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Watchman Nee

Watchman Nee

Le vrai serviteur de Dieu


Préface
Il y a dix ans, la renommée de Watchman Nee
n'avait guère franchi les frontières de la Chine. Au­
jourd' hui, ce serviteur de Dieu est connu dans le
monde entier comme un homme d'une valeur spiri­
tuelle exceptionnelle. Au cours de la dernière décennie,
des centaines de milliers de livres émanant de son
ministère ont été répandus un peu partout.
Pour autant que nous pouvons le savoir, durant ces
quelque dix années, Watchman Nee a été retenu en
prison, sans aucune relation avec l'extérieur. Mais, par
les ouvrages compilés par des tiers pour transmettre
des messages sortis précédemment de la bouche de ce
chrétien exemplaire, le Seigneur a fait couler des
fleuves de bénédiction sur son peuple.
En langue française, nous pensons que cet ouvrage
répond à un grand besoin. Nous ne doutons pas que,
comme pour nous, il suscitera chez de nombreux lec­
teurs le désir de se laisser *' remettre sur le tour ,. par
le divin Maître, afin de Lui ressembler davantage et
de Le servir plus efficacement.

Le vœu exprimé dans ces lignes, écrites


en 1967, a été exaucé puisque nous avons la
joie d'offrir aux lecteurs de langue française la
nouvelle édition de cet ouvrage, en précisant
qu'après vingt années d'emprisonnement, le l cr
Juin 1972, Dieu a repris à Lui son fidèle servi­
teur, Watchman Nee.
CHAPITRE PREMIER

Travailleur

Lectures : Matth. 25. 14-30 ; 2 Tim. 4. 2 ; 2 Pierre


1 . 5-15 ; Jean 5. 1 7 ; 4. 35.

La vie quotidienne d'un serviteur de Dieu doit être


intimement liée à son œuvre. C'est pourquoi nous som­
mes contraints d'examiner tout d'abord les questiOQS
de disposition et de conduite pour pouvoir étudier en­
suite les qualifications nécessaires au service chrétien.
Un service spirituel exige non seulement une certaine
somme d'expériences, mais encore un certain caractère.
Le serviteur de Dieu doit s'ajuster à l'œuvre qui lui
est confiée, et ce processus ne s'effectue pas en un jour.
Il doit reviser sa façon de vivre dans de nombreux do­
maines pour acquérir les qualités qui le rendront utile
au Seigneur. Il doit abandonner de vieilles habitudes,
en se soumettant à une discipline constante pour en ac­
quérir de nouvelles. Des modifications essentielles doi­
vent être faites. C'est ainsi que sa vie s'harmonisera
avec l'œuvre.
Dès le début de leur vie chrétienne, certains jeunes
montrent des qualités prometteuses qui, développées
peu à peu, pourront leur permettre de devenir des ser­
viteurs utiles à Jésus-Christ. D'autres, par contre, bien
que nantis de dons, ne tardent pas à rétrograder et à

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couvrir de déshonneur le nom du Seigneur. « Pourquoi
cela ? ,. demanderez-vous. Permettez-moi de vous ré­
pondre franchement : « Certains traits fondamentaux
dans la constitution de chaque serviteur détermineront
si celui-ci pourra être utilisé par le Seigneur ou non ».
Un jeune homme peut présenter certains traits de ca­
ractère prometteurs pour l'avenir, mais si d'autres, es­
sentiels, lui manquent, il ne sera qu'un sujet de désap­
pointement. Même s'il désire ardemment servir le
Seigneur, il peut ne pas manifester les dispositions du
véritable serviteur. Par exem,ele nous n'av_ons j_fil!lais
vu un serviteur de Dieu qui man ue de maÎtnse de soi
evemrüil on ouvrier, ni une personne ëie5oo ---issante
è"" tre equelque utilité our le Seigneur.
our u'un serviteur de Dieu puisse donner pleine
.
satis action, il faut one qu i remplisse certaines con­
di ti ons. Aussi un travail de brisement et d'éd ification
aoit-il s'o érer en lui. Le Seigneur UFor me amsi les ou­
vriers m ourront aire ace aux esoms e on œu­
vre. Beaucoup de can i ats son r v s non par eur
ignorance ou leur incapacité, mais par une lacune fon­
damentale dans leur personnalité : l'homme est mau­
vais ! Aussi, devons-nous nous humilier devant Dieu et
nous soumettre à une discipline indispensable si nous
voulons remédier aux imperfections de notre caractère.
Consacrons donc quelques instants en Sa Er:ésence. à
� us efforcer d e déc ouvrir quelques-unes des quali��
exigées de ceux qui Le servi ront d'une maniè re satis­
faisante.
L'une d'elles est le zèle Il peut parahre superflu d
le ire, et pourtant il faut l'a 1rmer et a irmer ay,;ec
force : un serviteur de Dieu doit être une personne qui
veut travaill er. Nous avons lu dans l'évangile de Mat­
thieu le recit des serviteurs auxquels furent respective-
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ment confiés cinq talents, deux talents et un talent.
Lorsque le Mahre revint après une longue absence et
leur demanda de rendre compte de ce qu'il leur avait
confié, le serviteur qui avait reçu un talent dit : « Sei­
gneur, je savais que tu es un homme dll;r, qui moisson­
nes où tu n'as pas semé, et qui amasses où tu n'as pas
vanné ; j'ai eu peur et je suis allé cacher ton talent
dans la terre ; voici, prends ce qui est à toi ! Son maî­
tre lui répondit : Serviteur méchant et paresseux, tu
savais que je moissonne où je n'ai pas semé et que
j'amasse où je n'ai pas vanné. Il te fallait donc remet­
tre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j'au­
rais retiré ce qui est à moi avec intérêt. Otez-lui donc
le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. Car
on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance,
mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a. Et le
serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors,
où il y aura des pleurs et des grincements de dents ,.
(25. 24-30).
Ce assa e des Ecritures nous montre
g�;�r demande à chacun de Ses serviteurs 'etre z s
ason service. Il souligne clairement le défaut fonda­
mental dans la vie du serviteur qui est décrite ici l
notre intention. �e défaut avait deux aspects : il @
à l a fois « médïant » � aresseux ,., méchant puis­
qu'il qualifia son ma ître d' « homme dii'"r ,.:· Toutefois,
nous ne voulons as insister sur ce trait, mais plutôt
sur l'autre, savoir sa paresse, un travers ien courant.
Les personnes paresseuses ne recherchent jamais le
travail, et si celui-ci vient à les rencontrer, elles s'ar­
rangent pour l'éviter. Hélas ! Beaucoup de chrétiens et
de non-chrétiens sont victimes de ce vice et ils devien­
nent de la sorte une entrave pour leurs collègues. Avez-.
vous jamais connu un serviteur de Dieu utile qui était

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paresseux ? Certes non, car ils sont zélés et toujours sur
le qui-vive par crainte de gaspiller et leur temps et leur
énergie. Ils ne recherchent pas constamment les occa­
sions de se reposer, mais plut8t celles qui leur permet­
tront de servir le Seigneur.
Considérez les ap8tres. Combien ils étaient zélés !
Pensez à la somme inouïe de travail que l'ap8tre Paul
a accompli dans sa vie. Suivez-le dans ses voyages de
lieu en lieu, tandis qu'il prêche partout l'évangile, et
discute ardemment avec ses interlocuteurs. Et lorsqu'il
est jeté en prison, il n'en continue pas moins à prêcher
inlassablement à tous ceux qui entrent en contact avec
lui et à écrire à ceux dont il est séparé. Relisez ce qu'il
écrit en prison à Timothée : « Prêche la Parole, insiste
en toute occasion, favorable ou non ,. (2 Tim. 4. 2).
L'emprisonnement a peut-être privé Paul de ses possi­
bilités de déplacement, mais il n'a pas réduit l'effica­
cité de son ministère. Quelle richesse spirituelle n'a-t-il
pas dépensée par ses éphres écrites dans les chaînes !
Il n'y avait pas la moindre paresse chez Paul. I l saisis­
sait toujours l'occasion au vol.
Hélas ! Beaucoup de soi-disant serviteurs de Dieu ne
se soucient aucunement de chercher des occasions de
service. Et si, d'aventure, quelqu'un se présente à eux,
au lieu d'une p�ssibilité de service, ils n'y voient qu'un
dérangement et souhaitent le départ le plus rapide pos­
sible de celui qui est venu les importuner ! Comment
qualifiez-vous une telle attitude ? C'est de la paresse.
N'avez-vous jamais observé certains artisans lents
au travail ? Ils prennent une pièce en main pour la tra­
vailler, mais à vrai dire, ils lambinent. Ils tournent et
retournent cette pièce entre leurs doigts aussi long­
temps qu'ils peuvent faire montre d'un semblant de
zèle au travail, mais ne sont pas réellement décidés à
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travailler ; ils cherchent simplement à tuer le temps.
Qu'est-ce qui ne va pas chez eux ? Ils sont foncière­
ment paresseux.
Paul dit dans son épître aux Philippiens : « Je ne
me lasse point de vous écrire les mêmes choses, et pour
vous, cela est salutaire ,. (3. 1). Quoique nsonmer,
au ne pensait pas qu i t inopportun e eur r ter
ti 1ours a nouveau es memes e ortations, car cela
était pour leur bien. Oh ! combien les réactions de
oeaucoup de chrétiens font contraste avec celles de
Paul ! Quand on leur demande un service, ils réagis­
sent comme si on leur demandait quelque chose d'im­
possible. Une personne qui considère tout comme un
fardeau ne peut pas être un serviteur fidèle du Sei­
gneur ; elle ne peut même pas être un serviteur fidèle
des hommes. Certains prétendus « serviteurs de Dieu
à plein temps,. s'estiment super-spirituels à un tel
point qu'ils n'éprouvent aucun besoin de travailler du­
rement ou de rendre compte à quiconque de leur la­
beur. S'ils étaient employés dans une entpeprise sécu­
lière, aucun patron ne tolérerait leur négligence ; en
réalité, ils se trompent eux-mêmes en pensant pouvoir
servir Dieu sans zèle. Combien il est nécessaire que nos
caractères soient disciplinés pour que nous cessions de
trouver notre travail ennuyeux et qu'au contraire nous
nous estimions privilégiés de pouvoir consacrer en per­
manence temps, force et ressources matérielles au ser­
vice des autres. Paul ne se dépensait pas seulement
dans le ministère spirituel, mais il connaissait aussi le
dur labeur manuel : « Vous savez vous-mêmes que ces
mains ont pourvu à mes besoins et à ceux des personnes
qui étaient avec moi ,. (Actes 20. 34). Tel est le vérita­
ble serviteur du Seigneur.
Cenains serviteurs de Dieu ont, en réalité, le travail

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en aversion et savent toujours présenter une excuse
pour l'éviter. D'autres ne se sentent pas poussés à le
rechercher et se contentent de demeurer oisifs, atten­
dant simplement que quelque chose se produise. Tout
fidèle serviteur de Jésus-Christ rachète le temps et, s'il
n'est pas pratiquement engagé dans quelque besogne,
il est intérieurement actif et s'attend au Seigneur en un
véritable exercice de cœur. Notre Seigneur dit en une
certaine occasion : « Mon Père agit jusqu'à présent ;
moi aussi, j'agis ,. (Jean 5. 1 7). Il pose à Ses disciples
cette question bien à propos : « Ne dites-vous pas q� 'il
y a encore quatre mois jusqu'à la moisson ? » Et, ré­
pondant Lui-même à Sa question, il ajoute : « Voici, je
vous le dis, levez les yeux, et regardez les champs qui
déjà blanchissent pour la moisson » (Jean 4. 35). Les
disciples étaient prêts à attendre quatre mois pour s'at­
taquer à la besogne, mais notre Seigneur affirme qu'il
est temps de s'y mettre tout de suite, et non pas dans
un avenir plus ou moins lointain. « Levez les yeux et
regardez. » Ces paroles dépeignent la sorte d'ouvriers
dont Il a besoin, ceux qui n'attendent pas que le tra­
vail vienne à eux, mais qui ont des yeux pour voir ce
qui est à faire. Notre _Seigneur était toujours prêt à
travailler en coopération avec le Père dans toute Son
œuvre. Et, comme le Père était continuellement actif,
le Fils l'était aussi. Ce n'est pas l'activité fébrile de
personnes aux dispositions agitées qui pourvoiront aux
besoins de l'œuvre de Dieu, mais la promptitude d'un
serviteur zélé, habitué à lever les yeux et à voir tou­
jours l'ouvrage du Père qui attend sa coopération.
Qu'il est pénible de voir combien peu de gens savent
discerner ce que Dieu accomplit aujourd'hui 1 Il est
tragique, mais possible, de passer à c&té de champs
prêts pour la moisson sans apercevoir le grain mlir. Il

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est possible que la tkhe se trouve à la portée de la
main sans que nous la remarquions. Les chrétiens qui
n'ont pas conscience de l'urgence de la tkhe et qui
peuvent attendre tranquillement « quatre mois ,. avant
de se mettre franchement à l'œuvre sont des « servi­
teurs inutiles ,. , Jésus-Christ a besoin d'ouvriers qui
utilisent jalousement les moments qui passent et qui ne
remettent jamais au lendemain ce qu'ils peuvent faire
le jour-même. En certains endroits, la moisson ne peut
pas être mise en grange à cause de chrétiens trop nom­
breux qui n'aiment pas le travail.
LL_zèle est essentiel dans notre service pour le Sei­
gneur, mais il consiste avant tout en une attitude inté­
rieure sans aucun rap ort avec les activités extérieures.
Nous ne evons pas céder à notre indolence · érente,
mais ayojr a cœur le développement de nos disposi­
tions à être zélés. Cependant, si nous sommes paresseux
de nature, un simple effort de notre part pour travail­
ler un peu plus ne sert à rien, car, après chaque coup
de collier, nous glisserons à nouveau dans notre paresse
naturelle. Nous avons besoin d'une transformation de
notre nature même. La parole du Seigneur : « Chercher
et sauver ce qui est perdu ,. nous est familière. Il ne
vint pas simplement pour entrer en contact avec les
hommes. Il vint pour les chercher et pour les sauver.
Et avec quel zèle ne les a-t-il pas cherchés et sauvés!
Voilà la disposition d'esprit qu'il nous faut.
Au premier chapitre de sa seconde épître, l'apatre
Pierre écrit : « Faites tous vos efforts pour joindre à
votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la
tempérance, à la tempérance la patience, à la patience
la piété, à la piété l'amour fraternel, à l'amour frater­
nel la charité,. (v. 5-7). Ces adjonctions successives ca­
ractérisent toute personne zélée. Il faut que nous cul-

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t1v10ns une attitude intérieure qui cherche sans cesse
à faire de nouvelles conquêtes dans le domaine spiri­
tuel. C'est ainsi que nous deviendrons des serviteurs
utiles au Seigneur. Certains serviteurs de Dieu sem­
blent être presque dépourvus de tout sens de responsa­
bilité ; ils ne se rendent pas compte de toute l'étendue
du champ ; ils ne discernent pas la nécessité d'atteindre
les extrémités de la terre avec l'Evangile. I ls accom­
plissent leur petite besogne, espérant que tout ira pour
le mieux. S'ils n'ont pas vu une seule ame être sauvée,
ils trouvent cela tout à fait naturel et espèrent vague­
ment que les résultats seront meilleurs demain ; mais
si aucune ame n'est encore sauvée demain, ils s'accom­
modent de l'inévitable. Comment le but du Seigneur
peut-il être atteint par des serviteurs de cette sorte ?
Pierre, lui, était d'une autre trempe. Dans le passage
que nous venons de citer, il s'efforce d'arracher ses
lecteurs à tout ce qui pourrait avoir allure de passivité.
Relisez ce passage et notez l'énergie divine qui fait vi­
brer son être tout entier et qu'il s'efforce de communi­
quer à d'autres au moyen de son épître. Il affirme, en
effet, que dès que vous avez acquis une vertu chrétien­
ne, vous devez la compléter par une autre, et, après
avoir acquis cette autre vertu, rechercher sa qualité
complémentaire. Ainsi, il faut courir et ne jamais vous
reposer, satisfaits de ce que vous avez déjà atteint,
ajouter toujours et ne jamais cesser d'ajouter jusqu'à ce
que vous ayez atteint le but. Mais pourquoi donc cet
inlassable effort ? « Si ces choses sont en vous et y
abondent, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles
pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ ,.
(v. 8).
Notez que le zèle chasse l'oisiveté. L'oisiveté trouve
ses racines dans la paresse et le zèle en est le remède.
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Si nous sommes toujours désc:cuvrés, nous devons nous
p rendre énergiquement en main pour acquérir ce qui
manque à notre nature. Après avoir remédié à la pre­
mière déficience, nous devrons remédier à la seconde,
puis à la troisième, et ensuite à chacune des suivantes,
jusqu'à ce que nous ne soyons plus « oisifs ni stériles
pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ •.
Si nous agissons ainsi par la force divine qui nous en
rend capables, une transformation se manifestera dans
nos caractères. Nous cesserons d'être des amateurs et
nous deviendrons de ceux qui aiment travailler dur,
serviteurs joyeux du Seigneur.
Pierre est inlassablement zélé afin de susciter ce zèle
chez ses lecteurs. Notez ce qu'il dit au verset 15 :
« J'aurai soin qu'après mon départ vous puissiez tou­

jours vous souvenir de ces choses •. Ce qui nous frappe


ici, c'est qu'il ne s'agit pas simplement d'une activité
extérieure, mais d'un impératif intérieur, un impératif
de l'esprit qui a engendré cet effort infatigable de sa
part.
Oh! que nous puissions prendre conscience du poids
de notre responsabilité, de l'urgence des besoins de nos
proches et de la fuite du temps ! Si le sérieux de la
situation nous oppresse, il ne nous reste pas d'autre
possibilité que de travailler, même si, pour accomplir
notre tache, nous devons nous priver de nourriture et
de sommeil. Notre temps de labeur est presque écoulé ;
les besoins sont encore immenses et nous ne nous som­
mes pas acquittés de notre solennelle obligation. En
qualité de moribonds, dépensons toutes nos forces en
faveur de ceux qui meurei:it autour de nous. Nous
n'avons pas le droit de permettre à notre paresse natu­
relle de nous laisser aller à temporiser, mais nous de­
vons nous lever aujourd'hui-même et ordonner à notre
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corps de nous servir. Que nous sert-il de dire que nous
sommes ardents à servir le Seigneur si nous ne nous
arrachons pas à notre léthargie ? Et à quoi nous servira
toute notre connaissance de la vérité, si nous ne
sommes pas libérés de notre indolence innée ?
Revenons au passage de Matthieu 25 que nous avons
examiné au début de notre entretien. Nous voyons
dans cette parabole un serviteur du Seigneur placé en
face de deux accusations devant le tribunal de Dieu :
méchanceté et paresse. Le Seigneur prononce Lui­
même la sentence : « Et le serviteur inutile, jetez-le
dans les ténèbres du dehors» (v. 30). Le verdict du
Seigneur à l'égard du serviteur paresseux se résume
dans cet adjectif «inutile». Seul un serviteur zélé peut
Lui être utile. Ne traitons pas ce sujet à la légère ;
mais, à partir d'aujourd'hui, prenons-le comme un
avertissement solennel, regardant au Seigneur afin
qu'il nous rende capables de rejeter nos habitudes de
paresse. Comme cette habitude s'est enracinée en nous
au cours de nombreuses années, nous ne pouvons pas
espérer en être délivrés en un jour ou deux, ni nous
attendre à l'éliminer par quelque doux traitement.
Pour ne pas nous attirer, du Seigneur même, la redou­
table sentence de « serviteur inutile •, nous devons
nous traiter sans aucun ménagement, à Sa lumière.

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CHAPITRE II

Stable

Lectures : Matth. 16. 13-23 ; 1 Pierre 2. 5 ; Matth.


18 ; 26. 31-41 et 69-75 ; Marc 14. 54 et 66-72.

Une autre qualité indispensable à tout serviteur


® de Dieu est la stabilité. Beaucoup de ch rétiens sont
très versatiles. Hélas l leur humeur change avec le
�emps, et ils deviennent, par moments, le jouet @
circonstances, de sorte qu'on ne peut as se fier à eux.
s on m entions, mais, en se aissant a er

à leurs émotions, ils erdent souvent 1'é uihbre.


