Vous êtes sur la page 1sur 13

Cours: Economie monétaire et financière 1

Semestre 3

L’inflation

Professeur: M.MOUTMIHI

Année Universitaire 2020/2021

Cours: Economie monétaire et finacière 1


Depuis plusieurs années, le problème de l’inflation préoccupe toutes les économies. Plusieurs causes expliquent
l’apparition d’un phénomène inflationniste.
Il est question d’analyser les facteurs qui déterminent la sensibilité de l’inflation aux variations de l’offre et de
la demande globales.
Une accélération de la croissance de l’offre de monnaie produit-elle une accélération de l’inflation ? En
contrôlant la demande globale, est-ce peut faire disparaitre l’inflation.
1. Qu’est-ce que l’inflation ?
L’inflation est définie comme une hausse
soutenue du niveau général des prix des biens et
services.
Elle concerne une augmentation durable du
niveau moyen des prix plutôt qu’une hausse
passagère de quelques prix spécifiques.
2. La mesure de l’inflation
L'inflation est la perte du pouvoir d'achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et
durable des prix.
• Pour mesurer la hausse du niveau général des prix, on calcule des indices de prix. L’indice le plus
utilisé est l’indice des prix à la consommation (IPC) (il existe d’autres indices par exemple des prix de
la construction, des prix industriels, des prix de gros etc.).
• L'indice des prix à la consommation (IPC) est calculé de la manière suivante :
• On définit le panier du consommateur moyen c-à-d la répartition de son budget entre les différents
biens et services
• On calcule le prix de ce panier de biens, à intervalle régulier (mois, année….)
• On calcule l’indice des prix en rapportant le prix courant du panier à celui d’une année de base.
Exemple :
Prix de la Prix de l’essence Prix du panier de IPC Taux d’inflation
baguette biens
2009 1 2 8 100 -
2010 2 3 14 175 75%
2011 3 4 20 250 43%
• Prix panier 2009: 4 x1 + 2x2 = 8
• Prix panier 2010: 4x2 + 2x3 = 14
• Prix panier 2011: 4x3 + 2x4 = 20
• On choisit une année de base et on rapporte le prix du panier de chaque année à celui de l’année de
base. 2009 est l’année de base.
• IPC 2009 = (Prix panier 2009 / Prix panier 2009).100 = 100
• IPC 2010 = (Prix panier 2010/ Prix panier 2009).100 =175
• IPC 2011 = (Prix panier 2011/ Prix panier 2009).100 = 250
• Le taux d’inflation pour l’année 2010 = IPC 2010 - IPC 2009
• On appelle taux d’inflation la mesure en pourcentage de l’augmentation du niveau général des prix aux
cours d’une période donnée (généralement l’année).
3. Les types d’inflation
On retrouve plusieurs types d’inflation :
 La désinflation : On parle de désinflation lorsque les prix augmentent de moins en moins vite. Les prix ne
baissent pas.
La désinflation compétitive : La désinflation compétitive consiste pour un pays de choisir une politique
économique dont l’objet est d’atteindre un taux d’inflation inférieur à celui des pays partenaires de ce
pays. Les prix du pays concerné augmentent moins vite que ceux des pays concurrents. Les avantages de
la maîtrise de l’évolution des prix :
• Plus grande compétitivité des entreprises.
• Restauration de la balance commerciale.
• Renforcement de la monnaie.
• Baisse des taux d’intérêt.
 La déflation : La déflation est une chute persistante des prix. Elle peut se caractériser par une baisse de
l’activité économique qui s’auto entretient (crise des années trente). Ce type de déflation serait bénin
s’il provient d’un progrès de la productivité.
 La stagflation : Ce concept rend compte de la coexistence d’une faible croissance économique, d’un taux de
chômage élevés et d’une forte inflation.
 L’hyperinflation (inflation galopante): est une situation économique de hausse extrême du taux
d’inflation. Les prix augmentent de plus de 50% par mois. Les pays y étant confrontés sont
généralement conduits à une crise monétaire et économique.
4. Les causes principales de l’inflation
Inspiré par l’analyse des chocs macroéconomiques, les économistes ont identifié plusieurs causes
explicatives de l’inflation. En effet, une hausse sensible des prix peut trouver son origine soit du côté de
la demande (augmentation), soit de celui de l’offre (baisse).
 L’inflation par la demande:
Tous les facteurs qui stimulent la croissance de la demande globale de biens et services peuvent
engendrer de l’inflation (dynamique des salaires et des prix).
A partir d’un niveau des prix initial, la demande de biens et services peut s’accroître pour différentes
raisons :
 Une hausse de la demande étrangère pour les biens et services nationaux ;
 Une déthésaurisation ou désépargne liée à l’apparition de nouveaux produits, à la modification du système de
prix relatifs, à l’augmentation de la population ou à l’enrichissement de certaines catégories d’individus, à la
mise en place d’une politique de soutien à la consommation ;
 Une hausse des dépenses publiques ;
Si les entreprises ne peuvent satisfaire les commandes, un déséquilibre entre l’offre (stable) et la demande (en
hausse) de biens apparaît et se traduira par la hausse des prix.
• En outre, l’inélasticité de l’offre de biens et services peut s’expliquer par plusieurs causes :
• Le plein emploi des possibilités de production
• goulets d’étranglement localisés : pénurie de certains biens de consommation intermédiaire
• La pénurie de certains biens de consommation intermédiaire (c’est-à-dire entrant dans le processus de
production) ou rigidités spécifiques de certains facteurs ;
• inadéquation des marchandises proposées par les entreprises avec les goûts, les besoins ou
• les attentes des consommateurs.
 L’inflation par les coûts :
On parle d’inflation par les coûts lorsque les entreprises, pour maintenir leurs marges, répercutent la hausse de leurs
coûts de production sur le prix de vente des marchandises.

