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Cahiers Charles V

Uncle Tom's Cabin et l'histoire américaine : le prisme du paratexte


Claire Parfait

Abstract
Rewritings of American History in the Paratext of Uncle Tom's Cabin
The evolution of the paratextual material of a novel reflects the way each generation approaches its texts. Beyond the changing
criteria of literary judgment, the paratext of some works also reveals the relationship between a society and its past. Because of
its topic and its almost uninterrupted presence on the American market, Harriet Beecher Stowe's Uncle Tom's Cabin (1852) is a
case in point. This paper examines the way the history of slavery, of the Civil War and of Reconstruction is re-read and re-
written in the prefaces, introductions, and editorial notes to various American editions of the novel.

Résumé
Au-delà des critères changeants de la valeur littéraire, le paratexte de certains romans peut éclairer les rapports qu'une société
entretient avec son histoire. En raison de son thème et de ses nombreuses rééditions, Uncle Tom's Cabin, de Harriet Beecher
Stowe (1852), s'avère particulièrement significatif à cet égard. L'analyse des préfaces, introductions et notes éditoriales des
éditions et rééditions du roman jusqu'à nos jours, révèle en effet une série de réécritures de l'histoire de l'esclavage, de la
Guerre de Sécession et de la Reconstruction.

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Parfait Claire. Uncle Tom's Cabin et l'histoire américaine : le prisme du paratexte. In: Cahiers Charles V, n°32, décembre 2002.
Histoire(s) de livres. Le livre et l'édition dans le monde anglophone. pp. 147-175;

doi : https://doi.org/10.3406/cchav.2002.1335

https://www.persee.fr/doc/cchav_0184-1025_2002_num_32_1_1335

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UNCLE TOM'S CABINET L’HISTOIRE
AMÉRICAINE :
LE PRISME DU PARATEXTE

CLAIRE PARFAIT *

« Toute société réécrit son passé, tout lecteur, les textes


qu'il a lus », note D. F. McKenzie dans La bibliographie et la
sociologie des textes (McKenzie 48). Si la lecture d'un texte
varie selon les lecteurs ou, pour un même lecteur, selon les
différentes époques de sa vie, cette observation s'applique na¬
turellement à une société qui évolue et envisage toujours ses
textes à la lumière d'un certain présent, d'une certaine actuali¬
té.

Les différentes lectures d'un même texte au fil du temps


peuvent être examinées sous l'angle de la réception, en analy¬
sant le regard porté par des générations successives sur une
œuvre. Mais il est également possible d'aborder cette question
en se situant non pas en aval, mais en amont du texte, et en
étudiant la manière dont le texte a été proposé aux lecteurs
d'une réédition à l'autre. Selon la typologie établie par Gérard
Genette dans Seuils , le paratexte comprend ce qui, à l'intérieur
du volume, transforme un texte en livre. Il peut être le fait de
l'auteur (paratexte auctorial), de l'éditeur (paratexte éditorial),
ou encore d'une tierce personne, sollicitée par l'éditeur pour
une préface par exemple (paratexte allographe). Ainsi, collec¬
tion, format, mise en page, illustrations, mais également pré¬
faces, introductions et autres textes liminaires, titre, épigra¬
phes, dédicaces, notes peuvent être rassemblés sous le
dénominateur commun de paratexte (Genette 7-37). Cet en¬
semble de dispositifs, que l'éditeur Hubert Nyssen appelle

* Université Paris7 - Denis Diderot.


Cahier Charles V n° 32 (2002)

V«accastillage » du texte (Nyssen 4) et que Genette qualifie


de « seuil » du texte, a pour mission première d'identifier et de
présenter l'auteur et l'ouvrage, tout en exerçant une fonction
non moins essentielle de recommandation : il s'agira en effet
pour l'auteur, l'éditeur, le préfacier, de valoriser le texte afin de
convaincre le lecteur qu'il est digne de son intérêt. Le para-
texte joue également un rôle de guide, puisqu'il fournit au lec¬

teur un
nées à protocole
assurer une
de lecture
certaine
sous
lecture
la forme
du de
texte.
consignes
Dans desti¬
cette

perspective, le paratexte, ainsi que le note Roger Chartier, vise


à « contraindre la réception, à contrôler l'interprétation, à qua¬
lifier le texte » (Chartier 1991, 6). D'autre part, le passage du
temps donne au paratexte une fonction de médiation entre un
texte et de nouvelles générations de lecteurs. Toujours selon
Roger Chartier, les dispositifs paratextuels «permettent un
commerce perpétué entre des textes immobiles et des lecteurs
qui changent, en traduisant dans l'imprimé les mutations des
horizons d'attente du public, en proposant de nouvelles signi¬
fications, autres que celles que l'auteur entendait imposer à ses
premiers lecteurs » (Chartier 1993, 105).

Le paratexte évolue par conséquent au fil des rééditions et


les choix éditoriaux ne sont pas neutres. De même que l'évolu¬
tion de la réception d'un texte peut être révélatrice de change¬
ments dans la société qui le relit, de même, la manière dont un
texte est présenté reflète l'évolution de la société qui produit le
paratexte. Il faut bien entendu pour cela qu'une œuvre dure et
qu'elle soit régulièrement rééditée.

Une étude du paratexte permet tout d'abord d'analyser les


variations dans le statut d'un texte. La canonisation d'un auteur
se révélera ainsi par son inclusion dans une collection presti¬
gieuse : la publication du Comte de Monte-Cristo dans la
Pléiade, celle des ouvrages de l'écrivain africaine-américaine
Zora Neale Hurston dans la prestigieuse Library of America
représentent deux exemples significatifs de consécration. Mais
il est des œuvres qui, par leur nature même, s'avèrent égale-

148
PARFAIT : Uncle Tom 's Cabin et l’histoire

ment riches d'enseignements sur les rapports entre une société


et son histoire. C'est le cas à' Uncle Tom's Cabin , de Harriet
Beecher Stowe, roman anti-esclavagiste publié en feuilleton
en 1851-52 et en format livre en 1852. Le texte, demeuré
source de polémique depuis sa première publication, a connu
une multitude de rééditions et nouvelles éditions - quelque
deux cent cinquante aux États-Unis entre 1852 et 2001. Par

son sujet etUncle


américain, sa présence
Tom's Cabin
quasiseininterrompue
prête tout particulièrement
sur le marchéà

ce genre d'analyse. Cet article se propose donc d'examiner ce


que l'étude du paratexte de ce roman (précisons qu'il sera uni¬
quement question ici des introductions auctoriales et allogra-
phes ainsi que des notes éditoriales), peut nous indiquer des
relectures successives par la société américaine de l'histoire de
l'esclavage, de la guerre de Sécession et de la Reconstruction.

Il convient tout d'abord de rappeler certaines évidences.


