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Avis n°13 du CNC explicitant les incidences comptables de la pandémie Covid-19

Le Conseil National de la Comptabilité (CNC) a émis en date du 29 avril 2020 son avis N°13
explicitant certains traitements comptables dérogatoires justifiés par les incidences
économiques et financières de la pandémie de Covid-19.
Cet avis a été émis en réponse à la demande du Comité de Veille Economique qui a saisi le
Conseil National de la Comptabilité sur l’opportunité de mettre en place un cadre comptable
approprié, permettant d’adapter les modalités de traitement comptable de certaines opérations
au contexte actuel.
Ces opérations concernent principalement les contributions au fonds spécial Covid-19, les
dotations aux amortissements des actifs et les frais généraux fixes.
La réponse apportée par le CNC dans le cadre de cet avis est l’objet de la présente note
complétée par les incidences fiscales des traitements proposés.

1. Contributions au fonds spécial pour la gestion de la pandémie

1.1. Traitement comptable


Le CNC apporte deux précisions relativement à ces contributions, à savoir :
- La qualification de ces contributions en tant que charges non courantes ;
- La possibilité de leur étalement en tant que charges à répartir sur plusieurs exercices.
L’avis précise, en effet, que ces contributions au compte d’affectation spécial intitulé « Fonds
spécial pour la gestion de la pandémie du Coronavirus Covid-19 », constituent une charge
non courante à inscrire au débit du compte 6587 « Contributions au Fonds spécial Covid-
19 ».
Il stipule également que dans la mesure où les impacts induits par ces contributions collectées
vont se prolonger au-delà de l’année 2020, les entités concernées ont la possibilité de
transférer le montant de cette contribution à l’actif du bilan dans la rubrique
« Immobilisations en non-valeurs ». Ce traitement qui constitue une option relevant d’une
décision de gestion, s’explique aussi par le fait qu’il s’agit d’une charge ponctuelle non
récurrente dont l’importance peut être significative pour être rattachée au seul exercice 2020.
A cet effet, le compte 2128 « Autres charges à répartir sur plusieurs exercices » est
débité par le crédit du compte 7597 « Transferts de charges non courantes ».
Le compte de charges à répartir devra être étalé sur une période maximale de 5 exercices, y
compris 2020.
Si leur montant est significatif, les charges à répartir font l’objet de mentions au niveau de
l’ETIC en particulier aux états A1, A2, A3 et B1 conformément aux prescriptions du
CGNC.
1.2. Traitement fiscal
Il convient de rappeler que l’administration fiscale a admis le caractère déductible du résultat
fiscal de la charge découlant de ces contributions. Le traitement fiscal sera donc aligné sur le
traitement comptable, à savoir :
- Déductibilité sur l’exercice 2020, ou
- Déductibilité sur 5 exercices si l’entreprise a opté pour l’étalement en tant que charges
à répartir. Un étalement sur une durée inférieure ou supérieure à 5 exercices n’est pas
admis fiscalement.
Enfin, il convient de souligner que si une disposition fiscale venait imposer un étalement sur
plusieurs exercices, la déductibilité totale sur l’exercice 2020 ne serait plus admise.
1.3. Traitement en matière de distribution de dividendes
Il est à souligner que les immobilisations en non valeur n’ont pas d’incidence sur la situation
nette vu qu’elles sont retranchées de la somme des capitaux propres et des capitaux propres
assimilés.
Toute distribution de dividendes doit donc tenir compte des charges à répartir non encore
imputées au compte de résultat. L’entreprise doit disposer de réserves libres, autres que les
réserves obligatoires de par la loi ou les statuts, au moins égales auxdites charges à répartir.
En effet, l’article 330 de la loi 17-95 relative aux sociétés anonymes précise que « …Hors le
cas de réduction du capital, aucune distribution ne peut être faite aux actionnaires lorsque la
situation nette est, ou deviendrait, à la suite de celle-ci, inférieure au montant du capital
augmenté des réserves que la loi ou les statuts ne permettent pas de distribuer. »