L’augmentation des coûts de production peut avoir plusieurs origines :


 l’augmentation plus rapide du prix des facteurs de production (salaires, taux d’intérêt, prix de certaines matières
premières) par rapport à leur productivité; on parle ainsi d’« inflation de productivité ».
 la hausse généralisée des prix des matières premières importées utilisées comme consommations intermédiaires ; c’est l’«
inflation importée »
 la dépréciation de la monnaie nationale (perte de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux devises) qui
renchérit le coût des biens importés
 Les causes monétaires de l’inflation :
• Esquissée par J. Bodin au XVIe siècle, puis développée au XVIIIe siècle par R. Cantillon et D. Hume,
l’approche monétaire de l’inflation peut être comprise à partir de l’équation des échanges établie par I.
Fisher.
• Selon les Monétaristes, l’inflation résulte toujours d’une expansion trop rapide de la quantité de monnaie injectée
dans l’économie par rapport à la croissance des besoins réels des agents.
• En effet, toute transaction sur le marché des biens et services se traduit par un flux financier correspondant
au prix fixé pour la transaction. En conséquence, la masse monétaire disponible dans une économie
détermine le niveau possible des transactions compte tenu de la valeur des biens échangés. Cette relation
entre la masse monétaire et le niveau général des prix est expliqué par la théorie quantitative de la monnaie.
Cette théorie démontre que l'on peut déterminer le niveau des prix grâce à l'égalité suivante: M.V = P.Q.
• Cette théorie suppose d'une part que la vitesse de circulation de la monnaie dans une économie est stable sur
une longue période, et d'autre part que Q est une variable relativement fixe dans le sens ou les variations de
production ne peuvent se réaliser qu'à court terme.
• Ainsi, si V et Q sont stables à court terme, alors toute variation des prix de vente des biens et services
s'explique par une variation de la masse monétaire disponible dans une économie. L'inflation est donc de ce
point de vue un phénomène d'origine monétaire.
5. Les effets de l’inflation
Les effets de l’inflation sur l’économie dépendent du fait que l’inflation soit anticipée ou non anticipé par
les décideurs économiques. D’ailleurs, ces derniers n’ont pas d’autre choix que de se prêter à l’exercice
qui consiste à incorporer une prévision de l’inflation dans leurs décisions. Dans ce contexte, la meilleure
prévision est celle qui prend en compte toute l’information disponible et pertinente (une anticipation «
rationnelle»).
 Les effets de l’inflation anticipée
Si l’inflation est parfaitement anticipée par les décideurs, les salaires nominaux augmentent au même rythme
que l’inflation; il en va de même pour toutes les variables nominales (ex. PIB nominal, les taux d’intérêt
nominaux, etc.). Dans un type d’économie indexée, les coûts sont limités aux éléments suivants : les coûts
de transactions (fréquence ou autres), la diminution du PIB potentiel et du taux de croissance
économique à long terme. Ces coûts s’accroissent avec l’inflation car un taux d’inflation élevé est difficile
à prévoir et à maîtriser.
 Les effets de l’inflation non anticipée
L’inflation non anticipée a beaucoup plus d’effets indésirables sur l’économie, en particulier sur la
redistribution des revenus.
 Sur le marché du travail: redistribution entre les employeurs et les employés, rupture de l’équilibre de plein emploi.