Les fonctions du paratexte - notamment valorisation et média¬
tion entre une œuvre ancienne et de nouvelles générations de
lecteurs - influencent nécessairement l'approche des éditeurs
et préfaciers à un texte. Il faut par conséquent prendre en
compte les spécificités du paratexte ainsi que les contraintes
auxquelles il obéit, tout en signalant que le paratexte d 'Uncle
Tom's Cabin a ceci de particulier que la fonction de recom¬
mandation y est très diversement remplie. Il existe en effet un
certain nombre d'éditions dans lesquelles l'éditeur recom¬
mande la lecture du texte, ce qui n'a rien de surprenant, cepen¬
dant que le préfacier souligne le manque de qualités littéraires
du roman et son effet désastreux dans le champ des relations
raciales, notamment par la création de stéréotypes1.

L'édition
lip Van
mais
dictions
un sensibles
certain
Doren
Bramhall
nombre
Stem
entre
House
représente
paratextes
d'autres
(New York,
éditions
l'exemple
éditorial
1964),
présentent
etleallographe.
préparée
plus également
frappant
par l'historien
à des
cet contra¬
égard,
Phi¬

149
Cahier Charles V n° 32 (2002)

Il est d'autre part impossible dans le cadre de cet article de


traiter l'ensemble du paratexte sur cent cinquante ans de réédi¬
tions et nouvelles éditions ; cette étude portera par conséquent
sur les introductions et notes éditoriales de trois périodes qui
sont particulièrement significatives dans la lecture de l'histoire
que le paratexte propose : il s'agit de la période qui suit immé¬
diatement la fin de la Reconstruction, puis de la fin du dix-
neuvième siècle, et pour terminer des années 1960. Par ail¬
leurs, deux questions se posent inévitablement à la lecture du
paratexte des éditions américaines d 'Uncle Tom’s Cabin : la
première porte sur le rôle que le paratexte assigne au roman de
Stowe dans l'histoire américaine ; la seconde soulève le pro¬
blème de l'utilisation d'une œuvre de fiction comme document
d'histoire, c'est-à-dire comme une source utilisable par des his¬
toriens.

Enfin, il est indispensable de préciser que, jusqu'aux an¬


nées 1980, les textes liminaires sont rédigés exclusivement par
des hommes, à part égale des critiques littéraires et des histo¬
riens, et qu'il faut attendre 1952 pour lire une préface rédigée
par un Africain-Américain, Langston Hughes.

Réécritures de l'histoire dans le paratexte d 'Uncle


Tom ' s Cabin

Lorsque le roman de Stowe est publié en livre, il connaît un


succès phénoménal - plus de trois cent mille exemplaires se
vendent en l'espace d'une année - et il est l'objet d'une violente
polémique. La controverse fait rage entre partisans et détrac¬
teurs de l'ouvrage qui, selon l'appartenance politique et géo¬
graphique du lecteur, est considéré comme une vision réaliste
de l'esclavage aux États-Unis ou, à l'inverse, comme une
image faussée, voire un tissu de mensonges et d'exagérations.
Le roman est envisagé à la lumière de l'actualité, c'est-à-dire
du débat sur l'esclavage.

150
PARFAIT : Uncle Tom ’s Cabin et l’histoire

La fin des années 1870

Quelque vingt-cinq ans après la première publication et les


nombreuses rééditions qui ont suivi, le roman connaît sa pre¬
mière véritable nouvelle édition, en 1879. L'esclavage est abo¬
li depuis plus d'une décennie et, pour l'auteur d 'Uncle Tom's
Cabin , qui rédige une longue introduction à la nouvelle édi¬
tion, « l'institution particulière » qui faisait la honte de l'Amé¬
rique n'est à présent plus qu'un mauvais souvenir. Stowe trans¬
forme d'ailleurs le protocole de lecture militant qu'elle avait
donné au livre à sa parution - montrer ce qu'était l'esclavage
pour faire prendre conscience aux Américains des horreurs du
système - et propose à présent au lecteur d'y voir une parabole
religieuse, un message d'espoir, en même temps qu'un témoi¬
gnage sur le passé. Le présent n'intervient dans cette introduc¬
tion que pour souligner la popularité persistante du roman
après un quart de siècle. Or, les années précédentes avaient
marqué la fin de la Reconstruction, et Stowe n'ignorait pas la
mise en place par les États du Sud d'un système qui reprenait

graduellement
dés après la guerre.
aux Noirs
Ellelesendroits
étaitqui
d'autant
leur avaient
plus consciente
été accor¬

qu'elle passait une partie de l'année en Floride, où elle s'était


engagée dans un certain nombre de projets éducatifs pour les
Africains-Américains de son voisinage. Elle avait pu observer
les subterfuges adoptés par les Noirs pour voter en dépit des
mesures prises par les Blancs pour les en empêcher2. C'est
donc délibérément que Stowe choisit dans son introduction de
ne pas mentionner le sort des anciens esclaves et s'abstient de
saisir cette occasion pour adresser à ses concitoyens un nou¬
veau message sur la condition des Noirs aux États-Unis à la
fin des années 1870. Cet apparent désintérêt s'explique à la

Lettre de Harriet Beecher Stowe à Lucy Perkins, 5 décembre 1876, Collec¬


tion Katharine S. Day, Centre Harriet Beecher Stowe, Hartford, Connecti¬
cut.

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Cahier Charles V n° 32 (2002)

lecture de sa correspondance. Pour l'écrivain, le roman avait


pour mission de combattre l'esclavage, et sa lutte a pris fin le
jour où l'esclavage a été aboli. Le reste, selon Stowe, n'est
qu'une question de temps3. C'est d'ailleurs une position assez

procheXXIV).
Garrison,
chap. de celle
abolitionniste
qu'avait adoptée
et rédacteur
après la du
guerre
Liberator
William(Mayer
Lloyd

L'éditeur de cette nouvelle édition de 1 879, Houghton, Os¬


good & Co., de Boston, présente le roman comme un classi¬
que et un best-seller, et rappelle son prodigieux succès à tra¬
vers le monde4. L'inscription du roman dans la catégorie des

classiques
classique
nière,
comme Uncle
unétant
atexte
pour
Tom's
par
dissocié
effet
définition
Cabin
de àdétacher
la est
fois
intemporel.
donc
de
le son
texte
présenté
histoire
D'une
de son et
certaine
par
contexte,
del'éditeur
l'actua¬
ma¬
un

lité. Il faut bien sûr voir là en partie le résultat d'une stratégie


éditoriale qui vise à attirer le plus vaste public possible, en
gommant délibérément le caractère polémique du roman pour
le transformer en objet de consensus. Pour le journaliste de
1'Atlantic Monthly qui commente la nouvelle édition dans le
numéro de mars 1879, la sortie de l'ouvrage est l'occasion de
se réjouir des progrès accomplis depuis 1852 :

[...] whatever our present sin and shame, they are virtue and
honor compared with the degradation in which we lay when
slavery had so perverted the national mind and heart that the

Voir notamment la lettre de H.B. Stowe à la duchesse d'Argyle, 19 février


1866 (Stowe y explique sa propre position et prend la défense de Garri¬
son, que certains ont traité de déserteur parce qu'il considère que le com¬
bat est terminé et cesse par conséquent la publication du Liberator ), Har¬
riet Beecher Stowe Collection, University of Virginia, Charlottesville, et
la lettre de H.B. Stowe à la duchesse de Sutherland, 28 mai 1877, même
collection.

