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JULIEN CARRIER

ÉCRITURE DE RÉSEAUX DE BRAGG PAR LASER


FEMTOSECONDE À 400 NM

Mémoire présenté
à la Faculté des études supérieures et postdoctorales de l’Université Laval
dans le cadre du programme de maîtrise en physique
pour l’obtention du grade de Maître ès sciences (M.Sc.)

DÉPARTEMENT DE PHYSIQUE, GÉNIE PHYSIQUE ET D’OPTIQUE


FACULTÉ DES SCIENCES ET DE GÉNIE
UNIVERSITÉ LAVAL
QUÉBEC

2013

©Julien Carrier, 2013


Résumé

Les réseaux de Bragg occupent une place importante dans le secteur des com-
posants optiques fibrés. En effet, ils permettent de filtrer et contrôler la lumière qui
voyage à travers les réseaux de télécommunication. Ils réalisent cette tâche en ré-
fléchissant une partie du signal autour d’une longueur d’onde appelée longueur
d’onde de Bragg. Traditionnellement, leur fabrication se fait par irradiation d’une
fibre de silice à un faisceau laser UV. Dans ce cas, l’écriture est limitée à la silice en
raison des mécanismes de photosensibilité propre à la matrice de ce verre et qui sont
malheureusment nécessaires à l’inscription des réseaux. Dans certains cas, ceci peut
être problématique. En effet, pour le développement de sources lasers tout-fibres,
une application technologique d’importance, il est d’usage que la cavité soit basée
sur une fibre à composition exotique qui ne possèdent pas nécessairement les mêmes
mécanismes de photosensibilité que la silice.

Le développement récent de sources lasers ultrarapides et ultraintenses présente


une solution à ce problème. En effet, en utilisant des impulsions femtosecondes, il est
maintenant possible de prendre avantage d’une multitude d’effets non linéaires, qui
eux sont universels, afin de générer la photosensibilité souhaitée. À ce jour, la plupart
des travaux se sont réalisés grâce à des impulsions de 800 nm en longueur d’onde. Or,
il s’avère qu’utiliser une longueur d’onde plus courte comporte certains avantages.
Premièrement, ceci permet l’accès à des longueurs d’onde Bragg plus faibles. Ceci
pourrait être utile dans le développement de sources lasers émettant dans le visible.
Par ailleurs, des impulsions à plus haute énergie génèrent davantage d’effets non-
linéaires ce qui, théoriquement, se traduit pas une plus grande photosensibilité du
milieu. Pour ces raisons, une longueur d’onde d’inscription de 400 nm a été choisie
pour la réalisation de ces travaux.

Par ailleurs, la technique d’écriture par balayage d’un masque de phase a été
utilisée pour fabriquer les réseaux. Cette technique, qui n’avait jamais encore été
étudiée pour l’écriture femtoseconde à 400 nm, est basée sur l’interférence des deux
premiers ordres de diffraction d’un masque de phase. De plus, il est possible de ba-
iii

layer la fibre de façon longitudinale et transversale grâce à une platine de translation


et un actuateur piézoélectrique de manière à maximiser la réflectivité du réseau et
contrôler ses caractéristiques spectrales.

Grâce à ce montage, l’écriture à 1 µm dans une fibre de silice a été optimisée.


Dans les conditions de focalisation de notre expérience, il faut, pour d’obtenir un
taux d’écriture maximal, que la distance fibre-masque soit entre 1,7 nm et 3 mm, que
l’énergie des impulsions soit entre 250 et 400 µJ et que la vitesse de déplacement de
la platine soit la plus faible possible (v = 1 mm/min est généralement utilisée). Par
ailleurs, nous avons montré que le recuit thermique de réseaux inscrits dans de la
fibre de silice non photosensibilisée, hydrogénée et deutérisée résorbent leurs pertes
sans pour autant sacrifier leurs performances. Le profil des filaments a également été
caractérisé grâce à des mesures de réfractométrie en champ proche. Sans balayage
transversal, nous avons constaté que les filaments traversant la fibre était en régime
unique. Dans le cas avec balayage à une fréquence de 20 Hz, nous avons montré que la
zone de changement d’indice, bien qu’étendue, était non uniforme. Des simulations
numériques et des mesures de tensions aux bornes de l’actuateur piézoélectrique,
nous a montré que pour assurer l’uniformité, il fallait respecter un rapport fréquence
piézoélectrique sur vitesse de déplacement de la platine ne dépassant pas 0,01 avec
une fréquence piézoélectrique ne dépassant pas 1 Hz. Finalement, l’uniformité est
aussi affecter par l’amplitude de balayage transversale par rapport au rayon de la
fibre en raison de l’effet de la courbure de la fibre. Pour éviter une déformation trop
importante, il est de mise que ce rapport soit en deçà de 0,1.

Un autre aspect des travaux à porter sur l’écriture de réseaux à pas courts pour le
visible. En utilisant un masque de phase uniforme de pas Λ = 655 nm, il a été possible
d’inscrire un réseau de deuxième ordre à 480 nm. Les pertes importantes causées par
la présence de nombreuses bandes d’absorption associées aux centres de couleurs
ont été résorbées à un niveau de 8,8 %.

Finalement, des contributions aux projets respectifs de mes collègues Vincent


Fortin et Jérôme Leclerc-Perron soit le développement d’un laser Raman dans le
verre fluoré et celui d’un laser pulsé tout-fibre pour l’infrarouge ont été faites en
inscrivant des réseaux pour leur cavité laser.
Table des matières

Liste des tableaux vi

Liste des figures ix

Liste des abréviations et variables x

1 Introduction 1
1.1 Les premiers travaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2 Écriture par laser UV et photosensibilisation . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.3 Écriture par laser femtoseconde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.4 Survol des chapitres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7

2 Mécanismes de changement d’indice 9


2.1 Absorption via les défauts de la silice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.2 Photosensibilisation de fibres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.3 Photonoircissement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.4 Filamentation et ionisation nonlinéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
2.4.1 Mécanismes d’ionisation non linéaire . . . . . . . . . . . . . . . 17
2.4.2 Propagation non linéaire de filaments . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.4.3 Processus de densification . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
2.5 Classification des réseaux de Bragg . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32

3 Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 35


3.1 L’équation d’onde . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
3.2 Modes guidés dans une fibre optique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
3.3 Perturbation périodique de l’indice de la fibre . . . . . . . . . . . . . . 39
3.4 Couplage de modes guidés contrepropagatifs . . . . . . . . . . . . . . . 42
3.5 Propriétés spectrales du réseau de Bragg uniforme . . . . . . . . . . . . 45
3.6 Réseaux à pas variables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.7 Effet sur λB d’une variation thermique ou d’une contrainte mécanique 51

4 Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 53


4.1 Techniques de fabrication . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
v

4.1.1 Inscription directe (réseaux de Hill) . . . . . . . . . . . . . . . . 53


4.1.2 Interférence à deux faisceaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54
4.1.3 Interférence à faisceau replié . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
4.1.4 Écriture point-par-point . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
4.1.5 Écriture par masque de phase . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
4.1.6 Choix de la technique d’inscription . . . . . . . . . . . . . . . . 63
4.1.7 Montage expérimental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
4.2 Techniques de caractérisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
4.2.1 Mesures spectrales par analyseur de spectres optiques . . . . . 67
4.2.2 Mesure du profil d’indice par réfractométrie en champ proche . 70

5 Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 74


5.1 Distance fibre-masque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
5.2 Énergie par impulsion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
5.3 Vitesse de déplacement de la platine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 78
5.4 Évolution de l’écriture et recuit thermique . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
5.5 Caractérisation du profil des filaments . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
5.6 Uniformité des profils . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 92
5.6.1 Aspects mécaniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
5.6.2 Aspect optique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106

6 Réseaux à pas courts pour le visible 110


6.1 Expérience préliminaire à 542 nm . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
6.2 Réseau de deuxième ordre à 480 nm . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113

7 Autres projets 118


7.1 Laser Raman dans le verre fluoré . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
7.2 Laser pulsé tout-fibre pour l’infrarouge . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120

Conclusion 123

Annexe A Routine pour uniformisation du profil d’indice (aspect mécanique)125

Annexe B Routine pour uniformisation du profil d’indice (aspect optique) 127

Bibliographie 129
Liste des tableaux

2.1 Nombre de photons impliqués dans la transition multiphotonique


dans la silice pour quelques valeurs de longueur d’onde . . . . . . . . 19

5.1 Fréquences critiques de synchronisation pour quelques valeurs de a


lorsque w = 2 µm (typique). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
Table des figures

1.1 Schéma d’un réseau de Bragg uniforme de pas Λ . . . . . . . . . . . . . 2

2.1 Diagramme énergétique des principaux défauts Ge . . . . . . . . . . . 11


2.2 Illustration du processus de transformation du défaut GeO en centre
GeE0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.3 Augmentation des pertes induites et de la population de défauts Ge
après irradiation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.4 Schéma explicatif du claquage optique et de filamentation . . . . . . . 16
2.5 Illustrations schématiques des processus de génération de porteurs
libres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.6 Dynamique de l’évolution de la densité électronique pour diverses
combinaisons de mécanismes de dommage . . . . . . . . . . . . . . . . 23
2.7 Seuils de fluence mesuré et calculé pour l’apparition de dommage
dans la silice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.8 Schéma explicatif de l’auto-focalisation (effet Kerr). Tiré de [1]. . . . . . 25
2.9 Schéma de la propagation d’un filament . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.10 Seuil d’énergie pour le claquage optique et la filamentation sans la
silice en fonction de fl et ∆τ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
2.11 Trois types de changement de structure en fonction de l’énergie du
faisceau d’inscription . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
2.12 Mesures Raman montrant le changement de structure dans la silice . . 30
2.13 Images prises au microscope optique d’un réseau de type I et type II . 34
2.14 Courbes de recuit thermique pour des réseaux de type I, II et mixte . . 34

3.1 Réflectivité de réseaux de Bragg uniformes . . . . . . . . . . . . . . . . 46


3.2 Délais de groupe de réseaux uniformes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48
3.3 Schéma d’un réseau à pas variables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
3.4 Spectres de réflexion simulés montrant l’effet d’un GDF . . . . . . . . . 50
3.5 Exemple d’accordabilité de λB en fonction de la contrainte appliquée
et de la température . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52

4.1 Schéma du montage d’inscription directe . . . . . . . . . . . . . . . . . 53


4.2 Montage d’interférence à deux faisceaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
viii

4.3 Interféromètre de Loyd . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56


4.4 Interféromètre à prisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
4.5 Montage d’écriture point-par-point . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
4.6 Schéma d’un masque de phase et de son effet diffractif sur un faisceau
à incidence normale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
4.7 Interféromètre de Talbot . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
4.8 Masque de phase utilisé en translation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
4.9 Masque de phase utilisé en translation (vue de profil) . . . . . . . . . . 64
4.10 Montage d’inscription de réseaux de Bragg utilisé . . . . . . . . . . . . 67
4.11 Exemple de mesures de spectres de transmission et réflexion d’un FBG 68
4.12 Montage de caractérisation spectrale d’un FBG . . . . . . . . . . . . . . 70
4.13 Réfractomètre en champ proche . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
4.14 Exemple d’un profil d’indice obtenu par réfractométrie en champ proche 72

5.1 Schéma des conditions expérimentales pour l’optimisation de la dis-


tance fibre masque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
5.2 Modulation d’indice ac en fonction de la distance fibre-masque . . . . 77
5.3 Modulation d’indice ac en fonction de l’énergie par impulsion . . . . . 79
5.4 Modulation d’indice ac en fonction de la vitesse de déplacement de la
platine. L’encart montre les spectres de transmission expérimentale et
simulé pour une vitesse de v = 1 mm/min. . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
5.5 Modulation d’indice ac et pertes associées en fonction du temps d’ex-
position dans une fibre de HI1060 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
5.6 Fraction de la modulation d’indice ac et des pertes associées restantes
en fonction de la température de recuit dans une fibre de HI1060 . . . 84
5.7 Profils d’indice de réseaux inscrits sans balayage avec E = 200 µJ/impulsion
et t = 1 et 3 minutes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
5.8 Profils d’indice de réseaux inscrits sans balayage avec E = 300 µJ/impulsion
et t = 2 et 3 minutes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
5.9 Profils d’indice de réseaux inscrits sans balayage avec E = 400 µJ/impulsion
et t = 1 et 3 minutes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
5.10 Profils d’indice de réseaux inscrits avec balayage avec E = 200 µJ/impulsion
et t = 5 et 10 minutes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
5.11 Profils d’indice de réseaux inscrits avec balayage avec E = 300 µJ/impulsion
et t = 5, 10 et 15 minutes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
5.12 Profils d’indice de réseaux inscrits avec balayage avec E = 400 µJ/impulsion
et t = 5 et 15 minutes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 94
5.13 Phénomène de distorsion du profil d’écriture . . . . . . . . . . . . . . . 96
5.14 Schéma de simulation pour l’étude de l’aspect mécanique de l’unifor-
mité du profil d’indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
ix

5.15 Phénomène de synchronisation entre la fréquence de balayage et le


taux de répétition laser . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
5.16 Problème de synchronisation avec le laser . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
5.17 Profils d’indice simulés pour différents rapports f /v . . . . . . . . . . . 100
5.18 Profils d’indice simulés pour quelques valeurs de nombre de cycles
non entières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102
5.19 Tension réelle fournie au piézoélectrique pour plusieurs fréquences de
balayage et une amplitude A = 6 V . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
5.20 Tension réelle fournie au piézoélectrique pour plusieurs fréquences de
balayage et une amplitude A = 14 V . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103
5.21 Tension réelle fournie au piézo par le contrôleur du montage d’écriture
à 800 nm pour plusieurs fréquences de balayage et une amplitude de
A=6V . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 104
5.22 Profils d’indice mesurés par réfractométrie en champ proche pour
différentes fréquences de balayage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
5.23 Profil d’indice d’un réseau inscrit avec a = 48, 5 µm . . . . . . . . . . . 107
5.24 Schéma de simulation pour l’étude de l’aspect optique de l’uniformité
du profil d’indice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
5.25 Profil d’indice simulé pour différentes amplitudes totales de balayage 109

6.1 Spectre de transmission d’un réseau uniforme de deuxième ordre à


541,7 nm . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
6.2 Fraction restante de la réflectivité et des pertes du réseau à 541,2 nm . 112
6.3 Spectre de transmission normalisée après le recuit thermique avec une
résolution de 0,05 nm . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
6.4 Spectre de transmission d’un réseau uniforme de deuxième ordre à
480 nm . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
6.5 Fraction de pertes et ∆nac restantes en fonction de la température de
recuit du réseau à 480 nm . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
6.6 Mesures large bande des pertes du réseau à 480 nm en fonction de la
température de recuit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116

7.1 Montage expérimental du laser Raman tout-fibre opérant à 2185 nm . 119


7.2 Spectre de transmission du réflecteur fort de la cavité de pompe . . . . 119
7.3 Courbe d’efficacité laser pour la cavité de pompage . . . . . . . . . . . 120
7.4 Spectres de transmission des réseaux formant la cavité laser . . . . . . 121
7.5 Spectre de l’émission d’un laser pulsé tout-fibre dans une fibre dopée
Tm . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
x

Liste des abréviations et variables

Symbole Description Unité

FBG Réseau de Bragg fibré


GDF Glissement de fréquence
FCS Fréquence critique de synchronisation [Hz]
FWHM Pleine largeur à mi-hauteur [nm]
MPI Ionisation multiphotonique
A Amplitude pic-à-pic du piézoélectrique [V]
a Amplitude totale de balayage (= 4,04 × A) [µm]
f Fréquence du piézoélectrique [Hz]
C Paramètre de GDF du masque de phase [nm/cm]
Λ Période du masque de phase [nm]
Λrés Période du réseau [nm]
λB Longueur d’onde de Bragg [nm]
m Ordre de diffraction du masque de phase
θm /2 Angle de diffraction du mième ordre de diffraction [rad]
s0 Distance de séparation des ordres par walk-off [µm]
d Distance fibre-masque [mm]
r Rayon de la fibre [µm]
n Indice de la fibre
n0 Indice linéaire
n2 Indice de Kerr [cm2 /W]
neff Indice effectif du mode
xi

Symbole Description Unité

I Intensité du laser d’inscription [W/cm2 ]


λ Longueur d’onde du laser d’inscription [nm]
∆τ Durée des impulsions lasers [fs]
E Énergie par impulsion [µJ/impulsion]
fr ou flaser Fréquence de répétition laser [kHz]
Pcr Puissance critique d’auto-focalisation [W]
γ Paramètre de Keldysh
Ebi Énergie de la bande interdite [eV]
η Densité de porteurs libres [cm−3 ]
k Nombre de photons dans la transition MPI photons
R(k) Taux d’ionisation multiphotonique à k photons [Wk sk−1 /photonk ]
Prés Vecteur polarisation du réseau [C/m2 ]
ρ2 Spectre de réflectivité du réseau
τ Délai de groupe du réseau [ps]
N Ordre du réseau
L Longueur totale du réseau [mm]
Li Longueur d’inscription [mm]
Lt Longueur de translation [mm]
κac Constante de couplage ac [mm−1 ]
∆n ou ∆nac Composante ac du changement d’indice
κdc Constante de couplage dc [mm−1 ]
∆n Composante dc du changement d’indice
∆nmax Variation d’indice dc maximale
fl Longueur focale de la lentille [mm]
W Rayon du faisceau avant focalisation [mm]
xii

Symbole Description Unité

Lf Longueur mesurée des filaments [µm]


lf Largeur mesurée des filaments [µm]
v Vitesse de translation de la platine [mm/min]
t Durée de l’exposition [s, min]
∆λ Demi-largeur spectrale [nm]
Chapitre 1

Introduction

Les réseaux diffractifs intrafibres sont devenus des composants essentiels dans
plusieurs domaines de l’optique, des télécommunications et de la métrologie. Les
applications sont nombreuses : lasers à fibre, capteurs, filtrage de signaux de té-
lécommunication, etc. Ils possèdent de nombreux avantages sur les technologies
concurrentes : faibles pertes d’insertion, réflectivité ou taux d’extinction élevée, géo-
métrie tout-fibre et coûts de production faibles. Pourtant, le principe derrière ces
dispositifs reste relativement simple. En effet, un réseau fibré est une alternance de
plans d’indices de réfraction distincts perpendiculaires ou légèrement inclinés par
rapport au sens de propagation de la lumière dans la fibre optique. La périodicité
de ces plans constitue une perturbation suffisante pour transférer la puissance d’un
mode à un autre. Dans le cadre de ces travaux, il sera question des réseaux dits de
Bragg ou réflectifs, où le couplage se fait vers un mode identique, mais contrapro-
pagatif (figure 1.1). Les réseaux de Bragg (FBG : fiber Bragg gratings) sont en quelque
sorte l’équivalent fibré d’un miroir sélectif en longueur d’onde.

Afin de mieux comprendre l’évolution des travaux dans le domaine, voici un bref
survol historique du développement des réseaux de Bragg.

1.1 Les premiers travaux

En 1978, au Centre de recherches sur les communications du Canada (CRC), Ken


Hill et al. [2] ont observé une augmentation de la puissance réfléchie d’un laser argon
à 488 nm injecté dans une fibre optique de silice dopée à l’oxyde de germanium (Ge).
Chapitre 1. Introduction 2

Figure 1.1 – Schéma d’un réseau de Bragg uniforme de pas Λ inscrit dans une fibre optique.

Cette fibre avait été originellement conçue par Bell Northern Research pour l’étude
de phénomènes non-linéaires. Comme dans toutes les fibres en silice, la face clivée
se comporte comme un miroir de 4% en réflectivité ce qui a permis la création d’une
onde stationnaire. Or, en raison de sa composition, l’intensité a été en certains points
assez élevée pour modifier le matériau. Le résultat a été une modulation graduelle
de l’indice de réfraction suivant le pas de cette onde ce qui a causé l’augmentation
de la puissance réfléchie. La modulation d’indice a été estimée à 10−6 ce qui est très
faible. Bien que l’importance de cette découverte ait été soulignée à l’époque, peu
de travaux furent publiés durant la décennie suivante en raison des limitations de la
technique d’écriture employée par Hill. Il faut tout de même mentionner les travaux
de Lam et Garside [3] qui, en 1981, proposèrent le mécanisme d’absorption à deux
photons pour expliquer la photosensibilité des fibres dopées au Ge. Cependant, le
peu d’intérêt de la communauté scientifique de l’époque pour la photosensibilité
des fibres et la difficulté apparente à reproduire les résultats de Hill ont contribué à
propager la notion que ceux-ci étaient attribuables à cette seule fibre « spéciale ». Or,
en 1987, Stone [4] a démontré le contraire, alors qu’il a observé la photosensibilité de
fibres de silice dopées Ge en provenance de différentes sources.

1.2 Écriture par laser UV et photosensibilisation

En 1989, Meltz et al. [5] ont rapporté la première écriture de FBG par holographie
en utilisant l’absorption d’un photon unique à 244 nm provenant d’un laser à colo-
rant doublé en fréquence. Les réseaux inscrits possédaient une bande de réflexion
dans le visible (571 – 600 nm). Ce qui était révolutionnaire, c’est qu’en utilisant un
schéma d’interférence à deux faisceaux, il était maintenant possible d’ajuster la lon-
gueur d’onde réfléchie par le réseau en modifiant l’angle entre ces derniers. Ceci
Chapitre 1. Introduction 3

permettait d’une part de s’affranchir des limites fondamentales de la technique de


Hill, mais aussi d’écrire des réseaux à des longueurs d’onde plus utiles pour les
télécommunications, domaine en pleine effervescence à l’époque. Durant la même
année, Hand et Russell [6] proposèrent le modèle des centres de couleur pour expli-
quer la photosensibilité de la silice dopée Ge (c.f. section 2.1). Ce modèle proposait le
bris d’un défaut GeO et l’éjection d’un électron ensuite réabsorbé par la matrice pour
expliquer la photosensibilité de la fibre. Ce changement de conformation structurelle
est à la source de la modification locale de l’indice de réfraction via les relations de
Kramers-Kronig. En 1993, Atkins et al. [7] vérifièrent expérimentalement le modèle
des centres de couleur et confirmèrent qu’il expliquait correctement la formation de
réseaux dans les fibres dopées Ge.

En 1993, Hill et al. proposèrent une autre technique d’écriture de réseaux de Bragg.
Celle-ci utilisait l’interférence entre deux ordres de diffraction créés par un masque
de phase. La technique possédait plusieurs avantages dont ceux d’être plus simple à
aligner, être plus stable et de s’affranchir d’une certaine dépendance de la longueur de
cohérence du laser d’inscription. Le pas du masque dictait le pas du réseau. Puisque
ce pas est invariant, il est plus facile de le reproduire d’un réseau à l’autre. En 1994,
Martin et al. [8] proposèrent une variation du montage de Hill permettant d’écrire des
réseaux longs et très réflectifs. En effectuant une translation du faisceau d’écriture
par rapport au masque, mais en gardant celui-ci fixe par rapport à la fibre, il était
possible d’écrire des réseaux de plusieurs centimètres de long (limité par la longueur
du masque de phase) avec un faisceau de plus petite taille et moins intense. De plus,
puisque les masques de phases sont généralement fabriqués par lithographie par
faisceaux d’électrons et que leurs caractéristiques sont transférées aux réseaux, cette
technique permet l’écriture de réseaux aux profils d’indices variables en amplitude et
en phase. Cela ouvrait donc la porte aux développements de réseaux aux propriétés
définies sur mesure.

L’écriture de réseaux par radiation UV avait comme défaut que l’obtention d’une
modulation d’indice significative pouvait nécessiter une exposition de plusieurs
heures. D’autres dopants ont été testés, notamment l’europium [9], le cérium [10]
et l’erbium [11], mais aucun n’était aussi efficace que le germanium. Par ailleurs,
il n’est pas possible d’augmenter la concentration de germanium sans modifier le
comportement de la fibre. Ainsi, il fallait trouver un autre moyen d’améliorer la pho-
tosensibilité des fibres sans changer le pourcentage de dopants germanium. En 1991,
Lemaire et al. [12] proposèrent la diffusion de molécules d’hydrogène à basse tempé-
rature et haute pression comme technique de sensibilisation des fibres à la lumière.
L’introduction de H2 dans la matrice de la silice favorise la création de défauts de
type Si–OH aux sites normaux de Si–O–Ge en plus des défauts Ge, tous deux contri-
Chapitre 1. Introduction 4

buant à l’augmentation du changement d’indice observé. Une modulation d’indice


de 5, 9 × 10−3 a alors été atteinte (un record à l’époque) et celle-ci était suffisante pour
de nombreuses applications pratiques. Toutefois, ce procédé n’est pas sans défauts.
En effet, en 1994, Erdogan et al. [13] remarqua une détérioration de leur performance
en fonction du temps ou d’une hausse de température ce qui est problématique pour
tout type de composants optiques. En effectuant un recuit thermique, il était cepen-
dant possible d’accélérer le vieillissement du réseau pour n’en garder que la partie
stable de la modulation d’indice garantissant ainsi la durée de vie du dispositif. Fina-
lement, Canning et al. [14] remarqua une augmentation des pertes intrinsèques dans
le proche infrarouge de réseaux écrits dans des fibres hydrogénées.

À l’approche de l’an 2000, les techniques d’écriture de réseaux de Bragg par fais-
ceau laser UV continu avaient grandement maturées [15, 16, 17]. Un modèle relié
aux défauts de Ge était proposé pour expliquer la photosensibilité des fibres de silice
et leur hydrogénation en permettait une hausse significative. L’industrie des télé-
communications, où la fibre de silice était reine, n’en demandait pas plus. Or, lors
de son effondrement en 2001, plusieurs scientifiques en profitèrent pour imaginer
de nouvelles applications notamment dans le domaine des lasers à fibre pour l’in-
frarouge. Le problème est que la silice ne transmet plus adéquatement la lumière à
ces longueurs d’onde. Il a donc fallu développer de nouvelles fibres à compositions
exotiques pour pallier à ce manque. Cependant, celles-ci ne possédaient pas les dé-
fauts permettant de générer la photosensibilité nécessaire comme c’était le cas dans
la matrice de la silice. Il fallait donc trouver de nouveaux mécanismes, idéalement in-
dépendant du type de fibre, si l’on voulait arriver à effectuer l’inscription de réseaux
de Bragg dans ces nouvelles fibres. La réponse est venu du développement parallèle
des lasers ultra-rapides. En effet, les grandes intensités, qu’ils permettent d’atteindre,
ont permis l’accès à de nombreux mécanismes d’absorption non-linéaires. C’est le
mariage des deux technologies qui a permis l’écriture de réseaux de Bragg dans des
fibres autres que la silice comme nous le verrons à la section suivante.

1.3 Écriture par laser femtoseconde

En 1997, Glezer et al. [18] ont réussi à créer des micro-explosions de diamètre
variant entre 200 – 250 nm dans de la silice, le quartz, le saphir et d’autres matériaux
transparents en utilisant des impulsions lasers de 100 fs à 800 nm focalisées très
fortement. L’éjection de matière à la position de mise au point compactait le millieu
environnant modifiant ainsi localement l’indice de réfraction. Cette nouvelle tech-
nique ouvrait la porte au micro-usinage d’une multitude de matériaux transparents.
Chapitre 1. Introduction 5

Il fallut attendre 1999 pour voir cette découverte appliquée à la fabrication de


réseaux fibrés. La première initiative est venue de Kondo et al. [19] qui ont produit
des réseaux à pas longs (LPFG) en utilisant un laser Ti : saphir de 800 nm émettant
des impulsions de 120 fs à 800 nm et à un taux de répétition de 200 kHz. Notons que
le montage expérimental employait une technique qui avait déjà fait ses preuves avec
un laser UV : l’écriture point-par-point [20]. Lors d’une écriture point-par-point, la
mise au foyer du faisceau d’inscription se fait directement à l’intérieur du matériau à
l’aide d’une lentille de forte ouverture numérique. La périodicité du réseau est créée à
par le déplacement séquentiel de la position de focalisation entre chaque impulsion le
long de la fibre. En d’autres termes, le faisceau (ou la fibre) est déplacé d’une distance
égale au pas du réseau entre chaque exposition. Ceci permet d’avoir un contrôle
complet sur ses caractéristiques. En contrepartie, la demande sur la tolérance du
positionnement est très sévère et les réseaux inscrits grâce à cette méthode possèdent
en général plus de pertes (c.f. section 4.1.4). Une des conclusions de l’article de Kondo
est l’excellente résistance thermique des réseaux écrits par irradiation femtoseconde.
En effet, alors que les réseaux produits par laser UV avaient tendance à s’effacer
lorsque soumis à une hausse de température, ceux inscrits par Kondo conservaient
leurs propriétés réflectives jusqu’à 500◦ C. Avec le même type de laser, Fertein et al.
ont réussi en 2001 à écrire un réseau de Bragg dans une fibre de télécommunication
standard (Corning SMF-28). La modulation d’indice obtenue était de 6×10−3 ce qui est
comparable au maximum obtenu pour un réseau inscrit dans une fibre hydrogénée
par laser UV et ce, sans traitement de photosensibilisation.

Le mécanisme de dommage menant au changement d’indice de réfraction était


mal compris à l’époque. C’est pourquoi, Sudrie et al. commencèrent, en 2001 [21]
par décrire les mécanismes de formation de traces de dommage dans des blocs de
verre de silice, puis, en 2002 [22], proposèrent un modèle théorique basé sur des
simulations numériques pour les expliquer.

L’utilisation de techniques holographiques pour l’écriture de réseaux par laser


femtoseconde a pris un certain temps à apparaître. La raison principale est que
les largeurs spatiale et temporelle de telles impulsions sont très faibles ce qui rend
difficile l’alignement du montage. La première réussite est venue de Kawamura et al.
[23] qui ont formé des réseaux de surface sur du SiO2 à l’aide d’un laser Ti : saphir
émettant à 800 nm. Les hautes intensités lumineuses ont permis de tirer parti de la
nonlinéarité de l’air. En effet, en maximisant la génération de troisième harmonique
du signal de pompe, il a été possible d’ajuster le chemin optique des deux bras du
montage. Un délai maximal de 0,1 ps, très acceptable pour assurer la qualité de la
figure d’interférence, a été obtenu.
Chapitre 1. Introduction 6

En 2003, Mihailov et al. [24] utilisèrent un masque de phase, dont l’ordre 0 a été
minimisé, et des impulsions de 800 nm avec une durée de 120 fs afin de créer la
figure d’interférence nécessaire à l’écriture de réseaux de Bragg d’ordres supérieurs
dans une fibre de télécommunication standard. Ceci diffère légèrement des travaux
réalisés dans le cadre de ce mémoire, car l’utilisation d’impulsions à 400 nm permet
d’utiliser le premier ordre de diffraction du masque qui, en théorie, peut contenir plus
de puissance que ceux d’ordres supérieurs. Après quelques minutes d’exposition aux
impulsions fs, une modulation d’indice de 1, 9 × 10−3 a été observée sans traitement
préalable de photosensibilisation de la fibre. La stabilité thermique de ces réseaux était
excellente. Aucune dégradation de performance n’a été observée malgré un recuit
thermique de deux semaines à 300◦ C, ni à 710◦ C pendant 16 heures [25]. En 2006, le
même groupe a inscrit pour la première fois un réseau de Bragg dans une fibre de
silice microstructurée [26]. Le profil particulier de ces fibres modifie significativement
le patron d’interférence puisque la diffraction du faisceau d’inscription y est très forte.
Afin d’inscrire ces réseaux, l’équipe a dû placer la fibre dans un support rotatif afin
de trouver l’angle d’entrée qui minimise cette diffraction.

