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CHAPITRE 1 : LES PROBLEMATIQUES DU DEVELOPPEMENT.......................

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OBJECTIFS PEDAGOGIQUES...................................................2
Plan du chapitre....................................................2
Durée : 3 jours..........................................................2
I.1-LE RAPPEL DES ANCIENS DEBATS SUR LE DU SOUS DEVELOPPEMENT ET LE
DEVELOPPEMENT .........3
INTRODUCTION.............................................................3
1.1.1- La pensée libérale et le phénomène du sous développement.......3
1.1.1.1-Le sous-développement : une situation de retard.............3
1.1.1.2- Le recours à l’approche en terme de dualisme économique. . . .4
1.1.2- Le courant marxiste et « assimilé » et la question du sous-
développement.........................................................4
1.1.2.2- Les problématiques tiers-mondistes et néo-marxistes du sous-
développement : la présentation de quelques analyses ................4
I.2-LA PAUVRETE COMME APPROCHE NOUVELLE DE L’ETAT DU SOUS DEVELOPPEMENT :
INNOVATIONS ET PERTINENCES.............................................8
INTRODUCTION.............................................................8
1.3- DYNAMIQUE DU CONCEPT DE DEVELOPPEMENT ET STRATEGIES DE DEVELOPPEMENT 9
1.3.1- Les évolutions du concept : approches de quelques auteurs et
grandes institutions...................................................9
1.3.2-Modalités, stratégies et politiques de développement..............11
1.3.2.1- Les modalités du développement : le Développement comme une
suite de phases......................................................11
1.3.2.1.1- Le schéma de ROSTOW.....................................11
1.3.2.1.2- Les modes de production chez les marxistes..............12
1.3.2.2- Les principales stratégies proposées pour l’Afrique..........12
1.3.2.3-Le renouvellement actuel des concepts et des stratégies en
Afrique ..................................................................13

Cours préparé et mis en ligne par Dr Ernest K ILBOUDO Enseignant Chercheur à l’UFR/SEG 1
de
l’université Ouaga II avec l’appui de MAÏGA Issouf et YARO Etienne
CHAPITRE 1 : LES PROBLEMATIQUES DU DEVELOPPEMENT

OBJECTIFS PEDAGOGIQUES

A l'issue du cours, les étudiants devraient :


1- être capables de répertorier les principaux concepts et théories relatifs au sous-
développement et développement tels que développés par les économistes jusque dans la
décennie quatre vingt libéraux, ainsi que les nouvelles approches en termes de pauvreté
développées depuis la mise en œuvre des programmes d’ajustement structurels ;
2- être capables de décliner les principales stratégies de développement proposées
pour les pays en voie de développement et ceux de l’Afrique en particulier

Plan du chapitre
Cette intervention comprend trois sections :
1°) Le rappel des anciens débats sur le sous-développement et le développement
2°) La pauvreté comme approche alternative au concept de sous développement
3°) Les évolutions du concept de développement, les modalités et stratégies du
développement

Durée : 3 jours
I.1-LE RAPPEL DES ANCIENS DEBATS SUR LE DU SOUS DEVELOPPEMENT
ET LE DEVELOPPEMENT

INTRODUCTION
La préoccupation fondamentale des pays africains à l’heure actuelle est celle de l’accès au
développement. Le sous-développement apparaît comme le substrat sur lequel devra se
greffer le développement qui est une notion dynamique permettant le passage d'un état
insatisfaisant (le sous-développement) à une situation structurale où le bien être des individus
et de la collectivité est réalisé. L'analyse du sous-développement est un passage obligé dès
lors qu'on veut aborder l'étude du thème "théories et stratégies du développement".
Par quels termes appréhender la réalité actuelle ?
La réflexion sur le développement des pays en développement a t-elle notablement
progressé?

Beaucoup de notions ont été utilisées pour caractériser la même réalité. Il en est ainsi
des termes de Tiers monde, pays en développement, pays en voie de développement, pays
attardés, quart monde, pays dépendants, pays dominés, périphérie du système capitaliste, pays
pauvres, pays pauvres très endettés etc...
Le recours à un aussi grand nombre d'expressions pour désigner une même réalité est
la preuve de profondes divergences sur l'explication qu'il faut en donner. Pour des raisons de
commodité, les divers arguments et thèmes sont regroupés (en schématisant à l'extrême),
autour de deux grandes écoles ou courants de pensée: l'école libérale et ses diverses variantes
d'une part et d'autre part le courant marxiste et "assimilé".