Encart publicitaire de Houghton, Osgood & Co., dans The Publishers'


Weekly, « Christmas Number », n° 21-22, 30 novembre 1878, 657.

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PARFAIT : Uncle Tom ’s Cabin et l’histoire

one no longer found it wrong, and the other no longer felt it


bad [...] We may be a fraud, but we are no longer an open
lie5.

Le commentaire laisse entendre que le chemin à parcourir


est encore long, mais que l'essentiel est fait. Le critique in¬
dique d'ailleurs que l'esclavage fait partie d'un passé bien
révolu, sinon oublié : « Wherever there was a mind to think
and a heart to feel, it [ Uncle Tom's Cabin ] appealed with a
depth and a force which none but those who remember slavery
as an actuality can understand ». La nouvelle édition du roman
permettrait donc à la nation d'envisager le présent avec grati¬
tude et fierté, à l'aune du chemin parcouru et non de ce qui
reste à faire.

Ce point de vue, assez semblable à celui de l'écrivain, n'est


certainement pas sans lien avec la modification sensible de
l'attitude d'une grande partie de la population américaine vis-
à-vis des anciens esclaves. En effet, dans les années 1870,
avant même la fin officielle de la Reconstruction, une certaine
lassitude s'est fait jour dans les rangs des Républicains radi¬
caux. Ainsi que le souligne Kenneth M. Stampp dans son ou¬
vrage sur la Reconstruction, si certains sont restés fidèles à la
cause des Africains-Américains, d'autres se sont lassés et ont
entamé d'autres combats, et d'autres encore, découragés par les
progrès jugés trop lents des anciens esclaves, les ont simple¬
ment abandonnés à leur sort (Stampp & Litwack 14-16; Foner,
1988, chap. XI).

Les années 1880 et 1890

Dans les années 1890, Uncle Tom's Cabin connaît une flo¬
raison de nouvelles éditions, provoquées en partie par l'expira-

5 «mars
Recent
1879.
Literature », article non signé, The Atlantic Monthly , n° CCLVII,

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Cahier Charles V n° 32 (2002)

tion du copyright, qui permet à nombre d'éditeurs de publier le


roman sans avoir à payer de droits d'auteur. La mort de Stowe,
en 1896, donne lieu par ailleurs à une série de «Memorial
Editions ». L'examen du paratexte allographe de ces éditions
met en lumière un désir qui revient souvent sous la plume des
préfaciers. Selon W.S. Walsh, qui rédige une introduction
pour une édition de 1894, le passage du temps permet à pré¬
sentserein
œil d'envisager
: le passé, et par conséquent le roman, avec un

We of the present can look upon the past with calm eyes.
The peculiar institution which the book attacked has been
abolished. The passions which it engendered, the animo¬
sities it provoked, are dead. North and South can now do
justice to the motive which prompted the composition of
Uncle Tom's Cabin. (Walsh xm)

La même idée se rencontre chez Charles Dudley Warner


qui, dans l'édition des œuvres complètes de Stowe, publiée en
1896, retrace l'histoire d 'Uncle Tom's Cabin et se demande s'il
convient d'envisager le roman comme propagande abolition¬
niste ou chef-d'œuvre de la littérature : « After the lapse of
forty-four years and the disappearance of African slavery on
this continent, it is perhaps possible to consider this question
dispassionately » (Warner XXXI).

Cette vision sereine d 'Uncle Tom's Cabin , née du passage


du temps, qui aurait permis aux passions de s'éteindre et aux
animosités de disparaître, semble en réalité appartenir à la ca¬
tégorie des vœux pieux. En effet, à peine trois ans auparavant,
en 1893, un ancien soldat de l'armée Confédérée, Francis
A. Shoup, avait dans un article procédé à sa propre évaluation
du roman de Stowe, quarante ans après sa première publica¬
tion. Sa conclusion, qui attribuait à Uncle Tom's Cabin un
extraordinaire pouvoir sur l'histoire américaine, indiquait clai¬
rement que les blessures étaient loin d'être cicatrisées pour
tous, notamment pour les soldats :

154
PARFAIT : Uncle Tom ’s Cabin et l’histoire

[...] has Mrs. Stowe ever tried to think what her book has
been a chief factor of bringing upon the world? Has she ever
tried to weigh the occasional and rare horrors of the old
slave days,
million of brave
hard men
as they
mutilated
were, against
and done
the toagonies
death of
in the

ranks of the blue and gray? (Shoup 59)

Beaucoup plus tard, en 1926, l'universitaire Francis Pendle¬


ton Gaines expliquera dans une préface amère à Uncle Tom's
Cabin que Stowe n'a rien compris au Sud, démontrant par là-
même que le passage du temps ne suffit pas à porter sur le ro¬
man un regard détaché.

Parallèlement au désir affiché par certains préfaciers de


convaincre le lecteur que l'esclavage et la guerre sont à présent
suffisamment éloignés pour que Nord et Sud puissent aborder
le texte sans passion, on note également, à partir des an¬
nées 1880 et 1890, une tendance à une relecture nostalgique
de l'histoire du Sud. Comme par le passé, préfaciers et criti¬
ques débattent de la véridicité de l'image de l'esclavage don¬
née dans le roman. Si certains attestent la réalité de la repré¬
sentation, d'autres en revanche émettent des réserves. Dans un
long article consacré à l'esclavage dans le Kentucky publié
dans le Century Magazine en 1887, l'écrivain James L. Allen
avait fait l'apologie de l'esclavage dans son Kentucky natal, en
extrayant du roman de Stowe les personnages des Shelby, de
Tom et de Chloe. Selon Allen, Stowe avait fait des erreurs
considérables dans son portrait de l'esclavage, mais les aspects
les plus positifs des personnages - la bonté de Mrs. Shelby,
l'efficacité de Chloe régnant en maîtresse absolue sur sa cui¬
sine, la piété et la gaîté de Tom - correspondaient bien à des
réalités. De même, Shoup disait apprécier la manière dont
Stowe avait dépeint ce qu'il nomme « the fairer side of domes¬
tic servitude » (Shoup 52). L'idée d'une société dans laquelle
les maîtres étaient bons et les esclaves heureux se retrouve
dans le prospectus de l'une des « Memorial Editions » de
1896-1897. L'éditeur y promeut l'ouvrage en utilisant des ar-

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Cahier Charles V n° 32 (2002)

guments très variés, du succès du roman à son rôle dans l'his¬


toire américaine, mais il souligne également que le lecteur y
trouvera « the fairest side of Southern Life Portrayed ». Dans
ce qui pourrait être une tentative de rendre le roman attrayant
aux yeux des lecteurs du Sud, l'éditeur cite l'extrait suivant
d'un journal : « How true to nature, and how beautiful an illus¬
tration of the fairest side of life in the aristocratic families of
the South is the mutual affection between ‘Young Mas'r
George’ and these noble friends of his, the inmates of the Ca¬
bin6 ».

