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What Time is

This Place?
L’Épaisseur Spatiale du Temps

Kevin Lynch

Traduit de l’anglais par Jeanne Courbois


Copyright © 1972 par
The Massachusetts Institute of Technology

La mise en page présentée suit la trame de celle


imagniée par Kevin Lynch. Toutefois, les éléments
verts sont ceux issus du remaniment et des
annorations faits pendant la tradution. Tous les
éléments noirs sont ceux issus du l’oeuvre originale.

Introduction par Jeanne Courbois


Eav&t Paris-Est
Atelier de Traduction
Encadré par Sébastien Marot
2020-2021
4
J’ai vu ce qui fut jadis un terrain solide
être maintenant une mer. J’ai vu des
terres sorties du sein des ondes, et des
conques marines loin des bords d’Amphi-
trite: une vieille ancre a été trouvée sur de
hautes montagnes. Des torrents rapides
ont creusé des vallons dans les plaines.
Les inondations ont fait descendre des
collines au sein des eaux. Des marais sont
devenus des champs sablonneux; et des
terres arides sont aujourd’hui des maré-
cages. La Nature ouvre ici de nouvelles
sources; elle en tarit d’autres ailleurs.

Ovide, Les Métamorphoses, Livre XV,


Ier s.

5
6
Introduction
Le Sens Humain du Temps

Kevin Andrew Lynch (1918 – 1984)


est un urbaniste et auteur américain.
Il suivit l’enseignement de Frank Lloyd
Wright avant d’entamer ses études d’ur-
baniste. Il fut professeur au MIT (Massa-
chusetts Institute of Technology) et parti-
cipa en qualité de conseiller à plusieurs
projets d’aménagement aux États-Unis,
dont le remodèlement du centre de Bos-
ton. Par son ouvrage fondateur L’Image
de la Cité (The Image of the City, 1960), il
refonda la légitimité de l’analyse visuelle
du paysage urbain, à un moment où la
pratique urbanistique était essentielle-
ment fondée sur l’analyse fonctionnelle
de l’espace, occultant la dimension hu-
maine dans ces villes modernes. Kevin
Lynch fut un des premiers à s’intéresser à
la perception de l’espace urbain et il était
adepte de la cartographie mentale (ou-
til de la géographie comportementale se
basant sur la perception d’une personne
de son espace d’interaction). Il exploite
d’ailleurs les perceptions et les valeurs
humaines comme une nouvelle base de
conception pour un urbanisme meilleur
dans Good City Form (1984) par exemple.
Cette idée d’avoir l’humain au cœur de
l’analyse et la réflexion (urbaine) ce re-
trouve dans What Time is This Place ?
écrit en 1972.
7
Kevin Lynch, What « Ce livre traite de l’évidence du temps qui
Time is This Place ?,
Introduction : Time and
est incarné dans le monde physique, com-
Place, 1972, ed. MIT ment ces signes extérieurs s’accordent (ou
Press, p.1 ne s’accordent pas) avec notre expérience
intérieure, et comment cette relation inté-
rieur-extérieur peut devenir une relation
enrichissant notre vie. »

Kevin Lynch travaille avec ce sens hu-


main du temps, un rythme biologique qui
peut battre à un rythme différent de celui
donné par des montres extérieures, « of-
ficielles » ou « objectives ». Ce rythme bi-
Figure 31 logique est celui d’une image personnelle
du changement et du temps et comment
celle-ci est affectée par les villes, les évé-
nements et l’environnement, ces montres
extérieures. Le centre de son intérêt est
sur comment ce sens inné affecte la façon
dont nous voyons, changeons, conservons
ou détruisons notre environnement phy-
sique, spécialement dans les villes.
Le titre -What Time is This Place ?-
ne trouve pas son équivalent français par
son étrangeté. Pourtant, le glissement
vers les Timesplaces est déjà perceptible.
Ce livre transforme le lecteur en un voya-
geur du temps-espace, visitant les dimen-
sions familières du passé, présent et fu-
tur, mais aussi ce que l’auteur appelle les
«  transformations spécifiques  »  : préser-
vation, renouvellement, croissance, révo-
lution, ... C’est une excursion à travers
un maillage dimensionnel, un maillage
8
où les temps sont des lignes parallèles
superposées qui trouvent leurs perpen-
diculaires dans l’espace physique, à tra-
vers une imbrication indicible des temps
et des espaces dans lequel l’homme évo-
lue. L’espace incarne le temps et la no-
tion d’épaisseur est sensiblement lisible
déjà dans le titre qui n’a alors pas été
traduit. Une hésitation dans la transcrip-
tion persiste oscillant entre «L’Épais-
seur Spatiale du Temps», «La Spatialité
du Temps», des Temps, Les Spatialités ?
Plusieurs espaces incarnent le temps et
les temps peuvent être incarnés en un
espace.
De la même manière que l’ouvrage
qui nous intéresse est une clé de voûte
dans le développement de l’œuvre glo-
bale de l’auteur, le quatrième chapitre -
Le Futur Préservé - traduit ici en est une
dans le développement du livre. Dans les
chapitres le précédent, l’auteur expose la
manière dont nous interrogeons le pas-
sé et le présent. C’est l’homme face au
temps et le temps face à l’homme. Com-
ment nous le gérons, le percevons, le vi-
sualisons ou le comprenons. Ainsi, Kevin
Lynch propose une sorte de définition des
attitudes que nous avons face au temps
par l’image que nous nous en faisons. Le
référentiel anthropique qui était utilisé
dans ceux-ci se substitue à un référen-
tiel spatial celui des Timeplaces dans les
chapitres suivants. Ce sont le chapitre
9
traduit ici (Le Futur Préservé, l’espace
comme un emblème du futur) et le sui-
vant (Le Temps Propre, synopsis de la
biologie, psychologie et sociologie du
temps) qui servent de transition, voir qui
permettent la transposition.
Kevin Lynch possède un art pour
créer des titres intrigants, voir étranges,
et le quatrième chapitre, Le Futur Préser-
vé, n’y échappe pas. Le propos majeur de
celui-ci est de garder le futur ouvert per-
mettrait de répondre au changement de
manière positive. En définitive, à travers
ce chapitre Kevin Lynch nous donne des
clés de lecture ouvrant l’avenir. Garder le
futur ouvert c’est ne pas le contraindre à
une interprétation unique, pouvoir adop-
ter différentes attitudes face à lui pour
Figure 89 pouvoir saisir le changement en cours.
Il possède, malgré tout, ses limites et un
caractère inatteignable. Nous en avons
seulement des signes, des indices et nous
devons nous en saisir. Alors, vu qu’il est,
plus ou moins, imprévisible il est néces-
saire de savoir s’adapter. Pour pouvoir
obtenir pleinement ce caractère adap-
table (des choses et des gens), nous avons
des outils qui nous permettent d’explorer
le futur. Néanmoins, il persistera une
part d’ombre sur ce qui peut arriver et
l’auteur finit là où il a commencé : l’image
que nous nous faisons de l’avenir et par
les attitudes que nous adoptons, il es pos-
sible de garder le futur ouvert.
10
« Le sens du futur émerge par la distinc- Kevin Lynch, What
Time is This Place ?, 5
tion entre objectif, effort et résultat ; c’est Le Temps Propre, L'Idéé
la base conceptuelle pour l’action qui du Temps, 1972, ed.
cherche une gratification différée. » MIT Press, p.120

Il ne faut pas oublier que le contexte


de parution de ce livre aux États-Unis,
époque du Club de Rome, de la parution
de The Limits to Growth (1972), du dé-
but des revendications écologistes et
environnementales alarmantes et pu-
bliques, de l’arrestation de Jane Jacobs,
ou encore de la guerre du Vietnam. Sans
cesse, l’auteur dresse des constats envi-
ronnementaux et il propose quasiment
systématiquement des réflexions pour
un changement positif, que ce soit dans
un champ politique, sociétal, technique,
technologique ou personnel. Le dixième
et dernier chapitre, Quelques Politiques
pour Changer les Choses, est peut être le
plus provocateur, mais il ne fait pas que
monter, il propose : Kevin Lynch reprend
les différentes parties des chapitres qui
le précède (comme Prototypes et Conser-
vation du chapitre 4) afin d’exposer ses
hypothèses. Dans l’ensemble, ses ré-
flexions sont basées l’attitude que nous
avons face au changement. Tout est une
question d’équilibre entre ce que l’auteur
nome comme des «  attitudes positives  »
pour répondre au changement et des « at-
titudes négatives » qui sont pourtant né-
cessaire pour la préservation :
11
Kevin Lynch, What « La recherche et l’évaluation sont des
Time is This Place ?,
4 Le Futur Préservé,
moyens positifs de garder l’avenir ouvert,
Adaptabilité, 1972, ed. tout comme l’image du présent comme un
MIT Press, p.113 flot orienté est une attitude positive face à
cet avenir. Les deux complètent les outils
négatifs de la conservation et du main-
tient de l’adaptabilité environnementale,
aussi bien que le calcul ‘’objectif’’ des coûts
et bénéfices à long-terme. »