En 2007, Bernier et al. [27] montrèrent la possibilité d’écrire des réseaux de Bragg
de modulation d’indice atteignant 1 × 10−3 dans des fibres fluorées non dopées ou
dopées thulium. Les fibres fluorées, notamment celle de ZBLAN, sont très utiles pour
la transmission de lumière dans l’infrarouge moyen. En les dopant correctement, il
est possible d’envisager la fabrication de lasers dont la cavité est basée sur ce genre de
fibre. Par exemple, Androz et al. travaillèrent sur la fabrication d’un laser tout-fibre
à 1480 nm dans la fibre de Tm3+ : ZBLAN [28]. La puissance maximale obtenue à
l’époque était de 295 mW avec une efficacité de 40%. Depuis, l’écriture de réseaux de
Bragg dans ce genre de fibres est devenue plus routinière ce qui a permis à Faucher
et al. en 2011 de mettre sur pied un laser émettant à 2,8 µm dans une fibre ZBLAN
dopée erbium émettant un impressionnant 20,2 W avec une efficacité de 35,4% [29].

Des lasers fibrés ont également été réalisés dans d’autres types de fibres. Men-
tionnons notamment les travaux de Wikszak et al. [30] qui, en 2006, réussirent à écrire
un réseau de Bragg de 40 mm de longueur à 1554,5 nm dans une fibre de silice dopée
erbium grâce à un faisceau d’inscription à 800 nm et un montage utilisant la tech-
nique de balayage du masque de phase (c.f. section 4.1.5). En opération laser, la fibre
a généré 38 mW de puissance avec une efficacité de 21%. L’année suivante, l’exercice
a été répété dans une fibre à maintien de polarisation en silice dopée ytterbium. Cette
fois-ci, la puissance émise était de 100 mW (limitée par la pompe) avec une efficacité
de 27% [31].

Le pas d’un FBG n’est pas forcément uniforme, il peut être modulé en fonction
Chapitre 1. Introduction 7

de la position le long de la fibre. Ce type de réseau est appelé réseau à pas variable
(chirped grating) [32]. En 2008, Thomas et al. [33] produisirent le premier réseau à pas
variable écrit par laser femtoseconde en utilisant un masque de pas uniforme, mais en
courbant légèrement la fibre. Ils obtinrent, pour un réseau de 20 mm de longueur, une
bande spectrale de 6 nm avec une réflectivité maximale de 50%. L’année suivante,
Bernier et al. [34] dépassèrent largement ce résultat en utilisant un masque à pas
très variable (C = 95 nm/cm). Dans une fibre de SMF-28 hydrogénée, ils ont écrit
un réseau de 35 mm de longueur dont la réflectivité atteignait 98,5% et la largeur
spectrale record de 310 nm.

La plupart des travaux récents d’écriture de réseaux de Bragg assistée par laser
femtoseconde ont été réalisés à l’aide de lasers Ti :saphir émettant à 800 nm. Ce choix
limite nécessairement la plage de pas de réseaux disponible. Pour avoir accès à des
longueurs d’onde de Bragg plus courtes tout en gardant les avantages d’utiliser un
réseau de premier ordre, il faut diminuer la longueur d’onde d’inscription. C’est ce
qu’ont fait Bernier et al. [27] pour fabriquer un laser basé sur une cavité de silice dopée
ytterbium émettant à 1073 nm. En utilisant un cristal BBO, la seconde harmonique du
laser a été générée pour créer un faisceau d’inscription à 400 nm. Le réseau d’entrée
avait une modulation d’indice élevée de 4 × 10−3 ce qui résultait en une réflectivité
supérieure à 40 dB. Les faibles pertes (< 0,1 dB) ont permis d’observer une émission
de puissance maximale de 13 W (limitée par la pompe) à une efficacité de 71%
(pratiquement la limite théorique pour ce système). Notons également les apports
de Lindner et al. [35] qui, en utilisant une configuration Talbot (c.f. section 4.1.5) et
un faisceau d’inscription continu de 244 nm, ont réussi l’inscription d’un réseau de
Bragg dans le visible (λB = 460 nm).

Bien que ces résultats démontrent un intérêt dans le domaine, aucune étude ap-
profondie des paramètres d’écriture à 400 nm n’avait encore été proposée avant les
travaux du présent mémoire. L’objectif était donc d’étudier le phénomène d’inscrip-
tion de réseaux de Bragg avec des impulsions femtosecondes à 400 nm. Pour y arriver,
j’ai effectué des expérimentations à une longueur d’onde de 1 µm et, subséquemment,
transposé les résultats à l’écriture de réseaux à pas courts pour le visible (λB < 500
nm).

1.4 Survol des chapitres

Ce mémoire est séparé en six chapitres. Dans le chapitre 2, il sera question de l’in-
teraction laser-matière, plus spécifiquement des différents mécanismes d’ionisation
Chapitre 1. Introduction 8

nonlinéaire et comment ils peuvent mener à la modification structurelle du milieu.


Nous nous attarderons aussi à l’implication de la filamentation nonlinéaire dans la
formation de ces modifications.

Au chapitre 3, nous développerons la théorie régissant le comportant du réseau.


En particulier seront traités les modes d’une fibre optique, l’effet d’une perturbation
périodique sur ces derniers, le cas spécifique où le couplage se fait vers un mode
contrapropagatif (réseau réflectif), les propriétés du réseau de Bragg uniforme et
l’effet d’une variation thermique ou d’une contrainte mécanique sur la longueur
d’onde de Bragg.

Au chapitre 4, nous nous intéresserons aux techniques de fabrication et de ca-


ractérisation de réseaux. Les principales techniques de fabrication seront brièvement
décrites suivi d’une justification et d’une description du montage utilisé lors des
travaux. Un traitement similaire sera effectué pour les diverses techniques de carac-
térisation tant au niveau de la mesure de la forme et de l’amplitude de la zone de
changement d’indice, que de la réponse spectrale des réseaux.

Au chapitre 5, les notions acquises sur le processus de changement d’indice, sur


la théorie des réseaux de Bragg, ainsi que sur leur fabrication et leur caractérisation
seront appliqués au cas de l’optimisation des paramètres d’écriture d’un réseau de
Bragg à λB = 1 µm inscrit dans une fibre de silice. Les résultats d’une analyse
variationnelle des paramètres d’intérêt soit : la distance fibre-masque d, l’énergie par
impulsions E, la vitesse de déplacement de la platine v, seront présentés ainsi qu’une
discussion sur l’uniformité du profil d’indice qui est régi par la fréquence de balayage
du coeur f et son amplitude A par l’actuateur piézoélectrique.

Au chapitre 6, nous aborderons l’inscription de réseaux à pas courts pour le


visible (λB < 500 nm). Tout d’abord, les premiers résultats d’écriture d’un réseau de
deuxième ordre dans une fibre de silice à une longueur d’onde de Bragg de 542 nm
seront présentés. Puis, la même expérience sera répétée à 482 nm, longueur d’onde
cible pour la fabrication d’un laser dans une fibre de ZBLAN dopée Tm. Dans les
deux cas, une étude du vieillissement par recuit thermique sera effectuée.

Finalement, au chapitre 7, il sera question de quelques projets connexes où l’ex-


pertise développée dans l’écriture de réseaux de Bragg avec des impulsions de 400
nm a été utilisée.
Chapitre 2

Mécanismes de changement d’indice

La fabrication d’un réseau de Bragg nécessite un changement périodique de l’in-


dice de réfraction d’un matériau transparent. Ce dernier est généralement causé
par une modification structurelle due à l’absorption d’énergie lumineuse. Les méca-
nismes d’absorption varient énormément en fonction des propriétés physiques du
matériau. Longtemps l’utilisation des défauts liés à la présence d’oxyde de germa-
nium dans les fibres de silice a été la principale stratégie afin d’obtenir la photosen-
sibilité requise à l’inscription de réseaux de Bragg. Bien évidemment, le désavantage
majeur de cette approche est qu’il n’est possible de profiter de ce mécanisme que dans
la silice. Avec l’avènement des lasers femtosecondes, dont les impulsions courtes
permettent d’obtenir de très fortes intensités, on peut maintenant compter sur une
multitude d’effets non linéaires pour absorber l’énergie lumineuse. Puisque ces ef-
fets sont universels, l’inscription de réseaux de Bragg n’est plus limitée à la silice.
Dans ce chapitre, il sera question des principaux mécanismes de photosensibilité et
de changement d’indice. La classification des réseaux ainsi qu’un bref résumé de la
photosensibilisation des fibres seront aussi présentés.

2.1 Absorption via les défauts de la silice

Les premiers réseaux de Bragg ont été inscrits dans des fibres de télécommunica-
tion standards. Durant la fabrication de ce type de fibre, des vapeurs de SiCl4 /GeCl4
et d’oxygène réagissent sur un substrat de silice pour former la préforme. Or, ces
réactions chimiques ne sont jamais complètes ce qui mène à la formation de défauts
dans la matrice vitreuse. Ceux-ci possèdent leur propre bande d’absorption dont
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 10

le niveau d’énergie est inférieur à celui de la valeur de la bande interdite. Dans la


silice, cette valeur est de Ebi = 9 eV [22]. Un photon unique (absorption linéaire) qui
voudrait la traverser devrait avoir une longueur d’onde de 138 nm. Les lasers émet-
tant dans cette région spectrale sont peu communs et nécessitent une atmosphère
inerte pour les utiliser en raison de leur interaction avec l’air ambiant. Par contre, des
lasers UV dans la gamme 193 – 260 nm sont aisément disponibles et il est possible
de les utiliser pour exciter les transitions moins énergétiques associées à ces défauts
[7, 11, 36, 37, 38].

En particulier dans les fibres destinées aux télécommunication, la présence de Ge


dans le coeur a tendance à former des sous-oxydes de GeOx (x = 1 à 4). Ces sous-
oxydes sont à la base des principaux défauts de la silice. Parmi ceux bien connus, on
trouve les défauts Ge(n), où n désigne le nombre de plus proches voisins d’atomes
de Ge/Si d’un ion germanium [39]. La figure 2.1 les illustre ainsi que quelques autres
défauts dignes de mention. Les énergies qui leur sont associées sont également in-
diquées. On attribue à l’emprisonnement d’un électron à un site Ge (ou Si) la bande
d’absorption de Ge(1) dont l’énergie est de 4,4 eV (280 nm) [40]. La nature de Ge(2)
est quant à elle moins bien comprise. L’hypothèse la plus acceptée est que Ge(2) n’est
qu’une simple variation de Ge(1) [40, 41]. D’autres vont dans la direction contraire et
affirme que Ge(2) est un centre attracteur pour les trous [42]. La bande d’absorption
de Ge(2) est située à 213 nm (5,8 eV). La formation du défaut GeE0 suite à l’absorption
d’un photon par le défaut GeO a été identifié comme étant le principal moteur de
la photosensibilité de la fibre de silice dopée germanium [15]. Le centre attracteur
GeE0 est constitué d’un atome de Ge à trois voisins situés près d’un site déficient en
oxygène dont un des électrons de l’orbital sp3 est non pairé [43]. En effet, comme on
peut le voir à la figure 2.2, le lien Ge – Ge, brisé par l’absorption du photon, libère un
électron libre qui est recombiné soit au même endroit soit à un autre défaut. L’éjection
de l’électron modifie la structure de la molécule et en change la densité et le spectre
d’absorption [44]. Ce changement crée par la même occasion une modification locale
de l’indice de réfraction du matériau. Il est aussi inévitable que lors de la fabrication,
des ions hydroxyle pénètrent à l’intérieur de la matrice donnant naissance à une
autre classe de défauts dont les principaux représentants sont le radical peroxyde et
le NBOHC (nonbridging oxygen hole center) [45, 46], tous deux des centres attracteurs
de trous. Leurs bandes d’absorption sont situées respectivement à 163 et 325 nm (7,6
et 3,8 eV) pour le radical peroxyde et à 260 et 600 nm (4,8 et 2,1 eV) pour le NBOHC
[17].

Le modèle utilisant les défauts de la silice pour expliquer la photosensibilité de


la fibre de germanosilicate est aussi connu sous le nom de modèle des centres de
couleur. Il a été proposé en 1990 par Hand et Russel [47]. Dans celui-ci, l’exposition
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 11

Figure 2.1 – Diagramme énergétique des principaux défauts Ge (ou Si) de la silice dopée
germanium. Les bandes d’absorption des différents défauts sont : Ge(1), 280 nm (4,4 eV),
Ge(2) 213 nm (5,8 eV), radical peroxyde, 163 et 325 nm (7,6 et 3,8 eV), NBOHC, 260 et 600 nm
(4,8 et 2,1 eV) et GeE0 (GeO), 240 nm (5,2 eV). L’énergie d’un photon provenant d’un laser
femtoseconde Ti :saphir (800 nm) est également illustrée en guise de comparaison.

Figure 2.2 – Illustration du processus de transformation du défaut GeO en centre GeE0 .


Un photon de 240 nm (5,2 eV) brise le lien Ge – Ge éjectant ainsi un électron libre. L’éjection
modifie la structure de la molécule en la rendant plus compacte. L’augmentation de la densité
se traduit par une élévation de l’indice de réfraction local. L’électron peut être recombiné au
site original ou à un autre défaut. Adapté de [17]
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 12

modifie les propriétés du matériau en introduisant de nouvelles transitions moins


énergétiques causées par la polarisabilité plus élevée des liaisons défectueuses des
défauts (centres de couleur). Leur modification structurelle augmente localement la
densité. Ceci se traduit par une variation du spectre d’absorption qui, via les relations
de Kramers–Kronig, est équivalent à un changement d’indice. En fonction du régime
d’écriture, la contribution au changement d’indice des centres de couleurs peut va-
rier. Cependant, on s’entend généralement pour dire qu’il en explique la majeure
partie en ce qui concerne l’irridiation de fibre à une source UV. Notons cependant la
contribution de quelques autres mécanismes d’intérêt notamment l’augmentation de
concentration d’ions hydroxyles [44], la densification de la matrice et l’augmentation
de la tension [44, 48], la formation de centre GeH [49], l’autoformation d’une dis-
tribution de charges périodiques induite par la photoexcitation de défauts (modèle
dipolaire) [50] et la relaxation de stress thermoélastiques dans le coeur de la fibre
[51].

2.2 Photosensibilisation de fibres

La photosensibilisation de fibres devient nécessaire lorsque la photosensibilité


des centres GeE0 n’est plus assez importante pour atteindre un changement d’indice
suffisant pour l’application considérée ou que ce changement d’indice soit trop long à
obtenir. L’option la plus répandue pour photosensibiliser une fibre est son exposition
à un environnement d’hydrogène à haute température et/ou pression. Dans cette
situation, l’hydrogène diffuse lentement dans la fibre et réagit aux sites Si–O–Ge pour
former des hydroxyles et des centres Ge déficients en oxygène. Ces défauts forment
une bande d’absorption forte à 240 nm [15]. En fait, la réaction avec l’hydrogène est
tellement efficace que la plupart des atomes Ge participent au changement d’indice
qui peut alors dépasser 10−2 [7].

La diffusion de l’hydrogène dans la matrice de silice est un phénomène dépendant


de la température et de la pression. Sa concentration en fonction de la position radiale
ρ et du temps t est donnée par [17]

J0 µn ρ 2 i 1
X  h Z
C(ρ, t) = 2C0  exp −D µn /r t φ(ρ)J0 (µn ρ)dρ (2.2.1)
J2 µn ρ
n=1 1 0

où µn sont les nième zéros de la fonction de Bessel J0 , r est le rayon de la fibre, C0


la concentration initiale et φ(ρ) = 1 si l’hydrogène diffuse à l’intérieur de la fibre et
φ(ρ) = −1 dans le cas contraire. Le coefficient de diffusion, D, pour l’hydrogène est
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 13

[52]
DH2 = 5, 65 × 10−4 e−40,19kJ/mol/RT cm2 /s (2.2.2)
où R = 8, 311 J/(K-mol) et T est la température en degrés Kelvin. Il est possible de
remplacer l’hydrogène par du deutérium. Dans ce cas, le coefficient de diffusion est
[52]
DD2 = 5, 00 × 10−4 e−10,5kJ/mol/RT cm2 /s. (2.2.3)
En évaluant l’Éq. (2.2.1), on se rend compte que l’hydrogénation est un processus
coûteux en temps. Pour atteindre le coeur d’une fibre standard — là où la photosen-
sibilité est souhaitée — il faut prolonger le traitement jusqu’à des centaines d’heures.
De plus, dans des conditions de pression et de température normales, le processus
est inversé et l’hydrogène diffuse vers l’extérieur. Ce traitement n’est donc valide que
pour une période limitée. Pour ralentir ce processus, il est préférable de conserver la
fibre photosensibilisée à des basses températures jusqu’à son utilisation.

Un autre défaut de cette technique est qu’elle peut mener à l’augmentation des
pertes de fonds. En effet, la formation d’ions hydroxyles contribue, suite à l’exposition
UV, à la création de pics d’absorption ; un associé à la formation de liens Si–OH (1,39
µm) et l’autre à des liens Ge–OH (1,42 µm). Ces pics peuvent être déplacés en dehors
de la bande des télécommunications en utilisant le deutérium [17]. Cette augmenta-
tion des pertes est fortement corrélée à un phénomène appelé photonoircissement,
qu’il est possible de renverser partiellement en appliquant certains traitements aux
réseaux. C’est ce dont il sera question à la section suivante.

2.3 Photonoircissement

De nombreux matériaux transparents, dont la silice, sont victimes d’un phé-


nomène appelé photonoircissement lorsqu’ils sont exposés à certaines longueurs
d’onde. Cet effet délétère, qui se caractérise par une augmentation des pertes en
transmission en fonction du temps d’exposition (figure 2.3a) et de l’intensité de l’ir-
radiation, est connu depuis longtemps [53, 54, 55, 56, 57]. Les mécanismes par lesquels
s’opère cette dégradation optique diffèrent grandement d’un matériau à l’autre. Par
contre, dans la silice, le photonoircissment serait relié à la formation de centres de
couleurs puisque leur densité semble être corrélée à l’augmentation des pertes en
fonction du temps d’exposition (figure 2.3b). En effet, leur formation, bien qu’utile
pour modifier l’indice localement, affecte également le spectre d’absorption en intro-
duisant des pertes supplémentaires. À titre d’exemple, la figure 2.3c montre le spectre
d’absorption d’une fibre LMA dopée Yb à différents stades de photonoircissement.
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 14

Figure 2.3 – (a) Augmentation des pertes induites dans une fibre de germanosilicate après
exposition à une irradiation de 488 nm avec des intensités de (i) 67 mW/µm2 , (ii) 114 mW/µm2
et (iii) 125 mW/µm2 . Tiré de [54]. (b) Augmentation de la population de défauts Ge(1) (n1 ),
Ge(2) (n2 ) et GeE0 (n3 ) en fonction du temps d’exposition. La densité de porteurs libres
ne = η − (n1 + n2 + n3 ) est également illustrée. Tiré de [54]. (c) Spectres d’absorption d’une fibre
LMA dopée Yb non exposée (courbe inférieure, rouge) et après 7, 15 et 100 min d’exposition
(courbes supérieures, respectivement orange, verte et bleue) à un laser de 45 W émettant à
976 nm. Tiré de [58].

On peut voir que son effet devient de plus en plus important pour les longueurs
d’onde inférieures à 900 nm et lorsque le temps d’exposition augmente. La photosen-
sibilisation de fibres par hydrogénation ou deutérisation amplifie cet effet, car elles
introduisent de nouveaux défauts liés aux ions hydroxyles [55].

Heureusement, le photonoircissement est partiellement réversible par photoblan-


chiment ou par recuit thermique. Le photoblanchiment consiste en l’exposition de la
fibre à de la lumière visible. Suite à ce traitement, plusieurs auteurs ont rapporté une
baisse significative des pertes dans différent types de fibres ayant subit du photo-
noircissement [55, 58, 59]. Le mécanisme dépend de la composition de la fibre, mais,
en résumé, le photoblanchiment relaxerait les défauts responsables des pertes. Le
principe est le même pour le recuit thermique. En chauffant la fibre, les centres de
couleur sont peu à peu détruits et les pertes sont résorbées [60, 61]. Cependant, il faut
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 15

noter que dans le contexte de l’écriture de réseaux de Bragg, l’effacement du pho-


tonoircissement implique une baisse conjointe dans la modulation d’indice puisque
la concentration en centres de couleur est diminuée. Or, il s’avère que cette baisse
est bien moindre que celles des pertes [58, 62]. Il a été démontré que les traitement
de photoblanchiment ont assez évolué pour réussir à fabriquer des lasers de haute
puissance [63].

2.4 Filamentation et ionisation nonlinéaire

L’utilisation du laser femtoseconde a permis un regain d’intérêt dans le domaine


de l’écriture de réseaux de Bragg [21, 24, 64, 65]. En effet, les impulsions ultrabrèves
et ultrapuissantes permettent d’atteindre le seuil de nombreux effets non linéaires
potentiellement dommageables pour le milieu, mais qui, en régime médian, peuvent
mener à différents types de changement d’indice. L’avantage principal réside dans
le fait que ces effets sont universels et peuvent être utilisés comme mécanisme d’ab-
sorption dans de nombreux matériaux et non seulement dans la silice. En fonction
des caractéristiques du rayonnement laser et des conditions de focalisation, certains
d’entre eux sont privilégiés. Pour des conditions d’irradiation intense, leur efficacité
est telle que cela peut mener au claquage optique du matériau. Par ailleurs, à partir
d’un certain seuil de puissance, un autre phénomène appelé filamentation entre en
jeu. La propagation non linéaire de filaments crée un plasma de faible densité qui
peut lui aussi modifier localement l’indice du matériau. La figure 2.4 résume le che-
minement menant au claquage optique et l’effet de la propagation de filaments dans
le matériau.

En focalisant des impulsions ultrabrèves et ultrapuissantes, on génère un certain


nombre de mécanismes d’ionisation non linéaire dont les principaux sont : l’ionisa-
tion multiphotonique, l’absorption de porteurs libres, l’ionisation par collision élec-
tronique et l’ionisation par effet tunnel. Ceux-ci auront comme effet de promouvoir
des électrons dans la bande de conduction créant ainsi un plasma de faible densité. À
noter, ils ne sont pas mutuellement exclusifs et travaillent conjointement à augmen-
ter la densité électronique. Les mécanismes dominants dépendent des conditions de
focalisation et de la puissance du faisceau laser. À faible puissance et pour des impul-
sions longues, le plasma transfère généralement son énergie vers la matrice ce qui se
traduit par un changement d’indice homogène via la densification du matériau. Pour
des impulsions un peu plus puissantes, le transfert énergétique pourra donner nais-
sance à de nanoréseaux dont la particularité principale est leur biréfringence. Pour
des impulsions encore plus puissantes (∆τ < 100 fs), le nombre de porteurs libres
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 16

Figure 2.4 – Schéma explicatif du claquage optique et de filamentation. (a) En focalisant un


faisceau aux impulsions ultrabrèves et ultrapuissantes, la puissance locale est suffisamment
élevée pour générer des effets non linéaires. (b) Les différents mécanismes d’ionisation non
linéaire pompent la bande de conduction avec des porteurs libres créant par le fait même
un plasma. (c) Selon le niveau de puissance de l’illumination, ce plasma peut être de faible
densité. En transférant son énergie à la matrice du verre, il modifiera alors de façon homogène
la zone affectée. Pour des conditions de puissance moyenne, il est possible que le plasma
mène à la formation de nanoréseaux qui sont biréfringents. (d) À plus haute puissance, le
phénomène d’avalanche électronique devient actif et amplifie le nombre de porteurs libres
dans la bande de conduction ce qui mène au claquage optique du matériel et (e) laisse derrière
des microvides causés par des explosions locales. (i) La filamentation apparaît lorsque la
puissance du faisceau laser est plus élevée que la puissance critique d’autofocalisation. (ii)
Le filament crée un plasma de faible densité qui vient densifier localement le matériau et en
change l’indice.
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 17

peut être grandement amplifié par le phénomène d’avalanche électronique. La den-


sité plasmonique devient alors tellement grande que cela mène au claquage optique.
Il y a alors génération de microvides causés par l’explosion locale du matériau. La fi-
lamentation, quant à elle, est la conséquence de l’équilibre entre l’autofocalisation de
Kerr (effet de propagation non linéaire) et l’action défocalisante du plasma créée par
cette même autofocalisation. Comme il a été mentionné plus haut, la filamentation
commence à apparaître lorsque la puissance dépasse le seuil critique d’autofocali-
sation. La propagation filamentaire a l’avantage d’allonger la zone de changement
d’indice suivant l’axe de propagation du filament. Il est possible d’avoir un régime
mixte de claquage optique et de filamentation dépendamment des conditions de
focalisation et de puissance laser.

Dans la prochaine section, on traitera avec plus de détails chacun des mécanismes
d’ionisation non linéaire et de la filamentation, et comment ils se traduisent en un
changement d’indice de réfraction.

2.4.1 Mécanismes d’ionisation non linéaire

Absorption de porteurs libres Un électron dans la bande de conduction peut se


déplacer séquentiellement vers des niveaux énergétiques de plus en plus élevés grâce
à l’absorption successive de photons (figure 2.5a). Ceci a pour effet de libérer des états
plus faibles en énergie afin d’accueillir de nouveaux porteurs libres dans la bande
de conduction. Notons cependant que l’efficacité de ce processus peut être diminuée
par le couplage électron-phonon. En effet, la génération de phonons dans le matériau
est un moyen pour l’électron de se départir d’une portion de son énergie et ainsi de
redescendre à des niveaux énergétiques plus bas. Habituellement, l’utilisation d’im-
pulsions à haute énergie permet de contrebalancer cet effet même dans les matériaux
où le couplage électron-phonon est fort. Par conséquent, la contribution à la densité
électronique de l’absorption de porteurs libres est positive.

Ionisation par collision électronique et effondrement par avalanche électronique


L’ionisation par collision électronique se caractérise par l’accélération d’électrons
libres déjà présents dans la bande de conduction sous l’effet d’un champ électrique
intense (figure 2.5b). Les électrons peuvent se retrouver dans cette bande à cause
d’impuretés, de défauts ou suite à leur ionisation par effet thermique ou plus acti-
vement par absorption multiphotonique ou effet tunnel. Durant leur accélération, ils
entrent en collision avec un second électron. Ce dernier est ensuite accéléré par le
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 18

Figure 2.5 – Illustration schématique des processus (a) d’absorption de porteur libre, (b)
d’ionisation par collision électronique, (c) d’ionisation multiphotonique et (d) d’ionisation
par effet tunnel. [66]
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 19

champ externe et le phénomène part en cascade. En présence d’un champ optique


intense, l’avalanche peut se poursuivre jusqu’à saturation. On parle alors d’effon-
drement par avalanche électronique pouvant mener au claquage optique. En termes
simples, ce mécanisme est un amplificateur de la densité d’électrons générés par tous
les autres mécanismes d’ionisation. La croissance de la densité électronique par le
phénomène d’effondrement par avalanche électronique est décrite par


= βη (2.4.1)
dt
où β est la probabilité par unité de temps qu’un électron subisse une collision ioni-
sante. Quelques modèles ont été proposés pour évaluer β [67, 68]. L’ionisation par col-
lision électronique et l’effondrement par avalanche électronique sont les mécanismes
d’ionisation dominants pour les lasers dont la durée d’impulsion est inférieure à 1
µsec et dont l’intensité se situe entre 109 W/cm2 et 1012 W/cm2 .

Ionisation multiphotonique L’ionisation multiphotonique est le processus non li-


néaire par lequel deux ou plusieurs photons sont absorbés simultanément donnant
assez d’énergie à un électron pour passer de la bande de valence à la bande de
conduction (figure 2.5c). On l’observe principalement pour des lasers pulsés ayant
des intensités entre 1012 W/cm2 et 1016 W/cm2 et dont la durée des impulsions est
inférieure à 1 µsec. Le nombre de photons requis pour effectuer la transition est
déterminé par le plus petit entier k satisfaisant la relation, k~ω > Ebi où Ebi est la
valeur de la bande interdite du matériau et ~ω, l’énergie d’un des photons incidents.
Rappelons que pour la silice, Ebi = 9 eV [22]. Le tableau 2.1 liste le nombre de pho-
tons impliqués dans une transition multiphotonique se déroulant dans la silice pour
quelques valeurs de longueur d’onde.

λ (nm) k
266 2
400 3
800 6

Table 2.1 – Nombre de photons impliqués dans la transition multiphotonique dans la silice
pour quelques valeurs de longueur d’onde

Le taux d’ionisation multiphotonique, R(k) , peut être exprimé comme

2n0 c 2
R(k) = σ(k) Ik où I= |E| (2.4.2)

Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 20

est l’intensité du laser et σ(k) la section efficace de l’absorption multiphotonique à


k photons. Il est possible de trouver une expression pour R(k) en résolvant par per-
turbation l’équation de Schrödinger dépendante du temps. La perturbation vient de
l’interaction du matériau avec le champ optique appliqué et est décrit par l’Hamilto-
nien V̂ dont les éléments sont définis par
Z
Vml = u∗m (r)V̂ul (r)d3 r (2.4.3)

où ui est la distribution spatiale du mode i. De là, il est possible de définir l’équation


différentielle régissant l’amplitude de probabilité de la transition multiphotonique
comme
(N)(t)
dam X
= (i~)−1 a(N−1)
l
Vml e−iωml t , N = 1, 2, 3, . . . (2.4.4)
dt
l

où ωml = ωl − ωm est la différence de pulsation entre les niveaux l et m. Finalement, le


taux d’ionisation multiphotonique est donné par
(k) 2
am (t)
R(k) = (2.4.5)
t
Pour les valeurs de k définies dans le tableau 2.1, R(k) est explicitement donné par [69]
2
X µnm µmg E2
R(2)
ng = 2πρ f (ωng − 2ω), (2.4.6)
m ~2 (ωmg − ω)
2
X µon µnm µmg E3
R(3)
ng = 2πρ f (ωog − 3ω), (2.4.7)
mn ~3 (ωng − 2ω)(ωmg − ω)
2
X µrq µqp µpo µo nµnm µmg E6
R(6)
ng = 2πρ f (ωrg − 6ω).
qpomn ~6 (ωqg − 5ω)(ωpg − 4ω)(ωog − 3ω)(ωng − 2ω)(ωmg − ω)
(2.4.8)

où µab est le moment dipolaire pour la transition entre les niveaux a et b et ρ f (ωab ) la
densité d’états du niveau final a.