Sans oublier que le paratexte est l'un des lieux de promo¬


tion et de valorisation du roman, et que l'intérêt de l'éditeur est
de toucher le public le plus vaste possible, à la fois au Sud et
au Nord, on ne peut qu'être frappé par cette relecture de l'his¬
toire de l'esclavage dans le roman qui fît tant pour le combat¬
tre. Le message de Stowe reposait sur l'idée que, certes, il
pouvait y avoir de bons maîtres, mais que cela ne changeait
rien à l'abomination du système, puisque le maître pouvait
avoir à se séparer de l'esclave afin de régler des dettes -
comme c'est le cas de Shelby au début du roman - ou encore
pouvait mourir - et c'est ce qui arrive à cet autre « bon maî¬
tre », St Clare, et c'est la raison pour laquelle Torn est vendu à
Legree. Le message de Stowe est détourné, puisque ces com¬
mentateurs envisagent dorénavant le roman dans la lignée des
« plantation novels », et notamment de toutes les réponses fic-
tionnelles qui avaient suivi la publication d 'Uncle Tom's Ca¬
bin , dans lesquelles les esclaves étaient uniformément satis¬
faits de leur sort et attachés à des maîtres qui les traitaient fort
bien. Ce détournement du message, peu surprenant dans les
années 1850, puisqu'il faisait partie des stratégies de défense

Prospectus
Journal cité:pour
NewlaEngland
Syndicate
Review
Publishing
, articleCompany,
non signé Philadelphie,
et non daté. c. 1897.

156
PARFAIT : Uncle Tom ’s Cabin et l’histoire

du Sud, est plus étonnant lorsqu'on le retrouve plus de qua¬


rante ans après à propos du roman de Stowe7.

entre
Or,les
cesraces
éditions
s'institutionnalise
sont publiées àdans
un moment
le Sud. où
Les
la Africains-
séparation

Américains perdent le droit de vote, les Démocrates repren¬


nent le contrôle politique dans les États du Sud, et en 1896 la
décision de la Cour Suprême dans l'arrêt Plessy v. Ferguson
légalise la ségrégation. En même temps, l'image des Noirs est
systématiquement dévalorisée au Nord comme au Sud, à la
fois dans la presse, la littérature - les romans de Thomas Nel¬
son Page, par exemple - et dans les représentations théâtrales ;
ainsi, les « Tom Shows » caricaturent le roman de Stowe et
donnent du Sud une vision romantique, à grand renfort de
chansons nostalgiques, tout en accentuant le caractère comi¬
que de certains personnages, en particulier celui de Topsy, en
suivant la tradition du «minstrel show» (Gossett 370-371).
Le cinéma n'est pas en reste et, dès 1903, avec une première
adaptation à' Uncle Tom's Cabin , présente aux spectateurs
américains une série de personnages stéréotypés incarnés le
plus souvent par des acteurs blancs maquillés (Bogie 3-18).

La nation s'est par ailleurs fixée de nouveaux objectifs, en¬


tre l'acquisition de la puissance économique et la conquête
d'un empire. Le désintérêt général pour la condition des Afri-

Les illustrations du roman vers la fin du XIXe siècle reflètent la même


interprétation de l'esclavage. Lorsqu'en 1892, Houghton, Mifflin lance une
nouvelle édition d 'Uncle Tom's Cabin, l'éditeur fait appel à Edward Kem¬
ble, qui s'est fait une spécialité de la représentation du vieux Sud, ayant il¬
lustré notamment Hucklebeny Finn, et certains ouvrages de Joel Chandler
Harris et de Thomas Nelson Page. L'éditeur décrit Kemble en ces termes :
« [...] he has no superior in genius for depicting the Southern negro of the
old slave days, the pathos of his experience, and the humor with which he
lightened it» {Publishers' Weekly, 5 décembre 1891). L'accent placé sur
l'humour de la représentation, qui gomme la brutalité du système de l'es¬
clavage, correspond à une volonté manifeste de la part de l'éditeur de sou¬
ligner l'aspect « léger » du texte.

157
Cahier Charles V n° 32 (2002)

cains-Américains est résumé ainsi par Charles Chesnutt, dans


le roman The Marrow of Tradition (1901) : « The nation was
rushing forward with giant strides toward colossal wealth and
world-domination, before the exigencies of which mere ab¬
stract theories must not be permitted to stand » (Chesnutt
238). Nord et Sud se rejoignent dans une réécriture du passé
par les historiens8. L'esclavage y apparaît comme une institu¬

tion des
d'une
par bienveillante,
civilisation
fanatiquesraffinée
et
irresponsables9.
le Sud
détruite
d'avant-guerre
par
L'ouvrage
une guerre
comme
de provoquée
l'historien
le lieu

U. B. Phillips, American Negro Slavery , publié en 1918, qui


présente les Africains-Américains comme de grands enfants
que des maîtres généreux s'attachent à civiliser, fera autorité
jusque dans les années 1950 (Holt 231-232). Cette interpréta¬
tion de l'histoire de l'esclavage se retrouve dans une certaine
mesure dans le paratexte é' Uncle Tom's Cabin et informe la
lecture qui en est faite.

Dans cet ensemble d'éléments de paratexte où l'on trouve à


la fois une volonté de réunir Nord et Sud en affirmant que le
passé est bien révolu et un désir de réécrire le passé en ques¬
tion, il ne s'élève qu'une voix pour rappeler au lecteur contem¬
porain que le présent n'a pas fait table rase des problèmes pas¬
sés. C'est celle de l'écrivain Thomas Wentworth Higginson10,
dans l'introduction qu'il rédige pour une édition de 1898 d'Un-

Cette « amnésie collective », selon les termes d'Alessandra Lorini, se ré¬


vèle également dans les rituels de la nation, dans les parades, défilés et
expositions : « National reconciliation celebrated the erasure of the aboli¬
tionist memory from the Civil War and made the reunified country a ra¬
cialist democracy » (Alessandra Lorini xv).
9 Rappelons cependant qu'un certain nombre d'écrivains et militants s'inscri¬
vent en faux contre cette lecture ; c'est le cas notamment de W.E.B. Du
Bois (The Souls of Black Folk, 1903).

10 Higginson, abolitionniste convaincu, avait organisé et commandé un ré¬


giment noir pendant la guerre.

158
PARTAIT : Uncle Tom ’s Cabin et l’histoire

cle Tom's Cabin. Presqu'un demi-siècle après la parution du


roman, Higginson s'accorde avec ses confrères pour noter :

The time is past, fortunately, when Uncle Tom's Cabin need


be read in any sectional spirit or as anything but a thrilling
delineation of a mighty wrong, whose responsibility was
shared by a whole nation and for which the whole nation
paid the bitter penalty. (Higginson xiii-xiv)

Il ajoute cependant, et ce sera là sa conclusion, que le ro¬


man servira toujours de témoignage du passé et des souffran¬
ces endurées par les esclaves, tout en suscitant la compassion
et l'admiration pour les efforts que font les Noirs pour s'élever.
Et de ce point de vue là, dit-il, la mission du roman est loin
d'être terminée. Avec ce message bref mais militant, Higgin¬
son est le seul préfacier de cette époque à établir un lien direct
entre passé et présent.