La Bible nous peint un homme de tempérament
inconstant, que nous connaissons sous le nom de Simon
Pierre. Un jour, le Seigneur demanda à Ses disciples
l'avis des gens à Son sujet, et eux de répondre que cer­
tains Le prenaient pour Jean-Baptiste,_ d'autres pour
Elie, d'autres encore pour Jérémie, ou pour l'un des
prophètes. Alors, Il leur posa la m�me question : « Et
vous, qui dites-vous que je suis ? » . La réplique de Si­
mon Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant »
entraîna aussitôt cette déclaration : « Tu es heureux,
Simon, fils de Jonas, car ce ne sont pas la chair et le
sang qui t'ont révélé cela, mais c'est mon Père qui est
dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que

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sur cette pierre, je Mtirai mon Eglise,. (Matth 16.
13-18).
Notez bien : « Sur cette pierre, je bâtirai mon Egli­
se >. Le Seigneur semble rappeler ici le contraste qu'il
établit, dans le Sermon sur la Montagne, entre le sage
qui avait construit sa maison sur le roc, de sorte qu'elle
résista aux eaux et à la tempête, et l'insensé qui l'avait
construite sur le sable tant et si bien qu'elle s'effondra.
Peu importe l'épreuve que l'Eglise est appelée à affron­
ter : elle ne peut pas s'écrouler, car elle est fermement
établie sur le Roc, Jésus-Christ.
Plus tard, Pierre écrivit : « Vous-mêmes, comme des
pierres vivantes, édifiez-vous pour former une maison
spirituelle ,. (1 Pierre 2. 5 ). La superstructure de l'Egli­
se est composée de la même substance que les fonda­
tions ; et comme les fondations sont stables, la super­
structure l'est aussi. La stabilité est un trait nécessaire
dans le caractère de tout serviteur de Dieu, car chacun
d'entre eux est une « pierre vivante». Jésus-Christ dit
à Pierre : « Tu es Pierre (en grec petros : une pierre) et
sur cette pierre (en grec : petra), je bâtirai mon Eglise ;
et les portes du séjour des morts ne prévaudront point
contre elle ... Dans un édifice, une pierre n'est pas une
masse énorme de rocher comme le sont les fondations ;
mais, quoique différentes par leurs dimensions, fonda­
tion et superstructure, elles sont néanmoins semblables
par leur substance. Tout membre ui constitue une
artie de l'édifice de l' g ise est eut-être infi�Lq!!ant
à s dimension mais quant s nature il ne diffère en
nen e a ête e ' ise.
Remarquez la suite du passage que nous avons cité :
« Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : ce que
tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux ». Cette pro­
messe faite à Pierre fut adressée ensuite à l'Eglise

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(voyez Matth. 18. 18). Il est évident que Pierre est pris
ici comme individu, mais c'est en tant que ministre de
Christ que les clefs du Royaume lui sont remises. Elles
lui sont confiées afin qu'il puisse remplir la fonction de
celui qui ouvre les portes. C'est ce qu'il a fait à la Pen­
tecôte et plus tard dans la maison de Corneille. Dans
le premier cas, il a ouvert la porte du Royaume aux
Juifs, et, dans le deuxième, aux Gentils. Pourtant, lors­
qu'à Césarée de Philippes, le Seigneur Jésus s'adressa
à Pierre, son caractère ne correspondait pas à son nom,
de sorte qu'il fut incapable d'employer, cette fois-là,
les clefs du Royaume. Cependant, après avoir été, par
la grâce du Seigneur, délivré de son instabilité natu­
relle, il devint un ministre de Christ, ferme comme le
roc, capable d'utiliser les clefs qui lui avaient été con­
fiées, de lier et délier avec l'autorité promise par son
divin Maître.
Aucune personne de tempérament inconstant ne peut
exercer un ministère de cette nature. Le caractère du
serviteur doit aller de pair avec celui du ministère. Il
faut que tous deux soient semblables à l'Eglise contre
laquelle les portes de !'Enfer ne prévaudront pas. Hé­
las ! elles prévalent sur le serviteur de Dieu qui reste
vacillant. C'est pourquoi on ne peut compter sur lui
dans l'œuvre. Si nos natures instables ne sont pas
transformées, nous demeurons incapables d'assumer les
fonctions du ministère spécifique qui nous est confié ;
mais, gloire soit rendue au Seigneur, car Il dispose de
grandes ressources pour transformer nos caractères ! Il
l'a fa it pour Pierre. Il peut venir à bout de toutes les
fo.n:oes de faiblesse gui altèrent nos vies et, ainsi, nous
façonner à nouveau pour nous rendre propres à l'ac­
�omplissement de Son dessein.
La Bible nous dit que ce fut par révélation que Pier-

21
re reconnut Jésus comme le Christ, le Fils du Dieu
vivant. Il n'aurait jamais pu faire de lui-même cette
merveilleuse découverte et aucun homme n'aurait pu
transmettre une telle connaissance ; mais c'est Dieu qui
la lui. révéla. Après cette confession de Pierre, Jésus
se mit à révéler aux disciples quelque chose des souf­
frances par lesquelles Il allait bientôt passer ; et Il leur
parla en détail de son imminente crucifixion et de sa
résurrection. Pierre, l'ayant pris à part, se mit à Le
reprendre en disant : «A Dieu ne plaise, Seigneur !
Cela ne t'arrivera pas ! •· Mais Jésus, se retournant,
dit à Pierre : « Arrière de moi, Satan .,. (Matth. 16.
22-23).
Remarquez l'oscillation soudaine du pendule. Pierre,
qui vient d'atteindre des sommets sublimes, tombe déjà
dans un aMme redoutable. A peine après avoir con­
firmé que l'apôtre a eu une révélation divine et mer­
veilleuse, le Seigneur le traite d'instrument entre les
mains de Satan. A un certain moment, Pierre déclare
au Seigneur : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vi­
vant ,. ; peu après, il s'oppose brutalement à Lui. Ces
deux moments, tellement rapprochés, sont deux pôles
différents dans l'expérience spirituelle ; et, ce même
homme, après avoir été un vase de la révélation divine,
en un clin d'œil, devient un instrument entre les mains
de Satan pour essayer d'empêcher le Seigneur d'aller .\
la Croix.
Le Seigneur réagit sur-le-champ, et, interpellant di­
rectement Pierre qu'il vient de déclarer bienheureux,
Il lui dit : "'Arrière de moi, Satan •. Un laps de temps
bien court s'est écoulé depuis que Pierre a entendu les
paroles : « Tu es Pierre, et, sur ce roc, je bâtirai mon
Eglise •· Comment un homme, vaincu lui-même par
Satan pouvait-il servir à l'édification de l'Eglise con-

22
tre laquelle, selon le Seigneur, les portes de l'enfer ne
devaient pas prévaloir ? Si jamais Pierre devait être
appelé à quelque service, il lui fallait subir un chan­
gement radical. Et c'est justement ce qui s'est produit.
Etudions le récit relaté au chapitre 26 de l'évangile de
Matthieu.
Lorsqu'après la célébration de la Pâque, les disciples
furent réunis autour du Seigneur, Il leur dit : « Cette
nuit, je serai pour vous tous, une occasion de chute ;
car, il est écrit : « Je frapperai le berger, et les brebis
du troupeau seront dispersées •. Pierre, mfi par son
caractère impulsif, protesta aussitôt : « Quand tu serais
pour tous une occasion de chute, tu ne le seras jamais
pour moi ». Il contredisait clairement le Seigneur, mais,
ce faisant, il n'agissait pas par bravade. Il était ferme­
ment convaincu qu'il disait la vérité. Ce fut à cause de
cette confiance de Pierre en lui-même que le Seigneur
insista sur ce fait qui, par ailleurs, concernait tous les
disciples. Il s'adressa donc directement à lui afin de
lui enlever le moindre doute de ne pas être inclus dans
le nombre de ceux qui L'abandonneraient. Il prit mê­
me le soin de lui donner des détails décrivant les pro­
fondeurs dans lesquelles il allait tomber. Mais la con­
fiance de Pierre en lui-même avait de si profondes ra­
cines que toutes les affirmations du Seigneur ne purent
le convaincre et il se mit à protester avec plus de véhé­
mence que jamais : " Même s'il me faut mourir avec
toi, je ne te renierai pas ». Pierre ne voulait décevoir
personne et il était sincère dans ce qu'il disait. Il
aimait le Seigneur et il voulait Le suivre sans réserve.
En tenant de tels propos, il exprimait sans doute le
désir profond de son cœur, mais se faisait des illusions
sur l'homme qu'il aurait voulu être. Pierre désirait ar­
demment payer le prix le plus élevé en suivant le Sei-

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gneur, mais il n'était pas le genre d'homme qu'il pen­
sait être. Il ne possédait pas les ressources nécessaires
pour payer un tel prix.
Peu de temps après que Pierre eut, à plusieurs repri­
ses, déclaré au Seigneur qu'il le suivrait à tout prix,
Jésus lui dit, ainsi qu'aux deux autres disciples qu'il
avait emmenés avec Lui en un lieu retiré du jardin de
Gethsémané : « Mon ame est triste jusqu'à la mort ;
restez ici et veillez avec moi ». Mais ils s'assoupirent
tous les trois. Il s'adressa de nouveau à Pierre, de façon
plus personnelle, en disant : « Vous n'avez donc pu
veiller une heure avec moi ? "· Sans attendre sa répon­
se, Il ajouta : « L'Esprit est bien disposé, mais la chair
est faible ». Tel était Pierre : plein de bonne volonté,
mais versatile !
Nouveau tableau. Une fois encore, Pierre change
d'attitude en face de l'évolution des circonstances. A la
vue de cette foule, venue pour se saisir de Jésus, tout
son être se révolte ; il étend la main, tire son épée du
fourreau et coupe l'oreille du serviteur du souverain
sacrificateur. Cela ne prouve-t-il pas qu'il est prêt à
mourir avec son Seigneur ? Mais attendez. Jésus est
fait prisonnier et on l'emmène seul. Où est Pierre.?
« Alors tous les disciples L'abandonnèrent et prirent

la fuite ». Pierre a déserté.


Marc rapporte : « Pierre Le suivit de loin jusque
dans la cour du souverain sacrificateur ; il s'assit avec
les serviteurs et il se chauffa près du feu ,. (14. 54).
Soudain, l'une des servantes du souverain sacrificateur
le reconnut et s'exclama : «Toi aussi, tu étais avec Jé­
sus de Nazareth "· Il le nia, disant : « Je ne sais pas,
je ne comprends pas ce que tu veux dire ,. (v. 67-68).
Est-ce bien ce Pierre qui s'était enhardi ce jour-même
jusqu'à couper l'oreille du serviteur du souverain sacri-
24
ficateur ? Oui, c'est bien lui qui renie maintenant son
Seigneur, terrassé par la peur d'une simple servante
l'identifiant pour l'un des disciples. Peu de temps au­
paravant, il avait voulu Le suivre, même au prix de sa
vie, et maintenant, il veut préserver cette vie avec
autant d'acharnement. La grande vague d'émotion qui
l'avait saisi est déjà du passé ; et tandis que Jésus est
humilié dans la cour de justice, Pierre cherche à éviter
toute participation à Ses souffrances. Aussi, quitte-t-il
la cour. Il entend alors les propos d'une autre servante
s'adressant à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci est
aussi l'un d'eux». Aussit8t, il recommença à nier le
fait. Matthieu dit : « Il le nia de nouveau, avec ser­
ment : Je ne connais pas cet homme ,. (26. 72). Peu
après, ceux qui étaient là s'étant approchés, lui dirent :
" Certainement, tu es aussi de ces gens-là, car ton lan­
gage te fait reconnaître. Alors, il se mit à faire des im­
précations et à j u rer : Je ne connais pas cet homme ,.
(v. 73-74). Est-il possible que celui qui renie par trois
fois le Seigneur, et même avec serments et impréca­
tions, soit Pierre ? Oui, c'est le même homme.
Le mal dont souffrait Pierre avait de profondes r�­
cines. Il avait . une fa1I1e grave dans son caractère. Il
tait gouvern par ses emotions, et sa conduite était
tOUJOurs · prévisii5 e comme celle e toute ersonne
ding e par ses sentiments.- . L'enthousiasme élève de tel­
les personnes, par momen s jusqu'aux cimes les plus
é es an 1s u'en d'autres heures la dé ression les
entraîne dans les abîmes. Il est possible qu'e es reçoi­
vent des révé '.on d' ines mais e les euvent ga e:
ment faire obstacle à l'accomplissement du essem de
J?ieu. es sont capables âe parler et d'agir rapide­
ment sous la ress10iïël une impu s1on sou ame, aque -
le n'est pas forcément e source Ivme. Beaucoup e

25
P.roblèmes sur issent dans l'œuvre du Seigneur �r
suite e ce défaut cause e pro on s ravages dans la
vie e es serviteurs. Or, comme ils'agif âëdégats af-
ectant la base duréln?)1g ge c rétien, c'est à que fa
correction oit se aire.
Pierre allait droit au but. Il n'était enclin ni à la di-
. . . ,_...
omat1e m a a up 1cite. ais 1 avait es motions·
. - •'---

tr s ortes et il met · · confiance en e es jusqu âu


jour o 'éP.reuve lui révéla qu'il n' tait pas om�e
dévoué sans réserve au Seigneur qu'ilcroyait etre en se
basant sur ses propres sentiments.
Frères, et sœurs, il se pourrait, liélas ! que l'amour
que nous pensons avoir pour le Seigneur ne soit guère
plus qu'un simple attachement sentimental. Nos réac­
tions à Son amour, dues à nos sentiments, ne sont pas
nécessairement aussi profondes et pures que nous l'ima­
ginons. Nous pensons l'aimer sans aucune réserve, mais
nous vivons tellement dans le domaine psychique que
nous croyons être la sorte de gens que nos sentiments
nous dépeignent. Nous pensons vouloir vivre pour Lui
seul et être prêts à mourir pour Lui s'il le désire ; mais
si le Seigneur ne brise pas notre propre assurance com­
me Il a brisé celle de Pierre, nous continuerons à être
déçus par nos sentiments et notre vie ne sera qu'une
suite de hauts et de bas.
Pierre ne mentit pas délibérément en affirmant tout
son evouement au Seigneur ; mais ses sentiments ui
tendirent un i e et le firent s'appuyer sur une illu­
sion. Il est horrible de mentir maisilestlamentable de
croire au mensonge. Si nous continuons faire con­
fiance nos sentiments, le Seigneur devra nous faire
découvrir, au travers de profonds brisements, la ver­
satilité d'une vie basée sur nos émotions. Car, nous

26
pouvons a voir un ardent désir de Le suivre, mais ne
pas en être capables.
Q� ! si nous pouvions reconnaître que l'Eglise a une
structure éternellement stable ! Son fondement �t éta­
mî sur le roc et cha ue morceau e ce 1 xce est ex­
trait u meme matériau. Si nos caractères n'ont as
�t amen s correspon re ce u1 e g 1se, comment
pouvons-nous es érer avoir une art dans sa construc­
tion ? 1 nous c erchons construire avec des maté-
rlaüi de qualité moindre, nous risquons de mettre tout
l'édifice en danger. Des pierres de qualité inférieure à
celles des fondations ne supporteront pas l'épreuve
qu'elles auront à subir, de sorte que nos efforts, en
construisant, ne provoqueront que des effondrements ;
et ceux-ci entraîneront des dommages pour nous et
pour les autres, sans parler du retard causé dans l'achè­
vement de l'ouvrage. Nous faisons donc bien de nous
rappeler la recommandation de .1 Cor. 1 5. 5 8 : « Soyez
fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à
l'œuvre du Seigneur»,
Loué soit Dieu d'avoir utilisé l'écroulement de Pier­
re pour l'amener à découvrir sa faiblesse naturelle,
d'avoir employé sa chute profonde pour briser sa con­
fiance en ses propres forces. Nos manquements passés
n'ont-ils pas été suffisamment sérieux pour nous con­
vaincre de la gravité de notre inconstance ? Nous per­
sévérons dans la prière pour voir clairement notre état,
mais la connaissance de nos manquements passés n'est­
elle pas suffisante et assez précise pour nous contrain­
dre à nous courber devant Dieu dans une profonde
contrition, Lui laissant le soin de nous refondre comme
Il le fit pour Pierre ? Quand la chute de Pierre lui eut
révélé le genre de personne qu'il était, il sortit et pleu­
ra amèrement. A partir de ce moment, le Seigneur
27
commença à le façonner à nouveau, jusqu'à ce que son
caractère correspondît à son nouveau nom. C'est ainsi
qu'il devint capable de se servir des clefs du Royaume
avec une pleine efficacité.

28
CHAPITRE III

Aime toute personne

Lectures : Prov. 1 7. 5 ; Marc 1 0. 45 ; Luc 1 9. 1 0 ;


Jean 1 0. 1 0 ; Luc 1 5 .

Dans la vie d e tout serviteur d e Dieu, u n élément


fondamental doit être non seulement l'amour pour les
frères, mais aussi l'amour pour l'humanité toute entière.
Salomon dit : c Celui qui se moque du pauvre, outrage
celui qui l'a fait ,. (Prov. 17. 5). Dieu est le créateur de
tous les hommes et quiconque déteste ou méprise l'un
d'entre eux ne peut prétendre Le servir. L'homme est
déchu, certes, mais cet homme déchu est devenu l'objet
de l'amour rédempteur. Le Rédempteur Lui-même s'est
fait homme parmi les hommes. Il a passé progressive­
ment de l'enfance à la pleine maturité. Et lorsque Dieu
eut suscité l'Homme selon son cœur dans la personne
de Son Fils et qu'Il l'eut élevé à Sa droite, l'Eglise prit
naissance et devint un « homme nouveau ,. en Lui.
Quand vous arrivez à bien comprendre la Parole de
Dieu, vous réalisez que le terme c enfants de Dieu ,.
n'est pas aussi important que le terme c homme•, et
vous réalisez aussi que le choix et l'élection de Dieu
ont pour but un seul Corps glorifié. Quand vous
considérez la place que l'homme occu e daris-Ie ëSSêin·
d_c Dieu,_au centre de toutes Ses pensées, quand ;()Us
voyez_Dieil.ID.:m�nomme, vous apprenez
à reconnaître la valeur dè l'humanité.

29
Tandis que notre Seigneur était ici-bas, Il a dit :
« Le Fils de l'Homme est venu non pour être servi
mais pour servir et donner Sa vie comme la rançon de
plusieurs» (Marc 1 0. 45). Il n'a pas dit : « Le Fils de
Dieu», mais « Le Fils de l'Homme•· Nous voyons
par là quelle est l'attitude du Seigneur envers l'homme.
Beaucoup de ceux qui sont engagés dans une activité
chrétienne ont de sérieuses difficultés du fait qu'ils
n'aiment pas, qu'ils n'estiment même pas l'homme,
qu'ils ne réalisent pas quelle est sa valeur aux yeux de
Dieu. Aujourd'hui, nous croyons avoir atteint le som­
met si nous avons commencé à aimer les enfants de
Dieu. Mais cela suffit-il ? Oh ! nous avons besoin d'être
élargis ; nous avons besoin de voir que notre amour
doit englober tous les hommes ; nous avons besoin de
voir que tous sont précieux pour Dieu. Vous vous inté­
ressez sans doute à une petite élite de gens particuliè­
rement intelligents, remarquables sous certains rap­
ports. Mais votre intérêt se manifeste-t-il seulement en­
vers ceux qui sont exceptionnels ? En montrez-vou
pour l'être humain en général ? Cette question a une
grande importance. « Le Fils de l'Homme ·est venu •.
Quel intérêt ! Si intense que le Seigneur Lui-même s'est
fait homme. Qu'en est-il de vous ? Vous pensez peut­
être : Oh ! un tel n'est pas très intéressant ou bien il
n'y a pas grand-chose à faire avec telle ou telle person­
ne. Mais quelle était l'attitude de notre Seigneur à
l'égard de ces gens ? Il est venu parmi les hommes en
tant que Fils de l'Homme. Il a donné un tel prix à la
créature humaine qu'Il se fit Lui-même Homme, afin
de pouvoir servir pleinement Ses semblables. Il est
étonnant et pénible de constater que tant d'enfants de
Dieu ne montrent que peu d'intérêt à l'égard du genre

30
humain. Frères et sœurs, connaissez-vous la significa­
tion de ce verset : « Le Fils de l'Homme est venu,. ?
Cela veut dire que Jésus-Christ a pris soin de toute
l'humanité. Quel état de chose anormal, si nous ne
nous intéressons qu'à quelques individus sélectionnés.
Un intérêt réel pour le genre humain tout entier et
non pour une certaine partie seulement doit animer
tout serviteur de Dieu. « Dieu a tellement aimé le
monde '"· Son amour a embrassé tous les. hommes. et il
doit en être de même de notre amour. Nous ne devons
pas limiter notre intérêt à Ses seuls enfants ou à quel­
que autre classe particulière de la société, mais nous
devons nous approcher de tous les hommes avec amour.
Des années d'instruction nous ont habitués à parler
de certains hommes comme étant nos frères et de tout
être humain comme étant notre prochain. Peut-être
avons-nous commencé à comprendre le fait que cer­
tains sont véritablement nos frères ; mais comprenons­
nous cet autre fait que tout homme est notre prochain ?
Hélas ! Beaucoup de ceux qui prétendent être servi­
teurs du Seigneur n'ont jamais ouvert leur cœur à tous
leurs semblables. Pourtant, Dieu est notre Créateur à
tous, et, pour Lui, nous sommes tous pareils ; donc,
chacun est le prochain de l'autre. Si ce fait se gravait
profondément en nous, quel enrichissement n'en reti­
rerions-nous pas ? En recherchant notre propre intérêt
dans la collaboration avec nos semblables, notre œu­
vre, en dépit de toute son extension, ne sera que d'une
valeur très limitée aux yeux de Dieu.
·

« Le Fils de l'Homme est venu, non pour être servi,

mais pour servir et donner Sa vie comme la rançon de


plusieurs,. (Marc 1 O. 45). « Le Fils de l'Homme est ve­
nu chercher et sauver ce qui était perdu» (Luc 19. 10).
« Je suis venu afin que les brebis aient la vie et
31
qu'elles soient dans l'abondance» (Jean 10. 1 0). Le
Sei neur ésus-Christ vint sur la terre à cause de l'ho -
me, et I vmt ans le dessein très récis de le servir.
'est Son mt ret brôlant e fit escendre
·

u ciel sur la terre our le servir en sacrifiant Sa vie.


Un amour passionné pour les hommes L'amma1t. on
service auprès d'eux en fut le fruit ; et, à cause de cet
amour sans limite, Il a pu servir jusqu'à la mort -sur la
Croix.
Si vous essayez de pr�cher l'Evangile à l'homme
perdu sans avoir été touché par l'expression « Dieu
créa l'homme», vérité propre à nous faire considérer
toute personne comme notre prochain, si vous n'avez
manifesté de l'intérêt qu'envers certains êtres humains,
alors vous ne possédez pas les aptitudes nécessaires
pour présenter le Christ « livré en rançon pour plu­
sieurs ». Il nous est indispensable d'ouvrir notre cœur
au fait que Dieu a créé l'homme à Son image, par con­
séquent qu'il Lui est infiniment précieux et qu'il en
fait l'objet de son amour. De même, à notre tour, si
nous ne faisons pas de notre prochain l'objet de notre
affection sincère, nous ne deviendrons jamais de vrais
serviteurs de Dieu.

32
.seu fils rodigue pour l'accueillir. Dans la parabole de
Luc 1 5, nous vo)"ons que 1 amour ivm se p_ensait
�ans compter pour raclieter une seule ime. Est-il possi-
1:) e que 'iiiîën51té e 'amour e Dieu en faveur âe
l'liomme nous échappe ?
Freres et sœurs, pouvez-vous encore demeurer indif­
férents à l'égard de votre prochain tout en constatant
l'intérêt passionné de Dieu pour eux ? Nous ne serons
d'aucune utilité dans Son service si nos cœurs ne s'ou­
vrent pas et si notre horizon demeure limité. Nous
avons besoin de voir toute la valeur que Dieu a donnée
à l'homme ; il nous faut voir sa place dans Son dessein
éternel ; il nous faut saisir la signification de l'œuvre
rédemptrice de Jésus-Christ. Sans cela, il est vain
d'imaginer que de frêles créatures comme vous et moi
puissent jamais participer à la grande œuvre de Dieu.
Comment une personne qui n'aime pas les imes peut­
elle être employée en vue de leur salut ? Dès qu'est ar­
rachée cette racine du mal, notre manque d'amour à
l'égard des hommes, toutes les nombreuses autres diffi­
cultés que nous avons avec eux tombent d'elles-mêmes.
Nous nous imaginons que certaines personnes sont trop
ignorantes, d'autres trop dures. Mais ces problèmes
n'existeront plus si nous avons résolu celui qui est à
l'origine de tous, notre manque d'amour. -Quand nous
cesserons de nous tenir sur un piédestal et que nous ap­
prendrons à occuper notre place d'homme parmi les
hommes, nous cesserons alors de mépriser qui que ce
soit.
Certains serviteurs de Dieu, élevés dans des agglo­
mérations urbaines, s'en vont à la campagne parmi les
ruraux et affectent un air de supériorité à leur égard.
Quel contraste avec l'attitude du Fils de l'homme venu
pour être le serviteur de tous ! Si, en vous rendant en

33
quelque lieu que ce soit pour y prêcher l'Evangile, vous
n'y allez pas comme un fils de l'homme, vous échoue­
rez dans votre mission. Ne vous leurrez pas en confon­
dant la condescendance avec l'humilité de Christ. La
condescendance que l'on fabrique est de l'humilité
contrefaite ; l'humilité véritable est inconsciente.
Lorsque Jésus-Christ vint parmi les hommes, il y
vint comme l'un d'entre eux. Il vécut comme un
homme au sein de ses semblables. Beaucoup de servi­
teurs de Dieu, en partageant la vie de leurs prochains,
donnent l'impression de leur accorder une faveur en
faisant cause commune avec eux. Notre comportement
ne devrait jamais faire sentir aux autres que nous som­
mes différents d'eux. Si nous ne pouvons pas être des
hommes comme les autres, nous ne serons ni leurs véri­
tables serviteurs, ni de véritables serviteurs de Dieu. Il
faut que les serviteurs de Dieu soient tellement débar­
rassés de leur moi qu'ils deviennent humbles sans s'en
apercevoir. Une personne ignorante et perdue ne dif­
fère de vous et de moi qu'en un seul point : elle est
perdue tandis que nous sommes sauvés. Mais, créée par
Dieu comme vous et moi, elle représente pour Lui le
même potentiel et occupe la même place dans Son des­
sein ré.dempteur.
Vous dites peut-être : « L'ignorance des autres ne
présente aucun problème pour moi ; cela devient diffi­
cile seulement quand j'entre en contact avec des gens
faux ou de mauvaises mœurs� Quelle doit être mon at­
titude à leur égard ? ». Il vous suffit alors de jeter un
coup d'œil rétrospectif sur votre propre vie. Où étiez­
vous lorsque la grâce de Dieu vous a trouvé ? Et où se­
riez-vous aujourd'hui sans la grâce de Dieu ? Si vous
êtes en tous points différents d'eux, c'est uniquement à
cause de Sa grâce. Réfléchissez à ce que cette grke a

34
fait pour vous. En la contemplant, vous ne pourrez
que vous incliner devant Dieu et dire : « Par nature, je
suis aussi pécheur qu'eux, mais je suis un pécheur sauvé
par grice '"· Cette contemplation ne nous élèvera ja­
mais ; elle nous amènera toujours à nous courber pro­
fondément devant Lui. Si vous êtes différent des au­
tres, d'où vient cette différence ? « Qu'as-tu que tu ne
l'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi t'en glorifies-tu,
comme si tu ne l'avais pas reçu ? ». Si la vue du péché
nous fait reculer, l'amour pour le pécheur nous attire à
lui.
Tous les serviteurs de Dieu, quels que soient leurs
services spécifiques, se reconnaissent à leur intense
amour pour les hommes. Si vous ne vous sentez pas
attirés vers les pécheurs, si vous cherchez même à les
éviter, qu'espérez-vous donc atteindre en leur prêchant
l'Evangile ? Est-ce que le médecin recule devant ses
malades ? Si nous allons à la recherche des perdus par­
ce que nous avons reconnu la grande valeur que chaque
âme prise séparément a pour Dieu, alors nous irons à
eux, non pas poussés par le devoir, mais sous l'influen­
ce d'une attraction irrésistible. Si nous les approchons
dans la spontanéité de l'amour, un champ de service
illimité s'ouvrira à nous, et nous deviendrons, par la
miséricorde de Dieu, des serviteurs de quelque valeur
pour Lui.
Oh ! Que nous puissions reconnaître dans tout être
humain une âme vivante, dotée d'un immense poten­
tiel ! Combien différente a été notre attitude à l'égard
des rachetés depuis que nous avons réalisé que nous
sommes « concitoyens des Saints » ! Il en sera de même
à l'égard des perdus quand la lumière divine viendra
nous frapper et que nous verrons en chacun d'eux un
de nos semblables. Nous les apprécierons, nous les ai-

35
merons, et nous partagerons le désir du Seigneur de les
gagner à Lui, afin qu'ils deviennent entre Ses mains
des matériaux propres à l'édification de Son Eglise. Si
vous ou moi méprisons l'�me de qui que ce soit, nous
sommes indignes d'être au service du Fils de l'homme,
car Ses collaborateurs sont des gens dont la j oie con­
siste à servir leurs semblables.

