Voir § 4, n. 3).
(a) « hoc ». (b) E « virtus ». (c) E « dictionis ». (d) E « recessionem modorum
continende», (e) ms. «rcô». (f) Note du fond du f. 193 r: «Quod in tractatu est
secundo et est capitulum XL. »
216 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

imprimunt in animas passiones diversas, utpote iram et mansuetudinem


et misericordiam et invidiam et zelum {et emulationem} et cetera huius-
modi ( 1). In secundo sunt res, ex quibus fiunt orationes morales et sunt
ille, per quas (a), sermocinatur homini, *et* movent ipsum ad infor­
mandum secundum morem aliquem et faciunt apparere in ipso illum
morem, quamvis non operetur actus eius, qui habet hunc morem (2).
In tertio est memorado (b) rerum communium omnibus illis tribus
generibus et sunt ea, que usitantur secundum scientias in orationibus
deliberativis et iudicialibus et demonstrativis (3). [f. 193 r b] Et posuit (c)
ea esse quatuor: unum per quod fit persuasio, quoniam res est possibilis
aut impossibilis (4) ; alterum res, ex quibus fit persuasio quod res *iam*
fuerit(d) in eo quod preteriit aut quod non fuerit(d) (5) ; et tertium res
ex quibus fit persuasio de re quoniam futura est in posterum, id. est
quod eveniet (e), aut quod non est (f) futura (6); et quartum est res,
ex quibus possibile est magnificare aliquid aut mino[no]rare aut am­
pliare in numero aut minorare, aut exaltare aut deprimere, sc. sunt per
que potest fieri persuasio quod aliquid est eximium valde aut exile aut
pretiosum aut vile (7). In quarto est qualiter utendum sit exemplis et
enthimematibus in omnibus tribus generibus, et secundum quot modos
utendum sit unoquoque ipsorum in omnibus generibus in quibus et ex
quibus fiunt orationes rethoricales (8). In quinto est enumeratio loco­
rum, qui communes sunt omnibus tribus generibus (9). In sexto est de
(1) Rhét. Arist. II, 1-11. (1377 b, 16 -1388 b, 18)
(2) Rhét. Arist. II, 12-18, 1391 b, 29.
(3) Rhét. Arist. II, 18, 1391 b, 29 - II, 19, 1391 a, 21.
(4) Rhét. Arist. 1392 a, 8 - 1392 b, 14.
(5) Rhét. Arist. 1392 b, 15 - b, 33.
(6) Rhét. Arist. 1393 a, 1-8.
(7) Rhét. Arist. 1393 a, 9-18.
(8) Rhét. Arist. II, 20-22 1396 b, 20.
(9) Rhét. Arist. II, 22 1396 b, 20-24, 1402 a, 28.

(a) ms. « b qs cà ». (b) E « numeratio ». (c) E « ponit ». (d) E « fuerit ».


(e) E « eveniens ». (f ) E « sit ».
DIDAS CALIA 217

qualitate contraditionum orathoriarum et rethoricalium (a) et quot


sunt (b) et quot modis fiunt instantie et obviationes (c) in arte oratoria
et que est differentia inter eas et inter instantias dyalecticas et qualis
est modus contradicendi cuilibet (d) specierum enthimematum, et per
quas res contradicitur (e) et secundum quot modos fit hoc (1).
§ 41) T ractatus (f) vero tertius continet in summa qualiter
utendum sit omnibus quorum precessit enumeratio in aliis duobus trac­
tatibus in sermocinatione rethorica, et ordinem cuiuslibet earum (g) ex
partibus orationum rethoricalium et habet se iste tractatus ad duos
precedentes, sicut se habet tractatus octavus (h) Libri Topicorum ad
eos qui antecedunt ipsum. Et tractatus iste {sc. tertius libri rethorice},
continet sex differentias (2). P rima est sermo in speciebus *sonorum*
et vocum, quibus utendum est in orationibus {rethoricis} et {in} ser­
mocinationibus in unoquoque generum et sermo in locis illorum
sonorum (3). Capitulum seu differentia secunda est de inquisitione

(1) Rhét. Arist. II, 25 et 26.


(2) Comme F. n’a pas indiqué dans son ^.LxSCJ j-U> les sous-divisions du livre III,
Lancelot a préféré imaginer pour les besoins de ses Tabulae que les differentiae du livre III
ne contenaient chacune qu’un seul chapitre et a écrit : « Et liber iste sex tractatus
continet, quorum quilibet continet unum capitulum tantum. » En fait, cette phrase
ne pouvait se trouver dans l’original, car, au § 57, F. a écrit: « Prediximus autem iam
quomodo hic tractatus continet sex differentias... et determinabimus determinatione
sufficienti de capitulis, dum loqueremur de hiis... »
(3) Rhét. Arist. III, 1. L’assertion de F. d’après laquelle le chap. I de la
Rhét. III étudie les species sonorum et vocum s’explique par l’« ancienne traduction», où
la phrase xpixov Sà ttüç /pi) TO^at xà prépvj xoü Xoyou (discours) (1403 b, 8) est devenue
(KlHp. 181, 1. 7). ,\y j J, ôî j J j IR a paraphrasé ce passage
(TK1H p. 248, 1. 8): |jb j ó i j JpUi elÿ*-î ^ ¿JUÜlj
üLdlj Jiliftl ¿y JT ,_ib-L
(a) E « de contradictione orationum rethoricalium et oratoriarum ». (b) E
« sint ». (c) E « objectiones ». (d) ms. « c’iz ». E « cuiuslibet ». (e) E « fit contra­
dictio ». (f) Au fond du f. 193 r: « Q uod est in tractatu tercio et est capitulum XLI. »
(g) E « eorum ». (h) E « unus ».
218 AL-FÀRÀBI : DEUX OUVRAGES INÉDITS

{ditionum} sim plicium (1), quibus utendum est in orationibus retho-


ricis; qualiter oportet eas esse et quot m odi earum et quibus m utatio­
nibus (2) oportet uti eis in arte rethorica; et que est differentia inter
usum earum in rethorica et usum earum in poetria; et que est quantitas,
qua oportet uti istis m utationibus in doctrina (3) {et in} sophistica et
{in} dyalectica (4). T ertia est sermo de hoc, qualiter utendum est de
intentionibus (5), quarum precessit enum eratio, in serm ocinando. Et
patet in hoc quoniam utendum est eis perm utative et patet quot (a)
sunt m odi m utationum quibus m utantu r intentiones, donec fiant per
eas (b) propositiones et orationes rethorice efficaciores et vehem entiores
ad persuadendum ; {et} quibus istarum perm utationum utendum est in
rethorica et quibus in poetria et non in rethorica (6). Q uarta est sermo
in hoc, qualiter com ponende sunt ditiones, per quas fit interpretatio
intentionum rethoricalium , donec fiat com pletior constitutio (c) eius ab
intentionibus; et qualiter ordinande sunt ditiones et qualiter oportet ut
sint earum differentie et principia differentiarum suarum (d) et per quid
est *et* qualiter oportet ut sint incisiones (e) (7) earum et ubi oportet

(1) diciones simplices, .11 (Voir p. 165, n. 2). IR (TK1H p. 252) écrira:
ssyii Jí UJ^i
(2) mutatio JljjS/l ou (Voir p. 178, n. 4 et 5) èÇaXXàÇat [Rhét. 1404
b, 8) a été traduit dans le K1H 187, 1. 7 j\
(3) .1,-11 Voir le passage du TK1S cité à la note 2, p. 170.
(4) Rhét. Arist. III, 2.
(5) Sans aucun doute Juilj. Voir le passage du TK1H cité à la note 3, p. 217
et le TK1H p. 264, 1. 11: sUj 1 <3
(6) Rhét. Arist. III, 3-6?
(7) En latin médiéval incisio rend parfois le terme grec de xüppa. Dès lors,
on pourrait admettre qu’il correspond ici à c j \já I et que F. faisait allusion au passage
1408 b 32 - 1409 a 24 de la Rhét. Cependant, dans ce contexte, où F. parle des incisiones
seulement après avoir mentionné les differentie ditionum, il est plus vraisemblable que
ces incisiones soit la XéÇiç xarearpappivï) (1409 a 26); K1H p. 207, 1. 5: U*ill ilLîil.
(a) ms. « quod ». (b) ms. « géant ». (c) ms. « test’o ». (d) E ajoute « et inces-
siones earum», (e) ms. «scisiones»; E « incessiones».
DIDASCALIA 219

*ut* sint loca stationis in ipsis et qualiter oportet ut sint quantitates


suarum differentiarum (1) et qualiter oportet ut sint figure interpreta­
tionum (2). Q uinta est sermo in similibus de intentionibus et qualiter
cause ponende (a) sunt *et* ordinande, ut faciliores sint ad intelligendum;
et per quas {dispositiones} fit hoc quod concipitur de ipsis delecta­
bilius et efficacius in animabus et perfectius operans ad inclinandum
animas ad credulitatem; et qui sunt modi, qui apropriantur ei, cuius
debitum est ut scribatur et qui apropriantur ei, quod recitandum est et
vocaliter proponendum coram auditoribus, et hoc in quolibet generum (b)
orationum rethoricalium (3). S exta est sermo de ornatu rethorice (4)
in quolibet modorum rerum; et quot (c) oportet esse numero magnas
partes ipsorum; et quoniam ad plus sunt quatuor, sc. prohemium et
narratio et credulitatis inductio et conclusio; et quoniam pauciores sunt
tres: prohemium, inductio credulitatis et conclusio. Et ostenditur ex
quibus construenda sunt prohemia rethoriarum in quolibet generum
[f. 193 v a] vel distinctionum ; et qualiter fiunt prohemia ; et que sunt
utilitates eorum tam in recitando quam in legendo. Deinde quoque
ostenditur ex quibus componendum sit (d) narrationes, et qualiter, et

D’ailleurs la phrase (1409 a 33) Aiorcep sni toïç xa¡A7UT)paiv exurvéouatv y.cà éxXùovrai
a été traduite dans le K1H: ; J s l k d 'i 'l Xs- 0 ¿'Il X ij. Rappelons que IR lui-
même n’est pas arrivé à comprendre ce chapitre de la Rhétorique dans la traduction
arabe.
(1) G.-à-d. quantitas differentiarum ditionum. A notre avis, le rythme des phrases.
Quant à l’expression figure interpretationum F. entendait probablement par ces paroles
les différentes formes du « style périodique » (K1H p. 208, 1. 4); I ¿ÿd\ _
(2) Rhét. Arist. III, 7-9.
(3) Rhét. Arist. III, 10-12.
(4) Sans aucun doute, l’ordre des parties de l’oraison. La phrase de la Rhét.
1414 a 30 Xonràv 8è Ttepl TàÇsoiç eEtccw a été traduite dans le K1H p. 228, 1. 18
j ç-jSfi Lff j i j et a été paraphrasée par IR (TK1H p. 305, 1. 15), "
. _J d - 1
I jlb iA

(a) E « proponende ». (b) E « genere ».


(c) ms. « quod ». (d) E « componende sint ».
220 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

que sunt earum utilitates, et in quibus rethoriis non oportet esse narra­
tiones, et in quibus necesse est eas esse. Deinde ostenditur post hoc
qualiter oportet uti orationibus creditivis in rethoriis; et qua specie
earum utendum est in qualibet distinctione (1); et ubi ordinande sunt
in rethoria; et qualiter ordinande sunt partes earum; et in quo genere
rerum sunt multiplicande (a) et in quo minorande. Et patet quoniam
orationes creditive usitantur aliquando (b) oretenus sive labiali ter secun­
dum viam interrogationis *et responsionis et quandoque secundum viam
interrogationis et aliquando secundum viam responsionis. Et ostenditur
ubi sunt usitande secundum viam interrogationis*, ita quod optime se
habeant; et ostenditur qualiter ordinande sunt quando hoc, quod usitatur
de eis, usitatur secundum viam responsionis et quando usitatur secundum
viam interrogationis; et qualiter oportet ut sit interrogatio rethorica; et
quid differt inter eam et interrogationem dyalecticam; et* secundum
quot modos fit interrogatio rethorica; et* secundum quot modos usitatur
quod usitatur secundum viam interrogationis; et ubi usitatur et secun­
dum quot modos et in quot locis. Et universaliter ostenditur qualiter
oportet ut sit ars rethorica, quando quod adinvenitur ex ipsa usitatur
responsive (c) ad interrogationem; et qualiter oportet ut sit ordinatio (d)
partium ipsius. Deinde ostenditur qualiter oportet ut sit conclusio retho-
rice (e) et qualiter concludenda sit oratio (2). Et posuit hunc locum
postremum huius sui libri (f). Hec ergo summa, quam enumeravimus,
sunt partes magne cuiuslibet tractatus libri (3).
(1) Peut-être j , ;il En tout état de cause, F. fait ici allusion aux enseigne­
ments de la Rhét. III, 17.
(2) Rhét. Arist. 13-19.
(3) Lancelot, qui a déplacé ce paragraphe à la fin de la Declaratio compendiosa,
continue: «Finis cuius semper Deo gratias agamus, sicut sui ordinis celsitudo et ipsius
beneficii multitudo meretur, cuius misericordie super omnes fideles existunt. » Nous
avons déjà vu comment la Declaratio compendiosa n’est qu’un remaniement des §§ 39-56
des Didascalia. Dans ces conditions, il n’y a aucune raison pour supposer que cette
(a) ms. « multiplicate ». (b) E « quandoque ». (c) E « in responsione ».
(d) E «ordo», (e) E «rethorie». (f) E «hunc locum estremum sui libri».
DIDASCALIA 221

§ 42) Nos ergo non erimus contenti isto modo set revertemur et
memorabimur capitula, que sunt partes minores eius summe, quam
perstrinximus. Nos ergo incipiemus et adducemus hoc quod est in singulis
capitulis primi tractatus (a), ut facile fiat per talem nostram expositionem
seu glosam *et formam* ad intelligendum et retinendum totum quod
est in quolibet tractatuum *et capitulorum* (1). Iam autem diximus
quoniam primus tractatus continet sex differentias et iam enumeravimus
eas in eo (b) quod preteriit. Nunc itaque proponemus unaquamquem
illarum differentiarum et ostendemus quod est in qualibet eorum.
Primum capitulum (c) est prohemium libri et hoc capitulum continet
IX (par)tes. Quarum primum (2) est enarratio eius, in quo communicat
rethorica et dyalectica (3). Et secundum, hoc quod omnes homines
{iam} utuntur actibus (d) huius artis et secundum quos modos (e) utun­
tur eis; et qui modi horum sunt meliores *et complexiores (f) ; et quo­
niam* completiores (g) eorum sint ut sit usus eius secundum viam
artificialem *et patet quis modus utendi actibus (h) huius artis sit secun­
dum viam artificialem*. Patet etiam que sit ars et qualiter sit usus eius
secundum viam *artis* et *quoniam qui utitur ea secundum viam
aliam* non erit *ei* possibile assequi complementum optimum (i) dis­
cipline huius artis. Oportet nempe ut qui voluerit perfectus fieri in ea
ut (k) assequatur eam (1) per ea, que expressa sunt in libro, in quo
jaculatoire, qui par surcroît ne correspond pas aux formules islamiques, se soit trouvée
dans le ms. de Lancelot. Elle a été ajoutée sans aucun doute par cet humaniste italien.
(1) Rappelons que H. a employé tour à tour les termes de differentia et capitulum
comme des synonymes. Vraisemblablement differentia correspond à J „;|| t capitulum à
V UI.
(2) C.-à-d. qb Jj-^l
(3) Rhét. Arist. 1354 a 1-3.
(a) E « que est in singulis ipsorum summatim ». (b) ms. « in quo ». (c) E
« tractatus ». (d) E « accidentibus ». (e) E « quas voces ». (f ) recte« comple­
tiores » ( “A ) que nous retrouvons ensuite dans le ms. (g) E « complexiores ».
(h) ms. E «accidentibus»; nous proposons cette correction en tenant compte de la
phrase précédente, (i) E « aptum ». (k) ms. « et ». (1) E « eam et ».
222 A L-FÀ R Â B I : DEUX OUVRAGES INÉDITS

ponuntur omnes eius canones et omnes eius partes. Necessaria ergo erit
enumeratio omnium partium suarum, ita quod possibile fiat ei qui (a)
voluerit eam addiscere et scire ipsam, quid est, quod oportet ipsum
inquirere, donec procedat ad ultimum complementum eius (1). Et
tertium est in quo declaratur quoniam relique vie, quibus utatur quis
ad hoc ut fiat rethor aut orator, insufficientes sunt ad hoc, ut per eas
fiat quis rethor aut orator. Et declaratur etiam in ipso quoniam illi, qui
antecesserunt Aristotelem et redegerunt (b) hanc artem in scriptum aut
collegerunt partes eius ad (c) aliquam summam, non (d) pervenerunt
ad hoc ut omnes partes ipsius comprehenderent; neque etiam (e) com­
plexi sunt omnes canones ipsius in scriptis suis; et quoniam reliquerunt
maiorem et digniorem partium ipsius et eam, cuius gratia quidem
queruntur cetere partium eius; neque etiam perceperunt quidem hanc
partem neque canones eius et *est* oratio inductiva credulitatis et per­
suasionis. Verumptamen multiplicaverunt sermonem in rebus, quibus
moventur et inclinantur iudices et obviatores tantum. Et dictum est in
eo quoniam quantitas, quam scripserunt, est (f) non sufficiens in hac
arte; et ostensum est quoniam non in omnibus locis neque apud omnes
iudices usitantur ista, que isti composuerunt in ea; et quoniam si non
esset insufficientia in istis, tunc non essent extranei ab arte set essent
aliqua pars partium eius (g) ; et quoniam oportet ut usitentur (h) secun­
dum quod sunt actus aliquis actuum eius. Deinde ostensum est quantum
affert utilitatis quod isti posuerunt in hac arte; et in quo proficitur (i)
[f. 193 v b] per ipsum in ea; et in quo non proficitur (i) et in quo genere
sermocinationis rethorice proficitur (i) ex rebus istis et quoniam non
proficitur (i) per ea in omni genere orationum rethoricalium, ut (k)
innotescat per hoc quod, si aliquis adeptus esset notitiam omnium
(1) Rhét. Arist. 1354 a 3-11.
(a) ms. « quo ». (b) ms. « redarguerunt ». (c) ms. « aut ». (d) ms. « et non ».
(e) ms. « nos etiam ». (f ) ms. « et ». (g) ms. « tunc non essent extranea ab arte set
essent aliqua pars partium eius »; E « tunc non essent extranea ab arte, si esset etc. ».
(h) ms. « sitôt' ». (i) ms. « Pficitur (Perficitur) ». (k) ms. « et ut ».
DIDASCALIA 223