Les années 1960

Il faudra ensuite attendre quelque soixante ans pour que ce


lien soit à nouveau explicité dans les introductions du roman.
Entre la fin des années 1920 et le début des années 1960, le
roman est peu réédité et les préfaciers procèdent à un juge¬
ment essentiellement littéraire du texte. Cette approche ne
prend l'histoire en compte que pour souligner le rôle que le
roman y a joué. La relecture nostalgique du Sud d'avant-
guerre est portée à son apothéose par le roman de Margaret
Mitchell, Gone with the Wind , publié en 1936. Rappelons à ce
propos que, comme Thomas Dixon avec The Clansman
(1905), par exemple, Mitchell écrit dans une certaine mesure
une réponse à Uncle Tom's Cabin. Dixon avait expliqué que
l'idée de sa trilogie sur la Guerre de Sécession et la Recons¬
truction lui était venue lorsqu'il avait assisté à une adaptation

159
Cahier Charles V n° 32 (2002)

théâtrale du roman (Rose 127)11. Mitchell a également noté

qu'elledonnée
vage souhaitait
dans corriger
Uncle Tom's
dans Cabin
son roman
(Fiedler
l'image
61-62).
de Ill'escla¬
s'agit

là de réponses fictionnelles à une œuvre de fiction, sujet qui


dépasse quelque peu le cadre de cet article, mais ces ouvrages
sont révélateurs d'une certaine lecture de l'histoire, d'autant
plus que les romans mentionnés eurent un succès retentissant.
Leur popularité indique qu'ils trouvaient un écho favorable
dans une partie considérable de la société de l'époque, et leur
succès même a contribué à fixer dans les esprits une certaine
image de l'esclavage12.

années
Le mouvement
1950 entraîne
pour
la les
renaissance
droits civiques
d 'Uncle
quiTom's
débute
Cabin.
dans De
les

manière significative, cette renaissance va de pair avec une


lecture « révisionniste » de l'esclavage, de la guerre et de la
Reconstruction. La thèse de U.B. Phillips est remise en ques¬
tion, et les historiens commencent à procéder à une relecture
de l'histoire de l'esclavage comme institution brutale, de même
qu'à une réévaluation des abolitionnistes, jusqu'alors perçus
comme des fanatiques ; la Reconstruction est toujours consi¬
dérée comme un épisode tragique ; cependant ce n'est plus,
comme l'entendait Dixon, parce qu'elle soumet le Sud à la ty¬
rannie des Africains-Américains, mais parce qu'elle ne remplit

11 En 1893, Shoup interprétait la Reconstruction de la manière suivante,

12 cet
proche
state,
casian;
(Shoup
Notons
grand
totalement
sa
des
lawsplace
égard
Africains-Américains
of
sustained
succès
de

58).
nature
cependant
niun
but,
celle
opposé
aux
titre
dans
as
prevailed
by
côtés
designificatif
water
the
àles
Dixon
que
celui
des
années
bayonet,
put
les
and
nostalgiques
de
militants.
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:Mitchell.
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the
1940,
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d'avant-guerre,
présentent
ouvrage
stay
Wright
Cabin
quarters,
(1938).
dominated
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Wright
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semble
an
point
ni
tothe
abnormal
aux
the
theporte
de
higher
top
avoir
côtés
Cau¬
vue
unȈ

160
PARFAIT : Uncle Tom ’s Cabin et l’histoire

pas ses promesses envers les anciens esclaves (Stampp & Lit-
wack). Le changement est à ce point prodigieux que l'historien
Eric Foner pourra noter en 1990 : « [...] American history has
been remade » (Foner, 1990, VII).

La lecture des paratextes éditorial et allographe explique


les nombreuses rééditions d' Uncle Tom's Cabin dans les an¬
nées 1960 : l'ouvrage va être utilisé comme clé pour déchiffrer
le présent. Selon l'historien Philip Van Doren Stem, pourtant
l'un des préfaciers les plus critiques envers le roman : « Eve¬
ryone interested in tracing the emergence of the present from
the past should read it » (Van Doren Stem 10)13. Le paratexte
de la fin du dix-neuvième siècle indiquait un réel désir de
tourner la page et d'oublier de mauvais souvenirs. La condi¬
tion des Noirs y était délibérément passée sous silence. Cette
omission devient impossible dans les années 1960. Les qua¬
trièmes de couverture, les notes éditoriales à l'intérieur des vo¬
lumes, de même que les préfaces et postfaces invitent le lec¬
teur à lire Uncle Tom 's Cabin à la lumière de l'actualité et des
luttes des Noirs américains pour leurs droits civiques. Les im¬
plications sont claires : on ne peut en aucun cas faire table rase
du passé, et les introductions des années 1960 réinscrivent ce
passé
sent. comme composante inévitable et douloureuse du pré¬

13 Ce protocole de lecture est fréquemment souligné dans les quatrièmes de


couverture et les introductions des années 1960, y compris dans les édi¬
tions adaptées pour la jeunesse. Anne Terry White, auteur de l'une de ces
adaptations, explique dans son introduction au roman : « It was out of a
desire to make the struggle for Freedom Now grippingly understandable
to boys and girls that I was moved to put Uncle Tom’s Cabin into a form
acceptable to young readers. For the Negro's determination to ‘stand up’
in our time is rooted in slavery, and nowhere else is that dark past de¬
picted in such graphic, individual, and moving terms as in Harriet Beecher
Stowe's novel » (A.T. White vil-viu).

161
Cahier Charles V n° 32 (2002)

Si les préfaciers continuent comme leurs prédécesseurs à


débattre de l'exactitude du tableau de l'esclavage peint par
Stowe, ils semblent davantage préoccupés par l'éclairage que
le roman peut fournir sur la société américaine contemporaine.
En ce sens, la question des personnages et des stratégies auc-
toriales est au centre d'un débat qui reflète celui qui se déroule
au même moment dans la société. Pour certains préfaciers, le
roman de Stowe propose une stratégie de soumission qui mène
nécessairement à l'échec. Le personnage de Torn est pathéti¬
que dans son humilité et sa résignation chrétienne. C'est ainsi

que l'interprète
édition de 1965 Jeremy
: « The Lamer,
Uncle Toms
par exemple,
were more
qui pathetic
préface than
une

the many thousands who died trying to rebel or escape »


(Lamer xm). La servilité, symbolisée par le stéréotype
d'«Oncle Tom » est inscrite dans le personnage qui, à ce titre,
mérite le mépris que lui portent les intellectuels noirs. D'autres
préfaciers, en revanche, voient dans le martyre de Torn le cou¬
rage d'un homme qui va jusqu'au bout de ses convictions et
oppose à la société esclavagiste le défi le plus absolu. Ainsi,
loin d'être méprisable, Torn serait le précurseur de Martin Lu¬
ther King. Les préfaces d 'Uncle Tom's Cabin constituent ainsi
l'un des forums du débat sur la question raciale aux États-Unis

et sur les
droits
Martin civiques
Luther
meilleures
King
: résistance
ou
stratégies
Malcolmpassive
à X.
adopter
ou dans
tactiques
la lutte
agressives,
pour les

Se déroule également un débat sur la représentation des


Africains-Américains dans le roman. Ainsi, faut-il considérer
que l'humour de la description de certains personnages du ro¬
man fait partie d'une vision stéréotypée des esclaves ou bien
qu'il représente l'analyse fine d'un auteur qui, la première, y a
décelé une stratégie de défense contre le système ? Les préfa¬
ciers des années 1960 apportent des réponses diverses à cette
question, et se situent pour la plupart entre les positions ex¬
trêmes défendues par l'historien Philip Van Doren Stem, d'une
part, et par le critique littéraire Kenneth S: Lynn d'autre part.