 Sur le marché des capitaux : redistribution entre les prêteurs et les emprunteurs, trop ou trop peu de prêts et
d’emprunts.
6. Pourquoi lutter contre l’inflation ?
Il est important de reconnaître que l’inflation dérègle les mécanismes économiques fondamentaux.
Deux conséquences de l’inflation sont à mettre en valeur : d’une part les conséquences « internes » et d’autre part les conséquences « externes ».
 Les conséquences « internes » de l’inflation
 Les rôles de la monnaie sont perturbés:
- La monnaie n’assure plus sa fonction de réserve de valeur puisque la hausse des prix des biens et services en réduit le pouvoir d’achat ; les agents
adoptent un comportement de « fuite devant la monnaie ».
- La monnaie n’assure pas non plus sa fonction d’instrument de mesure, puisque les variations de prix n’obéissent plus à des forces réelles ; les gains et
les pertes des agents ne correspondent à aucune logique économique et les choix de consommation, d’épargne et d’investissement sont
totalement perturbés.
- La monnaie voit son rôle d’instrument des échanges totalement exacerbé, les agents économiques cherchant à s’en débarrasser sur le marché des
biens et services.
 La distribution des revenus s’en trouve modifiée au détriment des agents dont les revenus ne sont pas indexés sur la hausse des prix (rentiers,
retraités, salariés du secteur privé) et des individus pauvres qui sont contraints de payer les produits de grande consommation plus chers
(d’autant que la demande de biens et services fondamentaux pour assurer la survie des individus est dite « inélastique aux prix » car ces
produits sont incontournables)
 L’ensemble du calcul économique qui est faussé par l’inflation:
- La dette réelle des emprunteurs étant allégée (baisse du coût de l’endettement par emprunt à taux fixe par rapport à la valeur réelle du
remboursement),
- des investissements qui ne l’étaient pas deviennent rentables et peuvent alors être engagés.
- L’épargnant est pénalisé (la valeur des créances réelles qu’il détient baisse) et incité à orienter de manière irrationnelle ses fonds vers des
investissements spéculatifs ou des achats immobiliers ou fonciers.
L’inflation a donc des effets sur la répartition des revenus, opérant un transfert des créanciers (ménages) vers les débiteurs (entreprises et Etat).
 Les conséquences « externes » de l’inflation :
• L’inflation réduite la compétitivité-prix des produits nationaux, c’est-à-dire la capacité des entreprises du
pays à gagner des parts de marché ou défendre celles acquises face aux entreprises étrangères, non ou
moins soumises à la hausse des prix internes.
En effet, plus le différentiel d’inflation est élevé, moins les prix à l’exportation sont compétitifs ; les
clients étrangers cherchent à acheter des marchandises ailleurs et les exportations du pays baissent. Au
contraire, la pénétration des produits étrangers sur le marché national est facilitée.
• D’où un freinage de l’activité économique et une dégradation de la balance commerciale qui, si elle
persiste, accélérera la sortie de devises et dépréciera la monnaie sur le marché des changes (ou en
provoquera la dévaluation).
7. Les politiques de lutte contre l’inflation
Les politiques de lutte contre l’inflation visant à réguler la demande. Les pouvoirs publics
utilisent plusieurs politiques :
• La politique budgétaire : Pour réguler l’inflation en appliquant une politique budgétaire, l’Etat
va chercher à réduire et limiter la demande tout en luttant contre l’insuffisance de l’offre. La
