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La conception de Bourdieu:

Son projet est ambitieux, il se trouve dans un article des années 1970, qui nous montre les
limites de la théorie sociologique, de la créativité théorique. Il veut faire la synthèse des trois
possibilités théoriques de l'analyse sociologique. Il pense qu'il est le dernier sociologue. Il veut
articuler des auteurs qui s'ignorent vis à vis de la méthode, Durkheim s'intéresse au symbolique,
Weber aux comportements, aux stratégies des professionnels de la religion, et Marx s'intéresse à la
lutte des classes dans sa dénonciation de l'idéologie.
Bourdieu rajoute Cassirere, qui s'intéresse à la religion comme langage. Pour Durkheim le
problème est la réponse scientifique à la question de la connaissance collective, la religion est un
langage réel qui parle d'autre chose. Dans la religion comme il l'analyse, une langue comme un
instrument de communication est un instrument de connaissance, c'est une sorte de médium
symbolique (la langue) qui est structuré et structurant. Chez Durkheim, la sociologie de la religion
est spontanément une sociologie de la connaissance, il est le fondateur du structuralisme. Il est clair
qu'il n'y a aucun intérêt pour la dimension socio-économique des systèmes sociaux, on ne parle pas
des producteurs de mythes ne de la fonction des objets symboliques. L'hypothèse est celle du
consensus entre l'univers sociétal et celui des représentations. L'accroche avec Marx est la suivante:
un système logique est prédisposé à servir des fonctions d'inclusion et d'exclusion, d'intégration et
de distinction. Toute structure et tout symbole est fondé au moins sur une structure binaire (bien et
mal, blanc et noir) or cette base binaire est tout à fait apte à remplir une fonction politique et là au
fur et à mesure que se développe la société, les classements qu'opère la pensée mythique vont finir
par recouvrir les divisions sociales hiérarchiques: des groupes sociaux vont incarner le bien, d'autres
la mal selon la logique binaire première avant de se complexifier. La sociologie des formes
symbolique est proche de la sociologie politique. Les détenteurs du pouvoirs se glissent dans les
catégories mythiques.
Pour Weber, l'intérêt va au rapport entre le discours religieux et ces producteurs et ses
consommateurs. Bourdieu adoptent des termes de marché. Le système des croyances et pratiques
religieuses est une expression, plus ou moins transfigurée, des stratégies des différents groupes de
spécialistes de la religion et des différentes classes intéressées à leurs service. Il n'y a de religion
que parce qu'il y a une demande et une offre religieuse, soumise à la concurrence pour le monopole
de la gestion des bien de salut. C'est la loi du marché que Bourdieu met en œuvre en plus du lien
avec tous ces auteurs. Weber, par ce biais des stratégies, se rapproche du Marx de la lutte des
classes. Ils s'accordent sur l'idée que la religion a une fonction de légitimation, de confirmation de
l'ordre établit. Il y a des groupes de professionnels de la religion en concurrence comme il y a des
classes en concurrence dans la société. Les professionnels de la religion, pour Bourdieu, sont des
travailleurs.