36
CHAPITRE IV

Il sait écouter

Nous nous attendons à trouver encore une autre


qualité dans la vie de tout serviteur de Dieu : il doit
savoir écouter. Beaucoup de gens n'attribuent qu'une
importance relative à cette faculté, mais l'expérience,
l'observation ont prouvé qu'elle en a beaucoup.
Quiconque désire servir le Seigneur doit acquérir
l'habitude d'écouter ce que disent les gens, et ceci non
pas de façon superficielle, mais en écoutant attentive­
ment, avec l'intention d'entendre et de comprendre ce
qui est dit. Lorsqu'un chrétien en difficulté intérieure
s'adresse à un serviteur de Dieu pour recevoir une aide,
celui-ci devrait être capable de distinguer les trois dif­
férentes manières de s'exprimer en écoutant le récit
de son frère : les paroles qu'il prononce, celles qu'il se
garde de dire, et celles qu'il ne peut pas exprimer et qui
reposent dans les profondeurs de son esprit. Tout
d'abord, vous devez vous faire un devoir de compren­
dre votre interlocuteur. Cela implique en réalité la né­
cessité de l'écouter jusqu'à ce que vous connaissiez le
fond de sa pensée ; autrement dit, vous aurez besoin
d'être en toute sérénité devant Dieu afin que votre
pensée soit limpide et votre esprit calme, car il n'est
pas tellement aisé de bien écouter. Permettez-moi de

37
vous poser une question : êtes-vous capable de suivre
intelligemment jusqu'au bout le récit d'une personne
quand elle s'efforce d'expliquer sa difficulté ? Je crains
que si vingt d'entre vous écoutiez au même moment la·
même personne, il y aurait autant d'impressions que
d'auditeurs, à propos de son problème.
Oh ! Il faut que nous soyons bien maîtres de nous­
mêmes, si nous voulons acquérir des oreilles qui enten­
dent. Il faut que celles-ci soient éduquées :\ écouter. A
moins d'être bien disciplinés, nous nous lassons des his­
toires que les personnes en difficulté déversent dans
nos oreilles, et, bien avant qu'elles ne s'arrêtent de par­
ler, nous avons cessé d'écouter, et nous tirons prématu­
rément nos conclusions au s�jet de leur peine. Ou bien,
dès le début, nous ne prêtons qu'une attention distraite
à ce qu'elles nous disent parce que nous sommes telle­
ment préoccupés par l'importance de ce que nous avons
à leur communiquer que nous n'attendons qu'une occa­
sion pour entrer en lice et jouer à nouveau le rôle de
celui qui parle, dans l'espoir, bien entendu, d'être écou­
té attentivement.
Fréquemment, il arrive qu'un serviteur de Dieu
ayant médité un certain sujet en soit tellement impré­
gné que, si un frère en difficulté vient solliciter son ai­
de, il lui parlera immédiatement de la question qu'il
vient de méditer. Aussitôt après, un autre frère, dans
de bonnes conditions spirituelles, se verra infliger le
même traitement ; et, par la suite, tous ceux qui vien­
dront trouver ce serviteur de Dieu connaitront le mê­
me sort, quel que soit leur état.
Dans l'œuvre du Seigneur, il est plus difficile d'aider
les gens qu'il ne l'est pour un médecin de soulager les
maux de ceux qui se présentent à son cabinet. Ce der­
nier dispose d'un laboratoire où il peut faire des ana-

38
lyses qui l'aideront dans son diagnostic pour chaque
cas, tandis qu'un serviteur de Dieu doit l'établir sans
l'aide d'auxiliaires. Si quelqu'un se présente à vous et,
pendant une demi-heure, vous expose toutes ses diffi­
cultés, et que vous ne puissiez pas l'écouter attentive­
ment, comment serez-vous capable de situer son mal ?
Il est indispensable que tous ceux qui servent le Sei­
gneur cultivent l'art d'écouter ce que disent les gens
jusqu'à ce qu'ils deviennent des auditeurs experts et
qu'ils se servent de cette capacité pour comprendre le
problème spécifique de chaque individu.
Quand quelqu'un en détresse nous parle, nous de­
vons pouvoir discerner ce qu'il évite de dévoiler au
cours de son récit. Il est sans doute plus difficile
d'avoir une notion nette des paroles tues que des paro­
les dites, mais il nous faut apprendre à écouter avec
assez d'attention pour pouvoir discerner les unes et les
autres. Quand les gens nous consultent à propos de
leurs problèmes, il n'est pas rare qu'ils ne racontent
que la moitié de leur histoire et se gardent bien de di­
vulguer l'autre moitié. C'est là que la compétence du
serviteur de Dieu est éprouvée. Si vous êtes un servi­
teur incompétent, vous ne discernez que ce qui est clai­
rement exprimé ; ou bien, vous essayerez de lire entre
les lignes du récit, y insérant vos propres pensées qui
n'auront jamais été dans le cœur de celui qui parle.
C'est ainsi que vous en viendrez à mal comprendre ce­
lui qui aura cherché votre aide. S'il vous incombe de
lire exactement entre les lignes, votre communication
avec le Seigneur devra être très intime. Quand une
perso11ne en détresse ne parle que de l'aspect superficiel
de son mal et en tait les causes profondes, comment
pourrez-vous connaître son état ? Vous le pourrez, St
vous êtes vous-même limpide devant Dieu.

39
En troisième lieu, nous devons être capables de dis­
cerner ce que trahit leur état d'esprit. Au-delà de tou­
tes les paroles qu'une personne pourra prononcer et au­
delà de toutes celles qu'elle pourra délibérément taire,
se trouvent les paroles dont nous avons dit qu'elles re­
posaient dans les profondeurs de son esprit. Quand un
chrétien en difficulté s'extériorise, son esprit parle
aussi. Le fait qu'il est disposé à parler de lui-même
vous donne la possibilité de comprendre sa pensée. Si
ses lèvres sont fermées, il est difficile de savoir ce qui
se passe en lui, mais, s'il ouvre la bouche, son esprit
trouvera un moyen de s'exprimer, même s'il mesure ses
paroles. Votre faculté de distinguer ce que dit son es­
prit dépendra de la mesure de votre propre expérience
spirituelle. Si vous avez acquis quelque compréhension
dans la présence de Dieu, vous pourrez comprendre les
paroles que le frère aura dites, et puis aussi celles qu'il
aura tues, et encore celles que le tréfonds de son être
ressent. Ainsi, vous serez à même de discerner et la
difficulté qu'il a exprimée par ses lèvres, et la diffi­
culté spirituelle non exprimée ; c'est alors que vous
serez en mesure d'offrir le remède convenant à son cas.
Hélas ! Très peu de chrétiens sont de bons écouteurs.
Vous pourriez consacrer une heure entière à essayer
d'exposer un cas difficile à tels chrétiens, ils demeure­
raient néanmoins dans le vague à votre sujet. Notre
oreille n'est pas capable de percevoir les nuances. Si
nous ne pouvons pas saisir ce que les gens ont à nous
dire, comment pourrons-nous comprendre les paroles
que Dieu nous adresse ? Oh ! ne prenons pas cela à la
légère. Si nous n'apprenons pas à écouter dans le but
de comprendre notre prochain, nous pourrons peut­
être devenir de grands lecteurs de la Bible, ou même de
grands docteurs et des gens très compétents dans tou-

40
tes sortes de domaines ; mais nous demeurerons encore
incapables de nous occuper d'un frère en détresse.
Nous ne devrions pas seulement savoir parler aux gens,
mais encore pouvoir nous occuper de leurs difficultés.
Mais, comment ferons-nous cela si nous n'avons appris
qu'à parler et pas à écouter ? Oh ! puissions-nous saisir
le sérieux de cette déficience.
On raconte l'histoire d'un médecin d'un certain �ge
dont le stock de médicaments était réduit à de l'huile
de ricin et de la quinine. Quelle que rnt la maladie des
patients, il prescrivait soit l'un, soit l'autre de ces re­
mèdes. Beaucoup de serviteurs de Dieu traitent exacte­
ment de cette façon ceux qui viennent à eux. Ils ne
connaissent qu'un ou deux remèdes, et quels que soient
les besoins de ceux qui viennent à eux, ils emploient
l'un ou l'autre. De tels serviteurs ne peuvent pas ap­
porter une aide réelle à ceux qui les consultent parce
qu'ils ne font que leur parler, étant incapables de les
écouter tout d'abord. Comment pourrons-nous acqué­
rir la faculté d'écouter les personnes et de saisir ce
qu'elles disent ?
En premier lieu, nous ne devons pas être subjectifs.
La subjectivité est l'une des causes essentielles de notre
incapacité d'écouter. Si vous abordez les gens avec des
idées préconçues à leur égard, vous aurez beaucoup de
peine à enregistrer ce qu'ils vous diront, votre esprit
étant à l'avance rempli par vos propres conclusions.
Vous êtes tellement ancrés dans vos idées que les opi­
nions des autres ne peuvent pas pénétrer en vous. Vous
êtes si profondément convaincus d'avoir découvert la
panacée contre tous les maux que vous offrez à tous
le même remède, quelle que soit la variété des besoins
de ceux qui s'approchent de vous. Comment un servi­
teur de Dieu pourra-t-il jamais prêter attention à l'ex-

41
posé de certains besoins, si, avant d'avoir entendu, il
est convaincu de connaÎtre le genre de la souffrance
et de savoir comment y remédier ? Il nous faut deman­
der au Seigneur de nous délivrer de cette subjectivité.
Venons à Lui et demandons-Lui de nous rendre capa­
bles, dans tous nos contacts, de mettre de c&té nos idées
préconçues et nos propres conclusions, et de nous ins­
truire Lui-même, afin que nous puissions arriver à un
diagnostic juste, pour chaque cas.
Deuxièmement, nous ne devons pas rêvasser. Beau­
coup de croyants ignorent tout de la discipline de leur
esprit. Jour et nuit, leurs pensées coulent à flots inin­
terrompus. Ils ne se concentrent jamais, mais laissent
simplement errer leur imagination de-ci de-là, jusqu'à
ce que leur esprit ait accumulé une telle somme de ma­
tière qu'ils ne peuvent plus en emmagasiner davantage.
Lorsque les gens leur parlent, ils ne peuvent pas suivre
leur développement, entrafoés seulement par le cours
de leurs propres pensées, et ne parlent que des choses
qui les préoccupent. Il est indispensable que nous ap­
prenions à calmer nos esprits, si nous désirons com­
prendre et enregistrer ce que l'on nous dit.
Enfin, nous devons apprendre à sympathiser avec
les gens. Même en écoutant ce qu'une personne dit,
vous serez toujours incapable de comprendre ses be­
soins si vous n'entrez pas dans ses circonstances par
sympathie. Si quelqu'un se présente à vous dans une
profonde détresse et que vous continuiez à être rayon­
nant et plein de joie, vous lui donnerez l'impression
d'être insensible à sa douleur, et vous ne pourrez ja­
mais établir le vrai diagnostic de son cas. Si votre vie
émotionnelle n'a pas été mise au point par Dieu, quand
d'autres vous exprimeront leur joie, vous serez incapa­
ble de leur répondre joyeusement, et quand ils souf-

42
friront, vous serez incapable de partager leur peine.
Ainsi, vous pourrez entendre les paroles qu'on vous di­
ra, mais vous ne pourrez pas les comprendre.
Nous devons nous rappeler que nous sommes les ser­
viteurs des autres pour la cause du Christ, et nous ne
devons pas leur consacrer seulement notre temps et nos
forces, mais aussi leur témoigner de l'affection. L'exi­
gence de Dieu à l'égard de ceux qui Le servent est
sans limites. Elle ne nous octroie aucun loisir pour nous
occuper de nous-même. Si nous nous abandonnons à
nos rires et à nos pleurs, si nous nous occupons de ce
qui nous plaît et de ce qui nous déplaît, nous serons
bien trop préoccupés pour nous consacrer librement
aux autres. Si nos plaisirs et notre souffrance nous ac­
caparent, et, si c'est à contre-cœur que nous renonçons
à nos intérêts, nous ressemblerons à une pièce trop
meublée, ne pouvant plus rien recevoir. En d'autres
mots, nous aurons dépensé toutes nos forces émotives
pour nous-mêmes et nous n'aurons plus rien pour les
autres. Nous devons réaliser que la vitalité de notre
être psychique a ses limites, de même que celle de notre
corps. Puisque nos forces émotives ne sont pas illimi­
tées, si nous épuisons nos sympathies dans une direc­
tion, nous ne pourrons plus les utiliser dans une autre.
C'est pourquoi, toute personne qui témoigne une affec­
tion excessive à une autre ne peut pas servir le Sei­
gneur. Jésus-Christ a dit Lui-même : « Si quelqu'un
vient à Moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa
femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs .. ., il ne peut
pas être mon disciple ,. (Luc 14. 26).
Le besoin fondamental de toute personne engagée
dans l'œuvre du Seigneur est de connaître expérimen­
talement la Croix ; sinon, nous serons comme enfermés
en nous-mêmes et gouvernés par nos propres pensées

43
et sentiments. Il n'existe pas de chemin facile et peu
coôteux pour ceux qui veulent être de quelque utilité
pour Dieu et leur prochain. Rappelons-nous qu'un au­
diteur superficiel ne sera jamais un ouvrier de valeur,
et que, pour devenir un auditeur attentif, il faut lais­
ser la croix opérer profondément dans nos vies. Elle
nous libérera de notre moi qui nous absorbe et nous
rend sourds aux besoin des autres. Un travail profond
de la Croix dans nos vies produira une tranquillité in­
térieure qui fera de nous des auditeurs patients. Ceci
ne signifie pas que nous laisserons les gens nous parler
pendant des heures, tandis que nous les écouterons pai­
siblement et sans mot dire. Mais nous leur donnerons le
temps nécessaire pour expliquer ce qu'ils ont sur le
cœur.
Une fausse conception domine parmi les serviteurs
de Dieu. Ils pensent qu'il importe avant tout d'être
capable de parler. Loin de là ! Pour être efficaces, nous
avons besoin d'être éclairés par le Saint-Esprit. Nous
avons besoin de discernement en ce qui concerne la
situation de tous ceux qui nous consultent ; nous avons
besoin de calme pour les entendre exposer leur cas ; et
nous avons besoin de quiétude d'esprit pour compren­
dre leur véritable situation au travers de leurs exposés.
Nous devons, en outre, demeurer dans une relation très
limpide avec le Seigneur afin que, étant nous-mêmes
éclairés par Lui, nous puissions discerner clairement les
besoins des autres et être prêts à dispenser, sur la base
d'un diagnostic clair, le remède convenable et appro­
prié à chaque cas.
CHAPITRE V

Mesure ses p aroles

Lectures : Jacques 3. 1 ; Eccl. 5. 3 ; 1 Tim. 3. 8 ;


Matth. 5. 37 ; Eph. 5. 4 ; Es. 50. 4.

Beaucoup de serviteurs de Dieu sont handicapés


dans leur tâche parce qu'ils parlent trop. Aussi, ne
sont-ils pas des instruments puissants au service du Sei­
gneur et leur ministère a peu d'efficacité à cause de la
p erte constante de puissance due à leurs propos irré­
fléchis.
Au troi�ième chapitre de son épître, Jacques pose la
question suivante : « La source fait-elle jaillir par la
même ouverture l'eau douce et l'eau amère ? ,. (v. 1 1 ).
Si un serviteur de Dieu parle à la légère de toutes sor­
tes de choses, comment peut-il s'attendre à être em­
ployé par le Seigneur lorsqu'il prêche Sa Parole ? Si
jamais Dieu juge bon de transmettre Son message par
nos lèvres, nous sommes solennellement obligés de les
garder pour Son service seul. Nous ne pouvons pas uti­
liser un membre de notre corps pour Son service, un
jour, et le reprendre le lendemain pour nous en servir
selon notre propre caprice. Ce qui Lui est offert un
jour Lui appartient pour l'éternité.
Dans le livre des Nombres, au chapitre seize, nous
voyons Koré et ses compagnons se liguer pour s'oppo-

45
ser à Moïse et à Aaron, et chacun des deux cent cin­
quante hommes prendre leurs encensoirs remplis de
braise pour les présenter devant l'Eternel. Ils périrent
tous à cause de leur présomption, mais Dieu ordonna à
Moïse de préserver les encensoirs de la destruction. Re­
marquez-en la raison : « L'Eternel parla à Moïse et
dit : Dis à Eléazar, fils du sacrificateur Aaron, de reti­
rer de l'incendie les encensoirs et d'en répandre au loin
le feu, car ils sont sanctifiés. Avec les encensoirs de ces
gens qui ont péché au péril de leur vie que l'on fasse
des lames étendues dont on couvrira l'autel ,. (v. 36-
38). Ils étaient sanctifiés parce qu'ils avaient été pré­
sentés devant l'Eternel. Tout ce qui a été offert à Dieu
est mis à part pour Lui et ne peut pas �tre employé
plus tard pour un usage courant.
'L'Ecclésiaste chapitre 5. 2, déclare que la voix de
l'insensé se fait enten re ans a on ance e ses paro­
les. En effet, notre fOlie est mise à nu par notre loqua­
cité. ous croyons âevoir raconter te et te ait te lë
et îëtle personne et nous ne pouvons nous emp�c er de
dire encore 'autres choses eaucou 'autres erson­
nes. sem e tou·ours avoir une bonne raison pour
dire quelque chose à que qu'un. 0 ! corn ien nous

46
_gens viennent vous entretenir.
En deux1 me leu, notons ien à quels genres de récit
nous accordons plus volontiers crédit, car ce que nous
sommes enclins à croire nous montre ce que nous ai­
mons. Nous sommes plus crédules pour certaines cho­
ses que pour d'autres et ce que nous croyons plus fa­
cilement révèle le domaine où nous sommes déficients.
Instinctivement, les gens nous fournissent ce que nous
cherchons, et nos tendances naturelles nous portent
parfois à croire des choses incroyables, surtout lorsque
notre interlocuteur déclare tenir ces informations de
source autorisée.
En troisième lieu, voyons si nous n'avons pas l'habi­
tude de transmettre à d'autres des renseignements que
nous avons pris pour exacts uniquement en nous fiant
à la personne qui nous les a fournis. Avez-vous remar­
qué le processus ? Telle personne dotée de certaines dis­
positions prononce certaines paroles teintées de sa per­
sonnalité ; et, comme il existe une certaine affinité en­
tre elle et moi, je lui prête toute mon attention, tant
et si bien qu'une trace de sa personnalité s'imprime en
moi ; j'y ajoute ensuite la teinte de mon propre tem­
pérament et transmets ainsi tout le rapport à une tierce
personne.
Remarquons ensuite le penchant de certaines per­
sonnes à faire des déclarations inexactes. Elles font les
mêmes récits en différentes occasions, mais ces récits
ne concordent pas. Dans sa première épître à Timo­
thée, Paul déclare que ce genre de personnes est enclin
à la duplicité (1 Tim. 3. 8). Certaines personnes le sont
par ignorance et par faiblesse, mais chez d'autres, il n e
s'agit pas seulement d'une inconstance d e tempéra-:­
ment, mais d'une dépravation morale. Dans Matth. 2 1 .
23-27, l'auteur rapporte que les souverains sacrifica­
teurs et les anciens du peuple s'approchèrent du Sei­
gneur tandis qu'Il enseignait dans le temple et Lui de­
mandèrent par quelle autorité il agissait. Il répliqua
par la question suivante : « Le baptême de Jean, d'où
venait-il ? Du ciel ou des hommes ? ,., ce qui les mit
dans l'embarras. Aussi raisonnèrent-ils entre eux : c Si
nous répondons : D u ciel, I l nous dira : pourquoi
n'avez-vous pas cru en lui ? Et si nous répondons : Des
hommes, nous avons à craindre la foule, car tous tien­
nent Jean pour un prophète ,. , Par ce raisonnement, ils
en vinrent à éviter la vérité, en disant : « Nous ne sa­
vons » . Leur réponse était une flagrante hypocrisie.
Dans Matth 5. 37, nous lisons les paroles du Seigneur :
« Que votre parole soit oui, oui, non, non ; ce qu'on y

ajoute vient du malin ». Le serviteur de Dieu ne doit


jamais être gouverné par la diplomatie et ne doit ja­
mais s'arrêter à se demander quels effets ses paroles
pourront produire sur ses auditeurs� avant de décider
ce qu'il doit dire. Quand les gens cherchaient, par leurs
questions, à tendre un piège au Seigneur, Celui-ci gar­
dait souvent le silence, mais Il ne recourait jamais à la
diplomatie. Prenons-Le donc comme modèle et suivons
le conseil de l'apôtre Paul aux Corinthiens : « Si quel­
qu'un pense être sage selon ce siècle, qu'il devienne fou
afin de devenir sage » (1 Cor. 3. 1 8). Et aux Romains,
il dit : « Je désire que vous soyez purs en ce qui con­
cerne le mal » ( 1 6. 1 9). La sagesse selon le monde n'est
d'aucune valeur dans le domaine spirituel. Il est grave
que beaucoup de gens n'aient jamais appris à dire en
toute humilité : « Oui ,., quand les faits exigent le oui,

48
et « Non ,. , quand ils exigent le non. Leur langage n'est
jamais simple et droit, mais soigneusement étudié, et
leurs déclarations servent toujours leurs propres inté-
rets.