partium huius artis, non indigeret compositione huius libri. Verumptamen


ex quo insufficiens est hoc, quod scripserant illi, qui precesserunt ipsum,
non est superflua huius libri editio, quasi qua non indigeatur, immo est
necessaria (1). In quarto declaratum est ex qua facultate sit ars retho-
rica et quoniam hoc, quod (a) ipse hic posuit, pars est scientie logices (b) ;
et quoniam non potest aliquis attingere complementum istarum partium
neque redigere eas in scriptum (c) vel in librum, nisi qui peritus fuerit
in logica. Ideoque non attingerunt eam plene antiqui, quia defecerunt
ab eius complemento. Et ostensum est ex quo modo non fuit possibile
eis, qui precesserunt, comprehendere omnes partes eius et precipue ora­
tiones inductivas credulitatis. Et in hac parte ostensum est proficuum
libri sui; et quoniam non est possibile ut comprehendatur rethorica per
artem aliam, nisi per eam, quam firmavit (d) ipse; et quoniam *quidem*
hoc, quod alii [quod] fecerunt ex his qui antecesserunt ipsum, instrue -
tivum est ad aliquam modicam partem rethorice et facultatis oratorie (2).
In quinta ostensa est utilitas artis rethorice et in quot rebus proficitur (e)
per eam (3). In sexto quoniam actus *quicumque* huius artis est in
duobus contrariis, secundum quod se habet res in dyalectica et medi­
cina (f) ; et quid est intentum per hoc quod ars sit directiva ad duo con­
traria absolute; et ad que duo contraria sit hec ars amplius directiva;
et quoniam quidem dirigit ad melius et utilius et non ad id quod noci­
vum *est* et non ad id per quod non proficitur (e), quemadmodum
hoc declaravit in dyalectica, ut per hoc notificaret, quoniam quod
memorat in hoc libro non dirigit nisi ad rethoricam completam.
Deinde decompleta (g) (4) est que usitatur in quibus hominibus absque
(1) Rhét. Arist. 1354 a 11 - 1355 a 3.
(2) Rhét. Arist. 1355 a 3-20.
(3) Rhét. Arist. 1355 a 21-29.
(4) completa-decompleta. A notre avis Í.LJ1 et I^xsbJI Notons cette définition de
la rhetorica completa et decompleta qui se rapproche de celle du § 23, sans cependant en
(a) E « hec quam ». (b) E « loice ». (c) E « in scriptis ». (d) E « confirmavit ».
(e) ms. « perficitur ». (f) E « medi ». E' « media ». (g) E « completum est ».
224 A L-FÀ R Â B Ï : DEU X OUVRAGES INÉDITS

aliis ( 1). In septimo declaratur interpretatio huius artis per comparationem


eius ad finem ipsius ; et que est quantitas, ad quam pervenit homo ex ipsa
et ex frequentia actuum suorum, donec adipiscatur hanc artem et fiat
rethor; et quam quantitatem, cum assecutus fuerit predicator, attingit
secundum viam artis in qualibet (a) rerum ad hoc (b), ut agat actum
oratoris et rethoris secundum exigentiam artis (2). In octavo decla­
ratur comunicado artis huius cum sophistica (3). In nono narrat
quod intentio (4) eius sit sermo in arte, cuius dispositio est dispositio
quam determinavit (5). Hec sunt ergo omnia, que continet capitulum
seu differentia prima primi tractatus huius libri.
§ 43) D ifferentia secunda huius tractatus complectitur sex
partes. P rima est diffinitio rethorice absolute seu simpliciter (6). Et post
hoc memorat ea, que apparent in diffinitione posita de appenditiis ipsius
et que consequuntur *a* diffinitione eius ex canonibus, per quos per­
ficitur seu completur ars ista. Et sunt hee quinque res in summa (7).
Est ergo pars secunda huius differende declaratio de diffinitione quo­
niam hec ars non est propria uni rei absque alia re (8). T ertia con­
tinet hoc, quod declaratur de diffinitione rethorice et (c) speciebus

être identique. En effet, au § 23, F. avait désigné par l’expression de rhetorica incompleta
l’oraison qui ne contient pas toutes les parties propres à ce genre. Par contre, dans ce
passage, la rhetorica decompleta est celle qui ne possède pas une force de conviction uni­
verselle.
(1) Rhét. Arist. 1355 a 29 - b 8.
(2) Rhét. Arist. 1355 b 8-17.
(3) Rhét. Arist. 1355 b 17-21.
(4) ji > OU
(5) Rhét. Arist. 1355 b 22-24.
(6) Rhét. Arist. I, 2 1355 b 25-26.
(7) Faute d’avoir tenu compte des paroles «Et post hoc... Est ergo pars
secunda... », Lancelot a cru que le I capitulum du tractatus I I contenait aussi les corol­
laires de la définition de la rhétorique.
(8) Rhét. Arist. 1355 b 26-39.
(a) ms. « qua ». (b) ms. « ad quod hoc ». (c) ms. « ex ».
DIDASCALIA 225

rerum, ex quibus fit ista credulitas (1). In quarta declaratum est


*quoniam necesse est ut sit ars rethorica quasi (a) composita*, est *ex
dyalectica et scientia morali, et quoniam partes eius quedam sunt ex
logica et quedam ex scientiis moralibus (2). In quinta est sermo uni­
versalis in orationibus, ex quibus per se fit persuasio et sunt exempla
et enthimemata et diffinitio cuiuslibet eorum *et enumeratio modorum
enthimematum et disgressio (b) (3) cuiuslibet modi* ipsorum ab altero
per diffinitionem suam (4). In sexta est sermo universalis de rebus que
sunt propositiones et materie exemplorum et specierum enthimematis (c),
quot sunt et que sunt et quoniam sunt species et loci (5). Et hec diffe­
rentia huius tractatus est quasi continens universalia (d) omnia eorum,
que sunt in duobus tractatibus, sc. *in* primo et secundo.
§ 44) I n differentia tertia sunt quinque partes. In prima dicitur
quoniam (e) sermocinatio rethorica constat ex dictore (f) et ex homine
de quo fit sermo, et ad quem fit sermo {et est auditor}; et quoniam
auditores sunt tres; et quoniam genera orationum rethoricalium sunt
tria ; et quoniam unumquodque dividitur prima divisione in duos modos ;
et quid sit subiectum cuiuscumque eorum; et quibus fit quodlibet
generum illarum [f. 194 r a] orationum trium. Et dicitur quod fit ex
tribus generibus *entium*, quorum unumquodque fit ex unoquoque
horum trium. Et dicitur que est intentio propria unicuique generum
orationum trium. Intelligo quid est illud quod intendit quelibet illarum
per suam persuasionem {et ad quid conatur qui utitur unoquoque (g)
earum ut pertingat persuasionem} ; et quoniam hec quoque tria sunt in
(1) Rhét. Arist. 1356 a 1-20.
(2) Rhét. Arist. 1356 a 20-35.
(3) Nous comprenons «la distinction». Vraisemblablement J ~l-\\
(4) Rhét. Arist. 1356 a 35 - 1357 a 22.
(5) Rhét. Arist. 1357 a 23 - 1358 a 35.
(a) E' « que quasi » (b) E « discressio ». (c) ms. « et speciebus et enthime­
matis ». (d) E «verba», (e) E «qñ» recte «qm». (f) E «doctore» ms. ditione,
(g) ms. « unumquemque ».
Rech. - 15
226 A L-FÂ R À B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

universo. Deinde dicitur quoniam subiecta uniuscuiusque (a) eorum usi­


tantur in altero; et qualiter usitantur et in que loco et propter quam
causam; et quoniam quoddam (b) illorum subiectorum magis *est*
proprium et dignius est generi (c), cui proportionaverimus ipsum; et
cuiuscumque (d) generis ipsarum *orationum* subiectum usitatur in
genere altero, non erit (e) usus eius secundum quod est magis proprium
*ei, set secundum quod est magis proprium* generi alteri; usitatur (f)
in hoc genere (1). In secunda dicitur quoniam hec genera omnia neces­
sario indigent ad hoc ut compleatur unumquodque eorum omnium
— quorum antecessit enumeratio — ex modis, per quos inducitur cre­
dulitas ex enthimematibus et exemplis; et ex quibus fiunt exempla et
enthimemata (2). In tertia dicitur quoniam unumquodque trium
generum indiget quoque modis propositionum et enunciationum (g)
universalium prêter ea, quorum precessit enumeratio. Et ille sunt enun-
ciationes (h), ex quibus possibile est fieri persuasionem, quoniam res
*aut* est possibilis aut non possibilis; et enunciationes (h), per quas
possibile est persuaderi quod res erit in futuro aut non erit; et enuncia­
tiones (h) per quas contingit persuaderi quoniam res iam fuit in pretérito
aut quoniam non fuit ; et enunciationes (h) per quas contingit persuaderi
quoniam res est in fine magnitudinis (i) aut parvitatis aut multitudinis
aut paucitatis aut nobilitatis *aut vilitatis* et universaliter per quod res
magnificatur aut minoratur aut nobilitatur aut vilificatur (3). In quarta
est qualiter loquendum sit in unoquoque istorum trium generum; et
quoniam loquendum est in eis duobus modis loquendi. Unus eorum
(1) Rhét. Arist. I, 3 1358 a 36 - 1359 a 5. A notre avis la dernière phrase contient
une lacune. Peut-être faudrait-il entendre: «Et non secundum illud quod usitatur in
suo genere. »
(2) Rhét. Arist. 1359 a 6-10.
(3) Rhét. Arist. 1359 a 10-25.
(a) ms. « cuiusque ». (b) ms. « quodlibet ». (c) E « genere ». (d) ms. E
«cuius», (e) ms. «noverit», (f) ms. «usitantur», (g) E « enthimemationum ;
ms. « enumerationum ». (h) ms. « enumerationes ». (i) E « egritudinis ».
DIDASCALIA 227

*est* ut loquamur de eo, quod proprium est unicuique ipsorum, sc. ut


notificetur ex quibus fiunt orationes deliberative (a) proprie, et ex quibus
iudiciales proprie, et ex quibus demonstrative proprie. Modus secundus
est loquendi (b) sermo, in quo communicant omnia. Et dicit quod inci­
piet primo a speciebus ante locos universales et *quod* incipiet a deli­
berativis et hic narrat cuius rei gratia consiliatur seu deliberat delibe­
rator (1). In quinta ostendit quod hec, in quibus hic loquitur, sunt
communia rethorice et (c) scientie morali et quod quamvis sint com­
munia, tamen speculatio fit in eis hic secundum quendam modum, et
in scientia morali secundum modum alium, et secundum quam quanti­
tatem loquendum est hic et quoniam *quod* pertransit hanc quanti­
tatem {loquendum non est hic et quoniam (quod) pertransit hanc}
pertinet {quantitate[m]} scientie morali (2).
§ 45) E t differentia quarta continet res ex quibus et in quibus
fiunt orationes deliberative et iste res, ut summatim dicatur, duas habent
partes, quarum una est ipsi fines, altera ea, que ducunt ad fines. Et
posuit finium esse duos modos {et ducentium ad fines duos modos}.
Unus ergo modorum finium est rerum eximiarum utilitas in regimine
civitatum et sunt res, quarum utilitas communis est aut omnibus homi­
nibus aut pluribus ipsorum *aut illis de civitate totaliter aut pluribus
ipsorum*. {Et(}) modus secundus est finium hic, cuius (d) utilitas com­
munis est unicuique hominum. Et ducentium ad finem {similiter (}) sunt
duo modi. Unus eius quod est utile absolute ad finem; alius *est*
eius, quod est utile in comparatione ad aliud utile. Et differentia hec
continet quinque partes. In prima parte enumerat quot (e) sint ea, ex
quibus et in quibus fiunt orationes deliberative in (f) regimine civita
tum {et(}) ex quibus construende (g) sunt orationes in unaquaque (h)
(1) Rhét. Arist. 1359 a 26 - 1359 b 1.
(2) Rhét. Arist. 1359 b 2-18.
(a) ms. « delibitative ». (b) E « loquendi est ». (c) ms. « seu ». (d) ms. « hic
huius»; E «huius cuius», (e) E «quod», (f) ms. «et in», (g) E «contrahende»,
(h) ms. « qua ».
228 A L-FA R Â B Î : D EU X OUVRAGES INÉDITS

deliberatione (1). In segunda enumerat ex quibus et quorum gratia et in


quibus fiunt orationes deliberative in eo, quod appropriatur unicuique (a)
homini aut unicuique collegio et (b) societati et sunt que non frustrantur
ab hoc, quin sit aliquis inter homines, cui videatur quod sint (c) ei bona,
aut quin sit aliquis (d) inter eos, qui appetit ea (2). [f. 194 r b]. In
tertia enumerat quasi omnes res, ex quibus possibile est homini ut
inducat credulitatem de re aliqua et persuadeat, quod sit utilis, aut
ducens ad bonum aliquod ex bonis, aut videlicet (e) ad bonum proprium
unicuique aut ad bonum commune universitati (3). In quarta enu­
merat plurimum (f) rerum que sunt maxime utilitatis, vel plurimum
ducentes ad bona intenta. Evenit enim in multis finium ut non sit utile
*ad* adeptionem (g) ipsorum *unum* aliquid set duo aut (h) tria,
quorum quedam sunt utiliora aliis. Enumerat ergo omnia, ex quibus
fiunt orationes, per quas monstratur quoniam hoc utilius illo (4). In
quinta enumerat maneries legum seu civilitatum et intentum per quam­
libet (i) earum et fores et mores et actiones, per unamquamque quo­
rum (k) contingit pervenire (1) ad intentum in (m) unaquaque civitatum
aut populorum aut gentium, qui aliqua lege utuntur (n) ex illis legi­
bus (5), ut sciat homo per que consulat seu deliberet in unaquaque
earum, ut sit hoc, per quod consulit, perducens ad finem cuiuslibet ex
ipsis (6).
(1) Rhét. Arist. 1359 b 18 - 1360 b 2.
(2) Rhét. Arist. I, 5.
(3) Rhét. Arist. I, 6.
(4) Rhét. Arist. I, 7.
(5) On remarquera comment F. tendait à identifier les lois religieuses (leges
yAll) avec les cités (civilitates j-d.1). Dès lors, fores (lois) devrait indiquer les lois
positives propres à chaque cité i_J|)
(6) Rhét. Arist. I, 8.
(a) ms. « cui ». (b) E « sive ». (c) ms. « sit ». (d) ms. « quin sit ei aliquis inter
eos»; E «quin sit aliquis finis inter eos», (e) E «videat», (f) «E plurimas»,
(g) E « ademptionem ». (h) E « ad ». (i) ms. « quas ». (k) E « quoque ». (1) ms.
« pervenierit ». (m) ms. « et in ». (n) ms. « deguntur ».
DIDASCALIA 229