En prenant l’homme comme point de dé-


part de l’analyse du temps, sa réflexion
devient formidablement contemporaine
par la mise en relation, presque automa-
tique, du changement environnemental
et du changement social, même si ce n’est
qu’à un état de réflexion (faisant l’office
d’un chapitre entier : 9 - Changement En-
vironnemental et Changement Social).
Kevin Lynh utilise des mots qui
résonne toujours aussi fortement au-
jourd’hui, pour parler de notions à la croi-
sée des chemins de la quantique, de la
philosophie et du sensible, extrêmement
difficile à retranscrire. Pourtant son écri-
ture est méthodique et intelligible. À mes
yeux, son œuvre mérite d’être beaucoup
plus largement diffusée pour sa portée
réflexive, philosophique et précurseur et
pour son universalité et intemporalité.
N’importe quel individu pourra trouver
en ses lignes une vibration qu’il entend.
Ce discours porteur d’espoir invite les lec-
teurs à prendre du recul, sur eux-mêmes
12
et sur leur environnement, pour avancer,
même sans certitudes sur le terminus -
s’il y en a - et arpenter ce chemin en l’ac-
ceptant.
Finalement, le Temps -appelez-le
changement, croissance, développement-
est la dimension manquante de l’Espace
et Kevin Lynch, fournisseur de liens
manquants, le livre dans What Time is
This Place ?. Temps et Espace - Time-
place - est un continuum de l’esprit, aussi
fondamental que l’espace-temps pourrait
être l’ultime réalité du monde matériel.

13
Figure 31
Le temps de l’automate
dirige la course. Tout
le monde doit courir, et
courir ensemble.
Figure 89
La Giornata dell’ Ope-
raio de Giacomo Balla
(1904) est une des pre-
mières tentatives des
peintres futuristes ita-
liens pour transmettre
le rythme temporel de
la journée de travail.
4
Le Futur préservé

La ville industrielle ouvrière de Middles-


brough a été construite à toute vitesse
dans les années 1840 pour servir les nou-
velles usines qui fleurissaient le long du
canal. Maisons et moulins furent fournis
instantanément; institutions, services,
équipements et autres aménités virent
après. Parlant à l’occasion de son 50ème
anniversaire en 1881, un orateur dit que
les fondateurs de la ville avaient placé
leur foi dans l’avenir:

Référence 33 La machine à vapeur n’a aucun précé-


dent, la locomotive était sans ascendance,
le télégraphe centré sur aucun héritage...
[J’ai] une étrange sympathie pour le gé-
missement plaintif que M. Ruskin ... de
façon éloquente, élève comme un passé
disparu et irrévocable. Mais les faits sont
contre lui.

Les hommes regardent l’avenir


avec des yeux très différents: certains
considèrent le lendemain ou seulement
l’heure qui suit; d’autres sont préoccu-
pés par des événements des générations
après eux. L’avenir peut sembler comme
quelque chose qui s’étale devant nous,
quelque chose qui doit être exploré avec
espoir et effort, ou il peut sembler se pres-
ser sur nous, échappant à tout contrôle.
16
Il pourrait être une attente réaliste lié
au présent et à l’expérience passée, ou
il pourrait être un fantasme déconnecté
fait d’espoir et de peur. Il pourrait être
une chose que l’on souhaite éviter ou une
terre promise. Un avenir difficile s’ajou-
terait aux souffrances présentes ou serait
ignoré en s’occupant des récompenses im-
médiates. Une expérience intense dans le
présent ou une lassitude peut inhiber la
création d’une image mentale de l’avenir.
En retour, la préoccupation de l’avenir
peut nous empêcher de totalement expé-
rimenter le présent. Ces points de vues Référence 4
en eux-mêmes, aident à déterminer la
tournure des événements à venir.
Les concepts du futur sont affec-
tés par l’expérience passée. Enfants et
adultes ont tendance à avoir des attentes
réalistes à court terme et des attentes ir-
réalistes à long terme. La différence cru-
ciale entre les groupes d’âges se trouve
au moyen terme, l’avenir dans lequel les
actions présentes ont quelque influence
mais lequel n’est ni inévitable, ni pré-
cisément prévisible. À mesure qu’une
personne mûrit, acquérant plus d’expé-
riences passées, il étend son moyen terme
d’attentes réalistes et distingue plus pré-
cisément la prédiction du souhait. Là
où l’expérience passée a été stable et or-
donnée, donnant lieu à des changements
progressifs avec des résultats prévisibles,
une vision plus ample et plus réaliste de
17
l’avenir est encouragée. Là où le passé a
été chaotique ou gelé, l’individu crispe-
ra et se coupera de son image du temps
à venir. Mais, au contraire, là où l’ave-
nir semble impénétrable et sans intérêt,
le passé semblera aussi inexplicable ou
vain. Ces deux images agissent ensemble;
espoir et nostalgie vont de concert.
Puisque le passé et le futur sont
des concepts présents, construits de ma-
nières similaires, à partir des données
et des attitudes présentes, leur corres-
pondance n’est pas surprenante. Bien
que tous deux aient une réalité équiva-
lente dans notre esprit et une structure
parallèle, ils sont très différents dans
les données qu’ils emploient. Le passé
est construit sur une multitude d’expé-
riences, continuellement évoquées par
les institutions, par l’environnement
matériel, ou par les archives écrites. Le
concept de futur se nourrit de choses
plus clairsemées. Non seulement, il est
objectivement incertain (à l’évidence, de
même que le passé, comme tout histo-
rien l’admettra avec regret), mais aussi,
il semble subjectivement moins solide et
riche. Quand des personnes sont appelées
à utiliser leur imagination pour complé-
ter une histoire sans fin et cette histoire
est supposée se dérouler dans le passé,
le récit aura tendance à être doté d’une
conclusion riche et intéressante. Pour le
moment, quand des personnes sont appe-
18
lées à compléter la même histoire comme
si elle allait se dérouler (dans un temps à
venir), les fins apportées seront maigres
et irréalistes. Pour donner un exemple
plus parlant, laissons le lecteur comparer
les illustrations de ce chapitre avec celles
du chapitre 2. Tout effort pour augmen- Figure 9
ter la portée et le réalisme du concept
de futur doit travailler contre cette
inégalité.
Notre pouvoir de créer une image
mentale de l’avenir réside dans notre
capacité à imaginer les conséquences
lointaines d’actes présents, de créer de
nouvelles combinaisons d’actions et de
conséquences, de connecter des senti-
ments et des motivations présents à ces
dites conséquences et de supprimer ou
de minimiser les stimuli présents qui
pourraient, autrement, détourner notre
attention de ces événements à venir. Un
lavage de cerveau soulagera tension et
comportement compulsif mais enlèvera
aussi contrainte et prévision. L’avenir
peut toujours être conçu, comme exposé,
mais il est détaché de l’émotion présente.
Attention et action oscillent à l’appel du
stimuli immédiat.
Si l’image de l’avenir dépend de
notre habilité internationale à concevoir
et à connecter des conséquences à venir,
elle dépend également ne notre attitude
générale - la forte conscience de soi, avec
son propre passé, présent et futur; la
19
croyance que la vie est, dans une certaine
mesure, l’objet d’un contrôle personnel;
un opinion pragmatique est que la vali-
dité d’une action présente dépend de ses
conséquences futures, évaluées de façon
réaliste. Par conséquent, il se peut que
l’avenir change - dans sa portée, dans
son affinité et dans son émotivité - selon
notre conception des circonstances pré-
sentes, de notre image des expériences
passées et de nos habilités et attitudes
mentales générales.
Pour à la fois améliorer l’efficacité
de nos actions et consolider la conscience
de soi et sa relation avec notre monde en-
vironnant, nous voulons améliorer la por-
tée et le réalisme de notre image du fu-
tur, particulièrement pour aiguiser notre
sens de l’avenir à moyen terme. L’action
à venir de n’importe quel système com-
plexe est généralement inévitable dans
quelque moment suivant, dû à l’inertie de
l’état dynamique du présent. Au delà de
ce moment, l’action peut être influencée
par la planification, basée sur les consé-
quences prévues de l’intervention dans
l’état présent (des choses). Au delà encore
de ce moment, les conséquences de l’état
et des interventions présents et à venir
sont trop incertaines pour que l’on puisse
prévoir le cours des choses à l’avance.
L’exactitude dans la prédiction
n’est pas aussi nécessaire qu’une vigi-
lance accrue, qu’une habilité à réajus-
20
ter notre image de l’avenir avec les
changements présents, qu’une capacité
à imaginer et tester de nouveaux ave-
nirs. Nous aimons également avoir une
vision joyeuse des événements à venir,
mais celle-ci dépend de circonstances ré-
alistes. Heureusement, les circonstances
dépendent, jusqu’à un certain point, des
attitudes: un homme qui a confiance en
sa capacité à changer le cours des choses
est plus susceptible d’être capable d’exer-
cer un certain contrôle personnel. Mais,
là où les possibilités du futur sont en
réalité tristes, nous pouvons raisonna-
blement nous en détacher, seulement
si nous sommes vraiment incapable de
les changer. Si San Francisco subira
probablement bientôt un tremblement
de terre, nous devons observer la mé-
téo pour y trouver n’importe quel indice
qui pourrait le prévenir ou prévenir ses
conséquences. Mais si nous ne pouvons
faire ni l’un ni l’autre, alors, nous ne pou-
vons être critiqués pour vivre au présent.
Cette flexibilité temporelle est un cadeau
précieux.
L’évolution astronomique est un Les Limites du
sujet fascinant mais sûrement pas un Futur
guide de comportement. Il est déraison-
nable de maximiser la portée de l’image
de l’avenir: nous ne pouvons donner de
l’importance à ce qui est vraiment loin-
tain. Nous pouvons être enfermé dans
l’éternité aussi malheureusement que si
21
nous l’étions dans le présent. Par consé-
quent, nous devrions augmenter la por-
tée de l’avenir imaginé, ainsi que celle du
passé imaginé, seulement dans la mesure
où ceci est cohérent avec notre pouvoir de
se souvenir, de prévoir et de contrôler,
tout en restant capable de vivre au grand
jour dans le présent et tout en mainte-
nant la cohérence intellectuelle et émo-
Référence 36 tionnelle de notre image du temps dans
son ensemble. «On peut créer quelque
chose, il est vrai, qui durera un millier
d’années, mais on ne peut dire qui vivra
après cents ans. Qu’il suffisse de créer un
endroit de plaisir et de sérénité», dit un
vieux commentaire sur le jardin chinois.
D’autre part, les bâtisseurs des cathé-
drales médiévales en Europe, certains
de leur vision de l’avenir et de l’impor-
tance primordiale de ce qu’ils faisaient,
budgétisaient parfois leur programme de
construction 1000 ans dans à l’avance.
Même si saccadé, le travail se poursuivis
comme planifié sur des périodes plus lon-
gues que des siècles. La rationalité d’une
action dépend directement de la période
pour laquelle les plans et les prévisions
ont été faits. Une folie à court terme peut
être censée à long terme, et quelque chose
de censé à court terme peut devenir une
folie à long terme. En résumé, une folie
n’est pas préférable à une autre.
La portée optimale de l’avenir
sera, par conséquent, changée en fonc-
22
tion du changement des circonstances
extérieures, mais également en fonction
de nous, qui changeons en augmentant
notre pouvoir de faire des connections
intellectuelles et émotionnelles. Progres-
sivement, nous pourrions apprendre à Ici « humaniser »
désigne une annexion,
humaniser de longue portion de temps,
voir une appropriation,
comme nous humanisons des territoires du temps et des
de plus en plus grands. Effectivement, territoires par l'homme,
avec l'application de
depuis que nous avons le pouvoir de logiques qui lui sont
détruire la vie humaine sur Terre en propres.