En tant que serviteurs du Seigneur, nous entrons en


contact avec beaucoup de gens, ce qui nous donne
beaucoup d'occasions de parler et d'entendre parler.
Aussi nous est-il essentiel d'exercer un contr&le très sé­
vère sur nous-mêmes, si nous voulons éviter de propa­
ger des commérages après avoir prêché la Parole de
Dieu. Ce tragique état de choses est plus qu'une possi­
bilité. Pour éviter ce piège, dans lequel beaucoup sont
tombés, nous devons bien veiller sur nos lèvres, et aussi
sur nos oreilles ! Dans notre tâche, il ne nous est pas
possible de nous refuser à écouter ce que beaucoup ont
à nous dire au sujet de leurs affaires personnelles ; et,
pour être de bons ouvriers, nous devons cultiver l'art
d'écouter pour aider ; cet art consiste aussi à dissuader
les personnes d'entrer dans les détails dès que nous
sommes au clair au sujet de leur détresse. Nous devons
être vigilants de peur que notre curiosité naturelle ne
nous incite à entendre davantage qu'il ne nous est né­
cessaire de savoir. Il existe un appétit de connaître,
d'être informés des affaires d'autrui, dont nous devons
être bien conscients. Pour arriver à être réservés dans
nos paroles, nous devons fixer des limites à ce que nous
écoutons.
Là se pose la question de gagner et de garder la con­
fiance des gens. Si quelqu'un partage ses problèmes spi­
rituels avec nous, nous sommes appelés à respecter sa
confiance. A moins que lés intérêts de l'œuvre le ren­
dent nécessaire, nous ne devons pas divulguer ses con­
fidences. Comment pouvez-vous servir le Seigneur, si
vous trahissez la confiance qui a été mise en vous ? Et

49
comment pouvez-vous ne pas trahir un secret si vous
n'avez pas appris à maîtriser votre langue ? Nous de­
vons traiter de telles confidences comme des dépôts
sacrés qu'il nous faut garder jalousement. Ceux qui, ac­
culés par le besoin, ont partagé leur secret avec nous,
n'ont pas agi ainsi pour accrohre notre connaissance
personnelle. Ils se sont approchés de nous, non pas en
vertu de ce que nous sommes en nous-mêmes, mais en
vertu du ministère que nous exerçons, de sorte que nous
ne pouvons pas considérer ce dépôt comme une infor­
mation à partager avec chacun et tous. Nous devons
apprendre à sauvegarder toute confidence déposée par
d'autres en nous. On ne peut confier de responsabilités
dans l'œuvre du Seigneur à des personnes qui ne sont
pas capables de tenir leur langue en bride.
Par rapport à l'usage de notre langue, nous ne pou­
vons nous empêcher de mentionner la déplorable pra­
tique du mensonge. La duplicité dont nous avons parlé
est une très proche parente du mensonge. Tout ce qui
est dit pour tromper doit être classé dans la catégorie
du mensonge, et il convient de noter que la tromperie
procède du cœur. 1grsqu'on vous pose une uestion �
laquelle vous ne désirez as ré onâre 0t L . à -1;Lquelle
vous etes inca ables de ré ondre, vous ouvez refuser
pôliment e �P-ondre mais vous ne devez_jamais_trom-:_
per votre interlocuteur. Nous voulons que les gens
croient la veritê et non pas le mensonge ; nous n'avons
donc pas le droit d'employer des paroles prêtant à con­
fusion. Si la réponse au fait exposé implique un oui,
nous devons apprendre à dire : oui ; si c'est non, nous
devons apprendre à dire : · non. Tout ce qui va au-delà
de cela est du malin. Le Seigneur a adressé un jour des
paroles très sévères à plusieurs de ceux qui Le sui­
vaient : « Vous avez pour père le diable... Lorsqu'il

50
profère des mensonges, il parle de son propre fonds ;
car il est menteur et le père du mensonge • (Jean 8.
44). Le diable est donc l'auteur du mensonge et tous les
mensonges ont leur source en lui ; comment une per­
sonne qui professe être consacrée au Seigneur peut-elle
prêter sa bouche pour prononcer des paroles inspirées
par Son ennemi ? Partout où il existe un tel état de
choses, if révèle un trouble fondamental dans la vie du
serviteur de Dieu. C'est le plus grand mal qui puisse
exister. Aucun d'entre nous n'ose prétendre dire quoi
que ce soit avec une fidélité sans reproche. En réalité,
plus nous nous efforçons de veiller sur nos paroles,
plus nous nous rendons compte de la difficulté d'être
exacts dans tout ce que nous disons. Mais nous devons
cultiver l'habitude d'être vrais et d'éviter toute décla­
ration faite sans réflexion.
Evitons aussi tout ce ui ourrait avoir une appa­
rence e uerelles. u Sei neur, il a te, en effe , pro­
pn tis : " Il ne contes.tera_p_oint 1 ne criërâpoint, et
personne n'entendra Sa voix dans es rues ,. - atth.
1 2:-1: 9):-E Paur éër' · à Timothée : « 1 ne aut pas
qu'un serviteu du_ Scig r ait es uere 'les ,. (2-Tim.
2: Ï4). Le serviteur du Seigneur doit être suffisamment
maître de lui-même pour ne pas se laisser entraîner
dans des conversations bruyantes ou dans quelque au­
tre manifestation fr8lant la querelle. Les ro os
bruyants trahissent d'ordinaire une absence de puissan-
• -
ce, e , .,J. t.:"
ue toutes _a_ç.Qn�, une aosence e maitrise e soi.

Nous avons peut-être parfaitement raison en ce qui


concerne nos déclarations, mais il n'est nullement né­
cessaire pour autant d'élever la voix pour affirmer la
vérité : nous pouvons la présenter sans appuyer notre
conviction à son sujet par une démonstration tapa­
geuse. Marchons plut8t ,devant le Seigneur avec la di-

51
gnité toute paisible qui sied à Ses serviteurs. N'affi­
chons pas non plus une sobriété ou une pondération
qui serait artificielle, car la vie chrétienne est sponta­
née et dépourvue d'artifice ; mais le contrôle de soi
doit être pratiqué jusqu'à ce qu'il devienne une seconde
nature en nous.
Pour ce qui a trait au langage, la maîtrise de soi éli­
minera bien des conversations futiles et bien des plai­
santeries. Paul en parle dans son épître aux Ephésiens
comme étant • contraires à la bienséance ,. (5. 4) ; elle
balayera aussi les sarcasmes et encore d'autres traits
qui ne conviennent pas à un serviteur de Jésus-Christ.
Si, par nos histoires amusantes, nos remarques astu­
cieuses et nos critiques habiles, nous savons captiver un
auditoire, nous faillirons dans la tâche de lui imposer
le respect quand nous parlerons du Seigneur ; nos pa­
roles n'auront aucun poids quand nous serons en chaire
pour annoncer la Parole de Dieu. Souvenons-nous de
la question précise et sans équivoque de la Parole de
Dieu : • La source fait-elle jaillir par la même ouver­
ture l'eau douce et l'eau amère ? •. Il n'est pas néces­
saire que nous nous livrions à une préparation labo­
rieuse avant de prêcher, mais il est nécessaire d'être
sans cesse prudent et vigilant dans notre conversation
de tous les jours, de crainte que notre bavardage in­
considéré ne nuise à notre puissance et ne brise l'effica­
cité de notre message.
Si vous prenez l'habitude de plaisanter, vous devien­
drez un lecteur de la Bible superficiel. Seules, les paro­
les de ce Livre sont dignes de foi, mais si vous ne
reconnaissez pas la nécessité de mesurer vos propres
paroles, vous ne pourrez pas traiter sérieusement un
message biblique et votre prédication n'aura que peu
de poids. Pour prêcher la Parole de Dieu avec effica-

52
cité, une certaine disposition est requise de la part du
prédicateur et la lecture de la Parole exige les mêmes
dispositions. Les personnes qui manquent de sérieux se
penchent avec légèreté sur la Parole de Dieu et ne peu­
vent espérer en tirer des enseignements clairs et vrais.
Cherchons une illustration dans la Parole de Dieu elle­
même. Par l'évangile selon Matthieu (chapitre 22),
nous apprenons que les Sadducéens ne croyaient pas en
la résurrection des morts. Un jour, ils vinrent à Jésus
et Lui posèrent le problème suivant : « Mahre, Moïse
a dit : Si quelqu'un meurt sans enfants, son frère épou­
sera sa veuve, et suscitera une postérité à son frère. Or,
il y avait parmi nous sept frères. Le premier se maria,
et mourut ; et comme il n'avait pas d'enfants, il laissa
sa femme à son frère. Il en fut de même du second,
puis du troisième, et ainsi de suite jusqu'au septième.
Après eux tous, la femme mourut aussi. A la résurrec­
tion, duquel des sept sera-t-elle donc la femme ? Jésus
leur répondit : Vous êtes dans l'erreur, parce que vous
ne comprenez ni les Ecritures, ni la puissance de Dieu.
Car, à la résurrection, les hommes ne prendront point
de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront com­
me les anges de Dieu dans le ciel. Pour ce qui est de la
résurrection des morts, n'avez-vous pas lu ce que Dieu
a dit : Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le
Dieu de Jacob ? Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais
des vivants » (v. 24-32). Les Sadducéens lisaient bien
les Ecritures, mais ils ne les comprenaient pas. Comme
ils parlaient eux-mêmes sans réflexion, ils n'avaient
aucune idée de la précision des paroles de Dieu. Notre
Seigneur se contenta de citer un court verset pour ré­
pondre à leur question, à savoir Exode 3. 1 5. Ces quel­
ques paroles seulement suffirent au Seigneur pour ré­
duire les Saduccéens au silence. S'appuyant sur ces

53
quelques mots, Il argumenta ams1 : « Vous, Saddu­
céens, admettez qu'Abraham, Isaac et Jacob sont
morts ; mais Dieu déclare qu'Il est leur Dieu. Ainsi, il
affirme qu'Il n'est pas le Dieu des morts, mais des vi­
vants. Par conséquent, rien moins que la résurrection
ne peut permettre au Dieu vivant de Se déclarer être
leur Dieu. »
Quand nous paraitrons devant le tribunal de Christ,
nous découvrirons probablement que le dommage cau­
sé par nos conversations légères ou trompeuses surpas­
sera de beaucoup celui que nous aurons fait dans d'au­
tres domaines, car elles auront fait de grands ravages
dans la vie des autres autant que dans la n8tre. Une
fois franchi le seuil de nos lèvres, les paroles ne peu­
vent plus être retenues ; elles continuent à se propager
de bouche à oreille et d'oreille à bouche, causant des
ravages au fur et à mesure de leur propagation. Nous
pouvons nous repentir de notre folie, et on peut nous
pardonner, mais nous ne pouvons pas ressaisir ce que
nous avons divulgué. Nous avons parlé de différents
défauts de caractère qui nuisent à la vie et au ministère
de beaucoup de chrétiens, mais si une langue non bri­
dée est notre point faible, le cas est plus grave que
tous les autres que nous avons mentionnés, car nos pa­
roles inconsidérées déchargent un courant empoisonné
qui coulera sans cesse, répandant la mort, partout où
il passe.
Frères et sœurs, en présence de faits aussi sérieux, il
faut que nous nous repentions. Beaucoup de paroles di­
tes par nous dans le passé ont été des paroles « vaines ,.,
mais elles ne le sont pas demeurées ; elles sont très acti­
ves, et causent des ravages très graves. Nous deman­
dons à Dieu la purification pour le passé ; quant au
présent, nous Lui faisons confiance pour qu'Il inter-

54
vienne radicalement dans ce domaine qui menace de
ruiner notre utilité à Son service. Si, dans Sa miséri­
corde, Il agit de la sorte, bien des regrets nous seront
épargnés, quant à nos expériences futures. Toutefois,
les actions du passé auront leur répercussion. Abraham
se repentit d'avoir engendré Ismaël, et, même après
cette regrettable manifestation de la vie naturelle, il
put tout de même engendrer un Isaac pour le dessein
de Dieu. Mais il avait déjà suscité un ennemi pour la
semence choisie de Dieu, et, bien qu'il eût envoyé Agar
et son fils loin de son fils Isaac, l'inimitié ne fut pas
dissipée. Bien plus, elle agit encore aujourd'hui,
après des millénaires de combat contre Dieu et Ses
enfants. Il est écrit au sujet du Seigneur· Jésus­
Christ : « Le Seigneur, l'Eternel, m'a donné une langue
exercée ,. (Esaïe 50. 4). On peut traduire « la langue
exercée » par « la langue d'un disciple •, ce qui veut
dire la langue de celui qui a été discipliné. Nous avons
besoin de rechercher sérieusement la communion du
Seigneur afin qu'Il mahrise nos langues, et que ce
membre « indiscipliné » devienne un membre soumis.
Quand nos lèvres se trouvent sous un contrôle rigou­
reux et cessent de propager ce qui cause du tort aux
intérêts de Dieu, nous pouvons alors nous attendre à
être utilisés comme porte-parole du Seigneur. De même
qu'Il s'est sanctifié Lui-même à cause de nous, sancti­
fions-nous, nous aussi, pour ceux auprès desquels Il
nous a envoyés. Soyons toujours sur nos gardes et cou­
pons court à . tout ce qui nous entrafoerait dans quel­
que conversation non édifiante, de peur de mettre en
péril le ministère que Dieu nous a confié.

55
CHAPITRE VI

P a s subj ectif

Lectures : Nombres 22. 7-20 ; Genèse 22. 1 -1 3 ; Ps.


32. 8-9 ; Matth. 20. 25-26 ; Phil. 1 . 1 5-1 8.

Dans le caractère de certains serviteurs de Dieu, c'est


la subjectivité qui nuit à l'œuvre. Nous avons déjà
mentionné l'un des domaines dans lequel se manifeste
sa funeste influence : l'incapacité d'écouter. Comme
nous l'avons déjà dit, il est essentiel que tout serviteur
de Dieu s'exerce à écouter ce que les gens ont à lui
dire ; sinon, il n'apprendra pas à connaître son pro­
chain et se trouvera, de ce fait, dans l'impossibilité de
servir.
Un autre effet fatal de la subjectivité est l'incapacité
d'apprendre. Une personne subjective est tellement con­
vaincue de la valeur de son opinion personnelle qu'el­
le ne peut plus rien apprendre. Quand certains jeunes
gens s'engagent pour la première fois dans un travail
chrétien, ils s'imaginent savoir tout ce que l'on peut sa­
voir, et ils sont tellement ancrés dans leurs idées qu'il
est presque impossible de leur inculquer quoi que ce
soit. Aussi leurs progrès sont-ils lamentablement lents.
Le refus de se laisser instruire est l'un des aspects les
plus tragiques de la subjectivité. Quelle possibilité de

56
progrès peut-il bien y avoir lorsqu'une personne pense
déjà tout savoir ? Si nous arrivons à être entièrement
libérés de notre répugnance à accepter l'instruction, de
façon à la recevoir sans hésitation, nous pourrons
avancer rapidement d'une leçon à l'autre. Il y a des
leçons très longues à apprendre dans le domaine spiri­
tuel, aussi devons-nous être prêts à recevoir l'aide de
maintes sources. A moins de nous laisser instruire, nous
ne ferons vraiment que des progrès insignifiants, et ceci
jusqu'à la fin de notre vie.
Le secret du progrès spirituel est la réceptivité à
l'égard de Dieu. Aussi, devons-nous ouvrir notre cœur,
notre raison et notre esprit tout grands à Son influence,
afin de nous laisser façonner par Ses divins enseigne­
ments ; sinon nous deviendrons tellement réfractaires
qu'il Lui faudra employer le mors et les rênes ou la
lanière du fouet, pour nous redonner la conscience de
Sa présence et de. Son dessein. L'inaptitude à recevoir
Ses directives est l'une des conséquences d'un état sub­
jectif, car la subjectivité ferme la créature à Dieu. Le
livre des Nombres (chapitre 22) nous apprend que Ba­
laam, en recevant l'offre d'une récompense de la part
de Balak, dans le cas où il maudirait les enfants d'Is­
raël, ne s'exécuta pas, mais dit : ., Passez ici la nuit, et
je vous donnerai réponse d'après ce que l'Eternel me
dira '"· Et Dieu lui dit : « Tu n'iras point avec eux '"·
Balaam se leva donc le matin et répondit aux princes
de Balak : " Allez dans votre pays, car l'Eternel refuse
de me laisser aller avec vous ». Pouvait-il y avoir ré­
ponse plus claire ? Mais lorsque Balak revint à la char­
ge, Balaam dit : « Maintenant, je vous prie, restez ici
cette nuit, et je saurai ce que l'Eternel me dira encore '"·
Et nous pouvons lire dans le récit biblique que « Dieu
vint à Balaam pendant la nuit et dit : Puisque ces hom-

57
mes sont venus pour t'appeler, lève-toi, va avec eux ».
Lorsque Balaam adressa sa seconde requête à Dieu,
pourquoi Dieu lui permit-Il de partir, alors que, la
première fois, Il le lui avait refusé de façon tellement
catégorique ? C'est que Balaam, en recevant de Dieu
une réponse ne pouvant prêter à aucune équivoque,
aurait dô l'accepter comme définitive et ne plus reve­
nir à la charge. Ce qu'il a fait a prouvé sa subjectivité.
Il paraissait chercher la pensée de Dieu alors que sa dé­
cision était déjà prise. Il savait ce qu'il voulait faire et
mettait tout en œuvre pour y arriver.
Dieu noùs demande instamment d'accepter Sa Pa­
role. Lorsqu'Il dit : « Va », nous devons partir sur-le­
champ. Chez les gens subjectifs, la difficulté réside
dans le fait que lorsque Dieu dit : « Va », ils sont tel­
lement ancrés dans leurs idées, qu'il leur faut beaucoup
de temps avant de pouvoir se conformer à Son ordre ;
et, quand, enfin, ils se mettent en route, ils s'obstinent
tellement à vouloir avancer que, si Dieu leur donne
l'ordre de s'arrêter, ils sont incapables d'obéir aussitôt.
Par une nouvelle expérience douloureuse, il leur faudra
apprendre à s'ajuster à la pensée divine avant de pou­
voir s'exécuter. Si Dieu vous donne l'ordre de partir,
êtes-vous en mesure de tout abandonner et de partir
de suite ? Et quand vous avez obéi à Son ordre de dé­
part et que vous êtes prêts à continuer dans cette voie,
pouvez-vous vous arrêter instantanément, si Dieu vous
intime l'ordre de le faire ? Si vous êtes subjectifs, il
vous sera très difficile de partir car il vous faudra
d'abord lutter contre vos propres idées ; et lorsque
vous aurez enfin accepté la volonté de Dieu et soumis
votre esprit à Son ordre, il y aura une autre bataille à
livrer avant de pouvoir abandonner l'idée d'avancer
quand Dieu vous donnera l'ordre de vous arrêter.

58
Lorsqu'une personne est devenue maniable dans Sa
main, l'obéissance est instantanée à toute nouvelle indi­
cation de Sa volonté.
Dans le sacrifice d'Isaac, Abraham nous o f°fre une
belle illustration d'un homme qui a été libéré de lui­
même. Si Abraham avait consulté sa propre expérien­
ce, lorsque Dieu lui demanda d'offrir Isaac, il n'aurait
jamais pu obéir. I l aurait certainement raisonné de la
façon suivante : « Je n'avais pas de fils, ni la possibi­
lité d'en avoir un. C'est Dieu qui a pris l'initiative
dans cette situation impossible ; et c'est Lui qui a fait
le nécessaire. Comment peut-Il annuler Son propre
dessein en me demandant d'offrir Isaac ? » Si quelque
personne, dans une attitude subjective, se fût trouvée
en présence de cet appel, quels arguments aurait-elle
pu invoquer en vue de s'opposer à l'ordre de Dieu ?
Mais la vie d'Abraham était devenue tellement simple
avec Dieu que même un tel ordre ne présentait aucun
problème pour lui. Il crut que Dieu pouvait réaliser
Son propre dessein en ressuscitant Isaac d'entre les
morts ; aussi plaça-t-il avec la simplicité de la foi son
fils sur l'autel, et leva-t-il son couteau pour l'immoler.
C'est à ce moment-là que Dieu arrêta son geste et qu'il
lui montra un bélier qu'il put offrir à la place de son
fils. Si Abraham avait été subjectif, un nouveau pro­
blème se serait posé à lui : il aurait été, en effet, incon­
testablement troublé et se serait demandé comment il
pourrait jamais discerner la volonté de Dieu. Celui-ci
lui demandait de faire quelque chose et, l'instant
d'après, Il lui demandait de faire le contraire. Pour
Abraham, tout était simple et clair. Quand Dieu lui
donna l'ordre d'offrir son fils, il accepta aussit6t et se
prépara à l'offrir en sacrifice ; lorsque Dieu lui donna
l'ordre de renoncer à son sacrifice et lui montra la nou-

59
velle victime, il obéit sans mot dire. L'obéissance spon­
tanée d'Abraham ferma la porte à toute perplexité.
Quand Dieu demande à certains chrétiens de Lui
faire le sacrifice de ceci ou de cela, ils pensent immé­
diatement à tous les problèmes que soulève cette de­
mande ; et si, au cours des jours, ils réussissent à les
résoudre et offrent le sacrifice demandé, et que Dieu
leur demande ensuite de changer de direction, de nou­
velles questions surgissent dans leur esprit parce qu'ils
suivent leur propre logique. La simplicité de la volonté
de Dieu révélée est tributaire de la complexité de leurs
propres pensées. Résultat : même s'ils obéissent, ils le
font avec retardement et à contre-cœur. Si nos pensées
s'attachent à la volonté de Dieu et que Son ordre chan­
ge, nos pensées demeurent figées et cette rigidité d'es­
prit nous empêche d'agir simplement comme I l nous le
demande.
Nous lisons au Psaume 32. 8-9 : « Je t'instruirai et
te montrerai la voie que tu dois suivre, Je te conseille­
rai. J'aurai le regard sur toi. Ne soyez pas comme un
cheval ou un mulet sans intelligence ; on les bride avec
un frein ou un mors, dont on les pare, afin qu'ils ne
s'approchent point de toi • . Le cheval et le mulet peu­
vent être amenés à faire ce que leur maître désire, tou­
tefois, pas sans être dirigés par leur maître, mais Dieu
ne désire jamais conduire Ses enfants de cette façon.
Le cheval et le mulet « n'ont pas d'intelligence ,., mais
Ses enfants jouissent d'une telle relation d'intimité avec
Lui qu'un seul regard doit suffire pour leur faire con­
naître Ses désirs. Connaître la volonté de Dieu ne dé­
pend pas de la découverte d'une bonne méthode, mais
de l'àttitude de l'homme qui la recherche. Si l'homme
n'est pas en règle avec Dieu, aucune méthode ne réus­
sira jamais à lui faire connaître clairement la volonté

60
de Dieu. Si l'homme est en règle avec Dieu, la connais­
sance de Sa volonté deviendra chose facile. Cela n'éli­
mine pas nos méthodes, mais nous aimerions mettre
l'accent sur le fait que, même en connaissant toutes les
méthodes que Dieu peut juger bon de choisir pour nous
faire connaître Sa volonté, nous ne la connaîtrons ja­
mais si nous ne marchons pas dans une intimité paisible
avec Lui.
Un autre point concernant la subjectivité mérite
d'être signalé : c'est celui de notre moi qui doit être mis
à nu par Dieu et traité sans pitié, sinon nous ne de­
viendrons pas des instruments utiles entre Ses mains
pour le salut des âmes.. Dieu ne confiera pas le sort des
hommes à une créature qui n'aura pas été tout d'abord
formée par Ses mains. Toute personne qui n'a pas ap­
pris à discerner la volonté de Dieu et à l'accomplir, ne
peut pas être employée par le Seigneur pour conduire
d'autres âmes dans la connaissance et la pratique de Sa
volonté. Lorsqu'un serviteur de Dieu, en qui le moi do­
mine encore, cherche à instruire d'autres âmes dans les
voies de Dieu, son propre arrière-plan intellectuel et
sentimental se manifestera immanquablement et, quelle
que soit sa connaissance doctrinale, il rendra leur che­
min obscur.
Intentionnellement ou sans s'en rendre compte, il
leur imposera ses opinions et voudra qu'ils parlent et
agissent comme lui. Il peut être taxé de conducteur
accrédité du peuple de Dieu, de docteur renommé ou
d'excellent père du troupeau. Toutefois, si fort que soit
son ascendant, il ne pourra exercer son ministère avec
l'autorité divine tant que sa vie restera dominée par sa
propre volonté plut8t que par celle de Dieu. Notre
Seigneur a dit : « Vous savez que les chefs des nations
les tyrannisent, et que les grands les asservissent. Il