§ 46) D autem quinta continet res, ex quibus fiunt


if f e r e n t ia

orationes demonstrative aut laudis aut vituperii. Et est laudatio oratio,


per quam intenditur ut (a) commendetur et firmetur de aliquo homine
quod sit probus, honestus, virtuosus, aut {intenditur per eam (ut) per­
suadeatur eum esse talem. Vituperatio autem est oratio, per quam} inten­
ditur probari de homine aliquo ipsum esse vitiosum seu facinorosum et
malum. Et ista differentia habet unam partem, in qua fit sermo de rebus,
ex quibus constituuntur orationes laudative aut vituperative hominis.
Et notificat res, que cum fuerint (b) in homine, constituitur per eas vir­
tuosus, et que sunt, que cum fuerint in homine, constituitur vitiosus (1).
§ 47) Et differentia sexta continet ea, ex quibus fiunt orationes,
que pertinent iudiciis et sunt, ut in summa dicatur, accusatio et recusatio,
{seu impetitio et repulsio}, seu actio (c) et defensio et utrumque istorum
dividitur in modos. Attamen (d) {actio i.e.} accusatio seu querimonia
in summa oratio est, per quam intenditur ut firmetur et persuadeatur
de aliquo *homine quoniam* iniuriatus est alteri; et ea, per que pro­
batur *et* persuadetur quoniam iniuriatus est, enumerat ipse omnia in
hac differentia. Et primo ostendit que sunt ea, ex quibus consuetum est
ut, cum appetat seu desiderat ea quis, moveant (e) eum ad infiman­
dum (2). Manifestum est enim quod non iniuriatur homo desiderando
aut inquirendo ea, per que acquirat virtutes et ea (f), que indicant ei
habitum honestatis. Res ergo (g) propter quas {i.e. consuetum est iniu-
riari ut in pluribus (3)} iniuriatur quis, desiderando aliquas earum, sunt
aliquis modus earum, ex quibus contingit probare quod iniuriatur,
quando usus fuerit eis in querimonia sua quis; {sc. de numero earum,
per quas persuaderi potest iniuriatum esse ( 4 ) } . {Et secundo } ex his sunt
(1) Rhét. Arist. I, 9.
(2) Rhét. Arist. I, 10 1368 b 28 - XI, 1372 a 3.
(3) Sans doute une glose incorporée au texte.
(4) Sans doute une glose incorporée au texte.
(a) ms. « et ». (b) ms. « que cum fuerint res ». (c) E « accusatio ». (d) ms.
«actuum», (e) E «maneant», (f) E «ea per; E' «per ea». (g) E «vero».
230 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

dispositiones, quas cum habuerit homo, movent (a) seu incitant eum ad
iniuriandum et sunt dispositiones, quarum habebit aliquas homo cum
iniuriatur, ut *si* fuerit homo magne potestatis aut quasi potentiam
habens regiam. Ista quippe sunt, ex quibus potest quis, in querimoniis
suis, utendo eis, persuadere quoniam iniuriatus est ei a talibus (1). Et
tertio ex hiis dispositiones, quas cum habuerit quis, aptum faciat eum
ad hoc ut fiat ei iniuria (2). Et sunt dispositiones secundum aliquas
quarum disponitur homo, cum recipit iniuriam. Iste ergo sunt res, ex
quarum aliquibus contingit probare aliquem de altero, quod iniuriatus
sit *ei* {evidendo (3) eis in querimoniis suis}. Et quarto ex hiis sunt
actiones, quas {i.e. quas nullus consuevit exercere, nisi qui iniuriari in­
tendit et loquor ut in pluribus} (4) cum exercuerit homo, iniuriam per­
petrat (5). Et hec quoque sunt, quibus cum utitur homo in querimoniis
suis, probare potest per ea, quod [f. 194 v a] iniuriatus sit iam quis ei.
§ 48) E t Aristoteles posuit sermonem suum in iudicialibus
decem partibus. In prima parte diffinivit iniuriam; et enumeravit ea,
propter que quis iniuriatur; et que illorum sunt per accidens; et que
illorum non precessit electio; et que precessit electio. Deinde compre­
hendit rem secundum quod (b) maximum sit cuius (causa ?) iniuriatur:
aut passio aliqua, utpote ira, aut inimicitia aut furor aut odium aut
invidia et similia hiis ; aut propter utilitatem aliquam speratam ex iniuria
sua; aut propter delectationem aliquam, quam assequitur ex hoc (6).
In secunda parte loquitur in passionibus, causa quarum iniuriatur

(1) Rhét. Arist. I, 12 1372 a 4 - 1372 b 22.


(2) Rhét. Arist. I, 12 1372 b 23 - 1373 a 27. (Voir 1372 a 38).
(3) evidendo. Thes. linguae latinae = praevidendo ; ici mettre en évidence l’offense.
(4) Sans doute une glose incorporée au texte.
(5) Rhét. Arist. I, 13.
(6) Rhét. Arist. I, 10 1368 b 1-12. Lancelot a imprimé cette differentia sous le
titre de tractatus VII.
(a) m s. « m o v e rin t » . (b ) m s. « q u o s » .
DIDASCALIA 231

quis, *ut* sunt inimicitia aut invidia aut ira aut similia hiis (1). Sermo (a)
etenim in hiis rebus indigetur in duobus locis rethorice. Quorum unus (b)
est cum (c) probare habuerimus de aliquo quod iniuriatus sit; {osten­
dentes nempe de aliquo quod inimicus noster sit(}), aut quod sit iratus
adversum nos aut invidus, magis credetur querele nostre et facilius
persuadebimus auditoribus quod iniuriatus sit nobis et quod trans­
gressus *sit* erga (d) nos. Secundus (2) *est* quod, cum probaverimus
iudici quod aliquis sit inimicus eius aut quod odiat (e) ipsum aut quod
invideat ei, movebimus ipsum facilius ad indignandum ei, de quo pro­
ponimus querimoniam; aut *si* ostenderimus quod nos simus de amicis
ipsius et fautores omnium, que ad eum pertinent, movebimus eum per
hoc et inclinabimus ad partem nostram. In tertia parte declarat res
utiles, propter quas, cum iniuriatur quis, non iniuriatur nisi ut adipis­
catur eas, aut omnes aut aliquas earum (3). Et de hiis (f) rebus consi­
deratio fit in duobus locis in rethorica (g), quorum unus est circa ora­
tiones deliberativas, alter circa querimoniales. In quarta parte loquitur
de delectabilibus, gratia quorum iniuriatur quis, desiderando ea et
sperando adipisci ea *aut* aliquid ex ipsis (h) (4). In quinta loquitur
in dispositionibus, quarum habet aliquas homo, cum iniuriatur (5). In
sexta loquitur de dispositionibus, quarum aliquas habet homo (i)
cum (k) recipit iniuriam (6). In septima loquitur de notificatione ac­
tionum (1), quas cum egerit quis, iam iniuriatus est, et quas (m) cum

(1) Rhét. Arist. I, 10 1368 b 12 - 1369 b 28 (?)


(2) A savoir secundus locus.
(3) Rhét. Arist. I, 10 1369 b 28 (?) - b 32.
(4) Rhét. Arist. I, 11.
(5) Rhét. Arist. I, 12 1372 a 4 -b 22.
(6) Rhét. Arist. I, 12 1372 b 22 - 1373 a 38.
(a) E « sermone ». (b) ms. « unum ». (c) ms. « ut ». (d) ms. « apud ». (e) E
«hostiat», (f) E «eis», (g) ms. «in rebus rethorica». (h) ms. «ipsum», (i) E
«quarum habet aliquis», (k) ms. «ut». (1) E «accusationum», (m) E «quas»;
E' « quas enim ».
232 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

egerit, aut est iniuriatus aut non est iniuriatus (1). In octava loquitur
de excessu (a) (2) et de indulgentia et de reconciliatione, quid est *et*
in qua re fit et ex quibus rebus fiunt orationes, que fiunt (b) in ques­
tione indulgentie ab homine et (c) in excessu erga ipsum (3). In nona
determinat de iniuria magna quid est, et qui sunt modi iniurie, quam
cum perpetrat homo, perpetravit iam iniuriam magnam (4). In
decima enumerat credulitates, que non fiunt per sermones seu ora­
tiones (d), quot sunt; et quid est quelibet earum; et qualiter est usus
earum in iudicialibus orationibus; et monstrat quod quidem iste (e),
quamvis utamur eis in ceteris generibus, tamen (f) usus earum, ut plu­
rimum, est et utilitas earum in iudicialibus et iudiciis (5). Ideoque
visum est ei, quod ponat locum earum digniorem, sc. locum credulitatum
*sive orationum inductivarum credulitatum*, ubi ordinentur orationes
iudiciales (6). Hec sunt omnia, in quibus fiunt accusationes (g) et
defensiones et istud est postremum eius, quod est in hoc primo libro.
Faciemus *ergo* ad modum istius *in* tractatu secundo.

(1) Rhét. Arist. I, 13 1373 b 1 - 1374 a 17? Peut-être, les paroles «aut est iniu-
riatus aut non est iniuriatus » contiennent-elles une allusion aux actions qui sont jugées
différemment selon que l’on se place au point de vue du droit positif ou du droit
naturel (voir § 5).
(2) excessus. Dans le K1H p. 67, 1. 9, l’expression ûitsp6oXi) -üjç àpe-rîjç xcd
xonaàç (1374 a 21) a été traduite ^¡]\j ;t . A la rigueur, excessus pourrait
ici correspondre à cette expression arabe. Cependant, tout ce paragraphe de la
Rhétorique est absolument incompréhensible dans l’« ancienne traduction » et, dès lors,
on ne saurait rien avancer sur l’interprétation que F. a pu lui donner.
(3) Rhét. Arist. I, 13 1374 a 18 - b 23?
(4) Rhét. Arist. I, 14.
(5) Rhét. Arist. I, 15.
(6) Nous comprenons qu’Aristote a voulu étudier les Ste ^ voi 7Ù<jtsiç en con­
nection avec les oraisons judiciaires car, dans ce genre, elles acquièrent la dignité
de preuves.
(a) ms. «accessu», (b) E «sunt». (c) ms. «ut», (d) ms. «per sermonem
aut orationem», (e) E «quod iste est» (recte «etiam»), (f) E «cum». (g) ms.
« actiones ».
DIDAS CALIA 233

49) I am autem prediximus quoniam secundus tractatus continet


sex differentias. In prima enumerat ea, ex quibus constituuntur (a) ora­
tiones passionales; et que sunt, *ex quibus fiunt quevis orationes, que*
inprimunt in animas impressiones varias passionum *utpote iram, man­
suetudinem, misericordiam, zelum, emulationem et cetera huismodi* (1).
Et passiones quidem imprimentes in animas auditoris impressionem vehe-
mentiorem et completiorem (b) et {ut} plurimum fiunt per tres res. Una
quarum est ut enumerentur res ille, que innate [f. 194 v b] sunt inducere
passiones. Altera est, ut sit homo aptus sive apparatus ad patiendum
velociter et hoc *est ut sit in dispositione, a qua procedit passio sua*
citius et fortius. Tertia est ut sit ille, cui (c) inducenda est passio, secun­
dum dispositionem, de cuius natura est ut cum quis habuerit eam,
aptissimus sit ad patiendum; verbi gratia *ira*. Hec nempe (d) indu­
citur homini per tres res. Una quarum est res illa, ex quibus innascitur
homini ira. Et altera est habitudo seu dispositio, in qua cum fuerit
quis (e), fit habilior (f) ut accendatur (g) ira eius; et hoc est ut sit
in anxietate aut (h) strictura pectoris secundum aliquem modorum
talium. Tertia est ut sit ille, cui quis irascitur, vel cui irascendum est,
secundum dispositionem, cuius natura est ut, cum secundum eam fuerit
quis, dignus fit ut ira exerceatur in ipsum. Interdum enim aliqua (i)
inferuntur homini, quapropter cogitur ad irascendum et ad velocius
irascendum ei, cui talis fuerit dispositio. Verumptamen homo, cui iras­
cendum (k) esset, interdum est excelsi gradus valde, ita quod non exer­
cetur tunc contra talem ira; aut habet pro se multas defensiones valde,
(1) E: «Et continet unum capitulum tantum, in quo ponit philosophus pas­
siones quidem imprimentes in animam auditoris impressione vehementiore et com­
pletiore et plurimum fiunt per tres res. » Sans aucun doute, les paroles « et continet
unum capitulum tantum» ont été interpolées par Lancelot qui n’avait pas compris
comment le § 49 ne contient pas un aperçu des arguments de la Rhét. II, 1 mais bien
plutôt une analyse de la méthode suivie par Aristote dans son étude des passions.
(a) E « efficiuntur ». (b) E « impressione vehementiore et completiore ». (c) ms.
«tibi», (d) E namque (e) ms. «quid»; E' « cum fecerit quid», (f) ms. «humi­
lior ». (g) « arte datur ». (h) ms. « ut ». (i) E « alia ». (k) E « ignoscendum ».
234 AL-FÀRÀBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

ita quod neque tunc sustinebit inimicitiam (a). Et ipse quidem dividit
quodlibet capitulorum, in quibus loquitur de passionibus, trina divisione
sive in tres partes. Una pars, quod in quolibet capitulo, est sermo de
rebus que acquirere faciunt passiones. Et pars {est} *de* dispositionibus,
in quibus cum fuerit {homo, erit passio in ipso velocior et erit incidentia
passionis in ipsum dignior; et pars de dispositionibus}, in quibus cum
fuerit homo, cui (b) irascendum est videlicet, erit incidentia ire supra
ipsum dignior. Et hoc ut {sit} preparatus is (b'), cui irascendum est, ut
inducatur (c) ira supra ipsum. Et similiter *in illis* passionibus, que sunt
prêter iram, ut (d) in misericordia. Ipse enim primitus enumerat ea, ex
quibus provenit misericordia ; et dispositiones in quibus cum fuerit homo,
dignior et habilior (e) existet (f) ut accidat in eo dispositio miserendi
seu misericordia. Et tertia dispositiones, quas (g) cum habuerit homo,
dignior efficitur (h) ut misereatur sui et doleatur de ipso. Quando enim (i)
ista tria adunantur, mox erit incidentia passionis secundum amplius et
passiones multe; nisi quod plurime illarum passionum habent (k) tres
illas suas causas adinvicem sibi propinquas, ut est in misericordia et
pietate. Cause namque introductive misericordie propinque sunt *causis*
inducentibus *pietatem. Et res que inducunt pavorem propinque sunt
inducentibus* timiditatem. Immo {sunt} ipse eedem. Et inducentes
fortitudinem propinque sunt inducentibus confidentiam sive securitatem.
Et quedam ipsarum sunt, que habent causas diversas sive remotas, ut
sunt ira et amor et misericordia. Cause enim a quibus procedit ira alie
sunt ab eis, a quibus procedit amor, *et a quibus amor* alie sunt ab
eis, a quibus procedit misericordia. Et ipse quidem enumerat passiones
et unamquamque earum — cause quarum sunt remote abinvicem —
memorat (1) secundum singularitatem suam. Quarum vero cause (m)
sunt propinque, quasdam rememoratur (n), sufficere hoc (o) extimans ad

(a) E «neque tunc mutatur» (sic), (b) ms. «cum», (b') ms. hiis E' his
(c) E « indicatur ». (d) ms. « at ». (e) ms. « humilior ».(f ) E « existit ».(g) E
« dispositio quam ». (h) E « efficiatur ». (i) E « etenim ». (k) E « habeant ». (1)
E « memorat ». (m)E « tres ». (n) E « quas remémorât ». (o) E « hic ».
DIDASCALIA 235

excusationem (a) sui ab aliarum rememoratione, ut in pietate et in


misericordia. Ponit namque eis utrisque capitulum unum, et similiter
pavori (b) et timiditati {et(}) eodem modo in consimilibus. Unaqueque
autem harum *passionum* habet sibi contrarium. Et quando incidentia
sui fuerit per aliquas causas, erit incidentia sui contrarii per causas con­
trarias, ut in pluribus. Et ipse in pluribus harum passionum contentus
est rememorari aliquod duorum contrariorum et causas ipsius, cum
alterum non accidat nisi per contrarias causas primi et, noto uno con­
trario, facile cognoscatur et alterum.
§ 50) Differentia itaque prima huius tractatus continet tredecim
partes (1), prima quarum continet utilitates passionum et orationum
passionalium in arte rethorice et oratorie; et magnitudinem ipsarum ad
inducendum persuasivam sufficientiam et ad iuvandum ad (c) facien­
dum fidem seu credulitatem [f. 195 r a] ; et utilitatem (d) earum in uno­
quoque generum, ex quibus *et in quibus* fiunt orationes rethoricales;
sc. que est utilitas earum et ipsarum adiutorium in iudicialibus et in
deliberativis et in demonstrativis. Et remoratur ibidem secundum
quam viam ponit sermdnem suum in istis passionibus; et quot modis
dividitur (e) quodlibet capitulum ipsarum (f) et quoniam sunt secundum
divisiones (g) tres, secundum maneriem quam nos determinavimus (2).
In secunda est sermo in ira et incepit eam, diffiniendo iram et que
consecuuntur eius diffinitionem et in qua dispositione est homo cum
irascitur (3)...
(1) Convaincu que l’argument de la differentia I avait été déjà exposé dans le
§ 49 Lancelot admit sans plus que F. en était venu à exposer la differentia I I et, par
conséquent, il fit précéder ce chapitre par le passage du § 40 qui donnait un aperçu
général de cette differentia.
(2) Rhét. Arist. II, 1.
(3) Rhét. Arist. II, 2 1378 a 30 - b 2. Dans cette II pars de la differentia I F. a
examiné les différents paragraphes de la Rhét. II, 2 qu’il a ensuite commentée dans la
(a) ms. « executionem ». (b) ms. « pavorem ». (c) E « et ad ». (d) E « utilita­
tes ». (e) E « dicitur ». (f ) E « capitulorum ipsorum ». (g) E « dictinctiones ».
236 AL-FÀRÀBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Deinde rememoratur dispositionum, que cum fuerint in homine