quelques générations, nous devons ur-


gemment augmenter notre soin et notre
attention pour cette portion de temps
et de l’espace. Nos nouvelles habilités
à tuer, à polluer, à modifier génétique-
ment, nous forcent à revoir la portée de
notre image du futur. Mais cette portée
n’es pas indéfiniment extensible. Nous
devons viser une concordance cohérente
entre circonstances, pouvoir et capacité à
imaginer.
Travailler pour une récompense
future rationnellement conçue, même
efficiente, n’est pas aussi satisfaisant
qu’un travail qui semble plaisant en lui-
même dans le présent. Apprécier faire
des chaises est plus plaisant qu’anticiper
de s’asseoir dessus. Et sous l’impulsion
de ce plaisir présent, nous ferons de meil-
leures chaises et nous travaillerons plus
assidûment à les faire. Apprendre pour
le plaisir d’apprendre est une meilleure
motivation que d’apprendre pour avoir
23
Époque de sortie de un diplôme ou un travail. Pour être ef-
Les Limites de la
croissance par le Club
ficace, le processus de conservation de
de Rome, début de l’ère la terre pour les générations à venir, de-
des préoccupations vra devenir une activité qui semble gra-
écologistes et ici, on
trouve une attitude tifiante en elle-même, tout comme nous
positive à tenir, où la avons une joie présente dans nos enfants
préservation de la terre
et de nos ressources est et petits-enfants.
une activité gratifiante Partout où les conséquences
pour chacun.
à venir sont stables, il est désirable de les
Il s'agit de considérer faire passer de conséquences symbolisées
ces conséquences comme
au processus présent. Du temps et des ef-
une donnée du présent
et non comme un aspect forts sont requis pour assimiler ce plaisir
du futur pouvant être présent et un effort équivalent est néces-
changeant.
saire pour le décomposer, au cas où les
conséquences devenaient indésirables.
Là où les conséquences sont incertaines,
intérioriser est peu judicieux. Les ur-
banistes professionnels sont tristement
célèbres pour le plaisir qu’ils prennent
à faire des plans complexes pour des fi-
nalités lointaines. S’ils ne prenaient pas
ce plaisir, il serait difficile pour eux de
travailler pour des causes aussi problé-
matiques. Pour le moment, ce proces-
sus d’auto-motivation pourrait s’avérer
n’avoir aucun résultat réaliste ou pour-
rait mettre la pagaille dans des décisions
réalistes à court terme. Si travailler dans
le présent implique à la fois, immédiates
satisfactions et satisfactions symboliques
lointaines, donc ces satisfactions doivent
logiquement être compatibles et émo-
tionnellement liées. Quand la continuité
entre processus et résultat est intacte,
24
nous accordons joie dans le présent et at-
tention pour l’avenir.
Fréquemment, nous avons cher-
ché à accroître la portée et la stabilité de
notre image du temps en limitant l’ave-
nir - en construisant des pyramides éter-
nelles ou en exposant certains dogmes
sur le messie à venir. Un dogme, même
irréaliste, peut facilement être construit
de sorte à ce que sa véracité ne puisse
être mise à l’épreuve. Aussi chaotique
que puisse être l’existence, une théorie du
Salut semblera l’amener vers une conclu-
sion satisfaisante. Mais les théories du
salut mènent à des actions irrationnelles,
et quand la théorie décline, le croyant est
laissé haletant.
Une vision apocalyptique de l’ave-
nir est un autre moyen de soulager la
pression psychologique. La fin du monde
était attendue pour l’an 100, et les gens
firent beaucoup de choses étranges pour
la préparer. Bien après, la secte reli-
gieuse qui construisit le théâtre The Old
Howard à Boston s’assit avec assurance
entre ses murs pendant des jours, atten-
dant des anges qui ne sont jamais venus.
Seul le propriétaire du site vint, et il pris
le nouveau théâtre de leurs mains. Le
même état d’esprit apocalyptique est par-
tout aujourd’hui, et il pourrait avoir un
dénouement similaire.
La construction d’une image forte
du moyen terme contrôlable à venir, de
25
Les récits de science- façon réaliste, connecté aux actions pré-
fiction peuvent être
considérées une recherche
sentes, ne devraient pas être la résul-
intéressante sur des tante de la suppression d’une fiction. Les
futurs possibles. Or, la fictions sur l’avenir, tant qu’elles sont
nature prospective de
ces récits s’épuise de reconnues, sont une source de plaisir en
nos jours. La réalité elles-mêmes. De plus, la création de fic-
rattrappe la fiction.
Nous avons besoin de tions est une façon d’explorer des avenir
nouvelles explorations et alternatifs et de suggérer de nouveaux
de nouveaux images de la
ville à venir. modes d’actions. N’importe quelle société
ouverte aura quelques moyens de géné-
rer et de communiquer ces rêves.
L’Environnement Ainsi, l’environnement spatial n’a
Spatial comme pas à être soumis à des projets d’une
Signe du Futur ampleur impressionnante. Il est plus ra-
tionnel de contrôler le présent, agir pour
des finalités d’un futur proche et garder
l’avenir plus long ouvert, pour explorer
de nouvelles possibilités, pour maintenir
la capacité à répondre au changement.
L’environnement peut être un outil d’ap-
prentissage pour soutenir cet état d’es-
prit, un ensemble de pistes pour élargir
l’image de l’avenir. Il peut aider à réduire
les inégalités d’informations disponibles
sur le concept de passé et futur.
Par exemple, nous pouvons com-
muniquer, de manière claire et publique,
sur les événements à venir, en réalité,
déjà prévisibles ou contrôlés. De nom-
breux changements environnementaux
sont en cours mais invisibles, bien qu’ils
aient été déterminés et ne sont pas sim-
plement réversibles. Une nouvelle route
a été implantée, et des plans détaillés se-
26
raient en préparation; un édifice est sur
le point d’être érigé; le site d’un parc a été
choisis. Si ces projets avaient été annon-
cés dans l’environnement dans lequel ils Actuellement, les
projets sont annoncés,
devaient se produire, les gens auraient
par exemple, l'affichage
un meilleur sens de l’avenir immédiat, des images de concours
qui sinon apparaîtrait comme impré- sur les palissade d'un
chantier même si ces
visible et effrayant pour eux. Même si images peuvent parfois
nous choisissons d’éviter ou de modifier rester effrayante pour
celles et ceux qui les
ces événements à venir, les avoir identi- regardent.
fiés pour nous, nous donne la chance de
préparer notre opposition. Symboliser
un changement in situ est la manière la
plus efficace de le communiquer. J’ai déjà
suggérer qu’il est aussi possible de créer
un modèle symbolique et temporel de la
ville.
Des signes visibles et relative- L'environnement et
la nature sont vus
ment peu onéreux peuvent être utilisés,
comme des catalyseurs