61
n'en sera pas de même au milieu de vous ,. (Matth. 20.
25-26) . Si nous voulons être de bons bergers, le Sei­
gneur devra nous rendre très humbles, car nos natures
dominatrices sont plus propres à disperser le troupeau
qu'à le rassembler.
Nous devons apprendre à ne pas vouloir en imposer
à ceux qui nous sont confiés et à ne pas les conduire
sur des chemins qu'ils ne peuvent suivre. Si nous avons
reçu un fardeau de la part du Seigneur, nous devons
nous acquitter fidèlement de notre tâche, mais il ne
nous appartient pas d'insister pour que d'autres accep­
tent le message que nous proclamons. Rappelons-nous
que Dieu respecte le libre arbitre qu'Il a donné à tout
homme, et s'il ne contraint jamais l'homme, comment
pourrions-nous le faire ? Apprenons à marcher avec
humilité devant Lui et à ne pas nous élever à bon
compte devant les hommes, avides de jouer un rôle de
chef. Le fait que les gens soient disposés à entendre ce
que nous avons à leur dire, ne devrait pas nous inciter
à nous en attribuer l'honneur, mais plutôt à nous réfu­
gier avec crainte et tremblement auprès du Seigneur
pour écouter avec une attention accrue ce qu'Il a enco­
re à nous dire. Quelle que soit la fermeté de nos con­
victions, nous devons apprendre à nous méfier de nous­
mêmes. Nous sommes très susceptibles d'égarement, et,
plus nous sommes sûrs de nous, plus nous risquons de
nous écarter du droit chemin. L'un des dangers de la
subjectivité réside dans le fait que la confiance en
nous-mêmes nous pousse à désirer conduire les autres.
Et cette confiance grandit au fur et à mesure que le
succès s'accroît, à tel point que nous devenons de moins
en moins capables de recevoir l'aide d'autrui ou de dis­
cerner les directives du Seigneur.
Les chrétiens de cette espèce ne peuvent travailler

62
qu'indépendamment. Etant prisonniers de leurs pro:­
pres idées, ils ne peuvent pas s'adapter aux autres, et,
par conséquent, ne peuvent travailler au sein d'une
équipe. Ils ne se sont jamais trouvés en face d'une per­
sonne exerçant une autorité spirituelle et, parce qu'ils
n'ont jamais appris à se soumettre, ils ne peuvent pas
avoir de l'ascendant sur les autres.
Du début de leur 'histoire jusqu'à ce jour, beaucoup
de chrétiens n'ont jamais su ce que c'était que de se sou­
mettre à quiconque de leurs frères en Christ. Parce
qu'ils n'ont jamais fait cette expérience bénie, Dieu
ne peut pas leur confier la responsabilité d'autres vies.
Frères et sœurs, prenez bonne note du fait que si
quelqu'un offre sa vie pour le service de Dieu sans
avoir appris à se soumettre, il sera prisonnier de ses
propres idées et sera toujours prêt à prendre l'initiative
pour conduire ses compagnons ; tandis que celui qui
aura appris la soumission par une forte discipline sera
fermement établi dans le Seigneur et ne voudra pas en
imposer aux autres. Je souhaite que personne d'entre
vous ne soit autoritaire, mais que chacun cède à ses
frères en Christ le droit de choisir librement et en tou­
te chose. Nous devons veiller à ne pas leur ravir le
libre arbitre que Dieu leur a assuré, en essayant de leur
imposer nos convictions.
Aussi longtemps qu'un frère, à tendance subjective,
reste solitaire, son individualisme n'apparaît pas, mais
placé avec d'autres frères, il prendra aussitôt la direc­
tion du groupe. Ou bien, mettez une sœur, à forte ten­
dance subjective, avec une collègue dans une même
pièce ; elle ne tardera pas à conseiller à sa compagne la
façon la plus raisonnable de se nourrir ou de se vêtir et
quel type de matelas convient le mieux au sommeil. La
vie à deux restera néanmoins possible dans le cas où

63
l'une des sœurs seulement ne démordra pas de ses opi­
nions personnelles ; mais, si toutes deux montrent les
mêmes dispositions, elles ne tarderont pas à se trouver
dans une situation sans issue.
Nous avons mis l'accent sur la nécessité de céder à
notre voisin, quand nous vivons ou travaillons ensem­
ble. Mais nous ne voulons pas dire par là que la sou­
mission doit être aveugle ou doit tolérer le mal. En tant
que serviteurs du Seigneur, nous devons rester fidèles,
et la fidélité nous obligera quelquefois à exhorter, à
avertir ou à reprendre. Par moments, il nous faudra
parler aux autres avec fermeté, car nous ne devons pas
couvrir le mal ; mais ceux en qui Dieu aura fait Son
œuvre agiront envers leurs collègues par fidélité à leur
égard aussi bien qu'envers Lui, et non pas par un pen­
chant inné de domination sur d'autres vies.
Paul était né pour être chef, mais c'était un homme
dans lequel Dieu avait fait Son œuvre. Tandis qu'il
accomplissait son ministère, certaines de ses paroles
étaient « sévères et fortes ». Il pouvait être mordant
lorsqu'il stigmatisait le mal, mais il savait aussi être
doux et même tendre avec les faibles et les égarés. Il
savait dénoncer ouvertement les faux docteurs, et
pourtant il était tellement libéré de lui-même qu'il
pouvait dire : « Quelques-uns, il est vrai, prêchent
Christ par envie et par esprit de dispute, mais d'autres
Le prêchent avec des dispositions bienveillantes. Ceux­
là agissent par amour, sachant que je suis établi pour la
défense de l'Evangile, tandis que ceux-là animés d'un
esprit de dispute, annoncent Christ par des motifs qui
ne sont pas purs et avec la pensée de me susciter quel­
que tribulation dans mes liens. Qu'importe ? De toute
manière, que ce soit pour l'apparence, que soit sincère­
ment, Christ n'est pas moins annoncé : je m'en réjouis,
64
et je m'en réjouirai encore ,. (Phil. 1 . 1 5-1 8). Voyez.­
vous l'équilibre dans la vie de Paul ? Il pouvait se ré­
jouir quand les hommes recevaient son message et mar­
chaient d'un même pas que lui, mais il pouvait aussi le
faire lorsqu'ils le rejetaient et s'opposaient à lui. La
fidélité exigeait une attitude et un langage sans com­
promis, mais lorsque ses paroles fortes provoquaient de
l'antagonisme, il ne le prenait pas comme un affront
personnel et pouvait encore se réjouir de voir prêcher
Christ. La personne subjective est obsédée par ses pro­
pres idées qu'elle justifie sans cesse ; aussi est-elle capa­
ble de se sentir froissée lorsqu'on ne tient pas compte
de ses suggestions. Mais celui qui a toujours accepté
d'être corrigé a peur de prendre la direction et redoute
le danger de manipuler d'autres vies. L'homme qui
s'attache à ses propres pensées et à ses propres voies
demeure mesquin et aime à s'occuper des affaires d'au­
trui, mais l'homme qui a appris à se courber sous le
châtiment de Dieu a été élargi par l'épreuve et est de­
venu un homrrie aux horizons très vastes.
Résumons donc ce que nous avons dit : si le plan du
Seigneur doit se réaliser par notre moyen, nous devons
être libérés de toute subjectivité, et cela ne peut se faire
que si nous Lui permettons d'agir avec nous sans mé­
nagement, car notre moi est le point crucial du problè­
me. Dans certaines vies, ce trait est plus apparent que
dans d'autres, mais personne d'entre nous n'en est
exempt. Nous conservons toujours nos opinions et nos
manières d'agir et nous avons toujours tendance à con­
trôler d'autres vies. Laissons-nous donc humilier sous
la main de Dieu afin qu'il nous rende fidèles et sans
compromis dans tout notre ministère, humbles d'esprit
et toujours prompts à céder le pas à d'autres membres
de Sa maison.

65
CHAPITRE VII

M aître de son corps

Lectures : 1 Cor. 9. 23-27 ; 2 Cor. 1 1 . 27 ; 1 Cor.


4. 1 1 -1 3 ; Rom. 8. 1 1 .

En écrivant aux Corinthiens, Paul · dit : « Je fais


tout à cause de l'Evangile, afin d'y avoir part. Ne sa­
vez-vous pas que ceux qui courent dans. le stade cou­
rent tous, mais qu'un seul remporte le prix ? Courez de
manière à le remporter. Tous ceux qui combattent
s'imposent toute espèce d'abstinence et ils le font pour
obtenir une couronne corruptible ; mais nous, faisons­
le pour une couronne incorruptible. Moi donc je cours,
non pas comme à l'aventure ; je frappe, non pas com­
me battant l'air. Mais je traite durement mon corps et
je le tiens assujetti, de peur d'être moi-même rejeté,
après avoir prêché aux autres ,. (1 Cor. 9. 23-27).
Au verset 23, Paul se présente comme un serviteur
de Dieu et un prédicateur de l'Evangile. « Je fais tout
à cause de l'Evangile ,. , dit-il, et après nous avoir défi­
ni l'attitude sans compromis qu'il avait prise à l'égard
de lui-même en vue d'atteindre son but - « Je traite
durement mon corps en vue de l'assujettir ,. - il se fait
un devoir d'expliquer comment il rend effective sa
détermination de maîtriser son corps.
66
En commençant, nous aimerions montrer que l'au­
teur de l'épître aux Corinthiens n'est pas un ascète. Il
ne fait pas cause commune avec ceux qui enseignent
que le corps est une charge dont nous devons essayer de
nous débarrasser et encore moins qu'il représente la
source du mal. Il déclare, au contraire, dans cette mê­
me épître, que le corps du croyant est le temple du
Saint-Esprit, et qu'un jour la rédemption du corps de­
viendra réalité lorsque nous possèderons des corps glo­
rifiés. Aucune trace d'ascétisme ne devrait altérer la
conception chrétienne de « traiter durement son
corps "· Nous rejetons la pensée selon laquelle le corps
serait pour nous un obstacle et la source du péché ;
mais nous reconnaissons sans ambages qu'il nous est
possible de pécher avec notre corps, et ceci même en le
traitant avec rigueur. Dans ce neuvième chapitre de la
première épître aux Corinthiens, Paul appelle les ser­
viteurs de Dieu à faire de leur corps des instruments
soumis aux intérêts de Christ. C'est en qualité de s�rvi­
teur de Christ, de prédicateur de l'Evangile, que Paul
traite ce problème et cherche à le résoudre dans les in­
térêts de l'Evangile. Voici la solution : « Je traite dure­
ment mon corps et je le tiens assujetti " · Le terme :
« Je traite durement ,. n'est pas très tendre ; il ne laisse

aucune place à des demi-mesures.


Plus loin, Paul explique très clairement comment il
traite durement son corps et comment il le maîtrise.
Comme ce sujet est d'une importance capitale pour
tout serviteur de Dieu, notons soigneusement ce qu'il
dit à ce propos. Dans l'application pratique qu'il en
fait aux serviteurs du Seigneur, Paul emploie l'illustra­
tion d'une course : « Ne savez-vous pas, dit-il, (v. 24)
que ceux qui courent dans le stade, courent tous, mais
qu'un seul remporte le prix ? Courez de manière à le

67
remporter ». Tous ceux qui participent à la course ne
remportent pas le prix ,., dit Paul, et il exhorte ses
lecteurs à courir de manière à le remporter. Puis il
explique dans le verset suivant comment cela peut être
réalisé en tirant son illustration des Jeux Olympiques.
« Tous ceux qui courent s'imposent toute espèce d'abs­
tinence ». Paul met l'accent sur la nécessité de la maî­
trise de soi pour chacun des participants. Ceux qui lut­
tent pour remporter le prix doivent exercer un con­
trôle rigoureux sur eux-mêmes. Pendant la période
d'entraînement qui précède les jeux, ils ne peuvent pas
manger quand il leur plaît, ni ce qui leur plah ; beau­
coup de ce que l'on peut se permettre normalement
n'est plus admis. Et lorsqu'ils prennent effectivement
part à la course, ils doivent respecter des règles très
strictes pour ne pas être disqualifiés.
Vous dites peut-être : « Je veux ceci ou cela ». D'ac­
cord, si vous n'êtes pas engagés dans la course. Mais,
dans le cas contraire, il faut que vous mainteniez votre
corps sous un contrôle absolu. Que signifie : « S'impo­
ser toute sorte d'abstinence ,. ? Que le corps ne doit pas
avoir des exigences excessives ; sa liberté doit être limi­
tée. Il ne participe pas à la course pour satisfaire ses
besoins en nourriture, en boisson, en habillement, en
sommeil ; il y est engagé pour assumer une seule fonc­
tion, celle de courir, et de courir de manière à rempor­
ter le prix.
Paul continue à développer la même illustration :
« Ils le font pour obtenir une couronne corruptible ;

mais nous, faisons-le pour une couronne incorrupti­


ble » . Aux Jeux Olympiques, le vainqueur n'était cou­
ronné que d'une couronne éphémère de laurier, et il
s'assujettissait à une discipline très stricte, pendant un
temps prolongé, pour la gagner. A combien plus forte

68
raison devrions-nous exercer un contr8le sévère sur
nous-mêmes pour remporter une couronne incorrupti­
ble ? « Moi donc, je cours, non pas comme à l'aventu- .
re ; je frappe, non pas comme battant l'air •, dit Paul
en poursuivant son sujet. Il ne s'assujettit pas en vain
à toute cette discipline ; il voit clairement son objectif,
et il court droit au but. Ce verset doit être lu en rela­
tion avec le suivant. Il ne court pas de-ci de-là en lut­
tant au hasard, mais tous ses mouvements sont réglés
selon une maîtrise stricte exercée sur son corps. Il n'est
arrivé à cette mahrise qu'en se faisant constamment
violence.
Frères et sœurs, si vous n'êtes pas encore devenus
maîtres de votre corps, il vaudrait mieux marquer un
temps d'arrh dans votre service et vous efforcer d'ac­
quérir cette maîtrise avant d'essayer d'exercer une au­
torité dans un domaine plus important. Vous éprouvez
peut-être une grande joie dans votre tâche, mais elle
sera vaine, si vous êtes dominés par vos appétits physi­
ques. Pour servir le Seigneur, il ne suffit pas simple­
ment de prêcher des sermons. Paul le savait.
Qu'implique donc le fait de maîtriser son corps ?
Pour le comprendre, il nous faut d'abord connaître ses
exigences. Nous n'en mentionnerons que quelques­
unes : la nourriture et le vêtement ; le repos et les loi­
sirs ; et les soins particuliers en cas de maladie. Ce
sont là des besoins légitimes. Mais l'œuvre du Seigneur
a aussi ses exigences et, si je dois y répondre, je serai
amené à imposer des restrictions à mon corps. Quand
l'œuvre exige quelque chose du corps, celui-ci sera ca­
pable de faire l'effort requis s'il a été constamment
discipliné ; mais, s'il a toujours permis à ses désirs de le
gouverner, il se trouvera dans de mauvaises conditions
lorsqu'un effort soutenu lui sera. demandé. S'il n'a pas

69
pris l'habitude de servir son maître, il ne pourra pas
donner sa pleine mesure quand l'effort de la course lui
sera demandé. Pour la gagner, l'athlète doit en tout
temps être maître de son corps. Si d'ordinaire, dans la
vie quotidienne, le èorps d'un serviteur de Dieu n'a ja­
mais été appelé à connaître son maître, comment pour­
rait-on s'attendre à ce qu'il réponde aux demandes ex­
traordinaires auxquelles il devra parfois faire face
pour la cause de l'œuvre ? Ce n'est que si vous affir­
mez avec fermeté votre autorité qu'il vous obéira au
moment voulu. S'il a acquis l'habitude d'obéir dans la
vie de chaque jour, vous pourrez compter sur sa fidé­
lité dans des circonstances qui demanderont un effort
exceptionnel.
Puis-je vous poser une question : « Etes-vous le maî­
tre de votre corps, ou bien en êtes-vous l'esclave ? Se
soumet-il à vos ordres ou bien cédez-vous à ses dé­
sirs ? » .
Normalement, votre corps a besoin de sommeil, et
ce besoin est légitime. Dieu a divisé le temps en jour et
en nuit pour donner à l'homme l'occasion de se repo­
ser ; et si l'homme ne tient pas compte de l'ordre divin,
il en subira les fâcheuses conséquences. D'autre part,
s'il permet à son corps de gouverner . en lui accordant
le sommeil à son gré, il deviendra amorphe et pares­
seux. Il est raisonnable d'accorder normalement huit
heures de sommeil par jour au corps, mais si les inté­
rêts du Seigneur l'exigent, nous devons pouvoir rédui­
re les heures de notre repos ou même nous passer de
sommeil pendant une nuit ou deux. Au cours de la nuit
dans le jardin de Gethsémané, le Seigneur prit trois de
ses disciples et leur dit : « Mon âme est triste jusqu'à la
mort, restez-ici et veillez avec Moi ». Mais, lorsqu'il
s'en retourna après av.oir prié, Il les trouva endormis

70
et dit à Pierre : « Simon, tu dors ! tu n'as pu veiller
une heure ! '"· Oui, ils n'avaient pas pu veiller, même
pendant une seule heure, avec le Seigneur. Le besoin de
sommeil les avait vaincus. Quel mal y a-t-il à désirer
dormir la nuit ? Aucun. Mais si le Seigneur nous de­
mande de veiller avec Lui, et si nous obéissons aux dé­
sirs de notre corps au lieu de Lui obéir, à Lui, nous au­
rons failli à notre tâche de serviteurs. Cela ne veut pas
dire que nous devons pouvoir nous passer indéfiniment
de sommeil, car nous sommes des êtres humains et non
de purs esprits ; mais cela signifie que si nous servons
les intérêts du Seigneur, nous devons constamment con­
tré>ler notre corps afin de le rendre résistant.
Qu'est-ce donc que participer à une course ? C'est
faire quelque chose d'exceptionnel. Nous avançons
d'habitude un pas après l'autre ; mais, dans une course,
nous devons accélérer l'allure, de sorte que le corps est
appelé à faire des efforts supplémentaires. Nous pou­
vons nous accorder, en règle générale, huit heures de
sommeil ; mais si le service du Seigneur l'exige, nous
devons être prêts à écourter ce temps de repos ; c'est
alors que nous devons traiter durement notre corps.
Quand notre Seigneur trouva ses disciples endormis
après qu'Il leur eût expressément demandé de veiller,
Il leur montra la cause de leur désobéissance : « L'es­
prit est bien disposé, mais la chair est faible '"· Que
nous sert-il d'avoir l'esprit bien disposé si la chair est
impuissante à faire ce qu'exige l'esprit ? Si la chair est
faible, un esprit bien disposé ne peut nous maintenir
éveillés. Si vous êtes appelés à veiller avec le Seigneur,
quand Il le demande, il vous faudra avoir à la fois un
corps et un esprit bien disposés. Le corps n'est pas un
obstacle, mais un serviteur qui a besoin d'entraînement
pour bien servir ; et l'entraînement doit se faire dans

71
les circonstances habituelles de sorte qu'il puisse tou­
jours être prêt à faire face aux exigences de circonstan­
ces exceptionnelles.
Nicodème se rendit de nuit auprès du Seigneur, et ce
dernier put s'entretenir avec lui en dépit de l'heure tar­
dive. Les Evangiles relatent par ailleurs que le Seigneur
consacrait souvent des nuits entières à la prière. Il était
prêt à permettre à Son ministère d'empiéter sur son
sommeil et nous devons être prêts à faire de même. Ce
n'est pas notre pensée de pousser les serviteurs de Dieu
à prendre l'habitude de passer des nuits entières en
prière. En faisant de la nuit le jour et en passant cons­
tamment les heures de la nuit en prière, nous ne ferons
que causer du tort à notre corps et à notre esprit, car
ce serait chose anormale ; mais est-il normal que des
serviteurs de Dieu ne sacrifient jamais leur sommeil à
Son service ? Si dans cette question nous avons d'ordi­
naire trop d'indulgence pour notre corps, il se regim­
bera quand nous lui imposerons des restrictions pour
se plier à telle ou telle requête spéciale de l'œuvre.
Le même principe s'applique à la question du man­
ger et du boire. Notre Seigneur pouvait s'abstenir de
nourriture dans des conditions spéciales, mais Il pou­
vait manger, lorsqu'il n'y avait pas de raison de ne pas
le faire . Son corps devait Lui obéir. Certaines person­
nes dépendent tellement de la nourriture qu'elles ne
peuvent pas travailler en souffrant de la faim. Nous
devons certes nous nourrir et ne pas ignorer nos besoins
physiques, mais le corps doit être exercé à pouvoir se
passer de nourriture, si les circonstances l'exigent.
Vous vous souvenez de l'épisode au cours duquel le
Seigneur s'était assis à côté du puits de Jacob pour se
reposer un instant et où Il fut mis en présence d'une
femme en détresse. C'était l'heure du repas ; mais le

72
Seigneur ne tint pas compte de ses besoins physiques
et expliqua patiemment à la femme comment remédier
à ses besoins spirituels. Si nous arrivons affamés à un
certain endroit et que nous ne puissions rien faire avant
d'avoir mangé, notre corps ne nous sert pas comme il
le devrait. Sans être extrêmistes, nous devrions le maî­
triser de manière à pouvoir, dans l'intérêt de l'œuvre,
le priver d'un repas, sans tenir compte de notre faim.
Au troisième chapitre de l'évangile de Marc, nous
lisons que le Seigneur était entouré d'une telle multitu­
de de gens dans le besoin, qu'Il n'avait même pas le
temps de manger. Ses amis réagirent alors en essayant
de Le retirer de la foule, et disaient qu'II était hors de
sens. Mais Il ne put faire autre chose que de renoncer,
momentanément, à satisfaire sa faim, à cause du besoin
pressant de la multitude. Si vous et moi ne pouvons
pas renoncer à un repas lorsqu'un travail urgent nous
réclame, notre travail ne portera que peu de fruit. En
de tels moments, nous devons maîtriser nos corps de
peur qu'ils n'aient le dessus et que les intérêts du Sei­
gneur en souffrent. La Bible déclare clairement que les
chrétiens devraient jeûner lorsque les circonstances
l'exigent. Un besoin particulier demande parfois un
temps prolongé de prière qui ne laisse aucun loisir pour
manger et lorsque nous nous trouvons en face d'une
situation qui ne cédera à la prière que si elle est accom­
pagnée de jeûne, nous devons refuser temporairement
de répondre aux demandes légitimes de notre corps.
Le confort est une autre exigence. Je ne me permet­
trais pas de dire qu'un serviteur de Dieu, jouissant lors­
que les circonstances le permettent d'un certain con­
fort, soit en défaut. Nous déplorerions cependant son
incapacité de répondre à l'appel de l'œuvre au prix du
renoncement aux aises auxquelles il est habitué. Les