1.1.1- La pensée libérale et le phénomène du sous développement


Dans la multitude des approches et représentations qui sont faites du sous-
développement au sein de cette famille de pensée, deux images reviennent constamment :
celle d'un retard de développement et celle d'un dualisme prononcé ou d'un
dysfonctionnement structurel.

1.1.1.1-Le sous-développement : une situation de retard


Dans la pensée libérale, on part du principe que le sous-développement est un retard dans la
croissance naturelle des économies de certains pays par rapport à celle des pays capitalistes
industrialisés. Pour fonder cette théorie, différents types d'explications ont été avancées :
conditions climatiques défavorables, faiblesse des ressources naturelles, insuffisance des
ressources rares (pénurie de capitaux et insuffisance de main-d’œuvre qualifiée),
déséquilibres existant dans l'échange international (on est déjà à la limite du retard naturel
!).Certains auteurs ont même pu soutenir que cette situation est imputable à l'inaptitude
congénitale des populations concernées à accéder au développement (races, religions,
comportements... peu favorables au développement).

Les outils de mesure des performances permettant de mettre en relief le retard sont
une panoplie d'indicateurs socio-économiques (cette technique d'évaluation du sous-
développement est couramment appelée critériologie).
1.1.1.2- Le recours à l’approche en terme de dualisme économique

D'une manière générale, dans la pensée libérale, les économies dites sous-développées
sont présentées comme des économies caractérisées par des cercles vicieux et
particulièrement comme des économies dualistes. Le concept de dualisme est l'instrument
privilégié d'analyse, l'outil de diagnostic de ces économies. Le père spirituel de cette notion
(J.H. BOEKE), l'a appliquée de manière systématique au cas de d'Indonésie. Il en a fait un
concept général pour caractériser toutes les économies sous-développées. Par la suite, cette
approche a été reprise de nombreuses fois par plusieurs auteurs dans les versions plus ou
moins différentes de la thèse initiale.
Dans sa version originelle (1), le dualisme est d'abord une juxtaposition de deux types
de sociétés totalement différentes : la société pré-capitaliste et la société capitaliste.

Le dualisme est aussi une juxtaposition de deux mécanismes économiques différents. On


parle de dualisme fonctionnel. BOEKE dénie à la théorie économique "occidentale" la
capacité d'expliquer la situation dans les économies "sous-développées" en raison de
2
l'absence des hypothèses de base de cette théorie .

Ainsi que le dit F. PERROUX, la juxtaposition de deux secteurs (un secteur moderne
hautement capitaliste et un secteur pré-capitaliste) est la marque spécifique de l'économie
sous-développée qui apparaît comme une économie désarticulée. La désarticulation traduit
l'absence ou la faiblesse, des flux monétaires, de relations de prix entre les deux secteurs.

1.1.2- Le courant marxiste et « assimilé » et la question du sous-développement


1.1.2.1-Les positions des marxistes orthodoxes
La notion de sous-développement est apparemment étrangère au vocabulaire marxiste-
léniniste orthodoxe. En effet, les marxistes utilisent plutôt les termes de pays dépendants ou
exploités. Ils utilisent également les concepts de centres de domination de l'impérialisme
(c'est-à-dire les métropoles capitalistes) et ceux de périphéries (c'est-à-dire les pays
coloniaux et dépendants). L'idée était déjà bien nette chez LENINE dans le cadre de son
analyse sur le Développement du Capitalisme en Russie et sur l'Impérialisme stade suprême
du capitalisme (1916-1917). STALINE poursuivra dans cette ligne d'analyse ainsi qu'il
l’écrivait en 1927 : "la Révolution d'Octobre a ébranlé l'impérialisme non seulement dans les
Centres de sa domination, mais aussi dans les "métropoles". Elle a encore frappé l'arrière de
l'impérialisme, sa périphérie, en sapant la domination de l'impérialisme dans les pays
coloniaux et dépendants"3. A à la suite de ces deux auteurs, de nombreux autres ont bâti
des théories très diverses autour de cette notion (de dépendance).