comme la plantation d’arbres en amont du changement. Point
dans un espace libre, plus tard destiné à de vue intéressant
car ils deviennent des
un développement résidentiel. Ce genre symboles visibles et
de «  moments  » ou «  témoignages  » du incarnés du changement
et de l'avenir.
changement sont utiles pour exprimer ou
simuler des changements imminents ou
désirés d’une nature plus fondamentales.
Nettoyer ou replanter un parc peuvent
être les premier pas concrets d’une large
action communautaire. Des indices de
l’avenir qui sont des objets réels ou tangi-
blement connecté à des objets réels sont
plus efficaces que des signes verbaux.
Montrer du doigts les rues recouvertes
des cendres de Londres était la clé du dé-
27
Figure 27
La structure visible de cette mai-
son contruite par ses habitants
à la périphérie d’Athène est un
signal evident de ses intentions
pour le futur. Figure 28
Les premiers états d’une installa-
tion au Perou. Les refuges tempo-
raires prédisent la forme et la na-
ture de la communauté arrivante.

28
Figure 29
Un nouvelle immeuble de bureaux au Government Center, Boston, indi-
quant la diretion de sa croissance dans un futur immédiat et ainsi l’aug-
mentation de la prédictabilité ded l’environnement. Mais des prédictions
à long terme peuvent nous induire en erreur.

29
but de sa restauration.
Nous voulons aussi éviter l’erreur
opposée: la proclamation de quelque
chose comme une certitude qui est, en
réalité, seulement une intention pieuse:
« Sur se site sera construit ... » est écrit
sur le panneau d’une parcelle enherbée.
« Il existe un avenir sûr dans les mines
aujourd’hui », selon l’affiche s’écaillant à
l’extérieur d’une houillère dans le Lan-
cashire sud. Suspicion et pessimisme
sont nourris de promesses non tenues,
de désirs proclamés comme des faits. Les
annonces doivent se contenter des résul-
tats dans un futur proche soutenus par la
décision et la capacité de les réaliser. Si
ce n’est pas le cas, elles doivent au moins
distinguer l’espoir de la décision.
Pour l’instant, l’espoir est le mo-
teur de l’action publique. Si les espé-
rances sont toujours modestes et sûres,
il n’y aura pas de moteur pour faire des
choses plus grandes; si aucunes pro-
messes ne sont faites, il ne peut y avoir
d’action commune dans l’anticipation
d’un résultat. Ne rien promettre est seu-
lement prudent. Planificateurs et agents
de la révolution pourraient délibérément
faire naître des espoirs difficilement ré-
alisables, calculant les menaces d’échecs
ultérieures, arrivant à un moment où
les gens portent un intérêt vital dans
leurs succès, ils galvaniseront des ef-
forts exceptionnels pour accomplir leur
30
promesse. C’est une affaire risquée et le
juste équilibre implique la communica-
tion de quelques espoirs qui sont au delà
de l’étendue de leur pouvoir mais expri-
ment une évaluation véritable des pro-
babilités et ceci sera suivis par un aveu
ouvert, si les calculs échouent.
Des processus plus généraux du
changement peuvent aussi être mar-
qués sur l’environnement. Nous pouvons
situer, dans un futur proche, la limite
possible de la banlieue, par exemple, ou
illustrer le degré de pollution possible à
venir ou la charge du trafic. Tandis que,
ce genre de prédiction sont difficiles au
long-terme, elles sont assez aisées au
court-terme. Les estimations de la crois-
sance urbaine imminente devraient être
une propriété commune. Comme chaque
régions doit paraître dans la continui-
té de son passé récent, elle devrait donc
paraître dans la continuité de son futur
proche. Chaque espace devrait être fait
pour être vu comme en évolution, chargé
de prédictions et d’intentions.
Complexes, les actions au le long
terme peuvent être pensées de sorte à ce
que chaque pas successif mène lisible-
ment au suivant: comme une extension
le long d’une direction constante, par
exemple, ou une addition modulaire ré-
gulière et facile à se représenter. Dans
une étude des réactions des rénovations
urbaines à Boston, Erik Svenson mon-
31
tra que les changements faciles à visua-
liser et de formes compréhensibles dans
le processus d’exécution étaient acceptés
avec moins de problèmes que les change-
ments plus difficiles à comprendre, même
lorsque les premiers étaient, en réalité,
Référence 101 plus radicaux et plus nuisibles que les se-
conds.
L’annonce précise d’intention par
les puissants est une politique convenue,
au moins pour la citation, par des conseil-
lers en relations publiques consciencieux.
Son utilité et son exécution sont relative-
ment simples, même si elle est ignorée.
Elle correspond à une image commune de
la division naturelle de la société entre
dirigeants et dirigés. Évidemment, beau-
coup d’acteurs du changement préfèrent
agir cachés. Le secret leur confère un
avantage à court terme: vitesse, terres
bon marché, une opposition désorganisée.
Tandis que, équité et démocratie sont des
arguments directs contre ces avantages,
il a été prouvé que le secret a souvent
été accompagné de désavantages sur le
moyen terme pour l’acteur du change-
ment lui-même. Confusion, suspicion et
apathie pourraient se retourner contre
ses propres plans, qui, normalement,
demandent une coopération à grande
échelle, ou au moins du consentement.
Quelques agences agissent mystérieuse-
ment délibérément; beaucoup d’autres
ne réalisent simplement pas leur propre
32
succès par l’annonce visible de leurs in-
tentions.
Le postulat le plus délicat est que
la communication de l’avenir doit être
un dialogue entre tous ceux qui sont
touchés. Les utilisateurs d’une place
devraient avoir un moyen de dessiner
leurs intentions et attentes. Certains se-
ront des contre-projets; d’autres seront Nous possédons et
maîtrisons la plupart
conçus très attentivement. Les résidents
de ces outils et
devraient exprimer ce qu’ils espèrent techniques, passant
pour leur propre maisons ou ce qu’ils majoritairement par
l’informatique et
pensent pour l’implantation d‘une nou- internet, comme la
velle route. Les usagers des transports phase de « concertation
avec les habitants »
en communs pourraient vouloir indiquer d'un projet. Or, une
où ils pensent que les arrêts devraient question qui persiste
est : est-ce que ces
être. Des techniques pour gérer ce genre avis sont totalement
de dialogue ont, pour le moment, à peine pris en compte dans
la réalisation des
été développées. Ceci pourrait facilement projets ? Cette pratique
tomber dans la confusion, l’apathie, ou ne reste-t-elle pas une
bataille polarisée entre
une bataille polarisée. Le conflit sera vi-
habitant, promoteurs,
sible, et un conflit visible nous met mal à architectes et
l’aise. Pour l’instant ceci est préférable à urbanistes ?