73
serviteurs du Seigneur devraient être à même de jouir
de la détente que procurent des conditions de vie fa­
cile, si Dieu les leur accorde. D'autre part ceux qui, en
dépit d'une situation confortable traitent d'ordinaire
rudement leur corps, seront davantage aptes à s'accom­
moder de privations extrêmes que ceux qui, placés dans
une situation moins privilégiée, ne l'ont pas fait.
Par ailleurs, notre habillement ne devrait pas attirer
l'attention. Le Seigneur Jésus a déclaré que si l'on
désirait voir une personne élégante, il ne fallait pas
s'adresser à Jean-Baptiste, mais plutôt au palais royal.
Certains chrétiens, hélas, attachent une grande impor­
tance à la qualité et à l'élégance de leur habillement et
ils y tiennent à tout prix. Nous admettons sans doute
que ce n'est pas à la gloire du Seigneur de porter des
vêtements négligés, et qu'il faut être vêtus convenable­
ment et avec soin ; cependant, nous ne devrions pas
ignorer l'exemple que nous offre Paul, qui pouvait tout
abandonner pour la cause du Seigneur. I l écrit, en ef­
fet, au sujet de ses propres expériences : « j'ai été expo­
sé à la faim et à la soif, à des jeûnes multipliés, au
froid et à la nudité ,. (2 Cor. 1 1 . 27).
Le corps exige davantage de soins au cours de mala­
dies ou de périodes de faiblesse et c'est dans de telles
circonstances que maint serviteur de Dieu interrompt
son travail. Comment Paul aurait-il pu accomplir
l'œuvre qui lui était confiée s'il avait fait une pause
toutes les fois qu'il ne se sentait pas bien ? Et que se­
rait-il advenu du ministère de Timothée s'il s'était dor­
loté au cours de ses « fréquentes indispositions ,. ? I l est
nécessaire de prendre un soin raisonnable de notre
corps dans la maladie comme en temps normal, mais
cela n'empêche pas de le traiter durement et de le
maintenir assujetti. Même en cas de maladie et d'in-

74
tenses douleurs, nous pouvons refuser de l'écouter et
obéir au Seigneur si tel est Son ordre. Il est impératif
d'exercer sur lui toute notre autorité si nous devons
être de quelque utilité dans le service.
Ce principe doit être appliqué au désir sexuel com­
me à tout autre besoin du corps. Si nous sommes les
serviteurs de Christ, Son service doit avoir la priorité
sur tous les autres. Paul dit dans 1 Cor. 4. 1 1 - 1 3 :
« Jusqu'à cette heure, nous souffrons la faim, la soif,
la nudité ; nous sommes maltraités, errants ça et là ;
nous nous fatiguons à travailler de nos propres mains ;
injuriés, nous bénissons ; persécutés, nous supportons ;
calomniés, nous parlons avec bonté ; nous sommes de­
venus comme les balayures du monde, le rebut de tous
jusqu'à maintenant. ,. Il est évident que les multiples
souffrances de Paul dans sa chair n'ont pas été limitées
à une période isolée de sa vie, et qu'il ne permit jamais
à quoi que ce soit d'entraver son service pour le Sei­
gneur. Au sixième chapitre de cette même épître, à la
fin du v. 1 2 , il cite deux points : celui de la nourriture
et celui de la question sexuelle ; et il indique très clai­
rement que nous sommes les serviteurs du Seigneur et
non pas de nos corps. Puis, au chapitre sept, il traite
en détail de la question sexuelle et, au chapitre huit, le
sujet de la nourriture, précisant bien que nous ne som­
mes nullement obligés d'accomplir la volonté de la
chair, car nous appartenons à Christ et nous devons Le
servir. Nous devons apprendre à dire « non ,. aux exi­
gences de nos corps pour Ses intérêts et renforcer notre
" non ,. par des mesures suffisamment énergiques qui
prouveront que les rênes sont entre nos mains. Le Sei­
gneur est le. Créateur du corps et Il l'a créé avec cer­
tains besoins qui sont parfaitement légitimes ; mais Il
l'a créé pour qu'il soit notre serviteur et non pas notre

75
maître, et nous ne pouvons pas glorifier Dieu tant que
ce point ne sera pas acquis .
. Paul lui-même craignait d'être disqualifié et de per­
dre le prix au bout de cette course ; aussi avait-il pris
la précaution de soumettre son corps à de constantes
épreuves. Et que pouvons-nous dire de notre Seigneur
qui a renoncé à Lui-même en quittant la gloire suprê­
me pour s'abaisser jusqu'aux profondeurs de la honte
et de la souffrance ? Par amour pour Lui, ne devons­
nous pas ordonner à ces corps de nous servir, afin que
nous puissions Le servir, Lui, sans réserves ? Ne de­
vons-nous pas leur ordonner d'être forts de la force de
Sa vie de résurrection ? N'a-t-il pas dit : « Si l'Esprit
de Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts
habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d'en­
tre les morts vivifiera aussi vos corps mortels par son
Esprit qui habite en vous > ?

76
CHAPITRE VIII

Armé de la pensée de souffrir

Lectures : 1 Pierre 4. 1 ; 2 Sam. 23. 1 4-17 ; Apoc.


2. 1 0.

Tout serviteur de Dieu devrait être disposé à souf­


frir. Nous lisons dans la première épître de Pierre,
chapitre 4, verset 1 , les mots suivants : « Ainsi donc,
Christ ayant souffert dans la chair, vous aussi, armez­
vous de la même pensée ». Une attitude juste à l'éga·rd
de la souffrance est une partie essentielle de l'armure
de tout serviteur de Dieu.
Un point de vue assez fréquemment adopté déclare
que toute forme de plaisir s'oppose au développement
spirituel. Nous rejetons avec force cette philosophie
car la Parole de Dieu elle-même proclame que l'hérita­
ge du peuple de Dieu est un héritage béni. Nous lisons
au Psaume 84 : « L'Eternel donne la grâce et la gloire.
Il ne refuse aucun bien à ceux qui marchent dans l'in­
tégrité ». Et le Psaume 23 bien connu dit : « L'Eternel
est mon berger ; je ne manquerai de rien • · Dans la
Bible tout entière, les soins prévenants et tendres du
Seigneur nous sont clairement dépeints. Et, tout au
long des Ecritures, nous voyons le Seigneur fidèlement
à l'œuvre pour délivrer les Siens de toutes leurs détres-

77
ses, faisant toujours une distinction entre Son peuple
et les nations. Même lors du séjour de Son peuple en
Egypte, Il fit reposer une bénédiction toute spéciale
sur la partie du pays qu'il occupait.
Par ailleurs, Dieu n'exempte pas Ses enfants de
l'épreuve et du châtiment. En fait, ils sont nécessaires
pour amener leur croissance à maturité. Mais nous ai­
merions souligner ici cet aspect de la souffrance dont
il est souvent question dans la Parole de Dieu : la souf­
france choisie délibérément par ceux de Ses enfants qui
ont le désir ardent d'être entièrement à Son service. Il
ne s'agit pas d'une souffrance imposée à laquelle ils se
soumettent à contre-cœur, mais d'une souffrance qu'ils
choisissent délibérément. Les trois hommes vaillants de
David n'auraient pas eu besoin de s'exposer au danger
pour lui procurer à boire ; mais lorsqu'ils l'entendirent
exprimer son désir d'avoir de l'eau du puits de Beth­
léhem, ils risquèrent leurs vies et passèrent au travers
des lignes de l'armée des Philistins pour répondre à son
désir (2 Sam. 23. 1 4- 1 7).
Si tel. est notre désir, nous pouvons éviter bien des
épreuves ; mais si nous voulons être de quelque utilité
au Seigneur, par amour pour Lui, il est impérieux de
choisir volontairement le chemin de la souffrance. No­
tre œuvre ne sera que de qualité superficielle si nous
n'acquérons pas une disposition à souffrir pour Lui.
u'entendons-nous par « disposition à souffrir • ?
t 'a or une
r

nous avons à cœur d'endurer 'a 1ction pour Sa


cause. Il n'est as uestion ici de la somme preuves
�orrnttîrude

78
à leur é ard. Par exemple, le Seigneur peut vous avoir
p ace dans es circonstances ut vous accor ent une
nourriture de choix. de bons vêtements et un oyer
agréablement ineublé. Le fait d'avoir choisi de souffrir
P-our Sa cause ne s1gmhe pas que vous ne puissiez plus
continuer à jouir des bienfaits gu'Il vous accorde. I l ne
'
s 'a"Tt as de savoir si vos circonstances extérieures sont
p nible ais si, e cœur, vous êtes déter­
minés à souffrir our Lui. La sou rance ne sera eut­
être as votre art 'ournalière, mats, c aque jour, vous
devez vous atten re passer par preuve.
· Hélas ! La plupart des chrJtiens, et même beaucoup
de serviteurs de Dieu, semblent progresser merveilleu­
sement aussi longtemps que les circonstances sont favo­
rables, mais, aussitôt qu'une affliction les frappe, ils
sont immobilisés. C'est qu'ils ne sont pas intérieure­
ment préparés à la souffrance. Si nous avons volontai­
rement accepté la perspective de souffrir pour la cause
de notre Seigneur, l'épreuve ne nous prendra jamais au
dépourvu. Ou'II juge bon de nous accorder un répit,
c'est Son affaire ; quant à nous, nous sommes toujours
prêts à affronter l'épreuve. Nous l'acceptons comme
une chose normale toutes les fois qu'elle se présente à
nous. Et, comme nous n'y voyons rien d'étrange, nous
ne sommes pas tentés de dévier du chemin, mais nous
continuons tout droit notre route. Notez soigneusement
ce que dit Pierre : « De même que Christ a souffert
dans la chair, armez-vous de la même pensée ,., Avez­
vous remar ué ue la ensée de souffrir est un'ëOieëe
f:. notre armure] Oui, c'est un article de notre équi­
pement spirituel, qui rend le diable impuissant quand
if nous attaque en quelque point vulnérable. Nous som­
b
�s impropres au com at si nous négligeons de nous
mumr de cette pièce de l'armure.

79
e reuve.
'.Frères et sœùrs, s'il en est ainsi pour vous dans les
moments de prospérité, vous serez incapables de conti­
nuer à servir le Seigneur lorsque l'adversité vous at­
teindra ; mais si vous êtes armés de la détermination
de souffrir pour Sa cause, vous continuerez fermement
à avancer, quelles que soient les circonstances. Ne pen­
sez pas que vous souffrez pour la cause du Seigneur
parce que vous êtes dans l'affliction. Il ne s'agit pas
de savoir combien vous avez souffert, mais e savoir
dans esure vous vous re ouissez dans la souf­
·

france. Il nous est possib e 'en urer un grand nombre


de peines et de difficultés, sans avoir en nous cette joie.
La disposition à souffrir est quelque chose de profon­
dément intérieur. Soyons bien au clair à ce sujet : il est
possible d'avoir un cœur disposé à souffrir, sans avoir,
par ce fait, des difficultés matérielles, aussi bien que
par ailleurs, il soit possible de passer par beaucoup de
difficultés matérielles, sans avoir un cœur prêt à souf­
frir. Si les chrétiens avaient tous le choix de souffrir
ou non, la plupart d'entre eux choisiraient délibéré­
ment l'exemption de la souffrance, et ce, pour la sim­
ple raison qu'il leur manque le désir de souffrir pour
leur Seigneur. Tout serviteur de Dieu dans la vie du­
quel il y a cette lacune, priera toujours pour que l'œu­
vre avance au travers de circonstances favorables.
Certains enfants de Dieu semblent avoir peu

80
d'épreuves, tandis que d'autres se trouvent manifeste­
ment dans les plus grandes difficultés. Naturellement,
nous serions enclins à conclure que ces derniers con­
naissent Sa grAce dans une mesure plus complète que
les premiers et qu'ils ont un ministère spirituel plus ri­
che. En fait, l'inverse est souvent vrai ; car lorsque
nous examinons plus à fond la situation, nous décou­
vrons, qu'en dépit de leurs épreuves, cette aptitude à la
souffrance fait complètement défaut à ceux qui sont
éprouvés et qu'ils seraient plutôt enclins à fuir aussi
vite que possible leurs épreuves. Leur souffrance ne
leur sert à rien et ne leur apprend rien.
Etre à l'étroit sur le plan financier est l'une des dif­
ficultés que nous sommes peut-être appelés à rencon­
trer dans l'œuvre. Par moments, il semble que le Sei­
gneur n'a pas pourvu adéquatement à nos besoins et
nous décidons que nous ne pouvons plus continuer.
Quel doit être le sentiment du Seigneur en face de tel­
les réactions ? Ne l'avez-vous jamais entendu vous po­
ser la question suivante : « Pour quelle raison me sers­
tu ? ,. Oh ! que cette question nous trouve souvent en
défaut ! Quel est le serviteur du Seigneur qui peut dé­
cider qu'il se mettra au travail s'il fait beau, mais qu'il
restera chez lui en cas de pluie ? Rien ne vous découra­
gera si vous avez corn ris la si nification de la souf­
france ou serez s circonstances ; vous
·
défierez les infirmités physiques ; vous 1erez a
mort ; vous défierez même les puissances des ténèbres.
Mais si vous n'avez as cultive cette dis osition face
aux 1 lCU t S1 VOUS céderez à la crainte, et si VO�S
aonnez asile à la peur, vous deviendrez une proie facile
p_our l'ennemi. Il vous imposera la chose même que
vous craignez et vous serez vulnérables à ses assauts
du fait que votre esprit ne sera pas sauvegardé par la

81
détermination à souffrir dans la chair comme Christ
Lui-même a souffert. Lui dirons-nous alors : " Con­
traint par Ton amour, soutenu par Ta grace qui peut
toutes choses, je me consacre à Ton service quelles
qu'en soient les conséquences ,. ?
Le chrétien ne devrait ni souhaiter, ni rechercher la
difficulté, mais, si elle survient, elle devrait le trouver
prêt à la supporter avec joie, pour le Seigneur. Dans
le cas d'une déficience physique, par exemple, vous
avez tout naturellement besoin d'un lit plus conforta­
ble qu'une personne en bonne santé ; mais, lorsqu'en
partant pour servir le Seigneur, vous vous mettez en
tête d'avoir à tout prix un lit confortable, vous serez
d 'emblée vulnérable aux attaques de l'adversaire. D'un
autre c&té, si vous êtes prêt à souffrir pour Lui, et que
vous trouviez un lit bien confortable, vous n'aurez au­
cun mérite à changer vos habitudes et à aller coucher
sur le plancher pour vous endurcir. Ne vous imaginez
pas que les chrétiens qui vivent dans des circonstances
difficiles soient, de ce fait, plus capables d'endurer les
difficultés que ceux qui vivent dans des circonstances
plus favorables. Ce sont ceu � en dépit des circons­
tances, favorables ou non, ont mis toute leur confiance
da la ensée d'avoir
à souffrir gui seront capables d'affronter le jour e
l'épreuve. Un frère habitué au confort, qui, après avoir
fait une expérience très précise avec le Seigneur à ce
sujet, aspire à souffrir pour Sa cause, disposera d•un
potentiel d'endurance supérieur à n'importe quelle au­
tre personne habituée à une vie dure, mais qui ne se
serait pas armée de cette pensée.
Si vous n'avez as tranc uestion, un "our
votre aiblesse sera mise à nu, et,·alors, vous vousjais-

82
s.erez aller à l'apitoiement sur vous-mêmes. En une cer­
taine occasion, une sœur, qui avait servi le Seigneur
pendant des années, alla trouver une autre scc:ur pour
verser d'abondantes larmes dans un accès d'apitoie­
ment sur elle-même. Cette dernière lui demanda :
" Pour qui versez-vous toutes ces larmes ? ,. Beaucoup

de chrétiens, dotés d'une certaine mesure d'endurance,


s'écroulent en face de l'épreuve. Pourquoi ? Parce
qu'ils ne prennent pas la précaution de s'armer comme
Dieu le recommande dans Sa Parole. Ainsi, au moment
où leur faiblesse est mise à nu, leur orgueil étant bles­
sé, ils se mettent à pleurer en s'apitoyant sur eux-
A
memes.
Une question ne manque pas de se poser : « Dans
quelle mesure devons-nous être prêts à souffrir ? ,. La
Parole de Dieu dit : « Sois fidèle jusqu'à la mort ,.
(Apoc. 2. 1 0). Vous dites qu'il y a là un danger de de­
venir extrêmistes. Certes oui ; mais, si vous vous êtes
armés de la pensée de souffrir, vous n'essaierez pas
toujours de rester dans le juste milieu. Vous pouvez
vous fier au Seigneur et à Son Eglise pour maintenir
l'équilibre dans le cas où vous seriez en danger de le
perdre. Votre part est de mettre votre confiance en
Lui et, s'il l'exige, de souffrir jusqu'à la mort ; la Sien­
ne est de vous garder de ce qui dépasserait les forces
qu'il juge bon de vous accorder. Si vous vous deman­
dez sans cesse jusqu'où vous devez souffrir, vous n'irez
jamais très loin ; mais vous serez pris au piège et vous
causerez du tort à l'œuvre en voulant vous ménager.
Etre prêt à souffrir n'est pas un signe de faiblesse ; au
contraire, c'est une attitude virile qui nous rend capa­
ble de dire au Seigneur : « Oui, Seigneur, même jusqu'à
la mort ! Ma vie est à Ta disposition pour que Tu en

83
fasses ce qui Te paraîtra bon ». Dieu a besoin de ser­
viteurs qui veulent travailler avec Lui et qui n'hésite­
ront pas à renoncer à tout, même à leur vie, pour at­
teindre ce but. Abandonnons donc tous nos prudents
calculs et cette crainte paralysante d'aller trop loin et
soyons entièrement du côté du Seigneur pour Le servir

vainqueurs : « Ils l'on vaincu



à tout prix, soit « jusqu'à la mort ».
Dans le livre de I'Apocalypse , il est dit des
caus du sang de
I'Agneau et ils n'ont pas aimé leu ie ju;ju'à crain­
dre a mort ». Si vous remplissez les mêmes conditions,
les assauts que Satan dirigera contre vous seront vains.
Il est incapable de vaincre quiconque est prêt à perdre
sa propre vie. Satan riait à la pensée que Job pôt ser­
vir Dieu d'une manière totalement désintéressée ; aussi,
dit-il à Dieu : « Tout ce que possède un homme, il le
donne pour sa vie. Mais, étends ta main, touche à ses
os et à sa chair, et je suis sôr qu'il te maudit en face »
(Job 2. 4-5). Satan savait qu'il pouvait vaincre Job, à
condition que celui-ci recherche un .intérêt personnel
quelconque ; aussi, demanda-t-il la permission de
l'éprouver. Cet épisode du livre de Job, comme celui de
l'Apocalypse, montre l'impuissance de Satan à vaincre
celui qui ne fait aucun cas de sa propre vie. Il y a une
limite à notre souffrance. Puisse-t-il ne omt en
11vo1r notre détermination e souffrir ! S'il en existe
une, tôt ou tard, Satan nous.11' ' era du combat.
ar une
u est-ce orte : nos affaires ou l'œuvre u ei-
gneur ? Le salut des âmes ou la sécurit e nos vies
La sauvegarde de nos intérêts personnels ou le têmŒ­-
gnage du Seigneur sur la terre ?
Oh ! pu1ss1ons-nous, chacun, nous débarrasser de
84
tout amour de nous-mêmes. Répondons au Seigneur
qm, tout a nouveau, nous presse de Le servir, en ne
poursuivant que Ses intérêts. Si nous nous livrons en­
tièrement à Lui, nous connaîtrons la plénitude de Sa
bénédiction.

85
CrlAPITRE IX

Fidèle dans les questions d 'argent

Lectures : Nombres 22. 1 -2 1 ; Matth. 6. 24 ; 2 Pierre


2. 1 5 ; Jude 1 1 ; Apoc. 2. 1 4 ; 2 Pierre 2. 1 -3 ;. 1 Tim.
6. 3-10 ; 2 Cor. 8. 1 -24.

Quelle doit être l'attitude du serviteur de Dieu en


matière d'argent ? Cette question très importante tou­
che des points tellement pratiques qu'une entière clarté
est indispensable pour que le serviteur puisse toujours
agir correctement, car personne ne peut éviter le con­
tact avec « Mammon ,. .
Il faut réaliser avant tout que Mammon s'oppose à
Dieu. Aussi, de peur de tomber en son pouvoir, les ser­
viteurs de Dieu doivent-ils être sur leurs gardes ; car,
s'il devait a voir quelque emprise sur leurs vies, ils se­
raient incapables de venir en aide au peuple de Dieu
pour résister à ses assauts insidieux. Cette question de
l'argent posant des problèmes universellement répan­
dus, nous nous entretiendrons un peu longuement sur
ce sujet.
Remarquons, tout d'abord, le rapport qu'il y a entre
l'argent et le comportement ainsi que l'enseignement
du serviteur. L'histoire de Balaam, relatée dans l'An­
cien et le Nouveau Testament, illustre bien ce problè­
me. Dans le livre de l'A ocalypse, il est ùestion de
."' la vôi� de Balaam ,. et e « 'enseignement de Ba-
86
laam » ; Balaam était un prophète qui travaillait pour
0 temr une remun rati . lc:ommercialisait e minis­
tère prop etîque: - Ba a , roi ële oa , avait cœur a
destruction u peuplede Dieu, et il prit à son service
Balaam pour qu'il le maudisse, mais Balaam n'ignorait
pas la pensée de Dieu et savait bien que son peuple
jouissait de la bénédiction divine. Dieu lui avait, en
outre, clairement dit de ne pas accepter la demande de
Balak. Mais l'appât du gain l'attirait. Comment pour­
rait-il l'obtenir ? Il essaie de persuader Dieu de chan­
ger Sa décision. Aussi, fit-il tout pour mettre son plan
à exécution ; et il réussit à merveille, Dieu lui permet­
tant effectivement d'accomplir ce qu'Il lui avait précé­
demment défendu !
Par erreur, certaines personnes s'imaginent que cet
épisode montre ce que signifie l'attente à Dieu. En réa­
lité, Balaam n'aurait jamais fait une telle demande à
l'Eternel, s'il n'avait pas caressé l'espoir d'un gain, et
lorsque le résultat de sa première requête se traduisit
par un refus très net, il n'y avait évidemment pas de
nécessité d'en faire une deuxième. Lorsque Dieu permit
enfin à Balaam de partir, avec les princes de Balak, ce
n'était pas pour approuver la mission de Balaam, mais
simplement pour lui permettre de s'engager dans la
voie qu'il avait lui-même choisie. Balaam était incon­
testablement un prophète, mais il permit à l'influence
subtile de l'argent d'affecter son ministère et de le con­
duire dans des voies d'égarement.
Le serviteur du Seigneur qui n'a pas tranché la ques­
tion de l'argent tombera forcément sous l'empire de
Mammon. Lorsqu'il devra choisir le lieu de ses activi­
tés, il sera certainement influencé par le facteur finan­
cier. S'il ne peut trouver de l'appui en un certain lieu,
il ira ailleurs. Certes, en tant que serviteur de Dieu, il