1.1.2.2- Les problématiques tiers-mondistes et néo-marxistes du sous-développement : la


présentation de quelques analyses
On peut citer parmi les très nombreuses contributions celles de Samir AMIN qui traite du
« modèle théorique d'accumulation et de développement dans le monde contemporain".

1
2
Car il y en a eu d’autres
Sur ce point, nous nous inspirons de l'excellente synthèse faite par Raoul BASTIENETTO (1968) dans
"Essai
sur le démarrage des pays sous-développés" Ed. CUJAS - PP. 67 à 98.
3 STALINE (1974)"Le Marxisme et la question Nationale et Coloniale" Ed. Normand Béthune P. 310.
Pour lui, les sociétés dominées et pénétrées par le capital étranger sont devenues de ce fait
même, des sociétés dépendantes. Il y a soumission toutefois de la société à l'exigence
principale de fournir une main d’œuvre bon marché au secteur exportateur. S. AMIN
considère enfin de compte que le modèle conduit à la "marginalisation" des masses,
c'est-à-dire leur appauvrissement. Les analyses de M. IKONICOFF corroborent largement
les thèses de S. AMIN. Pour cet auteur, "la catégorie sous-développement ne peut être
employée ni comme outil d'analyse, ni comme concept évoquant une réalité homogène". Il
rejette également la notion de Tiers-Monde qu'il considère comme valable seulement dans le
sens géographique parce que la plupart des pays ont des structures différentes. Comme
principe général, il préconise d'aborder les espaces dits sous-développés à travers l'étude de la
nature des systèmes de fonctionnement de l'économie et des lois qui les régissent. Ce qui le
conduit à qualifier les espaces économiques à forces productives faiblement développées
d'économies de capitalisme périphérique.
Critiquant violemment la conception libérale du sous-développement, CH. BETTELHEIM
(1978). soutient que les pays concernés doivent être appréhendés à travers les triples
caractéristiques ci-après : dépendance, exploitation et blocage.
a) La dépendance des pays dominés peut être examinée sous un double aspect: politique et
économique. La dépendance économique se manifeste sur le double plan commercial et
financier.
- Sur le plan commercial, elle se concrétise par le fait que le volume et le montant du
commerce extérieur du pays sont étroitement dépendants des exportations vers un nombre
très limité de pays (parfois un seul), d'un nombre également limité de produits, le plus
souvent exporté à l'état brut. Elle conduit à la spécialisation de ce pays dans la production de
certains produits, également primaires. Pour l'Afrique, on citera l'arachide, le coton, le café, le
cacao etc.

En ce qui concerne la dépendance financière, elle vient du fait que le secteur moderne de
l'économie dominée est pénétré par le capital étranger. C'est à travers ce deuxième aspect de
la dépendance qu'il faut rechercher l'explication de la désarticulation de l'économie sous-
développée.

Au total et pour reprendre les termes de CH. BETTELHEIM, "la monoculture, la


monoproduction, l'hypertrophie des voies de communication ; tout traduit la subordination
des pays dépendants aux besoins du capital étranger".

b) L'exploitation : Le maintien de ces pays sous la dépendance politique de la finance


internationale et des monopoles étrangers sert un objectif stratégique bien précis qui est la
maximation du profit. L'exploitation se fait également au niveau financier et commercial.

- Dans le premier cas, le mécanisme fondamental est le prélèvement que le capital étranger
opère sur le produit des pays dans lesquels il est investi. Il comprend deux paries : les
intérêts perçus et profits réalisés d'une part et la part du bénéfice réinvestie appelée à accroître
le service de la dette d'autre part.