demande peut être trop excessive à cause des banques qui prêtent trop, de l’État qui dépense
trop, ou bien encore de la masse monétaire, trop importante.
• La politique budgétaire applicable consiste à maitriser les dépenses publiques, mais aussi
celles des différents agents économiques. Pour ce faire, l’Etat peut geler les dépenses
publiques ou les diminuer en diminuant les prestations sociales, en réduisant le nombre de
ministères ou les budgets des ministères, le nombre de fonctionnaires, en fusionnant les
services publics…
• L’État peut augmenter la fiscalité, mais le pouvoir d’achat des ménages diminuera,
provoquant une diminution de la consommation, mais une hausse des recettes fiscales.
Toutefois, il est important de rappeler ici que le premier impôt en termes de recettes est la
TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée), assise sur la consommation… Ainsi, si la consommation
diminue, les recettes fiscales issues de la TVA reculeront.
• La politique monétaire : Elle vise à agir directement sur la masse monétaire dont le but est de
réduire la masse et d’agir sur la création monétaire. Pour ce faire, on dispose de 3 outils : le
taux d’intérêt (pratiqué par les autorités monétaires), les réserves
obligatoires et l’encadrement du crédit.
8. La courbe de Phillips
Phillips, économiste néo-zélandais, a constaté en 1958 une relation décroissante entre l'inflation salariale (le taux de
croissance des salaires nominaux) et le taux de chômage. Elle permet d'expliquer l'inflation : dès lors que le taux de chômage
diminue, les salaires nominaux augmentent ; l'augmentation des salaires nominaux se répercute sur les prix. L'inflation
salariale permet ainsi d'expliquer l'augmentation du niveau général des prix. La courbe de Phillips est devenue assez vite,
dans l'analyse macroéconomique des années 60 et 70, un outil permettant d'expliquer la relation entre le taux de chômage et
le taux d'inflation. La relation a commencé par être stable dans les années 60, avant de devenir instable vers les années 70.
• Tant qu'elle est stable, la relation fait apparaître un dilemme entre l'inflation et le chômage puisqu'elle montre que l'on ne
peut diminuer le chômage qu'au prix d'une augmentation de l'inflation. Inversement, on ne peut diminuer l'inflation qu'en
acceptant de subir une hausse du chômage.
• Le mécanisme qui justifie cette relation est l'ajustement lent des salaires nominaux.
• Le mécanisme qui se cache derrière la relation est l'ajustement lent des salaires nominaux : si les salaires nominaux sont
constants et que l'inflation est positive, les salaires réels diminuent, la demande de travail des entreprises s'accroît, l'emploi
augmente et le chômage baisse.
• Il est toutefois nécessaire que les salaires réels anticipés augmentent pour que les salariés acceptent de travailler
davantage. Les salaires nominaux augmentent en pratique, mais moins vite que l'inflation.
• La relative rigidité des salaires nominaux correspond assez bien à l'hypothèse keynésienne de la rigidité des prix à court
terme. C'est pour cela que la courbe de Phillips a très vite été intégrée dans la théorie post-keynésienne.
• Le principe général est qu'on diminue le chômage si l'inflation effective est supérieure à l'inflation anticipée. Dans le cas
particulier où l'inflation effective est égale au taux d'inflation anticipée (absence d'erreurs dans les anticipations des
salariés), on obtient le taux de chômage d'équilibre.

Vous aimerez peut-être aussi