une colère dissimulée.


Tout ce qui se trouve au delà du
futur immédiat est plein d’incertitude. Il
pourrait y avoir de l’incertitude dans nos
prédictions, des doutes sur nos choix, ou
des conflits ouverts. Ici aussi, l’observa-
teur peut être informé par ce qu’il voit.
Grandira-t-il dans cette direction ou dans
l’autre? Devrions-nous construire cette
école ou celle-ci? Les riverains veulent
que la route aille ici, mais l’État la veut
33
là-bas. Chaque possibilité environne-
mentale ne peut être illustrée, sinon ce
Nous assistons à sera vite un chaos illisible. La pluralité
l’engagement fort de
de choix et l’incertitude sont des choses
l'auteur pour aller vers
des prises de décisions difficiles et déconcertantes à exprimer.
communautaires et Mais, en plus des changements certains à
participatives, que
cette dernière et la court terme, nous devrions communiquer
conception ne soient sur le paysage en lui-même, sur certaines
pas uniquement réservé
à des professionnels alternatives majeures à moyen-terme et
qui parfois appliquent sur les problématiques latentes de nos in-
simplement leurs lubies
sur le territoire sans se tentions à l’égard de l’environnement. Si-
préoccuper des toutes non, comment le citoyen peut-il prendre
les problématiques
résultantes de celui-ci.
part aux décisions qui le concerne, et ap-
prendre à construire une image réaliste
de l’avenir?
La communication sur l’avenir
commun de l’environnement requière
plus que de donner à tous un crayon ou
de persuader les acteurs du changement
d’être francs. L’information doit être acti-
vement recherchée, organisée et présen-
tée. Nous devons créer des agences qui,
comme les journaux, ont un intérêt pour
la communication et une clientèle qui se
fait entendre qui supportera et revendi-
quera les informations fournies. Puisque
seules quelques alternatives basiques de
l’avenir à grande échelle peuvent être
clairement affichées sur son propre cadre,
des décisions doivent être prises en sélec-
tionnant quels problèmes sont cruciaux
et quelles alternatives majeures sont les
plus probables. La communication sélec-
tive est un acte politique, et ainsi, chaque
34
large affichage d’alternatives compréhen-
sibles devra nécessairement être contrôlé
par les groupes d’intérêt majeur. En re-
vanche, ce contrôle ne doit pas empêcher
les habitants d’exprimer leur espoirs et
intentions à plus petite échelle - là où
ils espèrent que leur enfants vivront,
à quelles écoles ils aspirent, comment
l’église sera élargie. Comme les marques
d’une histoire personnelles, c’est une ma-
nière d’humaniser le paysage.

[...]
Cette partie du chapitre n’a pas été Prévoir
traduit car ses aspects précurseur et
prospectif ne le sont plus de nos jours.
C’est-à-dire que l’auteur nous présente
majoritairement des outils de prévisions
ou comment certains outils pourraient
être utilisés aujourd’hui. (L’auteur cite
le pouvoir des ordinateurs et d’internet
qui est l’invention humaine qui a proba-
blement évolué de façon exponentiel au-
tant dans sa portée que dans le temps.)
Tous les outils cités sont déjà entre nos
mains et les chapitres suivants, qui nous
intéresse plus dans notre contexte actuel,
présentent bien les attitudes à tenir et
comment utiliser ces outils.
Ensuite l’auteur expose des pré- Conservation
occupations et attitudes écologistes à
tenir autant sur la conservation des res-
sources, jugées essentielles, que celle de
la terre. Il a été choisis de ne pas traduire
35
Figure 9
La métamorphose d’une
maison: la maison
d’Henry Hotch-kiss,
construite sur Chapel
Street, New Haven,
Connecticut, en 1841-
1824; telle qu’elle était
en 1865, avec une
nouvelle hisoire, de la
cerrurerie et peinte; et
dans sa formela plus
récente, supposée en
1960.
Figure 99
Tas de déchets coniques dans la fosse
d’une briqueterie en Grande-Bretagne.
Lorsqu’elles sont fraîches, leurs formes
ont leur propre fascination lunaire.

En s’érodant, en recueillant de l’eau et


en se couvrant de broussailles, ils en
viennent à paraître anciens et gigan-
tesques.
cette partie non plus car, contrairement
au chapitre précédent, il est totalement
en accord avec un état d’esprit contempo-
rain. De plus, pour clarifier les propos qui
suivront, la conservation est définie par
l’auteur comme le maintient dans le pré-
sent de ressources comme jugées impor-
tante même dans le long terme d’un ave-
nir largement imprévisible. Il s’agit d’un
effort à faire dans le présent mais qui
permet de garder le futur ouvert. L’atti-
tude de conservation peut être une acti-
vité satisfaisante selon l’auteur comme il
sera expliqué ci-dessous pour l’adaptabi-
lité.

Adaptabilité L’adaptabilité de l’environnement


est une autre manière de garder l’avenir
ouvert. Nous trouvons souvent qu’un dé-
veloppement passé devient un obstacle à
la concrétisation d’un état voulu après.
Tandis qu’il est vrai que l’organisation
antérieure d’une action a rarement tota-
lement empêché un changement profond,
néanmoins, il impose parfois un coût éle-
vé sur ce changement ou il dévie de fa-
çon indésirable. Construite pour une so-
ciété capitaliste, La Havane est difficile
à adapter pour des fins socialistes. La
Londres brûlée élargit ses rues depuis
les bords de la Tamise seulement pour
trouver que les provisions viennent par
wagon et non par péniche et le trafic ré-
sultant s’étrangle dans les rues étroites
38
arrivant depuis l’arrière pays. Même s’il
se rétracte par la suite, un protagoniste
de La Maison aux Sept Pignons attaque The House of Seven
Gables
l’idéal de la permanence:

Nous voulons vivre pour voir le jour, Référence 59


je pense, quand aucun homme veut
construire sa maison pour la prospérité.
[...] Il devrait, aussi raisonnablement,
commander un costume résistant... comme
ceci, ses arrière petits-enfants pourront
couper précisément la même figure dans
le monde. [...] Je doute que même un seul
édifice publique [...] devrait être construit
avec de tel matériaux permanents. [...] Il
vaudrait mieux qu’ils tombent en ruine,
une fois en vingt ans à peu près, laissant
entendre aux gens la réforme des institu-
tions qu’il symbolise.