- L'exploitation commerciale exprime le fait que dans les rapports commerciaux avec les
économies dominantes, les économies dominées en sortent perdantes. Le rapport des termes
de l'échange se dégrade en faveur des pays dépendants au fur et à mesure que la dépendance
et l'intégration s'approfondissent, au fur et à mesure que la position de l'économie dominante
se consolide, au fur et à mesure que l'avance technologique devient plus grande.
c) Le blocage :
Les économies dominantes s'opposent en fait à la création des secteurs de production de biens
de production indépendants. Ceux-ci sont le monopole des capitalistes étrangers. Dépendance
et exploitation conduisent logiquement donc au blocage du processus de développement auto-
dynamique des forces productives, ce qui ne veut nullement dire qu'il n'y a pas la moindre
croissance dans les pays dominés.
En conclusion, les auteurs de ces analyses, les auteurs caractérisent la situation comme étant
« du développement du sous développement ». C’est la période où l’endettement est
vivement dénoncé. En tout cas, beaucoup de ces pays sont passés de l’état de pays sous
développés à celui de pauvres et parfois de pays pauvres très endettés.

1.1.2.3-Peut-on quantifier la dépendance ?


Peut-on proposer quelques indicateurs susceptibles de rendre compte de la
dépendance ?

A- Les indicateurs de domination commerciale.

Comme on l'a montré plus haut, sur le plan commercial, les pays dépendants sont des
pays qui, dans le cadre de la Division Internationale du Travail, se spécialisent dans la
production de quelques produits (généralement primaires). Par ailleurs, ces pays ont des
clients peu diversifiés. Leurs relations commerciales se limitent essentiellement aux
transactions avec une puissance dominante. Enfin, ces pays ont des termes de l'échange qui
vont en se détériorant. Pour matérialiser toutes ces situations on peut utiliser les indicateurs
ci-après :
a) L'importance du commerce extérieur (Ice)

X–M
Ice = 111111111
PIB

Avec X= les exportations ; M= les importations et PIB = produit intérieur brut


Plus le rapport est faible, plus la dépendance est accentuée.

b) La diversification des exportations mesurée par le pourcentage des trois


principales exportations dans le total des exportations :
3pX
DX = 11111
X

Avec DX= diversification des exportations ;


3pX = somme des 3 principales exportations
Plus le rapport est grand, plus la dépendance extérieure est importante et moins les
exportations sont diversifiées.

c) La diversification des courants d'échange mesurée par le pourcentage des ventes


au principal client par rapport au total des Exportations (Dce)
Xpc
Dce = 11111
X

Avec Dce = diversification des courants d’échange ;


Xpc = vente au principal client
Plus le rapport obtenu est grand, plus restreint est le nombre de partenaires de ce
le pays dans le domaines des exportations.

d) Evolution des termes de l'échange consistant à comparer l'évolution des prix des
exportations et ceux des importations. C'est le rapport entre l'indice de la valeur unitaire des
exportations et l'indice de la valeur unitaire des importations.

B- Les indicateurs de domination financière (Df)

Les pays dépendants sont des pays pénétrés et dominés par le capital étranger à la
recherche de meilleurs gains suite à la baisse tendancielle du taux de profit moyen dans les
métropoles capitalistes. On peut mesurer cette situation de plusieurs manières:
- soit en rapportant les investissements d'origine extérieure au PIB (ou au PNB,
à la FBCF);
- soit en rapportant, les investissements émanant de la puissance dominante au
total des investissements, etc.
Dans tous les cas, plus ces ratios sont élevés, plus accentuée est la dépendance de ce pays vis-
à-vis de l’extérieur.
Pour des raisons de disponibilité en données chiffrées, l'on retiendra les indicateurs ci-
après :
Kt
a) DF1
= PIB(PNB)

Avec Kt = Aide totale

b) DF 2 =
Ki
d
Kt

Avec Kid = aide venant de la puissance économique dominante

Kt
c) DF 3
= FBC
F

Avec FBCF = Formation Brute de Capital Fixe

I.2-LA PAUVRETE COMME APPROCHE NOUVELLE DE L’ETAT DU SOUS


DEVELOPPEMENT : INNOVATIONS ET PERTINENCES

INTRODUCTION

Le développement de ce concept s’inscrit dans le cadre général du renouvellement des