Une des raisons justificatives des présents travaux se trouve dans l’évaluation de
ces taux de transition. En effet, comme l’indique le tableau 2.1, l’écriture de réseaux de
Bragg dans la silice à 400 nm requiert trois photons. La plupart des travaux précédents
se sont déroulés à une longueur d’onde de 800 nm [24, 25, 26, 34, 70] et nécessitaient
six photons. Or, le processus d’ionisation à trois photons est plus efficace que celui à
six. En effet, on conçoit facilement qu’il est beaucoup plus probable que trois photons
se trouvent au même moment et au même endroit que six. Pour s’en convaincre, il
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 21

suffit de calculer le rapport des sections efficaces σ(3) /σ(6) = R(3) I3 /R(6) . Pour estimer
R(3) I3 /R(6) , supposons qu’un seul niveau domine dans les sommes des Éqs. (2.4.7) et
(2.4.8) et que les différentes transitions sont fortement non résonnantes de telle sorte
que ωqg −5ω ≈ 5ω, ωpg −4ω ≈ 4ω, ωog −3ω ≈ 3ω, ωng −2ω ≈ 2ω et ωmg −ω ≈ ω. De plus,
supposons que la fréquence du laser est située au pic de résonance de l’absorption à
trois et six photons pour que les densités d’états du niveau final soient donnés par
ρ f (ωog = 3ω) ≈ (2πΓo )−1 et ρ f (ωrg = 6ω) ≈ (2πΓr )−1 où Γo et Γr sont les largeurs des
niveaux o et r respectivement. Pour les besoins de la cause, nous pouvons approximer
Γo ≈ Γr ≈ 2π 1 × 10−3 rad/sec. Finalement, supposons également que les moments


dipolaires sont tous approximativement égaux et de l’ordre de ea0 = 8 × 10−30 C·m.


En évaluant tous les termes, on obtient finalement,

σ(3) R(3) 3
= (6) I ≈ 1, 29 × 1019 . (2.4.9)
σ(6) R

Par conséquent, nous avons maintenant la preuve que dans la silice, l’absorption
multiphotonique à trois photons (irradiation à 400 nm) est beaucoup plus efficace
qu’à six photons (irradiation à 800 nm). Ceci peut se traduire par une meilleure
photosensibilité du matériau et on l’espère une modification plus importante de
l’indice de réfraction.

Ionisation par effet tunnel Lorsque l’intensité devient supérieure à 1020 W/cm2 et
la durée des impulsions inférieure à 10 fs, le mécanisme d’ionisation non linéaire
principal devient l’ionisation par effet tunnel. Dans ces conditions, le champ optique
appliqué est suffisamment intense pour arracher directement l’électron du potentiel
coulombien par effet tunnel. Cet effet s’explique dans le même cadre théorique que
l’ionisation multiphotonique. Keldysh a défini le paramètre γ afin de caractériser
l’importance relative de chacun de ces mécanismes [71] :
ωp
γ= 2U0 (2.4.10)
F
où F est la force du champ électrique induit par le rayonnement et U0 le potentiel
d’ionisation de l’atome. Lorsque γ est supérieur à 1, l’ionisation multiphotonique
domine tandis que c’est l’ionisation par effet tunnel dans le cas contraire.

Claquage optique Le claquage optique se déclenche lorsque la densité électro-


nique devient tellement élevée qu’elle permet le passage d’un courant électrique.
L’énergie est alors dissipée de façon explosive en laissant derrière elle une modifica-
tion structurelle importante. Le claquage est donc le résultant de l’accumulation de
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 22

charges par tous les mécanismes d’ionisations non linéaires décrits précédemment.
Leur importance relative dépend de l’intensité du champ optique appliqué. Dans
notre cas, nos conditions expérimentales (c.f. section 4.1.7) sont telles que les princi-
paux mécanismes sont l’ionisation multiphotonique et l’effondrement par avalanche
électronique. La contribution de ces deux processus à l’injection d’électrons dans la
bande de conduction pour des impulsions allant du ps au fs est donnée par [68]

= aIη + R(k) (2.4.11)
dt
où a est une constante décrivant l’efficacité du processus d’effondrement par ava-
lanche électronique. Cette dernière équation doit cependant être modifiée dans le cas
où les processus de pertes des porteurs libres (e.g. auto-piègement et recombinaison)
se déroulent sur la même échelle de temps que les impulsions femtosecondes comme
c’est le cas pour la silice. La dynamique de la densité électronique s’écrit alors
dη η
= aIη + R(k) + σ(kx ) ηSTE Ikx − , (2.4.12)
dt τx
où σ(kx ) est section efficace multiphotonique d’ordre kx pour l’auto-piègement d’exci-
tons, ηSTE la densité d’excitons autopiégés et τ(kx ) le temps caractéristique d’emprison-
nement. Il vient un point où la densité électronique devient assez importante pour
atteindre le seuil de claquage du matériel. Typiquement, celle-ci est de l’ordre de 1018
cm−3 . Lorsqu’il est atteint, le nuage électronique se comporte comme un plasma dont
la fréquence d’oscillation naturelle est résonnante avec celle du laser. Ceci résulte en
une absorption de l’énergie restante de l’impulsion et par le fait même d’une aug-
mentation supplémentaire de la densité électronique jusqu’à 1019 ou 1021 cm−3 selon
les mécanismes en jeu (figure 2.6). La température et la pression deviennent alors
très élevées de l’ordre de 106 K et du GPa respectivement. Localement, la matrice ex-
plose pour former des micros-vides (c.f. section 2.4.3). Ces zones de matières moins
denses ont le potentiel de changement d’indice le plus élevé. C’est également dans ce
régime de dommages que l’on fabrique les réseaux les plus stables thermiquement
(c.f. section 2.5). En revanche, leurs pertes par diffusion sont plus élevées.

Le calcul du seuil de dommage n’est pas trivial, car le claquage optique est un
phénomène complexe qui dépend de plusieurs paramètres. Pour des impulsions de
10 ps à 10 ns, il existe une loi d’échelle bien connue entre la durée de l’impulsion
et le seuil de dommage en fluence. Plus précisément, la fluence requise pour créer
du dommage varie proportionnelle à ∆τ1/2 [69]. Pour des impulsions plus courtes,
d’autres modèles sont nécessaires. Stuart et al. [73] ont réussi à calculer et mesurer
avec une bonne précision la fluence nécessaire pour créer du dommage dans la silice
en fonction de la durée d’impulsion et ce, pour des longueurs d’onde de 526 et 1053
nm (figure 2.7). Comme on peut le constater le seuil de dommage ne suit plus une
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 23

Figure 2.6 – Dynamique de l’évolution de la densité électronique pour diverses combinaisons


de mécanismes de dommage soit l’ionisation multiphotonique simple, l’ionisation multipho-
tonique plus l’effondrement par avalanche électronique et l’ionisation multiphotonique plus
l’effondrement par avalanche électronique plus l’auto-piègement d’excitons suite au passage
d’une impulsion laser de 100 fs. L’ionisation multiphotonique produit, dans la partie centrale
de l’impulsion, les électrons nécessaires à l’effondrement par avalanche électronique après
quoi la densité critique est atteinte. À saturation, l’auto-piègement offre une voie pour la
réduction de la densité électronique. Adapté de [72].
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 24

loi proportionnelle à ∆τ1/2 pour des impulsions dont la durée est inférieure à 10 ps.
De plus, pour une même valeur de ∆τ, il diminue significativement. On peut donc
penser que sous une irradiation de 400 nm, il sera encore plus faible.

Figure 2.7 – Seuils de fluence mesuré et calculé (ligne pleine) pour l’apparition de dommage
dans la silice. La ligne pointillée montre le seuil dans le cas où seule l’ionisation multiphoto-
nique est considérée. Tiré de [68]

2.4.2 Propagation non linéaire de filaments

Les mécanismes présentés précédemment décrivent de quelle façon les effets non
linéaires permettent d’ioniser le matériau et d’en modifier la structure. Or, rien n’a
été dit sur la propagation de ces modifications. Pour ce faire, il faut faire appel à un
autre phénomène non linéaire relié à la propagation du faisceau : la filamentation
optique. La filamentation est un phénomène universel qui se produit dans tous les
matériaux transparents. Elle se caractérise par l’effet combiné de l’autofocalisation
par effet Kerr et l’effet défocalisant de la génération d’un plasma qui, en se balançant
l’un l’autre, permettent au faisceau de se propager sur de longues distances donnant
ainsi l’impression de former un filament. Dans cette section, nous étudierons tour à
tour les deux phénomènes physiques sous-jacents et comment ils peuvent mener à
un tel phénomène.

Autofocalisation Lorsqu’un milieu est soumis à des impulsions très intenses, son
indice de réfraction acquiert une composante supplémentaire appelée indice de Kerr.
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 25

L’indice de Kerr est fonction de l’intensité des impulsions ainsi que de n2 , le coef-
ficient d’indice non linéaire de second ordre de telle sorte que l’indice d’un milieu
transparent et non résonnant est donné par :

n = n0 + n2 I (2.4.13)

où n0 est l’indice linéaire. En général, le profil spatial des impulsions provenant


d’un laser est gaussien. De plus, dans la plupart des matériaux non résonants, n2 est
positif. Par conséquent, l’indice dans le centre de l’impulsion est plus élevé. Sachant
que cette dernière voyage à une vitesse c/n, sa partie centrale sera plus lente que
les zones extérieures et le front d’onde commencera à se courber vers l’arrière à
mesure qu’elle se propage (figure 2.8). La résultante est une focalisation du faisceau
jusqu’à des dimensions de l’ordre de 1 – 2 µm. L’autofocalisation n’aura lieu que si
la puissance du laser atteint un seuil critique donné par [1] :

3, 77λ2
Pc = (2.4.14)
8πn0 n2
.

Figure 2.8 – Schéma explicatif de l’auto-focalisation (effet Kerr). Tiré de [1].

Action défocalisante du plasma A priori on pourrait penser que l’autofocalisation


mène à une singularité en intensité résultant en la destruction du matériau. Or, ce
n’est pas le cas, car lorsque l’intensité devient suffisamment élevée pour ioniser par-
tiellement le matériau à travers les différents mécanismes d’ionisation non linéaires,
un plasma de faible densité est crée. Ce dernier modifie la partie réelle de l’indice de
réfraction tel que (valable pour ωp /ω  n0 ) [74]
η
n = n0 − (2.4.15)
2n0 Nc
où Nc = ω2 0 m∗ /e2 est la densité du plasma lorsque sa fréquence égale celle du laser
(ωp = ω). L’action de défocalisation du plasma permet de limiter l’intensité qu’il est
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 26

possible d’obtenir en contrebalançant l’autofocalisation. La dynamique de l’équilibre


entre ces deux phénomènes est fonction des propriétés du milieu notamment la
facilité de générer des porteurs libres. Par ailleurs, le processus par lequel l’intensité
est limitée est connu sous le nom de verrouillage de l’intensité (intensity clamping).
Une conséquence du verrouillage de l’intensité est qu’une augmentation de l’énergie
des impulsions ne mènera pas à une augmentation de l’intensité dans la zone focale.
On observera plutôt la formation d’un ou plusieurs filaments compétitionnant pour
le même bassin énergétique.

Filamentation Lorsqu’un faisceau gaussien continu atteint la puissance critique


d’autofocalisation Pc , il s’autofocalise en entier à une distance z f . Cette distance est
calculée à partir du début de la propagation dans le milieu et est donnée par [1] :

0, 367ka20
z f = ( 2 )1/2 (2.4.16)
 1/2
P
Pc
− 0.852 − 0.0219

où k et a0 sont le nombre d’onde et le rayon du faisceau à 1/e de l’intensité, res-


pectivement, et P est la puissance. Si l’on utilise une lentille (comme c’est le cas
dans plusieurs expériences) pour focaliser le faisceau plus rapidement, la nouvelle
distance d’autofocalisation est donnée par
1 1 1
0 = + (2.4.17)
zf zf fl

où fl est la focale de la lentille. Dans le cas d’un faisceau gaussien femtoseconde,


le modèle décrit précédemment n’explique qu’une partie des résultats observés. On
préfère alors utiliser le modèle du foyer mobile (moving focus model). Dans ce modèle,
on considère une impulsion de forme gaussienne dans le temps et l’espace dont la
puissance crête dépasse largement le seuil critique d’auto-focalisation. Cette impul-
sion est découpée en fines tranches dans le domaine temporel. Chaque tranche peut
donc être considérée comme un faisceau continu dont la puissance est donnée par P.
La tranche centrale, là où l’intensité est la plus élevée, s’autofocalisera en premier à la
distance z f tel que décrit à l’Éq. (2.4.16). En s’autofocalisant, son intensité augmentera
jusqu’à l’ionisation et la génération d’un plasma de faible densité. L’effet défocali-
sant du plasma ramènera l’intensité de la tranche à un niveau légèrement inférieur
(dû aux pertes par ionisation) au reste de l’impulsion que l’on nomme réservoir de
fond (background reservoir). La tranche située à l’avant de la tranche centrale s’au-
tofocalisera plus loin selon l’Éq. (2.4.16) puisque sa puissance est plus faible. S’en
suit l’enchaînement du verrouillage de l’intensité et du retour au réservoir de fond
par défocalisation plasma. Le processus se répète pour toutes les tranches situées à
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 27

l’avant de la tranche centrale pour lesquelles P > Pc . Les tranches arrières devraient,
en théorie, pouvoir s’autofocaliser. Par contre, en pratique ce n’est pas le cas puisque
celles-ci interagissent avec le plasma généré par les tranches avants donnant nais-
sance à une enveloppe énergétique hautement déformée. En conséquence, l’énergie
y est confinée et ne participe donc pas au réservoir de fond [1, 72]. En se propageant,
l’impulsion tend donc à s’amincir spatialement et à s’élargir spectralement jusqu’à
générer de la lumière blanche (figure 2.9).

Figure 2.9 – Schéma de la propagation d’un filament. La largeur des ellipses représente la
largeur spatiale de l’impulsion. On voit bien que la partie avant de l’impulsion tend à s’amin-
cir avec la propagation. L’étoile représente la partie centrale de l’impulsion, là où l’intensité
est maximale et donc où il est plus le facile à ioniser les atomes du milieu. Finalement, la
partie arrière de l’impulsion est caractérisée par une distribution d’intensité non uniforme.
L’automodulation de phase élargit le contenu spectral du filament jusqu’à pouvoir observer
une figure de lumière blanche après une longue propagation. Tiré de [1].

La compétition entre l’autofocalisation et l’effet défocalisant du plasma est le mo-


teur principal de la filamentation. Cet échange d’énergie peut se répéter à plusieurs
reprises résultant en la création d’une mince ligne composée d’une multitude de
points chauds. Sans pertes, ce phénomène pourrait se perpétuer à l’infini parce qu’il
est autosuffisant ; le réservoir de fond servant de bassin d’énergie nécessaire à la
propagation du faisceau. Corollairement, l’énergie contenue dans un filament peut
être considérée, en premièrement approximation, comme constante. De ce fait, ce
qui se produirait au foyer dans des conditions d’optique linéaire se répéterait tout
au long du filament. En d’autres termes, un des rôles de la filamentation dans le
contexte de l’écriture de réseaux de Bragg est de propager la zone où les mécanismes
de changement d’indice opèrent. Ceci se révèle être important puisque ça permet
d’affecter de grandes régions beaucoup plus facilement.

La figure 2.10 montre les seuils d’énergie pour le claquage optique et la filamen-
tation dans la silice en fonction de la longueur focale ainsi que les différents régimes
de filamentation en fonction de la durée d’impulsion.
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 28

Figure 2.10 – (a) Seuils d’énergie pour le claquage optique et la filamentation dans la silice
en fonction de la longueur focale pour une irradiation à 800 nm et une durée d’impulsion
de 75 fs. La ligne rouge dénote le seuil d’autofocalisation dicté par la puissance Pc . Tiré de
[75]. (b) Seuils d’énergie pour la génération de filament en différents régimes en fonction de
la durée d’impulsion et de la dispersion de deuxième ordre. La ligne pointillée représente
l’énergie critique d’autofocalisation. Tiré de [76].

À la figure 2.10a, il est possible d’identifier plusieurs régimes de modification du


matériau en fonction de la longueur focale pour un faisceau de 75 fs à 800 nm . La
courbe en rouge indique le seuil d’autofocalisation du matériau. Il est impossible
d’obtenir de la filamentation en bas de ce seuil, mais le claquage optique, lui, est pos-
sible à très courtes focales ( f < 20 mm). Pour des focales plus grandes, on n’observe
aucun dommage photoinduit. En augmentant l’énergie, on vient à dépasser le seuil
d’autofocalisation dicté par Pc et on voit apparaître de la filamentation simple. Encore
une fois, en utilisant une lentille de plus grande ouverture numérique, on peut voir
apparaître un régime mixte avec du claquage et de la filamentation simple. En aug-
mentant d’avantage l’énergie, il peut y avoir l’apparition de dommages structurels
pour de grandes focales, soit un régime mixte de claquage et de multifilamentation.

À la figure 2.10b, le résultat d’une analyse similaire est illustré, mais cette fois-ci en
fonction de la durée d’impulsion pour une lentille de 50 mm de longueur focale. Dans
la région I, l’énergie est trop basse pour générer un filament ou du dommage. Dans la
région II, l’énergie est légèrement supérieure au seuil de filamentation de telle sorte
qu’un seul filament est généré. Celui-ci se propage et donne lieu à un changement
d’indice uniforme et relativement faible. Dans la région III, l’énergie est suffisante
pour donner naissance à des filaments multiples. Finalement, dans la région IV, la
filamentation et le claquage optique agissent de pair pour former de longues traces
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 29

de dommage dispersif sous la forme de micro-explosions comme nous le verrons à


la section suivante.

2.4.3 Processus de densification

Le processus physique derrière la densification de la silice suite au passage d’im-


pulsion femtoseconde est encore l’objet d’un vif débat. Néanmoins, il semble exister
un consensus sur l’existence de trois types de changement de structure en fonction
de l’énergie du faisceau d’inscription : un changement d’indice isotropique (figure
2.11a) [77], un changement d’indice biréfringent (figure 2.11b) [78, 79] et la création
de micro-vides (figure 2.11c) [18, 80].

Figure 2.11 – Trois types de changement de structure en fonction de l’énergie du faisceau


d’inscription

Dans un régime d’énergie faible, le changement de structure a tendance à entraîner


un changement d’indice isotropique. On attribue ce comportement à la fonte locale
du matériau par le plasma puis à sa resolidification rapide. Il s’avère que dans la
silice, une resolidification suite à une hausse importante de température augmente sa
densité [81]. Physiquement, on observe par spectroscopie Raman une augmentation
du nombre de structures annulaires à 3 et 4 atomes de Si [82]. Ces structures sont plus
compactes que celles à 5 ou 6 membres que l’on retrouve normalement dans la silice.
La figure 2.12a montre les spectres Raman d’un bloc de silice suite à l’exposition à
des impulsions femtosecondes à différentes énergies. On aperçoit une élévation des
pics de décalage Raman à 490 et 605 cm−1 (figure 2.12b) qui est conséquente avec
le schéma de densification proposée [83]. De plus, des mesures de spectroscopie
infrarouge abondent dans le même sens en mesurant un changement dans l’angle de
la liaison Si – O – Si ainsi qu’une diminution de la longueur du lien Si – O en accord
avec les structures à 3 et 4 atomes [84].
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 30

Figure 2.12 – (a) Spectres Raman pour différentes énergies d’impulsion femtoseconde. (b)
Aire totale grandissante sous le pic de 605 cm−1 associé à la formation de structures annulaires
à 3 atomes dans la silice. Les deux séries de points se réfèrent à des mesures indépendantes.
Tirée de [83]
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 31

Dans un régime moyen d’énergie, le changement d’indice se fait plutôt de façon


biréfringente [79]. Ce régime se caractérise par la présence de bandes périodiques
et nanométriques à l’intérieur du volume focal. Le mécanisme qui est proposé pour
expliquer leur formation repose sur le couplage entre le champ laser femtoseconde
et celui du plasma [85]. L’interférence qui en découle produit une modulation de l’in-
tensité du plasma perpendiculaire à la polarisation du laser qui, à son tour, produit
une variation dans l’intensité du changement structurelle. Des mesures des spectres
Auger permettent de mettre en évidence une déplétion en oxygène des régions pério-
diques sans modification de la concentration en silicium. Par conséquent, l’indice de
réfraction de celles-ci est légèrement inférieur à l’indice moyen, alors que les régions
adjacentes voient leur indice de réfraction majoré légèrement. C’est la présence de
ces nanoréseaux qui donnent lieu à la biréfringence de la structure.

Lorsque le seuil de dommage du matériau est dépassé, le changement d’indice se


fait par expansion explosive causée par la vaporisation du matériau à l’extérieur du
volume focal. Ce phénomène de micro-explosion crée des régions de moindre densité
appelées microvides entourées de zones plus compactées [86]. L’autofocalisation de
l’impulsion femtoseconde est tellement importante qu’elle produit un effondrement
du faisceau jusqu’à un rayon d’environ 100 nm. Le plasma créé peut atteindre une
température de 106 K ce qui entraîne une augmentation rapide de la pression de
l’ordre du GPa et ce, dans un très faible volume. C’est l’onde de choc qui en résulte
qui déplace la matière radialement et crée le microvide.

Il est également important de noter l’effet du taux de répétition laser sur la dy-
namique de la modification d’indice. En effet, l’analyse faite jusqu’à maintenant
considérait l’effet d’une impulsion unique. Dans un régime à bas taux de répétition
(silice, fr . 200 kHz [87]), on peut considérér que les répercussions du passage suc-
cessif d’impulsions femtosecondes sont indépendantes [88]. Ce critère est basé sur le
fait que le temps d’interaction entre le milieu et le champ laser est du même ordre que
celui du transfert d’énergie par les électrons à la matrice [73]. De ce fait, le phénomène
d’accumulation de chaleur est beaucoup plus difficile à produire. Par contre, ce n’est
pas impossible si le taux de répétition est suffisamment élevé. Dans ce cas, l’analyse
du phénomène est plus complexe et s’éloigne du cadre des travaux de ce mémoire
qui ont été réalisés à bas taux de répétition.

Par contre, il est nécessaire de mentionner que d’autres pistes sont présentement
explorées pour expliquer le changement d’indice dans la silice. Parmi celles-ci, la
création de centre de couleurs GeE0 et de NBOHC comme c’est le cas avec l’irradiation
UV [83, 89]. En effet, rien n’empêche les impulsions fs d’exciter les mêmes transitions
que les lasers UV. Mentionnons finalement l’effet du stress induit par l’exposition
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 32

aux impulsions femtosecondes [90]. Bien que ces travaux démontrent un progrès
certain dans la compréhension de la problématique du changement d’indice causé
par l’irradiation femtoseconde, il demeure que plus de recherche est requis afin de
mieux comprendre le phénomène.

2.5 Classification des réseaux de Bragg

La classification des réseaux de Bragg se fait généralement en fonction du type


de changement d’indice induit et/ou du traitement de photosensibilisation qu’a subit
la fibre. En raison de la découverte de nouveaux mécanismes, la classification a
constamment évolué au cours des dernières années. La classification présentée ici est
basée sur celle proposée par [17] et [91].

Type I On classifie un réseau de type I lorsqu’il est écrit sous le seuil de dommage
du matériau. Dans ce cas, le changement d’indice se fait principalement par une
réorganisation de la matrice suite à l’absorption de photons par les centres de cou-
leurs. On observe aussi une densification isotropique causée par le passage répété de
filaments. Il est en effet important de noter que bien que l’utilisation d’un laser fem-
toseconde permet d’exploiter de nouveaux mécanismes d’ionisation, rien n’empêche
l’absorption via les défauts de la silice. En contrepartie, leur stabilité thermique est
faible puisque le changement d’indice est basé sur les centres de couleurs. En effet,
à partir de 320◦ C, ceux-ci s’effacent et le changement d’indice disparaît [91]. De ce
fait, ils sont inutilisables dans un contexte où leur température d’opération est élevée
par exemple pour des capteurs à haute température. Finalement, les réseaux de type
I possèdent la plus faible modulation d’indice. La figure 2.13a présente une image
prise au microscope d’un réseau de Bragg de type I inscrit dans une fibre de silice.

Type In (anciennement type IIa) Les réseaux de type In apparaissent dans les
fibres à forte concentration en germanium (20% ou plus) non hydrogénée [92]. Ils
sont le résultat d’une perte naturelle de l’amplitude du changement d’indice suite à
l’inscription. Ce phénomène se déroule aussi dans les réseaux de type I. Par contre,
son importance est bien moindre de telle sorte qu’au final la contribution à l’indice de
réfraction reste positive. Ce n’est pas le cas pour ce genre de fibres ou la concentration
en germanium crée de nombreux stress. En s’effaçant, ceux-ci se relâchent. Ce relâ-
chement peut être assez important pour inverser le signe du changement d’indice.
Le comportement de ces réseaux dépend énormément de l’historique de la fibre. On
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 33

remarque cependant que leur stabilité thermique est bonne et peut s’étendre jusqu’à
800◦ C [91].

Type IH (anciennement type I (H2 )) Ce type de réseaux est similaire à ceux de type I
mais avec un changement d’indice beaucoup plus élevé en raison de l’hydrogénation
des fibres. En contrepartie, ils commencent à s’effacer à des températures plus faibles
que leurs homologues non hydrogénés.

Type II Les réseaux de type II se caractérisent par un changement d’indice causé


par du dommage (fractures, microvides, nanoréseaux, etc.) à l’intérieur du matériau.
Comme nous l’avons décrit précédemment, ce dommage est le résultat du claquage
optique et par conséquent, l’énergie du faisceau d’inscription est supérieure au seuil
de dommage. L’amplitude du changement d’indice des réseaux de types II est géné-
ralement supérieure à ceux de type I. En contrepartie, les pertes par diffusion sont
plus importantes aux courtes longueurs d’onde [17]. L’avantage principal des réseaux
de type II réside dans leur très grande stabilité thermique [60]. Ils peuvent résister
à des températures supérieures à 1000◦ C . Pour cette raison, ils sont idéaux dans les
technologies de capteurs à haute température [19, 93]. La figure 2.13b présente une
image prise au microscope optique des plans d’indice typique pour les réseaux de
type II.

Comportement thermique : type I vs. type II Il est possible qu’un réseau écrit par
laser femtoseconde possède à la fois une modulation de type I et II. En effet, même
lorsque le dommage est important, on peut observe la présence de modifications de
type I [57]. La figure 2.14 montre les courbes de recuits thermiques de trois réseaux :
un de type I, un de type II et un mixte. La modulation d’indice ac d’un réseau de
type II reste stable même pour des températures dépassant les 1000◦ C. Ce n’est pas
le cas des réseaux de type I qui se sont pratiquement tous effacés à cette température.
Notons cependant une certaine résistance jusqu’à 800◦ C, température à laquelle les
centres de couleurs sont détruits. Dans le régime mixte, cette résistance est un peu
plus grande, car une partie du changement d’indice est de type II. Par conséquent,
en se basant sur les comportements des courbes de recuit thermique décrits ci-haut,
il est possible d’avoir une idée quelle combinaison de mécanismes a donné lieu à la
variation d’indice.
Chapitre 2. Mécanismes de changement d’indice 34

Figure 2.13 – Images prises au microscope optique d’un réseau de (a) type I et (b) type II.
Tiré de [94].

Figure 2.14 – Courbes de recuits thermiques pour des réseaux de type I (), II () et mixte
(). La modulation d’indice est normalisée par rapport à l’indice de réfraction à température
pièce. Tiré de [94].
Chapitre 3

Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés

Au chapitre précédent, nous nous sommes intéressés aux mécanismes d’ionisation


d’un faisceau d’inscription et comment ils pouvaient mener à une modification de
l’indice de réfraction. Dans ce chapitre, nous nous intéresserons plutôt à l’influence
de ce changement sur les modes de propagation dans une fibre. Nous débuterons
en dérivant l’équation d’onde et les modes d’une fibre optique à partir des relations
de Maxwell. Nous regarderons ensuite l’effet d’une perturbation périodique sur le
couplage des modes. Le cas spécifique du couplage des modes contrepropagatifs sera
développé (réseau réflectif) et les propriétés d’un réseau de Bragg uniforme seront
présentées. Un mot sera aussi glissé sur les réseaux à pas variable. Finalement, il sera
question de l’effet sur la longueur d’onde de Bragg d’un changement de température
ou de l’application d’une contrainte mécanique. L’essentiel de la théorie de ce chapitre
a été basé sur les développements proposés par [17] sauf pour la section 3.7 où les
références [95, 96] ont été utilisées.

3.1 L’équation d’onde

La dérivation débute avec les relations constitutives :

D = 0 E + P (3.1.1)
B = µ0 H (3.1.2)

où 0 est la constante diélectrique, µ0 la perméabilité du vide, D le vecteur de dépla-


cement électrique, E le vecteur du champ électrique, B et H les vecteurs du flux et du
champ magnétique, respectivement, et P la polarisation induite. Au premier ordre,
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 36

cette polarisation se développe comme :

P = 0 χ(1)
ij
E (3.1.3)

où χ(1)
ij
est la susceptibilité linéaire du matériau et les indices i et j se réfèrent aux
deux polarisations dans les coordonnées du laboratoire. La susceptibilité linéaire est
reliée au tenseur de permittivité du matériau avec la relation

i j = 1 + χ(1)
ij
. (3.1.4)

En l’absence de source électromagnétique et de matériaux ferromagnétiques, les


équations de Maxwell s’écrivent sous la forme :

∂B
∇×E=− , (3.1.5)
∂t
∂D
∇×H = , (3.1.6)
∂t
∇ · D = 0, (3.1.7)
∇ · B = 0. (3.1.8)

En premier lieu, nous effectuons le rotationnel de l’Éq. (3.1.5)

  ∂B
∇ × ∇ × E = −∇ × . (3.1.9)
∂t

L’utilisation de l’identité mathématique suivante,


   
∇ × ∇ × E = ∇ ∇ · E − ∇2 E, (3.1.10)

permet de simplifier le membre de gauche. En effet, en se basant sur les Éqs (3.1.1),
(3.1.4), (3.1.7) et en supposant que l’indice du milieu est constant, le premier terme de
ce dernier est nul. Ensuite, en remplaçant l’Éq. (3.1.1) dans l’Éq. (3.1.6), nous obtenons

∂ h i
∇×H = 0 E + P . (3.1.11)
∂t

En se rappelant que B = µo H et en utilisant cette dernière équation dans l’Éq


(3.1.10), nous pouvons écrire

∂2 h i
−∇2 E = −µ0 0 E + P . (3.1.12)
∂t
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 37

Finalement, après un peu d’algèbre et en utilisant les Éqs. (3.1.3) et (3.1.4), nous
obtenons l’équation d’onde qui s’écrit sous la forme :

∂2 E ∂2 P
∇2 E = µ0 0 + µ0 . (3.1.13)
∂t2 ∂t2

3.2 Modes guidés dans une fibre optique

La dérivation des modes guidés d’une fibre optique n’est pas complexe, mais
elle demande un certain nombre d’étapes qu’il serait superflu d’expliciter ici. Je me
contente de dresser un portrait des résultats importants et j’envoie le lecteur intéressé
par plus de détails vers [97].