87
recherchera la direction divine pour savoir où aller,
mais il choisira à coup si'lr un lieu où un appui lui est
assuré. Lorsque nous prions en vue d'&tre dirigés, la
perfidie de notre vie naturelle est capable de nous
amener à nous établir dans des endroits où il n'y a pas
de restrictions financières, et à négliger les régions pau­
vres et les gens nécessiteux. Un chrétien d'un certain
age remarquait un jour : « Combien nombreux sont les
serviteurs de Dieu que les intér&ts financiers dirigent !
Notez comme les régions pauvres manquent de servi­
teurs tandis que les contrées florissantes en sont bien
pourvues » . Ces remarques étaient crues, mais triste­
ment . vraies. Hélas ! Beaucoup de serviteurs de Dieu
suivent « la voie de Balaam » , Leurs pas se dirigent
plus vers le gain que vers la volonté de Dieu. Comme
ils recherchent pour la forme l'approbation de Dieu et
veulent en réalité suivre la voie de leur choix, Dieu
leur dit : « Va ! ».
Tout véritable serviteur de Dieu doit être complète­
ment libéré de l'esclavage de l'argent : « Nul ne peut
servir deux mahres ... Vous ne pouvez servir Dieu et
Mammon » (Matth. 6. 24). La recherche des directives
divines devient une vilenie lorsque, en fait, nous som­
mes menés par la passion du gain. Si le Dieu que nous
servons est le Dieu vivant, ne pouvons-nous pas, en
toute confiance, nous rendre, où que ce soit, sur son or­
dre ? Par contre, s'il n'est pas le Dieu vivant, pourquoi
continuer à Le servir ? Oh ! combien il est honteux de
chercher ses propres intérêts sous prétexte de servir Jé­
sus-Christ. Et ce danger menace tout serviteur de Dieu.
En parlant de ceux qui suivent « la voie de Ba­
laam '» Pierre écrit, dans sa deuxième éphre : « Ils ont
le cœur exercé à la cupidité... après avoir quitté le
droit chemin, ils se sont égarés en suivant la voie de

88
Balaam... qui aima le salaire de l'iniquité ,. (2. 1 5). Frè­
res et sœurs, Dieu nous a mis en présence du « droit
chemin ,. et nous devons nous garder de nous en éloi­
gner, de peur de nous engager dans « la voie de Ba­
laam ,.. Pierre déclare que les gens qui marchent dans
cette voie ont « le cœur exercé à la cupidité ,., La ra­
cine du mal se trouvait dans le cœur de Balaam. Lors­
que l'habitude de la cupidité s'y fut secrètement déve­
loppée, la main chercha à saisir la récompense, et le
pied s'égara loin du chemin du Seigneur. Tout cela ne
se fit pas en un instant, et il n'y eut, au début, aucun
signe extérieur de désobéissance. Même lorsque son
cœur se fut « entraîné à la cupidité » (version anglaise
revisée), Balaam dissimula habilement sa séparation
intérieure d'avec Dieu sous une prétendue recherche de
la volonté de Dieu. La Bible déclare que Balaam « ai­
ma le salaire de l'iniquité » . Il aima cette cécompense...
et son cœur s'était déjà tourné vers elle lorsqu'il dit
aux princes qu'il ne pouvait pas l'accepter avant
d'avoir recherché en premier lieu la volonté divine ;
néanmoins, il leur fit une promesse : « Je vous donne­
rai réponse d'après ce que l'Eternel me dira ,. (Nom­
bres 22. 8). Combien ces paroles paraissent spirituelles !
Mais le cœur de Balaam était « entraîné à la cupidi­
té » ; aussi, lorsque Dieu lui interdit de faire ce qui
l'aurait conduit à la récompense convoitée, il cacha sa
cupidité en adressant des paroles spirituelles aux prin­
ces de Balak. Ensuite, il se para d'un autre semblant de
spiritualité en allant à Dieu une seconde fois. Balaam
obtint ce qu'il désirait, mais au prix de quel épouvan­
table résultat ! L'habitude qu'il avait cultivée en secret
se développa en un fruit visible pour tous, savoir « la
voie de Balaam •.
Frères et sœurs, distinguez-vous le cheminement de

89
la cupidité ? A moins que la grkc de Dieu ne nous
rende capables de nous libérer de cette dangereuse atti­
tude de cœur, nous nous soumettrons de plus en plus
à cette influence subtile de Mammon, jusqu'à être vain­
cus par sa puissance.
Jude, en parlant de certaines personnes qui s'étaient
égarées, déclare qu'elles « se sont jetées pour un salaire
dans l'égarement de Balaam ». Ces gens ne font pas
simplement quelques pas dans ce chemin, mais ils y
courent. C'est une « voie d'erreur ». Dans l'Apocaly­
pse, Jean écrit à l'une des sept églises : « Tu as là des
genf> attachés à la doctrine de Balaam, qui enseignait
à Balak à mettre une pierre d'achoppement devant les
fils d'Israël, pour qu'ils mangeassent des viandes sacri­
fiées aux idoles et qu'ils se livrassent à l'impudicité ,.
(2. 1 4). Ce passage nous montre qu'il y a, non seule­
ment, une « voie de Balaam », mais encore « une doc­
trine de Balaam ·,., Dans un cœur qui a donné asile à
des pensées cupides et n'a pas accepté la correction, le
désir du gain est devenu une habitude profondément
enracinée. Peu à peu, cette habitude cachée dans le
cœur s'est exprimée ouvertement ; et le chemin s'est
manifesté de plus en plus pour aboutir à une doctrine
nettement formulée.
La Parole de Dieu parle à maintes reprises des rava­
ges terribles causés par la cupidité. Quand Pierre parle
de « la voie de Balaam >>, il s'en réfère en premier lieu
aux faux docteurs, et il avertit ses lecteurs en ces ter­
mes : « Il y a eu parmi le peuple de faux prophètes, et
il y aura de même parmi vous de faux docteurs qui in­
troduiront des sectes pernicieuses... Par cupidité, ils
trafiqueront de vous au moyen de paroles trompeuses ,.
(2 Pierre 2. 1 -3). Remarquez bien que les pensées de
gain que nous avons dans le cœur faussent notre ensei-

90
gnement. Si notre auditoire est composé de gens pau­
vres, notre message revêtira un certain caractère ; mais
s'il est composé de personnes aisées, nous adapterons
notre style et notre sujet à leur rang social et nous les
ménagerons. Si nous découvrons que des pensées de
cupidité sont capables d'exercer quelque influence sur
nos mouvements ou nos paroles, humilions-nous pro­
fondément devant le Seigneur et recherchons Sa misé­
ricorde. C'est solennel.
En écrivant à Timothée, Paul parle également des
dangers de la cupidité. Il dit dans sa première épître :
" Si quelqu'un enseigne de fausses doctrines, et ne s'at­
tache pas aux saines paroles de notre Seigneur Jésus­
Christ, et à la doctrine qui est selon la piété, il est enflé
d'orgueil, il ne sait rien, et il a la maladie des questions
oiseuses et des disputes de mots ... croyant que la piété
est une source de gain » (6. 3-5). Combien ces faux
docteurs étaient différents de Paul ! Combien géné­
reusement ce dernier se dépensait, lui-même et ses
biens, pour la cause de l'Evangile ! Peut-il y avoir cho­
se plus vile que de s'engager dans le service chrétien
pour en tirer un profit personnel ? Comme les autres,
nous succomberons à cette tentation si nous n'exami­
nons pas cette question et ne renonçons pas une fois
pour toutes à considérer notre service comme un
moyen de subsistance. Gardons-nous de penser que " la
piété est une source de gain » ; mais soyons réconfor­
tés par l'assurance que « la piété avec le contentement
est une grande source de gain » (v. 6). Saisissons com­
me un mot d'ordre la suite des déclarations de cette
épître de Paul à Timothée : « Car nous n'avons rien
apporté dans le monde et il est évident que nous n'en
pouvons rien emporter ; si, donc, nous avons la nourri­
ture et le vêtement, cela nous suffira. Mais ceux qui

91
veulent s'enrichir tombent dans la tentation, dans le
piège, et dans beaucoup de désirs insensés et pernicieux
qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition,
car l'amour de l'argent est une racine de tous les maux ;
et quelques-uns, en étant possédés, se sont égarés loin
de la foi, et se sont jetés eux-mêmes dans bien des
tourments ,. (v. 7-1 0).
Passons maintenant de la Parole du Seigneur procla­
mée par Ses serviteurs aux paroles du Seigneur Lui­
même. Luc 9 nous parle de la mission des Douze, et
le chapitre suivant relate l'envoi des Soixante-Dix.
Dans les deux cas, des instructions très explicites sont
données concernant l'équipement, et, dans les deux cas,
en termes négatifs. En s'adressant aux Douze, Il le ur
dit : « Ne prenez rien pour le voyage, ni blton, ni sac,
ni pain, ni argent, et n'ayez pas deux tuniques » (9. 3).
Les ordres sont encore plus brefs lors de l'envoi des
Soixante-Dix, mais le principe directeur . reste le mê­
me : " Ne prenez ni bourse, ni sac, ni souliers ,. (10. 4).
L'accent est mis sur les mêmes points dans les deux cas.
Le Seigneur désire que la question financière ne soit
aucunement prise en considération par les serviteurs
qu'Il envoie. Plus tard, le Seigneur interroge Ses dis­
ciples au sujet de leurs expériences : « Quand Je vous
ai envoyés sans bourse, sans sac, et sans souliers, avez­
vous manqué de quelque chose ? Ils répondirent : De
rien » (Luc 22. 35). Mais remarquez bien ce qui suit
immédiatement.
Il leur dit en effet : « Maintenant, au contraire, que
celui qui a une bourse la prenne, que celui qui a un sac
le prenne également, et que celui qui n'a point d'épée
vende son vêtement et achète unë épée. ,. Entre-temps,
la situation avait changé. C'était la nuit au cours de
laquelle le Seigneur fut livré. Aussi longtemps que les

92
disciples étaient en mesure de se déplacer librement en
tout lieu, les consignes étaient strictes : « Ne prenez
rien pour votre voyage ,. ; toutefois le Seigneur pres­
crit un équipement plus complet lorsque les circonstan­
ces l'exigent.
Si nous voulons être des prédicateurs efficaces de
l'Evangile, nous devons être animés d'une passion qui
élimine tout autre intérêt. Un véritable prédicateur de
la bonne nouvelle n'est pas anxieux au sujet des voya­
ges qu'il entreprend et de l'accueil dont il sera l'objet,
car il aura reçu des instructions très précises à ce sujet
au moment même de partir en mission. Voilà l'une de
ces consignes : « Ne prenez rien pour votre voyage ,. ;
et les ordres sont tout aussi explicites pour son arrivée
à destination : « Dans quelque maison que vous en­
triez, dites d'abord : « Que la paix soit sur cette mai­
son ! ,. (Luc 1 0. 5). Que c'est merveilleux ! Tout servi­
teur de Dieu devrait être un messager de paix, et glo- ·

rifier sa fonction. Il se peut que nous soyons pauvres,


mais nous ne devrions jamais perdre la dignité de no­
tre importante vocation. Et si les gens que nous allons
trouver refusent de nous recevoir ? Le Seigneur a de­
vancé notre question et y a répondu dans Luc 9. 5 :
« Et si les gens ne vous reçoivent pas, sortez de cette

ville, et secouez la poussière de vos pieds, en témoigna­


ge contre eux ». Remarquez-vous la dignité des servi­
teurs de Dieu ? Ils ne s'apitoient pas sur leur sort en
face du traitement reçu, ne se livrent pas à l'introspec­
tion, et ne se posent pas de questions quant à la con­
duite à adopter ; aucune faiblesse, aucune pensée néga­
tive n'est en eux. Ils sont forts et dignes, leur vision
étant claire.
Nous pouvons encore apprendre davantage à ce su­
jet en notant les instructions que le Seigneur donne à

93
Ses disciples pour nourrir les multitudes. Dans l'un des
cas, il avait prêché à cinq mille personnes, sans comp­
ter les femmes et les enfants. Vers le soir, les disciples
avaient suggéré de renvoyer les gens afin qu'ils puis­
sent se ravitailler eux-mêmes dans les villages, puis­
qu'ils se trouvaient dans un lieu désert. Mais Jésus leur
dit : « Ils n'ont pas besoin de s'en aller ; donnez-leur
vous-mêmes à manger ,. (Matth. 14. 1 6). L'un des dis­
ciples fut alarmé à la perspective de devoir nourrir
tant de monde. Il objecta qu'il faudrait une grosse
somme d'argent pour pouvoir distribuer une portion,
même très petite, à chacun. Alors, le Seigneur leur
demanda de combien de nourriture ils disposaient. Ils
purent trouver cinq pains et deux poissons et les Lui
présentèrent ; Il bénit cette nourriture de sorte qu'il y
en eut en abondance pour tous et qu'il en resta.
yar _ce_mll:ack Jés_us_démo ra à Ses disciples que la
r. sagesse de ce monde n'a pas cours à Son service. ême
.
lorsque les re.ssources ont nous 1sposon :mrr-nr:rrgr��
nous devons être dis osés à onner, a onner o j urs.
0 [es personnes qui tiennent toujours compte ëlelëUrs
intérêts financiers ne sont pas des serviteurs de Dieu,
mais de Mammon. Il faut du temps pour apprendre
cette leçon. Les disciples, aussi, ne l'apprirent pas en
une seule fois. C'est pourquoi, après avoir pourvu mi­
raculeusement aux besoins de cinq mille personnes, le
Seigneur les plaça dans des circonstances analogues.
Cette fois-ci, c'est une foule d'environ quatre mille
hommes, sans compter les femmes et les enfants, qui
L'ont suivi pendant trois jours et Il dit à leur sujet :
« Je suis ému de compassion pour cette foule ; car

voilà trois jours qu'ils sont près de moi, et ils n'ont rien
à manger. Je ne veux pas les renvoyer à je(ln, de peur
que les forces ne leur manquent en chemin ,. (Matth.

94
1 5. 32). Il était manifeste que les Douze n'avaient pas
appris la leçon, car leur réaction fut la même que la
première fois : « Comment nous procurer dans ce lieu
désert assez de pains pour rassasier une si grande fou­
le ? » . Comme la première fois, ils pensaient aux cir­
constances présentes et au manque de moyens pour
suppléer aux besoins. Mais, à nouveau, le Seigneur leur
demanda simplement ce dont ils disposaient. Et lors­
qu'ils présentèrent sept pains, un nouveau miracle s'ac­
complit ; après qu'Il les eôt bénis, une nouvelle multi­
tude fut rassasiée et l'on emporta sept corbeilles pleines
des morceaux qui restaient.
A la Pentec&te, les disciples se trouvèrent en face de
foules spirituellement affamées, mais ils avaient appris
la leçon, et, en comptant sur les ressources divines, à
une seule occasion, ils devinrent les dispensateurs de 1:i
vie éternelle pour plus de trois mille ames, et, plus
tard, pour cinq mille personnes (cf. Actes 2. 41 ; 4. 4).
C'est à cette . école que les disciples furent formés, et
devinrent des hommes capables de faire face aux exi­
gences du Seigneur, et nous ne pourrons pas Le servir
efficacement sans passer par la même discipline. Nous
pouvons être aussi économes que nous le voulons pour
nos propres affaires, mais nous ne devons pas chercher
à l'être dans le service de Dieu, car le Seigneur ne
pourrait pas accomplir de miracles en faveur des mul­
titudes. Notre tendance à la parcimonie va à' l'encontre
de Ses desseins et appauvrit nos propres vies. Il faut
que nous nous soumettions à l'école de Celui qui a édu­
qué les Douze et les Soixante-Dix. Toutefois, même
sous Sa conduite, l'un des Douze se disqualifia, et dut
être rejeté comme voleur. Judas, en observant Marie
oignant le Seigneur d'un parfum de grand prix, calcula
froidement l'aide qu'on aurait pu apporter aux pau-
95
vres en vendant ce parfum et en lui confiant le produit
de la vente. Il ne voyait dans l'élan généreux de cette
femme pour son Seigneur qu'un gaspillage sans raison,
mais le Maître lui attribua la plus haute valeur pour
Lui-même. "' Elle a fait une bonne action à mon
égard ,., dit-Il. Et Il déclara que, partout où l'Evangile
serait annoncé, cette manifestation de la puissance de
l'Evangile serait aussi rappelée (cf. Jean 1 2. 1 -8 ;
Matth. 26. 1 0-13). Quant à Judas, qui avait un sens
tellement faussé des valeurs, il vendit le Seigneur pour
trente pièces d'argent !
Oh ! ne craignons pas d'être trop prodigues lorsque
c'est sur le Seigneur que nous répandons notre amour
et nos ressources.
Certaines personnes ont tellement peur de se livrer
à des exagérations que, dès le début de leur vie chré­
tienne, elles peuvent calculer exactement jusqu'où elles
doivent aller dans leurs dons pour le Seigneur. Si, dès
le premier élan de notre amour pour le Seigneur, nous
calculons, quelle sera notre position lorsque notre pre­
mière ardeur aura passé ?
Quel contraste entre Pierre et Judas ! Judas était le
trésorier des Douze, et en gérant les fonds, il s'appro­
priait une partie de l'argent pour ses besoins person­
nels. Pierre aurait bien pu améliorer sa propre condi­
tion au moment où beaucoup de personnes sauvées
vendaient leurs biens pour les mettre en commun avec
tous les croyants. Mais remarquez ce qu'il dit au boi­
teux, à la porte du temple : « Je n'ai ni argent, ni or,
mais ce que j'ai, je te le donne ; au nom de Jésus-Christ
de Nazareth, lève-toi et marche ,. (Actes 3. 5-6). Si
nous voulons sauvegarder nos avantages personnels
engageons-nous franchement dans une carrière sécu­
lière ; mais, si nous voulons servir le Seigneur, déci-

96
dons une fois pour toutes de ne rechercher que le pro­
grès de l'Evangile et renonçons à toute poursuite de
nos ambitions.
Jetons un coup d'œil sur la vie de Paul et remar­
quons son attitude à l'égard de l'argent. Ecoutez sa
défense lorsqu'il parle aux anciens d'Ephèse : « Je n'ai
désiré ni l'argent, ni l'or ni les vêtements de personne.
Vous savez vous-mêmes que ces mains ont pourvu à
mes besoins et à ceux des personnes qui étaient avec
moi » (Actes 20. 33-34). En écrivant aux Corinthiens,
il pose la question suivante : Ai-je commis un péché
parce que, m'abaissant moi-même afin que vous fus­
siez élevés, je vous ai annoncé gratuitement l'Evangile
de Dieu ? » (2 Cor. 1 1 . 7). Et, auprès d'eux comme
auprès des Ephésiens, il expose les faits prouvant son
désintéressement absolu : « Lorsque j'étais chez vous, et
que je me suis trouvé dans le besoin, je n'ai été à char­
ge de personne car les frères de Macédoine ont pourvu
à ce qui me manquait. En toutes choses, je me suis
gardé de vous être à charge, et je m'en garderai. Par la
vérité de Christ qui est en moi, je déclare que ce sujet
de gloire ne me sera pas enlevé dans les contrées de.
l'Achaïe. Pourquoi ? ... Parce que je ne vous aime
pas ? ... Dieu le sait ! Mais j'agis et j'agirai de la sorte
pour &ter ce prétexte à ceux qui cherchent un prétexte,
afin qu'ils soient trouvés tels que nous dans les choses
dont ils se glorifient ,. (v. 9-1 2). Paul ne prenait pas
une attitude indépendante ; il était disposé à accepter
une aide financière, comme le montre ce passage même.
Mais même dans le cas de réel besoin, il ne voulait rien
recevoir des Corinthiens, car ainsi il n'aurait pas servi
les intérêts de l'Evangile. Il y avait dans cette contrée
de l'Achaïe des hommes qui cherchaient à nuire à son
ministère, aussi était-il décidé à ne permettre aucun

97
doute sur le caractère de son ministère. Etait-ce par
manque d'amour à leur égard qu'il refusait d'accepter
leur soutien ? Il répond à sa propre question : « Dieu le
sait ». Paul avait conscience de la dignité de sa fonc­
tion et il la gardait jalousement. Apprenons de lui à
refuser tout don qui pourrait mettre en question le ca­
ractère du ministère. Quel fardeau pesait sur Paul pour
prêcher l'Evangile ! Il ne pouvait agir autrement, mê­
me s'il devait exercer un métier à c&té de son ministère
afin de ne pas être à la charge d'autrui ; et il subvenait
non seulement à ses propres besoins, mais encore à ceux
de ses collaborateurs. Son sens aigu de la responsabilité
ne le laissait pas satisfait, même lorsqu'il ne manquait
de rien . Comme serviteurs de Dieu, nous n'irons pas
loin en exerçant simplement notre foi pour subvenir à
nos propres besoins, sans nous soucier de ceux des au­
tres. En qualité de Lévites, nous pensons être en droit
de nous atten re �eup e e �ieu nous offre
la �me ; mais nous sommes enc ins ou l�lëS
'Lévites se trouvent à leur tour dans l'obligation ëlé
aire ae même. Les serviteurs e Dieu p em temps
risquent 'être tel ement obséa- s par tout ce qu'î s ont
a an onné qu'ils espèrent toujours recevoir, perdant
tou sens e eur responsa iht et âelëür"r1vi ge au
sujet-es ons. ette attitu e est ata e pour e rogrès
spirittre de l ouvrier, car tout clrfëtien evrait toujours
onner, même avec un revenu très modeste. Seulement,
recevoir sans âonner cOnduit inévita -leilïelit à la stag­
riatton. t si nous ne porrons= Eas -d�nsao1Îité
'financiere pour es autres, �u nous confiera p�u.
Dans sa seconde éphre aux Corinthiens, Paul em­
ploie cette phrase : « Comme pauvres, et nous en enri­
chissons plusieurs .,. (6. 1 0). Oh 1 comme cet homme
connaissait son Dieu ! Sans se soucier de l'ampleur de

98
ses propres besoins, il se préoccupait toujours de l'en­
richissement de la vie des autres, et, chose étonnante,
il était toujours en mesure de les enrichir.
Frères et sœurs, si en quelque point, le caractère du
ministère qui vous a été confié est mis en question par
honneur pour le ministère, alors, vous ne devez accep­
ter aucun soutien et en donner clairement la raison.
Toutefois, ce refus ne vous libérera pas de vos obliga­
tions envers ces frères. Si vous désirez accroître votre
revenu, augmentez votre rendement. L'expérience de
nombreux serviteurs de Dieu confirme Sa Parole :
« Donnez et il vous sera donné ,. (Luc 6. 38). C'est là
une loi divine et c'est à notre détriment que nous la
transgressons. Le chrétien gère ses affaires sur une base
diamètralement opposée à celle du non-chrétien. Ce
dernier économise pour accroître son capital ; le pre­
mier l'augmente en donnant. En faisant ainsi, il se peut
que le chrétien ne puisse améliorer son compte ban­
caire, mais il est de la sorte en mesure de partager l'ex­
périence de Paul : « Comme pauvres, et nous en enri­
chissons plusieurs '" ·
A la fin de sa seconde épître aux Corinthiens, alors
qu'il exprimait son espoir de les visiter bientôt, Paul
dit : « Voici, pour la troisième fois, je suis prêt à aller
chez vous, et je ne vous serai point à charge ; car ce ne
sont pas vos biens que je cherche, c'est vous-mêmes. Ce
n'est pas, en effet, aux enfants à amasser pour leurs
parents, mais aux parents pour leurs enfants ,. (1 2. 1 4).
Notez combien souvent Paul parle aux Corinthiens de
son attitude à l'égard des questions financières, mais,
il parle toujours de sa propre position pour les instrui­
re ; s'il ne l'avait pas fait, ils auraient pu croire qu'il
se désolidarisait d'eux parce qu'il était offensé par les
critiques formulées contre lui et son ministère. Bien que