concepts pour caractériser la situation des pays dits sous développés après les grands débats
sur le développement qui ont eu cours jusqu’à la fin des années soixante dix. On parle
désormais de Pays en développement, Pays en voie de développement, Pays moins avancés,
de Pays à revenus intermédiaires, etc. Plus récemment, on parle plutôt de Pays pauvres, de
Pays pauvres très endettés.
Quelques évènements majeurs marquent le contexte général dans lequel est apparu ce
nouveau concept de pauvreté : la chute du mur de Berlin, la victoire du capitalisme et de
l’impérialisme sur le socialisme, le développement du concept de mondialisation, la fin de la
guerre froide, la mise en sourdine des guerres idéologiques, la banqueroute des Etats
dominés (incapables de payer leurs dettes).
Ce renouvellement des concepts s’accompagne d’une révision des critères de mesure des
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performances économiques : On parle désormais d’IDH, d’IPH, etc.
La question de la pauvreté est désormais au centre des discours et des politiques de
développement et nombreux sont les programmes, projets ou O.N.G qui déclarent lutter
contre ce phénomène.

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Le terme est assez difficile à définir, son contenu difficile à mesurer également et sa
perception différente selon les catégories sociales. Il en est de même de ses causes.

La littérature actuelle sur le développement donne deux types de définitions de la pauvreté :


- l’une dite monétariste (ou utilitariste) qui retient principalement sinon uniquement l’aspect
monétaire.
- l’autre non monétariste ( ou non utilitariste) qui intègre en plus du revenu, des valeurs non
physiques dont l’acquisition ne repose pas seulement sur la détention de l’argent.
Des différents concepts, définitions et caractérisations de la pauvreté, on peut citer : la
pauvreté monétaire, la pauvreté humaine, la pauvreté économique, la pauvreté sociale ou
morale ; la pauvreté individuelle, la pauvreté collective, la pauvreté extrême, la pauvreté
temporaire ou transitoire, la pauvreté chronique, la pauvreté absolue.

Si la définition de sous-développement ne fait pas l’unanimité, il en va de même de celle du


développement et des stratégies pour y parvenir. Ses approches ont aussi évolué selon les
auteurs et les époques.

1.3- DYNAMIQUE DU CONCEPT DE DEVELOPPEMENT ET STRATEGIES DE


DEVELOPPEMENT

1.3.1- Les évolutions du concept : approches de quelques auteurs et grandes institutions

Dans la littérature française, cette notion serait apparue à la fin des années 50,
notamment dans les travaux de F. PERROUX. Le terme de développement est issu de celui
du sous-développement, c'est-à-dire de la prise de conscience de l'écart entre le monde
développé (industrialisé) et le Tiers Monde.
4
De ce concept, une bonne synthèse est donnée par P. GUILLAUMONT . On
reprendra ici les définitions de quelques auteurs anglo-saxons qu'il rappelle dans son ouvrage.
ére
Pour HIGGINS, (Economie du développement 1 édition 1959) "le développement
est un accroissement manifeste dans le revenu total et le revenu moyen par tête, diffusé
largement parmi les groupes professionnels et sociaux qui dure au moins deux générations et
devient cumulatif".
ère
Pour KINDLEBERGER (Economie du développement 1 édition 1958) "de façon
implicite dans l'usage courant et explicite dans ce qui suit , la croissance économique signifie
plus de production et le développement économique implique à la fois plus de production et
des changements dans les aménagements techniques et institutionnels au moyen desquels ce
supplément est obtenu".

Pour BRUTON (Principles 1965), l'analyse du développement " c'est l'étude de la


façon dont la croissance devient une caractéristique permanente de l'économie". Le problème
4
P. GUILLAUMONT (1985) Economie du développement@ tome 1. Le sous-développement
PUF/THEMIS.
du développement c'est celui de parvenir à la croissante automatique".

Dans la littérature française c'est F. PERROUX qui fournit l'une des définitions la plus
courantes du développement actuellement. Pour lui, le développement est la combinaison des
changements mentaux et sociaux d'une population qui la rendent apte à faire croître
5
simultanément et durablement son produit réel global . A son avis le développement doit
nécessairement déboucher sur le progrès à la différence de la croissance qui ne suppose
aucune nécessité de cet ordre.