erit pronior in iram et velocioris ire et fortioris. Et orationes irative
construuntur quidem ex rebus inductivis ire (1). Et dispositiones, que
aptant hominem ad irascendum subito seu velociter, sunt quelibet stra­
menta vel inclinativa quecumque ad commovendum iram hominis (2).
Et similiter dispositiones, que cum fuerint in homine reddunt eum ap­
tiorem vel magis ydoneum ut cadat super ipsum ira (3).
Sunt etiam stramenta ad iram et orationes (a) pertinentes ad iram
(que) non fiunt ex hiis duobus modis. Verumptamen non comprehen­
ditur per eas intentum, ut in pluribus, nisi per applicationem istorum
duorum modorum ad ipsas. Quando enim sermocinator alloquitur {per
orationes} hominem {inductivas ire in illo homine} oportet ut aptet
illum respectu (b) auditoris ut sit in dispositione per quam fiat incidentia
ire super ipsum (c) magis ydonea et ut sit ille, super quem (d) inten­
ditur inductio ire auditoris, in illa hora dispositus taliter, ut inductio ire
super ipsum sit efficacior et magis ydonea. Quando enim orationes irative
carent illis duobus modis, aliis, ut in pluribus, non proficitur per eas ad
consequendum intentionem. Et hoc idem intelligendum est in illis aliis
passionibus; sc. quod orationes, que sunt inductive passionis alicuius
première partie du § 51. Probablement la phrase suivante, omise dans notre ms.,
commençait par un deinde ou post hoc. Lancelot en déduisit que F. était passé à l’énu­
mération des tredecim partes de la differentia I, dont il est question au début de ce para­
graphe. Aussi, divisa-t-il cette pars II en 12 chapitres, sans s’apercevoir que le texte,
dont il a tiré les chapitres 8-13, contenait en fait des observations de F. et non pas un
exposé de la Rhét. d’Aristote. Au moins, la Declaratio compendiosa nous permet de com­
bler la lacune de notre ms. « (Capitulum tertium secundi tractatus secundi libri) est
in quo rememoratur eorum propter quae irascitur homo» {Rhét. Arist. 1378 b 2 -
1379 a 10). (Capitulum quartum) est in quo rememoratur dispositionum que cum
fuerint in homine erit pronior ad irascendum» {Rhét. Arist. 1379 a 10-15).
(1) Rhét. Arist. 1379 a 15-22.
(2) Rhét. Arist. 1379 a 22-28.
(3) Rhét. Arist. 1379 a 28 - 1380 a 4.
(a) ms. « ordines ». (b) ms. « id ». (c) ms. « ipsum et ». (d) E « quem-
magis ».
DIDASCALIA 237

auditori, inducunt eam equidem quando ipse (a) apparatus fuerit (b)
ad illam {et(}) ille, contra quem inducitur, similiter se habuerit ad
ipsam. Verbigratia {aut} ad irascendum ei aut miserendum aut {ad}
conferendum gratiam. Et fortasse erit homo (c), cui volumus sermoci­
nare, in dispositione, in qua non festinat ad ipsum ira. Et is (d), de quo
loquimur, in dispositione, de qua non scit (e) auditor utrum secundum
eam irascendum sit ei, vel qui in simili fuerit dispositione. Cumque sic
fuerit, incipiendum erit primitus ut deducamus auditorem ad (f) dis­
positionem, secundum quam ydoneus fiat ad concipiendum iram. Hec
autem deductio ipsius ad hanc dispositionem erit per quasdam orationum
passionalium aliarum et plus *etiam* hoc per quasdam orationum mo­
ralium. Et forsan fit per orationes inductivas credulitatis. Et cum hoc
firmabimus apud ipsum, quoniam ille, de quo loquimur, in dispositione
est {eius}, in cuius consimili existentibus irasci inconveniens non est. Et
illud quidem est per orationes inductivas credulitatis. Tu enim probas
sive firmas (g) de illo homine esse eum in dispositione tali, secundum
quam dignus sit ira auditoris, ita quod {tunc} firmaveris apud auditorem
illum hominem esse huiusmodi, cuiusmodi homines digni sunt ira (h).
Et induces (i) *ipsum auditorem* ad dispositionem, per quam aptus sit
ad irascendum ei, incipiens ex hoc allegare res, per quas excitabis (k)
iram eius super (1) illum hominem. Et tunc erit conveniens ut asse­
quaris (m) propositum tuum quod intendis.
§ 51) Et scire te oportet de re ire et de *re* multarum reliqua­
rum passionum, quod non ipsis indigetur in hoc capitulo tantum, set et
in ceteris capitulis aliis, utpote iam precessit in sermone in capitulo (n)
querelarum. Unum nempe per quod poteris probare quod quis (o)
iniuriatus sit tibi, quando querimoniam moveris (p) de ipso, est ut

(a) ms. « ille ». (b) ms. « fuerat ». (c) E « hoc ». (d) ms. « hiis ». (g) E « sit ».
(f ) ms.« aut ». (g) ms. « firmat ». (h) ms. « firmaverit apud auditorem illum
hominem esse huiusmodi homines digni sunt cuiusmodi ira ». (i) ms. « induxerit ».
(k) ms. « excitabit ». (1) E « similiter ». (m) ms. « aut equaris ». (n) E « causa ».
(o) ms. « quid ». (p) E' « movebis ».
238 AL-FÀRÀBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

ostendas (a) quoniam (b) iratus est erga te aut aliqualiter aliter commotus.
Probabis (c) autem et persuadebis eius adversum te [f. 195 r b] iracun­
diam, probando te ipsum esse in dispositione, ratione cuius solent alii
ab aliis iracundias sustinere; et probando etiam (d) ipsum esse in dis­
positione, causa cuius solet procedere ira ab aliis in alios citior et vehe-
mentior. Quando vero fueris (e) inquirens pacem, protendendo excusa­
tionem, sumes allegationes ex contrariis harum rerum, probando te non
transgressum esse adversus ipsum. Quando enim ostenderis te non esse
in dispositione, propter quam debeat festinare ad te ira, neque eum
esse (f) in dispositione, propter quam (g) debeat moveri contra ipsum
aliqua (h) commotione iracundie, proficies per hoc in inquisitione pacis
et concordie. Et similiter est in ceteris passionibus. Transgressio namque
*et* iniuria interdum est propter invidiam {que est in homineQ); et
interdum propter duritiam et asperitatem, que est in homine, et inter­
dum est propter effrenitatem (i) et parvitatem verecundie peccandi et
inique agendi et consimilia; *et* interdum est propter odium et inimi­
citias. Querelosus itaque proficit in persuadendo quod quis iniuriatus
sit ei per hoc, *quod* ostendit (k) quoniam invidet ipsi. Et per hoc
proficit ad ostendendum quod invideat ipsi, si monstraverit ipsum esse (1)
in dispositione, que consueverit (m) homines ydoneos seu aptos reddere
ad invidendum aliis, et se ipsum esse in dispositione, in cuius consimili
cum fuerit quis, aptior est ut invideatur ei. Et hac via (n) procedendum
est in similibus (o) et in ceteris passionibus sive accidentibus (p) anime.
Per omnia ergo hec, quorum rememoratur in hiis capitulis, proficitur (q)
in accusationibus et querimoniis et per horum contraria proficitur (q)
in sedatione litium et recusationibus. Nos enim persuademus nos non
iniuriatos esse, aut Socratem non iniuriatum esse Platoni per hoc, quod
ostendamus (r) nos et Socratem amicum esse Platonis. Qualiter ergo
(a) ms. « ostendat ». (b) E « quando ». (c) ms. « probabilis ». (d) ms. « in ».
(e) ms. « fuerit ». (f) ms. « ei inesse ». (g) ms. « quare ». (h) E « alia ». (i) E
« affrenitatem»; ms. « affronitatem». (k) E «ostendat». (1) E «esse ipsum»; E'
« ipsum esse ». (m) E « consuevit ». (n) E « per hanc viam ». (o) E « consimilibus ».
(p) ms. « antecedentibus ». (q) ms. « perficitur ». (r) E « ostendimus ».
DIDASCALIA 239

iniuriaremur ei? Firmabimus autem nos amicos eius esse per ea que
dicta sunt in capitulo de amicitia. Rememorabimur enim eorum ex
quibus fit amicitia et declarabimus quoniam talis homo, qui conqueritur
de nobis, fecit erga nos ea, ex quibus tenemur amare ipsum, et habet
se taliter quod amandus est. Et nos quodque sic nos habemus quod
delectatio (a) et amicitia invenitur in nobis. Sumus enim homines solatii,
note mansuetudinis, et non intractabiles hominibus. Hee quippe dispo­
sitiones existentes in homine habilem reddunt eum ad amicitiam homi­
num *et* ut ametur ab eis. Et similiter ostendemus (b) nos non iniu-
riari, monstrantes verecundos nos esse per res (c), que dicte sunt in
capitulo de verecundia, et monstrantes nos esse pios et misericordes et
fideles per ea, que dicta sunt in hoc capitulo. Igitur omnia que dicta
sunt in capitulis passionum proficiunt (d) in querimoniis et defensionibus.
In tertia parte huius differende (1) dicuntur mitigativa (e) ire et dis­
positiones, quas cum habuerit homo, erit mitigabilior ira ipsius, et dis­
positiones, quas cum habuerit homo, habilior erit ut pareatur (f) ire
adversum eum et refertur istud capitulum ad capitulum gratie. Etenim
differentia est (g) inter gratiam et remissionem ire. Gratia enim fit
homini etiam ira nulla precedente. Et interdum fit ira iam precedente (h).
Set remissio non fit nisi ira precedente. Videndum ergo quod gratia sit
nomen equivocum. Set qualitercumque sit, capitulum de gratia relative
se habet ad capitulum remissionis ire (2). In quarta parte loquitur
de amicitia et causis ipsius. Et sunt illa tria, quorum fecit mentionem
in capitulo de ira, sc. de quibus rebus procedit amicitia, *et* per que

(1) Sans trop se soucier de la contradiction avec ses indications précédentes,


Lancelot a repris ici le numérotage de F. et a intitulé cette pars: «Capitulum III
principale I tractatus II libri. »
(2) Rhét. Arist. II, 3.

(a) E « dilectio ». (b) E « ostendimus ». (c) ms. « ptes ». (d) ms. « perficiunt ».
(e) E « mitigative ». (f) ms. « partatur ». (g) ms. « diferentia est differentia
est ». (h) Dans E cette phrase suit la proposition « Set remissio non fit nisi ira
precedente ».
240 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

fit quis (a) habilior ad amicitiam, et qualiter se habet erga quem (b)
exercetur amicitia. Et refertur (c) ad hoc capitulum mansuetudo, soda­
litas et concordia et fidelitas et amor. Amor namque est quasi genus
amicitie ( 1). I n quinta parte loquitur de inimicitia, secundum eundem
modum, determinans ex quo procedit et quis est habilior ut ab eo pro­
cedat et quis *est* habilior ut supra ipsum cadat. Et refertur (c) ad hoc
capitulum odium [f. 195 v a] {et} intractabilitas ab hominibus {et}
sequestratio ab ipsis {et} insodalitas (d) {et} horribilitas ipsius et loci eius
et gravitas ipsius apud homines, et ex quibus causis provenit hec gravitas.
Hee etenim res (e), quas numeravimus, et cause (f) ipsarum propinque
sunt causis odii (g) (2). Et (h) quibus eorum, que dicta sunt in hiis
duobus capitulis, possumus probare homini nos esse amicos ipsius et non
habere inimicitiam erga ipsum. I n sexta parte loquitur de timiditate,
que (i) sit et ex quibus proveniat; et in qua dispositione sit homo, per
quam fiat habilior ad timiditatem; et in qua dispositione sit homo per-
timidus (k). Et refertur (1) ad hec capitula pavor sive formido et retro­
cessus sive fuga ab agendis (3). I n septima parte loquitur de fortitudine
quid sit; et ex quibus habeat fieri; et in quo existât; et ex quibus potis­
sime fiat, et erga quos (m) potissime exerceatur; {et in qua dispositione
habeat esse quis ita quod fortitudo exerceatur} adversum ipsum. Et ad
hoc capitulum refertur (c) confidentia sive securitas {et} audacia et
promptitudo ad rem (4). I n octava parte loquitur de erubescentia
secundum {hunc(}) eundem (n) modum, et ex quo accidit et cui accidit
*et apud quid accidit*; et non separat erubescende seu verecundie et

(1) Rhét. Arist. II, 4 1380 b 34 - 1382 a 1.


(2) Rhét. Arist. II, 4 1382 a 1 - 1382 a 20.
(3) Rhét. Arist. II, 5 1382 a 21 - 1382 b 35.
(4) Rhét. Arist. II, 5 1382 b 35 - 1383 b 11.
(a) E « aliquis ». (b) ms. « aliquem ». (c) E « referuntur ». (d) E « insoliditas ».
(e) E' «res sunt», (f) E «tunc», (g) E «alii»; E' «aliis», (h) E' «ex», (i) E
« quid ». (k) E « timidus ». (1) E « referuntur ». (m) ms. « quo ». (n) ms.
« eodem».
DID ASG ALIA 241

privationi ipsius capitulum singulare, set refert (a) contrarium verecundie


ad capitulum verecundie secundum quod cause contrarii (b) verecundie
contrarie sunt causis verecundie (1). In nona parte loquitur de bene­
ficio; et de quo fit (c) beneficium et in quo fit (c) plurimum et super
quem plurimum fit (c) ; et ponit in hoc capitulo oppositum eius, et est
sublatio seu carentia eius; et ex quo fit (c) eius sublatio; et in quo fit (c)
plurimum et ex quo fit (c) plurimum (2). In decima loquitur de pietate
quid est; et ex quibus provenit; et que dispositio est in homine usquequo
habilitetur magis ad pietatem habendam in se ipso, et secundum quam
dispositionem fit aptior ut (d) habeatur pietas de ipso magis. Et refert
ad hoc capitulum misericordiam et compunctionem seu compassionem.
Pietas nempe respicit malum {quod} superventurum; misericordia vero
et compassio malum quod iam supervenit. Et amborum genus unum est
et non diversificantur nisi penes hanc quantitatem. Et solicitudo et
cogitatus circa aliquid ingrediuntur in hoc capitulum et referuntur ad
hoc capitulum. Contraria istorum sunt enim (e) ex contrariis causis. Et
refertur quoque ad hoc capitulum pusillanimitas circa malum, quod
superventurum est, et quod iam supervenit et universaliter confidentia
{et} diffidentia, sc. robur anime et ipsius debilitas ad tolleranda mala
tam que (f) superventura suspicantur, quam que iam supervenerunt.
Omnia enim hec adinvicem cognata sunt et ingredientia in unum genus ;
et similiter contraria ipsorum et ipsis proportionata. Ideoque *omnia*
continentur sub hoc capitulo (3). In undecima loquitur de invidentia
— que est dolor de hoc quod immeriti prosperantur sive bene agant —
secundum modum precedentem: sc. notificat quis sit invidentia; et ex
quo accidat et in quo sit ut plurimum (g) et respectu cuius ut plurimum

(1) Rhét. Arist. II, 6.


(2) Rhét. Arist. II, 7.
(3) Rhét. Arist. II, 8.

(a) ms. «refertur», (b) E «contrarie», (c) E «sit», (d) ms. «et».
(e) E « etenim». (f) ms. « tàq » E « tamquam que ». (g) ms. « plurima ».
Rech. - 16
242 AL-FÂRÂBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

sit (1). In duodécima loquitur de invidia — que est dolor (a) de alieno
bono cuiuscumque — similiter secundum precedentem modum (2).
In terciadecima loquitur secundum eundem modum de zelo et de
emulatione et de hiis, que cognata sunt ipsis (3).
§ 52) Differentia secunda secundi tractatus continet tres
partes (4). In prima parte loquitur de modis morum (b) diversorum,
qui consecuntur homines propter diversitatem ipsorum in quinque (5)
rebus; *et* {hee} sunt passiones {et} studia {et} etates et fortune.
*Secundum* diversitatem enim in omnibus hiis sequitur diversitas in
moribus. Homines namque diversi in passionibus, diversi {quoque(})
sunt in moribus, et omnis homo habens per naturam aut per assuetu­
dinem passionem aliquam istarum passionum, habebit morem aliquem
aut mores consecutivos talis passionis — ut est aggrestitas aut insoda-
litas (c) {in homine (}) —- sive per naturam sive per assuetudinem. Hec
enim est passio quedam et (d) consequitur [f. 195 v b] hominem, ratione
ipsius, mos aliquis vel mores. {Et similiter duriciem hominis et asperi­
tatem ipsius consequitur mos aut mores (}), quos non habet tractabilis
homo et lenis. Similiter quando fuerit homo irascibilis (e) naturaliter
aut discolus, mores habet diversos ab eo, qui in opposita est passione
*et iste passiones inveniuntur diverse in diversis hominibus* et iam
invenitur ista diversitas propter diversitatem generum et propter diver­
sitatem villarum seu regionum. Verumptamen divisio ipsarum penes
ista difficilis est. Ideoque quando (f) contenti fuerimus diversitate,

(1) Rhét. Arist. II, 9.


(2) Rhét. Arist. II, 10.
(3) Rhét. Arist. II, 11.
(4) Lancelot aété obligé d’imprimer en titre de ce paragraphe les mêmes indi­
cations qu’il avait mises en tête au § 50. Il a pris seulement la précaution de modifier
quelques mots pour rendre moins évidente l’incohérence de ses tabulae.
(5) Recte «quatuor». Voir Rhét. Arist. XII, 1388 b 29 - 89 a 2.