162
PARFAIT : Uncle Tom ’s Cabin et l’histoire

Selon Stem, Stowe a causé un dommage incalculable en don¬


nant le jour à des stéréotypes que les Africains-
Américains re¬
jettent mais dont ils peinent à se débarrasser : « The happy-go-
lucky, shallow-pated, subservient creature who spoke in a
thick dialect was no longer an acceptable representation of the
black man » (Van Doren Stem 9). A l'inverse, Kenneth Lynn
note : « [...] no American author before Mrs. Stowe had real¬
ized that the comic inefficiency of a Black Sam could consti¬
tute a studied insult to the white man's intelligence or compre¬
hended that the gentleness of Uncle Tom was the most stirring
defiance of all » (Lynn xil).

Les préfaciers s'interrogent aussi sur le rôle de la religion


dans l'esclavage : le christianisme est-il une religion qui en¬
courage la soumission, ou au contraire une tactique de défense
des esclaves ? A ce sujet comme à propos des stéréotypes, les
interrogations des préfaciers font écho aux discussions des
historiens des années 1960 et 1970, lorsque l'historiographie
africaine-américaine prend véritablement son essor et met à
mal l'image de l'esclavage comme institution bienveillante
(Ndiaye 273-307)14. John Blassingame, Nathan Huggins, Lau¬

rence
et la culture
Levinedes
et bien
esclaves
d'autres
comme
encore,
des formes
envisageront
de résistance
la religion
au

système. Le paratexte d 'Uncle Tom's Cabin n'apporte pas de


réponse à ces questions - ou plutôt il fournit autant de répon¬
ses que de préfaciers - mais il est significatif qu'il les pose.

Ces relectures de l'histoire représentent pour la plupart des


préfaciers une occasion de faire le point sur le chemin parcou-

14 Cependant, on trouve encore en 1960 une lecture remimscente de celle de


la fin du siècle précédent. La quatrième de couverture d'une édition d' Un¬
cle Tom's Cabin publiée par Doubleday (Dolphin Books, Garden City,
New York, 1960) encourage le lecteur à dissocier Tom de son stéréotype,
puis indique : « The book is also a surprisingly sympathetic picture of pre-
Civil War Southern society. For all her abolitionist fervor, Mrs. Stowe had
an appreciation of the Southern way of life ».

163
Cahier Charles V n° 32 (2002)

ru depuis les temps de l'esclavage et de procéder à une sorte


d'état des lieux de la société américaine contemporaine. Nom¬
bre d'entre eux en profitent pour adresser à leurs lecteurs un
message dont le militantisme n'est pas sans rappeler celui de
Stowe, mais dont le contenu est aux antipodes de celui de
l'écrivain : le roman est fréquemment utilisé comme modèle à
ne pas imiter. John William Ward, par exemple, termine ainsi
une postface de 1966 :

[...] if social justice is to be done here and now, men, black


and white, working together, are going to have to make it.
We may not achieve it. It may take, as Mrs. Stowe thought,
a miracle to save us. But we had better not plan on it. (Ward
494)

Le roman de Stowe semble par conséquent entretenir un


rapport bien particulier avec l'histoire. Au fil du temps et des
éditions, les préfaciers réécrivent l'histoire de l'esclavage, et le
paratexte reflète dans une certaine mesure les lectures succes¬
sives que fait la société américaine de son histoire. S'inscri¬
vent aussi dans le paratexte les grands débats qui agitent la so¬
ciété. Et il s'agit bien de débats puisque d'une édition à l'autre,
les préfaciers s'interpellent et se répondent. Les préfaces et au¬
tres textes liminaires en acquièrent une qualité dialogique, et.
même polyphonique puisque l'on y retrouve les voix de préfa¬
ciers et critiques, de divers personnages historiques, en parti¬
culier de Lincoln, et bien entendu de Stowe elle-même. Les
modifications du paratexte à' Uncle Tom's Cabin illustrent ad¬
mirablement la distinction établie par l'éditeur Hubert Nyssen
entre texte et paratexte : seul le paratexte a « le droit de repen¬
tir ». Il peut en effet « se dédire, se contredire, se modifier,
changer de cap » (Nyssen 159). À ce titre, le paratexte $ Uncle

constitue
Tom 's Cabin
un récit
sur les
en quelque
lui-même,
cent
oucinquante
plutôt un ans
ensemble
de sonde
histoire
récits

dans lesquels se réécrit l'histoire.

Il faut cependant noter que si l'évolution de la lecture de


l'histoire se révèle dans le paratexte du roman, l'histoire influe

164
PARFAIT : Uncle Tom ’s Cabin et l’histoire

également sur le devenir même du texte. Ce n'est pas un ha¬


sard si Uncle Tom's Cabin semble perdre sa pertinence auprès
de lecteurs qui lui préfèrent la vision nostalgique de Mitchell,
par exemple, et s'il renaît ensuite sous l'impulsion du mouve¬
ment pour les droits civiques, qui lui-même entraîne la remise
en question
nées 1950 et 1960.
de l'histoire de l'esclavage à partir des an¬

L'étude des paratextes éditorial et allographe permet de dé¬


celer quelques-unes des raisons qui font qu'une œuvre paraît
pertinente ou non à un moment donné de l'histoire. Ainsi, en
inscrivant clairement la question raciale et le mouvement des
droits civiques dans le paratexte d' Uncle Tom's Cabin , les édi¬
teurs et préfaciers des années 1960 révèlent les causes du re¬
gain d'intérêt que le roman connaît alors. Ce qui soulève le
problème de l'importance d'une œuvre de fiction dans l'his¬
toire. Pourquoi en effet se tourner vers un roman pour réinter¬
roger l'histoire ?

Uncle Tom 's Cabin comme agent de l'histoire.

Lorsque l'on parcourt l'ensemble des dispositifs paratex-


tuels d' Uncle Tom Cabin sur un siècle et demi, on ne peut
qu'être frappé par les divergences d'opinion, notamment en ce
qui concerne la valeur littéraire et la vérité historique du ro¬
man. Cependant il est un sujet et un seul qui génère un
consensus presque total : l'importance du roman dans l'histoire
américaine. Il convient toutefois de rappeler qu'il n'est pas
étonnant que le rôle d' Uncle Tom's Cabin soit souligné en
première ou quatrième de couverture, ou en introduction : il
s'agit de valoriser le texte, et c'est l'une des fonctions essentiel¬
les du paratexte. Quelle meilleure manière en effet de recom¬
mander l'achat et la lecture d'un ouvrage que d'affirmer qu'il a
changé le cours de l'histoire ?