Pour P. BAIROCH, le développement est l'ensemble des changements économiques,


sociaux, techniques et institutionnels liés à l'augmentation du niveau de vie résultant des
mutations techniques et organisationnelles issues de la révolution industrielle du XVIII ème
siècle.
Le développement se définit donc comme la croissance accompagnée de
modifications structurelles, des changements intervenant dans la structure de l'appareil de
production, de distribution, de consommation et dans les comportements de la population de
telle sorte que la croissance puisse être auto entretenue. A la différence de la croissance, le
développement revêt également un aspect qualitatif.

Pour Celso FURTADO " l'idée de développement possède au moins trois dimensions:
celle de l'accroissement de l'efficacité du système social, celle de la satisfaction des besoins
élémentaires de la population et celle de la réalisation d'objectifs auxquels aspirent les
6
groupes dominants d'une société et qui rivalisent dans l'utilisation des ressources rares" .

Pour J. AUSTRUY (cité par P. GUILLAUMONT) le développement est "un


mouvement qui bouleverse fondamentalement une société pour permettre l'apparition, la
poursuite et l'orientation de la croissance vers une signification humaine".

Pour L.J. LEBRET (cité par P. GUILLAUMONT) "en tant qu'action, le


développement n'est autre chose qu'un faisceau, dans une évolution coordonnée et
harmonisée de passages d'une phase moins humaine à une phase plus humaine".
Ces conceptions suggèrent que le développement est lui aussi une notion
controversée, assez difficile à cerner. Ainsi on parle de "mal développement" en référence
aux conséquences négatives de la croissance telles les bidonvilles qui côtoient les gratte-ciels
et la misère qui côtoie l'opulence dans le Tiers Monde ou encore la pollution de l'air et de
l'eau dans les pays industrialisés.
Aujourd'hui le concept de développement humain prôné surtout par le PNUD devient
de plus en plus à la mode. Il montre surtout que la croissance du revenu ne doit pas être une
fin en soi. Ainsi pour le PNUD", le développement humain est un processus qui conduit à
l'élargissement de la, gamme des possibilités qui s'offrent à chacun. En principe, elles sont
illimitées et peuvent évoluer avec le temps. Mais quel que soit le stade de développement,
elles impliquent que soient réalisées trois conditions essentielles: vivre longtemps et en bonne
santé, acquérir un savoir et avoir accès aux ressources nécessaires pour jouir d'un niveau de
vie convenable. Si ces conditions ne sont pas satisfaites, de nombreuses possibilités restent

5 : F. PERROUX : L'économie du XXe Siècle cité par C. FURTADO


6 C. FURTADO (1989) « Brève introduction au développement: une approche
interdisciplinaire » Ed. Publisud.

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l’université Ouaga II avec l’appui de MAÏGA Issouf et YARO
inaccessibles.
Mais le concept de développement humain ne se limite pas à cela. Il englobe
également des notions aussi capitales que la liberté politique, économique ou sociale, et aussi
importantes que la créativité, la productivité, le respect de soi et la garantie des droits
humains fondamentaux.

Le développement humain présente deux aspects: d'une part, la création de capacités


personnelles (par les progrès obtenus en matière de santé, de savoir et d'aptitudes) et d'autre
part, l'emploi que les individus font de ces capacités dans leurs loisirs, à des fins productives
ou culturelles, sociales et politiques. Le développement doit donc être bien plus qu'une
7
accumulation de revenus et de richesses. Il doit être centré sur les personnes" .
Aujourd’hui, le concept consacré est celui de « développement humain durable »
Dans toute société, la croissance et le développement ne peuvent avoir lieu que si
cette société dégage un certain excédent (un surplus) lequel surplus est transformé en capacité
productive.
Sinon on se retrouve tout juste dans une situation de reproduction simple. Cela
signifie que le processus de production se renouvelle sans changer de volume. Dans cette
hypothèse, dans le système pré-capitaliste, la plus value est entièrement dépensée par le
capitaliste pour sa consommation personnelle. Si au contraire, un excédent est dégagé et
réinvesti on peut parler de reproduction élargie. Dans le système capitaliste, une partie de la
plus-value est consacrée par le capitaliste à l'accroissement de la production; achats de
moyens de production et embauche de main-d’œuvre. Une partie de la plus-value est ajoutée
au capital précédent, elle est accumulée. L'accumulation du capital est l'adjonction d'une
partie de la plus-value en capital ou sa conversion en capital. La plus-value est la source de
l'accumulation.