(a) ms. « de dolore alieno bono ». (b) ms. « modorum». (c) ms. « insoliditas ».
(d) E «vel», (e) E «realis». ff) E' «quantum».
DIDAS CALIA 243

que (a) consequitur diversitatem in passionibus — etenim cuiusque


harum passionum facilis erit distinctio et cognitio (b) in homine — erit
quelibet earum nota seu signum morum illorum, quorum natura est ut
sequantur tales passiones. Et cognitio morum (c) diversorum, qui secun-
tur (d) passiones diversas facilis erit ex his, quorum habita est mentio
in passionibus predictis. Et propter hoc non posuit eis (e) capitulum
separatum singulare, inveniens eos per predicta, ita quod per hoc inve­
niat (f) eos quis per seipsum. Et similiter diversificantur mores propter
diversitatem studiorum et appetituum suorum, ad que aspirant homines,
ut sunt artes et habitus, quos prelegit quevis maneries hominum ; utpote
scripturas (g) {et} militiam et ceteras artes et ut habitus nobiles, sc.
scientias et speculationes et hiis similia, de quibus putatur (h) quod
expediant unicuique secundum proprium desiderium seu appetitum.
Penes enim omnia ista diversificantur mores et possibile est ut assequatur
ea quis ex scientia regiminis civitatum. Ideoque non posuit eis (i) sepa­
ratum capitulum singulare. Et diversificantur mores penes diversitatem
etatum et in eodem homine, ut in virili etate (k) diversificantur ab
adoles(c) entibus et senibus et ceteris etatum consistendis. Rememoratur
ergo in hac parte morum propriorum cuilibet etati. Et diversificantur
quoque (1) mores penes diversitatem fortunarum; et (m) penes generis
nobilitatem {et} divitias {et} robur corporis {et} pulchritudinem {et}
sanitatem et cetera, que ad fortunam bonam pertinent et prosperitatem.
Et ex oppositis horum sumuntur mores oppositi. Ipse ergo determinat
quoslibet (n) morum qui quaslibet harum fortunarum consecuntur, seu
rendentium (o) ad felicitatem seu ad miseriam. Necesse est enim qui
construere (p) vult orationes (q) morales, ut noverit ipsorum morum
varietatem, ut secundum convenientiam morum in sermocinatione sua

(a) ms. «qua», (b) ms. «congregatio», (c) ms. «illorum», (d) E «conse­
quuntur ». (e) ms. « ei ». (f) E « adinveniat ». (g) E « scripturam». (h) ms.
«putatus», (i) ms. «eas», (k) E «in virilitate». (1) ms. «quorum», (m) E
«ut», (n) ms. «quodlibet», (o) ms. «residentium», (p) E «contrahere», (q)
ms. « oratione ».
244 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

deducat quemlibet citius et magis ydonee ad hoc, quod intendit (1).


I n secunda parte notificat que sit necessitas huius artis, in hoc sc. ut
sit actus eius perfectior et completior coram iudice et coram obviatore;
et que est utilitas in utrisque. Et rememoratur quidem huius in hoc loco,
propterea quod orationes passionales et orationes morales sunt per quas
intenditur, in pluribus horis, inclinatio iudicis et obviatoris et ipsorum
inductio ad intentionem aliquam. Et rememoratur utilitatis (a) cuius­
cumque amborum in unoquoque modorum orationum trium rethori-
calium (2). I n tertia parte est qualiter fiant orationes morales; et
ex (b) quo fiant; et intentum, per has orationes morales, est (c) ut agat
auditor actionem eius, qui habet talem morem, etsi (d) non habeat ipse
hunc morem. Cumque sic sit (e), tunc oportet quidem (f) ut finis sit
ipse mos. Et res, ex quibus *fiunt* orationes, que describunt vel impri­
munt morem in homine, sunt (g) res deliberative et demonstrative.
Quod enim intenditur (h) per has orationes est instigatio ad illum (i)
morem et ad eius actiones. Hoc autem fit per commendationem (k) et
decorationem huius moris apud auditorem et per detestationem et
deturpationem sui contrarii. Commendatio autem et detestatio {partes}
sunt laudationis et vituperationis (1). Et quando hoc sic est, tunc ea,
ex quibus orationes fiunt morales, sunt quorum precessit mentio in ser­
mone [f. 196 r a] in deliberativis et in hiis, per que laudatur quis vel (m)
vituperatur. Et propter hoc non ponit eis capitulum separatum singulare.

(1) La I pars de la differentia II embrassait donc les chapitres Rhét. II, 12-17.
Cependant F. a préféré se borner seulement à quelques allusions au contenu de ces
chapitres pour revenir une fois encore sur le problème de la méthode suivie par Aristote
dans l’étude des passions.
(2) Rhét. Arist. II, 18 1391 b 9-23.

(a) ms. « utilitas ». (b) E « in ». (c) ms. « et ». (d) ms. « utsi ». (e) ms.
« ut ». (f ) E « quod ». (g) ms. « ut ». (h) E « intendit ». (i) ms. « istum».
(k) ms. « commendaciones ». (1) E « laudationes et vituperationes ». (m) E
« aut ».
DIDASCALIA 245

Actamen intromisit ea in hiis, que preterierunt. Hec ergo sunt que con­
tinentur in hac secunda differentia huius tractatus (1).
§ 53) Differentia vero tertia est sermo in hiis, ex quibus fiunt
orationes inductive credulitatis per res communes generibus omnium
orationum et sunt quatuor (2). Primum (a) est memoratio propositio­
num, ex quibus fiunt orationes, per quas intenditur persuasio quoniam
res est possibilis aut impossibilis (3). Secundum (b) *est* enumeratio
propositionum, ex quibus possibile est fieri orationes, per quas intenditur
persuasio, quoniam res iam fuit aut non fuit (c) (4). Tertium (d) {autem(})
*est* enumeratio propositionum, ex quibus possibile est fieri orationes,
per quas intenditur persuasio, quoniam (e) res fit (5). Quartum (f) *est*
memoratio propositionum, ex quibus fiunt orationes, per quas intenditur
magnificatio rei aut minoratio eius *aut elevatio eius* aut depressio (6).
Ista ergo sunt quibus indiget rethor (g) in omnibus modis orationum.
§ 54) I n differentia quarta est memoratio usus exemplorum et
enthimematum; et qualiter (h) utendum est eis; et ex quibus fiunt; et
que sunt accidentia manerierum ex quibus fiunt, et que sit utilitas mo­
dorum usus ipsorum (7). Et incepit in hac differentia, ponens partem
(1) Rhét. Arist. II, 18 1391 b 24-29. On remarquera comment cette pars III, en
fait — et F. le reconnaît explicitement — ne correspond pas à un chapitre de la Rhét.
Arist. mais à un paragraphe de transition entre l’étude des passions et celui des lieux
communs. Sans aucune doute, elle développait une thèse chère à F. mais étrangère à
Aristote, à savoir que le but principal de la rhétorique consiste à engendrer chez l’au­
diteur non pas tant une conviction raisonnée qu’un mos . Par cette innovation,
F. risquait de modifier la nature même de la rhétorique.
(2) Rhét. Arist. II, 18 1391 b 29 - II, 19.
(3) Rhét. Arist. II, 19 1392 a 8 - 1392 b 14, 1393 a 21.
(4) Rhét. Arist. II, 19 1392 b 15 - 1392 b 33.
(5) Rhét. Arist. II, 19 1393 a 1-8.
(6) Rhét. Arist. II, 19 1393 a 9-20.
(7) Rhét. Arist. II, 20-22 1396 b 20.
(a) E « prima ». (b) E « secunda ». (c) ms. « fiunt aut non fiunt ». (d) E
« tertia ». (e) E « quando ». (f ) E « quarta ». (g) ms. « rector ». (h) E « pariter ».
246 A L-FÀ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

eius primam sermonem suum in exemplo (1) et dixit (a) modos et ma-
neries exemplorum; et quoniam sunt tres (2). Et declaravit materiam
cuiuslibet illorum. Deinde dixit (b) utilitatem cuiusque ipsorum. Post
*ea* determinavit differentiam inter exemplum et inductionem, noti-
ficans quoniam exemplum proprium est oratorie sive rethorice. Inductio
vera (c) non convenit ei et cum hoc ostendit in qua dispositione utendum
est inductione in rethorica. I n secunda parte memoratus est consilii (3)
quid est, et quoniam consilium est modus quis enthimematis, et quis
modus est ipsius, et quot sunt modi orationum consiliativarum et qualiter
utendum est quolibet (d) ipsorum, et secundum quam dispositionem et
cui hominum est utendum ipso. Deinde determinavit materiam consilii,
qualiter oportet ut fiat; et per quid differt consilium in materia sua a (e)
ceteris modis enthimematum; et ex quibus constituitur; et qualiter est
usus eius, ita quod optime se habeat, et que est utilitas ipsius. {Hec est
ergo pars secunda quarte differentie} (4). I n tertia parte sermo est
in enthimematibus summatim; et qualiter utendum est eis, et que est
differentia inter ea et sillogismos topicos (f) sive dyalecticos. Et ex
quibus fiunt (g) enthimemata et quod non componuntur nisi ex notoriis
et receptibilibus (et probabilibus} (5) et quoniam per hoc communicant
(1) Rhét. Arist. II, 20.
(2) De toute évidence, F. fait ici allusion au TCapâSeiypia >a Ia itapaSoXf) et aux
Xoyoi olov oí Abíóicítoi xai Atôuxoi étudiées dans la Rhét. 1393 a 28-31 (K1H p. 138).
« ôU/ » « Ji. » « » On notera comment, en dépit du fait que
l’«ancienne traduction» rendait la phrase 1393 a 24 Eîaî S'aí xoival rdarzic Sùo tôS
yévei. TtapâSaypia xai sv0ú[XY¡[i.a par les paroles (p. 138, 1. 1) L», ÓL.U pl^Jl .--II;
j-]\ F. avait déjà reconnu que le terme de avait ici la valeur de Jli..
Ï.R écrira à son tour (TK1H p. 211, 1. 18) JUu ¿,UU- JjL. \ f ôl J
(3) yvtiprj 1393 a 25 (K1H p. 138, 1. 3).

(4) Rhét. Arist. II, 21.


(5) Aa i. ù j .

(a) E « dicit ». (b) E « dicit ». (c) ms. « vero ». (d) E « in quolibet ». (e) E
« et ». (f ) E « sive topicos ». (g) E « sunt ».
DIDASCALIA 247

sillogismis dyalecticis seu disputativis. D einde declarat {hic(}) qualiter


accipiuntur notoria et probabilia in enthimematibus *et quoniam usi­
tantur in enthimematibus* secundum aliam dispositionem *quam in
syllogismis disputativis, et declarat per quam* dispositionem usitantur
probabilia in enthimematibus*. Deinde notificat qualiter oportet se
habere eum qui utitur enthimematibus, et que oportet eum nosse ad
hoc ut possibile sit ei facere enthimemata in quolibet trium generum,
et que oportet eum nosse qui utitur enthimematibus deliberativis et que
oportet eum nosse, qui utitur enthimematibus ad laudandum vel vitu­
perandum, aut qui utitur eis in iudicialibus. Deinde declarat post hoc
ex quibus materiis, cum facta fuerint enthimemata, sunt sufficientiora
et efficaciora ad persuadendum (1).
§ 55) I differentia quinta est enumeratio locorum rethorica-
n

lium. Horum autem locorum rethoricalium dispositio *ad rethoricam est


sicut dispositio* locorum dyalecticorum ad artem topicam. Et de hiis
locis fiunt (a) modi enthimematum, et de eis possibile est ut fiant cetere
maneries orationum, ut sunt orationes passionales et morales. Nisi quod
partitio enthimematum, que fiunt de istis (b) locis, est duorum modo­
rum. Quorum unus est per quem (c) intenditur firmatio et alter per
quem (c) intenditur redargutio et contradictio. Et differentia est inter
firmationem et redargutionem. Quoniam redargutio est enthimema per
quod intenditur destructio dicti dictoris (d) ; firmatio autem est per
quam non intenditur destructio dicti * dictoris (d)*, set intenditur per
ipsam ut declaretur (e) res. Et habet se firmatio in hac arte ad modum
scientie in artibus demonstrativis et redargutio hic habet se ad modum
(improbationis?) oppinionum corruptarum [f. 196 r b] illic. Omnes ergo
loci usitantur in hiis duobus, nisi quod quidam eorum convenientiores

(1) Rhét. Arist. II, 22 1395 b 20 - 1396 b 20.


(a) E « s u n t » , (b) ms. « ip s is » , (c) ms. « p q » ; E « p e r q u e» , (d) ms.
« d c o ris » ; E « d o cto ris». (e) «determ inetur».
248 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

sunt firmationi et quidam redargutioni. Et per utrosque (a) inten­


ditur sufficientia persuasiva, nisi quod per firmationem intenditur
persuasio rei absque hoc (b) quod ponatur illa res opposita dicto dicto­
ris (c) aut credulitati credentis. Per redargutionem autem intenditur per
suasio *ad ostendendum* corruptelam dicti sermocinatoris (d) aut cre­
dulitatis ipsius credentis et posuit locos {illos ( ? e)} duorum modorum, sc.
modos qui sunt in veritate persuasivi, et modos qui putantur esse tales et
non sunt tales secundum veritatem, set sunt loci sophistici. Aptitudinem
autem cuiuslibet istorum duorum modorum nos rememorabimur in
expositione nostra huius loci, postquam accesserimus ad textum. Et
plures istorum locorum *iam* dixit Aristoteles in libro suo Topicorum,
nisi quod illic usus est eis secundum modum *quemdam; hic autem usus
est eis secundum modum* alium. Et nos declarabimus omnia ista in
expositione textus (1).
§ 56) I n differentia sexta complectitur duas res, quarum una
est sermo in modis oppositionum rethoricalium que sunt; et quot sunt,
et quoniam sunt quatuor secundum numerum oppositionum seu instan­
tiarum (2) dyalecticarum (3). P ars secunda est sermo in maneriebus
enthimematum *et* qualiter resistitur unicuique ipsarum. Declarat ergo
quoniam quibusdam resistitur per instantiam tantum et quibusdam (f)
non per instantiam, set ostendo quoniam non sunt necessarie. {Declarat
itaque (quibus) resistitur per instantiam et quibus resistitur ostendendo

(1) Rhét. Arist. II, 22 1396 b 20 - II, 24, 1402 a 30.


(2) oppositio seu instantia 1>j\i11. L’expression ëvtrracuv èvéyxwv de la Rhét. 1402
a 32 a été traduite dans le K1H 176, 1. 5 çjlju ùl>.
(3) Rhét. II, 25 1402 a 30 - b 13. F. a cru indispensable de préciser, même dans
ce court résumé, qu’il existait quatre formes de Îvaxaaiç, quitte à passer totalement
sous silence la première forme de la réfutation, le domauXXoyiÇeaôoa (1402 b 31-34).
Ce fait est bien caractéristique de la méthode qu’il suit dans cet aperçu des chapitres
de la Rhét.
(a) ms. «utraque». (b) E «eo». (c) ms. «dcoris»; E «doctoris». (d) ms.
«scïoris»; E «doctoris». (e) ms. «ï». (f) ms. «quibus».
DIDASCALIA 249

quoniam non sunt necessarie} (1). Et istud est postremum eius, quod
dicitur in tractatu secundo sui libri.
§ 57) E t faciemus ad modum istius in tractatu tertio. Prediximus
autem iam quomodo hic tractatus continet sex differentias et fecimus
mentionem earum in precedentibus et determinabimus (a) determina­
tione sufficienti de capitulis (b), dum loqueremur de hiis, que continet
tractatus iste. Visum ergo nobis est non esse necessarium repetere hic
que ibi determinata sunt, ut vitemus (c) libri prolixitatem. Nunc ergo
declaratum que sit libri intentio, et qualiter conveniat titulus libri in­
tentioni et que sit comparatio libri ad philosophiam, et que ordinatio
ipsius ad partes sui generis, et que sit ipsius divisio seu partitio. Utilitatem
autem eius auctor iste rememorabitur in textu et nos quoque ibidem
exponemus verba ipsius de hac intentione (2). M odus autem doc­
trine (3) est quod ipse utitur in eo modis omnibus docendi. Verump-
tamen, ut plurimum, sequitur modum divisivum (d) et modum résolu-
tivum (4). Istud ergo est postremum eius quod dictum fuit circa
proheumalia et didascalia huius libri et sequitur expositio (5) ipsius
(1) Rhét. II, 25 1402 b 14 - 1403 a 13. Il résulte toutefois de la phrase suivante
que F. faisait rentrer dans cette differentia VI, même le chapitre XXVI de la Rhét. II,
qui d’ailleurs traite à son tour de la contre-proposition et de la contre-démonstration.
(2) En fait, au cours de cette introduction, F. a effleuré à plusieurs reprises le
problème de l’utilité de la rhétorique mais sans jamais l’étudier d’une manière systé­
matique.
(3) l.-H j ¿ la méthode de l’enseignement. (Scholia in Hippocratem et Galenum,
éd. D iez , vol I, p. 4, 56, 250 et vol. II, p. 207). A propos de ce thème des Prolégomènes
alexandrins voir Steinschneider , Alfarabï, p. 126 et notre étude sur la jî ff-h U
,4jL J jsJI J-Ü phb
(4) JJ-.-llj Abû-l-Farag ‘Abd-allah ibn Tayyib déclarera dans la à
son commentaire de la Isagoge (ms. Marshall 28, f. 14 r, 1. 6 — Bodleian Library —
.pAju j ¿ j j j i j ^..ai <ôI ¿JIsj NI3 ¿y ¿A » v jail Ui
(5) • Voir F., De interpretatione p. 23, 1. 17.
(a) ms. « determinavimus ». (b) ms. « capfis ». (c) ms. « videmus ». (d) ms.
« d’isüm ».
250 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

textus. Dicamus ergo in nomine Dei benedicti et excelsi, assumentes


verbum ipsius auctoris.
§ 58) I nquit (a) Aristoteles : « Rethorica quidem convertitur ad
artem disputativam — vel arti disputative — et utraque ipsarum inve­
niuntur propter unam rem et participant in aliquo modorum, et invenitur
notitia ipsarum circa omnia, cum non sit nec una earum scientiarum
singulariter. Ideoque inveniuntur omnes scientie partecipantes ipsis (b)
in modo » ( 1). D ixit Alpharabius : Hic est sermo quem posuit ad
initiandum per ipsum librum suum et notificat per ipsum in quo comu-
nicat rethorica et dyalectica. Ars quippe rethorice comunicat arti dya-
lectice. Et intendit per hoc notificare quoniam actus utriusque unus est
actus. Actus namque huius artis est sermocinatio et actus artis dyalectice
est sermocinatio (2). Et esse cuiusque eorum adaptatum est ad sermoci­
nandum. Et sermo eius « redit » seu « convertitur » (3) equipollet sermoni
eius « adequatur » (4) . Hec enim dictio « conversio » usitatur secundum
plures significationes et iam dictum est hoc in libro sillogismi (c) et in
locis aliis. Et [f. 196 v a] una significationum, in quibus sumitur hec
dictio « conversio », est « adequatio » et « equipollentia ». Et id quod
intendit notificare hic de re rethorice, primum est quod oportet sciri de
ipsa. Et processit in hoc leviori morum suarum (d). Comparavit enim