Si nous pouvons anticiper précisé-


ment un changement prochain, se prépa-
rer pour ce changement dans le présent
est simplement un problème technique,
pas plus difficile que la planification sys-
tématique de l’opération de développe-
ment en elle-même. Supposons, toutefois,
que nous voulons réduire les obstacles à
venir, même si nous ne pouvons spéci-
fier à quoi sont-ils les obstacles. Ce genre
d’adaptabilité généralisée est, au sens
strict du terme, impossible à réaliser tant
qu’ils ne peuvent être quantifiés ou tes-
tés. Mais, de façon vague, assumer que
39
les changements à venir sont probable-
ment presque similaires à ceux passés,
nous pouvons regarder quelles conditions
Référence 75 historiques ont permis un changement
ultérieur de se produire plus facilement.
Souvent, ces situations ont été celles où
il y a, dès le début, une surcapacité: de
l’espace supplémentaire, des tuyaux sur-
dimensionnés, des structures ou fonda-
tions massives. Le réservoir de Quabbin
au centre du Massachusetts a été pensé
pour être « idiotement » surdimensionné.
Conséquemment, Boston était pendant
des décennies une des quelques région
métropolitaine américaine sans pro-
blème d’eau. New Haven grandit en rem-
plissant ses îlots ouverts à faible densité.
Même si l’excès de capacité signifie des
coût additionnels présents, il a souvent
été prouvé que ces coûts additionnels
sont faibles par rapport à l’adaptabilité
gagnée, particulièrement dans les cas où
une faible densité et un excès d’espaces
sont offerts.
De généreux équipements de com-
munication, qui permettent aux gens,
aux biens, aux déchets et aux idées un
déplacement rapide, sont le deuxième
moyen de réaliser l’adaptabilité. Contrai-
rement à la surcapacité évoquée plus tôt,
d’amples équipements de communication
n’ont pas tendance à être usées par le
temps et pourraient aussi avoir des avan-
tages présents clairs. Les grandes villes,
40
avec leurs réseaux de communication
enrichis, sont notoirement résistantes.
Ce sont les connections maritimes et ter-
restres de Londres qui l’aidèrent à se re-
mettre rapidement du Grand Incendie.
Troisièmement, nous pourrions
séparer spatialement les éléments sus-
ceptibles de changer des ceux qui ne le
seraient pas, comme quand des colonnes
sont largement séparées dans un édifice
de grande portée et sont séparées des
murs non porteurs ou quand des rési-
dences relativement stables sont sépa-
rées des locaux commerciaux changeant
dans les villes. L’efficacité de ce système
dépend de notre capacité à distinguer
les élément changeants de ceux qui sont
stables. Les plans idéals de la ville qui,
au nom de l’adaptabilité, proposent une
megastructure de chaînes de transports
au sein duquel chaque élément d’un bâ-
timent pourraient aller et venir oubliant
que le transport est le changement le plus
rapide dans les technologies urbaines. Il
est fort probable que les droits de passage
ont une utilité à long-terme, alors que
ces types de routes spécifiques non. Les
concepteurs ont peut-être séparé et fixé
le mauvais élément. C’est l’unité résiden-
tielle qui est susceptible d’avoir une du-
rée de vie plus longue. Une autre manière
de distinguer les éléments relativement
changeants de ceux relativement persis-
tants est de les concevoir, aussi bien que
41
étaient le plus facilement adaptables.
Étudiant l’histoire des hôpitaux britan-
niques, par exemple, Peter Cowan trouva
que les pièces variant d’une taille de 11
à 16 mètres carrés sont celles les plus fa-
Référence 43 cilement converties dans un grand éven-
tail de nouveaux usages. Des pièces plus
petites tendent à résister à la conversion,
excepté pour quelques nouveaux usages,
et le nombre de nouvelles activités pour
lesquelles les plus grandes étaient réuti-
lisables, n’a pas beaucoup augmenté mal-
gré l’augmentation de la taille.
Un environnement hautement
adaptable pourrait entraîner des coûts
psychologiques aussi bien qu’écono-
miques: l’incertitude et la neutralité de
forme peut déranger le comportement et
l’image de l’environnement. Des mesures
spéciales sont nécessaires pour préve-
nir ceci ou pour apprendre aux gens à
Il s'agit d'avoir un comment se sentir confortable dans un
indice fixe qui nous
cadre adaptable. Des repères symbo-
permet de comprendre
le reste change. liques stables - une église, un rocher, un
Comme un point arbre ancien - peut aider à « garder » une
de comparaison.
Lorsqu'une personne scène changeante. La continuité visuelle
regarde une ancienne avec le gros plan, et par conséquent re-
carte postale d'une
rue où il habite, il lativement certaine, l’avenir peut aussi
sera surpris, souvent transmettre un sentiment de sécurité.
agréablement, de
retrouver la porte de Et, dans une certaine mesure, les gens
la maison qu'il connaît peuvent apprendre à prendre du plaisir
aujourd'hui.
dans la possibilité et la surprise.
La mise à disposition d’une adap-
tabilité physique, même si désirable, est
42
Figure 30
Un arbre ancien confère
un sentiment de conti-
nuité à l’installation
changeante qui l’en-
toure.