165
Cahier Charles Vn° 32 (2002)

En relevant systématiquement dans le paratexte la mention


du rôle du roman dans l'histoire américaine, on s'aperçoit que,
à une ou deux exceptions près, toutes les éditions utilisent cet
argument, dans le paratexte éditorial ou allographe, ou encore
dans les deux. Dès la nouvelle édition de 1879, Uncle Tom's
Cabin est présenté comme l'un des facteurs les plus impor¬
tants, sinon le plus important, du combat pour l'abolition de
l'esclavage, et l'une des causes de la guerre. Ce lien de cause à
effet trouve essentiellement sa justification dans l'émotion que
le roman a soulevée, ainsi que dans l'indignation qu'il a susci¬
tée contre le système, dans les États du Nord, mais aussi dans

ration
le monde
à former
- et cela
desexpliquerait
alliances, notamment
en partie l'échec
avec l'Angleterre
de la Confédé¬
ou

la France. A partir de 1926, l'importance du roman dans l'his¬


toire américaine semble recevoir sa formulation la plus satis¬
faisante, sous la forme d'une citation apocryphe de Lincoln,
qui aurait ainsi accueilli Stowe en visite à la Maison Blanche à
l'automne 1862 : « So this is the little lady who made this
great war ». Cette anecdote apparaît pour la première fois dans
un ouvrage de 1897 rédigé par Annie Fields, l'épouse de l'un
des éditeurs de Stowe, qui dit la tenir de la fille de l'écrivain
(Fields 269). Les préfaciers en feront bon usage. Elle a en ef¬
fet le mérite de condenser une série d'arguments en une for¬
mule frappante, et constitue bien entendu une recommanda¬
tion
éminents
absolue,
de l'histoire
puisqu'elle
américaine.
émane de l'un des acteurs les plus

La grande majorité des éditeurs et préfaciers rapportent


l'anecdote sans se soucier de son authenticité. A de rares ex¬
ceptions près, il faut attendre la fin des années 1990 pour que
certains la mettent en doute et la citent avec quelques précau¬
tions oratoires. La remarque de Lincoln est dans l'ensemble
jugée assez juste, y compris par ceux des préfaciers qui indi¬
quent que Lincoln plaisantait probablement à moitié, et qu'une
guerre ne peut avoir une cause unique.

166
PARFAIT : Uncle Tom ’s Cabin et l’histoire

Très peu de préfaciers doutent de la capacité qu'aurait la lit¬


térature à infléchir le cours de l'histoire. Au contraire, dans
leur grande majorité, ils semblent tenir l'influence de la fiction
pour acquise. L'une des rares exceptions à cette règle est John
William Ward, dans sa postface à une édition de 1966. Certes,
note Ward, il se peut que des millions de gens aient pleuré à la
lecture du roman, mais de quel poids pèsent les larmes dans le
déroulement de l'histoire ? Un roman peut-il provoquer une
guerre ? (Ward 480) À l'opposé, la note éditoriale de l'édition
Everyman de 1995 annonce : « As an American document of
transforming power, Harriet Beecher Stowe's Uncle Tom's
Cabin (1852) is outranked only by the Declaration of Inde¬
pendence,
tion ». the Constitution, and the Emancipation Proclama¬

Les historiens des dernières décennies ne semblent pas non


plus douter du poids du roman dans l'histoire américaine,
même s'ils considèrent que son rôle exact est difficile à éva¬
luer. L'historienne Willie Lee Rose, qui met en parallèle qua¬
tre œuvres immensément populaires et liées par leur sujet -
Uncle Tom's Cabin , la trilogie raciste de Dixon, dont le second
volume, The Clansman , sera adapté par D.W. Griffith dans le
film Birth of a Nation (1915), Gone with the Wind et enfin
Roots, d'Alex Haley - note à propos du roman de Stowe :
« The impact of Uncle Tom's Cabin on the coming of the Civil
War has never been properly evaluated, but it was great»
(Rose 125)15.

15 cle
Avant
tielle.
Ford
vage
1911,Tom's
(Gossett
Rhodes
Illesy années
notera Cabin
a cependant
que
à343).
la, 1940,
et
le
finroman
de
duquelques
les
ladix-neuvième
littérature
historiens
de Stowe
exceptions
mentionnent
en
a siècle,
contribué
général,
à et
la W.E.B.
règle,
sur
rarement
à l'abolition
l'histoire
notamment
Dul'impact
Bois
événemen¬
de qui,
l'escla¬
James
d' Un¬
en

167
Cahier Charles V n° 32 (2002)

Uncle Tom 's Cabin comme document historique.

Uncle Tom's Cabin serait donc un document historique à


double titre : d'une part parce qu'il a pesé sur le cours de l'his¬
toire, d'autre part parce que le roman est perçu comme repré¬
sentation d'un moment de l'histoire. C'est bien pour cette rai¬
son que critiques, préfaciers et historiens débattent de sa
véridicité depuis 1852. D'une certaine manière, Stowe est en
partie responsable de cette lecture du roman, dans la mesure
où elle avait elle-même semé dans texte et paratexte un certain
nombre d'éléments visant à affirmer la véracité de sa peinture

de l'esclavage.
ble entre véritéL'exercice
et fiction d'un
avaitéquilibre
attiré sur
nécessairement
elle les foudres
insta¬
de

nombre de critiques. Ces attaques l'avaient amenée à produire


en 1853 un ouvrage documentaire intitulé A Key to Uncle
Tom's Cabin , dans lequel elle fournissait des preuves de la vé¬
ridicité des événements décrits dans le roman, ainsi que des
sources pour ses personnages. La connaissance qu'avait Stowe
de l'esclavage et la vérité de sa représentation dans le roman
constitueront par la suite un sujet récurrent de débats au sein
du paratexte, démontrant par là-même que le texte a toujours
peu ou prou été utilisé comme document.

Peut-on aujourd'hui envisager Uncle Tom's Cabin comme


document utilisable par un historien, et de quelle manière ?
Depuis les années 1970, un certain nombre d'historiens ont
remis en cause le statut même de l'histoire comme discipline,
en soulignant que l'écriture de l'histoire est un récit et se rap¬
proche par là de la fiction (Chartier 1998)16. Parallèlement

tient
statut
spécifiques
particulier,
Selon«de
167). Chartier,
aulachamp
puisqu'il
discipline
: « Quelle
ladu
prise
vise
narratif
dans
qu'elle
de
à produire
laconscience
»mesure
soit,
ne remet
l'histoire
unoùsavoir
que
pasrécit
le leest
véritablement
vrai
discours
d'histoire
toujours
» (Chartier
d'historien
récit,
a en
des1998,
question
mais
propriétés
appar¬
245
récit
et
le