(1) Dans sa traduction du K1H H. nous a donné une deuxième version de ce


passage: «Rhetorica est convertibilis dialectice. Utraque enim ex quibusdam huius-
modi sunt que communia quodam modo omnium est cognoscere et nullius scientie
determinate. Ideo et omnes secundum aliquem modum participant utramque»
(f. 64 v); K1H p. 3, 1. 7: j^.\ j ^ ÂJLkilbJÜ! Jc ^ j b j j h j j l l oj
\Sj J1Xa Ç^JUJl ¿jA tilp 1^-jjA . Xij . ¿JA (3 J
. J ^ *d*jL$*A b dJlUj
(2) sermocinatio (TK.1H p. 3, 1. 6)
(3) ¿ - r ;
(4) TK1H p. 3, 1. 5 .
(a) ms. «inquid» (b) ms. «ipsius», (c) ms. « sillogismo». (d) ms. «moq
suaq ».
DIDASCAUA 251

inter ipsam et dyalecticam. Et iam declaraverat in precedentibus viam


dyalectice; propter hoc, ex quo antecesserat declaratio rei dyalectice,
sumpta est aliqua notitia rethorice per comparationem eius ad ipsam.
Ideoque posuit hunc sermonem suum in (in)ceptione libri. Voluit enim
ostendere quod via huius artis est sicut via dyalectice. Quemadmodum
enim acquiritur dyalectica (a) per longitudinem frequentationis actuum
suorum, sic acquiritur potentia actuum huius artis per longitudinem
frequentationis actuum suorum. Et quemadmodum in quolibet homi­
num est potentia quedam disputativa, sic est in quolibet hominum
facultas aliqua rethoricalis. Et ex quo volebat ostendere hanc intendo-
ne(m) (1), incepit eam per hoc ut comparet inter rethoricam et dyalec­
ticam. Et enuntiavit quoniam ipse ambe comunicant. Deinde ostendit
in quo comunicant et dixit : « et utraque inveniuntur propter aliquid
unum. » Hoc ergo est unum eorum in quo comunicant. Et verbum
eius (b) « propter aliquid unum » tolerat ut velit (c) per ipsum (2)
quoniam actus utriusque earum est unus et quoniam ambe directive
sunt ad sermocinandum. Et intentio verbi sui « inveniuntur », « prepa-
rantur, ut adinveniantur (d) et acquiruntur»; et tolerat ut velit per
verbum suum « propter aliquid unum » finem supremum et est victo­
ria (3). Dyalectica quippe intendit victoriam et quoque hec ars intendit
victoriam. Et per dyalecticam quidem completur victoria, quando con-
traagens debilis fuerit ad resistendum in refutando aut debilis fuerit ad
sublationem loci resistende, si fueri(n)t oppositiones seu interrogationes.
Et secundum hanc similitudinem huius quidem artis intentio est — ut
(1) Í ¿ U .
(2) 4j ju jî ul J ^ .V o ir F., De interpretatione p. 135, 1. 15.
(3) SJUJ1. Nous retrouvons la même définition de la rhétorique et de la dialec­
tique chez Ibn Sïnà (S VIII, p. 6). Par contre, dans son livre jU . j
ce même philosophe indique comme but de la rhétorique la Ü»lsll et cette définition
a été reprise par IR dans le TK1H p. 3, 1. 6.
(a) ms. « dyalectice ». (b) ms. « eis ». (c) ms. « tolerat et velit ». (d) sic :
recte « et adinveniuntur ».
252 AL-FÀRÂBÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

iam dictum est — ut fiat per eam sufficientia persuasiva (1). Et habetur
quidem persuasio, quando non fuerit apud eum cuius intenditur per­
suasio, aliquid, propter quod impediatur sermo, qui inductus est ad
persuadendum. Quando enim fuerit apud auditorem sermo alius effec­
tivus persuasivus ad oppositum illius rei, et fuerit quod apud ipsum est
de hoc equale ei, quod propositum (a) est a dictore, non acquiretur
apud ipsum credulitas.

(1) . Voir § 9, n. 4.
(a) ms. « proponitur est ».
INDEX DES TERMES (i)

Acceptatio (ÙTiôxpiatç), 203. Canones rethorice, 204, 205, 207, 222,


Accusatio, 189, 229, 232. 224.
Actus rethorice, 203, 204, 205, 206, 222, Canones sillogismi, 206, 207.
224, 250, 251. Carta, 161, 182.
Adaptatio (adaptari) (xaTaoxeuâÇeiv), Certitudo (¿^¿J|), 155, 156, 166, 174.
180. Certudinalis, 164.
Agricola, 168. Civitas (seu civilitas seu villa), 200, 201,
Amicitia (cap. de), 238-240. 227, 228, 242.
Apium generatio, 174. Collegium (seu multitudo), 197-200.
Auditor, 167-169, 175, 181, 183, 190, Conatus (conari) (^Jdij), 175, 176, 182.
196, 227, 231, 233, 236,237, 244, 251. Concessivum, 189.
Arabes, 171. Conclusio (ÊmXoyoç), 194, 195, 219.
Arbitri seu mediatores, 159. Conclusionis morales, 191.
Ars dyalectica (tópica seu disputativa), Conclusiones necessarie (seu universa­
206, 210, 247, 250. les), 166-168.
Ars logices, 208, 211. Conclusiones orationum, 187.
Ars metrica, 206. Conclusiones singulares, 166, 168.
Ars oratorie, 201, 205, 214. Conditio (^J^iJI VJU-I), 170, 171, 173,
Ars rethorica, 207-217, 218, 220-225, 195, 200.
235, 244, 250. Conditio seu pacta (hyilOi 160, 161,
Artes demonstrative, 247. 163, 182, 185, 215.
Assertio seu creditio (seu credulitas) Conditio (iTjLl J¿UJV0> 178, 186, 197,
j, i .--Il (voir aussi «credulitates»), 154-
156, 154 n. 2, 158, 183-185, 187, 207, 201 .
209, 219, 225, 226, 228, 235. Conrationes (h-((¿II J j j UVOj 165, 165
n. 2.
Beneficium, 241. Consilium (^fyl) (yvciipr)), 246.
Benignitas, 180. Consonantia, 178.
Bonitas, 187. Contentians, 158.
Contraditiones oratorie et rethoricales,
Calamus, 197,201. 217.

(1) On indique seulement les passages les plus significatifs et les formes grecques
ou arabes des termes latins obscurs.
254 AL-FÂRÂBI : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Contraria, 241. E tas, 242, 243.


Duo contraria, 223, 235. Excusatio, 238.
Controversia, 185, 215. Exemplum, 208, 209, 216, 225, 226,
Conversio, 250, 251. 245, 246.
Copula 206. Exordium (7rpot[i'.ov), 194, 195.
Credulitas persuadibilis (persuasiva) Expositio (^jJI), 152, 248, 249.
(voir aussi fides, persuasio et orationes
inductive credulitatis) ( ^ biVI J j -t-adl ), Facultas grammaticalis et poetica, 206.
155, 157, 163,164, 166,''168, 175, 176, Facultas rethoricalis, 204-205.
180, 182, 184, 191, 192. Facultas sillogistica, 207.
Credulitates non per orationes (a.iz-/yiy.i Facundia, 152 n. 11, 172.
Triara?), 157-163, 182-185, 215, 232. Fides seu credulitas ((TlixtVO» 164,
165, 166, 235.
Deceptivus, 203. Fidem facere (^JJl), 169, 195.
Declinatio anime ( ;-ll J_,), 155, 156, Figura sillogismi, 209.
156 n. 1, 219. Figurae interpretationum (ay_r¡\j.or. vf\<;
Decorositas, 181. XéÇecû?) (ïJUll JSCi) 219.
Defensio, 189, 190, 209, 215, 229, 232, Firmatio, 247-248.
239. Fores, 228.
Demonstratio (scientia demonstrativa), Formatio rei incomplexe in mente
156, 172, 212, 214. (j_¿adl)> 154 et 154 n. 2.
Dictor (jilill), 161, 176, 178, 180, 188,
191, 196, 197, 199, 225, 247, 248. Fortitudo, 240.
Didascalia (seu proheumalia), 149, 249. Fortuna, 242, 243.
Diffinitiones rethorice Gjjd-I), 173, 224, Genus deliberativum (causa delibera­
225. tiva), 189, 190, 195, 209, 214-216,
Disciplina ( l.-il). 205, 212, 221. 231, 235, 244.
Dispositio passionum, 233, 234. Genus demonstrativum, 189, 195, 209,
Distinctio (incisio) sermonis, 181. 214-216, 227, 229, 235.
Ditio, 203, 218. Genus iudiciale, 189, 195, 209, 215, 216,
227, 229, 231, 232, 235.
Doctrina ( Ldl), 218. Genera tria (Orationes triae), 225, 226,
Dyalectica, voir Topica. 244, 247.
Geometria, 206.
Eloquentia, 169, 201. Glosa, 148, 152.
Ensis, 201. Gramática (gramaticalis), 205, 206.
Enthimema, 208, 209, 216, 217, 225, Gratia, 193, 237, 239.
226, 245-248.
Enthimemata deliberativa/247. lactatio (iactantia) (^'a^Jl), 182, 215.
Enuntiationes universales, 226. (Voir miracula).
Epistula, 201. Imperari (tbjl)> 165.
Error (seu vie erroris), 167, 168. Impietas, 179.
Erubescentia (voir verecundia), 240. Incisio (XéÇiç xaTsaTpajjtpivr,?), 218.
INDEX DES TERMES 255

Inclinatio anime (voir declinatio), 219. Convenientia tituli libri, 152, 202,
Individua hominum, 187, 188. 205, 249.
Individua aliarum rerum, 187, 188. Intentio libri, 152, 205, 249.
Inductio credulitatis (voir orationes in­ Modus doctrine libri, 152, 249.
ductive credulitatis), 207, 219. Ordinatio libri, 152, 210, 249.
Inductio (.l^h-VO) 156, 168?, 208, 246. Partes libri, 152, 214-249.
Indulgentia, 232. Proportio libri (seu comparatio), 152,
Inimicitia, 240. 206, 207, 249.
Iniuria (iniuriari), 229-232, 238, 239. Utilitas libri, 152, 201, 205, 212, 249.
Instantia (voir oppositio), 248. Lector, 196.
Instantie dyalectice, 217. Lex, 228.
Instantie rethoricales, 217, 236. Leges proprie (posite), 159-162, 182,
Intentio (intendere) (^ „;ll 152, 184.
173, 175, 181, 186, 196, 197, 200, Leges communes, 159-162.
204 , 225, 228, 229, 251. Legum directio, 150.
Intentio (^ 1 ), 178, 186, 218, 224. Loci, 209, 210, 216, 225, 227, 247.
Interpretatio (interpretari), 178, 186, Loci dyalectici, 247.
218, 224. Loci rethorici, 247.
Interrogatio dyalectica, 220. Loci sophistici, 248.
Interrogatio rethorica, 220. Logica (loica), 150, 151, 206, 207, 208,
Invidia, 179, 231, 238, 242. 210, 212, 214, 223, 225.
Invidentia, 241.
Ira (iracundia), 183, 216, 230-239. Materia consilii, 246.
Is de quo dicitur (&J ,1^11). 188. Materia enthimematum, 247.
Is cuius intenditur persuasio -sit Materia rethorice, 203, 204, 216.
«eltfl). 188. Magistri artium, 168, 169.
Iudex, 160, 176, 177, 179, 180, 188, Malitia, 180, 187.
189, 222, 231, 244. Maneries (^jpl) enthimematum, 241,
Iudicialia, 230, 232, 247. 248.
Iuramentum, 162, 163, 183, 205. Maneries rationum, 235, 247.
Medicina, 223.
Habitudo passionum, 233. Medicus, 168.
Habitudo vocis et vultus, 181. Metrum (voir ars metrica), 172, 206.
Habitus, 170, 171, 173, 187, 199, 204. Miracula (voir iactatio), 162.
Habitus oratorie (seu rethorice), 203- Misericordia (misereri), 180, 216, 233-
206. 235, 237, 241.
Lamentum (lamentatio), 189, 190. Modus divisivus, 249.
Labialiter, voir vocaliter. Modus doctrinae, 249.
Laus (laudatio), 187-190, 209, 215, 229, Modus manifestationis, 167.
244, 247. Modus resolutivus, 249.
Liber : Modi rethorice, 203, 204, 216.
Auctor libri, 152, 249. Modus sufficientivus, 164.
256 A L-FÂ R À B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Moralia, 191. Persuasio (seu sufficientia) (5pltiJ|); 158,


Mores, 179, 181, 183, 216, 228, 242, 243, 163, 166, 168, 169, 173, 175-177, 235,
244. 242, 248.
Voir credulitas.
Narratio (Scrjyrçaiç), 195, 219, 220. Persuasio (sufficientiva) persuadere
Nota cantus, 196. (£lJVI). 173, 181, 186-187, 199, 202,
Notitia, 154, 171, 213, 214, 222, 250. 207, 208, 216, 218, 225, 226, 229, 245,
Notitia rerum rethorice, 206. 252.
Obviatio, 217. 164.
Oviator (seu contraagens), 176, 177,
179, 180, 188, 189, 222, 244. Quod persuadet, 203.
Opiniones corrupte, 247. Persuasiva in veritate, 248.
Oppositiones dyalectice, 248, 251. Que videntur persuasiva, 202, 203.
Oppositiones rethoricales, 248, 251. Pietas, 179, 241.
Oratenus, voir vocaliter. Placentia, 179.
Orationes deliberative, 185. Planctus, voir lamentum.
Orationes inductive (seu effective) cre­ Poetria (poetica), 171, 189, 190, 206,
dulitatis (iJSjjuadl JjjliVI), 183, 186, 212-214, 218.
192, 194, 195-, 208, 220, 222, 224, 225, Pondus (jj^|), 172, 181, 206.
232, 237, 247. Potentia, 170-173, 175, 184-188, 192,
Orationes laudative, 185. 199, 200, 201, 203, 207, 251.
Orationes legales, 183. Potentia logica, 207.
Orationes morales et passionales, 180, Potentia sillogistica, 206.
182, 186, 190, 192, 193, 216, 233, 235, Potentie particulares, 203, 204.
237, 243, 244, 247.
Orationes persuasive (seu sufffcientive) Principatus philosophi, 201.
(iúül J í j IWI), 166> 169> 173> 174, Principatus prudentie et rethorice, 201.
182, 184, 189. Probabilia (gvSoÇa), 156, 158, 166, 246,
Orationes querimoniales, 228. 247.
Orationes rethoricales (voir sermocina­ Probabilitas (famosa), 157, 165, 166.
tio), 191, 197, 216, 217, 222, 235. Proemium (prohemium), voir exordium.
Orator (voir sermocinator), 193, 200. Proemium rethorice, 221, 249.
Oratoria (facultas), 149, 151, 152, 154, Prohibitivum, 189.
169, 193, 204, 206. Propositiones civiles, 191.
Ordinatio partium rethorice, 220. Propositiones contingentes, 164, 165,
Ornatus, 119. 168.
Pacta, voir conditio. Propositiones false, 169.
Particularia (singularia), 168, 173, 174, Propositiones morales, 191.
187, 199. Propositiones prime, 156.
Passiones, 179, 181, 189, 216, 230, 233, Propositiones sensibiles, 166.
234, 235-238, 242, 243. Propositiones universales, 158-226.
Passionalia, 191. Propositiones vere, 164, 169.
Permutationes (mutationes), 178, 218. Prosa, 172.
INDEX DES TERMES 257

Prudens, 168, 169. Sermo scriptus, 196.