I- La division du travail religieux

Cela va de pair avec l'urbanisation. Le travail intellectuel se sépare du travail manuel (Marx)
et c'est la base de l'aliénation. Le champ religieux devient à ce moment autonome, la religion
devient une instance de la réalité sociale. La séparation ville-campagne est d'ailleurs fondamentale
dans la religion. Dans la ville l'homme peut s'émanciper de la nature. Dans l'urbanisation,
l'interaction humaine est forte, l'homme constitue des réserves, commerce, l'individu devient
possible. C'est là que nous avons besoin de légitimation car nous sommes coupés du monde de la
nature. A mesure que disparaît cette relation à la nature, la nature devient un problème, il faut
donner un sens à l'existence, la demande de sens devient impérieuse (Weber), or cette demande de
sens est une demande de légitimation. Des personnes interviennent pour produire ce sens, le
processus de rationalisation de la religion commence. La systématisation des réponses, des théories
du discours religieux est nécessaire.
Cette idée de l'urbanisation va de paire avec Marx (division travail intellectuel-travail pratique).
L'homme n'est plus immergé dans la réalité existentielle. Et avec Max Weber, elle est le cadre de la
rationalisation à venir. Ces auteur montrent que la condition humaine devient plus abstraite et
rencontre des problèmes: l'organisation sociale notamment. C'est aussi une ouverture sur la liberté,
l'homme peut construire son monde et doit se poser la question du sens (Weber). Apparaissent des
professionnels du sens, les religieux.
Bourdieu accepte donc que tout commence par la religion qui est la première recherche de sens, la
première expérience de légitimation. Les hommes cherchent le sens pour se justifier, besoin
inhérent à la nature humaine de recherche normative.
On passe du mythe au religieux, le tabou devient pécher (par rapport à une loi), on passe du mana à
une divinité juste et bonne. C'est la même matière symbolique qui se transforme avec la nature
humaine, avec la donation de sens qui fonde la modernité (modernité= tout est pensé, tout à une
finalité, un sens chez Weber). C'est moralisation est une forme de rationalisation, les choses vont
vers l'abstraction et un champ religieux se constitue.
Un champ chez Bourdieu est constitué d'une tension entre deux éléments. Imaginons
qu'apparaissent des professionnels du sens, qu'ils sont visités plusieurs fois et que cette relation
oblige le prêtre à organiser ses idées. Il doit écrire les réponses qu'il donne, pour ne pas se
contredire. Une doctrine s'accumule et permet une relative autonomie du champ religieux, c'est sur
ce point que Bourdieu s'écarte de Marx.
La constitution d'un champ religieux va de pair avec la dépossession des laïques, ceux qui n'ont pas
de savoir religieux et qui a besoin d'un prêtre. Il y a un champ religieux car une partie de la
population est exclue du champ. On ne peut pas imaginer que la religion existe en soi, c'est une
demande de la société.
Les laïques sont dépossédés du capital religieux: capital accumulé, doctrines, théologies. Ils ne le
savant pas, c ad, reconnaissent la légitimité de cette dépossession. Toute connaissance recèle une
méconnaissance.
Qu'en est-il de cette dépossession ? La relation entre des biens de salut qui sont nés de la division
de travail social et religieux, et, les groupes et les classes qui ont une position inférieure dans la
structure de distribution des biens religieux. On retrouve un peu la lutte des classes. Il y a ceux qui
n'ont rien, cela entraine la paupérisation religieuse. On peut acquérir les schémas de pensée et
d'action comme on peut y accéder par les institutions, par le magistère. Le protestant est d'avantage
maitre de son destin religieux que le catholique. Cette maitrise va de pair avec le degré d'évolution
de la religion, on va du mythe à l'intellectualisation.
Cette perspective s'inscrit dans le sens de weber car il fait le rapport avec des groupes de