43
nous le pouvons, de façon indépendante.
C’est-à-dire, les unités, utilisées dans le
développement normal des décisions, de-
vraient, autant que possible, être faites
indépendamment l’une de l’autre. Pour
cette raisons, des maisons individuelles
sont plus facilement réhabilitées que des
appartements en copropriété.
En biologie, la différence Les « formes de croissances » sont
principale en croissance
une quatrième approche: de l’espace pour
et développement
est que la croissance croître est laissé aux extrémités, sur le
désigne l'augmentation périmètre ou à l’intérieur des espaces.
de la taille et de la
masse d'un organisme Des éléments temporaires ou mobiles,
particulier sur une des structures additives ou modulaires,
période donnée, tandis
que le développement ou des formes non spécialisées peuvent
correspond aux aussi être utilisées. Elles sont appro-
changements globaux
de tout l'organisme en priées seulement quand la vie courte d’un
terme d'organisation complexe est clairement prévisible et il
et de fonction. Ici,
considérer les espaces
est nettement moins cher de construire
urbains comme des une forme éphémère - là où une tente est
organismes permettent
installée au lieu d’une maison. Plus sou-
de comprendre la notion
d'adaptabilité. vent, un environnement temporaire ac-
ceptable n’est pas plus coûteux que son
équivalent permanent. Des structures
modulaires et mobiles sont utiles quand
nous sommes certain que le module ou
l’unité mobile eux-mêmes restent défini-
tivement utiles. Une forme non-spéciali-
sée est difficile à définir, même s’il reste
possible de calculer la difficulté à couvrir
des formes variées (taille des pièces, tra-
vée, aménagements du site) d’une col-
lection de nouveaux usages possibles ou
de trouver dans l’histoire quelles formes
44
un sujet quelque peu déconcertant. Il
pourrait être aussi efficace d’augmenter
le rendement de nos techniques de démo-
lition et de réhabilitation physiques. Il
est certainement aussi important, peut
être plus important, d’améliorer le pro-
cessus de contrôle et de décision par le-
quel l’environnement est constamment
planifié. Réduire le délais entre défi et ré-
ponse, mettre en place une surveillance
et un contrôle rapide et efficace, une
planification contingente, des décisions
décentralisées jusqu’à la meilleure infor-
mation, expérimenter et développer des
alternatives testables, pourrait faire plus
pour l’adaptabilité que la caractéristique
originale de la chose qui doit être adap-
tée, bien que cette dernière ne soit pas
une qualité négligeable. Et quand nous
discutons d’une stratégie de re-planifi-
cation, nous revenons encore une fois à
l’habitude mentale de concevoir le chan-
gement.
Nous pourrions, par exemple, faire
des provisions explicites sur la revitalisa-
tion dans la construction et dans le fonc-
tionnement de nos structures: dessiner
de sorte à ce que ce soit facile à démolir
ou à réhabiliter, ou demander à ce qu’un
fond soit établi pour la réhabilitation d’un
site à un état ouvert et écologiquement
stable, comme une partie habituelle du
processus d’amortissement. Nous arri-
vons à cette technique comme une ma-
45
nière de gérer les exemples dramatiques
de dégradation, comme les exploitations
minières. En Grande Bretagne, une taxe
est prélevée pour chaque tonne de fer ex-
traite et versée dans un fond utilisé pour
remettre en état la surface après que tout
le minerai fut extrait. Ce dispositif pour-
rait être appliqué beaucoup plus généra-
lement. Cependant, un tel fond demande
qu’il soit possible de faire une estimation
raisonnable des coûts de restauration.
Les amas de déchets industriels
et les bâtiments abandonnés en ville
sautent naturellement à l’esprit quand
on considère les échecs du dispositif, mais
les fermes épuisées et les anciens sites
militaires sont plus communs. Un des
grands gâchis de la guerre a été sa pollu-
tion des terres. La guerre déboise, arrose
de son poison ou de ses explosifs, stérilise
de larges étendues en champs de tirs et
bombardements, en terrains citernes, et
en anciennes fortification. L’énorme sur-
Référence 97 face de réserve militaire aux États-Unis
(20 millions d’hectares, 1% de la nation
et presque 10% de l’espace dans les zones
métropolitaines) est égale à une petite
nation, un Portugal, d’espaces délaissés.
En Grande Bretagne, le Ministère de la
Défense tient plus de cinq fois autant
de terres qu’officiellement comptabilisé
Référence 29 abandonnée par l’industrie ou l’exploita-
tion minière.
L’environnement obsolète, comme
46
des rejets ou les voitures abandonnées,
est un type de pollution. Un coût qui de- L'espace est considéré
par K.Lynch comme un
vrait être porté par le flot d’utilisateurs déchet qui a le potentiel
plutôt que par le dernier héritier. Il doit du réemploi s'il a été
y avoir une manière de nettoyer et de bien entretenu au
préalable.
rassembler des sites après qu’ils aient
été utilisés, depuis que l’usage intensif
décentralise, le plus typiquement, vers
de petites échelles de contrôle. Une voie
serait la nationalisation périodique de
zones mûres pour un nouveau dévelop-
pement, comme la croissance des zones
suburbaines des villes nord-américaine.
Ou bien, des locations à long terme pour-
raient être utilisées comme des moyens
de ramener, de temps en temps, les pro-
priétés entre les mains de la communau-
té, ou entre les mains de grandes agences
ou propriétaires avec le motif et le capital
pour un renouvellement global. Peut-être,
au moins dans certaines zones, les terres
ne devraient pas appartenir à perpétuité
mais plutôt être cédée à un individu par
la communauté comme une propriété à
vie, avec le paiement d’un loyer ou taxe
annuelle, les terres et structures retour-
nant à la communauté au décès du pro-
priétaire. Des provisions devraient êtes
faites pour les personnes dépendantes et
pour amortir un minimum les structures.
Nous avons besoin d’un environnement
auto-résilient, comme nous avons besoin
d’institutions auto-résilientes.
Une adaptabilité utile n’est pas
47
une plasticité neutre éternelle, mais
plus un maintient courant d’une aptitu-
de continue à répondre au changement
comme à accomplir des objectifs chan-
geants. Elle devrait mieux être mesurée
comme le coût de transformation des élé-
ments présents de l’environnement pour
des usages futurs possibles en relation
avec le coût de prévision pour ces der-
niers si l’on commence avec un site non
développé. L’indice, tant qu’il reste com-
parable à n’importe quel moment, chan-
gera constamment avec le changement
des coûts et des usages futurs possibles.
Le coût typique pour augmenter l’indice
dans une zone ou pour atteindre un in-
dice désirable dans une nouvelle zone,
peut aussi être calculé et ainsi, un critère
mesurable peut être introduit dans l’ana-
lyse des coûts et bénéfices.
Adaptation et conservation de-
mandent un support psychologique aus-
si bien qu’une base éthique. Un chan-
gement libre continuera à nous effrayer
jusqu’à ce que nous ayons l’attitude qui le
fera sembler naturel et confortable. Aspi-
ration et un sens de la continuité sont des
nécessités. Si nous ne trouvons pas ces
espoirs et connections dans un passé ré-
volu, nous ne les trouverons pas non plus
dans un avenir lointain – un but éternel
vers lequel nous nous dirigeons mais que
nous n’atteignons jamais. Continuité et
espoir peuvent être trouvés dans le pré-
48
sent en devenir et dans la direction dans
laquelle il va - un flot orienté, perpétuel-
lement renouvelé. « La route fait partie de
la destination » est un dicton des gitans
Lowara. La mort, le gâchis et le déclin
sont une part intégrante de ce devenir.
Alors, mourir ne doit pas être dissimu-
lé, tout comme les décharges des rivages
cachés. Nous avons besoin de nouveaux
rituels mortuaires ou d’élimination des
déchets pour compléter le cadeau donné
et un emballage lumineux associé à de
nouvelles choses. Le nouveau et le vieux
sont des épisodes dans le flot de la vie.
En suivant ce flot, nous regardons au loin
avec anticipation et joie.
Nous pouvons répondre à l’ave- Prototypes
nir non seulement en sauvegardant les
choses pour lui et en étant adaptables
à celui-ci, mais également en le créant.
Pendant que nous sommes accoutumés à
faire des plans futurs , ils ne sont généra-
lement qu’un mélange de prédictions exo-
gènes et d’ajustements de ces prédictions,
ou une organisation de nouveaux espaces
pour des fins ordinaires. Nous explorons
rarement des possibilités réellement nou-
velles, mis à part par accident, sous une
pression spéciale ou avec la conception de
petits produits à vendre.
Les visions utopiques de l’avenir
ont souffert de beaucoup de faiblesses,
notamment leur maigreur, de leur sta-
tique et de leur uniformité. Très vite, il
49
Figure 100
Le fronton du théâtre
annonce son dernier
acte.
Figure 22
D’anciennes chaise
pacées pour une ren-
contre Shaker (genre de
speed dating) entre des
hommes et es femmes.
Des fantômes les oc-
cupent. Nous avons une
intuition de cette société
utopique.