La première étape est de découpler la partie temporelle et spatiale. Pour ce faire,


nous supposons que le champ électrique est de la forme :

E(r, t) = E(r)eiωt (3.2.1)

Nous supposons également que le guide d’onde ne varie pas dans la direction de
propagation et que par conséquent la solution transverse est invariante, i.e. qu’elle
est proportionnelle au terme exp(iβµ z) où βµ est la constante de propagation du µième
mode. L’amplitude du mode, elle, pourra par contre varier selon z. Par conséquent,
pour les modes guidés, nous proposons la forme suivante pour la solution du champ
électrique :
µ=l
1 Xh i
E= Aµ (z)Eµt ei(ωt−βµ z) + cc . (3.2.2)
2 µ=1
2
où la relation d’orthogonalité suivante doit être respectée pour que Aµt soit exprimé
en watt : # " ∞−∞
1 βµ
"
Eµt E∗νt dxdy = δµν . (3.2.3)
2 ωµ0

En utilisant le système de coordonnées polaires et en remplaçant l’Éq. (3.2.1)


dans (3.1.13), nous obtenons après développements que les champs électrique et
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 38

magnétique s’exprime dans le coeur (r < a) comme,


 
cos(µφ)
  
r  
Eµx = Cµ Jµ u  , (3.2.4)

a  sin(µφ) 

 

0
r
Hµy = neff Ex , (3.2.5)
µ0

et, similairement, dans la gaine comme,


 
Jµ (u) cos(µφ)
 
r 
   
Eµx = Cµ Kµ w  , (3.2.6)

Kµ (w) a  
 sin(µφ) 

0
r
Hµx = neff Ex , (3.2.7)
µ0

où les paramètres normalisés suivants ont été utilisés :


q
u = ka n2c − n2eff , (3.2.8)
q
w = ka n2eff − n2g , (3.2.9)
V = u2 + w2 , (3.2.10)

et, " ! #
w2 nc − n g
neff = n g +1 , (3.2.11)
u2 ng
où neff est l’indice effectif du mode et nc et n g les indices du coeur et de la gaine
respectivement.

Noter que pour obtenir ce résultat, il faut poser l’approximation du faible gui-
dage. Cette approximation implique que la solution transverse sera une combinaison
de modes orthogonaux polarisés linéairement [98]. Par conséquent, parce que la po-
larisation est linéaire, il est possible d’en conserver une seule, disons selon y, sans
perdre de généralité. L’indice t, pour transverse, devient alors assimilable à l’indice
x et l’on peut écrire,
E y = Hx = 0. (3.2.12)

Pour une fibre circulaire et non-biréfringente, le choix du cosinus ou du sinus dans


les Éqs. (3.2.4) et (3.2.6) est arbitraire puisque les deux solutions sont dégénérées. Le
choix de la valeur de la constante de normalisation Cµ relève du système d’unités
que nous voulons utiliser. Puisque nous désirons que la puissance transportée par le
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 39

mode soit exprimée en watt, il faut que,


 q  12
 µ0 
2w  0 
Cµ =   , (3.2.13)
av  neff πeµ Jµ−1 (u)Jµ+1 (u) 

où eµ = 2 lorsque µ = 0 (mode fondamental) et 1 lors µ , 0. Finalement, la résolution


de l’équation d’onde demande un respect des conditions frontières. Dans l’approxi-
mation du faible guidage, l’équation caractéristique qui en résulte est très utile pour
calculer la constante de propagation d’un mode LP :
Jl (u) Kl (w)
+w = 0. (3.2.14)
uJl−1 (u) wKl−1 (w)
où l = µ − 1 et l > 0

3.3 Perturbation périodique de l’indice de la fibre

Jusqu’à présent, nous avons considéré une fibre de géométrie cylindrique sans
défauts et avons dérivé, à partir de l’équation d’onde, les modes qui y sont supportés.
Afin de déterminer le comportement des modes qui feront la rencontre de réseaux de
Bragg, il faut introduire une perturbation de l’indice de réfraction associée au réseau.
Cette perturbation est introduite à travers un vecteur polarisation qui s’ajoute à la
polarisation non perturbée. Mathématiquement, cela se traduit par :

P = Pnp + Prés (3.3.1)

où Pnp est le vecteur polarisation associé au mode non perturbé et Prés celui associé
au réseau. En remplaçant l’Éq. (3.3.1) dans l’Éq. (3.1.13), on obtient
 µ=l   µ=l 
 1 Xh i ∂ 2 
1 Xh i
+ µ   +
 i(ωt−βµ z)
  i(ωt−βµ z)

∇2  A (z)E e cc − A (z)E e cc
   
µ µt 0 0 r µ µt
2 ∂t  2 µ=1
2
 
 
 

µ=1
 
∂2
= µ0 Prés . (3.3.2)
∂t2

En appliquant, l’approximation de l’enveloppe à variation lente (slow varying


envelope approximation ou SVEA), la dérivée d’ordre deux de l’amplitude peut être
négligée si,
∂2 Aµ ∂Aµ
 βµ , (3.3.3)
∂t2 ∂z
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 40

ce qui nécessite que l’amplitude du mode varie lentement sur l’espace d’une longueur
d’onde. Comme c’est généralement le cas, nous pouvons maintenant écrire pour le
premier terme de l’Éq. (3.3.2),
µ=l "
1X ∂Aµ
∇ E=
2
−2iβµ Eµt ei(ωt−βµ z)
2 µ=1 ∂z
i
− β2µ Aµ Eµt ei(ωt−βµ z) + cc . (3.3.4)

Pour le second terme, remarquons que β2µ = ω2 µ0 o r ce qui permet avec le résultat
précédent d’écrire
µ=l "
∂Aµ ∂2
X #
−iβµ Eµt e i(ωt−βµ z)
+ cc = µ0 Prés . (3.3.5)
µ=1
∂z ∂t2

En multipliant les deux côtés par E∗µt et en intégrant sur la section de la fibre, nous
obtenons
µ=l " ∞
∂Aµ
X " #
−iβµ Eµt E∗µt ei(ωt−βµz) + cc dxdy
µ=1 −∞ ∂z
" ∞
∂2
= µ0 Prés E∗µt dxdy. (3.3.6)
−∞ ∂t2

À cause de l’orthogonalité des modes (Éq. (3.2.3)), l’intégrale du membre de droite


se résout facilement et mène à l’expression
µ=l "
∂Aµ i(ωt−βµz)
X #
−2iωµ0 e + cc
µ=1
∂z
" ∞
∂2
= µ0 2 Prés E∗µt dxdy. (3.3.7)
−∞ ∂t

La situation se complique légèrement lorsque deux modes peuvent se coupler.


Afin de simplifier l’analyse, nous pouvons réduire ce nombre de modes à deux : un se
propageant vers l’avant et l’autre vers l’arrière, pas nécessairement du même ordre.
Le champ électrique de l’Éq. (3.2.2) s’écrit alors,

1h i
E= Aν Eνt ei(ωt−βν z) + Bµ Eµt ei(ωt+βµ z) . (3.3.8)
2
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 41

Après avoir inséré cette équation dans l’Éq. (3.3.2) et refait les mêmes étapes, nous
constatons que l’Éq. (3.3.7) peut se réécrire comme,
∂Aν i(ωt−βν z) ∂Bµ i(ωt+β z)
" # " #
e δkν − e µ
δkµ
∂z ∂z
" ∞
i ∂2
= µ0 2 Prés E∗kt dxdy. (3.3.9)
2ω −∞ ∂t

L’Éq. (3.3.9) est valide pour tout type de perturbation. Puisque l’objectif ultime est
de trouver les expressions modélisant le comportement d’un réseau de Bragg, nous
allons choisir une perturbation périodique de l’indice de réfraction le long de l’axe
de propagation. Ainsi, la polarisation totale est donnée par
P = 0 [r − 1 + ∆(z)] Eµ (3.3.10)
où ∆(z) est la perturbation de la permittivité du milieu. Sachant que n2 = r , nous
écrivons,
[n + δn(z)]2 = r + ∆(z). (3.3.11)

Nous supposons que la variation d’indice est faible δn ≈ 1 × 10−3 et par consé-


quent,
∆(z) ≈ 2nδn(z). (3.3.12)

En définissant la modulation de l’indice du réseau comme


∆n  i[(2πN/Λrés )z+φ(z)] 
 
δn(z) = ∆n + e , (3.3.13)
2
où ∆n est le changement d’indice moyenné sur la période du réseau Λrés , ∆n l’am-
plitude de la modulation ac de l’indice de réfraction, φ(z) une phase arbitraire et N
est un entier positif représentant l’ordre de réflexion du réseau. En remplaçant l’Éq.
(3.3.13) dans l’Éq. (3.3.10), nous obtenons
∆n  i[(2πN/Λrés )z+φ(z)] 
  
P = 0 n − 1 + 2n ∆n +
2
e Eµ
2
∆n  i[(2πN/Λrés )z+φ(z)] 
 
= 0 χ(1) Eµ + 20 n ∆n + e Eµ
2
∆n  i[(2πN/Λrés )z+φ(z)] 
 
= Pnp + 20 n ∆n + e Eµ . (3.3.14)
2

De l’Éq. (3.3.1), nous tirons la conclusion que la polarisation associée à la pertur-


bation du réseau peut s’écrire
∆n  i[(2πN/Λrés )z+φ(z)] 
 
Prés = 20 n ∆n + e Eµ . (3.3.15)
2
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 42

Le remplacement de la dernière expression dans l’Éq. (3.3.9) et le développement


des termes subséquents résulte en :

∂Aν i(ωt−βν z) ∂Bµ i(ωt+β z)


" # " #
e δkν − e µ
δkµ
∂z ∂z
" ∞ 2
i0 ∂ h i
= δn(z) A ν e i(ωt−βν z)
E νt + Bµ ei(ωt+βµ z)
Eµt E∗kt dxdy
2ω ∂t 2
−∞
" ∞
∆n  i[(2πN/Λres )z+φ(z)] 

= −inω0 Aν ∆n + e Eνt ei(ωt−βν z) E∗kt dxdy
2
"−∞∞ 
∆n  i[(2πN/Λres )z+φ(z)] 

− inω0 Bµ ∆n + e Eµt ei(ωt+βµ z) E∗kt dxdy. (3.3.16)
−∞ 2

Maintenant, il suffit de séparer en deux équations décrivant l’échange énergétique


pour chacun des modes. En égalant k = ν, nous sélectionnons un mode source.
En raison de la condition d’orthogonalité (Éq. (3.2.3)), les termes reliés au mode µ
disparaissent de part et d’autre de l’égalité. Le même traitement peut être refait avec
k = µ et le résultat est le système d’équations suivant :

" ∞
∂Aν
= −inω0 Aν ∆nEµt E∗µt dxdy
∂z
" ∞−∞
∆n i{[(2πN/Λrés )−βµ −βν ]z+φ(z)}
− inω0 Bµ e Eµt E∗νt dxdy (3.3.17)
2
"−∞∞
∂Bµ
= inω0 Bµ ∆nEµt E∗µt dxdy
∂z
" −∞

∆n i{[(2πN/Λrés )−βν −βµ ]z+φ(z)}
+ inω0 Aν e Eνt E∗µt dxdy (3.3.18)
−∞ 2

3.4 Couplage de modes guidés contrepropagatifs

En introduisant une perturbation périodique à la section précédente, nous avons


permis aux modes µ et ν d’interagir. Par contre, leur couplage reste impossible à
moins de respecter deux conditions. La première est la conservation de l’énergie
ce qui implique que la fréquence de l’onde générée demeure inchangée. Puis, la
condition d’accord de phase doit être remplie en égalant ∆β, le désaccord de phase,
donné par
2πN
∆β = βµ ± βν − , (3.4.1)
Λres
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 43

à zéro. Si βν et βµ sont tous deux positifs, la condition d’accord de phase est respectée
pour des modes contrepropagatifs (réseaux réflectifs). C’est ce genre de réseau qui est
appelé réseau de Bragg (FBG) et leurs pas sont courts de l’ordre de centaines de nm
au micron. Dans le cas contraire, le couplage se fait entre des modes copropagatifs
(réseaux transmissifs). On classifie ce genre de réseaux sous le nom de réseaux à pas
longs (LPG) et leur fonction est de coupler le mode fondamental vers des modes
de gaines copropagatifs. Il est aussi possible que les interactions se fassent entre les
modes guidés et radiatifs [17]. L’utilité est alors de pouvoir faire passer un mode
d’une polarisation à l’autre en réflexion ou en transmission dépendamment du type
de couplage.

Puisque nous voulons fabriquer des réseaux réflectifs, nous étudierons le couplage
entre deux modes guidés contrepropagatifs. Les Éqs. (3.3.17) et (3.3.18) seront donc
résolues pour ce cas particulier. Pour débuter, nous supposons que Bµ est l’onde
réfléchie et nous effectuons quelques changements de variables pour réécrire l’Éq.
(3.3.18) tel que
∂Bµ
= iκdc Bµ + iκac Aν e−i[∆βz−φ(z)] (3.4.2)
∂z
où, " ∞
κdc = nω0 ∆nEµt E∗µt dxdy, (3.4.3)
−∞
est la constante de couplage dc et
" ∞
∆n
κac = nω0 Eµt E∗µt dxdy, (3.4.4)
−∞ 2
v
= κdc (3.4.5)
2
la constance de couplage ac qui détermine la force de l’interaction entre le mode et le
profil d’indice, et v est la visibilité des modulations d’indice.

Un traitement similaire peut être refait sur l’onde source à partir de l’Éq. (3.3.17)
afin d’obtenir
∂Aν
= −iκdc Aν − iκ∗ac Bν ei[∆βz−φ(z)] . (3.4.6)
∂z

Les Éqs. (3.4.2) et (3.4.6) constituent un nouveau système d’équations qui permet
de déterminer le comportement en réflexion et en transmission du réseau de Bragg.
Pour le résoudre, posons les changements de variables suivants :

R = Aν e− 2 [∆βz−φ(z)] ,
i
(3.4.7)
S = Bν e 2 [∆βz−φ(z)] .
i
(3.4.8)
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 44

Il suffit de prendre la dérivée des Éqs. (3.4.7) et (3.4.8) et d’introduire le résultat


dans l’Éq. (3.1.2) afin d’obtenir
" !#
dR 1 dφ(z)
+ i κdc + ∆β − R = −iκ∗ac S (3.4.9)
dz 2 dz
" !#
dS 1 dφ(z)
− i κdc + ∆β − R = iκac S (3.4.10)
dz 2 dz

Ce système se résout facilement en trouvant ses valeurs propres. En supposant


un réseau uniforme, nous appliquons ensuite les conditions frontières. Une onde de
pompe d’amplitude unitaire (R(0) = 1) rencontre un réseau de longueur L à z = 0.
Celle-ci est complètement réfléchie de telle sorte que S(L) = 0. Cette démarche aboutit
sur une solution analytique pour le coefficient de réflexion en amplitude :

S(0) −κac sinh(αL)


ρ= = , (3.4.11)
R(0) δ sinh(αL) − iα cosh(αL)

où, !
1 dφ(z)
δ = κdc + ∆β − , (3.4.12)
2 dz
et q
α = |κac |2 − δ2 . (3.4.13)

À noter que pour un réseau de période uniforme Λrés , la variation de la phase est
nulle, dφ(z)/dz = 0, et qu’en situation d’accord de phases, ∆β = 0 ce qui fait que κac
est réelle. De plus, α peut être réelle ou imaginaire en fonction des valeurs de |κac | et
δ. Trois cas peuvent être identifiés :
1. α est réel et positif ; c’est alors l’Éq. (3.4.11) qui s’applique.
2. α est nul ; ce cas n’est pas possible physiquement puisque la visibilité de la
modulation est comprise entre 0 et 1 (voir Éq. (3.4.3)).
3. α est imaginaire et l’on doit utiliser plutôt la forme suivante pour ρ :
−κac sin(αL)
ρ= (3.4.14)
iα cos(αL) + δ sin(αL)

Bien qu’il soit possible de recueillir l’information sur l’amplitude et la phase du


coefficient de réflexion, il est plus commun et plus simple de travailler en puissance
2
réfléchie. Elle se calcule facilement avec ρ . Ainsi, selon les Éqs. (3.4.11) et (3.4.14),
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 45

le coefficient de réflexion en puissance est donné par


2 |κac |2 sinh(αL)
ρ = , |κac | > δ, (3.4.15)
|κac |2 cosh(αL) − δ2
2 |κac |2 sin(αL)
ρ = , |κac | < δ. (3.4.16)
δ2 − |κac |2 cos(αL)

La section suivante traitera des propriétés des spectres de transmission et de


réflexion dans le cas spécial d’un réseau de Bragg uniforme.

3.5 Propriétés spectrales du réseau de Bragg uniforme

Les réseaux de Bragg uniformes forment une classe particulière de réseaux en


ce que leur pas Λrés est constant. Ceci permet la dérivation analytique des caracté-
ristiques de leur spectre soit la réflectivité maximale, la longueur d’onde de Bragg
λB et la largeur spectrale ∆λ. La figure 3.1 illustre une mesure de réflexion typique
pour deux réseaux uniformes possédant les paramètres κac L = 2 (courbe pointillée)
et κac L = 8 (courbe solide).

Pour un réseau uniforme, la réflectivité est maximale lorsque δ = 0 de telle sorte


qu’à partir des Éqs. (3.4.13) et (3.4.15), nous pouvons écrire
2
ρ = tanh2 (κac L) (3.5.1)
max

Pour deux modes identiques, les constantes de propagation de l’Éq. (3.4.1) peuvent
être considérées égales (βµ = βν = β). De plus, en situation d’accord de phase ∆β = 0
et nous pouvons écrire,
2πN
∆β = 2β −
Λrés
πN
0=β−
Λrés
Λrés
⇒ λB = 2neff . (3.5.2)
N
Cette relation est particulièrement utile parce qu’elle permet de calculer facilement
la position centrale de la bande de réflexion. Cependant, il faut noter que, rigoureu-
sement, la longueur d’onde de Bragg n’est pas la longueur d’onde où la réflectivité
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 46

Figure 3.1 – Réflectivité de deux réseaux de Bragg uniformes de longueur L = 10 mm avec


les paramètres κac L = 2 (courbe pointillée) et 8 (courbe pleine) en fonction du désaccord
normalisé. Noter la présence de lobes secondaires caractéristiques de la réponse spectrale
d’un FBG uniforme.
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 47

est maximale. En effet, la réflectivité est maximale lorsque δ = 0. En reprenant les Éq.
(3.4.12) et (3.5.2), nous montrons que la longueur d’onde où cela se produit est

∆n
!
λmax = 1 + ηr λB . (3.5.3)
n
où ηr est l’intégrale de recouvrement entre deux modes qui est égale à 1 pour des
modes identiques.

Puisque ∆n/n est petit, on peut utiliser l’approximation λmax ≈ λB .

Il est possible de définir la largeur spectrale du réseau de plusieurs façons. La plus


simple analytiquement est d’utiliser la distance entre les deux premiers minimums
du spectre de réflexion (voir figure 3.1). Selon l’Éq. (3.4.15), cela se produit lorsque αL
est un multiple de π. En utilisant l’Éq. (3.4.13) et en résolvant pour δ, nous obtenons,
1
q
δ= κ2ac L2 + π2 . (3.5.4)
L
De plus, en supposant le réseau uniforme et un changement d’indice dc nul, nous
avons dφ/dz = 0 et κdc = 0 respectivement et nous pouvons écrire grâce à l’Éq (3.4.12),

∆β
δ= , (3.5.5)
2
de telle sorte que, q
∆βL = 2 κ2ac L2 + π2 . (3.5.6)
Lorsque les modes sont identiques, le désaccord modal s’écrit (Éq. (3.4.1)),
4πneff (λB − λ) 4πneff ∆λ
∆β = ≈ (3.5.7)
λλB λ2
où 2∆λ est la largeur spectrale entre les deux premiers zéros du spectre de réflexion.
En combinant les Éqs (3.5.6) et (3.5.7), nous obtenons finalement,
λ2
q
2∆λ = κ2ac L2 + π2 (3.5.8)
πneff L
Si le réseau est fort, i.e. κ2ac L2  π2 , l’Éq. (3.5.8) se réduit à
λ2 κac
2∆λ ≈ . (3.5.9)
πneff
Sa largeur spectrale est indépendante de sa longueur et croit linéairement avec κac .
Au contraire, si κ2ac L2  π2 , alors l’Éq. (3.5.8) se réduit à
λ2
2∆λ ≈ (3.5.10)
neff L
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 48

Cette expression est indépendante de κac et ∆λ varie de façon inversement propor-


tionnelle à la longueur L du réseau.

Le délai de groupe par unité de longueur est donné par


τ 1 λ2 dθp
=− (3.5.11)
L L 2πc dλ
où θp = phase(ρ). À titre d’exemple, la figure 3.2 montre le délai de groupe pour des
réseaux uniformes de paramètres κac L = 2 et 8.

Figure 3.2 – Délais de groupe de réseaux uniformes de paramètres κac L = 2 et 8

3.6 Réseaux à pas variables

Les réseaux à pas variables diffèrent des réseaux uniformes en ce sens que leur
pas varie en fonction de z. Pour un réseau de premier ordre (N = 1), ceci se traduit
mathématiquement par une réécriture de l’Éq. (3.5.2) comme :
λB = 2neff (z)Λrés (z) (3.6.1)
La figure 3.3 montre le schéma d’un réseau à pas variables inscrit dans une fibre
optique. La variation du pas du réseau est communément appelée glissement de
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 49

Figure 3.3 – Schéma d’un réseau à pas variables.

fréquence (GDF) ou chirp. Le schéma le plus simple du GDF est la variation linéaire.
Dans ce cas, le pas du réseau s’écrit comme
Λrés (z) = Λ0 + Λ1 z (3.6.2)
où Λ0 est le pas au début du réseau et Λ1 le taux de GDF. On dénote souvent le chirp
avec le paramètre C = 2n0 Λ1 .

La dépendance en z du pas implique qu’il n’est plus possible de dériver ana-


lytiquement la réflectivité et les largeurs spectrales associées. Pour contourner le
problème, on doit résoudre numériquement les Éqs. (3.4.9) et (3.4.10) en posant une
série de réseaux à pas constants. On peut utiliser des logiciels de simulation existant
pour le faire, tel IFO GratingsTM . À l’aide de ce dernier, les spectres de trois réseaux
de 10 mm en longueur avec ∆nac = 3 × 10−4 et des paramètres de GDF respectifs de
C = 1, 4 et 8 nm/cm ont été tracés à la figure 3.4. L’effet premier d’une augmentation
du paramètre C est une diminution de la réflectivité maximale accompagnée par un
élargissement spectral important du réseau. En effet, un réseau à pas variable peut
être considéré comme une série de réseaux uniformes de courtes dimensions. Ainsi,
sa réflectivité maximale sera donc moins élevée. Par ailleurs, comme la longueur
d’onde de Bragg varie en fonction du pas du réseau, le spectre de chacun d’entre
eux n’est pas centré au même endroit. Par conséquent, le résultat de l’ensemble de
ces petits réseaux sera une bande large et peu réflective. Corollairement, une bande
large et de réflectivité élevée est obtenue en augmentant la modulation d’indice ac
pour un même paramètre C.

L’utilisation de réseaux à pas variables à également une influence sur le processus


d’écriture lorsque l’on utilise la technique d’inscription par masque de phase (c.f.
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 50

Figure 3.4 – Spectres de réflexion simulés montrant l’effet d’un glissement de fréquence pour
un réseau de 10 mm de longueur avec ∆nac = 3 × 10−4 et des paramètres de GDF respectifs de
C = 1, 4 et 8 nm/cm. Pour une même modulation d’indice ac, une augmentation du paramètre
de GDF diminue la réflectivité maximale, mais élargit la largeur de bande.
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 51

section 4.1.5). En effet, pour une même position sur le masque la partie gauche du
faisceau ne verra pas la même période que celle de droite. Par conséquent, les angles
de diffraction pour chacun des ordres ne seront pas tout à fait égaux ce qui réduira la
distance où ils se superposent. Afin de minimiser cet effet sur la visibilité des franges,
il faut rapprocher le masque de la fibre afin de conserver une superposition des
faisceaux satisfaisante. Or, rappelons que de trop rapprocher le masque de la fibre
constitue un danger pour ce dernier. C’est ce compromis qui rend parfois l’écriture
de réseaux à pas variables plus ardue.

3.7 Effet sur λB d’une variation thermique ou d’une


contrainte mécanique

La longueur d’onde de Bragg peut varier en fonction de la température du réseau


ou par l’application d’une contrainte mécanique sur sa longueur. Il est possible de
tirer profit de ces effets par exemple pour mesurer la variation de température dans
le cas d’un capteur. Dans les deux cas, ce sont la variation du pas du réseau et la
densification du matériau, par dilatation thermique dans un cas et par élongation
mécanique dans l’autre, qui sont à l’origine de la variation de la longueur d’onde de
Bragg. En dérivant l’Éq. 3.5.2, nous obtenons :

∂neff ∂Λrés ∂neff ∂Λrés


" # " #
∆λB = 2 Λrés + neff ∆L + 2 Λrés + neff ∆T. (3.7.1)
∂L ∂L ∂T ∂T

Le premier terme représente l’effet de la contrainte mécanique, alors que le second


celui de l’effet thermique. En omettant, la contribution thermique, l’Éq. 3.7.1 se réécrit
comme :

( )
n2 
∆λB = λB p12 − ν p11 + p12 z

1− (3.7.2)
2

où p1 1 et p1 2 sont les composantes du tenseur de photo-élasticité, ν est le ratio


de Poisson et z = δl/l, l’élongation. En se basant sur les valeurs proposées dans les
références [95, 96], la courbe décrivant la valeur de la longueur d’onde de Bragg en
fonction de la contrainte appliquée a été tracée à la figure 3.5.
Chapitre 3. Théorie sur les réseaux de Bragg fibrés 52

Figure 3.5 – Exemple d’accordabilité de la longueur d’onde de Bragg en fonction de la


contrainte appliquée () et de la température du réseau ()

Le second terme dans (3.7.1) représente l’effet de la température sur la fibre


optique et peut être réécrit comme

∆λB = λB (αΛ + αn ) ∆T (3.7.3)

où αΛ = (1/Λ) (∂Λ/∂T) est le coefficient d’expansion thermique (environ 0, 55 ×


10 pour la silice) et αn = (1/n) (∂n/∂T) est le coefficient thermo-optique (environ
−6

8, 6 × 10−6 pour une fibre de silice dopée germanium). La courbe décrivant cette
relation est également tracée à la figure 3.5.
Chapitre 4

Fabrication et caractérisation de
réseaux de Bragg

4.1 Techniques de fabrication

4.1.1 Inscription directe (réseaux de Hill)

La technique par inscription directe est à l’origine du premier réseau de Bragg fibré
par Hill et son groupe en 1978 [2]. Elle diffère des autres en ce sens que l’inscription
se fait de façon interne et non par exposition transverse de la fibre. Pour cette raison,
on réfère à ce genre de réseau comme des « réseaux de Hill ». La figure 4.1 montre le
schéma du montage utilisé pour l’inscription directe.

Figure 4.1 – Schéma du montage d’inscription directe tel qu’utilisé par Hill.
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 54

Le faisceau d’un laser à argon ionisé émettant à 514.5 nm (ou 488 nm) est injecté
dans une fibre de silice photosensible (dopée germanium). Avant l’injection, il est
divisé en deux parties par une lame séparatrice afin de caractériser simultanément la
transmission et la réflexion du réseau grâce à deux détecteurs de puissance. À l’inté-
rieur de la fibre, la lumière incidente interfère avec la réflexion de Fresnel (4 %) de la
face clivée pour former une onde stationnaire. Aux points d’intensité maximale, l’am-
plitude de celle-ci est suffisante pour modifier localement l’indice de réfraction de la
fibre photosensible. Le résultat est une perturbation périodique de l’indice ayant une
période de λ/2neff . La formation de ce réseau amplifie l’effet d’onde stationnaire qui
à son tour augmente la réflectivité du réseau. Les réseaux de Hill sont généralement
longs de quelques dizaines de centimètres afin d’obtenir une réflectivité utile. Ces
dimensions sont rarement pratiques. De plus, la période du réseau est déterminée
par la longueur d’onde du laser. Ainsi, il est difficile d’accorder la longueur de Bragg
comme c’est le cas pour les différentes techniques interférométriques. C’est pourquoi
elle est rarement utilisée pour l’écriture de réseaux.

4.1.2 Interférence à deux faisceaux

L’interférence à deux faisceaux a été proposée en premier lieu par Meltz et al. [5]
en utilisant un montage similaire à celui illustré à la figure 4.2.

Un faisceau de laser UV est divisé en deux portions d’intensités égales puis re-
combinées après avoir pris soin d’égaler le parcours optique à l’aide d’une lame
compensatrice. Ceci est particulièrement nécessaire lorsque la longueur de cohé-
rence du laser est courte comme c’est le cas pour la plupart des lasers excimères. La
rencontre des deux faisceaux se fait à un angle 2θ. Cette méthode a comme avantage
principal la possibilité de choisir la longueur d’onde de Bragg indépendamment de
la longueur d’onde du laser d’inscription en modifiant l’angle de rencontre entre les
deux faisceaux. La longueur d’onde de Bragg est alors donnée par

neff λ
λB = . (4.1.1)
n sin θ

où neff est l’indice effectif du mode guidé et n l’indice du matériau constituant


la fibre à la longueur d’onde λ. En modifiant la position de la fibre, il est égale-
ment possible de changer la longueur des réseaux. Le principal désavantage, comme
toute technique interférométrique, est la sensibilité aux vibrations mécaniques. Tout
déplacement d’un des composants du montage, même à l’échelle nanométrique, se
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 55

Figure 4.2 – Montage d’interférence à deux faisceaux pour l’écriture de réseaux de Bragg tel
que proposé par Meltz. Tiré de [17].

traduit par une perte de visibilité des franges. La technique interférométrique souffre
également de l’instabilité du profil spatial et temporel, de la puissance et de la lon-
gueur d’onde du laser. Pour cette raison, il peut être difficile d’exposer une figure
d’interférence stable pendant de longues périodes. Il est ainsi conseillé de placer les
composants optiques sur une base stable et d’encaisser le montage afin d’éviter l’effet
des courants d’air.