1.3.2-Modalités, stratégies et politiques de développement

1.3.2.1- Les modalités du développement : le Développement comme une suite de phases


1.3.2.1.1- Le schéma de ROSTOW

La plupart des auteurs qui considèrent que le sous-développement est un état de


retard, partent implicitement de l'idée que le développement (ou la croissance économique)
est une succession d'étapes par lesquelles doivent passer tous les pays. L’œuvre la plus
célèbre dans cet esprit est celle de ROSTOW (1953) ("les étapes de la croissance
économique"). Cet auteur distingue les cinq étapes ci-après :

1°) - la société traditionnelle ;


2°) - les conditions de démarrage (société de transition)
3°) - le décollage (démarrage ou take-off)
4°) - la marche vers la maturité
5°) - l'ère de la consommation de masse

L'évolution historique des sociétés "décrites" par K. MARX (XIXe siècle) est interprétée
aussi par certains auteurs comme une suite de phases du développement économique. Bien

7 : Le rapport sur le développement humain dans le monde préparé pour le


PNUD par Economica 1990.
entendu, c'est à tord que l'on assimile le schéma de ROSTOW et celui de K. MARX car les
deux auteurs ne poursuivent pas les mêmes buts dans leur étude et n'utilisent pas les mêmes
méthodes d'investigation.

1.3.2.1.2- Les modes de production chez les marxistes

L'analyse marxiste fondée sur le matérialisme dialectique et historique conclue à


l'existence sinon à la nécessité de cinq modes de production:
- le mode de production de la communauté primitive
- le mode de production esclavagiste
- le mode production féodal
- le mode de production capitaliste
- le mode de production socialiste

1.3.2.2- Les principales stratégies proposées pour l’Afrique

En réponse aux deux familles de théories qui viennent d’être développées, deux grandes
catégories de stratégies ont été proposées : la stratégies de développement par intégration au
système capitaliste proposée par les partisans du système libéral mettant l’accès sur la
recherche des capitaux y compris par l’endettement et la rupture avec le marché capitaliste
mondial soutenue par les autres.
Les partisans de la thèse de la dépendance soutiennent la nécessité de rompre avec la
Division Internationale de Travail et de mobiliser les surplus intérieurs pour le
développement.
Trois concepts ont été développés à cet effet : le développement autocentré, le nouveau
développement et l’éco développement.

a- Le développement autocentré.
Malgré les nuances que l'on observe ça et là, la conception générale défendue est celle du
développement autocentré (développement auto-entretenu ou endogène, nouveau
développement,...). Si la majorité des tenants de ce deuxième courant s'accordent sur cette
ligne générale, il reste que la forme du régime économique à bâtir à terme ne fait pas
l'unanimité. En effet, là où certains pensent au socialisme, d'autres ne voient dans le
développement autocentré que le moyen le plus adéquat de créer les bases d'une économie
nationale capitaliste subissant moins les ponctions du système capitaliste mondial.
S. AMIN s’est illustré comme l’un des ardents défenseurs de cette thèse.
Parmi les diverses versions de cette stratégie, on peut citer le développement autocentré
fondé sur l'industrialisation décliné en trois stratégies à savoir : stratégie de l'import-
substitution, la stratégie de l'export-promotion (Nouveaux pays industrialisés) et enfin la
8
stratégie des industries industrialisantes (voie suivie par l’Algérie à partir de 1966). ( )