professionnels. La rationalisation augmente à mesure que le champ devient autonome.
C'est ce qui permet de faire le lien avec la structure de classe. Cette opposition entre ceux qui
détiennent le monopole de gestion du sacré et les laïques, est le principe de l'opposition sacré-
profane. La sacré autorise une manipulation légitime de la religion, le profane n'en a pas le droit.
Bourdieu reprend ici Durkheim en y ajoutant une dimension sociale.
La religion remplit une fonction d'association et de dissociation, on retrouve la dialectique, elle
réunit et écarte en même temps. Toute religion sécrète une religion inférieure. Pourquoi? Car
chaque fois qu'un système de pratique domine, il y a un système de croyance en position de dominé.
Quand il y a pouvoir, il y a domination. Dans le cas de la religion, c'est toujours le sacré qui est en
position de dominant. Dans la même formation sociale il y a cette opposition entre religion et magie
mais cela dissimule l'opposition entre différentes compétence religieuse qui est liée à l'inégale
répartition du capital religieux. La magie n'est pas un stade primitif des systèmes symboliques et
religieux mais un système permanent des groupes dominés, pour les sorcière, il s'agit des femmes
en l'occurrence qui forment le groupe dominé. Toute pratique dominée est vouée à apparaître
profanatrice, comme un défi au sacré, aux détenteurs du monopole. Il peut arriver que la magie se
livre à des profanation de la religion dominante (prophétie auto réalisatrice).
Comme dans tous les champ, l'enjeu est d'obtenir le monopole qui dans le cas de la religion, se
présente sous la forme du sacré.
La religion est prédisposée à assumer une fonction idéologique. On retrouve Marx. Qu'est-ce? Une
fonction politique, pratique, qui consiste à légitimer l'arbitraire et absolutiser le relatif. Donner du
sens à une réalité vécue. C'est ca la légitimation au sens de Weber. Cette fonction idéologique
renforce la force matérielle qui peut être mobilisée par un groupe qui va rechercher une
consécration, une sacralisation, de sa position dans la structure sociale. Ce groupe trouve dans la
religion la légitimation de sa condition. Ce la peut tout aussi bien être la légitimation de la position
dominée. La réalité sociale arbitraire a changé de nature, elle devient éthique, elle incarne des
valeurs. Elle donne à une réalité, une dimension éternelle, morale. Les groupes sociaux ont un
intérêt religieux: la moralisation de leur position. L'apparition d'une religion signale l'apparition
d'un nouveau groupe social et politique. La religion renforce la condition matérielle vécue.
La nature même de la doctrine répond à la demande de légitimation. La question de la théodicée
(discours qui justifie Dieu malgré l'existence du mal) ne surgit que dans des classes privilégiée qui
tente de justifier leur bonne fortune. D'où vient le mal est une question de luxe, que l'on se pose
quand on est pas sous le coup du mal. Bourdieu nous dit qu'il s'agit plus d'une sociodicée, une
justification d'une condition privilégiée. L'individualisation de l'éternité (du paradis) répond à une
demande sociale d'individualisme petit bourgeois. Le purgatoire apparaît pour permettre aux
guerrier d'accéder à l'éternité. Teilhard de Chardin a mêlé la doctrine à l'évolutionnisme, il y montre
que plus l'homme progresse plus il se rapproche du divin, c'est une forme de millénarisme qui
suppose qu'il y a une identification entre Dieu et la nature qui n'est possible que dans des milieux
privilégiés car ceux qui souffre de la nature ne peuvent pas imaginer que Dieu s'identifie à la nature,
ils pensent un Dieu en dehors de la nature pour les en sortir. Selon la position des groupes dans la
structures des rapports de classes et dans la division du travail religieux, varie les demandes de
légitimation.
Double tension:
Champ religieux Champ laïque
lutte pour le monopole entre les basses Lutte des classes
religions et les dominantes
&
Mouvement de hiérarchisation des religions