4.1.3 Interférence à faisceau replié

L’interférence à faisceau replié est réalisée par la séparation du front d’onde


contrairement à une séparation de l’amplitude comme c’est le cas pour l’interférence
à deux faisceaux. Pratiquement, cela revient à replier une partie du faisceau sur
lui-même soit à l’aide d’un miroir (interféromètre de Loyd) ou d’un prisme (interfé-
romètre à prisme).

Un interféromètre de Loyd est illustré à la figure 4.3. Un faisceau d’inscription


gaussien est envoyé à l’intersection d’un miroir diélectrique et d’une fibre placée
à angle droit. Dans cette configuration, la moitié du faisceau est renvoyée sur lui-
même créant des franges d’interférence dans la zone de recoupement. La longueur
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 56

de cette zone est toujours égale à la moitié de la largeur du faisceau d’entrée. De


plus, puisque c’est le faisceau qui interfère avec lui-même, la visibilité des franges
n’est pas optimale, car il existe toujours une différence de chemin optique. Ceci est
particulièrement critique lorsque la longueur de cohérence du laser est courte. En
pratique, il est requis que cette longueur soit au moins égale à la différence des
chemins optiques introduite par le repliement du faisceau. Notons également qu’il
est difficile avec cet arrangement de produire un changement d’indice uniforme
sur toute la longueur du réseau. En effet, la plupart des sources lasers possèdent
un profil d’émission gaussien. À moins de modifier le front d’onde du faisceau
d’inscription pour le rendre plus uniforme (en l’agrandissant par exemple), le profil
du changement d’indice aura la forme d’une demi-gaussienne ce qui introduira un
glissement de fréquence dans le réseau et en modifiera le comportement. Finalement,
les effets diffractifs aux frontières du miroir peuvent également créer une déformation
de la figure d’interférence.

Figure 4.3 – Interféromètre de Loyd. Le miroir est placé perpendiculairement à la fibre.


Un faisceau gaussien est replié sur lui-même pour produire une figure d’interférence dont
l’intensité évolue comme une demi-gaussienne. Tiré de [17].

Un schéma de l’interféromètre à prisme est illustré à la figure 4.4. Le principe


est le même, mais dans ce cas, c’est le prisme qui effectue le repliement. Comme
celui-ci s’effectue à l’intérieur du prisme, les deux moitiés du faisceau sont à l’abri
des fluctuations de l’air. L’interféromètre à prisme est donc plus stable que l’interfé-
romètre de Loyd. Un second avantage est qu’il est possible de modifier la longueur
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 57

du réseau en ajustant l’angle d’incidence ou en choisissant différents angles pour


l’apex du prisme. Par de simples considérations géométriques, on peut montrer que
la longueur du réseau est donnée par

W θm
  
Lg = sin α + cos α tan (4.1.2)
2 cos θi 2

où les paramètres sont définis à la figure 4.4. Pour des angles d’incidence larges, la
longueur du réseau croit rapidement, mais cela engendre également une hausse des
pertes par réflexion. Un revêtement antireflet aide à réduire le problème. Il faut tout
de même faire attention, car pour des réseaux plus longs que quelques millimètres,
la dispersion dans le prisme peut devenir problématique.

Figure 4.4 – Interféromètre à prisme. Le repliement du faisceau se fait à l’intérieur du prisme


par réflexion totale interne. La longueur du réseau peut être ajustée en modifiant l’angle
d’incidence ou celui de l’apex du prisme. Tiré de [17].

L’avantage principal des interféromètres faisceau repli est leur grande résistance
aux vibrations mécaniques. Il est également possible d’ajuster la longueur d’onde de
Bragg en modifiant l’angle d’incidence du faisceau d’inscription. Par contre, lorsque
cet angle augmente, la différence de chemins optiques augmente également. Il arrive
un point où elle est comparable à la longueur de cohérence du laser ce qui limite la
plage d’accordabilité.
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 58

4.1.4 Écriture point-par-point

La technique d’écriture point-par-point [20] consiste à focaliser fortement un


faisceau laser à l’aide d’un objectif de microscope à grande ouverture numérique
(NA > 0, 4) à l’intérieur du coeur d’une fibre (voir figure 4.5). La fibre est ensuite
déplacée d’une distance Λ g le long de son axe. Cette distance correspond au pas du
réseau. Une seconde exposition est effectuée à la nouvelle position. Ces étapes sont
répétées jusqu’à l’obtention de la longueur de réseau voulue. L’avantage principal
de cette technique est sa grande versatilité. En effet, parce que le réseau est bâti une
frange à la fois, il est possible de personnaliser le profil d’écriture. Par exemple, en
ajustant la distance Λ g entre chaque exposition, un réseau à pas variable peut être
fabriqué.

En contrepartie, l’inconvénient majeur de cette technique est la nécessité d’utiliser


une platine de translation de très haute précision (surtout pour les pas plus courts).
La stabilité de la période Λ g et, par la même occasion, des caractéristiques du réseau
en dépendent. Cette faiblesse explique pourquoi elle a couramment été employée
pour l’écriture de LPG [64] même s’il a été possible d’écrire des FBG depuis le début
des années 90 [20]. Il est possible de contourner ce problème en modulant la sortie
du laser à l’aide, par exemple, d’un obturateur. L’obturateur, plus précis, permet
l’écriture d’un réseau de pas Λ g = v/ fo contrôlé par sa vitesse de translation v et
sa fréquence d’ouverture fo avec une bonne répétabilité. Cette technique est plus
particulièrement utilisée dans le cas d’inscription de LPG. Pour les FBG, l’approche
par impulsion unique est préférable [99]. La modulation se fait alors par le laser
impulsionnel lui-même et la période du réseau est donnée par Λrés = v/ flaser où flaser
est la fréquence de répétition du laser.

4.1.5 Écriture par masque de phase

Un des moyens les plus efficaces pour inscrire un réseau de Bragg fibré est d’uti-
liser un masque de phase comme élément interférométrique. Un masque de phase
est caractérisé par une série de rainures de période Λ et de profondeur δ dont l’utilité
est de dévier un faisceau incident selon différents ordres de diffraction (figure 4.6).
Il existe deux méthodes pour les fabriquer : par gravure d’une photorésine à l’aide
d’un faisceau d’électrons [100, 101] ou par holographie [102]. L’avantage de la mé-
thode par gravure est la possibilité de personnaliser à volonté les caractéristiques du
réseau. Par contre, l’erreur sur le positionnement absolu d’un faisceau d’électrons
est d’environ 5 nm ce qui est significatif par rapport au pas typique d’un FBG. Se
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 59

Figure 4.5 – Montage d’écriture point-par-point. Une impulsion laser est focalisée dans le
coeur d’une fibre. Celle-ci est ensuite déplacée le long de son axe et la procédure est répétée
jusqu’à l’obtention de la longueur de réseau voulue. En ajustant la vitesse de déplacement, il
est possible de personnaliser les caractéristiques spectrales du réseau.
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 60

rajoutant aux erreurs de positionnement, les variations de l’uniformité du substrat et


de la résolution de la résine créent des fluctuations dans la périodicité de la structure,
phénomène appelé erreur de raccord ou stitching error, et celles-ci sont transposées
lors de l’inscription du réseau [103]. La méthode holographique fait fi de la plupart
de ces problèmes puisqu’elle utilise une méthode interférométrique qui assure une
régularité de la période du réseau. En contrepartie, l’obtention de longs masques
de phase peut être problématique puisque leur fabrication nécessite des composants
optiques (lentilles, miroirs, etc.) de grande taille et d’excellente qualité.

Le principe derrière l’utilisation du masque de phase pour l’écriture de réseaux de


Bragg est assez simple. Tout d’abord, il faut savoir qu’il est généralement préférable
d’utiliser le masque de phase perpendiculairement au faisceau incident. Ceci permet
d’obtenir les ordres de diffraction m = 0 et m = ±1. De plus, connaissant le pas du
masque et la longueur d’onde du faisceau incident, l’angle de diffraction de l’ordre
m se calcule facilement grâce à la relation :

θm λ
 
sin =m (4.1.3)
2 Λ
où θm /2 est l’angle de diffraction de l’ordre m.

En quittant le masque, les ordres m = ±1 se superposent pour créer une figure


d’interférence dont la période est égale à

λ
Λrés = . (4.1.4)
2 sin (θm /2)

En choisissant m = 1 et en comparant les Éqs. 4.1.3 et 4.1.4, on constate que

Λ
Λrés = , (4.1.5)
2
c’est-à-dire que le pas du réseau est égal à la moitié de celui du masque et ce indé-
pendamment de la longueur d’onde d’exposition. Finalement, de l’Éq. 3.5.2, on se
rappelle que la longueur d’onde de Bragg est reliée au pas du réseau. Ainsi, on peut
écrire :
NλB Λ
Λrés = = . (4.1.6)
2neff 2
Cette relation est fort utile puisqu’elle permet de calculer la longueur d’onde de
Bragg avec des paramètres qu’il est facile de connaître.

Par ailleurs, il faut noter que les ordres m , ±1 sont nuisibles à la figure d’in-
terférence puisqu’ils dégradent la visibilité des franges. Or, les ordres supérieurs à
m = ±1 sont généralement beaucoup plus faibles en intensité que ces derniers ce qui
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 61

n’est pas nécessairement le cas pour l’ordre m = 0 que l’on doit minimiser. Pour ce
faire, on ajuste la profondeur des rainures du masque avec la relation
  λ
δ nmp − 1 = (4.1.7)
2
où nmp est l’indice de réfraction du matériau constituant le masque de phase (géné-
ralement de la silice). Cette relation est valide pour une source monochromatique
sans divergence. En réalité, la source n’est jamais complètement monochromatique
et privée de divergence. Par conséquent, même s’il est possible de le réduire à un
niveau en-deça de 0,5%, il ne peut être totalement éliminé.

Figure 4.6 – Schéma d’un masque de phase de pas Λ et de profondeur de rainure δ, ainsi
que son effet diffractif sur un faisceau à incidence normale. Les faisceaux diffractés d’ordre
m sont déviés d’un angle ±θm /2. La distance ∆s est la différence de chemin optique entre les
ordres m = 0 et m = ±1.

Un moyen simple de s’affranchir de son effet est tout simplement de le bloquer par
un obstacle. En contrepartie, il faudra le faire contourner par les ordres de diffraction
±1 à l’aide de deux miroirs solidaires. Cette configuration est appelée interféromètre
de Talbot (figure 4.7).

Les deux miroirs solidaires peuvent être déplacés latéralement et pivotés sur eux-
mêmes permettant une certaine accordabilité de la longueur d’onde de Bragg selon
l’Éq. 4.1.4. L’avantage d’éloigner la zone d’interférence du masque est la diminution
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 62

importante des risques de dommages à ce dernier. En effet, le faisceau incident est


généralement focalisé au niveau de la fibre grâce à une lentille cylindrique placée en
amont du masque. Ceci permet une densification de l’intensité laser ce qui améliore
le taux d’inscription. En contrepartie, une plus grande densité lumineuse peut causer
un changement d’indice permanent dans le masque s’il se situe trop près de la fibre.

Figure 4.7 – Schéma d’un interféromètre de Talbot. Tiré de [17].

Malgré ce fait, le masque de phase est souvent utilisé seul (figure 4.8) et ce pour
plusieurs raisons. Premièrement, même avec des focales relativement courtes (≈ 10
mm), la distance masque-fibre d peut être de quelques millimètres sans danger pour le
masque tout en obtenant une bonne modulation d’indice du réseau. Deuxièmement,
même si l’interféromètre de Talbot est considéré comme stable, le retrait des miroirs
et la plus petite distance de parcours dans l’air rendent la technique par masque de
phase encore plus avantageuse au niveau de la stabilité. Un avantage fortuit de ce
type de montage, lorsque la source d’inscription est un laser femtoseconde, est qu’il
utilise l’effet de séparation des ordres (walk-off effect) pour s’affranchir de l’influence de
l’ordre zéro de diffraction [104, 105]. En se basant sur la figure 4.6, on peut montrer
par un simple argument géométrique que la distance de séparation des ordres ∆s
varie en fonction de l’angle de diffraction θm /2 et la distance de propagation s0 selon

θm
 
∆s = s0 1 − cos . (4.1.8)
2
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 63

Ainsi, pour une certaine propagation s0 , la distance de séparation des ordres ∆s


devient suffisamment large pour dépasser l’étalement spatial de l’impulsion. Pra-
tiquement, cela implique que des ordres de diffraction de valeurs différentes ne
peuvent plus interférer. À titre d’exemple, pour un faisceau d’inscription de 400 nm
avec une largeur d’impulsion de 120 fs, l’interaction entre les ordres ±1 et 0 devient
inexistante après une propagation de s0 = 230 µm. Typiquement la fibre est placée à
des distances de l’ordre du mm du masque. Par conséquent, l’ordre 0 de diffraction
ne peut nuire à l’interférence des premiers ordres de diffraction et la visibilité des
franges en sera maximisée.

Le masque de phase peut être utilisé de façon statique, mais aussi balayé sur
toute sa surface par le faisceau d’inscription. En déplaçant ce dernier relativement
au masque de phase, il est possible d’écrire des réseaux beaucoup plus longs et
plus réflectifs (figure 4.8). Cette technique est appelée balayage du masque de phase
(scanned phase-mask interferometer ou phase-mask scanning) et a été proposée par Martin
et al. en 1994 [8]. La longueur du réseau, L, est alors donnée par

L = Lt + Li (4.1.9)

où Lt est la distance de translation et Li la longueur de la zone d’interférence donnée


par
θm
 
Li = 2W − 2d tan (4.1.10)
2
où W est le rayon du faisceau au niveau du masque. Elle peut aussi servir pour
l’inscription de réseaux à pas variables [34]. De plus, en plaçant un actuateur pié-
zoélectrique sous la lentille placée en amont du masque de phase, il est possible de
maximiser la couverture du coeur dans la direction transverse de la fibre (figure 4.9).
Des conditions quant à la fréquence de balayage et la vitesse de translation du fais-
ceau d’inscription doivent toutefois être respectées pour obtenir un profil d’indice
uniforme (voir section 5.6).

4.1.6 Choix de la technique d’inscription

Le choix de la technique d’inscription doit être motivé par des critères comme
sa flexibilité, sa stabilité, la facilité d’alignement et les ressources disponibles. Pre-
mièrement, la méthode par inscription directe est éliminée d’office en raison du très
peu de flexibilité qu’elle possède. Également, des réseaux de plusieurs centimètres
et une réflectivité faible ne sont pas des caractéristiques avantageuses sur le plan
technologique. Ensuite, la source servant à l’écriture est une chaîne laser Ti :saphir
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 64

Figure 4.8 – Schéma d’un montage de masque de phase utilisé en translation. La longueur
du réseau est seulement limitée par la longueur du masque. La qualité de la périodicité
des rainures est essentielle afin d’éviter le transfert des erreurs dans les caractéristiques du
réseau. La distance masque-fibre d est de l’ordre du mm.

Figure 4.9 – Vue de profil du montage de masque de phase utilisé en translation montrant un
actuateur piézoélectrique sous la lentille permettant de maximiser dans la direction transverse
la zone de changement d’indice.
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 65

(Coherent Legend-HE) émettant des impulsions de 40 fs. Par définition, la longueur


spatiale des impulsions émises par ce laser est très faible (de l’ordre de 10 µm) . Leur
superposition avec un interféromètre à deux faisceaux devient alors pratiquement
impossible en raison de la sensibilité accrue aux vibrations mécaniques. Pour cette
même raison, il faut éliminer les interféromètres de Loyd et à prisme. La différence
de chemin optique induite par la réflexion du miroir ou du prisme est trop élevée par
rapport à la longueur des impulsions. Par ailleurs, l’interféromètre de Loyd limite la
longueur du réseau à la moitié de celle du faisceau d’inscription ce qui n’est pas sou-
haitable. Pour s’affranchir des problèmes reliés à l’étendue spatiale des impulsions
femtosecondes, une alternative viable serait d’utiliser la technique point-par-point.
Elle permet l’écriture de réseaux forts dans plusieurs types de fibres même si elles
sont non photosensibles. Il est même possible de personnaliser à volonté le profil
d’écriture. En contrepartie, on reconnaît que les pertes des réseaux écrit avec cette
technique sont relativement élevée [62] sans compter que l’alignement est particuliè-
rement critique et que la précision sur la position absolue du faisceau d’inscription
n’est parfois par suffisante surtout lorsque le pas du réseau diminue. Ce n’est par
contre pas impossible, car des structures périodiques de pas allant jusqu’à 250 nm
ont été fabriquées dans un bloc de silice [106] et de 300 nm dans une fibre optique
[107].

Malgré cela, nous préférerons plutôt la méthode par balayage du masque de


phase. Bien qu’elle repose sur un mécanisme interférométrique, la courte longueur
de cohérence est ici bénéfique, car grâce à l’effet de séparation des ordres, il est pos-
sible d’obtenir une figure d’interférence purement à deux faisceaux. La possibilité
de déplacer le faisceau le long du masque permet également d’obtenir des réseaux
plus fortement réflectifs sur des plages spectrales plus larges. Le masque de phase
est aussi beaucoup plus facile à aligner. De plus, en utilisant conjointement avec
des impulsions femtosecondes, cette méthode permet l’écriture l’écriture dans plu-
sieurs types de fibres et offre une flexibilité intéressante quant aux caractéristiques
de réponse du réseau. Par contre, l’accordabilité de la longueur d’onde de Bragg est
limitée. Pour remédier à la situation, nous pourrions utiliser un interféromètre de
Talbot. Le désavantage est qu’il est un peu plus compliqué à l’alignement et un peu
moins stable. Pour cette raison, mais aussi parce que nous pouvons fabriquer sur
mesure et sur place les masques de phase pour les différentes longueurs d’onde de
Bragg désirées, la technique par balayage du masque de phase est celle que nous
avons choisie.
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 66

4.1.7 Montage expérimental

La figure 4.10 montre un schéma du montage d’écriture utilisé au laboratoire.


Un laser Ti :saphir (Coherent, Legend-HE) émet des impulsions de 800 nm dont la
durée mesurée est de 40 fs. La mesure de la durée des impulsions se fait juste avant
le cristal BBO grâce à un autocorrélateur (Coherent, SSA-F). Le rôle du cristal BBO
est de doubler la fréquence des impulsions. L’efficacité de conversion était d’environ
30%. On estime alors par calcul que la durée des impulsions passe à 120 fs. Le
faisceau est ensuite filtré par un miroir dichroïque qui réfléchit seulement la partie
à 400 nm. Puis, le faisceau d’inscription est redirigé vers un miroir de coin placé
sur la platine d’une table de translation (Aerotech, ABL20030) dont la fonction est
de permettre le balayage du masque (axe x). Notons également la présence d’une
lentille cylindrique dont le rôle est de focaliser les impulsions au niveau du coeur de
la fibre afin de maximiser l’efficacité des mécanismes d’ionisation non linéaire. Trois
focales ont été utilisées durant les présents travaux, principalement celle de fl = 25
mm (CVI Melles Griot, RCX-40.0-20.0-12.7-UV), mais aussi de 50 mm (CVI Melles
Griot, RCX-40.0-20.0-25.4-UV) et 12,7 mm (CVI Melles Griot, RCX-12.7-6.4-6.5-UV).
Également, il est important de mentionner que la lentille cylindrique est posée sur
trois actuateurs piézoélectriques (piézo : PI, P-111.3 S Nanocube, contrôleur : PI, E-
500K012) pouvant osciller indépendamment selon les axes x, y et z (voir encadré
Fig. 4.10). Cependant, dans les conditions expérimentales utilisées, la longueur des
filaments est suffisamment importante pour couvrir toute la surface du coeur et
par conséquent, à moins d’une mention contraire, seul le piézoélectrique balayant
l’axe y a été utilisé. Les masques de phase ont été fabriqués au COPL. Leur longueur
maximale était de 100 mm. Des tests ont été réalisés tant avec des masques uniformes
qu’à pas variable. Un piézoélectrique était aussi placé sous le masque afin d’apodiser
les réseaux, mais aucune expérience n’a été faite en ce sens. Dans les conditions
idéales, la fibre est sélectionnée pour être monomode à la longueur d’onde de Bragg.
Dans notre cas, la longueur d’onde de Bragg principale était située autour de 1 µm.
Ainsi, nous avons choisi d’utiliser une fibre de HI1060 fournie par la compagnie
Coractive. Sa longueur d’onde de coupure est de 920 ± 50 nm, son diamètre de gaine
de 125 µm et son ouverture numérique de 0,14. Pour les réseaux dans le visible, nous
avons préféré une fibre en silice de Fibercore, la 460HP, de 125 µm en diamètre et un
longueur d’onde de coupure de 430 nm.

Finalement, la caractérisation s’est faite à l’aide d’un analyseur de spectre optique


(OSA). Deux modèles ont été utilisés en raison de leur plage en longueur d’onde
respective. Le premier (ANDO, AQ6312A) couvrait de 350 à 1765 nm et le second
(Yokogawa, AQ6375) de 1200 à 2400 nm. Le choix de la source de caractérisation était
également fonction de la longueur d’onde de Bragg. Une source d’ASE émettant à 1
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 67

Figure 4.10 – Montage d’inscription de réseaux de Bragg utilisé

µm (Fiberlabs, ASE-1045) et une source LED émettant à 1,5 µm (AFC, BBS 1550A-TS)
ont été utilisées. Pour les longueurs d’onde moins standards, nous avons utilisé une
source supercontinuum (Koheras, SuperK Power) couvrant de 450 à 2400 nm. Dans
le dernier cas, l’interface n’était pas fibrée et l’injection devait se faire avec un objectif
de microscope.

4.2 Techniques de caractérisation

4.2.1 Mesures spectrales par analyseur de spectres optiques

L’analyseur de spectre optique ou OSA est un appareil permettant de mesurer la


puissance en fonction de la longueur d’onde du signal. Dans le cas particulier des
réseaux de Bragg, on s’en sert pour mesurer la puissance transmise ou réfléchie à
travers le réseau. Ceci nous donne de l’information sur la force du couplage entre
les modes propagatif et contrapropagatif, c’est-à-dire sur la valeur de κac . La mesure
spectrale sert donc à caractériser la modulation d’indice ac.

La caractérisation spectrale d’un réseau ne nous informe pas seulement sur sa


réflectivité. Il est aussi possible d’y extraire d’autres informations pertinentes comme
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 68

sa largeur spectrale à mi-hauteur (FWMH), la position de λB , ses pertes, le couplage


vers des modes de gaine et la variation de la composante dc du changement d’indice.
La figure 4.11 montre un exemple de mesure spectrale pour un réseau inscrit dans
une fibre SMF-28 et l’endroit de mesure de quelques-unes de ces quantités.

Figure 4.11 – Exemple de spectres de transmission et réflexion d’un réseau uniforme inscrit
dans une fibre de SMF-28.

La largeur spectrale à mi-hauteur (FWHM) est simplement la différence entre


les positions où la courbe de transmission/réflexion est égale à la moitié de son
maximum. Comme nous l’avons vu précédemment, cette quantité peut être fonction
de la longueur physique du réseau ou de sa modulation d’indice ac dépendant de
la force du couplage. S’il est faible, c’est l’Éq. (3.5.10) qui s’applique et la FWHM
varie en fonction de L. Dans le cas contraire, on doit se référer à l’Éq. (3.5.9) et la
largeur spectrale varie proportionnellement à κac . Puisqu’en général nous fabriquons
des réseaux forts, c’est le deuxième cas qui s’applique et la FWHM sert donc à
déterminer la modulation d’indice ac.

La longueur d’onde de Bragg, λB , détermine le centre de la bande spectrale où


le réseau opère. Rappelons que rigoureusement, celle-ci n’indique pas la position où
la réflectivité est maximale, mais que puisque la perturbation d’indice est faible par
rapport à l’indice de la fibre, elle en est une très bonne approximation. Également,
on peut se baser sur la relation λB = neff Λrés. pour déterminer l’indice effectif du
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 69

mode qui se propage dans la fibre. Ce mode est généralement le mode fondamental.
Par contre, dans le cas de fibres multimodes, chacun des modes supportés par la
fibre possède son propre indice effectif. Ceci se traduira par l’apparition de plusieurs
pics de réflexion dans la mesure spectrale du réseau rendant ainsi très difficile sa
caractérisation. Il est donc fortement recommandé de travailler avec une fibre mono-
mode. On explique la présence de modes de gaine par une raison similaire. Selon
l’Éq. (3.4.5), la réflectivité du réseau est créé par l’interaction entre la perturbation
d’indice et le mode propagatif. Si, par exemple, la zone de changement d’indice n’est
pas centrée sur le coeur et se propage dans la gaine, il est possible que les modes de
gaine se couplent avec le réseau. Puisque ces modes ont toujours un indice effectif
plus faible que celui du mode fondamental, nous les retrouvons toujours du côté des
faibles longueurs d’onde par rapport au pic de réflexion principal. Un comportement
similaire peut être observé si les franges du réseau sont inclinées. Finalement, une
variation de la composante dc du changement d’indice peut être mesurée à partir
de la variation de la position de la longueur d’onde de Bragg en cours d’inscription.
En fait, nous mesurons la variation de l’indice effectif du mode qui change en raison
du changement de la composante dc. À noter qu’il n’est possible de déterminer une
variation de cette composante entre deux conditions d’exposition qu’au terme d’une
série de mesures montrant son évolution en cours d’écriture. Pour en mesurer la
valeur absolue, il faut utiliser une autre technique comme celle présentée à la section
4.2.2.

La performance d’un réseau est fortement influencée par ses pertes. Il est donc
essentiel de bien les caractériser. En prenant une mesure de référence avant l’inscrip-
tion et en la soustrayant au spectre après celle-ci, les pertes se mesurent facilement
en regardant le niveau de la courbe de transmission aux grandes longueurs d’onde.
En fait, pour avoir une valeur fiable, il faut s’assurer d’être en dehors de la bande
de réflexion. Or, si l’on prenait la mesure aux courtes longueurs d’onde, la mesure
ne serait pas correcte en raison de la présence des modes de gaine. C’est pourquoi la
mesure doit toujours être prise aux grandes longueurs d’onde. Une seconde façon de
procéder est de faire un cut-back. On prend une mesure du spectre du réseau puis on
coupe le bout de fibre qui le contient. On reprend une mesure du spectre pour voir si
le niveau de la courbe a changé. Si les pertes du réseau sont négligeables, la courbe
ne devrait pas bouger.

Lorsque la plage dynamique est suffisante, ce qui n’est pas le cas pour le spectre de
la figure 4.11 car le réseau était trop performant, il est possible de mesurer directement
la réflectivité du réseau. Pour ce faire, il suffit simplement de faire la différence entre
les points de transmission minimum et le niveau des pertes qui fait office de niveau
de base. Ceci nous informe sur la réflectivité réelle du réseau.
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 70

Comme nous l’avons mentionné auparavant, il y a deux façons de mesurer un


réseau soit en transmission ou en réflexion. Pour mesurer une ou l’autre des portions
du signal il faut utiliser un coupleur tel qu’illustré à la figure 4.12.

Figure 4.12 – Schéma du montage de caractérisation spectrale d’un réseau de Bragg. Branche
T : transmission, branche R : réflexion.

En plaçant la branche T dans l’analyseur de spectre optique, on se retrouve à


mesurer le signal transmis à travers le réseau. En raison de l’échelle logarithmique,
ce signal à l’avantage de décrire avec plus de précision la réponse spectrale lorsque
la réflectivité est maximale. Au contraire, lorsque l’on regarde ce qui sort en réflexion
de la branche R, il est beaucoup plus facile de déceler les premiers signes d’écriture. À
noter, dans cette configuration il est important d’éliminer la contribution réflective de
la branche T dû à la réflexion de Fresnel au bout clivé de la fibre soit en la plongeant
dans l’huile de haut indice ou en induisant de fortes pertes par courbure.

4.2.2 Mesure du profil d’indice par réfractométrie en champ proche

La réfractométrie en champ proche (refracted near-fied measurements (RNF)) est une


technique de profilage d’indice développée au tournant des années 1980 [108, 109].
Elle consiste en une série de mesure de la puissance réfractée par les différentes sec-
tions d’une fibre. Les indices de réfraction qui les caractérisent sont proportionnels
à la puissance mesurée. Ainsi, en balayant toute la surface, il est possible de recons-
truire le profil d’indice d’une fibre. La figure 4.13 montre avec plus de détails le
schéma d’un réfractomètre en champ proche. Le champ proche d’un laser HeNe est
collimé puis refocalisé à la surface d’une fibre à l’aide d’un système de deux lentilles.
Une cellule de mesure, libre de se déplacer dans le plan de clive, sert de support à la
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 71

Figure 4.13 – Schéma d’un réfractomètre en champ proche.


Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 72

fois de la fibre et à l’anneau de détection. Elle contient également de l’huile d’indice


de réfraction nhuile dans lesquelles baignent ces deux éléments. Celle-ci doit avoir une
valeur très bien connue et près de celle de la gaine puisqu’elle servira de référence
afin de calculer l’indice de réfraction absolue. La puissance mesurée par l’anneau de
détection dépend de l’indice local mesuré. En effet, un indice plus faible résultera
en l’émission d’un cône d’ouverture plus grande et, par conséquent, l’intensité du
signal recueillie sera plus élevée. En balayait la surface (ou la coupe) d’une fibre selon
une grille de point, l’on obtient un portrait des intensités relatives qui sont ensuite
réinterprétées en indice de réfraction absolue selon la relation,
P0 − P(θ)  2 
n2 = n2huile + sin θ − sin2 θd (4.2.1)
P0
où P(θ) est la puissance mesurée par l’anneau de détection, P0 la puissance de cali-
bration mesurée sans la fibre, θ l’angle de sortie du rayon réfracté et θd l’angle du
rayon intérieur du détecteur. À noter que contrairement à la mesure spectrale, la
variation d’indice mesuré ici est celle de la composante dc moyenne de la modulation
d’indice, c.-à-d. celle reliée à κdc (c.f. Éq. (3.4.3)). Elle est mesurée puis moyenné sur
une distance de pénétration d’environ 500 µm. La figure 4.14 montre un exemple du
résultat d’une telle mesure dans le cas d’un réseau inscrit avec balayage du coeur
dans une fibre de HI1060.