2. Charges fixes de sous-activité

2.1. Traitement comptable


Afin d’alléger l’impact de la crise de la pandémie du Covid 19 sur la performance des
entreprises, ces dernières ont, conformément à l’avis N°13 du CNC, la possibilité, à titre
dérogatoire, d’inscrire à l’actif du bilan dans la rubrique « Immobilisations en non
valeur », la quote-part des charges fixes liées à la sous-activité par rapport à la capacité
normale de production ou de fonctionnement prévue en 2020.
Selon l’avis du CNC, les charges concernées sont celles supportées par l’entreprise pendant la
période d’arrêt (total ou partiel) ou de ralentissement de l’activité, notamment sous forme :
- de dotations aux amortissements des actifs,
- de charges locatives,
- de charges financières,
- de redevances de crédit-bail, et
- de charges de structures (charges de personnel liées à l’Administration générale et aux
fonctions supports).
A cet effet, le compte 2128 « Autres charges à répartir sur plusieurs exercices » est débité
par le crédit des comptes de transfert de charges correspondants appropriés
(d’exploitation, financières ou non courantes).
Le CGNC a défini la sous –activité comme étant le niveau d’activité de l’ensemble de l’entité
ou d’un de ses départements inférieur au niveau prévisionnel considéré comme « normal »
compte tenu des facteurs techniques et économiques.
Exemple : Soit une entreprise, dont la capacité normale de production est de 4 000 unités.
Suite à la conjoncture actuelle, elle n’a pu produire que 2 500 unités. Les données relatives à
ce cas se présentent comme suit (Montants en MDH) :
Libellé Montant
Capacité normale 4 000,00 unités
Production réelle 2 500,00 unités
Coefficient d'imputation 62,5 %
Charges fixes réelles dont : 1 000,00
Dotations aux amortissements 300,00
Charges locatives 400,00
Charges de personnel administratif 300,00
Charges fixes à imputer 625,00
Charges fixes liées à la sous-activité 375,00

Ainsi, la quote-part des charges fixes liée à la sous-activité d’environ 375 MDH pourrait être
inscrite en charges à répartir, pour être étalées sur 5 exercices maximum, y compris 2020.
Si leur montant est significatif, les charges à répartir font l’objet de mentions au niveau de
l’ETIC en particulier aux états A1, A2, A3 et B1 conformément aux prescriptions du
CGNC.
2.2. Traitement fiscal
Le compte de transfert de charges constitue un produit imposable. Il n’est pas soumis à la
cotisation minimale. Les charges à répartir doivent être étalées sur 5 exercices (à taux
constant).
2.3. Traitement en matière de distribution de dividendes
Les mêmes précisions apportées au niveau du point 1.3 ci-dessus sont également applicables
pour les charges de sous-activité inscrites en immobilisations en non valeurs. Aucune
distribution ne peut avoir lieu qu’en présence de réserves libres couvrant au moins les charges
à répartir non encore amorties.

3. Incidences du COVID-19 sur les clôtures au 31/12/2019 et sur les clôtures post-
31/12/2019

3.1. Impact du Covid-19 sur les clôtures au 31/12/2019


Considérant que l’épidémie du Covid-19 est un évènement post-clôture qui n’a produit ses
effets qu’en 2020, les actifs et les passifs ainsi que les produits et les charges sont
comptabilisés et évalués pour les exercices clos au 31 décembre 2019, sans tenir compte
de cet évènement et de ses conséquences.
Toutefois, l’entité doit indiquer l’impact de cet évènement au niveau du tableau II de l’état
C5 de l’ETIC intitulé « Evènements nés postérieurement à la clôture de l’exercice, non
rattachables à cet exercice et connus avant la première communication externe des états
de synthèse ».
Si la crise a des effets significatifs sur l’entité, il est fait mention dans l’ETIC, autant que
possible en fonction de la disponibilité de l’information et des impacts connus à la date
d’arrêté des comptes.
Les informations sur ces évènements peuvent être de nature quantitative ou qualitative comme
la baisse du chiffre d’affaires, la fermeture des sites de production, la mise en place de plans
de restructuration…
Il est fait également au niveau de l’ETIC mention de tous les évènements favorables pouvant
atténuer les effets de la crise, tels que l’obtention d’aides particulières de l’Etat, les reports
d’échéances fiscales, le soutien des bailleurs de fonds…
Même si l’hypothèse de continuité d’exploitation serait remise en cause par les évènements
post-clôture liés à la pandémie, de tels évènements relèvent seulement de l’information à
mentionner dans l’ETIC et ne justifient pas la production de comptes en valeurs
liquidatives.

3.2. Impact du Covid-19 sur les clôtures post 31/12/2019


A ce titre, considérant que la pandémie est déclarée le 20 mars 2020, il y a lieu d’observer ce
qui suit :
 Pour les entités dont la date de clôture est intervenue entre le 1 er Janvier 2020 et le 20
Mars 2020 : Les évènements post-clôture s’appliquent dans les mêmes conditions
que celles clôturant leur exercice le 31 décembre 2019 ;

 Pour les entités dont la date de clôture intervient postérieurement au 20 Mars 2020 :
Les évènements post-clôture doivent affecter l’évaluation des actifs, passifs,
charges et produits et servir l’ETIC, le cas échéant.

Casablanca, le 3 mai 2020.

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