L'idéologie religieuse est en permanente évolution et ré interprétation qui ne peut être faite
que par des spécialistes, il faut que chaque groupe social puisse la comprendre dans son propre
prisme.
Au fur et à mesure qu'une religion se diffuse, elle connait des interprétation différentes car la
distance grandit entre les producteurs du messages originel et ses récepteurs.
l'hindouisme est associé aux magiciens, le bouddhisme aux moines mendiants, l'islam aux guerriers,
le christianisme aux compagnons itinérants. Ils portent chacun un type d'éthique, une doctrine de
salut. Cette extension du message religieux implique qu'il change au fil du temps, à la lumière de
l'expérience sociale des générations qui se suivent. Le système symbolique fonctionne sur une base
binaire, une base de classification qui suppose au minimum deux genres. C'est là qu'il peut y avoir
un double message dans une même religion. La même religion peut avoir des sens différents pour
les groupes qui se reconnaissent en elle. Le message n'est efficace que si on ignore qu'il sert un
intérêt collectif

II- Le charisme

Le pouvoir symbolique que leur confère le fait de croire en leur propre pouvoir symbolique.
Le prophète n'est pas manipulateur, son idéologie professionnelle est qu'il n'a par principe
aucun intérêt temporel dans ce qu'il fait. Il s'isole de la réalité sociale au nom d'une transcendance
quelconque qui prend souvent la forme d'une révélation. Sa conviction « fait descendre du ciel ce
qu'il y projette depuis la Terre » (Bourdieu). Le prophète méconnait sa condition, c'est ce que
Bourdieu compare à la notion de complexe chamanique de Lévi-Strauss (« une circulation quasi
magique de pouvoirs au cours de laquelle le groupe produit et projette le pouvoir symbolique qui
s'exercera sur lui et au terme de laquelle se constitue l'expérience du pouvoir prophétique qui fait
toute la réalité de ce pouvoir »). Lévi-Strauss reprend ici de Durkheim l'analyse du totem et du
mana. C'est une sorte de mensonge, d'auto-persuasion. « La société se paye toujours elle même de la
fausse monnaie de son rêve » (Marcel Mauss). C'est ce qui rend possible la réussite du prophète, il
fait des choses inhabituelle qui sont ou admirée ou méprisée car en dehors du sens commun. On est
dans la perspective de Durkheim ou la transcendance retentit sur l'immanence.
Le pouvoir charismatique, mystérieux, trouve son explication dans cette circulation intérieur-
extérieur.

D'un côté, en se soumettant à l'Église, il est reconnu, et de l'autre, l'Église accepte quelques
modifications.
Le phénomène de l'hérésie menace aussi le monopole ecclésiastique. Elle peut se produire dans un
conflit pour l'autorité ou le pouvoir parmi les membre d'une même Église. Cela se produit quand
une partie des laïques rencontre le pouvoir anticlérical capable de les porter, quand il y a une
hiérarchie dans l'Église et qu'un groupe dominé rencontre l'intérêt des laïques, une rencontre
populaire. Le conflit, hérésie cléricale, ne reste ainsi pas théorique et devient une hérésie populaire
dans la pratique, la liturgie.
Bourdieu cite LeGoff, historien, qui dit que les phénomène hérétiques sont inhérent aux
phénomènes démographiques.
Les idéologies religieuses définies comme hérétiques ont en commun:
– Le refus de la grâce institutionnelle
– Le sacerdoce universel (idée que tout homme peut être un prêtre)
– L'autogestion du salut
– La liberté de conscience
On appellerait ça aujourd'hui, une démocratisation.
Le rôle du bas clergé, en parallèle avec intelligentsia de Marx, rôle de dominé, est celui de répondre
aux attentes des dominés dans la sphère économique et politique. Ils donne à la révolte des dominés
laïques une formulation symbolique qui va nourrir leur rébellion.
Il y a d'un côté des contraintes internes qui résultent de la concurrence pour le pouvoir au sein de
l'institution et des forces externes qui sont d'une part les intérêts religieux des différents groupes de
laïques qui dépendent de la force de ces groupes et d'autre part la concurrence du prophète ou du
sorcier. Pour comprendre le message religieux, il faut mettre en rapport le système de relations qui
constituent ce message et le système de relations entre les forces matérielle et symboliques qui
constituent le champ religieux. On retrouve ici l'idée de symbolique chez Durkheim. La force du
message religieux est de diviniser un ordre social, le structurer. Qu'ils soient dominants ou dominés,
les laïques ont besoin d'une légitimation de leur situation.
Le sorcier répond à la demande de groupes et de classes inférieures. La paysannerie, sous le joug de
la nature ne peut pas comprendre le message symbolique de l'Église. Elle ne peut pas s'identifier au
prophète. Certaines catégories seront sensibles à la rupture prophétique, et d'autres non. Le prophète
s'adresse à ceux qui sont capables d'entendre son message, c'est un intellectuel. Il démocratise le
message religieux en avançant que les prêtres n'ont pas le monopole exclusif. C'est reçu par les
laïques comme un message de libération.
Le monopole ecclésiastique est lui même l'objet d'un travail de sacre. Apparaît une tradition
d'écriture. Les écrits religieux théoriques s'accumulent dans le seul but de tenir les laïques à distance
car ils n'ont pas le savoir particulier en question.