Figure 4.14 – Exemple d’un profil d’indice obtenu par réfractométrie en champ proche. Le
cas illustré est celui d’un réseau inscrit dans une fibre HI1060 grâce à la technique de balayage
du masque de phase avec balayage du coeur.

Dans le cadre des présents travaux, les mesures RNF ont été effectuées sur un
appareil de la compagnie EXFO (modèle : NR9200-HR). Ce dernier est capable d’une
résolution spatiale de 0,4 µm et de 5 × 10−5 pour l’indice de réfraction. Cependant,
un échantillonnage de seulement 120 points était possible dans l’une ou l’autre des
directions de mesure. De ce fait, pour obtenir la meilleure résolution spatiale possible,
il faut limiter le domaine de mesure à 12 µm. Dans notre contexte, ce n’est pas
toujours réalisable, et ce, pour plusieurs raisons ; la première étant que les dimensions
Chapitre 4. Fabrication et caractérisation de réseaux de Bragg 73

de la zone affectée sont souvent plus importantes et la seconde qu’il est difficile
d’aligner correctement les filaments selon un des axes de mesure sans avoir une
vision d’ensemble de la surface. Il a donc fallu dans certains cas diminuer la résolution
spatiale pour couvrir une plus grande section de la fibre.
Chapitre 5

Optimisation de l’écriture à 1µm dans


une fibre de silice

Un des objectifs de ce mémoire est d’optimiser le processus d’écriture de réseaux


de Bragg à 400 nm avec un laser femtoseconde dans une fibre de silice monomode.
Plusieurs paramètres influencent l’amplitude et la forme du changement d’indice
photoinduit. Puisque nous utilisons la méthode du balayage de masque de phase
(voir sections 4.1.6 et 4.1.7) ces paramètres sont : d, la distance fibre-masque, E,
l’énergie par impulsion v, la vitesse de déplacement de la platine, f , la fréquence
d’oscillation du piézoélectrique et, fl , la focale de la lentille. Nous devons aussi nous
intéresser à l’évolution de la croissance du réseau dans le temps et de sa stabilité
thermique. De plus, une étude de recuit thermique permet de caractériser la nature
du changement d’indice photoinduit et la dynamique de résorption des pertes.

La longueur d’onde de Bragg de 1 µm a été choisie pour l’optimisation. La plupart


des travaux précédents ont portés sur l’inscription de réseaux réflectifs autour de 1,55
µm, plage spectrale d’intérêt pour les télécommunications [25, 30, 70]. Or, une des
raisons d’utiliser une longueur d’onde d’inscription plus courte (400 nm contre les
800 nm habituels) est de permettre l’inscription de réseaux à pas courts et par la même
occasion de donner accès à des longueurs d’onde de Bragg moins élevées notamment
dans le visible. Également, nous avons choisi λB  1.07 µm, en raison du potentiel
d’applications lié au développement de lasers à fibre de puissance Yb-Si. Finalement,
aux fins d’optimisation du procédé, les réseaux ont été inscrits dans une fibre de
HI1060 (Corning, NA = 0.14, diamètre coeur/gaine = 5,3/125 µm, λcoupure = 920 ± 50
nm) fournie par Coractive. Cette fibre de silice est monomode à 1 µm ce qui n’est pas
le cas pour une fibre standard de télécommunication (SMF-28).
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 75

Dans cette section, nous étudierons l’effet de chacun des paramètres d’écriture et
tenterons de trouver ceux qui donnent la variation d’indice maximale sur une zone
la plus uniforme possible.

5.1 Distance fibre-masque

La distance fibre-masque, d, est un paramètre important puisqu’elle contrôle la


longueur de la zone d’interférence (Éq. (4.1.10)). En théorie, une courte distance la
maximiserait ainsi que la réflectivité du réseau. En pratique, lorsque l’on place la fibre
trop près du masque, la densité lumineuse est suffisante pour causer des dommages
irréversibles à ce dernier. Il existe donc une zone mitoyenne où la longueur de la zone
d’interférence est suffisamment longue pour obtenir une bonne réflectivité et où le
masque ne subit pas de dommage par le faisceau d’inscription. De plus, rappelons
dans les conditions expérimentales typiques des présents travaux, la distance de
séparation des ordres est d’environ 230µm (c.f. section 4.1.5). Comme cette distance
est très petite, le recouvrement spatial d’ordre n’a aucune influence sur le choix de la
plage de valeur pour d dans le cas précis de ces manipulations.

Pour cette expérience, la lentille de focale fl = 25 mm a été choisie, car, au moment


de la réaliser, c’est elle qui permettait d’approcher le masque au maximum (voir figure
5.1). Une fibre de HI1060 a été exposée pendant 60 secondes, pour chacune des valeurs
du paramètre d, à des impulsions de 122 fs de durée et de E = 250 µJ en énergie. Cette
énergie est supérieure au seuil d’inscription qui a été établi à environ 75µJ/impulsion
(c.f. section 5.2), mais suffisamment basse pour minimiser les risques d’endommager
le masque utilisé. Nous avons travaillé en situation statique, c’est-à-dire que la platine
de translation était bloquée et qu’il n’y a donc eu aucun mouvement de translation
lors de l’inscription. De plus, le faisceau d’inscription balayait transversalement le
coeur à une fréquence de 20 Hz et une amplitude totale a = 12, 1 µm 1 . À l’époque, il
n’était pas encore connu que cette valeur n’assurait pas un profil uniforme de la zone
de changement d’indice de réfraction (c.f. section 5.6.1). Entre chaque échantillon, la
distance fibre-masque a été ajustée. Cet ajustement modifie légèrement la position de
mise au point. Elle a été réajustée à l’oeil en se basant sur la figure de diffraction de la
fibre. Après chaque exposition, la courbe de transmission a été mesurée à l’analyseur
de spectre optique. À partir des courbes mesurées et grâce au logiciel de simulation
IFO Gratings (Optiwave), la modulation d’indice ac a été calculée. Le résultat est
1. Le facteur de conversion entre a l’amplitude totale de balayage en µm et le paramètre A,
l’amplitude pic-à-pic de l’onde envoyée au piézoélectrique en volt, a été déterminé à partir des
mesures expérimentales présentées à la section 5.5 et est égale à 4,04 µm/V.
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 76

illustré à la figure 5.2.

Figure 5.1 – Schéma des conditions expérimentales pour l’optimisation de la distance fibre
masque

Entre d = 3 et 4,5 mm, ∆nac diminue rapidement et devient nul à partir de 4,5 mm.
Ce comportement s’explique par la longueur de la zone d’interférence qui diminue. À
4,5 mm, elle n’est plus qu’à 30% de sa valeur initiale. Entre 1,7 et 3 mm, la modulation
d’indice ac est maximale et atteint 2, 77 × 10−3 à d = 3 mm. Elle diminue légèrement
entre 1 et 1,7 mm, mais pour des raisons de sécurité pour le masque, il est préférable
de rester dans la zone d’intérêt. En deçà de 1 mm, la réflectivité du réseau diminue
rapidement. Une inspection visuelle du masque révèle des signes de dommages
(points lumineux) pour cette plage de valeur. Nous pouvons donc penser que la
dégradation locale de la périodicité de ses rainures diminue la qualité du patron
d’interférence ce qui se traduit par une diminution de la modulation d’indice ac.

5.2 Énergie par impulsion

L’énergie par impulsion, E, est le paramètre contrôlant l’intensité des filaments


responsables du changement d’indice local. En choisissant une énergie par impulsion
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 77

Figure 5.2 – Modulation d’indice ac en fonction de la distance fibre-masque. La focale de la


lentille était de 25 mm. L’encart montre les spectres de transmission expérimentale et simulée
pour une distance d = 2, 5 mm. Paramètres d’inscription : λ = 400 nm, ∆τ = 122 fs, E = 250
µJ/impulsion, fl = 25 mm, Λ = 738 nm, C = 0 nm/cm, fibre : HI1060, v = 0, t = 60 s, f = 20
Hz, a = 12, 1 µm.
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 78

trop faible, la puissance émise par le laser n’est pas suffisante pour atteindre le seuil
d’inscription. En revanche, une puissance élevée augmente le risque d’endommager
le masque sans compter la promotion des modifications de type II dont les pertes
dispersives sont plus importantes et/ou l’augmentation du photonoircissement.

Les paramètres d’écriture sont semblables à ceux utilisés pour l’étude de l’effet
de la distance fibre-masque. La lentille servant à focaliser le faisceau d’inscription
dans une fibre de silice (HI1060) avait une focale de 25 mm et est restée fixe durant
les 120 secondes de l’exposition. De nouveau, le piézoélectrique servant à balayer
le coeur oscillait à une fréquence de 20 Hz (voir section 5.6.1 pour savoir pourquoi
cette valeur est trop élevée) et une amplitude de balayage de 12,1 µm. Le masque
était uniforme et avait un pas de 738 nm. La durée d’impulsion a été calculé à 122
fs après son passage à travers la lentille. Finalement, la distance fibre-masque de
2,50 mm a été choisie parce qu’elle maximisait la modulation d’indice ac (voir figure
5.2). Un nouvel échantillon a été utilisé pour chacune des variations du paramètre
E. Puisque la distance d était fixe, il n’a pas été nécessaire de réajuster la mise au
point comme ce fut le cas dans la section précédente. Encore une fois, à partir des
informations contenues dans les spectres de transmission, il a été possible de trouver
par simulation la valeur de ∆nac pour chacune des valeurs de E. Le résultat est illustré
à la figure 5.3.

Comme on peut s’en attendre, à des faibles énergies (E < 100 µJ/impulsion), la
variation d’indice est faible. En se fiant aux mesures, il est possible de placer le seuil
d’écriture à environ E = 75 µJ/impulsion. Entre 100 et 250 µJ/impulsion, ∆nac croit
rapidement pour atteindre son maximum à 300 µJ/impulsion. La modulation d’indice
ac est alors de 2, 35 × 10−3 . Pour des énergies plus élevées, cette tendance s’inverse.
Ceci s’explique simplement par le dommage au masque qui devient de plus en plus
important. La dégradation de la qualité du masque affecte directement la qualité
du patron d’interférence et par le fait même l’amplitude des franges de changement
d’indice. Une inspection visuelle lors de l’écriture du réseau tend à confirmer cette
hypothèse. En effet, à partir de E = 400 µJ/impulsion, un point lumineux est observé
à l’intérieur du masque.

5.3 Vitesse de déplacement de la platine

La vitesse de déplacement de la platine, v, a une incidence non seulement sur la


modulation d’indice ac atteignable, mais également sur l’uniformité de la zone de
changement d’indice (voir section 5.6.1). Dans cette section, nous nous concentrerons
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 79

Figure 5.3 – Modulation d’indice ac en fonction de l’énergie par impulsion. Le seuil d’écriture
se situe environ à 75 µJ/impulsion. Paramètres d’inscription : λ = 400 nm, ∆τ = 122 fs, fl = 25
mm, d = 2, 50 mm, Λ = 738 nm, C = 0 nm/cm, fibre : HI1060, v = 0, t = 60 s, f = 20 Hz,
a = 12, 1 µm.

seulement sur l’effet de v sur ∆nac . Comme cela a été énoncé à la section 2.4.2, la
variation d’indice se construit par le passage successif des filaments dans le verre.
Comme ceci est un processus cumulatif, il requiert un certain temps avant d’atteindre
la saturation du ∆nac .

Afin de vérifier cette hypothèse, des réseaux à pas variables ont été inscrits dans
de la fibre de silice (HI1060). Pourquoi ne pas utiliser des réseaux uniformes comme
dans les autres sections ? La réponse est qu’en utilisant un réseau uniforme, on obtient
une saturation de la modulation d’indice plus rapide. Ainsi, pour deux vitesses de
déplacement, il est possible de ne pas observer de différences au niveau du spectre
de transmission, car dans les deux cas, on atteint la saturation. De plus, on se rappelle
que pour un réseau fort, la largeur spectrale devient indépendante de la longueur du
réseau (c.f. Éq. (3.5.9)). Il est donc difficile, en se déplaçant, de déceler un quelconque
effet. En utilisant, un réseau à pas variable, on obtient une réflectivité moindre pour
une même modulation d’indice et un élargissement spectral plus important. Ces
deux indicateurs permettent, par le fait même, de mieux pouvoir identifier l’effet de
la vitesse de déplacement de la platine sur la variation d’indice. Le masque ayant
servi à l’inscription avait un pas de 744,2 nm et un paramètre de glissement de
fréquence C = 1, 2 nm/cm. La platine s’est déplacée d’une distance Lt = 40 mm
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 80

durant les Lt /v minutes de l’exposition. Le faisceau d’inscription était focalisé par


la même lentille de 25 mm de focale au niveau du coeur balayé à une fréquence de
20 Hz et une amplitude de 12,1 µm. La durée des impulsions était toujours de 122
fs tandis que leur énergie était de 550 µJ. En fonction des résultats de la section 5.2,
cette valeur est supérieure à l’énergie optimisant ∆nac et constitue même un régime
dommageable pour le masque. Comme cette série de mesure a été prise avant de la
connaître, j’ai dû poser une hypothèse qui s’est avérée fausse et, par mon ignorance
d’alors, dangereuse pour le masque. En conséquence, d’un point de vue quantitatif
l’analyse effectuée ici est sans doute erronée. Reste qu’au niveau qualitatif, il n’y
a aucune raison de croire qu’il n’est pas possible de tirer des conclusions de ces
résultats. Pour tempérer la situation, il aurait fallu placer la fibre à une distance plus
élevée du masque que les 2,50 mm qui ont été utilisés pour cette expérience, ce qui
n’a malheureusement été fait. Quoiqu’il en soit, après chaque inscription, le spectre
de transmission a été mesuré à l’analyseur de spectre optique et à partir de ceux-ci,
la modulation d’indice ac calculée. Le résultat est illustré à la figure 5.4.

Figure 5.4 – Modulation d’indice ac en fonction de la vitesse de déplacement de la platine.


L’encart montre les spectres de transmission expérimentale et simulé pour une vitesse de
v = 1 mm/min.

Tel qu’attendu, la modulation d’indice ac tend à diminuer lorsque la vitesse de la


platine augmente. À titre d’exemple, la valeur de ∆nac pour v = 8 mm/min correspond
à une réflectivité de 6 dB alors qu’elle est de 70 dB à v = 1 mm/min. Cependant, rien
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 81

n’indique que la saturation est atteinte pour v = 1 mm/min. Alors, pourquoi ne pas
avoir expérimenté avec une vitesse plus faible ? La raison est qu’en pratique une
diminution supplémentaire de v augmente considérablement le temps d’exposition.
À titre d’exemple, un réseau de 20 mm en longueur à une vitesse de translation
de 1 mm/min demande déjà 20 minutes d’exposition. Une simple diminution à 0,5
mm/min multiplie par deux ce temps ce qui le fait passer à 40 minutes. La notion de
stabilité mécanique du montage et celle du laser deviennent alors non négligeable. Par
ailleurs, pour la gamme de vitesse testée, les pertes observées étaient pratiquement
inexistantes. Par conséquent, il n’est pas nécessaire d’écrire plus lentement au risque
de créer des pertes de fonds plus importantes, lorsque la modulation d’indice obtenue
est déjà largement suffisante à 3,5 × 10−3 pour la grande majorité des applications
visées.

5.4 Évolution de l’écriture et recuit thermique

L’étude de l’évolution de l’écriture permet d’observer la dynamique de la for-


mation du réseau. En mesurant la courbe de transmission entre chaque exposition
cumulative, des informations importantes comme le temps nécessaire à la saturation
et l’accroissement des pertes photoinduites peuvent être déterminées. Ces informa-
tions sont particulièrement utiles, car elles permettent de connaître les paramètres
qui maximiseront la modulation d’indice ac sans induire inutilement des pertes. Le
recuit thermique, quant à lui, permet de caractériser la stabilité en température du
réseau. De plus, par la forme de la courbe de vieillissement thermique, il informe des
mécanismes physiques ayant servi à produire le changement d’indice. Finalement,
le recuit thermique permet de résorber les pertes malgré une baisse associée de la
modulation d’indice. L’intérêt est que généralement cette baisse est beaucoup moins
importante que celle des pertes. Il est donc possible de les diminuer, voire de les
éliminer, tout en conservant une forte réflectivité du réseau.

La photosensibilisation des fibres, par hydrogénation par exemple, affecte signi-


ficativement la dynamique d’écriture. L’effet le plus immédiat est le changement
d’indice beaucoup plus important qu’il est possible d’obtenir en comparaison avec
un exemplaire non hydrogénée de cette même fibre. Malheureusement, les pertes
observées tendent à augmenter également. Afin d’explorer l’effet de la photosensi-
blitation sur la dynamique de l’écriture et de pouvoir la comparer à une fibre sans
traitement, des réseaux ont été inscrits dans des fibres de HI1060 non traitée, hydro-
génée (H2 ) et deutérisée (D2 ).
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 82

Entre chaque exposition de 60 secondes (ou moindre lorsque la formation du


réseau était trop rapide), le spectre de transmission a été enregistré grâce à un ana-
lyseur de spectre optique. Le masque était uniforme et avait un pas de Λ = 738 nm.
Le faisceau d’inscription a été tenu fixe dans la direction longitudinale de la fibre,
mais oscillait à une fréquence de 20 Hz avec un paramètre d’amplitude A = 3 V dans
la direction transverse. Les impulsions avaient une énergie de 250 µJ alors que leur
durée était de 122 fs. Finalement, la distance fibre-masque était de 2,50 mm. À partir
de chacune des courbes de transmission, la modulation d’indice ac a été simulée
et les pertes (prises à la plus grande longueur d’onde possible) ont été mesurées
directement. Le résultat est illustré à la figure 5.5.

Figure 5.5 – Modulation d’indice ac (courbes pleines) et pertes associées (courbes pointillées)
en fonction du temps d’exposition dans une fibre de HI1060 non traitée (), hydrogénée (N)
et deutérisée (). Paramètres d’inscription : λ = 400 nm, E = 250 µJ/impulsion, ∆τ = 122 fs,
fl = 25 mm, d = 2, 50 mm, Λ = 738 nm, C = 0 nm/cm, fibre : HI1060, v = 0, f = 20 Hz, a = 12, 1
µm.

Sans surprise, c’est dans la fibre non traitée qui possède le taux d’écriture le
plus faible. La saturation est obtenue après 420 secondes d’exposition alors qu’il
faut 110 et 180 secondes respectivement pour les fibres hydrogénée et deutérisée.
De plus, la modulation d’indice maximale est obtenue dans la fibre hydrogénée
(∆nac = 4, 82 × 10−3 ) contre 3, 94 × 10−3 pour la fibre deutérisée et 1, 99 × 10−3 pour
la non traitée. Ce résultat est conforme à la dynamique de photosensibilisation. En
effet, le coefficient de diffusion du D2 est inférieure à celui de H2 (c.f. section 2.2)
ce qui nous pousse à croire que le photosensibilisation était plus complète dans le
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 83

second cas. Par ailleurs, les pertes du réseau écrit dans la fibre non traitée sont trop
faibles pour être mesurées adéquatement à l’OSA. Les quelques valeurs non nulles
dans la première partie de la courbe sont attribuables au bruit de l’appareil. C’est
l’hydrogénation qui cause les pertes les plus importantes. Elles s’élèvent à 0,184 dB,
ce qui correspond à 4,2 %, pour un réseau de 5,30 mm de longueur. Les pertes dans
la fibre deutérisée, quant à elle, sont de 0,13 dB (3,1%). Notons cependant que ces
mesures ont été effectuées immédiatement après l’écriture alors que la dégazification
était loin d’être complétée. Par conséquent, les pertes réelles sont probablement un
peu plus faibles.

Quoi qu’il en soit, ce niveau de pertes est problématique dans le cas où, par
exemple, le réseau sert comme réflecteur dans une cavité laser. Comme il a été
proposé auparavant, il est possible de résorber les pertes en effectuant un recuit
thermique. En utilisant un four spécialement conçu, les réseaux ont été chauffés
par incrément de 50◦ C pendant 30 minutes jusqu’à 500◦ C. Après chaque plateau
de température, la fibre était retirée du four afin de retourner à température pièce
et sa courbe de transmission était ensuite mesurée. Encore une fois, la modulation
d’indice a été obtenue à partir des simulations des courbes de transmission et les
pertes déterminées par les mesures expérimentales. Ces données ont ensuite permis
de tracer les courbes de la fraction de ∆nac et des pertes restantes en fonction de la
température de recuit. Le résultat est illustré à la figure 5.6.

En premier lieu, on aperçoit que le recuit thermique a permis une résorption des
pertes d’environ 50% tout en conservant en moyenne 65% de ∆nac pour les diffé-
rents types de fibre. À noter que la courbe des pertes pour la HI1060 non traitée
n’est pas illustrée, car elles étaient déjà négligeables avant le recuit thermique. Ce-
pendant, dans le cas des fibres photosensibilisées, elles semblent suivre la même
tendance : une diminution graduelle jusqu’à 350◦ C puis une stabilisation lorsqu’elles
deviennent presque nulles. La dégradation de la modulation d’indice se fait linéaire-
ment jusqu’à 350◦ où elle devient plus rapide pour la fibre non traitée et continue avec
le même taux pour les deux autres fibres. La différence d’évolution s’explique à partir
des mécanismes menant à la modification de l’indice. Comme cela a été expliqué à
la section 2.2, la photosensibilisation augmente considérablement la concentration
de centre Ge déficient en oxygène, principal moteur de l’augmentation de la photo-
sensibilité. Dans le cas de la fibre non traitée, cette responsabilité est partagée par
la densification du verre résultant de l’exposition aux impulsions femtoseconde. De
plus, il faut savoir que dans le verre de silice, les centres de couleur sont détruits à des
températures supérieures à 300 – 350◦ C. Conséquemment, le changement d’indice
résultant à la fois par la présence de centres de couleur et la densification du verre
dans la fibre non traitée n’est que la contribution de la densification du verre lorsque
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 84

Figure 5.6 – Fraction de la modulation d’indice ac (courbes pleines) et des pertes associées
restantes (courbes pointillées) en fonction de la température de recuit dans une fibre de
HI1060 non traitée (), hydrogénée (N) et deutérisée (). Chaque plateau de température a été
tenu pendant 30 minutes, puis le réseau a été refroidi à température pièce avant de prendre
la mesure. À noter, la courbe des pertes pour la HI1060 non traitée n’est pas illustrée, car les
pertes étaient négligeables avant le recuit thermique.
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 85

la température dépasse les 350◦ C. Ceci explique la résistance initiale à la diminution


de ∆nac alors que dans les autres échantillons, le ∆nac se dégrade à un taux qui leur
est propre à mesure que la température augmente. Finalement, le comportement de
la modulation d’indice décrite dans cette section est conséquente avec un réseau de
type I pour la fibre hydrogénée et de type IH pour les fibres photosensibilisées (c.f.
section 2.5).

5.5 Caractérisation du profil des filaments

À l’aide de la technique de réfractométrie en champ proche décrite à la section


4.2.2, les profils d’indice de la section transverse de la fibre avec et sans balayage ont
été caractérisés. L’objectif était de caractériser la géométrie de la zone de changement
d’indice laissée par le passage des filaments en fonction du temps d’exposition et
de l’énergie par impulsion. Des réseaux de 20 mm de longueur ont donc été inscrits
pour toutes les combinaisons de ces deux paramètres avec les valeurs suivantes : E =
200, 300, 400 µJ/impulsion et t = 5, 10, 15 min dans le cas avec balayage ou t = 1, 2 et 3
min dans le cas contraire. La fibre utilisée avait un diamètre de de 125 µm, était faite
de silice et dépourvue d’un coeur afin de voir clairement la forme du changement
d’indice. La lentille avait une focale de 25 mm et le masque, de pas variable (Λ = 744
nm, C = 1,2 nm/cm), était placé à 1,7 mm de la fibre.

Il est important de noter que la préparation des échantillons constitue une étape
critique dans ce genre de mesures. En effet, la surface clivée se doit d’être droite
et dénuée de toutes formes de contamination. Même l’isopropanol dont on se sert
habituellement pour nettoyer les fibres est à déconseiller. La meilleure façon de
procéder est de cliver la fibre directement dans le connecteur, car la seule action de
l’insérer risque de l’endommager et/ou de la contaminer. Pratiquement, cela requiert
de dégainer une bonne partie de la fibre ce qui la rend particulièrement fragile. De
plus, il faut porter une attention particulière à comment la fibre est introduite dans le
réfractomètre. En effet, il y a risque de l’accrocher en déposant le connecteur dans son
socle, mais aussi, et de façon plus importante, lorsqu’elle est lentement glissée vers
la fenêtre de mesure au bas de la cellule. Il faut y aller très doucement afin d’éviter
les collisions violentes pouvant endommager la surface de clive et/ou la fenêtre de la
cellule. Malgré la mise en place de toutes ces pratiques, certains échantillons n’ont
pas survécu à la mesure notamment ceux inscrits avec les couples de paramètres
suivants : E = 200 µJ/impulsion, t = 2 min, E = 300 µJ/impulsion, t = 1 min et E = 400
µJ/impulsion, t = 2 min dans le cas sans balayage, ainsi que E = 200 µJ/impulsion, t
= 15 min et E = 400 µJ/impulsion, t = 10 min dans le cas avec balayage.
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 86

La figure 5.7 montre la première série de mesures prises suite à l’exposition


d’impulsions de 200 µJ dans le cas sans balayage transverse.

Figure 5.7 – Mesures par réfractométrie en champ proche du profil d’indice des réseaux
inscrits sans balayage pour E = 200 µJ/impulsion et t = 1 et 3 minutes. Les longueurs L f et
largeurs l f sont les largeurs à mi-hauteurs des coupes longitudinales et transversales centrées
sur le point de plus haut indice déterminant ∆nmax . L’échelle de couleurs est valable pour
toutes les mesures. Paramètres d’inscription : λ = 400 nm, ∆τ = 122 fs, fl = 25 mm, Λ = 744
nm, C = 1, 2 nm/cm, fibre : silice sans coeur, d = 1, 7 mm, Lt = 20 mm

Premièrement, pour une même énergie, on constate qu’une augmentation du


temps d’exposition se traduit par une élévation concomitante de l’indice de réfraction
moyen dans la zone affectée. Ceci est conforme aux résultats obtenus précédemment
à la section 5.3. Ensuite, pour mesurer la géométrie des filaments, des coupes trans-
versales et longitudinales centrées sur le point d’indice le plus élevé ont été tracées.
Ce point défini la valeur de ∆nmax , la variation maximale de l’indice de réfraction dc,
qui n’est que la différence entre cette valeur et l’indice de la silice non affectée. La
distance à mi-hauteur des coupes a été le critère pour déterminer les longueurs L f
et largeurs, l f des filaments. Cependant, on remarque que celles-ci varient énormé-
ment d’une mesure à l’autre alors qu’elles devraient être semblables pour une même
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 87

énergie. Leur variabilité s’explique en partie en raison de la qualité inconsistante des


surfaces de clive et de l’angle de prise de mesure. En effet, dans le premier cas, le
processus de clive est soumis aux incertitudes reliées à la manipulation de la fibre,
mais aussi aux stress internes induits par l’inscription. Ainsi, des variations dans la
planéité de la surface ou la présence de défauts modifient la mesure et peuvent en in-
fluencer les dimensions mesurées des filaments en les surestimant. Dans le deuxième
cas, puisque la résolution longitudinale est moins élevée que la résolution latérale, un
angle dans l’orientation des filaments par rapport aux axes de mesures peut fausser
la valeur de leurs largeurs en la sous-estimant par manque de points. C’est pourquoi
il est préférable d’aligner le filament avec les axes de mesures pour en maximiser le
nombre. Quoi qu’il en soit, en prenant la moyenne, on trouve une longueur de 41 µm
et une largeur de 2 µm. La constance dans la largeur de la zone affectée tout au long
de la propagation tend à confirmer la nature filamentaire du processus.

La figure 5.8 montre la deuxième série de mesures suite à l’exposition d’impul-


sions de 300 µJ dans le cas sans balayage.

De nouveau, un temps d’exposition plus long résulte en un indice moyen plus


élevé. La longueur des filaments est sensiblement la même (moyenne de 40,6 µm),
mais la largeur est plus élevée à 3,2 µm en moyenne. Cependant, nous notons ici
la présence de refocalisation pour l’échantillon exposé pendant t = 2 min ce qui ne
semblait pas le cas auparavant. En effet, si c’est moins évident d’observer les échan-
tillons inscrits à E = 200 µJ/impulsion semblent formés d’un long trait continu. En
comparaison, on retrouve le même comportement de refocalisation pour l’échantillon
exposé pendant 1 min à des impulsions de 400 µJ en énergie dont la mesure de profil
d’indice est présentée à la figure 5.9. Ceci indique qu’il est possible que dans tous
les cas, la refocalisation soit présente, mais que nous n’en mesurons l’effet que pour
les échantillons exposés pour de courts laps de temps. Pour ceux dont l’exposition
a été plus longue, il pourrait y avoir eu un effet de moyennage dû au nombre plus
important d’impulsions par unité de volume ce qui pourrait donner l’impression
d’un filament sans noeuds. Évidemment, il faudrait vérifier cette hypothèse pour la
confirmer ce qui n’a pas été fait par manque de temps.

Pour continuer l’analyse des échantillons inscrits avec une énergie de 400 µJ/impulsion,
on observe toujours la même tendance, soit une élévation de l’indice moyen par rap-
port aux énergies inférieures et à l’intérieur même de la série par rapport au temps
d’exposition. Pour cette série, la longueur des filaments tend à augmenter alors que
la largeur diminue ce qui est partiellement en contradiction avec la série précédente.

En fait, il semblerait que les dimensions physiques des filaments, soit la largeur
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 88

Figure 5.8 – Mesures par réfractométrie en champ proche du profil d’indice des réseaux
inscrits sans balayage pour E = 300 µJ/impulsion et t = 2 et 3 minutes. Paramètres d’inscription :
λ = 400 nm, ∆τ = 122 fs, fl = 25 mm, Λ = 744 nm, C = 1, 2 nm/cm, fibre : silice sans coeur,
d = 1, 7 mm, Lt = 20 mm
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 89

Figure 5.9 – Mesures par réfractométrie en champ proche du profil d’indice des réseaux
inscrits sans balayage pour E = 400 µJ/impulsion et t = 1 et 3 minutes. Paramètres d’inscription :
λ = 400 nm, ∆τ = 122 fs, fl = 25 mm, Λ = 744 nm, C = 1, 2 nm/cm, fibre : silice sans coeur,
d = 1, 7 mm, Lt = 20 mm
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 90

et la longueur, ne varient pas de façon cohérente ou coercible en fonction du temps


d’exposition et de l’énergie par impulsion. Heureusement, pour la modulation d’in-
dice, la situation est un peu différente, car elle semble vouloir augmenter avec ces
deux paramètres même si la tendance n’est pas toujours observée.