168
PARFAIT : Uncle Tom ’s Cabin et l’histoire

s'est déroulé un débat sur la légitimité des documents utilisés


par les historiens : on a tout d'abord remis en question l'utilisa¬
tion exclusive de documents produits par les élites, en l'occur¬
rence par les Blancs pour l'histoire de l'esclavage. Les histo¬
riens afro-américanistes ont par conséquent systématiquement
donné la parole aux Noirs à partir des années 1970, s'intéres¬
sant notamment aux récits d'esclaves fugitifs, et aux témoi¬
gnages d'anciens esclaves. De plus, l'intérêt croissant pour
l'histoire sociale et culturelle a entraîné, du moins pour cer¬
tains historiens, une légitimation de la fiction comme docu¬
ment représentatif d'une époque et d'une société, et par consé¬
quent comme source d'information potentielle, au même titre
qu'un document d'archive (Ndiaye)1 .

sieurs
dansDans
unéditions
même
une certaine
volume
récentes
mesure,
le roman
à' Uncle
cesdedébats
Tom's
Stowese
Cabin
etreflètent
des, récits
qui dans
incluent
d'escla¬
plu¬

ves fugitifs. Ainsi, l'édition Everyman d 'Uncle Tom’s Cabin de


1993, préparée par Christopher Bigsby, inclut Narrative of the
Life of Frederick Douglass. L'édition Norton, publiée en 1994,
propose des extraits des récits de Josiah Henson, Solomon
Northup, Harriet Jacobs, et William Wells Brown. L'édition
à' Uncle Tom’s Cabin , publiée par Oxford University Press en
1998 et préparée par Jean Fagan Yellin, comprend la nouvelle
de Frederick Douglass, « The Heroic Slave ».
La relation d'intertextualité ainsi établie entre le roman de
Stowe et les récits d'anciens esclaves pose nécessairement la
question du statut de la fiction par rapport au témoignage vé¬
cu. Par ailleurs, le paratexte de deux des éditions instaure une
évidente hiérarchisation des textes. Ainsi, avec en première de
couverture un portrait de Douglass, l'édition Everyman pro¬
pose, de manière un peu trompeuse pour l'acheteur, Uncle

Sur les enjeux et les débats des historiens américains dans les dernières
décennies, voir les articles de Levine et Lewis cités dans la bibliographie.

169
Cahier Charles V n° 32 (2002)

Tom's Cabin et Narrative of the Life of Frederick Douglass.


La quatrième de couverture invite à envisager Narrative
comme un document clé de l'histoire africaine-américaine,
tandis que l'importance d' Uncle Tom's Cabin est limitée à des
changements que le roman aurait provoqués dans les lois ré¬
gissant les esclaves18. L'introduction de Christopher Bigsby

double
nécessaire
vre
rarchie.
d'ajouter
plus
d'histoire.
rendde
construction
moins
propre
sance
son
réunis.
roman
une
compte
vague
le
fiction.
expérience.
:L'inclusion
Mais
vision
réparer
cachet
cette
àa la
du
élaborée
de
eu
onIl
dimension
représentation
possible
choix
de
plus
l'esclavage
peut
est
l'injustice
En
du
l'authenticité,
clair
d'influence
également
àéditorial
récit
revanche,
des
duqu'il
intertextuelle
de
roman
commise
et,
fins
de
Douglass
y:paradoxalement
si
a
affirmer
Stowe
didactiques,
puisque
que
l'esclavage

de
le l'établissement
récit
tous
Stowe
etn'avait
confirme
servirait
apporter
que
Douglass
de
lescomme
donnée
Douglass
la
ilrécits
qu'une
n'en
volonté
selon
donc
un
une
parle
d'esclaves
d'une
document
porte
par
correctif
connais¬
Bigsby,
une
fois
est
même
de
l'œu¬
hié¬
une
pas
fin
de
sa

Conclusion

Uncle Tom's Cabin a sa genèse dans l'histoire événemen¬


tielle, puisque c'est la loi de 1850 sur les esclaves fugitifs qui
amena Stowe à en commencer la rédaction. Le roman exerce à
son tour sur l'histoire un rôle qui pose toute la question de l'in¬
fluence de la fiction sur l'histoire - le rôle des essais est da¬
vantage reconnu : ainsi, on sait que Common Sense , de Tho-

18 Dans cette interprétation, Stowe jouerait un rôle assez proche de celui de


Dickens en Angleterre. De manière ironique, l'introduction de Bigsby, qui
souligne cette
contredit l'impact
notedéditoriale.
'Uncle Tom's Cabin comparé aux récits d'esclaves,

170
PARFAIT : Uncle Tom 's Cabin et l’histoire

mas Paine avait exercé une influence considérable avant la


Révolution.

Le paratexte d' Uncle Tom's Cabin souligne par ailleurs le


statut paradoxal d'une œuvre de fiction traitée depuis sa paru¬
tion comme document représentatif d'une période de l'histoire.
Les éditions récentes du roman, qui juxtaposent Uncle Tom's
Cabin et des récits d'esclaves, invitent à confronter le docu¬
ment historique et le récit fictionnel. Au-delà, se pose égale¬
ment la question du droit à la parole : selon Christopher Bigs-
by, si Douglass est habilité à parler en son propre nom et au
nom des esclaves, Stowe en revanche se serait approprié une
expérience qui n'était pas la sienne. Elle aurait ainsi (de même
que Styron le fera beaucoup plus tard avec The Confessions of
Nat Turner) empiété sur ce que Bigsby appelle « l'hégémonie
culturelle de la souffrance » (Bigsby xxx).

Si l'exploration des préfaces et introductions d 'Uncle Tom's


Cabin permet de relever certaines des transformations de la
société américaine, elle en révèle également les contradictions,
tout en projetant un éclairage sur la nature polémique du texte.
C'est bien parce que, d'une certaine manière, Uncle Tom's Ca¬
bin apparaît comme central dans l'histoire américaine, parce
que le roman a acquis une dimension de mythe culturel, que
son paratexte se transforme en débat sur l'histoire et la repré¬
sentation.

171
Cahier Charles V n° 32 (2002)

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PARFAIT : Uncle Tom ’s Cabin et l’histoire

Abstract

Rewritings of American History in the Paratext of Uncle Tom's


Cabin

The evolution of the paratextual material of a novel reflects the way


each generation approaches its texts. Beyond the changing criteria of
literary judgment, the paratext of some works also reveals the relation¬
ship between a society and its past. Because of its topic and its almost
uninterrupted presence on the American market, Harriet Beecher
Stowe's Uncle Tom's Cabin (1852) is a case in point. This paper exam¬
ines the way the history of slavery, of the Civil War and of Reconstruc¬
tion is re-read and re-written in the prefaces, introductions, and edito¬
rial notes to various American editions of the novel.

Résumé

Uncle Tom 's Cabin et l'histoire américaine : le prisme du paratexte

Au-delà des critères changeants de la valeur littéraire, le paratexte

de certains
avec son histoire.
romansEnpeut
raison
éclairer
de son
lesthème
rapports
et de
qu'une
ses nombreuses
société entretient
réédi¬

tions, Uncle Tom's Cabin , de Harriet Beecher Stowe (1852), s'avère


particulièrement significatif à cet égard. L'analyse des préfaces, intro¬
ductions et notes éditoriales des éditions et rééditions du roman jusqu'à
nos jours, révèle en effet une série de réécritures de l'histoire de l'escla¬
vage, de la Guerre de Sécession et de la Reconstruction.

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