99
les circonstances particulières dans lesquelles Paul se
trouvait l'eussent obligé à refuser toute aide financière,
il avait tellement bonne conscience qu'il pouvait les
encourager à envoyer de l'aide aux saints nécessiteux
de Jérusalem et aussi se vanter de leurs libéralités aux
églises de Macédoine. Paul n'avait personnellement pas
besoin de leur argent, mais comme il existait des be­
soins ailleurs, Paul désirait qu'ils donnent avec libéra­
lité pour leur propre enrichissement comme pour èelui
des autres.
Puis-je vous· demander, à vous qui fréquentez les en­
fants de Dieu, si vous faites toujours la différence
entre les gens et ce qui leur appartient ? Dans toutes
vos relations avec eux, cherchez-vous leur édification
ou leurs biens ? S'ils se méfient de vous et vous retirent
leur soutien financier, êtes-vous encore capables de leur
donner sans réserve ce que vous possédez ou bien votre
désir de les servir s'évanouit-il quand il n'y a plus rien
à attendre d'eux ? Humainement, Paul aurait eu de
sérieuses raisons d'abandonner les Corinthiens à leur
sort, mais il ne pouvait le faire ; aussi projetait-il de
les visiter une troisième fois. Il refusait leurs biens mais
continuait à s'occuper d'eux. Combien, en vérité, il re­
cherchait leur édification et non pas leurs richesses. La
façon dont il leur ouvre son cœur au cours de ses épî­
tres le prouve ! La suite du passage que nous avons
cité contient le même soupir : « Pour moi, je dépenserai
très volontiers, et je me dépenserai moi-même pour vos
ames, dussé-je, en vous aimant davantage, être moins
aimé de vous. Soit ! je ne vous ai point été à charge ;
mais, en homme astucieux, je vous ai pris par surprise 1
Ai-je tiré du profit de vous par quelqu'un de ceux que
je vous ai envoyés ? J'ai engagé Tite à aller chez vous,
et, avec lui, j'ai envoyé le frère ; est-ce que Tite a exigé

1 00
quelque chose de vous ? N'avons-nous pas marché dans
le même esprit, sur les mêmes traces ? •. Voyez ici
comme, par l'attitude de son cœur, Paul se donnait lui­
même aux Corinthiens, et, par conséquent, il leur don­
nait tout ce qu'il possédait ! Nous sommes indignes de
notre haute vocation de prédicateurs de l'Evangile si
nous ne pouvons pas engager dans l'œuvre tout ce que
nous sommes et tout ce que nous possédons.
Remarquez, par ailleurs, que .Paul accepta l'aide qui
lui fut envoyée de Macédoine. Car il est juste, pour un
serviteur de Dieu, de recevoir, dans des conditions nor­
males, une contribution de la part de ses frères. Paul
n'acceptait ni ne refusait les dons sans discernement. Il
avait le discernement nécessaire pour pouvoir accepter
avec reconnaissance lorsque le donateur se trouvait
dans de bonnes conditions spirituelles. Puissions-nous,
nous aussi, discerner entre ce qu'il convient d'accepter
et ce que nous devons refuser, étant délivrés de l'habi­
tude répandue d'accepter tous les dons.
Considérons maintenant l'épître de Paul aux Philip­
piens et examinons son attitude lorsqu'il reçoit des of­
frandes des saints de cette ville. Voici comment il leur
écrit : « Vous le savez vous-mêmes, Philippiens, au
commencement de la prédication de l'Evangile, lorsque
je partis de la Macédoine, aucune Eglise n'entra en
compte avec moi pour ce qu'elle donnait et recevait ;
vous flites les seuls à le faire, car vous m'envoyâtes
déjà à Thessalonique, et à deux reprises, de quoi pour­
voir à mes besoins. Ce n'est pas que je recherche les
dons ; mais je recherche le fruit qui abonde pour votre
compte ,. (4. 1 5-1 7). Paul avait reçu avec reconnais­
sance le don de l'église de Philippes ; mais, tout en
agissant de la sorte, il déclarait que sa plus grande joie

101
en recevant ces dons ne résidait pas dans l'enrichisse­
ment qu'ils lui procuraient à lui, mais à eux, les dona­
teurs. Et il ajoutait immédiatement la remarque sui­
vante : « J'ai tout reçu et je suis dans l'abondance. >
Quel contraste avec les commentaires habituels qui
font suite aux dons reçus ! Trop souvent les lettres de
remerciements soulignent l'ampleur des besoins qui ne
sont pas encore couvens, dans l'intention consciente ou
inconsciente de stimuler la générosité. Relisons à nou­
veau les paroles de Paul et prenons-les pour nous-mê­
mes : « j'ai tout reçu et je suis dans l'abondance •· Il
n'y a pas ici la moindre allusion à un besoin. Au con­
traire, tout donne l'impression d'une satisfaction com­
plète. Quel contentement d'esprit Paul connaissait,
étant pleinement libéré de l'esclavage de Mammon !
Mais, poursuivons notre lecture : « Et mon Dieu
pourvoira à tous vos besoins, selon Sa richesse, avec
gloire, en Jésus-Christ >.
Paul exprime sa reconnaissance pour l'aide maté­
rielle qu'il a reçue par les saints de Philippes. Ceci,
sans du tout perdre de vue la gloire de son ministère.
Même en reconnaissant qu'il est leur obligé, il ne sacri­
fie rien de sa dignité spirituelle. I l ne s'attache pas aux
dons et aux donateurs. I l exprime librement sa recon­
naissance, mais il réalise que ces dons viennent de
Dieu : « Un parfum d'agréable odeur, un sacrifice ac­
ceptable, agréable à Dieu •· Néanmoins, et parce qu'il
participe à leur offrande à Dieu, il leur offre une béné­
diction au-delà de tous leurs propres dons : « Mon
Dieu pourvoira à tous vos besoins selon Sa richesse,
avec gloire, en Jésus-Christ >. Combien Paul était
riche l Et quelle richesse ne prodiguait-il pas à d'au­
tres ! Puissions-nous partager la droiture de cœur de

102
cet homme et nous joindre à lui lorsqu'il ajoute : c A
notre Dieu et Père soit la gloire, aux siècles des siècles,
Amen ! ,.
Enfin, considérons l'attitude de Paul par rapport
aux fonds de l'Eglise. Il écrit dans la seconde épître
aux Corinthiens (ch. 8. 1-4) : c Nous vous faisons con­
naître, frères, la grke de Dieu qui s'est manifestée
dans les Eglises de la Macédoine. Au milieu de beau­
coup de tribulations qui les ont éprouyées, leur joie dé­
bordante et leur pauvreté profonde ont produit avec
abondance de riches libéralités de leur part. Ils ont,
je l'atteste, donné volontairement selon leurs moyens,
et même au-delà de leurs moyens, nous demandant
avec de grandes instances la gcl.ce de prendre part à
l'assistance destinée aux saints • ·
Paul, ayant eu connaissance de la famine qui sévis­
sait à Jérusalem, avait informé les frères de Macédoine
des besoins qu'il y avait là-bas. Bien qu'ils fussent eux­
mêmes presque en difficolté financière, ils furent telle­
ment touchés par cette nouvelle qu'ils s'imposèrent des
restrictions pour envoyer des secours à leurs frères et
qu'ils donnèrent joyeusement même au-delà de leurs
moyens. Leurs dons n'étaient certainement pas faits
par contrainte, car il nous est dit qu'ils demandèrent
avec instance à l'apôtre la faveur de pourvoir aux be­
soins des saints de Jérusalem. Ils étaient si réellement
unis à leurs frères dans leurs affaires quotidiennes que,
même à distance, les besoins de ceux-ci avaient priorité
sur les leurs. Le fait qu'ils aient dli solliciter cette
faveur montre que l'apôtre hésitait à les encourager à
cet acte de renoncement parce que leurs propres be­
soins étaient très réels ; mais leur importunité eut rai­
son de sa résistance. Leur attitude était sublime, mais

103
celle de Paul également. Se trouvant dans une position
de responsabilité, malgré son désir de soulager les frè­
res d'ailleurs, Paul ne pouvait pas ignorer les besoins
des frères de cette région ; mais ils étaient tellement
libérés d'eux-mêmes et tellement préoccupés par les
besoins des autres, que Paul ne put que reconnaître le
fonctionnement du corps et donner suite à leur de­
mande. Quel beau tableau de la relation entre un ser­
viteur de Dieu et ceux qu'il cherchait à servir ! Nous,
qui portons le titre de serviteurs de Dieu, ne devrions
pas bondir de joie à la vue de l'argent offert par les
saints pour nos propres besoins ou pour ceux des au­
tres, mais bien tenir compte des conditions de vie des
donateurs, de peur que, dans leur intérêt pour les
saints, ils ne fassent de trop grandes libéralités en se
privant eux-memes.
• A

Après avoir approuvé la contribution des saints de


Corinthe en faveur de ceux de Jérusalem, Paul leur
donne maintenant des conseils pour la collecte et l'en­
voi de celle-ci à destination. Nous pouvons encore tirer
profit de ces instructions en nous rapportant à cette
même épître aux Corinthiens : « Grâces soient rendues
à Dieu ,. , écrit-il, « de ce qu'il a mis dans le cœur de
Tite le même empressement pour vous car c'est avec un
nouveau zèle et de son plein gré qu'il part pour aller
chez vous. Nous envoyons avec lui le frère dont la
louange en ce qui concerne l'Evangile est répandue
dans toutes les Eglises, et qui, de plus, a été choisi par
les Eglises pour être notre compagnon de voyage dans
cette œuvre bienfaisante, que nous accomplissons à la
gloire du Seigneur même... Nous agissons ainsi afin que
personne ne nous blâme au sujet de cette abondante
collecte... car nous recherchons ce qui est bien, non

104
seulement devant le Seigneur, mais aussi devant les
hommes. Nous envoyons avec eux notre frère dont
nous avons souvent éprouvé le zèle dans beaucoup
d'occasions ,. (8. 1 6-22). Remarquez combien Paul
agissait avec prudence dans toute cette question. Avez­
vous constaté qu'il ne s'occupait pas lui-même de
l'argent ? C'est en effet Tite qui fut chargé de la res­
ponsabilité de cette collecte. Et deux frères très estimés
furent désignés pour l'accompagner : le frère c dont
la louange en ce qui concerne l'Evangile est répandue
dans toutes les Eglises ,. et celui c dont nous avons sou­
vent éprouvé le zèle dans beaucoup d'occasions ». L'ad­
ministration des biens d'Eglise ne devrait donc jamais
être l'affaire d'une seule personne, mais être confiée au
moins à deux ou trois membres dignes de toute con­
fiance. Comme la question de l'argent exige un soin
des plus minutieux, en écrivant aussi bien à Timothée
qu'à Tite, Paul déclare qu'aucune personne cupide ne
devrait être autorisée à assumer la fonction d'ancien
dans une église locale ( 1 Tim. 3. 3 ; Tite 1. 7). Et, dans
1 Tim. 3. 8, les mêmes recommandations sont données
au sujet de la fonction de diacre. Toute personne qui
ne gère pas l'argent en toute honnêteté, est impropre à
occuper un poste quelconque de responsable dans
l'Eglise. Dans le même ordre d'idées que Paul, Pierre
écrit : « Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre
garde, non par contrainte, mais volontairement, selon
Dieu ; non pour un gain sordide, mais avec dévoue­
ment ,. (1 Pierre 5. 2).
La cupidité est un malheur qui appelle des mesures
énergiques, et, si nous n'avons pas résolu à fond ce
problème, nous tomberons tôt ou tard dans des diffi­
cultés. Par la grâce de Dieu, puissions-nous arriver à

1 05
une position claire en ce qui concerne toutes nos affai­
res financières. Ainsi, nous pourrons prendre, devant
Lui, la responsabilité de faire face, non seulement à nos
propres besoins matériels, mais de pourvoir, selon la
mesure de notre foi, aux besoins de nos frères.

106
CHAPITRE X

San s compromi s
à l'égard d e l a vérité

Lectures : Jean 8. 44 ; Matth 12. 19 ; 2 Tim. 2. 24.

La loyauté absolue à l'égard de la vérité doit occu­


Eerla première place dans la vie de tout serviteur de
Dieu. Il est possible - et, en fait, cela se roduit fré­
quemment - qu un serviteur u eigneur modifie la
verité sous l'influence des hommes, des circonstances

107
soucieux d'agir selon la vérité, comme il le ferait pour
le fils d'une autre famille, il le présentera aux frères
responsables de l'église, afin de leur laisser le soin de
juger si le candidat est prêt au baptême ou non ; mais,
comme il s'agit de son propre fils, qu'il veut baptiser à
tout prix, au lieu de se conformer strictement à la Pa­
role, il s'arrange pour modifier la procédure en sa fa­
veur. Si son premier désir était d'obéir au Seigneur, il
serait pleinement disposé à écouter l'avis des frères, et,
par conséquent, échapperait à tout risque de partialité
à l'égard de son fils.
Prenons une illustration. Une controverse doctrinale
surgit dans une assemblée. Un certain nombre de frères
se rangent avec empressement du c&té de tel serviteur
de Dieu, tandis qu'un nombre également important,
préférant un autre serviteur, appuie son point de vue.
Hélas ! aucun des deux partis n'est absolument fidèle
à la vérité, car tous deux ont fait des compromis par
suite de leur préférence pour certaines personnes. Oh 1
combien nos affections influencent subtilement nos dé­
cisions, nous amenant à falsifier la Parole, au lieu de
capituler devant elle.
Le standard du texte inspiré ne doit jamais être
abaissé au niveau de notre pensée ; même si elle met
nos déficiences à nu, quel droit avons-nous pour falsi­
fier la vérité ? Nous devons la proclamer telle qu'elle
se présente dans la Parole, éternellement valable, et
dépassant de loin notre compréhension naturelle. Mê­
me si elle est en désaccord avec nos expériences et dé­
route notre logique, nous devons toujours nous confor­
mer à la Parole de Dieu. Et nous devons, avant tout,
nous garder de l'expliquer d'une certaine façon au sujet
de telles personnes, et de l'atténuer pour l'appliquer à

1 08
nous-mêmes, à des membres de notre famille ou à nos
amis. Prenons bien garde à ce piège subtil.
Jlcancoup� difficultés surgissent dans les églis�
parce que les chrétiens sacrifient plus volontiers la v�­
r1té que leurs intérêts personnels. L'un des membres
d'une certaine église locale fit savoir qu'il n'assisterait
plus aux réunions parce qu'un incident dont on n'avait
pas pris soin de l'informer s'était passé au sein de
l'Eglise. Dans quelle mesure ce frère avait-il discerné la
nature absolue de la vérité ? S'il avait raison de se
séparer des autres frères, même après avoir été informé,
il devait le faire ; et s'il avait tort de se séparer d'eux,
il n'avait alors aucun droit de le faire en invoquant
leur silence à son égard. Lors ue nous nous trouvons
dans une communauté Üi n'est pas en arrnonie avec
ledessem révélé de Dieu, nous aevons en sortir. S1,
d'autre art, nous savons que c'ëStlavo�téde fi1ëu
d' y rester, mais que ce a nous cr e es ennuis, nous ne
devons as jouer avec lavént e just1f-1er notre èmis­
sion en i voqyaru es ëli ficult s._ Qui sommes-nous
pour attendre des égards de la part de nos frères chré­
tiens ? t qui sommes-nous pour oser mettre de c6té la
Pa oJ.e_d_e:=Il u arce u'el e nous entrame ans a�
situations embarrassantes ? Oh 1 nous nous preno�s
· eaucoup trop au sérieux. ous sommes présomptueux.
Si la vie de notre moi n'est pas brisée, nous ne devien­
drons jamais de véritables serviteurs de Dieu. Il faut
que nous apprenions à considérer Sa Parole sans parti­
pris, que cela soit à notre avantage ou non. Si seule­
ment nous pouvions en reconnaître la nature, jamais
nous n'obscurcirions Sa gloire en nous mettant toujours
en avant. Oh ! puissions-nous être libérés de notre pré­
somption !
Donnons encore une illustration. Un frère avait en-

109
tendu de différents côtés des critiques contre une cer­
taine église locale ; mais il se joignit à cette église et,
dans ses contacts avec les croyants, appuya toujours
leurs points de vue, sans avoir toutefois jamais exami­
né à fond les faits en question ; en général très poli, il
cherchait à s'attirer la sympathie de tous. Au bout d'un
certain temps, l'un des frères, discernant son état spi­
rituel, et désireux de lui venir en aide, lui parla avec
fidélité en lui déclarant la vérité dans l'amour. Mais
!'interpellé n'accepta pas cette exhortation et se sépara
de l'assemblée, répandant un peu partout des calomnies
à son sujet. Une attitude ferme à l'égard de la vérité
faisait défaut chez ce frère de sorte qu'il pouvait la
tordre dès qu'elle le touchait personnellement. S'il
s'était soumis à ses exigences, dès le début, il aurait pris
position contre cette communauté, si la vérité l'avait
exigé ; mais, dans le cas contraire, même la réprimande
la plus sévère n'aurait pu l'amener à se séparer d'elle.
Prenons une autre illustration. Un serviteur de Dieu,
qualifié pour diriger, se sent appelé à s'engager dans
une certaine direction, et comme son ascendant est fort,
il arrive inévitablement que d'autres le suivent. Si cet­
te voie est bonne, ce n'est pas le fait que ce serviteur
s'y soit engagé qui la rend telle. Et si la voie choisie est
mauvaise, le fait qu'il s'y soit engagé ne peut la rendre
bonne. Si, plus tard, cet homme tombe dans le péché,
sa chute ne signifie aucunement que la ligne de con­
duite adoptée soit mauvaise. Une fois de plus, laissez­
moi affirmer que la vérité de Dieu est absolue ; elle ne
dépend pas de l'avis de celui-ci ou de celui-là, mais el­
le l'est en elle-même. Il y a en nous une telle tendance
à regarder aux hommes que le chemin pris par une per­
sonne considérée par nous comme spirituelle nous pa­
raît être immanquablement bon, et que celui pris par

110
une personne se trouvant dans de mauvaises conditions
spirituelles doit être forcément mauvais. Allez-vous
renoncer à suivre le Christ parce que certains chrétiens
dé votre connaissance sont nuSérables ? Allez-vous
renier le christianisme du fait que certams enfants de
I5ieu tombent dans le péché ? Allez-vous cesser de
mettre votre confiance dans le Sei neur à cause des
dé fauts e ceux qui se réclament de Lui ? Certamement
non. Si érite vraiment toute notre con-
·

1ance, nous continuerons à la Lui accor er.


p e cons1 rer es réactions des hommes
la vén , mais e s'attac e nt e e-
rtains frères nous disent : « Combien je remercie
Dieu de m'avoir conduit dans ces réunions ! J'y ai
beaucoup reçu ». Nous ne sommes pas toujours trans­
portés de joie par de telles remarques. Car, elles ne
prouvent pas que ces personnes assistent à ces réunions
par amour pour la vérité. Il se peut, au contraire, que
ces amis nous fassent de telles remarques simplement
parce que ces réunions leur sourient. Mais attendez le
jour où quelque chose sera dit ou fait qui s'opposera à
leur point de vue, et voyez si elles ne déclarent pas que
toute l'assemblée est sur une mauvaise voie. Si une as­
semblée est dans la vérité, elle l'est. Si elle est dans
l'erreur, elle l'est. Ce n'est pas son attitude favorable
ou défavorable envers moi qui la rend bonne ou mau­
vaise. La vérité doit être l'unique facteur déterminant.
Pour qu'il en soit ainsi, le moi qui fausse nos jugements
doit disparaître.
Les nombreuses divisions au sein de l'Eglise et les
dissensions multiples dans l'œuvre de Dieu seraient
éliminées si nos préférences personnelles pouvaient �tre
abandonnées. Si nous capitulions simplement devant la
vérité, sans tenir compte de ses effets sur nous-mêmes,

111
non seulement les problèmes de l'Eglise et ceux de
l'œuvre de Dieu seraient résolus, mais les nôtres le se­
raient aussi. Bien sôr, loin de nous la pensée d'aban­
donner la vérité ; mais nous nous permettons une légè­
re déviation par-ci, une autre par-là, et peu à peu, la
vérité cesse de régir notre vie. C'est ainsi que nous per­
dons notre capacité de suivre le Seigneur et que nous
nous laissons entraîner, tantôt dans une direction, tan­
tôt dans l'autre. Si l'on nous traite avec des égards,
nous marchons dans le chemin que le Seigneur a mon­
tré ; si l'on nous brusque, nous partons en quête d'une
autre voie. Combien nous sommes imbus de nous-mê­
mes ! Nous occupons la place que la vérité devrait
occuper. Nous faisons de nous-mêmes le pivot de l'uni­
vers, et faisons tout dépendre de la manière dont les
choses nous affectent.
Oh ! Frères et sœurs, c'est la vérité seule qui im­
porte, et non pas ses effets sur les petites créatures que
nous sommes. Elle peut nous demander de renoncer
aux liens personnels les plus heureux et nous faire col­
laborer avec des personnes d'un caractère incompatible
avec le nôtre. Ce n'est pas le bonheur dont nous jouis­
sons au sein du groupe dont nous faisons partie qui
justifie notre relation avec lui, ni les difficultés avec
notre entourage qui prouvent que nous ne sommes pas
à la bonne place. Admettons une fois pour toutes que
la vérité est souveraine et doit gouverner le choix de
nos relations et tous nos jugements. Même dans les
cours de justice humaine, les préférences personnelles
du juge ne doivent pas influencer son verdict. Il ne
peut pas obéir aux impulsions de son cœur et se refuser
à déclarer son propre fils « coupable ,., si la loi prouve
sa culpabilité ; il ne peut pas davantage se refuser à
déclarer son ennemi « non coupable ,., si la loi exige

1 12
cette sentence. La loi est irrévocable, et le juge doit se
soumettre à ses exigences.
Si, en notre qualité de membres de même corps et
collaborateurs à la même t:iche, nous nous soumettions
sans réserve à la vérité, combien plus rapides et faci­
les nos délibérations deviendraient, et combien l'œuvre
prospérerait ! Notre seule ambition étant de faire la
volonté du Seigneur, maintes discussions vaines n'au­
raient jamais lieu et nous arriverions rapidement à des
conclusions claires. Faute de cela, combien de temps
nous perdons à discuter sur nos avis personnels, en pe­
sant nos mots et en recourant à la diplomatie pour
plaire à tous. Nous devons toujours nous arrêter pour
voir si le frère A ne se verra pas offensé si nous faisons
telle ou telle chose, et si le frère B se refusera à coopé­
rer dans le cas où nous nous engagerons dans une autre
direction, et quelles concessions il sera nécessaire de
faire pour nous concilier le frère C ... Même si, en te­
nant compte de l'opinion des uns et des autres, et en
nous ajustant continuellement aux convictions d'au­
trui, nous évitons des conflits, que gagnons-nous si
nous faisons des concessions à l'égard de la vérité ?
Si, au lieu de jouer le r8le d'entremetteurs, et d'éla­
borer des plans et des stratagèmes pour le maintien de
la paix entre eux, chacun des collaborateurs reconnais­
sait la souveraineté de la vérité et s'y soumettait hum­
blement, la bénédiction du Seigneur reposerait sur
toute la communauté. Oh ! Puissions-nous nous préoc­
cuper uniquement de connahre la volonté de Dieu et
tout simplement faire ce qu'il demande.
Veillons sérieusement à cela 1 Mais rappelons-nous
aussi qu'il n'y a aucune place pour nos efforts psychi­
ques dans l'œuvre du Seigneur. Il se peut quë nous es­
sayions d'influencer d'autres vies dans le désir sincère

113
de faire prospérer l'œuvre de Dieu ; et nous réussirons
peut-être même à les amener à accepter la vérité, mais
la fin ne justifie pas les moyens. Faisons-lui donc
pleine confiance pour qu'elle s'impose d'elle-même. La
vérité est bien trop sublime pour se laisser manipuler
par nous. A nous de prendre, d'un cœur humble, l'atti­
tude qui convient devant elle.

1 14
Table des matières

Chapitre Paae

I Travailleur 9
II Stable . 19
III Aime toute personne 29

IV Il sait écouter . 37
V Mesure ses paroles . 45
VI Pas subjectif 56
VII Maître de son corps 66
VIII Armé de la pensée de souffrir . 77
IX Fidèle dans les questions d'argent 86
X Sans compromis à l'égard de la vérité 107
le VRAI servt-teu� de Dteu

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Vie chrétienne
ISBN : 978-2-7222-0009 8
5 '90 me
Réf. : CLCV060 ,