Une chose est cependant claire, dans tous les échantillons mesurés, les filaments
étaient simples contrairement à ce qui a été rapporté à 800 nm où la présence de mul-
tifilamentation est indéniable [110]. Or, il semble que ce comportement ne serait pas
attribuable en priorité à l’énergie des photons, mais bien aux conditions de focalisa-
tion. En effet, comme il a été discuté à la section 2.4.2, la focale de la lentille influence
grandement le comportement de la filamentation. Dans [110], la focale utilisée était
de 112 mm, alors que dans notre cas, elle était de 25 mm. Si l’on se rapporte à la
figure 2.10, on remarque que pour cette situation, les processus pouvant mener au
changement d’indice sont le claquage optique et la filamentation simple. Même si le
graphique ne se rend pas jusqu’à 112 mm, on peut facilement inférer, par la forme
du domaine définissant la zone où le claquage optique et la multifilamentation sont
prépondérants, que ce sont ces mécanismes qui expliquent le changement d’indice
dans ces conditions de focalisation. Ainsi, comme notre objectif est d’inscrire une
modification uniforme de l’indice de réfraction, le schéma de focalisation à courtes
focales semble à privilégier. C’est d’autant plus vrai lorqu’on compare la longueur de
filaments. En utilisant une lentille de 112 mm de focale à 800 nm, Bernier et al. [110]
ont mesuré des filaments d’une longueur moyenne de 100 µm. Dans nos conditions
expérimentales, nous mesurons plutôt une moyenne de 40 µm. Pratiquement, ceci a
l’avantage de localiser le filament à l’intérieur de la fibre afin qu’il n’en endommage
pas la surface, ce qui réduit les risques d’affaiblissement de la fibre. Toutefois, même
si le filament est totalement inclus à l’intérieur de la fibre, il reste que l’exposition
au faisceau femtoseconde en affaiblit significativement la résistance mécanique. Mal-
heureusement, aucuns tests quantitatifs n’ont été réalisés en ce sens dans le cadre de
ces travaux. Cependant, je peux tout de même affirmer que j’ai vérifier de manière
qualitative en accrochant un certain poids à une fibre non exposée et exposée, puis
observer, dans le second cas, que le réseau se rompait de façon systématique.

Une expérience similaire a ensuite été réalisée, mais cette fois-ci avec un balayage
du coeur par l’actuateur piézoélectrique à une fréquence de 20 Hz et une amplitude
de balayage de 12,1 µm. Autrement, l’inscription s’est fait exactement dans les mêmes
conditions expérimentales sauf pour le temps d’exposition qui a été ajustée à 5, 10
et 15 minutes afin d’avoir une amplitude de changement d’indice équivalente au cas
sans balayage.

La figure 5.10 montre le profil d’indice pour les deux premières durées d’exposi-
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 91

tion avec des impulsions de 200 µJ.

Figure 5.10 – Mesures par réfractométrie en champ proche du profil d’indice des réseaux
inscrits avec balayage pour E = 200 µJ/impulsion et t = 5 et 10 minutes. Paramètres d’inscription :
λ = 400 nm, ∆τ = 122 fs, fl = 25 mm, f = 20 Hz, a = 12, 1 µm, Λ = 744 nm, C = 1, 2 nm/cm,
fibre : silice sans coeur, d = 1, 7 mm, Lt = 20 mm

Ce résultat est a priori étonnant puisqu’avec le profil triangulaire suivi par le


piézo, nous nous attendions à une zone de changement d’indice uniforme. Or, ce
n’est pas le cas puisque la trace laissée par l’inscription est davantage caractéristique
d’un balayage par une onde sinusoïdale. De plus, la forme de la zone affectée semble
convergente alors qu’elle devrait être parfaitement rectangulaire. Ceci n’est pas dû
à la focalisation du faisceau d’inscription, mais à l’effet dioptrique de la fibre. À la
section 5.6, une analyse détaillée des paramètres menant à l’uniformité du profil sera
présentée afin d’expliquer ces phénomènes et leurs conséquences. Entre temps, nous
remarquons que la modulation d’indice maximale reste du même ordre que celle
pour les mesures de filament simple à énergie analogue. La longueur quant à elle
est un peu plus élevée. Difficile à dire si cela est réel ou attribuable à la qualité de
la mesure. Par contre, on voit très clairement l’effet du balayage sur la largeur de la
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 92

zone de changement d’indice. En effet, elle s’établit à environ 11,37 µm pour cette
série de mesures.

En augmentant l’énergie des impulsions à 300 µJ, les profils d’indice des réseaux
inscrits avec balayage pour les trois durées d’exposition considérées ont été tracés à
la figure 5.11.

Encore une fois, on obtient la même forme de profil causée par la réponse si-
nusoïdale du piézoélectrique qui balaie la région où se situe normalement le coeur.
La longueur des filaments est par contre beaucoup plus faible à environ 31,5 µm.
De plus, comme ce fut le cas pour les filaments simples, leur largeur est légèrement
plus élevée à 11,9 µm. Par ailleurs, la variation d’indice maximale croit toujours en
fonction du temps d’exposition et sa valeur moyenne est supérieure aux échantillons
inscrits avec des impulsions de 200 µJ.

La dernière série de réseaux a été inscrite avec des impulsions de 400 µJ. La figure
5.12 montre leurs profils d’indice pour des temps d’exposition de 5 et 15 minutes.

On remarque premièrement dans la partie gauche de la première mesure (t = 5


min) une zone où l’indice augmente fortement. Ceci n’est pas dû à l’inscription, mais
à un problème de clive. Conséquemment, la longueur mesurée est probablement
sous-estimée. Sinon, celle de l’échantillon exposé durant 15 minutes est comparable
aux autres mesures. Également, c’est dans ces conditions que nous retrouvons la
variation d’indice la plus élevée à 2, 48 × 10−3 . On peut aussi dégager un paramètre
important en prenant la valeur moyenne des largeurs des profils d’indice inscrits
avec balayage, soit le facteur de conversion entre l’amplitude du piézoélectrique en
volt et l’amplitude de déplacement réel en µm. Pour cette série de mesures, nous
avions une amplitude électrique de A = 3 V et une largeur moyenne de 12,11 µm.
Par conséquent, le facteur de conversion est égal à 4,04 µm/V.

5.6 Uniformité des profils

Dans la section précédente, les profils d’indice de réseaux inscrits avec balayage
pour des énergies par impulsion de 200, 300 et 400 µJ ont été mesurés grâce à la
technique de réfractométrie en champ proche. Pour tous ces échantillons, la fréquence
de balayage était de 20 Hz et comme nous avons remarqué, la forme de la zone de
changement d’indice n’était pas uniforme. Comme nous le verrons dans cette section,
ceci s’explique par le fait que le mouvement du piézoélectrique de notre montage
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 93

Figure 5.11 – Mesures par réfractométrie en champ proche du profil d’indice des réseaux
inscrits avec balayage pour E = 300 µJ/impulsion et t = 5, 10 et 15 minutes. Paramètres
d’inscription : λ = 400 nm, ∆τ = 122 fs, fl = 25 mm, f = 20 Hz, a = 12, 1 µm, Λ = 744 nm,
C = 1, 2 nm/cm, fibre : silice sans coeur, d = 1, 7 mm, Lt = 20 mm
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 94

Figure 5.12 – Mesures par réfractométrie en champ proche du profil d’indice des réseaux
inscrits avec balayage pour E = 400 µJ/impulsion et t = 5 et 15 minutes. Dans le graphique du
haut, on remarque un artéfact de mesure conséquence d’un problème de clive. Ceci diminue
évidemment la qualité de la mesure. Paramètres d’inscription : λ = 400 nm, ∆τ = 122 fs, fl = 25
mm, f = 20 Hz, a = 12, 1 µm, Λ = 744 nm, C = 1, 2 nm/cm, fibre : silice sans coeur, d = 1, 7
mm, Lt = 20 mm
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 95

s’approche de la forme sinusoïdale à haute fréquence. Initialement, nous avions


supposé que ça ne serait pas le cas, car des tests préliminaires laissaient croire que
la fréquence de balayage n’influençait pas la force du réseau. Par conséquent, nous
avions choisi la fréquence de 20 Hz qui nous semblait assez élevée pour éviter les
problèmes de distorsion du schéma d’exposition causée par le mouvement de la
platine (figure 5.13a). Or, contrairement au but visé, cela aura eu comme effet de
diminuer l’uniformité du profil est raison du temps de réponse limite du système
piézoélectrique (figure 5.13c). Il fallait donc trouver une fréquence de balayage plus
faible afin de rester dans les limites techniques du montage, mais assez rapide pour
assurer l’uniformité du profil d’écriture à la vitesse de la platine désirée (figure 5.13b).

Cette uniformité est contrôlée par six paramètres : la forme, la fréquence ( f en Hz)
et l’amplitude totale de balayage (a en µm) de l’onde suivie par le piézoélectrique,
la vitesse de déplacement du faisceau le long de la fibre (v en mm/min) le rayon
de la fibre (r en µm) et le taux de répétition laser ( flaser en Hz). Comme mentionné
auparavant, ce taux de répétition est de 1 kHz et ne peut être modifié facilement.
Quant à la forme de l’onde suivie par le piézoélectrique, il est évident que cette
dernière doit être de forme triangulaire afin d’uniformiser l’exposition cumulée. Des
paramètres restants, la fréquence, l’amplitude de balayage et la vitesse du faisceau se
réfèrent à l’aspect mécanique du système, traité à la section 5.6.1, tandis que le rayon
du coeur se réfère à l’aspect optique, traité à la section 5.6.2. Dans chacun des cas,
une routine de simulation a été développée pour étudier l’effet de ces paramètres sur
l’uniformité du profil. Une brève explication de leur fonctionnement sera d’abord
présentée suivi d’une analyse des résultats de simulation afin de déterminer les
critères expérimentaux garantissant l’uniformité de la zone de changement d’indice.

5.6.1 Aspects mécaniques

Nous débutons notre analyse avec les aspects mécaniques de système, c-.à-d.
tout ce qui a trait au mouvement du faisceau le long de la fibre et de l’actuateur
piézoélectrique. Plus spécifiquement, nous nous attarderons à un certain nombre de
sous-problèmes, dont la synchronisation entre la fréquence de balayage et le taux de
répétition laser, le rapport entre la fréquence de balayage et la vitesse de déplacement
du faisceau le long de la fibre, le nombre de cycles complétés et les conditions de
respect de la réponse triangulaire du piézoélectrique.

Afin d’étudier ces phénomènes, une routine de simulation a été développée (voir
annexe A et figure 5.14a). Le principe derrière celle-ci est le suivant. Après avoir
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 96

Figure 5.13 – (a) Une onde triangulaire est suivie par le piézoélectrique, mais la fréquence
de balayage est trop faible ou la vitesse de déplacement est trop élevée. Le résultat est une
distorsion du profil d’écriture le long de la fibre. (b) Le piézoélectrique suit la même onde
triangulaire, mais cette fois-ci la fréquence de balayage est élevée ou la vitesse déplacement
est faible. Le faisceau se recoupe suffisamment pour avoir un profil d’écriture uniforme.
(c) Si l’onde suivie par le piézoélectrique est sinusoïdale (parce qu’il n’est plus capable de
suivre l’onde triangulaire par exemple), le faisceau passe plus de temps aux extrémités qu’au
centre. Le profil d’indice résultant n’est plus uniforme. Dans les deux derniers cas, la longueur
schématique des filaments a été réduite par souci de clarté.
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 97

généré l’onde triangulaire d’amplitude a/2 et de fréquence f déterminant le mouve-


ment de balayage, et le vecteur position d’un mouvement à vitesse constante (pour le
déplacement le long de la fibre), un faisceau gaussien est imprimé à la position (xi , yi )
au temps ti . Sa demi-largeur, w = 2 µm, et sa demi-longueur, W = 2 mm (figure 5.14b),
ont été estimées à partir des résultats expérimentaux. L’échelle du temps s’étend de
0 à L/v secondes où L est la longueur de déplacement du faisceau le long de la fibre.
Le pas temporel est donné par l’inverse de la fréquence du laser, ici 1/ flaser = 1 × 10−3
s. Le rayon de la fibre r détermine le nombre de points dans la direction transverse
(résolution de 0,4 µm/pixel) tandis que la demi-longueur du faisceau et la longueur
de déplacement déterminent celle dans l’axe de la fibre (résolution de 9,6 µm/pixel).
En intégrant sur tout le domaine temporel, la forme du profil d’indice dans le plan
perpendiculaire au faisceau d’inscription est obtenue. Ainsi, en variant les différents
paramètres, il est possible de déterminer des balises à respecter quant aux valeurs
qui assurent l’uniformité du profil d’écriture.

Le premier phénomène étudié sera celui de la synchronisation entre la fréquence


de balayage et le taux de répétition laser.

Figure 5.14 – Schéma de simulation pour l’étude de l’aspect mécanique de l’uniformité du


profil d’indice. La position selon y contrôlée par le mouvement de balayage du piézoélectrique
est déterminé à partir de l’amplitude totale de balayage, a, et la fréquence de balayage, f .
La position selon x est contrôlée par le mouvement de la platine qui déplace le faisceau à
vitesse constante v le long de la fibre. En combinant ces deux positions à chaque temps ti , on
vient imprimer un faisceau de longueur 2W et de largeur 2w à la position (xi , yi ). En refaisant
la procédure pour tous les temps ti compris entre 0 et L/v secondes, on reconstruit le profil
d’écriture sur le plan de simulation (celui coupant la fibre en deux sections dans la direction
de l’axe y.
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 98

Synchronisation entre la fréquence de balayage et le taux de répétition laser Bien


que plus haut nous avons mentionné que le taux de répétition laser est fixé à 1 kHz,
dans notre cas, il faut tout de même inclure l’effet de ce paramètre, car il peut mener
à des problèmes de synchronisation avec la fréquence de balayage. Lorsque cela se
produit, le profil devient sous forme de bandes (voir figure 5.15).

Figure 5.15 – Phénomène de synchronisation entre la fréquence de balayage et le taux de


répétition laser causant la formation de bandes. La distance entre deux bandes est de 2a/ms
où ms est un entier respectant l’égalité fs = flaser /ms avec fs qui représente les fréquences de
balayage synchronisant avec le taux de répétition du laser. Si la distance entre deux plans
diminue, il vient un moment où les bandes deviennent indiscernables et le profil peut être
considéré comme uniforme.

La figure 5.16 montre le résultat de simulations obtenues pour plusieurs fré-


quences de balayage avec l’amplitude maximale de déplacement (a = 56, 6 µm).
Notons que le rapport f /v = 1 pour cette simulation. Le choix de cette valeur sera
justifié dans la sous-section suivante. Pour l’instant, il suffit de savoir que ce couple
de paramètres assure une uniformité du profil en situation normale, c.-à-d. lorsque
n’y a pas de synchronisation entre la fréquence de balayage et celle du laser.

Nous constatons que la synchronisation détruit l’uniformité du profil en créant


des bandes de changement d’indice. Leur présence s’explique par le fait que le délai
entre chaque impulsion est tel que le faisceau se superpose à quelques endroits
sur la fibre. L’espacement entre les bandes est entre autre fonction de la fréquence
et de l’amplitude de balayage du piézoélectrique. Plus ces variables sont élevées,
plus l’espacement sera grand et par conséquent l’uniformité faible. D’autre part,
leur largeur dans la direction transverse est contrôlée par le paramètre w. Plus ce
paramètre est faible, par exemple en utilisant une lentille à focale très courte, moins
le recouvrement entre les différentes bandes sera important. Pour les besoin de cette
simulation, nous utilisons la valeur w = 2 µm qui est une valeur typique pour la
lentille de focale fl = 25 mm utilisé pour l’expérience.

Nous définissons la fréquence critique de synchronisation (FCS) comme étant


la fréquence la plus élevée pour laquelle la synchronisation entre la fréquence de
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 99

Figure 5.16 – Profils d’indice démontrant le problème de synchronisation pour différentes


valeurs de f avec une amplitude de balayage maximal (a = 56, 6 µm). Paramètres de calcul : W
= 2 mm, w = 2 µm, L = 20 mm, f /v = 1, a = 56,6 µm

balayage et celle du laser ne forment plus de bandes distinctes. Dans notre exemple,
la FCS est de 30 Hz. Ceci représente une borne supérieure absolue puisque nous
nous situons dans un cas extrême, l’amplitude de balayage étant maximale. De façon
générale, la synchronisation laser peut se faire à des fréquences fs = flaser /ms où
ms = 1, 1,5, 2, 2,5, 3, . . .. Lorsque ms est élevée, les bandes deviennent tellement
rapprochées qu’il n’est plus possible de les distinguer et on considère alors le profil
comme uniforme.

Le tableau 5.1 liste quelques valeurs de la FCS et l’amplitude de balayage a associé


lorsque w = 2 µm (typique).

a (µm) 4,04 12,1 20,2 28,3 56,6


FCS (Hz) 400 153 86 64 30
ms 2,5 6,5 11,5 15,5 33

Table 5.1 – Fréquences critiques de synchronisation pour quelques valeurs de a lorsque w =


2 µm (typique).

Nous le verrons dans la prochaine section, mais il est inutile que la fréquence
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 100

de balayage ne dépasse 1 Hz. Par conséquent, même dans le cas extrême où a est
maximal, le phénomène de synchronisation ne devrait pas être observé.

Rapport f /v Sans le mentionner explicitement en introduction de section lorsque


les figure 5.13a et b ont été présentées, le rapport f /v est probablement le paramètre
le plus important en ce qui concerne l’uniformité du profil. En effet, il est facilement
concevable qu’un déplacement trop rapide du faisceau le long de la fibre par rapport
à la vitesse de balayage se traduise par la formation d’un schéma d’exposition distor-
sionné le long de la fibre. Pour éviter la situation, il est donc nécessaire de respecter
un certain rapport f /v.

En utilisant le même outil de simulation, les profils d’inscription pour différents


rapports f /v ont été calculés (figure 5.17).

Figure 5.17 – Profils d’indice simulés pour différents rapports f /v. En deçà de f /v = 0, 01, le
profil commence à se déformer. Par mesure de sécurité, nous préférons utilisé f /v = 1 comme
condition typique d’écriture. Paramètres de calcul : W = 2 mm, w = 2 µm, L = 20 mm, a = 12,1
µm

Nous constatons que le profil reste uniforme lorsque f /v > 0, 01. Pour f /v = 0, 009
la zone affectée se déforme légèrement pour finalement ressembler à un sinus lorsque
f /v = 0, 001. À noter que ce rapport est valide pour une certaine longueur de faisceau
le long de la fibre. Si cette longueur diminue, alors le critère se resserre légèrement.
Or, c’est la distance fibre-masque d qui détermine la valeur de W. Puisque que pour
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 101

avoir une bonne modulation d’indice ac, il faut que d ≈ 2 − 3 mm, nous avons que
2W ≈ 3, 5 − 4, 5 mm. En choisissant, W = 2 mm, la valeur moyenne, on trouve le
rapport f /v trouvé ci haut que l’on peut considéré comme valide dans la majorité des
conditions typiques d’écriture. Par mesure de sécurité, on préfère toutefois utiliser
un rapport un peu plus conservateur de f /v = 1.

Nombre de cycles Autre facteur à considérer dans l’analyse de l’uniformité du


profil est le nombre de cycles de balayage complétés durant l’exposition qui est
donné par :
f
nc = f · t = 60 × L, (5.6.1)
v
où t est le temps d’exposition en secondes. À noter que la deuxième égalité n’est valide
que lorsqu’il y a translation du faisceau le long de la fibre lors de l’inscription. En
situation d’écriture stationnaire, on utilise plutôt la première relation. Bien entendu,
si ce nombre n’est pas entier, on peut penser que la dose reçue par le matériau ne
sera pas symétrique par rapport à l’axe y. Ceci entraînera une déformation du profil
d’écriture. Or, de la même façon, on peut faire l’hypothèse qu’une fraction de cycle
non complété aura un effet négligeable si le nombre de ceux complétés est grand. En
effet, la petite dose énergétique supplémentaire ne sera pas suffisante pour modifier
significativement le profil d’écriture. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la
figure 5.18 qui montre les profils d’indice simulés pour plusieurs valeurs de nc non
entiers. Premièrement, on voit que pour des valeurs nc < 20, la non complétion d’un
cycle à un effet très visible, mais dès que ce nombre dépasse la vingtaine il le devient
beaucoup moins.

Par conséquent, on peut affirmer que pour assurer l’uniformité du profil, il est
préférable que nc > 20. À titre d’exemple, pour un rapport f /v = 1, cela implique que
la longueur minimale d’écriture doive être de L = 0, 33 mm. Puisqu’il est coutume
d’écrire sur quelques millimètres, ce n’est pas un problème. Par contre, si l’on choisit
plutôt f /v = 0, 1, il faut faire attention car dans cette situation, il faut L > 3, 33 mm.

Réponse triangulaire du piézoélectrique Toutes les simulations présentées pré-


cédemment supposent que la réponse du piézoélectrique suit parfaitement l’onde
triangulaire envoyée par l’ordinateur. Or, l’inertie de la lentille peut modifier cette
réponse en la transformant en réponse sinusoïdale lorsque la fréquence devient éle-
vée. Ceci est particulièrement vrai si le contrôleur n’est pas en mesure de fournir
une puissance suffisante. La tension réelle fournie au piézo Ar , qui proportionnelle
au balayage total a, a été mesurée afin de vérifier si la progression de la position
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 102

Figure 5.18 – Profils d’indice simulés pour quelques valeurs de nombre de cycles non entiers.
Pour n < 20, le profil est déformé. Paramètres de calcul : W = 2 mm, w = 2 µm, L = 0 mm, v =
0 mm/min, f = 1 Hz, a = 12,1 µm, t = nc sec

du faisceau suivait bien une trajectoire triangulaire. Rappelons que la distance de


balayage est contrôlée par l’amplitude en volt de l’onde envoyée au piézoélectrique,
c.-à.d. le paramètre A. Puisqu’il est plus facile de comparer des volts avec des volts,
nous l’utiliserons plutôt que a pour l’analyse. Pour ceux qui voudraient convertir en
µm, il suffit de multiplier cette valeur par 4,04.

La figure 5.19 montre le résultat pour une amplitude de balayage (A = 6 V).

Pour des fibres possédant un coeur de diamètre plus élevé, il faudra ajuster le
paramètre A à la hausse. Il fallait donc déterminer si le comportement du piézoélec-
trique était toujours similaire pour des amplitudes de balayage plus élevées. Tout
d’abord, en reprenant des mesures de tensions aux bornes du piézoélectrique oscil-
lant à 1 Hz, mais pour plusieurs valeurs de A, il a été déterminé que le maximum que
peut fournir le contrôleur est A = 14 V. Au-delà de cette valeur, le signal sature et
ne suit plus le profil de l’onde triangulaire. Une étude fréquentielle similaire à celle
réalisée auparavant nous confirme qu’encore une fois, au-delà de 1 Hz, la puissance
fournie devient insuffisante et l’onde triangulaire se transforme progressivement en
onde sinusoïdale à mesure que la fréquence de balayage augmente (figure 5.20).

En guise de comparaison, les mêmes mesures ont été refaites sur le contrôleur (PI,
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 103

Figure 5.19 – Tension réelle fournie au piézo par le contrôleur de notre montage (PI,
E500K012) pour plusieurs fréquences de balayage. L’amplitude de mouvement est de A = 6
V. Le profil triangulaire n’est pas suivi pour une fréquence plus grande que 1 Hz.

Figure 5.20 – Tension réelle fournie au piézo par le contrôleur de notre montage (PI,
E500K012) pour plusieurs fréquences de balayage. L’amplitude de mouvement est de A = 14
V. C’est la valeur maximale pouvant être fournie par le contrôleur. Encore une fois, le profil
triangulaire n’est pas suivi pour une fréquence plus grande que 1 Hz.
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 104

E-500K) du montage d’écriture à 800 nm avec un paramètre A = 3 V. Le résultat peut


être aperçu à la figure 5.21. Nous constatons que la forme de l’onde triangulaire est
conservée jusqu’à 30 Hz ce qui explique pourquoi les réseaux écrits sur ce montage
étaient uniformes à 20 Hz. Il n’est pas surprenant d’obtenir un tel résultat. En effet,
les deux contrôleurs possèdent environ la même puissance, mais le second n’a qu’un
axe d’oscillation possible contre six sur le nôtre. Toute la puissance disponible sert à
actionner cet unique axe. Il est donc évident que le piézoélectrique pourra soutenir
des fréquences plus élevées. En revanche, un nombre plus élevé d’axes d’oscillations
augmente la versatilité du montage. Par exemple, il est possible de placer un second
piézoélectrique sous le masque de phase pour lui ajouter la fonction d’apodisation
ce qui sera requis pour peaufiner les caractéristiques spectrales des réseaux de Bragg
inscrits.

Figure 5.21 – Tension réelle fournie au piézo par le contrôleur du montage d’écriture à 800
nm (PI, E-500K) pour plusieurs fréquences de balayage. L’amplitude de mouvement est de
A = 6 V. Le profil triangulaire suivi jusqu’à une fréquence de 30 Hz. Ceci explique pourquoi
les réseaux écrits sur ce montage à 20 Hz étaient uniformes.

Confirmation expérimentale Afin de valider les résultats de simulation, des ré-


seaux ont été inscrits dans une fibre de silice sans coeur à différentes fréquences de
balayage (voir figure 5.22).

À f = 20 Hz, nous apercevons clairement les deux bandes distinctes caractéris-


tiques d’un mouvement sinusoïdale du piézoélectrique. À f = 5 Hz, le profil est déjà
beaucoup plus uniforme, mais il reste tout de même quelques traces des bandes. À
f = 1 Hz, le profil devient complètement uniforme. Le rapport f /v dans ce cas est
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 105

Figure 5.22 – Profils d’indice de réseaux inscrits dans de la fibre de silice sans coeur mesurés
par réfractométrie en champ proche pour différentes fréquences de balayage. Paramètres
d’écriture : Λ = 1072, 1 nm, C = 0, E = 300 µJ/impulsion, ∆τ = 122 fs, fl = 25 mm, d = 1, 70
mm, Lt = 5 mm, v = 0, 5 mm/min, a = 12, 1 µm.
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 106

de 2 ce qui respecte le critère énoncé plus haut. À noter, que la présence d’une zone
plus foncée dans le cas f = 0, 1 Hz s’explique par la présence d’un contaminant sur
la surface de clive.

Nous pouvons donc conclure qu’une fréquence de balayage de 1 Hz ou moins est


nécessaire pour assurer une uniformité du profil d’indice.

Résumé des conditions mécaniques pour assurer l’uniformité du profil d’indice


Dans cette section, nous voulons résumer les différentes conditions mécaniques né-
cessaires à l’uniformité du profil d’indice. Celles-ci sont :
– le respect d’un rapport f /v > 0, 01 (légèrement plus sévère si W < 2 mm) ;
– que la fréquence de l’onde triangulaire actionnant le piézoélectrique ne dépasse
pas 1 Hz ;
– de ne pas sélectionner une fréquence inférieure à la fréquence critique de syn-
chronisation (FCS) (toujours le cas si les deux premières conditions sont rem-
plies) ;
– de s’assurer que le nombre de passages n est supérieur à 20 (généralement le
cas lorsque f /v = 1, mais si ce rapport diminue, il faut vérifier).
Ces conditions peuvent sembler sévères, mais en réalité, pour les paramètres typiques
d’écriture, elles sont toutes respectées. Il faut seulement être conscient des limites si
l’on s’en éloigne.

5.6.2 Aspect optique

À la section précédente, nous avons négligé l’effet réfractif de la face courbée


de la fibre afin de simplifier l’analyse. Or, en pratique, la présence de ce dioptre
peut modifier fortement le schéma d’écriture lorsque l’angle d’entrée du faisceau
d’inscription est élevé, c.-à-d. lorsqu’il se situe près des bords de la fibre.

À titre d’exemple, considérons la figure 5.23 qui présente une mesure de profil
d’indice par réfractométrie en champ proche d’un réseau écrit dans une fibre de silice
sans coeur avec une grande amplitude de balayage a = 48, 5 µm.

Près de l’équateur, la zone est uniforme et rectangulaire. Par contre, dans les
régions plus éloignées, la zone de changement d’indice se courbe significativement
et sa valeur devient plus élevée. Nous émettons initialement l’hypothèse que ce
phénomène s’explique par la réfraction du dioptre. Pour la vérifier, une routine
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 107

Figure 5.23 – Profil d’indice par réfractométrie en champ proche d’un réseau inscrit dans
une fibre de silice sans coeur. L’amplitude de balayage élevée (a = 48, 5 µm) induit des effets
de bords qui courbent la zone de changement d’indice. Paramètres d’écriture : Λ = 744, 3 nm,
C = 0, E = 350 µJ/impulsion ∆τ = 122 fs, fl = 25 mm, d = 2, 0 mm, Lt = 20 mm, v = 0, 33
mm/min, f = 1 Hz.

basée sur des considérations géométriques et la loi de la réfraction a été codée (voir
annexe B et figure 5.24).

Le principe est le suivant. Les caractéristiques du dioptre sont définies par le


rayon de la fibre. Ensuite, la position d’entrée du faisceau est déterminée par une
onde triangulaire d’amplitude égale à a/2. En première approximation, on considère
qu’il entre parallèlement à l’axe équatorial. Les lois de la réfraction sont ensuite
appliquées sur le rayon incident, puis on le laisse se propager dans la fibre sur une
distance égale à son rayon. Un filament de longueur moyenne de 20 µm et de largeur
de 2µm de forme gaussienne centré sur la position finale est finalement imprimé. La
procédure est répétée pour les 1000 impulsions laser constituant un cycle de balayage.
Encore une fois, l’intégration sur tout le domaine temporel donne la forme du profil
d’indice, mais cette fois-ci dans le plan parallèle au faisceau d’inscription.