Figure 97
Claes Oldenburg a modifié une carte postale touristique pour montrer comment
deux flotteurs de toilettes monumentaux pourraient illustrer la montée et la
baisse de la marée de la Tamise et faire référence à sa pollution.
est évident qu’il ne serait pas plaisant
de vivre là. Les enfers imaginaires sont
plus riches et plus fertiles. (Regardez
les visions de Dante, par exemple. L’En-
fer et le passé ont des avantages natu-
rels.) Les utopies typiques ne font pas
des connexions explicables avec le pré-
sent. Les valeurs qu’elles représentent
sont circonscrites, les espoirs d’un petit
groupes sont projetés sur le monde. Elles
ont eu un petit effet sur l’histoire, pour
le moment, nous continuons à être atti-
rés par la fonction de guide potentielle de
ces rêves du futur. Les idées et les expé-
riences utopiques sont encore vivante au-
jourd’hui. Quelque soit leur construction,
si elles sont faites pour happer notre ima-
gination, elles doivent être plus fertiles,
plus complexe et plus remplies de la subs-
tance de la vie que les gens connaissent.
Elles doivent s’élever d’aujourd’hui et
pour se mettre en mouvement d’elles-
même.
Serait-il possible d’entreprendre
une exploration plus réaliste de l’ave-
nir à moyen-terme? Pourrait-il y avoir
des institutions spécialisées dans la
création, le test et la communication de
nouvelles manières de vivre? Des géné-
rateurs de prototypes de cette sorte ré-
vèlent des problèmes spécifiques. Si ces
derniers peuvent en réalité être conçus,
nous avons besoin d’une forme de design
anticipatif ou d’invention du futur - un
52
laboratoire ouvert de nouvelles manières
de vivre ensemble. La recherche et l’éva-
luation sont des moyens positifs de gar-
der l’avenir ouvert, tout comme l’image
du présent comme un flot orienté est une
attitude positive face à cet avenir. Les
deux complètent les outils négatifs de la
conservation et du maintient de l’adapta-
bilité environnementale, aussi bien que
le calcul «objectif» des coûts et bénéfices à
long-terme. Tant que les possibilités dé-
sirables à venir sont découvertes et leurs
connections avec le présent sont tracées,
nous apprenons ce qui pourrait être fait
maintenant ou, tout au moins, ce qui doit
être fait pour prévenir les opportunités
désirables d’être exclues dans le futur.
Techniquement, ceci est plus une analyse
simple que l’entretient d’une adaptabilité
généralisée.
Même si nous essayons de garder Le Futur
le futur ouvert, il n’est pas nécessaire Impertinent
de le garder grand ouvert, il est capable
de se changer en tout autre chose imagi-
nable. Non seulement cet objectif serait
expansif de façon prohibitive et analy-
tiquement impossible, mais la pression
psychologique d’un tel avenir incertain
serait plus que ce que la plupart des gens
pourrait supporter. Notre objectif devra
être plus modeste: premièrement, s’as-
surer de la survie (de la vie, de la com-
munauté) sous des conditions tolérables
et, deuxièmement, garder quelques al-
53
ternatives claires et désirables comme
des choix à faire. Personne ne peut choi-
sir entre des possibilités infinies. Cer-
tains peuvent gérer un large nombre de
choix, mais ils n’y arrivent qu’avec de
grandes difficultés. Les gens choisissent
ou s’accroche à une manière de vivre et
à toute ses corrélations de façons d’agir
avec une conviction passionné. En pre-
nant une décision majeure, ils peuvent
s’échapper d’une multitude de choix me-
naçants. Nous préférons limiter les choix
à quelques alternatives signifiantes,
toutes avec des traits désirables. Ceci
nous demandera de penser quelque peu
sur ce qui nous est désirable. Dans quelle
direction souhaitons-nous que le future
avance, même si nous ne pouvons prédire
ou contrôler sa vitesse ou ses particulari-
tés détaillées, et ne pouvons nous étendre
sur une fin ultime? Dans des termes géné-
raux, par désirable, nous entendons favo-
rable à la croissance et au développement
anthropique, ouvert, juste, engageant et
ainsi de suite. Mais ces termes généraux
appellent une considération étendue,
rationnelle et éthique, s’ils doivent être
connectés à l’environnement de quelque
manière opérationnelle.
Depuis que l’incertitude et la né-
cessité de choix multiples sont des choses
douloureuses, la certitude de l’avenir
peut parfois être imposée arbitraire-
ment. Les contrats et les lois font ceci
54
et l’environnement peut aussi être un
stabilisateur. La nouvelle voie de tran-
sit ancre le centre de la communauté; le
nouveau parc est «pur toujours sauvage».
De telles décisions environnementales
ferment délibérément l’avenir au lieu de
l’ouvrir. Des fermetures sont désirables
quand elles conservent des ressources
essentielles, quand elles éliminent des
possibilités dommageables ou encore,
quand elles réduisent l’incertitude et la
multiplicité des dimensions compréhen-
sibles ou (paradoxalement) préservent
des choix (comme en sauvegardant une
certaine gamme d’environnements diffé-
renciés). En effet, si et pendant que nous
achevons la stabilisation de la population
et l’ère de la distribution qui va avec, nous
pourrions expérimenter un changement
correspondant dans le contexte psycholo-
gique. L’accent pourrait être moins mis
sur l’innovation et plus sur la continuité
et la stabilités des attentes.
Or, l’avenir possède de nom-
breuses surprises, et tenter de le faire
rentrer dans un moule pourrait produire
des déformations étonnantes: la voie de
transit pourrait être abandonnée, l’ex-
ploitation illégale du parc pourrait lan-
cer un nouveau syndicat du crime. Notre
responsabilité la plus importante sur le
futur est de ne pas le contraindre mais
d’y participer: conserver nos ressources
essentielles, créer et garder ouverte les
possibilités à venir, et maintenir notre 55
habilité à répondre au changement pré-
sent.
Ceci sont les actions à assimiler
éthiquement ou esthétiquement, pour
qu’elles soient des choses satisfaisantes
à faire aujourd’hui. Collectivement, elles
peuvent être appelées « préservation de
l’avenir  », comme une activité analogue
effectuée dans le présent est appelée
préservation historique. Comme la pré-
servation historique nécessite l’élimi-
nation du passé sans importance, la
préservation de l’avenir nécessite l’éli-
mination de l’avenir sans importance:
les choix confus, les événements au delà
du contrôle que peuvent avoir les actions
présentes, les possibilités insignifiantes
ou insensée, les certitudes arbitraires,
les états inhumains qui sont indésirables
sous tous les angles. Prendre du plaisir
au changement et pas simplement vivre
avec, est la chose à apprendre - la créa-
tion et la sélection des ramifications de
l’avenir. Les jeunes personnes peuvent
être entraînées à penser l’avenir comme
une possibilité. Ils peuvent analyser les
prédictions, créer des romans et des films
Référence 21 sur la vie à venir, ou même écrire leur
propre autobiographie future. Ceci est
un enrichissement du présent. Le monde
n’a pas soudainement commencé à chan-
ger: il a toujours changé, et, peut-être,
pas plus vite aujourd’hui qu’hier. Mais
notre attitude face au changement est en
56
train d’évoluer; nous apprenons à voir et,
possiblement, à accepter un univers en
cours. Nous voyons aussi les possibilités
de quelques changements inquiétants à
venir: changements dans la société, dans
les familles, de l’esprit et du corps hu-
main, dans le monde inanimé et animé
autour de nous. Tout le monde a un fu-
tur, dans le sens d’événements à venir; ce
qui peut être perdu est une vue mentale
cohérente qui embrasse ces événements
possibles et les connecte avec le présent.
Cette perte est une angoisse, effective-
ment, car elle est une perte du soi.
Beaucoup de changements po-
litiques et sociaux doivent se produire
avant que l’image de l’avenir puisse être
construite. L’exhortation ne la construira
pas, mais l’environnement peut rendre
quelques services ici: le changement pré-
sent peut être rendu lisible, le change-
ment passé peut être expliqué (à la place
de l’idyllique « il était une fois »), la conti-
nuité avec le futur proche peut être dé-
montrée, la conservation et l’adaptabilité
peuvent être assimilées comme des satis-
faction présentes, les expériences propres
et les « musées du futur » peuvent déve-
lopper la portée de choix à venir. L’envi-
ronnement spatial et temporel peut être
utilisé pour former les attitudes envers
l’avenir qui sont elles-mêmes les clés
pour changer le monde.

57
Bibliographie
Lectures 4.
sélectionnées Fraisse, Paul. The Psychology of Time,
trans. J. Leith. New York: Harper &
Row, 1963.

21.
Toffler, Alvin. Future Shock. New York:
Random House, 1970.

Autres 29.
références Barr, John. Derelict Britain. Baltimore:
Penguin, 1969.

33.
Briggs, Asa. Victorian Cities. Baltimore:
Penguin, 1968 (orig. 1963).

36.
Chi Wu-Fou. «Yuan Yeh,» 1634. Quoted
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Cambridge University Press, 1970.

43.
Cowan, Peter. «Studies in Growth and
Change and the Aging of Buildings,»
Transactions of the Bartlett Society 1
(1963).97.

58
59.
Hawthorne, Nathaniel. The House of the
Seven Gables. New York: Pocket Books,
1971 (orig. ed. 1851).

75.
Lynch, Kevin. «Environmental Adaptabi-
lity.» Journal of the American Institute of
Planners 24, no. 1 (1958).

101.
Svenson, Erik. «Differential Perceptual
and Behavioral Response to Change in
Spatial Form.» Ph.D. thesis, Department
of Urban Studies and Planning, M.I.T.,
1967.

59
Iconographie

2 La Présence 9. La métamorphose de la maison Hotch-


du Passé kiss, New Haven, Connecticut
New Haven Redevelopment Agency

22. Les chaise Shaker


E. D. and F. Andrews, Shaker Furniture,
Dover

4 Le Futur 27. Un deuxième étage non terminé à


Préservé Athènes
Yanni Pyriotis

28. Les premières pierres d’une installa-


tion temporaire au Pérou
Hans Harms

29. Un immeuble de bureaux «à conti-


nuer» et la brèche dans la pierre
angulaire
George M. Cushing; and for cartoon, Alan
Dunn, Saturday Review

30. Un vieil arbre ancre l’installation


Kevin Lynch

5 Le Temps 31. La Course du Temps


Propre The Drawings of Heinrich Kley, Borden

60
89. La Giornata dell’ Operaio de Balla
Collection de Signorine Luce et Elica
Balia

97. Oldenburg conçoit des monuments 7 Le Changement


amarée sur la Tamise Rendu Visible
Collection Carroll Janis, New York, E.U.

99. Tas de déchets dans une fausse à 8 Gérer la


briques Transition
Bedfordshire County Council, R.U.

100. Une marquise annonce son dernier


acte
Roy Berkeley

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