Prudentia (Jiull)j 201. Sermo voce prolatus, 196.
Sermocinatio, 169-173, 175-179, 181,
Querimonia (querela), 189, 209, 215, 182, 186-188, 190, 193-95, 197-199,
229, 230, 237, 239. 201, 203, 206, 217, 243, 244, 250, 251.
Sermocinator, 169 n. 4, 181, 195, 197,
Redargutio, 247, 248. 236, 248.
Regimen (gubernatio) civitatis, 150, Sigillum, 161.
191, 227,"243. Sillogismus, 156, 165, 206, 207, 208, 210.
Res ex qua fit credulitas (à7rô8etÇi,ç), Sillogismus topicus (seu dyalecticus),
194. 156, 246, 247.
Res in qua fit credulitas (7Tpo6Xr¡ua), Sonus, 179, 217.
194. Sophistica (sophisticus), 151, 171, 174,
Rethoria (seu rethorica), 149, 152, 154, 203, 218, 224.
163, 169-177, 182, 184, 189-191, 193, Species rethorice, 209, 225, 227
194, 195, 797-201, 203, 212-214, 218-
221, 223, 227, 246, 247, 250, 251. Species sillogismi, 207.
Rethorica completa, 186, 187, 191, 199, Studium, 242, 243.
223. Subsistitivum civitatis, 201.
Rethorica decompleta, 223. Sufficientia (itbJjJI), voir credulitas et
Rethorica directiva ad homines et alias persuasio.
res, 191. Suppositum (vel subiectum) rethorice,
Rethorica directiva ad homines tantum, 171-174, 185, 187-189, 208, 225, 226.
191.
Rethorica incompleta, 186, 187. Testes, 161, 215.
Rethorica necessaria, 186, 191, 192. Testimonium, 157, 158, 182.
Rethor,163, 170, 188, 193, 194, 204, Timiditas, 240.
205, 207, 222, 245. Topica seu dyalectica, 151, 158, 168,
Rethorici, 171. 171, 172, 174, 206, 208, 212, 218,
223, 250, 251.
Scientia, 167, 168, 171, 173, 174, 192, Tormenta seu tortura, 162,215.
193, 200, 206, 210-212, 216, 243, 247,
250. Variationes (jj^jJLI hUPyi), 178, 179.
Scientia actuum sillogismi, 207, 208. Velocitas, 191.
Scientia demonstrativa, 214. Verecundia (cap. de), 239-241
Scientie morales, 190, 191, 225, 227. (voir erubescentia)
Scientie politice, 190, 191, 243. Via seu inductio, 198.
Scientia rethorice, 206. Via artis (artificialis) rethorice, 221.
Scriptor, 196, 200. Via dyalectice, 251.
Scriptum, 197,219,222,243. Via interrogationis, 220.
Scriptura, 195, 223. Via responsionis, 220.
Scriptura universitatis, 161. Via rethoricalis, 192, 193.
Scriptura quorundam aliorum, 161. Victoria, 251.
Sensus, 166. Vir magne honestatis, 162.
R ech. - 77
258 A L-FÂ R Â B Î : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Virtus dictoris, 191, 192, 215. Vocaliter (vocetenus), 195, 196, 200,
Virtus hominis, 184. 219, 220.
Virtutis concessio, 180-182. Vultus constantia et habitudo faciei,
Vituperium, 187, 209, 215, 229. 162, 180, 181, 215.
Vocalis allocutio, 196. Zelum et emulatio, 242.
INDEX DES AUTEURS

Abü-l-Farag ‘Abdallah b. Tayyib, 130, (dans l’introduction et dans les notes),


138 n. 4, 249, n. 4. 125, 126, 127, 127 n. 2, 129, 130 n. 4,
Albert le Grand, 138, 139 n. 1, 154 n. 2, 131, 133, 137, 138, 139, 140, 140 n. 1,
174 n. 1. 3 et 4, 141, 142, 143, 143 n. 1,
Alexandre d’Aphrodise, 128 n. 3. 144, 145, 146 post-scriptum, 149 n. 1,
152 n. 11, 157 n. 4, 161 n. 3, 162 n. 1.
Alexandrie (École d’), 138 n. 4. 167 n. 2, 179 n. 2, 181 n. 2,195 n. 1
Amin, 152 n. 11. et 4, 196 n. 4, 197 n. 2,202n.2, 203
Aristote (cité dans le texte), 149, 150, n. 1, 217 n. 3, 228 n. 5,232n.2, 244
152, 153, 169, 172, 173, 175, 187, 188, n. 1, 245 n. 1, 246 n. 2,248n.2, 249
189, 195, 196,203,205, 207,211,213, n. 1 et 2 (voir aussi la liste des œuvres
214, 222, 230, 248, 250. d’Al-Fàràbï).
«primus relator» (Aristote), 158.
Aristote (dans l’introduction et dans les Galien (dans le texte), 192, 193.
notes), 125, 128 n. 3, 133, 134, 137, (dans les notes), 167 n. 2.
139, 140 n. 2, 141, 142, 143 n. 1, 144, Al-Gazalï, 157 n. 5.
145, 146 (post-scriptum), 233 n. 1 Gérard de Crémone, 152 n. 11.
(voir aussi la liste des oeuvres). Gilles de Rome, 140, 141, 142, 145.
«Aristotelis latinus», 125, 125 n. 2. Guillaume de Moerbeke, 141, 142.
Bacon R., 132, 132 n. 2, 140, 140 n. 1, Grabmann, 126 n. 1, 174 n. 1.
2 et 3. Hermann l’Allemand (dans le texte),
Badawï ‘Abdurrahmân, 126 n. 3, 131 149.
n. 4, 132, 132 n. 1, 133, 133 n. 2, 136,
136 n. 2, 138 n. 1. (dans l’introduction et les notes), 125,
Bouyges, 127 n. 2. 125 n. 1, 126, 127, 131, 132, 134, 134
Bruni G., 141 n. 2. n. 4, 135, 136, 137, 139, 140, 141,
142, 149 n. 1, 151 n. 7, 152 n. 11, 156
Calpurnius Joh., 142. n. 4, 165 n. 2, 170 n. 1, 174 n. 1, 188
n. 5, 192 n. 4, 200 n. 2, 205 n. 1, 221
Cicéron, 140 n. 1, 141. n. 1, 250 n. 1 (voir aussi la liste des
œuvres de Hermann).
Daneche Pejouh, 127 n. 2, 136 n. 2. Al-Hatabï, 136 n. 2.
Elias, 141 n. 1, 211 n. 1. Ibn Abï Usaybi‘a, 130 n. 4, 137 n. 3,
^•Jll (Ellênios?), 211 n. 1. 211 n. 1.'
Al-Fàràbï (cité dans le texte), 149, 150, Ibn Bagga, 154 n. 2.
151, 250. Ibn Nadïm, 133, 136.
260 A L-FÂ RÂ BÎ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Ibn Ru§d, 130, 132, 133, 134, 136, 137, Orace, 140 n. 1.
138, 140, 140 n. 1, 141, 142, 176 n. 2,
195 n. 4, 206 n. 2 (voir aussi la liste Pétrarque, 141 et 141 n. 5.
des œuvres d’Ibn Rusd). Philippus (magister), 142, 144 n. 1.
Ibn Sinâ, 132, 133, 136, 138, 140, 141 Platon, 238.
n. 1, 176 n. 2, 182 n. 2, 208 n. 7 (voir
aussi la liste des œuvres d’Ibn Sînâ). Proclus, 130.
Ibn Tumlüs, 152 n. 11.
Ibrâhîm b. ‘Abdallah, 133. Renan, 132, 141 n. 5.
Ibrâhîm Madkour, 133 n. 1. Robert Grosseteste, 137 n. 2.
Ishaq b. Hunayn, 133. Roemer, 134 n. 3.
Jean évêque de Bourgos, 126. Salïm Sâlim, 133 n. 1, 134 n. 1, 138.
Jean de Jandun, 141, 141 n. 3, 146, 149 P. Salman, 139 n. 1.
n. 1, 159 (variantes du texte). Scot Michel, 174 n. 1.
Kôprülü F. (Liber Memorialis Türkiyat, Simplice, 152 n. 7.
Mecmuasi XV), 127 n. 2, 211 n. 1. Socrate (dans le texte), 238.
Kutsch W., s. j., 129 n. 1. (dans les notes), 151 n. 1, 156 n. 6.
de Stefano A., 174 n. 1.
Lancelot de Zerlis, 142, 143, 141 n. 1, Steinschneider, 127, 127 n. 1, 130 n.
144, 145, 146, 147, 217 n. 2, 220 n. 3, 211 n. 1, 249 n. 3.
224 n. 7, 230 n. 6, 233 n. 1, 235 n. 1 Suyutï, 127 n. 2.
et 3, 239 n. 1, 242 n. 4.
Lucquet, 125, 125 n. 1. Tolède (école de), 125.
Marrow s.j., 129 n. 1. Walzer, 141, 211 n. 1.
« Les Modernes », 128, 138.
Muhsin Mahdï, 146 post-scriptum. Yuhannâ b. Haylàn, 137.
INDEX DES ŒUVRES ET DES CITATIONS

ARISTOTE
A. Œuvres citées dans le texte.

1. Liber Animalium, p. 174.


2. Liber Cathegoriarum, p. 214.
3. Liber Predicamentorum, p. 214.
4. Liber Priorum Analeticorum (Sillogismi), p. 208, 210, 214, 250.
5. Liber Demonstrationis (Posteriorum Analeticorum), p. 156, 211, 212, 214.
6. Liber Topicorum, p. 156, 212, 248.
Liber I Topicorum, p. 211.
Liber III Topicorum, p. 210.
Liber VIII Topicorum, p. 208, 217.
7. Liber Sophisticorum, p. 210, 211, 212, 213.
8. Liber Rhetoricorum (1), p. 150, 187, 188, 196, 201, 203, 205, 207, 210, 212,
213, 214, 221, 223, 248, 249, 250, 251.
9. Liber Poetrie, p. 211, 212.
T ractatus I R e th o rice (Rhét., Livre I), p. 214-215.
Tr. I Differentia I (= Rhét. I, 1, 1354 a 1 - 1355 b 24), p. 214, 221.
Pars I (1354 a 1-3), p. 221.
Pars II (1354 a 3-11), p. 221.
Pars III (1354 a 11 - 1355 a 3), p. 222.
Pars IV (1355 a 3-20), p. 223.
Pars V (1355 a 21-29), p. 223.
Pars VI (1355 a 29-b 8), p. 223.
Pars VII (1355 b 8-17), p. 224.
Pars IX (1355 b 22-24), p. 224.
Tr. I Differentia II (= Rhét. I, 2, 1355 b 25 - 1358 a 35), p. 214, 224.
Pars I (1355 b 25-26), p. 224.
Pars II (1355 b 26-39), p. 224.
( 1) Indiqué par les expressions « liber, hic liber, hi libri, isti libri », etc.
262 A L-FÀ RÀ RÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

Pars III (1356 a 1-20), p. 224.


Pars IV (1356 a 20-35), p. 225.
Pars V (1356 a 35 - 1357 a 22), p. 225.
Pars VI (1357 a 23 - 1358 a 35), p. 225.
Tr. I Differentia III (= Rhét. I, 3-4, 1359 b 18), p. 214.
Pars I {Rhét. I, 3, 1358 a 36 - 1359 a 5), p. 225.
Pars II (1359 a 6-10), p. 226.
Pars III (1359 a 10-25), p. 226.
Pars IV (1359 a 26 - 1359 b 1), p. 226.
Pars V (1359 b 2-18), p. 227.
Tr. I Differentia IV (= Rhét. I, 4, 1359 b 18 - I, 8, 1366 a 22), p. 215, 227.
Pars I (I, 4, 1359 b 19 - 1360 b 2), p. 227.
Pars II (I, 5, 1360 b 4 - 1362 a 14), p. 228.
Pars III (I, 6, 1362 a 14 - 1363 b 4), p. 228.
Pars IV (I, 7, 1363 b 5 - 1365 b 21), p. 228.
Pars V (I, 8, 1365 b 22 - 1366 a 22), p. 228.
Tr. I Differentia V (= Rhét. I, 9, 1366 a 23 - 1368 a 37), p. 215, 229.
Tr. I Differentia VI (= Rhét. I, 10, 1368 b 1 -I, 15, 1377 b 13), p. 215, 229, 230,
231, 232.
Pars I (I, 10, 1368 b 1-12), p. 230.
Pars II (1368b 12-b 28?), p. 231.
Pars III (1368 b 28 - b 32), p. 231.
Pars IV (I, 11, 1368 b 33 - 1372 a 3), p. 231.
Pars V (I, 12, 1372 a 4 - b 22), p. 231.
Pars VI (I, 12, 1372 b 23 - 1373 a 38), p. 231, 232.
Pars VII (I, 13, 1373 b 1 - 1374 a 17), p. 232.
Pars VIII (I, 13, 1374 a 18 - b 23?), p. 232.
Pars IX (I, 14, 1374 b 24 - 1375 a 21), p. 232.
Pars X (I, 15, 1375 a 22 - 1377 b 13), p. 232.
T ractatus II R eth o r ic e {Rhét., Livre II), p. 215.
Tr. II Differentia I {Rhét. II, 1, 1377 b 16 - II, 11, 1388 b 30), p. 216, 233,
234, 235.
Pars I (II, 1, 1377 b 16 - 1378 a 30), p. 235.
Pars II (II, 2, 1378 a 30 - 1380 a 4), p. 235, 236, 237, 238, 239.
Pars III (II, 3, 1380 a 5 - 1380 b 33), p. 239.
Pars IV (II, 4, 1380 b 34 - 1381 b 38), p. 239.
Pars V (II, 5, 1382 a 1 - 1382 a 20), p. 240.
Pars VI (II, 5, 1382 a 21 - 1382 b 35), p. 240.
Pars VII (II, 5, 1382 b 35 - 1383 b 11), p. 240.
INDEX DES ΠUVRES ET DES CITATIONS 263

Pars VIII (II, 6, 1382 b 11 - 1385 a 15), p. 240, 241.


Pars IX (II, 7, 1385 a 15 - 1385 b 10), p. 241.
Pars X (II, 8, 1385 b 11 - 1386 b 8), p. 241.
Pars XI (II, 9, 1386 b 9 - 1387 b 20), p. 241.
Pars XII (II, 10, 1387 b 21 - 1388 a 19), p. 242.
Pars XIII (II, 11, 1388 a 31 - 1388 b 28), p. 242.
Tr. II Differentia II [Rhét. II, 12, 1388 b 29 - II, 18, 1391 b 28), p. 216, 242,
243, 244, 245.
Pars I (II, 12, 1388 b 29 - II, 17, 1391b 7),p.242,243,244.
Pars II (II, 18, 1391 b 8-23), p. 244.
Pars III (II, 18,1391 b 24-29), p. 244.
Tr. II Differentia III {Rhét. II, 18, 1391 b 29- II,19,1393 a21), p. 216, 245.
Pars I (II, 18, 1392 a 8 - 1392 b 14), p. 216, 245.
Pars II (II, 19, 1392 b 15 - 1392 b 33), p. 216, 245.
Pars III (II, 19, 1393 a 1 - 1393 a 8), p. 216, 245.
Pars IV (II, 19, 1393 a 8-21), p. 216, 245.
Tr. II Differentia IV {Rhét. II, 20, 1393 a 21 - II, 22, 1396 b 20), p. 216, 245.
246, 247.
Pars I (II, 20, 1393 a 21 - 1394 a 19), p. 246.
Pars II (II, 21, 1394 a 19 -1395 b 20), p. 246.
Pars III (II, 22, 1395 b 20 - 1396 b 20), p. 246,247.
Tr. II Differentia V {Rhét. II, 22, 1395 b 20-24 - 1402 a 30), p. 216, 247, 248.
Tr. II Differentia VI {Rhét. II, 25, 1402 a 30 - II, 26, 1403 b 2), p. 216, 217,
248, 249.
Pars I (II, 25, 1402 a 31 - b 13), p. 248.
Pars II (II, 25, 1402 b 13 - II, 26, 1403 b 2), p. 248, 249.
T ractatus III R ethorice {Rhét., Livre III), p. 217, 249.
Tr. III Differentia I {Rhét. III, 1, 1403 b 6 - 1404 a 38), p. 217.
Tr. III Differentia II {Rhét. III, 2, 1404 b 1 - 1405 b 32), p. 218.
Tr. III Differentia III {Rhét. III, 3-6?, 1405 b 33 - 1408 a 9), p. 218.
Tr. III Differentia IV {Rhét. III, 7-9, 1408 a 10 - 1410 b 5), p. 219.
Tr. III Differentia V {Rhét. III, 10-12, 1410 b 6 - 1414 a 28), p. 219.
Tr. III Differentia VI {Rhét. III, 13-19, 1414 a 29 - 1420 a 8), p. 220.
Passages de la Rhétorique cités dans le texte:
1354 a 1-4, p. 250.
1355 b 25-26, p. 175-176.
264 A L-FÂ R Â B Ï : DEUX OUVRAGES INÉDITS

B. Œuvres d’A ristote citées dans l ’introduction et les notes.

1. Rhétorique, p. 125, 126, 127, 129, 130, 131, 132, 133, 135, 136, 138, 138 n. 1,
139, 140, 142, 144.
2. Passages de la Rhétorique cités dans les notes:
1354 a 3-4, p. 167 n. 1.
1355 b 25-26, p. 151 n. 6, 166 n. 3 170 n. 1 173 n. 2 175 n. 3, 199 n. 3.
1355 b 28-29, p. 166 n. 3.
1356 b 29, p. 156 n. 6.
1358 a 14, p. 210 n. 1.
1358 a 38, p. 177 n. 1.
1358 b 1, p. 176 n. 9.
1368 b 28 - 1372 a 3, p. 229 n. 2.
1372 a 4 - 1372 b 22, p. 230 n. 1.
1372 b 23 - 1373 a 38, p. 230 n. 2.
1373 b 1 - 1374 b 22, p. 230 n. 5.
1373 b 3, p. 159 n. 2.
1375 b 26, p. 157 n. 3.
1376 b 9, p. 160 n. 3.
1378 a 30- b 2, p. 235 n. 3.
1378 b 2 - a 10, p. 235 n. 3.
1379 a 10 - a 15, p. 235 n. 3.
1379 a 15-22, p. 236 n. 1.
1379 a 22-28, p. 236 n. 2.
1379 a 38 - 1380 a 4, p. 236 n. 3.
1393 a 25, p. 246 n. 3.
1393 a 28-31, p. 246 n. 2.
1397 a 20, p. 210 n. 2.
1403 b 8, p. 217 n. 3.
1408 b 8, p. 218 n. 2.
1408 b 21, p. 196 n. 1.
1408 b 32 - 1403 a 14, p. 218 n. 7.
1409 a 26, p. 218 n. 7.
1409 a 33, p. 218 n. 7.
1414 a 29 - b 18, p. 186 n. 4.
1414 a 30, p. 219 n. 4.
1416 a 6, p. 199 n. 1.
1417 b 21 -1418 b 39, p. 220 n. 1.
INDEX DES ΠUVRES E T DES CITATIONS 265

àlîatt
(ic -tïll Áj j» i\ vt~ jül)

p. 126, 132, 152 n. 11, 157 n. 1.