La figure 5.25 montre le résultat d’une telle simulation pour différentes amplitudes
de balayage avec une fibre de 125 µm de diamètre. Le paramètre a = 12, 1 µm est
celui généralement utilisé pour l’écriture de réseaux pour cette dimension de fibre.
On constate que bien que légèrement courbée, la zone de changement d’indice est
uniforme. Il en va de même lorsque a = 24, 2 µm même si la déformation devient
plus importante. À l’autre extrême, pour a = 48, 4 µm, la déformation devient non
négligeable et l’uniformité du changement d’indice est affectée. En comparant au
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 108

Figure 5.24 – Schéma de simulation pour l’étude de l’aspect optique de l’uniformité du profil
d’indice. Soit une fibre de rayon r et d’indice n. En première approximation, on considère
que le faisceau incident arrive parallèlement à l’axe x et sa position sur l’axe y est donnée par
les paramètres a et f en fonction du temps via une onde triangulaire. Au point d’incidence,
l’angle entre le faisceau et la normale en ce point est calculé. La loi de Snell-Descartes pour la
réfraction est ensuite appliquée. On assume ensuite que le faisceau se propage dans la fibre
sur une distance égale au rayon de celle-ci. Finalement, un filament de longueur 2W et de
la largeur 2w (figure 5.24b) est imprimé à la position (xi , yi ) selon l’orientation du faisceau
incident à cette position. En répétant le processus pour chaque temps ti et en additionnant le
tout, on reconstruit le profil d’écriture.
Chapitre 5. Optimisation de l’écriture à 1µm dans une fibre de silice 109

résultat expérimental de la figure 5.23, il est possible de déceler plusieurs similarités.


Premièrement, la forme en croissant de lune est presque identique dans les deux cas.
Également, l’exposition au niveau des extrémités du croissant a été plus grande. La
seule différence est que dans la mesure expérimentale, seules les extrémités ont été
plus exposées alors qu’en simulation la partie centrale l’est également. Il est possible
que l’absorption de la fibre ait diminué la puissance incidente à cet endroit puisque
la distance de propagation y était plus importante. Cependant, cette hypothèse n’a
pas été vérifiée dans le cadre de ces travaux. Quoi qu’il en soit, les similitudes sont
suffisamment claires pour affirmer que la réfraction à l’interface courbe d’une fibre
pose une limite sur l’étendue maximale de la zone de changement d’indice si on veut
la garder uniforme.

Figure 5.25 – Profil d’indice simulé pour des amplitudes totales de balayage de a = 12,1, 24,2
et 48,4 µm respectivement. Pour le cas extrême, la forme en croissant de lune est très similaire
à celle obtenue expérimentalement (voir figure 5.23).

Pour redresser le profil, il faudrait une monture de lentille qui ajuste l’angle d’en-
trée du faisceau d’inscription en fonction de la position de balayage. Chaque couple
lentille-fibre demanderait une dynamique particulière. En somme, cette compensa-
tion représenterait un défi en soi tant au niveau de la conception que de l’implé-
mentation. Par conséquent, nous considérons que pour s’assurer d’une uniformité
d’un point de vue optique, il ne faut pas dépasser une amplitude de balayage de
a = 24, 2 µm pour une fibre de 125 µm de diamètre ou plus généralement un rapport
des paramètres expérimentaux A/r de 0,1.
Chapitre 6

Réseaux à pas courts pour le visible

Un des objectifs de ce mémoire était de tirer avantage de la longueur d’onde


d’écriture de 400 nm pour inscrire des réseaux à pas courts opérant dans la plage
spectrale du visible (400 – 700 nm). L’intérêt principal de ces FBG dans le contexte
des travaux réalisés sont le développement éventuel d’une cavité laser dopée Tm :
ZBLAN émettant dans le bleu à 480 nm [111, 112, 113]. Malheureusement, même à
400 nm, il n’est pas possible d’obtenir un réseau de premier ordre. En effet, selon
l’Éq. (3.5.2), il faudrait une période de masque de l’ordre de Λ ≈ 320 nm. Pour cette
raison, nous utilisons le deuxième ordre du réseau (N = 2).

Pour atteindre la longueur d’onde de Bragg cible de 480 nm nous avons procédé
en deux étapes itératives. Premièrement, nous avons fait un premier test avec un
FBG réfléchissant au deuxième ordre à 542 nm avec un masque déjà disponible, puis
nous en avons fait fabriquer un second pour atteindre 480 nm. Dans cette section, les
résultats d’écriture de ces deux FBG seront présentés.

6.1 Expérience préliminaire à 542 nm

L’écriture de FBG dans le visible exige quelques modifications au niveau du


choix de fibre et du banc de caractérisation. En effet, puisque la fibre HI1060 n’est
plus monomode à ces longueurs d’onde, nous avons dû nous rabattre sur une autre
fibre. Notre choix s’est arrêté sur la 460HP de Fibercore qui est faite de silice, a
un diamètre de 125 µm et une longueur d’onde de coupure de 430 nm. De plus,
pour la caractérisation du spectre de transmission des FBG, nous avons utilisé une
Chapitre 6. Réseaux à pas courts pour le visible 111

source supercontinuum (Koheras, SuperKPower) émettant de 450 à 2400 nm. Le


désavantage est que son interface n’est pas fibré ce qui nous a obligé à utiliser une
monture d’injection munie d’un objectif de microscope 20×. Quoique satisfaisante,
la qualité de la mesure en a évidemment souffert.

L’objectif de ce test préliminaire était de voir s’il était possible d’inscrire un réseau
de deuxième ordre à faibles pertes en utilisant un masque existant. Le masque choisi
était uniforme de pas Λ = 738 nm ce qui place λB au deuxième ordre à environ 542
nm. La fibre était placée à 2,2 mm du masque et le faisceau d’inscription est resté fixe.
De plus, l’énergie par impulsion était de 350 µJ. La figure 6.1 montre le spectre de
transmission obtenu après 35 minutes d’exposition. La première conclusion évidente

Figure 6.1 – Spectre de transmission d’un réseau de deuxième ordre inscrit avec un masque
uniforme de pas Λ = 738 nm. Résolution : 0,2 nm. Paramètres d’inscription : λ = 400 nm,
∆τ = 122 fs, E = 350 µJ/impulsion, fl = 25 mm, f = 1 Hz, A = 3 V, Λ = 738 nm, C = 0, fibre :
SM450, d = 2, 2 mm, v = 0, t = 35 min.

est le niveau élevé des pertes photoinduites, 17,6 dB pour un réseau de 5,63 mm. Ce
niveau de pertes s’éloigne drastiquement de celui observé pour les réseaux inscrits
à 1 µm qui était faible, même après de longues expositions (c.f. section 5.4). Ce
n’est toutefois pas surprenant en raison de l’importante bande d’absorption dans
cette région (c.f. section 6.2). Malgré cela, nous avons réussi à obtenir un pic de
transmission de −13 dB correspondant à 95% de réflectivité. En effectuant un recuit
thermique, nous avons voulu savoir s’il était possible de résorber les pertes sans
Chapitre 6. Réseaux à pas courts pour le visible 112

perdre trop de modulation d’indice comme ce fût observé pour des fibres dopées Yb
[61]. La même procédure qu’à la section 5.4 a été employée et le résultat est illustré à
la figure 6.2.

Figure 6.2 – Fraction restante de la réflectivité () et des pertes (). L’encart montre les spectres
de transmission avant et après le recuit thermique. Voir la figure 6.1 pour les paramètres
d’inscription.

Encore une fois, les pertes se résorbent de façon beaucoup plus importante que la
réflectivité. En effet, celles-ci sont coupées d’environ la moitié — pour atteindre 3,16
dB — tandis que la réflectivité perd moins de 3% de sa valeur initiale. C’est d’autant
plus vrai que les spectres des figures 6.1 et 6.2 n’étaient pas tout à fait résolus. En
effet, une résolution insuffisante de 0,2 nm avait été initialement fixée en raison
d’une plage dynamique de mesure fortement réduite par les pertes élevées du FBG
inscrit. Suite à leur résorption par le recuit thermique, il a été possible de prendre
une mesure avec une résolution plus fine (0,05 nm) (voir figure 6.3). La réflectivité
était maintenant de 20 dB par rapport aux 16,2 dB mesurés précédemment. De plus,
rien n’indique que la résorption des pertes est complétée pour une température de
500◦ C. Malheureusement, le four à fibre utilisé était limité à cette valeur. En fait, en se
basant sur la tendance observée, il est tout à fait justifié d’émettre l’hypothèse que les
pertes seront éliminées complètement à plus haute température tout en conservant
un réseau fortement réflectif tel qu’observé dans [61].
Chapitre 6. Réseaux à pas courts pour le visible 113

Figure 6.3 – Spectre de transmission normalisée après le recuit thermique pris avec une
résolution de 0,05 nm.

Quoique ces résultats soient imparfaits, ils ont tout de même permis de démon-
trer qu’il était possible d’inscrire un FBG de deuxième ordre opérant dans le visible.
De plus, ces résultats ont permis de démontrer que des pertes photoinduites étaient
associées à l’inscription, mais que ces dernières pouvaient être résorbées thermique-
ment.

6.2 Réseau de deuxième ordre à 480 nm

Bien que les résultats du test préliminaire soient intéressants, la longueur d’onde
d’intérêt pour des applications d’impact est située à 480 nm. Celle-ci est caractéris-
tique d’une transition électronique du verre de ZBLAN dopé au thulium dont on
peut tirer profit pour développer un laser à fibre ayant un fort intérêt technologique.
Bien que les présents travaux ont été réalisés dans la silice et que le laser envisagé
est à base de verre de ZBLAN, ces derniers serviront de base pour transposer les
résultats de la silice vers le ZBLAN.

Pour obtenir un pic de réflexion à 480 nm dans la silice, un masque uniforme de


pas Λ = 655 nm a été utilisé. Après plusieurs essais, il a été démontré que l’écriture
Chapitre 6. Réseaux à pas courts pour le visible 114

Figure 6.4 – Spectre de transmission après 4 minutes d’écriture. La modulation d’indice ac


atteinte est de 2, 06 × 10−3 en considérant un réseau de premier ordre et les pertes de 2,68 dB.
Paramètres d’inscription : λ = 400 nm, ∆τ = 122 fs, E = 300 µJ/impulsion, fl = 25 mm, f = 1
Hz, A = 3 V, Λ = 655 nm, C = 0, fibre : 460HP, d = 1, 5 mm, v = 0.

était optimisée lorsque la fibre était placée à 1,5 mm plutôt qu’à 2,2 mm comme
ce fut le cas précédemment. En contrepartie, pour réduire le stress sur le masque,
l’énergie par impulsion a été diminuée à 300 µJ/impulsion. Tous les autres paramètres
étaient identiques au test préliminaire. Ceci nous a permis d’obtenir le spectre de
transmission présenté à la figure 6.4 après seulement 4 minutes d’exposition. Toutes
les mesures ont été prises avec une résolution spectrale de 0,05 nm.

Premier constat, la réflectivité du réseau est de beaucoup supérieure à celle du


test préliminaire et ce malgré un temps d’exposition significativement moins long.
L’hypothèse la plus probable pour expliquer ce résultat est que dans le test prélimi-
naire, les conditions d’écriture étaient loin de l’optimum. En effet, il a fallu plusieurs
essais d’optimisation des conditions d’écriture avant d’obtenir le résultat présenté
à la figure 6.4. Quant aux pertes plus faibles en comparaison au réseau à 542 nm,
elles s’expliquent par l’absorption moins élevée à 480 nm qu’à la longueur d’onde
précédente comme nous le verrons plus loin dans cette section.

En outre, la modulation d’indice ac de ce réseau a été estimée, en se basant sur


les largeurs à −5 et −15 dB, à 2, 06 × 10−3 en considérant un réseau de premier
ordre. De plus, conjointement au niveau plus faible de la bande d’absorption à
Chapitre 6. Réseaux à pas courts pour le visible 115

480 nm, l’optimisation de l’écriture a permis de réduire significativement la durée


de l’exposition, ce qui a réduit par la même occasion les pertes engendrées par
une exposition prolongée. Rappelons que plus la fibre est exposée longtemps ou
intensément, plus des défauts absorbants sont créés et plus les pertes de fonds sont
élevées. Dans ce cas particulier, elles s’établissent à un niveau de 2,68 dB ce qui
demeure élevé mais beaucoup moins que les 17,6 dB du test préliminaire. Par la
suite, nous avons de nouveau procédé à un recuit thermique pour tenter de les
éliminer. La figure 6.5 en montre le résultat.

Figure 6.5 – Fraction de pertes et ∆nac restantes en fonction de la température de recuit.


Chaque plateau de température a été tenu pendant 30 minutes avant de prendre la mesure.
L’encart montre les spectres avant et après le recuit.

On constate aisément qu’il a été possible de résorber 80 % des pertes tout en ne


dépassant pas 30 % de diminution de la modulation d’indice ac. En résumé, après le
recuit thermique jusqu’à 500 ◦ C, la réflectivité demeure supérieure à 99 % alors que
les pertes sont réduites à 8,8 %. Encore une fois, la température maximale du four
ne nous a pas permis de résorber les 20 % de pertes restantes, mais nous émettons
l’hypothèse qu’il est possible de le faire sans sacrifier les performances du réseau en
poursuivant le recuit thermique à plus haute température.

Comme il a été mentionné auparavant, une portion importante du changement


d’indice dans la silice est attribuable à la formation de centres de couleurs. Or,
comme nous l’avons vu à la section 2.1, plusieurs d’entre eux possèdent des bandes
Chapitre 6. Réseaux à pas courts pour le visible 116

d’absorption dans le visible. L’addition de ces différents spectres résulte en une large
bande d’absorption couvrant une bonne partie de la plage spectrale s’étendant de 400
à 700 nm. Or, comme ici le réseau se situe spectralement dans cette bande, ces pertes
s’ajouteront à celles associées au réseau ce qui explique pourquoi le niveau de pertes
de fonds est plus élevé que pour un réseau écrit à 1 µm par exemple. Par ailleurs,
la mesure du spectre de transmission sur la plage du visible (figure 6.6) montre que
cette bande d’absorption n’est pas uniforme. En effet, on remarque aisément que
les pertes sont beaucoup plus importantes à 542 nm qu’à 480 nm ce qui explique le
niveau de pertes de fonds plus élevé dans le reseau préliminaire. La figure 6.6 nous
montre également le résultats de la caractérisation de la résorption des pertes par
recuit thermique sur une bonne portion du visible.

Figure 6.6 – Spectres de transmission dans la région du visible selon les différentes tempéra-
tures de recuit. Les températures sont en degrés Celsius et la résolution de mesure était de 2
nm.

Encore une fois, les pertes sont pratiquement résorbées au niveau initial après
avoir chauffé jusqu’à 500◦ C. On peut donc penser qu’en ajustant la température du
recuit il sera possible de fabriquer des réseaux de Bragg autour de 480 nm à très
faibles pertes.

En conclusion, il a été possible de procéder à l’inscription d’un réseau de Bragg à


480 nm dans une fibre de germanosilicate standard avec des pertes de 2,68 dB pour
un réseau de 6,2 mm de longueur. Un recuit thermique jusqu’à 500◦ C a permis de
Chapitre 6. Réseaux à pas courts pour le visible 117

résorber en bonne partie les pertes à un niveau de 0,4 dB en conservant plus de 70 %


de la valeur initiale de modulation d’indice ac. Une analyse sur la portion visible du
spectre a permis de confirmer qu’une partie de la population de centres de couleur est
détruite par ce recuit, mais que cette destruction influence plus fortement les pertes
de fonds que la réflectivité du réseau.

Les résultats de cette section ont été présentés à l’édition 2012 de la conférence
BGPP (Bragg Gratings, Photosensitivity and Poling) [114].
Chapitre 7

Autres projets

En marge des mon projet principal, j’ai également tiré profit de mon expertise
pour contribuer aux projets de mes collègues étudiants dont certains ont mené à des
publications. Je présente dans cette section un résumé des résultats obtenus ainsi que
mon apport dans leur obtention.

7.1 Laser Raman dans le verre fluoré

Ma contribution au projet de mon collègue Vincent Fortin a été d’inscrire un


réseau large et fort dans une fibre de silice double gaine non dopée dont le mode
s’agençait avec une fibre de silice dopée Tm3+ à une longue d’onde de Bragg de
1941 nm. Ce réseau constituait, avec la réflexion de Fresnel, une première cavité
laser Raman servant à pomper le premier ordre de Stokes dans une seconde fibre de
verre fluoré. Le but de cet exercice est d’accéder par pompage Raman successif à une
gamme de longueurs d’onde, entre 2 – 3 µm, qu’il n’est possible d’atteindre avec des
dopants standards. La figure 7.1 montre le schéma du montage.

Initialement, le coupleur de sortie était un réseau de faible réflectivité, mais il a


été déterminé que les performances du laser de pompe étaient supérieures avec la
réflection de Fresnel. La figure 7.2 montre le spectre du réseau fortement réflectif
autour de 1940 nm.

Dans ce cas, l’important était d’avoir un maximum de réflectivité sur une large
bande. Cette bande devait contenir la longueur d’onde de gain maximal pour le Tm3+
Chapitre 7. Autres projets 119

Figure 7.1 – Montage expérimental du laser Raman tout-fibre opérant à 2185 nm. Tiré de
[115]

Figure 7.2 – Spectre de transmission du réflecteur fort de la cavité de pompe. Paramètres


d’inscription : λ = 400 nm, ∆τ = 122 fs, E = 275 µJ/impulsion, fl = 25 mm, f = 1 Hz, A = 4 V,
Λ = 1335 nm, C = 2, 1 nm/cm, fibre : DCF-6/123-23 de Coractive, d = 2, 5 mm, v = 1 mm/min,
Lt = 20 mm
Chapitre 7. Autres projets 120

soit 1941 nm. Il devait aussi initialement se superposer au réseau de sortie. Les deux
objectifs visés ont été atteints. Le réseau a une réflectivité d’au moins 99,95 % sur
toute sa largeur spectrale de 7,7 nm. Notons également le faible niveau de pertes,
environ 0,08 dB pour un réseau de 25 mm de longueur ce qui aidera l’efficacité de la
conversion laser. À la figure 7.3, nous montrons la courbe de la puissance mesurée à
la sortie à 1941 nm en fonction de la puissance pompe injectée à 791 nm.

Figure 7.3 – Courbe d’efficacité laser pour la cavité de pompage

L’efficacité mesurée pour la cavité laser est d’environ 30 % par rapport à la pompe
injectée. Cette cavité laser émettant au maximum environ 13 W à 1941 nm a été utilisé
pour pomper le laser Raman. La puissance maximale obtenue à 2185 nm dans une
telle configuration était de 580 mW. [115] Dans une deuxième série de manipulations,
les deux cavités ont été imbriquées ce qui a permis d’atteindre 1,22 W [116] et ensuite
3,7 W [117].

7.2 Laser pulsé tout-fibre pour l’infrarouge

Le projet de mon collègue Jérôme Leclerc-Perron, étudiant sous la supervision


de Pr. Michel Piché, consiste à développer un laser pulsé tout-fibre ayant comme
milieu de gain une fibre dopée Tm. De ce fait, la longueur d’onde d’émission serait
Chapitre 7. Autres projets 121

d’environ 1940 nm et il serait pompé par des impulsions nanosecondes à 1534 nm.
Mon rôle dans le projet était d’inscrire les réseaux (un haut réflecteur large et fort et
un réflecteur faible agissant comme coupleur de sortie) formant la cavité tout-fibre.

Idéalement, la fibre de gain serait monomode. Malheureusement, il s’est avéré


que la seule fibre disponible, était légèrement multimode comme en fait foi la mesure
des spectres de transmission (figure 7.4) d’un réseau inscrit dans cette dernière.

Figure 7.4 – Spectres de transmission des réseaux formant la cavité laser

La courbe en rouge est le spectre du réseau uniforme formant le coupleur de


sortie. On voit clairement un pic secondaire associé au second mode se propageant
dans le coeur de la fibre. La situation est similaire pour le haut réfleteur.

La figure 7.5 montre le spectre d’émission de la cavité laser formée par les deux
réseaux de Bragg. Celle-ci est pompée par un laser pulsé picoseconde émettant à 1550
nm. Pour le moment, l’émission laser se fait avec une efficacité d’environ 1,5% et une
puissance maximale de 3 mW ce qui est très faible. Par contre, les conditions d’injec-
tion n’étaient pas optimales en raison de la nature multimode de la pompe (au mieux
30%) et sa puissance était somme toute limitée (il semblerait que la puissance soit
juste suffisante pour dépasser le seuil). Autour de 1940 nm, nous avons le spectre de
l’impulsion de sortie. Compte tenu de la présence d’au moins trois pics, on peut dire
Chapitre 7. Autres projets 122

que l’émission laser est multimode. Ceci n’est pas nécessairement difficile à accepter
considérant que la fibre était multimode et que les réseaux n’ont pas nécessairement
été optimisés pour favoriser la réflexion du mode fondamental.

Figure 7.5 – Spectre de l’émission d’un laser pulsé tout-fibre dans une fibre dopée Tm.

Tous ces résultats ne sont que préliminaires et il faudra évidemment continuer


à optimiser les différents composants du montage y compris les réseaux de Bragg.
Malgré tout, les résultats obtenus à ce jour ont fait l’objet d’une affiche à l’édition
2012 de la conférence Photonics North.
Chapitre 7. Autres projets 123

Conclusion

Malgré plus de trente ans d’existence, les réseaux de Bragg demeurent un sujet
de recherche très dynamique. En effet, le remplacement comme source d’écriture des
lasers UV par les lasers femtosecondes ouvre la voie au développement de réseaux
de Bragg dans des fibres aux compositions exotiques. Ceci permettra de développer
de nouvelles applications parmi lesquelles font partie les lasers tout-fibre.

L’objet de mes travaux s’inscrit dans ce dessein. Plus particulièrement, je me


suis intéressé à l’écriture de réseaux de Bragg par laser femtoseconde à 400 nm en
utilisant la technique de balayage d’un masque de phase. Le premier objectif a donc
été de me familiariser avec cette technique versatile et robuste et d’optimiser les
paramètre d’écriture, notamment la distance fibre-masque, l’énergie des impulsions,
la vitesse de déplacement de la platine, le temps d’exposition ainsi que de caractériser
l’évolution de l’écriture et le comportement des pertes lors d’un recuit thermique,
pour un réseau à 1 µm dans une fibre de silice.

En résumé, pour obtenir un maximum de réflectivité du réseau après un minimum


d’exposition, il faut que la distance fibre-masque, d, soit entre 1,7 et 3 mm. Plus près,
il y a des risques d’endommager le masque, plus loin, la zone d’interférence devient
trop étroite. Quant à l’énergie par impulsion, E, elle doit se situer entre 250 et 400 µJ.
Le seuil d’inscription a été déterminé à 75 µJ/impulsion. Finalement, plus la vitesse de
déplacement la platine, v, est faible, plus la réflectivité du réseau est forte. Par contre,
une réduction de cette vitesse croit énormément le temps d’exposition. La vitesse de
v = 1 mm/min a été identifiée parce qu’elle représente un bon compromis entre
réflectivité et temps d’exposition dans le contexte d’inscription d’un fort réflecteur
étroit ou à large bande. L’évolution de l’écriture et le recuit thermique sur trois types
de fibre de silice (non traitée, hydrogénée et deutérisée) a permis de prouver qu’il était
possible d’écrire des réseaux forts auxquels des pertes significatives étaient associées,
mais dont il était possible de résorber à un niveau très faible par un recuit thermique
sans pour autant sacrifier sa réflectivité. La forme de la courbe de recuit thermique
nous a également informé que le changement d’indice induit était de type I.
124

Par ailleurs, j’ai également le profil de la zone de changement d’indice avec


et sans balayage du faisceau d’inscription. Ceci a permis de mettre en évidence
certains problèmes de dégradation dans l’uniformité du profil causés par l’actuateur
piézoélectrique et l’effet dioptrique de la surface de la fibre. J’ai donc développé
des routines de simulation afin de déterminer les conditions expérimentales limites
pour l’apparition de ces phénomènes. Pour l’aspect mécanique, on doit respecter un
rapport f /v supérieur à 0,01. En général, nous choissisons un rapport f /v égale à 1
par souci de sécurité. Quant à l’aspect optique, il faut garder un rapport A/r inférieur
à 0,1 pour que la zone de changement d’indice soit uniforme dans la fibre.

De plus, j’ai démontré qu’il était possible d’écrire un réseau de second ordre à 480
nm avec un faisceau d’inscription à 400 nm. Cette réalisation constitue le premier
pas vers le développement d’un laser tout-fibre émettant dans le visible. Elle a été
également l’objet d’une conférence donnée lors de l’édition 2012 de BGPP [114].

Finalement, j’ai contribué à certains projets de mes confrères. En premier lieu, j’ai
inscrit un haut réflecteur (> 99, 999 %) large bande (7,7 nm) à 1940 nm dans une fibre
de silice dopée Tm3+ . Cette fibre servait de cavité de pompage pour une seconde
cavité Raman, celle-ci dans une fibre de verre fluoré émettant à 2185 nm. L’efficacité
de la première pompe était d’environ 30 %. Ce projet a mené à la publication de
deux articles [115, 117] et à la présentation d’une conférence à CLEO 2012 [116]. J’ai
également écrit une paire de réseaux dans une fibre dopée Tm pour la fabrication d’un
laser tout-fibre pulsé destiné à l’infrarouge moyen. Malheureusement, dû à la nature
préliminaire des résultats obtenus, il n’a pas été possible de faire laser efficacement la
cavité en raison des pertes importantes. Nous pensons cependant qu’il sera possible
de le faire avec les améliorations futures qui seront implémentés.

Comme nous avons pu le constater, l’écriture de réseaux de Bragg à 400 nm par


laser femtoseconde combiné à la technique de balayage du masque de phase sont
très versatiles. Du nombre des projets dont j’aurais voulu pouvoir mettre plus de
temps est l’inscription à travers le revêtement, le développement d’un laser tout-
fibre émettant à 480 nm et l’élargissement de la zone de changement d’indice pour
les lasers de haute puissance. Évidemment, cette liste de projet n’est pas exhaustive.
En fait, les possibilités sont illimitées, il faut seulement continuer à pousser !
Annexe A

Routine pour uniformisation du profil


d’indice (aspect mécanique)

1 %Déclaration des paramètres


2 r = 62.5; %Rayon de la fibre en um
3 f = 1; %Fréquence de balayage du coeur en Hz
4 F = 1000; %Fréquence de répétition du laser en Hz
5 A = 3; %Amplitude pic à pic du piezo en volt (3 V ¬ 12um)
6 a = 4*A; %Largeur région d'écriture en um
7 v = 1; %Vitesse de translation de la platine en mm/min
8 L = 20; %Longueur de translation en mm
9 W = 2; %Demi−largeur du faisceau selon la direction de la fibre en mm
10 w = 2; %Demi−largeur du faiseau dans la direction transverse en um
11 R = f/v; % Ratio f/v
12 nn = 60*L*f/v; %Nombre de cycles
13

14 %Initialisation de la fibre
15 m = ceil((2*r)/0.4+1); %Nbr de point dans la direction transverse de ...
la fibre
16 n = ceil((1000*(L+2*W))/9.6+1); %Nbr de points dans la direction de ...
le fibre
17 u = zeros(m,n);
18 x = 9.6*[0:floor(n−1)]; %en um
19 y = 0.4*[floor(−m/2):floor((m−1)/2)]; %en um
20 [X,Y] = meshgrid(x,y);
21

22 %Échelle de temps
23 t = 0:1/F:60*L/v; %Chaque incrément de temps en seconde = une impulsion
24

25 % Déplacement piezo
26 dP = a/2*sawtooth(2*pi*f*t,0.5);
Annexe A. Routine pour uniformisation du profil d’indice (aspect mécanique) 126

27

28 %Position initiale du faisceau


29 xx = W*1000; %en um
30 yy = dP(1); %en um
31

32 % Déplacement platine
33 dp = xx + v*t*1000/60;
34

35 h = waitbar(0,'En cours de calcul...');


36 %Écriture du réseau
37 for i=1:1:length(t)−1
38 %Impression du faisceau
39 uu = 0.1*exp(−(X−xx).^2/(2*(1000*W).^2)−(Y−yy).^2/(2*w^2));
40 u = u + uu;
41 %Déplacement du faisceau
42 xx = dp(i+1);
43 yy = dP(i+1);
44

45 waitbar(i/length(t));
46 end
47 close(h)
48

49 %Normalisation du profil d'indice


50 Umin = u−min(min(u));
51 Umax = max(max(Umin));
52 u = Umin/Umax;
53

54 %Plot
55 figure(1)
56 pcolor(x/1000,y,u)
57 shading interp
58 set(gca,'DataAspectRatio',[1/10 1 1])
59 xlabel('Position en x (mm)')
60 ylabel('Position en y (um)')
61 ylim([−15 15])
Annexe B

Routine pour uniformisation du profil


d’indice (aspect optique)

1 %% Déclaration des paramètres


2 Ap = [6 9 12]; % Volt. Amplitude du piézo
3 Aj = Ap*4.04; % Conversion en um.
4 f = 1; % Hz. Fréquence du piézo
5 t = linspace(0,1,1000); % Espace temporelle en s
6 r = 125/2; % um. Rayon de la fibre
7 n = 1.45; % Indice de la fibre
8 x = linspace(−1.1*r,1.1*r,1000);% um. Échelle x
9 y = linspace(−1.1*r,1.1*r,1000);% um. Échelle y
10 [X,Y] = meshgrid(x,y); % Grille points
11 w0x = 20/(2*sqrt(log(2))); % um. Longueur moyenne d'un filament
12 w0y = 2/(2*sqrt(log(2))); % um. Largeur moyenne d'un filament
13

14 % Pour les trois amplitudes de balayage


15 for j = 1:3
16 A = Aj(j);
17 % Dessin de la fibre et initialisation surface exposable
18 subplot(1,3,j)
19 plot(r*cos(0:0.01:2*pi),r*sin(0:0.01:2*pi),'w')
20 axis equal; hold on;
21 Z = 0*X; % Surface exposition vierge
22 pcolor(X,Y,Z)
23 shading interp
24 xlim(1.05*[−r r]); ylim(1.05*[−r r]);
25

26 % Calcul des positions exposées


27 for i=1:length(t);
28 Py = A*sawtooth(2*pi*f*t(i),0.5);
Annexe B. Routine pour uniformisation du profil d’indice (aspect optique) 128

29 thI = asin(Py/r);
30 thT = asin(Py/(n*r));
31 xt = −r*cos(thI)+r*cos(thI−thT);
32 yt = r*sin(thI)−r*sin(thI−thT);
33 F = exp(−((X−xt)*cos(thT)−(Y−yt)*sin(thT)).^2/(2*w0x^2)...
34 −((X−xt)*sin(thT)+(Y−yt)*cos(thT)).^2/(2*w0y^2));
35 Z = Z + F;
36 end
37

38 % Plot exposition finale


39 subplot(1,3,j)
40 pcolor(X,Y,fliplr(Z))
41 shading interp
42 xlabel('Position en x ...
(um)','FontName','HelveticaNeueLtStd−Bd','FontSize',28);
43 ylabel('Position en y ...
(um)','FontName','HelveticaNeueLtStd−Bd','FontSize',28);
44 set(gca,'FontName','HelveticaNeueLtStd−Cn','FontSize',18);
45 axis equal
46 xlim(1.05*[−r r]); ylim(1.05*[−r r]);
47

48 end
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