9
b- Le nouveau développement ( )
8
Voir à ce sujet l'ouvrage de CH. A. MICHALET (1983), Le défi du développement interdépendant, Ed.
Rochvignes, PARIS, 1983.
9
F. PERROUX (1981), « Pour une philosophie du nouveau développement, Paris AUBIER-UNESCO,
cité par C. A. MICHALET, op. cit. 22-23
Dans ce modèle, l'industrialisation est perçue comme une condition du développement
autocentré et non plus comme sa conséquence. L'objectif fondamental dans ce modèle est la
recherche d'un développement intégré et endogène, un développement global. A la différence
du courant industrialiste, le développement doit être analysé en termes qualitatifs et non dans
une approche purement quantitative.
Les trois dimensions du nouveau développement sont:
- la satisfaction des besoins fondamentaux (basic needs) du plus grand nombre.
- la constitution d'un ensemble économique intégré capable d'assurer un processus
d'accumulation du capital autocentré. Cette intégration doit s'établir entre activités
(agriculture et industrie) et zones spatiales (villes et campagnes). Il faut privilégier les
besoins internes par rapport aux liaisons externes. Il faut accorder la priorité à l'utilisation des
ressources disponibles sur place.
10
c- L'éco-développement( )

Avec le thème de l'éco-développement, l'analyse est centrée sur la mise en valeur des
ressources locales, propres à chaque écosystème. Son auteur (SACHS) met l'accent sur la
nécessité de respecter l'environnement en adaptant les choix technologiques aux contraintes
écologiques et à l'organisation locale du travail.
11
d - CH. BETTELHEIM et la rupture avec l'impérialisme ( )

CH. BETTELHEIM pour sa part ne développe pas expressément le concept de


développement autocentré. Il formule cependant les conditions nécessaires à remplir par les
pays sous-développés pour accéder au développement économique et social. Deux de ces
conditions sont très intéressantes à rappeler :
- l'indépendance économique qui signifie l'expropriation du grand capital étranger, la
nationalisation des plantations, des mines et les autres entreprises qui appartiennent à ce
capital. L'accession à l'indépendance économique signifie aussi une modification des
rapports monétaires, douaniers, financiers et commerciaux qui lient chaque pays dépendant à
telle puissance ou tel groupe de puissances impérialistes

- une profonde transformation sociale qui doit aboutir à la disparition des classes parasitaires
ou liées à l'impérialisme ; cette condition s'identifie à la nécessité d'une révolution
démocratique et nationale
Avec la mondialisation actuelle, on est en droit de s’interroger sur l’applicabilité de ces
propositions.

1.3.2.3-Le renouvellement actuel des concepts et des stratégies en Afrique

10
Idée générale développée par P. JACQUEMOT et M. RAFFINOT (1985) dans « Accumulation
et développement, Ed. L'Harmattan, PARIS, p.51
11
CH. BETTELHEIM (1978), "Planification et croissance accélérée", Maspero.

Cours préparé et mis en ligne par Dr Ernest K ILBOUDO Enseignant Chercheur à l’UFR/SEG 13
de
l’université Ouaga II avec l’appui de MAÏGA Issouf et YARO
Après les politiques et programmes d’ajustement qui ont montré leurs limites, les
Etats africains mettent fortement l’accent sur les stratégies communautaires et
transnationales (Intégration régionale, NEPAD, etc.) et lutte contre la pauvreté. Mais il
revient à chaque pays de trouver sa propre voie de développement économique favorable aux
pauvres en fonction des dotations en ressources, du niveau relatif de développement et du
contexte historique, culturel et social. Pour ce qui concerne les pays en Afrique au Sud du
Sahara, il est revenu aux institutions internationales et partenaires au développement (PNUD,
Institutions de Bretton Woods, etc.) de leur proposer une stratégie standardisée à travers les
Cadres Stratégiques de Lutte Contre la Pauvreté (CSLP) qui mettent l’accès sur :

- l’accélération de la croissance et la recherche de


l’équité
- l’application des principes de la bonne gouvernance
A côté des préoccupations d’intégration et pour faire face à la mondialisation, l’accent est de
plus en plus mis sur les questions d’environnement, d’aménagement du territoire, de
décentralisation et de développement territorial ou développement endogène qui font appel à
la participation des bénéficiaires à tous les niveaux. On fait de plus en plus appel à des
institutions à portée des populations à faibles revenus. On prône de plus en plus la solidarité
dans le développement.
Il est donc important de tenir compte de l’espace et de l’échelon dans la formulation des
politiques de développement. Le chapitre suivant prend en charge ces préoccupations.