Passages de âjLW-I cités dans les notes:
p. 3 1. 7 p. 250 n. 1
p. 3 1. 8 p. 151 n. 2
p. 5 1. 5 p. 134 n. 3
p. 9 1. 8 p. 151 n. 6, 163 n. 2, 166 n. 3, 170 n. 1,
p. 173 n. 2, 175 n. 3, 207 n. 2
p. 12 1. 14 p. 156 n. 6
p. 15 1. 9 — p. 16 1. 13 p. 209 n. 4
p. 16 1. 15 p. 177 n. 1
p. 16 1. 16 p. 176 n. 9
p. 16 1. 18 et 20 p. 210 n. 1
p. 18 1. 2 p. 135
p. 29 1. 22 p. 138 n. 4
p. 35 1. 19 p. 138 n. 4
p. 36 1. 19 p. 150 n. 2
p. 71 1. 3 p. 157 n. 2
p. 78 1. 6 p. 131 n. 3
p. 153 1. 8 p. 210 n. 2
p. 181 1. 7 p. 217 n. 3
p. 186 1. 7 p. 218 n. 2
p. 200 1. 3 p. 134 n. 3
p. 207 1. 5 p. 218 n. 7
p. 228 1. 1 p. 198 n. 3
p. 228 1. 20 - 230 1. 4 p. 193 n. 4 et 194ji. 4
p. 229 1. 5 p. 195 n. 1
p. 230 1. 6 p. 152 n. 11 et 194ji. 7
p. 230 1. 15 p. 152 n. 11
«Rethorica et Poetria Aristotelis» (voir Hermann l’Allemand).
Rhétorique (Tranlatio vetus latina), p. 146.
Rhétorique (Translatio de Guillaume de Moerbeke), p. 142.
266 AL-FÀRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

AL - FÀRÀBÏ
A. Œuvres citées dans le texte.

1. Expositio libri (Rethoricorum), p. 149, 152, 249.


2. Expositio libri Sillogismi, p. 250.
3. Expositio I libri Topicorum, p. 211.
B. Œuvres citées dans l ’introduction et les notes.

pU p. 139, 140 n. 4, 152 n. 11.


J—J ôî ^ L* «UL-y
üJûJI p. 127 n. 2, 136 n. 1, 138 n. 4, 140 n. 4, 150 n. 2.
LjIu-J p. 154 n. 2.
^
ûjL j JI j-í p. 129 n. 2, 152 n. 1, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 154 n. 2,
«—jllS** ^
176 n. 1,211 n. 1, 214 n. 1.
4jliai-! '—JbcS**^ p. 125, 126, 127, 130, 130 n. 4, 131, 131 n. 3,
140 n. 3, 169 n. 3.
«Uliai-1 i—JIxSÑi j-U<a 127, 130, 131.
p.
p. 127 n. 2.
Jlalll J 5 U ïJJ -fcUJty p. 127, 128, 128 n. 4, 146 post-scriptum, 178 n. 4.
,^-JI (je Í j j U-! A-» £Î~ AllU-l i_jb£"
p. 130 n. 4.
fX* Jdj^ i>* fbir p. 130 n. 4.
AjILi-I ^3 ‘-r* p. 130.
ï à JUJI wjIA" p. 150 n. 3.
L&j Âja—Lül ^ I ¡_5 p. 136 n. 2.
lSJÜ.1 o j IA ” p. 169 n. 2, 210 n. 3.
A L ¿ jla lii (3 ( ? ) i-jb i" p. 130, 130 n. 4, 211 n. 1.
0 V3 ÜI (traduction latine), p. 139 n. 1.
SjLJI l->UT (traduction latine), p. 139 n. 1.
ôLajJI i—
j IA” p. 154 n. 2.
^*J| i_jIxT (traduction latine), p. 139 n. 1.
¡olLt-’l v bT (1)
p. 87 = 248 b p. 163 n. 2
p. 87 - 248 b p. 167 n. 1, 175 n. 1
p. 89 = 249 a p. 164 n. 2 et 3
p. 89 = 249 a p. 173 n. 5
(1) Mélanges de l’Université Saint-Joseph , t. XLIII, fase. 3.
INDEX DES ŒUVRES ET DES CITATIONS 267

p. 91 = 249 b p. 165 n. 1
p. 93 = 250 a p. 155 n. 2, 175 n. 2
p. 93 = 250 b p. 155 n. 4
p. 113 = 255 a p. 167 n. 3, 168 n. 3, 206 n. 6
p. 113-115 = 255 a-b p. 167 n. 2, 169 n. 1
p. 115 = 255 b p. 187 n. 2
p. 117 = 256 a p. 167 n. 4
p. 117 = 256 a p. 164 n. 4
p. 119 = 256 a-b p. 156 n. 2
p. 121 = 256 b p. 165 n. 4
p. 121-123 = 256-257 a p. 176 n. 9
p. 123-125 = 257 a-b p. 189 n. 1
p. 125 = 257 b p. 208 n. 4
p. 127-129 = 258 a-b p. 193 n. 3
p. 135 = 260 a p. 162 n. 2
p. 137 = 260 b p. 178 n. 1
p. 141 = 261 b p. 202 n. 2
p. 141 = 261 b p. 165 n. 4
p. 143 = 262 a p. 166 n. 2
p. 145 = 262 b p. 188 n. 1
p. 145 = 263 a p. 209 n. 1
p. 147 = 263 b p. 207 n. 2
p. 161 = 267 a p. 167 n. 2, 202 n. 2
p. 161-163 = 267 a p. 168 n. 2
p. 163 = 267 b p. 209 n. 4
p. 165 = 268 a p. 165 n. 4
p. 165 = 268 a p. 166 n. 2

GALIEN
Œuvres citées dans le texte: «Libri Galieni», p. 192, 193.
Œuvres citées dans les notes: «Scholia in Hippocratem et Galienum», p. 249 n. 3.

HERMANN L’ALLEMAND
A. Œuvres citées dans le texte.
« Didascalia», p. 149; «Rethorica Aristotelis», p. 149.
B. Œuvres citées dans l ’introduction et les notes.
«Didascalia», p. 125, 126, 127, 129, 130, 132, 133, 136, 138, 140, 142, 143, 145,
145 n. 3, 147, 220 n. 3.
268 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

«Declaratio compendiosa» (version de Lancelot de Zerlis), p. 125, 142, 143, 143


n. 1, 144 n. 1, 145 n. 1, 146, 147, 158 n. 4, 217 n. 2, 220 n. 3, 235 n. 3.
«Rethorica et Poetria Aristotelis», p. 126.
«Rethorica Aristotelis», p. 126, 127, 131, 131 n. 3, 134 n. 4, 135, 137, 137 n. 1,
140, 141 n. 1, 152 n. 11, 156 n. 6, 157 n. 2, 250 n. 1.
«Poetria Aristotelis», voir ipkS” t -lij ¿,1
« Summa Alexandrinorum », p. 126.

PLATON
Livre cité dans le texte: «De Civilibus in spelunca» (République, L. VII), p. 213,
p. 214.
ŒUVRES CITÉES DANS L’INTRODUCTION
ET LES NOTES

GILLES DE ROME
«Commentaria in Rethoricam Aristotelis», p. 140 n. 4, 141 n. 1, 145 n. 3.
«De differentia Rethorica, Ethice et Politice», p. 141 n. 2.

IBN RUSD
oU T
p. 3 1. 5 p. 152 n. 11, 250 n. 4, 251 n. 3
p. 3 1. 6 p. 250 n. 2
p. 3 1. 7 p. 206 n. 6
p. 3 1. 8 p. 126 n. 2, 151 n. 2
p. 14 1. 13 p. 169 n. 2
p. 15 1. 13 p. 175 n. 5
p. 151. 16 p. 163 n. 2, 207 n. 2
p. 161. 1-2 p. 167 n. 1, 187 n. 2
p. 16 1. 3 p. 173 n. 4
p. 20 1. 1 p. 166 n. 3
p. 20 1. 11 p. 156 n. 6
p. 26-28 p. 209 n. 4
p. 281. 10 p. 188 n. 4
p. 28 1. 14 p. 176 n. 8 et 9
p. 32 1. 16 p. 185 n. 8
p. 86 1. 10 p. 173 n. 6
p. 111 1. 5 p. 159 n. 1
p. 124 1. 5 p. 160 n. 5
p. 124 1. 14 p. 161 n. 5
p. 131 1. 12 p. 191 n. 1
p. 211 1. 18 p. 246 n. 2
p. 226 1. 12 p. 210 n. 2
p. 248 1. 8 p. 217 n. 3
p. 249 1. 7-10 p. 170 n. 2, 178 n. 2
270 AL-FÀRÀBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

p. 249 1. 13 p. 169 n. 3, 172 n. 3


p. 250 1. 4 p. 191 n. 2
p. 251 1. 10 p. 181 n. 4
p. 252 1. 7 p. 178 n. 3
p. 252 1. 14 p. 218 n. 1
p. 2541. 11 p. 178 n. 3
p. 264 1. 11 p. 218 n. 5
p. 278 1. 17 p. 169 n. 3
p. 283 1. 22 p. 196 n. 1
p. 302 1. 14 p. 196 n. 3
p. 304 1. 6 p. 198 n. 1
p. 304 1. 17 p. 199 n. 1
p. 305 1. 15 p. 219 n. 4
p. 305 1. 18 - 307 1. 10 p. 186 n. 4, 193 n. 4, 194 n. 6
p. 306 1. 3 p. 195 n. 1
p. 307 1. 3-7 p. 195 n. 4
p. 316 1. 10 p. 152 n. 11, 183 n. 3, 195 n. 2
Passages du traduits par H ermann dans sa « Rhetorica Aristotelis », p. 141
et 141 n. 4.

p. 1 p. 171 n. 2
p. 1 p. 165 n. 2
p.2 p. 170 n. 1
p.2 p. 156 n. 6
p.2 p. 178 n. 4
p. 3 p. 154 n. 1
p. 3 p. 152 n. 11
p. 3 p. 169 n. 4
p. 3 p. 172 n. 1
p. 4 p. 200 n. 2
p. 4 p. 183 n. 5
p. 4 p. 152 n. 11
p. 5 p. 174 n. 3
p. 5 p. 194 n. 2
p. 6 p. 205 n. 1
p. 6 p. 192 n. 7
p. 7 p. 185 n. 5
p. 8 p. 164 n. 1
p. 8 p. 165 n. 2
ŒUVRES CITÉES DANS L ’INTRODUCTION ET LES NOTES 271

p. 10 p. 152 n. 11
p. 10 p. 165 n. 3
p. 10 p. 183 n. 6
p. 11 p. 174 n. 3
p. 12 p. 170 n. 2
p. 13 p. 192 n. 4
p. 13 p. 201 n. 3
p. 13 p. 213 n. 1
p. 14 p. 183 n. 1
p. 17 p. 184 n. 2
p. 18 p. 194 n. 3
P- 21 p 183 n. 2
p. 24 p. 196 n. 1
C-dlf-JI C-ílf p. 127 n. 2
JUil p. 130 n. 4, 150 n. 3, 151 n. 3
De Physico Auditu (Prologus) p. 130, 130 n. 1, 151 n. 1, 178

IBN SÏNÀ
1) slááJl
g VIII p. 1 1. 9-10 p. 150 n. 2, 151 n. 3, 212 n. 1
p. 1 1. 2 p. 155 n. 1
p. 1 1. 8 - 2 1. 6 p. 164 n. 4, 207 n. 2
p. 4 1. 10-15 p. 156 n. 1
p. 61. 13 p. 251 n. 3
p. 7 1. 4-10 p. 167 n. 2
p. 7 1. 8 p. 166 n. 3
p. 7 1. 11 p. 168 n. 2
p. 7 1. 11-12 p. 165 n. 4
p. 7 1. 16 -8 1. 8 p. 204 n. 1
p. 8 1. 1-8 p. 188 n. 1, 205 n. 2, 207 n. 1
p. 8 1. 9 p. 158 n. 1
p. 9 1. 1-3 p. 163 n. 1
p. 9 1. 7 p. 162 n. 4
p. 9 1. 8 p. 162 n. 2
p. 9 1. 5 - 10 1. 8 p. 157 n. 3
p. 10 1. 2 p. 161 n. 5
p. 10 1. 6 p. 162 n. 3
p. 101. 9-18 p. 191 n. 5
272 AL-FÂRÂBÏ : DEUX OUVRAGES INÉDITS

p. 10 1. 16 p. 179 n. 1
p. 111. 1-3 p. 179 n. 2, 176 n. 9
p. 12 1. 5-9 p. 163 n. 3
p. 12 1. 10 p. 158 n. 1
p. 14 1. 1 p. 159 n. 2
p. 14 1. 3 p. 160 n. 6
p. 18 1. 4 p. 163 n. 4
p. 21 1. 6-8 p. 165 n. 4, 202 n. 2
p. 22 1. 4 p. 150 n. 3
p. 23 1. 3 p. 150 n. 3
p. 24 1. 5 p. 169 n. 2
p. 24 1. 8 p. 202 n. 2
p. 24 1. 11 -25 1. 7 p. 150 n. 1
p. 25 1. 15 p. 203 n. 1
p. 271. 1-8 p. 212 n. 2
p. 28 1. 12 p. 170 n. 1
p. 29 1. 3 p. 175 n. 5
p. 29 1. 6-10 p. 167 n. 1
p. 31 1. 11 - 32 1. 3 p. 166 n. 3
p. 32 1. 3 - 33 1. 5 p. 173 n. 6, 209 n. 4
p. 33 1. 6 p. 183 n. 4
p. 33 1. 10 p. 184 n. 3
p. 36 1. 15 p. 208 n. 4
p. 47 1. 10 - 49 1. 4 p. 209 n. 4
p. 55 1. 2-5 p. 176 n. 9
p. 90 1. 9 - 91 1. 1 p. 190 n. 1
p. 94 p. 159 n. 1, 160 n. 1
p. 236 1. 13 p. 194 n. 7
2) jil (J p. 176 n. 9, 208 n. 7, 251 n. 3
TABLE DES MATIÈRES
(DIDASCALIA)

Introduction ...................................................................... p. 125


Post-scriptum .................................................................... p. 146 (note)
Table des abréviations..................................................... p. 148
Préface de Hermann l’Allemand ................................... p. 149
La rhétorique et son rôle dansla C ité .......................... p. 150 § 1
Les huit arguments étudiés dans les prologues des Com­
mentaires. De l’intuition, de l’assentiment et des
trois degrés de l’assentiment ..................................... p. 152 § 2
Les deux sources de l’assentiment: les propositions
primes et les syllogismes............................................. p. 156 § 3
Les preuves indépendantes de l’art ............................... p. 157 §§ 4-8
Des prémisses des discours persuasifs............................... p. 163 §§ 9-10
Des conclusions des discours persuasifs et de leur emploi p. 166 §§ 11-12
La rhétorique et le but de la rhétorique ....................... p. 169 §§ 12-16
Des trois sortes d’auditeurs et de l’orateur .................. p. 176 §17
De la manière d’influencer les auditeurs....................... p. 179 §§ 18-19
Les moyens subsidiaires de la rhétorique : oraisons pas­
sionales, expression du visage, manière de déclamer,
la preuve de l’excellence morale de l’o rateu r........ p. 181 §§ 20-22
De la rhétorique « incomplète » ....................................... p. 186 §23
De la rhétorique « complète » et de son propre sujet . . p. 187 § 24
Des trois genres du discours rhétorique......................... p. 188 §§ 25-26
De la rhétorique « nécessaire », de la rhétorique « com­
plète » et de son usage abusif dans les sciences . . . . p. 191 § 27
Rech. - 18
274 AL-FÂRÂBÎ: DEUX OUVRAGES INÉDITS

La rhétorique et l’art oratoire......................................... p. 193 § 28


Les oraisons et les discours écrits. Le rôle du rhéteur
dans la C ité .................................................................. p. 195 §§ 29-31
Les facultés et les connaissances nécessaires au rhéteur, p. 202 §§ 32-33
La rhétorique comme partie de la logique..................... p. 206 §§ 34-35
Des enthymèmes et des exemples ................................... p. 208 § 36
La place de l’art rhétorique et de l’art poétique au sein
de la Logique .............................................................. p. 210 §§ 37-38
Table des matières de la «Rhétorique» (voir la liste
des citations d’Aristote dans les « Didascalia ») . . . . p. 214 §§ 39-56
La méthode employée par Aristote dans la « Rhéto­
rique» ................................. ......................................... p. 249 §57
Commentaire sur la «Rhétorique» 1354 a, 1 -3 .......... p. 250 § 58

EL COLEGIO DE MEXICO

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